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TRIP

MUSIQUE ACTU CINÉMA ART LITTÉRATURE INTERVIEW

#27 Avril/Mai 2016

INTERVIEW Rencontre avec WOODS

SPORT Le foot US en France : Rêve ou réalité ?

ACTU Palestine : l’éducation à la biodiversité

www.trip-magazine.com


Créé en septembre 2012 par deux bretons de 16 et 17 ans, TRIP est un magazine mensuel consacré à la culture et à l’actualité. Disponible gratuitement en ligne, TRIP s’inscrit dans la nouvelle génération de magazines née avec le big bang du web. En effet quarante cinq lycéens et étudiants issus des quatre coins de la France gravitent autour de ce projet. Bien que virtuelle et connectée, la rédaction se refuse de céder à la dictature de l’immédiateté et s’efforce de produire un contenu de qualité. TRIP porte un regard jeune et critique sur des thématiques variées sans jamais perdre de vue les centres d’intérêt de ses lecteurs.


UNE PALESTINE AMBITIEUSE ? Une conférence internationale pour relancer le processus de paix dans les relations israélo-palestiniennes vient d’être annoncée par la France, cette annonce vient redonner un coup de fouet dans une activité diplomatique restée en berne depuis plusieurs mois. Elle se tiendra le 30 mai. Quelle issue prendra-t-elle ? Le pessimisme est plutôt de rigueur à tout point de vue étant donné l’éternel campement des positions entre le président israélien Benyamin Netanyahou et le président de l’autorité palestinienne Mohamed Abbas. Ce conflit est-il essentiellement ce qu’il faut retenir concernant ces territoires ? Nous avons voulu en

savoir plus auprès de Fadi et Inès, nos deux correspondants en Palestine, afin de trouver des lueurs d’optimisme dans une région qui n’en finit plus d’être marquée par le conflit. Nous nous sommes donc intéressés à cette jeunesse dorée, entreprenante, qui désire plus que tout raccrocher à sa liberté mais aussi à un combat beaucoup plus pacifique : la lutte pour préserver la biodiversité. Vous découvrirez alors dans ce reportage le travail de l’écologiste palestinien Mazin Qumsiyeh qui désire recentrer la nature au cœur des préoccupations. Julien Toublanc.


MUSIQUE

La vie de Château (de cristal)

p.7

Cheapster, The Pleboulle Chainsaw Massacre

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ACTU Le foot US en France : Rêve ou réalité ?

p.14

Palestine : Une autre forme de résistance, l’éducation à la biodiversité

p.20

Focus sur la jeunesse dorée palestinienne

p.23

CINÉMA

Des nouvelles de la planète Mars

p.26

Les deux amis, de Louis Garrel : Un film héritier de la Nouvelle Vague ?

p.34


ART

PERSONA, étrangement Humain

p.35

LITTÉRATURE « Là où vont nos pères », une BD sensible et poétique sur l’immigration

p.40

INTERVIEW Rencontre avec le groupe Woods

p.43


Q I S U U E M

IQ MUS UE 6

TRIP Magazine n째21

Mars 2015


MUSIQUE

La vie de

CHÂTEAU ( DE CRYSTAL)

U

n an et demi après le départ d’Alice Glass en 2013, son ex-acolyte Ethan Kath publie deux nouvelles démos, Frail et Decide, en compagnie d’Edith Frances. Le compositeur et producteur du groupe a annoncé la sortie d’un quatrième album très prochainement. Un retour s’impose sur le parcours tapageur de Crystal Castles, le duo qui nous a montré à quel point l’association Game Boy pop/punk hardcore peut faire du bien aux oreilles. Si, si, c’est possible.


MUSIQUE

L

es deux canadiens de Crystal Castles se sont d’abord faits remarquer avec le titre Alice Practice, diffusé en 2004 sur MySpace – il faut vivre avec son temps. Quatre ans plus tard, avec la sortie d’un premier album éponyme, la formation s’impose unanimement comme celle qui a sonné le renouveau de l’électro. Les boîtes à rythme distordues, les synthés 8-bits d’Ethan Kath et les échantillons savamment triturés de la voix d’Alice Glass se confondent en un mélange délicieusement tonitruant, capable de provoquer de véritables émeutes en concert. Mais ce qui se dégage de Crystal Castles, c’est bien plus que la frénésie punk d’Alice Glass sur scène : les premiers titres du groupe, s’ils font irré-

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MUSIQUE

sistiblement hocher les têtes dans le public, sont empreints d’une sorte de spleen futuriste. Les nappes de Magic Spells sont bel et bien mélancoliques ; et le binôme peut bien entamer son premier album avec la répétition de la boucle « La cocaina no es buena por tu salud » (pas besoin d’avoir fait espagnol LV1 pour comprendre), une forme de poésie se dégage tout de même de ce qui pourrait apparaître comme le délire psychotique de deux junkies. Peut-être que le charme des débuts de Crystal Castles tient à la fusion des deux âmes en perdition d’Alice Glass et d’Ethan Kath ; les deux se sont rencontrés à l’occasion de lectures bénévoles faites à des aveugles. Cette association improbable a provoqué

une réelle déflagration de virtuosité électronique : en attestent la 39ème place attribuée à leur premier album par le NME dans son répertoire des meilleurs disques de la décennie, et l’accueil dithyrambique des deux disques suivants, (II) et (III). Mais si nous pensions que le génial Affection était valable pour la relation entre Glass et Kath, leur séparation a un goût plutôt amer. La chanteuse quitte Crystal Castles en octobre 2013, en raison de divergences artistiques avec son ex-partenaire, au terme de trois albums qui auront marqué une génération. Que reste-t-il alors de nos amours ? Si les deux extraits parus en avril

dernier sur SoundCloud – il faut toujours vivre avec son temps – sont prometteurs, nous regretterons sans doute la folie pure des lives du groupe emmenés par Alice Glass, diva hardcore définitivement à part, qui s’envole maintenant en solo. Mais peut-être l’arrivée d’Edith Frances au micro est l’occasion d’assister à la détonation d’une nouvelle bombe électro. Eh oui, dans le nintendo-pop-punkmetal-hardcore-witch-house, nous ne pouvons pas prévoir grand chose.

Eléonore Seguin eleonoreseguin.musique@gmail.com

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MUSIQUE

CHEAPSTER The Pleboulle Chainsaw Massacre

ou Freddy les Griffes de L’Ennui ?

Analyse brève et concise (con, ça c’est sûr, cise ça l’est moins) du premier album d’un groupe qui fait déjà parler de lui. A tord ou à travers ? Les Cheapster, un nouveau groupe prêt à cartonner.

Quand on m’a proposé d’écrire un papier sur The Pleboulle Chainsaw Massacre, le nom de leur album (va falloir s’accrocher si vous ne suivez déjà plus), j’ai eu du mal à m’imaginer une structure d’article pour aborder le sujet. Comprenez : je connais plutôt bien les auteurs de cette musique du diable, il y en a même un qui a vomi dans ma chambre. C’est d’ailleurs pour cela qu’à l’heure où j’écris ces lignes, j’en ai déjà quatre de retard pour rendre mon papelard. Vous m’excu-

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serez, Cheapster a une mauvaise influence sur moi. J’ai donc décidé d’être plus méchant qu’a l’accoutumé, parce que je sais ce qu’ils valent. Et puis l’objectivité dans une critique musicale c’est aussi utile qu’un abonnement Pornhub au foyer logement. Ici, mort à l’analyse titre par titre, je ne pense pas que ça fera avancer le schmilblick, alors nous allons innover :


MUSIQUE

« OUI J’ADHERE ! » C’est du garage sans en être. Parce que nous n’allons pas nous mentir, ça a explosé par chez nous depuis quelques années, mais ça se marche déjà sur les pieds et j’en ai marre d’écouter cinquante fois le même album. La fraîcheur est ici indéniable et je ne vais pas m’emmerder à citer des influences parce que nous nous en fichons un peu, non, de savoir que la guitare sort des fesses d’un groupe des années 80 ou 90. C’est éclaté dans pleins de directions différentes et ça fait du bien. C’est drôle. Les noms de morceaux parlent d’eux-mêmes : ça commence par Tractopelle, ça passe par Twerk, ça repasse par Chien de Pute ou encore Einrich Fish. J’avais pas vu mieux depuis Vincent Lagaff, pas vous ? Ils ont du culot : sortir ça à leur âge (moins de 20 ans), ça change de la fille qui se filme avec sa guitare sur youtube en reprenant Avicci avec la même voix que sa copine qui reprend Milky Chance. J’ai bougé du cul pendant toute l’écoute, nous ne pouvons pas nier ce fait comme preuve de qualité indéniable.

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MUSIQUE

» ! N I F N E N O N S I A «M

n live, lques fois e e u q s u v i a nle- Je les oids ici. Atte p ta n le e s m a a p d n it s: o ment. F et ça ne fa tte. Mais des course e n u r a o u il h c le B r t e n p L’enregistre e u im a reste s ’est pas vra claque dans se tion, ç la o h s c n o ment, ce n hésiter (fue y u s o v n lq a e s s u u q o re n a è d re d y n p a il qua nds s nous J’Abdel Kh faute, mais al. Dans ce au ?), j’atte quand nou m e s rc le a o u n p e m u u e t e g g s d n ’e la mise face, c tur nom qui me déra enregistres à l’arsuite tant pro ns a en pleine t la ç s e ’e u s C q n tu . o e d n c it C ir o r o s de v parlero ché su milieu, oit tu as ais nous ne redésuet cou chambre, s m n u r, l’e e ta e p e n s d n n o e a d s s d épart u a re e v rach encore à ca s de faux d et tu t’en ti a e p s tr ê n t ê e n rr ty e a u o j’ e m m p e e u st e in certa un peu d capot et c’e j’avais dis q ui va bien ( q le t s n io u e d o n s m tu u e t s n a tr t o ti ins gis cas il y ici. Ils en avec un pe moteur de Tw n encore, t’a ais en tout n ie u m b . , s ) u a là ? O p . t té is c n ô u e c ta s tr clairem gérer son . Et c’est rien compri uilibre de ce s q i e é ’a is s n a é h d e c J x : x u e u f de - séri go. En bre le cul entre ’est pas cra n ccord. e C e u i. q ic n s a a is je suis d’a etit m a st p ’e m c n u is un peu le c a e m tr , ê nt a peuté au zoom e, mais ils o utre Il y în a a l’ tr do enregistr i s u n q a e d c n vant poussé d’assura rrard de temps de e p pas assez roblème u p o c u le a Baptiste Pie m t e n b e v d re u o p o c o s n tr e t s p mail.co petits eaucou sens. C’e .pierrard@g our boire b te s p ce genre de u p o r x a d u u b o e n p ’e n rs r u d’aille pas tire er ça, je res et oubli ous n’allons n iè b is a , m e , c ls n e lab mbula mps sur l’a pas. plus longte . re ais gen ça fait mauv

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ACTU


SPORT

LE FOOT US en France

Rêve ou réalité ? Des stades remplis à ras bord, des joueurs prêts à en découdre vêtus de leur casque et autres protections. Aux Etats-Unis, le football américain est le sport roi et sa popularité ne cesse d’augmenter. Pourtant, il semble bien que ce sport ne s’exporte pas facilement dans l’Hexagone. Explications.

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SPORT

Sport numéro un aux Etats-Unis Plus de 114 millions de téléspectateurs. C’est le record historique qu’avait réalisé la chaîne de télévision américaine NBC lors du Superbowl (finale du championnat) 2015. Cette année encore, pour la cinquantième édition, le chiffre est encore impressionnant (111,9 millions). Tous ces fans ont donc assisté le 7 février dernier à la victoire des Denver Broncos sur les Carolina Panthers. En dehors du match, le Superbowl reste avant tout un show horsnorme. Entre concerts, publicité et autres animations, beaucoup de personnes s’attardent devant leur télévision (ndlr. l’évènement dure plus de trois heures), même si ce n’est pas toujours pour le match en lui-même. Pour Michael

Fargeon, joueur des Blue Stars de Marseille (troisième division française) et ancien international avec les moins de 19 ans, le Superbowl est « immanquable », c’est un « sport spectacle où le développement de l’athlète est élevé tout comme le niveau de jeu ». Même si son équipe préférée, les Patriots de la Nouvelle Angleterre, n’en fait pas partie, il ne peut pas manquer cet évènement. Ce qui est sûr, c’est que ce sport est roi aux Etats-Unis comme le montre une étude réalisée par l’agence Harris Interactive depuis 1985. Depuis cette date, chaque année, l’agence consulte un panel de citoyens américains pour les interroger sur leur sport favori. En 2014, c’est le football américain qui occupe la première place avec pas moins de 35% des voix contre

seulement 6% pour la NBA. Pour comprendre ce succès grandissant, il faut faire un léger retour en arrière. Le 20 août 1920 est créée l’American Professional Football Association (APFA) qui devint deux ans plus tard la fameuse National Football League (NFL). Cette ligue composée de trente-deux équipes fête donc cette année ses quatrevingt-seize ans d’existence, au cours-desquels elle ne manqua pas d’aller « titiller » les portes de la France. En effet, en 1921, lors d’un voyage aux Etats-Unis, le maréchal Foch assista au match Yale / Princeton. Il vit Yale l’emporter 17 à 13 mais ce match ne lui donna pas l’idée d’importer ce sport en France.

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SPORT Une arrivée tardive en France Pour voir le football américain arriver en France, il faudra attendre les années 60-70. A cette époque, les bases de l’OTAN présentes en France deviennent le terrain de jeu de ce sport. Bien que seules des équipes américaines s’affrontent, chaque base possède sa propre équipe : les Pirates de Paris, les Panthers de Poitiers mais aussi les Indians de Paris qui eux, s’entraînent aux camps des Loges, l’actuel centre d’entraînement du Paris Saint Germain. En 1966, les bases ferment officiellement et plusieurs matches sont organisés en France avec pour objectif d’être des rampes de lancement de ce sport si méconnu. Ces initiatives ne furent toutefois pas couronnées d’un succès immédiat. C’est finalement en 1980 que le football américain commence réellement à se développer dans l’Hexagone, par l’intermédiaire d’un Monsieur, Laurent Plegelatte. Ce professeur de sport revient tout juste d’un voyage dans le Colorado dont il rapporte des casques, des épaulières et des pantalons achetés à un commerçant de Denver pour la modique somme de six à dix dollars par équipement. A peine revenu de son voyage, il crée le premier club français de football américain : les Spartacus de Paris. Le choix de ce nom s’explique par sa vision des valeurs du foot US, qui sont pour lui : la vio-

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lence, l’agressivité, le courage et la vitesse. Leur premier match se déroule en 1981, contre les Météores de Nogent. . Dès lors, le foot US se fait une place en France dans le domaine du sport avec la première édition du championnat de France en 1982 et la création de la fédération en 1983.

en 1994 et rassemblant à l’époque trois équipes européennes sur les dix de la ligue ne fait pas long feu. En effet, en 1995, la NFL retire les équipes américaines et la NFL Europe devient alors un championnat composé de six équipes, toutes européennes. Mais en 2007, la NFL met fin à la ligue.

Une tentative européenne : un exemple pour la France ?

Chez les Blue Stars de Marseille, une académie a été mise en place pour faire progresser dix joueurs tout au long de la saison à hauteur de quatre entrainements par semaine (au lieu de deux pour les autres). Parmi les coaches, Cédric

Qui ne tente rien n’a rien. Ce proverbe pourrait être l’illustration parfaite de la NFL Europe. Ce format particulier de championnat créé


SPORT la faible popularité du championnat.. La gratuité des places traduit la nécessité de remplir le stade ; la faible médiatisation de l’événement montre le manque d’intérêt que les médias lui accordent. Par ailleurs, l’impopularité de ce sport est aussi due à sa complexité : les règles du jeu, le vocabulaire spécifique et les lignes du terrain ne sont pas connus du grand public. Ce sport est aussi éminemment stratégique puisque chaque équipe possède plusieurs centaines de tactiques de jeu. Réunies dans un livre, le « playbook », les joueurs doivent les apprendre par cœur. Chacun d’entre eux a une position à tenir, une action à réaliser, un geste précis à effectuer dans chacune de ces tactiques.

Cotar, ancien professionnel, a joué pendant quatre ans en NFL Europe. Pour Michael, que l’emploi du temps ne permet pas d’être à l’académie, le « coach Cotar » permet aux joueurs « de mieux réagir sur le terrain face à diverses situations », et cela grâce à son « expérience et sa connaissance du football américain sous tous ses angles ». Malgré tout, Michael n’a jamais regardé la NFL Europe, n’avait jamais « entendu parler de football américain avant ses quatorze ans » (ndlr: Il commence ce sport grâce à un ami lorsqu’il était encore au collège).

Entre incompréhension et manque de popularité La France a encore des difficultés à se hisser au niveau des meilleures équipes européennes. Ainsi, aucune équipe française n’a fait partie de la NFL Europe tout au long de son existence. Cela fait désormais trente-quatre ans que le championnat de France de football américain existe, mais sa finale, surnommée le Casque de Diamant, n’attire toujours pas foule. Malgré une finale 2015 entre les Cougars et les Blacks Panthers, trop d’éléments montrent encore

Mais la critique avancée le plus souvent reste la violence du jeu. Ainsi, selon l’étude d’une équipe médicale, sur quatre-vingt-onze joueurs décédés, quatre-vint-sept souffraient d’encéphalopathie traumatique chronique, une forme d’affection cérébrale sans doute provoquée par des commotions cérébrales à répétition. Antwaan Randle El, ancien champion NFL avec les Pittsburgh Steelers en 2006 souffre d’amnésie très avancée et éprouve des difficultés pour monter des escaliers à seulement trente-six ans. La violence des chocs est due à la fois à la vélocité et à la masse musculaire des joueurs : certains d’entre eux sont capables de courir le cent mètres en onze secondes

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SPORT

ou que pour d’autres et ils peuvent peser jusqu’à 160 kg. Michael a un avis tranché sur cette violence. Lui qui pratique le rugby et le football américain, affirme que ces deux sports se valent : « bien sûr que les collisions sont plus importantes au football américain, mais vu que nous sommes protégés, nous gardons moins de séquelles qu’au rugby ». Lui-même a pris conscience des dangers que présente ce sport depuis qu’il a vu l’un de ses coéquipiers être victime d’une commotion cérébrale. Pour pallier cette violence, une nouvelle discipline a fait son apparition depuis peu. Il s’agit du Flag Football, qui, contrairement à son homologue, impose la mixité (deux filles par équipe dont une en permanence sur le terrain) et interdit les placages au profit d’un geste simple : subtiliser le foulard d’un joueur pour l’arrêter dans son action. Une discipline qui devrait sans doute attirer les personnes effrayées par les chocs omniprésents dans le football américain. « C’est plus fun et ce ne sont pas les mêmes profils physiques » confirme Michael, tout en ajoutant qu’une équipe de flag football sera créée l’année prochaine à Marseille. D’après Mickael, le foot US ne pourra s’implanter que lorsqu’il permettra aux joueurs d’en faire leur carrière professionnelle. Mais pour cela, il faudrait en faire une discipline olympique, ou continuer à le développer en en changeant l’organisation actuelle. . « Il faut

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créer plusieurs ligues, avec des clubs, selon leurs moyens financiers. Par exemple, une ligue A avec les clubs des grandes villes qui sont capables économiquement de répondre aux besoins de ce genre d’organisation ». En effet, trop de clubs se créent en France et mettent la clé sous la porte peu de temps après. Cela aurait pu être le cas des Blue Stars il y a deux ans Michael regrette que les clubs soient gérés par d’anciens joueurs ou des membres de la famille plutôt que par des professionnels. De surcroît, il n’existe que deux pôles France (à Amiens et Pessac), et c’est insuffisant. Un niveau français pas si mauvais ? Lorsque l’on regarde de plus près les feuilles de matchs en NFL, il

fut possible un temps d’apercevoir le nom d’un « frenchie ». Ce fut le cas notamment entre 1990 et 1992 quand Richard Tardits évoluait aux Patriots. Il y eut également Marc Angelo Soumah (Browns en 2003), Philippe Gardent (Redskins et Panthers en 2006 et 2007) et Sebastien Sejean (aux Rams en 2008). Plus récemment, un nouveau Français est venu frapper à la porte de la NFL. Il s’agit d’Anthony Dablé, qui, avec sa taille et son poids imposants (1,95m, 99kg) a été recruté par les New York Giants. Bien qu’il doive encore faire ses preuves lors des prochains stages de pré-saison, il pourrait agrandir le cercle très fermé des français en NFL. Ce qui est surtout intéressant, c’est qu’avant de signer ce fameux contrat, il évoluait depuis octobre avec les Argonautes d’Aix-


SPORT

en-Provence, ce qui sonne peut être comme un symbole pour le niveau du championnat français, qui n’est pas mauvais Pour Michael, Anthony Dable a le niveau pour la NFL sans être passé par le Pôle France, tout comme Anthony Mahoungou. Ce dernier évolue cette année en NCAA (championnat universitaire) aux Etats-Unis avec les Boilermakers de Purdue et se montre convaincant de l’autre côté de l’Atlantique Le parcours de ces deux figures du sport confirme la faiblesse de la formation française. Si la NFL a laissé entendre récemment le retour d’une franchise en Europe (à Londres en 2022), le cas français reste à part. Avec environ quinze mille licenciés, soit environ cent-vingt fois moins que le football et trente fois moins que

le rugby, ce sport semble se résumer pour beaucoup de monde à une violence extrême et à des règles complexes. Comparé aux autres pays européens, la France semble avoir une marge de progression importante à relever. Pour autant, à travers des cas de figures comme Anthony Dablé, ce retard ne semble pas impossible à rattraper. Cela passera, d’après Michael, par l’amélioration de la formation proposée en France pour produire d’autres joueurs de haut niveau et pouvoir rêver un jour d’une médiatisation de masse dans l’Hexagone. Bastien Monbet monbet.bastien@orange.fr

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INTERNATIONAL

PALESTINE Une autre forme de résistance, l’éducation à la biodiversité

I

l existe trois issues possibles à l’occupation d’un territoire. Le premier moyen d’y mettre fin est le cas où l’occupant quitte le pays qu’il occupe, comme la France après la guerre d’Algérie. Le deuxième éradique la population occupée, en Amérique avec les amérindiens ou Australie avec les aborigènes par exemple. Enfin, il existe la situation où l’on arrive à un compromis, comme en Afrique du Sud. « Pour laquelle faut-il opter en ce qui concerne Israël et la Palestine? Je n’en sais rien, mais ce que je sais, c’est qu’il faut continuer à se battre ». L’auteur de ces paroles, c’est Mazin Qumsiyeh, biologiste palestinien réputé et activiste luttant contre l’occupation des troupes israéliennes sur le territoire occupé de Cisjordanie. Il a une méthode de combat bien à lui : la nature.

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INTERNATIONAL

Tout a commencé cet été : en surfant sur le site de l’Etudiant, une annonce a attiré mon attention : « Participez au concours des Jeunes Reporters pour l’Environnement ! ». Sans trop réfléchir, je suis allée sur la page d’inscription et je me suis lancée. Le concept est simple. Il s’agit de réaliser un reportage écrit, photo ou vidéo sur une thématique environnementale de notre choix. Vivant à Jérusalem, je me suis dit que je pouvais me pencher sur une diversité de problématiques : l’enjeu de l’eau dans la région, les initiatives en agriculture dans les zones de sécheresse, la protection de la faune et la flore dans les nombreux sites naturels qui existent ici... Cependant, je n’avais pas envie de mettre de côté le conflit israélo-palestinien occupant une grande place dans notre vie quotidienne. La question suivante m’est donc venue instinctivement à l’esprit: « Peut-on protéger la biodiversité dans un climat de conflit ? ». L’enjeu était d’allier biodiversité et conflit, sciences naturelles et politique. Il faut avouer que le début a été très laborieux. Tout d’abord, quel support choisir ? Vers qui se tourner ? Comment traiter le sujet ? Je découvrais peu à peu le métier de reporter.

C’est alors qu’un week-end, nous nous sommes rendus en famille à Bethléem. Mon père nous a amenés voir un des projets qui s’effectue à Beit Sahour, un quartier limitrophe de la ville. Nous avons visité le musée palestinien d’histoire naturelle, fondé par Mazin Qumsiyeh. Comme par magie, je me suis rapidement rendue compte que toutes les données dont j’avais besoin pour mon reportage étaient rassemblés là-bas, dans ce petit bâtiment entouré d’un jardin d’agroécologie où grouillent chercheurs, consultants et visiteurs intéressés par l’alternative proposée par le projet. Il consiste à sensibiliser la population palestinienne, et plus particulièrement la jeunesse, à la protection de leur environnement, affecté par la construction de colonies sur leur territoire. A travers ce projet assez atypique et, suivant la devise de « protéger pour lutter », j’avais trouvé l’endroit idéal, les personnes adaptées et le support audiovisuel dont est équipé le personnel du musée. Quelques semaines plus tard, j’y retournais pour interviewer Mazin, visiter son jardin et rencontrer ses compagnons de travail. J’ai pu découvrir la vie de ce chercheur palestinien. Mazin Qumsiyeh a long-

temps vécu aux Etats-Unis et a été professeur à Yale University avant de retourner en Palestine en 2008. Il avait depuis longtemps en tête de s’établir sur sa terre natale afin de créer un autre activisme. C’est ainsi que, accompagné par certains de ses anciens élèves, de ses amis et de sa femme, il fonda le musée d’histoire naturelle palestinien dans lequel il expose les animaux de la région qu’il découvre lors de ces expéditions de recherche en pleine nature. Cependant, Mazin n’a pas le statut qui lui permet de se rendre librement derrière le mur. Il reste alors prisonnier des murs de béton contre lesquels il se bat avec la terre qui lui reste. Le biologiste a par-dessus tout le dessein de sensibiliser la jeunesse. Il accueille dans le musée des écoles palestiniennes auxquelles il essaie de transmettre l’amour de la nature. Néanmoins, il est lucide par rapport à la situation et connaît les enjeux auxquels il fait face : la société palestinienne doit encore faire beaucoup de progrès pour entretenir l’environnement. Quand vous vous promenez dans les rues de Ramallah, vous avez une grande chance de croiser l’irrespirable poubelle qui brûle à

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INTERNATIONAL

quelques mètres de vous ; vous marchez dans Jéricho, vous vous entraverez sans aucun doute avec un des nombreux sacs plastiques éparpillés sur le trottoir. Pour changer ce qui participe à la pollution de l’écosystème, il faut de l’éducation. Mais elle n’est possible que dans une société qui évolue, et comme Mazin le confirme, la société palestinienne est construite sur un modèle patriarcal, obstacle à de nombreuses initiatives.

Entre les accords d’Oslo et les réconciliations inachevées, les décrets des Nations Unis n’aboutissent en rien à une solution. L’aspect original du projet de l’écologiste palestinien réside dans les activités concrètes qu’il propose. Le bâtiment dans lequel se situe le musée est bordé par un jardin suivant les principes de l’agriculture biologique. Il est entretenu par certains de ces élèves de l’Université de Birzeit, une des plus grandes institutions palestiniennes ainsi que par des volontaires venant principalement de l’étranger. Tout y est agencé de manière très ingénieuse : les serres abritent des cultures de salades, laitues et autres légumes

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arrosés à l’eau de pluie. On peut observer aussi des cultures verticales réalisées à partir de matériaux recyclés. Un système de compost est par ailleurs mis en place. Le projet à beau être ‘’petit’’, il grandit de jour en jour avec les bons soins de Mazin Qumsiyeh. Ce dernier a perdu dix-huit de ses amis depuis son retour en Palestine. La gorge serrée en l’évoquant, il demeure une lumière d’optimisme dans chaque action qu’il dirige, chaque lutte qu’il mène pour son projet, pour sa terre. C’est à travers ce reportage pour l’environnement que je veux montrer la beauté, l’optimisme et la sincérité du combat d’un palestinien qui met déjà fin non pas à la colonisation, mais au pessimisme qu’elle inspire. Inès Delpuech. inesdelpuech@yahoo.fr


INTERNATIONAL

FOCUS SUR

la jeunesse dorée

palestinienne

Les restaurants et les bars de la capitale économique, Ramallah, organisent des fêtes très chics. Des Mercedes et d’autres voitures de grandes marques courent les nouvelles avenues. Ramallah est une ville en transition économique et, depuis quelques années, un centre où se construisent de grandes infrastructures hôtelières et des établissements de restauration haut de gamme. S’installer dans un café les jeudis soirs est une habitude pour Layla de Bethléem, seize ans: ‘’Tous les jeudis, on passe la soirée dans un café pour fumer le narguilé et passer du bon temps’’. Pour oublier le conflit, d’autres préfèrent boire de l’alcool et occuper les fauteuils

Malgré les conflits persistants, la jeunesse dorée palestinienne est sur le devant de la scène. Privée d’une partie de sa liberté, une génération jeune et dynamique participe, à sa façon, à l’ouverture vers le monde extérieur.

luxueux du Movenpick hotel, un cinq étoiles, ou encore ceux d’Orjuwan, le restaurant high class des hauteurs de Ramallah, transformé en boîte de nuit une fois par semaine, sans oublier le Grand Park, lieu de rencontres plus officielles. Systématiques, les tensions dans les territoires palestiniens ont également provoqué des crispations internes puisque les fêtes et célébrations ont été bannies pendant un moment, par respect des martyrs. Les plus jeunes ressentent souvent un sentiment de culpabilité lorsqu’ils profitent des festivités, mais souhaitent malgré tout vivre comme tout jeune dans le monde. Les soirées sont très limitées surtout le vendredi, pen-

dant lequel d’autres jeunes palestiniens se heurtent aux militaires israéliens qui répondent avec gaz lacrymogène et balles réelles, juste en face du restaurant Divano à Bethléem. Cet ancien lieu de rencontres des jeunes est maintenant délaissé à cause des confrontations et de l’odeur insupportable des eaux chimiques versées par l’armée d’occupation. En outre, le Jasir Palace est un hôtel renommé ici ; mais depuis la relance des manifestations, sa boîte de nuit est vide le week-end et les chambres sont désertes. “J’ai rencontré un jeune homme du camp Al-Azzeh qui s’est intégré dans mon groupe d’amis; on boit de temps en temps un verre 23


INTERNATIONAL à Chesters, un café populaire, on essaie de prendre du plaisir malgré la situation difficile” raconte encore Layla. La jeunesse dorée palestinienne ne s’implique pas autant dans la vie politique que les jeunes réfugiés. Ces derniers se retrouvent dans des cafés plus classiques entre garçons à boire du thé et fumer le narguilé. Il suffit d’être né sous la bonne étoile pour être privilégié et avantagé dans un monde d’inégalités.

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Ces jeunes riches montent des entreprises suivant un modèle occidental sans souci des problèmes d’argent dans ce pays en voie de développement. Cela n’empêche cependant pas la plupart des jeunes d’avoir une forte identité palestinienne et de construire petit à petit l’avenir de leur pays. Fadi Shehadeh, correspondant palestinien.


CINÉMA

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CINEMA

Des nouvelles de la

PLANÈTE MARS

C’est optimiste que le spectateur entre dans la salle de cinéma. Il a choisi son film. Ce sera le nouveau long métrage de Dominik Moll, réalisateur de Harry, un ami qui vous veut du bien ou plus récemment de la série Franco-Anglo Tunnel. « Ça s’annonce bien » se dit le spectateur. Raison de plus, il a repéré les deux acteurs à l’affiche : Vincent Macaigne, véritable star montante du cinéma français, spécialiste des comédies décalées et arty à la réalisation pointue, de l’autre côté, le génie du burlesque moderne, incarnation parfaite de l’humour moule-frite, aussi touchant que poilant, le bien-aimé François Damiens. Le tout dans un film franco-belge à l’emballage attirant, une affiche qui laisse tout imaginer, un scénario qui semble intéressant. Le spectateur entre dans la salle… Et une heure et quarante et une minute de perdues pour notre pauvre spectateur ! Ah ! Si seulement il avait su !

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CINEMA

S’il n’y avait qu’un seul problème dans ce film ce serait l’approximation de choix de la veine dans laquelle il veut s’implanter. Plus clairement, si je vais voir un film décalé, je veux un film décalé et pas un film décalé mais quand même très premier degré. Si je vais voir un film arty, je refuse une image à mi-chemin entre la soupe commerciale et un léger désir de point du vue esthétique. Si je vais voir une comédie belge, je me fous royalement de la dure psychologie d’un quinquagénaire en mal de compagnie. Et si c’était son seul problème ! Pour

en finir avec l’image, elle s’apparente à celle d’un mauvais court-métrage : une scène baignant dans une lumière terne et verdâtre délimitée par un cadre sans interêt. C’est donc dans cette ambiance que vont évoluer nos personnages... Des seconds rôles caricaturaux se voulant originaux joués par des acteurs de kermesse. Très bien. Deux excellents acteurs, dont le jeu se défend néanmoins mais bloqués par des dialogues pas crédibles une seconde et des situations mal écrites qui peinent à nous arracher un sourire. A tout cela, on peut aussi rajouter la mauvaise qualité de la prise de son qui par certains moments

empêche l’audition de certaines répliques ainsi que le manque de rythme dans le montage. On l’aura compris, niveau réalisation, on a vu mieux. Tandis que niveau écriture, on n’a jamais vu pire. L’histoire est à dormir debout, incompréhensible, pénible. Pour faire court : Mr. Mars doit travailler en face d’un collègue redouté car il est une sorte de hippie fou. Ce dernier fait une crise et jette un couteau sur Mr. Mars qui en perd le bout de son oreille. Le hippie fou va en hôpital psychiatrique, il s’en

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évade et va demander à Mr. Mars l’hospitalité. Mr. Mars accepte. Mr. Mars va regretter. Mais Mr. Mars est un Homme au grand coeur alors il se plie aux désirs de son invité. Mr. Mars finit par tenter de déjouer les plans du hippie fou qui veut, pour séduire une hippie folle, faire exploser une exploitation de poules. Si vous n’avez pas compris grand-chose, changez votre choix de film, si vous avez compris, faites la même chose. En effet, cette comédie ne s’inscrit pas dans cette lignée des films belges à mourir de rire, mélangeant un sens de l’image, des dialogues et du décalage. Cependant on peut reconnaître le certain charme d’un film modeste et

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peu ambitieux qui tente comme il le peut de créer des situations, du jeu, de l’énergie, sans grande réussite malheureusement. Joaquim Fossi j.fossi@hotmail.fr


CINEMA

LES DEUX AMIS, de Louis Garrel

Un film héritier de la Nouvelle Vague?

A

ujourd’hui, le cinéma français est reconnu à l’international pour deux faits d’armes principaux. Le premier est tout simplement la création du cinéma par les frères Auguste et Louis Lumière, à qui chaque réalisateur est redevable. Le second est que la France fut la figure de proue d’un grand bouleversement dans le cinéma : la rupture absolue avec la façon traditionnelle de réaliser et d’écrire les films. Aux Etats-Unis, ce bouleversement s’est illustré dans le mouvement du Nouvel Hollywood, qui apparaît à la fin des années 60 et qui s’incarne dans des œuvres emblématiques comme Easy Rider (1969) de Dennis Hopper ou La ballade sauvage (1975) de Terrence Malick. En Allemagne, c’est le Nouveau Cinéma Allemand qui apparaît à la même époque que le Nouvel Hollywood et qui s’illustre dans des films comme Aguirre, la colère de Dieu (1972) de Werner Herzog ou Le Tambour (1979) de Volker Schlöndorff. Mais en France, le bouleversement s’effectue une décennie plus tôt, à la fin des années 50, à travers le mouvement cinématographique qu’est la Nouvelle Vague.

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Lorsque les Américains parlent du cinéma français, c’est souvent le mouvement de la Nouvelle Vague qui est cité, comme si le cinéma français se résumait à cela, en occultant tout le reste. Malheureusement, même si des réalisateurs français comme Luc Besson ont réalisé des œuvres totalement opposées aux films de la Nouvelle Vague, ce mouvement garde une empreinte encore très profonde dans le cinéma français actuel. Le mouvement de la Nouvelle Vague avec ses réalisateurs iconiques comme Jean-Luc Godard, François Truffaut ou Eric Rohmer, et la manière d’écrire un film qui va avec, constitue les racines de nombreux films français d’aujourd’hui. C’est le cas du film Les Deux Amis de Louis Garrel, sorti le 23 septembre 2015, que nous al-

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lons décomposer. Les deux amis est un film de Louis Garrel, personnalité emblématique du cinéma d’auteur. Né en 1983, Louis Garrel est le fils de Philippe Garrel, cinéaste héritier de la Nouvelle Vague, à l’origine d’œuvres plutôt confidentielles comme La Jalousie (2013) ou La frontière de l’aube (2008). Tout comme son père, Louis Garrel est influencé par la Nouvelle Vague, que cela soit en tant qu’en acteur ou en tant que cinéaste. Louis Garrel est en premier lieu un acteur, caractérisé par ses rôles d’amant nonchalant, éteint et inerte quitte à parfois s’autocaricaturer. Louis Garrel a toutefois collaboré pour ces rôles avec des cinéastes avertis et talentueux aux styles très variés comme Ber-

nardo Bertolucci ou Maïwenn. Cela laissait donc présager pour son premier film en tant que réalisateur, Les deux amis, une maîtrise surprenante pour un jeune réalisateur tout comme une capacité presque caméléonesque à s’emparer de ses influences pour en retirer une atmosphère de film particulière. De plus, contrairement à Philippe Garrel, Louis Garrel semblait contourner les écueils de la Nouvelle Vague, comme cette capacité systématique à temporiser le récit pour souligner la déambulation morose des personnages. Alors, que vaut le premier film de Louis Garrel : fils prodigue de la Nouvelle Vague sans originalité ou une œuvre au charme irrésistible ? Les deux amis raconte l’histoire


de Clément (Vincent Macaigne), qui s’éprend de Mona (Golshifteh Farahani), mais qui souffre de la non-réciprocité de cet amour. Clément fait appel à son meilleur ami, Abel, joué par Louis Garrel luimême, pour chercher à conquérir le coeur de Mona. Un synopsis en apparence très banal et niais, puisqu’il n’annonce en aucune façon le triangle relationnel profond et intense qui se cache derrière le film. Pour filmer ces relations, Louis Garrel se trahit en étant, malgré son parcours très diversifié, très proche de l’esthétique de la Nouvelle Vague. Celle-ci a un style visuel identifiable entre mille. Elle préconise tout d’abord les extérieurs, pour mettre en exergue la liberté et l’indépendance totales dont jouissent

les personnages. Les réalisateurs souhaitent prendre de la distance avec le cadre étriqué d’un studio, au profit d’une certaine marge de manœuvre. Et Louis Garrel s’inscrit pleinement dans cette démarche, multipliant les courses endiablées de ses personnages dans Paris tout en reproduisant également l’aspect improvisé de certaines scènes, comme les chérissent les auteurs de la Nouvelle Vague. Ce dernier aspect va de paire avec la narration du film, elle-même en harmonie avec la narration des films de la Nouvelle Vague. Cette narration repose sur l’inattendu des péripéties tout comme le comportement spontané, chaotique et inadapté des personnages. Les deux amis emprunte cette narration sans pour autant devenir siru-

peux (défaut de certains films de la Nouvelle Vague), puisqu’il crée chez le spectateur cette étonnante volonté de rester avec les personnages, de les suivre sans répit, pour savoir jusqu’où leur cœur et leur intuition les porteront. Cependant, même si les personnages déambulent pendant quelques scènes du film, ils se distinguent radicalement de ceux de la Nouvelle Vague sur un point capital : ces personnages ont un objectif, ils ne sont pas des âmes perdues et oisives. Les trois personnages partagent comme eux l’absence d’ambition sociale (Clément est figurant de cinéma, Abel est pompiste, et Mona est vendeuse dans une sandwicherie), mais ils ne font pas rien de leur temps libre, et ne sont pas

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pour autant dirigés contre le système. Clément, Mona et Abel ont tous les trois un élément qui les anime, une chandelle romaine qui les guide lorsqu’ils broient du noir. Chaque personnage est à observer indépendamment des autres, malgré leur promiscuité.

2- Clément : Vincent Macaigne incarne le personnage du loser magnifique, perpétuel perdant mélancolique extrêmement touchant et pathétique. Clément est la personne qu’on abuse, dont les manipulateurs se servent en profitant de leur naïveté.

1- Mona : Incarnée par la sublime Golshifteh Farahani, Mona est prise entre deux feux, celui de dire oui à Clément, dont elle n’est pas amoureuse mais est sensible à ses qualités ou celui de se rapprocher d’Abel, «bellâtre» aux qualités physiques évidentes mais qui manque de consistance. Mona a un secret, qu’elle ne peut révéler aux deux amis, et qui l’oblige à ne pas les côtoyer.

Clément s’appuie sans arrêt sur son ami Abel, il le révèle dans une scène bouleversante dans laquelle il confesse qu’il se ne référait qu’à la personne d’Abel pour savoir comment interagir avec le monde extérieur, en ignorant sa personne. Mais au fur et à mesure du film, Clément va chercher à quitter cette technique qu’il utilisait jusqu’ici, et son objectif est de se construire, de parvenir à se faire confiance. A

Ce secret, qui semble en apparence être un fardeau, se révèle être pour elle un moyen de ne pas choisir entre ces deux hommes, totalement opposés. Mona est au bord du gouffre, comme le scandent plusieurs scènes du film, où ses émotions sont exacerbées : ces cris deviennent des râles, comme un appel au secours, ses larmes sont celles d’une personne dévastée, et lorsqu’elle danse sur King Krule (scène mémorable !), elle convulse comme si elle était épileptique ! Mona cristallise cette tendance naturelle à ne pas vouloir faire des choix, effrayée par leurs conséquences. Mona souhaite donc à éviter la prise de décision, à échapper à la responsabilité qui lui pèse sur les épaules, car elle sait que sa décision pourrait provoquer une rupture amicale.

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son attitude de perdant se substitue celle d’un homme qui décide, qui est tranchant, et qui cesse d’être bercé d’illusions. 3- Abel : Louis Garrel interprète luimême le personnage, car il a été associé à ce rôle d’amant bellâtre, ce dont il se détache puisque le film implore la pitié pour Clément, mais aussi pour Abel. Ce personnage est en effet dans une situation encore plus délicate que Clément ou Mona. Abel est conscient de son inconsistance, lucide quant à la supériorité humaine de Clément, mais il refuse de l’admettre. Cela s’observe quand Abel s’improvise et se revendique écrivain, alors qu’il n’a pas le moindre talent, ni même la capacité de tra-


vail qu’exige l’art. Abel est coincé avec fatalisme dans son physique affable, derrière lequel rien ne se cache. Contrairement à Clément et à Mona, Abel ne peut atteindre son but, et échoue à rendre crédible son personnage d’écrivain. Lorsque Clément amorce la rupture amicale entre lui et Abel, ce dernier est désemparé et constate qu’il n’est pas armé pour se défendre d’une situation réellement houleuse. Les deux amis est une réussite, un film sublimant une rupture amicale qui fait de Louis Garrel non seulement un réalisateur talentueux, et surtout un acteur humble au répertoire de jeu plus vaste que ce que l’on pense. Cependant,

Les deux amis cherchent à se démarquer des films de la Nouvelle Vague, mais il reste, comme généralement le font les réalisateurs néophytes, trop calqué sur ses influences dont la Nouvelle Vague fait majoritairement partie. Malgré cela, Louis Garrel personnifie cet avenir prometteur dans le cinéma Français, et ses prochains films le confirment, comme le film de fantômes Planétarium de Rebecca Zlotowski, avec Natalie Portman et la fille de Johnny Depp. Arthur Guillet arthur.guillet1997@gmail.com

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PERSONA étrangement Humain

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u’est-ce qu’un humain ? Qu’est-ce qu’un non-humain ? Ces questions ont longtemps tracassé l’homme car comment définir ce que nous sommes et ce qui n’est pas nous. L’exposition Persona, étrangement humain, qui se tient au Quai Branly (Paris) du 26 janvier au 13 novembre 2016, nous apporte certaines réponses mais d’autres mystères restent irrésolus. À travers un dédale chronologique : de l’astromorphologie indienne à la robotique japonaise en passant par la Vallée de l’Étrange, le Quai Branly pose alors les bases de la problématique transhumaniste et remet en question les limites définissant le statut humain, à travers les différents degrés de « personnes ». Qui sommes-nous réellement et de qui voulons-nous nous entourer ? Là est peutêtre la réelle question au tournant du XXIème siècle, puisque le concept d’humanité semble aujourd’hui avoir dépassé le simple corps humain.

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On dit que, depuis que l’homme existe, le concept de persona existe aussi, ou même existait déjà. Depuis les civilisations fondatrices, l’Homme n’a en effet cessé de rechercher un alter ego dans toute sa puissance physique et intellectuelle mais, il n’a jamais réussi... avant aujourd’hui...peutêtre... Il en est alors arrivé à « injecter de la personne » dans des objets pourtant inanimés tels des statues, des amulettes et plus récemment des automates ou des robots. Les premiers hommes qui se sont attardés sur le sujet n’avaient besoin que d’une ébauche de forme, un mouvement inhabituel ou un bruit inattendu pour percevoir une présence-limite (présence ambiguë). Avec l’avancée de la science, on a alors prouvé que le cerveau ne pouvait pas supporter l’absence d’informations et reconstituait ou s’imaginait donc des formes afin de compenser ce manque (phénomène de paréidolie). Ces présences non-humaines ont été appelées persona, invisibles ou tout à fait matérielles, à cause de leur potentiel à s’affirmer comme présence singulière.

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Les Arts primitifs continuent de nous fasciner à ce jour, car ils reflètent les tentatives de l’Homme recherchant des persona, dans des amulettes ou des statuettes d’enfants ou de dieux miniatures. Ces derniers sont souvent conservés dans des fioles, baignant dans des huiles dites sacrées représentant le milieu de vie de ces petits êtres. Qu’ils soient faits de bois, d’ivoire ou de fer, l’homme païen se devait de les traiter comme de vrais enfants humains, conscients de tout le potentiel de vie qu’ils pouvaient renfermer.

peut devenir une personne à part entière. Il suffit de repousser les limites qui qualifiaient jusqu’alors l’être humain. Le visiteur est alors confronté à tout une gamme de persona, de figures à ressemblance humaine mais pas totalement humaine, qui le pousse à s’interroger sur les caractéristiques d’une personne. L’homme a élu Dieu comme une personne à son image, pourtant personne ne L’a jamais vu.

En tant que visiteur encore inexpérimenté dans le domaine des croyances surnaturelles, on peut rester sceptique à l’idée de projeter la vie dans une statue. Mais, n’est-ce pas ce que nous faisons tous à un moment de notre vie ? Avec des peluches par exemple ? Il nous arrive alors de croire que nous ne sommes effectivement pas seuls et nous nous surprenons nous même à dialoguer avec un chien, un singe ou un lapin pourtant fourrés de coton synthétique. L’exposition rend alors compte de l’extraordinaire hétérogénéité des supports dans lesquels une « personne » peut se manifester.

Cette question n’a cessé de tracasser l’homme qui éprouve la nécessité de s’assurer de la présence d’êtres invisibles parmi nous et ce, depuis le siècle des Lumières. Au cours de l’Histoire donc, de nombreux dispositifs et appareils ont été inventés afin de rentrer en contact, de capter ou de mesurer les présences potentielles nous entourant. La chasse aux fantômes est alors vite devenue une activité courante au XVIIIème et XIXème siècles.

Dans la mythologie, afin d’échapper au cyclope, Ulysse dit qu’il est « personne », et pourtant, il est bel et bien quelqu’un. Ce jeu de mot prend alors tout son sens dans cette exposition puisqu’une forme, un bruit ou un mouvement

L’invisible pourrait-il donc être une personne ?

Parmi les acteurs de la cette chasse, le Club de Bruxelles fut le plus réputé, et de nombreux scientifiques s’attardèrent sur le mystère. Le pionnier de l’électricité, Thomas Edison, entre autres, réalisa des expériences afin de capter les fréquences des divers persona. Le visiteur peut alors se projeter en réel aventurier, héros de roman de science-fiction,

ou dans la peau des plus récents chasseurs New-Yorkais du film SOS Fantômes (1984). En effet, l’affirmation de présences-limites dans notre monde a donné lieu à de nombreuses œuvres, notamment en littérature avec les nouvelles fantastiques de Maupassant (Le Horla) ou d’Edgar Allan Poe (Le Corbeau). Néanmoins, la question de « personne » et d’« humanité » se pose réellement au tournant du XXIème siècle lorsque la technologie s’impose. Ce sont les Japonais qui introduisent la robotique dans le débat des être « humains » pourtant non-humains. Les civilisations orientales n’ont en effet jamais eu le même rapport aux êtres « surnaturels » et à la robotique. Les Japonais se sont souvent démarqués bien avant l’Occident en inventant des personnages, comme Totoro (Mon voisin Totoro, animé de 1999), inspirés des kami (divinités), aussi attachants que des enfants humains, et pourtant loin d’y ressembler. La robotique s’interpose aujourd’hui dans le débat sur le transhumanisme car de toute évidence, l’intelligence artificielle semble rattraper à grand pas celle de l’humain. Y aurait-il alors un monde où les robots vivent avec les humains d’égal à égal ? C3PO de la saga Star Wars en serait un des premiers exemples, pourtant

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son corps d’aluminium maintient une barrière entre le droïde et l’homme. Rencontrer un robot à notre image ne deviendrait-il pas alors trop étrange ? C’est ce que le roboticien japonais Masahiro Mori tente de démontrer à travers la Vallée de l’Étrange dans la dernière partie de l’exposition. Plus un être non-humain ressemble à un humain, plus il y a de chance que l’on ressente du dégoût et du malaise. Même une prothèse pourrait alors nous faire frémir à l’idée qu’elle n’est pas « vraie », et pourtant elle le semble. Ce sentiment d’étrangeté remet donc en question la constitution de notre entourage : de qui ou de quoi voulons-nous être réellement entourés ? Dans cette dernière partie, le visiteur est alors invité à imaginer un monde où cohabiteraient humains et homologues robotiques à l’intellect égal. L’intelligence nous a toujours démarqué des autres espèces et sa reproduction artificielle repousse aujourd’hui les limites qui définissent un Homme avec un grand « H ». Persona, étrangement humain regroupe plus de 230 œuvres plastiques et digitales afin de guider le visiteur dans l’histoire et le futur des différents personas. L’exposition permet donc d’aborder le débat sur les créatures artificielles qui deviendront inévitablement membres de notre société dans les décennies à venir, afin de nous obliger à nous demander si nous voudrions, un jour, nous familiariser avec des quasi-personnes… répulsion, attraction, fascination, quelle sera votre réaction ? Anh-Lise Gilbert a.gilbert17@ejm.org

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« Là où vont nos pères », une BD sensible et poétique sur l’immigration Cette BD, injustement méconnue, raconte avec sensibilité et poésie le parcours de tous les migrants, bien loin des clichés et des images de JT.

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« Là où vont nos pères » est une BD sans paroles, à lire lentement, en s’arrêtant toutes les cinq minutes pour se dire « il faut que je photocopie cette page pour l’accrocher partout tant elle est belle ». Les dessins sont magnifiques : d’un côté, les personnages sont si réalistes qu’on croirait que l’auteur a travaillé d’après la photo. De l’autre, les décors sont pleins de cercles, de cônes et de jolis motifs. Certaines cases ont des allures de vieilles photos qui ont traîné trop longtemps dans une poche. « Là où vont nos pères », c’est ce pays lointain, mystérieux, à l’architecture bizarre et aux moeurs étranges. C’est ce lieu pour lequel des dizaines et des dizaines de migrants ont tout laissé derrière eux. Chacun a son histoire, ses raisons de partir et, même sans parole ou sous les traits d’une allégorie, on ne les comprend que trop bien. Le personnage principal quitte sa ville, hantée par des monstres aux allures de dragons. Arrivé dans une métropole étrangère, il lui faudra se repérer entre ces animaux et ces légumes bizarres, apprendre cette écriture indéchiffrable et qui pourtant pourrait être la nôtre. En fait, pour un parfait étranger, ce monde ne paraît pas moins plausible que le nôtre. L’auteur retranscrit à merveille le mélange d’appréhension et d’émerveillement qui accompagne le personnage. Et puis il y a ce sens du détail, ce décalage

entre les personnages et les décors oniriques. Ce livre est très riche, plein de petites pépites d’imagination, comme ces bateaux volants, qui peuvent faire penser aux inventions de Miyazaki. Ce livre essaie de représenter l’universel, le point commun à toutes les histoires d’exil, et c’est très réussi. Puisque la ville est imaginaire, presque extraterrestre, tout le monde peut se retrouver dans

les pas du héros. Et puis, même si tous ces étrangers fuient une menace, la BD laisse peu de place à la violence et aux sentiments négatifs. Tous s’en sont sortis, et c’est plutôt la découverte d’un nouveau monde qui nous intéresse. Les personnages ne sont pas écrasés par leur passé. Comme l’indique le titre original « The arrival », on passe rapidement sur le voyage, et obtenir le droit de séjourner ne semble pas d’intégration (les amis

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LITTÉRATURE

du personnage principal étant eux même d’anciens migrants). C’est donc un point de vue totalement différent de celui proposé aux JT, et ça fait du bien. Shaun Tan, l’auteur, s’est inspiré des témoignages de plusieurs migrants, d’âges et d’origines diverses et a reçu le prix du meilleur album à Angoulême en 2008 pour cette fresque qui lui a demandé quatre ans de travail. Ce livre est lumineux, il dégage une réelle chaleur, à lire et à relire sans modération. « Là où vont nos pères », Shaun Tan, Dargaud, collection « Le long courrier » 2007. Léna Canaud

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INTERVIEW


INTERVIEW

RENCONTRE AVEC

L

WOODS

a formation folk, en activité depuis 2005, revient avec un nouvel album, City Sun Eater in the River of Light, sorti le 8 avril. Après onze ans d’enregistrements et de tournées, et maintenant neuf disques à leur actif, les natifs de Brooklyn continuent leur exploration musicale avec un nouveau florilège de chansons très inspirées seventies. On y décèle des touches de jazz et de dub, qui viennent compléter le sens aigu de la mélodie qu’on leur connaît, comme sur les excellents Morning Light et Can’t See At All. S’il devait se dégager une chose de la musique de Woods, ce serait sans doute une grande simplicité, véritable constante depuis At Rear House (2007) jusqu’aux envolées wah-wah de City Sun Eater. Les chansons de Woods sont marquées du sceau de l’honnêteté, et par voie de conséquence, de l’authenticité. Rencontre avec Jeremy Earls, fondateur et compositeur principal du groupe, qui nous montre à quel point la musique est un art spontané.

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INTERVIEW TM : Comment as-tu commencé à faire de la musique ? Qu’est-ce que cela signifiait pour toi à cette époque ?

des endroits trop ordinaires et puis j’aime aussi me promener dans les bois, faire de la randonnée et d’autres activités comme celle-ci.

JE : Je crois que j’ai commencé au lycée alors que j’aimais beaucoup la musique punk. Mon oncle venait de m’offrir une guitare sur laquelle j’ai appris à jouer quelques accords. Puis j’ai, en quelque sorte, appris à écrire des chansons par moimême à partir des trois accords qu’il m’avait montrés. Depuis, rien n’a vraiment changé.

TM : Depuis 2005, ta musique est très riche puisqu’elle mélange différents styles, particulièrement dans City Sun Eater In The River Of Light qui a, je pense, une ambiance plus jazzy. Qu’est-ce qui influence ta musique et les paroles de tes chansons ?

TM : Comment as-tu formé WOODS ? Est-ce que cela s’est passé de manière naturelle, ou était-ce un projet que tu voulais absolument mener ? JE : WOODS a débuté en tant que projet d’enregistrement dans mon appartement et n’a jamais vraiment quitté ma chambre les premières années. Je ne faisais qu’enregistrer, sans vraiment montrer les chansons. J’ai finalement commencé à envoyer ma musique un peu partout, et soudain des personnes ont commencé à s’y intéresser. J’ai donc rassemblé des amis pour m’aider à faire quelques concerts, et c’est comme ça que tout a commencé. TM : Pourquoi as-tu choisi le nom WOODS (forêt en anglais) ? Est-ce une source d’inspiration pour toi ? JE : Oui, j’ai grandi dans un petit monde, une ville boisée en dehors de New York. J’étais donc tout le temps dans un environnement forestier. C’est ce type d’endroit que je préfère ! J’adore passer mes vacances au camping plutôt que dans

JE : C’est une question difficile. Je pense que mon influence principale est le rock classique. Ce que j’ai écouté en grandissant a été en quelque sorte, un point de départ. Des artistes comme Crosby, Still, Nash, Young et The Grateful Dead m’ont grandement influencé lorsque j’étais très jeune. Je les écoutais au lycée et ils sont restés avec moi toute ma vie. Cela a eu un grand impact sur ma musique. Dernièrement, j’ai écouté plus de jazz, de musiques du monde et d’autres choses du même genre, des influences qu’on retrouve dans mon dernier album. TM : Comment vous vous organisez avec le groupe pour composer ? JE : Habituellement j’écris les chansons à la maison ou au moins les grandes idées. Après, nous nous rassemblons avec le groupe et nous les jouons, notre guitariste Jarvis, notre batteur Aaron et moi-même. Nous regroupons toutes les idées qui nous viennent en tête afin d’enregistrer la chanson plus tard et la jouer en concert

Etats-Unis et en Europe. En plus de tout ça, votre discographie est plutôt impressionnante : la sortie de votre neuvième album est prévue dans deux jours ! Comment gèrestu cette vie si remplie ? JE : Ces dernières années, c’est ce sur quoi je me suis concentré, c’est devenu mon quotidien, ma manière de vivre tous les jours. C’est génial de pouvoir voyager aux quatre coins du monde et de partir en tournée, pour simplement faire de la musique. C’est une superbe expérience, donc je me sens très reconnaissant. TM : Quels sont vos futurs projets avec le groupe ? JE : Pour l’instant, puisque le nouvel album va sortir, nous allons faire le plus de tournées possible. La première va être aux Etats-Unis puis nous serons en Europe en Juin. Nous avons hâte de venir ! TM : As-tu des conseils ou une recette miracle à donner à de jeunes musiciens ? JE : Bien sûr ! J’ai envie de dire, restez dans la simplicité, choisissez deux ou trois accords, écrivez deux morceaux différents avec et restez en la. Vous obtiendrez quelque chose de bien avec ça.

Propos recueillis par Eleonore Seguin le 6 avril 2016. Traduit de l’anglais par Aurelie Knecht.

TM : Si je ne me trompe pas, vous partez beaucoup en tournée aux 45


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TRIP MAGAZINE N°27 - AVRIL/MAI 2016  

Au programme dans ce numéro : une rencontre avec le groupe américain WOODS, le foot US en France : Rêve ou réalité ? , Palestine : focus su...

TRIP MAGAZINE N°27 - AVRIL/MAI 2016  

Au programme dans ce numéro : une rencontre avec le groupe américain WOODS, le foot US en France : Rêve ou réalité ? , Palestine : focus su...

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