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Gay Games

dossier Cérémonie d’ouverture des Gay Games 2014 à Akron, États-Unis.

Gay friendly, le sport ? Paris accueillera en août la 10e édition des Gay Games, événement sportif et culturel inspiré des Jeux olympiques. Certains y verront un signe de la régression de l’homophobie dans le sport hexagonal, d’autres un rappel de la difficulté pour les gays et lesbiennes à pratiquer sereinement au sein de clubs « ordinaires ». Et à l’Ufolep ? Juin 2018

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Insertion et inclusion des pratiquants LGBT

Le sport français est-il prêt à virer sa cuti* ? Du 4 au 12 août, 12 000 sportifs venus de 70 pays participeront aux Gay Games Paris 2018. Une étape supplémentaire sur la voie de l’acceptation en France des différences liées à l’orientation sexuelle ?

D

ix jours de festivités et plus de 150 compétitions sportives organisées dans 36 disciplines reprenant en partie le programme des Jeux olympiques  : cet été, l’accueil des Gay Games en France ne passera pas inaperçu. Porté par les associations sportives de la Fédération sportive gaie et lesbienne (FSGL), l’événement milite pour le respect de toutes les diversités : les Gay Games sont ainsi ouverts à tous, sans aucune distinction de sexe, de genre, d’orientation sexuelle, d’état de santé ou même de niveau sportif. Le sport, longtemps marqué par une culture très « virile », se mettrait-il à l’heure des évolutions d’une société française qui, de la

dépénalisation de l’homosexualité en 1982 à la légalisation du mariage pour tous en 2013, avance lentement mais sûrement vers une plus grande acceptation des différences liées à l’orientation sexuelle ? Et qu’en est-il dans la vie quotidienne des clubs ? Y compris à l’Ufolep, qui est partenaire de l’événement et organisera plusieurs épreuves. LES CLUBS GAYS COMME REFUGE L’existence des Gay Games, nés en 1982 à San Francisco, pose elle-même question. Pourquoi les gays et lesbiennes organisentils leurs propres événements sportifs ? Pourquoi ce besoin d’« entre soi » ? Il y a bien sûr une recherche de visibilité dans un monde

« PARFOIS, L’ÉGALITÉ EST UNE VICTOIRE » C’est le slogan retenu pour la campagne Ex Aequo, lancée en mars par la ministre des Sports pour lutter contre les discriminations. « Avec cette campagne, je veux affirmer que le sport est l’affaire de toutes et tous. Quelles que soient les singularités de chacun, nous avons tous le droit de pratiquer une activité physique ou sportive », a insisté Laura Flessel. Cette formule, « Parfois, l’égalité est une victoire », a été reprise dans l’intitulé du colloque sur la prévention de l’homophobie dans le sport organisé le 17 mai à l’Insep. Enfin, la lutte contre l’homophobie a fait l’objet d’épisodes de la minisérie Vestiaires, diffusée sur France 2 le vendredi et le samedi à 20 h 45, et de pastilles d’informations ludiques sur les réseaux sociaux via MinuteBuzz. ●

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où la norme hétérosexuelle fait loi, mais pas seulement. « C’est l’expérience de l’homophobie vécue au sein du milieu sportif ordinaire qui a conduit ces personnes à s’organiser pour pratiquer entre elles, dans des espaces bienveillants, sans subir d’insultes et de comportements homophobes », rappelle Philippe Liotard, anthropologue du sport et enseignant-chercheur à l’Université Lyon 1 (1). Autrement dit, sans les discriminations dont sont victimes les sportifs LGBT (2), il n’y aurait sans doute pas de sport gay et lesbien. La création en France en 1987 de la Fédération sportive gaie et lesbienne, qui regroupe aujourd’hui plus de 50 associations et près de 6 000 sportifs, s’inscrit dans cette logique de réaction à l’homophobie présente – même de manière latente – dans le monde sportif traditionnel. « En tant que lesbienne, pratiquer dans une association sportive LGBT m’assure une vraie tranquillité d’esprit. Je ne suis pas obligée de chercher des périphrases pour dire que j’ai passé le week-end avec ma petite amie ! Je n’ai pas non plus à supporter d’être regardée bizarrement par une majorité d’hétéros ayant d’autres codes que les miens. Et puis, au-delà d’un safe-space, le club sportif gay et lesbien constitue un lieu de sociabilité et d’émancipation pour un(e) sportif(ve) homosexuel(le) en phase de coming out qui se cherche des modèles à l’aise dans leur orientation sexuelle », confie Claire Lavalette,


Gay Games

Gay friendly, le sport ?

L’athlétisme est l’une des disciplines présentes aux Gay Games, fondés par un décathlonien américain ayant participé aux JO de Mexico. Ici à Akron (États-Unis) en 2014.

membre des Joggouines, un collectif lesbien et féministe de course à pied né en 2017. VIGILANCE COLLECTIVE « Notre club est ouvert à tous, homos et hétéros, et nous tenons à cette mixité. Mais nous assumons aussi totalement le rôle de club refuge pour des footballeurs gays qui ont eu des vécus difficiles dans des clubs classiques », avance quant à lui Bertrand Lambert, vice-président des Panamboyz United, club créé en 2013 et membre du Comité d’organisation des Gay Games (3). Avant les Panamboyz United (qui possède aussi une équipe féminine de foot à 7), c’est le Paris Foot Gay, créé en 2003 et dissout en 2015, qui le premier a tenté de sensibiliser le grand public à l’homophobie ordinaire gangrénant le milieu sportif, spécialement celui du foot. En 2009, le club a notamment médiatisé un cas d’école : le Créteil Bébel avait refusé de disputer un match contre lui en invoquant des « principes liés aux convictions religieuses de ses joueurs musulmans pratiquants ». L’écho donné à la polémique par les médias a permis une réelle avancée. « À partir de là, la dénonciation des faits homophobes a dépassé les seuls réseaux militants pour

devenir l’objet d’une vigilance collective concernant le plus grand nombre. Certains comportements et propos ont désormais été considérés comme inacceptables », insiste Philippe Liotard. En 2010, la Secrétaire d’État chargée des sports, Rama Yade, rédigeait une Charte contre l’homophobie dans le sport et proposait aux fédérations de la signer. « Depuis, les pouvoirs publics n’ont plus cessé de montrer qu’ils se sont approprié cette question de la lutte contre toutes les discriminations, dont celle envers les lesbiennes et homosexuels », conclut Philippe Liotard. LA PRESSION DU GROUPE Mais si les mentalités évoluent, elles le font à pas de tortue, et l’homosexualité est encore souvent considérée comme un « non-sujet » dans le monde sportif hexagonal. « D’après des études menées auprès de clubs sportifs masculins, il y aurait officiellement entre 0 et 1% de sportifs gays. Ce qui ne correspond évidemment pas à la réalité ! » s’exclame Anthony Mette, docteur en psychologie, formateur et chercheur associé à l’université de Bordeaux, auteur de plusieurs travaux sur les discriminations dans le sport (4). « Ce chiffre absurde témoigne Juin 2018

simplement du fait que les gays n’ont souvent d’autre choix que de se cacher au sein de leurs clubs, de dépenser une incroyable énergie pour mentir et s’inventer des vies d’hétéros. Ce qui les empêche de s’épanouir pleinement dans leur sport. » Manuel Picaud, co-président du comité directeur des Gay Games, formule d’autres hypothèses, guère plus réjouissantes. « Dans ces clubs, les gays ont pu être discriminés, mis sur le banc de touche, et ont alors fini par s’en aller d’eux-mêmes. D’autres ont pu être carrément exclus en raison de leur homosexualité, comme c’est arrivé au footballeur amateur Yoann Lemaire (5). Ou alors ils n’ont jamais rejoint ces clubs, découragés par leur réputation homophobe », se désole-t-il. Est-ce à dire que le sport est par essence homophobe ? «  Non, absolument pas, répond Antony Mette. Mais, dès son origine, il a été un sanctuaire de la tradition masculine de virilité. Ce qui, de fait, exclut toute référence, directe ou indirecte, à l’homosexualité. » Selon le chercheur, nombre de pratiquants et dirigeants sportifs seraient d’ailleurs moins homophobes qu’hétérosexistes, c’est-à-dire persuadés de la supériorité de l’hétérosexualité. Cela se traduit par des petites phrases aussi

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insidieuses que banales, prononcées par l’entraîneur ou des coéquipiers en guise de motivation. Du style : « Allez, on se bat, on n’est pas des pédés ! » Ou encore : « Montreleur que tu as des couilles, que tu es un vrai mec ! » « Ces paroles installent l’idée que l’homosexuel est un contre-modèle dont il faut à tout prix s’éloigner pour se construire en tant que garçon », explicite Philippe Liotard. « Pris par la pression du groupe, les sportifs ont tendance à sur-jouer l’attitude virile qu’on attend d’eux, à se sur-conformer aux normes de rejet et de disqualification de l’homosexualité qui ont cours dans ce milieu. Dans leur vie personnelle, hors de leur club sportif, ils se montrent en général beaucoup moins hostiles aux gays » note Anthony Mette. DES FILLES PLUS TOLÉRANTES Divers témoignages et études laissent à penser que les sportives montrent davantage de respect envers les lesbiennes que leurs homologues masculins envers les gays. « Dans tous les pays et toutes les cultures, les filles sont plus tolérantes que les garçons sur les questions de sexualité et d’orientation sexuelle, estime Antony Mette. Qui plus est, dans certains sports comme le football, les lesbiennes sont parfois, voire souvent, au moins aussi nombreuses que les hétérosexuelles.  » « Il n’est pas rare qu’une adolescente se découvrant lesbienne décide de faire du football en

club parce qu’elle sait qu’elle y rencontrera des filles comme elles, qu’elle y sera protégée et pourra éventuellement y faire un coming out dans de bonnes conditions » confirme Claire Lavalette, des Joggouines. Mais les sportives lesbiennes n’en sont pas moins implicitement invitées à rester discrètes. « Même si les lesbiennes sont très rarement victimes d’insultes homophobes au sein de leur club, il pèse sur elle une forme de contrôle. Par exemple, lors d’une fête après un match, on attend d’elles une certaine réserve, qu’elles n’embrassent pas leur copine devant tout le monde. Alors que les joueuses hétéros, elles, pourront embrasser leur copain », souligne Philippe Liotard. Par ailleurs, le fait que les lesbiennes soient parfois majoritaires dans une équipe peut aussi les desservir. « C’est une arme à double tranchant. D’un côté, cela s’avère protecteur. Mais de l’autre, cela entérine le stéréotype selon lequel les lesbiennes ne choisissent que des sports réputés masculins et que, forcément, toutes ressemblent à des hommes », déplore Claire Lavalette. COMING OUT MÉDIATIQUES Pour beaucoup, la médiatisation de figures sportives homosexuelles aiderait considérablement à faire évoluer plus rapidement les mentalités. « Quand en 2009, Gareth Thomas, capitaine de l’équipe de rugby du

Pays de Galles a fait son coming out et que le magazine l’Équipe lui a consacré un dossier entier, on a fait un pas immense. En s’exposant, cet arrière hyper-viril dans son jeu a contribué à déconstruire certains préjugés tenaces sur l’homosexuel. Des gamins et des adultes ont compris qu’un sportif homosexuel n’est pas forcément efféminé, que tout un chacun peut en côtoyer sans même le savoir et que cela ne pose finalement aucun problème », relate Philippe Liotard. Mais, jusque-là, les sportifs de renom ayant fait leur coming out sont essentiellement des Anglo-saxons. En France, il faut remonter à la tenniswoman Amélie Mauresmo, en 1999... « Pour toucher le grand public et provoquer des identifications, il faudrait qu’un sportif français connu et populaire se lance. Mais pour l’instant le tabou semble encore trop lourd », regrette Anthony Mette. PÉDAGOGIE Reste le levier essentiel de l’éducation. « Il faudrait commencer par éduquer les dirigeants et les coaches. Beaucoup ont trouvé une manière imparable d’éviter la question : pour eux, l’homosexualité relève de la vie privée et ne concerne en rien les clubs sportifs. Et puis, selon eux, il n’y a pas d’homos dans leurs rangs. Le déni, cette façon de se voiler la face, est d’une grande violence pour les homosexuels », insiste Manuel Picaud.

FIERTÉ GAY AUX JEUX DE PYEONGCHANG 2018,

plusieurs

champions

cipline, le canadien Eric Rashford

DR

Lors des Jeux olympiques d’hiver ont

lui a aussitôt apporté son soutien,

assumé sans fard leur homosexua-

photo commune à l’appui.

lité. Le patineur artistique belge

Mais l’image qui restera est celle

Jorik Hendrickx a ainsi fait son

du baiser échangé par le champion

coming out en conférence de presse

olympique de ski acrobatique Gus

à la veille de son entrée en compétition. « Je le fais par honnêteté

Le baiser de la victoire pour le skieur acrobatique Gus Kenworthy.

et ouverture, et aussi pour être un

Kenworthy avec son compagnon à l’issue de sa prestation victorieuse. « Cette image était tellement natu-

exemple et aider les gens » a-t-il déclaré, en y ajoutant le

relle qu’elle a participé à installer une forme de normalité

souhait de pouvoir désormais se concentrer sur ses perfor-

autour de l’homosexualité », observe le chercheur Philippe

mances sans plus avoir à se préoccuper des rumeurs.

Liotard. « Je ne savais pas que ce moment était filmé, mais

Son homologue américain Adam Rippon, figure reconnue de

je suis content qu’il l’ait été. Mon moi enfant n’aurait même

la communauté homosexuelle, a annoncé de son côté qu’il

pas caressé l’espoir de voir un bisou gay à la télé aux JO »,

refuserait par avance toute invitation à la Maison-Blanche

a confié Gus Kenworthy au quotidien britannique The

pour célébrer sa médaille de bronze par équipe, ceci afin de

Guardian. Avant d’ajouter : « Je pense que la seule manière

protester contre l’intolérance du vice-président Mike Pence

de mettre l’homophobie à terre passe par le changement des

envers les personnes LGBT. Médaillé d’or dans la même dis-

représentations. » ●

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L’âge mûr de nombreux dirigeants contribue peut-être à ce conservatisme. Mais les choses bougent, y compris dans les fédérations les plus traditionnelles. « Dans le cadre de l’organisation des Gay Games, nous avons eu des contacts rapprochés avec la Fédération française de football, et nous avons été agréablement surpris de leur écoute », témoigne Bertrand Lambert, des Panamboyz United. La FFF a aussi mis en place des outils pour répertorier les faits de haine et de discrimination. « Ces faits sont catégorisés et surtout nommés. Ceux concernant l’homophobie sont encore peu nombreux à remonter, mais ils ont été traités et sanctionnés, des mesures d’interdiction de stade et d’encadrement prononcées. C’est la fin de la cécité », veut croire Bertrand Lambert. Dans les manuels de formation des éducateurs et dirigeants de la FFF, plusieurs pages sont désormais consacrées aux discriminations, dont l’homophobie. La déconstruction des stéréotypes auprès des jeunes est aussi un passage obligé. « Lors de cessions de formation, nous avons rencontré de jeunes joueurs de l’Olympique de Marseille et de l’Olympique Lyonnais. Au début, beaucoup étaient totalement fermés sur le sujet de l’homosexualité et refusaient d’en parler. Mais au bout d’une heure d’échanges, les esprits semblaient s’ouvrir un peu », rapporte Bertrand Lambert. Le changement viendra enfin des gays et lesbiennes eux-mêmes. « Il faut que les sportifs homos soient fiers d’être homos, qu’ils le disent ! Plus ils l’affirmeront, plus leur

Régis Dugué

Gay friendly, le sport ?

« Le club sportif gay et lesbien constitue un lieu de sociabilité et d’émancipation. » Ici, l’équipe féminine des Panamboyz United.

situation sera considérée comme banale », encourage Claire Lavalette des Joggouines. Selon elle, pratiquer dans une association gay et lesbienne aide à gagner cette force et cette confiance. En attendant qu’un jour les clubs estampillés LGBT n’aient plus de raison d’être. ● Isabelle Gravillon *L’expression « virer sa cuti » possède deux sens : « changer complètement de comportement ou d’opinion » et « basculer de l’hétérosexualité à l’homosexualité ou inversement » (Expressio.fr). (1) Philippe Liotard a coordonné la revue « Sports et discriminations », éditée chez L’Harmattan. (2) LGBT : Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transsexuels. Certains ajoutent à ce sigle les lettres Q et I (LGBTQI) pour

« Queer » (synonyme d’altersexualité) et « Intersexe ». (3) Les Panamboyz United ont organisé en 2014 et 2016 l’opération « Lacets arc en ciel », lacets qui ont été portés par tous les joueurs des clubs de ligue 1 et 2. (4) Anthony Mette est l’auteur de Les homos sortent du vestiaire ! La fin du tabou de l’homosexualité dans le sport ? (éditions Des ailes sur un tracteur, 2015). (5) Yoann Lemaire a révélé son homosexualité en 2003 à ses partenaires du club de Chooz (08) : voir son témoignage dans En Jeu 408, juin 2007 : « Homosexualité, l’exclusion silencieuse ». Il a tiré depuis de son expérience un documentaire. Intitulé « Footballeur et homo », il sera diffusé sur France 2 et utilisé comme outil pédagogique dans les centres de formation. Pour rappel, le seul autre exemple de coming out dans le football masculin est celui de l’ex-international Olivier Rouyer, aujourd’hui consultant sur la chaîne L’Équipe. Et, chez les filles, celui de l’ex-buteuse de l’équipe de France, Marinette Pichon.

DR

« Changer les mentalités en douceur » Manuel Picaud, vous êtes co-président du comité directeur des Gay Games. Quel impact attendez-vous de leur organisation en France ? Le simple fait que Manuel Picard cette manifestation arbore le mot « gay » va forcément susciter des interrogations, des réflexions et des cheminements auprès de tous ceux qui en entendront parler. Et encore plus chez ceux qui y participeront, qu’ils soient homos ou hétéros. C’est

une manière relativement douce, presque inconsciente, de faire bouger les mentalités. Et en choisissant de sous-titrer cette dixième édition « les Mondiaux de la diversité », nous avons voulu insister sur le principe de l’inclusion : ce sont des jeux ouverts à tous et à toutes les diversités, pas seulement des jeux « pour » les gays. Nous voulons promouvoir un sport qui aide à mieux vivre tous ensemble et non pas un sport qui sélectionne les meilleurs. Les Gay Games sont aussi un laboratoire… En trente ans d’existence, les Gay Games ont toujours eu à cœur d’innover, dans Juin 2018

l’espoir d’être imités. C’est aux Gay Games qu’a été organisée pour la première fois une compétition internationale de lutte féminine, une innovation reprise depuis par la Fédération mondiale de lutte. Pour ces Gay Games 2018, la Fédération internationale de patinage a accepté d’autoriser des personnes de même sexe à concourir en couple. Qui sait si, demain, cette exception n’en sera plus une ? En football, nous permettons aussi aux femmes de jouer au sein des équipes hommes afin de promouvoir la mixité. Enfin, notre règlement donne aux personnes trans la liberté de choisir ellesmêmes le genre de la compétition à laquelle elles veulent participer. ● I.G.

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Jeux olympiques pour tous

L

es Gay Games ont été imaginés par le médecin et ex-décathlonien américain Tom Waddell, qui gardait un vibrant souvenir de sa participation aux Jeux olympiques de Mexico 1968. Et ce n’est pas un hasard si la première édition a vu le jour à San Francisco en 1982, avec 1350 participants et pour maître de cérémonie l’écrivain Armistead Maupin, fameux pour ses Chroniques de la ville emblématique de la « communauté arc-en-ciel ». Depuis, les Gay Games se déroulent tous les quatre ans (1) et demeurent fidèles au vœu de leur fondateur, décédé du sida en 1987 : permettre à tous les athlètes homosexuels, lesbiens, bisexuels et transgenres de vivre une grande compétition sportive qui soit aussi une fête, sans devoir cacher leur orientation sexuelle.

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Nés en 1982 à San Francisco, les Gay Games s’inspirent du modèle olympique autant qu’ils s’en distinguent.

COMPÉTITION ET PARTAGE « Ce qui est formidable aux Gay Games, c’est de se retrouver au départ d’un 5 000 m entre une dame très âgée, qui couvrira la distance en plus d’une heure, et une ex-athlète de haut niveau qui vous mettra plusieurs tours de piste dans la vue. Idem sur 100 m, où le béotien peut côtoyer un champion qui court en moins de 11’’, raconte une participante de l’édition 2010 à Cologne. Moi qui ai dé-

couvert l’athlétisme sur le tard, j’ai respiré aux Gay Games le parfum grisant de la compétition, avec un starter officiel et un public enthousiaste, dans une ambiance de fête et de partage. » Si les derniers de la course sont souvent les plus applaudis et encouragés, le niveau est relevé dans certains sports. En natation synchronisée, une discipline très investie

UN FESTIVAL DE DIX JOURS C’est la critique faite par certains aux Gay Games : si les compétitions sont ouvertes à tous sans devoir justifier d’un quelconque niveau sportif, l’inscription est payante. Ce à quoi Manuel Picaud répond que « plus qu’une compétition, c’est avant tout un festival de dix jours et un projet participatif. Et la participation aux frais ne représente qu’une partie du coût global de l’événement. » Ce « pack accréditation » englobe la participation aux cérémonies d’ouverture et de clôture et permet d’associer la prise en charge d’autres prestations : logement, restauration, etc. Il faut ensuite y ajouter l’inscription aux épreuves souhaitées et à divers moments festifs. Des bourses de solidarité permettront par ailleurs la participation gratuite des plus modestes, par exemple pour des réfugiés LGBT, discriminés dans leur pays d’origine. ●

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par les nageurs gays, l’équipe du Paris Aquatique est presque l’équipe de France. Et en volley-ball les transgenres thaïlandais sont réputés imbattables, plus proches du niveau international que de celui des équipes de copains qu’ils affrontent parfois lors des premiers matchs. JEUX DE LA DIVERSITÉ Tom Waddell voulait que les Gay Games contribuent à « casser les codes » et à « déconstruire une vision souvent viriliste du sport ». Un message que cette 10e édition décline en affichant pour devise « All Equal » (« Toutes et tous égaux ») et en se présentant à la fois comme des « jeux de la diversité » et « pour le respect ». « En 2017, il est toujours compliqué pour un athlète de faire son coming out et l’homosexualité demeure illégale dans plus de 70 pays, rappellent les organisateurs. Les Gay Games ont pour vocation de renforcer l’estime de soi des participants et le respect des spectateurs à l’égard de la diversité. Et cela va bien audelà de la question LGBT. » ● Ph.B. (1) Avant Paris et Hong-Kong en 2022, les éditions précédentes ont été accueillies à San Francisco en 1982 et 1986, Vancouver en 1990, New York en 1994, Amsterdam en 1998, Sydney en 2002, Chicago en 2006, Cologne en 2010, Cleveland et Akron en 2014.


Gay friendly, le sport ?

L’Ufolep est partenaire, et vous ? L’Ufolep apporte un soutien logistique à un événement qui promeut comme elle le sport pour tous. Ce qui n’exclut pas de s’interroger : nos associations sont-elles accueillantes pour les sportifs LGBT ?

A

vant même que le dossier d’organisation soit bouclé, l’Ufolep a été un partenaire de la première heure des Gay Games. « Nous avons contribué à convaincre certains décideurs encore hésitants  », souligne Adil El Ouadehe, directeur technique national adjoint en charge du secteur « sport société ». SOUTIEN LOGISTIQUE « L’Ufolep et les Gay Games partagent les mêmes valeurs de tolérance et la même approche d’un sport convivial, accessible et ouvert à tous les publics, insiste de son côté Manuel Picaud. Nous considérons également qu’une fête du sport pour tous ne peut s’appuyer uniquement sur les fédérations délégataires d’un sport unique, mais doit fédérer tous les acteurs, au premier rang desquels les fédérations affinitaires et multisport (1). » L’Ufolep a apporté son expertise en matière d’organisation d’un événement respectueux de l’environnement et du développement durable, ainsi qu’un appui logistique pour les épreuves de cyclisme et de pétanque. Celles de cyclisme se dérouleront dans les Yvelines, avec le concours du comité départemental : sur circuit à Trappes pour la route

(en ligne et contre la montre), et dans les bois qui bordent le château de Versailles et la «  pièce d’eau des Suisses  » pour le vélo tout terrain. Quant au tournoi de pétanque (discipline candidate aux JO de Tokyo 2020), il sera supervisé par la commission nationale Ufolep et se déroulera dans les arènes de Lutèce. SE QUESTIONNER « Seul bémol, il a été difficile de mobiliser notre réseau de bénévoles et d’associations pour un événement organisé durant la première quinzaine d’août. En outre, le coût d’inscription aux épreuves, qui inclut forcément la participation à diverses manifestations autour des compétitions, a pu dissuader certains de prendre part à l’événement », regrette Ludovic Trézières, délégué départemental des Yvelines et élu national de l’Ufolep. Au-delà, l’engagement de l’Ufolep est aussi une invitation adressée à ses 7 700

associations pour qu’elles se questionnent. Sont-elles vraiment accueillantes pour les personnes LGBT ? Leurs dirigeants et leurs licenciés se sont-ils jamais demandés si, parmi eux, certains ne cachaient pas leur orientation sexuelle de peur d’être ensuite regardés un peu différemment ? C’est aussi pour cela que l’Ufolep s’affiche comme partenaire d’un événement qui rejoint sa revendication d’un sport pour tous. Sans oublier que les Gay Games 2018 proposent un modèle dont Paris 2024 pourra peut-être s’inspirer pour faire des futurs Jeux olympiques la grande fête du sport que l’on attend. ● Ph.B. (1) Dont la FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail) et la Fédération française sports pour tous.

DEMANDEZ LE PROGRAMME auxquelles participera l’Ufolep seront propo-

en passant par le bowling, la danse sportive, le

Gay Games

Conférences. Du 1er au 3 août, trois conférences

judo, le roller derby et le rugby à 7.

sées dans les salons de l’Hôtel de Ville de Paris,

Événements culturels. Sont prévus des ballets,

avec pour thèmes le sport comme « outil de

un festival de cinéma, des cafés philosophiques,

lutte contre les discriminations », « source de

des chorales, un grand bal, des randonnées…

bien-être et de santé » et « levier d’accessibi-

Festivités. La cérémonie d’ouverture se dérou-

lité et d’égalité ». Ces conférences valideront un

lera le 4 août au stade Jean-Bouin, arène des

« Appel de Paris 2018 pour le sport pour toutes et tous »

rugbymen du Stade Français, et se prolongera avec une soi-

dont les 18 propositions seront rendues publiques le 11 août

rée de gala au Grand Palais. Durant toute la durée de l’évé-

en clôture des Gay Games.

nement, un village des Gay Games animera l’esplanade de

Compétitions. Du 4 au 12 août, 150 compétitions seront or-

l’Hôtel de Ville. ●

ganisées dans 36 disciplines, de l’athlétisme au volley-ball

www.paris2018.com

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Dossier en jeu ufolep juin 2018 gay friendly, le sport  

Paris accueillera en août prochain la 10e édition des Gay Games, événement sportif et culturel inspiré des Jeux olympiques. Certains y verro...

Dossier en jeu ufolep juin 2018 gay friendly, le sport  

Paris accueillera en août prochain la 10e édition des Gay Games, événement sportif et culturel inspiré des Jeux olympiques. Certains y verro...