Page 73

PHOTOGRAPHIE

Bonjour Julie. Vous avez appris la cuisine auprès de plusieurs chefs, c’est ce qui vous a donné envie de vous spécialiser dans la photographie culinaire ? En fait j’ai tout d’abord appris la cuisine « alternative » auprès de Gilles Daveau, alors que je travaillais dans un magasin bio, à La Rochelle, pour répondre aux attentes, demandes, voire inquiétudes des clients. Il s’agissait de les accompagner afin d’assouvir leurs désirs de changements vers une alimentation plus saine, durable, ou plus urgemment gérer leurs intolérances ou allergies alimentaires. Gilles transmet la cuisine sans dogmatisme aucun, sans recettes, sinon des modes opératoires laissant libre de faire selon ses besoins et envies, et surtout offrant l’autonomie par la compréhension. Une très belle rencontre qui s’est transformée en une amitié grandement précieuse. J’ai transmis à mon tour ces connaissances en organisant des animations/dégustations dans la boutique, puis des ateliers dans les Amap de la région et sur des marchés de producteurs. Par la suite, j’ai eu envie de savoir ce en quoi cette cuisine était « alternative », et ai donc suivi, en octobre/novembre 2013, une formation de reconversion de huit semaines au Centre de Formation d’Alain Ducasse, à Argenteuil. S’en ai suivi beaucoup de temps passé à cuisiner, de manière non professionnelle mais avec un projet qui se dessinait en ce sens (qui ne verra pas le jour), et un boitier Canon offert, dont je ne savais que peu me servir ! La photo, qui était inscrite dans mes souvenirs d’enfance puisque mon père développait ses N&B, est donc revenue dans mon monde il y a peu, avec simplement une dizaine d’heures de formation accélérée en 2014. N’étant pas la reine des dressages, j’ai eu envie de m’immiscer dans les cuisines des chefs et suis partie en quête via les réseaux sociaux : des bouteilles à la mer lancées via Messenger pour tenter d’entrer dans un

milieu que je ne connaissais pas ! Le premier chef à m’avoir répondu fut Alan Geaam, qui m’avait conviée à suivre ses mises en place, un matin, à cette époque à l’AG-Saint Germain, puis une rencontre décisive, celle de Jérôme Banctel, à La Réserve Paris, qui avait ouvert quelques mois plus tôt et m’a passé ma première commande, alors même que je n’étais en rien professionnelle. En somme, je ne me suis pas spécialisée dans le culinaire…, j’ai commencé par cela ! Votre pratique se focalise beaucoup sur le geste, mouvement… Ma première vie était celle d’une danseuse contemporaine. J’ai commencé à 4 ans, et ai dû m’arrêter vingt ans plus tard, du jour au lendemain. Plus que le geste, ce sont les intentions qui les nourrissent qui me passionnent. Ce sont elles qui leur donnent corps et justesse. L’engagement physique, la concentration, la délicatesse d’un dressage… tout cela raconte pour moi autant l’histoire d’une assiette que ses saveurs. J’entends souvent dire que l’on ne peut shooter une assiette que l’on ne goûte pas… je ne suis pas d’accord avec ça ! J’ai beaucoup de mal avec les abats, pourtant un ris de veau ou une cervelle sont sublimes à photographier. Cette discipline semble être un art à part entière, avec beaucoup de contraintes surtout lorsqu’il s’agit des assiettes… On me dit régulièrement que le culinaire fait partie des choses les plus difficiles à shooter. Pour les mêmes raisons que précédemment évoquées, je suis venue à la photo par ce biais, donc je ne suis pas meilleure juge sur ce point. Les contraintes sont surtout celles du temps, quant aux jus, espuma, sorbets, soufflés… et du matériel envahissant les espaces réduits. 71

Profile for FOCUS MAGAZINE

FOCUS MAGAZINE 97  

Hello ! Le mois de juin démarre bien avec la sortie du 97ème numéro de Focus Magazine. On démarre avec notre dossier archi & design et un f...

FOCUS MAGAZINE 97  

Hello ! Le mois de juin démarre bien avec la sortie du 97ème numéro de Focus Magazine. On démarre avec notre dossier archi & design et un f...

Profile for twens
Advertisement