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MUSIQUE ACTU CINÉMA ART LITTÉRATURE INTERVIEW

#22 Avril-Mai 2015

INTERVIEW Rencontre avec Louis de Gouyon Matignon

INTERNATIONAL Le chemin de croix des chrétiens d’Orient

ART Gaza sous les bombes de Banksky www.magazinetrip.fr


Lancé en septembre 2012 par 2 jeunes bretons de 16 et 17 ans, TRIP Magazine fondé et géré par des jeunes pour des jeunes est un webzine rassemblant des passionnés de journalisme en France et à l’étranger. TRIP Magazine donne l’opportunité aux 16-20 ans, aspirant au journalisme ou souhaitant être impliqué dans un projet mené de A à Z par des jeunes, de pouvoir informer et parfois même coacher. Le contenu s’articule autour d’une équipe dynamique, motivée et venant de tous les horizons. Bien plus qu’une simple publication, c’est aussi un appel à l’engagement de la jeunesse.


EDI TO RIAL

C

e mois-ci, Louis de Gouyon Matignon, président du Parti européen et fervent défenseur d’une Europe fédérale répond aux questions de TRIP Magazine. A 23 ans, descendant d’une des plus illustres familles françaises, il tient un discours qui détonne dans un climat d’euroscepticisme.

Le mythique ex-eurodéputé Daniel Cohn-Bendit aura beau clamer que « le fédéralisme est l’avenir de la modernité », il semble surtout que ce soit une utopie irréaliste. Même si dans l’histoire, l’Europe a réussi l’invraisemblable, il est bon de replacer les choses dans leur contexte. Après deux guerres mondiales nées sur le continent européen, le projet de coopération des nations européennes apparaissait comme nécessaire pour préserver la paix. Aujourd’hui, les choses ont changé, l’Europe a perdu de sa pertinence car les nouvelles générations qui n’ont pas connu la guerre sont moins sensibles à l’importance du maintien de la paix. Par ailleurs, si l’Europe est unie dans la diversité, son hétérogénéité économique semble rendre impossible la construction d’une Europe politique. En effet, le « t-shirt à taille unique » n’est pas la solution pour répondre aux disparités propres aux différents pays membres : ce qui conviendra à l’un ne sera pas adapté aux problèmes de l’autre. Comment croire à l’Europe sociale et à l’homogénéisation salariale quand le SMIC irlandais est 12 fois plus élevé que le SMIC Bulgare ? Mais la principale entrave à ce projet réside dans l’essence même de la construction européenne : la démocratie. Les peuples d’Europe ne sont pas prêts à abandonner leur souveraineté nationale à Bruxelles. En France, l’arrivée de l’extrême droite hostile à l’intégration européenne en tête aux dernières élections européennes en est la preuve : les européens ne sont pas prêts à devenir européens ! Le fait de partager la même monnaie n’implique en rien le sentiment d’appartenance à un peuple européen. De plus, si la diversité linguistique est une richesse culturelle, c’est aussi frein à l’identité européenne. On aimerait croire à cet idéal politique et social mais alors que l’Europe peine à surmonter ses difficultés et suscite la déception et la crainte des citoyens, on peut difficilement croire aux Etats-Unis d’Europe. Une Europe totale où les Etats deviendraient régions, une Europe doté d’un président et d’un gouvernement continental apparait clairement irréalisable à l’heure actuelle même si le passé nous a prouvé que l’Europe pouvait réussir l’invraisemblable... Jules Plat


MUSIQUE Sufjan Stevens

p.7

Jazz impression of Japan

p.12

The Vaccines : un nouvel album prometteur !

p.18

ACTU La pop culture pour libérer la Corée du Nord

p.21

Le chemin de croix des chrétiens d’Orient

p.23

Yassine Ayari : la justice militaire en question

p.28

Athlétisme : Le rebond de Tamgho

p.31

CINÉMA Inherence Vice

p.34

Les super-héros au Cinéma : un avenir complexe

p.40

Où est passée la folie burtonienne ?

p.46


ART Gaza sous les bombes de Banksy

p.51

Le bord des mondes : l’art comme on ne l’a jamais vu

p.54

Zigmund Follies : historique et fantastique !

p.58

LITTÉRATURE Joseph Kessel : Les milles vies d’un lion

p.63

INTERVIEW Rencontre avec Louis de Gouyon Matignon

p.66


Q I S U U E M

IQ MUS UE 6

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Sufjan Stevens

Sufjan Stevens vous est sans doute inconnu : avec son nom curieux à la consonance hasardeuse, on visualise plus un handballeur suédois qu’un artiste folk de génie. Pourtant, Sufjan est sans doute le musicien américain le plus prolifique à ce jour, partageant le titre avec Ty Segall.

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é en 1975 à Detroit, Sufjan Stevens commence sa carrière musicale au début des années 1990 dans le groupe de folk rock Marzuki. En 2001, il part à New York et sort un premier album, Enjoy Your Rabbit, fort de 80 minutes, sur le label indépendant Asthmatic Kitty. Entre electronica et country, les premières compositions solos du musicien sont inégales, mais imposantes. A 27 ans, Sufjan, dans l’effervescence créatrice qui l’emporte depuis ses débuts, décide de se lancer dans un projet fou : réaliser une cinquantaine d’albums, chacun dédié à un État différent des États-Unis. Le premier de la série, Michigan, paraît en 2002 : c’est une ode aux villes principales de

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la région, dont Detroit, le foyer du chanteur. C’est avec Illinois, l’opus suivant, que Sufjan Stevens accède à la reconnaissance : les chansons sont plus travaillées, plus profondes, mais aussi plus originales. Les titres des morceaux sont plus extravagants les uns que les autres, à l’image de la musique elle-même – ce qui n’entrave pas sa qualité : The Guardian qualifie le disque de «meilleur album de l’année». Mais le projet s’essouffle rapidement, faute de temps et de matériel. Après une pause octroyée en 2006, avec son album Songs for Christmas, Sufjan revient sur le devant de la scène avec un excellent LP de 60 minutes, All Delighted People.


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a caractéristique la plus évidente de la musique de Sufjan Stevens est son style, indéfinissable. Ses compositions peuvent aller de la folk la plus brute, traditionnelle, à une pop expérimentale frôlant le baroque. Mais toujours, le fil conducteur des chansons de Sufjan est sa voix, sensible et au grain reconnaissable, chantant des paroles au registre inclassable mais qui lui est bien propre : banalités sublimées, considérations profondes, ode à l’exotisme... Ici encore, les sources d’inspiration sont diverses ; mais la délicatesse avec laquelle les textes sont prononcés témoignent d’une réelle fibre artistique, on ne peut plus authentique. Sufjan Stevens annonce un nouvel album pour le 30 mars 2015, Carrie & Lowell (nommé ainsi en

hommage à ses parents) où il renoue avec ses racines folk en même temps qu’avec son histoire personnelle. Les deux premiers extraits, le déchirant No Shade In The Shadow Of The Cross et l’évasif Should Have Know Better, sont la confirmation d’un grand talent. Sufjan Stevens semble ici se tenir en retrait de ses facultés impressionnantes, au profit d’une ambiance dépouillée, franche et pourtant aérienne. L’artiste joue constamment sur la sensibilité et la finesse de ses mélodies, habillant avec talent ses textes, qu’on sent, comme toujours, parfaitement maîtrisés. Eléonore Seguin eleonoreseguin.musique@gmail. com

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JAZZ

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ave Brubeck, de son nom complet David Warren « Dave » Brubeck (après tout pourquoi se simplifier la vie) ne sera pas étranger aux amateurs de jazz que vous êtes. Comment ? Vous n’aimez pas le jazz ? Mais si, mais si. Ou tout du moins vous allez l’adorer. Dave, compositeur majeur - même s’il compose parfois en mineur - est allé se faire un petit trip au Japon en 1964, avec l’ensemble de son quartet composé : de lui-même au piano, de Paul Desmond au saxophone, d’Eugene Wright à la

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basse et enfin de Joe Morello à la batterie. A leur retour, ils sont allés au fameux CBS 30th Street Studio, là où les Pink Floyd ont enregistré The Wall, entre autre, pour se faire une petite session à propos du ressenti de leur voyage. Et c’est de là que nous vient ce pur chef d’œuvre musical, véritable paracétamol auditif qu’est l’album Jazz Impression of Japan. Mesdames messieurs, place à 34 minutes et 48 secondes de pure classe.


Tokyo Traffic, ou l’art de nous faire ressentir l’ambiance de la ville dès les premières secondes de l’album. Tout est là pour que le film se fasse tout seul dans nos têtes. On imagine ces passants se précipitant machinalement vers leur travail, voguant de feux verts en feux rouges. La batterie donne cette impression d’urgence quand la basse martèle le fourmillement des pas, pendant que le piano et le saxophone rendent chaleureux ce qui ne peut

pas l’être à la base. Parce qu’une ville bondée, ça ne peut pas être cool. Eh bien, avec la bande à Brubeck, ça l’est. S’en suivent deux minutes sorties un peu de nulle part avec Toki’s Theme, ré-adaptation sauce Jazz Impression of Japan d’un morceau que le quartet avait composé pour la série américaine Mr Broadway. Après tout pourquoi pas, ça s’inscrit bien dans l’ensemble et ça fait dodeliner doucement de la tête après les minutes de calmes qui précédèrent

L’apothéose est atteinte à ce moment-là, un morceau d’une puissance et d’un naturel presque indescriptible. Fujiyama raconte à merveille la rencontre entre le groupe et ce Mont Fuji, véritable image de la beauté du monde. On se sent petit à l’écoute, mais tellement enrobé par l’infinie tendresse d’un saxophone plus présent que jamais, une véritable plume chatouillant avec amour ses trois compères. Un indispensable pour tout amateur de jazz, de musique, et tout simplement de sentiments.

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Nous avons déjà parcouru la moitié des étendues japonaises et escaladé un sommet. Il est temps de redescendre, mais prenons encore un peu d’altitude avec Zen Is When (composé cette fois par Bud Freeman et Leon Pober). Restons en haut du Fuji, respirons un bon coup de piano pour qui on fait ici la part belle, vidons-nous un peu plus la tête et les poumons.

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The City Is Crying et c’est bien normal puisque l’échéance approche à grands pas. Le piano se couvre de larmes, la batterie teinte de tristesse et la basse fait gronder l’orage. On se prend à se sentir dans une chambre d’hôtel quelque part là-bas, en train de faire nos valises pendant que la pluie se déverse sur les vitres emplies de buée.

Mais on sait que l’on y reviendra. Et puis après tout ce n’est pas tout à fait fini. Le quartet a déjà l’Osaka Blues et nous aussi, avant-dernier morceau moins lourd que le précédent, plus enjoué et dynamique. Ce n’est personnellement pas celui que je retiendrai pour parler de l’album, je trouve qu’il lui manque ce petit


quelque chose qui fait le génie du reste de l’ensemble. On ne va cependant pas cracher dans le saké, il reste très bon. Mais... Enfin on clôture sur Koto Song, qui figurera d’ailleurs sur d’autres enregistrements de Brubeck. Et quelle belle manière de se retirer. En douceur, en élégance et en respect, ce respect très sincère

qu’entretient la culture de ce pays. Un titre qu’on peut prendre comme un « Merci Japon de m’avoir fait ressentir toute ces choses ». L’apaisement. Point. Si les critiques n’ont pas particulièrement aimé son autre Jazz Impression (celui sur New York), on ne peut que s’incliner devant la profondeur de cette version sur le

pays du soleil levant. Brubeck et sa troupe peignent ce pays avec leurs instruments, le tout avec une aisance fabuleuse. Française, français, cet album est la solution pour que ce pays arrête d’être le plus gros consommateur d’antidépresseurs. Sur ce, (matane, à bientôt). Baptiste Pierrard baps.pierrard@gmail.com

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VACCINES: THE

UN NOUVEL ALBUM PROMETTEUR !

Connu comme étant très rock Indie, le quatuor a décidé d’adopter un nouveau style pour son prochain album. En effet, dans ce nouvel opus, c’est une pop et hip hop qui s’imprègne au fil des différents titres. Justin Young explique, «Nous voulions faire quelque chose qui semblera incroyable l’année prochaine puis terrible dans 10 ans».


English Graffiti, enregistré dans un studio à New York, semble être exceptionnel. Les membres du groupe ont fait des choix très intéressants afin de surprendre le public au maximum.

se munir d’English Graffiti. La sortie est prévue pour le 25 mai prochain. Les titres phares ont été dévoilés. C’est le cas pour Handsome et Dream Lover.

Depuis leur début en 2011 avec l’album What Did You Expect from the vaccines, Young, Cowan, Hjorvar et Robertson ont vu leur notoriété s’accroître de plus en plus. Ils se produisent dans le monde entier. A chacune de leurs représentations, le public est conquis.

Les paroles d’Handsome racontent la solitude d’un homme. Seul, il ne peut se référer qu’à Dieu. Les autres personnes ne le comprennent pas. De plus, ils témoignent de la misère du monde. Il remercie Dieu de ne pas être comme ces derniers. De l’avoir fait, selon lui, beau.

Il faudra toutefois encore avoir un peu de patience afin de pouvoir

Le titre Dream Lover est particulier. Le leader du groupe a affirmé :

«Je pense que c’est la plus grande chanson que nous ayons jamais écrite». L’album prometteur n’a pas fini d’être écouté sur les ondes ainsi que d’être nominé pour les différentes récompenses !

Perrine Mouret perrine.trip@gmail.com


ACTU

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INTERNATIONAL

LA POP CULTURE pour libérer la

Corée du Nord

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égulièrement, des scènes dignes d’un blockbuster américain se jouent sous les étoiles du 38ème parallèle.

De chaque côté de cette frontière coréenne surprotégée, des contrebandiers attendent leur heure, dissimulés dans les reliefs du paysage. C’est le signal. Des ballons s’élèvent dans le ciel sud-coréen et traversent la frontière, inconscients des tensions diplomatiques. Ils sont attendus, bien qu’ils ne contiennent ni armes, ni drogues. Leur paquet a une valeur inestimable: ce sont des dizaines de clés USB qui contiennent des films occidentaux, des articles de Wikipédia et d’actualité qui viennent d’entrer sur le territoire nord-coréen.

LA CORÉE DU NORD, UN PAYS FERMÉ Dans un monde où les relations diplomatiques sont le miroir de l’influence d’une nation, la Corée du Nord apparaît comme le pays le plus isolé. La politique de Kim JongUn se montre, en effet, hostile à une ouverture sur le monde: les seules exceptions du régime sont l’ouverture de négociations avec la Chine et à la Russie, avec qui le pays partage sa frontière Nord, pour s’alimenter en énergie. Mais ce sont toujours 24 millions de citoyens qui sont privés de contact avec le monde extérieur, avec la presse internationale et les réseaux sociaux: on estime à 30% la part de population bénéficiant de quelques renseignements mineurs sur le monde.

Pire, seule une minorité bénéficie d’un accès à l’Internet tel que nous le connaissons; ce sont pour la plupart des amis ou de la famille du dictateur, du personnel de l’armée et quelques scientifiques triés sur le volet par le pouvoir en place. On dénombre ainsi seulement 1024 adresses IP dans le pays. Pour la population nordcoréenne, il existe cependant un réseau Intranet, contrôlé par le régime. La censure y est forte pour les deux millions de personnes pouvant y accéder. Son contenu est faible: seuls les sites autorisés par le gouvernement peuvent s’y trouver, comme certaines chaînes d’informations locales. Là encore, l’Intranet sert les intérêts de la politique totalitaire de Kim JongUn.

Les utilisateurs du réseau y voient, par exemple, de nombreux messages à la gloire du régime apparaître, l’illustration du culte de la personnalité pratiqué dans ce pays. C’est dans cet environnement fermé que certains résistants tentent de créer une fissure social, en introduisant la pop culture dans les familles coréennes. LE RÊVE D’UN EXILÉ C’est un nord-coréen, exilé de son pays natal pour avoir écouté une radio sud-coréenne, qui est à l’origine du NKSC (North Korea Strategy Center), l’organisation qui fait passer les clés USB contenant les films occidentaux et les informations du monde extérieur. Cet homme, Kang Chol-hwan,

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INTERNATIONAL croit en la pop culture pour libérer les mentalités de la propagande anti-occidentale entretenue par le régime nord-coréen. C’est la lecture d’un livre interdit par le régime qui l’a lancé dans cette aventure dangereuse. Parmi les films diffusés par NKSC, on trouve notamment des œuvres traitant de dictature: Le Dictateur de Charlie Chaplin et Hunger Games en sont des exemples. Comble de l’ironie, certains disques durs contiennent également le film The Interview, qui avait suscité une vive polémique après avoir été piraté. Ce n’est cependant pas une entreprise sans risques: ses contacts en Corée du Nord y sont considérés comme des criminels. Concrètement, Kang Chol-hwan parvint à faire passer les précieux chargements en corrompant les responsables frontaliers à grand renfort d’argent, de drogues et d’alcool. Ces derniers, à l’heure donnée, ordonnent à leurs agents de prendre une pause, laissant ainsi le champ libre aux passeurs. On estime maintenant que le NKSC a réussi à faire passer plus 4000 clés USB l’année dernière et même 200 radios. Belle revanche pour cet exilé nord-coréen. LES PREMIERS PAS D’UNE RÉVOLUTION SOCIALE ? Le but ultime du NKSC est de parvenir à renverser le régime de Kim Jong-Un et d’installer une république sure en Corée du Nord. Ainsi, c’est avec optimisme que son leader s’exprime pour le magazine américain Wired: « Actuellement, il y a peut-être 30% de la population

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en Corée du Nord qui est renseignée sur le monde extérieur. Si on atteint 50%, on pourrait envisager des bouleversements dans le pays ». Pour Kang Chol-hwan, l’introduction de la culture occidentale au Pays du Matin calme est la plus grande peur du dictateur: elle remettrait en cause tout son régime, l’idéologie et le culte de la personnalité qu’il a construit. Il estime donc que pour chaque clé USB qui traverse la frontière, ce sont plus de cent personnes qui commencent à se questionner sur la vie qu’ils mènent. Pourtant, contrairement à Kang Chol-hwan, la majorité des coréens sont encore embrigadés et a peur du régime en place. Quand il était jeune, sa famille a été accusée de haute trahison envers la patrie, puis envoyée pendant dix ans dans un camp de « rééducation ». Ce fut l’élément déclencheur de sa prise de conscience. Pour d’autres activistes, ce sont les visionnages illégaux de films comme Titanic, qui ont ouvert d’autres perspectives. C’est le cas de l’une des membres les plus actifs, nommée Yeonmi Park. Grâce à Titanic, la jeune femme de 21 ans, qui vit maintenant à Seoul, a pris conscience qu’il n’était pas normal que le régime leur enseigne à mourir pour le pays. Le doux rêve du NKSC doit cependant faire face à la propagande qui sévit encore durement dans le pays. Ainsi de nombreux pères annoncent qu’ils seraient fiers que leur fils meure

pour la nation tandis que des orphelins affirment qu’ils n’ont jamais pleuré leurs parents car l’amour du régime les a soutenus. De plus, les prix des clés USB sont exorbitants – quasiment le budget nourriture d’une famille modeste pour un mois. Dans un pays où 80% des habitants ne mangent pas à leur faim, leur diffusion semble compromise. Tous les résistants se montrent optimistes, cependant: ils assurent donc que dans moins de dix ans, ils pourront voyager librement entre les deux Corées et retrouver leurs familles restées sur place malgré le danger. Vouloir libérer un pays entier grâce aux clés USB en introduisant une culture étrangère dans les mentalités est un joli rêve, un idéal. Il s’agit là d’amener aux populations de quoi réfléchir, que chacun ait toutes les options possibles avant de faire le choix de se lever ou non contre le régime. Pauline Parisse paulinedu88@gmail.com


INTERNATIONAL

LE CHEMIN DE croix des CHRÉTIENS D’ORIENT

17 février 2015 : 21 coptes égyptiens sont assassinés par Daech. 24 février 2015 : 90 chrétiens syriens sont enlevés par Daech. 26 février 2015 : 250 chrétiens assyriens sont enlevés par Daech. Ce qui était une plaie est aujourd’hui devenu un fléau. Pris dans les secousses qui sont en train de bouleverser l’ordre politique au Moyen-Orient, la survie des chrétiens est plus que jamais menacée. Dans l’ensemble de la région, ils sont devenus une des cibles privilégiées des mouvements djihadistes qui ont émergé à la faveur de la chute des régimes. Les bouleversements opérés suite au renversement de Sadam Hussein par les Etats-Unis et aux printemps arabes se sont fait au détriment de ces minorités. De l’Egypte à la Turquie en passant par la Syrie, ces communautés millénaires sont

aujourd’hui les principales victimes collatérales du conflit intra-musulman qui déchire Chiites et Sunnites. Elles vivent le calvaire de la persécution : marginalisation, expulsion, conversion forcée, enlèvements, assassinats... La liste est longue des malheurs qu’engendre la violence, qui connaît une ascension fulgurante depuis quelques temps. Dans le berceau du christianisme, la part de la population chrétienne est passée d’environ 20% en 1948 à guère plus de 5% de nos jours. Dans un contexte où il est difficile de ne pas se sentir concerné par cette souffrance dont il est trop peu question en Europe, nous vous proposons de mettre un coup de projecteur sur la réalité de la vie des chrétiens d’Orient, en survolant l’Irak, la Syrie, l’Egypte et la Turquie.


INTERNATIONAL

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IRAK

a situation des chrétiens d’Irak, dont la plupart appartiennent à l’Eglise catholique chaldéenne, est peut-être à ce jour la plus alarmante de toutes. Les chiffres font mal : en 2003, le pays compte 1.5 million de chrétiens. Aujourd’hui, ils ne sont pas plus de 150000. En 10 ans, 90% de la communauté chrétienne a disparu.

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Mossoul. Deuxième ville d’Irak, tristement connue pour ses massacres et ses expulsions. Située dans la partie Nord du pays, elle est depuis 9 mois aux mains des djihadistes de Daech, dont le mot d’ordre est d’éradiquer les musulmans chiites, et tous les « hérétiques » (tous ceux qui ne se rallient pas à leur bannière, musulmans ou non musulmans). Un ultimatum a été lancé aux chrétiens : la conversion à l’Islam, suivie du versement d’une taxe de 500 dollars par an et par personne (une fortune !), ou bien la mort. Face à cette situation, l’issue de la fuite

est logiquement privilégiée. S’ajoutent à cette menace enlèvements et demandes de rançons exhorbitantes, assassinats de prêtres et religieuses, obligation pour les femmes de porter le voile. Les étudiants s’efforcent quant à eux de sauver tant bien que mal les derniers livres qui ne sont pas encore brûlés. Il est aussi interdit de regarder la Coupe du monde, une «distraction idolâtre». Sur les maisons des chrétiens, marquées d’un « N », pour « Nazaréen », par les sbires d’Al Baghdadi (chef de Daech), des musulmans prennent le risque d’inscrire : «Nous sommes tous des chrétiens». La majorité d’entre eux sont actuellement réfugiés dans la région kurde du pays, tout près de Mossoul, dans la précarité et l’incertitude les plus totales, regrettant pour la plupart les beaux jours de sûreté sous le roi Fayçal II ou Saddam Hussein.


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e même qu’en Irak, les chrétiens de Syrie, formant une des plus anciennes communautés chrétiennes au Moyen-Orient, sont aujourd’hui aux premières loges des attaques de l’opposition au régime et des forces de Daech. Les quelque deux millions de chrétiens syriens se répartissent entre Alep (première ville chrétienne), Damas, Homs et d’autres villes où les combats se poursuivent. Leur positionnement politique n’est pas homogène et ils se voient souvent reprocher une certaine ambiguïté, entre silence de prudence et soutien au régime, car en Syrie, comme en toute autre terre à majorité musulmane, les chrétiens se savent en situation incertaine, et tendent donc à se placer du côté du protecteur des minorités, titre que revendique l’actuel président syrien. Mais aujourd’hui, l’heure n’est plus vraiment aux considérations politiques, les besoins humanitaires

augmentent de jour en jour. Depuis le début des combats il y a maintenant quatre ans, la Syrie aurait vu partir 400 000 de ses ressortissants chrétiens, fuyant l’insoutenable. Un des exemples les plus tragiques est celui de Maaloula, ville symbole pour les chrétiens d’Orient, inscrite au Patrimoine de l’humanité et lieu de cohabitation entre chrétiens et musulmans, où l’on parle encore l’araméen, la langue du Christ. En 2013, la ville fut investie par la rébellion au régime syrien, qui scandait à son arrivée : « nous sommes venus libérer Maaloula des croisés », ou « deviens musulman tu as la vie sauve ». A sa libération par l’armée syrienne quelques mois plus tard, l’ancienne ville symbôle est devenue une ville fantôme. Les monastères sont dévastés, icônes et reliques détruites, les croix arrachées, sans parler des morts et de la majorité des habitants qui ont pris la fuite.

SYRIE

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INTERNATIONAL

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TURQUIE

fficiellement, la République turque est un Etat laïque, se devant de respecter tous les cultes pratiqués sur son territoire. Mais la réalité est bien différente, et une fois de plus, il ne fait pas toujours bon vivre pour un chrétien dans ce pays à très forte majorité musulmane. Le pays compte en effet seulement 90 000 chrétiens, soit 0,1% de la population.

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Être chrétien aujourd’hui en Turquie, c’est être considéré comme un citoyen de seconde zone, les communautés de culte chrétien n’étant pas reconnues au niveau juridique (le patriarcat œcuménique est vu comme une institution étrangère). Nombreux sont ainsi ceux qui ont du mal à obtenir et renouveler leurs visas, ou encore ouvrir un compte bancaire, être propriétaires de leurs murs… Pis encore, des terrains leur sont confisqués de façon arbitraire : orphelinats réquisitionnés, bâtiments paroissiaux rasés pour faire place à un hôtel... Ceci étant, le service militaire ou le paiement des impôts leur est imposé comme à tout citoyen turc. Et ce n’est pas tout. Selon quelques journaux locaux, le nombre d’attaques à l’encontre des chrétiens est en constante augmentation, le discours anti-chrétien étant récupéré par la gente politique, dans un pays où l’Islam tend à s’imposer comme un marqueur de l’identité nationale.

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Au fond, le problème turc n’est donc pas d’abord religieux mais politique, les musulmans euxmêmes étant très encadrés par l’État. Celui-ci est d’ailleurs accusé depuis plusieurs semaines de mener un double-jeu au niveau de ses frontières, empêchant les habitants chrétiens de fuir, tout en laissant carte blanche aux djihadistes. Le revers positif de cette situation ultra-minoritaire est malgré tout l’entraide et la solidarité fleurissant entre les chrétiens et les musulmans turcs, dont 96% se déclarent respectueux de tout culte chrétiens. Il existe de nombreux exemples de cette coopération, dont celui du quartier de Kadiköy à Istanbul, où les religieux français partagent leur église avec les syriens-orthodoxes, qui n’ont plus de lieu de culte sur la rive asiatique du Bosphore depuis plus de quarante ans.


INTERNATIONAL

Tous les éléments étaient donc là pour faire subir aux chrétiens d’Egypte (ou Coptes) le sort aujourd’hui partagé par leurs frères d’Irak et de Syrie. Mais depuis mai 2014, suite à la prise de pouvoir par le général Sissi, qui mène une guerre sans merci aux islamistes, la question chrétienne s’est nettement améliorée dans le pays. Celui-ci aura d’ailleurs fait un geste unique cette année : il aura été le premier dirigeant musulman dans l’histoire égyptienne à assister à la messe de minuit du Noël oriental. Il va sans dire qu’aujourd’hui, les relations entre l’Eglise et le régime vont bon train.

Mais la situation n’est pour autant pas des plus rassurantes pour ces chrétiens d’Egypte. Le 16 février dernier, 21 coptes furent enlevés puis décapités par des soldats de Daech en Lybie, « simplement parce qu’ils étaient chrétiens » s’est écrié le pape François. La douloureuse question qui se pose dès lors est celle d’un MoyenOrient sans chrétiens. Les chrétiens d’Orient sont-ils condamnés à vivre en diaspora ? En effet, les soubresauts actuels que connaît la région - entre la radicalisation de l’affrontement Sunnisme/Chiisme et la montée en puissance du djihadisme- pourraient à terme mettre en péril la survie même des communautés chrétiennes de la région. Au niveau international, c’est le silence qui est de mise. La solidarité avec les communautés chrétiennes menacées serait-elle dépassée, démodée ? La question qui se pose pour un pays comme la France, qui préserve des liens historiques étroits avec ces communautés, est celle de la politique à adopter. Sur le court terme, un accueil en Europe pourrait être envisagé, car il s’agit aujourd’hui de survie. Mais la solution se trouve bien évidement au Moyen-Orient. Il faudrait donc aider les chrétiens à rester chez eux. C’est à la communauté internationale de trouver comment... Aïda Delpuech aidadelpuech@gmail.com

EGYPTE

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’Egypte a connu de nombreux soubresauts politiques depuis sa révolution du 25 janvier 2011, soulevée par la jeune génération qui prônait la liberté et l’égalité face à la dictature et au fanatisme. Mais le pays est très vite tombé aux mains des Frères Musulmans, qui n’ont pas tardé à le réformer à leur goût et ce toujours dans une optique anti-chrétienne : radicalisation des discours dans les mosquées, incendies d’églises, déportation forcée de villages, destruction de commerces, kidnapping de mineures avec conversion et mariage forcés, humiliation de l’image symbolique du pape, appels à quitter le pays. Ces persécutions ne datent cependant pas d’hier. Depuis les premiers siècles, l’Eglise égyptienne est appelée « Eglise des Martyrs », en raison de l’oppression qu’elle a subie durant son histoire.

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Depuis la révolution de 2010 et 2011, l’opinion publique a été fréquemment secouée par diverses arrestations qui visent la jeunesse militante en Tunisie. Les procès d’opinion se sont multipliés et la polémique ne retombe pas. Retour sur l’affaire Ayari.

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YASSINE AYARI la justice militaire en question

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ne autre affaire a éclaté dans la nuit du 25 décembre 2014. Le blogueur Yassine Ayari a été arrêté à l’aéroport à Tunis, en provenance de Paris. Cet incident fait suite à sa condamnation par contumace à 3 ans de prison assortie de l’exécution immédiate le 18 novembre dernier. Les charges pesant contre lui traitent de diffamation et d’outrage public envers plusieurs officiers supérieurs et cadres du ministère de la Défense, ainsi que de la propagation de rumeurs visant à déstabiliser les unités militaires. Après avoir fait opposition à ce jugement, Yassine Ayari a été finalement condamné par la justice militaire à un an de prison ferme pour atteinte à l’armée « avec ses statuts publiés sur son profil Facebook ». Le blogueur avait entamé pendant quelques jours une grève de la faim sauvage, depuis sa cellule à la prison de Mornaguia, dénonçant le refus des autorités « de l’autoriser à envoyer des lettres. » Plusieurs rassemblements et manifestations en soutien à Yassine

Ayari ont été organisés en Tunisie et à l’étranger depuis l’arrestation du blogueur. Human Rights Watch et Reporters Sans Frontières ont de leur côté dénoncé cette condamnation et ont réitéré leur appel à un traitement de l’affaire Yassine Ayari par les juridictions civiles et non militaires. La cour d’appel relevant du tribunal militaire a décidé, le mardi 03 mars 2015, de réduire la peine infligée au blogueur d’1 an à 6 mois. Le jeune homme, qui écrit un blog et s’exprime souvent sur les réseaux sociaux, était un activiste sous le régime de Ben Ali et a continué à être actif après la révolution de janvier 2011. Il est fils d’un colonel tué en mai 2011 dans des affrontements avec un groupe de jihadistes. Ces derniers mois, il s’est montré très critique envers le parti Nida Tounes et son chef Béji Caïd Essebsi, qui vient d’être élu Président de la Tunisie. De nombreuses personnes se sont indignées du fait que le tribunal militaire se donne le droit de juger des civils. En 2011 et sous le gou-

vernement du Béji Caid Essebsi, le ministre de la justice Lazhar Karoui Chebbi a décidé de déférer les procès en relation avec les martyrs et les blessés de la révolution impliquant l’appareil sécuritaire ou militaire à la compétence des tribunaux militaires. Ainsi et depuis, des civils tel que Ayoub Messaoudi ont été condamnés à des peines de prison par le tribunal militaire. Cette problématique est d’autant plus importante que la Constitution promulguée en Janvier 2014 reste floue. «Article 110: Les tribunaux militaires sont compétents pour les infractions d’ordre militaire. La loi détermine leurs compétences, leur composition, leur organisation et leurs procédures ainsi que le statut de ses magistrats». À l’absence de définition de ce qui se rapporte aux «infractions d’ordre militaire», s’ajoutent les dispositions transitoires qui laissent au législateur toute la latitude pour décider ou non de l’amendement des lois en vigueur relatives aux compétences de la justice militaire. Ar-

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ticle 149: «Les tribunaux militaires poursuivent l’exercice des compétences qui lui sont attribuées par les lois en vigueur jusqu’à son amendement selon les dispositions de l’article 110». L’organisation ‘ARTICLE 19’ a dénoncé la condamnation du blogueur Yassine Ayari qui « constitue une violation flagrante du droit à la liberté d’expression tel qu’il est protégé par la Constitution du 27 janvier 2014 et le droit international». «Personne ne devrait aller en prison pour avoir critiqué les institutions de l’Etat » note la directrice des projets d’ARTICLE 19 Saloua Ghazouani, citée dans un communiqué publié par l’organisation. Et ajoute «Il est particulièrement inquiétant que les tribunaux militaires continuent à rendre des décisions en matière de diffamation sur la base du code de la justice militaire. Seules les juridictions civiles devraient être compétentes pour juger de ce type d’affaire». Pour Mme Ghazouani, la diffamation doit être entièrement dépénalisée en Tunisie. Suite à l’arrestation de Yassine Ayari, une vague de soutien a émergé sur les réseaux sociaux. «Non au jugement des civils par les tribunaux militaires (...) Yassine Ayari doit être libéré immédiatement... je ne

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partage pas les idées de Yassine Ayari mais je refuse qu’un civil soit jugé par le tribunal militaire» – Leila Ben Debba, avocate et politicienne. «La liberté pour Yassine Ayari. Ce n’est pas parce que vous ne l’aimez pas ou qu’il ne vous plait pas, qu’il faut s’en prendre à lui alors qu’il est en prison. Non aux condamnations militaires pour les civils. L’institution militaire n’est pas au-dessus des critiques.» – Azyz Amami, militant cyber-activiste. Ismail Lassoued mr.ismail.lassoued@gmail.com


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huter pour mieux se relever. Des déceptions qui donnent naissance à de nouvelles impulsions. La carrière de Teddy Tamgho est une alternance de faits divers et de performances de haut vol. Comme si la vie du triple sauteur allait trois fois plus vite, le garçon de Seine Saint-Denis est, à 25 ans seulement, champion du monde, 3ème meilleur performeur de tous les temps dans sa discipline, mais spécialiste des accrocs. TRIP s’est penché sur le destin de cet athlète de standing international, pugnace et persévérant.

TEDDY Les clubs d’athlétisme franciliens comptent d’innombrables talents mais il y a fort à parier que le jeune garçon âgé de 13 ans qui a poussé les portes du Dynamic Aulnay Club était un des plus brillants d’entre eux. Teddy Tamgho s’illustre très tôt grâce à ses capacités naturelles dans les épreuves de sauts. A 17 ans, il est le meilleur français chez les jeunes et rejoint le groupe d’entraînement de l’INSEP, le cœur du sport de haut niveau tricolore. Accompagné de son nouveau coach Jean-Hervé Stievenart, Tamgho devient le meilleur mondial dans sa

catégorie d’âge et remporte même, à 18 ans, le titre de champion de France « élite » alors qu’il n’est que junior. Animé par le rêve olympique, il flirte avec les minimas fixés à 17m10. Le nouveau sociétaire du CA Montreuil efface pourtant deux fois cette barre virtuelle mais une fois dans des conditions de vent trop important, et une seconde fois après la date limite.

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SPORT COUPS ET BLESSURES Le concours de triple saut des championnats du monde de Daegu (Corée du Sud) s’annonce très intéressant, avec une grosse densité d’athlète au plus haut niveau. Seulement, une blessure à la cheville prive Tamgho de cet événement et déclenche une spirale d’ennuis, qui verra alterner blessures et suspensions pendant les années suivantes.

TOUT S’ACCÉLÈRE À DOHA Tamgho écrit la première lettre dorée de son palmarès international en 2010, lors des Championnats du Monde en salle à Doha, au Qatar. Sa performance de 17m90 constitue même un nouveau record du monde. En plein air, le triple-sauteur acquiert une régularité au-delà des 17 mètres et établit la meilleure performance mondiale de l’année avec un retentissant 17m98 : record de France amélioré de 35cm, 7ème meilleure performance de tous les temps. Seuls deux athlètes sont allés plus loin : le recordman du monde Jonathan Edwards (18m29) et Kenny Harrison (18m09). Malgré des Championnats d’Europe en demi-teinte (médaille de bronze), le jeune homme s’adjuge la Ligue de Diamant, qui récompense l’athlète le plus régulier de

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chaque discipline dans les meetings les plus prestigieux. A l’issue de la saison 2010, Tamgho décide de changer d’air et s’associe avec Ivan Pedroso, 4 fois champion du monde de saut en longueur, qui devient son entraîneur. BRILLER À DOMICILE C’est en France que Teddy Tamgho va améliorer, à deux reprises en deux semaines, son record du triple-saut en salle : 17m91 aux Championnats de France d’Aubière, puis 17m92 aux Championnats d’Europe à Paris-Bercy.

En effet, une longue indisponibilité le prive des Championnats d’Europe Espoirs, des Mondiaux, et de ses principaux objectifs. A la suite de cette blessure, la Fédération suspend Tamgho en raison de comportements violents envers une jeune athlète du CREPS de Boulouris et de membres de l’encadrement. Cette décision le contraint à renoncer aux Championnats du Monde en salle de 2012, mais le triple-sauteur reste accroché à l’ambition de tout sportif : concourir aux Jeux Olympiques. La blessure de 2011 laisse encore des traces dans la chair de Teddy Tamgho, qui doit subir une opération le 4 juin 2012 en raison d’une excroissance osseuse au tibia. Tamgho forfait pour les Jeux. CHAMPION

Pendant la saison estivale, l’athlète français s’affirme comme l’un des leaders de la discipline en multipliant les sauts au-delà des 17 mètres et en établissant la meilleure marque de la saison avec 17m91.

Mais le lieu d’expression d’un champion d’exception est la piste, le parquet et le terrain, et c’est là que Tamgho montrera son vrai visage après en avoir fini avec ses déboires judiciaires et ses pépins physiques. Après deux saisons


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çais a presque déjà la médaille d’or autour du cou quand il se présente face au sautoir pour son 6ème et dernier essai.

blanches, le troisième meilleur triple-sauteur de l’histoire revient aux affaires en mai 2013. La saison est remarquable, tout d’abord pour sa densité d’athlètes allant régulièrement à plus de 17 mètres mais aussi pour cette rivalité singulière avec l’américain Taylor et le cubain Pichardo ainsi que cette émulation avec les français Rapinier et Compaoré qui vont donner des ailes à Tamgho. Le ticket pour les mondiaux de Moscou est validé avec 17m30 à Besançon. Tamgho donne rendez-vous au gratin mondial le 18 août. 18 MÈTRES Finale des Mondiaux. Tamgho et le cubain Pichardo se rendent coup pour coup et réalisent la même performance avec 17m68 (cependant, le français est en tête du concours à la faveur d’un 2ème meilleur bond). Le sauteur fran-

Un cloche-pied de 6,16m. Une foulée bondissante de 5,30m. Un dernier saut de 6,58m. Un saut d’un équilibre parfait qui sera mesuré à 18m04 ! Teddy Tamgho, le gamin de Seine Saint-Denis, devient le troisième homme au-delà des 18 mètres derrière les mythes Edwards et Harrison. Le triple-sauteur devient le 5ème champion du monde d’athlétisme français de tous les temps. A peine redescendu de son nuage moscovite, Tamgho repart au travail. TROIS « NO-SHOWS » ET UNE BLESSURE QUI NE GUÉRIT PAS Teddy Tamgho prépare la saison en salle quand son tibia gauche cède une nouvelle fois. Une nouvelle fracture. De plus, l’athlète subit trois « noshows », c’est-à-dire trois manquements à l’obligation de géolocalisation quotidienne à laquelle sont soumis les sportifs de haut niveau français. Cette règle, créée

pour lutter contre le dopage par la favorisation des contrôles inopinés, entraîne un an de suspension quand elle est transgressée. Tamgho est donc suspendu par la Fédération Internationale d’Athlétisme jusqu’au 18 mars 2015. ET MAINTENANT ? Deux évènements majeurs se profilent pour l’athlétisme : les Championnats du Monde 2015 à Pékin, et les Jeux Olympiques 2016 à Rio. Tamgho veut y briller, y marquer encore plus l’histoire, y étoffer son palmarès.

L’athlète français effectue son retour à la compétition, après 18 mois, le 21 mars 2015 à Eaubonne. En quête de repères, il réalise 16m78 : loin de ses standards habituels, mais qu’importe. L’objectif est de récupérer des sensations avant de retrouver ses meilleurs ennemis aux Etats-Unis, avec notamment le champion olympique Taylor.

Martin Cauwel martin.cauwel@yahoo.com TRIP Magazine n°22

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INHERENT VICE, véritable tâche sur le travail du réalisateur PAUL THOMAS ANDERSON :

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éritable visage du cinéma indépendant américain, Paul Thomas Anderson, trop souvent confondu avec le plus que médiocre réalisateur de Résident Evil Paul W.S Anderson, revient dans les salles en 2015 après seulement deux ans d’absence. En effet, Anderson a toujours utilisé un nombre faramineux d’années pour mettre en œuvre ses films. Autre caractéristique désarmante chez Anderson, c’est que ce nombre d’années grandiose et cette préparation fastidieuse n’ont pas suffit à effacer la controverse, tant ses films peuvent à la fois attirer l’admiration tout comme engendrer le mépris. À quoi cela estdû ? La durée des films de Anderson tout d’abord, puisque mis à part deux de ses films, tous excédent la durée de deux heures, atteignant parfois les trois, comme Magnolia. Le choix des thématiques surtout, déstabilise l’audience, allant du porno dans les années 70 avec Boogie Nights au principe des sectes avec The Master. De ces thématiques découle une ambiance lancinante, inscrivant la filmographie de Anderson dans le drame profond. Néanmoins, la part d’ambivalence d’Anderson surprend également, car il est ambidextre : sa main gauche jongle avec le drame extrême tandis que sa main droite manipule la comédie jubilatoire, à l’image de Inherent Vice. Malgré cette faculté d’adaptation à deux genres contradictoires, Paul Thomas Anderson brille plus lorsqu’il ne recherche pas le rire dans ses œuvres, Punch Drunk Love étant son seul faux pas, et Inherent Vice étant... inégal.

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La toile de fond de ma critique sur Inherent Vice sera teintée de nuances de gris, car il comporte des qualités notables tout comme des défauts gênants. D’un côté, on peut mettre en exergue le personnage principal du film, Doc Sportello, détective improbable et hippie archétypal, accompagné par des seconds rôles de qualité qui resplendissent de leur excentricité et de leur imprévisibilité comme par exemple le policier Bigfoot que Josh Brolin interprète à merveille. Les acteurs réalisent d’ailleurs un sans-faute, Joaquin Phoenix en Doc Sportello, sans oublier Bénicio Del Toro ou la sensuelle Katherine Waterson. Ces personnages s’animent dans un univers reconstitué sans limites par Paul Thomas Anderson, qui cherche à nous immerger dans cette ambiance suave et psychédélique de la fin des années 60. La capacité immersive de Inherent Vice, bien que finie, existe donc, un charme poétique s’en dégageant, aidé notamment par la

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bande son en partie composée par le guitariste du groupe fantastique qu’est Radiohead.

Mais tout cet emballage ravissant ne dissimule finalement qu’un cadeau plutôt décevant. De l’autre côté, on peut déplorer la longueur d’Inherent Vice. Contrairement à Magnolia puis There Will be Blood, Inherent Vice n’use pas de sa durée pour développer des épisodes scénaristiques attractifs. Le film désappointe par un cruel manque de rythme, l’ennui s’accélérant au détriment du plaisir. Inherent Vice s’égare dans des virages maladroits et répétitifs, des personnages trop fugitifs et passagers, ou dans un humour qui tend à s’essouffler rapidement. Inherent Vice, à force de se perdre et de perdre le spectateur, laisse une impression de film sans orientation précise, impression à laquelle s’ajoute la désagréable sensation d’une réalisation sans ambition de Anderson, ce qui est inhabituel. L’intérêt du

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film est alors remis en cause, n’est ce finalement pas qu’une version filmée du livre de Thomas Pynchon ? Ainsi, si on retire la photographie, Inherent Vice apparaît comme un produit plutôt vide et creux.

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Paul Thomas Anderson mérite toute l’affection qu’on peut lui porter, Magnolia, The Master ou There Will Be Blood étant des chefsd’œuvres. Mais comme chaque homme, il fait des erreurs, et Inherent Vice est l’une d’entre elles. Pour rectifier mon intolérance vis à vis du film, notons que le film aura au moins servi à prouver qu’une adaptation littéraire reste inutile si un point de vue n’y est pas insufflé, ou qu’une belle photographie ne suffit pas à sauver un film du naufrage. Donc, Anderson, conservez vos habitudes d’exploiter plusieurs longues années pour privilégier la qualité de vos futurs projets. Arthur Guillet arthur.guillet1997@gmail.com


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SUPER HÉROS AU

CINÉMA UN AVENIR COMPLEXE

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ollywood et les super-héros est une histoire d’amour éternelle. Malgré parfois quelques séparations, quelques accidents de parcours (certains vieux superman ou l’horrible Catwoman incarnée par Haley Berry) parfois intéressée, (ce sont toujours d’énormes succès au box-office) mais quelque fois passionnelles (comme les Batman de Nolan), l’industrie cinématographique américaine ne s’est jamais privée pour nous offrir des adaptations à tour de bras. Bientôt en salles sortira le très attendu Avengers : L’ère d’Ultron qui poursuit la saga « fil rouge » de Marvel. En cette occasion, il est tant de se pencher sur l’avenir de nos héros préférés pour savoir un peu ce qui les attend, sur leur avenir et sur les risques que le genre pourrait encourir.

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Il semblerait que depuis quelques années les super héros connaissent leur âge d’or sur grand écran. Désormais, grâce à l’avènement du numérique, ils deviennent bien plus faciles à réaliser et se sont donc multipliés. Les gardiens de la galaxie, Avengers ; adieu les collants en lycra et bienvenue à la motion capture et aux fonds verts. Les films sont désormais construits et dépendant de ce changement et ce n’est pas prêt de s’arrêter. C’est grâce à cette facilité qu’est arrivée cette affluence de suites, de redites et de films de plus en plus simplets. Car même si on aime le genre, comment ne pas ressentir une forme de lassitude face aux mêmes super-héros, embarqués dans des histoires somme toute très similaires entre elles.

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Spiderman, par exemple, a subit de nombreuses versions puisque la première trilogie a déjà eu un reboot avec sa version « Ultimate » qui s’est avérée être nettement moins bonne, en terme financier comme en terme de qualité. Les suites n’en finissent plus, les adaptations s’accumulent et on finit par voir les mêmes personnages, encore et encore. Pourquoi ? Car DC comics et Marvel, les écuries majeures du genre, comptent sur des héros connus et aimés de tous, y comprit pas ceux qui n’y connaissent rien en super héros. Combien de personnes ont déjà entendus parler de Cyborg, d’Elektra ou de Raven ? Mais combien, à l’inverse, connaissent parfaitement Hulk, Green Lantern ou les 4 Fantastiques ? Les studios choisissent toujours la facilité et

prennent rarement des risques, car ces films coûtent cher, très cher, mais rapportent souvent beaucoup plus quand ils attirent du spectateur. Nous n’en sommes qu’au second Avengers mais que se passera-t-il quand sortira le 4ème, ou le 5ème ? Les histoires des comics sont cycliques et font toujours l’objet de suites car c’est dans leur nature. Mais le cinéma n’est pas forcément adapté à ce fonctionnement. Comptez combien de films Batman ont étés réalisés et vous vous rendrez compte du court champ d’action que possèdent les suites. On finit par avoir un paysage cinématographique uniforme et qui n’éveille plus la curiosité, car on joue sur ce qui a marché pour continuer à gagner. C’est un problème récurrent à Hollywood où l’audace est parfois


mise à rude épreuve. Si vous regardez ces films vous verrez qu’ils se ressemblent foncièrement les uns par rapport aux autres, alors que sur papier glacé, ils possédaient des atmosphères bien différentes. Face à cela, le spectateur va finir par probablement se lasser, ou du moins, même si le succès est au rendez-vous, le genre va devenir profondément indigeste et inintéressant... Malgré tout il ne faut pas non plus sombrer dans un pessimisme artistique. Il n’y a qu’à repenser aux « Batman » des frères Nolan qui ont su ressuscité un héros qu’on avait tué à coup de navets. On peut dépoussiérer ces histoires, leur donner plus de réel, les faire évoluer, retransformer leurs psychologies et les réinventer. Car chaque auteur ou scénariste peut se les

réapproprier. On peut rendre ces histoires intelligentes, créatives, car c’est dans l’ADN des œuvres de base. Les BDs de DC comics et de Marvel possèdent de multiples versions pour de multiples héros, toutes plus dingues les unes que les autres : Des versions zombies, où les méchants deviennent les gentils, où Superman se bat pour le compte des nazis... Pour ce qui est des héros classiques, il semblerait que le calendrier des deux studios nous préparent des films basés sur des personnages aimés mais aussi sur de nouveaux héros : Ant-man, Gambit, Deadpool, qui sont déjà adorés par les puristes, seront découverts par ceux qui ne les connaissent pas. C’est donc très agréable mais cela présente aussi des risques

d’édulcorer les personnalités : le comics est violent, plein d’horreur parfois, a aussi des références sexuelles pour certains... S’ils souhaitent adapter des créations telles que celles-ci, il faut prendre tout et prendre le risque de restreindre le public, mais d’en garder l’essence. Ils sembleraient donc qu’ils osent, qu’ils se décident à prendre des risques. Par ailleurs certaines adaptations ont amplement comprit le message que véhiculaient les œuvres d’origine comme la saga X-men qui pose parfaitement l’enjeu psychologique de l’histoire : être brimé à cause de sa différence et faire soit le choix de se retourner contre ses agresseurs (tel Magneto) ou au contraire le choix de les instruire pacifiquement (comme Professeur Xavier).

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L’opposition entre les deux hommes s’inspire d’ailleurs des différences de méthodes entre Malcom X et Martin Luther King. Ce petit exemple vous montre bien que les comics sont loin de n’être que des objets de divertissement comme pourrait nous le faire croire le Green Lantern joué par Ryan Reynolds par exemple, qui est d’une qualité scénaristique assez déplorable. Ce sont des bijoux d’esthétique et d’influence, où des auteurs aux perceptions et aux points de vue différents ont créé des versions alternatives de mêmes personnages. C’est ce que nous ont parfois offert les multiples suites (les Batmans réalisés par Burton, puis ceux de Nolan se sont ajoutés aux versions ringardes et WTF de 1966). Ils sont d’un potentiel artistique que les cinéastes doivent concevoir, et utiliser. C’est, dirons-nous, le bon avenir des super-héros, ce

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qui les fera voler de manière éternelle contrairement aux petits succès médiocres et peu créatifs que sont certains Iron Man. Par ailleurs, il semblerait qu’en quelques années Marvel et DC comics aient décidé d’attaquer de nouveaux formats et en particulier celui de la série. The Flash, Agents of Shield, Arrow, Gotham, tant de nouveautés télévisuelles qui offrent un élargissement du genre. C’est peut être au petit écran que se trouve cet avenir, les comics possédant des formats narratifs totalement en adéquation avec ceux d’un épisode.

C’est donc un avenir bien compliqué qui attend nos super héros et avec de multiples difficultés : se devant tantôt d’être familier pour garder ses spectateurs, offrir à des fans exigeants ce qu’ils veulent voir tout en apportant de la nouveauté, garder l’essence

des œuvres originelles, tant de challenges qu’ils se doivent d’accomplir. Le calendrier de Marvel et DC semble bien chargé, du moins jusqu’en 2020, et ce sera à cet instant qu’il sera l’heure de faire le point. Car les films de super héros resteront toujours d’immenses succès et rapporteront toujours des millions de dollars, seulement ils risquent quelque chose de bien plus dommageable. Qu’on les regarde dans 30 ans comme des vieux films en « tout numérique » qu’on avait oublié jusqu’alors, comme nous regardons maintenant les vieux supermans et wonder woman avec une affection un brin moqueuse.

Maxime Lavalle maxime.lavalle@gmail.com


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près trois films étant loin d’avoir fait l’unanimité, Tim Burton revient avec Big Eyes. 20 ans après Ed Wood, le réalisateur déjanté renoue dans son 17ème film avec le biopic, genre qu’il avait depuis abandonné. Si vous entrez dans la salle obscure en vous disant : « chouette un nouveau Tim Burton ! », demi-tour, vous faites fausse route. En effet, vous aurez beau chercher, ni Johnny Depp, ni un monstre quelconque, ni un squelette animé ou un arbre fané ne pointera le bout de son nez.

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OÙ EST PASSÉE LA

FOLIE BURTONIENNE ?

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ci, l’histoire est celle de Margaret Keane, peintre fameuse pour ses enfants aux yeux disproportionnés, admirée par Andy Warhol. Une des artistes les plus appréciées du public durant les années 60. L’anomalie est la suivante : pendant des années, ce sera son mari, un menteur de génie, qui signera ses toiles, s’attribuant tout le mérite et la gloire de ses peintures. Le film raconte sa soumission puis sa lutte acharnée pour être reconnue comme étant l’auteure des tableaux. L’ambiance sixties, riche en jupes crayon aux motifs flashys, les voitures vintages brillantes et le décor qu’est celui de la Californie des

années 60, riche en couleurs et en folies est à des années lumière de l’atmosphère d’un film comme Sleepy Hollow du même réalisateur. Une atmosphère sombre et inquiétante qui est devenue la signature de Tim Burton. Malgré ce changement radical d’esthétique et d’ambiance, plusieurs éléments font de Big Eyes un de ses films les plus personnels. Premièrement, les « Crazy Eyes » de Margaret Keane ont été une grande source d’inspiration pour la création des personnages de Tim Burton, que ce soit le chat de Alice au Pays des Merveilles, les personnages de L’étrange Noël de Mr. Jack et des Noces Funèbres ou de Willy Wonka dans Charlie et la Chocolaterie qui

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les scénaristes Scott Alexander et Larry Karaszewki avec qui il a déjà collaboré pour Ed Woods qui prouvent encore dans ce film leur talent à faire de vies complexes un scénario fluide qui semble s’être écrit seul. Cette équipe d’anciens est étoffée par des nouvelles têtes, à commencer par Amy Adams et Christoph Waltz, les deux rôles principaux. Malgré tout, Big Eyes ne parvient pas à surprendre et à émerveiller. C’est aux moments où on pense que la folie burtonienne va enfin éclater (les personnages que Margaret croise ont à leur tour de grands yeux énormes et terrifiants) que la pression redescend très vite, restant très terre à terre. On sent malheureusement comme un désir de fantaisie qui se retrouve bâillonné par un triste devoir de raconter cette histoire de la manière la plus neutre et la plus réaliste possible. Cela donne une sorte de film de série B, dont Tim Burton s’inspire visiblement beaucoup, ce genre de film qui se regarde un dimanche après midi sur M6. Dommage. Aussi, la performance d’Amy Adam qui incarne Margaret Keane laisse à désirer apportant peu de complexité au personnage par un jeu monotone et offrant une vision un peu trop idéalisée de l’artiste. Avec elle, le message d’émancipation de la femme est presque trop flagrant et grossier, le rendant presque ridicule. femme est presque trop flagrant et grossier, le rendant presque ri-

dicule. Aucune idée de mise en scène n’est visible à l’écran, l’image reste très classique. Un grain de folie est pourtant apporté par les tableaux oniriques et délirants qui font constamment partie du décor. Malheureusement la créativité n’est pas au rendez vous, une absence inquiétante pour un film dont le sujet principal est la création artistique et le statut de l’artiste. Je vous rassure, tout n’est pas à déplorer. Il faut souligner la prestation incroyable de Christoph Waltz qui donne à son personnage une dose jubilatoire de folie qui atteint


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son apogée dans la dernière séquence au tribunal où il nous offre une scène d’anthologie. On peut aussi apprécier le discours tenu sur le milieu de l’art qui est montré tenu par des show-mans et non plus par des artistes, une réflexion sur la marchandisation de l’art et le rôle des médias et des critiques qui privilégient une certaine élite de l’art contemporain au détriment de l’art dit « grand public ». Joaquim Fossi fossijoaquim@gmail.com

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GAZA SOUS LES

BOMBES DE BANKSY La bande de Gaza, territoire palestinien enclavé entre l’Israël et l’Egypte. Gaza, la capitale, est une ville dévastée par les conflits engendrés par les tensions entre Israël et Palestine ainsi que par les bombardements israëliens depuis de nombreuses années et coupée du monde dès l’embargo imposé par l’État hébreu en 2006. C’est dans ce champs de ruines que Banksy s’est rendu en février dernier, caméra au poing et bombes de peintures dans la poche, forcé d’emprunter un tunnel clandestin pour accéder à la ville. Car Gaza est une enclave, hermétiquement fermée à tous ceux qui voudraient y entrer mais surtout à tous ses habitants qui souhaiteraient en sortir. Une « prison à ciel ouvert » comme beaucoup la qualifient.

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« C’est toutefois assez injuste pour les prisons : elles, au moins, n’ont pas l’électricité ou l’eau potable coupées sans raison pratiquement tous les jours. » déclarait Banksy sur son site. Le street artist est mondialement connu depuis la fin des années 90 pour ses œuvres très engagées telles que Napalm, qui s’insurge contre le gouvernement américain durant la guerre du Vietnam, montrant la petite vietnamienne de la photo de Nick Ut qui tient la main de Mic-

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key Mouse et Ronald Mc Donal ou encore ses nombreuses attaques contre la société de consommation. L’artiste acquiert une plus grande notoriété en 2005 lorsqu’il se rend une première fois à Gaza, pour le projet Santa’s ghetto lors duquel il peint le mur de séparation entre Israël et Palestine. Banksy recouvre le mur de grandes fresques, pour « apporter de l’espoir aux populations civiles », tel un manifeste

pour la liberté. Lors de la réalisation de l’une de ses fresques, un homme s’approche de l’artiste pour lui dire qu’il rend le mur beau. Banksy s’apprête à le remercier quand l’homme poursuit : « Mon peuple ne veut pas que ce mur symbole de haine soit beau. On ne veut pas de ce mur du tout. Vous feriez mieux de rentrer chez vous. » Fin février dernier, Banksy poste sur son site une vidéo, accompa-


ART gnée de quelques photos. La vidéo est en fait un court documentaire d’une minute trente, sous la forme d’un clip touristique, présentant la ville de Gaza comme une destination de rêve. Avec une ironie acerbe, l’artiste filme l’étroit tunnel permettant l’accès à la ville, sous-titrant « Une destination bien loin des touristes », avant d’ajouter « l’accès se fait via un réseau de tunnels illégaux. » ou encore « Les habitants aiment tellement cette ville qu’ils ne la quittent jamais », suivi de « car ils n’en ont pas le droit. » sur les images des ruines de Gaza. Les photos quant à elles sont celles des quatre pochoirs que Banksy a peint sur les rares murs restants de la ville. Le premier représente

un chaton blanc, orné d’un nœud rose et est accompagné d’une explication de l’artiste : « Je voulais souligner la destruction de Gaza en publiant des photos sur mon site, mais sur Internet les gens ne regardent que des photos de chatons. » L’humour noir rageur de Banksy nous met encore une fois une claque et souligne l’inaction des gouvernements étrangers. Les deux autres tags sont tout aussi ébranlant. L’un d’eux montre un manège d’enfants, monté sur un mirador pour mettre en lumière la surveillance permanente des gazaouis et le désespoir des jeunes qui représentent plus de 60% de la population de la ville. Le second est un penseur de Rodin, enclavé entre deux murs pour exprimer la pensée étouffée de la population.

La dernière photo est celle d’un ultime mur, sur lequel Banksy a bombé une phrase, rouge sang : « En nous lavant les mains du conflit entre les puissants et les faibles, nous prenons le parti des puissants, nous ne restons pas neutres. » Un appel clair et violent aux démocraties pour la défense des civils qui se trouvent désœuvrés, enfermés dans leur ville détruite et désespérés devant l’immobilisme occidental.

Le lien vers la vidéo : h t t p s : / / w w w. y o u tu b e. c o m / watch?v=kgzyOAqwHjI LOUISE BUGIER lou.bugier@hotmail.com

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LE BORD DES

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L’art comme on ne l’a jamais vu

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arcel Duchamp se demandait : « Peuton faire des œuvres qui ne soient pas d’art ? ». Ainsi, un collectif d’artiste, très hétéroclite, s’est regroupé au Palais de Tokyo pour essayer d’y répondre et de nous montrer le dépassement profond d’une norme artistique qui délimiterait les frontières de l’art en lui-même. Les limites sont alors toujours repoussées plus loin pour nous transporter dans un univers qui bouleverse profondément notre vision artistique. Les œuvres présentées, non moins originales et impressionnantes, se trouveraient-elles, dans un autre monde, à première vue, peu artistique ? L’art apparaitrait-il dans les endroits où l’on s’y attend le moins ? Tant d’interrogations que l’exposition tente d’éclairer. Mais la question la plus marquante, celle qui nous torture tout au long de notre parcours au sein des installations, est celle concernant l’authentique définition de l’art. Il est vrai que chacun d’entre nous, âme artistique ou non, a déjà été amené à se demander « qu’estce que l’art ? ». L’exposition, elle, semble être la démonstration même que l’art a pour unique définition celle que nous lui donnons.

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Les projets exposés sont très diversifiés : vidéos, vêtements, sons, cheveux, pierres, mathématiques, inventions, larmes, jeu de cartes et bouts de savon... Certains de ces matériaux ont sûrement dû retenir votre attention mais c’est de cette manière que ces artistes, sortis de l’ordinaire, exposent leur propre conception de l’art pour remettre en cause la nôtre. L’exposition démarre par un champ de bataille, une « organisation du chaos ». Bridget Polk, américaine née en 1960, réalise des sculptures ou « balancing rocks » (voir photo 1) qui semblent, à première vue, impossible à réaliser. En effet, grâce à l’utilisation des lois de gravité, elle fait tenir en équilibre divers matériaux tels que du parpaing, des briques, des roches naturelles ou encore des dalles en ciment. Ainsi, elle place au centre de son monde artistique la pierre et l’équilibre précaire. Plus loin, toujours centré sur le thème de la nature, apparaissent des expériences scientifiques toujours artistiquement mises en valeur. Ainsi, Tomàs Saraceno (voir photo 2) expose des toiles d’araignées et Rose-Lynn Fisher (voir photo 3) une étude au microscope des larmes de l’artiste ou de ses proches. Plus original et inattendu encore, Laurent Derobert s’attaque aux « mathématiques existentielles » qui semblent traduire par des équations, des sentiments à travers des poèmes mathématiquement organisés (voir photo 4).

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Un autre artiste s’interroge sur l’anthropocentrisme. C’est ainsi que le hollandais Theo Jansen crée les Strandbeests ou « créatures de plage » (photo 5) qui nous assaillent tant la grandeur et la complexité de leur confection sont impressionnantes. Construites à partir de tubes d’isolation électriques, de tiges de bambou, de serre-câbles et de voiles. Ces étranges constructions nous amènent à nous demander quelle est notre réelle place dans le monde: « Malgré Galilé, malgré Darwin, les humains tiennent toujours à se considérer comme le centre de la Création. Envisagez tout cela du point de vue de la feuille de papier. Pour la feuille de papier, l’humain n’est rien d’autre qu’un tas de molécules de protéines ». Il considère alors ses constructions comme des êtres à part qui possèdent leur propre raison d’être. MAIS FINALEMENT, QU’EST-CE RÉELLEMENT « LE BORD DES MONDES » ? Bord représente la ligne qui forme le contour d’une chose. Ici, cette ligne est imaginaire puisque la limite de l’art n’est qu’une notion qui apparait impossible à définir. Le mot monde, lui, provient du latin mundus (ou cosmos en grec) et représente ce qui est arrangé, net ou encore pur. Littéralement cela signifierait le contour d’une multitude de choses pur. Pourtant, aucun des artistes ne cherchent à rendre son monde artistique.

Le titre prend alors tout son sens lorsque les installations cassent toutes notions dogmatiques de l’art. L’étendue de ces mondes est alors immense. En effet, les artistes se lancent tours à tours dans des conceptions follement déroutantes. L’art apparaîtrait alors dans de nombreuses sphères cachées, non explorées par les communs des artistes mais découvertes par les plus aventureux. Chloé Cenard chloe.cenard@laposte.net


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Ce sont, comme le titre l’indique, des Zigmund Follies, que j’ai eu la joie de découvrir dans un théâtre pas comme les autres : le théâtre du Grand Parquet !

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Un théâtre pas comme les autres De l’extérieur, ce théâtre a des allures de une baraque de foire : c’est un théâtre rouge et jaune vif, criant sa bonne humeur et sa convivialité dans un quartier populaire du 18ème arrondissement de Paris. Poussée la porte d’entrée de ce théâtre étonnant, on y découvre un lieu très convivial, comme une seconde maison où l’ambiance est chaude et populaire. Le ton est donné d’entrée de jeu car le hall du théâtre présente des objets de la compagnie

Philippe Genty. Compagnie qui a pour l’habitude de se produire sur le dit parquet du théâtre. Au programme également, des spectacles ouverts sur le monde présentant des créations d’Asie ou d’Afrique, des spectacles jeune public et une volonté affichée de s’ancrer dans son territoire en lien avec différentes associations du quartier. Un lieu chaleureux et accueillant où il fait bon s’enfermer, même par un dimanche après-midi ensoleillé !

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Zigmund Follies, un spectacle historique Zigmund Follies est un des tout premiers spectacles de la compagnie Philippe Genty, créée par ce marionnettiste et sa femme chorégraphe Mary Underwood en 1968. Cette compagnie explore les méandres de l’inconscient humain et présente des spectacles aux dimensions poétiques et oniriques par l’usage de la marionnette principalement mais aussi du théâtre d’objets et de la danse. Zigmund Follies est donc l’un des premiers spectacles de la compagnie qui a vu le jour dès 1983 et qui ne s’est pas éteint depuis ! En 2000, deux nouveaux marionnettistes s’emparent du spectacle, le rallongent et le jouent régulièrement depuis, notamment au théâtre du Grand Parquet.

Imaginaire, jeu et réalité Durant tout le spectacle, le jeu prédomine : jeux de mots (beaucoup, et souvent très drôles), jeux de manipulation des marionnettes par la virtuosité et l’adresse des doigts des comédiens, jeux d’objets et pour finir en beauté, la carte de l’humour est sans cesse mise sur les planches, pour le plus grand plaisir des spectateurs, des plus petits aux plus grands. C’est dans un monde imaginaire que nous emmène ces folies marionnettiques mais ce monde est néanmoins bien ancré dans le réel. En témoignent les représentations de différentes professions politiques : on n’hésite pas à caricaturer le

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ministre, ni à exagérer le médecin jusqu’à en faire un monstre et un bourreau. Ce qui n’est pas sans rappeler les spectacles de Guignols, qui étaient à l’origine à destination d’un public adulte et tournait volontairement en dérision ces mêmes professions. Zigmund Follies est aussi un spectacle qui a un pied dans notre ère par de brèves références à Freud (d’où le titre), Proust (A la recherche du temps perdu) mais aussi à Charlie Hebdo : les journaux tapissent le décor du Ministère de l’Intérieur en carton-pâte. Zigmund Follies, au-delà de ses

aspects légers et humoristiques, a bien plus à offrir : les marionnettes questionnent l’inconscient, le trou de mémoire et arrivent à faire surgir l’invisible dans une dimension poétique et imagée, ce qui nous rappelle, comme c’est dit dans le spectacle que « Les objets ont une âme ». En définitive, un spectacle enthousiasmant, à déguster dans un lieu chaleureux et populaire dont le projet est à encourager !

JULIETTE PIAT piatjuliette@yahoo.fr


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Les mille vies D’UN LION

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L’excès et le courage, la fiction et la vie, la Résistance et l’aventure.

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a vie de Joseph Kessel est une épopée à elle seule. Il n’est jamais bien loin de ses propres personnages dont on pourrait se demander s’il aura connu les tourments, des Nuits de Sibérie à Vladivostock, jusqu’au réserve du Kenya dans Le Lion en passant par Les Bataillons du ciel. Lorsqu’il écrit les quatre volumes du Tour du malheur, en 1950 il fait explicitement référence à sa propre vie transposée dans celle d’un anti-héros, Richard Dalleau. Mais au-delà de ses romans autobiographiques, ses ouvrages sont emprunts de cette urgence de vivre, trop vite, de se laisser emporter par un tourbillon incontrôlable, tel l’inconscient narrateur de La Rose de java. Cependant, Kessel n’est pas un inconscient, plutôt un vivant, un exalté réaliste comme il en manque. Ses origines et son enfance lui ont donné, déjà le goût des pérégrinations. Né en Argentine en 1898 à Villa Lobos de parents juifs d’origine russe qui ont fui les persécutions antisémites, il a grandi entre l’Oural et le Lot-et-Garonne avant de faire ses études à Nice puis à Paris. Il étudie les lettres, et se dédie avec son frère Lazare au théâtre

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durant la guerre de 14-18 mais abandonne la carrière artistiques pour s’engager volontairement dans les combats au sein de l’aviation française. L’équipage, son premier roman et grand succès publié en 1923 raconte cette expérience qui reviendra à plusieurs reprises dans ses ouvrages. Les années folles, où la guerre semble révolue pour toujours sont pour Kessel une ivresse. Il croise à Bobino dans le quartier de Montparnasse Erik Satie et Blaise Cendrars et fait naître quelques années plus tard le personnage d’Elsa Wiener de son roman La passante de sans-souci au détour d’une ruelle de Montmartre, où apparaissent déjà les sursauts des camps de concentration et de la Seconde Guerre mondiale. C’est à cette époque d’entre-deux guerre, de court répit qu’il débute sa carrière de grand reporter. Il couvre pour l’équipe de Pierre Lazareff la guerre d’Espagne, y croise un certain Hemingway, et co-fonde le journal Gringoire. Lorsque la guerre de 39-45 éclate, il est indubitablement mené à la Résistance avec son neveu et grand résistant Maurice Druon avec qui il rédigera les paroles du Chant des

partisans. L’ouvrage qu’il en tire, L’armée des ombres, à la sortie de la guerre est un hommage d’une grande retenue et d’une humilité admirable aux héros humains, durs, courageux et invisibles, ces ombres de la guerre, qu’il a côtoyé et dont il a fait partie. Il les décrit ainsi « Ces gens auraient pu se tenir tranquilles. Rien ne les forçait à l’action. (...) Ils avaient même pour apaiser et bercer leur conscience, la bénédiction du vieillard de Vichy. Vraiment, rien ne les forçait au combat, rien que leur âme libre. ». A la fin de la guerre il prend part au procès de Nuremberg en tant que journaliste. Mais la libération signifie surtout pour lui le retour aux grands reportages et aux voyages. Il est particulièrement marqué par le Kenya ou prend place son grand roman Le Lion qui décrit l’histoire, vraie puis fantasmée par l’auteur d’une petite fille qui a élevé un lion au sein d’une réserve africaine dont son père, ancien chasseur tient les rênes. Kessel sera tout particulièrement marqué par l’Afghanistan qu’il décrit dans une interview en 1962 comme un pays dont le pittoresque a été préservé, non pas par la misère comme cela est souvent

le cas mais par son isolement du reste du monde. Il décrit une société encore tribale, où le chef est juste et où contrairement à l’Iran, il n’y pas la domination d’une élite : la population vit sur un pied de relative égalité, même si la condition de la femme est toujours en question. Il décrit même les jardins qu’a fait construire le roi en dehors de Kaboul, réservés à son usage personnel une fois par semaine, puis mis à disposition du peuple. François Mauriac dit de Kessel avec justesse qu’« Il est de ces êtres à qui tout excès aura été permis, et d’abord dans la témérité du soldat et du résistant, et qui aura gagné l’univers sans avoir perdu son âme. » A l’instar de Gary désigné comme un caméléon, Kessel est un lion. Il déroge ici à la ressemblance à ses personnages : il n’aura lui jamais été vaincu. (A lire pour en savoir plus sur la vie de Kessel : Joseph Kessel ou sur la piste du lion de Yves Courrière)

Lucie Truchetet litterature.trip@gmail.com

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Louis de Gouyon Matignon « Engagez-vous, battez-vous et bougez-vous, jeunes de France : BOUGEZ-VOUS ! »

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TRIP : Peux-tu te présenter en quelques mots ? LGM : Je m’appelle Louis de Gouyon Matignon, j’ai 23 ans et je suis étudiant en master 1 à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Je préside le Parti Européen qui a présenté la liste la plus jeune de l’histoire des élections européennes aux dernières élections. Je suis régulièrement considéré par les médias comme un des porte-paroles de la communauté des gens du voyage. TRIP : Qu’est ce qui t’as amené à t’intéresser à cette communauté ? Un milieu qui semble pourtant très éloigné du tiens. .. LGM : Je faisais de la guitare et j’ai découvert le jazz manouche grâce à la musique de Django Reinhardt. A partir de mes 15-16 ans, je suis allé dans les festivals de jazz manouche pour jouer de la musique avec les gens du voyage. Je me suis alors intéressé à leur culture, à leur langue, à leur façon de s’organiser sur le plan social ou familial, à leur histoire et puis à leur situation juridique. C’est vraiment grâce à la guitare et à la musique

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de Django Reinhardt que je me suis intéressé à eux. TRIP : Quels amalgames fait-on trop souvent à l’égard des gens du voyage ? Qu’est-ce qui différencie un rom d’un gitan ou d’un manouche ? LGM : Tsigane c’est le nom qu’on donne à trois grands groupes de population : les roms qui sont les tsiganes d’Europe de l’est, les manouches qui sont les tsiganes d’Europe de l’ouest et les gitans qui sont les tsiganes issus de la péninsule ibérique. Un des premiers amalgames est de confondre les gens du voyage et les roms. Les gens du voyage sont des français, les roms sont des européens, en général roumains et bulgares. Souvent on amalgame les manouches -donc les français- avec

des roms migrants qui fuient depuis une vingtaine d’années les conditions d’extrême pauvreté qui les frappent dans leur pays. Une des autres fausses images qu’on a des gens du voyage, c’est qu’on pense qu’ils ne travaillent pas, qu’ils sont totalement en marge de la société, c’est totalement faux ! Les gens du voyage travaillent, ils ont différents types de métiers, en général ils sont autoentrepreneurs, ils travaillent dans l’artisanat et ont un mode de vie différent de celui de la majorité. Fondamentalement, c’est une population qui est française depuis plusieurs siècles, qui a une belle culture autour de la langue, de l’organisation familiale, des structures sociales et qui demande simplement à être respectée dans sa façon de vivre et sur le plan juridique.


INTERVIEW TRIP : Tu as choisi d’orienter ton combat vers les Manouches, estce que ça été facile de t’intégrer à eux ? As-tu quelques anecdotes à nous faire partager ? LGM : Les gens du voyage sont très ouverts, ils sont beaucoup dans le partage, si vous arrivez dans une famille de voyageurs et que vous avez faim, on vous donnera à manger. Je n’ai pas eu de mal à m’intégrer au sein de la communauté parce que j’ai été touché par leur condition de français et par le combat qu’ils souhaitaient mener pour continuer à vivre librement en préservant leur culture, que ce soit leur langue ou leur mode de vie nomade. Je suis donc rapidement rentré en contact avec eux grâce à la guitare et aujourd’hui je dirais presque qu’en France, la majorité des gens du voyage me connaissent : ils ont tous entendu parler « petit Gadjo qui parle manouche » ! Si vous allez dans n’importe quel endroit en France où il y a des gens du voyage, que vous leur parlez d’un jeune qui n’est pas manouche mais qui parle leur langue (un gadjo, ndlr) et qui passe de temps en temps dans les médias pour les défendre, ils sauront que c’est moi. TRIP : Te font-ils entièrement confiance ? LGM : La majorité des gens du voyage me font confiance. Il y en a certains qui me disent qu’il est difficile que je parle en leur nom dans la mesure où je ne suis pas issu de leur communauté. Ce que je leur réponds c’est que je ne parle pas à

leur place, je me place simplement comme une personne extérieure à la communauté qui a la chance de créer un lien entre la communauté traditionnelle française des sédentaires et la communauté des gens du voyage. Je suis une espèce de médiateur, je suis un peu l’ambassadeur de la culture tsigane en France. TRIP : Tu fais part de ta volonté de vouloir mieux intégrer les gens du voyage en France mais une intégration est-elle réellement possible ? Comment peut-on s’établir durablement, trouver sa place dans la société quand on se déplace sans cesse ?

tionnés sur les aires d’accueil qui sont mis à leur disposition par les communes. Les gens du voyage demandent simplement d’être reconnus comme citoyens français. Aujourd’hui, une loi du 3 janvier 1969 les oblige à être dotés d’espèce de passeports intérieurs qu’on appelle des livrets de circulation. Ils demandent la disparition de ces livrets pour pouvoir être reconnus comme des citoyens français normaux. Enfin, ils demandent à pouvoir voyager librement, c’est-à-dire à pouvoir s’installer sur les communes et acheter des terrains sans avoir des problèmes. En effet, ils veulent juste être français, tout en vivant librement leur culture.

LGM : Les gens du voyage ne sont pas toujours sur les routes. La plupart du temps, ils sont staTRIP Magazine n°22

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INTERVIEW TRIP : Les gens du voyage ont mauvaise réputation, quand ils s’installent quelque part, leur présence est souvent synonyme de problème pour la population locale, les « voleurs de poules » mythe ou réalité ? LGM : Ça n’est ni un mythe, ni une réalité. Il y a des voleurs au sein de la communauté des gens du voyage comme il y a des voleurs chez les français traditionnels sédentaires. Je pense qu’il ne faut pas stigmatiser une population parce que quelques personnes commettent des erreurs et en général, ces personnes sont jugées, condamnées lorsqu’elles en commettent. Les gens du voyage sont des citoyens français comme tous les autres, la seule différence,

c’est qu’ils ont un mode de vie nomade, c’est-à-dire que pendant les périodes estivales, ils nomadisent sur les routes de France avec leurs caravanes. C’est une population qui fait pleinement partie du territoire français et qu’on ne souhaite pas reconnaître. On s’acharne peut-être sur les gens du voyage parce que peu de gens les connaissent, peu de gens ont la chance comme j’ai eu de m’intégrer, d’évoluer au sein de cette communauté. C’est pourquoi, j’invite toutes les personnes qui souhaitent en savoir un peu plus, d’aller rencontrer les gens du voyage, de discuter avec eux, de parler.... Si aujourd’hui le français de base, blanc, cinquantenaire a peur des rebeus et des renois des cités,

c’est parce qu’il ne les connait pas et qu’il n’ose pas aller leur parler. Il y a un manque de dialogue aujourd’hui entre les français d’origines différentes qui pose parfois des tensions entre les différentes communautés au niveau communal, local et même national. Il faut juste parler, apprendre à vivre, à se battre ensemble, nous sommes tous différents, tous français, nous avons tous une histoire forte. TRIP : Te sens-tu plus chez toi dans ton appartement parisien du XVIème arrondissement ou au côté des caravanes ? LGM : Je me sens bien un peu partout, je suis très Albert Camus. Du moment que j’ai un lien culturel qui me rapproche avec des hommes, je me sens bien. TRIP : Je voudrais qu’on aborde ton engagement politique puisque tu as fondé ton propre parti : le Parti Européen. Pour quelles raisons ? Quelle est ta vision de l’Europe ? LGM : J’ai fondé le Parti Européen parce que je crois profondément en l’Europe. Aujourd’hui en réalité, à part l’alternative fascisante de l’extrême-droite, je crois qu’il n’y a aucun parti politique et plus aucune personnalité politique qui la prône. J’ai créé ce parti parce que je voulais un parti qui se positionne clairement sur la question européenne, ce que ne font pas les autres partis. Je l’ai aussi créé parce que je pense qu’à terme, j’aurai la légitimité, le charisme,

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INTERVIEW l’image peut-être sur le plan médiatique pour incarner quelque chose d’un peu nouveau. TRIP : Où est-ce que tu te situerais sur l’échiquier politique français ? LGM : Je n’ai pas vraiment à me situer, je suis différent, ma vision est différente. Je suis un régionaliste, je me bats contre la France au sens où la France est nationale. Je crois en les différents peuples de France, je me sens solidaire des régions et ma vision de l’Europe est une Europe des régions. Je suis un européen convaincu et un régionaliste convaincu. A l’avenir, la seule alternative possible est une Europe fédérée des régions. TRIP : Tu défends une Europe politique dirigé par un président européen élu au suffrage universel direct, quel rôle joueraient les Etats dans ce système supranational ? LGM : L’Etat n’aurait plus aucun rôle. Je suis pour une Europe des régions, celles-ci auraient, comme sur le modèle allemand, un parlement qui voterait des lois au niveau local. Les régions auraient pour objet d’organiser les différentes communautés qui structurent leurs territoires et de déléguer tout ce qui n’a pas été traité au niveau supranational. Pour faire simple, dans ma vision de l’Europe, il y aurait trois échelons : la commune, la région et l’Europe. L’Europe prendrait en

charge tout ce qui est d’ordre général comme la constitution, l’armée ou la police européenne ; les lois qui aurait trait à l’éducation ou au savoir-vivre ensemble serait adoptées au niveau régional ; enfin, toutes les affaires locales seraient gérées au niveau communal. La nation elle a été construite pour faire la guerre, pour assoir le pouvoir d’un président ou d’un roi. Je pense qu’il faut revenir vers les peuples, que la nation ne tient pas assez compte des spécificités territoriales et qu’il faudrait prendre davantage en compte l’histoire de chacune des régions et donner plus de légitimité aux peuples. Je pense qu’avant d’être français dans une Europe, nous pouvons être Breton, Basque, Corse, Savoyard, Alsacien...

TRIP : Peut-on vraiment mener une politique européenne alors que d’importantes disparités socio-économiques existent entre les différents membres ? Le « t-shirt taille unique » est-il la bonne solution ? LGM : Comment ferons nous pour harmoniser les différences sur le plan économique, social et culturel ? Ça se fera avec l’histoire et avec des politiques d’harmonisation. C’est-à-dire qu’il faudra faire des sacrifices en France et des efforts dans des pays comme la Roumanie. La question peut aussi se poser en France : il y a des régions qui sont plus riches que d’autres. Pourquoi la région Île-de-France ferait-elle vivre la région Nord Pas de Calais ? C’est la même chose, il faut trouver plus d’harmonie et

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INTERVIEW tout faire pour que les régions riches aident les régions pauvres, c’est ça la base de l’Europe : s’aider entre les différents peuples européens. Cela passe par la redistribution, la décentralisation et la régionalisation : je suis pour l’entraide entre les différents peuples européens. TRIP : Cette conception d’une Europe élargie et fédérale n’est-elle pas utopique alors que l’opinion publique en France mais aussi chez nos voisins se retrouve dans un discours plus nationaliste que fédéraliste, et notamment porté par une extrême droite sortie victorieuse aux dernières élections européennes ? LGM : Si demain, il y a des personnes fortes qui incarnent l’Europe, si on passe un peu plus d’Europe à la télévision et qu’on explique aux citoyens ce à quoi elle sert, alors l’Europe sera mieux considérée par les citoyens. Personne ne prône avec force l’Europe et on en parle trop peu dans les médias, c’est la raison pour laquelle l’Europe, aujourd’hui, ne jouit pas d’un grand succès. TRIP : Ton engagement en politique a-t-il été motivé avant tout par la volonté de défendre les populations tsiganes ? LGM : Oui et non. En réalité, j’avais la volonté de faire de la politique lorsque j’étais plus jeune mais je me suis d’abord engagé aux côtés de ceux qui étaient dans la souffrance. Plus je me suis rapproché des tsiganes, plus j’ai eu envie de

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m’engager en politique. TRIP : Sur quelles valeurs reposent les luttes que tu mènes aujourd’hui ? L’éducation que tu as reçue as-t-elle eu une réelle influence sur tes combats ? LGM : Mon combat repose sur le régionalisme, l’européanisme et la défense de ceux qui sont exclus. J’ai longtemps été en pension, j’y ai reçu certaines valeurs qui m’ont permis d’être plus fort et de pouvoir comprendre qu’il était de mon devoir de m’engager auprès de ceux qui étaient exclus. C’est mon leitmotiv, ce pourquoi je vis, ça peut paraître Don Quichotiste mais je crois vraiment qu’il appartient à chacun de se battre avec dignité et fierté, contrairement à ce que font les hommes politiques... C’est la raison pour laquelle je me suis lancé en politique et que je suis présent sur le plan médiatique, j’ai un discours novateur, de vrais valeurs et une vraie vision. C’est peut-être ce qui me donne la possibilité de m’exprimer avec tant de facilité !

J’ai des choses à dire, ces choses je veux les dire parce que j’ai l’impression d’avoir une espèce de mission même si je ne voudrais pas dire que j’assure une fonction prophétique ou messianique. Je me sens bien avec les gens différents, avec ceux dont on se moque, dont on parle peu car c’est ça la France, c’est ça la beauté de l’homme. Je suis pour le combat politique à son acmé, c’est-à-dire la défense des opprimés. Je suis pour la révolution, pour que les gens soient dans la rue quitte à ce qu’il y ait de la violence. Car je pense que quand elle est révolutionnaire, la violence peut être légitime. Aujourd’hui, peu de gens manifestent alors que l’extrême-droite est très forte. J’essaie d’incarner la révolte, c’est très dur parce que j’ai 23 ans, je n’ai pas d’argent et très peu de partisans. Cependant, à terme je veux devenir un « acteur phare du paysage politique français » : ce n’est qu’en ayant une vision européenne, régionale et en se battant pour les minorités que j’y arriverai.


INTERVIEW TRIP : Comment tes amis et ta famille perçoivent-ils ton engagement ? LGM : Je n’ai pas beaucoup d’amis, quant à ma famille, elle est très fière. D’après Victor Hugo, ceux qui vivent sont ceux qui luttent. Pour moi, si tu n’es pas dans la revendication forte, si tu n’es pas dans le conflit, tu meures parce que tu te ramollis, parce que tu ne donnes pas de sens à ta vie. Aujourd’hui, les gens sont en quête d’identité, de spiritualité, il n’y en a pas assez aujourd’hui dans l’action politique et publique. Il n’y a pas assez de croyances, de valeurs, c’est pour ça que tout s’affaibli, que tout se distille dans une sorte de bacchanale qu’est devenu la scène politique française. Dans la mesure où il n’y a rien, les gens ne s’intègrent pas et ne se battent pas pour les valeurs auxquels ils pourraient croire. TRIP : A l’âge de 23 ans, déjà fort d’une certaine expérience et étant très investi dans de multiples projets, quels conseils pourrais-tu donner à un jeune qui hésiterait à s’engager pour une cause qui lui est chère ? LGM : Qu’il y aille, qu’il ne renonce jamais, qu’il n’écoute personne à part lui. L’important c’est de s’écouter et à la limite prier, mais ça c’est ma vision très personnelle ! Je crois qu’il faut y aller quand on est jeune, il faut se battre, il faut y croire, la personne n’existe vraiment que dans la lutte. Il faut qu’elle écoute ce que son cœur lui dit de faire, qu’elle se batte, allez-y,

battez-vous, engagez-vous que ce soit pour les personnes âgés, pour les femmes, pour les populations noires ou pour les gens du voyage... Engagez-vous, battez-vous et bougez-vous, jeunes de France : bougez-vous ! TRIP : Tu es l’auteur de 4 ouvrages sur la culture tsigane, tu es président et fondateur de l’association de défense de la culture tsigane, tu es également président du Parti Européen et aussi chroniqueur pour divers médias dont Libération ou le Huffington Post. Comment arrives-tu à concilier tes activités et tes projets avec tes études ? LGM : Je travaille beaucoup et je n’ai pas une vie sociale très développée, je crois beaucoup à ce que je fais. J’ai un nouveau projet qui me tient à cœur et qui va être très fort donc ça va me prendre aussi beaucoup de temps. TRIP : En quoi cela va-t-il consister ? LGM : Je pars en Cotes d’Ivoire aider un député dont je suis actuellement chef de cabinet et qui se présentera aux élections présidentielles, je vais devenir son chef de campagne.

TRIP : Peut-être un mot sur LGM Editions, ta maison d’édition... LGM : Je n’ai pas créé une maison d’édition pour éditer des livres autour de la culture tsigane, je l’ai créée pour éditer des ouvrages sur des sujets qui me tenaient à cœur que ce soit moi ou un autre qui écrive. Avec l’argent que je récolterai, je financerai une partie de l’activité du parti européen : c’est la culture au service de la politique ! LGM Editions sortira son premier ouvrage au mois de mai, l’ouvrage portera sur les fêtes foraines. TRIP : Tu as été nommé personnalité 2015 par le magazine Neon, ressens-tu une certaine fierté par rapport à cela ? LGM : Pas du tout, c’est sympathique, j’ai été très heureux et très fier d’avoir été nommé mais ça ne change rien. Ce qui compte, c’est que les choses bougent, qu’on puisse enfin avoir une Europe qui bouge et avoir des jeunes qui bougent ! Propos recueillis par Julien Toublanc

TRIP : Planches-tu sur d’autres projets ? LGM : Je suis en train de tourner un film, il y en a déjà un qui a été fait sur moi et sur mon engagement mais cette fois je serais le réalisateur.

TRIP Magazine n°22

Avril 2015

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TRIP Magazine n°22 - Avril-Mai 2015  

Au programme de ce nouveau numéro, une interview de Louis de Gouyon Matignon, président du Parti Européen. MUSIQUE : Sufjan Stevens. ACTU :...

TRIP Magazine n°22 - Avril-Mai 2015  

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