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TRIP

MUSIQUE ACTU CINÉMA ART LITTÉRATURE INTERVIEW

#25 Janvier 2016

ACTU

l’après COP21

ART Dans l’univers de Maud Chalard et Théo Gosselin

INTERVIEW Rencontre avec Boulevard des airs

www.trip-magazine.com


Créé en septembre 2012 par deux bretons de 16 et 17 ans, TRIP est un magazine mensuel consacré à la culture et à l’actualité. Disponible gratuitement en ligne, TRIP s’inscrit dans la nouvelle génération de magazines née avec le big bang du web. En effet quarante cinq lycéens et étudiants issus des quatre coins de la France gravitent autour de ce projet. Bien que virtuelle et connectée, la rédaction se refuse de céder à la dictature de l’immédiateté et s’efforce de produire un contenu de qualité. TRIP porte un regard jeune et critique sur des thématiques variées sans jamais perdre de vue les centres d’intérêt de ses lecteurs.

EDI


BYE 2015,

FAITES PLACE

8 numéros publiés dont un numéro spécial de 108 pages sur une actu qui a bouleversé le monde entier : Charlie Hebdo ; le prix de meilleur journal indépendant au concours national de la presse jeune en Juin dernier, une rencontre nationale pour l’équipe sur Paris en avril, nos 3 ans au mois de novembre... Nous quittons 2015 sur une note vraiment positive. A l’heure où je vous parle, de nouveaux objectifs nous attendent et nous continuerons à donner le meilleur de nousmême comme nous avons su le faire durant ces 3 dernières années. Nous n’avons plus 15 ans mais l’énergie, la motivation que nous avions restent inchangées aujourd’hui. Les 42 jeunes de notre équipe qu’ils soient en France ou à l’étranger y sont pour beaucoup. Dans la flopée de projets qui se dessinent, nous désirons

À

2016 !

nos numéros en version papier sur notre site, mais nous voulons aller encore plus loin en nous mettant en quête de réseaux de distribution que ce soit à Paris ou ailleurs en province. 2015 n’a pas été de tout repos pour tout le monde, en Janvier, le monde entier s’était indigné suite à l’attaque terroriste mené au siège de Charlie Hebdo, nous avions alors immédiatement réagi en vous proposant un numéro spécial, nous revenions sur l’histoire de ses membres fondateurs, nous décryptions les réactions musicales, artistiques dans le monde, nous avions même fait appel à nos correspondants étrangers qui témoignaient de chez eux : en Israël, Italie, Tunisie, Allemagne… Un an après, l’émotion est toujours vive, puissante. Le 13 novembre, la France fut frappée une nouvelle fois par des attaques terroristes coordonnées (cette foisci) dans Paris. La France aura donc versé des larmes durant cette année mais à chaque fois, le monde entier a réagi avec grande générosité, so-

lidarité envers notre pays. J’ai par exemple reçu personnellement des messages de mes jeunes correspondants au Danemark, en Afrique du Sud, en République Tchèque, en Australie qui prenaient le temps de m’écrire parfois l’équivalent d’une page pour exprimer leur soutien...La mort du petit Aylan sur cette plage au large de la Turquie a fait le tour de la planète. Pour vous faire comprendre le mieux possible la crise syrienne, nous avions donc jugé utile dans notre numéro de Décembre de revenir, dans une interview, sur le parcours d’un jeune réfugié arrivé en France en 2012. Malgré les évènements tragiques de 2015, nous devons engager cette nouvelle année sous le signe de la solidarité, générosité, ne cédons pas face à la peur. Restons les capitaines du navire, de notre destin, il reste tant à faire.

ITO. notamment accentuer notre partie web en vous proposant toujours plus de contenu en plus du mensuel tous les mois. Vous pouvez commander

Julien Toublanc


MUSIQUE L’étoffe des guitar heroes

p.7

Une journée avec Jacques Dutronc

p.12

La playlist du mois spécial garage

p.18

ACTU

COP 21: « Tout est possible mais tout reste à faire »

p.30

Daesh, l’embrigadement

p.32

CINÉMA Star Wars: Le Réveil de la Force

p.35

Le Biopic américain meilleur que le Biopic français ?

p.44


ART

Maud Chalard et Théo Gosselin: portraits croisés

p.50

LITTÉRATURE Trouver l’engagement dans les yeux d’amande

p.63

COP21 : Quand c’est plus l’heure, c’est plus l’heure...

p.65

INTERVIEW

Rencontre avec Boulevard Des Airs

p.67


Q I S U U E M

IQ MUS UE 6

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Mars 2015


MUSIQUE L’ÉTOFFE DES

GUITAR HEROES Prenez un musicien virtuose. Donnezlui une guitare bien reconnaissable. Ajoutez un son unique, une posture caractéristique, et une personnalité magnétique. Vous avez devant vous l’archétype du guitar hero, cette figure du guitariste de génie qui fait rêver tant d’amateurs de musique. Il est vrai que les guitar heroes ont la peau dure. S’ils sont d’abord représentatifs d’une époque – la fin des années 1960, avec Jimi Hendrix, Eric Clapton (période Cream) et Alvin Lee en figure de proue de la folie Woodstock, ils sont toujours là, autour de nous, remplissant des salles, comme autant d’extraterrestres isolés du commun des mortels par leur virtuosité. Ils font l’objet d’un culte à part entière. En effet, le surdoué Joe Bonamassa (guitariste depuis ses 4 ans) et l’écrasant, à tous les sens du terme, Popa Chubby, pour ne citer que ces deux là, sont plus actifs que jamais, et rencontrent un succès international. Il paraît légitime, dès lors, de se pencher sur les causes de cette fascination perpétuelle pour les guitar heroes. Car il s’agit d’une véritable passion, qui va au-delà des Duane Allman et autres Brian May : Rolling Stone a publié, en 2003 et en 2011, deux classements des “100 plus grands guita-

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ristes de tous les temps”. Le jeu Guitar Hero rencontre un succès phénoménal, avec des rééditions annuelles plus imaginatives les unes que les autres. Sans oublier l’incroyable succès des covers de grands solos sur le web : les millions de vues de la reprise d’Eruption de Van Halen par la française Tina (14 ans) ou la renommée maintenant assise de Sungha Jung (Coréen, 18 ans), qui démontre une facilité de jeu impressionnante dans ses versions acoustiques des grands titres du moment. COMMENT DÉFINIR UN GUITAR HERO ? Plusieurs critères objectifs semblent pouvoir cerner la figure du guitar hero. Le premier est celui qui paraît le plus évident : le guitar hero est un guitariste virtuose, c’est-à-dire à la technique impressionnante. Il est doté d’un génie mélodique qui permet à ses solos de passer la postérité - et d’une inventivité stylistique, éléments qui fondent le caractère personnel, particulier du guitar hero. Enfin, s’il ne fait pas toujours preuve de charisme, il est tout du moins doué d’un magnétisme par-

ticulier une fois sur scène. Ne l’oublions pas, le guitar hero n’est pas un héros pour rien. Cette définition reste cependant assez vague, malgré les nombreux exemples qui devraient vous venir en tête, d’autant plus que certains guitaristes surdoués ne se revendiquent pas comme guitar heroes. Angus Young, célèbre pour les riffs et les solos endiablés d’AC/DC, se définit comme une partie constitutive de la musique de son groupe, comme un membre parmi les autres. Par ailleurs, il n’est pas rare de trouver des guitaristes communément considérés comme guitar heroes, qui ne collent pourtant pas aux termes de cette définition. Ainsi, le japonais Miyazi, au style percutant, n’a pas réellement de génie mélodique : le jeu de ses débuts (notamment avec le génial Selfish Love) se fonde sur un impressionnant travail rythmique. Plus proche de nous, nous retrouvons Joe Bonamassa, qui, malgré lui, fait plus une démonstration de son habilité technique qu’un réel effort d’inventivité au niveau du style. Bref, le guitar hero est un être difficile à cerner. Mais n’est-ce pas là le cas de tout génie ? Celui-ci se glisse dans les personnalités et les styles les plus variés. (Maudits aliens...)

LA DIVERSITÉ PROBLÉMATIQUE DES GUITAR HEROES Chaque style musical a ses guitar heroes : le blues est sublimé par Alvin Lee, le rockabilly renouvelé par Brian Setzer, le funk carrément réinventé par Zappa et par Prince. La liste est, bien entendu, non exhaustive. Les qualités abordées ci-dessus sont à la source d’une ambiguïté quant à la définition même du guitar hero et amènent logiquement à la repenser. Kurt Cobain, dans les années phares de Nirvana, n’a rien fait de moins qu’inventer le grunge avec ses phrasés graves, à la limite du lugubre, et aujourd’hui cultes. Mais s’il est bien considéré comme un guitar hero, il ne fait pas vraiment preuve de virtuosité technique, ce que nous tendrions pourtant à tenir pour le propre du guitar hero. De même pour Johnny Ramone et son jeu très épuré, et pour Eddie Hazel (Funkadelic), qui a plus révolutionné le funk par son expressivité que par son inventivité technique. Le son du guitariste est également déterminant : David Gilmour serait-il considéré comme un guitar hero sans le son à la fois lourd et brillant qu’il a apporté à Pink Floyd ? De même pour Jimmy Page, avec sa Gibson à deux manches, qui a forgé le son iconique des envolées de Stairway to Heaven.

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Cet e l’épo xemple q n guita ue don ous mo t n r riabl heroes sont i tre aus e el s s le a est ex us dif si que avec u fé t sacr son Gu ssi. Sylv rêmeme rents indiv é gu itar nt v e i s t e i B John atar h qui n dus litté rW lues e e s o volu on, de ro, tout de 192 aver, exce us subj ralemen tionn com par t u 3 p t es s côté m a ce b ionnell guent p hors n , Van ire de la on usag e Robe t ar le o es. esoi urs f rmes, gloir n là, Peut un c e pe Halen c guitare e alors rt a c u ê c ré .D o n faiso com lte à de e désir n tre que ultés ns ic dant les nnaît so ’un aut m s a t affir r Si n un, qu person urel de c’est man i face à années n heure e i o n d t nier u Holm us vouo forge les alités h vouer du J que Dja ne amb 80... No e ns u es, n guita ors du ngo us azz hero i e g n o n u u ï c v R m s t , ouer pouv ulte à r heroe nism pouvon anouch einhard é : en s s. u ons o n n Sh s t t sur à e doué Jimmy tout au erlock nous e ? D’u -nous p , est un , pionn a s, ap Page ssi bie le te pourrion point d rler d’an guitar r R è a s p t pele a r out. . Les de n z qu’à me de s répond e vue lo chroux g uitar -vous guita la fin r g e i q h c o u e e ui, p côté e, ro p r he bien des u , sûr, n’est pa endant qu’il la vérita sixties. ro n’app isque r n qu é s i ussi b M a a te d’ un pass un critèr ‘être un qu’il menée le révolu ais d’un raîtra m u e a usic e iens n group ge oblig certain la six st bel et nous a tion styl autre g u , e : pa ép ita .A m is -cord b jusq riste à s besoin vis aux our la es. ien l’un d ène à p tique u je t e ces ense Dans Jeff ’à l’épui ravailler de force unes r h é s B r r o l e s de reco es deux rer la eck, le g ment p ses ga votre nsid uitar m o c qual a s, ce érer guita fi hero ur en fa mes i t n é e l a l d . a r n i e e h d r o e s la m u le gu ero. Qu éfiniti usiq t loin d’a un on p s amène itar h ’ e s u s t e r sité c é Tout prod su? Le ero ? L’in e qui fai établie à e uite f o d t, v rega guita is, il e in rd qu temps é entivité en prop u s r t h f e r c ? de c o e les s r es g e nous oulé, qu La virtu , alles oes con rt à par énie port i o d m d e o ons s? temp e con tinuero ier que sur c difie le Fina j a mais s. Si no cert pou nt à occ les ertai leme ns plem nt, n pour lassés us ne no r un bo uper e e n rer d nt notr traduis jourd que not , il n’y a us en so bout e be es h ent-i m re in ’hui. éros soin ls térê aucune mes ? natu pas sim t r a décr WE C rel d Les oiss ison ’ a A S e au d t N r m a B (JUS n plos iion glers ch T FO E HERO ES more punk R ON anta E DA En Corn heroes des an ient, dan Y) défin n w natu l’un ell rest anymore ées 70, s l’exrelle itive, no e d men Com es plus lui-mêm ». Mais « No t po us som m rtés m para e quoi, grands e, à son Hugh à ad es tou doxe la m s mire s. usiq guitar h insu, ue e r de e s st te roes. rre d eleo e nore segu in.m Eléono usiq ue@ re Segu in gma il.com

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UNE JOURNÉE AVEC

JACQUES S’i de l fa res cin scin so te qua e e cit nna dan nte t cli jus é. O ge s to ans ve le te ppo d’un us , l’a dep he play dou rtun e g les mi uis po ures boy é? A iste ran cas Jacq plus d ns , e. voi pen près , cha e m un p ues ci da a nc ul er un nt voi eu tip em vin r in x, libr gt- car ou yo qu né n de atre ré-


DUTRONC s plu s s e i pu acqu re pe ed J liv l’ami s un tiplic et ns, ca mul , ou e s x a n ci nte s le nde ceu arné s u a a n a f a u nc re to gr S’il cinq ans ne e, ch oir i -quat éde te d e d’u unist ès av ingt de r res nnag port Apr ant v ryon so é. Op oué? end emb cit te d boy p i un jus play voic le ures, he nse. po


MINUIT

Je viens d’ouvrir les yeux pour la première fois dans un hôpital de Paris. Je tourne la tête pour découvrir ceux que je devrais appeler papa et maman. J’ai l’air plutôt bien loti.

03h00 BINGO, je ne m’étais pas trompé. Je grandis dans l’intelligecia artistique parisienne, papa m’apprend le piano et je suis inscris au cours de piano.

06h00

Avec Jean-Philippe et Claude, on fait les cons au troquet du coin, mais j’ai attrapé la maladie de bouillaud. C’est une angine mais qui te tient les tripes pendant une bonne année. Je ne peux pas sortir de mon lit. Du coup j’ai emprunté la guitare de mon frère et je me fais la main dessus.

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10h00 09h00

Je suis leader d’un groupe, El Toro et les Cyclones et on vient de signer chez Vogue. Je reviens tout juste de mon service militaire, j’ai le crâne rasé et je suis boutonneux. Dans le bureau du patron j’ai rencontré une jeune fille qui avait l’air horrifiée par ma gueule. Je crois que c’était cette fille qui commence à se faire connaître... Ah oui ! Françoise Hardy. Mignonne.

Je monte en grade dans la boîte et je compose des titres à droite, à gauche en fonction de ce qu’on me demande de faire. C’est pas désagréable. Le patron a gueulé parce qu’Antoine a signé chez nous et qu’il ne supporte pas sa musique. On me demande si je ne pourrais pas composer quelques petites bricoles pour parer le succès de l’autre zozo à fleurs. Je le fais mais ils n’ont trouvé personne pour interpréter le tout. J’essaie, surtout pour les dépanner.

06h30

Ce salaud de Jean-Philippe passe partout à la télé et s’est fait renommer Johnny Hallyday. Chiche, je vais faire la même.

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10h30 « ET MOI ET MOI ET MOI » est un tube absolument gigantesque, tout comme le reste de l’album que j’avais enregistré. Pour dépanner. Je déclare que sur terre il y a deux filles avec qui il faille coucher : Bardot et Hardy. Ça tombe bien je suis installé avec la dernière. Mais je me fais un peu happer par le succès, l’alcool et les filles. On verra.

13h00

Gainsbourg a beau avoir dit de moi que je suis « en France, ce qu’il y a de plus intéressant », je ne marche pas aussi bien qu’avant. J’enregistre encore quelques tubes mais c’est une période infructueuse. C’est compliqué avec Françoise. Mais nous nous accrochons.

14h00 Les disques que je sors font des flops, je vis dans l’excès. J’essaie le cinéma. Je tourne avec Perrier (un vieux copain), Chabrol, Godard. J’attends le rôle qui me donnera tout. Je ne sais plus très bien ce que je cherche. Je ne sais plus grand chose d’ailleurs. Drôle de stabilité pour notre petit Thomas même si nous nous sommes mariés avec sa mère.

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16h00 César du meilleur acteur pour Van Gogh. La récompense ultime qui devrait être ma réponse. Le souci étant que je ne connais pas la question. Françoise me quitte et revient et me quitte : quel drôle de manège ! Je refais une tournée de concert, c’est un succès énorme, je remplis toutes les salles dans lesquelles je passe. Alors pourquoi n’aiment - on plus mes disques ?

17h00

Je joue dans des films inégaux mais j’obtiens un nouveau césar honorifique pour l’ensemble de ma carrière. Je ne suis plus avec Françoise, mais nous sommes toujours mariés. Qui l’eût cru. Je vis retiré en Corse avec une centaine de chats, eux sont sans jugement et ne se préoccupent pas de savoir ce qu’il y a derrière mes lunettes de soleil. Je déclare sur le plateau de Mr Delahousse à propos de mon rapport à l’alcool « J’ai commencé à boire quand j’étais heureux. Ne sommes-nous pas d’accord pour dire que quand tout va bien, il n’y a rien de mieux qu’un petit verre de rouge ! ». Etais-je sincère ?

19h00

Je retourne sur scène une fois de plus au Zénith avec Eddy et Johnny. Ah, ils sont loin Claude et Jean-Philippe. Thomas fait sa musique sans trop s’enquérir de conseils auprès de sa mère et moi. Il est grand maintenant et occupe les plateaux de télévision que j’avais l’habitude de fréquenter. Mais lui le fait, sans cigare et grosse Ray Ban. Il me reste encore quelques heures à vivre avec lui, ce ne seront certainement pas les plus trépidantes, mais sait-on jamais. En attendant, j’en sais suffisamment pour répondre à mes interrogations initiales. Si ce n’est plus. Baptiste Pierrard baps.pierrard@gmail.com

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MUSIQUE

st ne playli ’u u q l e t n Rien de pour bie e é in m e a é sur vit tte ann e c r e c ionné commen a sélect ux IP R T ! ea 2016 10 morc ge s u o v r ra pou 00% ga s 1 s t n a s, vou percut espéron l’ s u o n ouqui, r cette n e e t u b é d ièr feront de man e é n n a velle e! énergiqu

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MUSIQUE

h a stick, 2015 it w u o y h c u to ’t wouldn Kaviar Special, I ières

des dern ant à l’occasion av en is m é ét t quelques aviar Special on emier album et pr r u le de ie rt Les rennais de K la so , deux ans après xième. Trans Musicales ncement du deu la le ib ss po le t mois avan t: la preuve en es é, ôm ch s pa t on aux n’on ces drôles d’oise al. Bah les mecs, eg ps R m te de s e tr te en po s s ai M avec le manissu de leur split tape, nous n’en de ça n, fu t es C’ ? ce titre virulent p Po ffs de Peach Kelly choure plus les ri dons pas plus.

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MUSIQUE

Warm Soda, On ly

in your mind, 2 012

Matthew Melto n a peut-être la réputation d’êtr ça ne l’empêch e un con avec e pas de faire d ses musiciens, u garage pour n votre cas ? Ça iaiseux amoure marche quand u x. Ce n’est pas même, mais pré vant sous le no parez vos mou m de Bare Wire choirs. Auparas, désormais so chanson vous us celui de Wa fera peut-être rm Soda, cette réfléchir à l’au nous infligeon to-hypnose né s tous au quoti gative que nou dien. Après tou s t, c’est unique tête... ment dans votr e

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MUSIQUE

King Gizzard

aven, 2014 e H in I m A , rd a & the Lizard Wiz

né hédélisme combi yc ps du , D LS ateurs de bouillant aucun doute am n résultat aussi u r u po re liè u Australiens sans ic I in Heaven », je ence assez part ol Am vi « ne ec u Av d’ . ge se ai ra à du ga e Père Lach aginé le cas j’aurais im on dans sa périod t ss es ri c’ or si M s m ai Ji m e s, qu radi ent si je suis au pa ne sais pas vraim t. ça moins bruyan

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MUSIQUE

Sapin, Wrong w

ay, 2014

Par souci de pu re égalité et po ur ne pas pren glante ayant d dre parti dans éjà coûté la vie une guerre san de nombreux ch milieu rennais roniqueurs ind , Sapin ont eux épendants en aussi droit à le j’aurais beauco ur petit billet. U up trop bu en co n titre ncert, agitant fi coca en vocifé èrement mon ve sur lequel rant les parole rre de whisky s devant la scè ne. Et ça vaut le coup.

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MUSIQUE

EA) 4 1 s PANG or0 n e 2 i c , r n sm a (a a, Rive Pange isir parmi le s le e r g e n h t a er P r, Toge c. Cho int dan

Togeth

la la e de Fid lbum, Badil arement att s e s s a r eau gugu un nouvel ’un niv s des c d n i e t a v s p a e o 4 Bons c enus en 201 t tant l’album . Et toc. v e en me r sont as évid r pur empiris p t s e ’ n ceaux ors, River, pa Al genre.

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MUSIQUE

Fuzz, What’s in

my head, 2013

Fuzz, que nous ne présentons plus, side-proje son pote Charl ct du renommé ie Moothart. W Ty Segall et de h at ’s in my Head e être permis de st le tube qui le s’ouvrir les port ur aura peutes d’un plus larg dans les têtes e public, les pro d’affiche de la p u lsant même d e rnière édition stonner entêta de la Route du nt, résonnant e Rock. Garage/ n écho dans l’e sprit de l’audite ur.

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MUSIQUE

pédale e n u c ave le, couché ent inimitab n t n e i a 0 av olum e to eam r nées 8 ce type abs ion. Remball on D n a p s e a G rd ur ris uel meilleu ire de plus s int d’autodé rog dans leq e l t e e d e r g r i qu’un ilà, que ois le p nt emp Si à la f be ? Voilà vo omplèteme t plus chaud tc ien er de rév ement fun e casque, ça t n us fabule t branche to tease. e t la bonne p forcé sur o r t aurait

, 2013 t o p S l l , Chi

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MUSIQUE

Fidlar, Wake Bake Skate, 2013 Même si leur dernier concert à Paris fut une grande déception [il faut dire qu’il a été annulé surtout], ils méritent tout de même leur petite place ici. Wake Bake Skate, c’est un hymne au trash et à la destruction de soi. Réveille-toi, coule-toi une douille et monte sur ton skate. Ce n’est pas une fin en soi, mais selon eux c’est un bon moyen de l’oublier, la fin.

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MUSIQUE

Ty Segall, You’re the

doctor, 2012

Nous revenons sur celui que certains co nsidèrent comme le rage contemporain. maître du gaParadoxalement, je n’ ai jamais été plus fa travail, mais ce mor n que ça de son ceau squatte mon m p3 depuis plus long d’autres de cette pl te mps que bien aylist. Rapide, vif, br ut, un condensé de être ce style selon m ce que devrait oi.

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MUSIQUE

rt, 2011 a rn e d o M , s ip L Black

ps fuzz. Les Black Li de de on m ce rer dans ain paru e qui m’a fait rent ec Arabia mount av et m m so le Sans doute le titr t é, et ont attein y sont pissé dans s’ ch s lâ ’il en qu ri e s rc ai m pa ja n’ont plus en Inde , ils ne tournent is u ep D . 1 01 2 en garage ». Voilà, ça « c’est e. èn sc r su he la bouc Baptiste Pierrard ail.com baps.pierrard@gm

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CINEMA

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PLANÈTE

COP21 « TOUT EST POSSIBLE MAIS TOUT RESTE À FAIRE »

A

près treize jours de longs et houleux débats qui se sont prolongés parfois jusque tard dans la nuit, les cent-quatre-vingt-seize parties présentes à la conférence sur le climat ont adopté un accord visant à contenir entre 1,5°C et 2°C le réchauffement de la planète. C’est un succès inespéré compte tenu de toutes les conditions nécessaires pour aboutir au consensus, et en comparaison avec la conférence de Copenhague. Cet accord sur le climat universel est, ne l’oublions pas, le premier de l’histoire et remplit la majorité des conditions fixées. Mais si aujourd’hui l’enthousiasme et l’espoir persistent, un certain scepticisme demeure quant aux réels engagements des parties.

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PLANÈTE

TOUT EST POSSIBLE... S’il y a sûrement matière à remettre en question le contenu du traité adopté après les négociations, la conférence en elle-même a avant tout permis de mettre en scène la mobilisation croissante autour du climat. ONG, associations, entrepreneurs privés, religieux, etc. C’est toute la société civile qui était présente, pour y représenter ses intérêts pour exprimer sa préoccupation quant à l’urgence écologique. A cette énergie citoyenne grandement médiatisée peut s’ajouter une volonté générale d’aboutir à un accord : 187 pays sur 195 ont déjà rendu publics leurs plans

nationaux de lutte visant à une réduction de leurs émissions à effet de serre, y compris les pays les plus vulnérables. L’universalité de la démarche est inédite. De plus, les pays développés devront continuer à faire acte de solidarité après 2020 en finançant à la fois le des pays pauvres ou en voie de développement. Ce financement sera au moins de 100 milliards par an jusqu’en 2025. Au-delà, d’autres pays, dont la richesse a augmenté ces dernières années, sont invités eux aussi à financer le développement des pays du Sud : la Chine a par exemple déjà promis trois milliards...

...MAIS TOUT RESTE À FAIRE Mais si l’accord contient de nombreuses dispositions contraignantes (transparence, soumissions régulières de nouveaux engagements), il n’introduit pas de contrainte sur le respect des engagements pris ni de sanctions. C’est là un des grands échecs des négociations, puisqu’au-delà des promesses, chacun est libre de faire des efforts. L’accord ne prévoie aucun mécanisme pour sanctionner les États qui ne respecteraient pas les termes de l’accord ou ne tiendraient pas leurs propres engagements de réduction de gaz à effet de serre ; cela vide en grande partie de substance le texte final. Pour aller plus loin dans le laxisme, l’accord global de la COP21 n’entrera

en vigueur qu’en 2020, après avoir été ratifié par au moins cinquante-cinq pays représentant au moins 55 % des émissions globales. Puis, les contributions de chaque État seront révisées à partir de 2025. Le texte prévoit en effet un mécanisme de « revoyure » tous les cinq ans. Et si la COP21 visait à maintenir le réchauffement en dessous du seuil de 2°C, l’accord conclu prévoit de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5°C ». En réalité, additionnées une à une, les contributions à la réduction des émissions de gaz à effet de serre communiquées par chaque Etat entraînent plutôt notre planète sur un réchauffe-

ment d’environ 3°C, d’après les scientifiques du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur le Climat). Cela n’est donc évidemment pas un accord miraculeux qui va résoudre à lui tout seul le problème du changement climatique. L’objectif était d’obtenir un outil commun à l’ensemble des États et qui transcrive dans le droit international une mobilisation sans précédent de toutes les composantes de la société : cet outil a été créé.Tout est possible, mais tout reste à faire. Et cela commence par nous.

Aïda Delpuech aidadelpuech.actu@gmail.com

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INTERNATIONAL

DAESH U

L’EMBRIGADEMENT

n mois après les attentats, l’incompréhension subsiste dans de nombreux esprits: l’incompréhension de la violence inouïe des actes commis mais aussi l’incompréhension de la haine ressentie envers les valeurs de la République française par des personnes éduquées en Europe, parfois même en France. Stéphane Albertini et Salah Abdeslam avaient le même âge, mais l’un avait le sourire aux lèvres et l’autre, une arme à la main. Comment en sommes-nous arrivés à un tel contraste ? TRIP magazine n’a pas la prétention de répondre à l’incompréhension provoquée par ces événements, mais vous propose plutôt de l’analyser et de comprendre comment des jeunes ont pu être embrigadés dans une telle folie.

T

oulouse, Montauban, mars 2012. Mohamed Merah tire sur une école juive toulousaine et abat un policier dans la ville voisine. Ce français d’origine algérienne a vécu une enfance perturbée. Ballotté de droite à gauche, exposé à des violences conjugales et habitué aux foyers d’accueil, sa vie se résume à une instabilité permanente. Une famille décomposée, un pays auquel il ne s’identifie pas, il ne lui reste rien. Dans ce désespoir se présente à lui une opportunité qui pourrait lui

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donner une raison de vivre. Il se radicalise. Sans être justifié, c’est ainsi que son geste avait été expliqué à l’époque. Aujourd’hui, le combat islamiste revendiqué par Daech est devenu beaucoup plus complexe : depuis sa création en 1999, Daech a affiné ses techniques d’embrigadement alors que les dirigeants européens hésitaient à agir. Des techniques qui s’appuient sur la psychologie d’un individu.

roriste. Dounia Bouzar, anthropologue française qui s’occupe du désembrigadement en France, affirme que 50% de ces jeunes n’ont rien à voir avec l’Islam. La plupart d’entre eux sont des musulmans convertis, issus de familles athées ou chrétiennes. Il n’y a donc pas de réelle conviction religieuse. Certains sont même enfants de fonctionnaires, de professeurs. Beaucoup ont suivi une scolarité et ont fait des études.

Tout d’abord, on pourrait se demander qui sont les membres du groupe ter-

Selon l’anthropologue, on ne peut plus dire que l’islamisme montant en


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de l’Islam et une notion de pureté primordiale, à installer une paranoïa qui pousse les jeunes à lâcher l’école, et à se détacher de la famille, et des amis. Olivier Roy, chercheur au CNRS et politologue spécialiste de l’Islam, se met à la place de l’un de ces jeunes : « Sans devoir entrer dans la clandestinité, vous vous retrouvez sur un 4X4 avec une mitrailleuse lourde et un drapeau noir à foncer en criant Allah Akbar. Pour des jeunes de vingt ans c’est exaltant ! »

France est le résultat de l’échec de la mixité sociale : « penser que le radicalisme c’est l’effet d’une discrimination, c’est faire de l’idéologie ». Mais comment ces jeunes, évoluantdans un environnement favorable à leur émancipation intellectuelle, ont-ils pu s’engager dans la voie de Daech ? Ils partagent tous un point commun : ce sont des jeunes en rupture avec la société, qui ont coupé les liens familiaux et qui se sont détachés de la réalité. En effet, l’embrigadement consiste, à travers une certaine interprétation

Aujourd’hui, plus d’un millier de Français sont concernés par ce phénomène d’embrigadement djihadiste, surtout des jeunes, parfois mineurs. Les réseaux sociaux et Internet participent fortement à cette radicalisation en permettant par exemple aux jeunes français d’entrer en contact avec des personnes basées en Syrie. Le progrès technologique a ainsi favorisé en partie la montée de l’ignorance. Dounia Bouzar raconte l’histoire d’une jeune fille de treize ans, qui communiquait par Skype avec un homme de quarante ans. Cette adolescente lui avait confié sa volonté de mourir pour retrouver son frère au paradis. L’homme, en plus de lui promettre de l’épouser,s’était donc engagé à lui fournir une ceinture d’explosifs quarante-huit heures après son arrivée en Irak. La manipulation se fait donc par la diffusion d’une idéologie à caractère divin et l’isolation de l’adolescente. Une fois l’individu isolé, le processus de désembrigadement est alors très long.

EXISTE-T-IL ALORS DES MOYENS DE DÉSEMBRIGADEMENT ? Dounia Bouzar dirige le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’Islam (le CPDSI). Elle prend en charge, avec son équipe, des jeunes sur le point de partir au Proche-Orient pour combattre dans les rangs de Daech. Près de cent-soixante-dix cas sont traités aujourd’hui. L’enfant est vu par des spécialistes qui cherchent à déterminer s’il a été sensible à la manipulation pratiquée sur lui par les terroristes. Ils veulent également découvrir s’il a pour objectif de partir, auquel cas la CPDSI l’empêchera de quitter le territoire français. Un numéro vert a rendu accessible cette aide psychologique : 0800 005 696. Même les intellectuels, travaillant sur le sujet depuis bien des années ont du mal à cerner le problème. Selon Olivier Roy, les jeunes embrigadés par Daech« sont des paumés ». L’héroïsation mise en scène dans la propagande de Daech doit être contrée, de même que la vision romantique qu’elle peut inspirer aux jeunes sensibles à l’endoctrinement du groupe terroriste. Pour faire baisser le recrutement, il faut parvenir à mettre en avant le côté pathétique des opérations de communication de Daech. Inès Delpuech inesdelpuech@yahoo.com

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Star Wars...Il est probable que ce titre vous rende fou de joie ou de haine, tant vous en avez entendu parler, tant le marketing agressif de Disney était sur tous les abris-bus, paquets de bonbons ou même sur les bouteilles d’Evian. Pour un fan, c’était signe d’un renouveau, du Réveil, comme le disait si bien le titre. Car malgré un changement de réalisateur et le rachat de Disney, cela faisait plusieurs mois que la production cherchait à rassurer les adorateurs de la Force. N’ayez crainte, les mêmes acteurs seront là, les personnages que vous avez tant adorés seront présents et Georges Lucas regardera son œuvre se faire par d’autres, sans trop y toucher, pour éviter le fiasco de la prélogie (Episodes I, II, et III, donc, qui perdaient une grande partie de ce que Star Wars représentait). John Williams sera aussi devant l’orchestre, et surtout, sus à la modernité, le film sera tourné en pellicule et prendra place entre vrais décors avec de vraies créatures de plastique et de latex. Quel cinéphile n’aurait pas été rassuré ? Quel gamin, qui avait grandi en rêvant des ewoks, montait des maquettes de X-wing dans sa chambre et admirait les combats au sabre de la prélogie, n’espérait pas trouver ce même émerveillement, ce nouvel espoir de retourner dans une galaxie lointaine ? Car oui, autant vous prévenir, cet article ne sera pas rédigé par quelqu’un de purement objectif, si vous ne l’avez pas déjà comprit après ces phrases très autobiographiques. Mais voilà, il est vrai que lorsque le générique défilant est apparu et que la bande originale était en train de surprendre les moins initiés de la salle, une petite larme a glissé contre le verre de mes lunettes 3D. Mais à la fin du générique, ce chaud-froid indescriptible fit son retour. Ce sentiment, difficile à décrire, est celui qui vous prend lorsque vous sortez d’une salle de cinéma et que vous ne savez pas si vous avez aimé ou détesté. Car, face à un bon film, l’avis est facile et aisément formulable. Face à un mauvais, la critique se fera tout aussi simplement. Mais quand vous avez vu un film moyen, la retombée est bien plus douloureuse...

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Car tout n’est pas à jeter dans ce nouvel opus, bien au contraire. Pour commencer la réalisation est simplement magistrale et c’est certainement l’un des Star Wars en termes de choix de cadres et de prises de vue. Le tout premier plan est magnifique, avec ces jeux de lumières sublimes et des plans d’ensembles incroyables, qui font honneur aux petites mains qui ont officiés sur Star Wars. La banque sonore héritée des premiers films est intelligemment exploitée, avec le bruit des vaisseaux et des chasseurs TIE qui survolent les espaces désertiques de Jakku, la nouvelle planète de cet opus. Et l’ultime plaisir est sans doute la joie de voir des effets spéciaux qui ne ressemblent pas à un jeu vidéo, effet sans saveur qu’on retrouve dans Le Hobbit ou chez n’importe quel Marvel. Les extraterrestres semblent matériellement présents et même si le détail permis par le numérique est impossible, une forme de vie indescriptible s’en dégage, que seul des heures et des heures de travail peuvent apporter. Oui, enfin, on ressent ce sentiment de revenir à la maison, comme le dit si bien Han Solo. L’élan nostalgique est bien là et on retrouve tout cela avec émotion et plaisir. Mais peut-être que c’est ça le problème. La nostalgie. Car à vouloir faire trop de rappels, on finit par s’enfermer dans le passé. Tout d’abord l’intrigue est affreusement simple car copiée aux rebondissements près sur l’ensemble de la prélogie. Jusque-là c’est tout à fait honorable, les films précédents se sont toujours calqués sur un schéma similaire, avec cette découverte d’un gamin « unique en son genre », qui suivait un entrainement etc.etc... Le problème c’est que les personnages, bien qu’étant des archétypes des précédents, n’ont aucune véritable identité. En réalité, vous pourriez tout aussi bien oublier leurs prénoms pour les appeler les nouveaux « Han Solo », la nouvelle « Luke Skywalker » enfin bref, vous avez compris.

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Ce qui est triste, c’est que le film ne prend jamais le temps de se poser quelques temps afin de développer ses personnages, ou pour au moins créer de véritables relations entre eux. Et lorsqu’il essaye, c’est-à-dire une seule et unique fois, c’est terriblement raté et simplet. Pauvre trio de la trilogie dont la complémentarité et le dynamisme est remplacé par trois personnages qu’on ne connait que trop peu. Pourtant il y avait de la matière : Finn, interprété par John Boyega, est attachant, drôle et plutôt bien porté par son acteur. Cas très triste puisque celui-ci passe au second plan, remplacé par Rey. Celleci est véritablement le personnage principal de cet opus mais ne lui apporte rien. Ni attachante, ni véritablement profonde, certains de ses traits de caractères sont tout de même attirants mais pas assez mit en valeur. Hélas, l’intrigue se focalise essentiellement sur elle sans pour autant lui laisser le temps de se faire connaître vraiment au spectateur. Non, cela serait vraiment trop intelligent d’avoir de vrais scènes de dialogues, des moments cocasses sont bien plus évocateurs, autant en mettre le plus possible... A cela ajoutez quelques moments de dure à cuire et vous voilà avec une logique complètement bancale par rapport aux autres héros de la saga, juste par soucis de faire avancer les évènements. Peut-être qu’il est inutile de parler du rôle d’Oscar Isaac, qu’on aurait pu tout aussi bien créditer comme figurant. Il campe ici un pilote de la rébellion nommé Poe, qu’on espère revoir dans les prochains épisodes avec un peu plus de temps à l’écran. En effet le film vous laissera juste assez de temps pour comprendre à quel point il a l’air cool, et vous le retirera pour vous obliger à regarder un personnage assez similaire à ceux précédemment évoqués par la saga. Comme le conseillait si bien le scénariste John Truby ; « Si votre personnage secondaire est plus intéressant que votre personnage principal, alors faites en le personnage principal » Règle évidente qui pourtant semble être avoir été oublié pour cet opus, qui apprécie esquisser de beaux personnages mais qui ne prend jamais la peine de véritablement les mettre en couleurs dans de bons dialogues ou dans des scènes d’actions émotionnellement fortes. Même si on retrouve la dose d’humour et une certaine ambiance de camaraderie issue de la trilogie, rien n’est véritablement naturel ou poussé.

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Mais le pire, c’est sans doute que cette faiblesse se répercute également sur les anciens héros. Han Solo, qui est tout de même l’objet d’une importante dimension de cette histoire, est véritablement de plus en plus intéressant grâce à des idées ingénieuses qu’en à sa vieillesse. Mais là aussi, ces jolies volontés imaginatives sont gâchées par une absence de dialogues tragiques à certains moments clés. Pas d’intensité dramatique, même si ce qu’on aime est encore là quand il se montre plein d’humour dès qu’il dégaine son blaster. C’est donc un portrait en demi-teinte mais pas assez poussé. Bien entendu, personne ne demandait à ce que Han s’assoie sur l’avant du Faucon Millenium et se mette à philosopher en fixant les étoiles, mais tout de même, l’aspect tragique est trop sacrifié pour celui comique, qui s’avère être pourtant mené avec justesse. Il en ira de même pour Leia, et même s’il y a de beaux efforts pour la développer en arrière-fond, les retrouvailles ne furent pas aussi jouissives qu’on aurait pu l’imaginer, malgré une scène qui fait office d’exception. Ici aussi le constat est en demi-teinte, mais pas assez bon pour vous faire oublier tous ces défauts.

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Bien entendu, comment parler d’un Star Wars sans évoquer ses méchants ? Kylo Ren s’avère posséder plusieurs caractéristiques qui attisent la curiosité et vaut la peine d’être évoqué en profondeur dans les suites. Néanmoins là aussi, certains aspects manquent encore, tel qu’une meilleure connaissance de sa personnalité. Peut-être que cela nous est gardé au chaud pour la suite... Adam Driver est assez acceptable pour le rôle, évitant un écueil que l’écriture de son personnage aurait pu impliquer. Son jeu est juste, même si une pincée de charisme en plus aurait été appréciable. Son monologue de méchant (schéma classique mais nécessaire) est assez pauvre en termes d’écriture et malgré cette fadeur, sa performance aurait pu probablement la rehausser. Quant aux autres, que je préfère taire pour ne pas trop spoiler, ils n’apportent rien à l’intrigue et ne transmettent aucune impression de grandeur, même si on essaye de vous y faire croire. Bien essayé mais c’est raté. En vérité, tout ça n’est que des détails car l’un des problèmes les plus désagréables de cette suite est sans doute son histoire tout entière. L’intrigue s’avère elle aussi partir du bon pied mais s’écroule sous une multi-

tude de facilités scénaristiques, qui impliquent des retournements de situations sans aucun intérêt, des haltes obligatoires et des conflits prévisibles. La grande bataille, qui est une tradition de chaque film, ne vous fera même pas frissonner, tant son schéma est copié au plan prêt sur ceux de Georges Lucas. Même si certains clins d’œil sont très agréables et brillants, celui-ci ne passe vraiment pas. Résulte de ce constat une absence de tension réelle. Si on ajoute à cela une belle dose de hasard qui ressemble presque à du destin, tant c’est peu probable, l’intrigue ressemble à l’idée d’un scénariste en pause-café ou d’un un fan un brin imaginatif. Les trous scénaristiques sont tellement énormes qu’on pourrait y mettre plusieurs Jabba The Huut, confortablement installés entre des scènes d’actions qui sont, elles non plus, pas vraiment originales. En définitive si l’on devait trouver le véritable élément qui ruine le Réveil de la Force, c’est bien son manque d’originalité. Car, volonté de rester proche de la trilogie initiale oblige, un manque d’audace peureux se fait ressentir. Aucun vaisseau n’a de spécificité, aucune planète n’a sa propre identité (la dernière ressemble à la Bretagne, c’est dire), aucune créature ne sort véritablement du lot...


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Car malgré cette bonne volonté qu’on décèle sous chaque décision, Georges Lucas n’est plus là. Malgré ses innombrables défauts, la prélogie apportait au moins plusieurs nouveautés remarquables. Ici, tout est presque banal, si bien que la crainte de voir Star Wars tomber dans la fadeur et la banalité des blockbusters d’aujourd’hui réapparait, à l’image des Marvel. La saga était la représentation de plusieurs influences artistiques, telle que celle japonaise pour l’art jedi, ou de Fritz Lang et son Metropolis ; remplie d’innovations techniques et de musiques grandioses. Désormais, on ne peut voir dans cette suite qu’un

parfait exemple d’un film au mauvais scénario mais à la bonne réalisation, qui malgré tous ses efforts, ne peut pas remplacer une bonne histoire. Alors même si tout n’est pas à jeter, le fan que je suis est sorti de la salle de cinéma profondément déçu, ce constat résonant dans sa tête : Non, la Force n’est pas encore prête à se réveiller. Pire, en-est-il encore possible ? Les prochains opus nous donneront la réponse mais l’espoir est tout de même permis. Maxime Lavalle maxime.lavalle@gmail.com

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LE BIOPIC FRANÇAIS,

meilleur que le biopic américain ?

B C I I P O Le propos de cet article trouve son origine dans la sortie, le 30 janvier 2016, d’un biopic américain qui semble plus que médiocre, The Danish Girl de Tom Hooper. Ce film abordera l’histoire vraie du premier transsexuel, interprété par le dernier acteur oscarisé (bien qu’il ne mérite pas cet Oscar), Eddie Redmayne. The Danish Girl est une merveilleuse figure de proue du défaut qui habite la majeure partie des biopics américains.

Quelques éléments de définition d’abord : le biopic est un oeuvre cinématographique sur la vie d’une personne ayant réellement existé, décédée (à l’image du film Hurricane Carter qui revient sur la vie du boxeur Rubin Carter) ou même encore vivante (comme le film W., qui se concentre sur la vie de Georges W. Bush). Le biopic est un genre cinématographique dangereux, car il est difficile de tirer une oeuvre d’art à partir de ce type de films. En effet, l’objectif d’un réalisateur de biopics n’est pas de retranscrire avec minutie la vie d’un personnage célèbre, car ce n’est qu’un piètre hommage sans portée artistique et associable à une page Wikipedia filmée, intéressante mais loin d’être très marquante. Hélas, les biopics américains commettent cette erreur assez fréquemment, ce qui nuit à l’originalité même du film, puisqu’il peut être fait par n’importe quel réalisateur.

Les Américains veulent rationaliser la vie d’un individu, au lieu de conserver l’aura de mystère que dégage cette personne de haute renommée. C’est un autre écueil, car un biopic n’est plus une oeuvre qui invite à la réflexion, tout est simplifié pour que les spectateurs absorbent les informations de la vie d’un individu sans se questionner aprèscoup sur la vie du personnage. Ne nous attaquons pas à des biopics considérés comme mauvais, à l’image de Jobs, véritable échec commercial et public. Ici, c’est la sève générale des biopics outre-atlantique qui est alarmante. The Danish Girl en est un exemple: il contient tous les éléments qui font du biopic américain un genre banal, où plusieurs films peuvent se confronter à égal niveau à cause de leur impersonnalité. Ces éléments sont :

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Un réalisateur sans style prédéfini ou sans univers clairement dessiné dans le paysage cinématographique actuel. Pour The Danish Girl, c’est Tom Hooper, un bon réalisateur britannique mais qui n’atteindra jamais l’excellence s’il conserve la même démarche dans ses films. Le discours d’un roi était un bon film aux acteurs formidables, mais qui manquait de personnalité ; en revanche, Les Misérables était un film beaucoup trop long, et la comédie musicale ne faisait que développer un rasle-bol suite à la répétition des scènes de chant. Le réalisateur d’un biopic, s’il a un style visuel prononcé, ne sera que plus savou-

reux si l’on attend de lui ce qu’il va apporter à la vie d’un individu, et à son film qui s’intégrera alors avec merveille dans son univers.

Un acteur qui cherche à avoir sa récompense par tous les moyens (et si possible un bel Oscar). Eddie Redmayne, acteur que je déteste, en est le reflet exact avec sa performance dans The Danish Girl. Après avoir joué un handicapé pour avoir l’Oscar en 2015, Eddie Redmayne se déguise en femme pour avoir l’Oscar en 2016. Ces performances sont méprisables,

on les nomme d’ailleurs des performances «à Oscar» : il suffit de brimer son visage ou d’incarner une minorité pour remporter une récompense censée honorer le plus grand acteur anglophone de l’année ! Ainsi, Eddie Redmayne a volé l’Oscar à Michael Keaton, qui méritait pourtant la récompense pour son travail sur Birdman.

On peut nommer d’autres réalisateurs, dont l’absence de style a corrompu le succès de leur biopic : Ava DuVernay avec Selma sur Martin Luther King, Morten Tyldum avec The Imitation Game sur Alan Turing, Phyllida Lloyd avec la Dame de Fer sur Margaret Thatcher, James Marsh avec The Theory of Everything sur Stephen Hawking, etc... Sérieusement, si vous n’êtes pas cinéphile, vous souveniez-vous du nom de ces réalisateurs?

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Un film dont le but est de faire fondre en larmes le spectateur : cette caractéristique est un classique, le rôle du tire-larmes aux Etats-Unis est mis en valeur pour s’attirer la sympathie du plus grand nombre de spectateurs. De cette manière, on privilégie les émotions au détriment du point de vue et de l’ambiance du film. Cette faute porte préjudice au potentiel intellectuel du film, car même un biopic qui est l’adaptation d’une vie ne peut pas être dénué de réflexion sur cette dernière. The Danish Girl en est un exemple frappant, et cela dès la bande annonce, où tout concorde : les pleurs des différents personnages, la musique émouvante, les scènes frappantes et difficiles du film, les gros plans pour montrer le travail du maquilleur sur le film, tout ce qui est nocif à l’excellence d’un

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biopic. Cela ne fait pas du biopic un mauvais film, il nous sensibilise et nous instruit sur la vie d’un individu à la vie mouvementée, mais il n’est pas reconnu comme un chef d’oeuvre du septième art. Le cinéma américain raffole de ces biopics touchants, à l’instar de Harvey Milk de Gus Van Zant. Il ne faut pas cependant généraliser le propos, car de très bon biopics américains ont vu le jour, à l’image de Truman Capote de Bennett Miller (2005) ou I’m Not There de Todd Haynes (2007). Les biopics Français sont différents de leurs homologues américains, et nous allons le voir à l’aide de deux films : d’une part, Saint Laurent de Bertrand Bonello et d’autre part Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar.


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de Bertrand Bonello (2014) J’ai choisi ce film car sa qualité la plus évidente est d’aborder une partie de la vie du créateur, pour réfléchir profondément sur une décennie. Bertrand Bonello, le réalisateur, a toujours associé ses films entre eux, et L’Apollonide va pour lui de paire avec Saint Laurent, même si la promotion autour du film est différente. Ce sont tous deux des films faits par un esthète, deux films d’époque dans des univers bien particuliers, la maison close pour le premier et la haute couture pour le second. Saint Laurent est un excellent biopic, loin d’être parfait, mais unique.

La preuve la plus tangible est l’autre film consacré à Yves Saint Laurent, de Jalil Lespert, deux films complètement opposés. Gaspard Ulliel a abordé le personnage avec un travail de documentation faramineux, dont il s’est ensuite détaché pour éviter à tout prix ce que Pierre Niney a légèrement fait dans Yves Saint Laurent : le mimétisme, qui empêche d’habiter son personnage. Bonello fait un mélange parfait entre réalité et fantasme, ce que Yves Saint Laurent était pour lui, et la différence est fondamentale. Ainsi, il a une grande marge de manoeuvre, une liberté d’artiste, qui est contradictoire avec la fidélité au

mythe. C’est pour cette raison que Pierre Bergé, amant de YSL, a discrédité le film en essayant d’engager un procès contre lui et pour le condamner comme homophobe. A cause de cette haine du compagnon de Yves Saint-Laurent à l’égard du film, cela a empêché la réalisation d’accéder à la monture de lunettes du créateur, aux tenues, aux croquis, ce qui n’a pas freiné les ambitions de Bertrand Bonello, alors que les scénaristes américains auraient été démunis, sans accès aux détails intimes de la vie du personnage à adapter. C’est un film de fiction à partir d’éléments réels, la retransmission de

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la vision d’un réalisateur sur la vie de Saint Laurent. A la fin du film, le personnage de Yves Saint Laurent génère encore des interrogations, alors que le biopic américain se plaît à retirer à un personnage toute la substance mystérieuse d’une vie. Bonello voulait montrer «ce que coûte à Yves Saint Laurent d’être Yves Saint Laurent», si l’on en croit ses dires. Bonello n’estime pas «détenir la vérité» dit-il lors de la conférence de presse du film à Cannes.

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Au contraire, Bonello prend l’exemple d’une bouteille qui servirait de modèle, que l’on verrait peinte de manières différentes. Il définit avec exactitude le biopic français, c’est une peinture aux couleurs bien spécifiques, sur une toile de fond au départ blanche et impartial à laquelle il faut donner sa propre consistance. Même si le film n’est pas exempt de défauts (la durée du film, la focalisation trop prononcée sur le personnage de Louis Garrel), la démarche de Bertrand Bonello est exemplaire, démarche qui s’observe également dans le second biopic abordé dans cet article, d’une qualité d’ailleurs supérieure à Saint Laurent.


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GAINSBOURG, VIE HÉROÏQUE de Joann Sfar (2010)

Voilà un des meilleurs biopics jamais réalisés. Gaspard Ulliel et Eric Elmosnino n’ont pas traité leur personnage de la même manière, bien qu’ils aient tous deux essayé de se détacher de la personne pour y insuffler leur personnalité et créer un personnage. Eric Elmosnino a abordé Serge Gainsbourg comme un personnage lambda, pour ne pas être conscient d’incarner un mythe éternel. Il n’était pas un fanatique de Gainsbourg, ce qu’il l’a beaucoup aidé à se confronter au personnage comme n’importe quel chanteur. Mais l’élément le plus marquant de ce film est la présence du réalisateur Joann Sfar, également auteur et dessinateur de bandes dessinées.

Sfar n’a pas souhaité retranscrire avec exactitude la vie du chanteur, il a voulu montrer comment il le percevait depuis toujours, étant donné qu’il était passionné de Gainsbourg. La personne de Joann Sfar est omniprésente dans ce film, avec le générique en dessin et les marionnettes avec lesquelles discute Eric Elmosnino - Serge Gainsbourg. On peut être hermétique au style prédéfini d’un réalisateur, mais on ne peut remettre en cause l’originalité du film. La question se pose alors : est-ce qu’un artiste doit se concentrer sur la perception qu’il a de son oeuvre ou sur sa potentielle

notoriété ? Bonello et Sfar semblent avoir choisi la première option. A vous de trancher. Le cinéma Français se distingue à nouveau de ses confrères grâce au biopic. Le biopic symbolise l’exception Française dans le septième art, l’Hexagone réalisant des films comme personne n’en a jamais fait. Nous faisons à nouveau face à des oeuvres qui mêlent originalité et intemporalité, en s’efforçant de ramener à la surface les visions délurées et individuelles d’un artiste. Arthur Guillet arthur.guillet1997@gmail.com

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MAUD CHALARD THÉo GOSSELIN Maud Chalard et Théo Gosselin, deux photographes professionnels français, forment un couple follement amoureux. Symboles d’une génération nostalgique, ils ont décidé de présenter au public un monde plus doux où la simplicité règne en maître, où les hommes entretiennent une relation intime avec la nature.

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MAUD CHALARD Maud Chalard explore l’intime. Elle nous propose une véritable intrusion dans sa vie personnelle, près de son compagnon et ses amis. Elle dévoile également l’intimité d’une vie de couple grâce à la série de photographies Lovers. La beauté du monde transparaît grâce aux choix de couleurs pastel et d’éclairages naturels : des hommes et des femmes s’embrassent de façon poétique, presque naïve. C’est l’univers des films américains dont s’inspire la photographe, celui de Terrence Malick par exemple, avec une recherche esthétique très développée. Les clichés de Maud Chalard exhalent la douceur et la tendresse, l’idée de complicité dans l’amitié et dans l’amour ainsi que dans les petites choses du quotidien : une baignade dans la rivière, une cigarette au volant d’un van, une tasse de café fumante, la manche d’un pull qui laisse entrevoir une épaule dénudée, éclairée par les premiers rayons du soleil...

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THÉO GOSSELIN L’univers de Théo Gosselin est fait de prairies à perte de vue, de jeunes barbus courant nus sous la voûte étoilée, de plaids indiens et de guitares. Ses photos sont un appel à l’évasion et chacune de ses images fait écho à notre intimité. De la première à la dernière lueur du jour, Théo capture des moments éphémères avec pour sujet sa bande d’amis un peu hippie, très nudiste et légèrement hispter. Ce jeune homme de 25 ans est le compagnon de Maud Chalard dans la vie, dans les voyages et dans la photo. Après des études d’arts, il se lance à temps plein dans la photographie. C’est la découverte de l’argentique, quelques années plus tard, qui sera déterminante. La contrainte de la pellicule implique une réflexion supplémentaire, appréciable à notre époque où n’importe qui peut capturer sa vie avec son smartphone. Sur la page Facebook du photographe – son principal moyen de communication - des dizaines de personnes remercient Théo de les « faire voyager ». Théo touche en quelque sorte à un nouveau genre de photographie : ses images sont au croisement du reportage et des photos de vacances. Il possède un univers qui lui est propre, à grand renfort de contre-jour et de désaturation. Les photos de Théo se parcourent un peu comme on regarde un film, avec un morceau de Bob Dylan en fond sonore. Les inspirations du photographe sont cinématographiques : on y retrouve les univers hyper réalistes et parfois un peu trash de Gus van Sant ou de Larry Clark.

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DES IMAGES SYMBOLES D’UNE GÉNÉRATION... Derrière ces images qui donnent parfois l’illusion d’être peintes à l’aquarelle, on regarde cette jeunesse décomplexée et bohème. Jeunesse qui part à l’aventure sur les routes américaines, en quête de liberté, peut-être à la recherche de cette époque perdue où le soleil, le whisky, l’amour et le folk suffisaient. Mais finalement, estce que tout cela est bien réel ? C’est la question que l’on peut se poser. Tous ces grands espaces, toutes ces personnes magnifiques, ces jolies filles aux cheveux longs, ces beaux garçons souvent tatoués et barbus, aux silhouettes soulignées par le soleil qui décline...N’est-ce pas trop beau pour être vrai ?

ou plutôt de son imaginaire. Les deux photographes prônent une grande spontanéité dans leur travail : les pellicules parfois calcinées et les effets de lumière indésirables le démontrent. Mais il est aussi possible de se demander si cela n’est pas mis en scène, une reproduction d’un monde qui n’existe pas ou plus. Cette bande d’amis semble se créer un univers composé de toute pièce, dans la nostalgie de Woodstock, d’un mode de vie un peu « Peace and Love » propres aux hippies des années 70. On pense alors à Sur la route de Jack Kerouac, symbole de la beat generation, un enchaînement de voyages initiatico-philosophiques

à la recherche d’une vie simple et dépouillée du superficiel, une vie où l’amitié est la clé du monde. On pense aussi à Henry Thoreau qui vécut deux ans seul dans une cabane au milieu des forêts et à son roman supposé autobiographique Walden ou la vie dans les bois. Le retour à la nature, aux choses simples : une vie d’amour et d’eau fraîche ! Au fond, les photos de Maud Chalard et de Théo Gosselin nous réconfortent. Elles nous montrent une certaine idée de l’amour, du voyage et de la vie. Elles nous offrent une vision idéalisée d’un monde fait de rêves et de fantasmes. Qui ne voudrait pas les suivre dans cette aventure et partir en voyage avec eux ? Pourtant serait-ce si facile de s’isoler dans un monde en oubliant tout le reste ? Louise Bugier lou.bugier@hotmail.com

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LITTERATURE

TROUVER L’ENGAGEMENT DANS

LES YEUX D’AMANDE Où l’on parle d’une jeune fille qui réveille la conscience écologique, de pintes trop chères, d’engagement, de décroissance et de mythologie.

L

encore coûté trop cher, je vois un jeune homme qui admire une jeune fille, qui l’admire pour cet engagement entier dans la cause qu’elle défend : l’écologie.

es engagements peuvent être sporadiques, incertains ou même contestables, ils sont toujours les symboles d’une prise de position et d’une réflexion sur le monde. La remise en question dont ils proviennent peut naître à n’importe quel moment : à la sortie d’un film, à la vue d’une photo ou lors d’une discussion. Elle surgit au coin d’une rue, dans une salle de classe, à un repas de famille ou dans un choix.

La jeune fille a des allures de femme avec des yeux en amandes et un sourire convaincu. Dans le fracas bruyant du métro du retour, on me parle d’elle. Ce que le jeune homme me mentionne, admiratif, c’est l’énergie et la force qu’elle possède. Cet élan incessant dont nous ne sommes pas tous dotés, ou du moins que nous ne sommes pas tous capables de maintenir.

Je l’ai surpris dernièrement dans un café parisien, où s’animent quelques fois des esprits - certes maladroits et parfois pompeux - qui construisent l’engagement. Dans ce bar qui célèbre la COP21, en ce soir de décembre, quelques semaines après les attentats du 13 novembre, nous ne sommes pas en terrasse, non à cause de la peur, mais parce qu’il fait froid. Après quelques pintes qui nous ont

Qu’importent la jeune fille, le bar, la pinte ou la rame de métro. Qu’importent le contexte, le décor et les personnages. C’est cet engagement qu’il faut remarquer, marqué du sceau de l’illusion bénéfique, de la foi effective. L’écologie, comme tout thème en débat, a souvent mauvaise presse. Il est si simple de détruire l’élan par la salissure du ringard ou de l’impuissance ! Cette jeune fille anonyme dans ce bar,

c’est l’exemple que notre engagement ne se limite pas à une simple photo de profil facebook ou lorsque la France entière se retouve touchée par un drame. Cela constitue plutôt un mouvement d’ensemble où nos valeurs traditionnelles et humanistes sont plus que jamais mises en avant. Parmi ces valeurs, le développement durable et l’écologie restent primordials. Car oui, l’écologie n’est pas un slogan publicitaire ou une mode à suivre ! Ce principe ne peut pas non plus être réduit à un parti politique. Difficile de le reconnaître quand cela remet en question tout notre mode de vie et notre rapport aux autres. Si l’engagement est bâtard, populaire, lancé à la volée dans un bar, il apparaît aussi par la voix des écrivains. Ainsi, en ces temps de COP21 si contestée et de désastre écologique vers lequel nous courrons allégrement sans trop nous en faire, de nombreux livres dénoncent nos comportements inconscients face au désastre écologique qui nous attend. Ils

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LITTERATURE

restent à l’image de ces chaussures qui recouvraient la place de la République il y a quelques jours : invisibles. Parmi la flopée d’ouvrages qui fleurissent, on peut en retenir quelquesuns particulièrement frappants quant à la situation actuelle. Bruno Latour développe dans Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique, une réflexion très particulière. Il s’insurge contre le laisser-aller que nous pratiquons vis-à-vis de notre terre. Il y dénonce un être humain ayant cru s’être libéré des superstitions en s’affranchissant du joug de la religion et en se tournant vers l’appropriation de la matière, qui ainsi s’est enivré de la superficialité de la consommation. Il propose ainsi de politiser la Terre, cette Gaïa dans

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son appellation mythologique, et d’en faire la seule patrie, le seul territoire, le seul enjeu pour lequel les « Terrestres » doivent combattre. Proposant une réflexion divergente, un collectif d’auteurs a réuni ses écrits dans un même ouvrage pour s’armer au côté de l’écologie. C’est dans le recueil « Décroissance » qu’ils ont décidé de traiter du thème majeur éponyme, enjeu essentiel de notre temps. Ces auteurs ne sont pas de purs théoriciens, ils sont chercheurs en économie écologiste et tentent de sensibiliser leurs lecteurs à ce que constitue et entraînerait la décroissance. Par la plume, la verve orale, l’enivrement de la pinte ou l’écoute de l’autre,

l’engagement doit naître encore et encore, s’éveiller et se réunir en des centres différents, aux influences et aux expressions variées qui l’enrichiront sans cesse. L’écologie et le climat constituent des problématiques que nous ne pouvons plus continuer d’ignorer.

Lucie Truchetet lucietruchetet.litte@gmail.com


FICTION

UN SCIENTIFIQUE n’entend pas son réveil et prive

la COP 21 d’une précieuse découverte

À

la rédaction de “One Day Thoughts”, nous étions bien embêtés. La campagne de sensibilisation aux dangers des lisseurs pour lamas piétinais et aucune nouvelle de l’issue du procès des bonbons carnivores. Et puis, ting ! Un mail comme on en reçoit deux cents fois par jour, mais celui là était particulier. Non que nous ne recevons jamais de message de Chamois Magazine, mais il nous informe rarement d’une nouvelle d’une importance capitale. Voici ce que notre collègue nous écrit : Alors que j’attends un train qui n’arrive pas pour rentrer chez moi, on me tapote sur l’épaule. Un homme trapu, le front luisant de sueur, m’interpelle : « Excusez-moi... Vous êtes journaliste ? Pour couvrir la COP 21 ? Je hoche la tête et il pousse un soupir qui couvre ses lunettes de buée. - Ouf ! Tous vos confrères sont déjà partis ! - La conférence est finie depuis trois jours, monsieur. - Trois jours ? Grands dieux, je suis vraiment à la bourre. Sitôt présenté, il m’invite à prendre

un café, tandis que je fais le deuil de ma correspondance. Il insiste, dit qu’il me fournira le scoop du siècle. Je le suis, même si je doute que le scoop du siècle puisse revenir à Chamois Magazine. Après tout, ma semaine n’a pas été très fructueuse : je n’ai pu adresser la parole à aucun responsable et je n’ai pas arrêté de bafouiller pendant le seul duplexe que j’ai réussi à décrocher, pour France 23 région Haute-Comté. Lorenzo Arbol est un chercheur franco-tibétain d’origine italienne qui travaille depuis des années sur un projet top secret de physique moléculaire. Ses recherches étant sur le point d’aboutir, il s’est rendu au som-

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FICTION

met de la Confrérie des Oligarques Pessimistes du XXIème siècle (ou COP 21), ayant cette année pour thème l’environnement. Malheureusement, les quatre ou cinq nuits blanches qu’il a passées au début de la rencontre pour terminer son rapport ont eu raison de lui. - C’est vrai que j’ai fait un petit burn out, avoue-t-il après sa troisième tasse de café. Maintenant ça va, j’ai dormi vingt-huit heures, je me sens comme neuf. Et j’ai trouvé ! Je trouvé la source d’énergie propre et inépuisable qui sauvera l’humanité ! - Mais monsieur Arbol, les conférences sont finies, il n’y a plus aucun journaliste dans le coin pour relayer la nouvelle, ni scientifique pour comprendre vos équations bizarres... La petite table du bar où nous nous trouvons est jonchée de feuilles couvertes de calculs. - C’est bien pour ça que j’ai besoin de vous, mon petit. Vous allez annoncer au monde entier que le grand professeur Arbol a trouvé la solution. Si nous informons les pouvoirs publics maintenant, nous pourrons encore sauver le climat. - Je suis désolé, mais je n’ai toujours pas saisi le principe de votre

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grande découverte. - C’est pourtant très simple ! Il se saisit pour la énième fois du crayon qui traîne sur la table et noircit le plus patiemment possible de nouvelles feuilles. - Voyez : il suffit de transférer la surcharge d’énergie produite pendant le processus de sublimation à la jauge reliée au capteur thermostatique… C’est un échec. Je sens mon cerveau chauffer, mais je n’ose plus interrompre le chercheur qui tremble d’excitation alors qu’il va enfin prouver qu’une énergie renouvelable - facile et peu onéreuse à produire - est à notre portée. Finalement, je sors un petit boîtier de ma poche. — C’est mon enregistreur. Vous allez recommencer depuis le début, et je vous promets que je transmettrai vos explications à des personnes plus compétentes que moi. » Patient, Lorenzo Arbol a repris ses feuilles et a fait un nouvel essai. C’est ainsi que notre collègue de Chamois Magazine nous a transmis le précieux enregistrement. Enthousiastes, nous avons réuni tous les scientifiques que nous avions sous la main pour nous aider à comprendre les propos de L. Arbol.

« Pour 6 personnes. 8 oeufs, 4 grenades, une douzaine d’huîtres, 2 litres de lait, 4 cuillères à soupe de sucre, 550g de farine. Laissez reposer deux jours au frigo dans une terrine puis roulez et saupoudrez de chocolat. » J’ai vu ma collègue de droite ouvrir la bouche à s’en décrocher la mâchoire. Nous aurions pu entendre une mouche voler. Soudain, un rédacteur de la rubrique sportive se lève et s’exclame : « Je reconnais, c’est la recette de la bûche de Noël de ma grand-mère ! » Après avoir tenté de déchiffrer un éventuel code secret, nous avons dû admettre qu’il nous avait transmis un mauvais fichier. Malgré nos tentatives pour contacter notre confrère de Chamois Magazine, nous n’avons pas réussi à le joindre ! Cependant un doute subsiste : peut-être que le docteur Arbol a préféré crypter le secret de sa fabuleuse découverte. Si vous découvrez, chez lecteur, entre les oeufs et les huîtres, le secret de l’énergie éternelle, contactez-nous !

Léna Canaud ethena.psj@gmail.com


INTERVIEW

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INTERVIEW

RENCONTRE AVEC

BOULEVARD DES AIRS Avec un troisième opus, « Bruxelles », Boulevard des airs est en ce moment en tournée dans route la France, cela jusqu’au mois de Juin. Les dates s’enchaînent et les salles se gonflent de spectateurs curieux et impatients : les neuf membres s’activent sur scène pour donner le meilleur d’eux-mêmes. C’est un concert entrainant, familial, chaleureux et phénoménal que nous a proposé Boulevard des Airs le vendredi 13 novembre au Radiant Bellevue à Caluire-et-Cuire, près de Lyon. Aline vous fait part de sa rencontre avec le chanteur du groupe : Sylvain Duthu, dans les coulisses du Radiant après le concert.

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INTERVIEW

INTERVIEW

TM : Comment vous êtes-vous rencontrés ?

repérer, un cap est ainsi passé.

SD : En 2004, nous étions dans le même lycée. Pour être exact, je fais de la musique depuis tout petit avec Laurent, le bassiste et puis en 2004 j’ai rencontré Florent, l’autre chanteur, au lycée Marie Curie à Tarbes. On a Nous avons monté un petit groupe comme plein d’autres jeunes Nous avions envie de faire nos compositions, d’écrire nos textes ! Florent était un ami à moi, mais je ne le connaissais pas vraiment, j’étais allé le voir pour monter un groupe. J’écrivais déjà à l’époque et je cherchais des musiciens. Lui l’était et nous sommes devenus amis.

TM : A qui devez-vous ce changement de cap ?

TM : Le groupe s’est donc constitué au fur et à mesure de tes études ? SD : Cela s’est fait doucement, progressivement. Comme tous les groupes qui se sont formés au lycée, nous n’avons fait que répéter Nous ne pouvions pas prétendre remplir des salles, les seuls concerts étaient des soirées avec les copains, puis des bars. Pendant un an ou deux, nous avons fait la tournée des petits bars à Tarbes, à Toulouse. Au fur et à mesure, nous avons commencé à faire des festivals. Mais à ce moment-là, nous étions encore des amateurs. Nous avons continué notre route et nous voilà aujourd’hui, cela s’est fait assez naturellement. Nous avons la chance de bien nous entendre et de nous comprendre. C’est ainsi que nous avons continué à faire des concerts de plus en plus loin, de plus en plus grands et l’année 2008 a vraiment marqué un tournant, le groupe est devenu notre priorité au vu de l’ampleur que cela prenait. Nous voulions devenir plus professionnels et finalement en 2011, nous sommes fait

SD : A un attaché de presse indépendant, qui à l’époque, s’occupait de M et de Placebo. Il est celui qui a découvert Vianney par exemple. Il va chercher des groupes qui ne sont pas connus puis les emmène le plus loin possible. Aujourd’hui, c’est devenu notre manager, notre papa ! TM : Vous êtes basés à Toulouse ? SD : Non, nous enregistrons à Tarbes, la ville où la plupart des membres du groupe habitent. C’est là que se trouve notre studio où nous répétons. Nous sommes quasiment tous originaires de ce coin, à part Manu à la trompette. TM : Un petit mot sur la composition du groupe ? SD : Il y a neuf musiciens sur scène. C’est un groupe qui est composé d’une basse, d’un trombone, d’un saxophone, d’une trompette, d’un clavier, de deux guitares : électrique et acoustique et de deux chanteurs. TM: En ce qui te concerne, tu te définirais plus comme chanteur, musicien ou les deux ? SD : Non maintenant je suis chanteur. Avant, je jouais beaucoup d’instruments, mais petit à petit je me suis consacré exclusivement au chant. Je ne chante pas très bien (rires) mais je ne fais plus que ça.

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TM : Quelles sont les personnes qui t’ont encouragé à te lancer dans la musique ? SD : Je ne sais pas pourquoi j’ai fait de la musique, j’avais cinq ans. Je pense que ce sont mes parents qui m’y ont poussé et l’école de musique également. Cela m’a plu, j’étais plutôt bon au piano et à la batterie, cela m’a donné envie de continuer. Mais je n’avais jamais envisagé d ‘en faire une carrière. C’est Vincent Delerm, un auteur-compositeur-interprète, qui par son écriture m’a donné envie d’écrire, de chanter, de composer. Au début, j’avais appelé le groupe : « Un soir Boulevard des airs », mais comme il était trop long nous avons seulement gardé « Boulevard des airs ». TM : L’as-tu déjà rencontré ? SD : Je l’ai déjà rencontré oui...mais je ne lui ai jamais dit la vérité ! (Rires) TM : Quel était ton rêve de gosse ? SD : Ce n’était pas musicien ! Ce n’est pas un gros rêve, mais je voulais devenir instituteur. TM : Comment ça se passe concrètement dans le groupe : qui fait quoi ? SD : Nous nous retrouvons chez nous, dans notre studio. Nous sommes cinq à composer : Florent, Jean-Noël, Manu, Jeremiah et moi. J’ai écrit la plupart des textes du groupe, à l’exception de deux trois chansons sur le deuxième album où Manu (le trompettiste) s’en est chargé. Sur ce troisième album, tous les textes ont été rédigés par moi-même, à part celui en espa-

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gnol. Nous nous attaquons d’abord à la musique puis j’écris par-dessus. Chaque morceau est écrit différemment. TM : Est-ce que tu te considères comme le meneur du groupe ou les rôles sont plutôt bien répartis ? SD : Florent et moi, les deux chanteurs, avons créé le groupe et nous le « manageons» en quelque sorte, même si je n’aime pas beaucoup ce mot. Nous disons plus souvent que nous menons la barque en fait : nous décidons de l’endroit où il faut la mener, nous traçons un chemin et les personnes nous suivent avec confiance. TM : Quelles sont tes références musicales, tes influences, tes sources d’inspiration ? SD : Nous en avons énormément ! C’est parce que nous étions fan de musique que nous avons créé un groupe. Nous écoutons plein de trucs, cela peut être de la musique africaine et juste après quelque chose qui n’a rien à voir ! Par exemple, Jahno (Jean-Noël) est un grand fan de rock, métal, folk. Quand l’album est terminé, il peut y avoir un morceau flamenco, et juste après, un morceau très folk. Personnellement, je n’ai pas forcément de personnalités qui m’inspirent. J’écoute beaucoup Vincent Delerm, Thomas Fersen... Nous avons la chance d’enregistrer à la maison donc nous faisons absolument ce que nous voulons, et ça c’est une liberté totale. Et il est vrai que absolument tout ce que je peux vivre m’inspire.


TM : Tes chansons adoptent quand même un côté dénonciateur, pourquoi ce choix-là ? SD : En fait, ce n’est pas un choix. Cela vient de moi, je m’intéresse beaucoup à l’économie, la politique, la société etc. Cela dépend des jours, tu peux te lever et écrire une chanson d’amour, ou bien te lever et écrire une chanson « engagée ». Cela dépendra de ce que tu ressens à ce moment-là. Dans la vie il y a des choses qui te révoltent, qui te font râler, qui te font aimer et d’autres qui te font rigoler… Je trouve que c’est important de le dire, le tout c’est d’écrire. Dans le premier album, il y a beaucoup de chansons engagées mais moins dans le troisième, j’avais l’impression d’avoir déjà tout dit. En tant qu’artiste je n’ai surtout pas envie de me répéter même si ce n’est pas évident. C’est une peur d’ailleurs. Il faut tout le temps inventer. Il y a un morceau dans le dernier album qui est dénonciateur, il s’appelle « Laisser faire », certains ont interprété les paroles en disant : « ils sont tous pourris », ce n’est pas vraiment le message que j’ai voulu faire passer. C’est plutôt le fait de traiter la question des élites sous un regard un peu nouveau qui est le « syndrome de Stockholm, voter pour ses bourreaux... ». Pour moi, c’était juste une boutade. TM : Vous mettez à l’honneur l’Espagne dans votre dernier album, pourquoi ? SD : Parce que nous aimons énormément ces influences : du flamenco, Manu Chao, en passant par Ska-P. La femme qui chante sur le premier

morceau, c’est une fille qui a intégré le groupe, elle s’appelle Mélissa. Maintenant, elle fait partie de BDA, et remplace Kevin, le saxophoniste qui est parti. Il se trouve qu’elle a une formation de chanteuse de flamenco. C’est Florent qui l’avait rencontrée sur un spectacle et lui avait demandé de faire un featuring avec nous sur une chanson. Au final, elle est restée jusqu’au bout pour faire l’album. Notre régisseur est espagnol, notre batteur est espagnol, on habite à 1h30 de l’Espagne... voilà les raisons de ces influences. TM : Vous êtes passés d’amateurs à professionnels il n’y a pas si longtemps, vous avez fait une tournée en Argentine, votre titre « Emmène-Moi » est passé sur toutes les chaines de radio... Es-tu surpris de cette ascension ? SD : Tout s’est fait progressivement. Nous ne sommes donc pas très surpris, mais c’est toujours impressionnant de voir que nous sommes capables de remplir des salles de 1500 personnes aujourd’hui, c’est fou ! Le tout premier album a été disque d’or, le groupe existe depuis 11 ans, nous pouvons donc dire que nous récoltons le fruit de nos efforts. TM : Si je te dis le mot « scène », tu penses à quoi ? SD : me vient plein d’images à la fois. La scène, c’est la raison pour laquelle nous faisons de la musique et non pas forcément pour faire un album –même si c’est cool. Il s’agit d’un moment convivial, un moment de partage entre le groupe et le public, ce sont des sensations vraiment particulières. Pendant tout le concert, tu te laisses aller, tu peux t’être fait largué dix mi-

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nutes avant, une fois que tu montes sur scène, tu n’y penses plus. Cette puissance, cette magie de la scène, c’est ce qu’il faut retenir. TM : Quel est ton meilleur moment justement sur scène lors de cette dernière tournée ? SD : Il s’agit de l’ensemble de la tournée en fait ! Le fait de pouvoir enchaîner les concerts, d’aller d’une ville à une autre, de voir qu’il y a encore des gens qui sont là, de plus en plus nombreux. C’est encore récent, et tout se mélange. TM : Et votre moment le plus difficile ? SD : Lors du premier concert de la tournée à Toulouse, Manu ne l’a pas terminé, il a eu un petit malaise. Un moment qui n’a pas été super pour lui. Mais ce soir nous avons aussi eu une grosse frayeur lorsque, le pianiste s’est retourné vers moi et m’a dit : « j’ai plus de piano, il ne marche plus, il faut qu’on retire des morceaux... ». J’étais horrifié, le problème venait d’une prise qui était cassée, ils ont dû aller en chercher une autre et tout est rentré dans l’ordre heureusement. La pire chose qui puisse arriver, c’est d’être contraint d’enlever des morceaux. TM : Avant d’entrer sur scène, vous avez un rituel tous ensemble ? SD : Oui bien sûr. Nous nous rassemblons comme une équipe de sport, nous sommes tous en cercle et nous nous motivons avec des plaisanteries. TM : Le logo, c’est un cercle avec tout autour les initiales de Boulevard des airs, une croix au centre et une sorte de gribouillage, plutôt

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original ? SD : Oui, c’est notre tromboniste Jean-Baptiste qui un jour a tenté un dessin sur son ordi et nous a demandé notre avis. Nous étions d’accords pour dire qu’il nous plaisait et nous l’avons gardé. Il nous suit tout au long de notre tournée. TM : Ce soir, c’était quoi ta sensation juste après le concert ? SD : C’était cool bien que nous ayons eu pas mal de soucis techniques. Mais c’était une des plus belles dates de la tournée, les gens ont tellement donné que ça s’est super bien passé ! TM : Quel est le rapport que tu souhaites entretenir avec le public ? SD : Celui que tu as pu voir ce soir, une générosité partagée, à revendre, et même pendant le concert, un des membres m’a dit : « même dans des grandes salles comme le Radiant, on se sent comme à la maison ». Cela vient du fait que nous interagissons beaucoup avec le public. Il est là comme un dixième musicien. À la fin du spectacle, nous descendons au centre du public et nous chantons notre dernière chanson avec eux. Une manière d’être vraiment ensemble. Nous passons une heure avec les gens, pour signer des autographes, pour discuter avec certains. C’est un rapport chaleureux et généreux que nous voulons transmettre.

Propos recueillis par Aline Julliat. aline.julliat@hotmail.fr


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ÉQUIPE DE RÉDACTION

Fondateur, Directeur de la publication et de la rédaction, Rédacteur en Chef : Julien TOUBLANC Co-fondateur, Directeur adjoint de la rédaction, Rédacteur en Chef Adjoint : Jules PLAT Rédactrice en chef adjointe : Aline JULLIAT Directeur artistique, Designer Graphique : David LEROYER Responsables rubriques : Maxime LAVALLE (Cinéma) Éléonore SEGUIN (Musique) Aïda DELPUECH/Myrtille PUISEUX (Actualités) Chloé CÉNARD (Art) Lucie TRUCHETET (Littérature) Julien TOUBLANC/Jules PLAT (Interview) Coordinatrice secrétariat de rédaction: Maëva TESAN Secrétaires de rédaction: Estelle SENZIER Léa SZULEWICZ Marie LE BRUN Madenn PECORARI Éléonore DE MACEDO Marie BORD Clara MILENKOVIC Rédaction: Aïda DELPUECH Inès DELPUECH Aline JULLIAT Louise BUGIER Maxime LAVALLE Arthur GUILLET Julien TOUBLANC Jules PLAT Lucie TRUCHETET Léna CANAUD Baptiste PIERRARD Éléonore SEGUIN


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TRIP MAGAZINE N°25 - JANVIER 2016  

Dans ce numéro, retrouvez le récit de notre rencontre avec le groupe Boulevard des Airs, nos portraits croisés de Théo Gosselin et Maud Chal...

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Dans ce numéro, retrouvez le récit de notre rencontre avec le groupe Boulevard des Airs, nos portraits croisés de Théo Gosselin et Maud Chal...

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