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TRIP

MUSIQUE ACTU CINÉMA ART LITTÉRATURE INTERVIEW

NUMÉRO SPÉCIAL

#26

Numéro Spécial

* Nous voulons ton engagement

www.trip-magazine.com


Créé en septembre 2012 par deux bretons de 16 et 17 ans, TRIP est un magazine mensuel consacré à la culture et à l’actualité. Disponible gratuitement en ligne, TRIP s’inscrit dans la nouvelle génération de magazines née avec le big bang du web. En effet quarante cinq lycéens et étudiants issus des quatre coins de la France gravitent autour de ce projet. Bien que virtuelle et connectée, la rédaction se refuse de céder à la dictature de l’immédiateté et s’efforce de produire un contenu de qualité. TRIP porte un regard jeune et critique sur des thématiques variées sans jamais perdre de vue les centres d’intérêt de ses lecteurs.

NOTA BENE COUVERTURE : La couverture qu’on vous propose ce mois-ci mérite une explication afin que vous compreniez son interprétation. Nous avons décidé de choisir l’Oncle Sam comme porte-parole de ce numéro sur le thème de l’engagement. Cependant, ce n’est pas l’Oncle Sam comme vous le connaissez qu’on vous met sous les yeux, ici nous ne prônons pas la diffusion d’un message unilatéral, nous ne voulons encore moins faire l’apologie de la propagande, au contraire, nous la critiquons sur cette couverture. On réfléchit, on décortique cette notion à travers la culture, l’actualité et des témoignages du monde entier. En multipliant le personnage et le message « we want your commitment » , nous voulons avant tout montrer cette richesse de points de vue, cette diversité des engagements à travers toutes nos rubriques.


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i vous êtes en quête d’énergie, d’inspiration, de motivation en ce début d’année, arrêtez tout et tournez ces pages. Si l’armée de terre cherche à vous recruter via une intense campagne de pub allant jusqu’aux serviettes de votre restaurant universitaire, nous avons décidé d’explorer cette notion afin de comprendre ce qu’est vraiment l’engagement. A travers chacune de nos rubriques, nous abordons différentes formes d’engagement, de l’artiste chinois Ai WeiWei et son combat contre « l’oppression de l’expression » au Père Pedro et son engagement dans la lutte contre la pauvreté à Madagascar, nous souhaitons vous démontrer que cette notion d’engagement aussi vaste soit-elle peut être abordée sous différents angles, aussi bien en prenant des exemples tirés de l’actualité, de la culture ou grâce à des témoignages. Pourquoi parler d’engagement me diriez-vous ? C’est un choix qui s’est fait de façon naturelle, nous-mêmes, nous animons une certaine forme d’engagement, nous avions besoin

d’aller prendre l’air, d’aller trouver de nouveaux souffles, nous inspirer des autres, vous inspirer finalement. Partout dans le monde, des jeunes se bougent pour faire changer les choses, c’est pourquoi nous avons extrapolé ce thème à des expériences plus concrètes en récupérant six interviews de jeunes engagés pour une cause, un projet qu’ils défendent avec ardeur et impertinence. Saskia est originaire d’Allemagne, Janis également, Sonia vit à Bruxelles, Yasmim est originaire de Rio de Janeiro et fait ses études à côté de Tel-Aviv dans une école internationale, Joseph vit en France et Mason aux États-Unis. Tous ont vécu des expériences différentes et vous racontent ce pourquoi ils se lèvent tous les matins. C’est cette nébuleuse d’esprits novateurs et ambitieux aux quatre coins du monde qui participera à construire le monde de demain. Si vous terminez ce numéro spécial dans le même état esprit que l’Oncle Sam (en couverture), nous pouvons alors dormir tranquille. Julien Toublanc & Jules Plat


MUSIQUE Robert Plant part sur la route des réfugiés

p.7

Laibach, l’engagement en eaux troubles

p.9

Le 4ème piston d’Ibrahim Maalouf en signe d’engagement

p.11

ACTU

David Pocock: « l’armoire à glace au grand coeur »

p.20

Le Père Pedro et le rêve d’Akamasoa

p.23

CINÉMA Un engagement, une histoire, un film

p.26

Le cinéma doit-il être engagé ?

p.34

La bobine retrouvée: mourir à trente ans de Romain Goupil

p.40


ART Ai Weiwei l’artiste sans remords

p.43

La photo d’actualité, un art engagé ?

p.50

LITTÉRATURE LITTÉRATURE Fiction: Grand Prix pour l’Innovation dans de Grandes Choses, les voeux de trop ?

p.63

INTERVIEW Joseph Gotte Avdjian: jeune ambassadeur France pour l’UNICEF

p.72

Saskia Bauer: co-fondatrice de Pangaea Project

p.75

Janis Klinkenberg: jeune réalisateur talentueux

p.78

Sonia Sagbo: l’engagement dans la peau

p.82

Yasmim Franceschi: organisatrice de TedX Youth EMIS

p.89

Mason Kluge-Edwards : son engagement avec l’AFS

p.89


Q I S U U E M

IQ MUS UE 6

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Mars 2015


MUSIQUE

LA ROUTE DES

RÉFUGIÉS

À l’initiative de Robert Plant paraîtra bientôt une compilation, The Long Road, dont les chansons dépeignent la vie quotidienne des réfugiés. Kindness, Tinariwen, le Sierra Leone’s Refugee All Stars et Scoobius Pip sont notamment de la partie dans ce concept album dénonciateur et caritatif. Si la crise des réfugiés fait débat et est source de divisions pour certains, il semblerait qu’elle soit plutôt fédératrice pour d’autres, comme le souligne Robert Plant, qui voit comme un devoir le fait de mettre son art au service d’une cause d’une telle ampleur : « Nous sommes face à une crise mondiale. Parler est une chose, agir en est une autre. Considérant la situation dans la quelle nous sommes, il me paraît primordial de faire de notre mieux, d’une façon ou d’une autre, pour aider. » Produit par Ethan Johns (Laura Marling, Kings of Leon, Vaccines), le projet se présente comme « un disque novateur réunissant des artistes du monde entier, qui ont enregistré une musique inspirée par la détresse des réfugiés. » L’album promet certainement une grande diversité : l’ancien chanteur de Led Zeppelin s’associe aussi bien à Kindness, évoluant depuis 2009 dans l’Electronica, qu’aux maliens de Tinariwen, les rois du blues touareg, dévoilant par ailleurs Silence, un nouveau morceau inédit. Ibrahim Ag Alhabib, guitariste et membre fondateur du groupe, a lui-même été forcé de quitter le Mali après l’exécution de son père en 1963 lors de la rébellion touarègue.

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L’album se veut d’abord informatif, le but étant de sensibiliser à la crise des migrants. En racontant de façon tour à tour concrète et poétique l’histoire des réfugiés, l’événement acquiert une nouvelle dimension. Cette crise se doit d’être évoquée, selon Ethan Johns, car ses contours sont trop souvent flous, vue d’Europe. Les nouvelles des médias n’évoquant que rarement l’événement dans sa dimension sociale, The Long Road aspire à une mise en contexte plus efficiente, insistant notamment sur les drames familiaux qui frappent ceux qui quittent leur pays. C’est dans cette démarche que Robert Plant reprend le titre

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d’Elbow The Blanket Of Night, retraçant l’histoire d’un couple de migrants au futur incertain, alors qu’ils traversent l’océan dans une embarcation de fortune. Peut-être ce sentiment d’urgence, cette idée d’obligation de mettre son art au service d’une cause, invitera certains à réfléchir sous un angle nouveau à cette crise majeure. Peut-être cet album, qui n’est en fin de compte qu’une goutte d’eau dans fleuve des dénonciations de la détresse des milliers de réfugiés, contribuera tout de même à une prise de conscience de ses auditeurs. « How many ears must one man

have / Before he can hear people cry ? » chantait Bob Dylan au début des sixties, dans son hymne Blowin’ In The Wind. Espérons que le projet de Robert Plant en incite plusieurs à ne plus l’avoir sourde, car la catastrophe est réelle. Les profits des ventes de l’album iront directement à la British Red Cross, dans le but d’aider les familles des réfugiés à se réunir. The Long Road paraîtra le 4 mars 2016. Eléonore Seguin eleonoreseguin.musique@gmail. com


LAIBACH

l’engagement en eaux troubles

Quand la frontière entre art, politique et engagement -au sens large du terme- se brouille, il est bon de remettre les choses à leurs places. Si Laibach est ce groupe de musique industrielle venue de Slovénie qu’on ne présente plus aujourd’hui, nous ignorons cependant l’essentiel à leur sujet. Si toutefois ce nom ne vous dit rien, grand bien vous fasse, préparez-vous à une rencontre extraordinaire.

pas s’attendre à passer pour des êtres innocents en se réappropriant toute une esthétique totalitaire, que ce soit pour leurs clips ou leurs venues sur scène. Nous les étudions même à la fac dans une petite section sur les styles vestimentaires, dans le genre « revival 3ème Reich ».

Si l’engagement n’est certes, pas un phénomène de mode, il serait bon de rappeler son importance par les temps qui courent. Mais ces slovènes le font contre vents et marrés depuis plus de trente-cinq ans sans jamais réussir à ne s’attirer que les foudres d’une majorité mal informée.

figurent des moutons (ou des brebis, je ne fais pas bien la différence mais tout le monde a compris). Faire un listing de ce que certains qualifieront de dérapages de leur part ne sera pas possible ici, ni intéressant d’ailleurs, mais nous comprenons bien qu’il y a quelque chose qui cloche quelque part.

La Mano Negra les avait accusés d’appartenir aux idéaux nazis, ils ont répondu en finesse qu’ils étaient « aussi nazis qu’Hitler était peintre ». Il faut avouer qu’ils tendent un petit peu le bâton pour se faire battre, même si cette réponse est foncièrement drôle et cinglante

Ah si tout de même, nous avons beaucoup entendu parler d’eux dernièrement suite à leur tournée en...Corée du Nord. Rien que ça !

Nous ne comptons plus les accusations, interdictions de concerts et autres actes de censure que le groupe a encaissés depuis sa création. À qui la faute ? N’abusons pas non plus, un peu la leur. Il ne fallait

En 2006 Laibach sort un album unanimement salué, intitulé « Volk », -ce qui signifie « Peuple » dans notre belle langue-, dont le concept est de reprendre à leur sauce manière des hymnes nationaux. Sur la pochette,

Malgré tout, posons-nous les bonnes questions. Avec un parcours aussi houleux, des détours vers une imagerie fasciste et de la provocation constante, pour réussir à se maintenir depuis toutes ces années, c’est qu’il doit bien y avoir autre chose derrière. « Ces types ne peuvent pas être aussi fous ou arriérés que ça. » Et si le monde passait à côté de l’engage-

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MUSIQUE ment qu’ils tiennent en bons maîtres de leur navire, bien à eux ? C’est à mon sens, un engagement pour l’ouverture des consciences. Un engagement pour l’art, pour tester ses limites et pour cette fusion si particulière entre lui, et la sacro-sainte politique, la sacro-sainte Histoire. Parce que si nous creusons bien, leurs idées se rapportent plus à l’anarchisme qu’autre chose. Mais personne n’écoute les anars, le punk ça fait rigoler, boire des bières et prendre de la drogue, mais personne ne le prend réellement au sérieux. Tandis que des gars qui déboulent sur scène te chanter l’anarchie entre les lignes, habillés en SS en tapant du pied en cadence, cela impressionne. Et c’est ce qui fait peur. La peur est à la fois le plus grand frein et le plus grand levier de l’Homme. Et c’est dans le mille. Rien n’est laissé au hasard, tout est réfléchis, tout est pensé et maîtrisé. Vous ne la sentiez pas la bonne blague

depuis Opus Dei, leur reprise de Life is Life avec ce clip complètement kitsch dans la montagne ? Laibach se joue de vous depuis trente-cinq ans et tout le monde pisse dans ses bottes. Mais pas de rire. Attention, c’est dangereux le rire. Laibach et son engagement sont une réponse à une question que

personne d’autre qu’eux ne connaît, les clefs de lectures sont manquantes, mais ce n’est certainement pas un engagement fasciste. Ni antifasciste non plus d’ailleurs, ils sont plus intelligents que cela. Tout ceci n’est qu’un bref embryon de pensée, un résumé grossier de ce que nous pouvons penser de ce groupe, de ses et de son combat. Beaucoup de livres sont sortis sur le sujet et seront toujours plus probants que ce petit instant de lecture (gratuity cependant, important ça). Laibach, il s’agit d’un engagement total de leur personne dans leur art. Un engagement pour la transcendance du rapport imagerie - conscience, un engagement contre la bêtise et pour l’éducation. Ou peut-être une absence complète et totale d’engagement ?

Baptiste Pierrard baps.pierrard@gmail.com 10

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MUSIQUE

Le 4e piston

D’IBRAHIM MA ALOUF en signe d’engagement

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L

’engagement, c’est poétique, mais en même temps fort, rythmé, comme si nous commencions par souffler une note, pour l’attaquer de plus belle, afin de l’entendre raisonner, jusqu’à sa dernière résonnance. Par une seule note, un seul impact, l’engagement rassemble, émet, œuvre... Jusqu’à devenir une note parmi d’autres notes, et enfin, le silence. Ce phénomène, Ibrahim Maalouf se l’approprie dans ses musiques. Gagnant des Victoires de la Musique pour son album Illusions, il impressionne et révolutionne le monde de la musique arabe. Mêlant jazz, pop, musique arabe, ce virtuose de la trompette donne le la à un engagement envers les enjeux actuels de notre monde. Les attentats de Paris le heurte, lui rappelant sans doute les bombes de la guerre civile au Liban, pays de sa naissance. Beyrouth est sous les bombes depuis 1980, un climat de guerre civile s’installe, mais la population s’adapte. Alors, à sa manière, Maalouf souffle dans une trompette en signe de son engagement contre cette haine.


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IBRAHIM MAALOUF QUI EST T-IL ? Fils du trompettiste Nassim Maalouf et de la pianiste Nada Maalouf, autant dire que ce petit enfant prodige a la musique dans le sang ! Il naît le 5 novembre 1980, en plein milieu des bombes de Beyrouth. Venu s’installer à Paris pour fuir la guerre civile avec sa famille, c’est à l’âge de sept ans qu’il eut l’idée de demander à son père un cours de trompette. Ayant côtoyé le plus grand trompettiste français, Maurice André, son père ne pouvait passer à côté de l’enseignement du répertoire baroque, classique, moderne, contemporain et bien sûr de la musique arabe. Cette double culture musicale a permis à Nassim Maalouf d’inventer une trompette unique au monde : la trompette à 1/4 de tons. Cette invention permet dorénavant de jouer les modes propres à la musique arabe, grâce à la mise en place d’un quatrième piston. Cette perle de l’histoire de la musique contemporaine, Ibrahim en hérite et ne s’en sépare plus. Le Liban est la terre natale d’Ibrahim Maalouf. Après sa reconstruction suite à la guerre civile dans les années 1980, les Libanais se voient de nouveau sous les bombes dans les années 2000. Une grande souffrance refait surface. Mais maintenant, les habitants vivent avec, et s’acclimatent à ces conflits qui deviennent « routiniers ». La vie continue… Alors que rien ne le destinait à devenir trompettiste professionnel, son rêve d’enfance de reconstruire Beyrouth se fera par son talent musical : le temps de quelques notes nous nous sentons libres.

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L’ENGAGEMENT ET LA

MUSIQUE L

’harmonie de l’engagement, c’est reprendre la cause que nous défendons pour en faire une belle chose, les homogénéiser. C’est sensibiliser les âmes par la musique, par des paroles qui heurtent, qui ravivent des souvenirs, mais qui sont nécessaires. Le timbre doux et chaleureux d’une voix féminine et d’une trompette s’accordent pour faire entendre leurs revendications. A la suite des attentats de Paris, Ibrahim Maalouf choisit Louane pour interpréter une de ses compositions, en partenariat avec Amin Maalouf, Un automne à Paris. La diversité ethnique rapproche et donne voix aux âmes de Paris, disparues durant cette terrible année. Alors que le Liban rentre encore dans un conflit, que le printemps arabe ne semble être terminé, la jeunesse arabe souffre à trop espérer d’un monde meilleur, d’un monde changeant. Ibrahim Maalouf s’inspire de ces ébranlements en posant quelques notes sur une portée, espérant à son tour que son engagement artistique puisse sauver des vies, ou du moins puisse sauver quelques espoirs de vie. « Parfois, il y a comme ça des musiques qui forcent l’humilité. Des musiques dont l’engagement, la mélodie, l’interprétation, l’orchestration, le sujet, la grandeur, nous posent sereinement les pieds sur terre, et on se dit: Waw.

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MUSIQUE

RUN THE WORLD

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MUSIQUE

LES FEMMES COMME LA CLEF D’UN CHANGEMENT

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ous nous souvenons de ces femmes qui se déhanchaient, de ces chorégraphies sauvages, dans la chanson de Beyoncé Run the World (girls) sortie en 2011. C’est aujourd’hui une transformation totale de la chanson que nous propose Ibrahim Maalouf en la reprenant. Une trompette, d’un air doux et calme, commence par reprendre le refrain, mettant en scène une femme métisse, donnant un discours devant une foule de « rescapés » de l’Etat d’urgence de l’année 2027. Est peint dans ce clip une France au bord du chaos, où seul le regroupement et l’espoir fait vivre. En référence à la situation actuelle française, où l’Etat d’urgence est toujours maintenu, Ibrahim Maalouf véhicule un message de paix et de liberté, l’inverse de l’Etat d’urgence : « c’est-à-dire, un état de non droit total, national et d’une xénophobie généralisée qui règnerait si un parti d’extrême droite venait à prendre le pouvoir ». L’angoisse est perpétuelle, mais la réu-

nion des consciences individuelles est plus forte que tout pour lutter. Le choix de la figure féminine dans cette musique est simple : ne disons-nous pas que la femme est l’avenir de l’homme ? Le féminin aurait cette capacité à changer le monde. Ibrahim Maalouf voit dans la situation actuelle, la situation de demain. L’humain se développe, développe aussi des machines infernales, autodestructrices des uns et des autres. La liberté est notre source d’aide, la clé contre un dépérissement trop hâtif. La liberté est un territoire que tout le monde peut défendre, même si ce territoire est sans limite. Par nos engagements les plus diverses, le monde peut changer. N’oublions pas que nous sommes qu’une goutte d’eau dans l’océan, la goutte d’eau pouvant créer un tsunami. Aline Julliat
 aline.julliat@hotmail.fr

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ACTUALITÉS

David Pocock « l’armoire à glace au grand cœur »

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ne armoire à glace au grand cœur. Un colosse d’un mètre quatre-vingt quatre pour cent-quinze kilos qui a décidé de se battre pour ses convictions. Le rugbyman australien est une personnification du top-athlète moderne : une carrière sportive brillante et un engagement fort « à la ville ». David Pocock est né le 23 avril 1988 au Zimbabwe de parents fermiers. Fuyant une politique gouvernementale hostile aux fermiers blancs, il arrive à treize ans en Australie. Très vite, il s’impose comme un des meilleurs troisième-ligne de l’île-continent, jusqu’à obtenir sa première sélection en 2008. Six ans plus tard, le joueur de la franchise des Brumbies est la clé de voûte des Wallabies, un formidable plaqueur-gratteur très fort dans les rucks pour ralentir le jeu adverse. Ses qualités de puissance et de jeu balle en main en font un des meilleurs au monde à son poste. Mais ce qui fait le charme de ce joueur s’illustre en dehors du terrain. Depuis son enfance à la ferme, un fort attachement lie David Pocock à la nature. Il mène plusieurs actions contre le réchauffement climatique, et va jusqu’à utiliser son corps comme un barrage. En novembre 2014, il s’est notamment

enchaîné à une pelleteuse d’une exploitation de charbon pendant plus de 10 heures pour protester contre la destruction de l’environnement. Cet écologiste averti donne de sa personne en allant aider les rangers qui protègent les derniers rhinocéros du Zimbabwe dès que le rugby lui laisse du temps libre. Lors de la finale de la dernière Coupe du Monde, le Wallaby a invité le naturaliste Sir David Attenborough à assister au match, preuve de son engagement au service du développement durable.

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ACTUALITÉS Le « flanker » australien se souvient d’où il vient. Il est à l’initiative de la création d’une fondation au Zimbabwe qui aide des communautés agricoles en difficulté. Son respect pour autrui est aussi palpable dans son engagement pour le mariage gay : il ne veut pas se marier tant que tout le monde ne peut en faire autant, quelque soit son orientation sexuelle. Lors de sa cérémonie de mariage en 2010, il refuse de signer les documents en accord avec sa compagne et en respect de ses convictions. Il milite contre l’homophobie dans le sport. Lors d’un match, révolté par les insultes homophobes qu’il entend, il s’adresse directement à l’arbitre Craig Joubert : « Vous avez entendu ça ? Ils n’ont pas le droit de dire ça. Il pourrait y avoir des joueurs homosexuels sur le terrain ! Leur capitaine dit, c’est bon, c’est le rugby... Mais ça n’est pas vrai ! On ne peut pas tolérer ça ! » Martin CAUWEL martin.cauwel@yahoo.com

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SOCIÉTÉ

Le père

PEDRO

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a ressemblance avec l’abbé Pierre, Sœur Emmanuelle ou Mère Teresa est frappante : le père Pedro sillonne les chemins malgaches et emploie toute son énergie à lutter contre la pauvreté qui gangrène l’île depuis plus de quarante ans. Son engagement, aussi fort que ses convictions sont sincères, a permis à plus d’un demi-million de Malgaches de croire en une solidarité humaine et, en leur insufflant l’espoir et la foi, il leur a montré que la misère de leur condition n’était pas immuable De son idéal d’entraide est née son association : Akamasoa (« Les Bons amis » en malgache). Elle permet l’émancipation de centaines de familles chaque année et offre à ses pensionnaires le rêve d’une vie meilleure.

L’ENFANT DE LA MISÈRE AU SERVICE DES AUTRES Né en 1948 en Argentine, le père Pedro Opeka est le fils d’un couple d’immigrés slovènes. Son père est le seul rescapé d’un charnier (tombe collective consacrée religieusement) de cinq mille catholiques tuéspar les communistes sous le régime de Tito en ex-Yougoslavie, et sa mère fuit dans un camp de réfugiés en Italie après la Seconde Guerre mondiale. Sans le moindre pécule et sans même

connaître les rudiments de l’espagnol, ses parents émigrent en Argentine au sortir de la guerre. Aussi, Pedro Opeka connaît la misère, pour l’avoir lui-même vécue : la maison familiale, un simple garage dans la ville de Saint Martin, abrite huit enfants, qui dorment tous à même le sol. Pour nourrir ses cadets, il travaille dès l’âge de neuf ans aux côtés de son père, en tant que maçon. Chaque jour est un combat pour vivre dans la dignité. A l’âge de quinze ans, il s’engage à devenir prêtre chez les

Pères Lazaristes et après deux années d’études théologiques en Argentine, il approfondit sa formation en Slovénie. Sa vocationlui apparaît alors : il ira travailler avec les pauvres sur l’île de Madagascar. ENTENDRE LES CRIS DE LA MISÈRE MALGACHE A son arrivée sur l’île malgache en 1975, le père Pedro est nommé curé de la paroisse de Vangaindrano, située dans l’une des régions les plus isolées du pays, à plus de

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SOCIÉTÉ

mille kilomètres d’Antananarivo, la capitale de Madagascar. Immergé dans la vie locale, le père Pedro aide les paysans à améliorer leurs cultures céréalières et crée des groupes de villages et de jeunes pour les aider à prendre en main leur avenir. C’est ainsi que naît un élan de solidarité dans la région pour construire les infrastructures nécessaires à la vie en collectivité. Quatorze ans plus tard, l’ordre des frères lazaristes l’envoie officier dans la capitale du pays pour y diriger le séminaire. Le jeune curé découvre alors l’indicible : des centaines de familles, expulsées de la ville en 1985 vivent dans l’une des décharges se trouvant à l’extérieur de la ville, celle dite « Tana ». Il est révolté par cet océan de misère où les enfants fouillent parmi les déchets à la recherche de quelque chose à manger. Contrairement à lui, les autorités ne semblent pas s’y intéresser. Dans un pays où la révolution a rendu à son peuple la fierté de ses origines et de son identité les dirigeants délaissent une population dont 80 % vit en-dessous du seuil de pauvreté. Résolu à lutter contre cette situation, le père Pedro emmène ses élèves, de futurs frères lazaristes, sur la colline de Tana, afin de travailler sur le terrain aux côtés des pauvres. Sans l’appui des autorités, qui n’y voient que l’utopie d’un prêtre catholique, tous s’appliquent alors durant les mois qui

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suivent à convaincre les familles vivant en milieu insalubre de se battre pour un meilleur futur pour leurs enfants. En 1989, il parvient à obtenir un lopin de terre sèche, à sixante-quinze kilomètres de la ville, et fonde avec ses élèves l’association Akamasoa. LE RÊVE D’AKAMASOA Le projet fait ses premiers pas dans l’indifférence générale, mais le père Pedro n’abandonne pas. Malgré le manque de moyens, il fait preuve d’une volonté sans limite. Avec l’aide de ses élèves,

il avance à petits pas, tentant d’éloigner les familles pauvres du bidonville. L’association vise à redonner confiance et dignité aux populations défavorisées grâce à la construction d’un village, dont ils sont les bâtisseurs, et a également pour objectif la scolarisation des enfants et l’offre d’un travail rémunéré. En effet, pour le père Pedro, il est impossible de sortir de la misère sans en être le propre acteur, le propre initiateur. Il ne s’agit pas seulement de charité, il est nécessaire de redonner goût à la vie à ces familles qui n’ont connu que la misère.


SOCIÉTÉ

Aujourd’hui, Akamasoa a plus de vingt-six ans. Vingt-six ans où le père Pedro a œuvré chaque jour à sortir des familles malgaches de la misère, vingt-six ans où il a fait preuve d’un engagement sans faille. Plus d’un demi-million de malgaches ont été secourus et dix-huit villages ont été construits, avec une capacité d’accueil de dixhuit mille personnes. La construction de trois-cent-vingt-quatre salles de classes permet chaque jour à onze-mille-cinq-cent-cinquante enfants de recevoir une éducation, de la crèche à la terminale. C’est donc l’œuvre d’une vie,

qui permet de redonner le sourire à ces bambins et de rassurer les parents sur leur avenir. A l’âge de soixante-sept ans, le père Pedro est l’une des figures de l’engagement contre la pauvreté, l’un des visages de cette lutte permanente. Il représente également la promesse de ce qu’une volonté sans faille peut accomplir. En signe de récompense et d’admiration, de nombreux prix lui ont été décernés : le titre de Chevalier de la Légion d’honneur en 2007, la distinction de Commandeur de l’ordre national malgache en 2010. Il était également l’un des deux-

cent-cinquante-neuf nommés au Prix Nobel de la Paix en 2013. Son histoire nous rappelle le mythe du colibri : si chacun faisait à son échelle son possible pour améliorer le monde, il n’existerait plus qu’un gigantesque élan de solidarité envers l’humanité.

Pauline Parisse paulineprs@outlook.fr

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CINEMA

UN ENGAGEMENT,

UNE HISTOIRE,

UN FILM T

out film part d’une idée. Le réalisateur peut chercher cette idée dans son imagination, dans sa vie personnelle, dans une situation anodine, dans le passé... Ici, nous nous intéresserons à une source d’inspiration particulière : l’engagement. L’Histoire nous propose un panel assez large de personnalités politiques qui se sont engagées pour défendre des causes qui leur tenaient à coeur et qui, pour certaines, ont changé le cours de l’Histoire. Plusieurs films en témoignent, mais certains ont, semble-t-il, un peu trop misé sur l’engagement et la personnalité évoquée au détriment de l’analyse et du recul.

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LINCOLN

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éalisé par Steven Spielberg en 2012, ce film raconte les derniers mois de la vie d’Abraham Lincoln durant la guerre de Sécession. Le Président des Etats-Unis doit prendre des décisions difficiles et se battra pour réussir à faire passer le treizième amendement, dans le but d’abolir l’esclavage. L’homme apparaît donc comme étant doté d’un courage et d’une détermination à toutes épreuves, avec une personnalité humaniste. L’histoire de Lincoln, personnage assurément décisif dans l’histoire américaine, est passionnante, et Spielberg y a vu une formidable source d’inspiration : retracer le parcours et le combat contre l’esclavage, combat incarné par un seul homme : le seizième président des Etats-Unis d’Amérique.

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CINEMA

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SELMA

éalisé par Ava DuVernay en 2014, raconte le combat de Martin Luther King pour l’obtention des droits civiques pour tous les citoyens. Si tout un chacun connaît ce nom et la prouesse qu’il a réalisé, le danger de cette « campagne » et son déroulement demeurent un mystère, exception faite de son célèbre discours « I have a dream ». Néanmoins, l’engagement de cet homme se ressent à travers son parcours, mais en voulant se concentrer sur cet aspect précis, il est dommage de constater que cela efface légèrement tout ce qu’il y a autour : Martin Luther King est le centre du film. Ce dernier manque de recul et de mise en perspective afin que le spectateur soit réellement immergé dans le contexte et la situation de l’Amérique dans les années 1960.


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INVICTUS

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éalisé par Clint Eastwood en 2010, cela montre que même les plus grands réalisateurs s’engagent. Ce film, original dans son traitement, propose un point de vue distancié, avec un sujet très vaste : le rugby. Nelson Mandela, bien qu’au centre du film, n’occulte aucun autre aspect et le spectateur peut avoir une vision plus globale de la situation. Le film raconte l’engagement de Mandela, ses sacrifices, ses difficultés et ses réussites : l’homme apparaît courageux, fort mais également torturé. Seul bémol : s’inspirer de l’engagement d’un homme ne conduit pas toujours à en faire son éloge, ainsi généralement ces films proposent globalement une vision assez manichéenne, or tout le monde sait pertinemment qu’en chacun de nous, il y a une part de lumière et une part plus sombre. Les lieux communs sont rapidement atteints !

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LA DAME DE FER La Dame de Fer, réalisé par Phyllida Lloyd en 2012, est un biopic racontant la vie et le parcours de Margaret Thatcher, seule femme Premier Ministre du Royaume-Uni entre 1979 et 1990. L’engagement politique d’une femme qui fut à la tête du pays était un sujet important, cependant le film, très partisan, ne montrait pas tout à fait l’ambivalence de son action : certains l’adoraient, d’autres au contraire la détestaient, et ses actes étaient souvent sujets à débats et suscitaient de nombreuses critiques. Encore une fois, film sur l’engagement et éloge glorifiante, la frontière est bien trop mince. Ainsi, si l’engagement semble être une bonne source d’inspiration, il ne s’agit pas de le prendre comme tel et de retracer un portrait élogieux mais sans originalité. L’engagement est un thème qui, au cinéma comme ailleurs, doit être étudié, pour pouvoir mettre en exergue les raisons de l’engagement, les conséquences, mais également les défauts, les travers, pour éviter de tomber dans la récitation d’un parcours ou d’un combat. Il faut pouvoir être dans l’analyse et pas seulement dans la description : cela a déçu de nombreux spectateurs. Léa Szulewicz lea75009@hotmail.fr

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Le cinéma doit-il ÊTRE ENGAGÉ ?

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omme pour tout art, cette éternelle question de l’engagement se pose : le cinéma doit-il servir notre réalité ou a contrario être le moyen de nous en échapper ? L’engagement est justement mis en valeur, puisqu’il rime avec fidélité (il suppose une loyauté avec des idéaux ou une personne) et courage (il est plus confortable de ne pas s’engager). Mais l’engagement comprend dans sa définition un attachement à une position liée à une époque donnée. L’art et plus spécifiquement le cinéma, cette créature énigmatique et intemporelle, ne peut s’inscrire dans une telle démarche, du fait de sa simple définition.

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Le cinéma cherche comme tout art à traverser les âges. Il est détaché de la réalité et il met en scène des acteurs qui interprètent des personnages aux destins déjà tracés dans un décor prémédité. Le cinéma implique ainsi l’idée d’inventer une réalité annexe. Dois-je ajouter que le moment de la projection est en lui-même très curieux ? S’enfermer dans une salle obscure autour d’inconnus favorise l’abandon de soi et l’abolition de la fuite du temps pour s’immerger dans ce nouvel univers. Le cinéma n’est-il pas un lieu d’exception ? Alors pourquoi vouloir en faire un simple endroit où se poursuit notre réalité ? Tout semble opposer réalité et cinéma, même dans un siècle où l’art est utilisé comme un moyen d’ex-

pression, une arme pour s’engager. Il est de bon augure aujourd’hui de récompenser les œuvres qui ont permis à l’artiste de s’engager puisque tout le monde a un avis sur tout aujourd’hui. Les exemples se collectionnent, alors piochons à tout hasard dans les Palmes d’Or attribuées soi-disant avec objectivité. En 2004, Tarantino l’attribue à Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, pamphlet anti-Bush après la guerre d’Irak. En 2013, La vie d’Adèle l’emporte alors qu’en parallèle est légalisé le mariage homosexuel. En 2015, Jacques Audiard la reçoit pour Dheepan, à l’aube de l’accueil des migrants et de leur difficile intégration. Bref, la liste est interminable. Le cinéaste devrait alors s’engager au détriment

de son individualité d’artiste pour faire ce que tout le monde fait. « Tous les films sont des rêves ! » disait le réalisateur David Lynch. Il pense plutôt que le cinéaste est celui qui écrit cette fable onirique, qui nous extrait de notre quotidien ; il ne peut donc également au sein de son œuvre prendre position pour un objet du quotidien, à moins qu’il ne soit doté du don d’ubiquité ! Le cinéma ne répond plus à sa fonction première lorsqu’il est engagé selon David Lynch. Quand les acteurs ne se contentent plus de jouer et deviennent les portes-paroles d’une cause quelconque, ils intègrent à nouveau la sphère de la réalité. De moins en moins d’acteurs créent à partir de leurs performance : l’ère des Klaus Kinski,

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John Malkovich et Patrick Dewaere est en pleine déliquescence. « Le milieu du cinéma est devenu politique, ça m’emmerde » disait en interview Gérard Depardieu et il est difficile de réfuter son opinion. Mais, puisqu’autant de personnalités du cinéma revendiquent leur mépris à l’égard du cinéma engagé, pourquoi occupe-t-il autant de place ? C’est parce que certains membres du cinéma n’ont pas décelé les limites de l’engagement, se laissant influencer par cette tendance générale quitte à subordonner leur folie créative à une réflexion pesante sur le monde qui nous entoure. Holy Motors sort en 2012 après treize ans d’absence de Leos Carax. Dès la première scène du film où Leos Carax nous invite à rentrer dans son univers pour ne jamais en sortir indemnes, Holy Motors révèle déjà son potentiel grandiose. La force de ce film réside dans sa capacité à nous initier aux mystères artistiques et aux mystères

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du vivant, il nous montre comment le cinéma et la vie s’entremêlent avec beauté. Holy Motors a divisé puisqu’il est déroutant et « incompréhensible ». Pourtant il ne s’agit pas de comprendre et d’expliquer un film, il suffit de rêver les yeux ouverts, de s’émouvoir devant les différents stades de la vie d’un homme. À noter que seuls les films engagés pour une cause momentanée ont été mentionnés jusqu’ici, et ceux qui s’engagent pour des thèmes intemporels ont été omis. C’est ici que le problème devient complexe, car il faut nettement différencier ces deux types d’engagement. L’engagement pour des thèmes universels est complètement légitime ! Il est représentatif de la personnalité du cinéaste, qui transfigure un simple documentaire en une œuvre d’art au propos universel, pour finalement rejoindre les œuvres non engagées. Parmi ces thèmes universels, on peut nommer la bestialité du comportement

humain révélée dans des films comme Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (1979) et Platoon d’Oliver Stone (1986), ou la jeunesse en perdition dans La Fureur de vivre de Nicholas Ray (1959) et Trois souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud Desplechin (2015). L’engagement, pratique de plus en plus généralisée aujourd’hui, doit cependant être privé d’accès à l’art, pour qu’il parvienne à surmonter l’épreuve du temps, sauf dans le cas exceptionnel de l’engagement pour un sujet universel. L’engagement souligne notre individualité et colore dans le paysage blanc de l’impartialité les personnes que nous sommes et défendons au quotidien.

Arthur Guillet arthur.guillet1997@gmail.com


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À LA MÉMOIRE DE L’ENGAGEMENT Nous sommes au début des années soixante, le jeune Romain Goupil et ses amis, insolents et légers, réalisent des petits objets filmiques traitant de leurs aventures quotidiennes. Devant la super 8, se jouent les divagations citadines d’une joyeuse bande de jeunes avides de liberté. Romain grandit. En 1965, il rencontre Michel Recanati. Tous deux prennent connaissance de la situation au Vietnam et il s’éveille chez eux une conscience politique qui sera le moteur de leur vie. Michel deviendra l’un des leaders du Comité d’Action Lycéen, Romain militant d’extrême gauche et prendra sa carte au Parti Communiste. Jamais leur amitié ne s’arrêta. En 1978, Michel se suicide. Romain remonte le temps et réalise ce film. 13 ANS DE LUTTE Des premières manifestations pacifistes contre l’intervention américaine au Vietnam, aux grands regroupements révolutionnaires des partis communistes d’Europe, en passant par les barricades de Mai 68, le film retrace le parcours militant des deux compagnons. Leurs activités, leur quotidien, leurs débats, leurs doutes et leurs idéaux, c’est de tout cela dont témoigne ce film. La voix off gouailleuse et confinée du réalisateur nous en-

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traine dans les méandres de la vie militante de cette époque. Le spectateur se retrouve ainsi immergé dans les moments de choix et de divergences entre les uns et les autres. Ceci révélant la difficulté pratique pour des étudiants, qui ont tous une sensibilité et une identité propre, à s’entendre et se respecter afin d’organiser des actions dans la plus grande cohérence possible. Cependant, le réalisateur n’oublie pas de mentionner les échecs, les séparations et les déceptions qui ont rythmé le parcours politique des deux hommes Outre l’historique des faits et le journal intime d’un jeune militant, le film fait surtout lumière sur la relation fraternelle entre deux jeunes hommes que tout sépare sauf leurs rêves. D’un côté se trouve Romain, notre réalisateur, dont la bouille rappelant machinalement celle de Jean-Pierre Léaud dans Les 400 Coups. Perçu comme un bon vivant, il aime les femmes, rigoler, manifester son mécontentement dans la rue et filmer son entourage. De l’autre côté il y a Michel Recanati, l’intellectuel, plus réservé, infiniment cultivé et brillant, il est peu à l’aise avec la gente féminine, et préfère aux cris des slogans dans les manifestations les discours qu’il écrira méticuleusement. Un homme complexe, aux facettes multiples qui ssuscitent une admiration profonde de la part de son meilleur ami. Le film est alors da-

vantage un hommage au souvenir d’un personnage promu au rang de héros qu’à la mémoire des actions menées qui sont elles, regardées d’un oeil très critique. ET LE FILM, ÇA DONNE QUOI? Il renverse. L’impressionnante foule de Mai 68, criant à la liberté nous renvoie à nous-mêmes avec l’effet d’une claque. S’il y a cinquante ans des jeunes de mon âge risquaient la prison pour réclamer la liberté qu’ils estimaient être la leur, quelles raisons m’amène-


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La bobine retrouvée :

MOURIR À TRENTE ANS

DE ROMAIN GOUPIL raient à faire la même chose? Evidemment, devant nos Snapchat et notre jubilation au moindres faits et gestes d’une des sœurs Kardashian, notre génération a l’air bien ridicule. Sans généralités, il faut bien le confesser, face à ces générations qui consacraient leur vie à une cause, le sentiment d’insignifiance est facile à éprouver. Seulement, le réalisateur nous apporte une réponse. Ce retour en arrière lui permet d’établir un bilan des pertes morales quand il évoque la tentation du terrorisme

et de la violence qu’une révolution implique parfois. Il insiste tantôt sur les débordements d’un mouvement extrémiste puis sur les dérives internes d’un organisme politique. Les rencontres filmées du réalisateur avec d’anciens militants, amis, proches ayant vécus l’aventure à leurs cotés permettent des approches différentes à propos de ces années et sur ces deux personnalités. Lorsque Romain Goupil vient animer une projection du film dans des festivals, comme celle à la-

quelle le chanceux rédacteur de cet article a pu assister et que nous lui demandons son avis sur le manque d’engagement des jeunes il temporise. Pour lui, une révolution n’a lieu d’être que si les individus qui l’animent sont motivés par une saturation suite à l’oppression qu’ils ressentent dans une situation. Comme cela était le cas pour Romain Goupil et ses semblables face à un système rouillé tenu par des anciens trop attachés aux pouvoirs et aux traditions. Il juge notre société, certes imparfaite, mais relativise sur la chance qu’a un en-

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CINEMA fant de naitre en France et d’avoir accès aux services d’éducation et de santé de la République. Un spectateur très enthousiaste dans la salle, surement un admirateur de la première heure et, comme en témoigne le badge qu’il porte à sur la poitrine, un militant communiste, questionne Romain Goupil sur son positionnement politique actuel. Avec le temps, le cinéaste a pris de la distance. Alors que jadis, il criait à l’anarchie, déclenchait des soulèvements lycéens et était sous la surveillance des renseignements généraux, l’homme soutient aujourd’hui le gouvernement. Du moins, il est un homme de gauche convaincu, réticent à une révolution totale du système à la manière communiste, mais il reste tout de même très critique quant à une politique trop libérale d’un gouvernement de gauche.

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A-t-il perdu ses idéaux? Sûrement pas, ils ont tout simplement évolué comme la société dans laquelle nous vivons. Il est un témoin conscient des bouleversements culturels qui ont opéré pendant ces années et en est satisfait. Il ne regrette rien, à deux ou trois détails près. De toute façon, il ne vit pas dans le passé, un homme de gauche est orienté vers l’avenir n’est-ce pas? Il incite les jeunes à réfléchir, à penser et à questionner leur quotidien et la société dans laquelle ils vivent. Il encourage aussi le dialogue d’idées avec les plus grands, et même avec les plus puissants. Disponible en DVD sur Ebay, Amazon, etc...

FOSSI Joaquim fossijoaquim@gmail.com


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AI WEIWEI L’ARTISTE SANS REMORDS

« L’Art gagne toujours. Tout peut m’arriver, mais l’Art persistera ». Ai Weiwei connaît bien le poids de ces moments qui ont conduit à son incarcération pendant 81 jours au printemps 2011. Aujourd’hui, il est l’artiste international de Chine le plus renommé mais aussi le plus dissident. Du 16 janvier au 20 février 2016, l’artiste organise sa toute première exposition à Paris. Elle prend place au Bon Marché Rive Gauche (7ème arr.) et est intitulée Er Xi, Air de jeux.

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n effet, ce dernier brouille les frontières entre Art et politique afin d’exprimer ses opinions, catégoriquement opposées à celles du Parti Communiste. Zigzagant dans les failles de la censure chinoise, Ai Weiwei continue de prôner la liberté d’expression en exposant dans les lieux publics, notamment à l’étranger ou sur les réseaux sociaux. Il est d’ailleurs un fervent utilisateur d’Instagram (@ aiww) ! Le gouvernement a longtemps essayé de fermer le blog de l’artiste, de détruire à coup de bulldozer son studio à Pékin ou même de lui porter atteinte physiquement. Rien pourtant ne semble pouvoir l’arrêter. Ai Weiwei est officiellement

devenu un phénomène culturel mondial : son obstination à se faire entendre en fait un artiste provoquant, audacieux et sans remords face à une Chine encore trop répressive à son goût. Afin de comprendre les motivations d’Ai Weiwei aujourd’hui, il faut savoir que son opposition au gouvernement chinois remonte à sa plus jeune enfance. Né en 1957 à Pékin, à l’aube de la Grande Révolution Culturelle, il assiste à la « rééducation politique » humiliante de son père Ai Qing, poète et intellectuel d’origine. Ce dernier est fortement réprimandé lorsque Mao arrive au pouvoir et Ai Weiwei n’oublie pas l’oppression et la censure dont a souffert sa famille jusque dans

les années 80. Durant sa jeunesse, il côtoie Zhang Yimou (cinéaste) et Wei Jingsheng (leader du Mur de la démocratie et Prix Nobel de la Paix en 1996) qui l’accompagnent dans sa prise de conscience politique, le menant à être dégoûté du Parti. En 1981, il se réfugie aux États-Unis où il continue ses études d’art à la Parsons The New School of Design à New York. Malgré son admission dans cet établissement, il délaisse ses études pour des petits métiers comme peintre en bâtiment ou charpentier pour ensuite reprendre le chemin de l’université en architecture et en design. Néanmoins, le monde n’a réellement connu Ai Weiwei qu’en 2008, au moment des Jeux Olympiques

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de Pékin. Il a en effet collaboré avec le cabinet d’architecture suisse Herzog & Demeuron à la réalisation du stade national en forme de nid d’oiseau. Pourtant les J.O. ne sont pas l’événement déclencheur de la carrière engagée de l’artiste. En mai 2008, un terrible tremblement de terre détruit la moitié de la région du Sichuan (centre-ouest) engendrant l’effondrement d’une des écoles les plus importantes de la province. Plus de cinq milles enfants meurent : devant l‘ampleur du désastre, le gouvernement chinois ne pourtant réagit pas. Ai Weiwei à la preuve que le gouvernement

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n’a pas respecté les lois antisismiques de construction. Il est révolté. Il veut se faire entendre. Il veut que les chinois sachent. Il veut que la vérité éclate. Il crée donc une gigantesque toile de fleurs, à la Andy Warhol, invitant tout le monde à créer une fleur en mémoire des enfants qui ont péri. Un an plus tard, à Munich (Allemagne), il installe son œuvre intitulée Remémoration, un mur de 9 000 sacs d’écoliers en hommage aux enfants. L’Europe parle de lui. On reconnaît son courage et le défit qu’il lance à la Chine. Juin 2009, alors que le Parti interdit toute commémoration du massacre de

la place Tian An Men, Ai Weiwei poste un poème en ligne ironiquement intitulé Oublions, ainsi que son avis concernant l’événement sur son compte Twitter. Il joue avec le feu, tout le monde le sait et les chinois eux-mêmes apprécient cette nouvelle vague de sincérité et de vérité qu’il incarne. 3 avril 2011, la carrière d’Ai Weiwei prend un tournant décisif. Il est arrêté par la police pour « évasion fiscale », pourtant tout le monde à la conviction que le vrai motif n’est pas là. Après quatre-vingt un jours d’enfermement dans un lieu inconnu, il est libéré, mais sa disparition temporelle a provo-


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qué une vague d’indignation. Les artistes du monde entier sont en colère car la liberté d’expression reste leur valeur primordiale. La Chine qui laissait l’image d’un pays développé se voit soudainement remise en question. À ce moment de sa vie, Ai Weiwei a donc besoin de s’exprimer sur les évènements. Il expose alors sa collection Fuck Off, série de photos de paysages prises avec, en premier plan, son doigt d’honneur. Toutes ont une visée antigouvernementale et anticommuniste. On retiendra surtout celle de la place Tian An Men où Ai Weiwei dirige son doigt vers la porte de la Paix Céleste.

D’autres clichés, comme ceux pris devant la Tour Eiffel ou la Maison Blanche, dénoncent le capitalisme

et la modernité engloutissant les traces du passé.

Cette série « d’étude de perspective » est elle-même très ironique car Ai Weiwei déforme son sens premier en utilisant son majeur - au lieu d’un crayon - symbole de défi envers ce qui est pointé. Suite aux événements de 2011, Ai Weiwei est élu « figure la plus puissante de l’art contemporain » dans le classement annuel du magazine Art Review. Plus récemment, à la fin de l’année 2015, Ai Weiwei a été accueilli à la Royal Academy of Arts de Londres où il a reconstitué son séjour en prison avec des mannequins en cire afin de dévoiler au public ce que la politique lui a fait subir, à lui et à son art.

Au fil du temps, Ai Weiwei continue d’exposer ses installations à travers le globe. À l’ouverture du Tate Modern’s Turbine Hall (Londres) en 2010, il présente ses sunflowers , des centaines de milliers de billes en porcelaine peintes à la main par mille six cent artisans de Jingdezhen (ville officielle de la porcelaine sous la Chine impériale). Dans un monde où la technologie moderne règne, l’industrie de la porcelaine est un art voué à l’abandon progressif. Ai Weiwei remet à l’honneur cette pratique ancestrale qui fut l’un des trésors de la Chine. Il souhaite ainsi dénoncer la société de consommation dans laquelle la Chine est tombée et l’oubli des métiers de fortune. En

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créant cette installation, il permet également aux artisans de travailler à l’heure où la demande faiblit. L’installation est exposée dans neuf pays différents, tous acteurs de la mondialisation et du capitalisme aux yeux d’Ai Weiwei. Son influence grandissante capture l’attention du monde entier. La journaliste américaine Alison Klayman décide même de réaliser un film biographique intitulé Ai Weiwei : Never Sorry (2012). Le message est clair : Ai Weiwei « refuse de se taire » et ne sera jamais « désolé » pour ce qu’il crée. Ai Weiwei continue son combat contre l’oppression de l’expression. En 2013, il aborde un nouveau moyen de communication : la musique. Dans son premier album Dumbass, il revient sur les tournants marquants de sa vie comme son emprisonnement en 2011 qu’il met en scène dans le clip vidéo de sa chanson phare «Dumbass». Ses vidéos sont alors postées publiquement sur Youtube et autre réseaux sociaux, paradoxalement censurés en Chine. Mais ne soyons pas naïfs, le Parti en est bien conscient et enrage de l’intérieur. Néanmoins Ai Weiwei se trouve en sécurité en Allemagne avec sa femme et son fils afin d’éviter de faire subir à sa famille ce qu’il a vécu étant enfant. À travers toutes ces années, Ai Weiwei a donc su faire de l’Europe son

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alliée et son meilleur public. Pourtant son rapport personnel à l’Occident est teinté de regrets et d’accusations dans sa dernière œuvre datée de 2015 et intitulée Circle of Animals. En effet, lors de la Fiac en octobre dernier, ses douze têtes d’animaux du zodiac en bronze (reproduction à plus grande échelle des originelles conçues au XVIIIème siècle) exposées au Jardin des Tuileries soulèvent la question du pillage et par conséquent la violation d’une culture perpétrée par les occidentaux, Français et

Anglais en particuliers. Ai Weiwei semble encore garder un pied en Chine, peu convaincu que l’Europe ait de meilleures valeurs morales que son pays natal. Liberté et humanité sont les valeurs que met continuellement en avant Ai Weiwei. Néanmoins tandis que nous le percevons souvent sous ses traits d’artiste rebelle et effronté, nous oublions parfois la poésie de son art. Du 16 janvier au 20 février 2016, ce dernier a donc décidé d’ouvrir sa toute première


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exposition à Paris au Bon Marché Rive Gauche (75) intitulée Er Xi, Air de jeux. À l’aide de gigantesques créatures inspirées du « Shanhai Jing », Ai Weiwei interpelle le public du grand magasin en reflétant « les sentiments et les motivations qui [les] dirigent dans [leur] vie quotidienne »*. En effet, les créatures mises en scène représentent un monde parallèle qui nous permet de comprendre quels enjeux motivent chacun de nos choix. En utilisant la technique traditionnelle du cerf-volant chinois,

Ai Weiwei fait aussi un clin d’œil à sa culture ancestrale bien-aimée. Ai Weiwei vous invite à la poésie et à la réflexion sur soi-même et les autres : une excellente manière de commencer l’année 2016 il semblerait. Anh-Lise Gilbert a.gilbert17@ejm.org *extrait de l’interview d’Ai Weiwei par Le Bon Marché Rive Gauche

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LA PHOTO D’ACTUALITÉ,

UN ART ENGAGÉ ?

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es images nous suivent toute la journée : sur Internet, dans les journaux, à la télévision, dans la rue… Partout, nous sommes matraqués par des photos. Elles sont parfois extrêmement violentes et nous sollicitent en permanence. La photographie d’actualité prend une place de plus en plus importante dans le paysage médiatique : tout le monde peut capturer un événement pour le diffuser à une très grande échelle grâce aux smartphones et aux réseaux sociaux. Même si elle devient de plus en plus précaire, la profession de photoreporter existe encore et le reportage photo reste une discipline à part entière. À mi chemin entre journalisme et art, les photos d’actualité suscitent de nombreux débats et certaines marquent notre histoire. 2015 fut une année très riche en actualité : la guerre en Syrie, la crise des réfugiés, les attentats de janvier et de novembre... Autant d’évènements qui resteront dans les livres d’histoires et autant d’images qui ont marqué cette année. Parmi celles-ci : le drapeau français surplombant la foule rassemblée sur la place de la République telle La liberté guidant le peuple ; la photo du corps d’Alan Kurdi, jeune migrant syrien retrouvé noyé sur une plage ; ces deux policiers s’enlaçant devant le parterre de bougies du Bataclan... Dans le cadre de ce numéro sur le thème de l’engagement et à travers le décryptage de huit photos d’actualité, nous avons cherché à savoir si la photo d’actualité est un art engagé.

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L’ENGAGEMENT PHYSIQUE

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ans ce cliché, tous les éléments d’une bonne photo d’actualité sont présents : la couleur de peau des protagonistes ainsi que les panneaux de signalisation nous situent en Afrique francophone. L’arrière-plan embrumé par les bombes lacrymogènes et la bande compacte de forces armées nous placent dans une manifestation qui semble violente. Mais, l’élément qui nous frappe en premier est évidemment cette benne imposante qui se détache par le contraste qu’elle apporte. Les deux jeunes hommes adossés à la benne forment un décalage troublant. Ils semblent calmes, détachés de l’extrême agitation qui règne à quelques mètres. L’important dans ce cliché est l’engagement que le photographe prend. En se plaçant vraisemblablement au milieu des manifestants, il épouse leur cause. A l’instar de ces deux hommes, il affronte les forces de l’ordre, il prend le risque de se faire agresser lui aussi. En montrant l’opposition de nombre (deux contre des centaines), le photographe montre l’inégal combat des manifestants malgaches opposés au gouvernement en février 2009.

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es migrants qui sautent à l’eau de leur canot de fortune comme pour atteindre une terre idéale désespérément éloignée. Cette image, capturée en septembre dernier près de l’île grecque de Lesbos, est d’une violence saisissante. Les nuages gris semblent écraser ces hommes, ces femmes et ces enfants. L’eau sombre dans laquelle ils sont contraints de plonger est inhospitalière. Nous comprenons que le canot n’est pas loin des terres car des hommes l’accompagnent en marchant. Ici, c’est physiquement que le photographe s’engage. Il se jette littéralement à l’eau, il se met au même niveau que les migrants pour capturer leur détresse. Aris Messinis, le photographe grec de l’AFP qui a pris ce cliché, couvre le sujet des migrants depuis plusieurs mois et témoigne : « Dès qu’un bateau arrive, vous êtes à la fois un être humain inquiet, un bénévole et un photographe ». Sur certains clichés, nous pouvons le voir qui délaisse son appareil pour venir en aide à des enfants en train de se noyer. C’est dans ces conditions que le photographe est engagé. Il n’est pas seulement un objectif qui capture des faits, mais un être humain doué d’empathie envers ses semblables.

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L’ENGAGEMENT PAR LE CHOIX

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e « couple franco-allemand » qu’affectionnent tant les médias est ici physiquement réuni. Un instant de tendresse entre deux des dirigeants les plus puissants de la planète. Plus qu’une photo d’actualité, cette image est extrêmement symbolique : la main sur l’épaule d’Angela Merkel, François Hollande semble la rassurer. Les yeux clos de la chancelière indiquent son inquiétude mais aussi la confiance qu’elle semble avoir en son homologue français

L’engagement du photographe est ici moins frappant que dans les autres clichés. Mais, cette image a été prise le 11 janvier, jour de la marche républicaine en réaction aux attentats visant la rédaction de Charlie Hebdo et l’Hyper Casher. C’est plutôt une prise de parti, un choix d’humaniser nos dirigeants en dévoilant une amitié sincère. Dans cette période de violence et de tristesse, Dominique Faget a réussi à capturer un instant émouvant, nous montrant que comme nous, les politiques sont personnellement affectés..

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près l’annonce du palmarès, ce cliché - lauréat du World Press Photo 2014 - a beaucoup fait parlé de lui. Trop artistique pour certains, incompréhensible pour d’autres, cette image a soulevé une nouvelle fois le débat. Le photographe danois Mads Nissen immortalise ici un moment d’intimité entre Jon et Alex, un couple gay à Saint-Pétersbourg. Confrontées à la discrimination, au harcèlement et même à de violentes attaques, les minorités LGBT ont une vie de plus en plus difficile en Russie. La douceur entre les deux hommes est poignante. Les lourds rideaux de la chambre d’Alex, le clair obscur soulignent les silhouettes et accentuent les ombres… L’atmosphère de cette photo est sensuelle mais également particulièrement sombre. Mads Nissen a pris le parti de montrer la réalité qu’est la persécution des homosexuels en Russie à travers une image qui ne présente pas la violence de façon directe, loin des violences perpétrées par les brigades fascistes. Cette image montre simplement la tendresse présente entre deux hommes. Mais, ces derniers semblent également inquiets et profondément tristes. Une manière un peu différente de dévoiler l’oppression que cette partie de la population doit supporter en Russie.

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L’ENGAGEMENT PAR LE SUJET COUVERT « David contre Goliath ». Voici le titre de cette image du jeune photoreporter Louis Witter. Au printemps 2014, encore étudiant en journalisme, il choisit de photographier la ZAD du Testet. Cette Zone à Défendre, située dans le Tarn, est considérée comme la «petite sœur de Notre-Dame-des-Landes» et est abandonnée des médias. Sur ce cliché, nous voyons une énième intervention des forces de l’ordre qui tentent de contraindre les zadistes de quitter la zone. Un homme du GIGN surprotégé, casqué et armé, affronte un jeune activiste, torse nu, qui n’a que sa voix comme arme. Le nez rouge et le maquillage qui ornent le visage du garçon renforcent l’absurdité de la situation. Ici, la seule présence du jeune photoreporter dans cette ZAD est symbole d’un engagement. Une zone délaissée des médias dans laquelle les violences policières sont de coutume. En montrant la vulnérabilité de ce jeune homme, Louis Witter souligne l’inégalité d’un combat plus global et surtout l’incohérence des moyens déployés.

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aza, mai 2015. Alors que le 68ème festival de Cannes attire les journalistes du monde entier, à un autre coin du monde, une petite ville palestinienne, se tient le premier festival du film gazaoui. Un tapis rouge déroulé au milieu des ruines, pour un festival de films consacrés aux droits de l’homme : Karama, « dignité » en arabe. Soixante dix mètres de tapis rouge au milieu des mosquées et des habitations détruites par les conflits successifs entre Israël et le Hamas. Un tapis comme une trainée de sang au milieu de cette ville meurtrie. Cent quatre-vingts films venus principalement du monde arabe, projetés sur des draps blancs tendus sur les façades des immeubles calcinés, cachant ainsi maladroitement les trous d’obus. Le festival dénombre des centaines de personnes venues assister à cet événement hors du commun, dans une ville où il n’y a plus un seul cinéma depuis la première Intifada dans les années 1980. Comme Louis Witter, le photographe est présent sur un terrain déserté de tous. Choisir d’aller documenter des situations dont personne ne fait grand cas, est un engagement particulièrement important dans notre monde ou un grand événement en éclipse un autre.

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ette image qui date des «Manifs pour tous» de juin 2013 est extrêmement simple mais surtout très efficace. Au premier plan, deux jeunes filles s’embrassent en souriant. A l’arrière-plan, nous pouvons distinguer une foule de femmes habillées de blanc brandissent des drapeaux roses. Malgré le flou qu’implique la grande profondeur de champ, nous voyons la bouche ouverte et l’air désapprobateur de certaines manifestantes profondément choquées. On peut envisager cette démarche comme un engagement en faveur de ces jeunes filles et donc une défense des droits des homosexuel(le)s. Le contraste entre l’amour et la haine est saisissant et le photographe choisit de mettre en valeur les deux jeunes filles pour laisser les manifestantes dans le flou. Un engagement contre l’intolérance?

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es immeubles sont dissimulés par un voile de pollution gris. Le ciel qui surplombe la skyline est extrêmement chargé. Le «fog», comme on l’appelle ici, se glisse partout. Les habitants sont forcés de porter un masque dès qu’ils sortent de chez eux mais, malgré les protections, des maladies de toutes sortes se répandent de plus en plus. Dans cette partie de la Chine, chaque jour, la pollution tue des centaines de personnes ; des enfants nés malformés sont abandonnés ; l’eau est contaminée et les cultures sont empoisonnées... Mais, Chen Qiulin choisit de montrer cette réalité avec une touche d’espoir : une couleur vive qui illumine soudainement l’image, l’idée du végétal qui continue de vivre s’oppose à l’industrialisation à outrance que subit la Chine... Ces marchands de fleurs symbolisent cet espoir. Si ce n’est l’espoir, c’est un désir de changement qui s’inscrit de plus en plus dans le pays. Un changement que l’on a du mal à imaginer lorsque l’on regarde la situation empirer dans ce pays, premier pollueur mondial. Louise Bugier lou.bugier@hotmail.com

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Février/Mars 2016


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Grand Prix pour l’Innovation dans de

GRANDES CHOSES, les voeux de trop ?

Ce sont eux, les représentants de la nouvelle génération qu’on somme de réparer tout les dégâts qu’ elle a fait. Drôles d’inventions, promotion de la tolérance et du respect, sauvegarde des animaux et parfois tout cela en même temps, ce sont des jeunes plein de promesse que nous vous présentons ce mois-ci. Florilège.

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n janvier, l’emploi du temps de notre président fédéral est généralement bien rempli. À condition de ne pas faire face à une crise majeure, telle l’indigestion généralisée de l’exécutif l’année dernière (après un repas de Noël mal orchestré) le président passe son mois de janvier à souhaiter la bonne année à tout le monde. Si nous nous penchons un peu sur son agenda de ces dernières années, on peut même remarquer que ses visites fluctuent en fonction de sa cote de popularité : maison de retraite après le vote du NITC (Nouvel Impôt Très Controversé) ; dîner avec les plus grands chefs d’entreprise du CAT 50 lors de l’abandon de la Taxe des Beaucoup Trop Riches (TBTR). Cette année, alors que les élections approchent et que le président sent son heure venir, son agenda de bonne année a été

bien rempli, se prolongeant jusqu’à début février. Si les médias vous ont abreuvé de « regardez comme le président nettoie le dentier de mamie Marie-Solange » et de « le président a personnellement choisi ces nuggets au foie gras pour l’entrée », nous avons choisi d’enquêter sur des voeux passés presque inaperçus : ceux adressés aux vainqueurs lycéens ou étudiants du Grand Prix de l’Innovation pour de Grande Choses. Espérons qu’en recevant une si grande distinction, ces jeunes ne s’effrayeront pas de tant de notoriété et auront des choses intéressantes à dire au président fédéral. Car ce sont eux, les représentants de la nouvelle génération qu’on somme de réparer tous les dégâts laissés par les générations antérieures, heureusement, certains se dévouent.

« Je pense pouvoir entrer en bourse d’ici deux ou trois ans, car vous voyez, j’ai des relations. La demande pour ce type de produit est tout simplement énorme. » Ils ont tous des projets... surprenants. Pendant le discours du représentant de l’exécutif, personne n’a pu totalement masquer son ennui. Personne n’a pu écouter sans faillir ce patchwork d’allocutions entendues cent fois. Personne, sauf une. Gaël de Hautebise a toujours été un enfant bien élevé : de bonne famille, il écoutait toujours tout ce qu’on lui disait. Jusqu’au moment où l’on découvrit qu’il était l’inventeur d’une sorte de patch autocollant qui imite à merveille des yeux, à fixer sur ses paupières. « C’est un peu comme des lentilles, sauf qu’on ne les met pas sur les yeux et qu’elles ne corrigent pas la vue. », nous précise le jeune

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inventeur. Très réaliste, personne n’a semblé se rendre compte qu’il utilisait pendant le discours l’invention pour laquelle il a reçu le Prix de l’Audace. Pourtant, à en croire les rumeurs, son prix est controversé : Gaël de Hautebise aurait été pistonné par son oncle, parlementaire, qui compte monter un business dans l’hémicycle — et il ne fait aucun doute qu’il aura du succès. « Nous n’oublierons jamais Rose-Marie. » Un autre primé, salué pour son altruisme sans borne par le président, se nomme Valentin Brigant et se montre enthousiaste à l’idée de nous parler de son projet. « Ma soeur jumelle et moi avons été témoin d’une invasion de coccinelles à l’été 2014. Il y en avaient des centaines dans notre maison et elles étaient étranges : grosses et très variées avec de nombreuses combinaisons de couleur noire, rouge et jaune. Nous en avons recueilli une, nommée

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Rose-Marie, jusqu’à ce que notre grand mère l’écrase car « ces saletés bouffent mes radis ». La mort de notre protégée nous a beaucoup affectés. Surtout ma soeur, mais elle se reconstruit doucement. Nous avons alors décidé de fonder l’association Rose-Marie pour la tolérance envers les coccinelles. Nous intervenons par exemple dans les écoles primaires pour sensibiliser les enfants à la fragilité de ces petits êtres Nous avons aussi le projet de monter un spectacle itinérant de marionnettes qui mettra en scène une journée du point de vue d’une coccinelle. Ainsi nous ferons comprendre aux gens que ce n’est pas parce que ces coccinelles sont différentes qu’elles doivent être éliminées à grand coup de charentaise. » Grâce au Prix, Valentin espère pouvoir élargir son action aux abeilles, loutres et autres salamandres. Sa soeur et lui sont d’ailleurs à la recherche d’une nouvelle égérie pour une prochaine campagne : « Un bébé loutre de moins de huit mois

serait l’idéal, précise-t-il. Pour des raisons marketing évidentes, nous aurons juste besoin de la teindre en rose. » Avis à nos lecteurs. « Vous représentez tous les espoirs de la nation. » Ainsi fut conclu le discours du président fédéral. Peut-être a-t-il cherché à faire une pointe d’humour ou bien a-t-il simplement abusé du copier/coller tout au long de son allocution ? Rencontrer des jeunes motivés comme Gaël et Valentin est très enrichissant. Mais nous nous étions attendus à rencontrer des jeunes visionnaires, prêts à faire avancer la démocratie en faisant reculer la pauvreté… Visiblement, soit tout ceci est trop cliché pour le jury, soit ils sont d’un autre avis. « Sauver le climat, résoudre des conflits, tout ça... on va bien le laisser au président, non ? » glisse un parlementaire, sous couvert d’anonymat.

Léna Canaud


INTERVIEW

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« NOUS SOMMES LES HÉRITIERS DU MONDE DE DEMAIN ET

LES ACTEURS DU MONDE D’AUJOURD’HUI »

JOSEPH GOTTE AVDJIAN

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18 ans, Joseph Gotte Avdjian est ce qu’on peut appeler un jeune « engagé ». Jeune ambassadeur de l’UNICEF, c’est en cette qualité qu’il rencontre Angela Merkel en 2015 afin de faire entendre la voix de la jeunesse en amont du sommet du G7. Plus récemment, Joseph était présent à la COP21 pour défendre le projet de cartographie climatique devant les chefs d’États du monde entier. Rencontre avec un militant actif pour l’engagement.

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Peux tu te présenter et nous parler de ton engagement ? Je m’appelle Joseph Gotte Avdjian, j’ai 18 ans et je suis en première année de DUT publicité à Bordeaux. Je suis engagé depuis environ un an principalement avec l’UNICEF même si je m’investi aussi dans d’autres projets militants. Qu’est-ce qui t’a poussé à t’engager avec l’UNICEF ? Dès l’enfance j’avais ce goût pour l’implication dans différents projets. L’an dernier j’ai envoyé ma candidature et j’ai été sélectionné pour participer au J7 Summit (G7 de la jeunesse, ndlr) qui se déroulait à Berlin en partenariat avec l’UNICEF. La chancellerie allemande souhaitait consulter des jeunes résidant dans les différents pays du G7 et dans d’autres pays invités afin de recueillir leur opinion sur les sujets qui allaient être traités lors du sommet. Nous avons donc exposé notre point de vue sur des sujets très variés allant de l’égalité homme-femme à la lutte contre le réchauffement climatique en passant par la promotion d’une économie plus équitable ou encore la pauvreté. Après avoir travaillé et réfléchi sur ces questions nous avons été reçus par Angela Merkel pour lui présenter nos recommandations. Nos idées ont ensuite été remises aux Chefs d’État qui participaient au sommet. Cette expérience a été la plus marquante de mon engagement aux cotés de l’UNICEF. La jeunesse est-elle suffisamment militante selon toi ?

De par mon propre engagement mon réseau d’amis et de connaissances est très impliqué. Cependant je ne crois pas que les jeunes soient suffisamment conscients de l’importance de faire entendre leur voix. Même si beaucoup se sentent désabusés et oubliés de la classe politique mon expérience me pousse à croire que les politiques sont réellement à l’écoute de la jeunesse même si cette dernière n’en a pas forcément conscience et à tendance à le nier. On entend souvent que la génération Z née avec les nouvelles technologies favorisant la communication est paradoxalement renfermée sur ellemême. Les outils numériques poussent-ils à la passivité ou facilitent-ils au contraire l’échange et l’engagement d’après toi ? Pour beaucoup de jeunes ces outils seront un facteur de passivité, tout dépend de l’usage qu’on en fait. Je pense que c’est une opportunité extraordinaire de se connecter avec des jeunes issus de multiples cultures. De plus, je crois que les outils numériques et les réseaux sociaux sont au coeur de l’engagement. Par exemple, la délégation de l’UNICEF dont je fais partie a été invitée à la COP 21 pour présenter un projet de cartographie digitale. Grace à cet outil numérique les jeunes du monde entier ont d’une part la possibilité de géolocaliser les impacts du dérèglement climatique en postant des photos légendées de scènes dont ils sont témoins et d’autre part de mettre en avant des initiatives éco-responsables développées par des jeunes. Cet outil est un exemple d’utilisation intelligente des nouvelles technologies et des réseaux sociaux.

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La parution d’ « Indignez-vous » de Stéphane Hessel en 2010 avait entrainé un sursaut militant qui s’était traduit en Europe par le mouvement des Indignés. Stéphane Hessel affirmait alors que la complexité du monde rendait les raisons de s’indigner moins nettes qu’auparavant même si elles étaient tout autant présentes. La jeunesse a-t-elle du mal à identifier les causes pour lesquelles s’engager ? Oui mais je pense qu’il faut nuancer cette idée. Prenons par exemple la question du dérèglement climatique. Les jeunes et plus particulièrement les enfants sont les plus vulnérables face à ce péril de par leurs besoins nutritifs notamment. Cependant cet enjeu n’est pas perçu de la même manière partout dans le monde. Dans les pays occidentaux la prise de conscience des jeunes n’est pas optimale car nous avons plus de difficulté à nous rendre compte des conséquences directes du changement climatique. A l’inverse je m’aperçois que mes amis qui habitent au Tchad, au Zimbabwe ou encore en Zambie sont de par leur exposition davantage conscients des répercussions de ce phénomène sur l’environnement. Leur engagement semble alors évident et ils sont beaucoup plus engagés sur ces questions que ne le sont les jeunes occidentaux. Pour autant, en tant que jeunes nous sommes les héritiers du monde de demain et les acteurs du monde d’aujourd’hui c’est pourquoi nous devons absolument être sensibles à ces problématiques. Ni François Hollande ni Angela Merkel qui ont la soixantaine ne vivront les conséquences du dérèglement climatique, c’est à nous de nous mobiliser. Propos recueillis par Jules PLAT

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SASKIA BAUER CO-FONDATRICE DE PANGAEA PROJECT Est-ce que tu pourrais te présenter rapidement et nous parler de ton engagement ? Je m’appelle Saskia Bauer, j’ai 23 ans et j’étudie la gouvernance à l’Université de Freiburg en Allemagne. Je participe actuellement à un échange de deux semestres aux Etats-Unis où j’essaye de me spécialiser en politique et économie des pays en développement. J’ai commencé à être engagée avec Pangaea Project en 2011, lorsque j’ai eu la chance unique de faire partie d’une expédition de jeunes au pôle Nord magnétique. Les moments passés sur l’Océan Arctique avec ces jeunes venant des quatre coins du monde m’a ouvert les yeux sur la beauté de la nature et m’a motivé à m’engager, ainsi qu’à démarrer mon propre projet. J’ai rencontré beaucoup de personnes inspirantes au cours de cette expérience, qui font désormais parties de mes meilleurs amis. Ensemble, nous avons fondé Pangaea Project en 2012 et avons depuis travaillé sur différents projets, principalement dans le but de montrer aux enfants la beauté de la nature et de leur permettre d’en avoir une expérience directe.

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Quelles furent tes motivations quand tu as commencé à t’engager ? La force motrice derrière mon engagement est mon envie de donner aux gens la chance de vivre des moments extraordinaires avec la nature. Je viens d’un pays privilégié, où j’ai eu de nombreuses possibilités et opportunités que d’autres n’ont pas. J’ai le sentiment que j’ai besoin d’apporter quelque chose à ces personnes. Le besoin de leur donner la chance de voir la nature, de sortir de leur zone de confort, d’apprendre à se connaitre et de réaliser ce dont ils sont vraiment capables, et ainsi peut-être d’améliorer un petit peu le monde. Qu’aimerais-tu dire à ceux qui hésitent à s’engager ?

Quelque soit le projet pour lequel vous hésitez à vous engager, faites-le ! Prendre part à Pangaea Project a changé ma vie complétement et m’a aidé à trouver ma place. Pour moi, donner quelque chose à d’autres personnes est un des plus beaux plaisirs que la vie a à offrir. Imaginez simplement le sourire d’un enfant lorsqu’il voit pour la première fois l’océan ! Imaginez le rire et le bonheur d’un groupe d’adolescents lorsqu’à la fin de la journée, il arrive au bout de la longue randonnée en montagne que vous lui avez organisée. Il n’y a rien de mieux que de savoir que vous avez fait la différence, que vous avez aidé quelqu’un à voir quelque chose qu’il n’a jamais vu auparavant, ou de lui faire vivre une expérience qu’il n’avait jamais vécu. La société ne fonctionne que si il y a des personnes qui s’entraident volontairement, qui donnent de leur temps pour aider ceux qui sont dans le besoin. Et vous ne faites pas qu’aider les autres, vous en tirez également un énorme gain personnel. J’ai appris tant de choses grâce à ces projets que je n’aurais jamais appris à l’université ! Donc n’hésitez pas, sortez et cherchez le projet pour lequel vous avec envie de vous engager !

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Quels sont tes futurs projets ? Existe-t-il d’autres causes pour lesquelles tu voudrais t’engager ?

Je veux finir mes études et ensuite travailler pour une ONG orientée dans l’éducation environnementale et le changement social. J’imagine également devenir entrepreneuse et monter ma propre société qui organiserait des camps d’aventure dans la nature pour les adolescents, et leur permettrait de découvrir la beauté de notre planète. Il y a deux ans, j’ai commencé un projet avec des amis qui s’appelle Abenteuer Schwarzwald, il montre aux jeunes la beauté du parc national de la forêt noire à travers le pouvoir du film et de la photographie. Le programme est un défi aussi bien physique que psychologique, encourageant les adolescents à former une communauté motivée et à organiser leurs propres projets afin de montrer à leurs compagnons la beauté de la nature. J’imagine faire cela pour d’autres groupes de personnes également, j’ai par exemple découvert que les personnes âgées s’y intéressent tout particulièrement. Cela pourrait être une opportunité de gagner ma vie en faisant de ma passion un métier. On verra bien ! Y a-t-il quelque chose en particulier qui te booste tous les matins ?

Si je me lève chaque matin, c’est grâce à mon amour pour la vie ! Tout simplement, j’aime vivre et croyez-moi, c’est le plus beau cadeau que nous avons ! J’essaye de mettre à profit chaque jour, je veux apprendre quelque chose de nouveau avant d’aller me coucher le soir. J’aime être inspirée par les autres et j’espère pouvoir à mon tour être une inspiration pour certains. C’est ce que j’essaye de faire au quotidien. Propos recueillis par Julien Toublanc. Traduit de l’anglais par Aurelie Knecht.


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JANIS KLINKENBERG JEUNE RÉALISATEUR TALENTUEUX. M

embre de FairFilm Production, Janis, à seulement 19 ans, parcourt le monde pour réaliser des images époustouflantes. A l’aide de drones ou d’ULM, les plans aériens n’ont plus de secrets pour lui...Entretien avec un petit génie.

Est-ce que tu pourrais te présenter rapidement et nous parler de ton engagement ? Je m’appelle Janis Klinkenberg, j’ai 19 ans, je viens d’Allemagne et je suis réalisateur. A 9 ans à peine, j’ai commencé à faire des films. A l’époque, j’utilisais un magnétoscope VHS pour couper mes vidéos et assembler mes génériques en filmant des feuilles épinglées au mur. Depuis lors, j’ai pu acquérir beaucoup d’expérience. Renouveler mon équipement et apprendre de nouvelles compétences sont selon moi les aspects les plus importants de la réalisation d’un film. Quelles furent tes motivations quand tu as commencé à t’engager ? Je me servais d’une caméra amateur avec un ami pour tourner de courtes séquences expérimentales. A travers cette expérience, j’ai appris que la réalisation de films est une belle démarche créative, j’ai donc décidé de poursuivre ce projet. L’idée même d’essayer quelque chose encore et encore afin de se rapprocher de la perfection, combinée à certaines expériences, comme lorsque je présentais le résultat final à mes amis et à ma famille, m’a apporté beaucoup de fierté et d’enthousiasme.

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Qu’aimerais-tu dire à ceux qui hésitent à s’engager ? Ne pas hésiter à essayer plein de choses ! Il n’y a pas de meilleure manière de trouver sa passion que de vraiment s’y vouer. Souvent il faut dans un premier temps acquérir de nouvelles compétences et en apprendre d’avantage sur un hobby pour qu’il devienne un engagement. Je connais beaucoup de personnes ayant des difficultés à l’université ou dans leur travail parce qu’elles se sont décidées trop tôt de ce pourrait être leur « bon travail » . Qu’ils prennent du temps et s’ouvrent à de nouvelles choses, le temps de réaliser que ça en vaut vraiment la peine ! Quels sont tes futurs projets ? Existe-t-il d’autres causes pour lesquelles tu voudrais t’engager ? J’aime vraiment la réalisation donc je prévois de continuer sur cette voie. C’est à l‘image de la plupart des professions créatives, un métier versatile. Par exemple, beaucoup de projets me permettent de voyager aux quatre coins du monde et de faire de nouvelles connaissances, de découvrir des cultures différentes, donc je ne m’ennuie jamais. J’ai vraiment hâte de faire le tour du monde ! Mes prochains voyages m’amèneront au Brésil, en Ethiopie et aux Philippines. Y a-t-il quelque chose en particulier qui te booste tous les matins ? Il n’y a rien de particulier mais je me réveille souvent très motivé à continuer le projet sur lequel je travaille. C’est ce sentiment qui me maintient en forme tout au long de la journée et m’aide à être créatif. Retrouvez toutes les créations filmiques de Janis Klinkenberg sur Vimeo : https://vimeo.com/janisklinkenberg Propos recueillis par Julien Toublanc. Traduit de l’anglais par Aurelie Knecht.

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SONIA SAGBO L’ENGAGEMENT DANS LA PEAU Est-ce que tu pourrais te présenter rapidement et nous parler de ton engagement ? Je m’appelle Sonia Sagbo, j’ai 17 ans et je suis élève en Terminale ES au Lycée Français de Bruxelles. Je suis engagée depuis la 6ème dans différents projets que ce soit dans le domaine social ou environnemental. Mon premier engagement était la participation à une collecte de fond en 2011 pour Haïti avec ACP Ambassador’s Spouse. Je suis militante chez Amnesty International depuis cette année. Nous essayons de sensibiliser les lycéens aux Droits de l’Homme via des posters et des pétitions. Nous vendons des bougies pour récolter des fonds pour l’organisation. Un autre projet dans lequel je suis investie depuis 3 ans, est la distribution de nourriture aux SDF de Bruxelles les samedis matin. C’est extrêmement intéressant car je rencontre ces personnes et découvre leur histoire. En prenant ce temps là, on réalise que la vie n’est jamais simple et que seul l’entraide et la tolérance nous permettront de vivre en harmonie. Quelles furent tes motivations quand tu as commencé à t’engager ? J’ai toujours voulu aider les gens. Cela peut paraître utopique mais étant petite, je voulais créer une communauté basée sur l’entraide où chacun aurait les ressources fondamentales, tout le monde vivrait en harmonie. Mon père a fondé une organisation d’éducation et d’animation d’enfants au Togo, ma mère aide à trouver les fonds nécessaires. J’ai donc grandi avec ces valeurs et au milieu d’un environnement tourné vers le monde et ses grands enjeux. J’ai besoin de me sentir engagée en aidant les personnes autour de moi et ne peux me résoudre à regarder passivement ces personnes survivre sans essayer d’agir.

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Qu’aimerais-tu dire à ceux qui hésitent à s’engager ? Lancez-vous !! Vous n’en retirerez que du bon et c’est toujours incroyable de voir tout ce qu’on peut faire pour les autres en améliorant la vie des plus démunis. Le bonheur passe aussi par le bonheur d’autrui. Quels sont tes futurs projets ? Existe-t-il d’autres causes pour lesquelles tu voudrais t’engager ? Je me dirige vers des études tournées vers l’humanitaire et plus particulièrement dans la défense du droit des femmes et des enfants. L’éducation, est à mon sens, la base d’une société stable et mérite d’être défendue. Je pense monter un projet par moi même ou bien reprendre le projet de mon père pour venir en aide aux populations en situation de précarité et plus particulièrement, souffrant de la famine. Y a-t-il quelque chose en particulier qui te booste tous les matins ? Pas réellement. Je ne me réveille pas le matin en me disant : « aujourd’hui, je vais sauver le monde ». Par contre, je me lève en ayant l’envie d’apprendre, d’avancer dans ma vie personnelle pour pouvoir mieux aider les autres par la suite.

Propos recueillis par Marjeline Serwier à Bruxelles. Marjeline.serwier@hotmail.fr

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YASMIM FRANCESCHI 18 ans, organisatrice du TedX Youth EMIS Est-ce que tu pourrais te présenter rapidement et nous parler de ton engagement ? Quel est ton parcours ? As-tu toujours été engagée ? Je m’appelle Yasmim Franceschi, j’ai 18 ans et je viens de Rio de Janeiro. Je prépare le Baccalauréat International à l’EMIS en Israël et je suis engagée dans la création d’un changement dans ma communauté. Je n’ai pas toujours été engagée mais il y a quelques années, j’ai commencé à prendre conscience de ma réalité et mes origines. J’ai alors commencé à comprendre le fonctionnement de ma communauté. Mon parcours se résume pour l’instant à mon éducation, qui s’est quant à elle appuyée sur de nombreuses lectures me permettant d’appréhender les différentes perspectives sur ce qu’il se passe dans le monde. La conscience même du changement du monde est génératrice d’engagement, quelle que soit le milieu social duquel nous venons. Dès que vous avez cette conscience individuelle, vous pouvez vous engager. Quelles furent tes motivations quand tu as commencé à t’engager ?

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Je pense que cela a commencé lorsque j’ai pris conscience du pouvoir aussi bien individuel et collectif que je possède et qui est ma principale motivation. Honnêtement, je pense que j’ai commencé à m’engager en classe de sociologie, en apprenant des concepts tels que la socialisation et le capital symbolique, m’aidant à comprendre le moteur du changement de la société. J’ai compris que je pouvais agir suite à certains événements de ma vie personnelle, je viens d’une communauté qui a de nombreux besoins. Du fait de mes modestes origines sociales, j’essaye de faire prendre conscience à ma communauté de son pouvoir, bien qu’on les convainque du contraire Qu’aimerais-tu dire à ceux qui hésitent à s’engager ? Je leur conseille de commencer à se poser des questions sur eux-mêmes, leurs valeurs et leurs intérêts. Qu’ils commencent à s’interroger et à développer leur pensée critique. C’est là que se trouve la voie qui mène à tout engagement. Quelqu’un d’apathique et ne comprenant pas ces croyances ne peut s’engager. Quels sont tes futurs projets ? Je suis une carrière de médecine, car c’est la

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voie qui m’intéresse. Néanmoins, je veux garder un lien avec les communautés les plus défavorisées pour leur montrer qu’il existe des parcours alternatifs. Je pense que mon projet de carrière, étant donné mes origines, est en lui-même une façon de leur montrer qu’il existe toujours des possibilités. Mon projet est d’inspirer les personnes afin qu’ils trouvent leur voie et surtout, les aider à trouver les moyens pour y arriver. Y a-t-il quelque chose en particulier qui te booste tous les matins ? Comme toute étudiante, je me lève le matin pour aller en cours (rires), mais aussi parce que je crois en l’avenir, peut-être parce que je suis optimiste. Je pense vraiment que chaque journée offre l’opportunité d’avoir de nouvelles idées, de les mettre en forme et de les partager. Chaque jour, on peut apprendre quelque chose et grâce à cela donner à nos idées davantage de substance, on peut les rendre plus concrètes. Je pense qu’il y a de l’espoir, et c’est la raison pour laquelle je me lève chaque matin. Propos recueillis par Aina de Lapparent à TelAviv (Israël).


MASON KLUGE-EDWARDS « CE QUI M’A MOTIVÉ À M’ENGAGER C’EST MON INTÉRÊT POUR LES AUTRES CULTURES. »

Peux tu te présenter et nous parler ton engagement ? Quel est ton parcours ? As-tu toujours été engagée dans une cause ? Je m’appelle Mason Kluge-Edwards et je viens des Etats-Unis. Je suis engagé dans l’organisation AFS, qui est un programme d’échange international à travers lequel des lycéens ont l’opportunité de partir un an dans un très grand nombre de pays. J’ai commencé à m’engager au lycée. Même si je vivais dans un petit village au milieu des bois, AFS était très actif dans mon lycée et organisait chaque année une douzaine d’échanges d’étudiants venant des quatre coins du monde. J’étais membre du ‘club AFS’ pendant mes quatre année de lycée durant lesquelles j’ai organisé des activités pour accueillir les étudiants en échange dans notre communauté, pour leur permettre d’approcher notre culture et d’interagir avec la communauté. J’étais même président du club en terminale et ai aidé le coordinateur local de AFS à planifier des événements avec une plus grande quantité d’étudiants en échange. Après avoir obtenu mon bac, j’ai passé un an à l’étranger avec AFS en Allemagne. En tant qu’étudiant faisant mes études à l’étranger, j’ai considérablement interagi avec les autres étudiants venu du monde entier en échange en Allemagne, et ai même assisté à des réunions locales tout au long de l’année afin de pouvoir faire des activités organisées tous ensemble. Durant cette année à l’étranger, j’ai aussi vécu avec des familles d’accueil allemandes, ai suivi des cours dans un lycée allemand et ai appris la langue.

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Quelles furent tes motivations quand tu as commencé à t’engager ? Quelle est la force motrice de ton engagement ? Ce qui m’a motivé à m’engager c’est mon intérêt pour les autres cultures. Venant d’une très petite ville des Etats-Unis, je n’ai pas beaucoup été confronté aux ‘autres’. Là-bas, tout le monde est blanc, tout le monde est hétérosexuel, et la plupart des gens ne sortiront jamais du cycle conservateur qui existe ici. Je savais que le monde était plus grand que les bois dans lesquels j’ai vécu et je me suis battu afin de trouver une excuse pour partir. Cela a commencé en rentrant en contact avec des personnes venant du monde entier et s’est développé lorsque je suis moi-même parti à l’étranger. Qu’aimerais-tu dire à ceux qui hésitent à s’engager ? A ceux qui hésitent à s’engager, j’aimerai leur dire qu’être un étudiant en échange fait parti de ces expériences qu’on ne vit qu’une fois et que tout le monde devrait connaitre. C’est une opportunité unique de voyager dans un autre pays et de vivre en immersion complète dans une autre langue et une autre culture. Même les programmes d’échange universitaires n’offrent pas une immersion culturelle aussi approfondie parce que dans ce cas les étudiants sont normalement entourés de pleins d’autres personnes venant de pays différents. Je pense que

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si tout le monde partait une année en échange le monde serait meilleur et plus tolérant. Quels sont tes projets pour le futur ? Y a-t-il d’autres causes pour lesquelles tu voudrais t’engager ? En général j’espère être toujours impliqué de quelque manière soit-il avec les étudiants en échange. J’espère rester international pour le reste de ma vie, d’abord dans mes études puis ensuite dans ma carrière, et d’être toujours entouré de personnes réalisant l’importance de développer une compréhension approfondie des autres cultures, cela de manière pacifique et respectueuse. Y a-t-il quelque chose en particulier qui te fais te lever le matin ? Je me réveille chaque matin parce que tout ce qui arrive dans la vie est une expérience. Que l’on voie les moments vécus comme positifs ou négatifs ne change rien, chacun n’arrivera qu’une fois, et nous donne la chance d’apprendre et de grandir. Si je ne vis qu’une fois, j’ai envie de profiter le plus possible de chacune de ces opportunités que le monde me donne pour m’améliorer. Propos recueillis par Ekuah-Rose Quansah-Hart


INTERVIEW


ÉQUIPE DE RÉDACTION

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TRIP Magazine N°26 - NUMERO SPECIAL  

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