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n e se u s. n Boureu à to h e 017 a bissele naïss ‫א ביסעלע נאיס‬ newsletter t 2 Les actualités de l'Union des Engagés Volontaires, Anciens Combattants Juifs 1939­1945, leurs Enfants et Amis e e 26 rue du Renard 75004 Paris 01 42 77 73 32 é www.combattantvolontairejuif.org nn www.englishcombattantvolontairejuif.org

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n°19 Décembre 2016

uevacjea@free.fr

Une échéance importante

Cher(e)s Ami(e)s, Lors de notre dernière assemblée générale extraordinaire du 8 décembre 2014, sur proposition du Bureau de Direction de l’UEVACJEA, et après avoir pris connaissance du contenu, vous avez voté à l’unanimité votre accord avec le projet de dévolution de l’Union au Mémorial de la Shoah à la date du 31 décembre 2016. Nous vous remercions de la confiance que vous aviez accordée au Bureau de Direction de l’Union à cette occasion. Nous avons donc le plaisir de vous annoncer que l’acte définitif de cette dévolution a été signée avec émotion par les coprésidents de l’Union et le directeur du Mémorial le 8 septembre 2016. Un épisode important de notre histoire se termine et un nouvel épisode commence. L’UEVACJEA n’existe plus en tant qu’association mais renaît en tant que « Commission des Engagés Volontaires Anciens Combattants Juifs Etrangers » au sein du Mémorial de la Shoah. De façon pratique, peu de choses vont changer : même local, même adresse, même équipe d’animateurs. La majorité des activités continue, naturellement et en priorité les activités mémorielles dont la responsabilité est maintenant entièrement assumée par le Mémorial dans le cadre de ses propres activités, au delà même de notre propre existence, mais que nous continuerons à accompagner. Du point de vue administratif, il y aura des changements mineurs qui vous seront

précisés le moment venu. Cher(e)s Ami(e)s, ce nouveau contexte est réellement une chance et un nouveau départ pour nous tous. Nous pouvons être assurés de la pérennité et du respect de la mémoire de nos Engagés Volontaires Anciens Combattants Juifs Etrangers des deux guerres mondiales, Nous sommes ainsi également pleinement assurés que cette mission de les honorer nous survivra. Ensemble, nous pouvons être fiers de cette réalisation qui a permis d’éviter que notre mission ne tombe dans l’oubli et le néant. Les membres du bureau de direction Note : Les activités qui vont perdurer sont : vitrail, peinture, écriture, chorale, cours de yiddish, sorties dans Paris, concerts et voyages.


un regard sur le passĂŠ

Bernard Pons

Docteur Danowski

Isy Blum

Maurice Sister

Szulim Malach

Ilex Beller

Henri Broder

Jo Okonowski


un moment historique Le 11 décembre 2016 devant une salle comble composée d'adhérents et d'amis très émus, nous avons solennellement transmis notre "Union" au Mémorial de la Shoah. Dans leurs inter­ ventions extrèmements chaleureuses, le président et le directeur du Mémorial de la Shoah, messieurs Eric de Rothschild et Jacques Fredj, nous ont fait part de leur reconnaissance et de leur émotion d'accueillir notre association dans le sein du Mémorial. Nous y existerons en tant que "Commission des Engagés Volontaires, Anciens Combattants Juifs étrangers", pleinement fusionnée avec les activités du Mémorial.

Allocution de François Szulman, coprésident Il y soixante quinze ans, en 1941, dans les baraques des anciens combattants juifs des camps de PITHIVIERS et BEAUNE LA ROLANDE, germe l’idée de former une association d’anciens combattants juifs étrangers. En 1944, un groupe de résistants juifs, rescapés de la Bataille de France de 1940 et des persécutions nazies fondent à Lyon « L’UNION DES ENGAGES VOLONTAIRES ANCIENS COMBATTANTS JUIFS »

. Parallèlement, une autre organisation d’anciens combattants juifs étrangers de retour des stalags en Allemagne, des maquis de France, ainsi que des survivants des camps nazis et de Vichy se créée à Paris en juin 1945. Au cours de cette même année, les deux associations fusionnent formant une puissante organisation unitaire « L’UNION DES ENGAGES VOLONTAIRES ANCIENS COMBATTANTS JUIFS 1939­1945 ». Rendons hommage aux militants historiques de « L’UNION » qui ont œuvré avec un dévouement total pour la sauvegarde de leurs intérêts communs aux côtés des diverses associations d’anciens combattants de l’armée française et des associations des victimes du nazisme, leurs frères d’armes et de

souffrances. Les présidents : Samuel DANOWSKI, Bernard PONS, Ilex BELLER et Joseph OKONOWSKI, Les secrétaires généraux : Isy BLUM, Maurice SISTER, Henri BRODER, Les fondateurs et dirigeants de la Commission du Dernier Devoir : Israël PERSTUNSKI, Maurice SOSZEWICZ, Jacob LEWIN, Sans oublier : Szulem MALACH, Henri FALINOWER, Isy REY et bien d’autres. Ils sont les dignes représentants des vingt cinq mille juifs étrangers qui se sont engagés dans l’armée française en septembre 1939, lors de la déclaration de la guerre à l’Allemagne nazie. Alors qu’ils n’ont pas à répondre aux obligations militaires, ils veulent combattre aux côtés des français tout simplement parce qu’ils tiennent à exprimer leur reconnaissance à l’égard d’une nation qui les a accueillis et qu’ils voient dans le régime nazi, l’ennemi de la démocratie et de la tolérance. Seize mille d’entre eux sont incorporés et combattent héroïquement sur tous les théâtres d’opérations De la bataille de France en mai­juin 1940, des milliers tombent au champ d’honneur. Tandis que les survivants blessés ou épuisés partent pour l’Allemagne dans les stalags, ceux qui évitent la captivité sont impitoyablement persécutés, dépouillés de leurs biens avant d’être internés dans les camps en France, puis livrés aux nazis et déportés dans les camps de concentration et d’extermination. Les rescapés de cette féroce répression rejoignent les rangs de la résistance ou de la France libre. Au sortir de la guerre, « L’UNION » rassemble près de sept mille adhérents. Elle devient l’une des principales organisations juives. Elle se développe au cours des décennies successives à tel point qu’en 1963, elle créée une maison de repos et de convalescence à LEVENS dans les Alpes Maritimes « LES LAURIERS ROSES » qui accueille jusqu’à la fin des années 1980, des centaines de nos membres. La Commission du Dernier devoir érige en 1948, au cimetière Parisien de Bagneux, un monument aux morts, dû au sculpteur Nathan RAPOPORT, sous lequel reposent soixante six volontaires juifs étrangers morts pour la France symboliquement choisis parmi des milliers d’autres. La Commission du Dernier Devoir gère à ce jour vingt sept caveaux collectifs dans lesquels sont inhumés sept cent cinquante adhérents. Au cours de toutes ces années, un travail social s’est développé au profit des adhérents et de leur famille. Des aides ponctuelles importantes sont apportées à diverses entités israéliennes : ­ le musée des rescapés du ghetto de Varsovie « LOHAME HAGUETAOT » ­ MORESHET organisme pédagogique sur la mémoire de la Shoah au sein du kibboutz « GIVAT AVIVA », ainsi qu’a beaucoup d’autres. suite page suivante

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Sensibilisé très tôt par mon père à cette page d’histoire je me suis investi dès les années cinquante et à la demande de la direction de l’Union, j’ai réalisé les monuments des vingt sept sépultures au cimetière Parisien de Bagneux. Dans la décennie soixante dix, j’ai été rejoint par un jeune historien notre regretté ami David DOUVETTE­SJENBAUM qui a entrepris tout un travail sur « L’ENGAGEMENT DES JUIFS ETRANGERS DANS LES DEUX GUERRES MONDIALES DU XXe SIECLE » David était co­président de l’Union. Vers la fin des années quatre vingt sur une initiative de Simon GROBMAN, un groupe d’enfants élevé dans les maisons de la commission centrale de l’enfance et des enfants d’engagés volontaires se réunissent pour former une association sous sa présidence « LES ENFANTS ET AMIS DES ANCIENS COMBATTANTS JUIFS ». Nos anciens ont très vite compris que l’usure du temps est inéluctable et que l’arrivée de leurs enfants est une chance historique. Ainsi, au bout de quelques années cette association est absorbée par l’Union. A partir de ce moment, petit à petit, cette génération prend en main la destinée de l’Union. Notre investissement est total et nous développons essentiellement un travail de mémoire sur cette épopée négligée par nos pères. Déjà en 2007, nous avons déposé la totalité de nos archives au Mémorial de la Shoah et entreprit conjointement avec le mémorial et la délégation de la mémoire et du patrimoine du Ministère de la défense, avec l’aide de la FMS, la mise en ligne de la liste complète des engagés volontaires étrangers. Tout en organisant des actions ludiques pour nos membres : ­ ateliers peinture et vitrail ­ chorale, ­ cours de yiddish ­ voyages et sorties, etc … Nous voici aujourd’hui arrivés à un tournant comment assurer la survie de la Mémoire de « L’Engagement » alors que le XXIè siècle est bien engagé et que notre génération est confrontée à son tour à l’usure du temps. Nous avons sollicité la Direction du Mémorial de la Shoah qui a accepté sans aucune hésitation de prendre la relève et dans cet objectif nous leur avons transmis la totalité de notre patrimoine. Merci au Président Eric de Rothschild, merci au Directeur Jacques FREDJ, merci au Directeur administratif et financier Jacques ETYNGIER, merci à Olivier LALIEU négociateur auprès du Mémorial et de l’Union qui nous aide déjà depuis quelques années. Un épisode de notre histoire se termine et un nouvel épisode commence. L’Union n’existe plus en tant qu’association mais renait en tant que « Commission des Engagés Volontaires Anciens Combattants Juifs Etrangers" au sein du Mémorial de la Shoah. La majorité des activités continue en priorité, les activités mémorielles. La responsabilité de la gestion de la commission du dernier devoir sera assurée par le mémorial de la Shoah en la personne de notre ami Olivier LALIEU. Ce nouveau contexte est une chance et un nouveau départ pour nous tous. Nous pouvons être assurés de la pérennité et du respect de la mémoire de nos engagés volontaires anciens combattants juifs étrangers des deux guerres mondiales. Nous sommes ainsi pleinement assurés que cette mission de les honorer et de transmettre leur histoire exemplaire nous survira. Nous pouvons être fiers de cette réalisation qui permet d’éviter que notre mission ne tombe dans l’oubli et le néant.

Allocution de Ida APELOIG, Co­présidente Nos anciens présidents, Ilex Beller et Joseph Okonowski, nous faisant confiance, nous ont transmis la gestion et les directives pour assurer la continuité et le développement du fonctionnement de l’Union. Je voudrais vous présenter les membres du bureau de direction, dont certains sont présents depuis près de 30 ans (Simon, Émile, François et Ida). Nous avons consacré notre temps, notre énergie, notre passion qui ont été donnés sans jamais compter et qui ont été, parfois, prioritaires sur les évènements de notre vie personnelle. Les femmes : ­ Nadia Grobman : Les comptes rendus de nos réunions hebdomadaires, les procès verbaux de toutes nos assemblées, les sorties dans Paris depuis 20 ans, la mise à disposition de nos locaux. ­ Rose Jaraude : La participation aux comptes rendus de nos réunions, la tenue de la compta­ bilité. La responsabilité des cours de Yiddish. La participation au transfert de nos Archives au Mémorial et leurs classement. ­ Suzanne Grinblatas : Depuis 15 ans, nous fait voyager, nous fait sortir aux théâtres, aux concerts et aux expositions. ­ Ida Apeloig : La responsabilité des finances depuis plus de 25 ans. L’administration et l’intendance. La première femme et dernière co­présidente. Les négociations avec le Mémorial de la Shoah. Les hommes : ­ Arnold Bac : En charge des relations avec la Ligue de l’Enseignement et le Musée National de l’Immigration. Délégué auprès du Ministère de l’éducation nationale. ­ Paul Ejchenrand : Son aide à la comptabilité. Porte­drapeaux. ­ Simon Grobman : Initiateur et créateur de l’Union des Enfants et Amis en 1988 ­ secrétaire général et ensuite co­président. ­ Émile Jaraud : La participation à la création de l’Union des Enfants et Amis en 1988. La responsabilité du transfert des archives au Mémorial et leurs classements. Gestion du listing de nos «Pères». Collaboration à l’installation de notre nouvelle chorale Mit à Tam. ­ Guy Korwill : Dernier arrivé à notre bureau. ­ Olivier Lalieu : Historien, assistant aux débats de nos expositions et projection de films ­ négociateur très apprécié entre le Mémorial de la Shoah et l’Union. ­ Paul Roche : porte­drapeaux à toutes nos cérémonies et délégué de l’Union auprès de l’UFAC et l’UDAC. ­ Henri Stainber : Secrétaire général, créateur du site internet, réalisateur de notre publication « Notre Volonté » notre spécialiste informatique. ­ François Szulman : Co­président. Président de la commission du dernier devoir. Créateur et concepteur de nos expositions. Notre historien à toutes les interventions concernant notre « Mémoire ». ­ Albert Szyfman :Traducteur en anglais de notre site, participation aux Traitements des listings de nos «Pères». ­ Henri Zytnicki : Responsable des archives transférées au Mémorial et à leur classement, la mémoire de nos anciens et notre photographe attitré. Je voudrais aussi associer à notre équipe «gagnante» : ­ Simone Fenal et René Knoll, pour leur collaboration au classement de nos archives auprès du Mémorial. ­ Marcel Apeloig : Pour les films «mémoire» tournés et montés. ­ Lucien Bura : Porte­drapeaux à bien des cérémonies. ­ Gérard Grobman : Pour ses spectacles "théâtre et musique". ­ Yvonne Riss : Notre amie si dévouée. Les membres du bureau de direction apprécient et vous remercient de la confiance que vous nous accordez depuis tant années.

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UNE STÈLE EN MÉMOIRE DES VICTIMES DE LA SHOAH INAUGURÉE AU CIMETIÈRE DE BAGNEUX le 9 octobre 2016

discours de Francis Kalifat, président du CRIF

Madame la représentante de la Maire de Paris, Monsieur le ministre plénipotentiaire de l’ambassade d’Israël, Messieurs les Présidents, Mesdames et Messieurs ,Chers amis, Comment ne pas commencer par vous dire mon émotion d’être à vos côtés au cimetière Parisien de Bagneux, lieu de mémoire s’il en est, pour témoigner de notre fidélité mémorielle à ceux qui ont disparu, victimes de la barbarie nazie, 6 millions de femmes, d’hommes et d’enfants privés de sépulture et dont cette stèle érigée par la mairie de Paris sera le témoin pour les générations futures. Emotion d’être ici devant ce monument, sous lequel reposent soixante­six soldats juifs choisis symboliquement parmi des milliers d’autres victimes, érigé à la gloire de ces combattants tombés au champ d’honneur pour la liberté et l’amour d’un pays qu’ils avaient fait leur : la France. Si nous sommes ici aujourd’hui, c’est bien sûr pour nous, nous souvenir. Se souvenir pour rester vigilants, Se souvenir pour combattre toutes les résurgences de l’antisémitisme, qu’elles viennent de l’extrême droite, de l’extrême gauche sous couvert d’antisionisme, ou de l’islam radical.Cher Henry et chers amis du Farband, vous avez fait de cet évènement un moment incontournable de notre mémoire collective.Chaque année, le Crif s’associe à la cérémonie que vous organisez.Le mandat que je débute s’inscrit à l’évidence dans cette tradition. Il ne fait aucun doute pour moi que les Français juifs vivent la situation la plus fragile de leur histoire depuis la tragédie que nous commémorons et dont je me sens pleinement dépositaire. Cette cérémonie du Yizkor qui précède Yom Kippour est un moment destiné à honorer le souvenir et la mémoire de nos proches. Ce matin, nous nous souvenons que notre existence a été mise en péril au point qu’un pan entier du judaïsme européen a été englouti. Comment concevoir, demain, la mémoire de la Shoah sans témoins vivants ? Comment faire alors pour que la Mémoire ne se réduise pas simplement à l’Histoire, dans une inscription aseptisée et lointaine ? Comment allons­nous à présent relever le défi qui nous est donné, être les témoins des survivants, les témoins des témoins disparus ? C’est cet immense défi auquel nous renvoient les disparitions progressives des derniers témoins. Je pense bien sûr à Elie Wiesel, et à Samuel Pisar mais aussi à Charles Baron qui vient de nous quitter et dont je salue avec émotion l’inlassable volonté de témoigner. La Shoah est un génocide dont le monde se souviendra. La question qui nous préoccupe est : comment ? La dimension éthique qui entoure ce drame ne peut se fondre dans la froideur de l’historiographie. C’est à nous que revient le rôle de passeur, c’est nous qui

avons entre nos mains le flambeau de la transmission. Comme l'histoire ne se réécrit pas, elle doit être portée et rappelée en incluant dans ce récit une dimension éducative, pédagogique, et politique. Ma conviction est que ce défi est d’autant plus ardent que nous sommes entrés dans une ère où la mémoire de la Shoah est menacée par les affres de la concurrence mémorielle. Minimisation, banalisation, relativisation ou tout simplement négation de la Shoah : la contestation de la mémoire de la Shoah est aujourd’hui au cœur des discours de l’antisémitisme contemporain. Dieudonné accuse la Mémoire de la Shoah d’empêcher l’affirmation de la mémoire de l’esclavage. Des antisionistes accusent Israël de commettre un génocide pire que les nazis. Les exemples ne manquent pas où la mémoire de la Shoah est retournée contre les Juifs et Israël. Je fais partie de ceux qui pensent que la Mémoire de l’Autre, quel qu’il soit, n’est pas la source d’un problème, mais, au contraire, toujours le cœur de la solution. Ce dialogue des Mémoires consiste à comprendre l’Autre dans ses blessures cachées et ses non­dits, dans ses douleurs interdites et ses traumatismes. Il constitue une invitation à la vigilance face aux répétitions de l’Histoire et aux dangers de la concurrence mémorielle.Si nous croyons toujours aux vertus de l’enseignement et de l’éducation, nous savons aussi que les mots de la haine ne sont pas sans conséquence. Que se passe­t­il aujourd'hui en France pour que les enfants juifs quittent l’école publique ? Ou qu’ils quittent leur quartier et parfois même leur pays ? Il est indispensable de voir les défis tels qu'ils sont, pour apporter les réponses les plus justes, en s'appuyant notamment sur l'éducation face à la haine et à l'obscurantisme. L’école doit remplir pleinement son rôle dans l’éducation contre l’antisémitisme, le racisme et la xénophobie et veiller scrupuleusement aux contenus pédagogiques et aux manuels scolaires. Il est essentiel que les jeunes soient mieux protégés des contenus antisémites sur Internet et sur les réseaux sociaux et qu’ils produisent leurs propres anticorps pour rejeter eux­mêmes ces contenus.L’histoire de la Shoah doit faire l'objet d’un enseignement réfléchi et ancré dans la réalité. Les dérives récurrentes prennent souvent racine dans l’ignorance et il est inconcevable de s’y résoudre. Je nourris la conviction que nous ne lutterons efficacement contre l’antisémitisme que si et seulement si nous luttons aussi contre toutes les haines, et toutes les discriminations. Et que cette lutte ne sera efficiente que si et seulement si nous voyons et nommons les réalités telles qu’elles sont, sans excuser, ni stigmatiser. Mesdames et messieurs, J’ai confiance en l’avenir. Le Crif a été créé en 1943, dans des circonstances dramatiques, mais avec un objectif précis : préparer le lendemain Si, en 1943, des hommes dans la tourmente ont envisagé le futur alors qu’ils risquaient une fin tragique à chaque instant, nous qui vivons dans des temps tout de même moins difficiles, nous avons l’obligation de réussir. Nous devons à la fois nous battre et construire en continuant de prendre part à la société française. Nous devons, en quelque sorte, actualiser le passé en suivant le sens de l’histoire que nous guettons toujours avec vigilance. Je vous remercie.

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Notre Exposition à Bourges Allocution de Monsieur Thierry Vallée, vice­président du conseil départemental jeudi 3 novembre 2016 jour du vernissage au Musée de la Résistance et de la Déportation à Bourges. Depuis quelques années, les historiens réexaminent le rôle des Juifs dans les combats de la Seconde Guerre mondiale et remettent en cause leur image de victimes passives. C’est ainsi que l’insurrection du ghetto de Varsovie, la révolte du camp de Sobibor ou le soulèvement du Sonderkommando d’Auschwitz ont fait l’objet de nouveaux travaux de recherche puis de documentaires ou de films de fiction. En France, l’engagement des Juifs étrangers dans les bataillons de volontaires organisés en 1939, donne un autre exemple de cette volonté de combattre. Ils ont été 25.000 à s’enrôler en quelques mois, ce nombre est éloquent. La riche exposition que nous découvrons ce soir rappelle leurs sacrifices de façon détaillée. Merci, à l’équipe des Archives départementales et du musée de la Résistance et de la Déportation du Cher de nous la faire découvrir. Merci, à l’Union des Engagés Volontaires Anciens Combattants Juifs leurs Enfants et Amis, d’avoir mis gracieusement l’exposition à la disposition du conseil départemental. Merci, à la Fondation pour la Mémoire de la Shoah pour son soutien. Merci, au Centre d’Études et de Recherche sur les camps d’internement du Loiret à Orléans, pour ses prêts. Merci, à Madame Apeloig, qui prouve une nouvelle fois ce soir son attachement à notre département depuis que sa famille a trouvé refuge à Châteaumeillant aux heures sombres de l’Occupation. Son père, Samuel Rozenberg, fut l’un de ses juifs étrangers engagé en 1939 et son histoire, racontée dans l’exposition fournit un bel exemple d’intégration de solidarité et de courage des valeurs toujours actuelles. Compte rendu de l’inauguration de l’Exposition présentée à Bourges dans le Musée de la Résistance et de la Déportation du 22 octobre au 13 novembre 2016 Le Musée de la Résistance et de la Déportation à Bourges, dans le département du Cher nous a fait l’honneur de présenter notre exposition sur l’engagement des juifs étrangers en 1914 et en 1939. En présence de Monsieur Jean­Claude Sandrier,

député honoraire, président de l’association des Amis du Musée de la Résistance et de Monsieur Thierry Vallée, vice­président du Conseil départemental, le vernissage de cette exposition s’est déroulé le jeudi 3 novembre 2016. Pour cette cérémonie, une délégation du bureau de l’Union, composée de Madame Ida Apeloig, accompagnée de Marcel Apeloig, de Messieurs Olivier Lalieu, François Szulman et Henri Zytnicki, a été reçue par le directeur du Musée, Monsieur Xavier Laurent et du Chef du service d’action culturelle, Monsieur Xavier Truffaut. Nous avons visité cette exposition dans les lieux de sa présentation. Remarquable installation, superbement agencée par le personnel du Musée dans un local parfaitement adapté. Chaque panneau est présenté au public, le long d’un chemin déambulatoire de façon à bien progresser dans l’histoire de cet engagement des étrangers juifs en 1914 comme en 1939. Les panneaux sont éclairés avec précision permettant ainsi une bonne lecture des textes et une bonne compréhension des images illustrant ceux­ci. Trois vitrines bien éclairées exposent les divers objets qui constituent notre patrimoine. Des cartels bien lisibles expliquent ce qu’était chaque objet, éventuellement ce à quoi il servait et à qui il appartenait. Une mention particulière pour un prêt du CERCIL d’Orléans pour une vitrine qui présente la mitraillette STEN de « Bébert » et d’un panneau qui raconte l’histoire de celle­ci et de son utilisateur dans les maquis de Châteaumeillant (Cher) et de ses environs. « Bébert » c’était Samuel (Schmile) Rozenberg, le père de notre coprésidente, Ida Apeloig­ Rozenberg. C’est d’ailleurs cette dernière qui est à l’origine de cette exposition. Ce fut un travail de persuasion, de démarches et de constance au fil de plusieurs années qui aboutirent à cette exposition dans ce lieu, à Bourges. Pour cette inauguration, notre délégation eut l’immense plaisir de constater que de nombreuses personnes sont venues et ont apprécié cette exposition. Parmi ces nombreux visiteurs, beaucoup ne connaissant pas cette histoire, furent impressionnés. Après les discours d’usage et protocolaires, le film de Robert Mugnerot, « Les Régiments ficelles » fut projeté dans la salle de l’Amphithéâtre des Archives du Cher à toutes les personnes présentes. À l’issue de cette projection, François Szulman et Olivier Lalieu répondirent à de très nombreuses questions, posées par des personnes dans la salle qui avaient apprécié ce film. Un pot de l’amitié clôtura la cérémonie. Marcel et Ida Apeloig

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Les héros de notre jeunesse étaient bien évidemment : Gavroche, Pantagruel, Robin des bois, Arsène Lupin, ... mais c'est sans compter : Gay­luron, Super­Dupont, le Concombre masqué, ..... dont nous attendions avec impatience la suite de leurs péripéties dans Vaillant ou Pilote.

Marcel Gotlib est mort.

Claire BRETECHER lui permet enfin de fonder "Fluide glacial", son propre journal. 1991 ­ L'engouement d'un public inconditionnel de la B.D., ses fans qui se délectent aux aventures de ses truculents personnages, la diversité de ses talents, éléments incontournables qui assurent le succès de l'œuvre de Gotlib primée au Salon International de la Bande Dessinée d'Angoulême 1991. A l'instar des créateurs de Superman, Batman, du fameux Chat du rabbin, premières des expositions que le Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme

De leur Hongrie natale, ses parents ont atterri dans le vieux Montmartre et tout comme les nôtres ont exercé de petits métiers, Régine, sa mère a tiré l'aiguille et Erwin Tsvy, son père est devenu peintre en bâtiment. Le yiddish est le «parler familial» et leur accent à couper au couteau devait être semblable à celui de nos parents... Marcel a partagé ses jeux d'enfant sur les pavés montmartrois avec les gamins de son quartier. Déjà, son goût pour le dessin se manifeste, il crayonne sur les murs de la salle à manger que son père nettoie pour qu'il puisse recommencer ! Mais il faut quittter Paris en 1942, se cacher. Son père lui, ne reviendra pas de Buchenwald. Pour Gotlib "la Shoah" reste une blessure jamais refermée. Quelques pas dans sa carrière et son impressionnante production. En 1954 ­ Il a 20 ans, il fait ses premières armes chez Opéra Mundi/ Edi Monde en qualité de « lettreur ›› de textes à insérer dans les phylactères des B.D. Il y acquiert une solide culture populaire dans laquelle Brassens tient place aux côtés des Chaplin, Max Brothers, Monty Pithon et Woody Allen... ­ 1962 ­ Cette fois en qualité de dessinateur, il entre chez Vaillant et Pilote, immortels souvenirs des lectures de notre enfance. Puis, avec René GOSCINNY, son compère, son père spirituel, il crée les «Dingodossiers ››. ­ 1968 ­ Suivront les récits tirés du quotidien des sublissimes "Rubriques à brac" 1972 ­ "L'écho des savanes" en collaboration avec

(MAHJ) a consacré à la bande dessinée et mémoires juives, l'œuvre de Gotlib est celle qui leur fait suite et que le Musée présente aujourdhui. En découvrant 150 de ses planches originales jamais exposées, ses archives écrites et sonores, nous allons faire plus ample connaissance de Gotlib, le libertaire, l'enfant terrible de la B.D., nous allons découvrir le yiddishisme de ce juif athée qui s'affiche, sa verve, la gouaille avec laquelle il a croqué la vie de ses contemporains. Nous allons peut­être découvrir les muses qui, au long de 50 ans de vie consacrés à son art, ont influencé son imagination débordante, sa plume grinçante, son sens aigu d'un humour décapant «déconnant››, ses sujets parfois plus que lestes ! A savoir que par le trait le plus déjanté il «combat le tragique, l'angoisse, les coups du destin et...les cons». Cette arme le mène souvent à l'autodérision, humour juif par excellence dont il nous laisse la saveur en héri­ tage.

Nadia Grobman

Saint­Jean­de­la­Ruelle, petite ville de la banlieue d’Orléans, qui fut autrefois un village.

Ce qui explique le titre d’une formidable exposition :

« Saint­Jean il y a 100 ans » et le sous titre : « Un village en temps de guerre » que la commune propose du 5 au 22 novembre 2016 dans la grande Salle des Fêtes. Cette exposition présente l’évocation de ce qu’étaient les lieux, les gens qui vivaient, comment ils vivaient et ce que la guerre imposa aux habitants. De très nombreuses photos, des installations de salle de classe, d’intérieur de maison, des costumes, des outils divers et un diaporama filmé sur des scènes de la guerre 14­18. Dans ce cadre et à leur demande, une partie de notre propre exposition, les six panneaux qui montrent l’engagement des juifs étrangers qui se portèrent volontaires pour aller combattre sur les terrains de cette dite « grande guerre » figurent en bonne place. Une délégation composée de Ida et Marcel Apeloig représenta l’Union lors de l’inauguration le samedi 5 novembre dernier. Le discours du Maire, Conseiller départemental du Loiret, Monsieur Christophe Chaillou et celui très documenté de Monsieur Antoine Prost, président du conseil scientifique de la Mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale, ouvrirent la cérémonie de l’inauguration. Ensuite le pot de l’amitié fut servi dans une salle immense où les très nombreuses personnes présentes pouvaient voir nos panneaux installés là, en vedette. Marcel et Ida Apeloig

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Escapade en Provence Quand on évoque la Provence c’est immédiatement l’image du soleil, d’un ciel bleu, d’une garrigue embaumant le thym, le tout enchanté par un accent à nul autre pareil ; eh bien, cette image d’Epinal (qu’il vaudrait mieux appeler de Tarascon) elle est vraie ! Pourtant le voyage de l’Union de quatre jours dans le Sud, conduit par l’irremplaçable Suzanne, parfois guide, parfois ange exterminateur face aux fâcheux, parfois « yiddishé mamé, et toujours dévouée aux adhérents touristes, ce voyage disais­je avait démarré sous de mauvais auspices. Un bagage non identifié abandonné dans notre wagon, suivi d’un incident technique ont engendré un retard de vingt minute au départ, en partie rattrapé sur le trajet. Evoquons les participants à l’escapade, comme d’habitude un groupe de jeunes de 75 ans plus. Après un voyage sans encombre nous avons débarqué à notre hôtel tout près du vieux port et de la Canebière et sommes partis sous le soleil pour attaquer la visite du MUCEM où nous avons fort bien déjeuné, puis la visite du Fort Saint­Jean d’où partit en 1940, vers l’Afrique du Nord, une partie de nos engagés volontaires, dont le papa de Suzanne. Le dîner du soir sur le vieux port nous permit de découvrir que nous avions une cantatrice pas chauve du tout en la personne d’une des belles Rose de notre super­ groupe, ainsi qu’un clan de joyeux lurons ou plutôt « joyeuses luronnes » dans lequel on pouvait retrouver l’autre belle Rose(ette) de notre délégation accompagnée d’ Annine, Christiane et Yvonne dont le rire irrépressible restera dans les annales et parfois de Lili, Margot et Albert, un peu perdu parmi toutes ces femmes de caractère, mais dont la présence évita peut­être que ce clan ne tourne aux gang des pétroleuses. Malheureusement le soir même notre chère Yvonne fit une chute douloureuse dans sa salle de bain qui l'handicapa pour le reste du séjour, mais avec un courage admirable elle continua la visite jusqu’au bout malgré ses douleurs. Le lendemain matin fut consacré aux visites de la « Bonne Mère » de Marseille, N­D de la Garde et au Musée Phocéen. Ces trois lieux de Marseille nous ont donné la quintessence de cette ville magnifique, mais qui mérite d’autres visites plus complètes. L’après­ midi de mardi fut le moment fort de notre voyage, puisque consacré à la visite du camp de Milles. Cette ancienne briquerie­tuilerie fut réquisitionnée dès 1939 par le gouvernement de la 3ème République pour y interner les résidents étrangers en France considérés en ce début de la guerre comme des ennemis po tentiels, Allemands, Autrichiens, Italiens tous des hommes et pour la plupart pourtant antifascistes. Ensuite sous le gouvernement de Vichy, ce camp comme beaucoup d’autres, fut affecté à l’internement de familles juives avant leur transfert vers Drancy puis Auschwitz­ Birkenau. C’est le seul grand camp de cette époque qui ait été conservé jusqu’à nos jour dans un état parfait. Il est important que nous puissions faire preuve de présence dans un maximum de ces lieux de mémoire pour rendre hommage aux milliers des nôtres qui y ont passé leurs derniers jours avant leur assassinat, et

leur montrer à eux et aux autres que « az mir zeinen do ! ». La visite de la magnifique ville d’Aix­en­Provence et de son musée Granet , dans les pas de Sézanne, fut un réel moment enchanteur. Une halte à Cavaillon (humez le parfum du melon en prononçant ce nom «Cavaillo»! et vous vous sentez transportés entre l’ail, le thym, les calissons et …la farigoulette du poète), nous permit d’admirer l’une des plus anciennes synagogues de France. La synagogue de Cavaillon, située rue hébraïque, est édifiée par les Juifs Comtadins à la fin du Moyen Âge au XVe siècle, les juifs ayant obtenu de l'évêque de Cavaillon l'autorisation de la construire en 1494. C'est peut­être sur les substructions de ce premier édifice qu'a lieu la reconstruction du XVIIIe siècle, dont la communauté prend la décision à l'automne 1771. La synagogue est reconstruite entre 1772 et 1774. La décoration de cette synagogue atypique de style Louis XV, lui donne un air de bonbonnière bleue, rose et dorée, sous l’œil bienveillant du prophète Elie, enfin plutôt de son fauteuil, suspendu dans un angle. Cette synagogue n’est plus en fonction et appartient aux musées de France. Enfin ce fut Avignon, blottie dans ses remparts séculaires, sous la surveillance attentive et tendre des tours du Palais des Papes, devant son pont où l’on ne peut que danser puisqu’il ne mène nulle part, où la journée se termina dans une brasserie du cours Jean Jaurès, où notre bande des six affronta tous les tabous en osant déguster de la wodka polonaise dans l’antre du pastis provençal. Mais quel sympathique et pacifique moyen d’affirmer « nous sommes là ! ». Le jeudi commença par la visite du Palais des Papes, avec un début de fatigue mais avec assiduité et admiration. Le cycle des visites se termina par la Synagogue d’Avignon, un cube contenant une salle des prières cylindrique, architecturalement, un vrai problème de géométrie descriptive de classe préparatoire. La salle des prières est une rotonde néoclassique soutenue par des colonnes blanches et couverte d'une coupole, elle s'inscrit toujours dans un bâtiment carré. Le mobilier est en noyer. Contrairement à la syna de Cavaillon on remarque notamment l'absence du siège d'Élie, qui distinguait les synagogues comtadines. Puis dès la gare TGV on sentait, mêlé à la fatigue, un début de nostalgie motivé par la fin de ce voyage au cours duquel on avait tant vu, tant appris…et tant ri. On aurait aimé que ça se prolonge encore un peu, « encore un soir, encore une heure… » mais il n’est si bonne compagnie… Chaque voyage de l’Union a son propre « tam », celui­ci comme les autres, mais j’ai pu constater que dans ce voyage s’était dégagée une atmosphère particulière, de sympathie, de solidarité et de communion avec les lieux et même les guides. Naturellement chaque voyage est un peu à l’image des participants. Texte et photos Albert Szyfman

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Une famille juive de la Pologne à la France de Vichy « Penser ce qui nous est arrivé »

Anna Senik

dans nos locaux du 26, rue du Renard le dimanche 4 décembre 2016 à 15 h

En 1935, Moshé et Riwka Rozencwajg fuient la Pologne avec Rhaïm, leur petit garçon. Anna naîtra à Paris en 1938. Vinrent les temps de la tourmente et des caches. Echappant aux mailles du filet nazi, la famille à nouveau réunie résidera dans le quartier du Marais, rue des Jardins Saint­Paul et Moshè reprendra son activité de brocanteur. Rhaïm, Henri en français, deviendra médecin selon les vœux ardents de Riwka, quant à Anna ne voulant pas être de reste accèdera au poste prestigieux de directrice de recherche en immunologie au CNRS ! Belle réussite pour Moshé et Riwka ! C’est au cours des années 1992 qu’Anna Senik prendra conscience de la nécessité de bousculer les évènements et fondera le Comité Vel d’Hiv 42. Militante, déterminée, elle s’investira dans cette mission politique ayant pour objectif : obtenir des plus hautes instances de l’état l’indispensable reconnaissance officielle de la responsabilité de Vichy dans la déportation des Juifs de France. Publié dans le Monde, l’appel reçut le soutien de milliers de signataires notamment celui de 200 intellectuels et anciens résistants, « mais en vain… ». Poursuivant son action, le Comité Vel d’Hiv 42 s’adressera aux parlementaires afin qu’une une loi fasse, de la date du 16 juillet, une journée nationale de commémoration. Sous la pression, un décret sera promulgué en 1993. Et ce sera sous les applaudissements et les larmes, au cours de la commémoration des rafles du Vel d’Hiv de Juillet 1995 que Jacques Chirac reconnaitra officiellement la responsabilité de l’état dans la déportation et l’extermination des Juifs de France. S’ensuivra la parution de deux ouvrages d’Anna Senik consacrés par les éditions de l’Harmattan à : « L’histoire mouvementée de la reconnaissance officielle des crimes de Vichy contre les Juifs » Autour de la

commémoration de la cérémonie du Vel d’Hiv. et « Une famille juive de la Pologne de France de Vichy » Penser ce qui nous est arrivé. Afin que ne tombe dans l’oubli le patrimoine mémoriel de sa famille de Pologne qu’elle fait revivre dans ses écrits, pour qu’il en reste trace non seulement par l’édification d’un arbre généalogique, mais pour que soit transmise la mémoire du vécu de tous ceux qu’elle n’a pas connus, pour que de leurs vies rien ne puisse s’effacer, il lui faudra huit années pour retrouver et rassembler, pièce par pièce, la reconstitution de ce passé. Durant ces recherches, c’est par centaines qu’elle a compulsé documents, photos, témoignages et informations puisées au fur et à mesure de ses inlassables mais fructueuses investigations. En feuilletant la première partie de son ouvrage, nous faisons connaissance de la famille d’Anna, des bourgades, des villages, des noms des personnages dont elle nous raconte les joies et les peines, la vie et la mort. Etrangement, au cours de notre lecture, son histoire devient notre histoire. En toute simplicité, il nous suffit de « gommer » son rappel des lieux et des personnages et de les remplacer par les nôtres, par ceux dont nos parents nous ont transmis le souvenir que nous avons fixé par bribes dans nos mémoires. C’est notre histoire, celle de nos familles, de la vie des nôtres sur le sol natal de la Pologne que nous retrouvons dans cet ouvrage émouvant à plus d’un titre. S’ensuivent les diverses étapes de l’histoire des Juifs de France que l’auteure développe avec objectivité : des premiers statuts promulgués par Vichy aux actions de solidarité et d’entraide des associations juives, celles de l’OSE, la cache des enfants, les passages de la ligne de démarcation, l’aspect légaliste de l’UGIF, la rafle du Vel d’Hiv, etc… la Shoah enfin. Très chers amis, c'est dans ce touchant hommage rendu à nos pères, que nous avons accueilli Anna Senik. Cordialement assistée d’Olivier Lalieu, historien, en responsabilité au Mémorial de la Shoah, elle assura la présentation et la dédicace de ses ouvrages suivies du verre de l’amitié partagé en toute convivialité. Nadia Grobman 9


Le 6 octobre 2016, nous avons été conviés au dîner du Mémorial de la Shoah qui a eu lieu dans les salons de l'Hôtel de ville de Paris. Marquant officiellement les 60 ans de la création du Mémorial, cet évènementiel fut ponctué d'allocutions très intéressantes. Celle de Madame Audrey Azoulay, ministre de la Culture, traitant du sujet sensible de la restitution des œuvres spoliées par les nazis, œuvres en déshérence, a retenu toute notre attention.

Restitution des œuvres spoliées dès 1940 par le MNR (Musées Nationaux Récupération) Madame Azoulay nous a tenus informés de l'ampleur des recherches auxquelles elle s'est attachée, travail de mémoire complexe vu le nombre d'années écoulées mais mené avec les Généalogistes de France dans un partenariat qui représente l”atout indispensable à l”aboutissement de leurs travaux communs. Elle nous a entretenus de l'investissement de son ministère quant à cette action renforcée de restitution, dirigée non dans l”attente de la demande plus qu'aléatoire des familles mais par l'application d'une nouvelle procédure de recherche vers ceux à qui ces œuvres d'art appartenaient. Les investigations de son groupe de travail sont actuellement orientées vers 27 de ces tableaux dont les propriétaires ont pu être identifiés, reste à retrouver trace de leurs ayants droit, tâche n”est pas moins facile... Récemment, ces recherches ont enfin abouti à la restitution des «trois danseuses en buste›› fusain et estampe de Degas que Mme Azoulay vient de remettre officiellement et avec grande émotion aux ayants droit de Maurice Dreyfus. Cette œuvre de Degas lui avait été "subtilisée" en 1940 par le MNR après les scellés et mise à sac de son apparte­ ment. Retrouvée en 1951 à l'Ambassade d'Allemagne, elle avait depuis, séjourné au musée du Louvre... Toujours en recherche de paternité, 2 000 œuvres d'art sont encore en dépôt dans les musées de France, vaste programme...

«Dès 1940, l'ERR (Einsatztab Reichsleiter Rosenberg) créé par Hitler et l”un de ses zélés collaborateurs Alfred Rosenberg, met en pratique le plan de main mise sur les collections d'art juif et le pillage des appartements vidés de leurs occupants et mis sous scellés. Dans des milliers de caisse, 100 000 toiles de maître et plus de 22 000 objets d'art saisis ou vendus sous la contrainte furent ainsi convoyés par centaines de wagons à destination de l'Allemagne. Parmi les 60 000 toiles retrouvées si 45 000 d'entre elles ont pu être restituées, faute de survivant, les autres sont encore en déshérence. Désormais devenus objets sans identité, en recherche d”une paternité disparue dans les méandres de la tourmente, ces témoins de la mise à sac du patrimoine juif portent en eux le symbole de la Shoah. Sandrine Adass, conférencière du Musée d'Histoire et d'Art du Judaisme (MAHJ) nous avait fait découvrir l'exposition "A qui appar­ tenaient ces tableaux" au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme (MAHJ) où chacun de ces 53 tableaux de maître furent commentés ainsi que les clichés et documents de l”époque qui en disent long sur cette main mise. Commanditée par l'ERR, cette mainmise a eu lieu à ciel ouvert, en plein cœur de Paris. Certains de ces clichés témoignent de l”importance des entrepôts, réceptacles du pillage, dans lesquels Goering venait faire son choix, droit dans ses bottes, le doigt pointé avec arrogance sur le "marché du jour", difficilement soutenable. Bouleversant retour sur le passé.. Nadia Grobman

Edité et imprimé par l'UEVACJEA 26, rue du Renard 75004 Paris Réalisation : Henri Stainber, Mise en page : François Szulman. Corrections : Nadia Grobman, Arnol Bac et avec l'aide de tous les membres du bureau.

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Nécrologies Notre ami Claude

Paul Fihman

Très cher André, C'est avec beaucoup de tristesse que je viens d'apprendre la disparition de votre père. Natif de Lipcani, Paul était le "landsman" de mes parents. Ils s'étaient connus du temps de leur jeunesse en Roumanie. C'est dans le cadre de I'UEVACJEA où nous nous sommes retrouvés lui et moi, qu'il m'a fait part de cette amitié qui le liait avec les miens (disparus en déportation en 1942) et ce souvenir nous a rapprochés. J'ai toujours considéré Paul comme un ami très cher. Sa participation et son témoignage en qualité d'engagé volontaire, ancien combattant juif étranger dans notre film documentaire "Les Régiments Ficelles" resteront en mémoire. Paul était le doyen, le dernier de nos anciens. Les membres du Bureau de Direction de notre association l'appréciaient. Ensemble, nous prenons part à votre peine et à celle de votre famille.

Simon Grobman

Notre ami le peintre Robert Abrahami nous a quittés courant juillet dernier. Peintre de grand talent, militant de la mémoire de la Shoah il est l'auteur du timbre commémoratif du 60è anniversaire de la Rafle du Vel d'Hiv. Toute son oeuvre se décline autour de la calligraphie hébraïque, ses trouvailles plastiques étonnantes, ces couleurs chaudes, ses matières fines et granuleuses transmettent une émotion profonde. Robert Abraham nous laisse une trace indélébile. François Szulman

Les archives de vos pères peuvent être trouvées sur le site : Mémoire des hommes, n'hésitez pas à le consulter : http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php? larub=227&titre=engages­volontaires­etrangers­en­1939­1940

Hampel n'est plus.

Claude Hampel né le 18 octobre 1943 à Varsovie est mort le 11 novembre 2016 à Paris. Il fut un journaliste et un écrivain français qui passa son enfance dans une famille où l'on ne parlait qu'une seule langue : le Yiddish. Casimir dit Claude est le fils de Tola Wasserman et le fils adoptif de Jacob Hampel. Contrairement à son père qui fut déporté, lui et sa mère ont échappé miraculeusement à la déportation, ayant été sauvés par le couple Michalski, dont le nom figure aujourd'hui parmi les 6 000 Justes polonais distingués par l'État d'Israël à Yad Vashem. Suite à la monté de l'antisémitisme en Pologne, la famille Hampel se réfugia en France. Son père Jacob Hampel travailla au Journal Yiddish "Unser Shtime", où Claude Hampel apprit le métier de typographe. Claude Hampel a été le créateur des "Cahiers Yiddish­Yiddishe Heften" qui, à la suite de la disparition des quotidiens parisiens rédigés dans cette langue, est l'un des rares périodiques européens actuellement publiés en yiddish. Il fut le rédacteur en chef des Cahiers du Cercle Bernard Lazare et fut membre du CRIF où il présidait la Commission du Souvenir qui organisait chaque année deux cérémonies : l'anniversaire du soulèvement du Ghetto de Varsovie au Mémorial de la Shoah, ainsi que l'anniversaire de la Rafle du Vel d'Hiv. devant le monument de Walter Spitzer. Claude Hampel consacra sa vie à la défense et à la promotion de la langue yiddish. En octobre 2011, il repris sur Radio J. leur l'émission hebdomadaire en langue yiddish. Dans les années 1960, Claude Hampel, sous le pseudonyme de Jimmy fut le batteur du groupe les Daltons qui avait pour chanteur Long Chris, alias Christian Blondieau qui chantait en première partie des spectacles d'un jeune débutant Johnny Halliday. Claude Hampel était Chevalier des Arts et des Lettres et Chevalier de la Légion d'honneur. Que sa famille trouve ici l'expression de nos plus sincères condoléances. 11


Fières et fiers d'avoir pendant plus de 20 ans préservé la mémoire de l'Engagement de nos pères, par nos multiples actions au sein de l'équipe dirigeante de l'Union des Engagés Volontaires, Anciens Combattants Juifs, 1939­1945, leurs Enfants et Amis, les membres du bureau de direction composé de : Apeloig Ida, coprésidente, Grobman Simon, coprésident, Szulman François, coprésident, Stainber Henri, secrétaire général, webmaster de nos sites internet Grobman Nadia, secrétaire général adjointe, sorties dans Paris Bac Arnold, secrétaire général adjoint, liaison avec la Ligue de l'enseignement, le Musée National de l'Histoire de l'Immigration et le Ministère de l'Education nationale, Jaraud Rose, trésorière, Ejchenrand Paul, trésorier adjoint, Lalieu Olivier, liaison avec le Mémorial de la Shoah, Grinblatas Suzanne, voyages et spectacles, Jaraud Emile, responsable Mémoire et Archives, Zytnicki Henri, responsable Mémoire et Archives et photographe Roche Paul, porte­drapeau, Szyfman Albert, traducteur de nos sites internet Korwill Guy, membre du bureau

vous donnent rendez­vous au sein de la commission "Engagés Volontaires, Anciens Combattants Juifs étrangers" du Mémorial de la Shoah 26, rue du Renard 75004 Paris et 17, rue Jeoffroy l'Asnier 75004 Paris où nous accompagnerons les activités mémorielles du Mémorial, tant que nous serons en état de le faire.

Notre volonté n°19  

le bulletin de l'Union des Engagés Volontaires, Anciens Combattants Juifs, 1939-1945, leurs Enfants et Amis (UEVACJEA)

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