Page 1

la commission Engagés Volontaires, Anciens Combattants Juifs du Mémorial de la Shoah

17 rue Geoffroy l'Asnier 75004 Paris  01 42 77 44 72 www.combattantvolontairejuif.org  www.englishcombattantvolontairejuif.org     www.combattantvolontairejuif.info olivier.lalieu@memorialdelashoah.org

Chers amis,

C

omme vous le savez, l’Union des engagés volontaires anciens combattants juifs, leurs  enfants et amis 1939­1945 est devenue depuis le 1er janvier 2017 la commission Engagés  Volontaires Anciens Combattants Juifs du Mémorial de la Shoah. Cette  décision  répondait  à  la  volonté  de  voir  perdurer  l’héritage  historique  et  moral  par­delà  les  générations,  comme  les  anciens  de  1914­1918  avaient  décidé  eux­mêmes  de  confier  les  rênes  de  leur association à l’UEVACJ, avant que celle­ci ne se transforme avec l’arrivée des fils et des filles  des combattants et leurs amis. C’est la chaine de la transmission qui se poursuit et dont nous sommes toutes et tous les maillons  et les acteurs. Car  le  travail  continue  !  La  plupart  des  activités  tenues  au  local  de  la  rue  du  Renard  sont  maintenues : le vitrail, la chorale, la peinture, l’atelier d’écriture, le cours de yiddish vous attendent,  de même que les sorties dans Paris, les concerts et les voyages. Surtout,  l’œuvre  de  mémoire  perdure  et  ne  va  cesser  de  s’amplifier  avec  la  circulation  de  notre  exposition  itinérante,  accompagnée  par  les  outils  pédagogiques  innovants  comme  «  La  marche  ».  Nous  vous  proposerons  aussi  une  journée  de  rencontres  et  de  témoignages  au  Mémorial  de  la  Shoah  en  novembre  prochain  pour  essayer  de  sensibiliser  les  enseignants  et  les  chercheurs  à  l’histoire héroïque des engagés volontaires.  Nous nous retrouverons nombreux pour notre traditionnelle cérémonie au cimetière de Bagneux le  15 octobre 2017. Nous espérons que vous viendrez en famille ou avec des amis pour une nouvelle  fois  rendre  un  hommage  solennel  et  nécessaire  à  la  mémoire  des  combattants  tombés  pour  la  défense  la  France  et  honorer  tous  les  engagés  volontaires  qui  ont  sacrifié  leur  vie  ou  leur  liberté  pour sauver les nôtres. Plus  que  jamais  le  souvenir  de  leurs  combats  pour  la  République  et  la  démocratie  doit  aider  à  relever les défis gigantesques qui se dressent face à nous. Venez nous retrouver et construisons ensemble l’avenir de la mémoire. Olivier Lalieu

n°20 Juin 2017


A

l'occasion de la Journée internationale pour la mémoire  de la Shoah, le 27 janvier dernier, le Mémorial de la  Shoah a réuni une centaine de jeunes venus de  différentes régions de France pour une rencontre nationale des  "Ambassadeurs de la Mémoire". La cérémonie a débuté par la visite du Mémorial des Martyrs de  la  Déportation  situé  à  la  pointe  de  l’île  de  la  Cité  derrière  la  Cathédrale Notre Dame. Après  la  visite,  ces  jeunes  encadrés  par  leurs  enseignants  ont  défilé  avec  deux  drapeaux  de  notre  UNION  jusqu'au  Mémorial  rue Geoffroy l'Asnier. Une  cérémonie  officielle  s'est  déroulée  ensuite  dans  la  Crypte  où  Alex  Halaunbrenner  et  Nicolas  Roth  ont  été  faits 

commandeurs des Palmes académiques des mains de  Madame  la  Ministre  de  l'Education  Nationale,  remise  de  diplômes  également  aux  jeunes  "Ambassadeurs  de  la  Mémoire". Durant leur séjour, les participants ont notamment pu rencontrer  des personnalités comme Joseph Joffo, Milo Adoner ou Hélène  Mouchard­Zay, et découvrir le Panthéon.  Nos  porte­drapeaux  Lucien  Bura  et  une  "Ambassadrice  de  la  Mémoire" remplaçant Paul Roche ont bien représenté ce qui est  maintenant "La Commission des Engagés volontaires, anciens combattants  juifs". Paul Roche 2


« Se souvenir de nos anciens » archives retrouvées par Ida Apeloig

Allocution d’Isi BLUM‑CLEITMAN ‑  Secrétaire général de 1944 à 1981 à notre cérémonie de Bagneux  le dimanche 7 juin 1970.

I

l y a un mois, le 8 mai dernier, les peuples qui ont  souffert du joug nazi, célébraient le 25e  anniversaire de la défaite hitlérienne.

Toutes les  manifestations  et  surtout  celles  des  Anciens  Combattants  et  Victimes de Guerre ont fait ressortir à cette occasion, le tragique bilan de la  deuxième guerre mondiale. Elle  a  coûté  au  monde  35,5  millions  de  vies  humaines,  tant  civiles  que  militaires. En France, le nombre de morts, blessés ou invalides s’élève à 1,2 million. Les  chiffres  concernant  les  ruines  causées  par  la  guerre  sont  littéralement  astronomiques.  Parmi ces dizaines de millions de morts, nous comptons six  millions  de  nos  frères  et  sœurs,  de  nos  parents,  dont  1,5  million  d’enfants  innocents.  Ils  ont  été  gazés,  brûlés  dans  les  fours  crématoires,  exterminés  dans les camps d’Auschwitz, de Treblinka, de Majdanek… Plus de 76.000 juifs ont été déportés de France, environ 3.000 sont revenus. Près de 2 millions de juifs ont participé à la guerre dans les rangs de toutes  les  armées  alliées,  dans  la  résistance  de  tous  les  pays  occupés.  Ils  contribuèrent aussi à la victoire sur l’hitlérisme.  En France, dès que le pays se trouve menacé, les juifs d’origine étrangère se  présentèrent  en  masse  dans  les  bureaux  de  recrutements  de  Paris  et  de  province.  Ils  contractèrent  un  engagement  volontaire  pour  la  durée  de  la  guerre.  Certains d’entre eux arrivés depuis peu en France, venant pour la plupart de  l’Europe  de  l’Est  et  des  pays  de  l’Europe  Centrale,  parlaient  à  peine  le  français. Ils  se  sont  spontanément  levés  pour  défendre  leur  pays  d’adoption,  ils  ont  pris  les  armes  à  la  main  pour  aller  combattre  contre  l’ennemi  de  la  liberté.  Les chefs militaires des unités d’engagés volontaires ont à maintes occasions,  souligné  le  courage,  l’esprit  combattif  et  l’héroïsme  de  ces  soldats  qui  versèrent  leur  sang  sur  les  fronts  de  1939‑1940  dans  les  secteurs  de  la  Somme,  des  Ardennes,  à  Soissons  et  jusqu’au  lointain  Narvik  en  Norvège.  Après  le  désastre  de  juin  1940,  ceux  d’entre  eux  qui  échappèrent  à  la  captivité,  rejoignirent  la  résistance  contre  l’occupant  dès  qu’elle  fut  organisée. Nombreux sont les faits d’armes de ces glorieux combattants sans  uniforme.  Leur  sang  a  été  mêlé  à  celui  de  tous  les  Français  qui  donnèrent  leur vie pour le monde soit à jamais débarrassé de la barbarie fasciste.

25 années  se  sont  écoulées  depuis  ce  jour  historique  du  8  mai  1945,  qui  consacra  la  défaite  du  nazisme.  Après  tant  de  souffrances,  de  ruines  et  de  deuils,  les  rescapés  de  l’enfer  pouvaient  à  juste  titre  espérer  que  la  guerre  serait  bannie  pour  toujours,  que  le  racisme,  l’antisémitisme  n’auraient  plus  droit de cité. Hélas, des foyers de guerre subsistent. La guerre au Viêt‑Nam se prolonge et  s’étend à présent à l’ensemble de la péninsule de l’Indochine. Trois ans après, en 1967, avec la guerre des six jours, l’escalade des violences  se produit dans le Proche‑Orient où le sang coule, malheureusement tous les  jours. Le peuple d’Israël lutte pour son existence, pour son indépendance, pour sa  souveraineté.  Israël  aspire  profondément  à  la  paix  afin  de  poursuivre  pacifiquement son œuvre créatrice dans un climat de sécurité. Pour atteindre cette paix, tellement désirée par tous les peuples concernés et  par tous les hommes à travers le monde. Les spectres hideux du racisme et de l’antisémitisme se profilent de plus en  plus à l’horizon en France et dans de nombreux autres pays. L’antisémitisme  qui se manifeste sous des formes diverses est devenu à nouveau une menace  qu’il serait dangereux de sous‑estimer. Les  discriminations  antijuives  pratiquées  en  Pologne  à  l’encontre  de  quelques milliers de rescapés, victimes de la barbarie nazie, ne peuvent que  révolter chaque homme pour lequel les termes de justice et d’humanisme ne  sont pas des mots vides de sens. Chez  nous  en  France,  les  graffitis  antijuifs  sur  les  murs  de  Paris  et  d’autres  villes  se  multiplient.  Les  «  rumeurs  »  calomnieuses  d’Orléans  se  sont  répandues  à  d’autres  villes  et  ont  trouvé  malheureusement  audience  parmi  certaines  couches  de  la  population  ;  le  groupement  nettement  fasciste  et  antisémite  «  Ordre  Nouveau  »  peut  librement  organiser  un  meeting  et  un  congrès en plein Paris, malgré les protestations de diverses organisations. Nombreux sont les criminels de guerre nazis à jouir encore de la liberté.  Le  N.P.D,  en  Allemagne  Fédérale,  groupe  les  anciens  et  les  néo‑nazis  et  propage impunément son programme typiquement hitlérien. Comment  ne  pas  évoquer  ces  faits  inquiétants  alors  que  nous  exaltons  la  mémoire de nos camarades tombés sur les champs de bataille. En  rendant  hommage  à  leur  mémoire,  nous  renouvelons  notre  serment  de  rester fidèles à la cause et aux idéaux pour lesquels ils ont versé leur sang. Nous réaffirmons notre détermination de poursuivre la lutte, leur lutte pour  la paix et pour un monde où il n’y aura plus de guerre, plus de racisme, plus  d’antisémitisme, pour un monde de fraternité et de justice. Gloire à ceux qui sont morts pour la France et pour la liberté.

3


« Se souvenir de nos anciens » archives retrouvées par Ida Apeloig

Allocution de Bernard PONS

Président de 1966 à 1976  à l' assemblée générale  du dimanche 1er avril 1973.

N

otre assemblée générale se déroule cette année sous le signe  de deux événements historiques. Premièrement, la fin de la  guerre au Viêt‑Nam, une guerre qui dura 30 ans avec tout  son cortège de deuils, de dévastations et de souffrances.  Deuxièmement,  le  25e  anniversaire  de  l’État  d’Israël.  Un  quart  de  siècle  nous  sépare  depuis  cette  date  mémorable.  Aussi  bien  en  ce  qui  concerne  la  guerre  au  Viêt‑Nam  et  la  guerre  au  Proche  Orient,  les Anciens Combattants Juifs n’ont jamais cessé d’espérer en la paix. Nous croyons fermement que la fin de la guerre au Viêt‑Nam et l’instauration d’un climat de  coexistence pacifique, aura des répercussions bénéfiques sur le conflit israélo‑arabe Après  l’odieux  massacre  de  six  millions  de  nos  frères  et  sœurs,  les  juifs  du  monde  entier  saluèrent avec une immense joie l’avènement de l’État d’Israël. Depuis cette date, notre Union a apporté à Israël son soutien permanent. Nous  avons  également  affirmé  celui‑ci  par  différentes  prises  de  position  que  nous  avons  chaque fois rendues publiques.  Une  rencontre  des  Anciens  Combattants  et  Victimes  du  nazisme  vient  d’avoir  lieu  en  Israël.  Notre Union y a participé avec deux délégués : Fridman et Schuster.  La  paix  en  général  a  toujours  été  une  de  nos  préoccupations.  C’est  dans  le  cadre  de  cette  action  que  nous  avons  participé  en  novembre  1971  à  une  «  Rencontre  pour  la  paix  et  la  sécurité  en  Europe  »  qui  s’est  tenue  à  Rome.  Le  15  avril  1972  fut  proclamé  «  Journée  européenne  pour  la  paix  ».  Il  s’agissait  de  populariser  dans  toute  l’Europe,  l’appel  lancé  à  Rome à tous les peuples.  Dans  le  cadre  de  cette  initiative,  parmi  les  délégations  qui  se  sont  rendues  chez  diverses  personnalités  politiques,  culturelles,  nous  avons  participé  notamment  à  une  délégation  qui  s’est rendue chez Monsieur Jacob Kaplan, Grand Rabbin de France. Nous ne pouvons pas ne pas vous informer de la réunification du monde ancien combattant  sur  le  plan  national,  qui  s’est  exprimé  récemment  par  l’affiliation  à  l’U.F.A.C.  de  la  grande  Fédération d’Anciens Combattants et Prisonniers de Guerre qui compte 600.000 adhérents. Si nous vous entretenons de ce sujet, c’est que nous sommes partie intégrante de la belle et  grande famille des anciens combattants du pays.  Toutes nos actions ont toujours été soutenues par l’ensemble des anciens combattants. Nous  enregistrons avec beaucoup de satisfaction la rencontre de la F.M.A.C. (Fédération Mondiale  des  Anciens  Combattants)  le  16  février  dernier  à  la  Haye  avec  la  F.I.R.  (Fédération  Internationale des Résistants).  Un  large  échange  de  vues  s’est  déroulé  dans  un  climat  de  grande  compréhension  les  possibilités de renforcer la coopération entre toutes les organisations d’anciens combattants  et victimes de guerre, notamment en Europe. Quant à nous, nous nous engageons à tout faire  pour  conserver  notre  unité  et  à  agir  avec  les  anciens  combattants  pour  l’entente  entre  les  peuples et pour la paix dans le monde.  Avant de conclure, je voudrais attirer votre attention, sans vouloir empiéter sur les éléments  du rapport de notre Secrétaire général, sur l’importance de l’existence même de notre Union 

et sur ses multiples activités et réalisations.  Notamment dans le domaine de la défense des  droits, les commémorations en hommage à nos morts, la lutte contre l’antisémitisme, la lutte  pour  la  paix  et  surtout  les  réalisations  sociales  et  plus  particulièrement  le  rayonnement  toujours plus grand de notre maison de repos à Levens. Restons tous unis pour continuer notre belle œuvre au profit de tous. 

DANS LA TOURMENTE DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE ! Notre peur s’est amplifiée tout au long de cette campagne, en entendant les propos  racistes, antisémites ressurgirent. Une fois de plus nous étions atteints, blessés par  ces  slogans  xénophobes,  racistes,  qui  occupaient  et  prenaient  place  dans  les  discours  de  l’extrême  droite.  Ils  ont  même  remis  en  cause  les  déclarations  du  Président  Jacques  CHIRAC  en  1995  à  la  cérémonie  du  vél’d’hiv,  et  bafoué  ses  propos.  Comment  ne  pas  transmettre  notre  inquiétude  à  notre  entourage,  alors  que  notre enfance s’est déroulée dans les années sombres de la guerre. Nous avons pris part à deux cérémonies du souvenir en ces 30 avril et 8 mai devant  deux  plaques  apposées  sur  les  murs  de  maisons  à  Livry  Gargan  et  Andrésy  où  vécurent quelques années des orphelins de la Shoah. Au  cours  de  ces  cérémonies  des  officiels  :  Député,  Maires,  ont  également  marqué  leur  inquiétude  et  rappeler  la  circonstance  de  l’arrivée  du  nazisme  en  1933  en  Allemagne. Nous  avons  été  touchés  par  leurs  déclarations  solidaires  de  nos  inquiétudes,  très  proches  de  nous.  Nous  ne  serons  pas  seuls  à  combattre  ce  renouveau  raciste  et  antisémite. Emile  Jaraud  qui  a  vécu  dans  ces  deux  maisons  a  évoqué  cette  enfance  après  la  guerre.  Nous  en  citons  quelques  extraits  :  «  Nous  étions  dans  ce  pavillon  une  quarantaine  d’enfants juifs. Enfants de déportés gazés à Auschwitz, enfants  de résistants, enfants de fusillés, enfants d’engagés volontaires  morts  au  combat,  nous  étions  ces  enfants  cachés,  miraculés,  survivants,  sauvés  grâce  à  cette  France  admirable  d’accueil  et  de  tolérance,  sauvés  grâce  aux  justes  dont  les  noms  sont  gravés  dans  le  marbre  au  Mémorial  de  la  Shoah.  J’ai  vécu  ici  cet  âge  difficile  de  l’adolescence  entouré  d’une  fratrie  lourdement chargée d’un terrible passé…. Mon  vote  aujourd’hui  ?  C’est  le  vote  d’un  grand  père  libre  et  heureux, mais perturbé et inquiet. J’entends à nouveau éructer  la radio de vichy sous l’occupation nazie, j’entends comme des  bruits de bottes, les cris de haine contre l’étranger…… Je  n’ai  pas  d’explication  rationnelle  pour  expliquer  pourquoi  sur  dénonciations  d’honnêtes  voisins,  en  1942  la  police  est  venue  arrêter  mes  Parents,  pourquoi  j’ai  porté l‘étoile jaune à sept ans, pourquoi je n’ai pas été gazé avec les 10 000 enfants  exterminés avec leurs parents…. Voilà pourquoi je suis inquiet ! Alors en inaugurant  cette  plaque  commémorative,  il  faut  y  voir  un  symbole,  ne  pas  oublier  ce  terrible  passé, notre histoire …. » Alors dans cette tourmente, ne cessons pas de transmettre  l’histoire courageuse et héroïque de nos Pères Engagés Volontaires en 1939". Rose Jaraud

4


8 mai 1945 – Capitulation du Reich !

72ème anniversaire de la victoire sur l’Allemagne ! 

S

ouvenons­nous, nous  n’étions  encore  que  des  enfants  et  ces  moments  nous  les  avons  vécus,  selon  les  lieux  dans  lesquels  la  plupart  d’entre  nous  vivions  cachés  par  les  familles  nourricières  qui  nous  avaient  hébergés  et  selon  les  circonstances  qui  en  découlaient.   Septembre  1939  –  «Mon  père  est parti à la guerre ». 

Dès l’invasion  de  la  Pologne,  tout  comme    25  000  jeunes  juifs  étrangers  vivant  sur  le  sol  de  France, mon père, Mayer Shulim  GOLDSZTAJN,  s’engage  pour  la  durée  de  la  guerre  dans  les  rangs  de  l’armée  française pour combattre l’occupant fasciste. Après avoir fait ses « classes » à La  Valbonne, il est intégré au 11ème REI de la Légion Etrangère.  Son  départ  me  désempare.  Il  avait  assumé  le  double  rôle  de  père  et  de  mère  durant  le séjour de près d’une année de ma mère en milieu hospitalier et je lui ai  évidemment toujours été très attachée.  Les souvenirs m’assaillent, par rafales des paysages, des visages, des voix, des  noms,  des  ébauches  de  phrase  bousculent    ma  mémoire,  difficile  de  faire  un  tri  pour  n’extirper  que  quelques  unes  de  ces  images    fragmentées,  miroir  de  ma  mémoire,  difficile  de  raconter  en  quelques  pauvres  mots  le  cheminement  de  ce  temps de vie qui a tant duré jour après jour, ces  temps  que  nous  avons  subis  comme  seuls  les  enfants ont en eux cette capacité de subir.  1er  Avril  1940  –  Naissance  de  ma  petite  sœur  Ida.  Nos  concierges  ont  bien  voulu  me  garder  pendant  l’absence  de  maman  qui  a  duré  quinze  jours. Je garde un curieux souvenir de ce couple  de  personnes  âgés  qui  travaillaient  dans  leur  petit  logement  pour  «  Gillette  »,    travail  qui  consistait  à  ranger,  dix  par  dix,  les  lames  de  rasoir  dans  leurs  petits  étuis  en  carton,  je  me  souviens  m’être  amusée  à  les  aider…tout  comme  des  grands  parents,  ils  m’avaient  adoptée et j’ai partagé leur petite vie.  Juin  1940  ­  Deux  mois  plus  tard,  les  allemands  entraient  librement  dans  Paris  ville  ouverte,  c’était  la  défaite.  Papa  prisonnier  de  guerre  est  relégué dans un stalag en Allemagne. Je n’ai que  7  ans  mais  je  suis  devenue  une  grande  et  par  nécessité, l’écrivain de la famille.  C’est  par  mes  courriers,  sur  les  formulaires  de 

petit format  délivrés  en  nombre  restreint,  astreints  à  la  censure  allemande  appliquée  par  tampon  et  la  photo  médaillon  faite  au  Studio  Ménilmontant  que  mon père fera connaissance de la petite Ida.  1941­1942  ­  En  son  absence,  l’argent  commence  à  faire  défaut.  Cette  situation  ne peut pas durer.  Il  faut  subvenir  à  nos  vies  et  surtout  avoir  le  moyen  de  payer  le  loyer  à  Mr  Malaisis,  le  propriétaire  du  logement  de  deux  pièces  en  entresol  au  8  de  la  rue  Champlain,  rue  qui  menait  de  la  rue  des Amandiers  à  la  rue  Sorbier,  petite  rue  de  mon  enfance que j’évoque avec tendre nostalgie. Virulent et menaçant, il  prévient maman qu’il  la  dénoncera  pour  marché  noir  si  elle  ne  lui  règle  pas  le  loyer  dû.  Maman  ne  lui  ayant  toujours  pas  régler  le  loyer  du  mois,  il  finira  par  mettre  sa  menace  à  exécution.  Je  me  souviens.

Je suis de retour de l’école, il doit être midi, maman  donner à mange à Ida assise sur ses  genoux, soudain, poussant la porte fenêtre,  deux inspecteurs font irruption. Terrifiée, Ida 

se met  à  hurler  !    «  Vous  lui  avez  fait  peur,  elle  n’a  pas  l’habitude  de  voir  des  hommes à la maison,  mon mari est parti à la guerre et maintenant je suis seule  avec mes enfants ».  Sous la table, un sac de jute attire leur attention « c’est du  charbon pour l’hiver ». Le sac rempli de pommes de terre était le produit de son  marché dit  « noir ». Maman, d’où t’est venue cette réplique ?  Ont­ils cru à ton  mensonge ?   Ils  ont  fini  par  repartir,  je  les  ai  entendus  discuter  entre  eux,  c’est  une  pauvre  femme  …  Cette  scène,  si  je  savais  peindre,  je  pourrais  la  reproduire  dans  ses  moindres  détails.Presque  aussitôt,  maman  s’est  résignée  à  laisser  Ida  chez  les  Piétrechko,  nos  amis  polonais  de  Nesles  la  Vallée.  Elle  y  a  vécu  une  année,  jusqu’à la rafle du Vel d’Hiv. Mme Pietrochko était pour elle « maman 2 »… elle  m’a manquée ma petite sœur, c’était très triste sans elle à la maison.  Heureusement, tous les dimanches nous allons la voir. De la gare du nord par le  premier train du matin, changement à Valmondois et par le petit tacot qui faisait  omnibus,    nous  arrivons  couvertes  d’escarbilles  à  la  gare  de  Nesles  la  Vallée  !  Chemin de retour, prendre le train tôt dans l’après­midi pour arriver à Paris avant   le couvre­feu.  Mais  il  y  eut  un  soir  où    pour  je  ne  sais  quelle  raison,    nous  sommes  rentrées  après  l’heure  du  couvre  feu.  De  la  gare  du  Nord  jusqu’à  la  maison,  nous  avons  fait le chemin à pied. Un arrêt dans chaque immeuble,  un coup d’œil dans la rue,  pas  d’uniformes  en  vue,  nous  pouvons  continuer,  ainsi  jusque  dans  nos  rues  familières …  Ménilmontant, les Cendriers, les Panoyaux, les Amandiers et enfin  ma rue Champlain,  la maison, l’abri. Cette  «  partie  de  cache  cache  »  dans  les  rues  de  Paris  fait  partie  des  évènements  qui  ont  fort  perturbé  mon  enfance.  Celui  qui  s’est  déroulé  dans  le  métro en fait partie également. Nous descendons vers la station Père Lachaise,  le  portillon  automatique  se  referme  déjà,  nous  réussissons  à  nous  faufiler,  vite  nous  grimpons  dans  le  premier  wagon  «  vous  autres,  c’est  dans  le  dernier  wagon »  nous avons dû redescendre et monter dans celui qui nous était réservé  …  Nous étions devenues des bêtes à parquer. Là, j’ai vu pleurer ma mère. (suite au prochain numéro) Nadia Grobman

5


Témoignage au collège de l’Alliance juive de Pavillons sous Bois  Mardi 2 mai 11h, effervescence !  e  me  retrouve  rue  du  Renard  où  j’attends  Madame  Caroline  François  et  son  adjointe  responsable  des  expositions  du  Mémorial  ainsi  que  l’équipe  du  Collège  de  l’Alliance  juive  de  Pavillons  sous  Bois  pour  m’aider  à  choisir  les  éléments  de  notre  superbe  exposition  sur  "l’engagement  des  juifs  étrangers  durant  les  2  dernières  guerres  mondiale"  pour  les  convoyer  vers  le collège où elle doit rester jusqu’au 12 mai 2017. L’ensemble  est  prêt  !  Me  voilà  partie  durant  4  jours  pour  mettre  en  place,  présenter, commenter et répondre aux questions d’environ 300 élèves des  3, 4,  2nd et 1ère. Ce qui représente 11 classes. L’arrivée  au  collège  où  se  fêtait  Yom  Haatsmaout  était  très  émouvante  et  joyeuse.  Il  fallait  voir  cette  cour  de  récréation  pleine  de    tous  les  éleves  qui  chantaient,  dansaient  en  agitant  de  grands  drapeaux   israélien. Avec  l’aide  de  Monsieur  Mechali  (principal  adjoint),  qui  me  choisit  plusieurs  élèves  de  grande taille, je me mets au travail.  Tout  ce  passe  très  bien  et  l’exposition  est  fin  prête pour 17h. Mercredi matin 3 mai, je tombe du lit, car je dois recevoir ma première classe à  11h30, et avec la circulation sur l’autoroute à cette heure il faut prévoir les aléas.  Malgré  toutes  mes  précautions,  problème,  un  accident  bloque  la  circulation.  Malgré  tout,  j’arrive  au  collège  dans  les  temps,  et  là  …...  le  professeur  responsable de cette première classe m’a oubliée ! Le  Directeur des études va  à sa recherche et les élèves arrivent avec 20 minutes de retard. J’ai été obligée  de faire plus vite sur la fin, mais je pense avoir commenter tous les panneaux. 13h30,cantine…   je déjeune dans le réfectoire des professeurs, c’est beaucoup  plus calme !…  A  partir  de  14h30,  je  recommence,  15h30, une nouvelle classe.  Je  dois  reconnaître  qu’une  heure  pas  classe,  c’est  trop  juste,  mais  tout  ce  passe  très  bien,  bien  que  les  élèves  sont  attentifs,  ils  ne  posent  pas  trop  de  questions.  Départ  du  collège  17h,  arrivée  18h15  (Pavillons  sous  Bois­Paris  20ème)

J

Jeudi matin 4 mai.  Ce jour là, je n’ai que 3 classes.  Mes premiers élèves sont à 9h30.  Vous  pouvez  imaginer  !  Pas  de  problème j’arrive même en avance !!!  Première  classe  tout  va  bien,  malgré  un  nouveau  petit  jeu  qu’ils  ont  tous  entre les mains, ça s’agite, sa bavarde.  Avec  le  professeur  nous  remettons  ce  petit monde là au pas. Re­cantine….  Arrive  14h30,  je  réenfile  mon  rôle  de  professeur,  tout  va  bien  dans  l’ensemble.  La troisième classe se présente !  Toujours les petits jeux entre les doigts...grosse agitation, gros bavardage, avec  le professeur, nous tentons toutes les 3 minutes d’apporter du calme, impossible  (j’ai  appris  par  la  suite  que  c’était  la  classe  la  plus  difficile  de  l’établissement,  mais  comme  c’était  une  troisième,  impossible  de  l’éviter,  elle  faisait  partie  des  élèves qui devaient voir l’exposition) cela se finira par un professeur en larmes et  moi qui refuse de finir mon exposé.  J’étais  tellement  boulversée  que  j’ai  du  patienter  avant  de  reprendre le volant. Mardi matin 9 mai dernier jour, je  commence à 9h30. Tout va bien,  de  nouveau  j’arrive  avant  l’heure  !  J’ai  2  classes  le  matin  avec  un  arrêt  cantine  puis  2  classes  l’après  midi  à  partir  de  14h30.  Le  principal  adjoint  vient  voir  si  tout se passe bien. Les jeux ont été confisqués ! Ils sont tous attentifs et j’ai le  plaisir d’entendre enfin mes 4 classes poser des questions intelligentes. Je remercie particulièrement Madame Atias la Principale du Collège et Monsieur  Méchali Principal adjoint, qui ont accueilli de cette exposition. Je remercie tous les professeurs d’Histoire­Géo pour leur accompagnement, la  préparation des élèves et l’aide qu’ils mon apporté pour faciliter mon témoignage  sur l’engagement de nos pères. Je remercie également l’ensemble des personnes de l’administration pour leurs  touchantes attentions. Suzanne Grinblatas

6


Lugdunum   ou « en attendant Claudine »   

8

H30, Gare de Lyon le mercredi 22 février… Un petit  groupe est en train de se former autour des sièges dans  la zone d’attente à droite de la Brasserie « Le train  bleu ». Les familiers de l’Union et de quelques autres  associations juives  n’auraient aucun mal à reconnaître les  visages des gens présents, on reconnait Suzanne la grande  prêtresse de cette cérémonie qui consiste à organiser une  visite de l’Exposition Matisse au musée des Beaux­Arts de  Lyon, ainsi qu’une visite de la ville ancienne et ses traboules.   Et puisqu’il faut bien se sustenter ont aussi été prévus des  repas sur le pouce dans des bouchons typiques, histoire de  ne pas mourir de faim ou de soif. Autour de la cheftaine  s’identifient bientôt  Christiane, Lili, Yvonne, puis arrivent  Annette, Eva, Albert, suivi de Rosette,  puis se présentent  Renée et Maurice que je vois arriver avec plaisir car jusque­là  j’étais le seul homme... En bonne mère juive Suzanne compte  ses poussins et avec son grand calme et sa sérénité  légendaire Suzanne s’écrie: « Nous sommes onze ! Il manque  quelqu’un ! » Après contrôle des listes l’absente est identifiée pour la première fois, il  s’agit de Claudine.   En fait Claudine nous attendait sur les sièges d’attente à gauche de la brasserie.  Avec  le calme et la discipline qui caractérisent les déplacements de nos groupes  dont le plus  jeune a plus de 76 ans, nous prenons place dans le train. Sans encombre le voyage se passa. Sans encombre mais pas sans joie et éclats de rire,  agrémentés de plus par les questions de Claudine qui nous mènent  de surprise en  surprise. Arrivés à Lyon après passage à l’hôtel où pour marquer le coup Albert sort une  bouteille de Vodka et des petits verres, nous sommes allés faire connaissance de notre  premier  bouchon lyonnais, « La mère Jean ». Excellente cuisine, portions copieuses  à  prix plus que modérés comparé à Paris. Claudine voulant voir son cousin lyonnais nous  a lâchés après le bouchon, mais nous rejoint à Saint Jean pour les visites. Le reste de la  journée  est consacré à la visite du vieux Lyon, de la cathédrale Saint­Jean  et des  « traboules ». Les traboules sont des passages piétons à travers des  cours  d’immeubles qui permettent de se rendre d'une rue à une autre, en passant parfois par  les étages. Après avoir traboulé et visité les rues et ruelles pittoresque du vieux Lyon au  pied de la colline de Fourvière dont le nom évoque les bouchons de l’autoroute.        La soirée s’est terminée « Chez Paul » un des bouchons les  plus traditionnels de Lyon où là encore, Le repas fut plus  qu’excellent et Yvonne nous a présenté son petit­fils Jérémy et  son adorable copine Marine. On a beaucoup échangé et le  jeune couple a reçu un bon bain de Yiddishkeit. Le deuxième  jour, après avoir attendu Claudine  nous visitons un lieu unique  et qui nous parle beaucoup à nous tous qui avons hérité de  nos parents et que nous perpétuons, le virus des luttes  ouvrières et celui de la « schmatologie », il s’agit de la maison  des canuts.  Les canuts étaient les ouvriers tisserands de la  soie sur les machines à tisser. Depuis le 18ème, la « fabrique»  (c'est­à­dire l'industrie de la soie) a fait de Lyon la première  ville ouvrière de France.  Au début du XIXe siècle, l'arrivée des métiers à tisser de  grande taille (tels que les métiers Jacquard)  va profondément  modifier le travail de la soie, mais également le mode de vie 

des ouvriers. Les canuts, étant soumis à de rudes conditions de travail (ils travaillaient  dix­huit heures par jour), se révoltent à de nombreuses reprises.  Leur première révolte,  en novembre 1833, est considérée comme l'une des premières révoltes ouvrières. Ils  occupent Lyon aux cris de : « Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant ! ». Le roi  Louis­Philippe envoie 20 000 hommes de troupe et 150 canons pour réprimer l'émeute.  De nombreux achats sont faits dans la boutique, les articles tissés y sont de très belle  qualité. Claudine nous quitte après la visite en promettant d’être au restaurant. Pour le  déjeuner nous allons dans notre dernier bouchon,  « Au petit bouchon chez Georges ».   Au moment où les entrées sont distribuées, Claudine arrive. Enfin l’après­midi du deuxième jour est consacré à la visite de l’expo Matisse au Musée  des beaux­arts,  place des Terreaux. L’expo est riche en œuvres de l’artiste, peintures, croquis, dessins, études, sculptures et  satisfait tous les amateurs d’Henri Matisse. On peut  regretter que les œuvres en exposition actuellement  soient partagées entre Paris et Lyon.  Un incident  regrettable, la perte du smartphone de Suzanne nous  prive de la photo de l’ensemble du groupe prise devant  le Musée. Cela nous prive d’avoir tous les visages sur  une photo.   Les visites sont terminées et  pour la dernière fois  nous attendons Claudine avant de nous rendre à la  gare. Dans le train qui nous ramène à Paris, la fatigue  se faisant sentir, Albert sort le restant de Vodka qui est  distribué avec de la brioche offerte et des petits LU,  offerts respectivement par Christiane et…Claudine. Cette visite à Lyon fut réellement un grand moment et nous attendons  la prochaine  escapade qui se fera peut­être à Amsterdam.  Albert SZYFMAN   22 et 23 février 2017

Théâtre des Champs Elysées Nous étions une bonne trentaine à venir écouter un des plus  grands interprètes au monde de la musique klezmer si cher a  notre cœur, de son répertoire classique et  de courants musicaux  divers comme le  blues et le jazz David Krakauer et sa clarinette d’Or Devant une salle comble et pleine d’enthousiasme, avec sa personnalités  avenante et d’une grande simplicité, il a su nous faire vibrer aux sons les plus  divers de ces musiques.  Nous étions subjugués et éblouis  par sa façon de nous distiller toutes ces  notes avec une telle facilité ( alors que ce travail demande des heures de  répétition) et nous étions prêts a l’écouter encore et encore….. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, nous attendons avec impatience  son prochain concert ! Sortie concert du Dimanche 19 mars 2017 avec  Suzanne Grinblatas 7


Dimanche 9 avril 2017

Suzanne ayant obtenu,  par le site du Mémorial de la Shoah,  2 places pour le Théatre du Gymnase,  nous nous y sommes rendus pour voir :

"Les Fantômes de la rue Papillon"

M

ichel Jonasz est à l’affiche, à  partir de ce mercredi, au  Théâtre du Gymnase Marie­ Bell dans "Les Fantômes de la rue  Papillon". Une comédie humaniste qui  met en scène un juif des années 40 et  un "rebeu" d’aujourd’hui. Un plaidoyer  contre l’antisémitisme et le racisme. Michel  Jonasz,  chanteur  et  comédien,  revient  à  ses  premières  amours,  les  planches.  Il  est  sur  scène  depuis  le  22  février  au  Théâtre  du  Gymnase  Marie­ Bell  à  Paris.  "Les  Fantômes  de  la  rue  Papillon"  est  une  création  mise  en  scène par Dominique Coubes. Rencontre entre deux fantômes "Les Fantômes de la rue Papillon", c’est  l’histoire d’une belle rencontre, pleine de fraternité, entre un vieux juif,  joué par Michel Jonasz, et un jeune français d'origine arabe,  interprété  par Samy Seghir. Les deux hommes sont morts au même endroit, rue  Papillon à Paris. Joseph a perdu la vie le 16 juillet 1942, lors de la rafle du  Vel d’Hiv. Haïssa meurt 75 ans plus tard, le 12 janvier 2017, sous les  balles d’un policier lors d’un contrôle d’identité qui tourne mal. Les deux  hommes, devenus alors des fantômes, font connaissance.

Un reflet de l’actualité Dans la pièce, Joseph explique à Haïssa que "l’on devient fantôme juste  devant  l’endroit  où  l’on  meurt".  Les  deux  compères  parlent  de  leur  vie,  avant  de  mourir.  Joseph  évoque  l’occupation,  la  collaboration.  Haïssa  raconte  son  quotidien  de  jeune  homme  issu  de  l’immigration  avec  ses  brimades. Joseph qui ne connaît rien de l’holocauste et n'a rien connu de  la  suite  découvre  avec  effroi  ce  que  fût  la  Shoah.  Finalement,  tous  deux  s’aperçoivent  qu’ils  sont  morts  pour  les  mêmes  raisons,  alors  que  des  décennies les séparent.   Les deux hommes ont été tués dans des circonstances différentes, à des  époques différentes mais pour les mêmes causes. Le racisme, le délit de  sale gueule, l’antisémitisme…. MICHEL JONASZ, COMÉDIEN Avant de chanter, Michel Jonasz a fait du théâtre. Il a débuté sa carrière  de comédien en 1964 au Théâtre Romain Rolland à Villejuif dans "Le  temps viendra". Au début des années 70, la chanson en fait une star. Il  retrouvera les planches entre 2009 et 2011 avec "Abraham écrit", une  pièce qu’il met en scène et interprète. En 2014, il remonte sur scène avec  une nouvelle création personnelle "La vie est une tarte aux pommes".  Michel Jonasz est également un habitué du grand écran, avec une  vingtaine de films à son actif. Il est à l’affiche de "Baby Phone", le premier  film d’Olivier Casas. N'hésitez pas à vous renseigner sur la tournée à travers la France, des

"Fantômes de la rue Papillon" Nous avons beaucoup apprécié cette pièces qui, fidèle reflet de l'actualité,  nous conforte dans notre lutte contre le racisme et l'antisémitisme.  Suzanne Grinblatas et Henri Stainber Edité et imprimé par la commission "Engagés Volontaires et Anciens Combattants Juifs" du Mémorial de la Shoah Réalisation Henri Stainber, Mise en page François Szulman. Corrections Nadia Grobman, avec l'aide de tous les membres du bureau. Les articles publiés le sont sous la seule resposabilité de leurs auteurs.

8


Quand Luz dessine Albert Cohen 

           « Ô vous, frères humains »    au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme    Très  chers  amis,  après  avoir  pris  connaissance  de  cette  exposition  des  130  dessins  originaux  de  LUZ  consacrés  à  l’ouvrage  d’Albert  COHEN,   j’ai réservé auprès du MAHJ et  c’est avec une émotion toute particulière que je vous propose cette visite d’une actualité  plus vive que jamais.  Objectif du MAJH qui nous offre la chance de rencontrer, réunis sur un même plateau, le  talent de Reynald LUZIER dit LUZ, jeune dessinateur de Charlie Hebdo et, sous la force  de  sa  plume,  le  plaidoyer  d’Albert  COHEN,  sa  supplique  à  bannir  la  haine,  son  exhortation à bannir l’antisémitisme, haine des haines, œuvre testamentaire qu’il a dédié à  l’humanité à l’aube de ses 72 ans. Ce  ressenti  extrême  de  la  haine,  Luz  et  Albert  Cohen  ont  en  commun  de  l’avoir  vécu,  chacun  au  jour  même  de  leur  anniversaire,  Albert  Cohen,  au  jour  de  ses  10  ans,  Luz,  à  celui de ses 43 ans. 7 janvier 1972 ­ Date de naissance de Reynald Luzier. Passionné de musique et de dessin, LUZ a tout juste 20 ans quand il abandonne ses études  de droit et rejoint Charlie Hebdo sur l’appel lancé par Philippe Val et Cabu. Bien qu’il en  soit le benjamin, il prendra rapidement sa place dans l’équipe à laquelle il saura imposer  son  style.  Parallèlement,  il  travaille  avec  le  photographe  Stefmel,  collabore  aux  Inrocks,  produit les albums Polémix, la voie Off, Cambouis, toujours sur fond de la même veine,  la satire et l’humour. Politiquement engagé, en 1998, suite aux élections de Vitrolles, ses  dessins  satiriques  lui  attirent  les  foudres  de  Mégret  qui  lui  intentera  un  procès...  dont  il  ressortira relaxé. Et nous voici en effet au 7 janvier 2015 ­  Jour anniversaire de LUZ. Il vient de fêter ses 43 ans et s’attarde un peu avant de se rendre à la rédaction. Dans la  rue, il croise les terroristes, de l’extérieur il donnera l’alerte avant de découvrir l’horreur  du carnage. A quelques minutes près, il vient d’échapper à la tuerie, situation qui fait de  lui «un rescapé, un survivant ».

Après avoir si cruellement subi le choc de la perte  de ses camarades, innocentes victimes  de  cette  haine  qui  depuis  des  millénaires  mène  à  la  destruction  de  l’être  humain,  ses  infernales  insomnies,  ses  cauchemars,  perturbent  son  équilibre.  Il  exprime  ses  doutes  quant  à  la  nécessité  de  reprendre  les  pinceaux  et  en  mai  2015, il se décide à quitter Charlie.  En  plein  désarroi,  sous  l’effet  du  choc  de  l’attentat, de l’assassinat de ses amis, hanté par la  perte  de  l’innocence,  Luz  se  souvient  de  l’ouvrage d’Albert Cohen.     De ce récit qui déjà l’avait profondément marqué  au  temps  de  son  adolescence,  plus  que  jamais  puissamment  frappé  par  le  calvaire  psychologique du Cohen petit garçon « déambulant aux lisières de la folie »  après qu’il  ait  subi  les  plus  basses  invectives  antisémites,  insultes  incompréhensibles  pour  lui,  Luz,  pour  ne  pas  sombrer,  se  lance  dans  la  réalisation  de  ce  poignant  roman  graphique  qui  renvoie  au  manifeste  de  l’auteur  «  Par  pitié,  par  tendre  pitié,  ne  plus  haïr,  vous,  antisémites, haïsseurs,  que j’ose appeler frères humains… »  Au rendez­vous fixé le jeudi mars 16 mars 2017, c’est avec  une trentaine des fans de nos sorties de Paris que nous nous  sommes retrouvés dans la cour du MAJH dans l’attente de  découvrir cette présentation des planches de LUZ dont nous  pressentions tout l’intérêt.   Guide conférencière du lieu, Madame Yäel Baranez, tout en  les commentant, nous a menés de l’ouvrage d’Albert Cohen  qu’elle  ne  manquait  pas  de  feuilleter,  vers  chacun  des  dessins  de  Luz.  L’originalité  de  cette  forme  de  conférence  nous  a  permis    d’apprécier  la  force  bouleversante  du  texte  alliée au graphisme percutant de l’artiste.  Quelle  performance!  Tous  nos  compliments  à  l’équipe  du  Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme.                                                                                            Nadia Grobman   

9


« L’Histoire du Louvre aux Halles »        

En mémoire à la détresse des « Enfants cachés »     « Bahaltènè kinder »

Pas si mal de renouer avec nos  manuels d’Histoire de France pour  débuter une année nouvelle !

M

Un regard sur l’enfant à la  recherche d’un lieu dans lequel  il pourra se cacher avec  l’espoir que ses parents  viendront le rechercher très  vite…

Poème de Maurice Carême Complainte d’hiver.

Vinter ïomer.

 Vêtu de brouillard… 

Foun nepl ongeton… 

Entends­ tu cette plainte Renaître avec la bise  Qui se traîne indécise Sur la campagne éteinte?

        Herst du dos ïomer          Oiflebn  mitn tsofn vint           Vos vakeldich chlept zirh          Ibern farlochenem chtetl ?

On dirait un enfant Egaré sur la terre Qui cherche dans l’hiver Un foyer accueillant

        S’ken zirh maïnen a kind            Vos valgert zirh iber veltn            Oun zirht a haim, an artziker          Tsou iberleiben dem vinterfrost

Et c’est lui, j’en suis sûr Qui vêtu de brouillard Vient coller sa figure A nos carreaux le soir.

        Oun irh bin zirher az s’iz er,          Foun nepl ongeton, s’iz er,           Vos kumt ou klebton zaïn peïneml          Ttsou ounzere choïbns ba der narht.

Traduction phonétique et manuscrite de Nadia Grobman

adame Marteau, nous a proposé  ce superbe parcours qui,  du  Louvre à Saint Germain  l’Auxerrois et jusqu’aux Halles, devait  nous mener par les beaux quartiers de  la rue de St Honoré, son village, ses  rues, ses boutiques élégantes, ses  hôtels particuliers, et jusque sous la  Canopée, enfin terminée, pour atterrir à la rue de la grande Truanderie !           Superbe programme historique par excellence A deux pas du Louvre, visite de Saint Germain l’Auxerrois dont les premiers chantiers  remontent aux temps du Moyen Âge. Elle fut la paroisse des grands rois de France,  François Ier, Henri IV,  Louis XIV. Mais, elle marque aussi, de sinistre mémoire, l’une  des  pages  noires  de  l’histoire  de  France.  C’est  du  tocsin  de  sa  cloche  que  sera  donné  le  signal  du  massacre  des  protestants  dans  la  Nuit  de  la  Saint  Barthélémy, le 24 août 1592.  Evoqués  avec  tant  de  compétence  par  notre  guide  émérite  en  la  matière,  que  d’évènements  à  se  remémorer  dans  ce  retour  vers  les  livres  d’Histoire  de  France  de  notre  enfance  dont  les  dates  et  les  images  nous  restent  encore  en  mémoire ! De  l’historique  du  Louvre,  son  enceinte,  ses  colonnades,  les  vieilles  rues  des  Halles,  de  l’Arbre  Sec,  les  Bourdonnais,  ses  cours privés et lson Escalier « classé »,  de la Maison de la Poste à celle du Musée  de la Presse, et enfin  de parcours, la maison qui a vu naître et mourir J.B. Poquelin  dont  le  buste  sculpté  orne  le  fronton,  histoire  ponctuée  d’anecdotes  que  nous  apprécions tant et ainsi… jusqu’à la Canopée.  A  l’image  des  cimes  de  la  forêt  amazonienne,  ce  kaléidoscope  architectural  laisse  transparaître toutes les nuances du ciel de Paris! De ses ailes légères, elle recouvre  le  site  pour  nous  offrir,  espace  clair  et  spacieux,  le  nouveau    visage  des  Halles  de  Paris. Réalisation de génie qui nous a littéralement sidérés. Déjà se profile une visite à programmer vers les jardins et les jets d'eaux à prévoir  peut­être cette année encore ?  A ce rendez­vous en cette journée du 19  janvier, la plus glaciale, la plus  « réfrigérante » de l’année, faisant preuve de   dynamisme mais chaudement bottés, gantés   et chapeautés, nous étions toutes et touts  présents pour vivre cette ballade vivifiante !!! A la prochaine, dès les premiers beaux jours  du printemps ! Nadia Grobman 

10


Grant Wood "american gothic"

I

ls avaient    longtemps  posé  face  au  peintre.D'ordinaire,  ils  n'aimaient  pas  trop  se  montrer  et  cette  mise  en  scène  les  plongeait  dans  un  certain  inconfort,  physique  et  moral  :  revêtir  des  vêtements  inconnus,  lisser  ses  cheveux,  frotter  la  fourche  au  papier  de  verre,  guetter le soleil pour se poster devant la maison,  prendre  un  air  austère  et  attendre,  attendre.  Recommencer  ainsi  pendant  toute  une  semaine,  au  même  endroit,  vêtus  de  même,  sans  déroger  d'un  iota  à  la  pause  initiale,  ne  pas  cligner  des  yeux, se tenir droit avec la nuque aussi raide que  la discipline qui devait régner dans leur vie. Les  premières  esquisses  leurs  avaient  paru  terrifiantes  par  l'expression  de  ces  visages  sans  vie  avant  que  le  regard  n'y  soit  posé.  Mais  le  travail  terminé, le peintre à peu près satisfait, ils trouvèrent qu'ils avaient fière allure.  L'œuvre était réussie. Et c'est ainsi qu'Ils purent rentrer chez eux, enfin libérés du poids de la tâche  à accomplir et d'une présence étrangère. Malgré le désordre qui régnait dans  leur  modeste  demeure  entre  palette  de  peinture,  pinceaux,    bols  d'eaux  sales, lavabos noircis, chiffons imprégnés qui jonchaient le sol, ils poussèrent  un soupir de soulagement. Au  moment  où  ils  se  changèrent  pour  revêtir  leurs  vêtements  de  tous  les  jours, se retrouvant ainsi presque nus, une douce chaleur, un élan, une envie  de se rapprocher, de se sentir au plus près, les firent chavirer dans une autre  dimension. Les voici entraînés dans une folle et joyeuse cavalcade lorsque lui, presque  aveugle sans lunettes, a su habilement mener sa compagne sur sa couche,  là où onze enfants avaient été conçus. Des rires fusent, oh pas de gros rires  venant de gorges trop communes à leur goût, non de jolis rires pareils à ceux  d'enfants qui accomplissent une petite  farce dans le dos des parents. Les  voilà  entrelacés  roulant  sur  leur  édredon  de  plume,  de  gauche  et  de  droite, les revoici par terre à se saisir l'un de l'autre dans une franche gaîté.  Comme si le désordre autour d'eux avait libéré les passions. Même la vue du grand crucifix n'a pas pu mettre fin à une telle débauche de  plaisir.  tant  ils  étaient  certains  de  l'approbation  du  ciel  devant  la  pureté  de  leur désir. Le silence du rhabillage marqua la fin des festivités. Bientôt  la  maison  rangée,  toute  trace  effacée,  ils  se  réjouirent  de  pouvoir  vêtir en toute quiétude leurs habits de représentants de l'ordre et de la vertu.   Car  au  fond  d'eux  mêmes  ils  savaient  comment  rester  vivants  pour  encore  mieux servir la foi. Ida K. Atelier d'écriture avec Jeanne Galili­Lafon le 1 février 2017

Prévert à Paris

« Longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues … » Prévert est l’un de ces poètes qui ont embelli nos vies ! Toujours présent bien qu’il nous ait quittés il y a 40 ans déjà

 Amoureux de Paris, épris de liberté, de tendresse pour les amants et leurs amours qui   finiront  par se diluer dans le temps, de révolte contre  l’injustice, contre la misère, contre   les guerres, et de son âme d’enfant qui n’a pas eu de prise sur l’âge, tout un répertoire qui    fait vibrer nos propres émotions. Montand, Gréco, Mouloudji, Reggiani, les Frères Jacques l’ont dit et chanté de si belle façon !!!

Prévert amoureux de sa ville « La Seine a rencontré Paris. C’est pas un fleuve, la Seine, c’est l’amour en personne,  c’est ma petite rivière à moi, mon petit pont du jour, les vacances de ma vie, la Seine, c’est ma Rivièra, et moi, je suis son vrai touriste… » Prévert exalte la force de l’amour face à l’horreur de la guerre  « Rappelle­toi Barbara, il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour­là… un homme sous un  proche s’abritait et il a crié ton nom « Barbara ! » et tu as couru vers lui, épanouie, ravie,  ruisselante sous la pluie et tu t’es jetée dans ses bras…n’oublie pas … Oh Barbara, quelle connerie la guerre… c’est une pluie de deuil terrible et désolée ce n’est même plus l’orage de feu, de fer, de sang, tout simplement des nuages qui crèvent comme des chiens et vont pourrir au loin, très loin de Brest dont il ne reste rien ». Prévert peint le désespoir de « l’homme qui a faim » « Il est terrible le petit bruit de l’œuf cassé sur un comptoir d’étain,  il est terrible ce bruit quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim… café crème, café crème, café crime… » Prévert et la liberté ­ « un seul oiseau en cage, la liberté est en deuil » ­ « Pour faire le portrait d’un oiseau peindre d’abord une cage avec une porte ouverte… » Prévert nous fait rêver ! « En sortant de l’école nous avons rencontré un grand chemin de fer qui nous a emmenés tout autour de la terre dans un wagon doré… tout autour de la terre nous avons rencontré la mer qui se promenait… » Il était une fois, un poète … et son compère ! Il était une fois, Prévert et Kosma

Nadia Groman

11


En souvenir de 61 enfants et bébés

L

undi 27  Février,  la  Salle  des  Fêtes  de  la  Mairie  du  15ème  arrdt.  résonnait  de  chants,  de  cris  d'enfants  et  de  lectures  de  poésies  rappelant    que  61  enfants  et  bébés  avaient  été  arrêtés  par  la  police  française  dans  des  crèches,  des  écoles  maternelles  et  primaires  de  l'arrondissement, entre 1942 à 1944. Douze  plaques  ont  été  dévoilées  par  le  Député­ Maire  de  15ème  arrdt.,  Monsieur  Philippe  Goujon,  Mesdames  Suzanne  Feldmann,  Présidente  de  l'Association  pour  la  Mémoire  des  Enfants  Juifs  Déportés  du  15ème,  l'AMEJD,  Catherine  Vieu­ Charier,  Adjointe  à  la  Maire  de  Paris,  chargée  de  la  Mémoire  et  du  Monde  Combattant,  représentant Anne  Hidalgo,  la  Maire  de  Paris,  assistés  d'enfants  de  CM2 des douze écoles de l'arrondissement.  Ces plaques seront ensuite apposées sur la façade des établissements scolaires. Dans  son  allocution,  Monsieur  Philippe  Goujon,  n'a  pas  manqué  de  rappeler  l'organisation  annuelle  des  cérémonies  de  la  Mémoire  :  devant  le  Vel­d'Hiv,  notre  exposition  en  Mai  2016  rappelant  l'engagement  volontaire  de  Juifs  étrangers  dans  l'armée  française,  ainsi  que  la  céremonie  annuelle  devant  le  Lycée  Buffon,  en  mémoire  des  5  lycéens  entrés  dans  la  Resistance  et  executés  par  les  nazis  au  stand de tir de la Place Balard.

Guy KORWILL

Henri MINCZELES

Nécrologie

C

’est avec une immense tristesse que nous vous annonçons le  décès de notre cher ami Henri MINCZELES, survenu le 10  mars 2017, dans sa 91ème année. Grand historien du BUND,  il a su mettre en avant et transmettre l’histoire du Yiddishland au  travers de ses nombreux livres et publications (dont Histoire  générale du BUND (1995), Yiddishland (1999), Une histoire des  juifs de Pologne (2006), Le mouvement ouvrier juif (2010).  Assurément l’une des figures les plus marquantes du CLEJ, il en a  été  l’un  des  fondateurs,  en  1963,  lors  du  Colloque  de  Brunoy.  Il  a  participé  aux  nombreuses  réunions  qui  ont  permis  l'élaboration  de  la  Charte  du  mouvement  et  a  été  ensuite  membre  du  Comité  du  CLEJ  pendant  de  nombreuses  années.  Il a par ailleurs toujours répondu aux sollicitations du CLEJ pour transmettre et former les  moniteurs à la culture et l’histoire juive ashkénaze.  Nous  nous  associons  au  chagrin  de  sa  famille,  Léa,  sa  femme,  Chantal  et Alain,  ses  enfants, Cécile, Sarah, Antoine et Camille, ses petits­enfants, une famille si engagée au  centre MEDEM et aussi au CLEJ, Chantal en ayant été la présidente pendant plus de 4  ans et certains de ses petits enfants étant actuellement très actifs au comité. Il s’agit là  d’une  perte  majeure  pour  nous  tous.  L’un  de  nos  pères,  l’un  de  nos  pairs,  compagnon  de route jusqu’au bout.  Il nous manquera. Les obsèques ont eu lieu au cimetière de Bagneux le mercredi 15 mars 2017.

d' après le Comité du CLEJ 

« Échos familiaux représentés par l'image » Suis­je le violoncelle ? Suis­je cette main tendue ?

T

oute cette solitude dans la foule indifférente me revient  en mémoire. Soudain je fais marche arrière, je suis  loin… Janvier 1944, la matinée est froide. Je vis un drame inconscient qui s’était estompé dans ma  mémoire. Il faut se cacher ! Je ne comprends pas pourquoi. Le visage de mon père est méconnaissable, ma mère est si  triste, l’on m’habille à la hâte, j’ai mal au ventre, ne sais pas  pourquoi ils sont nerveux, ils se regardent, ils me regardent,  ils ont des larmes dans les yeux. Pourquoi ? Et puis nous descendons des escaliers tortueux, ceux du 31  rue Montmorency. Mon père, ma mère, me tiennent par la main, nous arrivons  rue Rambuteau, comme il fait froid ! Vite, vite me dit mon  père en jetant des regards apeurés autour de lui. Nous sommes à la station de métro Arts et Métiers. Je  commence à comprendre, lorsque je vois la silhouette d’une cousine « goy », avec  une valise. Non, non, je ne veux pas partir avec elle ! On m’explique gentiment, tendrement, je  pleure, ils pleurent, ils essaient d’être le plus discret possible, nous descendons sur le  quai, ils finissent par me menacer et aussi me promettent des cadeaux que jamais je  n’aurais. Le métro surgit comme un monstre, un diable, de ce trou noir ses phares que je  compare à des yeux monstrueux, me fixent. Mon père me dit à la hâte quelques mots en yiddish, qui gémissent dans ma mémoire  comme le son d’un violoncelle : « tu ne dois jamais dire que tu es juive », je suis tirée,  happée dans le wagon, mes mains se tendent. La porte va se refermer sur mes  mains…  PAPA, MAMAN, dernier souvenir, dernière image. Ils sont restés sur le quai et j’en ai  fini avec l’enfance. J’ai choisi cette carte, je ne sais pas pourquoi !  Au premier regard, j’ai trouvé que c’était une jolie photo, je ne ressentais qu’un  sentiment esthétique, elle est devenue MOI, une partie de ma vie. Je suis bouleversée et très troublée de mon choix.  Rien n’est hasard, mon père, ma mère sur le quai, comme le violoncelle, ma main  tendue vers eux, comme refusant l’amputation que j’allais subir.   Atelier d’écriture avril 2002.   Ginette Leiserowicz

Nous avons appris avec tristesse le décès de : Georges Bormand Roger Boksenbaum

Gisèle Kleinberger  Eva Golgevit dans sa 105e année Nous adressons nos plus sincères condoléances  à toute leurs familles

12

Nvo n°20 issuu  

Bulletin n°20 de la "Commission Engagés Volontaires Juifs" du Mémorial de la Shoah

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you