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en jeu une autre idée du sport la revue de l’UFOLEP

Juin 2015 - Ufolep N° 17 - Prix 3,50 €

ÉPREUVES DE

MASSE :

ENQUÊTE SUR UN PHÉNOMÈNE


édito

AG, Université, projet partagé

Mélanie Gallard / Ufolep

Par Philippe Machu, président de l’Ufolep

L

e congrès d’Orléans d’avril dernier a confirmé la sérénité et la détermination de l’Ufolep face aux défis qui l’attendent, ceci dans un contexte marqué par la raréfaction des financements, un profond malaise social et une aspiration de plus en plus affirmée à une pratique sportive qui ne soit plus tournée vers la seule compétition. La confiance affichée par l’assemblée générale par ses votes et la qualité des travaux du stage des dirigeants ont donné à la fois un cadre et du sens pour aborder ces différents chantiers. L’Université européenne du sport que nous organisons en juillet à Strasbourg s’inscrit dans cette volonté de promouvoir une nouvelle culture sportive qui, audelà des frontières, privilégie le plaisir de pratiquer, la coopération et la cohésion sociale, comme l’évoque notre « invité » du mois, le sociologue William Gasparini. Mais l’Université européenne devra ensuite trouver auprès de nos comités et de tous nos partenaires, institutionnels, sportifs ou sociaux, les relais permettant de traduire « tous les sports autrement » dans les projets de terrain. Notre nouvelle structuration autour de nos deux champs « sport et éducation » et « sport et société » se précise également et, en parfaite cohérence avec le projet d’éducation à la citoyenneté porté par la Ligue de l’enseignement, l’Ufolep confirme son engagement pour un sport émancipateur, humaniste et solidaire. C’est là un idéal qui n’a pas varié depuis l’impulsion décisive donnée au sport pour tous par le Front populaire et les deux illustres militants de la Ligue de l’enseignement et de l’Ufolep que furent Léo Lagrange et Jean Zay. Jean Zay dont nous rappelons l’héritage à l’heure où ses cendres sont transférées au Panthéon. Un beau parrainage pour cette Ufolep que nous construisons chaque jour ensemble. ●

coup de crayon par Jean-Paul Thebault

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William Gasparini, comment changer la culture sportive en Europe ?

Le sociologue William Gasparini sera l’un des experts de l’Université européenne du sport co-organisée par l’Ufolep du 8 au 10 juillet à Strasbourg. Son ambition : promouvoir une nouvelle culture sportive.

PRATIQUE 23

Un syndicat professionnel pour les associations employeurs

4 actualité Le sport, outil d’inclusion sociale en région Centre VuLuEntendu : « Terre battue », un film (DVD) de Stéphane Demoustier (Diaphana) ; Dribble, de Sergio Rodrigues (Seuil)

6 invité 8 horizons Jean Zay entre au Panthéon

9 dossier 13 santé Le label santé revisité Les premiers secours s’invitent au permis de conduire

20 fédéral

Philippe Brenot

INVITÉ

sommaire

DR

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Par une adhésion collective, toute association Ufolep a désormais accès aux services du Conseil national des employeurs d’avenir (CNEA).

DOSSIER

Assemblée générale 2015 de l’Ufolep à Orléans : une confiance renouvelée

La Route du Louvre

Épreuves de masse, le goût du partage

(en photo, le DTN Pierre Chevalier)

23 pratique 24 réseau

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CN ski et sports de neige ; Ufolep Cher ; Ufolep Haute-Garonne ; Ufolep Lot-etGaronne ; Ufolep Somme ; National de badminton Association : À Bousse (Moselle), la gym ça entretient ! Instantanés : National de cross et week-end course nature dans la Marne

28 histoires Morceaux choisis : « La Préface du nègre », Kamel Daoud (Babel) Je me souviens : Jérémie Moreau L’image : « La vie en Kodak » (Hazan)

30 repères La Route du Louvre, grande course de la fierté nordiste imaginée pour accompagner la création du Louvre-Lens.

En pleine expansion, les épreuves de masse séduisent un public nouveau et toujours plus nombreux, davantage en quête de convivialité que de compétition. Souvent rentables pour leurs organisateurs, qu’ils soient publics ou privés, ces manifestations et leurs participants s’attachent en outre à défendre une cause, à valoriser un territoire, ou mettent en avant le côté « fun ».

Management de projets événementiels (PUG) ; Windsurf (Glénat) ; Ufolep-Usep en Seine-etMarne (éditions Claire Fontaine)

en jeu “une autre idée du sport” est la revue de l’Union française des œuvres laïques d’éducation physique (Ufolep) et de l’Union sportive de l’enseignement du premier degré (Usep), secteurs sportifs de la Ligue de l’enseignement Ufolep-Usep 3, rue Récamier, 75341 Paris Cedex 07 Téléphone 01 43 58 97 71 Fax 01 43 58 97 74 Sites internet www.ufolep.org et www.usep.org Directeur de la publication Nelly Aradan Président du comité de rédaction Philippe Machu Rédacteur en chef Philippe Brenot Ont participé à ce numéro Baptiste Blanchet, Pierre Chevalier, Laurence Brien, Laurence Nanaud, Céline Pastot, Martine Ponsero, Olivier Rabin, Alexis Munier Photo de couverture Marathon de Paris / Laurent Baheux / Presse Sports Maquette Agnès Rousseaux Impression et routage Centr’Imprim, rue Denis Papin 36 100 Issoudun Abonnement annuel 13,50 € Numéro de Commission paritaire 1015 K 79982 Numéro ISSN 1620-6282 Dépôt légal juin 2015 Tirage de ce numéro 8700 exemplaires

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Concours photo La 4e édition du concours photo de l’Ufolep a pour thème « Le sport à travers les éléments » : l’occasion de présenter l’environnement dans

La Limousine-André Dufraisse

En Jeu

Co-organisé cette année par les comités Ufolep des régions Île-deFrance, Picardie et ChampagneArdenne, le Raidy to Go revient du 4 au 10 juillet. La 4e édition de ce raid multisports éco-citoyen réunissant des équipes de garçons et filles de 15 à 17 ans part en effet « sur la route des poilus », muni du label délivré par la mission du centenaire de 14-18 dans le cadre des événements commémoratifs de la Grande Guerre. Durant six jours d’itinérance ponctués d’activités sportives (VTT, course à pied, canoë, etc.), ces 200 jeunes découvriront plusieurs hauts lieux du conflit : le château de Versailles, où fut signé le traité de paix en 1919, le musée de l’armistice de Rethondes (Oise), le chemin des Dames (Aisne) et Reims (Marne), ville martyre des bombardements.

lequel vous aimez pratiquer. Les photos sont à envoyer par e-mail (rpaulchopin.laligue@ufolep-usep. fr) ou via l’application Concours Facebook de la page officielle de l’Ufolep. Le choix de ce thème s’inscrit dans la démarche engagée par l’Ufolep dans le cadre de la Stratégie nationale biodiversité et de la Conférence sur le climat (COP 21) qui s’ouvrira à Paris le 30 novembre 2015. Le concours est ouvert à tous, y compris les nonlicenciés, jusqu’au 25 octobre 2015 (17h). À gagner : un séjour Vacances pour tous (au Pradet, Var) et des chèques cadeaux Décathlon Pro.

s’emparent de cet outil qui est autant au service des pratiquants que des organisateurs. La CN vient par ailleurs de signer avec Vacances pour tous, secteur vacances de la Ligue de l’enseignement, un partenariat portant sur des offres promotionnelles de séjours proposant des itinéraires à vélo et des prestations adaptées (garage à vélo, alimentation, etc.). Une vingtaine de centres seront labellisés dès l’an prochain : une offre que la CN activités cyclistes de l’Ufolep et Vacances pour tous proposeront ensemble en octobre prochain aux visiteurs du salon du Roc d’Azur.

Nouveaux services pour les cyclistes Ufolep En cliquant sur l’onglet « calendrier » de la barre d’outils du site www.ufolep-cyclisme.org, les internautes peuvent désormais visualiser toutes les épreuves cyclo, VTT ou route proposées par les associations et comités Ufolep. Mieux, il est possible de s’engager en ligne ! « Nous avons du mal à faire connaître nos réalisations car notre communication est surtout tournée vers le réseau et peu vers l’extérieur. Ce calendrier national permettra de faire connaître l’étendue de nos activités, afin de toucher de nouveaux publics » explique Daniel Manuel. Le responsable de la commission nationale activités cyclistes souhaite que tous les comités

Concours vidéo Ufo Move Ufolep

actualité

Le Raidy to Go sur la route des poilus

Les associations Ufolep ont jusqu’au 15 juin pour participer au concours vidéo Ufo Move via notre page

La Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS) CentreVal-de-Loire organise le 16 juin à Orléans, en partenariat avec le comité régional Ufolep, un

DR

LE SPORT, OUTIL D’INCLUSION SOCIALE EN RÉGION CENTRE Mardi 16 juin 2015

projet de Dispositif d’inclusion sociale par le

CRDP Orléans à 13h30

sport (Dips) développé depuis septembre 2014

Colloque territorial

avec l’Ufolep Centre au profit des personnes en

colloque territorial intitulé « Le sport : un outil

tures d’accueil de la région. Le Dips, qui s’est

pour l’inclusion sociale ? ». Le sociologue Fran-

accompagné de la création de quatre emplois au

çois Le Yondre (Université Rennes 2) évoquera

Inclusion

LE SPORT : UN OUTIL POUR L’INCLUSION SOCIALE ?

le rapport qu’entretiennent les « publics vulnérables » avec la pratique sportive, avant que Centre-Val de Loire

Ce colloque accompagne la fin de la phase expérimentale du

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mentaux partenaires, concerne aujourd’hui 53 sions de famille…) et sera reconduit et élargi à

DDCS/PP

le monde du sport à ces publics.

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sein de l’Ufolep Centre et des comités départestructures (centres de demandeurs d’asile, pen-

deux tables rondes ne s’intéressent aux bienfaits de celle-ci et à la place qu’accorde ou non

situation de précarité accueillies dans les struc-

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la rentrée. ● « Le sport : un outil pour l’inclusion sociale », mardi 16 juin de 13 h 30 à 16 h 30 au Centre régional de documentation pédagogique, 55 rue Notre-Dame-deRecouvrance. Renseignements : 02 38 77 49 50 / drjscs45-sport@drjscs.gouv.fr


Facebook. Réalisez et postez un clip d’une minute pour montrer vos chorégraphies, puis récoltez un maximum de « likes » pour gagner des chèques cadeaux ou bénéficier de la prise en charge des frais d’inscription à un stage d’animateur Ufo Move.

Trophées génération développement durable Destinés à encourager l’écocitoyenneté dans les pratiques sportives Ufolep, les Trophées génération développement durable sont reconduits en 2015 avec pour partenaire Éco Cup, qui propose depuis plusieurs années des gobelets recyclables ou à consigner pour les organisateurs d’événements sportifs Ufolep. À noter : les projets menés dans le cadre de la prochaine Move Week peuvent postuler s’ils respectent un cahier des charges éco-responsable. Pour gagner les lots et les bons d’achat mis en jeu, les dossiers sont à télécharger sur www.ufolep.org (rubrique communication) et à envoyer avant le 15 octobre à l’intention de Rosemary Paul-Chopin, Ufolep, 3 rue Récamier, 75341 Paris cedex 07, ou à remplir en ligne : www.tech.ufolep.org/formulaire/

En Jeu

Move Week 2015

VuLuEntendu TERRE BATTUE Pour son premier film, Stéphane Demoustier s’est inspiré du fait-divers qui avait ébranlé le tennis français il y a une douzaine d’années. Afin de favoriser son fils et sa fille, deux jeunes espoirs, un père avait pris l’habitude de droguer leurs adversaires les plus coriaces en injectant du Temesta dans leurs bouteilles d’eau. L’affaire avait éclaté après l’accident mortel d’un joueur au volant de sa voiture, au retour d’un match où il s’était senti mal. En s’attaquant au sujet, le jeune réalisateur, venu au cinéma après les succès d’actrice de sa sœur Anaïs, a également puisé dans son expérience personnelle. « Comme mon héros j’ai grandi en faisant du tennis et connu le haut niveau, qui m’a façonné autant qu’il ma laissé des souvenirs âpres et violents » confiait-il lors de la sortie du film en salles, fin 2014. Ses parents avaient toutefois refusé qu’il suive une filière sport-études quand lui-même aurait « souhaité aller au bout de ce talent-là, qui m’édifiait plus qu’il ne me détruisait, même s’il y avait peu de chances que je devienne un champion. » Stéphane Demoustier a pris le soin de « délocaliser » l’affaire des Landes à la banlieue lilloise, et fait du père non plus un ancien militaire mais un directeur de magasin de la grande distribution, mis sur la touche et qui s’escrime à monter sa propre affaire. On devine le parallèle imaginé entre la concurrence tout aussi féroce qui peut régner au sein du monde du travail et du sport, où ne reste en lice que celui qui a su éliminer les autres. Surtout quand seul le meilleur des jeunes tennismen de la région est qualifié pour un tournoi national sur la terre battue de Roland-Garros… Mais à vouloir traiter deux sujets, le réalisateur s’égare. Les tourments professionnels et conjugaux du père, joué par Olivier Gourmet avec l’abattage qu’on lui connaît, occupent tout l’espace. Écrasé, le personnage du fils, Ugo, 11 ans, peine à exister, d’autant plus que le tennis se résume finalement à une simple toile de fond. Aussi ne croît-on ni à la soif de victoire à tout prix du jeune garçon, ni aux ressorts psychologiques du rebondissement final, légèrement différent des faits réels. Et tant pis pour la métaphore d’une société obnubilée par la réussite individuelle. Philippe Brenot « Terre battue », DVD, un film de Stéphane Demoustier avec Olivier Gourmet, Valeria Bruni Tedeschi, Charles Mérienne, Diaphana, 19,99 €.

DRIBBLE

La 4e édition de la Move Week, dont le principe est de fédérer des événements sportifs loisir à travers toute l’Europe, se déroulera du 21 au 27 septembre 2015. Cette année encore l´Ufolep est partenaire d’une manifestation imaginée en appui de la campagne de communication « NowWeMOVE » visant à encourager une activité physique régulière. En 2014, la Move Week a fédéré 5 600 événements, dont 144 en France, et touché près d’un million de personnes, dont 58 000 dans l’Hexagone. Pour faire encore mieux cette année, proposez un événement sur le site www.france.moveweek.eu

On sait l’importance du football dans la culture brésilienne, et posséder quelques références ou un goût avéré en ce domaine permettra sans doute d’apprécier pleinement ce drame filial, enraciné dans l’histoire récente d’un pays dont les joueurs auriverde demeurent les meilleurs ambassadeurs. Après une longue brouille, Murilo, un journaliste sportif ayant connu son heure de gloire dans les années 1960-70 et devenu un vieillard dont les jours sont comptés, convoque son fils Neto pour d’énigmatiques rendez-vous durant lesquels il lui fait visionner de vieux matchs alors que ce dernier n’attend qu’une chose : des explications sur les raisons du suicide de sa mère, lorsqu’il était enfant. La fameuse feinte de Pelé lors de la Coupe du monde 1970 est l’une de ces images récurrentes : alors que le gardien uruguayen Mazurkiewicz sort sur lui, Pelé laisse filer le ballon d’un côté et, de l’autre, contourne son adversaire mystifié. Même si le but ne fut pas marqué, cette inspiration géniale est devenue légendaire. Nulle volonté d’humiliation toutefois, juste un sens du jeu particulièrement affûté. Le Dribble que Murilo inflige à son fils, qui jusqu’au dernier moment ne comprend rien à la partie que son tyran de père lui fait jouer, est en revanche parfaitement prémédité et autrement plus vicieux. Et, comme lui, le lecteur se laisse embarquer par le talent d’écriture de Sergio Rodrigues et une intrigue parfaitement composée, qui lui a valu le prix Portugal de littérature. Ph.B. Dribble, un roman de Sergio Rodrigues, traduit du portugais (Brésil) par Ana Isabel Sardinha et Antoine Volodine, Seuil, 304 pages, 21 €.

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invité

Professeur à l’UFR Staps de Strasbourg

William Gasparini, comment changer la culture sportive en Europe ? Le sociologue William Gasparini sera l’un des experts de l’Université européenne du sport, co-organisée par l’Ufolep du 8 au 10 juillet à Strasbourg. Son ambition : promouvoir une nouvelle culture sportive .

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illiam Gasparini, comment présenteriezvous l’Université européenne du sport de Strasbourg ? J’insisterais sur sa dimension européenne et sur son ambition de favoriser une « nouvelle culture sportive » distincte de la culture « traditionnelle », axée majoritairement sur la compétition. Il s’agit d’abord de débattre des terminologies qui circulent en Europe et que les acteurs sportifs européens utilisent dans différents pays et villes, telles que « sport pour tous », « sport citoyen » ou « intégration par le sport ». Le but est aussi d’échanger entre experts universitaires et acteurs locaux qui développent des activités et des dispositifs visant le vivre ensemble par le sport. Il est important de partager des expériences pour aller vers un « sport de participation » qui ne se réduise pas à la seule dimension compétitive, notamment en comparant et en confrontant différents modèles nationaux du sport et différents modèles de pensée.

L’université est labellisée « 150 ans de la Ligue ».

Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par « nouvelle culture sportive » ? C’est une culture de la coopération et de la participation. Or, au plan européen, le sport est historiquement abordé sous l’angle de la seule compétition, qu’il s’agisse de la législation sur le dopage, de la régulation économique du sport professionnel ou du mode de gouvernance. C’est en

SOCIOLOGUE DU SPORT Initialement professeur agrégé d’EPS et actuellement professeur des universités, William Gasparini, 54 ans, est sociologue, spécialisé dans l’étude des organisations sportives et des cultures sportives. Ses travaux s’inspirent notamment de Pierre Bourdieu. Il dirige depuis 2014 la Faculté des Sciences du sport de l’université de Strasbourg et est membre de l’Institut d’études avancées (USIAS) et du laboratoire « Sport et sciences sociales » (E3S). William Gasparini est aussi l’auteur, entre autres, de Sociologie de l’organisation sportive (La Découverte, 2000), de Le sport dans les quartiers. Pratiques sociales et politiques publiques (PUF, 2008, avec Gilles Vieille-Marchiset) et de Sport and Discrimination in Europe, (Éditions du Conseil de l’Europe, 2010, avec Clotilde Talleu). ●

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ce sens que nous la qualifions de « nouvelle ». Je l’envisage comme un dialogue interculturel qui dépasse la pratique sportive stricto sensu et aborde le sport de manière large, comme un « fait social total », au sens de Marcel Mauss (1). Il s’agit surtout de ne pas céder au rituel de célébration des vertus et des valeurs du sport, mais de s’intéresser aussi à ses aspects plus controversés, comme la lutte à tout prix pour la victoire, la discrimination ou la différenciation sexuelle. Il faut accepter la possibilité de déconstruire certains modèles dominants, et s’ouvrir à ce qui peut exister ailleurs pour nourrir ensuite sa propre réflexion. Certains pays européens sont-ils plus sensibles que d’autres à cette « autre idée du sport » à laquelle l’Ufolep est attachée ? On retrouve dans la plupart des pays européens le débat que l’on observe aujourd’hui en France sur le modèle sportif qu’il convient de privilégier : un débat principalement né dans les grandes villes, où se confrontent un modèle de sport de compétition, historique et bâti autour de clubs souvent emblématiques, et d’autre part des préoccupations de santé, d’intégration et de qualité de la vie par le sport, apparues plus tardivement. Ce débat se cristallise sur la gestion des équipements sportifs municipaux et s’exprime aussi dans le cadre de l’animation sportive urbaine de proximité souhaitée dans la perspective des « villes actives et ludiques ». Il n’y a pas de différences d’un pays à l’autre ? Si. Les préoccupations liées au sport-santé sont probablement plus présentes dans les pays nordiques, tant dans les politiques municipales qu’au sein des entreprises : historiquement le sport pour tous y a sa place, à côté du sport de compétition (2). Et la France et les pays latins ? La France garde l’empreinte du modèle gaulliste des années 1960, tourné vers la compétition et de caractère pyramidal, et le sport-santé n’y est vraiment apparu que dans les années 2000. On retrouve en Italie cette confrontation entre le sport de compétition, incarné par le Coni, le Comité national olympique italien, et les conceptions « citoyennes » défendues par la UISP (Unione Italiana Sport per Tutti), qui est un peu l’équivalent de l’Ufolep. Nous avons d’ailleurs invité à Strasbourg mon


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collègue sociologue du sport Nicola Porro, qui est aussi ancien président de la UISP, ce qui est révélateur d’un certain état d’esprit du militantisme sportif. C’est suffisamment rare pour le souligner, le sociologue étant toujours suspecté de vouloir remettre en cause l’institution. Pour en terminer avec ce petit tour d’horizon, j’ajouterai que le débat existe aussi en Espagne : ma collègue madrilène Noemi Garcia viendra présenter un travail de thèse qui compare les modèles d’intégration par le sport de part et d’autre des Pyrénées. À l’échelon européen existent essentiellement des institutions dédiées à la régulation du sport de compétition, comme l’UEFA : le sport pour tous peut-il contrebalancer leur influence ? C’est très difficile, parce qu’il ne joue pas dans la même cour que ces organisations, tant d’un point de vue financier et économique que sur le plan de la reconnaissance symbolique, médiatique et politique. Néanmoins, depuis une vingtaine d’années, le Conseil de l’Europe (3) reconnaît le sport pour tous et encourage de manière générale les associations engagées dans le champ du « sport social ». Et l’Union européenne ? L’Union européenne a longtemps abordé la question du sport à travers sa régulation économique, qui relevait précisément de son champ de compétence et de sa doxa libérale : en témoigne le fameux arrêt Bosman de 1995 sur la libre circulation des joueurs professionnels. Les projecteurs se sont donc focalisés sur le sport-spectacle, le football en particulier. Or le sport en Europe ne se résume évidemment pas au ballon rond et à ses enjeux financiers ! C’est une vision tronquée de la réalité, ce que l’on appelle un « effet de réel » ; les enquêtes montrent au contraire que, pour une très grande majorité d’Européens, le sport est une activité physique de bien-être, de détente et de loisir. Heureusement, depuis quelques années l’Union européenne ne se limite plus à cette « européanisation formelle » du sport, par la loi. Elle tend à présent vers une « européanisation informelle », faite de conseils et de recommandations pour

harmoniser « par le bas » les politiques de prévention de la santé par le sport, mais aussi de cohésion sociale, d’égalité des sexes ou de développement durable, notamment à travers l’aménagement sportif des territoires. C’est ainsi qu’un « intergroupe » sport a été créé en décembre 2014 au sein du Parlement européen. Ces élus souhaitent développer une politique européenne du sport qui ne se limite pas au sport de compétition. C’est ce dont viendra témoigner le député belge Marc Tarabella, vice-président de cet intergroupe, en ouverture de l’Université. ● Propos recueillis par Philippe Brenot

William Gasparini : « Après avoir abordé le sport à travers sa régulation économique, l’Union européenne se préoccupe aujourd’hui de prévention de la santé par le sport et de cohésion sociale. »

(1) Proche d’Émile Durkheim, Marcel Mauss (1872-1950) est considéré comme le père de l’ethnologie française. (2) Notamment à travers des fédérations puissantes dédiées au sport pour tous comme la DGI danoise, très impliquée au sein de l’International Sport and Culture Association (ISCA), dont l’Ufolep et l’Usep sont membres. (3) Instance de concertation installée à Strasbourg, créée en 1949 et qui réunit 47 pays, à ne pas confondre avec le Conseil européen, « gouvernement » de l’Europe des 28.

Trois jours de plénières et d’ateliers Initiée par l’Ufolep, l’Usep et la Ligue de l’enseignement, l’Université européenne du sport s’ouvrira mercredi 8 juillet à 18  heures avec des interventions de William Gasparini, Nicolas Porro (Université de Cassino, Italie) et Marc Tarabella (Parlement européen). Elle traitera ensuite jeudi 9 et vendredi 10 trois sujets : • « Grandir avec le sport », thème introduit en plénière par Pierre Parlebas (Paris-Descartes) et décliné en ateliers « petite enfance », « éducation par le sport », « engagement citoyen » et « prévention des conduites à risques » ; • « Sport et santé », avec le Dr Martine Duclos (CHU Clermont-Ferrand) et des ateliers « prévention des maladies chroniques », « formation : l’enjeu d’une compétence santé », « politique de santé par le sport » et « bien-être en entreprise » ;

• « Les enjeux d’un projet sportif territorial  » avec William Gasparini et des ateliers « réduction des inégalités territoriales », «  mixité et égalité de genre  », « diversité et laïcité » et « intégration par le sport ». Parmi les intervenants attendus  : Simone Digennaro (Université de Cassino, Italie), Noemi Garcia Arjona (Madrid, Espagne), Pascale Garnier (Paris 13), Richard Gormley (Ulster, Irlande), Elke Grimminger (Hambourg, Allemagne), Marina Honta (Bordeaux), Milan Hosta (Slovénie), Karen Creavin (Wellbeing Services, Birmingham, UK), Laurent Lescourach (Rouen), Mikka Neuvonnen (Fédération finlandaise de judo), Jennifer Osthus (Confédération des sports de Basse-Saxe, Allemagne)… ● Renseignements : ues2015@laligue.org / www.event.ufolep.org/UES (tarif : 200 € / 30 € pour les étudiants) Juin 2015

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horizons

Jean Zay entre au Panthéon

Ministre de l’Éducation nationale du Front populaire, Jean Zay fut aussi membre de la Ligue de l’enseignement. Chercheur associé au Centre d’histoire de Sciences Po, Patrick Clastres retrace son parcours.

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Une première version de cet article est parue dans EJ Usep n°11 de mai 2014.

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atrick Clastres, le 27 mai les cendres de Jean Zay (19041944) seront transférées au Panthéon avec celles de trois grandes figures de la Résistance : Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Antonioz et Germaine Tillion. En quoi l’engagement de ce militant laïque est-il différent du leur ? Jean Zay n’est pas un résistant par les armes mais l’intelligence faite résistance. Il est l’un des parlementaires qui, en juin 1940, ont eu la lucidité et le courage de quitter la France à bord du paquebot Massilia pour organiser la Jean Zay résistance depuis l’Afrique du Nord. Il est ensuite mis dans une geôle dont, le 20 juin 1944, les miliciens l’extraient pour l’abattre avant de faire disparaître son corps. Ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts, son projet visait à démocratiser la société française dans les domaines de la culture, de la science et du sport. Issu d’une famille juive convertie au protestantisme depuis une génération, Jean Zay débute sa carrière comme avocat et rédacteur en chef d’un journal républicain qui était celui de son père. Il est ensuite député du Parti radical à Orléans. D’une certaine façon, Jean Zay était tout ce que Vichy exécrait. C’est un martyr de la République qu’on honore aujourd’hui.

En quoi a-t-il contribué à rénover l’enseignement en France ? Durant son mandat de 40 mois, il n’a pu faire adopter qu’une seule loi : celle portant la scolarité obligatoire de 13 à 14 ans. En revanche, il a impulsé par des décrets, des arrêtés et des circulaires des changements nourris d’expériences de terrain. Il a notamment préparé, sur le plan administratif et des programmes, le raccrochement du primaire supérieur et des classes du lycée, même s’il faudra attendre 1969 pour voir la réforme du collège unique ! Rappelons-nous qu’en 1937 on ne compte que 15 000 bacheliers par an : les enfants du peuple fréquentent l’école primaire, le lycée étant réservé à ceux de l’élite. Jean Zay défend également des pédagogies novatrices et ses projets sont approuvés par Célestin Freinet. Freinet disait : « L’enfant doit devenir l’artisan de sa propre éducation. » Et Jean Zay d’ajouter : « En même temps que son sens social se développe. » Jean Zay promeut des pratiques existant dans les associations de jeunesse et d’éducation populaire. Il crée par exemple les « loisirs dirigés », rebaptisés « activités dirigées » : il s’agissait d’emmener les enfants le samedi après-midi visiter les musées, les monuments, les usines…

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Jean Zay réforme également l’éducation physique et signe la circulaire créant l’Usep (1). Dans quelle vision s’inscrit la mission dévolue à la « commission scolaire » de l’Ufolep, au sein de la Ligue de l’enseignement ? Elle s’inscrit dans un plan de rénovation de l’éducation physique et du sport que la guerre l’empêchera de mener à bien. Ce plan répond à plusieurs objectifs, le premier étant de revitaliser une jeunesse française en mauvaise santé, comme l’indiquent les conseils de révision militaires. Il s’agit également de ne pas abandonner le champ sportif aux dictatures : on est au lendemain des Jeux de Berlin, tandis que l’Italie est championne du monde de football en 1938 à Paris. S’y ajoute le souhait de démocratiser la pratique sportive avec, pour ce qui est de l’école, des jeux pour les cours élémentaires, une première initiation athlétique en cours moyen, et une pratique des sports d’équipe pour les cours complémentaires. Enfin, le but est aussi de contrebalancer l’influence des patronages catholiques, qui dans les années 1930 sont en partie aux mains des antirépublicains et des nationalistes. Quel est l’héritage de Jean Zay ? Son action en faveur du sport et des loisirs est en partie récupérée par le régime de Vichy, même s’il la dénature, favorise les patronages catholiques et prononce en 1942 la dissolution de la Ligue de l’enseignement, de l’Ufolep et de l’Usep. On pense également aux projets qui ne verront le jour qu’à la Libération : création du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), du Festival de Cannes (imaginé en réaction à la Mostra de Venise de l’Italie fasciste) et de l’Éna (École nationale d’administration). Dans l’espace des sports, en introduisant en 1959 une épreuve obligatoire d’EPS au baccalauréat, Maurice Herzog poursuit ce que Jean Zay avait initié avec les brevets sportifs populaires. Mais le ministre du général de Gaulle est guidé par l’idée du relèvement de la France et de sa gloire quand l’idéal de Jean Zay et Léo Lagrange était celui d’une réalisation et d’une émancipation de l’individu à travers le sport, hors de tout embrigadement, tant dans l’école qu’en club. ● Propos recueillis par Philippe Brenot (1) La circulaire du 1er février 1939 adressée aux recteurs précise que l’Usep est habilitée à « apporter sa collaboration aux autorités scolaires dans le domaine de l’éducation physique » et à « organiser, au sein des établissements scolaires, ce qui est proprement athlétisme et sport, ainsi que les compétitions et championnats entrant tant dans le cadre de chaque école que dans le cadre du département, de l’académie et de l’Université. »


Euro Nordic Walk

dossier

Du 19 au 21 juin, des milliers de marcheurs convergeront sur le plateau du Vercors pour l’Euro Nordic Walk.

Épreuves de masse, le goût du partage En pleine expansion, les épreuves de masse séduisent un public nouveau et toujours plus nombreux, davantage en quête de convivialité que de compétition. Souvent rentables pour leurs organisateurs, qu’ils soient publics ou privés, ces manifestations et leurs participants s’attachent en outre à défendre une cause, à valoriser un territoire, ou mettent en avant le côté « fun ». Enquête sur un phénomène. Juin 2015

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Des courses caritatives, festives, touristiques…

Hors compétition, une autre idée du sport ? Qu’est-ce qui fait courir ou pédaler les millions d’adeptes de courses hors stade ou de cyclosportives qui ne visent pas la victoire ? Tentative de réponse et essai d’inventaire des épreuves sur lesquelles ils s’alignent.

L’

activité n’est pas de celles qui généralement rameutent les foules, surtout en un lieu si improbable. Pourtant, du 19 au 21 juin, plus de 3000 adeptes de la marche nordique sont attendus sur le plateau du Vercors pour la 3e édition de l’Euro Nordic Walk : un événement organisé par une société privée avec le soutien de la communauté de communes du Massif du Vercors. Outre 200 000 à 400 000 € de retombées économiques immédiates, celle-ci vise le développement touristique : selon un sondage réalisé en 2014 auprès des participants, 41% ont découvert le Vercors à cette occasion et 99% pensent y revenir. Quant à la couverture média, conséquente au plan local et régional (Le Dauphiné, Télé Grenoble, France 3 Alpes),

elle culminera avec un direct dans le 20 heures de France 2. Plutôt banal en lui-même (des randonnées à la carte), l’événement sportif s’accompagnera de conférences, d’animations diverses et d’un village d’une cinquantaine d’exposants, installé à Autrans (Isère)  : inimaginable pour les équipementiers spécialisés dans le sportswear, les chaussures de marche et les bâtons de ne pas y avoir leur stand ! Ils y côtoieront des opérateurs de tourisme et des fédérations sportives comme l’Ufolep, qui y mettra en avant son offre d’activités. Au-delà de l’originalité du concept, l’Euro Nordic Walk est caractéristique de ces épreuves de masse où la dimension compétitive est, sinon totalement absente, du moins

très secondaire. Amaury Sport Organisation, géant du secteur, l’a bien compris. Depuis plusieurs années, l’organisateur du Tour de France et du Dakar propose aussi dans son catalogue des épreuves grand public qui conjuguent le « dépassement de soi » et le « partage convivial de l’effort » : toute une palette de courses hors stade (dans la foulée du très couru Marathon de Paris), d’épreuves VTT et des cyclosportives qui utilisent l’image de marque des courses vedettes du calendrier cycliste. DÉVELOPPEMENT LOCAL « À l’époque des réseaux sociaux, on ressent sans doute davantage le besoin de voir des gens. Peu d’événements le permettent, à l’exception des grands concerts et des festivals.

LE MARATHON, TOUJOURS PLUS TENDANCE Avec plus de huit millions de runners, le succès de la course

Les grands marathons urbains (Paris, Londres, New-York,

à pied ne se dément pas en France. Certes, dans ces mara-

Boston, Berlin) illustrent ce mélange entre sport, détente

thons, semi-marathons et autres 10 km, la performance

et tourisme. Ancien footeux devenu « runner » sur le tard,

importe (réaliser un temps « correct » pour les uns, ter-

Sébastien Viry, cadre commercial de 42 ans, explique dans un

miner pour les autres), mais à part égale avec le goût du

premier temps que « la masse ne lui plaît pas plus que ça ».

partage et de la découverte d’un lieu ou d’une région. S’y

Avant de nuancer : « La distance du marathon te transforme en

ajoute aussi parfois un défi personnel. « Lorsque j’ai eu

gladiateur : ça caresse l’ego ! Il y a aussi un truc énorme : les

un problème de santé l’an passé, ma compagne m’a promis

gens se retrouvent dans un rassemblement qui crée une confré-

qu’une fois remis elle m’offrirait l’inscription au marathon de

rie, un peu comme à l’armée, quelle que soit son appartenance

Barcelone, auquel j’ai participé le 15 mars dernier, explique

sociale. On court, on s’encourage, et si un gars se sent mal cinq

Victor, webmaster parisien de 29 ans. Nous avons passé trois

personnes s’arrêtent aussitôt pour l’épauler : on retrouve de la

jours sur place avec un couple d’amis, visité les Ramblas… »

solidarité dans un sport plutôt individuel. » ● B.B.

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La Limousine-André Duffraisse

Épreuves de masse, le goût du partage

Le peloton fourni de « La Limousine », l’une des épreuves du Trophée national Ufolep des Brevets de randonneur sportif.

Mais le plus qu’offrent ces épreuves sportives, c’est que les gens sont actifs et valorisés : ce sont eux les héros du jour » analyse le journaliste de sport François Thomazeau, qui souligne au passage que « ces épreuves, avec un dossard ou une inscription d’un coût compris entre 30 et 200 euros, sont très rentables ». François Thomazeau observe aussi que, «  dans le cas du cyclisme, ces épreuves évitent tout scandale lié au dopage et reviennent moins cher que des courses professionnelles où il faut payer des vedettes ». Or ces « cyclosportives » contribuent autant, sinon plus, au développement local. Créée par un modeste club du cru, « L’Ardéchoise » fidélise par exemple plus de 14 000 participants et se décline désormais sur plusieurs jours, à la grande joie des hôteliers. Le conseil général de l’Ardèche propose même une offre touristique à l’année : « Sur les routes de l’Ardéchoise »… En tant que fédération, l’Ufolep n’est pas en reste et propose un Trophée des Brevets de randonneur cycliste : sept rendez-vous choisis parmi un calendrier fédéral très fourni, avec une fréquentation moyenne qui dépasse le millier de participants. « L’Écureuil », qui clôt la saison début septembre, est ainsi le principal événement sportif de l’année pour la ville de La Souterraine (Creuse), qui il

y a quelques années avait vite remobilisé une équipe d’organisateurs un peu émoussée afin de conserver l’événement au patrimoine local… Autre exemple révélateur, celui de l’Anjou Vélo Vintage : d’abord annulée après le forfait du conseil général du Maine-et-Loire, la 5e édition de cette course rétro (seuls sont acceptés les vélos datant d’avant 1987) qui longe les bords de Loire avec quelques incursions dans le vignoble a été aussitôt « récupérée » par l’agglomération et la ville de Saumur et attend les 14 et 15 juin 30 000 amoureux de la petite reine ! COURIR POUR LA BONNE CAUSE Nés dans les années 1980 et initiés par des associations sportives, notamment Ufolep, les raids aventure mêlant plusieurs disciplines (course, VTT, tir à l’arc…) participent du phénomène. Plus récents, les trails ont également le vent en poupe et si une course aussi exigeante que l’Ultra Trail du MontBlanc est réservée aux spécialistes, beaucoup d’autres événements s’ouvrent au plus grand nombre, quitte à s’accommoder du bitume des villes, à l’image du Lyon Urban Trail et de ses 8 000 concurrents. Ce sont toutefois les épreuves classiques de course à pied qui font le plus recette, Juin 015

en particulier les marathons ou semimarathons. De nombreuses collectivités locales veulent aussi «  leur  » événement grand public, avec des distances adaptées, imaginé dans un esprit fédérateur et destiné à convaincre leurs concitoyens de se « bouger » pour leur santé : « Tout Rennes court  », «  Reims à toutes jambes  », etc. D’autres délèguent l’organisation à une structure privée, en l’occurrence ASO pour Run In Marseille ou Run In Lyon, dont l’esprit est toutefois un peu différent. Leur public est souvent assez jeune et mixte, voire volontairement uniquement féminin pour des courses telles que La Parisienne, La Toulousaine ou La Strasbourgeoise, qui affichent par ailleurs des préoccupations de santé et de bien-être. Parmi ces épreuves la tendance est aussi au charity running : ancré dans les mentalités anglo-saxonnes, celui-ci gagne du terrain en France, dons à l’appui. De leur côté, les organisateurs prélèvent sur chaque dossard une somme qu’ils reversent ensuite. Le 20 septembre prochain, la run & bike solidaire organisée au bois de Boulogne avec l’appui de la Fondation FDJ reversera 1 € par kilomètre au Secours populaire. De même, l’an passé, 900 000 euros ont été récoltés au profit d’associations lors du

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ASO

semi et du marathon de Paris : « Cela nous permet de cultiver une image citoyenne et confère de la visibilité aux petites associations peu connues du grand public » précise Édouard Cassignol, directeur adjoint aux épreuves grand public chez ASO. Techniquement parlant, ASO passe par un intermédiaire qui propose ses services aux associations, en particulier une plateforme de collecte sur Internet. Tout concurrent peut ensuite décider de courir pour telle ou telle cause en faisant passer le message à ses proches. « Un peu comme une liste de mariage », explique Édouard Cassignol (1). «  Le charity running permet de toucher des donateurs âgés de 25 à 40 ans alors que nos donateurs traditionnels sont des seniors » ajoute Antoine Huot-Marchand, responsable dons et partenariats à l’Institut Pasteur. Ces dons sont parfois en nature : le 27 septembre, le Paris-Versailles proposera de nouveau aux concurrents de donner des « baskets » neuves ou d’occasion au profit d’Africa Run, qui les redistribue à des coureurs aux pieds nus. Une bonne action qui ne nuit pas au business… Certaines associations créent même des épreuves pour s’autofinancer. C’est le cas

Marathon de Paris 2015 : arrivée du « skater » Taïg Khris pour l’association mécénat chirurgie cardiaque.

d’Agir contre le Cancer en Pays d’Arles et de son marathon des Alpilles, qui en est à sa quatrième édition. « Nous nous sommes dit que beaucoup de gens avaient pris l’habitude de courir contre le cancer, que cela permettait d’évacuer une forme de douleur » témoigne Nadine Charrière, présidente de l’épreuve et vice-présidente de l’association. Citons aussi La Course du Cœur, relais

de 750 km qui soutient les dons d’organe (4 jours et 4 nuits, entre Paris et Bourg-SaintMaurice) ou les différentes courses contre le cancer du sein fédérées par l’association Odyssea (2). FUN, FUN, FUN L’autre grande tendance des épreuves de masse est le goût du divertissement, du

CHARITÉ BIEN ORDONNÉE Les ONG les plus reconnues occupent elles aussi le terrain du

à Toulouse. Son but : récolter des fonds afin de remplacer les

charity running. Oxfam France organise par exemple le 6e

platanes qui le bordent, victimes d’un champignon micros-

Oxfam Trailwalker, les 6 et 7 juin dans le parc naturel régio-

copique…

nal du Morvan : un défi sportif et solidaire où des équipes

Côté nouveaux concepts, les organisations caritatives ne

de 4 personnes parcourent 100 km en moins de 30 heures,

manquent pas non plus d’imagination. L’Unicef, le Fonds

après avoir collecté au préalable 1500 € en mobilisant leur

des Nations unies pour l’enfance, vient ainsi d’inventer

entourage, en organisant une fête, une vente de gâteaux, etc.

l’Unicef Heroes Day, première course connectée au monde :

Même logique pour le Pandathlon écolo de la Fondation WWF

le 19 avril, partout dans le monde, « amoureux du jogging

France : là aussi, au-delà de la volonté « d’emmener les partici-

et sympathisants de la cause des enfants » étaient invités à

pants dans un haut lieu de la biodiversité afin de les sensibili-

une course de 10 km parrainée en France par Alizé Cornet,

ser durant un week-end convivial », l’événement est une façon

Renaud Lavillenie et Martin Fourcade. La nouveauté : on peut

de « toucher de nouveaux donateurs que nous n’arrivions pas

courir où on veut et quand on veut à un moment de la jour-

à sensibiliser par d’autres biais », reconnaît volontiers sa créa-

née, seul ou à plusieurs, du moment que l’on participe finan-

trice Frédérique Chegaray, directrice de la générosité publique

cièrement et que l’on est connecté via l’application mobile

du Fonds mondial pour la nature (World Wildlife Fund).

dédiée ou sa montre GPS. Délocaliser la course de masse tout

Outre la solidarité internationale (où avec ses Courses contre

en géolocalisant les participants, il fallait y songer…

la faim, notamment organisées avec les collégiens, AICF fait

Mieux encore : la Course des Héros conjointement organisée

figure de précurseur), la santé (lutte contre la mucovisci-

le 21 juin à Paris et à Lyon propose aux participants – un peu

dose, pour la greffe d’organes, etc.) ou l’écologie, la défense

comme au supermarché – de choisir la cause que l’on souhaite

du patrimoine bâti permet aussi de mobiliser, à l’image de la

défendre : « Plus de 200 causes représentées. Et vous, pour qui

première Course pour le Canal du Midi, organisée le 12 avril

courez-vous ? » interroge le site de l’organisation. ●

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Épreuves de masse, le goût du partage

«  fun  ». On connaissait le marathon du Médoc (créé en 1985) et ses pauses dégustation, ou bien encore les concurrents déguisés des Festi’Foulées d’Agen, qui en sont à leur 36e édition. Des événements aujourd’hui ringardisés par la très familiale Color Me Rad et ses concurrents généreusement aspergés, avec leur consentement, de poudre colorée (lire ci-dessous). Sur la même distance (5 km), le 23 mai les participants de l’Electric Run ont galopé en tenue luminescente sur l’hippodrome d’Auteuil, à Paris : « départ à la nuit tombante puis célébration dans la zone concert », annonçait le programme des festivités. D’autres revendiquent une approche plus «  trash  », comme les différents Mud Day (mud = boue), leur cousine l’Urban Mud Race, « militaire et solidaire » (les 13 et 14 juin au Fort de Vincennes), ou bien encore le redoutable Fisherman’s Friend Strongman Run, du nom d’une marque de bonbons mentholés plutôt corsés. Avec ses 18 km de hauteurs vertigineuses, de chocs électriques torturants, de bassins d’eau glacée et de profonds bourbiers, ce parcours du combattant pour rire séduit chaque année plus de 2000 amateurs à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Mais faut-il parler encore d’évé-

nements sportifs ou de fêtes tribales pour jeunes gens en mal de bizutage ? Comme un concurrent noyé dans la masse, il est difficile de s’y retrouver dans un tel foisonnement. Au-delà de leur diversité et du côté anecdotique ou fantaisiste de certaines d’entre elles, cet immense engouement pour des épreuves où le classement n’importe guère n’en témoigne pas moins d’une aspiration à une pratique partagée, « à un vivre ensemble » qui s’accompagne de préoccupations de santé et de solidarité. Une autre façon d’envisager la pratique sportive ? SPORT POPULAIRE « Ce phénomène d’épreuves de masse a toujours existé, nuance l’historien Serge Laget. À la Belle Époque, Henri Desgrange, patron de l’Auto et créateur du Tour de France, proposait déjà l’épreuve des “Tout Petits”, une initiation sportive qui réunissait 400 ou 500 gamins au Parc des Princes. Si le côté promotionnel n’était pas absent, il s’agissait surtout d’élargir la pratique sportive, notamment dans un esprit hygiéniste.» Au tournant du siècle, Desgrange importe aussi d’Italie les brevets Audax (grands raids cyclistes à allure régulière) et popularise

Paris-Brest-Paris : des initiatives réunissant un public d’amateurs et dans lesquelles il est permis de voir de lointains parents des cyclosportives d’aujourd’hui. Plus près de nous, on citera aussi le cross du Figaro, organisé dans le bois de Boulogne de 1961 à 2000 et qui réunît à son apogée jusqu’à 36 000 concurrents. Relooké en « Running Days du Figaro », il revient le 31 mai au parc de Saint-Cloud ! « Aujourd’hui, c’est devenu un vrai business, avec aussi une envie des participants de s’afficher sur les réseaux sociaux, constate Serge Laget. Après, on peut se demander si ce sport populaire va sauver le sport d’élite, dévoyé par l’argent et le dopage… » ● Baptiste Blanchet (1) Le système fait néanmoins grincer quelques dents, dans la mesure où les associations achètent aussi des dossards pour ceux qui souhaitent courir sous leurs couleurs. Et quand les courses sont complètes (très rapidement pour certaines), le seul moyen d’y participer est alors de courir pour une association... (2) À Chambéry (Savoie), cette course est organisée par l’association 4S, affiliée à l’Ufolep et qui propose parallèlement une pratique physique régulière à ses adhérents : pour 2015, rendez-vous était donné le 31 mai. (3) Avec un succès mitigé : 5552 participants dans 36 pays, pour 112 715 € de dons permettant de vacciner 22 543 enfants, annonce l’Unicef.

Lancée aux États-Unis et inspirée de la fête nationale indienne, Color Me Rad est une course festive de cinq

Color Me Rad 5K

COLOR ME RAD, TOURNÉE BARIOLÉE Color Me Rad attire un public jeune et féminin.

on prend des « selfies » ou l’on réalise une vidéo, car l’événement est étroitement lié aux réseaux sociaux.

kilomètres durant laquelle les parti-

Color Me Rad attire un public très

cipants, vêtus d’un tee-shirt blanc,

différent des marathons et courses

sont aspergés de poudre de fécule de

traditionnels. «  Sur les courses de

maïs de toutes les couleurs. Importé

l’an passé, le public était à 67%

en France par l’agence Iphitos, le

féminin et jeune, entre 15 et 25

concept a réuni l’an passé 30 000

ans. Ce sont rarement des coureurs

participants en quatre courses et

confirmés. Les hommes, souvent un

en annonce 100 000 cette année, pour une tournée qui pas-

peu plus âgés, viennent pour accompagner leur femme ou leurs

sera par Lyon, Rennes, Villeneuve-d’Ascq, Nantes, Clermont-

enfants. Certains enterrent leur vie de jeune fille ou de gar-

Ferrand, Toulouse, etc. « Color Me Rad est une grande fête qui

çon, d’autres fêtent leur anniversaire » explique David Mignot,

permet de courir en famille, avec des amis, de se faire plaisir »,

directeur de l’agence Iphitos.

s’est félicitée Valérie Fourneyron, députée de Seine-Maritime

Plutôt élevé, le prix d’inscription (1) comprend un kit incluant

et ancienne ministre des Sports, au lendemain de l’étape

un tee-shirt, des lunettes de soleil, un bracelet, un tatouage

rouennaise, le 19 avril. Sur Color Me Rad, on marche ou l’on

ainsi que de la poudre colorée à utiliser, après l’épreuve, lors

trottine autant que l’on court. Des mères de famille viennent

du festival de musique. Car la course se termine par une grande

avec leur enfant dans sa poussette, des personnes handicapées

fête à ciel ouvert en présence des meilleurs DJ. ● B.B.

participent en fauteuil roulant. À chaque « colour station », on s’arrête pour recevoir de la poudre colorée, ont fait la chenille,

(1) 28 € seul, 25 € avec des amis ou pour les étudiants, gratuit pour les moins de 12 ans, 30 € en dernière minute.

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« Offrir une bonne image de soi » Directeur du laboratoire de sociologie du sport de l’Insep, Patrick Mignon analyse le succès des courses de masse.

P

DR

atrick Mignon, pourquoi voiton fleurir un peu partout des épreuves sportives de masse ? Ce phénomène n’est pas seulement propre au sport. Ce principe de grand rassemblement autour de thèmes qui nous touchent tous, nous l’avons vécu lors des manifestations de soutien à Charlie Hebdo par exemple, tout comme le sentiment d’appartenance nationale a pleinement joué lors de la Coupe du monde de football en 1998. Lorsqu’il s’agit de participer à une course de masse, les motivations ne sont pas uniquement sportives. On veut bien sûr réaliser la meilleure performance possible, en tout cas donner une bonne image de soi, mais aussi passer un bon moment, rencontrer des gens. On se situe complètement dans la problématique générale qui fait de nous des individus à l’intérieur d’un collectif : on a envie de jouer un rôle, de se comparer aux

autres, de s’y confronter, mais aussi d’être admiré par ses congénères. Quelles sont les motivations des organisateurs ? Pour les collectivités locales, ça complète les festivals, les brocantes et les videsgreniers, les foires-expos ou les comices agricoles d’antan sur le calendrier. Un événement sportif de masse attire du monde sur la commune, le département, et le fait connaître. Bref, cela permet de « vendre » un territoire. Dans le cas d’un organisateur privé, il s’agit bien sûr de mettre en place un événement rentable, prestigieux, pour attirer les participants, et dès la conception viennent se greffer des marques d’équipements et d’articles de sport qui entendent parfaire leur image et augmenter leur surface de vente. Cela passe par une utilisation fine des réseaux sociaux, en récupérant par exemple des blogs de passionnés. Le succès ne finit-il pas par créer une situation de concurrence ? Exactement. Avec un risque d’engorgement, de saturation des marchés. Avec ses

déguisements et ses dégustations de vin, le Marathon du Médoc est resté longtemps à part. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et toutes ces épreuves « fun » comme le Mud Day ou la « course des couleurs » (Color Me Rad) obéissent à une logique de « marketisation ». En même temps, ces épreuves sont le reflet d’une diversification des coureurs, plus jeunes et pas forcément dans une logique de performance. Comment analysez-vous le phénomène du « charity running » ? Par différents biais, le sport a souvent contribué à la recherche de fonds : matchs de bienfaisance, vente d’objets ou de maillots, euros prélevés sur le prix d’un billet... Défendre une cause permet aussi d’attirer les annonceurs, ravis de s’associer à des valeurs positives. Enfin, à partir du moment où l’État-providence donne des signes de faiblesse et transfère ses missions aux collectivités locales, qui elles-mêmes ont de plus en plus de mal à boucler leur budget, il est logique que des associations fassent appel à des sponsors privés ou à des fondations. ● Recueilli par B.B.

Ce marathon reliant Lille à Lens, qui fêtait sa dixième édition le 17 mai, valorise la région Nord-Pas-de-Calais.

ASO

LA ROUTE DU LOUVRE, LE NORD SOUS SON MEILLEUR JOUR

« Tout est parti d’une utopie : organiser un grand événement populaire pour faire découvrir notre territoire. Une épreuve qui arrive sur le futur lieu d’implantation du Musée du Louvre à Lens, qui n’était encore qu’un terrain vague, se souvient Philippe Lamblin, président de la Ligue Nord-Pas-de-Calais d’athlétisme et co-fondateur de la course avec Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle. Dès la première édition, l’engouement a été extraordinaire. » La Route du Louvre, qui relie deux départements (Nord et Pas-de-Calais) et milite pour le classement du Bassin Minier au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, est aujourd’hui le 3e événement sportif nordiste derrière Paris-Roubaix et l’Enduropale du Touquet. L’an passé, plus de 15 000 personnes ont participé aux différentes courses organisées avec le soutien

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de la région, de la communauté d’agglomération Lens-Liévin et Lille Métropole. Sans oublier les 2 000 bénévoles mobilisés, 25 000 spectateurs sur le site d’arrivée et 40 000 le long du parcours, à qui l’on propose des packs « découverte » incluant l’hébergement et les visites du Louvre-Lens et du Palais des Beaux-Arts de Lille. La Route du Louvre engendre ainsi 1200 nuits d’hôtel, plusieurs millions d’euros de retombées et 2 h 45 de retransmission en direct sur France 3… Les communes traversées organisent des animations (fanfares, expositions de géants du Nord, majorettes, tableaux vivants, décorations) et toute la région se montre sous son meilleur profil. Enfin, côté finances, avec un prix du dossard raisonnable (40 € le marathon, 8 € le 10 km, 4 € euros la rando), la Ligue d’athlétisme dégage un bénéfice qu’elle redistribue à ses clubs. ● B.B.

Un symbole : les coureurs sur le parvis du Louvre-Lens.

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(1) 2700 participants pour le marathon, plus 1200 pour les relais, 3000 pour le 10 km et environ 9 000 pour les randonnées pédestres.


Épreuves de masse, le goût du partage

Au-delà de la diversité des événements Ufolep

Donner du sens à nos organisations Les événements organisés par les comités et les associations Ufolep sont innombrables et fort divers. Comment les réunir sous une même bannière ? souvent joué un rôle précurseur en raison de son caractère multisports. Les exemples ne manquent pas  : L’Enfert Vert de Maroilles dans le Nord et ses 4000 concurrents, Raid des Conquérants dans le Calvados, des Contrebandiers dans la Manche… Les comités et associations Ufolep sont également présents sur les trails : citons le Tour de l’Ossau dans les Pyrénées-Atlantiques (co-organisé avec plusieurs partenaires) ou le Trail des reculées à Lons-le-Saunier (Jura), événement grand public réunissant un millier de participants. Sur un registre moins « sportif » sont également organisées dans tout le réseau des randonnées nature (comme la Marensinne, dans les Landes, et ses différents circuits cyclo, VTT ou pédestre) et des animations santé et bien-être (les soirées forme fitness du Cercle Paul Bert de Rennes). Il est d’ailleurs à noter que les manifestations à vocation compétitive proposent souvent des activités loisirs destinées aux accompagnateurs et accompagnatrices. Ufolep Nord

C

omment faire en sorte que tous les événements organisés par les comités et les associations Ufolep participent davantage au rayonnement de la fédération ? L’interrogation résume la mission de réflexion sur « l’événementiel » récemment confiée à Léonor Mahé, conseillère technique nationale. « Pourquoi organiser un événement ? Il arrive que l’on en reconduise un d’année en année, par habitude, en perdant peu à peu de vue l’intention d’origine. En outre, la communication et les retombées, en termes d’image ou de notoriété notamment, ne sont pas toujours à la hauteur de l’investissement bénévole, souvent considérable » observe la CTN. Nombre d’associations et de comités Ufolep organisent des manifestations où se côtoient des pratiquants qui « jouent la gagne » ou visent la performance, le chrono, et d’autres qui veulent avant tout se retrouver, pratiquer ensemble, avec quand même bien souvent une notion de dépassement de soi. C’est le cas de toutes les épreuves cyclosportives, des courses VTT, des run & bike et autres raids nature qui mêlent diverses disciplines : orientation, course à pied, VTT, canoë, tir à l’arc, etc. Des raids où, à travers ses associations, l’Ufolep a

L’Enfer Vert de Maroilles, un raid Ufolep.

Enfin, beaucoup de comités Ufolep organisent en début ou fin de saison une manifestation destinée à mettre en évidence l’identité de la fédération, à l’image des Journées Plurisport du Cher (lire page 22). Il convient toutefois d’être clair sur la forme et le sens qu’on lui donne : s’agit-il d’un événement modeste favorisant le sentiment d’appartenance ? On restera alors dans l’entre soi. Un grand événement multisports, faisant appel aux forces vives de la fédération mais tourné vers le grand public dans un souci de faire rayonner la fédération, exige un tout autre investissement, tant dans l’organisation que la communication. ● Ph.B.

COMITÉS UFOLEP : DÉMARCHES DÉPARTEMENTALES ET RÉGIONALES Le comité Ufolep de Loire-Atlantique organise des évé-

raid nature itinérant à destination du public jeune. Un évé-

nements mettant en valeur différentes facettes de son

nement devenu pérenne (lire page 4) et dont le concept a

action. Fort du dynamisme de plusieurs associations, il

depuis été repris par le comité d’Aquitaine avec son Entr’Raid.

fédère un challenge run & bike qui manie sport nature et

Quant au comité Rhône-Alpes, il se distingue avec son Éco-

solidarité dans l’effort. Pour développer la pratique de la

Tour. Dans le sillage du Raid’Spect Nature créé il y a huit

glisse urbaine au-delà de la seule ville de Nantes, il a aussi

ans pour mettre en valeur les préceptes du développement

imaginé un « Contest Tour » en plusieurs étapes. Quant

durable dans l’événementiel sportif, l’Éco-Tour fédère des

au Raid du Quai Vert, il met le développement durable à

événements éco-responsables : des raids nature, à l’image

l’honneur.

du Raid Belette du lac d’Aiguebelette (Savoie), mais aussi le

Au niveau régional, on mentionnera le Raidy to Go de l’Ufo-

tout nouvel ElectrEnduro (VTT électrique) et plusieurs événe-

lep Île-de-France, qui en 2012 a su utiliser la caisse de réson-

ments dédiés au sport en famille. Comme quoi la diversité ne

nance des Jeux olympiques de Londres pour promouvoir un

nuit pas forcément à la clarté du message… ● Ph.B.

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Une réflexion nationale est en cours

L’Ufolep veut (re)créer l’événement À côté des nationaux à dimension compétitive, l’Ufolep souhaite affirmer sa dimension « sociétale » avec des rendez-vous grand public.

GRAND PUBLIC La fédération ne part pas de zéro en termes d’événements grand public. Elle peut s’appuyer sur l’expérience de la Move Week, manifestation de dimension européenne qui, pour sa troisième édition, a réuni l’an passé en France 26 000 participants à travers 144 micro-événements, dont 80 organisés par les associations et les comités Ufolep. Très souple, la formule d’inscription de cette « semaine de promotion de l’activité physique » permet notamment l’implication directe des associations de terrain. Mais l’Ufolep entend surtout s’inspirer du modèle du Playa Tour, tournée des plages et des plans d’eau intérieurs qui fête cet été sa neuvième édition. Au programme : pratique multisports, ateliers « citoyens » (sensibilisation aux addictions, au développement durable, etc.) et animations culturelles et festives. En une petite vingtaine d’étapes de deux à trois jours, le Playa touche chaque année plus de 20 000 personnes, titres de participation officiels (Tipo) à l’appui. « Au-delà de ce chiffre, il reste difficile de mesurer l’impact réel à moyen terme, en

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termes de gain de licenciés par exemple. Le Playa Tour n’en est pas moins une carte de visite auprès des collectivités territoriales : non seulement il met en valeur la dimension éducative et citoyenne propre à l’Ufolep, mais il démontre la capacité des comités à organiser un événement d’ampleur, à fédérer des partenaires et à offrir toute une palette d’activités. L’expérience le montre : cellesci font ensuite plus facilement appel à eux pour mettre en place des activités ou des projets » précise le DTNA. La fédération réfléchit en particulier à la façon de s’afficher sur le public des seniors. Il est également question de s’associer à la Journée mondiale des premiers secours, chaque deuxième samedi de septembre, pour mettre en valeur les capacités de formation de l’Ufolep en ce domaine. Mais le concept le plus avancé est celui de « réunion thématique territoriale », expérimenté par plusieurs comités à l’occasion de la prépaEn Jeu

T

raditionnellement, l’Ufolep organise sous la forme de compétitions de fin de saison des « nationaux » dans la plupart des disciplines qu’elle fédère. L’enjeu y est bien moindre que dans les «  championnats de France  », qui sont l’apanage des fédérations délégataires, et la convivialité souvent inversement proportionnelle à celui-ci. « Mais c’est toutefois le classement que visent en priorité les compétiteurs, généralement passés auparavant par des phases qualificatives, explique Adil El Ouadehe, directeur technique national adjoint de l’Ufolep. Et si, d’une discipline à l’autre, ces rendez-vous témoignent d’un inégal retentissement, tous appartiennent au champ “sport et éducation”. D’où notre souhait d’imaginer en parallèle des événements grand public mettant en évidence le champ “sport et société”, seconde composante de notre identité. »

Animation kourach, Playa Tour 2013.

ration de l’Université européenne du sport de Strasbourg. « Certes, il ne s’agit pas d’un événement sportif, mais d’un débat grand public autour d’une thématique “sport et société”, observe Adil El Ouadehe. Mais nous souhaitons reprendre le modèle du Playa Tour consistant à faire reposer ces projets sur une co-construction entre les comités et l’échelon national, qui apporte pour sa part un soutien financier, des outils de communication (affiches, flyers) et des partenariats nationaux. Dans le cas précis s’y ajouterait un carnet d’adresses d’intervenants susceptibles d’apporter leur éclairage sur une problématique donnée. » ● Ph.B.

PLAYA TOUR, NEUVIÈME De fin juin à fin août la 9e édition de l’Ufolep Playa Tour comportera 25 étapes. Outre les plages de la Manche, de l’Atlantique et de la Méditerranée, la manifestation visitera de nombreux plans d’eau intérieurs : Marne, Eure-et-Loir, Haut-Rhin et Bas-Rhin, Ardennes, Meuse, Creuse, région parisienne… La formule ne change pas : large éventail d’activités sportives, stands et ateliers de prévention, animations festives et concerts pour un public qui réunira estivants de passage et jeunes encadrés par des associations ou des structures partenaires. Par ailleurs, Décathlon Pro, NRJ et Apac Assurances ont renouvelé leur partenariat. ● Pour tout renseignement et pour vivre l’événement en temps réel sur les réseaux sociaux : ♯UFOLEP / ♯PLAYATOUR / @ufolepplayatour

en jeu une autre idée du sport ufolep n°17


#UFOLEP

#PLAYATOUR

www.ufolep-playatour.fr

Animations sportives et culturelles

Prévention & secourisme

UFOLEP

Playa

Tour5

Un événement éco-responsable

201

Spectacles et concerts Evénement ouvert à tous !

25 - 28 juin > Sillery (51) 27 - 28 juin > Souppes sur Loing (77) 02 - 03 jullet > Signy l’Abbaye (08) 07 - 10 juillet > Port Leucate (11) 08 - 10 juillet > Strasbourg - UES 2015 (67) 09 - 11 juillet > Voves (28) 12 - 14 jullet > Plougonvelin (29) 15 - 17 juillet > Saint Malo (35) 15 - 17 juillet > Berck-sur-Mer (62)

15 - 17 juillet > Grau du Roi (30) 18 - 20 juillet > La Seyne sur Mer (83) 20 - 22 jullet > Le Banet (08) 20 - 22 juilet > Larmor-Plage (56) 22 juillet > Saumejan (47) 23 - 24 juillet > Giffaumont -Lac du Der (55) 24 - 25 juillet > Osny (95) 28 - 29 juillet > Madine - Lac de Madine (55) 28 - 30 juillet > Bray Dunes (59)

29 jullet - 1er août > La Courneuve (93) 29 juillet - 1er août > Anzême (23) 03 - 07 août > Charleville Mézières (08) 03 - 05 août > Marville (93) 05 - 08 août > Evry (91) 06 - 07 août > Bobigny - Parc de la Motte (93) 26 - 30 août > Reims - Parc de Champagne (51)


santé

Le label santé revisité Créé en 2010 pour soutenir et valoriser l’action des associations en ce domaine, le label santé de l’Ufolep est aujourd’hui relancé.

E

n créant il y a cinq ans un label « santé », l’Ufolep souhaitait soutenir l’action des associations engagées sur ce terrain. Il s’agissait également de souligner la prise en compte du sport-santé dans l’ensemble de son réseau. Hélas, seulement une quinzaine d’associations possèdent aujourd’hui ce label alors que nous savons qu’au moins 1400 d’entre elles, disséminées sur l’ensemble du territoire, proposent des actions ou, tout au moins, s’inscrivent dans une démarche sport-santé (1). Le cahier des charges était-il trop contraignant ? S’il suffisait de renseigner un questionnaire en indiquant les actions menées, une condition préalable était de posséder déjà le label « associatif », qui lui exige plus de formalités. En l’absence d’un suivi efficace, le délai d’obtention était également trop long. Les avantages proposés étaient-ils trop peu attrayants ? Il s’agissait principalement de la dotation d’une mallette sport-santé de l’Ufolep. En outre, la communication nationale sur le label lui-même et la valorisation des associations labellisées étaient défaillantes. Quel intérêt alors de posséder ce label ? KIT SANTÉ

Alors même que la pratique physique apparait clairement aujourd’hui comme un facteur de santé et de prévention des pathologies et qu’elle est parfois prescrite sur ordonnance (comme à Strasbourg), l’Ufolep relance ce label en le rendant plus accessible et plus attractif. D’une part, l’obligation de posséder le label associatif pour prétendre au label santé est supprimée. De l’autre, la dotation est plus conséquente, avec une mallette santé et une mallette de premiers secours, mais aussi deux teeshirts « sport & santé » et cinq chasubles pour les titulaires du PSC1 (Premiers secours civiques niveau 1), afin de gagner en visibilité sur les actions. Surtout, les associations qui auront envoyé un de leurs animateurs en formation seront dotées d’un kit santé comportant un cardio-fréquencemètre (pour faire passer le test « bien-être actif » au moyen du livret numérique téléchargeable sur www.ufolep.fr), un tensiomètre (tension cardiaque), un spiromètre (pour mesurer le souffle) et un roll-up « sport-santé ». De quoi proposer des ateliers de sensibilisation au bien-être sportif. La crédibilité du label est également renforcée par des

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en jeu une autre idée du sport ufolep n°17

critères d’obtention plus précis en matière de «  prévention  », de « promotion » et surtout de «  protection  », avec une exigence de formation des animateurs. Les associations doivent en effet être à-même de prendre en compte les prescriptions figurant sur le certificat médical des personnes souffrant de pathologies. Elles doivent également posséder dans leurs rangs au moins un animateur détenteurdu PSC1 ayant suivi une formation spécifique Ufolep d’une journée : la première est organisée le 16 juin à Paris. Enfin, elles doivent préserver l’intégrité physique et psychique des personnes, s’inscrire dans la lutte contre le dopage et les conduites addictives et adapter leur offre à la diversité des publics. PRÉVENTION ET PROMOTION Concernant la prévention, les associations doivent mener des actions visant à « maintenir ou améliorer la santé des personnes », à « modifier leurs comportements pour les rendre acteurs de leur santé », ou à intégrer des personnes « en difficulté sociale » ou « à pathologie ». Concernant la promotion, il s’agit d’organiser « des manifestations sportives à thématique santé », de participer à des « événements » (conférences, débats, ateliers…) en collaboration avec le comité départemental, ou bien encore de « valoriser le label santé » auprès des acteurs extérieurs concernés. Deux autres critères sont proposés : « utiliser les supports de communication sport-santé de l’Ufolep » (livret « bien-être actif », boîte Médica-Sport) ou tout simplement « sensibiliser à une bonne hygiène de vie ». Comme il suffit de remplir au moins un critère parmi les deux axes « prévention » et « promotion », cela pourra sembler une pure formalité au regard de l’exigence de formation à des fins de « protection ». Précisons enfin que ce label Ufolep est bien évidemment réservé aux associations affiliées. ● Laurence Nadaud lnadaud.laligue@ufolep-usep.fr (1) Selon les données recueillies en 2012 à l’occasion du partenariat avec l’Imaps, institut de promotion de la santé par l’activité physique. Certaines de ces associations participent chaque année à l’opération « Sentez-vous Sport » aux côtés de leur comité départemental, voire à la Move Week à laquelle elles peuvent s’inscrire en direct.


Sécurité routière : une opportunité pour les comités

Les premiers secours s’invitent au permis de conduire La loi du 17 mars 2015 introduit une formation pratique aux premiers secours dans la préparation du permis de conduire (1). Aux comités Ufolep proposant PSC1 et activités mécaniques d’en profiter !

L

Ufolep 64

a nouvelle épreuve théorique généForts de leurs compétences humaines et rale du permis de conduire, actueltechniques en matière de sports mécalement en cours de rénovation, niques et de leur agrément en matière comprendra systématiquement une de secourisme, l’Ufolep et ses comités ne question sur le thème du comportement à doivent pas manquer l’occasion de se posiadopter en cas d’accident. Et lors de l’épreuve tionner sur ces formations qui épousent pratique, une question orale portera égapar ailleurs leurs valeurs et leur vocation lement sur ce sujet. S’agissant de la formad’éducation à la citoyenneté. Aussi l’Ufotion, les nouveaux programmes prévoient lep nationale entend-elle conjuguer ses l’apprentissage de gestes simples : protéger les efforts sur cette question de la sécurité lieux, alerter les secours, ne pas aggraver la routière en réunissant des thématiques Formation PSC1. situation des blessés et évaluer sa compétence et des projets déjà en œuvre, à savoir la à effectuer des gestes de secours. formation aux gestes de premiers secours Le cadre précis de ces formations doit être fixé prochai- (PSC1), la sensibilisation aux conduites addictives (dans nement par voie réglementaire. Mais, dès à présent, les le cadre de projets santé-bien-être) et à la sécurité roupréfectures s’engagent dans des plans départementaux tière (à travers les écoles de conduite existant déjà dans d’actions de sécurité routière (PDASR, auto et moto) ses associations de sports mécaniques). ● visant à sensibiliser aux comportements à risques sur Laurence Brien la route (vitesse excessive) et aux conduites addiclbrien.laligue@ufolep-usep.fr tives (alcool, drogues), mais aussi à l’apprentissage des gestes de premiers secours. (1) Loi n° 2015-294 (http://legifrance.gouv.fr).

L’UFOLEP SEINE-ET-MARNE EN POLE POSITION démarche de l’Ufolep Seine-et-Marne.

tenaires intervenant dans ce domaine.

Ufolep 77

Les comités peuvent s’inspirer de la

S’appuyant sur un projet de karting éducatif développé par ailleurs, le comité de

« Nous avons répondu sans tarder à l’ap-

Seine-et-Marne a construit une forma-

pel à projet de la préfecture concernant

tion sur deux jours portant à la fois sur

son PDASR, en nous appuyant notam-

l’apprentissage des gestes de premiers

ment sur notre plus grosse association,

secours et des ateliers de sensibilisation

un club de karting de Moissy-Cramayel

Karting, circuit de Moissy-Cramayel.

mis en place avec des karts électriques. En outre, la préfecture n’ignore pas que

autour duquel nous souhaitons développer un projet éducatif et pédagogique pour les enfants »

Moissy-Cramayel est une zone urbaine sensible. « Nous pro-

explique le délégué, Anthony Robert. Dans son dossier, le

posons cinq formations pour dix personnes, précise Anthony

comité n’a pas seulement mis en avant son expertise dans

Robert. Rien ne dit que notre projet sera retenu dès cette

l’organisation de formations aux premiers secours. Il l’a

fois-ci, mais notre démarche nous aura au moins permis de

reliée aux priorités identifiées par le PDASR, qui cible les

nous positionner à la fois sur la formation aux premiers

15-24 ans (parmi lesquels se recrutent les futurs candidats

secours et le karting éducatif. Et afin de lui donner toute

au permis de conduire) et met l’accent sur les comporte-

sa crédibilité, quoi qu’il arrive nous sommes déterminés à

ments dangereux sur route et les addictions. L’Ufolep 77

organiser une session, même hors de l’appel à projet lui-

n’a pas manqué de souligner sa collaboration avec des par-

même. » Un pari sur l’avenir. ● Ph.B. Juin 2015

en jeu une autre idée du sport ufolep n°17

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fédéral

AG Ufolep d’Orléans des 25 et 26 avril 2015

Une confiance renouvelée

L’adoption du rapport moral à plus de 98% traduit l’adhésion du réseau Ufolep à un projet sportif dont la dimension sociale a été réaffirmée.

L

VOTES Rapport moral : 98,83% Rapport financier : 100% Budget 2015 : 100% Tarifs statutaires : 96,30%

Philippe Brenot

orientations de la fédération et du minises assemblées générales de l’Ufolep tère des Sports (1), qui fait aujourd’hui se suivent et se ressemblent. C’est « de l’accessibilité de tous aux pratiques ce que donne à penser la confiance physiques et sportives l’une de ses prioimperturbablement renouvelée rités ». Deux projets communs illustrent depuis cinq ans par les représentants des cette identité de vue : l’application smartcomités départementaux, avec un rapport phone Tout Terrain et une action relevant moral adopté bon an mal an avec une majode la politique des territoires prioritaires. rité oscillant entre 97 et 99% : cette année, En outre, cette reconnaissance se trace fut très exactement 98,83%. À Orléans duit par « une consolidation des moyens comme à Paris l’an passé, les débats se sont humains et financiers en faveur de l’Ufoégalement déroulés dans un climat serein et lep » en dépit des « difficultés budgétaires constructif en passe de devenir la norme. Les Philippe Machu de l’État ». incertitudes liées au contexte économique ou aux adaptations territoriales ne manquent pourtant Et tant pis si de son côté le Comité national olympique pas, tandis que le vivre-ensemble, auquel l’Ufolep entend et sportif (CNOSF), l’esprit occupé par la candidature contribuer avec des pratiques centrées sur les personnes, française aux Jeux olympiques de 2024, se consacre à apparaît fragilisé dans les banlieues comme dans les zones des préoccupations plus élitistes et s’apprête à marginarurales déshéritées. Mais l’Ufolep y puise justement le sens liser encore davantage les fédérations affinitaires dans de son projet, à la fois sportif et social. Et c’est l’adhésion à ses nouveaux statuts… Cela n’empêche pas l’Ufolep de consolider sa coopération avec les collectivités territoce projet qu’expriment ces votes quasi-unanimes. riales, ni de s’inscrire dans l’accompagnement de la refonPLUS-VALUE ÉDUCATIVE dation de l’école et l’amélioration des Projets éducatifs de Dans son rapport moral puis dans son complément oral, territoire (PEdT) aux côtés de la Ligue de l’enseignement. Philippe Machu a rappelé la vocation de la fédération L’Ufolep développe également des partenariats autour du « d’agir pour installer une culture sportive qui s’adapte sport santé et des seniors (2) et réfléchit à la façon de se à la réalité des publics et contribue à faire société dans doter de nouveaux moyens à travers un projet de société un monde bouleversé par des fanatismes barbares et des coopérative d’intérêt collectif (3). égoïsmes insupportables ». Pour ce faire, elle poursuit sa CONCURRENCE EXACERBÉE structuration en deux secteurs : « sport éducation » pour la pratique associative traditionnelle, « sport et société » Dans son complément au rapport d’activité, le directeur pour l’accueil des publics en difficulté ou éloignés des technique national, Pierre Chevalier, s’est livré ensuite pratiques physiques et sportives. Sur ces deux champs, à un état des lieux détaillé. Pour commencer, il a mis « la plus-value éducative et sociale doit être notre marque en lumière la fragilité de certaines activités « traditionnelles » et les nouveaux rapports entretenus avec les fédéde fabrique » a insisté le président de l’Ufolep. Celui-ci s’est félicité par ailleurs de l’adéquation entre les rations délégataires. Clairement, la « complémentarité »

EFFECTIFS EN RECUL, FÉMININES EN HAUSSE Entre 2010 et 2014, l’Ufolep est passée de 380 000 à 352 000

catégories jeunes et enfants sont stables tandis que les

adhérents. En raison de la très forte hausse des tarifs d’assu-

effectifs féminins ont progressé, ce qui explique la parfaite

rance pour les activités moto et cyclo, la chute des effectifs

parité observée aujourd’hui sur l’ensemble des licenciés.

y a été particulièrement brutale (-13 000 en moto et -19 000

Une parité qui fait écho à la féminisation des cadres de la

en cyclo). La baisse globale enregistrée (-28 000) est toute-

fédération (50% de femmes dans l’équipe technique natio-

fois inférieure à l’addition des pertes dans ces deux activités

nale, 35% parmi les cadres départementaux et régionaux),

(-32 000), signe que d’autres activités se sont maintenues

mais qui reste toutefois à réaliser parmi les élus des comités

ou ont connu une augmentation : c’est le cas notamment

départementaux, bien que 24 de ces comités soient présidés

des écoles de sport ou des activités d’expression. D’ailleurs,

par des femmes (tout comme les comités régionaux Aqui-

si les statistiques pour les « masculins » sont en berne, les

taine et Midi-Pyrénées). ●

20

Juin 2015

en jeu une autre idée du sport ufolep n°17


Philippe Brenot

qui avait cours autrefois a cédé aujourd’hui la place à une « concurrence » exacerbée : « Des offensives sont organisées notamment par les fédérations de gymnastique et de judo, qui subissent des baisses d’effectifs dont elles nous rendent responsables, constate le directeur technique national. Ceci alors même qu’en cinq ans, rien que pour le judo nos effectifs ont fondu de moitié, passant de 8000 à 4000 licenciés ! » Outre la « crise économique », l’Ufolep subit aussi comme les autres fédérations le contrecoup de la refondation de l’école, caractérisée par le mercredi matin travaillé, ce qui a un « impact » direct pour les associations sportives intervenant sur ce créneau. En outre, les nouvelles activités périscolaires sont aussi, bien souvent, physiques et sportives : considérant que cela fait double emploi, bon nombre de parents n’inscrivent donc plus leurs enfants dans les AS… Pierre Chevalier estime toutefois que l’engagement éducatif et social de l’Ufolep fait d’elle l’un des acteurs les mieux placés pour répondre aux orientations actuelles du ministère des Sports, motivées notamment par les événements vécus par le pays en janvier dernier. « Lors d’un rassemblement national du sport pour tous organisé en mars à Reims en présence du secrétaire d’État Thierry Braillard et du directeur des sports, ce dernier a été très clair : (…) le sport pour tous, sur tous les territoires, à tout âge de la vie », s’est réjoui Pierre Chevalier, avant de rappeler les missions historiquement dévolues par l’État au sport, à côté du haut niveau : sécurité des pratiquants, préservations des valeurs et de l’éthique, lutte contre les violences, les discriminations et les inégalités d’accès, santé et formation. Des missions où l’Ufolep se retrouve complètement. « En plus de vingt-cinq ans d’activité au sein du ministère des Sports, je constate que c’est la première fois que l’on consacre une part aussi importante au sport pour tous ! » En interne, le DTN voit aussi des signes encourageants dans le développement de l’emploi au sein des équipes départementales et dans celui, encore timide, du nombre d’organisations à objet non sportif affiliées selon le mode C3S. Si cela représente aujourd’hui 127 structures (maisons de retraite, centres sociaux…) et 4 000 pratiquants, seul un tiers des comités le met en œuvre, et six d’entre eux totalisent la moitié des affiliations : la marge de progression est donc considérable !

prendre part durant l’AG. Sylvie Hirtzig, directrice de la DRJSCS Centre, apporta ensuite une touche de gravité en pointant les failles de la société française et la « rupture » observée chez les jeunes de quartiers « où le mouvement sportif n’est pas toujours présent ». Enfin, Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret et ancien ministre, salua chaleureusement la façon dont l’Ufolep « aborde conjointement le sport et l’éducation populaire ». Il invoqua ensuite de façon vibrante la figure de Jean Zay (lire page 8) pour mieux souligner la façon dont, aujourd’hui comme hier, « l’Ufolep fait vivre le sport en s’efforçant d’exercer les jeunes à la responsabilité ». Philippe Machu eut alors beau jeu de conclure, en synthétisant en quelques mots deux jours de débats sans fausse note. ● Philippe Brenot

Les débats en plénière se sont déroulés dans l’amphithéâtre de l’UFR Staps de l’Université d’Orléans.

(1) Le ministère des Sports était représenté à Orléans par Arnaud Jean, membre du service communication (et ancien adjoint à la DTN Ufolep), qui s’est exprimé en ouverture de l’assemblée générale, samedi 25 avril. (2) MGEN, Caisse nationale d’assurance vieillesse, Prévention retraite Îlede-France, association Asalée dédiée aux maladies chroniques... (3) Voir En Jeu Ufolep n°16 d’avril 2015.

UNE SITUATION PARADOXALE « Notre fédération connaît une situation ambivalente : une perte conséquente d’effectifs mais une identité qui se clarifie, une meilleure noto-

UNE PLACE ORIGINALE

riété et une reconnaissance de nos partenaires institutionnels qui se

Le dimanche, les interventions de clôture ont également conforté l’Ufolep et son positionnement original dans le paysage sportif français. Sans surprise, c’est ce que fit, dans un discours très étayé, Jean-Michel Ducomte, président de la Ligue de l’enseignement. Auparavant, Pierre Tournemire, vice-président en charge de la laïcité, avait replacé les débats actuels sur ce sujet brûlant dans le cadre des pratiques sportives, notamment en Ufolep, avec le souci de « dédramatiser » (lire page 22). Rebondissant sur ses propos, Soufiane Sankhon, adjoint aux sports du maire d’Orléans, affirma combien il se retrouvait dans les différents échanges auxquels il avait pu

traduit par une hausse de nos aides publiques, laquelle se vérifiera de nouveau en 2015. Notre situation financière est saine, avec une bonne maîtrise du budget et des dotations plus conséquentes en direction de nos comités (+ 260 000 € par rapport à 2013). Nous diversifions nos ressources et, pour la première fois, les affiliations et les licences représenteront moins de 50% de notre budget. Nous étoffons la DTN (+ 4  personnes, sans augmentation notable de la masse salariale) et notre réseau fait de même, avec plus de 80 créations d’emplois accompagnées financièrement par la fédération lors des deux derniers exercices. » ● Extrait du complément au rapport d’activité Juin 2015

en jeu une autre idée du sport ufolep n°17

21


En bref Philippe Brenot

Ateliers de proximité

L’application smartphone Tout Terrain (voir EJ Ufolep n°16, avril 2015) a fait l’objet d’une présentation en plénière puis en atelier. S’il ne les concerne pas directement, les comités ont néanmoins tout intérêt à se faire

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Juin 2015

Deux médailles d’honneur (n°160 et 161) ont été remises à Isabelle Jacquet (Nord), investie de longue date à l’Ufolep, en particulier en athlétisme et en GRS, et à Jean-Alain Lavige, président du comité du Loir-et-Cher (depuis 30 ans) et de la région Centre. La première a proposé à l’assemblée un mot de remerciement rimé, et le second un discours émouvant sur la notion de transmission, en exhortant les éducateurs, sur la foi de sa propre expérience, à laisser aux jeunes l’occasion de prendre leur place dans la société.

Finances saines

Laïcité

Prise de parole et vœu Philippe Brenot

En 2014, l’Ufolep a dégagé un résultat positif de 24 475 € (réaffecté à ses fonds associatifs), pour un budget global de plus de 4 millions d’ €. Le doigté du trésorier Daniel Guérin lui a valu le satisfécit de l’assemblée. « Une fédération bien gérée de mon point de vue » a commenté le commissaire aux comptes, Olivier Souillard.

Dimanche matin, l’intervention de Pierre Tournemire sur la laïcité et la question religieuse au regard de l’éthique sportive a été particulièrement applaudie, notamment pour ses métaphores bien troussées et des citations choisies, telles que : « La loi doit protéger la foi aussi longtemps que la foi ne demande pas à dicter la loi. » En guise de vademecum pour les associations et comités Ufolep, le vice-président de la Ligue de l’enseignement a proposé une règle des « 4 R » : se montrer « respectueux » des individus et de la diversité, « raisonnable » (c’est-à-dire inspiré par la raison et guidé par la mesure), « rigoureux (juste et positif) et « rassembleur ». Pour faire bonne mesure, il y a ajouté un ABCD : « analyser » (en hiérarchisant les valeurs), « bosser » (travailler pour dépasser les fausses évidences et bien connaître le cadre juridique), « comprendre » (se montrer à l’écoute et dans l’empathie, sans complaisance) et « dialoguer » en s’efforçant de concilier respect des personnes et exigences du collectif dans le cadre d’une approche pragmatique, qu’il

en jeu une autre idée du sport ufolep n°17

Gérard Faure (Drôme), Christian Lamouroux (Alpes-de-Haute-Provence) Rémi Calligari (Seine-et-Marne), Gilles Couture (Landes) et un représentant de la Guadeloupe se sont respectivement exprimés en tribune sur des difficultés rencontrées avec la FF Gym, sur la désertification rurale et sur des questions touchant à l’assurance ou aux activités cyclistes et mécaniques. Par ailleurs, le vœu de l’Ufolep Nord proposant d’ajouter au règlement disciplinaire la possibilité de suspendre provisoirement un sportif à titre conservatoire pour faute grave a été discuté (photo) puis voté à 99%.

Organisation hors pair Philippe Brenot

Philippe Brenot

Appli Tout Terrain

Médailles d’honneur

Philippe Brenot

Le cérémonial des débats en plénière – souvent pesant sur la durée – a été interrompu samedi après-midi par des ateliers d’une trentaine de minutes animés par l’équipe technique nationale, avec le concours d’élus ou de responsables d’activité. Chaque participant à l’AG pouvait participer à trois ateliers différents selon un mode de roulement privilégiant les échanges directs en groupe de dix à vingt-cinq personnes. Au choix : secourisme (photo), application Tout Terrain, événementiel et Université européenne du sport, Kid Bike, Plurisport, UfoMove, mode d’affiliation C3S, rapports moral et financier, Apac (avec Roger Évrard et Alain Caubet, président et directeur du service assurance de la Ligue de l’enseignement)… Particulièrement adaptée à la présentation d’initiatives nationales ou d’outils pédagogiques, la formule a été un succès. Symboliquement, le responsable national animant l’atelier n’était plus celui qui édicte ou adresse une directive depuis son bureau parisien mais celui qui s’efforce d’expliquer, d’apporter son conseil et de répondre de la façon la plus concrète possible aux questions du réseau.

s’agisse de créneaux dans les piscines, de pratiques alimentaires, de jeûne ou de prière.

les ambassadeurs d’un outil qui permet d’observer les pratiques, expertise de nature à renforcer leur crédibilité auprès des collectivités locales. Autres avantages mis en avant par Noémie Vincent, chargée de communication à la DTN : « Identifier les lieux de pratique (pour mieux choisir l’implantation de ses propres événements sportifs), et accompagner les personnes qui souhaiteraient ensuite se regrouper en association. » L’Ufolep possède l’exclusivité du service pour deux ans.

Merci à l’Ufolep Centre et à tous ses bénévoles, mobilisés durant les deux jours d’AG puis les trois jours de stage des dirigeants, pour la qualité de l’accueil et de l’organisation.


pratique

Un syndicat professionnel pour les associations employeurs Par une adhésion collective, toute association Ufolep a désormais accès aux services du Conseil national des employeurs d’avenir (CNEA).

Q

CNEA 01 41 79 59 59 www.cnea-sport.org @CNEA_SPORT

uel contrat est le mieux adapté aux éducateurs sportifs travaillant quelques heures en période scolaire uniquement ? Comment appliquer le nouvel accord sur le temps partiel de la branche du sport ? Comment financer la formation de ses salariés ? Voilà autant de questions que se posent les associations et les comités Ufolep employeurs et pour lesquelles ils trouveront réponse auprès du Conseil national des employeurs d’avenir (CNEA). Depuis 2012, les comités départementaux ou régionaux et les associations Ufolep pouvaient s’affilier au CNEA pour bénéficier de ses services. Désormais, l’affiliation à l’Ufolep y donne directement accès. Profitez-en ! Qu’est ce que le CNEA ? C’est un syndicat professionnel qui regroupe près de 5000 adhérents gérant notamment des activités éducatives, sportives, culturelles, scientifiques, sociales, de tourisme, de formation et de protection de la nature et de l’environnement. Quelles sont ses missions ? • Vous accompagner par des conseils personnalisés dans votre fonction d’employeur. Le CNEA vous informe en permanence sur les évolutions du secteur : réglementation sociale, convention collective, charges sociales et fiscales… Les adhérents bénéficient d’outils pour les aider

au quotidien : fiches pratiques, mémentos employeurs, réponses aux questions par mail, téléphone, rendez-vous individualisés, réunions d’informations dans les régions. Sur demande, le CNEA met en place des journées d’information, des audits et des formations « sur mesure ». • Porter auprès des pouvoirs publics les positions, les besoins et les préoccupations de ses adhérents en matière d’emploi, de formation, de développement du dialogue social, d’évolution de la législation du travail. • Représenter les employeurs du sport pour négocier les accords collectifs au sein de la Convention collective du sport (CCS) avec les syndicats de salariés. • Participer en tant que partenaire social à la gestion des organismes paritaires, à l’ensemble des instances de concertation et aux différentes consultations électorales professionnelles. Cinq raisons de faire appel à ses services 1. Des réponses à vos questions juridiques. 2. Un expert pour vous conseiller dans le développement de vos compétences métiers. 3. Une présence à vos côtés en région. 4. Des échanges avec d’autres employeurs de la branche du sport. 5. Le partage et la défense de valeurs communes. ● Céline Pastot, attachée de direction au CNEA

ACCOMPAGNER NOTRE RÉSEAU VERS L’EMPLOI L’Ufolep se fait une priorité d’accompagner les associations

Et si la proportion est moindre chez les associations, 15 % se

locales : ce sera l’axe fort du cinquième plan national de déve-

déclarent employeurs, soit 1300 sur 8200, un nombre qui va

loppement, qui sera présenté lors de l’assemblée générale

croissant.

2016. Mais, sans attendre, lors de l’AG d’Orléans d’avril der-

Dans le même temps, notre société se judiciarise. Aussi est-

nier, le comité directeur a proposé aux mandatés, dans le cadre

il important de pouvoir accompagner nos associations dans

du budget, de valider le principe d’une adhésion collective au

toutes les démarches liées à l’emploi.

CNEA. Cela signifie que la fédération prend à sa charge une

En outre, notre réseau utilise deux conventions collectives, celle

cotisation pour l’ensemble des structures fédérales : non seu-

de l’animation socio-culturelle et celle du sport, et le CNEA pro-

lement les comités régionaux et départementaux, mais aussi

pose un accompagnement pour l’une et l’autre.

l’ensemble des associations.

Dès la saison sportive 2015-2016, les associations pourront

L’emploi se développe au sein de notre fédération. Parmi les

donc bénéficier de ce nouveau service en s’affiliant. Tout en

comités cela représente plus de 500 postes, dont plus de cent

gardant la liberté de refuser ce service et d’adhérer si elles le

créés au cours des dix-huit derniers mois, sachant que 95

souhaitent à un autre syndicat d’employeurs. ● Pierre Chevalier, DTN de l’Ufolep

comités départementaux sur 101 sont aujourd’hui employeurs. Juin 2015

en jeu une autre idée du sport ufolep n°17

23


Ufolep 74

NATIONAL DE SKI ALPIN : 80 PARTICIPANTS AUX HOUCHES

Contact : pbrenot.laligue @ufolep-usep.fr Tél. 01 43 58 97 61

Le championnat national de ski alpin Ufolep 2015 a réuni 80 participants dimanche 5 avril aux Houches (Haute-Savoie), sur un tracé rapide et engagé. La veille, ceux-ci étaient conviés à une soirée conviviale précédée, Pâques oblige, par une chasse aux œufs. En organisant ce rassemblement sur un week-end de trois jours, la commission nationale souhaitait attirer le plus grand nombre possible de licenciés, au-delà des clubs les plus proches (Ain, Isère, Rhône et Haute-Savoie). Un objectif pas tout à fait atteint en raison d’une communication trop tardive. On constate par ailleurs que le public senior est de plus en plus attiré par cette compétition. Sur le plan pratique, les plus âgés partent les premiers et sont mis ensuite à contribution afin d’entretenir le tracé pour les jeunes… Côté sportif, c’est finalement le comité hôte

qui a remporté le challenge Cuchet, devant le Rhône. En parallèle de ce championnat, trois animateurs Ufolep ont suivi une formation Brevet fédéral 1A portant sur les compétences dans l’encadrement des « débutants et débrouillés » a également été organisée du vendredi soir au dimanche après-midi. Le but de ce stage d’une vingtaine d’heures associant contenu théorique et mise en situation sur les pistes est de former des gens capables d’animer en sécurité des séances d’apprentissage. C’était le second de l’année, un autre ayant déjà été organisé en janvier. Après une période de réinvestissement au sein de leurs associations, les stagiaires peuvent ensuite passer au BF 2, plus approfondi (une trentaine d’heures). Voire intégrer ensuite l’équipe de formateurs nationaux… Martine Ponsero

31

Ufolep Haute-Garonne

DU SPORT CONTRE LA MALADIE DE PARKINSON L’Ufolep de Haute-Garonne a organisé le samedi 31 janvier à Mondonville, près de Toulouse, une découverte d’activités physiques adaptées pour une vingtaine d’adhérents de France Parkinson. « L’après-midi a commencé par un essayage des bâtons de marche

L’Ufolep du Cher et l’association Vailly Loisirs Vélo organisaient le week-end du 8 mai la première édition des « Journées Plurisport au Château ». L’occasion d’afficher l’identité de la

Jean-Paul Thebault

CHER : JOURNÉES PLURISPORT AU CHÂTEAU fédération, comme le soulignait le communiqué de presse : « Le caractère sportif de l’événement devient secondaire pour privilégier partage, rencontre et convivialité. Favoriser la cohésion sociale, le mieux-vivre ensemble et les pratiques intergénérationnelles sont le fondement de l’Ufolep. Des activités pour tous les âges, tous les goûts ! Nous souhaitons également amener des publics parfois éloignés du sport à pratiquer une activité. » Durant ces trois jours étaient ainsi proposés, sur le site du Château de la Vallée, à Assigny : randonnées pédestres, VTT et cyclo, parcours orientation, sports innovants (tchoukball, bumball) et autres activités (jeux d’adresse, escalade, canoë, poney, tir à l’arc, golf, foot, etc.). Le tout avec une buvette-restauration rapide et pour un coût modique : de 1 € pour la multiactivité (gratuit pour les enfants) à 6 € pour les randonnées les plus longues. ●

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Juin 2015

en jeu une autre idée du sport ufolep n°17

France Parkinson

réseau

CN

Commission nationale ski et sports de neige

nordique et un échauffement, raconte l’un d’eux dans la revue fédérale de l’association. Puis le groupe s’est scindé en équipes pour évoluer sur un parcours en salle ou à l’extérieur. Chacun s’est exercé ensuite à des jeux de concentration et d’adresse (sarbacane, molky), de coordination et de coopération (kin-ball associé à une recherche de mots) et à des activités physiques de renforcement musculaire et d’étirement, puis de souplesse et de détente (tai chi, do in). Quel plaisir de découvrir ou de redécouvrir ses capacités mises en veille par la maladie, de coopérer pour faire gagner son équipe, d’interagir, de s’encourager, de se montrer autant créatif ! Pris par le jeu, nous avons autant mobilisé nos capacités motrices que cognitives, heureux de réussir ensemble à nous dépasser. » Le délégué Ufolep, François Duché, a lui-même pu observer « comment des personnes arrivées au stade de la maladie dit du “freezing”, où tout mouvement est comme bloqué, réussissent à marcher sinon à presque courir et à taper dans un ballon, comme si elles oubliaient leur maladie l’espace d’un moment ». Cette collaboration UfolepFrance Parkinson ne sera pas sans lendemain. Au nom du comité Ufolep, François Duché a participé le 11 avril à une marche organisée pour la journée mondiale de la maladie de Parkinson et assisté le 28 avril à une conférence sur les réponses thérapeutiques que l’activité physique peut apporter à la maladie. Un nouvel après-midi de pratique est également prévu en juin et l’idée est de proposer des rendez-vous plus réguliers à la rentrée (tous les mois ou tous les deux mois), voire aussi des formations « aidant-aidé » associant


47

Xxxxxxx

Pujols Rando Nature

la personne malade et l’aide qui lui est attaché dans l’apprentissage de jeux sportifs et cognitifs. Ph.B.

Ufolep Lot-etGaronne

STAGE VTT POUR UN CLUB UFOLEP DES YVELINES Les stages d’entraînement cyclistes sont à la mode : alors que le succès des Stages du soleil développés par le comité des Alpes-Maritimes ne se dément pas, l’Ufolep vient de signer une convention avec Vacances pour tous afin de proposer des séjours sportifs autour du vélo (lire page 4). Autre possibilité : l’accueil d’un club par l’un de ses homologues, situé de préférence un peu plus au Sud… C’est ainsi qu’en février une trentaine de jeunes vététistes de 11 à 19 ans du club Ufolep de Bonnières, dans les Yvelines, ont été accueillis durant une semaine en Lot-et-Garonne par le Pujols Rando Nature. Son président, Jacky

Le Pujols Rando Nature accueille les clubs VTT désireux de découvrir les chemins du Lot-et-Garonne.

Teyssedre, leur avait concocté un séjour où se mêlaient entraînements sur des circuits variés et découverte des ressources touristiques et gastronomiques de la région. Hébergés dans un poney-club, les jeunes ont également participé le dimanche à la fameuse « Rando Jacky », où ils ont remporté le trophée récompensant le club alignant le plus grand nombre de participants ! « Nous possédons plus

de 200 km de chemins entretenus pour la pratique du VTT et diverses possibilités d’hébergement collectif, repas compris. Nous sommes prêts à accueillir régulièrement des groupes de cyclistes Ufolep de tous âges et de tous niveaux, à la semaine ou sur un week-end » insiste Jacky Teyssedre, impliqué de longue date dans le développement du VTT en Aquitaine. À bon entendeur… Ph.B. Jacques.teyssedre0431@orange.fr

AMIENS (SOMME) : L’ÉQUIPE DES « MÉDIATEURS NOMADES » RENFORCÉE d’Amiens, deux éducateurs de l’Ufolep de la Somme vont chaque après-midi à la

sur deux ont obtenu le diplôme, et 22

Ufolep Somme

Depuis avril 2013, dans les quartiers nord

d’entre eux ont aujourd’hui un emploi. « Dans la mesure de ses moyens, notre ac-

rencontre des jeunes et encadrent le soir

tion s’efforce de compenser en partie la fra-

la pratique du futsal dans des gymnases

gilisation, voire l’appauvrissement du tissu

spécialement ouverts pour l’occasion. Une

associatif sur ces territoires. Le fait de la

action qui touche en moyenne une quarantaine de jeunes par soirée (1). Après deux années, l’expérience va être

mener sur la durée, en “labourant” le terLe futsal permet de nouer un lien avec les jeunes.

rain chaque jour, est important : c’est ainsi que les deux animateurs, Bouziane et José,

étendue : « Quatre autres éducateurs sont en cours de recrute-

ont su gagner la confiance de ce public, mais aussi la reconnais-

ment pour renforcer cette action où le sport est conçu comme

sance des autres acteurs sociaux, comme les Missions locales ou

un outil de médiation qui contribue à l’insertion sociale et

Pôle emploi, même si les interventions des uns et des autres ga-

professionnelle et permet d’aborder d’autres problématiques

gneraient à être mieux coordonnées » relève Stéphane Lecossois.

auxquelles les jeunes sont confrontés, comme la santé ou les

Les quatre autres animateurs sont actuellement en cours de

problèmes de logement » explique le délégué Ufolep, Stéphane

recrutement. Deux d’entre eux viendront épauler Bouziane et

Lecossois.

José sur les quartiers nord, qui représentent tout de même

Dans le prolongement du lien tissé chaque jour, un grand

25 000 habitants ! « Cela rendra possible une présence sept

tournoi a ainsi été organisé le 14 avril, avec pour slogan : « Si

jours sur sept  » souligne le délégué Ufolep, qui assure la

tu veux jouer, prends ton CV ». L’an passé, 45 jeunes avaient

gestion des animateurs. Les deux autres interviendront sur

relevé le défi. De même, à l’occasion de la réforme des rythmes

Amiens-Sud. Tous ces postes seront financés par l’État (via le

scolaires et des besoins en animateurs pour les activités péris-

dispositif adultes-relais) et par des fonds de la politique de la

colaires, trois formations au certificat de qualification profes-

Ville, dans le cadre des contrats urbains de cohésion sociale

sionnelle (CQP) animateur de loisirs sportifs ont également

(Cucs). ● Ph.B.

été organisées : 64 jeunes s’y sont inscrits, un peu plus d’un

(1) Lire le reportage paru dans En Jeu Ufolep n°10, février 2014.

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en jeu une autre idée du sport ufolep n°17

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Association : Ufolep Moselle

À Bousse, la gym ça entretient !

L’

Danielle Montanari préside le Gym-club depuis sa creation.

aventure du gym-club de Bousse a commencé dès 1970, quand l’association des parents d’élèves de l’école communale a créé en son sein une section gymnastique destinée à la fois aux enfants et aux parents. « Les activités se déroulaient dans la salle de jeux et étaient déjà animées par des cadres de l’Ufolep. Puis, en 1984, nous nous sommes constitués en association afin de prétendre à des créneaux horaires dans le complexe sportif qui venait de sortir de terre » raconte Danielle Montanari, adhérente depuis 1976, dans le sillage de ses enfants, et présidente de la section, puis du club, depuis l’année suivante. Sans interruption ! Avec le club de handball local, le Gym-club est aujourd’hui l’une des principales associations sportives de ce bourg de 3000 habitants, situé à mi-chemin de Metz et Thionville. Il compte 150 licenciés, dont une centaine d’adultes (de 17 à 77 ans) et une cinquantaine d’enfants de moins de douze ans. Les sept animatrices, toutes salariées et titulaires d’un diplôme Ufolep (voire pour certaines du Brevet d’État) proposent en tout 9 heures d’activités hebdomadaires. Pour les adultes (6 heures), la palette est variée : gym d’entretien, pilates, step, zumba, etc. Quant aux enfants (3 heures), ils font un peu de tout : gym d’entretien, GRS, rudiments de gymnastique sportive… Durant les périodes de vacances, le club contribue également aux animations « Macadam jeunesse » proposées par Jeunesse et Sports. Impliqué dans la vie locale, le Gym-club l’est aussi dans la vie fédérale : en janvier, il

Gym-club de Bousse

Dédié aux activités physiques d’entretien, le gym-club de Bousse fête ses trente ans le 19 juin avec un barbecue-anniversaire. Présentation.

Le club est issu d’une section de l’école communale.

a accueilli l’assemblée générale de l’Ufolep Moselle tandis que l’une de ses animatrices, Béatrice Arduini, est élue départementale, particulièrement impliquée dans la formation. Pour sa part, Danielle Montanari, secrétaire aujourd’hui à la retraite, a déjà donné : dans les années 1990, elle fut notamment responsable nationale de la formation APE à l’Ufolep sous le nom de madame Ochlik… La continuité, au Gym-club de Bousse, réside enfin dans la vocation exclusivement loisir d’une association qui ne participe à aucune compétition, même en Ufolep. Et si les enfants de madame la présidente ont quitté les bancs de l’école depuis belle lurette, le lien avec celle-ci demeure également sous la forme de prêts de matériel et de coups de main aux enseignants dès que ceux-ci en font la demande. ● Ph.B.

UN NATIONAL DE BADMINTON DU BOUT DU MONDE Kermarrec du Conquet (Finistère), le natio-

Lors du national, une distinction est éta-

Ufolep 29

En deux jours de compétition au complexe

blie entre les clubs à simple ou double

nal Ufolep de badminton a réuni 160 parti-

appartenance (Ufolep et FF Bad), avec

cipants répartis en 25 équipes représentant

deux classements différents. Le pre-

9 comités : Loire-Atlantique, Puy-de-Dôme,

mier a vu la victoire de Mondelange

Calvados, Essonne, Moselle, Tarn, Manche

(Moselle), et le second, réunissant les

et Nièvre, plus le département hôte. Le champion 2014, Plouarzel, remettait ainsi son titre en jeu sur ses propres terres.

clubs à double appartenance, a vu le club Deux jours de volant au Conquet (Finistère).

de Plouarzel se succéder à lui-même, devant Thouaré-sur-Loire (Loire-Atlan-

Il faut savoir qu’en Finistère le badminton Ufolep réu-

tique) et Guérigny (Nièvre).

nit 37 associations et plus d’un millier de licenciés. L’acti-

Ce championnat restera marqué par un esprit sportif remar-

vité est animée par une commission départementale qui

quable et une convivialité de chaque instant, illustrée par une

organise par le biais d’un site internet dédié (badufo-

soirée festive au centre de Beauséjour, où étaient hébergés les

lep29) des championnats sur l’année (mixtes, hommes,

compétiteurs. Et pour 2016 le rendez-vous est à Lyon, dans le

jeunes) ainsi que des challenges et de nombreux tournois.

Rhône. ●

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Olivier Rabin, délégué Ufolep du Finistère


Ufolep et Usep Marne

Instantanés

NATIONAL DE CROSS ET WEEK-END COURSE NATURE DANS LA MARNE Comment faire du national Ufolep de cross-country un événe-

à tous à partir de 16 ans (le dimanche en fin de matinée).

ment sur deux jours ? En le couplant au cross départemental

Certes, la participation à ces animations supplémentaires fut

Usep pardi ! Rendons justice au délégué Usep de la Marne, qui

modeste (une cinquantaine de participants en tout), mais

est à l’initiative de ce rapprochement et du « week-end course

l’initiative vaut la peine d’être reconduite.

nature » que les deux comités départementaux ont conjointe-

Soulignons également que cette organisation a été ren-

ment organisé les 14 et 15 mars 2015 au Parc de la Vesle, sur

due possible par l’implication de l’Entente Family Stade de

la commune de Sillery, près de Reims. Outre le cross scolaire

Reims Athlétisme et de la commune de Sillery, qui accueille

du samedi après-midi (200 enfants en piste) et le national

fréquemment des manifestations Ufolep (à l’image du

Ufolep du dimanche matin (300 concurrents venus de 13

Playa Tour) et dont le maire, Thomas Dubois, est un ancien

régions), il était également proposé une initiation à la marche

élu national… ●

Alexis Munier, agent de développement à l’Ufolep Marne

nordique (le samedi soir) et une course open gratuite ouverte

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)

histoires

Morceaux choisis K amel D aoud

L’ami d’Athènes

L

Photodisc

orsque le starter a retenti, j’ai Le stade était immense comme la créa« J’ai couru, avant même de me démarré. tion de Dieu mais les bruits y étaient mettre à penser. » J’ai démarré comme je ne encore plus gigantesques comme le l’avais jamais fait de ma vie bruit d’un océan volumineux que l’on et j’ai couru. Tête rentrée dans les retrouve entier dans l’oreille coupée épaules, pour éviter d’accrocher inutide l’un de ses coquillages : j’y voyais lement le vent, le corps tendu comme toutes les couleurs possibles et toutes un élastique entre mon numéro et la les folies et les choses qui vous rapehaie d’arrivée, le visage comme la pierre tissaient jusqu’à faire de vous un grain d’une fronde de berger, lancée d’un seul de sable impossible à numéroter au geste, après avoir été tournée dix mille creux des gradins géants. Les autres fois, d’abord dans la tête, puis au bout coureurs de fond couraient plus vite et du bras, et enfin vers la bouteille de moi je voyais devant moi les choses qui plastique qui sert de cible et de proie. empêchent tout Algérien de courir avec J’avais de mauvaises chaussures de ardeur dans le monde : lui-même, la cersport usées mais auxquelles je tenais comme un paysan titude que cela ne sert à rien, l’évidence que ceux qui ont à ses deux chèvres, un mauvais numéro qui me rappelait couru l’ont fait les premiers jours de l’Indépendance en vaguement un accident ou une malchance, un mauvais 1962, à une époque où l’histoire ressemblait à des films couloir, un mauvais peuple derrière le dos pour m’encou- de cinéma si rapides que même ceux qui n’avaient rien à rager mais dès la détonation, j’ai bien couru. Comme on faire ou n’avaient rien fait du tout semblaient courir vers me l’a appris : longues foulées, bras pliés le long des côtes, une arrivée. Un film où les lois étaient si burlesques que tête collant son oreille sur la poitrine pour retrouver le l’on pouvait posséder une chose rien qu’en la touchant rythme du cœur et les yeux ne suivant plus que la poulie le premier, devenir l’homme le plus riche en courant plus de ma seule respiration que je devais maîtriser peu à peu. vite que tous les autres vers le butin ou accaparer une « Comme on le faisait des chevaux », me disait mon entraî- maison en s’y adossant avant les autres, les restes d’un neur en me montrant, à chaque fois, et jusqu’à hier, le repas de colons à peine refroidi ou juste une chemise et gros point d’arrivée en l’entourant d’un trait au feutre voir des morts revenir après leur exécution par les colons, rouge. La cible que la main unique de mon peuple me des gens tomber des immeubles et se relever en se frotdésignait du doigt. Un moment, j’ai senti l’air chaud tant les fesses et des foules s’amasser autour d’hommes contre moi, les autres contre moi comme un courant de qui ne disaient rien et ne faisaient qu’ouvrir et refermer mer contraire ou un mauvais œil qui ne cillait jamais, leurs lèvres sur un fond de musique jouée par un pianiste j’ai senti le public contre moi, assis tout autour, jusqu’au monotone. Une ancienne histoire certes qui n’avait rien La Préface du ciel, dans les gradins, sur les nuages, mais surtout sur mes à voir avec la course de ma vie, mais toutes les histoires nègre, nouvelles, épaules ; j’ai senti mes pieds contre moi, mais j’ai couru, dans mon pays, même celles destinées aux enfants ou Babel, 140 pages, 6,70 €. avant même de me mettre à penser. celles qui expliquent les noms des villages par les sources d’eau ou celles des meurtres inexplicables, commencent par celle-ci, curieusement, à la date du 5 juillet 1962. Nous étions encore tous trop près de notre accouchement et donc trop près de la mort subite. Pourtant, si Né en 1970 à Mostaganem, journaliste et chroniqueur au Quotidien j’ai couru comme un fou ce jour-là, ce n’est pas à cause de la médaille, ni du drapeau, ni à cause de mes entraîd’Oran, Kamel Daoud est l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes nements, ni parce que je voulais m’imposer à une foule Sud, 2014, Goncourt du premier roman), où il rend toute son humaqui ne me distinguait même pas ou que j’avais avalé des nité à « l’Arabe » anonyme de L’Étranger de Camus. L’indépendance pilules interdites. d’esprit de Kamel Daoud lui a aussi valu d’être l’objet d’une fatwa, Dans mon rythme, il y avait une mécanique qui n’était pas uniquement mienne. J’avais mon explication qui faisait soulancée par un imam salafiste après qu’il ait évoqué son rapport à rire, comme chacun en avait une derrière la dernière porte l’islam sur le plateau de On n’est pas couché !, sur France 2. En 2011, à clef de sa cervelle : quelqu’un dans la longue file de mes Kamel Daoud avait publié en France un recueil de quatre nouvelles, ancêtres a couru ou n’arrête plus de le faire dans mon sang ou Le Minotaure 504, aujourd’hui réédité en poche sous son titre origime pousse à le faire pour terminer un périple dont je ne suis qu’une petite étape bavarde et un morceau qui jacasse ou le nal : La Préface du nègre. Toutes interrogent l’Algérie d’aujourd’hui simple porteur de témoin comme dans les courses à étapes. ● et sa mémoire, à l’instar de « L’Ami d’Athènes », monologue d’un © Éditions barzakh, Alger, 2008, 2010 & Sabine coureur de fond sur la piste olympique. ● Wespieser éditeur, 2011 /  © Actes Sud, 2015

CHRONIQUES ALGÉRIENNES

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je me souviens... Jérémie Moreau

) Jérémie Moreau

É Jeune auteur de bande dessinée, Jérémie Moreau a publié l’an passé « L’échange » (Delcourt, 2014, 15,95 €), second tome d’un diptyque consacré à un champion de tennis imaginaire nommé Max Winson : une remarquable parabole sur les dérives du sportspectacle, portée par un trait inventif.

cole maternelle des Sapins. La cour de récréation est un stade olympique infantile. On court, on saute, on fait du vélo, on grimpe, on lance des trucs. Moi, pas grand, je cours partout. Je cours pour attraper les autres, pour me cacher, pour ne pas devenir le « loup ». À cet âge, courir est l’allure de base. Je suis très fier parce que je suis un des plus rapides de la cour. Michael Jordan. Premier nom de sportif que j’entends dans les rangs de la maternelle. Je le confonds avec Michael Jackson et ses baignoires de Coca-Cola. Les noms de sportifs ne sont pas légion à la maison. Par contre dans le jardin il y a une table de ping-pong. Fin mai, début juin. Je vois orange et balle jaune à la télévision. Douce période de l’année durant laquelle Roland-Garros accompagne le relâchement scolaire. Mes parents me dessinent un petit tableau du tournoi. Et j’écris minutieusement les noms des vainqueurs et les scores au fil des matchs. En dehors de Roland-Garros, il faut vraiment que les événements sportifs fassent l’effet d’une bombe atomique pour qu’ils me parviennent. C’est le cas de la coupe du monde de football 1998.

Alors que nous sommes en vacances en Turquie, on assiste à la finale France-Brésil. Dans mon imaginaire c’est les gentils contre les méchants. Pourtant, tous les Turcs sont pour le Brésil. Bizarre. Du coup, on ne fait pas trop de bruit quand les Français marquent des buts. Roland-Garros 1999, finale. Medvedev contre Agassi. Je suis seul à la maison, la porte ouverte vers le jardin. Je regarde le match par intermittence, car je vais jouer au tennis contre le mur de la maison. Probablement mon suivi d’événement sportif télévisuel le plus fort. Le match dure une éternité et son scénario est digne d’un combat final de blockbuster américain. Agassi gagne 1/6, 2/6, 6/4, 6/3, 6/4. À l’école les autres grandissent, moi ce sera pour plus tard. Je ne suis plus du tout le plus rapide. Au handball, j’ai la main trop petite pour bien tirer au but. Et au tennis, je perds beaucoup trop. Tandis que je n’atteins même pas le second tableau du tournoi de tennis de Bandol, Nadal, qui a le même âge que moi, remporte son premier RolandGarros. Aujourd’hui on a 28 ans tous les deux, lui est en fin de carrière, moi je débute la mienne. ●

l’image

KODAK/photo – Herbert Archer – DR

LA VIE EN KODAK (Hazan)

À partir de 1950 et durant quarante ans, la firme Kodak a déroulé dans le hall de Grand Central, la grande gare de New York, de gigantesques panoramiques aux couleurs de l’american way of life : des « Colorama » où se glissait toujours un personnage tenant un appareil photo ou une caméra… Parmi ces images rétroéclairées sur une surface de cent mètres carrés (5,50 m de haut sur 18 m de large), le sport et les loisirs avaient la part belle. En atteste cette sélection d’une centaine d’images qui s’arrête à l’orée des années 1970 : surf, baseball, basket, ski, randonnée cycliste… Ces mises en scène à caractère publicitaire, rutilantes cousines de nos images d’Épinal, montrent une Amérique idéale, telle qu’elle souhaitait se donner à voir. Une Amérique forcément très cliché, comme celui de ces Boys-scouts faisant du canoë au camp de Massawepie, Saranac Lake, New York, projeté à partir du 27 juin 1960. ● La vie en Kodak, Colorama publicitaires des années 1950 à 1970, François Cheval et Gilles Mora, co-édition Hazan-Ville de Montpellier (à l’occasion de l’exposition présentée du 25 mars au 17 mai), 144 pages, 24,95 €.

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repères

ÉVÉNEMENTIEL, MODE D’EMPLOI

Certes, ce guide sur le Management de projets événementiels est généraliste et s’intéresse à des événements à caractère sportif, commercial (salons) ou culturel (concerts, festivals). Des événements qui se différencient également par leur lieu, leur ampleur, leur durée (de quelques heures à plusieurs jours) ou le fait que le public soit spectateur ou au contraire acteur, comme dans un raid nature. Les uns et les autres partagent toutefois des traits communs (caractère ponctuel, grand nombre de personnes accueillies). Aussi les dirigeants Ufolep qui organisent des événements sportifs ou envisagent de se lancer trouverons-ils ici des conseils fort utiles. « La très grande majorité de ces manifestations, observe Philippe Claveau, professeur associé à l’Institut d’administration des entreprises de l’Université GrenobleAlpes, est montée et

50 ANS D’UFOLEP-USEP EN SEINE-ET-MARNE Président d’honneur de l’Ufolep, Pierre Desaissement s’est penché sur l’histoire de l’Ufolep et de l’Usep en Seine-et-Marne en empruntant pour le titre de son ouvrage l’ancien slogan commun aux deux fédérations : « Une autre idée du sport ». Aidé de quelques autres plumes, Pierre Desaissement raconte « un demisiècle de bénévolat associatif » (1947-2000). Il évoque notamment son premier contact avec l’Ufolep-Usep, afin de proposer une pratique sportive aux élèves de « cours complémentaire » de Nangis, auxquels il enseignait les mathématiques, la physique et l’EPS. À travers divers témoignages défilent cinq décennies qui voient le sport associatif prendre une place croissante dans la vie locale, sous des formes renouvelées. En cela, ce livre se veut un hommage à tous ceux qui ont contribué à faire rayonner le sport loisir et le sport scolaire dans un département marqué par la durée des engagements militants et demeuré très dynamique, tant en Ufolep qu’en Usep. ● Ph.B. Une autre idée du sport, Ufolep-Usep en Seine-et-Marne, un demi-siècle de bénévolat associatif (1947-2000), éditions Claire Fontaine, coll. Biographies et témoignages, 248 p, 35 €. (contact : ufolep.usep77@wanadoo.fr)

coordonnée par des clubs au statut associatif, avec l’appui des comités départementaux ou régionaux et des collectivités locales. La principale caractéristique de ces structures est d’avoir peu ou pas de salariés (quelques « emplois jeunes ») et de confier l’organisation de ces épreuves à des bénévoles peu ou pas formés à la gestion de projet. » Formateur en marketing événementiel, titulaire d’un DESS d’économie du sport, Philippe Claveau explique comment financer un événement (budget prévisionnel, subventions, partenariats),

abonnez-vous ! EN JEU, UNE AUTRE IDÉE DU SPORT LA REVUE DE L’UFOLEP • 5 numéros par an ❒ 13,50 € (octobre, décembre, février, avril, juin) Mon adresse postale :. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .....................................................................................................................

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Je joins un chèque postal bancaire de la somme de. . . . . . . . . . . à l’ordre de EJ GIE À. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . , le. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Signature :

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Juin 2015

en jeu une autre idée du sport ufolep n°17

le planifier et l’organiser dans le respect des règlementations (autorisations administratives, assurance, droits d’auteurs musicaux, buvette). La promotion fait également l’objet d’un chapitre qui en détaille chaque aspect : marketing, plan média, relations presse, Web... Et après, une fois la tension retombée, soulagé que tout ce soit bien passé ? Surtout ne pas oublier de faire le bilan financier et un point précis sur la satisfaction du public et l’efficacité de la communication, afin d’en tirer tous les enseignements pour l’édition suivante ! Ph.B. Management de projets événementiels, Philippe Claveau, Presses Universitaires de Grenoble, nouvelle édition 2015, 272 pages, 20 €.

WINDSURF Star des bords de mer jusque dans les années 1990, en raison de l’encombrement du matériel et de sa technicité la planche à

voile a ensuite été débordée par des pratiques plus dynamiques ou plus accessibles aux débutants. Mais, « depuis les années 2000, le windsurf renaît grâce à Jim Drake, un des inventeurs-pionniers, qui révolutionne l’apprentissage en mettant au point des flotteurs beaucoup plus compacts et extrêmement stables. Voiles et mâts évoluent aussi grandement. Ainsi le windsurf est plus que jamais accessible à tous, de 7 à 77 ans » s’enthousiasme Benoît Roux, déjà auteur du guide sur le kitesurf paru chez le même éditeur. Ph.B. Windsurf, s’initier et progresser en planche à voile, Benoît Roux, Glénat, 2015, 144 pages, 15,50 €.


Benoît Debuisser-Ligue de l’enseignement / Philippe Brenot-En Jeu / Ufolep 13 / Ufolep 80 / DR

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STRASBOURG - PALAIS UNIVERSITAIRE DU 8 AU 10 JUILLET ues2015@laligue.org

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2015

www.event.ufolep.org/UES Sous le patronage de Monsieur Thorbjørn Jagland, Secrétaire Général du Conseil de l’Europe :

Sous le haut patronnage du :

Partenaires des 150 ans de la Ligue de l’enseignement :


Cet été, vivez le sport en famille avec Vacances pour tous ! Que vous soyez adeptes de la détente en famille ou passionnés de sport, Vacances pour tous vous propose 40 villages de vacances en France, à la mer, à la montagne ou à la campagne.

Quelques exemples d’activités proposées • Cani-rando aux Moussières (Jura) • Canoë à Sauméjan (Lot-et-Garonne) • Parapente à La Bourboule (Auvergne) • Marche nordique à Saint-Lary (Pyrénées) • Multisport à Saint-Lary (Pyrénées) • Plongée au Lavandou (Var) • Quad buggy à Ardes–sur-Couze (Auvergne) • Randonnée à Saint-Lary (Pyrénées) • Surf à Seignosse (Landes) • Tennis au Lavandou (Var) • Via ferrata à Buis-les-Baronnies (Drôme) • Voile et wakeboard à Hourtin (Gironde)

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Découvrez tous nos séjours sur www.vacances-pour-tous.com Vacances pour tous, 21, rue Saint-Fargeau, CS 72021, 75989 Paris Cedex 20 Tél. : 01 43 58 95 66

La Ligue de l’enseignement - Association nationale à but non lucratif reconnue d’utilité publique, adhésion ouverte à tous. Immatriculation au registre des opérateurs de voyages et de séjours n° IM075100379. Agrément ministère du Tourisme n° AG-075-95-00-63. Agrément tourisme social et familial n° 06.07.04. Garantie financière : Unat Paris. Responsabilité civile : Apac Paris. TVA FR 06 775 666 415

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* Réduction valable pour un séjour de 8 jours/7 nuits minimum, dans un village Vacances pour tous, non cumulable avec d’autres aides ou réductions (CAF, comités d’entreprise, etc.).

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EJ une autre idée du sport n° 17 - Juin 2015  

Retrouvez le n°17 de la revue En Jeu UFOLEP

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