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L’utopie est la vérité de demain Victor Hugo

Octobre 2013 • Ce supplément ne peut être vendu séparément ISÉ DOSSIER RÉAL

IAT avec le EN PARTENAR


DEMAIN APPARTIENT AUX RêVEURS Le projet de loi pour favoriser la croissance de l’économie sociale et solidaire va être discuté cet automne au Parlement. Parallèlement, le Crédit Coopératif célèbre son 120e anniversaire. Depuis plus d’un siècle, cet organisme finance les entreprises de l’économie sociale : les associations, les coopératives et les mutuelles, les PME et PMI dans tous les secteurs d’activité. Ce n’est pas une banque comme les autres. Ses dirigeants n’ont pas succombé aux mirages de la spéculation à outrance. Ils sont restés fidèles au message formulé par les fondateurs. On le sait, l’argent est au cœur de tout projet. Pour bâtir le monde de demain, faire éclore les initiatives, leur donner de l’ampleur, les asseoir dans le temps, il faut des moyens. L’économie sociale et solidaire ne répondra jamais aux exigences et aux appétits à court terme d’actionnaires. Seuls les visionnaires savent qu’à long terme, l’économie sociale et solidaire sort victorieuse, car elle contribue à améliorer la vie des uns et le bien commun de tous. Isabelle Lefort

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econocom pour que la technologie devienne un jeu d’enfant

Que l'accès aux nouvelles technologies devienne pour votre entreprise un jeu d'enfant, c'est notre ambition. Nous conseillons, mettons en œuvre et louons les solutions qui lui ouvriront de nouveaux horizons.

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Nos partenaires pionniers — Partageant nos valeurs, ces entreprises avancent à nos côtés pour nous aider à mieux appréhender Le monde de demain. —

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Il y a vingt ans, l’année du Sommet de la Terre à Rio, Créé il y a quarante ans, Econocom est le premier Véronique Sauret a la conviction que le développement groupe européen de services indépendants de gestion durable va devenir un sujet central de notre société. Elle des infrastructures IT numériques et télécoms aux fonde alors L’Agence verte avec l’envie de communiquer entreprises. En tant que signataire du Pacte mondial autrement. Dédiée aux sujets d’intérêt général, l’agence des Nations unies, une initiative volontaire d’entreprises s’attache à accompagner et conseiller ONG, entreprises responsables, Econocom s’attache à promouvoir la et collectivités dans leur stratégie de communication. responsabilité sociétale des entreprises, en participant À travers l’élaboration de campagnes d’éducation à la recherche de solutions face aux conséquences et de sensibilisation, les équipes font évoluer inéluctables de la croissance mondiale. Véronique les comportements en matière de respect di Benedetto, directrice générale adjointe du de l’environnement ou de santé publique. groupe, explique : « L’innovation fait partie Elles s’investissent pour faire émerger des intégrante de notre modèle. Nous voulons innovations, des sujets et des idées ; être porteurs d’idées nouvelles et échanger valorisent les démarches vertueuses des informations. Aujourd’hui, dans des entreprises ; et ouvrent la voie le domaine du numérique, tout va très aux initiatives qui font l’économie vite, et les transformations ne suivent sociale et solidaire. Aujourd’hui, pas les pyramides classiques de la beaucoup sont devenus verts hiérarchie. Tout le monde peut et ont suivi ce que l’agence a échanger, chaque salarié peut initié. L’heure est au durable entrer en contact direct avec et aux actions dans la les sources d’information. durée. « Faire progresser De nouvelles méthodes la société, c’est de travail plus ce que nous faisons collaboratives se depuis vingt ans. développent. Nous Numéro un européen du marché de la diététique et de Il est plus que sommes au cœur l’alimentation biologique, le groupe Nutrition & Santé se jamais utile d’une profonde développe depuis plus de trente ans sur l’idée très simple que ce de continuer mutation. » que nous mangeons a une incidence sur notre santé. Une idée très dans cette minoritaire, pionnière à l’époque de son lancement, mais qui est presque voie. » devenue une idée reçue tant le « nutritionnellement correct » est partout. À la pointe de la recherche nutritionnelle, le groupe innove en permanence pour proposer des solutions alimentaires adaptées à la vie moderne, mais toujours enracinées dans la naturalité des ingrédients et dans le plaisir de manger. Créer du lien entre nutrition et santé est une vocation et un métier. C’est celui de Nutrition & Santé.

Nutrition & Santé

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WORLD FORUM LILLE

WE DEMAIN INITIATIVE ÉDITEURS :

François Siegel Jean-Dominique Siegel

LH FORUM

© Couverture : Shutterstock - Sommaire : David Rose/Panos-REA - Ideol - Norlha - DR - Bruno Klein - Jean-Claude Coutausse/Divergence - Danny Gys/Reporters-REA - Lydie Lecarpentier/REA - Arnaud Robin pour We Demain Initiative

RÉDACTEUR EN CHEF : Isabelle Lefort FRÉDÉRIC DESCROIX

DIRECTION ARTISTIQUE : Émilien Guillon SECRÉTAIRES DE RÉDACTION : Isabelle Puzelat, Emmanuel Mangin INTERVIEWS, ENQUÊTES, REPORTAGES : Anne-Sophie Novel, Dominique Pialot, Charles Faugeron, Hélène Martinez, Claire Cousin

L’UTOPIE EN ACTION

CARMAT

MAQUETTE ET PRÉPRESSE : Victor Mourain LEILA OUADAH

CHEF DE FABRICATION : Diane Mourareau CONSEIL : Bénédicte Dahirel PUBLICITÉ ET PARTENARIATS : GS Régions Sylvain Attal Tél. : 01 40 95 57 44 sattal@gspresse.fr RÉGLAGE PRESSTALIS : Distrikiosk Pascal Lechevallier Édité par We Demain Groupe GS. Principaux associés : François Siegel, Jean-Dominique Siegel, Sylvain Attal. Siège social : 92, av. Victor-Cresson, 92130 Issy-les-Moulineaux — Téléphone : 01 40 95 57 00 — Gérant et directeur de la publication : François Siegel — Photogravure : Studio 92/Key Graphic, Impression : ENTAGOS 3, rue du Pont-des-Halles 94150 Rungis — Commission paritaire : 0614 K 91382 ISSN : 2259-0242 Dépôt légal : octobre 2013.

PEFC/10-31-1282 PEFC/10-31-1282

WE DEMAIN INITIATIVE

EVESA

P. 3 : ÉDITO P. 5 : PARTENAIRES P. 8 L’UTOPIE EST LA VÉRITÉ DE DEMAIN Cinq projets pour illustrer l’économie sociale et solidaire à l’occasion des 120 ans du Crédit Coopératif. P. 24 FRÉDÉRIC DESCROIX Cet ingénieur adepte du commerce équitable parcourt le globe en quête de cafés d’exception. P. 30 ARNAUD VENTURA Entretien avec le fondateur de Micromed, promoteur de l’économie positive et du LH Forum au Havre. P. 34 CŒURS ARTIFICIELS Premières expérimentations in vivo d’un cœur artificiel conçu par la société Carmat après des années de recherches.

JEAN-CLAUDE ELLENA

P. 38 LA DAME DU BÂTIMENT Leila Ouadah, une chef d’entreprise du BTP, œuvre pour la réinsertion de femmes dans ce secteur. P. 42 WORLD FORUM LILLE Trois jours de rencontres autour de conférences et de débats d’entreprises innovantes et durables. P. 46 LE PARLEMENT DES ENTREPRENEURS D’AVENIR Neuf entreprises qui placent l’humain au cœur de leur business. P. 48 DESIGN FOR CHANGE Un réseau de designers au service des citoyens. P. 52 LE STYLISTE DÉCARBONÉ Honest by, une marque de vêtements créée par Bruno Pieters, fait le pari de détailler la provenance de ses composants.

OPEN ODYSSEY

P. 54 PARIS, VILLE ÉCOLUMIÈRE Evesa, la société chargée de l’éclairage public de Paris, doit orchestrer la baisse de 30 % de la consommation électrique de la capitale. P. 58 TRANSMISSION Entretien avec Jean-Claude Ellena, le parfumeur d’Hermès, qui cherche aujourd’hui à transmettre la passion de son métier. P. 62 OPEN ODYSSEY Un programme qui relie étudiants, institutions et entreprises et suscite des projets en Bretagne. P. 64 MANIFESTE WE DEMAIN De nouveaux signataires passés « en mode demain » nous rejoignent. P. 67 AGENDA

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L’utopie est la vérité de demain Isabelle Lefort avec Anne-Sophie Novel et Dominique Pialot

— Que serait le monde sans ces inventeurs, ces fous rêveurs qui imaginent chaque jour des merveilles ? Et Que serait l’avenir de leurs inventions si elles ne trouvaient pas l’argent nécessaire pour leur développement ? —

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Des ballons gonflés à l’hélium ont permis à l’aventurier américain Jonathan Trappe de survoler la ville de León, au Mexique, fin 2012.

L’homme récolte aujourd’hui des fonds pour réaliser son prochain rêve : traverser

© ABACA

l’océan atlantique, du Maine jusqu’à Paris.

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© XXX


Un pour tous, tous pour un Isabelle Lefort

© Émile Loreaux, DR

— Sans la bienveillance, l’écoute et la générosité, l’humanité ne peut progresser. Sans l’imagination, l’inventivité et la créativité, l’économie ne peut s’épanouir. En donnant pour objectif à l’économie sociale et solidaire de veiller à l’accroissement du bien-être de tous, l’humain est replacé au cœur de l’activité. C’est une chance pour tous. —

On ne prête qu’aux riches… L’adage est bien connu. Combien de jeunes entrepreneurs, d’inventeurs, de doux rêveurs en ont-ils fait l’expérience ? Notre histoire industrielle est jalonnée d’anecdotes qui font aujourd’hui sourire tant elles démontrent combien les mécènes potentiels se sont parfois révélés aveugles. Heureusement, l’espèce humaine a ceci de génial que certains individus ne faiblissent pas. On peut leur refuser une fois, deux fois, mille fois de leur ouvrir la porte. Ils n’en ont cure et persistent pour innover, inventer. Formidables utopistes, ils passent à l’action, avec ou sans soutien. « À celui qui voit loin, rien n’est impossible », aimait à répéter Henry Ford. L’économie sociale et solidaire (ESS) incarne cette ténacité. N’en déplaise aux capitalistes pour qui seuls les bénéfices comptent : en France, l’ESS représente aujourd’hui 10 % de notre production intérieure brute (PIB), plus de 200 000 entreprises et 2,35 millions d’emplois. Cerise sur le gâteau, les statistiques sont formelles : l’ESS est plus résiliente que l’économie classique. Entre 2000 et 2010, les entreprises de l’ESS ont créé 23 % d’emplois supplémentaires alors que les autres entreprises n’ont embauché que 7 % de salariés en plus. « Le financement de l’économie solidaire est une des conditions de sortie de crise, s’emporte Michel Rocard, ancien Premier ministre, promoteur inlassable de l’ESS. Nous sommes entrés en crise en 2008 à cause de la folie financière, de la cupidité des actionnaires au détriment des ouvriers, facteurs qui ont produit un chômage massif. » Cet automne, le projet de loi sur l’ESS qui a été présenté en Conseil des ministres le 24 juillet dernier we demain initiative

sera soutenu par Benoît Hamon devant les parlementaires. Le texte vise à créer un véritable choc coopératif. L’objectif du gouvernement est d’encourager la création de sociétés coopératives et participatives (SCOP) et de favoriser la reprise par leurs salariés des petites et moyennes entreprises locales qui jusque-là ne trouvaient pas preneur. Un enjeu de société La Banque publique d’investissement (BPI) devrait consacrer 500 millions d’euros au seul financement de l’ESS. Jamais le politique ne s’était aussi clairement engagé pour promouvoir ce que Benoît Hamon dénomme une biodiversité de l’économie. Il est vrai que la nomination elle-même

L’auriez-vous Financée ? herminie cadolle

Inventeur vers 1889 du soutien-gorge En donnant un bon coup de ciseaux au corset, Herminie Cadolle a non seulement fait du bien aux femmes, les a libérées, mais leur a permis aussi de travailler plus aisément.

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L’utopie est la vérité de demain

du ministre, le premier dans l’histoire de la Ve République à se voir confier un portefeuille spécifique à ce secteur, laissait augurer que le gouvernement allait s’engager fortement. L’expression « économie sociale et solidaire » s’est constituée dans les arcanes de la gauche en 1977. À l’époque, Michel Rocard est premier secrétaire du Parti socialiste. Il souhaite intégrer le développement des mutuelles et des coopératives dans le programme du PS pour les élections législatives de 1978. Son assistant François Soulage, enseignant l’économie à l’université de Nanterre, et son équipe lui proposent le terme d’économie sociale. Michel Rocard est emballé. « Vu ma popularité dans les sondages, François Mitterrand, élu à la présidence de la République face à Valéry Giscard d’Estaing le 10 mai 1981, se voit obligé de me proposer un poste ministériel, explique Michel Rocard. Il me nomme ministre d’État chargé du Plan et de l’Aménagement du territoire, autrement dit un placard, même pas doré, dans le gouvernement Mauroy du 25 mai. J’ai, en plus, demandé et obtenu d’être chargé de l’économie sociale. Mais le Conseil d’État, dans sa sagesse, annule mon décret d’attribution avec une remarque imparable : “L’économie sociale, cela n’existe pas. Il convient de la créer d’abord. Trouver un ministre

Le mouvement coopératif est né au début du XIXe siècle, après l’interdiction du corporatisme en 1791.

ne pourra se faire qu’après !” En désespoir de cause, je sollicite, au moins, d’être chargé du Plan, de l’Aménagement du territoire et de la tutelle du Conseil supérieur de la coopération, organisme vénérable en charge du mouvement coopératif. On me l’accorde. C’est ainsi que tout commence, avec l’indéfectible soutien de Pierre Mauroy et de son cabinet. » Ce n’est que plus tard que les protagonistes de l’ESS réalisent qu’ils n’ont rien inventé ; mais réinventé, plutôt, une expression qui existait déjà à la Belle Époque. Lors de l’exposition universelle de 1900, l’économie sociale a même bénéficié d’un pavillon pour promouvoir les mutuelles et les coopératives. Le mouvement coopératif est né au début du xixe siècle, après l’interdiction du corporatisme en 1791, et se développe avec l’ère

L’auriez-vous Financé ? GUSTAVE TROUVé

Inventeur en 1881 de l’automobile électrique Ce génial Géo Trouvetou a présenté la première voiture électrique jamais conçue en 1881, lors de l’exposition internationale d’électricité à Paris. Elle lui valut la Légion d’honneur, mais c’est le moteur à explosion qui obtint alors tous les financements.

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industrielle. Les premières initiatives d’association ouvrière ont pour objectif de subvenir aux besoins primaires des ouvriers (de la nourriture, un toit, des moyens de consulter un médecin), par la solidarité. En particulier, il s’agit de permettre aux ouvriers de pouvoir être enterrés dignement et de financer les obsèques des plus humbles. Les associations trouvent leur inspiration auprès des utopistes comme Charles Fourier, qui réfléchissent et élaborent des moyens d’améliorer les conditions de vie des ouvriers. Ainsi, dans son phalanstère, il souhaite pouvoir offrir des cadres de vie décents pour tous. Jean-Baptiste André Godin, le fabricant de poêles en fonte, en bon disciple de Fourier, mettra en application sa théorie.

Des échecs aux modèles Comme chaque fois que des communautés tenteront de réaliser les utopies promues par Saint-Simon, Robert Owen ou Étienne Cabet, elles se solderont toutes par des échecs plus ou moins cuisants. Les conservateurs ayant beau jeu de dénoncer leurs modes de fonctionnement, et les désirs individuels s’opposant souvent aux commandements établis au nom de tous, ces communautés deviennent vite ingérables. Néanmoins, le mouvement a fortement continué à imprimer sa marque sur la pensée émergente du socialisme. Ce qui a donné naissance aux coopératives de production et de consommation, qui permettent aux ouvriers de s’émanciper de leurs patrons. Depuis la première société coopérative créée en 1844 par des tisserands anglais, la sphère économique


L’auriez-vous Financée ? MARIE HAREL

Inventeur vers 1791 dU CAMEmBERT La légende veut que le plus célèbre des fromages français soit né de la bienveillance. Celle d’une jeune fermière normande qui cacha pendant la Révolution, à partir de 1791, un prêtre réfractaire au manoir de Beaumoncel, dans l’Orne. Originaire de Brie, celui-ci, pour la remercier, lui aurait confié le secret de la recette de ce qui devint le camembert.

© Shutterstock, DR

coopérative s’est construite à partir de valeurs essentielles (égalité, solidarité…). Jean Jaurès a été l’un des plus grands promoteurs de cette forme d’économie qui vise à faire du bien à tous et non à profiter à quelques-uns. Cent cinquante ans plus tard, les Nations unies évaluaient que les coopératives amélioraient les conditions de vie d’une personne sur deux dans le monde. L’ESS s’est particulièrement développée en Scandinavie et aux Pays-Bas, forts d’une grande expérience des mouvements coopératifs. L’argent au cœur du dispositif La naissance du Crédit Coopératif, en 1893, s’inscrit dans cette perspective historique. En cette fin de xixe siècle, avec l’instauration de la IIIe République, les coopératives et les mutuelles regagnent en faveur et bénéficient de leurs premiers cadres juridiques : Charte de la mutualité en 1898 ; loi de 1901 sur les associations. Pendant la Seconde Guerre mondiale, we demain initiative

les acteurs de l’économie solidaire soutiennent en partie l’effort de guerre. À l’occasion du 120e anniversaire du Crédit Coopératif, l’historien et directeur de recherche émérite au CNRS Michel Dreyfus raconte, dans un ouvrage publié aux éditions Actes Sud en mars 2013, l’épopée de cette banque qui appartient à ses clients. Et dont l’axe prioritaire est de financer les entreprises, les

L’argent est le cœur névralgique de l’économie sociale et solidaire. Sans lui, pas d’espoir, pas de réalisation, pas de passage de l’utopie à l’action.

associations, les coopératives et les mutuelles qui ont pour but d’inventer et de créer le monde de demain tout en plaçant l’humain au cœur de leur business model. Le titre du livre résume à merveille la problématique qui soustend toute l’économie sociale et solidaire : Financer les utopies. L’argent est le cœur névralgique de l’ESS. Sans lui, les rêves des uns, le devenir de milliers d’emplois, le futur d’entreprises innovantes, d’associations mais aussi de compagnies théâtrales et de films indépendants ne pourraient voir le jour. les pionniers de demain Pour sa 33e Rencontre nationale, qui se tiendra le 10 octobre à la Mutualité, à Paris, le Crédit Coopératif a décidé de mettre en avant tous ces acteurs de bonne volonté qui innovent et initient une nouvelle manière, plus durable et plus équitable, de faire de l’économie et de créer de la richesse pour tous. Cinq d’entre eux nous livrent leur expérience. Tels les pionniers d’hier, ils représentent de formidables espoirs. À vous de juger. u 13


L’utopie est la vérité de demain

pour en finir avec le gaspillage Anne-Sophie Novel

— Xavier Corval a mis en œuvre la plateforme Eqosphere, Qui connecte les émetteurs de surplus (alimentaires ou non) avec ceux qui en ont besoin, via les filières de revalorisation des produits « en fin de vie ». —

« Je n’ai pas l’impression de faire des choses extraordinaires », affirme Xavier Corval, entrepreneur proche de la quarantaine à l’origine de la société Eqosphere. Et pourtant… En moins d’un an depuis le lancement de la phase test de son initiative, en juillet 2012, la solution qu’il développe relève pour certains de la magie. Et pour cause : Eqosphere propose une plateforme web et logistique qui permet de lutter contre les différentes formes de gaspillage et de générer des économies pour tous ceux qui y participent. « L’idée initiale remonte à une expérience que j’ai vécue quand j’étais étudiant à Sciences Po : je supervisais les réceptions du musée du Pavillon de l’arsenal et il restait souvent de la nourriture en fin de cocktail. Je prenais alors mon scooter pour la distribuer aux SDF dans Paris. C’était loin d’être simple, car à l’époque les associations n’étaient pas connectées pour recevoir cela. » Simplifier et optimiser Peu à peu, il affine sa réflexion sur la mise en place de structures valorisant et facilitant les actes de générosité. Spécialisé dans les liens

« on connecte les grandes surfaces avec les associations caritatives, les soldeurs, les parcs animaliers… »

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entre technologies, communication quinze salariés, chargés de développer et pouvoir, il abandonne son doctorat la mise en œuvre des solutions. Leur en sciences politiques pour devenir défi : prouver que le coût de traitement ingénieur commercial et directeur du gaspillage peut être inférieur au coût du développement dans une agence du gaspillage lui-même. de conseil en stratégie web, avant Située au cœur de leur modèle, de s’investir dans des programmes l’innovation numérique permet de coopération et des alliances publicde développer l’impact social privé. Ses missions consistent alors et environnemental positif de leurs à améliorer l’accès aux services publics activités et d’accroître les capacités et à l’économie locale, et à développer des acteurs professionnels, mais aussi l’e-gouvernance. des citoyens. « Nous lançons deux En juillet 2009, après avoir proposé applications mobiles participatives grand de mettre en œuvre l’embryon public cette année. L’une sur notre pilier d’Eqosphere aux ministères des Affaires solidaire, Eqo Dons, sortie en juin sociales et de l’Agriculture, il décide de 2013 ; la prochaine, cet automne, monter l’entreprise dont il rêve depuis sur notre pilier environnemental. toujours. « Tout s’est assemblé dans Elle sera un outil puissant ma tête : l’expérience de départ, l’éthique d’action sociétale proposée aux sur l’alimentaire et la solidarité, le particuliers », explique-t-il. développement durable, la communication et les TIC… » Inspiré par la notion d’entreprise relationnelle développée par Jacques Attali dans Une brève histoire de l’avenir (Fayard, 2006), il s’engage au Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves) en février 2011. La première étape de son projet consiste à comprendre les L’auriez-vous objectifs, contraintes et besoins des dirigeants de la grande Financé ? distribution. Il rencontre charles fourier donc Carrefour, Auchan, Inventeur en 1832 Casino puis Leclerc. Du concept de phalanstère En parallèle, Xavier Corval Ce philosophe qui consacra sa vie s’entoure de deux associés à la construction de sociétés communautaires qui complètent son rechercha en vain des mécènes. L’anecdote expérience : son cousin veut que pendant quatre ans il ait convié chaque jeudi soir de riches industriels à dîner Baptiste Corval, le geek de pour les convaincre de financer un phalanstère l’équipe, et Jean Moreau, le expérimental. En vain. Pendant quatre ans, financier, ancien de Merrill chaque jeudi soir, il aurait dîné seul. Lynch. Aujourd’hui, l’équipe C’est lui qui imagina le concept des crèches. d’Eqosphere est constituée de


L’auriez-vous Financé ? Muhammad Yunus

sémantique (élaboré avec Pertimm, le prestataire qui a développé le moteur de recherche des Pages jaunes et de Meetic) assure la correspondance entre l’offre et la demande. Une fois l’offre formulée de manière automatisée, elle est dirigée vers les acquéreurs les plus pertinents, selon les objectifs et contraintes propres à chacun : indicateurs de responsabilité sociétale d’entreprise (RSE), volume, logistique, aspects sanitaires, etc. « Ainsi, la revalorisation devient prioritaire et la benne, l’exception », résume Xavier Corval. L’activité créée avec cette valorisation repose en partie sur la formation

©Luisa Ricciarini/Leemage, Effigie/Leemage, DR

Fondateur en 1977 de la Grameen Bank Celui que l’on surnomme « le banquier des pauvres » n’a pas réussi, aux débuts du microcrédit, à intéresser une banque commerciale. Résultat : il a commencé en financant lui-même les premiers bénéficiaires. Aujourd’hui, plus de 300 millions de personnes ont recours au microcrédit dans le monde. Lui a reçu le prix Nobel de la paix et de l’économie en 2005.

Révéler les possibles Alors que s’achève la phase pilote qui a réuni 40 structures émettrices de produits en fin de vie et 250 organisations réceptrices, Eqosphere sait maintenant comment vendre ses performances et affiner sa facturation. « Aujourd’hui, on connecte les grandes surfaces avec les associations caritatives, les soldeurs, les parcs animaliers, les spécialistes du traitement des déchets, avec une grosse intelligence numérique au centre de la plateforme et de nouvelles propositions partenariales tous les jours afin de maximiser les opportunités de valorisation », détaille l’entrepreneur. Pour assurer un tel service de valorisation, les émetteurs et les circuits existants ont été équipés de lecteurs avec lesquels sont scannés les produits invendus ou invendables – périmés, abîmés ou en fin de stock. Les informations ainsi récoltées par le logiciel Eqosphere entrent dans la base de données de produits, puis un moteur de recherche

« Cet Auchan et d’autres créent un réseau de collaborations nouvelles car la solution, la rentabilité, la simplicité et l’utilité de la plateforme n’existaient pas avant », insiste l’entrepreneur, qui n’hésite pas à parler d’intelligence partenariale. Une intelligence qu’il cultive au plus haut niveau, avec plusieurs ministères – de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, dans le cadre du pacte national contre le gaspillage alimentaire, de la Défense, de l’Enseignement supérieur –, mais aussi la région Île-de-France, les Villes de Paris et d’Issyles-Moulineaux et des entreprises comme la Fnac, Vente-privée.com, le traiteur Potel et Chabot, etc. Autant d’acteurs qui s’abonnent à la plateforme et trouvent avec Eqosphere un outil d’aide à la décision permettant d’élaborer des « politiques publiques collaboratives ». Si des équipes régionales vont bientôt généraliser l’usage de la plateforme dans

« Il nous a été suggéré de nous lancer rapidement dans des régions transfrontalières pour faire agir des acteurs binationaux sur la plateforme. »

des différents collaborateurs et sur l’engagement des comités de direction. « Il s’agit d’un aspect très important, insiste le PDG. C’est d’abord en apportant des solutions, en améliorant les processus de tri, en sensibilisant et en formant les équipes qu’on engendre la création de valeurs sociales et environnementales. » Bouger les lignes Ainsi, le magasin Auchan du Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne, a pu augmenter de 40 % en moyenne son volume mensuel de produits revalorisés tout en limitant ses frais de destruction et de stockage ; et a donc diminué sa consommation d’eau, d’énergie et les émissions de gaz liées à la destruction. Sans compter les effets induits sur les rapports RSE et les opportunités sociales et environnementales créées pour les organisations en bénéficiant.

l’ensemble de l’Hexagone, Xavier Corval souhaite rapidement porter sa solution à l’échelle européenne et contribuer à gagner quelques années sur la date fixée par la Commission européenne (2025) pour réduire de moitié les déchets alimentaires et non alimentaires dans l’Union européenne. « Nous pouvons gagner 5 à 7 ans. Il nous a d’ailleurs été suggéré de nous lancer rapidement sur des régions transfrontalières pour faire agir des acteurs binationaux sur la plateforme », précise-t-il. Avec cette ambition, la prometteuse entreprise sociale souhaite illustrer la performance de nouveaux modèles économiques portés par des entreprises qui orientent innovation et créativité vers l’accomplissement de finalités d’intérêt général. En attendant de pleinement y arriver, une chose est sûre : l’entrepreneur ne gaspille pas son énergie ! u 15


L’utopie est la vérité de demain

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pour entreprendre autrement, ensemble, on est plus fort Dominique Pialot

© DR - corbis

— À tout juste 23 ans, Lena Geitner a une énergie débordante et l’envie d’en découdre. En Rhône-Alpes, elle figure parmi les personnalités montantes avec son association LED. —

Lena Geitner semble avoir toujours été précoce. Et rebelle. Le 21 avril 2002, à l’arrivée au second tour de l’élection présidentielle de Jean-Marie Le Pen, elle a 12 ans. Déjà, elle organise sa première manif dans son village de la Drôme. Contre le racisme, l’homophobie, la pauvreté. À 18 ans, elle est persuadée qu’elle est en mesure de régler le conflit israélo-palestinien, se souvient-elle en ajoutant, avec un large sourire, qu’elle était bel et bien à deux doigts de devenir complètement mégalo. Mais sa rencontre avec Pierre Rabhi, l’initiateur du mouvement Colibris, va définitivement sceller le cours de sa vie. Elle éprouve le besoin d’être utile. L’absence de sens et de valeur au quotidien la frustre. « Quand je suis entrée en école de commerce, j’ai passé des soirées entières à refaire le monde, à chercher des solutions, raconte-t-elle. Organiser des grands mariages pour résoudre les problèmes des sans-papiers, initier dès la crèche les enfants à l’islam et au judaïsme pour combattre le racisme. On émettait des idées tous azimuts, certaines étaient concrètes, d’autres totalement farfelues. » Une deuxième rencontre s’avère déterminante. Le Prix Nobel de la paix et de l’économie Muhammad Yunus l’initie au social business. En Amérique latine, aujourd’hui, 50 000 personnes bénéficient de cet accompagnement. « Les entrepreneurs sociaux répondent à des besoins très divers, explique Lena. Il y a aujourd’hui 140 000 chômeurs de moins de 25 ans en région RhôneAlpes, 8 % des 15-17 ans ne savent pas lire et deux agressions xénophobes sont we demain initiative

perpétrées chaque jour dans la région. L’État-providence a montré ses limites, particulièrement en période de crise, où l’État réduit l’ensemble des subventions qu’il attribue aux associations, qu’il s’agisse d’Emmaüs ou des Restos du cœur. » Les inégalités ne font que croître. Aussi, pour faire face, l’idée est-elle de créer des entreprises sociales n’ayant pas besoin des subsides de l’État. En restant autonomes.

l’entrepreneuriat social au sein de son école, l’école supérieure de commerce et de développement 3A, et de la région lyonnaise. Soutenue par le Crédit Coopératif, elle vise à créer un incubateur d’entreprises sociales et solidaires. Lena cherche pour eux des parrains, des locaux, et les accompagne dans leur développement. L’association participe également à des événements importants, comme la Global Social Venture Competition, un concours international de business plans réservé à des projets alliant viabilité économique et impact social et environnemental ; ou le Forum rhônalpin de la microfinance… « Je n’avais pas de réseau, alors je me suis tournée vers mon école. Depuis, c’est un projet qu’on porte ensemble. Grâce à l’Essec, on duplique le modèle. D’ici quelques mois, LED disposera d’un espace de coworking, qui accompagnera dix entrepreneurs sociaux pendant vingt-trois mois. » u

Un incubateur d’entreprises sociales et solidaires « En Rhône-Alpes, je me suis aperçu qu’ils sont cent, âgés de moins de 30 ans, à vouloir engager un projet d’entreprise sociale. Cette génération, contrairement aux idées en vogue, est habitée par des gens qui se sentent patriotes, qui ont envie d’agir ici en France. On est nombreux à avoir envie de gagner de l’argent, de réussir socialement, mais aussi de redonner du sens. J’ai passé mon bac en 2007. À ce moment-là, quand notre professeur d’économie nous a dit « Vous savez, c’est vraiment la crise, c’est une crise sans nom et il ne va plus y avoir de travail », L’auriez-vous je me suis dit que j’avais Financé ? envie de faire mieux que les générations précédentes, mais différemment, pour remettre gérard blitz du sens. » fondateur en 1950 Ainsi est du club med né le projet Partant de cette formidable utopie Les Entrepreneurs d’inventer des vacances « tout compris, de demain (LED). pas chères », Gérard Blitz a eu la chance de Une association rencontrer Gilbert Trigano, qui lui a loué la toile de qui vise à promouvoir tente de son père Raymond, avant d’entrer au capital.

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L’utopie est la vérité de demain

Qui dompte le vent récolte de l’énergie Anne-Sophie Novel

— Né de la volonté de valoriser les énergies renouvelables, le bureau d’étude Valorem est devenu en vingt ans un acteur majeur de la filière éolienne. Rencontre avec son PDG Fondateur, Jean-Yves Grandidier. —

Vous avez créé Valorem en 1994. Pourquoi avoir choisi l’éolien ? Jean-Yves Grandidier : J’ai intégré

les arts et métiers à Bordeaux en 1977. Et dès cette époque, j’ai commencé à m’investir dans le combat contre la centrale nucléaire du Blayais à Braud-et-Saint-Louis, dans le. En tant que futur ingénieur, j’ai vite eu envie d’être « pour » quelque chose. Avec des amis, nous avons commencé à fabriquer de petites éoliennes que nous avons implantées sur le terrain du groupement foncier agricole qui s’opposait à la centrale en possédant des terres. Idem quand je suis parti en coopération en Colombie en tant que professeur dans une école navale : j’ai fabriqué une éolienne sur mon temps libre, dans le cadre du mémoire d’un élève ingénieur. De retour en France, en 1986, j’ai passé quatre ans dans une entreprise d’ingénierie mécanique qui m’a mis en régie à l’Aérospatiale. Un emploi dans le seul secteur civil de la société m’a été confié, et cette expérience de terrain industriel m’a beaucoup apporté dans les relations avec les sous-traitants et le développement de projets. En mai 1992, j’ai rencontré un chargé de mission à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) qui revenait de Tarifa, où il y avait des éoliennes. Nous avons alors étudié la faisabilité d’implanter un parc éolien au Verdon-sur-Mer, en Gironde, puis déposé un dossier auprès de la Commission européenne dans le cadre de la programmation énergétique régionale urbaine. À notre grande surprise, nous avons reçu une réponse positive fin 1993. Après, tout s’est enchaîné très vite. L’Ademe et la 18

région ont complété le financement. Et j’ai décidé de créer mon entreprise avec cette première affaire, en juin 1994. À l’époque, il fallait être un peu fou pour se lancer dans ce type d’activité ? J.-Y. G : Oh que oui ! Il fallait être fou

pour créer un bureau d’étude dans le domaine de la « valorisation » (VALO) à partir des ressources renouvelables (RE) et de la maîtrise de l’énergie (M), car il n’y avait pas de marché. Mais nous étions animés par une volonté d’apporter notre contribution. Nous voulions éviter que ce pays aille dans le mur d’un point de vue énergétique.

de plus de 250 MW de projets éoliens au développement avancé. Les autres projets d’éolien terrestre, moins avancés, totalisent plus de 1 250 MW. Les projets éoliens onshore, photovoltaïques (au sol et en toiture) et de méthanisation en France, en cours de développement et à divers stades d’avancement, représentent plus de 1 000 MW. La politique gouvernementale est-elle plus favorable à votre activité depuis le retour de la gauche au pouvoir ? J.-Y. G : La gauche est dans une

direction totalement opposée à la droite

« En 2013, Nous produisons dans nos parcs éoliens 245 Gwh environ, soit la consommation électrique annuelle d’environ 250 000 personnes. »

Que représente Valorem aujourd’hui ? J.-Y. G : Nous avons installé 41 parcs

et 196 turbines (nous en possédons cinquante dans une dizaine de parcs), soit l’équivalent de 395 MW. En 2013, nous produisons dans nos parcs 245 GWh environ, soit la consommation électrique annuelle d’environ 250 000 personnes. Le groupe a supervisé la construction de plus de 460 MW à travers sa filiale Valrea et a investi dans 136 MW éoliens en activité. Notre chiffre d’affaires pour 2012 s’est élevé à 36,6 millions d’euros. Valorem dispose d’un portefeuille

précédemment. La loi Brottes va dans le sens de la simplification réglementaire, tout comme les ordonnances Duflot de juillet 2013 sur le recours abusif. Aujourd’hui, on espère que le débat sur la transition va apporter des réponses réglementaires proportionnées à l’éolien. Nous plaidons pour une réglementation qui aille dans le sens du « juste nécessaire » pour encadrer convenablement le développement de cette énergie : aujourd’hui, par exemple, il faudrait privilégier l’éolien sur les radars météo, qui pourrait générer de la richesse et des emplois, mais aussi lutter


contre le changement climatique – ce qui n’est pas le cas des radars météo, qui ne font que le constater. Autre exemple : les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) : l’implantation des parcs est soumise au régime d’autorisation, avec des prescriptions spéciales telles que celles réservées pour les installations dangereuses pour l’environnement, à l’image des sites classés Seveso. Nous ne comprenons pas pourquoi nos installations ne sont pas plus simplement soumises au régime de la déclaration, alors que ce régime est celui auquel sont soumises les stations-service en plein centre-ville, autrement plus dangereuses pour les riverains que nos parcs ! Qu’est-ce qui est, selon vous, le plus difficile quand on veut implanter un parc éolien ? J.-Y. G : En France, le plus dur

est d’obtenir les autorisations administratives. Demain, quand les éoliennes seront plus nombreuses, le plus difficile sera sans doute de se raccorder au réseau : des schémas ont été réalisés pour accompagner le développement du réseau, mais en voulant bien faire – et peut-être trop bien faire –, les hauts fonctionnaires en charge de ce dossier ont transformé la réglementation en usine à gaz… Le ministre de l’Écologie devrait revenir au bon sens.

réparti… Nous pourrions atteindre 30 % de consommation électrique à partir d’éolien terrestre à l’horizon 2040, alors que nous en sommes à moins de 4 % aujourd’hui. Avec le temps, qu’avez vous appris ? J.-Y. G : La patience. Il faut de huit

à dix ans pour qu’un projet aboutisse. Il faut être persévérant, même parfois obstiné. C’est un combat continu. Il faut toujours remettre l’ouvrage sur le métier, rien n’est jamais acquis. Le marché sur lequel nous évoluons est proche du politique, et le politique est trop influencé par la haute administration et pas assez par les opérationnels que sont les chefs d’entreprise. Nous sommes en complet désaccord sur la vision et la stratégie s’agissant du développement de notre secteur avec les instances patronales comme le Medef, qui regarde dans le rétroviseur.

de développement sont proches de nos lieux de production, afin que les citoyens soient en phase avec les enjeux, pour promouvoir des réflexes d’autoconsommation et de consommation en circuit court. Les territoires doivent bénéficier de la richesse générée par un parc éolien. Nous travaillons à transformer la réalité industrielle en un projet dont bénéficie le citoyen, avec des produits d’épargne spécifiques et la mise en place de sociétés d’économie mixte. Pour les riverains du parc d’Arfons-Sor, dans le Tarn, nous avons créé avec le Crédit Coopératif un produit d’épargne exclusivement dédié à l’investissement dans ce parc. À la frontière du Cantal et du Lot, nous travaillons actuellement à l’entrée d’une société d’économie mixte d’énergie à hauteur de 10 %. Afin de faciliter l’opération pour les élus locaux, cette entrée pourra se faire deux ans après la mise en place du parc. u

Dans le renouvelable, quelles sont les clefs de la réussite ? J.-Y. G : Il faut miser

sur des projets de territoires, c’est pour cela que nos agences

© DR, Roger-Viollet, Shutterstock

Quels sont vos projets ? J.-Y. G : En France, nous allons

construire 200 à 300 MW dans les cinq années qui viennent. L’idée est d’accomplir cela en associant les territoires avec la création de sociétés d’économie mixte. Le potentiel éolien est important en France, mais l’objectif de 19 000 MW en 2020 est inférieur à ce que nous pourrions imaginer : l’Allemagne a déjà installé 30 000 MW en éolien terrestre et souhaite atteindre les 60 000 MW en 2030. Or notre territoire est plus vaste, avec des vents plus importants, et notre éolien terrestre peut être mieux we demain initiative

L’auriez-vous Financé ? louis pasteur

Inventeur en 1864 de la pasteurisation C’est Nicolas Appert qui eut le premier l’idée de remplir des bocaux d’aliments, de les fermer hermétiquement puis de les chauffer au bain-marie pour permettre une conservation plus longue. Mais en utilisant ce procédé pour détruire les germes bactériologiques dans des cuves à vin, c’est Louis Pasteur qui ouvrit la voie à une industrie fondée sur la sécurité alimentaire. 19


L’utopie est la vérité de demain

au nom des plus fragiles Dominique Pialot

— Issu d’une association plus que cinquantenaire, l’entreprise sociale Emmaüs Défi se distingue par un fort esprit entrepreneurial et des initiatives iconoclastes en matière de lutte contre la grande exclusion. —

L’effervescence règne dans les locaux de la halle Riquet. Le rez-de-chaussée de cet espace de 3 600 m2 dédié au stockage, à la valorisation et à la vente de vêtements, meubles et autres objets rouvre dans quelques jours après la trêve estivale. Une poignée d’employés d’Emmaüs Défi sont affairés à trier des monceaux de vêtements. À 19 heures, Chantal, en charge du « rayon » textile, note le nom des présents et établit le planning du lendemain. Entre ceux qui ne sont pas encore rentrés de leur pays d’origine après l’été, les malades et quelques-uns dont on est pour le moment sans nouvelles, plusieurs salariés manquent à l’appel. Piotr, un Polonais de 40 ans arrivé en France en 2004 et passé par tous les « services » depuis son entrée en 2011 (collecte, tri, réparation, téléphonie solidaire), se dit « très content ici ». Tout le monde est à la même enseigne : un salaire de 800 euros pour vingt-six

heures de travail hebdomadaire, complété par le RSA pour atteindre le SMIC, et la CMU complémentaire. Piotr vise pour la suite un emploi d’agent d’accueil, pour lequel il a déjà effectué un stage. Conformément à la réglementation encadrant les ateliers et les chantiers d’insertion (ACI), conventionnés par l’État, les salariés peuvent rester chez Emmaüs Défi cinq ans au maximum. Les chargés de réinsertion se réunissent chaque semaine pour organiser la suite. Nouvelles formes de pauvreté À côté de cette mission de réinsertion organisée autour des métiers classiques de collecte, tri et recyclage, Emmaüs Défi

a développé des initiatives inédites pour lutter contre la grande exclusion. « La misère évolue avec la société, de nouvelles formes de pauvreté appaaraissent, comme la fracture numérique ; c’est pour cela que nous avons un devoir d’innovation », observe Charles-Édouard Vincent, fondateur d’Emmaüs Défi en 2007. Le téléphone portable, c’est souvent le dernier lien social qui subsiste quand on a tout perdu, indispensable pour pouvoir se réinsérer. Mais c’est aussi un budget énorme pour les plus précaires (sans compte bancaire), à qui les offres les plus attractives restent inaccessibles. Téléphonie solidaire (devenue depuis Connexions solidaires) est née de ce constat.

L’auriez-vous Financé ? antoine-augustin parmentier

propagateur vers 1771 de La pomme de terre Pendant soixante ans, cet agronome nutritionniste, né à Montdidier en Picardie, hygiéniste avant l’heure, membre de l’Académie des sciences, n’eut qu’une obsession : propager l’utilisation de la « papa », tubercule importé du Pérou et appelé à devenir la pomme de terre, dans l’alimentation française pour sauver de la famine des milliers de personnes.

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© DR, Albert Harlingue/Roger-Viollet, Shutterstock

Trois mille personnes ont déjà bénéficié pendant neuf mois (renouvelables une fois) d’un accès à des forfaits prépayés à très bas prix et d’un accompagnement qui doit permettre à chacun d’identifier ensuite l’offre commerciale la mieux adaptée à sa situation. Le même principe est actuellement en test avec Internet auprès d’une vingtaine de personnes hébergées en foyer. SFR fournit les cartes prépayées et les boîtiers de connexion Wi-Fi, finance une partie des frais de fonctionnement et met à disposition du projet une centaine de collaborateurs via du mécénat de compétences. Testé à Paris, le système Connexions solidaires est voué à essaimer dans toute la France. « Nous testons différentes formules, via des antennes Emmaüs ou d’autres structures », explique Charles-Édouard Vincent. Une sorte de franchise dont Emmaüs Défi serait la tête de réseau.

les références vendues grâce à un outil de gestion développé par le cabinet Accenture. Une façon de mieux adapter l’offre de produits à la demande des familles, et de pouvoir fournir des statistiques aux bailleurs de fonds, notamment les pouvoirs publics. Grâce aux ventes du bric-à-brac, l’association ne perçoit que 50 % de subventions, et les opérations montées en partenariat sont largement financées par les entreprises. Créer une dynamique d’insertion des « grands exclus » en donnant au travail un rôle central et en se tournant

De multiples partenariats « Les collaborateurs via le mécénat de compétences, les clients via l’option solidaire proposée avec leur abonnement, et même les concurrents via la cellule de médiation mise en place pour régler les contentieux des bénéficiaires avec leur opérateur antérieur… ce projet rassemble toutes nos parties prenantes », s’enthousiasme Emmanuelle Potin, responsable de la Fondation SFR. Elle vient de signer un nouvel engagement, assorti d’objectifs ambitieux : cinq antennes ouvertes en 2013 et 100 000 bénéficiaires en trois ans. Emmaüs Défi multiplie les partenariats. Outre SFR, l’association s’est rapprochée de Carrefour et de Seb pour lancer il y a un an la Banque solidaire de l’équipement afin de permettre à des familles accédant à un logement pérenne de s’équiper. Carrefour s’est ainsi engagé à fournir 70 références de produits invendus pour équiper 250 familles relogées par la Ville de Paris. Elles sont déjà plus de trois cents à avoir bénéficié de ce dispositif. Machines à laver à 110 euros, bouilloires à 9 euros… on peut équiper un logement pour moins de 300 euros. Emmanuelle, la permanente chargée d’accueillir les familles, enregistre scrupuleusement

vers les personnes les plus éloignées de l’emploi est l’objet même d’Emmaüs Défi. Pour les 20 % des salariés de chantiers d’insertion qui restent sans perspective à l’issue de leur parcours, l’association a obtenu commande de l’État pour tester de nouvelles pratiques.

we demain initiative

de Paris, des organismes intermédiaires, des hôpitaux, des centres d’hébergement… pour tenter d’esquisser un réseau connecté, apte à construire et fluidifier des parcours et à anticiper le moment où, la personne n’étant plus accompagnée, elle risque de replonger. Accueillir dans l’entreprise les populations en grande difficulté Il a surtout convaincu la Fondation Vinci pour la cité, déjà partenaire, de le suivre dans l’aventure. Objectif : faire embaucher une dizaine de personnes par an dans l’une des dix entreprises

Créer une dynamique d’insertion aux grands exclus et aux personnes les plus éloignées de l’emploi est l’objet même d’Emmaüs Défi.

Réinsérer, mais durablement L’ambitieux programme Convergence s’inscrit dans la logique du travail à l’heure. Depuis 2008, les personnes les plus éloignées de l’emploi, notamment des SDF, peuvent déjà commencer par travailler chez Emmaüs Défi quelques heures par semaine selon un rythme progressif avant d’être embauchées pour des contrats d’insertion de vingt-quatre heures. Le principe a été repris par d’autres associations parisiennes. Avec Convergence, il s’agit d’aller plus loin et de réinsérer à terme certaines de ces personnes dans des entreprises classiques, avec de vrais CDI. « Sortir des gens de la rue, ça n’est pas si difficile, mais les maintenir hors de la rue, ça l’est nettement plus », constate CharlesÉdouard Vincent. En cause, notamment, le manque de fluidité entre les différents services publics concernés. Charles-Édouard Vincent a donc passé un an à faire la tournée des ministères, des services de la Ville

du groupe Vinci. Le dispositif prévoit des périodes d’immersion sur des chantiers avant le passage en CDI. Surtout, grâce à une dérogation, les personnes continuent d’être accompagnées par Emmaüs Défi après leur embauche, jusqu’à cinq ans. Pour Vinci, il s’agit d’aller au-delà des clauses d’insertion classiques en vigueur dans le BTP. « Nous devons apprendre à accueillir sur nos chantiers ce type de populations en très grande difficulté, de plus en plus nombreuses », observe Chantal Monvois, déléguée générale de la fondation. Plutôt que de « faire du nombre », il s’agit de montrer que la réinsertion peut fonctionner durablement. Pour cette première année, six embauches devraient être effectuées. « Nous avons très envie d’entraîner d’autres partenaires économiques dans l’aventure », affirme Chantal Monvois. « Je suis content si je contribue à sortir durablement quelques personnes de la rue, reconnaît Charles-Édouard Vincent. On n’a pas le droit de ne rien faire, et on ne peut pas ne pas faire ensemble. » Il insiste sur le rôle des entreprises, qu’on ne peut pas classer en « bonnes » et « mauvaises », et des pouvoirs publics, dont les dispositifs permettent à Emmaüs Défi de « construire une société qui se réconcilie un peu avec elle-même ». u 21


L’UTOPIE EST LA VÉRITÉ DE DEMAIN

LA MAISON DES BABAYAGAS Isabelle Lefort

— À L’INITIATIVE DE THÉRÈSE CLERC, MONTREUIL A OUVERT L’AN DERNIER, APRÈS QUINZE ANNÉES DE COMBAT, LA PREMIÈRE MAISON DE RETRAITE AUTOGÉRÉE DESTINÉE À DES FEMMES ÂGÉES. AUJOURD’HUI, CETTE INITIATIVE MODÈLE FAIT DES ÉMULES. —

« La vraie discrimination, c’est que particulièrement les femmes en fin chacune s’engage à participer aux tâches les femmes touchent en moyenne 40 % de vie qui ne touchent pas une retraite de la maison et à veiller amicalement de moins à la retraite que les hommes. » décente. Ayant moins travaillé que sur l’une des locataires si celle-ci Thérèse Clerc, la fondatrice de les hommes (grossesses obligent), rencontre des problèmes psychologiques la Maison des Babayagas, est connue touchant un salaire moindre que ou des soucis de santé. Les Babayagas pour son franc-parler. Militante ces derniers (la différence des salaires en sont convaincues, la veillesse féministe, son désir d’œuvrer pour entre les deux sexes est encore n’est pas uniquement un naufrage. le bien commun est né auprès des aujourd’hui de 29 % en moyenne Elle peut être l’âge de la libération, prêtres ouvriers. Longtemps, racontenationale), le résultat logique est de la possibilité pour chacune t-elle, elle a forgé sa conscience sociale qu’en fin de vie professionnelle, de s’intéresser à mille et une choses avec l’Évangile dans une main, elles reçoivent les retraites les plus en dehors du crochet ou du Scrabble. Le Capital de Karl Marx dans l’autre. basses. Le gouvernement a annoncé Habitée par des anciennes Aujourd’hui mère de quatre enfants qu’il allait s’attaquer au problème. employées, des enseignantes, des artistes, et grand-mère de quatorze petitsLa tâche est immense. la Maison des Babayagas travaille enfants, elle n’a jamais voulu devenir À la Maison des Babayagas, à la création d’une université populaire. une charge pour eux. c’est justement l’entraide qui prime. « Nous voulons démontrer que veillir C’est il y a quinze ans que la Les loyers s’établissent à 420 euros. longtemps, c’est bien ; mais que vieillir présidente de la Maison des femmes Les appartements sociaux sont bien, c’est mieux », répète Thérèse de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, destinés à des femmes qui toutes ont Clerc. Si certaines anciennes de ses a eu l’idée de créer une maison de milité dans une association au moins ; compagnes de militance lui reprochent retraite autogérée destinée uniquement son engagement et sa ténacité, elle aux femmes. Le nom de Babayagas, n’en a cure. Elle le sait, il faut avancer. emprunté ironiquement aux légendes Au comité de parrainage de la maison slaves, désigne des sorcières qui dévorent figurent des personnalités telles que des enfants. En 2003, l’épisode de Noëlle Châtelet, Edgar Morin et la canicule a convaincu le maire Michel Rocard. Aujourd’hui, l’exemple de Montreuil de donner de la Maison des Babayagas fait au projet un terrain des émules. Invitée à participer pour éclore. Le lieu et à exposer le principe a ouvert ses portes dans des colloques et des en 2012. Vingtconférences, Thérèse et-une femmes Clerc peut se satisfaire y occupent les aujourd’hui de L’AURIEZ-VOUS 25 logements démontrer que FINANCÉ ? sociaux l’expérience réussit. disponibles. Ailleurs en France, EUGÈNE POUBELLE Sept d’entre à Bagneux, Brest, INVENTEUR EN 1883 ET 1884 elles vivent Saint-Brieuc, DE LA POUBELLE COLLECTIVE AVEC COUVERCLE sous le seuil Lyon, mais aussi Préfet de la Seine de 1883 à 1896, il instaura l’obligation de pauvreté. en Europe, d’autres aux propriétaires d’immeubles de mettre à la disposition des résidents Le dénuement projets de Babayagas des récipients de 40 à 120 litres pour les déchets. Il inventa aussi touche sont en cours le concept de tri sélectif, avec quatre contenants : pour les ordures de développement. ◆ alimentaires, pour les papiers, pour les chiffons et pour le verre. 22


Claude Gruffat BIOcoop Réseau de magasins coopératifs de produits biologiques via un réseau d’acteurs indépendants engagés. « Notre réseau de magasins veut soutenir le développement de l’agriculture biologique dans un esprit d’équité et de coopération. »

Laura Thierry

DiscoSoupe Créée en mars 2012, cette association vise à récupérer des fruits et légumes destinés à être jetés pour réaliser un festin solidaire. Épluchage, découpage, cuisine, puis distribution gratuite pour tous.

Jérôme Déconinck

Terre de liens Sans surface agricole, pas de paysans ni d’agriculture respectueuse. Les agriculteurs louent les terres à l’association selon les principes du fermage, avec des clauses environnementales.

Maxime de Rostolan

Blue bees Cette plateforme de finance participative permet à des entrepreneurs de pays du Sud d’accéder à des crédits de 5 000 à 100 000 euros. Les internautes récupèrent ensuite leurs mises avec une prime.

Arnaud Poissonnier

Babyloan.org Lancée en 2008, ce premier site Internet français de microcrédit pour le tiers-monde a octroyé plus de 10 000 prêts (sans intérêts) de 60 euros environ. Le remboursement des mises est garanti.

LES FINANCERIEZ-V US  Qu’ils entreprennent ou financent l’économie autrement, qu’ils œuvrent pour le partage, le logement ou pour l’alimentation, ces acteurs de demain imaginent de nouvelles formes de business. qu’en pensez-vous ?

marieDominique Lacoste

un toit à partager En place depuis trois ans dans la région lilloise, l’association a pour objet de favoriser le rapprochement entre personnes de générations et de cultures différentes.

we demain initiative

Sébastien Chameroy

Échopaille Cette SCOP construit des habitats performants énergétiquement, à partir de matériaux biosourcés, ce qui place cette entreprise dans le champ des précurseurs de la maison écologique.

pierreemmanuel Grange

Microdon Élu « innovateur solidaire de l’année » par la « MIT Technology Review » pour l’agence Microdon, qui propose de reverser les arrondis de paiements (en caisse ou sur les salaires) à des ONG.

andré dupon

vitamine T Le premier groupe français d’insertion a, en 2012, salarié 2 717 personnes et enregistré 50 millions d’euros de chiffre d’affaires. En trentequatre ans, il a accompagné près de 30 000 personnes dans leur retour à l’emploi.

caroline delboy

sense school Cette entreprise sociale est alimentée par MakeSense et permet à des élèves d’apprendre et de travailler sur des projets en résolvant des défis réels d’entreprises sociales.

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L’aventurier du bourbon pointu Claire Cousin. Photos : Jérôme Galland

— fils de paysans picards, Frédéric descroix Est Devenu le roi du café solidaire. ingénieur, il parcourt le monde, se passionne pour les caféiers et relance la culture de cafés d’exception, que les stars de la gastronomie s’arrachent. Rencontre. —

Frédéric Descroix vient de faire une du paysage, le bourbon pointu, il en fait découverte de taille. Trois petits plants l’un des cafés les plus chers au monde. de café, débusqués sur le territoire martiniquais, « sans doute les descendants DE L’AFRIQUE À L’ÎLE de la réunion des tout premiers caféiers introduits Ses pérégrinations enfantines dans l’île en 1723 ». L’expert du Cirad le destinaient pourtant à de plus est enthousiaste. Il sait qu’avec cette modestes rivages, limités aux frontières découverte, il est sur le point de remetde la Picardie. Fils de paysans, le jeune tre sur le marché un café oublié. Descroix commence par suivre des études Avec, à la clé, un débouché économique de technicien agricole avec l’idée de supplémentaire pour les producteurs. reprendre l’exploitation. Mais à l’école Cet ingénieur dynamique et décidé d’ingénieurs où il part compléter son s’emploie depuis quarante ans à sillonner cursus, parmi les cultures tropicales en tous sens les sentiers où poussent au programme, le café est tiré au sort la précieuse fève et à humer les arômes pour l’examen final. Le directeur de mâtinés d’amertume. Avec pour objectif l’établissement fait savoir qu’il engagera de revivifier ces filières dans les pays trois volontaires, parmi les meilleures copies, pour faire de la coopération. producteurs, afin d’améliorer le niveau de vie des populations. Le « pompier du Frédéric Descroix obtient la deuxième café », comme on le surnomme parfois, place. Diplômé en juin, il part fin août a passé toute sa carrière sur le terrain. pour l’Afrique. L’élevage de vaches Dont la majeure partie en Afrique, laitières attendra. « À la perspective de au Burundi, au Togo, en Centrafrique vivre deux ans à l’étranger plutôt qu’en mais aussi en Haïti. Près de dix pages caserne, je n’ai pas hésité une seconde », de CV, des publications dans la plupart raconte ce globe-trotteur dans l’âme des ouvrages de référence et une liste qui dit avoir « attrapé dès ce moment-là interminable de missions sous les le virus du développement ». Il ne s’en tropiques : Frédéric Descroix n’a pas débarrassera jamais, tout entier tourné l’habitude de faire les choses à moitié. vers sa vocation. Les efforts paient : « Au Quand il décide de se lancer pour la Togo, on a multiplié par trois les revenus première fois dans des familles, en Cet ingénieur déterminé la création d’une Centrafrique, on les parcourt la planète café filière ex nihilo à La a doublés. » Quant en quête d’un graal très particulier : Réunion, en faisant à La Réunion, « ils le grain d’exception. renaître une variété ont la coopérative la de légende disparue mieux rémunérée que we demain initiative

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À saint-pierre de la réunion, dans les caféiErs : à DROITE, UNE caféicultrICE de Bourbon Pointu rÉcolte des cerises de café. Cette production de haute qualité procure aux petits caféiculteurs une source de revenus essentielle.

je connaisse », assure Hippolyte Courty. Le fondateur de L’Arbre à café et distributeur du bourbon pointu à Paris connaît bien le personnage : « Il est très professionnel mais surtout très humain. » Avant même de s’envoler pour d’autres cieux, Frédéric Descroix a déjà à l’esprit que les cultures tropicales, « ce sont des sols et des climats mais aussi des hommes ». Sur place, il forge son expérience et apprend à s’adapter  : il comprend que dans les sociétés matriarcales, ce sont les femmes qui décident des achats d’engrais ; et que celui qui paie la scolarité des enfants, ce n’est pas le mari, considéré comme un simple géniteur, mais le frère. Il doit composer avec certaines chefferies traditionnelles ; lors des votes, la voix du chef compte plus que les autres. « Il faut un an : ce temps d’observation est indispensable à la réussite d’un projet. Respecter la culture et se faire accepter, c’est primordial », insiste Frédéric Descroix. Car après tout, quand il se présente, c’est en étranger. « Ce n’est quand même pas ce “zoreille” qui va nous apprendre à faire du café, nous dont les parents et grandsparents en plantaient déjà », fut, en le 26

voyant, la première réaction de Jacques Lépinay, cultivateur de bourbon pointu : « Au début, on l’a observé. Et puis, on a vite compris : tout ce qu’il avait dans le ventre et dans la tête, il l’a partagé avec nous. » Maximilia Vitry, vice-présidente de la Coopérative bourbon pointu, renchérit : « Il a appris le créole, il mange créole. Lors des fêtes, c’est souvent lui qui se retrouve à faire tourner le mouton sur la braise. C’est une encyclopédie vivante et en même temps un homme de parole qui a su transmettre sa passion. Frédéric est devenu un ami. Si on est ce que l’on est aujourd’hui, c’est grâce à Frédéric. » « Des petits ingénieurs en cravate qui sortent de l’école, surenchérit Jacques Lépinay, on en a connu d’autres, des experts venus de métropole aussi, mais des comme lui, jamais. Il est unique comme le produit qu’il a créé. » Antoine Collignan, son superviseur au Cirad, corrobore : « Si le bourbon pointu a été classé grand cru, c’est grâce à lui. Il est passionné, et va jusqu’au bout de ses idées. » Pourtant, ce café d’exception a bien failli ne jamais vivre sa résurrection. « Quand j’ai décrété qu’à La Réunion, il fallait tabler sur une filière à très haute

valorisation, un café qui soit au minimum à 50 euros le kg, soit près de vingt fois le cours mondial, cela semblait irréalisable, y compris pour mes collègues, raconte Frédéric. On disait à mon chef : mais pourquoi tu laisses Descroix là-bas ? Il fait quoi ? Il va à la plage ? » Finalement, le bourbon pointu a atteint 55 euros le kg « contre 29 ou 30 euros pour le blue mountain », se félicite le chercheur, comparant le nouveau nectar réunionnais avec son rival jamaïcain, longtemps considéré comme le plus fameux et l’un des plus onéreux au monde. Dans les couloirs feutrés et studieux du Cirad, désormais, on évoque « une réussite exemplaire ». Antoine Collignan se réjouit même de bénéficier « d’un véritable laboratoire d’études en nature grâce à une filière entière que l’on maîtrise parfaitement ». L’ARABUSTA, UNE VARIÉTÉ PROMETTEUSE En scientifique méticuleux, Frédéric Descroix a tout passé au peigne fin, de la composition des sols à la transformation des grains après la récolte (69 méthodes différentes testées !), en passant par


Frédéric Descroix, l’ingénieur qui a réintroduit cette variété

En haut, Cerises rouges de café Bourbon Pointu. en bas,

rare, procède au Dépulpage des cerises de café Bourbon

la pluviométrie, les températures ou encore le choix des caféiers. Quand un insecte ravageur menace les caféiers, consciencieux, il en fait l’élevage et l’envoie pour étude à un expert en phéromones de l’Inra. Tel un Géo Trouvetou de la caféiculture, il a inventé un chromamètre, un instrument permettant d’optimiser la sélection des grains à partir de leur couleur. Il a mis sur pied une coopérative, un jury de dégustateurs et fait office de VRP auprès des négociants. Dernière actualité en date : une demande d’Aop est en cours. Cette aventure totalement inédite aurait pu faire figure d’apothéose et clore en beauté une longue et intense expérience professionnelle, dont l’âge menace de sonner le glas. Mais Frédéric Descroix n’a finalement pas jeté l’éponge. Sollicité par l’un de ses collègues en Guyane, une nouvelle idée l’a poussé à reprendre du service et à arpenter pour quelques années encore les champs de caféiers à l’autre bout de la planète. Avec en guise de futur prodige en puissance l’arabusta : « Une variété hybride entre l’arabica et le robusta mise en place dans les années 1970 », we demain initiative

des grains de Café Bourbon Pointu vert, en cours de séchage avant la torréfaction.

Pointu, À Saint-Pierre de La Réunion.

explique Frédéric Descroix, qui compte bien mettre au point prochainement un produit « à excellente tasse ». Mais là n’est pas l’essentiel : il s’agit surtout d’offrir une perspective meilleure à la jeunesse guyanaise dans une zone sinistrée économiquement « où plus de 50 % des jeunes sont au chômage », fait valoir Frédéric Descroix. Cerise sur le caféier : cette culture de niche a le mérite d’adopter une approche écologique. Développé sur la base de l’agroforesterie, le programme vise aussi à préserver la

« Il a appris le créole, il mange créole. Lors des fêtes, c’est souvent lui qui se retrouve à faire tourner le mouton sur la braise. C’est une encyclopédie vivante, qui a su transmettre sa passion. »

forêt équatoriale guyanaise, l’un des hot­spots les plus riches du monde en matière de biodiversité. « Aujourd’hui, à partir du moment où le café présente une tasse spécifique, de haute qualité, avec en prime une démarche écologique et équitable, il y a un marché. Et cette source de revenus permet à des familles de petits producteurs de ne pas se retrouver sur la paille », se réjouit Frédéric Descroix. Qui, pragmatique et prudent, tâte d’abord le terrain avant de se lancer dans de nouveaux essais, aussi prometteurs soient-ils : si les trois plants repérés en Martinique se révèlent bien issus de la lignée originelle, il sait déjà qu’une grande entreprise japonaise est sur les rangs pour sa commercialisation. Incollable sur l’histoire du café et l’évolution du négoce mondial, Frédéric Descroix a anticipé à point nommé l’émergence des variétés de niche haut de gamme. Les cafés rares font un tabac tandis que les nouvelles stars des spots branchés ne manient plus le shaker mais le percolateur : les barista, ces sommeliers du café, qui torréfient souvent eux-mêmes leurs grains et rapportent des variétés 27


des quatre coins du monde, proposent désormais aux profanes une initiation aux cépages et des dégustations. UN GRAIN DE CAFÉ QUI VAUT DE L’OR « Il a été précurseur, analyse Hippolyte Courty. Avec une traçabilité à l’échelle de la parcelle et une sélection de grains intransigeante, ce café de terroir est à la pointe de la tendance du moment. » Si la notion d’origine n’est pas nouvelle, « dire café de Colombie, c’est comme si on disait vin de France, s’insurge Frédéric Descroix. Il faut au moins savoir de quelle région et de quelle espèce on parle ». Sur les sachets de bourbon pointu, l’acheteur peut lire les coordonnées GPS du champ d’origine, son altitude et même la date exacte du jour de la récolte ! Le succès a dépassé le cercle des spécialistes ès cafés : encensé par Anne-Sophie Pic, fameuse chef étoilée, il est à la carte du très select restaurant Sur mesure de l’hôtel de luxe Mandarin oriental, à Paris, dirigé par Thierry Marx, autre célébrité des fourneaux. Quant au pâtissier Pierre Hermé, il lance dès septembre une gamme spéciale de macarons parfumés au bourbon pointu. 28

Dégustation à l’aveugle de café Bourbon Pointu. De plus en plus de chefs, TELs Anne-sophie pic OU Thierry Marx, L’introduisent DANS LEUR CARTE, JUSQU’au pâtissier Pierre hermé, qui l’utilise dans une ligne de macarons.

du marketing : l’elephant coffee, à base d’excréments d’éléphants – il en sort 40 kg chaque jour ! C’est vraiment pour faire du business ! Jusqu’au jour où on va découvrir des bactéries dans un sachet. Non, ce n’est pas sérieux ». Pour l’infatigable pompier du café, la priorité reste toujours de nourrir la planète : une problématique qui reste plus que jamais d’actualité. Frédéric Descroix croit fermement en la capacité de survie et d’adaptation de l’homme en conditions difficiles : « L’espèce humaine s’est toujours adaptée, la pression démographique Sur les sachets de bourbon s’accentue, bien sûr, pointu, l’acheteur mais dans cinquante ans, on ira sur Mars ! » peut lire les coordonnées GPS Alors, pourquoi s’inquiéter ? du champ d’origine, D’autant plus que d’ici là, son altitude et la date exacte pourquoi ne pourrait-on du jour de la récolte. pas y planter quelques pieds de café ? Non ? « Et pourquoi pas ?  » répond du tac au tac le chercheur, l’optimisme chevillé au corps. u Ces produits de luxe pour épicerie fine n’en aiguisent pas moins de féroces appétits : « Parmi les raretés de luxe, il y avait le kopi luwak, ce café élaboré à partir de grains digérés par des civettes sauvages », raconte Frédéric Descroix, qui déplore qu’aujourd’hui que, pour augmenter le rendement, on utilise les civettes d’élevage auxquelles on balance des grains – sauf que l’intérêt résidait justement dans la capacité de ces rongeurs à choisir les fruits à la maturité parfaite. Et de fustiger la dernière « invention


Être responsable, c’est encourager aujourd’hui les projets pour demain. Près de 700 entrepreneurs d’avenir participent à une dynamique inédite en France. Ces dirigeants, toujours plus nombreux, sont de véritables pionniers d’un nouveau modèle de croissance qui conjugue la performance économique et la responsabilité sociétale. Lancé en 2009 à l’Assemblée nationale lors d’un premier Parlement, ce mouvement soutenu par Generali rassemble aujourd’hui une vingtaine de groupes de réflexion qui se sont formés dans 11 métropoles régionales. Ces entrepreneurs d’avenir prolongent aussi leurs échanges sur une plate-forme web 2.0. Les 5 et 6 novembre 2013, c’est au Conseil Économique Social et Environnemental qu’ils se retrouveront lors du prochain Parlement national pour continuer de faire avancer leurs idées sur une nouvelle façon d’entreprendre.

© Getty, Corbis

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Changer le monde par l’économie Isabelle Lefort

« Notre modèle économique semble avoir atteint ses limites. Les crises s’enchaînent et se nourrissent, inextricablement liées : de financière à économique ; de sociale à environnementale ; de politique à philosophique. » Jacques Attali l’a écrit et le répète dans son manifeste * : « Une autre économie est possible. Pérenne. Loyale. Altruiste. » La naissance du LH Forum en 2012 répond au désir de faire connaître, dans une sorte de TED, les acteurs de cette nouvelle économie sociale, durable et responsable. Après une première édition qui a réuni plus de 1 200 personnes, 120 intervenants, 30

la deuxième session a rassemblé au Havre, à l’invitation du maire Édouard Philippe, coproducteur de l’événement, du 24 au 27 septembre, près de 200 speakers et 2 000 participants. L’agenda était organisé dans l’objectif de raconter des histoires, de partager l’émotion, mais en étant toutefois plus structuré autour de grands thèmes liés à l’économie positive, du monde économique et des questions de société. Pour chaque thématique abordée, qu’il s’agisse de la nouvelle économie, des problèmes environnementaux,

des océans, des forêts, un modérateur dressait l’état des lieux. S’ensuivait un débat contradictoire, par exemple sur le thème de la spéculation financière : oui ou non, faut-il la bannir ? Puis, à l’issue du débat, place aux histoires. Trois participants, dès lors, venaient présenter leur aventure et expliquer en dix-huit minutes (le format est identique pour tous) comment leur entreprise promeut le changement. Pendant trois jours, les entrepreneurs et économistes Joseph Stiglitz et Jeremy Rifkin, le ministre Pierre Moscovici, mais aussi les penseurs

© XXX

— Jacques Attali et Arnaud Ventura, respectivement président et cofondateur de Planet Finance, ont créé le LH Forum, Qui s’est tenu fin septembre, et promeuvent le concept d’économie positive. ENTRETIEN avec Arnaud Ventura, le président du groupe microcred. —


Le président de planet finance Jacques Attali et le cofondateur Arnaud Ventura, lors de la première édition du lh forum, au havre, en 2012.

Cynthia Fleury et Matthieu Ricard ont débattu avec l’auditoire sur l’économie du partage viable. Au carrefour de l’économie positive, les entrepreneurs sociaux et les représentants des entreprises du CAC 40 ont échangé leurs bonnes pratiques. Trois cents enfants, du CM1 au collège, ont été également invités à débattre avec des personnalités comme Jean-Louis Étienne pour parler des océans et Nicolas Métro, le responsable de Kinome, pour évoquer les moyens de combattre la déforestation. Pourquoi et comment est né le mouvement pour une économie positive ? Arnaud Ventura : Notre objectif

est de réunir les acteurs qui dans le we demain initiative

monde participent à cette économie de demain, de les mettre en valeur et de faire connaître leur expérience pour le plus grand nombre. Pour définir cette économie plus vertueuse qui replace l’homme au cœur de son activité, dont le profit n’est pas la finalité mais bel et bien un outil pour contribuer à l’amélioration du bien-être, nous avons choisi la bannière de l’économie positive. Le terme nous avait été proposé par une agence. L’expression n’est pas nouvelle. Elle a, à plusieurs reprises été utilisée dans l’histoire, recouvrant des notions différentes. Milton Friedman a publié en 1953 un ouvrage intitulé Essais d’économie positive. Joseph Stigler, le Prix Nobel d’économie en 1982, l’a repris pour définir une économie de la régulation. Dans les années 2000, Maximilien Rouer, le président de Becitizen, avait déposé le concept pour définir une économie de la rupture qui incite les entreprises à inverser leur impact sur l’environnement. Pensez-vous qu’aujourd’hui le mouvement est pris au sérieux ? A.V. : Quand j’ai démarré Planet

Finance, il y a quinze ans, la plupart des gens autour de moi, y compris dans ma famille, ne comprenaient pas ce que nous faisions. Ils raillaient cette nouvelle économie dont l’objectif n’est

pas seulement de gagner de l’argent. Aujourd’hui, les mentalités ont largement évolué. Nous sommes de plus en plus nombreux à réfléchir et œuvrer en ce sens. Que représente le groupe Planet Finance aujourd’hui ? Ses activités sont finalement assez peu connues du grand public… A.V. : Le groupe Planet Finance

emploie 2 000 personnes, recouvre des dizaines d’entités présentes dans plus de 40 pays. Notre activité se développe principalement dans les domaines de l’offre de services de microfinance (crédit, épargne, assurance) ou d’accompagnement des microentrepreneurs, mais aussi dans le financement ou la notation des banques de microfinance. Mais nous développons d’autres projets comme par exemple une entreprise sociale créée avec Grameen Social Business, spécialisée dans la production de beurre de karité au Ghana. Avec mBank, nous investissons dans le mobile banking. Enfin, la Fondation Planet Finance se spécialise dans les projets à fort impact social, notamment en faveur des femmes. Nous sommes effectivement peu médiatisés. Ce n’est pas le plus important. Notre travail, c’est d’agir sur le terrain. Nous sommes connus des grands bailleurs de fonds, de la Fondation Gates à la Banque mondiale. Aujourd’hui, ceux qui continuent de critiquer la microfinance se trompent. 31


Jacques Attali a remis au président de la République le rapport sur l’économie positive. Pensez-vous que les mesures préconisées seront entendues ? A.V. : Le rapport comporte quarante

propositions concrètes pour faire évoluer l’économie en France, en Europe et à l’international. Il a été élaboré autour de Jacques Attali par un groupe de réflexion de 40 personnalités internationales. Le gouvernement est à l’écoute, nous verrons bien les mesures qui peuvent être entreprises en fonction des priorités du Président et de son gouvernement. Quel est votre objectif à terme ? A.V. : Au sein du LH Forum, nous

sommes en phase de structuration du mouvement. Il va nous falloir encore un an pour bien trouver nos marques, éditer un plus grand nombre de publications comme le Positive Book. Notre focus est de bien réussir en France, pour nous développer ensuite hors de France, avec une première manifestation en septembre prochain déjà prévue à Singapour et une autre en discussion à Montréal en 2014. 32

Nous voudrions d’ici 5 ou 10 ans être une sorte de TED de l’économie qui change le monde. Chaque manifestation, organisée ici ou ailleurs, représente une opportunité pour faire valoir cette nouvelle économie qui redonne sa place à l’humain. Qu’il s’agisse de Convergences 2015, des Ateliers de la Terre, du World Forum Lille, chacun possède sa spécificité, déploie une vision particulière. Il y a toujours des financements pour les bonnes idées. Le mouvement grossit.

« L’économie positive n’est pas un concept abstrait. Mais une économie réelle qui transforme la vie de millions de personnes. »

À nous de devenir incontournables. Partout dans le monde, cette économie se développe. Des pays sont plus actifs, comme l’Inde ou les Philippines, mais le mouvement se développe partout. Les jeunes comprennent plus vite. Nous avons été trompés par les mirages précédents et la course au profit à court terme. Crise après crise, la voie du milieu s’impose. Les journalistes qui sont venus pour la première fois au LH Forum étaient souvent sceptiques. Mais j’aime voir de quelle façon, après avoir assisté à la manifestation, ces derniers changent d’avis et repartent convaincus. Pensez-vous que les groupes du CAC 40 qui participent au mouvement soient véritablement convaincus ? A.V. : Dans les grandes entreprises,

l’engagement commence souvent par le greenwashing. C’est bon pour leur publicité, leur communication, mais une seconde étape les engage à aller plus loin. Cela peut être la pression du consommateur. Enfin, elles réalisent l’immense potentiel de cette économie positive. Que c’est le meilleur moyen pour un acteur économique d’être pérenne sur le long terme. L’économie positive n’est pas un concept abstrait. Mais une économie réelle qui transforme la vie de millions de personnes. C’est, par exemple, le cas de la société Sulabh en Inde, qui a modifié le quotidien des intouchables, en développant des toilettes sèches. Ce n’est pas que du social. C’est non seulement un business très sérieux, mais également une activité utile pour tous. u * Le Monde, 11 février 2013

© Kieran Ball

Dans le monde actuel, 3 milliards de personnes n’ont pas accès aux services bancaires. Or, tous ont accès informellement à des services financiers. Savezvous qu’en moyenne les familles les plus pauvres vivant avec moins de 1,5 euro par jour utilisent 13 instruments financiers (épargne, assurance, crédit) ? C’est à nous de les accompagner, de ne pas les conduire au surendettement et de les aider à se développer.


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Š Eran Gilat


Le temps des cœurs artificiels Charles Faugeron

— Le cœur artificiel conçu par la société Carmat va être implanté, dans les prochaines années, sur des patients souffrant d’insuffisance cardiaque. Cette première consacre deux décennies d’expérimentations Et un espoir fou pour l’avenir. —

« Vingt millions de personnes souffrent d’insuffisance cardiaque en Europe et aux États-Unis. Des dizaines de milliers d’entre eux pourraient survivre grâce à une greffe », estime la société française Carmat, qui a mis au point un cœur artificiel d’un nouveau genre, prêt à être implanté sur l’homme. Le professeur Carpentier est à l’origine du projet. Chirurgien cardiologue, il a également fondé par le passé le laboratoire de recherche biochirurgicale à l’hôpital européen Georges-Pompidou à Paris ; membre et président (de 2011 à 2012) de l’Académie des sciences il s’est lancé dans l’aventure Carmat en 1993 avec le capitaine d’industrie Jean-Luc Lagardère (décédé en 2003), alors à la tête du groupe industriel et aéronautique Matra. Le professeur Carpentier ambitionne de créer dans le futur un cœur artificiel. Le magnat de l’aéronautique se passionne pour le sujet et assure le chirurgien de son soutien. Il met à sa disposition les moyens techniques et financiers de son groupe. Une cellule spéciale dédiée au développement de la prothèse cardiaque voit le jour. Cette alliance est scellée par la création d’un groupement d’intérêt économique (GIE) baptisé Carmat, du nom des deux associés Carpentier et Matra. Dès le début de cette collaboration, la confidentialité est de mise. Dans le secret de son laboratoire, le professeur Carpentier et son équipe élaborent de nouveaux protocoles d’expérimentation. Et rien, absolument rien ne doit filtrer ni parvenir à la concurrence, comme certains grands laboratoires américains, qui tentent en parallèle de mettre au point une technologie similaire. Car bien que pionnier en la matière, Carmat est talonné par exemple par le

we demain initiative

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La miniaturisation de la prothèse est la priorité des chercheurs.

place au sein de l’organisme dans lequel elle est appelée à rester au minimum cinq ans. L’architecture de la prothèse, sa texture et les matériaux qui la composent font l’objet de nombreux brevets déposés entre 1995 et 2004. En attente de la Norme ce Pour compléter le dispositif, une batterie intégrée active la pompe qui fait battre le cœur artificiel. Celle-ci se branche sur une console portable dont la première version pèse 6 kg pour quatre heures d’autonomie. Mais Carmat travaille d’ores et déjà à une version plus légère et plus performante : 3 kg pour douze heures d’autonomie. Un boîtier de suivi, porté à la taille, relie directement le sujet à l’hôpital qui s’assure à distance du bon fonctionnement de l’appareil et réagit en cas d’alerte. La phase de développement terminée, une nouvelle ère s’ouvre en 2008, pas moins de vingt ans après le premier brevet déposé par le professeur Carpentier. Carmat envisage désormais de finaliser les essais et de lancer la production. Elle procède pour cela à un tour de table d’investisseurs. À l’arrivée, Matra détient 34,9 % du capital aux côtés du fonds d’investissement Truffle Capital (41,3 %) et de la fondation Alain-Carpentier. La société déménage à Vélizy, dans les Yvelines, où elle installe un centre d’expérimentation high-tech pour lequel elle bénéficie d’une subvention de la part du conseil général. Dans la foulée, elle reçoit 33 millions d’euros de la part d’Oseo,

la banque publique d’investissement et de soutien aux PME. L’expérience prend encore une nouvelle tournure en 2010 : Carmat entre en Bourse. Désormais cotée, la société doit convaincre et rassurer les investisseurs. Pour cela, elle met en place un important dispositif de communication et publie désormais régulièrement ses avancées et les conclusions de ses tests. Mais ce « battage médiatique », qu’abhorre le professeur Carpentier, connaît quelques limites. La société annonce plusieurs années de suite, en 2011, 2012 et 2013, le début imminent des expérimentations sur l’homme, la première greffe d’un cœur artificiel sur des malades en fin de vie. Mais c’est sans compter les réserves de l’ANSM, principe de précaution oblige, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ex-AFSAPSS) demande toujours plus de garanties sur la fiabilité et la durabilité des prothèses et repousse sans cesse l’échéance. Qu’à cela ne tienne, les dirigeants de Carmat prospectent hors des frontières de l’Hexagone pour « donner sa chance au produit ». Le 14 mai dernier, la société annonce avoir reçu le feu vert de quatre centres de chirurgie cardiaque à l’étranger : le CHU Saint-Pierre de Bruxelles, le Silesian Center for Heart Diseases de Zabrze, en Pologne, l’University Medical Centre de Ljubljana, en Slovénie, et le Prince Sultan Cardiac Center de Riyad, en Arabie saoudite. Immédiatement, le titre bondit. Tandis que les tractations se poursuivent avec l’ANSM pour le début des essais cliniques en France, l’implantation de la prothèse sur des patients de chair et d’os va, en parallèle, devenir une réalité en Europe. Si les tests s’avèrent concluants, ledit « produit » pourrait recevoir la certification européenne (norme CE), et de ce fait s’imposer en France. Ce qui constituerait un espoir pour des dizaines de milliers de patients en attente de transplantation. Et un marché juteux pour Carmat. u

© carmat

fabricant de prothèses Abiomed et sa technologie AbioCor, laquelle entre en service en 2001 aux États-Unis. Mais de l’aveu du fabricant américain, qui travaille actuellement à une deuxième version de son cœur artificiel, quelques améliorations sont nécessaires, pour remédier à la formation de caillots. Ce dernier aspect n’inquiète pas le professeur Carpentier, qui reçoit en 2007 le prestigieux prix Albert-Lasker pour l’invention de la valve cardiaque artificielle dotée d’une propriété unique : son revêtement hémocompatible, qui prévient la stagnation du sang dans la prothèse et dispense le patient de la prise d’anticoagulants. Cette bioprothèse allie des matériaux biologiques : des valves prélevées sur un animal, le bœuf, puis traitées chimiquement et doublées d’une structure en Teflon, un métal ultraléger et résistant. Cette innovation constitue en quelque sorte le prélude au cœur artificiel en entier que préparent les équipes de Carmat. Au fil des ans, plusieurs prothèses sont mises au point. La première pèse 1,9 kg. Son poids est ramené à 1,2 kg, le cœur humain pesant, lui, environ 300 g. La miniaturisation de la prothèse devient la priorité des chercheurs : elle doit s’intégrer sans encombre dans le thorax du patient. Ce nouveau défi requiert l’expertise des ingénieurs de Matra. Lesquels miniaturisent l’informatique « embarquée » à bord de cette prothèse qui ne pèse à l’arrivée plus que 900 g. Des capteurs électroniques situés dans les ventricules « porte d’entrée » du sang dans le cœur détectent les changements de pression sanguine. Laquelle évolue si le sujet monte un escalier ou si, au contraire, il se couche, s’il marche lentement ou plus vite. Aussitôt informé, le microprocesseur identifie les besoins et module l’activité des pompes qui impriment le rythme cardiaque. Ainsi, le sujet ne risque ni de s’essouffler ni de souffrir de palpitations. Un soin particulier commande au design de la prothèse. Modelée par ordinateur, sa forme imite au plus près le cœur humain. L’enjeu est de taille puisqu’elle doit trouver sa


Entrepreneurs d’avenir a été créé grâce au soutien de Generali

Génération responsable

Mardi 5 & Mercredi 6 Novembre 2013

Et si l’entreprise avait les solutions ? Au

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La Dame du bâtiment Hélène Martinez

Pleine d’énergie, LEILA OUADAH Entame En 1991 sa réinsertion professionnelle. elle devient entrepreneuse du btp, puis fonde l’association dames en 2008.

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À la Maison des femmes de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, si quelques personnes de l’assistance s’inquiètent – « Le bâtiment, c’est trop dur, c’est pour les garçons ! » –, Leila les rassure. Le secteur évolue. Elle leur parle de la mécanisation, des conditionnements, de son parcours et de son association : Dames. Crises familiales, mères célibataires, femmes avec avec peu ou pas de bagages scolaires, mais toutes éloignées de l’emploi, toutes les femmes présentes connaissent la précarité et ont besoin de reprendre confiance. Leila a quitté l’école à 14 ans, elle a élevé seule ses trois enfants. Elle le sait, il existe des voies pour s’en sortir. Peu de ses interlocutrices soupçonnaient que le bâtiment puisse être une issue, mais certaines se lancent. Leila et ses collaboratrices les accompagneront vers la réinsertion. Elles seront orientées vers des organismes de formations qualifiantes 1 ou se professionnaliseront sur les chantiers de Dames. Celles qui le souhaitent se spécialiseront, postuleront en entreprise ou se mettront à leur compte. Une nouvelle victoire pour Leila. En créant sa structure, cette quadragénaire hyperactive – maman, jeune grand-mère, chef d’entreprise, porteuse de projets innovants et actrice de l’économie sociale et solidaire – s’est engagée à lutter contre les

© Gilles Coulon / Tendance Floue

— Leila Ouadah, fondatrice du projet dames, a choisi de se battre contre les Préjugés : son Entreprise d’insertion dans le BTP recrute des femmes éloignées de l’emploi. pour leur donner une deuxième chance dans un secteur qui manque de bras. —


© Jean-Luc Bertini

préjugés. « Je suis la preuve vivante La fondatrice de Dames sur fonctionnions comme une entreprise qu’une femme peut exercer dans un chantier de rénovation d’appartement. lambda. Ce n’était pas notre volonté un secteur masculin. Fille de maçonLes particuliers représentent mais on ne dit pas non aux clients ! carreleur, je suis tombée dans la majeure partie de sa clientèle. Aujourd’hui, nous poursuivons un la bétonnière dès mon plus jeune âge. » objectif de restructuration : rechercher Leila a nourri une véritable passion de nouveaux financements et jouir d’une projet plus épanouissant. Elle fonde pour l’univers du BTP. Son savoir plus grande visibilité afin d’embaucher », l’association Dames en 2008. et son expertise servent aujourd’hui observe Leila avec le recul de trois Un acronyme comme un manifeste : à des fins sociales. Pourtant, à années. Déjà, Dames a obtenu des Dynamiques, Actives, Mobilisation, première vue, l’activité de Dames subventions de la Fédération française Économique, Sociale. Deux ans se résume au second œuvre : peinture, du bâtiment et du Fonds social s’écoulent et Dames devient un électricité, carrelage, plomberie, européen. « Le plus dur est passé, mais ensemblier ACI/EI – atelier chantier menuiserie, décoration. Mais les il faudra formuler de nouvelles demandes d’insertion, entreprise d’insertion. ambitions de sa patronne vont aupour assurer le bon développement de Lauréate de l’édition 2010 de CréaRîf delà. Faire valoir les compétences la structure, et ce n’est pas chose aisée. » Quartiers, concours organisé par des femmes, sensibiliser les entreprises L’Atelier 2, Leila se voit offrir un emploi Les institutions publiques imposent tremplin d’un an. Le conseil régional à recruter une main d’œuvre parfois un cadre en contradiction d’Île-de-France soutient ce projet féminine, instaurer la mixité et avec la philosophie de Dames. entrepreneurial innovant, retenu la complémentarité dans les équipes, Leila avance à contre-courant et pour son fort potentiel d’emploi. faire évoluer les mentalités et valoriser entend bousculer le système, dénoncer Elle intègre alors l’incubateur l’image des métiers du bâtiment, ses dysfonctionnements. Selon elle, la de l’école supérieure de commerce c’est là son plus grand chantier. parité n’a guère de sens : « On recrute Advancia et bénéficie cette même Leila débute sa réinsertion les gens en fonction de leurs compétences, année de la convention d’affaires professionnelle en 1991. Ses CAP pas de leur sexe. » Institutions, CréaRîF Entreprendre autrement. de peinture, vitrerie, revêtement entreprises et mentalités sont vouées Grâce à une communication bien et peinture-décoration en poche, à s’adapter à une société en mutation ficelée, le carnet de commandes de la elle poursuit avec une formation où les codes changent, estime la chef jeune pousse explose. Victime de son commerciale à l’Ifocop. Une certitude d’entreprise. Dans un contexte de succès, Leila et ses autoentrepreneuses l’habite, elle sera son propre patron. crise, les travailleurs indépendants se parent au plus urgent et œuvrent En 2002, Leila Décor SARL voit multiplient. L’action de Dames agit le jour et marque le début de l’aventure sur de nombreux chantiers. « Nous en faveur de l’autonomie pour entrepreneuriale. les femmes. Les affaires La plupart « Je suis la preuve vivante fonctionnent des demandeuses qu’une femme peut exercer dans un secteur entre chantiers d’emploi non et sous-traitances qualifiées sont masculin. fille de maçon-carreleur, mais la routine systématiquement je suis tombée dans la bétonnière dès mon s’installe. dirigées plus jeune âge. » Cinq ans vers le secteur plus tard, tertiaire (aide l’entrepreneuse à la personne, décide de se aide ménagère, consacrer à un manutention, we demain initiative

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secrétariat). Lorsque Leila interroge les bases de données de Pôle emploi, aucun profil ne correspond aux métiers du bâtiment sur les 1 564 400 inscrites en 2013. tandis qu’en 2011, l’effectif féminin représentait près de 11 % des salariés du bâtiment, avec une croissance de 53 % en dix ans. Cette même année, plus de 263 000 salariés ont été embauchés, dont 136 000 n’avaient jamais travaillé dans le btP auparavant. Ce secteur, l’un des premiers créateurs d’emplois, constitue de réelles opportunités pour les femmes en réinsertion professionnelle. « Et s’il existait des appels à projet adressés aux femmes comme aux jeunes ? propose Leila. L’entrepreneuriat féminin est récent, il faut l’encourager. » Si elle n’a rencontré aucun obstacle dans son parcours, Leila confie : « Nous sommes toujours mises à l’épreuve, même après vingt ans. Certains plaisantent : nous devrions être derrière les fourneaux,

leilA OUAdAH, entOUrée ici PAr Un jeUne APPrenti et Une AUtOentrePreneUse, PrÔne lA cOmPlémentArité des HOmmes et des femmes dAns les éQUiPes.

nous leur volons leur travail. C’est un mélange de peur et de méconnaissance. Mais cela éduque les hommes. Ils font davantage attention lorsqu’une femme est présente. La concurrence s’installe, force la performance, et c’est au bénéfice de l’entreprise ! » La militante (et non pas féministe) reste convaincue de la légitimité des femmes dans cet univers. « Nous agissons pour leur donner de la crédibilité sur le terrain. Hommes et femmes se complètent, c’est le secret. Et la mixité des équipes rassure les clients. » La clientèle de Dames, à 95 % féminine, reçoit avec d’autant plus de confiance ces travailleuses. Lors de réunions sur l’ouverture des champs professionnels aux femmes, Leila conseille « de cesser

de victimiser la femme mais d’être attentif à leur motivation ». Dames tend la main aux femmes en quête de remobilisation et les aide à bâtir leur avenir. Les incubateurs, le statut d’autoentrepreneur, les contrats d’apprentissage ou d’accompagnement, l’alternance composent autant d’outils pour démarrer une carrière dans le btP. actuellement, Dames ne compte pas de salarié. néanmoins, la structure, basée à noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis, s’entoure déjà de nombreuses femmes, apprenties ou confirmées, souvent ralliées par les associations partenaires de Dames dédiées à l’emploi et à la formation des femmes. Elles ont notamment participé aux ateliers pédagogiques de blanc-Mesnil ou aux chantiers insertion et découverte, au centre socioculturel de la mission locale de rosny-sous-bois. bientôt, la fondatrice de Dames encadrera de nouvelles recrues au sein de l’association Du côté des femmes, dans le Val-d’Oise. Leila aspire à faire de Dames un acteur incontournable de l’économie sociale et solidaire en Île-de-france. Elle formule également le vœu de dupliquer le modèle à l’échelle nationale. En somme, pour la dame du bâtiment, le combat continue. ◆ 1. AfPA : centre de formation professionnelle destiné aux adultes. cfA : centre de formation d’apprentis. gretA : groupement d’établissements publics d’enseignement et de formation continue pour adultes. 2. centre de ressources de l’économie sociale et solidaire visant à favoriser le développement et la promotion de l’économie sociale et solidaire sur le territoire francilien. Association créée à l’initiative du conseil régional d’Île-de-france, entre autres.

L’envol de Dames a certes été prompt mais la société ne dépend financièrement que d’elle-même. Leila Ouadah déplore l’absence de soutien des institutions publiques. Si le projet s’avère innovant et séduisant, les collectivités démarchées peinent à injecter des fonds. Autre raison de cette désaffection, Leila désapprouve les méthodes de certains organismes. La direction départementale du travail et de l’emploi de Seine-Saint-Denis aurait volontiers décerné le label Entreprise d’insertion à Dames. Les subventions de l’État qui l’accompagnent auraient été les bienvenues. Mais Leila a renoncé à prétendre au titre pour conserver sa liberté d’action. Rentrer « dans des cases » lui semblait en contradiction avec le concept de projet innovant. « Que ce soit des hommes ou des femmes, le bâtiment ou la pâtisserie, ce que nous voulons, c’est que vous les réveilliez le matin », lui assène un jour un membre de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi de Seine-Saint-Denis. Face à cette incompréhension, Leila est restée interdite. Mais droite dans ses bottes. Depuis, elle refuse toute tentative d’enfermement.

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© DR/Dames © Céline Jappé / Batirama

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REF : AGENCE VERTE 1992

Beaucoup sont devenus verts, tant mieux , une seule agence l’est depuis 20 ans. Faire émerger les sujets, les idées, les innovations qui permettent à l’homme de se développer harmonieusement. Faire évoluer les modes de pensée et les comportements en matière de respect de l’environnement ou de santé publique, valoriser les démarches vertueuses des entreprises, donner voix aux initiatives qui font avancer l’économie sociale et solidaire… Bref, raconter de belles histoires capables de faire bouger les lignes et de faire progresser notre société. C’est ce que nous faisons depuis 20 ans et qu’il est plus que jamais utile et urgent de perptuer, avec vous.


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rencontre avec les entrepreneurs de demain Isabelle Lefort. Photos : Maxime Dufour

— Du 23 au 25 octobre, les promoteurs du changement ont rendez-vous pour brainstormer au World Forum Lille. Au programme : la troisième révolution industrielle appliquée au territoire. et des dizaines de rencontres avec des entreprises pas comme les autres, mais qui réussissent tout aussi bien. —

La région Nord-Pas-de-Calais est la plus ancienne région industrielle d’Europe. Celle qui a été la plus durement touchée ces cinquante dernières années par la profonde modification de notre économie. Face à la détérioration de la situation, les hommes et les femmes de bonne volonté issus de ce territoire ont depuis longtemps entrepris d’agir. Le World Forum Lille répond à cette stratégie. Lancée en 2007, cette manifestation qui se déroule pendant trois jours a déjà fait venir à elle plus de 23 000 personnes en six ans. À chaque édition, des conférences-débats permettent à une ou plusieurs personnalités et entrepreneurs d’exposer leur vision stratégique et économique. Des ateliers donnent l’occasion aux responsables d’entreprises, cadres, experts et étudiants de dialoguer sur les bonnes pratiques mais également de réfléchir à des solutions aux problèmes auxquels sont confrontés les entreprises sur le territoire. Sur le plan local, c’est une formidable opportunité pour mettre en avant le dynamisme des entreprises innovantes qui initient de nouvelles activités sociales, durables et responsables. Grâce à la mise en relation avec des réseaux français et internationaux, toute l’année, un think tank (sur la responsabilité we demain initiative

sociétale de l’entreprise) réfléchit et œuvre pour faire avancer les idées. La Troisième révolution industrielle L’idée de faire intervenir Jeremy Rifkin a émergé en 2011, après la parution de son livre La Troisième Révolution industrielle. Philippe Vasseur, ancien journaliste et ministre de l’Agriculture, président du réseau Alliances et du World Forum de Lille, a eu envie de faire plancher l’économiste. Pour qu’il passe de la théorie à la pratique, en réfléchissant avec ses conseillers au devenir de la région et de ses 4 millions d’habitants dans les trente prochaines années. Le master plan imaginé par Jeremy Rifkin va être rendu public le 25 octobre prochain, en clôture de l’édition 2013.

grandir par l’exemplarité est ici érigé en philosophie. Chaque entreprise détient une part de vérité et peut servir de modèle à suivre.

Pour l’heure, rien ne filtre. Si ce n’est les quatre domaines d’intervention : l’énergie, le bâtiment, l’économie numérique et l’économie circulaire. En attendant le compte rendu des deux premières journées du Forum, les entreprises locales vont confronter leurs business models autour de grandes thématiques : consommer autrement, le made in local, l’économie de la fonctionnalité, manager et entreprendre autrement, la conduite du changement, la lutte contre la corruption, les relations entre entreprises, les fonctionnalités et territorialités, le financement des innovations, des énergies renouvelables, de l’économie collaborative… Depuis la création de la manifestation, le mot d’ordre du World Forum de Lille a toujours été « think is good, act is better ». Grandir par l’exemplarité est ici érigé en philosophie. Chaque entreprise invitée détient une part de vérité et peut servir de modèle à suivre. C’est l’un des points forts du forum : savoir mettre en lumière des entreprises qui incarnent le changement et qui réussissent. Et sortent de la vision traditionnelle du business. Des entreprises modèles La société OVH, fondée en 1999, leader des hébergeurs de sites, installée près de Roubaix, sur le littoral de la mer du Nord, possède dans ses bâtiments 43


Des entreprises de la région vont confronter leurs expériences et leurs compétences aux thématiques liées au durable : consommer autrement, fonctionnalités et territoires, économie collaboratives, énergies renouvelables…

posés sur 9 ha le plus grand centre de données d’Europe avec une capacité record comprise entre 350 000 et 500 000 serveurs. Depuis dix ans, sous la direction de son président, Henryk Klaba, un Ch’ti dont la famille est d’origine polonaise, la société a multiplié les innovations pour réduire sa consommation électrique. Ainsi, en 2004, elle a conçu un système exclusif de refroidissement liquide de ses serveurs, baptisé Watercooling, qui a permis à l’entreprise de diviser par deux ses coûts énergétiques. Elle a investi 15 millions d’euros dans un champ d’éoliennes, avec l’objectif de devenir productrice d’énergie verte à partir de 2010. En partenariat avec la société d’ingénierie électrotechnique DDIS, elle a développé, après un an et demi, une nouvelle génération d’éoliennes, plus petites et plus compactes, qui fonctionnent avec moins de vent. Résultat : aujourd’hui, OVH produit sa propre électricité. « L’investissement est de taille. En plus de la recherche et développement et de la construction des huit éoliennes de son parc, OVH doit financer le raccordement des engins au réseau de transport d’électricité d’EDF, soit 14 km de câbles, à hauteur de 800 000 euros. Au total, l’enveloppe de l’entreprise représente 14 millions d’euros, explique Henryk Klaba. EDF achète notre énergie à environ 80 euros le MWh. À ce prix, nous amortirons cet investissement d’ici douze ou quinze ans. Nous ne cherchons pas la 44

rentabilité à tout prix, mais souhaitons plutôt contribuer au développement d’une solution pragmatique et favorable à l’environnement. » Des burgers sains et écologiques En Suède, c’est Max Burgers qui cristallise l’admiration. Cette chaîne de fast-food, fondée en 1968 par Curt Bergfors et Britta Andersson, est devenue un modèle de la good fast food. La seule au monde à une si grande échelle à inciter ses clients à ne pas trop manger de hamburgers gras, à préférer ceux qui sont sans bœuf, car moins gourmands en empreinte carbone. Dans les restaurants Max Burgers, celle-ci est d’ailleurs mentionnée sur chaque produit. Et ça marche ! Non seulement les clients « entendent » et y sont sensibles, mais en plus ils suivent

Le succès de Max burgers vient de ce que les consommateurs ont confiance dans la loyauté de l’entreprise.

les recommandations de la chaîne. Résultat, depuis la mise en œuvre de cette politique en 2005, Max Burgers a doublé la taille de son marché en Suède, ouvrant 45 nouveaux restaurants (elle en possède désormais 75 sur le territoire, plus un autre à Oslo et un autre dans les Émirats arabes unis). Et au hitparade des chaînes que les Américains souhaiteraient voir se développer, de la côte Ouest à la côte Est, Max Burgers est plébiscité. Comble du luxe, en Suède, la chaîne est devenue la marque la plus populaire (Mac Donald’s fait grise mine) mais aussi la plus rentable avec une marge opérationnelle de 16 %. Selon l’agence média Mindshare, la raison du succès vient de ce que les consommateurs ont confiance dans la loyauté de l’entreprise. L’entreprise est championne en responsabilité sociétale des entreprises (RSE) en Suède. Autre anecdote ? En 2007, en lançant le programme Minimize me, la chaîne a démontré qu’on pouvait perdre du poids en mangeant des burgers sains. Bref, depuis, on se presse à l’entrée. Et chaque année, l’entreprise compense en plantation d’arbres, en Ouganda, son empreinte carbone. Bilan : zéro émission de CO2. Des céréales sans sucres ajoutés De son côté, Nicolas Imbert, le président de Green Cross, défend le bilan écologique des céréales Jordans. Cette entreprise anglaise née en 1855,


Des ateliers où experts, étudiants et Chefs d’entreprise échangent idées et solutions relatives aux problèmes des territoires.

située à Biggleswade dans le Bedfordshire, appartient toujours à la famille Jordan. Aujourd’hui, la marque propose 30 produits céréaliers distribués dans 30 pays. Membre du réseau Roundtable for Sustainable Palm Oil (RSPO), qui défend l’établissement d’une norme pour une production d’huile de palme durable, les céréales Jordans sont réalisées par des agriculteurs signataires de la charte Conservation Grade en faveur de la biodiversité. Ces mueslis sont particulièrement appréciés car ils sont riches en fruits et sans sucres ajoutés. bienfaits des produits locaux Aux États-Unis, à Chicago, l’entreprise Tru Blooms crée depuis 2012 des parfums élaborés à partir de fleurs cultivées dans une vingtaine de jardins partagés, ainsi que dans le jardin botanique et les parcs municipaux de la ville. Cent cinquante citoyens ont été formés pour cultiver ces plantes, et 60 emplois ont été créés pour des personnes au chômage ou en réinsertion. Le bilan est positif. Non seulement l’entreprise a reçu 60 000 dollars (45 000 euros) de financements privés pour créer de nouveaux jardins, mais elle a aussi permis à la municipalité de diminuer de 40 000 dollars (30 000 euros)le budget d’entretien we demain initiative

« EDF achète notre énergie à environ 80 euros le MWh. À ce prix, nous amortirons cet investissement d’ici douze à quinze ans. Nous ne cherchons pas la rentabilité à tout prix. »

Jeremy rifkin, spécialiste de prospective économique et politique, planche sur un plan pour la région, divulgué lors du forum 2013.

du service des parcs de Chicago. Enfin, l’image de la ville a été remarquablement améliorée par cette approche environnementale. Oubliés les clichés de la pègre, place aux « flower business ». Au bonheur des clients Autre preuve qu’altruisme et business model font bon ménage, la société Zappos, investie par Tony Hsieh. Ce jeune diplômé d’Harvard s’est fait connaître du grand public pour avoir revendu, à l’âge de 24 ans, sa première société, LinkExchange, à Microsoft pour 265 millions de dollars (200 millions d’euros). En 2005, quand il est arrivé chez Zappos, distributeur de chaussures sur Internet, il a radicalement changé sa stratégie, décidant que ce qui primait désormais n’était pas d’avoir une offre toujours plus élargie, mais de tout faire pour le bonheur de ses clients, et donc implicitement pour les salariés. Résultat : il fait en sorte que ses employés se sentent bien sur leur lieu de travail et y développent des relations amicales. Le PDG va jusqu’à organiser

des soirées pyjamas… et propose jusqu’à 4 000 dollars à ceux qui dans leur période d’essai préfèrent partir. Il est convaincu que pour bâtir une société basée « sur la relation à l’autre », mieux vaut ne pas recruter des employés « qui ne pensent que par le salaire en fin de mois ». Loyauté, transparence, partage… Chaque année, les employés de tous les services sont invités à compiler leurs meilleurs souvenirs au bureau dans les douze mois écoulés. En dix ans, le chiffre d’affaires de Zappos a bondi, passant de 20 millions de dollars à 1 milliard de dollars. Vous êtes encore dubitatif ? Faites le déplacement à Lille pour rencontrer ces praticiens du monde de demain. Parmi les intervenants, la moitié vient du monde de l’entreprise. Pendant les trois jours de la manifestation, l’organisation veille à ne pas être dans la répétition. Chaque histoire est une aventure entrepreneuriale extraordinaire. Unique. Qui donne envie. Et que l’on peut suivre toute l’année sur la base de données en accès libre mise en ligne par le World Forum. Chapeau bas.u 45


RENDEZ-VOUS au Parlement des créateurs d’avenir Hélène Martinez –

Les 5 et 6 novembre, les entrepreneurs d’avenir se réuniront au Conseil économique et social pour la session biennale de leur parlement. Au programme : échanger pour progresser, communiquer pour promouvoir et proposer pour changer. Le réseau regroupe 646 PME et grands groupes. – Pochéco Emmanuel Druon www.pocheco.com Depuis 1928, Pochéco produit des enveloppes pour les institutions, banques, assurances, opérateurs de téléphonie et producteurs d’énergie européens. En 1997, Emmanuel Druon prend la direction de l’entreprise lilloise, entrée dans l’escarcelle de sa famille vingt ans plus tôt. Il entreprend une politique guidée par des principes « écolonomiques ». Deux milliards d’« écoveloppes » 100 % recyclables et biodégradables sont créées chaque année dans une usine autonome en ressources hybrides. L’environnement, la gestion de l’eau, de l’énergie et des déchets constituent l’ADN de l’entreprise.

Activbois Hervé KERDERRIEN www.activbois.com Pour Activbois, le développement durable repose sur trois piliers : l’écologique (le process de production), l’économique et le solidaire – les salariés sont partie prenante du projet sur tous les plans (temps de travail, salaires, bénéfices). La société veut permettre à ses clients d’accéder à des constructions moins onéreuses et plus écologiques que tout ce qui se pratique aujourd’hui. 1 % for the planet jacques fath onepercentfortheplanet.org Créée en 2002 par Yvon Chouinard, propriétaire de Patagonia, 1 % for the Planet regroupe des entreprises s’engageant à reverser 1 % de leur chiffre d’affaires annuel à des associations environnementales agréées. Le réseau compte 1 450 entreprises dans 44 pays et 2 500 associations agréées. Près de 120 entreprises en France ont rejoint 1 % for the Planet. 46

concierge durable martine Payeur www.concierge-durable.com Concierge durable a été la première conciergerie d’entreprise qui, dès novembre 2008, a orienté tous ses services vers des critères de RSE et développement durable. L’objectif de l’entreprise est d’apporter et de coordonner sur le lieu de travail des services facilitant la gestion des vies privée et professionnelle des salariés.


CitizenCar David, Guillaume et Nicolas fr.cityzencar.com David, Guillaume et Nicolas ont fondé Citizencar, il y a deux ans, avec l’ambition de favoriser une utilisation intelligente des ressources automobiles disponibles à proximité. Par l’intermédiaire d’une plateforme de partage en ligne, ils connectent une communauté d’automobilistes, propriétaires et conducteurs de véhicules. Le concept de location entre particuliers développé par Citizencar présente des vertus solidaires autour de valeurs de partage, économiques et écolo. Environ 95 % des véhicules restent immobiles les trois quart du temps alors qu’une voiture partagée à temps plein remplace 15 à 20 véhicules et 45 à 60 emplacements de parking. Aujourd’hui, la start-up rejoint Buzzcar, qui est un site de location de voitures entre particuliers qui, lui aussi, repose sur le principe d’autopartage. Sa fondatrice, Robin Chase, avait avant cela développé Zipcar. À elles deux, elles recensent désormais plus de 7 000 voitures et 50 000 membres.

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vision naturelle Jean-Christophe Bargin www.visionnaturelle.fr L’opticien Vision naturelle est né en 2007 pour revaloriser ce métier de professionnel de santé. JeanChristophe Bargin a mis l’accent sur le professionnalisme et le service client, opté pour des prix justes et apporté une dimension développement durable et gestion citoyenne au secteur.

Extramuros Rosanna Del Prete et Isabelle Pujade www.extramuros-paris.com Cofondatrices d’Extramuros, Rosanna Del Prete et Isabelle Pujade ont associé leurs compétences artistiques pour réaliser des objets à partir de matériaux de récupération. Les deux designers s’appliquent à redonner vie aux matériaux en leur attribuant de nouvelles fonctions.

Biosol philippe audard www.biosol.com Biosol est une Scop, créée en 1995, spécialisée dans la distribution de détail et demi-gros de produits alimentaires issus de l’agriculture biologique et de produits écologiques. Installée dans le Sud-Ouest, elle implique sa dizaine de salariés dans les projets de l’entreprise.

Agence du Don en Nature Jacques-Étienne de T’Serclaes www.adnfrance.org L’Agence du don en nature collecte des produits neufs non alimentaires auprès d’entreprises donatrices, au profit d’un réseau de 400 associations investies dans la lutte contre l’exclusion. L’association, reconnue d’intérêt général, accompagne plus de 500 000 personnes démunies. Dès 2008, Jacques-Étienne de T’Serclaes conduit ce projet d’entrepreneuriat social afin d’apporter une solution solidaire aux trop nombreuses victimes de la précarité – 8,6 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté en France –, et d’empêcher ainsi le gaspillage. u

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Quand le design veut révolutionner la ville Hélène Martinez

— Plateforme de recherche et d’innovation au service des citoyens et de la collectivité, Design for change puise dans les énergies créatrices pour inventer de nouveaux paradigmes. Au moyen de son action prospective et d’un concours international, le label redessine les contours de la ville de demain. —

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ans, vise à établir les problématiques d’un territoire en collaboration avec les principaux acteurs régionaux. Un comité de pilotage technique permet aux différentes villes de la métropole de s’impliquer en identifiant les besoins de la collectivité et d’en extraire des thématiques. À chaque édition, 300 étudiants d’écoles du monde entier concourent et soumettent leur expertise. L’objectif est de faire émerger une réflexion collective et de fédérer les initiatives. Horizons, cultures et expériences multiples convergent dans une même direction. Un Indien d’Ahmedabad, un Hongkongais, un Français de Saint-Étienne ou de Paris et un Anglais du Royal College of Art travaillent ensemble lors des workshops préliminaires. La jeune génération porte en elle la vision d’une société nouvelle. Caroline Naphegyi a crée Design for Change en vue d’initier un mouvement. Inspirée par un modèle présent dans certains pays en voie de développement, elle s’est intéressée à la faculté qu’a le design de répondre aux questions sociétales, aux contraintes urbaines et aux besoins vitaux d’un pays occidental tel que la France. Dans une conjoncture économique trouble, ce réseau de designers s’interroge et explore de nouvelles alternatives. Un projet de recherche autour d’un tissu numérique intelligent avec le styliste

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Hussein Chalayan amorce la création de l’association en 2010. La même année, pour le 100e anniversaire de Deauville, le maire de la station balnéaire normande lançait un concept innovant. C’est l’occasion pour Design for Change d’impulser l’édition test de ce qui deviendra son concours international. En 2012, Design for Change s’associe à Lille Design et à la Communauté urbaine de Lille pour organiser le tremplin Lille/Design for Change. Cette coproduction, lancée pour trois

dynamisme local par L’écodesign Pour l’édition 2012-2013, il leur a été demandé d’aborder les thèmes « agriculture urbaine » , « droit à la différence » et « ambiances urbaines ». À l’écoute des témoignages de designers, sociologues et autres chefs d’entreprises, les étudiants s’approprient les sujets avant d’être confrontés aux industriels et pôles de compétitivités ; et de se saisir du potentiel de production locale. Ils comprennent ainsi dans quelle mesure le design peut devenir un moteur économique pour une région. Au gré de la visite des différents quartiers, éclairés par des urbanistes, ils se familiarisent avec le territoire. Les étudiants s’engagent dans le processus de création. Avec « Les Bains, reconstruire le passé pour mieux consommer l’avenir », Violaine Bourgeois et Manon Rouaze, de la Haute École d’art et de design de Genève, sont les lauréates du premier volet du concours Lille/Design for Change. S’interrogeant sur la place de la nature dans la ville, les deux Helvètes ont investi l’ancienne piscine de Tourcoing pour la reconvertir en serre maraîchère aquaponique *. Elles ont imaginé que les fruits et légumes frais issus de cette culture insolite soient disponibles en « self cueillette » pour les citoyens. Le nouveau site de production allierait ainsi le lien social à une démarche de biodiversité. « On ne conçoit plus le design sans intégrer une dimension de développement durable ou de local sourcing. 49


Ce projet appelé

on y lave, on y sèche et on y repasse son linge à partir de 2 euros, selon et proposé ses revenus. Et pendant ce temps, par les Étudiants les usagers profitent d’ateliers du Maryland d’informations sur le surendettement, Institute College la gestion de son budget, la question of Art (MICA) du gaspillage, ou encore la rédaction de Baltimore. d’un CV. Enfin, les Délaissés urbains pierre-emmanuel vandeputte – espaces verts, cours d’eau, friches a eu l’idée de réunir des riverains industrielles ou chantiers à long terme, dans l’espace public, munis d’un toutes formes de zones inoccupées appeau. l’idée est de créer des Liens ou béantes – sont en passe de devenir par la symbolique de l’oiseau. le théâtre de « pauses urbaines ». Il incombera aux candidats d’inventer les aménagements, équipements ou Les designers l’ont parfaitement compris ; Pour la prochaine édition du scénarios capables d’initier de nouvelles le monde ne peut aller que dans ce sens », concours, les étudiants des écoles habitudes propices à l’échange entre explique Caroline Naphegyi. invitées à participer auront les citoyens dans ces espaces publics. Le Belge Pierre-Emmanuel à réfléchir sur les commerces et les Les propositions les plus pertinentes Vandeputte, étudiant à La Cambre à nouveaux modes de consommation retenues par le jury de designers, Bruxelles, a quant à lui obtenu le second de la métropole lilloise. Ou entrepreneurs et institutionnels prix grâce à « Migrations, le festival des comment appréhender les logiques seront soumises à une phase d’études oiseaux qui marchent ». Les habitants de proximité, de circuits courts économiques, scientifiques et se réuniraient dans un lieu donné, tous et d’e-commerce face à l’apparition techniques. Ces recherches permettront munis de leur appeau – instrument de nouveaux modèles solidaires d’établir la faisabilité des projets. imitant le bruit des animaux, ici réalisé entre consommateurs et distributeurs. Il s’agira également d’en mesurer par des ateliers de réinsertion – afin Aujourd’hui, l’analphabétisme, l’intérêt économique pour la métropole, de convoquer, de concert, les oiseaux le handicap, la mobilité ou l’accès pour enfin solliciter les fabricants locaux absents. « Cette manifestation est une au confort et à l’eau restent des susceptibles d’assurer la production. manière de renforcer la cohésion sociale. préoccupations pour les pôles urbains. Les designers en herbes révélés Et ce grâce à la figure de l’oiseau », Au Lavoir, première laverie solidaire par Design for Change se préparent explique le jeune designer. de l’Hexagone implantée à Lille à devenir les instigateurs des usages En troisième place, le projet et soutenue par Design for Change, et objets de demain. Mais déjà, Lille Bike Park envisage de la fondatrice se réjouit de renforcer l’utilisation du vélo l’ampleur de son mouvement UN Indien d’Ahmedabad, comme mode de déplacement et aspire à toujours plus un hongkongais, un français dans la ville. Étudiant à la de synergies. « Les designers de Saint-étienne ou de paris Harvard School of Design et les créateurs, au sens anglode Boston, Siliang Fu a songé saxon du terme, peuvent réellement et un anglais du Royal college à l’aménagement d’une apporter des réponses. J’en suis Travaillent ensemble lors autoroute dédiée aux cyclistes, intimement convaincue. » u des workshops préliminaires. * Aquaponie : culture de végétaux visant à reconnecter des en symbiose avec l’élevage de poissons. quartiers aujourd’hui séparés design-for-change.org/fr par une ligne de chemin de fer. « Participluie »

est réalisé

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Le styliste décarboné Charles Faugeron

© Honest by

— Produire des vêtements génère un coût pour la planète. le créateur belge Bruno Pieters a décidé de l’afficher en détail. Une démarche responsable assortie d’un processus de traçabilité. —

Comment connaître la traçabilité des vêtements que l’on porte, et dans quelles conditions ont-ils été élaborés ? Au-delà des labels à la signification obscure (« Fabriqué en Chine », « Assemblé en Europe »), le designer Bruno Pieters fait le pari de détailler sur son site, Honestby.com, la provenance du moindre composant issu de ses créations ; mais aussi les coordonnées du fabricant, des assembleurs et des transporteurs, le coût de production, la marge de chacun des intermédiaires et l’état des stocks. Des informations a priori confidentielles qui, selon le créateur, ne devraient plus l’être. « Les consommateurs ne savent plus qui croire. Or, selon moi, acheter, c’est voter. Dès que l’on achète un produit, c’est que d’une certaine façon on approuve la manière dont il a été conçu. » Pourtant, ces informations sont très difficiles à recouper, comme en témoigne l’expérience de consommateur de Bruno Pieters lui-même. « J’ai été tellement déçu quand j’ai réalisé que le sac de voyage “de luxe” que j’avais acheté n’avait pas été fabriqué en Italie mais en Chine, et fini et emballé en Italie. Alors que j’avais payé pour un sac fabriqué en Italie ! » Diplômé de l’académie royale des Beaux-Arts d’Anvers à l’aube des années 2000, le jeune homme fait ses premiers pas aux côtés d’un autre créateur belge de renom, Martin Margiela, puis travaille avec Christian Lacroix, avant de présenter dès 2001 sa propre ligne couture lors de la fashion week parisienne. À la fin des années 2000, Hugo Boss lui confie la

direction artistique de sa ligne avantgardiste Hugo by Hugo Boss, qu’il assume pendant trois ans. Mais en février 2011, Bruno Pieters décide de prendre du recul, vend la marque qui porte son nom, fait cadeau de ses archives au musée de la Mode d’Anvers, puis disparaît. Il voyage à travers le monde, notamment en Inde. À son retour, il met en place le concept Honest by, animé d’un souci de l’autre et d’une conscience environnementale toute neuve. Le site voit le jour en 2012. « Pour la première fois de ma vie, je peux affirmer que je crois vraiment en ce que je fais », déclare-t-il au moment du lancement. exigence et transparence La première collection est à l’image de ce qu’il a toujours su faire : des lignes épurées, des coupes nettes, bien taillées. Il revisite pour l’occasion des pièces iconiques, telles que le trench, le jean ou le bomber. La différence aujourd’hui réside dans les matières  qu’il choisit : Bruno Pieters érige en principe de ne jamais utiliser ou de vendre de cuir ou de fourrure sur son site, par respect pour la vie animale. Dans la mesure du possible, il bannit tout recours à des matières issues du règne animal, exception faite de la des chaussures au foulard, chaque pièce a une empreinte

laine et de la soie. Par souci d’exigence et de transparence, ses créations sont déclinées en plusieurs versions, signalées par des pastilles de couleur : verte pour « bio », rose pour « végétalien », orange pour « respecte la peau », bleu pour « recyclé », gris pour « européen ». Facilement identifiables, ces indications orientent le consommateur vers ce qu’il considère comme le plus important. À y regarder de plus près, la majorité des pièces répondent au minimum à deux de ces caractéristiques, mais le critère européen est particulièrement cher au créateur. Cette mention signifie que l’objet a été manufacturé de A à Z en Europe. Et possède une empreinte carbone moins importante. Le résultat apparaît en cliquant sur la vignette. Mis au point par un organisme indépendant (dont les coordonnées et la méthode sont précisées), le calcul de l’empreinte carbone prend en compte tous les transports induits par le processus de production, du lieu de stockage de la matière première au stock d’Honest by. Et le concept ne se limite pas aux créations de Bruno Pieters. Depuis le lancement du site, cinq créateurs ont joué le jeu, exigeant, de la transparence. Pour Bruno Pieters, toutes les marques devraient essayer au moins une fois de concevoir une ligne pour Honest by, et s’interroger à cette occasion sur leurs pratiques. u

carbone, transmise aux clients.

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Paris, ville écolumière Isabelle Lefort

— Pour s’adapter aux exigences du plan Climat qui prévoit pour 2020 une baisse de 30 % de la consommation électrique, la société EVESA déploie un plan d’action d’envergure. Déjà, l’éclairage public de 400 rues et sites majeurs a été rénové. Fin 2013, ce sera la totalité du périphérique. Explications. —

© photo de Yves Chanoi

Décider de réduire la consommation électrique de la ville la plus visitée au monde n’est pas une mince affaire. L’éclairage public de Paris a de quoi impressionner : 180 000 sources d’éclairage public, 1 800 carrefours et 134 000 feux tricolores, et pas moins de 330 monuments illuminés. À cela s’ajoutent les bois de Boulogne et de Vincennes, les voies sur berges et le périphérique. L’éclairage public représente 38 % de la facture électrique de la ville (soit 13 millions d’euros par an). S’attaquer à ce chantier est prioritaire mais nécessite tout à la fois du doigté et de l’efficacité. La société Evesa, présidée par Bertrand Richard, a remporté le marché de la performance énergétique de l’éclairage public en 2011. Cette société est née du groupement de quatre actionnaires : Bouygues Énergies & Services (anciennement ETDE), Vinci Énergies, Satelec et Aximum. Entrée en action en juillet 2011, elle emploie désormais 330 salariés. En activité 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, elle veille autant à la maintenance curative et préventive du parc qu’aux stratégies qu’elle élabore via ses bureaux d’études et son équipe « travaux » pour relever au mieux le défi du Plan climat adopté en 2004 par le Conseil de Paris, qui impose de ramener la Après le remplacement des anciennes lampes, la consommation de la place de la concorde a été diminuée de 70 %.

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consommation électrique de 150 GWH en 2010 à moins de 108 GWH en 2020. « La conjonction de nos équipes terrains, de nos spécialistes qui connaissent parfaitement Paris – et qui sont capables d’intervenir à tout instant partout dans la capitale – et de nos ingénieurs du bureau d’étude est essentielle pour la concrétisation de cet objectif. Tous les collaborateurs du contrat contribuent directement ou indirectement à l’objectif de gain énergétique et de qualité de service », indique Bertrand Richard. patrimoine exceptionnel L’éclairage des artères d’une ville a toujours répondu prioritairement à des questions de sécurité. À Paris, dès le xiiie siècle, le roi saint Louis a pris une première ordonnance pour que chaque propriétaire éclaire sa façade et réduise ainsi la pénombre propice aux coupegorge. Aujourd’hui, la sécurité et le confort des usagers demeurent l’objectif numéro un. Mais une complication s’ajoute. Paris est la capitale la plus visitée au monde. Elle possède un patrimoine exceptionnel qu’il faut savoir mettre en valeur pour justifier son statut de Ville lumière, tout en optimisant l’efficacité énergétique et en réduisant la pollution lumineuse. De même, il est important pour la ville des romantiques de recréer des espaces, autour de places ou de rues, où il fait bon flâner la nuit. Alors qu’en périphérie, des zones mal éclairées et propices au vandalisme doivent être sorties de l’isolement. 55


La flotte des véhicules d’evesa a été choisie sur des critères d’efficacité écologique.

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Sur le pont d’Arcole qui relie l’Hôtel de Ville à l’île de la Cité, là encore, les travaux sont achevés. Des projecteurs équipés de diodes ont remplacé les lampes incandescentes obsolètes. La puissance nécessaire a été ramenée de 34 000 à 4 150 watts, soit une économie de 88 %. Il est possible d’améliorer la signature lumineuse tout en adoptant des procédés technologiques moins énergivores. « Éclairer juste » Evesa multiplie les tests avec les ingénieurs de la ville et les élus locaux pour choisir, au cas par cas, les meilleures options. Si la sécurité est primordiale, le confort n’en est pas moins important. Ainsi, dans les lieux de vie, aux abords d’une école maternelle par exemple, avoir un éclairage jaune, sans chaleur, n’incite guère les enfants à rejoindre leur classe. Et il n’invite pas les parents à échanger entre eux en attendant leurs bambins. Il faut privilégier un éclairage doux. Mais sans opter pour les boules lumineuses

qui laissent une grande partie de leur luminosité s’échapper vers le ciel. « Quand on veut faire de la performance énergétique, souligne Franck Gosset, le directeur du pôle AMO d’Evesa, il faut éclairer juste. Et veiller à ce qu’on ait le moins de perte de lumière possible. » Dans les zones où la vitesse de circulation est limitée à 30 km/h, dans les quartiers les plus commerçants, Evesa teste des éclairages nouveaux qui permettent de diminuer l’intensité lumineuse tout en améliorant le confort des usagers. Le remplacement des anciennes lampes par des diodes électroluminescentes (LED) dans le tunnel de l’Alma ont permis de réduire de 30 % la consommation tout en optimisant la visibilité. Les travaux sur le périphérique seront terminés en fin d’année. Les 1 000 sources lumineuses implantées sur des mâts élevés ont été dotées de lampes à vapeur de sodium haute pression. Résultat, la facture va diminuer de plus de 50 % sur le périphérique. Les nuits de fermeture, les employés d’Evesa s’affairent. Ils doivent quitter les lieux et les rendre de nouveau accessibles à la circulation avant 5 h 15. À défaut, l’entreprise risque une amende de 10 000 euros. Le timing et la précision sont essentiels à la réussite du projet. Les enjeux sont de taille. Dans les rues de Paris, les camions nacelles d’Evesa sont reconnaissables à leur couleur verte. Ces camions sont écologiques grâce à leurs batteries qui se rechargent en roulant : le conducteur des travaux n’a pas besoin de faire tourner son moteur pour activer le bras articulé de la nacelle. Ces engins dégagent ainsi 66 % de moins de gaz à effet de serre qu’un véhicule classique. En matière de recrutement, une attention particulière a également été accordée à l’embauche et à la formation de personnes en difficulté d’accès à l’emploi. Plus de 8 % des heures travaillées chez Evesa sont désormais réalisées par des personnes qui bénéficient d’une insertion sociale. L’ensemble du chantier paraît pharaonique. Mais il reste sept ans et demi pour tenir ce formidable pari d’économie d’énergie. u

© Yves Chanoi

En réalité, il n’y a pas une recette unique, mais il faut adapter les technologies et les usages à chaque lieu. Place de la Concorde, la mue a déjà commençé. Et on met quiconque au défi de voir la différence à l’œil nu. Les 450 candélabres installés au xixe siècle ont été conservés. Ils sont classés monuments historiques. Mais les anciennes lampes de 500 watts ont été remplacées par des nouvelles à iodure métallique de 100 ou 70 watts. Ce qui a permis une réduction de la facture énergétique de 70 % sur la place. Dans le quartier des rues Royale et Saint-Honoré subsistent les plus anciens candélabres de la capitale : certains étaient utilisés avant même les travaux du baron Haussmann et fonctionnaient au gaz. À chaque fois, dans ces parties hautement patrimoniales – comme la place Vendôme, la rue de Rivoli et autour des monuments historiques –, une attention toute particulière est portée pour conserver les candélabres d’origine tout en optimisant leur éclairage. Paris se doit, comme Londres, d’être exemplaire pour préserver son attraction touristique, tout en affirmant son identité d’« écocapitale ».

les camions nacelles d’evesa dégagent 66 % DE MOINS DE GAZ À EFFET DE SERRE QU’UN VÉHICULE CLASSIQUE.


VIVE DEMAIN

Forum, débats, rencontres, Si les enjeux de la nouvelle société vous concernent, si vous souhaitez participer au débat, rendez-vous à partir de novembre pour une première expérience consacrée à la transition énergétique.

une initiative proposée par

Green Cross est une ONG internationale, fondée par Mikhaïl Gorbatchev en 1993. A l’image de ce que la Croix Rouge fait dans le domaine social, Green Cross oeuvre à la fois par des actions de plaidoyer et des projets concrets pour préserver un environnement sain et un avenir durable à l’humanité. Green Cross France et Territoires, l’antenne française de

l’association, présidée par Jean-Michel Cousteau et dirigée par Nicolas Imbert, œuvre pour conserver un milieu sain, garant d’un avenir serein. Reconnue d’intérêt général, elle agit à travers les thématiques de l’eau et des océans, de l’énergie et d’une transition écologique des territoires.

PLUS D’INFORMATIONS À VENIR SUR WWW.GCFT.FR ET WWW.WEDEMAIN.FR.


Jean-claude ellena dans son bureau à cabris, petite commune adossée à grasse.

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Parfumeur cherche jeune pousse Isabelle Lefort

© Brice Toul pour Hermès parfum

— Avis à la population : Jean-Claude Ellena, le maître parfumeur de la maison Hermès, cherche à transmettre l’amour de son métier. Vous êtes intéressé ? Faites-le lui savoir. —

Jean-Claude Ellena est le contraire d’un mondain. On ne le croise pas dans les coteries de la vie parisienne. Les seules concessions qu’il accepte sont celles pour la maison Hermès, lors des lancements de ses créations. L’homme est un terrien, à la voix douce, le sourire d’enfant, les yeux malicieux, plissés telles les ailes d’un papillon. Hédoniste exigeant, il est toujours prêt à goûter au plaisir d’une senteur, d’un plat, d’une musique ou d’un livre ; il déteste le brouhaha du monde. Sur les hauteurs de Cabris, petite commune adossée à Grasse, dans l’arrière-pays niçois, l’atmosphère de son atelier, installé dans une villa de deux étages construite à la fin des années 1960 par un architecte hollandais marqué par l’esprit de l’Américain Frank Lloyd Wright, est monacale, concentrée, recueillie, mais lumineuse, ouverte sur la vallée. Toute l’architecture respire la pierre et le verre. Sous les pins, entre roches et garrigue, la terrasse surplombe la vallée de Cannes ; au loin, on devine les îles de Lérins. Grâce au parti pris du dedans-dehors, la nature entre de plainpied à l’intérieur. Jean-Claude Ellena peut contempler la Méditerranée de son bureau, une table Ikea en hêtre brut… La mer des origines. Ici, point de silence, les cigales bercent les pensées. Dans la pièce adjacente, son assistante pèse, au milligramme près, les essences parfumées sur la balance Mettler. Deux carrousels de flacons sont posés sur la table de verre : sa palette restreinte se compose de 200 extraits, pour moitié synthétiques, pour moitié naturels. Le parfumeur est un adepte de l’épure. De l’Eau parfumée au thé vert de Bulgari (1992) à l’Eau de gentiane blanche pour Hermès, chacun de ses parfums prône l’économie du peu. we demain initiative

Jean-Claude Ellena n’a pas choisi de travailler à Cabris par hasard. Né à Grasse en 1947, autodidacte, fils de parfumeur, il a commencé sa carrière à 16 ans, en bas de l’échelle. Aujourd’hui, il a intégré une maison de luxe. Hermès en l’occurrence. Et grâce à ses créations, dont Terre d’Hermès, Voyage d’Hermès ou Un jardin en Méditerranée, il est le chef de file des parfumeurs contemporains. Dans la lignée d’un géant Comme tous les nez de sa génération, son maître en parfums était Edmond Roudnitska. Le génial créateur d’Eau sauvage de Dior, de Femme de Rochas, et bien sûr d’Eau d’Hermès. Lui aussi avait choisi de s’installer à Cabris pour y concevoir ses parfums, et vivait à Spéracèdes, là même où Jean-Claude Ellena habite aujourd’hui avec son épouse Susannah, une parente de Samuel Beckett. Homme sûr de son talent, bourré de certitudes, Roudnitska aimait à se définir en compositeur d’odeurs. Amoureux des mots, profondément impressionné par la littérature de Jean Giono – son deuxième père –, Jean-Claude Ellena, se définit comme un écrivain des odeurs. Mais Edmond Roudnitska et son disciple, s’ils se connaissaient bien, n’ont pas le même tempérament. Une dispute violente les opposa : le vieux nez prétendait créer une esthétique universelle, ce que réfutait le jeune parfumeur. Jean-Claude ne céda pas et c’est Edmond qui fit le premier pas vers la réconciliation. Sans doute aimait-il ce timide teigneux, capable de lui tenir tête. Il percevait aussi, sans doute, que Jean-Claude Ellena aurait la trempe de poursuivre sur sa voie avec une exigence sans faille. En 1999, à son

enterrement, c’est Jean-Claude Ellena qui prononça son éloge funèbre. Tout le pays était réuni autour de lui pour rendre hommage à celui qui a donné ses lettres de noblesse à la parfumerie contemporaine. Aujourd’hui, à la tête du musée international de la Parfumerie de Grasse, pour le financement duquel il cherche des mécènes, il continue d’honorer la mémoire du grand homme. Grasse est devenue la terre des parfumeurs à partir du xvie siècle grâce à un microclimat propice, un sol cristallin, et une flore abondante, très recherchée des maîtres parfumeurs et gantiers. Le jasmin, importé des Indes comme les premières roses, est apparu ici à partir de 1650 ; la tubéreuse a suivi vers 1670, acheminée, à dos d’ânes, depuis l’Italie. Le berceau des odeurs Aujourd’hui encore, même si nombre de cultivateurs ont vendu leurs terres, ne résistant pas à l’appât du gain rapide lié à la spéculation foncière (JeanClaude Ellena, lui, a gardé toutes ses terres), quelques exploitants continuent à produire les essences convoitées par les plus grandes maisons de la parfumerie internationale. Chaque année, elles se disputent les extraits des récoltes. Les fleurs d’oranger sont cueillies d’avril à mai ; la rose centfeuilles se récolte de mi-mai à mi-juin ; le jasmin d’Espagne s’épanouit à la mi-juillet ; la tubéreuse, elle, éclot fin juillet. Reste la fleur star de la Provence, la lavande. Jusqu’au 15 août, les effluves de cette plante, aux vertus anxiolytiques, submergent les alentours. Grasse vit à l’heure des parfums. Il n’y a que sur cette terre balayée par les vents d’est, chargés d’iode depuis 59


la Méditerranée, et les vents du sud, porteurs des senteurs du mimosa de Tanneron, qu’Ellena peut véritablement faire corps avec le parfum. Et lui consacrer sa vie. Comme Roudnitska.

De sa personnalité, de son envie, de sa philosophie. Tout le monde n’est pas obligé de trouver le truc. On peut rester au niveau du bien fait, du savoir-faire parfait. Mais l’étincelle, c’est autre chose. La cacophonie olfactive « Comment faire ? s’interroge Ellena. Jean-Claude Ellena ne feint pas C’est ce que j’essaie de transmettre à sa colère, elle est à la hauteur de sa ma fille avec l’exigence du père, ce n’est passion. Dans la filiation spirituelle pas facile ». Mais qu’elle apprenne ne doit pas être une obligation, cela doit qui le lie à Edmond Roudnitska, lui aussi dénonce ce que son aîné appelait être naturel. Des jeunes frappent à sa porte et lui demandent de leur donner les conséquences de la « cacophonie olfactive ». Le passage de l’artisanat des secrets de fabrication. « Je leur à l’industrialisation à grande échelle montre le laboratoire et la manière dont et au marketing tout puissant, dans je travaille, mais je ne délivre pas les la parfumerie, s’est produit en 1977 recettes. Il faut transmettre la manière avec le lancement d’Opium. dont intellectuellement on parvient à telle À l’époque, les parfums Yves ou telle conclusion. Le résultat ne Saint Laurent (sous licence revêt pas d’intérêt : une fois la recette copiée, on ne va pas plus américaine Charles of the Ritz) « Il ne faut pas transmettre sont dirigés par Loïc Delteil. loin. En revanche, le processus la manière dont on parvient pour y parvenir est intéressant. À ses côtés, en chef de groupe, à telle conclusion. Qu’est-ce qui fait que, lorsque j’ai Chantal Roos, la future grande Le résultat ne revêt pas d’intérêt. pensé à telle chose et à telle autre, dame du parfum en France. c’est le processus pour arriver cela a donné tel résultat ? » Opium change les paradigmes industriels. Le parfum n’est à la recette qui est intéressant. » pas composé par un nez mais Quête intérieure par trois ou quatre, au moins, Est-ce mathémathique ? au sein de la société suisse Est-ce de l’émotion ? « Tout cela Givaudan. Le flacon de verre résulte d’années d’expériences. Il Transmettre son métier est devenu et de cristal est remplacé par un flacon existe des centaines de produits… Il faut pour lui une priorité, une obsession. recouvert de plastique. Le jus se voulant parvenir à cette capacité à s’en souvenir Avec lui disparaîtra une manière de olfactivement… » narcotique, rien n’est trop entêtant concevoir le parfum, de résister aux Le débat sur les matières naturelles pour évoquer le caractère envoûtant des fumeries d’opium d’Extrême-Orient : colosses qui ne pensent qu’aux résultats et les matières synthétiques est un faux financiers rapides. procès. Dès 1889, Guerlain utilisait une musc, vanille, patchouli, santal, jasmin, molécule de synthèse, la coumarine, ylang-ylang… L’obsession de transmettre Industriel et visionnaire, Loïc Delteil pour composer Jicky. Et Numéro 5 de « C’est une question dont j’ai parlé convainc ses fournisseurs d’abaisser Chanel doit en grande partie sa réussite avec Pierre Gagnaire, raconte le maître. fortement leurs prix (de 25 % selon à l’introduction de l’aldéhyde dans sa Je me suis mis à écrire pour transmettre composition en 1921. la rumeur). L’argent ainsi économisé mes connaissances. Mais au-delà, je ne est investi en promotion. La campagne Pour pratiquer le métier de sais pas. Entre les bras, la cuisine en publicitaire s’annonce sans précédent parfumeur à l’ancienne, l’élever au rang héritage est un très joli film relatant de métier d’art, comme le revendique dans le secteur de la parfumerie. l’histoire de la transmission entre Michel C’est un carton. Un mois après la Société française des parfumeurs, il son lancement, le parfum est en rupture Bras et son fils Sébastien. Il est très n’y a pas de secret, il faut du temps. Et délicat, plein de sensibilité. Michel cherche cela, aucune école – et certainement de stock à Noël. Opium conquiert à transmettre, mais il n’a pas la méthode. pas celles qui orientent la création vers la planète. Les industriels vont suivre Il confie à Sébastien ses connaissances le modèle et les parfumeurs ont les seules finalités industrielles – n’est techniques. L’amour aussi. À Sébastien compris le message. Les règles de capable de l’enseigner. de trouver cette petite chose qui fait toute création d’un parfum sont totalement Cela ne peut venir que du désir d’un la différence. Car au-delà du parfait, bouleversées. Depuis, les dépenses individu. D’une quête intérieure, quasi il y a la surprise. Comment transmettre en marketing l’emportent sur la philosophique. Et toute personne qui la surprise ? On ne peut pas accuser création. L’industrie crée des parfums ressentira ce besoin trouvera en JeanSébastien de ne pas avoir le génie de son à la chaîne. Rien que l’an dernier, Claude Ellena un professeur attentif. père ; il faut lui laisser le temps. » 1 330 jus ont vu le jour dans le monde ! Que ce soit dit. À Cabris, la porte Bien sûr, la capacité d’apprendre Dix ans plus tôt, en 2002, la parfumerie de son laboratoire reste ouverte aux dépend de chaque individu. en produisait cent un seulement. personnes de bonne volonté. u 60

Les écoles de parfumerie forment chaque année des nez capables de répondre à cette demande. « Notre métier n’a plus rien à voir avec ce qu’il était dans les années 1950-1960, déplore Ellena. Aujourd’hui, dans une société de composition de parfums, un parfumeur doit créer jusqu’à 200 nouveautés par an, modifier un brief en une après-midi ! » Après le succès de son Journal d’un parfumeur (éd. Sabine Wiespieser, 2011), Jean-Claude Ellena a publié le 3 mai dernier son premier roman, La Note verte (chez le même éditeur) où il conte avec un regard amusé la bataille qu’un vieux parfumeur attaché à la tradition et un jeune se livrent face aux desiderata du marketing.


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La Bretagne, terre de compétences Isabelle Lefort

— Le programme Open Odyssey a pour vocation de connecter étudiants, institutionnels et entreprises. Pour impulser des projets durables ancrés dans le Grand Ouest. —

« Un monde nouveau est possible. » Il y a deux ans, Samuel Tiercelin a tout quitté pour se consacrer à ce qui lui tient à cœur : mettre en relation des acteurs qui ne communiquent pas assez entre eux, les entreprises et l’enseignement supérieur, la recherche, les étudiants et les entrepreneurs, pour développer ensemble des projets spécifiques qui soutiennent l’innovation et la dynamique économique sur le territoire. Avec sa complice Hélène Mulvet, il veut booster les talents pour créer une dynamique en commençant par la Bretagne, leur terre de prédilection, avant de déployer, dans quelques années, leur modèle dans le reste de la France et de l’Europe. « Nous misons sur des filières d’excellence, explique Samuel Tiercelin, pour mettre en contact les étudiants, entrepreneurs et acteurs du territoire, désireux d’innover et d’imaginer des projets porteurs d’avenir autour de thématiques aussi variées que les matériaux composites, la construction de bâtiments à énergie positive ou la transition énergétique. Depuis deux ans, nous avons réussi à convaincre les écoles, à intéresser les campus des universités d’Angers, de 62

Rennes, Brest et mobiliser des métropoles comme Nantes et Lorient. La méthodologie a fait ses preuves. Elle fonctionne. »

du programme Open Odyssey.

Open Factory, une pépinère à projets Son principe ? Open Odyssey organise de fin septembre à novembre plusieurs événements pour que des étudiants élaborent des projets innovants en liaison avec le territoire. S’ensuit une série de rencontres entre entrepreneurs, élèves et écoles, toutes disciplines confondues, pour que puissent se croiser les idées et les intelligences. Puis, jusqu’en février, par groupes de travail interécoles, avec des enseignants, des experts et des organismes territoriaux, chacun

peaufine son projet, qui doit être soutenu au printemps suivant. L’idée est d’impliquer au maximum la population locale pour susciter des vocations, donner envie aux plus jeunes de se lancer dans des filières de recherches et œuvrer à la construction du territoire de demain. Ainsi, le projet Brocéliande Terre d’Idées tend à faire germer des réalisations en s’appuyant sur l’intelligence collective citoyenne. Lors de la réunion du 29 juin dernier, une trentaine de personnes se sont retrouvées pour imaginer le Brocéliande

Samuel Tiercelin et Hélène Mulvet, initiateurs, créateurs et animateurs


« Aujourd’hui, nous fonctionnons avec un budget minimal et nous avons besoin de soutien. oN L’A DIT À la ministre des pme, FLEUR PElLERIN. »

de demain… Qui sera, de l’avis des participants, « un pays où il fait bon vivre », « plus écologique », « autonome énergétiquement », « où l’on vivra localement », « à dimension humaine », « ouvert, accueillant, vivant », « un territoire connecté », « facilement accessible », « pas une ville-dortoir », « un territoire aux savoir-faire locaux mis en valeur ». Pour ce faire, les porteurs de projets désireux de contribuer à embellir leur région vont exposer leurs idées devant la population locale les 4 et 5 octobre. Inciter à l’engagement local Fin septembre, à Locminé, au colloque Liger, plus de 500 personnes ont réfléchi à un projet d’économie we demain initiative

circulaire qui corresponde à la démarche voulue par le territoire et développe sur place un centre d’énergie renouvelable. Les étudiants présents étaient appelés à partager avec les enseignants et les institutionnels les voies de recherche sur lesquelles ils souhaitent travailler. L’enjeu essentiel est de parvenir à intéresser les habitants, à les convaincre de bouger ; de prendre conscience de la nécessité de s’impliquer dans la vie locale pour qu’à terme le lien social soit renforcé par le dynamisme et la bonne santé économique. Les 27 et 29 novembre, le Green Code Lab Challenge est un concours multicampus qui réunit, pendant quarante-huit heures non-stop, des

étudiants du Grand Ouest et d’Europe (Danemark, Allemagne, Espagne). À eux de présenter des projets pour optimiser en ressources et en énergies des programmes open source existants (Ecodesign Software). Preuve du dynamisme et de la bonne réception de la démarche ? « En deux ans, nous avons porté quinze projets, s’enthousiasme Samuel. Pour l’année scolaire 2013-2014, quinze projets de plus seront accompagnés. Nous leur répétons que le monde de demain leur appartient. À eux de connecter leurs projets, d’expliquer aux institutionnels et aux campus ce à quoi ils aspirent. Nous sommes là pour les accompagner. Nous réalisons chaque année près de huit événements. Aujourd’hui, nous fonctionnons avec un budget minimal, et nous avons besoin de soutien. On l’a dit à la ministre des PME et de l’Innovation, Fleur Pellerin ; comme à Orange, aux institutionnels et aux entreprises. Soutenez notre démarche. Les échanges de compétences sont porteurs d’avenir. » u www.open-odyssey.org

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1.618, Barbara Coignet  • 16ème Sud, Catheine Tisseuil  • Adie, Maria Nowak • Alice Audouin • Animafac, Bérénice Jond • AnneSophie Novel • Artistik Rezo, Nicolas Laugero-Lasserre • Ashoka, Arnaud Mourot  • Babyloan, Arnaud Poissonnier  • BeCitizen, Maximilien Rouer • Benta Berry, Marie-Pierre Schmitz • Bière de l’Ourcq, Renaud Hée • Blablacar, Frédéric Mazzella • Broohaha, Franck Weber • Buzibi, Olivier Bouyer • Cabane Solaire, Jérôme Niort  • CDC Climat, Pierre Ducret  • Cœur d’entreprise, Laure du  Pavillon  • Consultants naturels, Sébastien Vray et Thibaut 3:HIKSPH=YVWUU^:?k@a@a@n@f; Thordon  • Convergences 2015, Michaël Knaute  • Corinne Lepage  • Cresus Alsace, Jean-François Kiehl  • Cyril Montana  • DDmagazine, Yves Heuillard • Dream, Anaïs Amazit • Éco-Emballages, Éric Brac de La Perrière • Éco-Sapiens, Baptiste Rabourdin • École de la nature et des savoirs, Éric Julien • Electronic Shadow, Naziha Mestaoui et Yacine Ait Kaci  • Enki Bilal  • Envol Vert, Daisy Tarrier  • EPEA Paris, Catherine Guinebretière • Éthiquable, Rémi Roux • faberNovel, Stéphane Distinguin • Ferrante Ferranti  • Finansol, François de Witt  • Fondation Ensemble, Jacqueline DéliaBrémond • Fondation Nature et Découvertes, François Lemarchand • Global Éco Forum, Jérémie Fosse • Green Cross France, Nicolas Imbert • Greenpride/Appel à la jeunesse, J’ai envie

MaNIFEstE POUR DEMaIN d’en être lEttrE ouVErtE À………

Pour nous – société civile, élus, entrepreneurs, ong, associations –, le monde d’après n’est pas une utopie, mais justifie le sens quotidien de nos actions individuelles, collectives, professionnelles. Cette société nouvelle, nous avons choisi “d’en être”, et sans attendre, pour vivre cette révolution qui remet fondamentalement en cause le mode de société autour duquel s’est construit le XXe siècle. Aujourd’hui, la France est en quête d’un projet qui la rassemble. réussissons la transition vers la société du XXIe siècle. n’attendons pas que cet immense chantier porteur de centaines de milliers d’emplois nouveaux se fasse sans nous. Donnons enfin du sens à cette époque, ne laissons pas passer cette chance.

OUI aux énergies propres, sûres et renouvelables, inépuisables, accessibles à tous et sources de paix. OUI à la “troisième révolution industrielle”, synonyme d’indépendance énergétique, où chaque immeuble deviendra producteur et revendeur d’électricité grâce à l’Internet de l’énergie.

OUI à un Green New Deal européen, car la mise en œuvre

de la “troisième révolution industrielle” nécessite un plan d’investissement massif.

OUI à l’industrie circulaire qui recycle à l’infini, aussi bien les déchets organiques que les produits manufacturés. OUI à l’entreprise qui allie innovation et impact social. OUI à la co-création entre business, société et pouvoirs publics. OUI à l’économie du partage, créatrice de liens qui privilégient l’usage à la propriété. OUI à l’économie sociale et solidaire : 2 millions d’emplois aujourd’hui, 10 millions demain. OUI à une finance éthique et responsable. OUI à une agriculture de proximité non destructrice de l’environnement. OUI à une redistribution locale des pouvoirs. OUI à de nouveaux indicateurs de richesse, privilégiant le bien-être et l’environnement. OUI à la mise en réseau des intelligences au service de la défense de la démocratie. OUI à la transparence et à l’ouverture réelle des données publiques. OUI à la démocratie participative, à l’intelligence collective. OUI à de nouvelles valeurs, d’altruisme, d’humanisme, de respect de l’autre et de l’environnement. –

nous, acteurs du changement, sommes déjà passés “en mode demain”. Et vous ?

M 08574 - 3 H - F: 12,00 E - AL

12 € TTC FRANCE

Ils ont signé Élise Vertier et Malissa Phitthayaphone  • Groupe Lafuma, Philippe Joffard  • Groupe Siel Bleu, Jean-Michel Ricard et Jean-Daniel Müller • Groupe SOS, Jean-Marc Borello • HEC Paris Social Business Chair, Bénédicte Faivre-Tavignot  • Hotaï Village, Benjamin Bonnell • Incredible Edible/Le Chou brave, Carine Van Phung • Innovation citoyenne et développement durable, Antoine Héron  • Institut des futurs souhaitables, Mathieu Baudin • Integral Vision, Pierre Allodi • Isola System, Alexandre Capdevilla • JEM, Erwan Le Louër • JINOV International, Benjamin Varron • KissKissBankBank, Vincent Ricordeau, Ombline Le Lasseur et Adrien Aumont • Kris • L’Agence nouvelle culture, Emmanuelle Pometan • L’Écho Système, Stéfane Grandcamp • La Machine du voisin, Chloé Maire, Jean-Philippe Allain et Yann Gegenheimmer • La Ruche, Charlotte Hochman et Miora Ranaivoarinosy • La Ruche qui dit oui !, Guilhem Chéron • Les Jeunes Écologistes, Lucile Koch-Schlund et Wandrille Jumeaux • Macadam, François Fillon • Mairie d’Ungersheim, Jean-Claude Mensch • Mairie du Touvet, Laurence Théry • Mairie de Montdidier, Catherine Quignon Le Tyrant • Marc Le Menestrel • Marché sur l’eau, Claire-Emmanuelle Hue • Marie-Monique Robin • Marron rouge, Jean-Marc Attia • Minh Tran Huy • MT Cultures, Frédérique Liénart • Mu, Anthony Boule et François-Xavier Ferrari • My Recycle Stuff, Vincent de Montalivet  • New Cycles, Gigi Serragui  • New Wind, Jérôme Michaud-Larivière  • Noise/Blue Factory, Maëva Tordo • Nous sommes le futur, David Amar • Now Forever, Delphine Desgroux Evesque et Pascale Lardin • Oikos Paris, Justine Lerche • OuiShare • Parlement des entrepreneurs d’avenir, Jacques Huybrechts • Patrick Viveret • Philippe Vasseur • PlaNet Finance, Alain Thuleau • Pochéco, Emmanuel Druon • Pur Projet, Tristan 64


Lecomte • Rainett, Laurence Médioni • Refedd, Ivan Pascaud • Reporters d’espoirs, Gilles Vanderpooten • Réseau Andes, Guillaume Bapst • Réseau Cocagne, Jean-Guy Henckel • Shamengo, Catherine Berthillier • Solidarités international, Alain Boinet • SoonSoonSoon, Alexis Botaya • Sorbonne Social Innovation Club, Louise Andrieu • Sparknews, Christian de Boisredon • Taoa, Anne-Cécile Ragot • Tempo, Agostinho Pereira • Thierry Janssen • Tudo Bom, Jérôme Schatzman • Ulule, Alexandre Boucherot • Voyageurs du monde, JeanFrançois Rial • Youphil, Angela de Santiago • Zeri Europe, Charles van der Haegen • La Réunion des livres, Annabelle Albany • Power Solutions, Emmanuel Aldeguer • MarieHélène Aubert, conseillère pour les négociations internationales Climat et Environnement à la présidence de la République française • Y Project, Jean-David Bar • Comité 21, Gilles Berhault • 50A, Nicolas Bermond et Thibaut Brousse, • Fabrice Bertelli, conseiller en technologies de l’information • Macha Binot, juriste et communicante • Stéphanie Blaise, communauté de communes Caux Vallée de Seine • Boboseries.com, Emilia Blondeau • Christel Boivin, photographe • Passage au vert, Nelly Bonnefous • Ministère des Affaires étrangères et Terra nova, Mathilde Bouye • L’Atelier-Idf, Jean-Marc Brule • Mouvement contre l’écocide, Valérie Cabanes • Aromates relations publiques, Nathalie Cattoire • Castor et Pollux, Stéphane Clousier, • Deways, Gary Cohen et Alexandre Grandremy • Ruban, Aurélia Courtot • Star Trekk’ Escp Europe, Matthieu Dardaillon • Réseau Cocagne,

LE MANIFESTE Anaïd de Dieuleveult • Réseau Cocagne, Corine Delage• Do Green, Isabelle Delannoy • Versoo, Valérie Delesalle • Viatao, Pascaline Deshayes • Dare 4 change, Cécile Devroye• Deloitte, Éric Dugelay • Tikal Dumas, directeur artistique • Green et Vert, Sonia Eyaan • Big Bang Communication, Patrick Faivre• Turnkey, Frédéric Farre • Compostory.fr, JeanJacques Fasquel  • Newmanity, Victor Ferreira  • Institut national de la consommation, Sidney Flament-Ortun • Hydroptère Suisse SA, Florent Gaillard • Beesdays, Lucie Gaudens• Savethegreen.fr, Marie-France Gilles • Microdon, Pierre-Emmanuel Grange • Guérin & Breitfuss, Paule Guérin • Tribu Cancer, O Vision Consultants et fondation Face, Audrey Guizol, • Izibiz, Pierre Harlaut • Jacques Krabal, député de l’Aisne et maire de ChâteauThierry  • Pierre-Alexis L’Écuyer, étudiant  • L’île Marion, Marion Lacronique  • Smartgov, Cyril Lage • Comm’ Communications, Julien Laine-Pradines, • Énergie durable, Grégory Lamotte  • Ensemble symphonique de Neuchâtel, Yves Lecoq  • Collectif Démocratie ouverte et Parlement & citoyens, Armel Lecoz • Léa Nature, Mireille Lizot • Soscience !, Mélanie Marcel et Eloïse Szmatula  • Ma planète mieux, Claudine Martinez  • Enidd, Ludovic Mendes  • Psa Peugeot Citroën, Alexandre Merza  • Écovillage dans le golfe de Saint-Tropez, Sylvie Moyroud  • Réseau Alliances, Jean-Pierre Nacry  • Anteika et la Galerie H+, Olivier Nerot • Quentin Noire, étudiant • Nancy numérique, Olivier Nouveau • Elsa Picheral, étudiante en commerce • Cleantech Republic, Baptiste Roux dit Riche• Séménia, Maryse Trouillez, Cyrille Cerceau, Antoine Costes et Olivier Broni  • Steelcase, Marc Simon  • Kimsi, Franck Thomas  • La Boîte à image,  Élisabeth Tricot• Julien Vick, porte-parole d’EELV Lorraine we demain initiative

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MARC LIPSKIER est fondateur de Bamboo & Bees, une ruche d’avocats innovants – www.bambooandbees.com • NATHALIE MENET Nous vous avions dévoilé les visages et les actions est fondatrice et dirigeante de Prospect Ray, un projet de plateforme des « 100 qui font la France d’innovation sociétale et économique au service du développement de demain ». Derrière eux, 3 millions de personnes du Nord-Pas-de-Calais – www.prospect-ray.com • CORALIE HARDION contribuent à cette société nouvelle, collaborative, est employée du réseau Cocagne, association des jardins maraîchers solidaire, durable. biologiques à vocation d’insertion – www.reseaucocagne.asso.fr • de nouveaux signataires nous ont rejoints et sont DENIS SABARDINE est responsable commercial et marketing de La Table passés « en mode demain ». LES VOICI… de Cana, traiteur et entreprise d’insertion à vocation sociale et durable – www.tabledecanagennevilliers.com • LUIS BICALHO est animateur du Refedd, le réseau français des étudiants pour le développement durable – www.refedd.org • BéNéDICTE DAHIREL est spécialiste de la communication visuelle et de la décoration responsable chez Faits d’images – www.faitsdimages.fr • BETTINA LAVILLE, fondatrice et présidente d’honneur du Comité 21, est avocate associée chez Landwell & Associés – www.landwell.fr • PIERRE-LUC VACHER est chargé de mission environnement pour la Ville de Montreuil – jolivelo.free.fr • JEAN-PAUL GABARD est agronome et élu du Gers – vieetsantedusol.blogspot.fr • SOPHIE FRéDéRIC est fondatrice de Terre majeure, MANIFESTE POUR DEMAIN

Ils nous rejoignent

Vous en êtes ?

agence de communication responsable dédiée à l’environnement et à la solidarité – www. terremajeure.com • MARTINE PAYEUR est fondatrice de Concierge durable, conciergerie d’entreprises aux services pratiques, éthiques et solidaires – www.concierge-durable.com • LUDOVIC LéAU-MERCIER est fondateur associé et gérant de la SCOP Coriolys, coopérative de recherche en ingénierie et logiciels scientifiques – www.coriolys.fr • MARINE CHARONGATEFF est artiste et responsable d’expositions-ventes d’art équitable, www.artequitable.org • FABIEN BACEIREDO est le fondateur d’Efficycle, un service gratuit de veille en développement durable par abonnement en ligne – www.efficycle.fr • FLORIN GOUTAL est chargé de mission développement durable chez Cofely Ineo – www.cofelyineo-gdfsuez.com • MICHÈLE CASU est directrice du bureau information jeunesse de Brest – www.bij-brest.org • PIERRE DEKKERS Bluewin • MATHIEU AZZOUZ est gérant ISR, fonds solidaires et de social business Amundi www.amundi-ee.com • MARIE-LAURE WIESER est chargée de mission établissement en démarche de développement durable chez Écophylle – www.ecophylle.org • JEAN-LUC GAMBEY est dirigeant du cabinet POUR REJOINDRE les de consulting Molitor Consult – www.molitorconsult-assurance. signataires com • MARGAUX LAFONT est journaliste • FABRICE CAILLUYER est CONTACTEz-NOUS à la rédaction directeur de Bioteich, professionnel de la piscine naturelle – www. INFO@wedemain.FR sur internet bioteich.fr • des citoyens nous rejoignent également  : www.wedemain.FR GEORGES KALB  • JULIEN ROBIN  • DAVID BILBAULT  • DORIANNE sur facebook TEMARII  • ANNETTE FOUERE  • JULIE FLUSIN  • FABIEN BEREAUX  • via notre page VéRONIQUE BOUYOU


AGENDA — Écoutez François Siegel, directeur de la publication de « We Demain », tous les lundis sur France Info à 5 h 50 —

5-6 novembre : Troisième édition du Parlement des Entrepreneurs d’avenir CESE Palais d’Iéna. 75016 Paris. www.entrepreneursdavenir.com

19-20 octobre : Festival Esprits libres, grand rendez-vous des sciences humaines, Maison de l’architecture en Île-de-France 148, rue du Faubourg-Saint-Martin, 75010 Paris. festival-espritslibres.librest.com

23-25 octobre : Septième édition du Forum mondial de l’économie responsable World Forum Lille Le Nouveau Siècle. Rue Mendès-France, 59000 Lille. www.worldforum-lille.org/fr

23-25 octobre : Le congrès international autour des produits naturels dans l’industrie de la beauté Centifolia Grasse Palais des Congrès de Grasse. 22, cours Honoré-Cresp, 06130 Grasse. www.centifolia-grasse.net

we demain initiative

8 novembre : Colloque RSE Le rendez-vous régional de la responsabilité sociétale en Midi-Pyrénées Arche Marengo. Espaces Vanel, 31000 Toulouse. www.arpe-mip.com

14 novembre : Premiers Ateliers de l’association d’entreprises Le Vivant et la Ville Les Ateliers du vivant de la ville Palais des congrès de Versailles. 10, rue de la Chancellerie, 78000 Versailles. www.levivantetlaville.com

14 novembre : Solutions innovantes et ESS, tables rondes et débat sur l’innovation sociale et l’économie sociale et solidaire de l’Atelier IDF Hémicycle du conseil régional d’Île-de-France. 57, rue de Babylone, 75007 Paris.

5 décembre : La Nuit des réseaux sur L’Open Innovation de l’association La Mêlée Centre de congrès Pierre-Baudis. 31000 Toulouse. www.nuit-des-reseaux.com

Novembre 2013-2014, Paris Lancement du cycle de rencontres Vive demain Restez connecté sur www.wedemain.fr et gcft.fr pour de plus amples informations à venir.

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UNE EAU ENTRE TERRE ET CIEL

Terredhermes.com


WE DEMAIN INITIATIVE N°4