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TRIP

MUSIQUE ACTU CINÉMA ART LITTÉRATURE INTERVIEW

#20 Février 2015

www.magazinetrip.fr


Lancé en septembre 2012 par 2 jeunes bretons de 16 et 17 ans, TRIP Magazine fondé et géré par des jeunes pour des jeunes est un webzine rassemblant des passionnés de journalisme en France et à l’étranger. TRIP Magazine donne l’opportunité aux 16-20 ans, aspirant au journalisme ou souhaitant être impliqué dans un projet mené de A à Z par des jeunes, de pouvoir informer et parfois même coacher. Le contenu s’articule autour d’une équipe dynamique, motivée et venant de tous les horizons. Bien plus qu’une simple publication, c’est aussi un appel à l’engagement de la jeunesse.


EDI

TORIAL Nota Bene : Des couverts, une assiette avec un crayon englué dans du ketchup... Qu’estce que ça veut dire ? Trip Magazine propose ce mois-ci une couverture un peu déconcertante mais qui a le mérite de faire passer un message. Étant donné que cette couverture peut porter à plusieurs interprétations, nous avons choisi de n’en retenir qu’une seule : l’assiette avec les couverts positionnés de chaque côté implique qu’une personne s’apprête à manger. Cette personne, c’est l’islamiste, le terroriste. Dans l’assiette git la liberté d’expression symbolisée par le crayon. Noyée dans le sang, cette liberté est la cible quotidienne des terroristes qui massacrent sans état d’âme, comme si la barbarie était un besoin vital que l’on satisfait comme quand nous mangeons, c’est-à-dire régulièrement et sans plus vraiment y penser. La terreur apparait alors comme une condition sine qua non à sa survie et une menace pour nos valeurs et l’équilibre de nos démocraties. Concept : LEROYER David Photographie : PERRIN Camille

Pour que vive LA LIBERTÉ !

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a liberté est totale ou n’est pas. S’il y en avait un qui l’avait bien compris c’était Charlie : un journal libre, totalement libre. Un des rares fonctionnant « sans pub » pour rester vraiment indépendant. Préférant faire face aux difficultés financières et jouir d’une totale liberté d’expression, plutôt que de contenir son insolence pour s’assurer une confortable survie. C’est cette audace et cet attachement à la liberté qu’ont payé de leurs vies les victimes de la tuerie de Charlie Hebdo. Car pour leurs assassins, la liberté est une menace, un fléau qui met en péril leur idéal de soumission à un soi-disant « Dieu » et qu’il faut à tout prix éradiqué. Plus qu’un journal, ce sont les valeurs fondamentales de nos démocraties, et à travers elles l’ensemble des citoyens qui ont été attaquées. C’est notre liberté d’expression, d’informer et de s’informer, de critiquer et de parodier qu’ont pris pour cibles les terroristes. Tant de composantes essentielles à la démocratie qu’ils ont voulu briser sous leurs balles. La France est en guerre contre ceux pour qui la liberté est un ennemi, on l’ignorait ou plutôt on feignait de l’ignorer, les attentats nous l’ont brutalement rappelé. La guerre ne se joue pas uniquement à plusieurs milliers de kilomètres de chez nous au beau milieu du Sahara ou dans les vallées reculées d’Afghanistan, elle peut aussi frapper ici, en plein cœur de Paris. Alors, la France est touchée en son cœur. On la disait morose, divisée, pessimiste et pourtant elle est apparue plus unie que jamais, déterminée à se faire entendre, à se mobiliser pour que vive la liberté. Comment ne pas croire en sa force face aux millions de citoyens de toutes confessions et origines qui, dans les rues du monde entier, étaient Charlie ? La barbarie n’a pas tué la liberté, elle l’a renforcé, nous a fait prendre conscience de sa vitalité. Charlie n’est pas mort, malgré le choc, le numéro des survivants est sorti à temps et plus de 7 millions d’exemplaires ont été écoulés. Il fallait s’attendre à la récidive, car Mahomet -au nom duquel l’atrocité se justifie- est aussi Charlie. Il n’en fallait pas plus pour provoquer l’embrasement du monde arabe et diviser l’opinion publique et les médias occidentaux. Provocateurs ? Non simples défenseurs de la liberté d’expression, une valeur inébranlable que l’on ne saurait faire taire. Jules PLAT julesplat@gmail.com


DOSSIER SPÉCIAL : CHARLIE HEBDO Hommage et parcours des dessinateurs de Charlie

p.7

La France debout contre la barbarie

p.20

L’ombre du terrorisme islamique

p.28

Charlie à son histoire

p.32

C’est l’encre qui doit couler pas le sang

p.34

Charlie Hebdo : les hommages en chansons

p.36

Les attentas vus de l’étranger

p.38

MUSIQUE Brigitte : le duo chic-choc

p.51

Bigflo et Oli

p.54

Front Porch Step : un homme avec une âme

p.56

ACTU Nos 10 rêves sportifs pour 2015

p.58


CINÉMA Séries et cinéma : même combat

p.64

Un Prophète de Jacques Audiard

p.70

Top 10 des meilleurs come-back

p.72

LITTÉRATURE Rire avec sérieux

p.94

La horde du contrevent

p.100

ODT : Canards sauvages

p.104


DOSSI E R SP

É CI

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CHARLIE HEBDO

10 jeunes rédacteurs, 4 correspondants étrangers, crayon en mains, debout, unis pour comprendre, expliquer, analyser par écrit, par image avec recul et leur jeunesse les évènements du retentissant épisode Charlie-Hebdo et l’émotion qui a soulevé le cœur des Français et du monde entier pendant les semaines qui ont suivi les attentats. Qui sont Charb, Wolinski, Cabu, Tignous, Honoré ? Quelles sont les origines et motivations de l’Etat islamique, ses objectifs ? Quelle est l’histoire de Charlie-Hebdo ? Comment le monde artistique a t-il choisi de rendre hommage au journal satirique ? Des hommages en chansons pour Charlie ? Comment ces évènements ontils été reçus en Tunisie, Italie, Allemagne et Israël ? Autant de questions que l’on a tenté d’élucider dans ce dossier spécial afin de vous offrir un contenu riche, original et diversifié sur cette actualité brûlante de ces dernières semaines.

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JE SUIS CABU

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uite à l’attentat qui a touché Charlie Hebdo, en tant que rédactrices de la rubrique Art, il nous a paru important de vous livrer un panorama des parcours de ces cinq dessinateurs et de leur rendre hommage en vous plongeant au cœur de leur travail. Au programme : humour, satire et irrévérence...

« Avec sa coupe à la Beatles, j’ai toujours l’impression d’avoir McCartney à table ! » disait Patrick Pelloux à propos de Cabu dans sa chronique Histoire d’urgence (Charlie Hebdo numéro 1178). Une semaine après la mort du dessinateur dans l’attentat au sein de la rédaction de Charlie Hebdo, les hommages à un homme « vrai, sensible, touchant et très réservé » sont nombreux et chargés d’émotion. Jean Cabut, né en 1938, publie ses premiers dessins à l’âge de 16 ans dans le quotidien régional l’Union de Reims. Armé de sa plume, il n’a jamais cessé de dessiner pour dénoncer les « gens qui vendent la peur, la peur de l’avenir, la peur de

l’autre ». A son retour de la guerre d’Algérie, il se lance dans l’aventure Hara-Kiri puis, après l’interdiction de celui-ci par le ministère de l’intérieur il rejoint le journal Pilote et crée alors un des ses personnages phares « Le grand duduche » inspiré de sa jeunesse lycéenne dans son village natal. Celui qui critiquait acerbement des faits politiques pour faire rire les adultes s’est aussi trouvé être adoré par les enfants. En effet, la figure historique de Charlie Hebdo a participé au cours des années 80 à l’émission Récrée à 2 au côté de l’animatrice Dorothée. Il dessinait des planches pour le plus grand plaisir des enfants qui, aujourd’hui adultes, regrettent cet homme si

joyeux et tendre qui leur « apprenait en s’amusant » comme l’indiquait la devise de l’émission. Obsédé par Charles Trenet et le jazz, il dessinait en musique et était surnommé « l’homme aux pieds joyeux » (celui qui « déménage » selon ses propos) au sein de la grande famille des jazzistes. C’est d’ailleurs un magnifique hommage en musique qui lui a été rendu le 18 janvier dernier dans la salle Charles Trenet au sein de la Maison de la radio.

CHLOE CENARD Chloe.cenard@laposte.net


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J E SUIS

WOLINSKI W

olinski était ce dessinateur au visage et à l’aspect sympathique, doté de lunettes rondes et aux cheveux grisonnants. Le type de personnage qui attire directement notre sympathie et dont on aurait aimé qu’il soit notre grand-père. D’origine tunisienne, Georges Wolinski est mort auprès des siens à l’âge de 80 ans. Celui qui était le grand ami de Cabu a d’abord été dessinateur à partir de 1960 pour le journal Hara-Kiri (le journal bête et méchant sous la direction de François Cavanna) avant de rejoindre Charlie Hebdo dont il fût le rédacteur en chef de 1970 à 1981. Il publiait également ses dessins dans d’autres journaux tels que L’humanité ou Libération et était directeur du festival de la bande dessinée du journal Le Point. Parmi ses sujets de prédilection, Wolinski abordait le sexe, la politique -il écrivit d’ailleurs dans des journaux engagés tels qu’Action ou L’Enragé - et la société. En effet, il était connu pour être un grand admirateur des femmes et inculquait dans ses dessins un humour érotique, comme on le voit dans le dessin de la femme dans le lit, entourée d’Astérix et d’Obélix qui déclare : « L’humour, c’est bien mais l’amour, c’est mieux !». Sa femme Maryse était son alter ego et le grand amour de sa vie. Suite au décès de son mari, Maryse Wolinski donne une interview dans le journal Le Nouvel Observateur où elle décrit son homme en ces termes : « Il n’était pas qu’un dessinateur. Il était un éditorialiste politique, un peintre, un écrivain. Ses dessins étaient humoristiques mais aussi très politiques et je ne voudrais pas occulter cet aspect-là. » « C’était avant tout un grand humaniste, un homme de paix et un fabuleux amoureux. » Son œuvre fut regroupée dans différents albums et récompensée par la légion d’honneur qui lui a été remise par Jacques Chirac ainsi que le Grand Prix de la ville d’Angoulême au festival international de la bande dessinée d’Angoulême. JULIETTE PIAT piatjuliette@yahoo.fr TRIP Magazine n°20

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JE SUIS TIGNOUS T

ignous était le pseudonyme du dessinateur Bernard Verlhac, surnom qui lui vient d’un nom que lui donnait sa grand-mère et qui signifie « petite teigne ». En effet, si Tignous était un dessinateur décrit comme discret par ses proches, il n’en reste pas moins que par son coup de crayon il n’épargnait personne, surtout ses ses marottes, à savoir les capitalistes dont ses dessins regorgent, Nicolas Sarkozy et les extrémismes religieux que Tignous voyait d’un œil critique. S’il est aujourd’hui connu pour ses caricatures dans Charlie Hebdo, il a collaboré de même pour les journaux Le Canard Enchaîné et Marianne. Engagé à gauche, cet homme tombé à 57 ans critique les politiques de tous bords et la montée de l’islamisme. Selon ses mots, « la caricature est un témoin de la démocratie ». Il a déclaré également : « Un dessin réussi prête à rire. Quand il est vraiment réussi, il prête à penser. S’il prête à rire et à penser, alors c’est un excellent dessin. Mais le meilleur dessin prête à rire, à penser et déclenche une forme de honte. Le lecteur éprouve de la honte d’avoir pu rire d’une situation grave. Ce dessin est alors magnifique car c’est celui qui reste ». Montreuil, ville où Tignous avait élu domicile avec sa femme et ses quatre enfants, lui a rendu un bel hommage lors de son enterrement. En effet, le trompettiste Ibrahim Maalouf a joué à côté du cercueil du dessinateur, un moment émouvant et musical pour ne pas sombrer dans la tristesse. Autre marque et autre caractéristique de l’hommage qui a été rendu au dessinateur : le cercueil de Tignous a été recouvert de graffitis et de dessins. Le groupe Tryo a également composé une chanson « Je suis Charlie » qui a été adressée par la pensée à leur ami. Autre hommage qui lui sera rendu prochainement : un festival des dessinateurs verra le jour à Paris, que Tignous avait envisagé mais n’avait pas vu naître de son vivant. JULIETTE PIAT piatjuliette@yahoo.fr


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JE SUIS CHARB C

harb était un caricaturiste, journaliste et directeur de l’hebdomadaire Charlie Hebdo depuis 2009 (Riss alias Laurent Sourisseau serait probablement son successeur).

reux». Nous retrouvions ses dessins toutes les semaines, à traits grossiers. Il mettait en scène ses personnages dans des positions délicates pour faire rire mais aussi dans le but d’interpeller.

«Je n’ai pas l’impression d’égorger quelqu’un avec un feutre. Je ne mets pas de vies en danger. Quand les activités ont besoin d’un prétexte pour justifier leur violence, ils trouvent toujours.»

Parmi ses personnages récurrents, citons Marcel Keuf, Maurice et Patapon. Marcel Keuf est un diabolique policier, qui aime frapper sans arrêt. Il est raciste, alcoolique et possède un faible QI. Maurice et Patapon sont deux animaux, ils sont comme chien et chat. L’un est un personnage aimant le sexe et tout ce qui l’entoure tandis que l’autre est asexué.

Et pourtant Charb faisait partie des personnalités recherchées pour crime contre l’islam. Il a reçu de nombreuses menaces de mort pour ses caricatures du prophète Mahomet. Il était en permanence sous protection policière depuis l’incendie du journal en 2011. Il disait que «la liberté d’expression n’était pas assez utilisée par ceux qui ont les moyens de s’en servir». Lui et ses acolytes aimaient par dessus tout rire et caricaturer pour défendre leurs valeurs. Les gens disaient de lui qu’il était un «déconneur rigou-

Tout comme Honoré, son dernier dessin laisse à réfléchir: «toujours pas d’attentats en France, on a jusqu’a la fin janvier» sont les mots de son ultime caricature, malheureusement prémonitoire. Celui qui «préférait mourir debout que de vivre à genoux» nous a quittés de cette manière. Elise ALBERT albertelise.redac@gmail.com

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JE SUIS HONORÉ H

onoré, dessinateur mort à 73 ans durant l’attentat de Charlie Hebdo. «Voilà comment le monde fait écho en moi» disait-il quand il caricaturait. Honoré était dessinateur et journaliste au sein du journal satirique Charlie Hebdo mais aussi Le Monde, Libération, Les Inrockuptibles, le Magazine Littéraire, Lire, Hara Kiri et le Petit Larousse où il illustrait certaines définitions. Il a également illustré le Bestiaire d’Alexandre Vilatte et la Symphonie animale d’Antonio Fischetti. Des recueils de portraits: d’insectes, d’oiseaux, de reptiles, de mammifère et d’homme. Honoré avait un style particulier, différent de ses camarades de l’hebdomadaire. Ses esquisses rappellent la gravure sur bois.

Ses dessins avaient pour but de se placer du côté des opprimés, des plus faibles. Cela pouvait être la femme, l’employé face à son supérieur, les immigrés face à l’Etat mais aussi les animaux. C’était sa façon de penser, témoigne Hélène Honoré, sa fille, dans l’Humanité. Du point de vue politique, c’était un homme de gauche qui défendait ses valeurs au travers de dessins politiques. Il a également longtemps milité pour les droits des pigistes. Prémonition ou hasard, le jour de l’attentat son dernier dessin est publié. Il représente Abou Bakr al-Baghdadi (chef de l’organisation islamiste, l’un des terroristes le plus recherché par les Etats-Unis) souhaitant la bonne année. Elise ALBERT albertelise.redac@gmail.com

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lôturons cet article spécial par un tout dernier dessin, qui a été réalisé par Georges Million, ami de Tignous.

Cette caricature réunit les dessinateurs présentés, habillés comme des anges avec leurs ailes dans leur dos. Nous pouvons imaginer qu’ils sont au paradis. Le dessin s’inscrit dans l’esprit Charlie en faisant référence à la situation après l’attentat. « Les drapeaux en berne. La police au garde à vous » « Même l’Eglise s’y met » constate Cabu quand Charb ironise : « Manquerait plus que la légion d’honneur ». Georges Million dans un reportage déclare « il faut que d’autres prennent le relais ». Et c’est chose faite quand dans le dernier Charlie Hebdo, on voit, entre autres, de nombreux dessins de Luz et de Catherine. Ainsi si l’hebdomadaire a perdu cinq précieux dessinateurs, l’esprit Charlie perdurera grâce à la relève qui est d’ores et déjà assurée. La liberté d’expression et l’irrévérence ne mourront pas de sitôt.

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E C N A R F LA

e i r a b r a b a l e r t n debout co


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imanche, 15 heures, Paris vit plus vite que jamais. Les hommes se ruent dans les métros aux odeurs chaudes et désagréables opposées à un hiver si doux. Des foules immenses se pressent en un même point, tous désirent atteindre le même but. Les individus qui défilent dans les rues rigolent et sourient. Pourtant, quelques jours auparavant, qui que nous soyons, nous retenions notre souffle au rythme des évènements qui s’abattaient sur la France. Je me retrouve alors parmi ces hommes qui brandissent fièrement des pancartes, des stylos, des drapeaux. Les foules hurlent « Je suis Charlie » puis, dans un élan commun tous entament l’hymne national. CHLOE CENARD chloe.cenard@laposte.net ©Photos : Thomas Oliva

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L’OMBRE L’OMBRE L’OMBRE L’OMBRE

du terrorisme islamique du terrorisme du terrorismeislamique islamique

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es évènements du 7 et du 8 Janvier 2015, l’attentat à Charlie Hebdo et la prise d’otage de la porte de Vincennes, n’ont pas seulement choqué la France en la touchant dans ses valeurs ancestrales: ils l’ont mise debout. La marche républicaine, organisée le 11 Janvier 2015, fut l’apothéose de cet élan national: ce ne sont pas moins d’une cinquantaine de chefs d’États et de 4 millions de personnes qui se sont levés pour défendre les principes de la République que sont l’égalité, la liberté et la fraternité. Une guerre a été déclarée: le terrorisme est devenu l’ennemi public numéro un.

L’Etat islamique, origine et motivations En tant que branche d’un mouvement islamique, l’EI nait en 2004 en Irak, suite aux interventions américaines dans ce pays. Cellesci avaient suscité la colère des populations. Véritable mouvement de contestation, il séduit par son discours prônant le retour à un califat sunnite - régime politique disparu en 1923 - qui rétablirait l’âge d’or de l’islam. Dans des régions où émergent à ce moment des pensées anti-occidentales, l’Etat Islamique apparaît comme une véritable force politique qui a les moyens d’offrir une vie meilleure aux populations blessées par des années de guerre. Charismatique,

il s’est peu à peu séparé d’Al-Quaïda, un de ses fondateurs, et des adhérents de ce mouvement sont venus grossir ses rangs. En effet, le mouvement d’Oussama Ben Laden avait perdu de son dynamisme. L’EI se caractérise par sa violence inouïe. Il s’est fait connaître du monde entier en s’engageant dans le conflit syrien dès 2012. Dès lors, il publie sur l’Internet des vidéos mettant en scène des exécutions d’otages ou des extraits de propagande. C’est en 2014 que l’État Islamique lance un véritable assaut contre l’Occident: son chef Abou Bakr Al-Baghdadi annonce le rétablissement du califat et demande à tous les musulmans de lui prêter

allégeance. L’État islamique se caractérise par une véritable politique d’embrigadement des futurs djihadistes. Ces derniers sont principalement des jeunes adultes qui se sentent étranger à la terre qu’ils habitent. Les recruteurs de l’El leur délivrent alors un endoctrinement idéologique par l’intermédiaire des 5000 sites islamiques et des réseaux sociaux. Pour les futurs djihadistes, cela représente l’appartenance à une véritable communauté, une quête d’identité et plus encore, ils se voient comme les défenseurs du peuple, les sauveurs de l’humanité.


touchés, seul moyen pour que le djihadisme international triomphe. Le danger du développement du réseau djihadiste Les attaques de janvier ne semblent être que le début d’une longue guerre menée par la France contre le terrorisme. Il est surprenant de voir que les auteurs de ces attentats sont des enfants de la République Française: ils sont nés en France et y ont grandi.

Leurs objectifs : Quels sont les objectifs de l’État islamique ? Si les moyens employés semblent complexes, par un phénomène de propagande et une pratique effroyable de la violence qui mélangent pouvoir de séduction et potentiel de peur, le but est relativement simple: faire plier l’Occident. En effet, leurs principaux opposants sont les forces internationales, elles-mêmes dirigées par les puissances occidentales. L’El tente ainsi de déstabiliser ces pays en choquant l’opinion publique. Les attentats de Charlie Hebdo en sont la preuve: ils ont su toucher directement la France dans ses valeurs. Pourtant, ce n’est pas leur

unique objectif. Ils participent à créer un véritable sentiment de racisme et d’exclusion en entretenant l’amalgame entre musulmans et islamistes. En déformant le message originel de l’islam, ils accélèrent les conflits sociaux. La communauté musulmane est la principale victime collatérale des évènements de début janvier. Les actes islamophobes ont augmenté de 110% en France cette dernière semaine. Pourquoi faire cela? Une figure phare d’Al-Quaïda, Abou Moussab Al-Souri, s’était exprimé il y a dix ans, à ce sujet. Selon lui, ces actions sont menées dans le but de créer un désordre permanent et des clivages marqués qui mèneraient à terme à une guerre civile dans les pays

Même s’ils ont effectué un séjour au coeur de l’El, les assassins restent français. Les actions de l’Etat islamique utilisent maintenant des jeunes adultes occidentaux, c’est le nouveau visage du jihadisme. Aujourd’hui, ce sont plus de 3000 personnes qui sont à surveiller en France en raison d’une implication dans des filières djihadistes, soit une augmentation 130% en un an. Ce sont principalement des participants actifs à la sphère cyber-djihadiste francophone qui tentent de recruter de jeunes adultes afin que ceux-ci rejoignent les rangs de l’El. Ils visent en priorité des jeunes déboussolés, déçus par la société, puis les convainquent de s’engager, contre une prétendue récompense divine pour les actions qu’ils effectueraient. Contre cet embrigadement, de nombreuses cellules ont été créées. Certains prônent un traitement judiciaire et policier, d’autres


préfèrent des structures de suivi. En effet, plutôt que de donner d’autres raisons à ces jeunes déboussolés et reprogrammés d’haïr cette société occidentale dans laquelle ils vivent, n’est-il pas plus judicieux de les suivre dans leur retour à la normale? Ainsi, en Seine Saint Denis, il existe des cellules tenues secrètes où des psychologues, des médiateurs et des criminologues interagissent avec les jeunes pour les arracher de cet embrigadement. Des associations musulmanes s’y associent pour tenter d’expliquer à ces apprentis djihadistes

le véritable message de l’islam, sans la déformation qu’il a subit par les recruteurs. Cette association s’inscrit dans le processus de déradicalisation de ces jeunes: ce travail est essentiel puisque l’embrigadement est l’une des clés du problème. L’ombre du terrorisme islamique pèse sur le monde et s’épaissit au fur et à mesure que les mois s’écoulent. Les récentes attaques occidentales n’ont semble-t-il pas eu de réelles conséquences sur l’expansion du djihadisme. Aucune solution radicale ne s’avance aujourd’hui pour résoudre cette lutte contre le ter-

rorisme qui s’enlise. Il semble donc que cette guerre contre le radicalisme religieux est le défi majeur de la première partie du XXIème siècle.

Pauline Parisse paulinedu88@gmail.com


DOSSIER SPÉCIAL

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ans la France lisse et tranquille des années 1960, émerge un journal qui dérange, qui moque, qui inquiète aussi, mais qui déjà avant mai 1968 crachait à la gueule de la France gaullienne. Ce journal, c’est Hara Kiri, mensuel se revendiquant « bête et méchant » censuré plusieurs fois par le pouvoir en place et fondé par Georges Bernier alias Professeur Choron, fils d’un garde barrière de la Meuse ; et Cavanna modeste employé d’origine italienne aux PTT. Le mensuel potache et grossier n’attire pas les foules et Cavanna se voit contraint de vendre ses dessins à « Pilote » pour survivre... Charlie Hebdo va naître avec la mort de Charles de Gaulle : le 9 novembre 1970, le Général meurt dans sa demeure de Colombey les deux Eglises, plongeant la France d’alors dans une profonde tristesse.

Or la censure est cette fois vivement critiquée par l’ensemble de la presse. Les hommes de Cavanna, touchés par ce soutien massif, décident de sortir leur magazine sous un autre nom la semaine suivante intitulé Charlie Hebdo en hommage à un héros de bande dessinée de Choron : Charlie Brown...Dès sa première édition, le succès est au rendez-vous. Charlie Hebdo est né.

Quelques jours auparavant, un incendie avait complétement détruit la salle de bal d’une boite de nuit de Saint Laurent du Var provoquant la mort de 146 personnes. Le rapprochement entre les deux évènements parait irréalisable, absurde mais Choron à la tête de la nouvelle formule de Hara Kiri, « L’Hebdo Hara Kiri » a cette idée absurde de titrer « Bal tragique à Colombey : 1 mort ». La couverture irrite dans les hautes sphères de la Vème République, un décret ministériel censure immédiatement l’hebdomadaire.

sexe deviennent bientôt indissociables des soirées de bouclage dans les locaux de l’hebdomadaire. Ces orgies sont exhibés aux lecteurs mais cachent la réalité de Charlie : une exigence de Cavanna de publier des dessins et des articles, propres à Charlie, fruits d’un dur labeur. Mais bientôt une lutte plus ou moins calme va scinder la rédaction de Charlie, d’un côté Choron qui refuse le positionnement gauche droite et réclame un journal franchement provoc et déconcertant, mélange étonnant entre dessins scabreux et traits

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Les deux hommes Choron et Cavanna s’adorent et se détestent tout autant mais en 1980, ils unissent leurs forces pour soutenir Coluche et sa candidature à l’élection présidentielle de 1981 avec le slogan : « Tous ensemble pour leur foutre au cul ». Cependant la blague ne réussit pas et c’est la gauche des « années frics » qui investit le pouvoir… Charlie Hebdo apparait obsolète aves ses fondateurs vieillissants détestant tout ce que les années 80 représentent tels que le rock, la publicité, la consommation. Les ventes s’effritent puis s’effondrent : quelle intérêt de lire un magazine de gauche alors que cette dernière est au pouvoir ? Charlie meurt en décembre 1981.

CHARLIE A SON HISTOIRE

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Les années 1970 emportent la bande de Charlie. Alcool, rires et

de génie ; de l’autre côté Cavanna avec une volonté plus « intello » clairement identifiée à gauche avec des dessinateurs écolos et gauchistes, qui lancent des manifestations comme celle contre la construction de la centrale du Bugey entrainant la naissance du mouvement antinucléaire français.

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La première apparition médiatique de ses journalistes après la fermeture de Charlie n’est pas un franc succès. Au cours d’une émission télévisée, Choron traite les lycéens de « merdeux » et un autre journaliste : Siné déclame sa haine à deux journalistes de « minute »…Libération titre le lendemain «Crève Charlie ».Les journalistes se dispersent puis se retrouvent

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DOSSIER SPÉCIAL au début des années 1990, dans l’hebdomadaire « La Grosse Bertha ». Philippe Val y écrit.

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Lors d’un déjeuner Wolinski relance l’idée d’une renaissance de Charlie ; le projet voit le jour en juillet 1992 avec une nouvelle équipe de jeunes journalistes : Charb, Luz, Riss, Tignous, Honoré…Le profes-

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la rédaction interdit toute publication sur cette affaire, un journaliste Lefred-Tournon refuse de se plier à cette directive. Il est poussé vers la sortie. Le journal devient trop sérieux : Val remplit ses éditos de références à Spinoza et ceci agace une partie des lecteurs. En 2008, Siné un des journalistes de Charlie fonde le Siné Hebdo

sins le 8 février 2006 avec une couverture de Cabu maintenant tristement célèbre intitulé « c’est dur d’être aimé par des cons ».Les cons ce sont les intégristes, bien sûr mais certaines associations musulmanes portent plainte. En 2009, Val est nommé à la tête de France Inter, lui succède Charb qui s’est souvent opposé à sa ligne

après son exclusion de Charlie suite à un article sur la conversion d’un des fils Sarkozy au judaïsme. Cavanna, ne mâche pas ses mots vis-à-vis de Val qu’il qualifie d’arriviste. Charlie se fait de nouveaux ennemis : certains musulmans ont du mal avec le traitement irrespectueux de l’islam, la publication des 12 caricatures de Mahomet en 2005 dans un journal danois ravive les tensions...On tente d’assassiner les journalistes.

de direction. En novembre 2011, Charb choisit de mettre en couverture : Charlie Hebdo Charia Hebdo, un cocktail Molotov incendie les locaux du journal le jour de sa publication, et les journalistes trouvent refuge dans les locaux de Libération. La suite vous la connaissez tous malheureusement...

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Cavana le fondateur entouré de Wolinski et Cabu.

seur Choron refuse de participer au projet, le mauvais esprit d’Hara Kiri s’en va, ce qui a l’air d’arranger le nouveau directeur de la rédaction Philippe Val qui l’acceptait mal. Charlie Hebdo retrouve ses cibles favorites : TF1, le foot, les flics, Disney et Mac DO….Le journal est harcelé par des groupuscules d’extrême-droite, tandis qu’il participe à la création du mouvement Attac.

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En 1996, un ami de Val est accusé de viols sur mineur, le directeur de

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Charlie choisit de publier les des-

Geoffrey Grandjean gg11051996@gmail.com

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C’est l’encre qui doit couler

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ès le mercredi 7 janvier, quelques heures après l’attentat qui a fait douze morts au siège de Charlie Hebdo, des dessinateurs du monde entier ont pris leurs crayons pour exprimer leur tristesse, rendre hommage à leurs amis assassinés, mais aussi affirmer l’importance de la liberté dans l’art.

Comme une véritable réponse spontanée, collective et solidaire à la violence, ces dessins, d’une force incroyable, ont circulé à travers le monde par internet et les réseaux sociaux. Beaucoup d’entre eux ont été repris pour être placardés dans les rues, ou brandis lors de la marche du 11 janvier, traduisant ainsi l’émotion de chacun, de tous les Charlie de la planète.

Le monde du dessin de presse, de la caricature et de la bande dessinée s’est mobilisé immédiatement, rendant hommage chacun à leur manière. De nombreux artistes, comme le néerlandais Ruben L. Oppenheimer ou le célèbre dessinateur du « Chat » Philippe Gelluck, ont fait dans leurs dessins une analogie avec l’attentat du 11 septembre 2001, comparant les tours effondrées de New York avec la liberté d’expression piétinée en ce 7 janvier à Paris. D’autres ont préféré l’espoir, représenté par un crayon, symbole de cette lutte qui continue. Par exemple l’illustratrice française Lucille Clerc a beaucoup ému avec son magnifique et très simple dessin dans lequel on peut voir que le crayon brisé par les balles se transformera demain en deux crayons, plus forts.

Ils ont été nombreux à prendre le parti de l’humour pour rendre un dernier hommage aux carricaturistes du journal satirique. Louison, dessinatrice de presse notamment chez Charlie Hebdo salue « l’esprit Charlie » avec son Saint Pierre irréverentieux qui a fait sourire tout le monde en cette semaine sombre. Aujourd’hui encore, deux semaines après le drame, le Centre international de la caricature reçoit plusieurs dizaines de dessins par jour qui s’accumulent pour la future exposition déjà prévue consacrée à Charlie Hebdo en septembre prochain.

leur contribution à cette vague internationale d’hommages. Les dessins, les caricatures affluent sur le net ou sur les mails des rédactions comme pour affirmer encore et toujours l’attachement de chacun à la liberté d’expression, à la liberté de créer. Alors que la France se remet lentement de l’onde de choc causée par l’attentat, ces dessins, comme autant de bougies mises aux fenêtres, donnent ainsi raison à Tignous qui disait : « La caricature est un témoin de la démocratie. » LOUISE BUGIER lou.bugier@hotmail.com

A côté des illustrations des professionnels ou du désormais classique « Je suis Charlie », et ce qui est peut-être le plus étonnant et le plus émouvant, ce sont ces centaines de dessinateurs amateurs qui ont voulu apporter eux aussi

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CHARLIE HEBDO : des hommages en chansons

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epuis plusieurs jours, les hommages se sont multipliés sur internet : des hommages à la fois pour les victimes de l’attentat qui a touché le siège de Charlie Hebdo, à Paris, mais aussi pour l’art engagé et libre. Les musiciens, qu’ils soient anonymes ou célèbres, ont tenu à montrer leur soutien à leur manière. C’est le cas d’artistes comme le groupe Tryo, Grand corps malade ou encore Jb Bullet. A travers leurs textes, ils ont exprimé leur colère et leur indignation. Tout d’abord, JB Bullet, 25 ans a écrit une chanson sur l’air d’Hexagone de Renaud. Dans le même esprit que ce dernier, il dénonce le terrorisme et les attentats. JB Bullet dans ses paroles raconte le parcours des terroristes et s’adresse directement à eux, face à sa ca-

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méra. L’oeil sombre, l’air grave, il commence : « j’ai pas peur de toi, l’extrémiste. » JB Bullet, avec deux accords, s’indigne. Sa réaction relève d’une profonde considération pour les événements, mais aussi d’une réflexion qu’il a su mener à froid : « même si j’ai envie de crier aux armes, j’mets pas tout le monde dans le même panier. » De sa voix d’outre-tombe, il chante le courage mais aussi la fraternité, pour finir sur un « moi aussi, je suis Charlie. » retentissant. La vidéo postée sur YouTube le lendemain de l’attentat a rapidement atteint les milliers de vues, est devenue virale sur les réseaux sociaux. Impossible d’ignorer la réaction puissante de cet amateur, sorti de l’anonymat par le biais d’une chanson intense et intelligente. Il est désormais connu et reconnu par bon nombre de français, dont

certains ont repris en choeur les paroles lors des manifestations considérables qui ont eu lieu, hommages à Charlie Hebdo. Tryo a aussi fait un hommage tout en émotion aux dessinateurs. Le groupe, dont la renommée tient surtout à ses chansons engagées, a une fois de plus prouvé sa reconnaissance. En plus de montrer son mécontentement et d’affirmer ses idées, Tryo appelle lui aussi à l’union et au respect : « mon frère » revient continuellement dans les paroles. Le refrain, « Je suis Charlie », monte en puissance par rapport au reste du morceau : plus qu’un slogan, c’est un véritable hymne. Tryo, lors de la distribution de la chanson sur le web, fait le choix d’un clip poignant qui montre Charb, Cabu, Wolinski et Tignous


DOSSIER SPÉCIAL en train de dessiner ; les images avaient été tourné pour les 18 ans de l’association «Clowns sans frontières». Tryo a voulu ainsi témoigner son soutien aux familles des victimes et en particulier à Tignous qui était leur ami. Ils prouvent ainsi que Charlie Hebdo n’est pas mort : des dessinateurs ont laissé leur vie mais l’esprit du magazine persistera toujours.

De même, Grand Corps malade a fait un slam s’intitulant « Je suis Charlie». Les paroles énoncées sur un ton monocorde avec un accompagnement minimaliste, contribuent à donner au morceau une ambiance solennelle, un discours à la fois simple et inspiré. « J’écris pour eux parce que je ne sais pas dessiner ». En prononçant ces mots, il exprime que cha-

cun peut rendre un hommage à sa façon. Et que chacun peut s’exprimer librement. Eleonore Seguin, Perrine Mouret

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DOSSIER SPÉCIAL

Les attentats vus de

L’ÉTRANGER Tunisie, Allemagne, Israël, Italie

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ls ont entre 16 et 20 ans, vivent à l’étranger et comme nous tous, tous les 4 ont été bouleversés par les évènements dramatiques qui se sont déroulés à Paris il y a quelques semaines. Aina, Ismail, Aurelie et Veronica ont accepté d’être nos yeux et de nous faire part de leurs témoignages afin de nous raconter comment les évènements ont été perçus chez eux. De par leur situation géographique différente, vous pourrez établir des concordances, des différences sur le sujet que nous abordons, et ainsi bénéficier d’un regard le plus complet possible et sans jugements de valeur sur ce dernier, c’est ce qui nous a amené à repousser nos frontières jusqu’en Italie, en Tunisie, en Allemagne ou encore en Israël.

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TUNISIE

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La Réaction Des

T UNISIENS

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ouze personnes, dont deux policiers, ont été tuées et plusieurs blessées, à Paris, dans la fusillade au siège de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo. L’attentat contre le siège de Charlie Hebdo a suscité une vague d’indignation un peu partout dans le monde, y compris dans certains pays arabes et en Tunisie. La présidence du gouvernement a condamné avec force la «lâche» attaque terroriste perpétrée, exprimant la solidarité de la Tunisie avec le peuple français. Elle a adressé, dans une déclaration, ses vives condoléances au gouvernement français et aux familles des victimes de cette «ignoble» attaque. La présidence du gouvernement a relancé son appel à la communauté internationale à davantage de coordination et de coopération pour affronter le phénomène du terrorisme qui menace la paix et la stabilité dans le monde. Le premier ministre, Mehdi Jomâa, a participé à la «marche républicaine» contre le terrorisme, dimanche 11 janvier 2015 à Paris, après l’attentat contre «Charlie Hebdo», a indiqué le porte-parole

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de la présidence du gouvernement. «En réponse à l’invitation des autorités françaises, le chef du gouvernement Mehdi Jomâa a représenté la Tunisie dans la marche républicaine à Paris», a-til précisé. Le président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Mohamed Ennaceur, a condamné l’attaque terroriste et a présenté ses sincères condoléances au peuple français. Selon un communiqué de l’ARP, Mohamed Ennaceur a eu un entretien téléphonique avec l’ambassadeur de France à Tunis, François Gouyette, au cours duquel il lui a exprimé ses sentiments de compassion et de sympathie avec le peuple français en cette douloureuse circonstance. Le président de l’ARP a, également, adressé des messages de sympathie au président de l’Assemblée nationale française, Claude Bartolone, et au président du Sénat, Gérard Larcher, dans lesquels il leur a exprimé ainsi qu’aux familles des victimes et au peuple français ses sentiments de compassion. Mais voilà que plusieurs heures plus tard, le ministère des Af-

faires religieuses publiait un autre communiqué officiel, dont l’esprit semble en contradiction avec la dimension séculariste et humaniste du premier. Nous replongeons bel et bien dans une polémique sur « le sacré », sa transgression et ses contours si dangereusement flous. Une rhétorique que l’on croyait dépassée, après l’adoption de la nouvelle constitution tunisienne, fondée sur les droits et libertés des citoyens dont la liberté de conscience et la liberté d’expression. Or, le message du ministère semble si proche de l’esprit archaïque et menaçant des extrémistes religieux. Il légitimerait presque le crime perpétré contre les journalistes et les policiers qui gardaient les bureaux de Charlie Hebdo. A la fin de son texte, le ministère a appelé « les médias du monde entier à respecter la déontologie journalistique ». Et à « éviter de porter atteinte aux religions, aux cultes et au sacré et de susciter des provocations par rapport aux croyances ». Rappelons que le mouvement islamiste Ennahdha a été le premier parti politique tunisien à réagir immédiatement contre l’attentat


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terroriste en publiant le jour même un communiqué dans lequel il a condamné avec la plus grande fermeté ces actes terroristes et présenté ses condoléances exprimant son entière solidarité avec les familles des victimes et tout le peuple français. « Nous condamnons avec la plus grande fermeté ces actes terroristes, leurs auteurs et tous ceux qui les soutiennent », a déploré Ennahdha dans une déclaration. Le mouvement y exprime la « parfaite et entière solidarité avec les victimes, leurs familles, et tout le peuple français ami ». - La Fédération Tunisienne des Directeurs de Journaux a également exprimé son indignation suite à l’attentat terroriste perpétré contre Charlie Hebdo. Elle a considéré cette attaque une menace directe contre la liberté d’expression espérant qu’elle n’altérerait pas les bonnes relations entre le France et le monde musulman. - Nombre de composantes de la société civile tunisienne, de même que des intellectuels, militants des droits de l’Homme, artistes et journalistes se sont rassemblés, devant la Cathédrale de Tunis pour dire toute leur indignation à la suite de l’attaque terroriste contre le siège de l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo. Les participants à ce mouvement de solidarité ont crié des slogans stigmatisant le terrorisme, récla-

mant son éradication. La présidente de l’Association de défense des valeurs universelles, Rabaâ Ben Achour, a estimé que l’attentat terroriste de Paris « pourrait se reproduire n’importe où, y compris en Tunisie », soulignant que « cet acte criminel a visé la liberté d’expression, le droit à la vie et tous les idéaux humains. Cette attaque terroriste est un message au monde entier et à toutes les composantes de la société civile partout où elles se trouvent pour leur dire de faire obstacle à ce terrible fléau qui gangrène les valeurs humaines, en général, et les idéaux de paix et de liberté, en particulier ». - Un autre rassemblement solennel de quelques dizaines de citoyens tunisiens, de confession juive et musulmane, a été organisé, devant la synagogue de Tunis, en hommage posthume à Yoav Hattab et aux quatre autres juifs tunisiens, assassinés lors des attentats terroristes. Malgré les nombreuses menaces et intimidations qui ont circulé sur les réseaux sociaux, des Tunisiens et même des étrangers ont fait le déplacement jusqu’à l’avenue de la Liberté pour exprimer leur tristesse et leur condamnation du terrorisme. «C’est une action citoyenne, spontanée, pour rendre hommage à des Tunisiens comme nous, qui ont été sauvagement assassinés par le terrorisme. Nous sommes ici pour exprimer notre refus du fondamentalisme et notre soutien avec les familles des victimes, qui sont

avant tout des êtres humains», clamait Yamina Thabet, présidente de l’Association de soutien aux minorités. «Nous condamnons le terrorisme autant que l’islamophobie où qu’ils soient, et face à cela, nous devons rester unis. Le plus beau message de tolérance que renvoie aujourd’hui la Tunisie c’est que nous sommes réunis ici devant la grande synagogue de Tunis à quelques mètres de la mosquée El Fath, fief des salutistes». L’émotion était forte hier devant la synagogue et un important dispositif sécuritaire a été mis en place. Des mesures de précaution nécessaires, car la Tunisie aussi traverse une période difficile d’insécurité. Après la révolution, dans la foulée des événements, l’intolérance a marqué des points, mais dans l’ensemble, le vivre-ensemble est séculaire en Tunisie et ce n’est pas aujourd’hui que les Tunisiens vont changer. C’est aussi cela la Tunisie, terre de tolérance et d’accueil. Les juifs, les Italiens, les Français font partie de l’histoire des Tunisiens et de la Tunisie. Et des attentats comme ceux de Paris en 2015 ou celui de Djerba qui a visé en 2002 la communauté juive sont aussi regrettables qu’étrangers à l’Islam et aux musulmans pour qui la vie d’une personne vaut l’humanité entière. Le terrorisme est une calamité, qui n’a rien à voir avec la religion, et il faut le traiter en tant que tel. Ismail LASSOUED

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La Réaction Des

ALLEM ANDS

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’étais en cours d’allemand quand notre prof nous a appris ce qu’il s’était passé dans les bureaux de Charlie Hebdo, à Paris. Personne ne savait vraiment comment réagir, l’événement semblant à la fois très éloigné de nos vies, et très proche de nos cœurs de français. C’est le soir, en regardant les informations ou en navigant sur les réseaux sociaux que nous en apprîmes davantage. Le lendemain, comme partout en France, toute l’école se tût durant une minute. Les réactions de tous s’accordaient sur un point : le choc. Puis très vite les opinions des uns et des autres commencèrent à diverger et quelques débats houleux naquirent de ces oppositions. Nombre d’entre nous étaient Charlie, et la plupart de ceux qui ne l’étaient pas étaient accusés à tort de soutenir le terrorisme. Ces prises de positions ne me parurent pas bien différentes de celles qui s’opéraient alors en France. Ce qui me toucha particulièrement ne fut d’ailleurs pas la réaction des français. Ce fut la réaction de ma meilleure amie espagnole, de mon ami vietnamien, de mes camarades allemands. La réaction de toutes les nationali-

tés que nous représentons dans mon lycée. C’est là que j’ai pris la véritable mesure de ce qui était en train de se passer. Comme l’a dit l’hebdomadaire Die Zeit, « Il y a des jours qui marquent un avant et un après », et ce n’était pas seulement le cas pour la France, mais pour le monde entier. En Allemagne, le mouvement Pegida (Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident) a pris de plus en plus d’ampleur depuis sa naissance en octobre 2014. L’islamophobie se répand, et avec elle l’idée que les immigrés musulmans coûteraient plus à l’Allemagne qui ne lui rapporteraient. C’est ce qu’a révélé un sondage du Financial Time Deutschland. Il nous révèle également que plus d’un tiers des Allemands estimeraient correcte l’affirmation selon laquelle l’Allemagne deviendrait en moyenne plus bête à travers l’immigration, et ce « de manière naturelle », car les migrants seraient moins bien éduqués et auraient plus d’enfants. On voit ainsi un exemple clair de la division qui est en train de s’opérer, alimentée par les médias et les politiques qui mettent sur le tapis des jugements de valeurs sans réels fondements. Ils font encore une fois l’amalgame entre immigration et islam, alors

même que Angela Merkel déclare que « L’islam fait partie de l’Allemagne », prenant position contre l’islamophobie de Pegida au côté du président Gauck le 13 janvier au soir, lors d’une manifestation de solidarité avec les attentats parisiens. Ainsi l’atmosphère en Allemagne est tendue, et la séparation toujours plus nette entre ceux manifestant pour Pegida et ceux manifestant contre. Cependant les événements de Paris suscitent la réflexion. Malgré certains politiciens comme Alexander Gauland, le vice-président du parti AFD (Alternative pour l’Allemagne), qui a félicité le mouvement Pegida pour la justesse de ses mises en garde contre le terrorisme islamiste, la priorité semble être d’empêcher cette défiance de prédominer au sein d’une majorité d’Allemands. C’est dans ce contexte que fut accueillie la nouvelle des attentats. Dimanche 11 janvier, un rassemblement fut organisé sur la Odeonsplatz. Nous étions plus de 3000 Munichois unis dans la lutte contre le terrorisme. Plusieurs discours contre la haine, la division, le racisme, l’antisémitisme et la violence ont été prononcés à l’endroit même où quelques décennies

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plus tôt, Hitler fut arrêté par la police après son putsch de la brasserie. Je ne pense pas que le lieu ait été choisi pour cette raison, mais on voit tout de même en ce choix un fort symbole. Des centaines d’Allemands se mêlaient aux nombreux Français et à bien d’autres nationalités, tous venus pour une même cause. Deux immenses banderoles se faisaient face, l’une affichant « Ich bin Charlie » l’autre : « Je suis Charlie ». En dessous, un surveillant de mon lycée brandissait un carton sur lequel était inscrit le même message en arabe. Les drapeaux français se joignaient aux affiches écrites dans toutes les langues, et nos différences nous unifiaient plus que jamais. Nous nous sentions tous concernés, tous consternés. Ces moments resteront longtemps gravés dans nos mémoires. Ce jour-là, malgré la neige et le froid, personne ne bougeait. Tous écoutaient avec gravité les discours en allemand, entrecoupés de quelques déclarations en français. On nous désigna ensuite un endroit où nous pouvions laisser quelques mots qui seraient par la suite recopiés dans le livre d’or du consulat.

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Pendant que certains écrivaient leur soutien, d’autres le manifestèrent en créant un endroit, comme celui devant le consulat, rempli de fleurs, de mots, de bougies et de stylos. A l’école ce fut bien différent, bien moins homogène. Certains professeurs, les professeurs de langue et de philosophie notamment, nous laissèrent débattre relativement librement sur ce qui s’était passé. Je n’aurais jamais imaginé que nous pouvions partager avec tant de ferveur des opinions si opposées, nous qui peinons d’habitude à entretenir un vrai débat. Le sujet était pris très à cœur, faisant parler ceux qui, en temps normal, préféraient masquer leurs opinions. C’était vraiment bien d’avoir une telle occasion d’exprimer ce qu’on pense, de discuter sérieusement de sujets bien trop souvent tabous. D’autre part, les attentats se firent également ressentir dans nos quotidiens. La vigilance s’est accrue, nous ne pouvons plus entrer et sortir librement de l’établissement. Désormais, les portes ne sont ouvertes qu’à la fin chaque heure durant quelques minutes, et l’entrée est contrôlée par un surveillant. Ces mesures,

qui peuvent paraître banales, ont marqué un changement assez radical dans notre quotidien, nous faisant ressentir de manière plus concrète l’insécurité dans laquelle nous vivons tous. Les Allemands, comme nous tous accueillirent ainsi la nouvelle avec gravité, se sentant tout aussi inquiets face à la menace du terrorisme. Maintenant, il faudrait que « l’après Charlie », comme beaucoup l’appellent, nous fasse tirer les bonnes leçons. Que ce magnifique élan de solidarité, cette merveilleuse unité que nous avons affichée nous permettent de devenir plus fort, et de se servir de cette force pour mieux défendre la liberté et non pour alimenter la haine et la division comme bien trop souvent dans nos pays. Aurelie Knecht Auknecht@gmail.com


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ISRAËL

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ela a commencé comme un murmure, à peine audible. « Tu sais ce qui s’est passé à Paris ? ». Pas de réponse claire. « Tu ne sais pas ? Il y a eu un attentat, douze personnes sont mortes ! ».

pour la paix et la durabilité dans le Moyen-Orient », selon le slogan de l’école. Pourquoi est-ce que j’ai choisi, sans n’avoir aucun lien avec Israël, de venir ici ? Par idéalisme, mais cela, ce serait un autre article.

C’était bizarre pour une fois d’entendre une nouvelle complètement déconnectée de la réalité avec laquelle on vie ici et que l’on oublie souvent. Israël, le pays dans lequel on entend une seule et même histoire, était en état de choc.

Ce qu’Israël a de particulier, c’est que c’est un pays en conflit, mais le danger est minime à Tel Aviv. La distance y joue beaucoup. À 1h30 en bus se trouvent Jérusalem et la frange de Gaza, mais on peut vivre ignorant de ce qui se passe là-bas si on ne lit pas les journaux.

Clarification, je n’habite pas vraiment là-bas. Même si le campus se situe à 10km de Tel Aviv, nous sommes dans une bulle.

Cette nouvelle, pourtant, a traversé les murs et tout le monde était au courant. Beaucoup de gens m’ont posé des questions, étant donné que je suis la seule française. Il y avait une tension dans l’air, mes camarades se sont mis à lire de plus en plus de journaux pour suivre l’actualité au fil des minutes. On ne savait pas trop comment réagir : indignation, incrédulité, soutien, incompréhension, surtout. Pleins de sentiments pêle-mêle.

Tout d’abord, je suis dans un internat et, nous ne pouvons en sortir qu’une fois par semaine. Puis, seulement la moitié des enseignants sont en fait israéliens. Finalement, notre école, EMIS, est quelque chose d’inédit ici. Des 65 étudiants d’IB (baccalauréat International), il y a 20 % d’Israéliens, 20% d’Arabes et 60% d’élèves internationaux. Le but ? « Faire de l’éducation une force

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Tout le monde a relevé le fait que les terroristes étaient musulmans, mais personne n’a fait l’amalgame. Ici, c’est encore plus délicat ,

beaucoup plus. Les musulmans se sont indignés : « Cela n’aide pas. Cela va encore faire croire à beaucoup de gens que nous sommes tous des terroristes. Mais ce n’est pas cela l’Islam ! D’ailleurs c’est écrit dans le Coran qu’il ne faut pas tuer. 90% des musulmans lisent mal le Coran.» La semaine des attentats, on assistait à une tempête en Israël. « Le monde à l’envers » commentaient les israéliens. Ici on parle du temps, alors qu’en Europe, on parle du terrorisme. La nouvelle prenait la première, la deuxième, la troisième page des journaux. A un moment, cela nous a écœuré, qui se souvenait du Nigeria et des 2000 morts de Boko Haram ? Puis le deuxième attentat a changé la donne pour pas mal de monde. La plupart des israéliens ont évoqué les conseils qu’ils entendent souvent. Ne pas porter d’étoile de David s’ils voyagent en Europe, faire attention à ne pas parler d’Hébreux ou simplement éviter d’y aller. Tout à coup les médias et politiciens israéliens ont aussi changé de discours, se voyant impliqués.


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Ils se sont mis à donner leur avis sur ce qui se passait en France, à appeler les Juifs de France. Certains ont superposé leur article avec une photo du vote de l’Assemblée sur la reconnaissance d’un État palestinien. Ici, comme toujours, quand les événements touchent plus personnellement, les réactions tendent à être mitigées. « Là, tous les juifs français vont venir, mais pour aller où ? Il n’y a pas de place.» D’autres pensaient que c’était légitime. Après tous ces événements, c’est encore plus clair pour eux que l’État juif est nécessaire, l’antisémitisme devenant trop présent en Europe. Finalement, on était tous d’accord, la liberté d’expression, on ne l’apprécie jamais assez. Ici on en profite largement, et tant mieux. Que ce soient les Kurdes en Turquie, ou plus souvent, la situation Israélo-Palestinienne, en débattre même si ce n’est pas toujours calme, c’est la seule façon de comprendre ce qui arrive. Aina de Lapparent ainaaadla@gmail.com

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La Réaction Des ITALIENS 7 Janvier 2015. 11h30. Massacre à Charlie Hebdo. Immédiate est la réaction des médias et journaux italiens. Tout le monde en parle ici en Italie. Les nouvelles de l’attentat terroriste à Paris sont à l’ordre du jour de tous les journaux pour nous informer sur la situation. Des journalistes se trouvent sur le lieu à Paris et donnent les dernières informations en continue: à chaque heure il y a toujours des mises à jour pour nous informer de la situation. Des émissions se consacrent seulement à l’attaque terroriste en cherchant des réponses et analysant les causes du massacre. Certains journaux télévisés ont retransmis la manifestation de Paris en direct. Beaucoup de journaux, comme Il sole 24 ore rejoignent le mouvement en relayant le slogan «L’Europe est Charlie».

Tous les politiques italiens proposent une lutte contre le terrorisme: ils ont voulu manifester leur soutien aux familiers des victimes, au journal Charlie Hebdo et plus généralement à toute la France. Le premier ministre Matteo Renzi, souligne qu’on doit répondre et résoudre ce problème avec l’intégration des étrangers qui viennent en Italie: il réaffirme son soutien à la France en participant aussi à la marche républicaine à Paris. Avec lui, d’autres politiques italiens ont fait le déplacement comme Romano Prodi.

France en disant «je suis Charlie «. Aussi la communauté musulmane italienne s’associe à la douleur des français en condamnant l’attaque des terroristes. D’un autre côté, il y a aussi des polémiques contre la sécurité de la ville qui disent que cette attaque pouvait être prévue. Cet événement n’a pas seulement bouleversé l’histoire de la France, mais, comme on l’a vu, celle du monde entier. Ce problème pourra-t-il un jour être résolu pour qu’il n’y ait plus d’attaques terroristes?

On en a aussi parlé à l’école pour réfléchir sur ce fait divers qui a touché la France et qui a choqué toute l’Europe.

Veronica Sala

Cette réflexion ne s’arrête pas seulement à l’école, elle a une influence importante sur internet: en effet sur Facebook beaucoup d’italiens donnent leur appui à la

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Q I S U U E M

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Brigitte

le duo de choc

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appelez-vous Brigitte en 2011, rappelez-vous de son côté hippie chic et baba cool, de la blonde sexy et de la brune à lunettes, de ces deux femmes, l’une est Aurélie Saada, l’autre Sylvie Hoarau, de leur dernier album Et vous, tu m’aimes ?, de leur timbre de voix sensuel. Maintenant, oubliez pendant un moment l’ancienne Brigitte. Pour son dernier album, A Bouche que veux-tu, elle continue de nous surprendre musicalement, mais pas que...Qui sont-elles réellement, ces filles aux multiples facettes, « Plurielle(s) » ?

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B

rigitte, c’était ça : deux femmes, l’une blonde sexy, l’autre brune aux lunettes rondes, ne faisant qu’un dans leur musique, au style indie-pop ; leur voix suave, sensuelle, retournant le public français grâce à leur album Et vous, tu m’aimes ? sorti en 2011. Brigitte, « comme Brigitte Bardot, Brigitte Lahaie, Brigitte Fontaine, Brigitte femme de flic (chanson du groupe rap de Passi et Doc Gynéco du Ministère A.M.E.R) », c’est aussi l’histoire de la femme (ou des femmes) exprimant ses sentiments et ses fantasmes, dans des textes musicalement poétiques et envoûtants. A la sortie de leur premier album, le succès fut tel qu’il s’est vendu à plus de 200 000 exemplaires, leur single « Battez-vous » et la reprise audacieusement sensuelle de « Ma Benz » de Suprême NTM y sont pour beaucoup.

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Des femmes aux multiples facettes Chanteuses le jour, mamans et femmes avant tout le reste du temps. Derrière leur costume de scène se trouvent Aurélie Saada et Sylvie Hoarau. L’une a grandi à Elbeuf, en Normandie, fille d’un père ouvrier chez Renault et d’une mère femme de ménage ; l’autre née à Paris d’une psychanalyste mariée à un gynécologue. Aurélie voit ses parents divorcer à l’âge de 11 ans, la perturbant, si bien que l’école la fait fuir. Elle redouble sa seconde et sa terminale, arrive à avoir son bac à 20 ans, puis s’installe sur les bancs de la fac de psycho, avant de se plonger (pour sortir la tête de l’eau) dans la musique. Sylvie est, elle, fille de juifs immigrés de Tunisie, de famille modeste où la culture tant littéraire, musicale, avait une place primordiale : « Mes parents ne ressemblaient en rien aux riches familles séfarades, ils venaient d’un

milieu modeste dont ils sont euxmêmes sortis. Chez ma mère, il n’y avait pas de fric mais on donnait de l’importance aux livres. » Passant de Oum Kalsoum à Georges Brassens, son oreille s’est façonnée au fil du temps. Deux personnages féminins, donc, qui devaient se rencontrer. Une amitié fusionnelle, elles ne se quittent plus, et cela se ressent dans leur musique : « On se marre beaucoup toutes les deux. On chiale aussi. Cette collaboration serait presque impudique. Ensemble, nous nous sentons libres de tout dire, de tout inventer, oser... »


Quand Brigitte change du tout au tout Fin novembre, vous l’attendiez tous, et enfin, nous découvrions le deuxième album de Brigitte, A Bouche que veux-tu. Les voix féminines et suaves habituelles se reconnaissent au fil des dix titres de l’album, cependant quelque chose a été modifié. Bien sûr, la musique a changé de sonorité, plus rock et disco, plus rythmée et colorée, plus dansant, les thèmes de la sensibilité et des désirs intimes de la femme sont toujours présents. Vous aurez beau y regarder à deux fois, ce sont bien Aurélie et Sylvie, un peu métamorphosées, certes... Leur effet miroir surprend : perruque brune à frange, rouge à lèvre charnel, robe à paillette moulante, escarpins noirs ; telles deux gouttes d’eau dans un corps soudé, celui de Brigitte.

L’album est aussi une nouvelle claque. Le clip de A bouche que veux-tu nous plonge dans l’univers des années 70, du temps où nos parents sortaient le soir pour danser le disco. La sensibilité, la douceur est plus présente que jamais dans cet album, où la figure de la mère détrône celui du père : « On assume toutes les facettes de notre position de femme : la maman, la putain, la maquillée, la démaquillée, l’ambitieuse, la loser » ironisent les deux femmes lors d’une interview pour Libération. Passant de la femme battante avec « Battez-vous » à une femme sensible avec son titre « Embrassez-vous », Aurélie et Sylvie chante le désir, l’amour, fortement présent dans la chanson « Oh Charlie chéri ». A la fois angoissant, mais tellement tou-

chant et irrésistible, cet album étonne (presque pas...) le public, habitué aux sœurs devenues siamoises, d’un style atypique se détachant du tableau traditionnel de la pop française. Aujourd’hui, elles gagnent à être connues, apparaissant à Noël au Petit Journal, et allant jusqu’à créer depuis quelques temps leur propre label. Bref, l’atypique ne déplaît pas, bien au contraire, il attire, et ces deux jeunes femmes l’ont bien compris ! A.JULLIAT aline.julliat@hotmail.fr

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MUSIQUE

«En lisant leurs textes, on s’tape des barres de rire : hahaha, le rap game, c’est la garderie. Le rap est noyé, comme la cité d’Atlantis.» Bigflo et Oli, les deux prodiges toulousains, n’hésitent pas à s’opposer aux figures du proue du rap du moment. Après deux freestyles balancés sur youtube, «c’est que le début» et «pourquoi pas nous ?», le duo sort en avril 2014 un premier EP, Le Trac, donc l’acidité des textes et la technique impressionnante sont les stigmates. Bigflo et Oli, ce sont en fait Florien et Olivio Ordonnez, deux frères de 22 et 19 ans. Issus d’un métissage insolite (un père argentin et une

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mère algérienne), les deux garnements s’intéressent bien vite au milieu du rap et à la musique en général : multi-instrumentistes, ils tracent leur parcours en véritables enfants prodiges. Leur performance aux Rap Contenders sud, qui les confronte au duo Sakage et Kemar, ne passe pas inaperçue ; avec des punchlines intelligentes aux antipodes des propos de certains de leurs confrères, Bigflo et Oli s’illustrent par la finesse de leurs discours. Florian et Olivio placent la dérision au centre de leur travail, sans tomber dans la moquerie délibérée. Ils ne sont pas épargnés par la

critique et n’hésitent pas à se dépeindre comme des losers désespérément normaux, un peu nerds et trop maigres. La complicité et la continuité entre les deux rappeurs, impressionnantes, tiennent en partie à leur succès : «Plus qu’un frère, un jumeau». A l’inverse du flow saccadé omniprésent sur la scène du hip-hop (Gradur, Kaaris, Booba et autres MC dont la prétendue violence des paroles devient vite monotone), Bigflo et Oli s’amusent à alterner les rythmes, à jouer avec les sons et les images employées. Un vrai festival de lyrics !


MUSIQUE

Les deux frères s’attaquent donc frontalement au rap game des années 2010 : fans incontestables des anciens du rap conscient, à l’instar de MC Solaar ou Owmo Puccino, ils affirment militer pour un «retour aux sources, pour se laver les mains». Soutenus d’abord par leur famille et leur lycée, à Toulouse, ils acquièrent une notoriété bientôt nationale : Orelsan et 1995 affirment clairement leur soutien aux deux olibrius du hip-hop. Le clip de Monsieur tout le monde, avec à l’affiche Kyan Khojandi, démontre une fois de plus qu’ils ont le don de trouver les mots justes, et que l’âge n’est pas incompatible avec le talent. Le morceau, qui présente une grande intensité dra-

matique (et qui contraste avec les chansons d’ordinaire au ton plus léger), est aussi le témoin d’une volonté de varier les styles et les thèmes abordés. Le très ironique Gangsta, extrait de l’EP, met en scène les deux frères en train de parodier les rappeurs français à succès qui, pour la plupart, montrent démesurément leur argent et leur réussite dans des clips ostentatoires. «Les MC disent trop :»nique ta mère» ; mais comme je suis gentil, je leur offre un dictionnaire.» déclame Bigflo dans une improvisation bien menée.

New York, Bigflo et Oli annoncent un album pour l’année 2015, comme cadeau pour leurs fans, lors d’un nouveau freestyle sous le sapin de Noël. Les deux jeunes garçons ont tout pour devenir des grands ; Bigflo et Oli, à découvrir et écouter d’urgence !

E.SEGUIN eleonoreseguin.musique@gmail. com

Après un bref passage en studio à

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FRONT PORCH STEP : un homme avec une âme sensible

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ront Porch Step, c’est tout d’abord le projet guitare acoustique d’un seul homme. C’est le musicien de l’Ohio, Jake Mcelfresh. Il a débuté sa carrière en solitaire en 2012. L’année suivante, il signe chez Pure Noise Records et peu de temps après l’album Aware sort dans les bacs. L’album Aware se compose de 11 titres dont la chanson phare du nom de l’album. Aware raconte une histoire d’amour à sens unique. Le jeune homme est amoureux alors que la jeune femme n’éprouve pas de sentiments. Pour elle, ils ne peuvent être qu’amis. Pour J. Mcelfresh, cette chanson n’est qu’une de plus qu’il lui fait penser qu’il fait quelque chose de mal. Il se rend compte qu’elle ne l’aimera jamais. Il a accordé sa confiance à une personne qui ne témoignera pas de réciprocité. Avec le temps, la jeune femme oubliera combien il tenait à elle. Néanmoins, le titre lui rappellera ce qu’il ressentait pour elle. De même, la chanson Drown est très mélancolique. Elle aborde le même sujet, cet amour perdu. Son ancienne copine hante toujours ses pensées. Par ailleurs, il s’est donné corps et âmes dans cet amour. Il se sent seul et perdu sans elle à ses côtés. Perdre l’amour de sa vie, il ne pensait pas que ça faisait aussi mal. Il voudrait

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réussir à l’oublier. Recommencer à vivre sans qu’elle occupe toutes ses idées. Le dernier titre qui m’a le plus intéressé est Island of the misfit boy. Cette mélodie raconte l’histoire d’un homme qui est perdu, sans ses repères. Il erre dans la rue en espérant que le bus ne l’a pas oublié. Sur son visage, on peut lire la détresse. Ses yeux appellent «Au secours» ... Pous les titres de l’album, ils évoquent la perte de l’être aimé. Toutefois, chacune des chansons est différente. Elles mentionnent la disparition de cet amour sous plusieurs angles. Si je ne vous ai pas convaincu, pourquoi ne pas vous faire votre propre opinion en écoutant Aware ? John Mcelfresh a également sorti un EP «Whole Again» en 2014. Cependant, il faudra être patient avant de se rendre à l’un des ses concerts. J.Mcelfresh a eu quelques soucis avec la justice. Il a donc décidé d’interrompre sa tournée.

P.MOURET perrine.trip@gmail.com


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ACTU

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SPORT

Nos10 RÊVES SPORTIFS pour 2015

2014 nous a fait vibrer, avec les Jeux Olympiques de Sotchi, la Coupe du Monde de football à Rio, les deux français sur le podium du Tour de France, le record du monde de saut à la perche de Renaud Lavillenie, la moisson de l’Équipe de France aux Championnats d’Europe d’athlétisme, et j’en passe... Pour 2015, TRIP a décidé d’imaginer une année sportive encore plus incroyable, grâce à 10 évènements ou performances qui livreraient leur lot de frissons ! Les français règnent sur le géant. On se souvient du triplé français en ski-cross aux JO de Sotchi de 2014. L’hiver 2015 quant à lui, a également vu briller trois skieurs français, cette fois-ci en ski alpin et plus précisément en slalom géant. Depuis plusieurs saisons, l’Équipe de France masculine montre une belle densité et une belle régularité dans l’exercice. Durant les Championnats du Monde de Beaver Creek (USA), les grands favoris Marcel Hirscher et Ted Ligety

ne sont pas dans un grand jour et laissent filer les médailles qui reviennent à Victor Muffat-Jeandet, Thomas Fanara, et Alexis Pinturault, alors sacré champion du monde ! Les favoris du Tour de France s’entre-dévorent. Rarement les massifs pyrénéens et alpins n’avaient été témoins d’un tel combat : les quatre plus grands cyclistes actuels de course par étapes se battent pour rem-

porter le 102ème Tour de France. Vincenzo Nibali, l’italien tenant du titre, peine à contenir les assauts du virulent espagnol Alberto Contador, double lauréat de l’épreuve, qui veut plus que tout remporter un troisième sacre après son abandon en 2014. Le britannique Christopher Froome a retrouvé son niveau qui lui avait permis de ramener le Maillot Jaune à Paris en 2013, a retrouvé ses jambes de feu qui lui ont permis ses fameux démarrages

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SPORT ultra-rapides, tout en fréquence. Un seul de ces quatre hommes n’a pas encore accroché le Tour à son palmarès, c’est le colombien Nairo Quintana, un grimpeur de poche qui n’hésite pas à partir de loin pour dynamiter la course. Aucun coureur n’arrive réellement à prendre le pas sur les autres, les changements de leader sont nombreux mais personne ne craque et tous peuvent rêver du sacre suprême au matin de la dernière étape de montagne au vu de l’écart qui les sépare : trente secondes. Manaudou est de la race des seigneurs. Connu du grand public depuis son titre olympique «surprise» sur 50 mètres nage libre aux Jeux Olympiques de Londres en 2012, Florent Manaudou a continué à travailler dans l’ombre, à Marseille. Les Championnats du Monde de natation, à Kazan (Russie), vont le faire passer du statut de «Meilleur sprinteur actuel» à «Légende de la natation mondiale». En devenant le 3ème homme à passer sous la barre des 47 secondes au 100 mètres nage libre, en remportant les 50 mètres nage libre et dos, et en concluant un relais 4x100 mètres nage libre, Manaudou devient l’égal des Peter Van der Hoogerland, Alexander Popov ou Ian Thorpe.

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Tamgho dépasse la légende.

Enfin, il y avait. En effet, un soir d’août à Pékin, pendant les Championnats du Monde d’Athlétisme, le français Teddy Tamgho a effacé des tablettes les historiques 18,15 mètres de Jonathan Edwards. Déjà quasiment assuré de remporter le titre mondial grâce à ses 18,01 mètres, Tamgho n’a qu’un objectif en tête quand il se présente face au sautoir pour son 6ème et dernier essai : marquer l’histoire.

Parmi les records du monde qui semblent indéboulonnables, il y a celui du triple saut masculin.

La suite s’écrit avec une planche parfaite, un cloche-pied lumineux, un rebond exemplaire, et une arri-

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vée dans le sable propre. C’est allé très loin. Le juge lève le drapeau blanc. Le saut sera mesuré. Le stade retient son souffle. Soudain, le verdict tombe : 18,19 mètres, soit le plus grand triple bond de tous les temps ! Comme Renaud Lavillenie avant lui, Tamgho dépasse la légende. Il devient la légende. Duel à haute altitude. Il n’y avait pas meilleur endroit que Pékin, pas meilleur moment que


SPORT les Championnats du Monde, pour que l’ukrainien Bondan Bondarenko et le qatari Mutaz Essa Barshim se livrent à un combat à distance qui restera dans les annales de l’athlétisme comme un des plus grands affrontements de l’histoire. Et surtout le plus haut de l’histoire du saut en hauteur. Depuis plusieurs années maintenant, les deux athlètes enchaînent les performances de haute volée et finissent les concours à plus de 2,40 mètres, face à face, alors que les autres sauteurs ne peuvent que contempler l’étendue du talent de leurs concurrents. Les deux rivaux ont tourné autour du record du monde (les 2,45 mètres du cubain Javier Sotomayor) pendant trop longtemps. Ce soir, il va tomber. Et pas qu’une fois. En effet, non seulement la barre à 2,46 mètres est effacée par Bondarenko et par Barshim, mais ils ne s’arrêtent pas là. A coup de centimètres, la barre monte. 2,47 mètres. 2,48 mètres. 2,49 mètres. Beaucoup d’observateurs n’auraient jamais imaginé qu’on puisse sauter aussi haut un jour. Mais, poussé par le stade et pris dans une émulation incroyable, un seul des deux sauteurs passera 2,50 mètres...

létisme. Jamais personne n’était parti d’aussi loin à la conquête de l’Or mondial. Mais lui, il l’a fait. Mahiedinne Mekhissi affichait depuis longtemps son objectif d’être le premier non-africain à détrôner les Kényans sur 3000 steeple, d’être celui qui aura brisé l’hégémonie des coureurs des hauts plateaux d’Afrique de l’est. Après son attaque kamikaze à plus de 500 mètres de la ligne et après avoir pris quelques longueurs d’avance, le français effectue probablement les 400 mètres les plus douloureux, les plus éprouvants, mais aussi les plus historiques, de loin. Derrière, la bataille fait rage, et la course s’emballe pour rattraper Mekhissi. Mais il résiste ! Il résiste et parvient à conserver un avantage suffisant à l’entrée de la dernière ligne droite pour remporter la course avec un chrono stratosphérique de 7 minutes 59 secondes, son record personnel et également record d’Europe.

Un « Crunch » pour le titre mondial. Jamais la France et l’Angleterre ne s’étaient affrontées en finale de la Coupe du Monde de Rugby. Depuis 1999, une de ces deux nations a systématiquement été présente pour disputer le titre, mais jamais les deux en même temps. C’est donc un match de rêve qui va avoir lieu à Twickenham, dans l’antre du XV de la Rose, entre deux équipes qui ont déjoué tous les plans des nations du Sud pour accéder à la finale. Après des années de critiques et de controverses, c’est l’occasion rêvée pour les Bleus de Philippe Saint-André de se réhabiliter totalement comme une des pièces majeures du rugby mondial. C’est un Angleterre-France de légende qui se joue donc. Le match est âpre, accroché, mais à la fois spectaculaire avec de grandes envolées de l’ailier britannique Mark

Les Kényans ne sont plus rois. Tout débute par une accélération dantesque, un démarrage de folie, juste après l’avant dernier passage de la rivière, en finale du 3000 mètres steeple masculin des Championnats du Monde d’ath-

Mahiedinne Mekhissi

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SPORT Cueto ou des percussions inarrêtables du 2ème centre français Mathieu Bastareaud. A la sirène qui clôt les 80 minutes du temps réglementaire, ex aequo. 32-32. Prolongations. Ambiance lourde, mythique. Les défenses sortent les barbelés. Un drop pour le titre. Mais le «Wilko» serait bleu, évidemment... La bande à Parker est double championne d’Europe. Les meilleurs basketteurs européens avaient rendez-vous en France pour se disputer le titre de champion d’Europe. Le pays-hôte alignait la plus belle équipe de son histoire, avec le retour du pivot des Chicago Bulls, Joakim Noah, élu meilleur défenseur de la NBA, aux côtés de l’inévitable Tony Parker, du désormais indispensable Nicolas Batum et du capitaine emblématique Boris Diaw. C’est ce trio, épaulé par la jeune génération des Heurtel, Diot, et autres Lauvergne qui a mené la France en finale face à l’ogre espagnol. La sélection ibérique a elle aussi réuni ses stars avec les frères Gasol, Navarro, et toute la clique qui a hâte de laver l’affront du Mondial 2014 où la France les avait éliminés. Mais, à domicile, c’est bien les Bleus qui s’imposent pour aller accrocher un deuxième titre à leur palmarès après celui récolté en 2013.

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Hawaï sacre un français. Cette fois, Cyril Viennot se dit prêt à relever le défi. Après sa 5ème place en 2014, le triathlète de Beauvais veut remporter l’Ironman d’Hawaï et ainsi devenir champion du monde. Après une natation en demi-teinte, le français s’élance avec son vélo sur les champs de lave de Kona, ventre à terre. Il remonte la file des concurrents et quand il arrive à la hauteur du fameux «Kona Train», la file de professionnels qui roule à plus de 40km/h sur 180km, il ne se contente pas de se placer dans l’aspiration d’un concurrent malgré les 12 mètres de distance réglementaires, il se place en tête et imprime un tempo de plus en plus soutenu. A 40km de la deuxième transition, il se retourne et, surpris, ne voit plus qu’un concurrent dans son sillage : le champion en titre, le solide rouleur allemand Sebastian Kienle. Cependant, les vrais dangers sont derrières, avec les paires de jambes ultra-rapides de coureurs tels que Jan Frodeno ou Victor Del Corral Morales. Ainsi, Viennot sait qu’il faudra sortir un gros marathon pour s’imposer. Le beauvaisien part sur une allure de 3 minutes 45 par kilomètre, mais il sent revenir l’allemand Frodeno sur ses talons. La jonction s’opère à 12km de l’arrivée. Les duels dans le final de l’Ironman d’Hawaï, les «Iron Wars» n’ont sacré que des grands de la

discipline : Chris McCormack et Mark Allen pour ne citer qu’eux. En 2015, la victoire se joue au sprint et le français déjoue les pronostics en battant l’ancien spécialiste de la courte distance Frodeno pour signer la plus belle performance et le premier titre majeur de l’histoire du triathlon français. La France officiellement candidate pour accueillir les Jeux Olympiques 2024. Après de nombreux débats, Paris a officiellement et définitivement établi son dossier qui symbolise sa candidature à l’organisation des JO de 2024. Les épreuves d’athlétisme au Stade de France, la natation dans un somptueux complexe aquatique qui ne demande qu’à sortir de terre, le cyclisme sur piste au Vélodrome national de Saint Quentin en Yvelines, le cyclisme sur route à l’Alpe-d’Huez, le tennis à Roland Garros, le football et le rugby à 7 dans les plus grands stades français, les sports en salle au Palais Omnisport de Paris Bercy, à la salle Pierre de Coubertin, le tir à l’arc sur le Champ de Mars, la voile au Mont Saint Michel, ou encore l’escrime à l’Opéra Garnier, le sport investit les hauts lieux de la capitale et de tout le territoire français, qu’ils y soient dédiés ou non.

Martin Cauwel martin.cauwel@yahoo.com


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SÉRIES ET CINÉMA même combat

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Pour chacun des sérivores qui sommeillent en nous, le printemps ne sera pas sous le signe des hirondelles et des fleurs. Non, le printemps apportera surtout la nouvelle saison de Game of Thrones, l’épopée épique et fantastique que l’on est désormais forcé de connaître sur le bout des doigts ou au moins du bout de l’oreille. Trailers à foison, teasing digne des plus grands blockbusters et diffusion dans des cinémas des derniers épisodes de la saison 4, les prochains évènements du monde de Westeros vont faire trembler la planète. Mais ce n’est pas tout. Car bientôt bien d’autres séries feront leur réapparition : The Walking Dead, House of Cards, Hannibal, True Detective ou Homeland, il y aura le choix pour tous ceux qui souhaiteront glander sous la couette.


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M

ais qu’ont en commun toutes ces séries qui cartonnent ? Casting fabuleux, scénario impressionnant, qualité de réalisation digne du grand écran, la série est devenue un genre à part entière, qui touche autant de public que le cinéma. Pourquoi les séries deviennent-elles des films comme les autres ? Allez, réfléchissez, ça fait combien de temps que l’on n’a pas vu un véritable divertissement télévisuel ? Friends, Dallas, Chérie fais-moi peur ou, pour aller encore plus loin, Charmed ou Starky et Hutch, ce genre de séries ont disparu depuis déjà une dizaine d’années. Désormais même les bonnes vieilles comédies telles que How I Met Your Mother se payent le luxe de flashbacks et de personnages au développement psychologique un peu plus poussé. Souvent les épisodes se déroulaient sous un même schéma : le héros avait un problème, parfois qu’il se posait à lui-même, utilisait ses meilleurs atouts pour trouver une solution et en sortait avec une belle leçon de morale... Puis faisait la même erreur cinq épisodes plus tard, par ce qu’il avait autant de profondeur psychologique qu’une piscine à balles.

Vous pouvez voir ce résultat dans Friends ou des séries policières telles que NCIS par exemple, ou plein d’autres séries censées seulement occuper la ménagère de moins de 50 ans entre le boulot et le dîner. Et ce n’était pas un mal ! C’était drôle, c’était simple, et nombres d’entre elles ont marqué la pop culture. Sauf que désormais la série devient un art et se paye le luxe de beaux personnages, de sujets intéressants et de vraies réalisations ! Le meilleur exemple est sans doute True Detective. La première saison a décroché la mâchoire des téléspectateurs et des professionnels grâce à une enquête glauque qui se déroule au fin fond des États Unis. Outre un scénario bien ficelé et des dialogues sublimes, la réalisation est originale, avec ses couleurs bleu-gris et son atmosphère sombre et lancinante. Pour preuve, un véritable plan-séquence de 6 minutes est dévoilé dans l’épisode 4, ce qui change des champs-contrechamps basiques. Par ailleurs c’est une véritable enquête policière que proposent les créateurs, qui représente parfaitement la dureté du métier de l’enquêteur. On ne nous offre pas des personnages préconçus mais de véritables êtres humains, ca-

pables de changer selon les expériences qu’on va les voir vivre. Il en va de même pour des séries telles que House of Cards, où le héros devient encore plus monstrueux au fil du temps, tout comme dans Breaking Bad. Et qu’ont ces trois séries en commun à part un succès flamboyant ? Des acteurs de renom : Matthew McConaughey, Woody Harrelson, Kevin Spacey et Brian Cranston, tous ont choisi de migrer du grand jusqu’au petit écran. Désormais ce n’est plus un échec d’être un comédien de télévision, ça peut même rapporter gros. Les séries proposent des rôles de qualité et d’intérêt, et pas seulement pour les acteurs. Steven Spielberg lui-même a déjà investi dans de nombreuses séries, tout comme JJ Abrams tandis que David Fincher s’attèlera bientôt à la création de pas moins de trois projets ! Pour les scénaristes cela représente également une mine d’or de créativité. Une série offre l’opportunité d’une écriture différente de celle d’un film. En effet, tout est autorisé ! Nombres de personnages ou de trames narratives, de rebondissements, tout semble possible ! La


CINÉMA différence de format permet alors de se faire plaisir avec des cliffhangers à gogo qui feront frémir les spectateurs, ce qui au cinéma donne souvent envie de tuer celui qui en a eu l’idée. En terme de format les épisodes ont également changé : ainsi, Sherlock, la série anglaise qui a révélé Benedict Cumberbatch, n’offre que seulement trois épisodes par saison, mais tous d’une durée d’une heure ! Black Mirrors qui a été récemment encensé n’a qu’un thème commun à tous ses épisodes. Et pour American Horror Story nous sommes passés d’asiles psychiatriques à une foire de monstres ! Mais au-delà de l’intérêt artistique qu’offrent les séries, ce sont des opportunités incroyables pour les producteurs. Comment adapter les livres de Georges R.R Martin ou les bandes dessinées de Robert Kirkman dans les salles obscures ? Impossible. Des chaînes de télévisions telles que HBO, Sify ou encore, cocorico, Canal + se sont fait comme spécialité de lancer les séries qui cartonneront pour les années à venir. Netflix, service légal de streaming, a d’ailleurs tout compris et lance même ses propres projets tels qu’Orange is the New black. Ces entreprises n’hésitent pas à faire des paris fous et démentiels, ce que le cinéma hollywoodien sera beaucoup moins enclin à laisser passer, souvent attaché à ses intérêts et à des succès fiables. Car en termes de production tout a évolué ! Comparer par exemple la première saison de Once Upon a Time, petite

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série qui a su faire son empreinte dans le paysage télévisuel, à ses épisodes récents. On est passé à des effets spéciaux dignes d’un vieux PC de 10 ans à ceux de films à budgets modestes. Pour Game of Thrones cela va plus loin. Pour donner vie au monde médiéval de Martin il a fallu faire appel au talent de décorateurs, de costumiers et d’experts en effets spéciaux pour rendre cet Westeros réaliste. Sous cette même optique, des budgets et des corps de métier tout aussi importants devaient faire un travail majeur pour des séries telles que Marco Polo, Vikings ou encore Rome. Il n’y a plus de limites à une série et elle peut désormais se passer autre part qu’à Manhattan ou dans des hôpitaux ! Bref en clair, il semblerait que ce vent de séries soit loin d’être terminé et de nouveaux et ambitieux projets vont encore continuer de voir le jour. Sans trop s’avancer, on peut supposer que cette révolution sera durable et que le petit écran saura nous offrir autant d’émotions et de sensations que son grand frère. Et même si ce n’est pas du même niveau qu’un épisode de Game of Thrones, on peut toujours revoir une saison entière de Friends avec toujours autant de plaisir ! Car malgré tout, les séries et les films servent aussi à ça : se divertir. Maxime Lavalle maxime.lavalle@gmail.com


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UN PROPHÈTE - de Jacques Audiart -

SCÉNARIO : Malik el Djebena a pris 6 ans de prison, il est jeune, frêle et inconscient. Il ne parle pas français correctement et ne sait pas ce qui l’attend. Il doit maintenant choisir son camp entre les barbus et les corses, ceux qui tirent les ficelles de la corruption. Les corses, lui promettent en échange de certains services de le protéger dans ce milieux très dangereux. Malik, intelligent, ne tardera pas à prendre les rênes de son avenir et à retourner la situation. CRITIQUE : Audiard (De battre mon coeur s’est arrêté, De rouille et d’os, Sur mes lèvres), figure incontournable du cinéma français, avec des films souvent très bien accueillis par la critique et le public, aux histoires atypiques, aux personnages insaisissables et

incroyablement attachants nous plonge avec ce film dans un l’univers carcéral rarement filmé avec finesse, poésie et talent. Ce film apparait comme une peinture réaliste de la condition des prisonniers français sans jamais omettre les problèmes qu’elle génère et les failles de ce système. L’attente voudrait une histoire tragique d’un être complètement déboussolé en marge de la société mais c’est à l’épanouissement d’un jeune homme que nous assistons durant les 2h30 environ que durent ce long-métrage. Au fur et à mesure du temps, le rythme s’installe et se densifie, laissant place à une course folle, accélérant le déroulé de l’histoire de manière à accrocher profondément le spectateur, créant une tension et un suspens extrême-

ment bien amené par le montage et les choix de réalisation. Certains partis pris, notamment la présence du fantôme d’un homme qu’il a tué, qui vient hanter le protagoniste avec des versets du Coran pendant ses nuits d’extrême folie, nous plongent dans un univers totalement inédit et onirique qui bouscule le côté très terre à terre du contexte. Il faut aussi souligner la prestation incroyable de l’acteur qui joue le premier rôle, Tahar Rahim, pour qui ce film lancera sa carrière et de Niels Arestrup, qui, en parrain de la mafia en fin de carrière, livre une performance assez hallucinante. Pour résumer, un film à voir pour savourer, s’enrichir et prendre une leçon de cinéma par la même occasion. Joaquim Fossi fossijoaquim@gmail.com

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«Être acteur est une véritable aventure, qui comporte ses satisfactions tout comme ses déceptions» disait l’acteur de comédie Christian Clavier lors de l’échec de son film. On ne choisit pas sa famille. Le monde de l’interprétation est en effet incertain, potentiellement dangereux et ingrat. Il ne laisse aucune place à l’erreur, un choix de carrière pouvant être fatal et désastreux, condamnant un acteur à une destinée infortunée. Progresser dans sa

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des meilleurs

COMEBACK carrière devient pour un acteur une traversée du désert les yeux bandés, que seul la récompense pour l’interprétation permet d’en sortir. Mais l’aridité du réseau des acteurs n’est pas infinie, et la rédemption existe. La patience et l’acharnement sont de véritables vertus, que certains acteurs possèdent, et qui ont permis de voir leurs efforts triompher de manière à opérer un brusque retournement, un

changement de carrière qui demeure étranger à ce qu’ils avaient entrepris jusque là, soit dans le positif, soit dans le négatif. Pour le positif, le terme associé est comeback, sujet que nous allons aborder aujourd’hui à travers 10 étapes incontournables.


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xcellent acteur né en 1964, Nicolas Cage n’a commis sa descente aux limbes qu’après un début de chemin cinématographique florissant qui contenait quelques chefs d’œuvres comme Sailor et Lula (David Lynch) ou Leaving Las Vegas (Mike Figgis) qui lui a permis d’obtenir l’Oscar du meilleur acteur. La chute libre de Cage se produit au début du XXIème siècle, avec un cumul d’échec sur échec pendant dix années de super-héros désuets ou de policiers dépassés jusqu’à Joe (David Gordon Green) en 2014, miroir de la réelle nature de Cage. La dixième place lui est attribuée, car li n’a visiblement saisi la douleur d’un échec et renouvelle les rôles miteux comme Le chaos (Vic Armstrong).

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l Pacino : Acteur né en 1940, il eu cinq nominations aux Oscars entre 1973 et 1981, son échec a donc pu paraître surprenant. Ironie du sort, l’insuccès de Révolution (Hugh Hudson) provoque la disparition d’Al Pacino pendant quatre ans des écrans. L’échec reste donc relativement inconséquent et bref, d’où la neuvième place, car il n’affectera le reste de la carrière de Pacino, ponctuée d’un Oscar pour le Temps d’un week-end (Martin Brest) en 1993 et d’autres rôles extrêmement solides.

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es traits de talents qui se dégagent des premiers rôles de Robert Downey Jr., telle que sa nomination pour l’Oscar dans Chaplin (Richard Attenborough) sont rapidement négligés suite aux déboires judiciaires dans lequel l’acteur est plongé dans la décennie suivante, entre deux arrêts liés à la drogue ou à un attrait prononcé pour la boisson. Les années 2000 abritent son comeback, quelques petits rôles chez Shane Black pour Kiss Kiss Bang Bang, mais surtout le super-héros milliardaire Iron Man. Comeback financier réussi, mais on reste à des années lumière du talent exposé dans Chaplin.

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’inscrivant dans une démarche semblable à Downey Jr, dans son attirance pour les drogues, Ben Affleck ajoute à son addiction des rôles d’une rare médiocrité comme cet astronaute chez Michael Bay dans Armaggedon. Le comeback d’Affleck est particulier, car il s’effectue non pas dans son milieu d’origine mais dans celui de la réalisation, avec les films doués que sont The Town et l’Oscar du meilleur film Argo.

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e proverbe établit la règle : «Jamais deux sans trois», ce n’est pas ici que nous allons nous y opposer, puisque Dennis Hopper a abusé et surabusé des drogues dures au fil de sa carrière pourtant conjuguée avec des interprétations aux côtés de James Dean dans la Fureur de Vivre (Nicholas Ray) sans omettre son rôle de biker déchaîné dans Easy Rider. De 1971 à 1979, Dennis Hopper s’isole dans une ambiance anxiogène qu’il ne parviendra à submerger que grâce au journaliste hippie qu’il interprète dans le chef d’œuvre Apocalypse Now (Francis Ford Coppola) auquel s’ajoute sa nomination pour l’Oscar pour Le Grand Défi, le comeback lui permettant de quitter cette planète en 2010 sous des regards respectueux.

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oilà à ce jour le comeback le plus récent, puisqu’il date de ce mois de janvier dans la performance de toute une vie que Steve Carrell obtient pour Foxcatcher (Bennett Miller). Carell réalise un écart herculéen en une seule transformation, physique et morale, et devient un nouvel homme. Le puceau de 40 ans toujours puceau (Judd Apatow) ou le père divorcé niais de Crazy Stupid Love (Glenn Ficarra et John Requa) se substitue au milliardaire excentrique et psychopathe John du Pont habité par Steve Carell.

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ohn Travolta : Le cas Travolta symbolise la surprise, la remise en cause et la critique des préjugés. La sortie des années 70 était pour Travolta la signature infinie consacrée à des rôles de misérables jeunes que l’amour sortait de tout pétrin, ce qui mettait en péril la carrière de Travolta. Son ultime comeback repose sur les épaules de Quentin Tarantino, lui offrant le rôle principal de Pulp Fiction, qui vaudra à Travolta une nomination à l’Oscar.

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e parcours cinématographique de Mel Gibson brille par sa rigueur à fournir de la justesse tout au long de sa carrière, quelque soit la qualité du film, d’où le fait que son départ des plateaux ne se résume pas à une banale erreur de carrière. Loin de la fresque épique récompensée à multiples reprises, qu’est Braveheart, le départ de Mel Gibson se déduit d’une vie privée tumultueuse, balayant les disputes conjugales tout comme les propos antisémites. L’année 2010 accueille son retour, mais c’est véritablement Jodie Foster et la schizophrénie qui ont donné à Gibson dans Le complexe du Castor le droit d’être appelé : «L’un des meilleurs acteurs de sa génération»

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eprésentatif de l’accumulation des malchances, Mickey Rourke a parcouru les vices du monde de l’interprétation, parmi lesquels la dispute extrême avec Robert de Niro, les chirurgies esthétiques infructueuses, ou enfin l’échec aussi bien dans son milieu que dans le milieu de la boxe où il s’essaie. Qualifié de psychopathe par beaucoup à tort, c’est néanmoins un rôle de psychopathe dans Sin City (Robert Rodriguez et Frank Miller) qui lui offre sa seconde chance, suivie d’une quasi-autobiographie emblématique de la rédemption, The Wrestler (Darren Aronofsky).

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a comédie niaise semblait être le genre de prédilection de Matthew McConaughey, autrefois conspué, désormais récompensé par son travail, dans diverses registres, bien supérieures à ceux usités par McConaughey jusqu’à 2011, le meilleur comeback du cinéma à mon goût dans La Défense Lincoln (Brad Furman). La romance proche de la stupidité complète se détache de Matthew McConaughey de plus en plus, laissant place aux multiples tournages de William Friedkin, Christopher Nolan, Jeff Nichols, et Martin Scorsese. Ces derniers basent leurs travaux sur la recherche artistique, et pour atteindre leurs buts, ils expriment leur fierté d’avoir pu diriger Matthew McConaughey, oscarisé l’année dernière.

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hristian Clavier voyait juste en décrivant le métier d’acteur comme une aventure, pleine d’interminables rebondissements. Le cinéma est une épopée fondamentalement humaine avec ses qualités tout comme ses défauts, quelque chose de spontané et chaotique, qui ne doit pas être proscrit à un destin funeste dès sa première faute de goût. Arthur Guillet Arthur.guillet1997@gmail.com

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Rire avec SÉRIEUX

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a nuit sera calme, une interview de Romain Gary publiée en 1974… Rien de bien original direz-vous? Que nenni chers lecteurs, reformulons la chose : La nuit sera calme, des entretiens fictifs entre Romain Gary et son ami d’enfance François Bondy (qui n’a fait que prêter son nom puisque c’est Gary qui a écrit l’intégralité des questions et bien sûr des réponses), sur les milles vies de l’auteur, d’abord pilote dans les Forces Françaises Libres, puis diplomate, écrivain, cinéaste, mais homme surtout, et sur les personnes qui ont croisé sont chemin : De Gaulle, dont il parle comme d’un vieux pote, Churchill, Malraux, Hemingway, et tant d’autres. C’est assez troublant de savoir que Romain Gary a lui-même rédigé cette pseudo-interview, comme s’il discutait avec sa propre personne et qu’il s’écoutait parler dans un étrange processus de narcissisme. Pourtant il le dit dès le début, cet entretien est destiné à répondre aux questions qu’il reçoit de ses lecteurs. On connaît la personnalité du bonhomme : il sait raconter des histoires, graves parfois, mais toujours avec de l’humour et c’est peut-être cela qui rend ses récits plus fort. La dérision donne souvent à ses romans un aspect plus véridique et réaliste. Lorsqu’il raconte sa propre vie, il ne déroge pas à cette règle. A tel point que, habitué à le lire dans la fiction, on croirait presque qu’il invente ces moments incroyables. Il y a des thèmes prédominants bien sûr, comme la femme et la féminité que nous avons, selon lui, tous en nous, thème qui relève presque de la monomanie chez Gary et tout particulièrement dans cet ouvrage. La femme, c’est pour Gary tant la mère, que les femmes qu’il a aimé, perdues, retrouvées parfois mais qui n’étaient souvent plus les mêmes. Ce qu’il veut mettre en évidence à travers les exemples de sa vie, c’est une véritable critique de la société où tous les êtres, et particulièrement les hommes auraient reniés la part de féminité qui les constitue pour forcer sans limites le trait du « machismo » jusqu’à convaincre les femmes elles-mêmes d’une soi-disant légitime soumission.

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La faiblesse de l’être humain est d’ailleurs une idée qui revient fréquemment, dans ses romans comme dans cette interview : « Dans Adieu Gary Cooper, j’ai écrit : « les hommes forts et durs sont partout, ce sont les autres, les hommes inefficaces, incapables de faire le mal, en un mot faibles, qui sauvent l’honneur...» Tous mes livres ont pour thèmes la faiblesse irrépressible et souveraine. » Mais Gary n’est pas qu’écrivain, c’est avant tout un soldat des FFL au côté de De Gaulle, puis un diplomate. Et cela se ressent dans ses opinions, jamais politiques pour celui qui dit n’appartenir à aucun camp, mais sur la peine de mort, sur l’Europe ou sur les régimes socialistes. Et ses propos, qui datent déjà d’il y a 40 ans sont frappants d’actualité. A l’heure où l’on tente de combiner intégration et particularisme, Gary disait déjà de l’Europe : « C’est seulement en retrouvant, en protégeant les particularismes que l’on pourra renforcer et développer en même temps un réseau transnational de liaison, d’association, de communication et de coordination à une échelle communautaire techniquement indispensable... Et je finirai en disant ceci, qui me semble évident : s’il existait chez nous, aussi bien en tant que nations qu’en tant qu’hommes, les conditions psychiques, morales et spirituelles pour « faire l’Europe », eh bien ! Nous n’aurions plus besoin de faire l’Europe… car cela s’appellerait fraternité. » Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres puisque rien n’échappe à sa critique qui compose toujours avec l’humour, et n’en est ainsi jamais ennuyeuse où didactique. C’est toujours de cette manière qu’il relate sa vie de diplomate, les endroits où il a vécu, les gens qu’il a rencontré, et il en retire tout le faste pour ne laisser apparaître que l’aspect très humain, parfois un peu ridicule de ces gens et de cette vie. Avec lui, tout devient dérision, jusqu’aux tentatives de chantage et d’espionnage qu’il a vécu. Mais ce sont ces propos qui sont peut-être les plus étonnants de justesse aux vus des récents évènements de Charlie Hebdo : « Il n’y a pas de démocratie, de valeurs concevables dans cette épreuve de l’irrespect, de la parodie, cette agression par la moquerie que la faiblesse fait constamment subir à la puissance pour s’assurer que celle-ci demeure humaine. Dès que la puissance cesse d’être humaine, elle interdit cette épreuve par le feu. Les vrais valeurs résistent, les fausses se défendent par la censure, la prison, les hôpitaux psychiatriques » En bref, cet ouvrage, bien que marqué par son époque, rejoint une certaine intemporalité dans la justesse de son propos. Pour les fans de Romain Gary, il permettra de mieux comprendre son étrange personnalité et les racines de ses livres. Mais surtout, c’est l’occasion de discuter, de réfléchir, de rire et de s’étonner avec un Romain Gary qu’on croirait presque en chair et en os entre nos mains. Lucie Truchetet littérature.trip@gmail.com 98

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LA HORDE DU

CONTREVENT - Alain Damasio -

‘‘ Nous sommes faits de l’étoffe dont sont tissés les vents.’’

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Publié pour la première fois en 2004 aux éditions La Volte, La Horde du Contrevent s’annonce d’emblée comme un roman sortant de l’ordinaire. Quelques détails typographiques donnent immédiatement le ton : les pages sont numérotées dans le sens inverse (de 521 - 700 pour la version poche publiée dans la collection Folio SF à 1), et chaque paragraphe débute par un symbole.

épuré. Inclassable, La Horde du Contrevent est remarquable de singularité.

Chacun de ses symboles représente ainsi un des membres de la 34e Horde du Contrevent, et tous prennent tour à tour la parole pour tisser une grande polyphonie, un souffle, une voix qui guide le lecteur tout au long de son périple à travers ces terres balayées par les vents. C’est un univers riche, un monde unique, qui respire par et pour le vent, qui se construit autour de lui, sur un souffle et des sons. Depuis huit siècles, des Hordes sont formées, entraînées et lancées à l’assaut du vent, pour le remonter. Leur quête est celle de l’origine du vent, du bout du monde : l’Extrême-Aval.

D’abord, sa gestion de vingt-trois personnages principaux (et donc de vingt-trois narrateurs, de vingttrois voix) est remarquable, menée d’une main de maître. Les différences de narration reflètent avec justesse et habileté la complexité des personnages, de leurs histoires personnelles, leurs personnalités, toutes les nuances qui les composent.

Le lecteur suit ici la 34e Horde, menée par Golgoth. Ils sont vingt-trois à tracer, à contrer le vent, lancés sur cette quête. « La 34 - AU BOUT » a-t-on toujours entendu ; le mot court que c’est la fin des Hordes, que celle-ci est la meilleure de toutes, la seule, peut-être, à pouvoir espérer frôler de ses doigts l’aboutissement de cette quête ancestrale.

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Une maîtrise époustouflante de la syntaxe et de la langue Il est également indéniable que l’originalité du livre réside en grande partie dans la puissance et l’audace du style d’Alain Damasio.

Un livre inclassable, à la frontière des genres En 2004, le site Elbakin.net (référence en matière de fantasy) estimait impossible la définition exacte du genre de La Horde du Contrevent : « imaginez un roman que l’on ne sait pas classer : fantastique, merveilleux, fantasy, poésie, ou tout simplement chef d’œuvre. » En effet, le livre semble se hisser au-delà d’une simple classification, joue avec les codes, les réinvente. Tantôt science-fiction, tantôt fantasy, la complexité de l’univers et des personnages empêche de les faire rentrer dans les cases toutes faites de ces genres. Mais, par le style et l’ampleur du projet, le livre n’a rien à envier aux plus belles épopées homériques ou aux poèmes épiques du MoyenÂge ! Récit initiatique, conte philosophique, les frontières sont estompées pour laisser apparaître un seul bloc, immense, puissant,

Mais l’auteur ne s’arrête pas là. Jouant avec brio sur les sons et les mots, il parachève l’art du néologisme, au risque d’égarer un peu son lecteur au début du roman. Celui-ci s’adapte cependant rapidement à cette langue âpre et belle, dure et poétique. La syntaxe elle-même est mise au service de l’histoire et de l’univers, aussi bien dans le rythme des mots, des phrases, que dans une innovation innovante et ingénieuse : utiliser la ponctuation (qui constitue les respirations de la langue) pour retranscrire le vent.


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Au-delà des mots, la puissance d’un livre univers Plus qu’un roman, La Horde du Contrevent est véritablement ce qu’on pourrait appeler un livre-univers. En effet, il s’étend bien au-delà des quelques centaines de pages que lui consacre l’auteur, pour se développer et s’épanouir sur d’autres supports. La première édition du livre était accompagnée d’un CD, qualifié de « bande-originale du livre » par Alain Damasio lui-même. Ce CD propose des musiques composées par Ano Alyvan, qui se veulent un prolongement de l’univers de l’auteur. Entre musique organique et électro-pop, avec des influences de toutes provenances et avec des textes extraits du roman, cet album dépaysant reflète avec beau-

coup de justesse ce rythme de la Horde, ce cœur qui pulse malgré le vent et les éléments déchaînés. En 2011, un projet d’adaptation cinématographique a été annoncé. Jan Kounen ainsi qu’Alain Damasio lui-même devaient travailler sur le projet, produit par le studio Forge Animation. En mai 2014, Iris Yamashita a rejoint le projet, tandis que Kounen et Damasio ont annoncé s’en retirer. D’abord annoncé pour 2015, ce projet n’a pas de date de sortie prévue, et semble se reconvertir vers un immense projet transmédia reposant à la fois sur le film d’animation et le jeu vidéo, intitulé Windwalkers.

en bande-dessinée de La Horde du Contrevent. Si le scénariste n’a pas encore été dévoilé, le nom du dessinateur est quant à lui déjà connu : il s’agit d’Eric Henninot. La publication est annoncée pour le deuxième semestre 2016.

Vavi Bouquine vavibouquine.litterature@gmail. com

Enfin, David Chauvel, directeur de collection chez Delcourt, a annoncé sur son compte Twitter personnel, le 23 janviers, une adaptation TRIP Magazine n°20

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CANARDS

SAUVAGES

L’anti-actu où toute ressemblance avec le monde réel n’est pas forcément fortuite

B

ien d’étranges théories ont circulé après les événement tragiques de janvier. D’étranges phénomènes ont été rapportés. Pourtant, tous se sont avérés n’être que de vastes bobards. Sauf un. C’est une information HAFT (high autority of fairy tail), en exclusivité pour One day thoughts.

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— Par notre envoyée spéciale à l’école maternelle «le corbeau rieur » dans le XXIIIème arrondissement.

core une fois tout est tranquille. Une assistante s’approche de moi et je lui demande timidement : « Où est-il ?

15h30, devant l’école. Les mères ne se pressent pas encore pour récupérer leur bambin, tout est calme. Un peu trop calme même. Aucun rire, aucun cri et, encore plus surprenant, aucun pleur déchirant ne vient troubler le silence. La raison ? C’est justement celle de ma présence, puisque c’est l’heure de l’atelier dessin. Depuis une semaine ou deux, les enseignants regardent d’un autre oeil les gribouillis informes des enfants. Lorsque que je pénètre dans la classe, en-

- Juste là, répond-t-elle en désignant un gamin seul au fond de la classe.

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- Au fait, pourquoi les autres sontils si sages ? Je croyais que vous n’aviez qu’un seul cas. » Elle rit. « Oh, ça c’est rien. On leur a juste donné des calmants. C’est pour l’ambiance. On s’est dit que ça serait du plus bel effet pour votre article. »


ONE DAY THOUGHTS

Feutres rouges

Douze têtes blondes

L’enfant que je suis venue voir, c’est le petit Matéo B*****, surnommé affectueusement « Matéo 3 » par le personnel car c’est le troisième à porter ce prénom dans la classe. « Ça a commencé il y a environ dix jours, raconte la maîtresse. Matéo 3 s’est mis à dessiner des choses bizarres. Il a usé tous les feutres rouges de la classe. Il dessine beaucoup d’oiseaux. Et d’hommes en noir aussi. Il ne parle plus à Manon 7 et Enzo 4, ses meilleurs amis. » Impossible de ne pas faire le lien avec l’attaque tragique de l’élevage de canards survenue au début du mois dernier. « Ses parents l’ont emmené chez un psy, continue mon interlocutrice. Mais ça n’a rien donné. Il leur a dit que Matéo faisait juste sa crise d’adolescence et qu’il était un peu précoce, que ça créait des angoisses.

Matéo n’est pas seul. Douze autres enfants ont été signalés. Tous ont vidé les feutres rouges de leur école. Tous dessinent des oiseaux et des hommes en noir. Pourtant, conformément aux directives gouvernementales, aucun enfant de moins de 6 ans n’a été informé des événements. « Nous nous devons de préservez, au moins encore un peu, leur innocence » avait déclaré le ministre de la désinformation. Ainsi, Matéo, Lola, Camille, Julien, Emma, Arthur, Hugo, Jeanne, Kylian, Timéo, Anna et Gilbert n’ont jamais eu connaissance du drame. Comment expliquer alors qu’ils se soient mis simultanément à dessiner de pareilles scènes ? C’est une idée folle, soulevée par un chercheur du Massachusetts qui a retenue notre attention.

Ses parents ont été très rassurés. Matéo est peut-être surdoué, mais j’ai quand même des doutes. Jusqu’au mois dernier, il était le pire élève de la classe, insupportable. Je suis bien contente qu’il se soit calmé, mais il bousille tout notre budget en feutre rouge. C’est un vrai problème. »

chercheur. La seconde hypothèse un tant soit peu crédible attribue ses dessins aux esprits des canards assassinés. Mais soyons réalistes, les canards ne savent pas dessiner ou, si ils savent le faire, ils le font nettement moins bien qu’un enfant de 5 ans. Le mystère reste donc entier. Surtout, il semblerait que la puissante entreprise BAC, fabriquant de feutre (et détenant le monopole de la production de feutre rouge), fasse pression pour étouffer l’enquête. Il semblerait que les petits monstres aient dopé ses ventes. Léna Canaud ethena.psj@gmail.com

« 12, c’est le nombre de canard tué début janvier. Troublant non ? » S’en ait suivi une démonstration pleine de graphiques et de formules compliquées. Pour faire simple, ces enfants, justement parce qu’ils n’ont pas pu avoir accès aux informations, ont en quelque sorte « cristallisé » le sentiment collectif. « Ce sont de petites créatures tellement sensibles » a ajouté le

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ÉQUIPE DE RÉDACTION

Rédacteur en Chef : TOUBLANC Julien Rédacteur en Chef Adjoint : PLAT Jules Concepteur, Designer graphique : LEROYER David Responsables rubriques : CENARD Chloé GRANDJEAN Geoffrey LAVALLE Maxime SEGUIN Eléonore Vavi Bouquine Rédacteurs : ALBERT Elise BUGIER Louise CANAUD Léna CAUWEL Martin CENARD Chloé DE LAPPARENT Aina FOSSI Joaquim GRANDJEAN Geoffrey GUILLET Arthur JULIAT Aline KNECHT Aurélie LASSOUED Ismail LAVALLE Maxime MOURET Perrine PARISSE Pauline PIAT Juliette SALA Veronica SEGUIN Eléonore TOUBLANC Julien TRUCHETET Lucie VAVI Bouquine Correctrices : BINEAU Yangchen BUGIER Louise PIAT Juliette SENZIER Estelle PUISEUX Myrtille


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TRIP Magazine n°20 - Février 2015  

Numéro particulier ce mois-ci: suite aux attentats de début janvier la rédaction consacre un dossier spécial à la tuerie de Charlie Hebdo et...

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