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TRIP

MUSIQUE ACTU CINÉMA ART LITTÉRATURE INTERVIEW

n°19 Janvier 2015

ART

Exhibit B : Retour sur une performance marquante

INTERVIEW Tennis : Rencontre avec Pascal Maria, numéro 1 des arbitres français

INTERNATIONAL Vers la reconnaissance d’un Etat Palestinien ?

www.magazinetrip.fr


Lancé en septembre 2012 par 2 jeunes bretons de 16 et 17 ans, TRIP Magazine fondé et géré par des jeunes pour des jeunes est un webzine rassemblant des passionnés de journalisme en France et à l’étranger. TRIP Magazine donne l’opportunité aux 16-20 ans, aspirant au journalisme ou souhaitant être impliqué dans un projet mené de A à Z par des jeunes, de pouvoir informer et parfois même coacher. Le contenu s’articule autour d’une équipe dynamique, motivée et venant de tous les horizons. Bien plus qu’une simple publication, c’est aussi un appel à l’engagement de la jeunesse.


EDI

TORIAL

« La polémique en dit plus sur les gens qui la portent et la société où elle se produit que sur mon travail »

B

rett Bailey, artiste sud-africain à l’origine de la très polémique exposition-performance : Exhibit B, a vu couler beaucoup d’encre sur son œuvre, depuis sa présentation à Paris le 27 novembre dernier au théâtre Gérard-Philipe. Considérée comme un encouragement au racisme, certains collectifs anti-Exhibit B se sont formés pour éclore une pétition d’ores et déjà signée par 20 000 signataires. Dans une interview donnée au blog Rues D’Afriques, Brett Bailey a lâché cette phrase le 21 novembre dernier exaspéré sans doute par la tournure que prennent les évènements. Comment ne pas se retenir de rigoler face à l’absurdité de la situation ? Un artiste pleinement engagé dans la lutte contre l’apartheid et ses effets à qui on dit aujourd’hui que son œuvre est raciste, tout ça parce qu’il ose s’attaquer à une problématique sensible à mettre en scène. On peut comprendre que la radicalité artistique du projet n’est pas à la portée de tous, mais encore faut-il faire l’effort d’aller sur place et de prendre un minimum de recul pour se forger son opinion avant d’enflammer la mèche inutilement, une mèche déjà bien entamée par un article paru dans The Guardian en août dernier qualifiant le bébé de Bailey de « zoos humains ». Comment se fait-il qu’au festival de théâtre de Grahamstown en Afrique du Sud, la pièce n’est pas fait sursauter alors qu’elle aurait très bien pu provoquer l’embrasement d’une population aux aguets depuis l’ancienne relation conflictuelle entre noirs et blancs ? Comment, enfin s’indigner quand on ne s’intéresse qu’à la polémique ambiante et qu’on ne pense pas à regarder les acteurs droits dans les yeux ? S’est-on déjà posé cette question : Quelle vision les acteurs ont-ils d’eux-mêmes lorsqu’ils jouent cette performance ? Fierté et puissance retrouvées ont-ils répondu. Julien Toublanc Rédacteur en Chef


MUSIQUE

-

Antigel

p.7

Aquilo

p.8

The Madcaps

p.9

ACTU Vers la reconnaissance d’un Etat Palestinien ? Quand les politiques font la une des magazines peoples

-

La relève du tennis mondial

CINÉMA Star Wars VII : A quoi faut-il s’attendre ?

Men women and children

p.16

p.20

Golden Globes: originalité ignorée ou impersonnalité prononcée ? p.23

p.15

p.11 p.13


ART Winogrand au Jeu de Paume p.27

Exhibit B : retour sur une performance marquante p.36 Henry VI de Thomas Jolly p.48

A la découverte de Djerbahood p.50

Cliché du mois (le silence religieux) p.52

LITTÉRATURE Le livre de perle p.55

Bonnefoy, un matin d’hiver p.56

INTERVIEW Tennis : Rencontre avec Pascal Maria, le numéro 1 des arbitres français p.58


IQ MUS UE

Q I S U U E M


MUSIQUE

ANTIGEL

Un festival si singulier

L

a plupart du temps, festival fait référence aux beaux jours, à l’été, aux longues soirées passées dehors... Le festival Antigel défie toutes les idées préconçues. En effet, Antigel se déroule à Genève du 23 janvier au 8 février. Antigel se passe sur 292 km², dans 21 communes et 37 lieux différents. Pour sa 5e édition, 64 groupes et artistes seront sur scène.

Durant ces 17 jours, il faut savoir jongler entre le manteau et l’écharpe avec le tee-shirt. Les personnes se produisent aussi bien en salle qu’en plein air ! Chaque morceau se savoure de plus dans des endroits souvent inconnus. Si vous êtes prêts à défier le froid hivernal, vous pourriez écouter un grand nombre de groupes venus des quatre coins du globe. Le festival réunit tous les styles musicaux ! Au programme : du hip-hop, du rock, de l’électro, du folk… Vous pour-

rez écouter Mogwai. Le groupe écossais a fait sa notoriété en mélangeant la tempête et le calme dans le Rock. Leurs morceaux sont essentiellement conduits au son de la basse ou de la guitare. Le trio Fink, vient présenter son nouvel album «Hard Believer». Les 10 morceaux sont limpides. Chacun d’entre eux nous font voyager dans un univers soul ! Pour les fans de house, l’un des

producteurs les plus respectés sera au festival, Kerri Chandler. Il y aura également, Tindersticks, Feu! Chatterton, Earth, Bombino et plein d’autres. Pour bien commencer la nouvelle année, pourquoi ne pas passer la frontière pour Antigel ?! Perrine Mouret perrine.trip@gmail.com

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AQUILO

Aquilo : ces trois syllabes énigmatiques, que vous évoquent-elles ? Difficile de cerner quelle musique se cache derrière un substantif pareil.

À

la rigueur, peut-être trouvet-il un écho dans les souvenirs brumeux des anciens latinistes du lycée : l’Aquilo est le nom Romain pour désigner le vent froid du nord. Le duo d’Aquilo, originaire d’un petit village pluvieux et mélancolique du Lancaster, a donc opté pour un nom concis pour illustrer ses sonorités : aériennes, douces et révélatrices, comme envoyées des Dieux. Tom Higham et Ben Fletcher, les deux acolytes, ont fait connaissance à l’école primaire, malgré leur 4 ans de différence d’âge. Après avoir mûri chacun de leur côté une expérience de la musique dans divers groupes de rock indépendants, Tom et Ben se retrouvent en 2013 pour former Aquilo, un projet qu’ils décrivent comme « à la fois électrique et chilly ». Ainsi, pas de surprise si on retrouve parmi leurs influences Chet Faker, London Grammar, Foals, M83 ou bien The XX, monarques de l’électro indie. Mais Aquilo parvient à se distinguer, havre humide et reclus, dans la jungle des Mogwai et autres Chvrches, en livrant une soul épurée, toute en retenue et en mesure. Ici, pas d’explosions de synthés 80’s et de refrains fm : la pop soul perfectionniste que nous livre Aquilo, délicate, parvient à séduire

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et à émouvoir en introduisant sournoisement son atmosphère entêtante dans un auditeur déjà captivé. Deux mois après avoir posté sur leur Soundcloud un premier morceau solitaire plein de grâce, You There, le single, fait officiellement partie de la playlist de la BBC Radio 1. Depuis, le duo met régulièrement en ligne les chansons de son premier EP, sorti en avril. DIY, magazine de référence dans la musique alternative d’outre-manche, décrit les membres du groupe comme « des jeteurs de sorts d’harmonie pure ». Aquilo, donc, un peu plus que trois syllabes mystérieuses. Aquilo : idéal à écouter au casque en ce début d’année, froid et gris. E.SEGUIN eleonoreseguin.musique@gmail.com


T he M adcaps :

RETOUR SUR LEUR

PREMIER EP

En avril dernier sortait le premier Ep des rennais de Madcaps. Après avoir siroté tranquillement (voir violemment) le 45 tours tout l’été, il est temps de revenir dessus à froid en ce début d’hiver. Succès de passage ou mérité ?

R

appel des faits : les Madcaps font partie de la très prolifique scène garage rennaise. Prolifique parce que tous ces groupes ont une forte tendance vers l’échangisme, formant régulièrement des nouveaux groupes à partir des anciens. Ici, on trouvera donc Vincent des Kaviar Special en lead guitare, Thomas des Spadassins au chant, Rémi de Rigg à la batterie. Et Glen à la basse... des Madcaps. Revenons à notre sujet en prenant académiquement (mais ça marche) les pistes dans l’ordre. All I Really Wanna Do ouvre donc le bal très efficacement puisque beaucoup considèrent ce titre comme le « tube » du groupe. Efficace, bien sixties, entraînante, la piste s’affiche comme un très bon présentoir de l’identité du groupe et de son potentiel. Le chant de Thomas montre bien cette drôle de façon de « rebondir » entre la fin d’une ligne et le début d’une autre, caractéristique assez

propre au groupe. Un petit solo de guitare assez en retrait, on aurait peut-être souhaité plus de présence. Cool Threads est à mon sens le morceau qui a le moins de saveur de l’ensemble de l’Ep. Quasiment retro du début à la fin il s’inscrit bien dans le projet Madcaps sans toutefois apporter une réelle pierre à l’édifice. Entendue et réentendue depuis près de 50 années de garage, ce genre de piste n’était pas essentielle. Surtout coincée entre le premier morceau et la claque qui va suivre Parce qu’avec Impossible Love le groupe nous montre son plein potentiel. Grosses variantes dans le rythme à l’intérieur même de la chanson, que ce soit dans le chant ou dans le reste des instruments, chant parfaitement maîtrisé, back vocals efficaces et lead guitare démentiel, tout y est. C’est à mon sens ici que se trouve le « tube » de ce premier Ep, preuve en est qu’en deux écoutes à peine on se surprendra à le siffloter à ses potes. J’ai fait l’expérience, ne le faites pas, c’est très énervant. Enfin Anywhere But Here conclut avec douceur ce qui s’est avéré être un très bon premier Ep pour un groupe plein d’avenir. On aura dansé dessus sur la plage cet été, on boira du thé devant la cheminée avec cet hiver. Un album est en préparation et sortira presque un an pile après la sortie de l’Ep. De belles choses en vue pour ces quatre garçons pleins d’avenir.

Baptiste Pierrard baps.pierrard@gmail.com TRIP Magazine n°19

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ACTU


INTERNATIONAL

Vers la reconnaissance d’un

ÉTAT PALESTINIEN?

S

i il n’y a pas eu de vote au Parlement européen, ni même de projet, sur une possible reconnaissance de l’État Palestinien par l’Union européenne, celle-ci se creuse progressivement dans l’esprit de ses dirigeants, ces derniers mois. En effet, le Royaume-Uni, l’Espagne et la France ont reconnu son existence par un vote parlementaire, entre octobre et décembre respectivement. Deux pays importants dont le choix pèsera dans la position que devra adopter l’Europe, puis les organisations internationales.

Israël, solution de l’après 45. La seconde guerre mondiale aura fait de nombreuses victimes, notamment des peuples de confession juive. Afin de se racheter d’une certaine manière, les européens ont offert au peuple juif une terre, par le biais des possessions britanniques. Ainsi dès 1945, ce sont des millions de réfugiés juifs qui affluent en Palestine. Comment ne pas subir ça comme une invasion de la part de la population, dont la plus grande partie est de confession musulmane? Au sortir de la guerre, ce que l’on pensait être pacifiste semble déjà être à l’origine de nouveaux conflits, de nouvelles controverses. Une armée de libération des Palestinien se

crée dès lors, menant une véritable guerre civile. Trois ans plus tard, alors qu’aucune solution ne semble apparaître, le lendemain de la déclaration d’indépendance d’Israël en 1948 scelle une nouvelle guerre: une coalition de sept pays musulmans marche vers le nouveau pays hébreu, qui occupe près de 55% de la zone, accordée par l’ONU. Cette guerre sans merci sera gagnée, à la surprise générale, par Israël qui occupera alors plus de 70% du territoire, les Palestiniens se retrouvant cloisonnés aux 30% restants. Ce n’était pourtant que le début d’un conflit israélo-palestinien qui ne cessera de s’enliser. Existe-t-il une solution à ce conflit?

Telle est la question qui doit être posée. L’existence même d’une telle solution peut être remise en cause: les organisations mondiales comme l’ONU ne peuvent pas imposer une situation aux deux belligérants, ce qui ne mènerait qu’à de nouveaux conflits. Elle ne peut, au mieux, que les aider à garder un contact diplomatique dans l’optique d’envisager une porte de sortie à ce conflit. Des essais ont pourtant déjà été réalisés: la cession de la bande de Gaza à l’Autorité Palestinienne par Israël. Peut-on dire réellement qu’ils ont été concluants ? Si la situation de ce lieu stratégique semble abominable, qu’aurait pu faire les Palestiniens, sans véritable gouvernement ni territoire pour s’assurer une certaine

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INTERNATIONAL stabilité ? Il apparaît qu’aucune solution n’est assez crédible pour assurer la paix entre les deux belligérants. La montée des tensions en Cisjordanie et Jérusalem-Est accrédite le fait pourtant que nul ne souhaite faire de concessions trop importantes. De plus, ni les israéliens ni les Palestiniens ne reconnaîtront réciproquement leur existence. Alors qu’une décision brutale des organisations mondiales n’est pas envisageable, de la même manière que l’exercice d’une puissance militaire, la solution à ce conflit n’apparaîtra que dans le dialogue entre les deux partis.

alors que les États-Unis et le Canada s’oppose fermement à une telle reconnaissance, l’Europe semble s’animer d’une volonté de renouer les liens avec les Palestiniens. Pour cela, reconnaître comme État, malgré des frontières difficiles à déterminer, l’Autorité Palestinienne est un grand pas. Pourtant, une telle reconnaissance unilatérale n’a aucun sens, tant que son existence n’est pas reconnue par l’ONU lui-même. Il existe en effet dans cette optique le projet nommé Palestine 194, dans le sens où la Palestine serait le 194ème pays officiel. Quelles conséquences?

L’accélération de la reconnaissance du statut d’État à l’Autorité Palestinienne. Le vote symbolique des députés français concernant la reconnaissance de l’État Palestinien s’inscrit dans un mouvement global européen, que seule l’Allemagne ne semble pas vouloir suivre. Le texte affirme l’urgence de trouver une solution à ce conflit meurtrier. Ainsi,

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Une telle solution, une reconnaissance multilatérale, n’est cependant pas sans embûche. La création de deux états différents est-elle envisageable ou serait-elle source d’autres conflits, toujours plus meurtriers ? De plus, à qui le pouvoir palestinien reviendrait-il ? Au Hamas, considéré comme terroriste et dont les actes sont répréhensibles ? Au Fatah,

dont l’influence semble décroître chaque jour davantage ? Comment parvenir à créer une stabilité dans cette zone de conflits qui puisse permettre de nouveaux fondements pour ces nouveaux états ? De telles questions sont inévitables, de la même manière que le seraient les interrogations sur les relations diplomatiques qu’entretiendrait Israël avec un possible État Palestinien. Face à ce conflit de plus de cinquante ans, les autorités mondiales apparaissent comme invisibles tant aucune des solutions proposées ne semble avoir du crédit auprès des deux belligérants. La reconnaissance de l’Autorité Palestinienne comme État reste pour le moment unilatérale, sans grand effet, si ce n’est de raviver les tensions entre les partis. Le chemin apparaît alors comme infini vers une situation de paix. Pauline Parisse Paulinedu88@gmail.com


SOCIÉTÉ

S FONT L A E U IQ IT L O P S E L QUAND

UNE

DES MAGAZINE S PEOPLES

F

ini les starlettes hollywoodiennes, place aux politiques ! Vous savez cet homme sérieux en costume cravate que nous avons l’habitude d’élire, oui c’est bien lui qui fait la une des magazines peoples ! Le politique serait-il devenu un people comme les autres ?

UN PHÉNOMÈNE

A N CI E N

La vedettisation des politiques ne date ni de François Hollande, ni de Nicolas Sarkozy. En 1994, des photos volées de Mazarine Pingeot, la fille cachée de François Mitterrand, en compagnie de son père sont publiées par Paris Match. Le magazine est alors le premier à briser le tabou de la vie privée des personnalités politiques. Le sacré de la fonction présidentielle est atteint en plein cœur et les critiques fusent à l’encontre d’une presse effrontée qui ose violer la frontière entre vie public et vie privée. Pourtant, l’audace est à nuancer puisque le magazine avait obtenu en amont l’accord implicite du chef de l’Etat. Aujourd’hui, la presse people n’attend plus, et les politiques ne semblent plus être maitres de leur communication.

En Janvier 2014, Closer révèle la liaison entre François Hollande et Julie Gayet : l’affaire fait l’effet d’une bombe et permet à l’hebdomadaire d’écouler plus d’1,6 million d’exemplaires, un record de vente jamais atteint pour le magazine. Ironie du sort, en 2007, ce même hebdomadaire révélait la relation entre François Hollande alors premier

UNE AFFAIRE

D E G RO S SO U S secrétaire du Parti Socialiste- et Valérie Trierweiller, résultat : 805 000 exemplaires vendus, un record ! Le politique fait vendre et alors que les ventes de magazines –tous registres confondus- sont en baisse, on comprend mieux pourquoi la presse people mise aujourd’hui sur les politiques pour doper ses ventes.

FAUT-IL S’EN

INQUIÉTER ? Le mois dernier, Closer révélait l’homosexualité de Florian Philippot -numéro deux du FN- en défendant le « droit à la peopolisation », l’affaire avait suscité de vives réactions au sein de la classe politique s’indignant alors au nom du « droit à la vie privée ». Si cette vedettisation à outrance peut susciter l’indignation de certains, elle est néanmoins le signe d’une liberté totale de la presse. Auparavant, sauf si c’était à leur initiative, il était en effet inimaginable qu’un média étale la vie privée d’un personnage politique de premier plan. Cette vedettisation nouvelle est donc la preuve de la liberté totale des médias et de leur indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics. TRIP Magazine n°19

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Pour certains l’engouement du public pour la vie privée de ceux qui nous gouvernent est positif puisqu’il est la preuve que la transparence importe pour les français. Pour d’autres il dénote une certaine futilité de l’opinion publique, un désintéressement inquiétant de la vie politique et des sujets importants au profit d’histoires personnelles qui devraient le rester.

LE SACRÉ DE LA VIE PRIVÉE : UNE MORT INÉVITABLE ? La liberté dont jouit aujourd’hui la presse ne suffit pas à expliquer le phénomène. A l’heure des réseaux sociaux et avec l’essor des moyens de communication, les politiques ne sont plus seulement la cible des paparazzis ordinaires, ils sont aussi traqués par des millions de paparazzis d’un nouveau genre armés de leur téléphone portable. De plus, la tendance à la transparence n’arrange rien, et les personnalités politiques de premier plan semblent contraintes de voir leur vie privée

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étalée dans les médias. Pour l’historien des médias Christian Delporte, « la société française a longtemps vécu sur un pacte qui séparait la vie privée et la vie publique. Aujourd’hui, il y a une dictature de la transparence, comme s’il fallait juger les politiques à l’aune de leur comportement privé. ». A en juger aux enjeux commerciaux qui se cachent derrière ces clichés, la presse people ne semble pas prête à tourner le dos aux politiques. Et ces derniers devront s’accommoder des méthodes intrusives d’une presse plus que culotée. Jean-Luc Mélenchon, semble parfaitement conscient de la puissance médiatique de cette nouvelle forme de presse qui représente pour lui un « espace de liberté ». Le mois dernier, le leader du Front de gauche accordait une interview à Closer... Plus que jamais, la frontière entre people et politique semble floue. Jules Plat julesplat@gmail.com


SPORT

La relève du tennis mondial S’EXPLIQUE À RENNES Imaginez que vous portez les couleurs de votre pays à 20 ans, et que vous affrontez les meilleurs joueurs universitaires de tennis. C’est ce qu’on vécut les participants au 9ème Master Universitaire organisé à St Grégoire, près de Rennes (35) du 5 au 7 décembre.

L

es 8 nations conviées pour affronter le pays organisateur : la France, étaient la Belgique, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Irlande, la Russie, la Chine, et les États-Unis. Chaque équipe est constituée de 3 garçons et de 3 filles. Les nations s’affrontent en 4 matchs gagnants. En termes de formats de matchs, on trouve dans l’ordre 2 simples féminins, 2 simples messieurs, un double féminin, un double masculin, un double mixte. Lors de l’édition rennaise, les tenants du titre américains arrivaient avec le costume de favori et ont tenu leur rang pendant les 1/4 et 1/2 finales. Les numéros 2, la France, ont bénéficié de l’énergie communiquée par le public pour se hisser jusqu’en finale face à «Team USA». À l’issue des simples France-USA, les américains mènent 3-1. Le double féminin entre la paire Victo-

ria Larrière/Alice Bacquie et le duo Robin Anderson/Sharon Van der Nguyen est irrespirable ! Le public du court central du Tennis Club Grégorien pousse énormément derrière les françaises qui, après un premier set lâché trop vite, sont plus accrocheuses lors du 2ème. Cependant, les américaines sont supérieures et offrent le point décisif à leur équipe qui remporte une nouvelle fois le Master U. À l’image du fair-play et de l’esprit sportif de l’événement, la Marseillaise monte des gradins pour saluer la performance de toute l’équipe de France. Cet esprit du sport universitaire était très présent lors de la cérémonie de clôture, où chaque équipe fut chaleureusement applaudie et où chaque capitaine a pris la parole. Laissons le mot à l’emblématique coach américain, Greg Patton : «You all are awesome, I love you!»

➢ Retrouvez à la fin du numéro l’interview de Pascal Maria, numéro 1 des arbitres du tennis français, il était présent lors de ce Master Universitaire et a bien voulu répondre aux questions de Martin Cauwel pour Trip Magazine.

Martin Cauwel Martin.cauwel@yahoo.com

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CINÉMA

Star Wars vii

À QUOI FAUT-IL S’ATTENDRE ?

U

n nouveau sabre laser, un droïde et un pod racer, le trailer du nouveau Star Wars était loin d’être fourni mais a provoqué une vague d’émoi sur Internet : Parodies, analyses, critiques et hypothèses folles ont été lancées par les fans du monde entier, excités de voir que leur saga préférée allait faire son grand retour. Cela rappelle sans nul doute l’apparition de la prélogie (La Menace fantôme, L’attaque des clones et La Revanche des Siths), qui, à sa sortie, a pourtant rendu furieux la plupart des fans : Alors à quoi faut-il s’attendre ? Petite prévision des craintes qu’on pourrait avoir :

Un scénario décevant ? Les scénarios des premiers Star Wars étaient tout simplement incroyables. Jouant entre humour, drame et action, les aventures d’Han, Luke et Leia avaient passionné le monde entier. Cette foisci le nouveau Star Wars se déroule après la victoire des rebelles : Dark Vador est mort, l’Empereur également et la galaxie est libérée de ses tyrans depuis fort longtemps. Que pourrait-il arriver de bien terrible ? Alors que la prélogie (nouvelle trilogie précédant la trilogie originale) proposait de comprendre comment Dark Vador était né, ce nouvel opus n’a pour l’instant aucun enjeu majeur. Les personnages principaux sont encore inconnus du public, tout comme le nouveau Sith de cette saga. Celui-ci devra par ailleurs se montrer aussi méchant et

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monstrueux que les autres, ses prédécesseurs du côté obscur ayant placés la barre très haute. Pour cela aucun élément ne peut réellement nous rassurer mais il semblerait que ce nouvel opus promette de l’action et de l’adrénaline, contrairement à La menace fantôme et L’attaque des clones qui se concentraient sur les badinages interminables du jeune Anakin et l’explication détaillée du code galactique du commerce. Les fans souhaitent retrouver l’atmosphère originelle de la saga et non l’ennui profond que pouvait provoquer les nouveaux. Des effets spéciaux trop modernes ? A nouvelle époque nouveaux effets techniques : Désormais les fonds verts et autres capteurs de mouvements ont remplacé les vieux animatronics et les costumes en plastique. La trilo-

gie originelle s’était pourtant illustrée par le talent de ses animateurs et décorateurs, ce que la prélogie semblait avoir oubliée. Usage d’effets spéciaux à outrance, les derniers films avaient parfois des allures de jeu vidéo, là où ses prédécesseurs se montraient humbles mais d’un savoir-faire admirable. Cette fois-ci J.J. Abrams promet un retour aux sources, avec une équipe artistique qui privilégiera les bonnes vieilles marionnettes aux effets numériques. Quelques exemples nous ont récemment été dévoilés et peuvent nous rassurer quant à la qualité de nos amis extraterrestres. Bien entendu nous ne pouvons pas revenir aux vieilles techniques d’antan, et les effets numériques seront, quoi qu’on le veuille, présents. Ce trailer nous a tout de même montré des exemples plutôt satisfaisants qui nous permettront de rester calmes.


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Et la nouvelle équipe ? Pour cela nous sommes amplement rassurés. Les acteurs originels seront bien là : Mark Hamill, Carrie Fisher et Harrison Ford interprèteront leurs rôles. Les nouveaux sont de jeunes acteurs pleins de talents tel que Lupita Nyong’o, révélée par Twelve years a slave, John Boyega, Daisy Ridley et Oscar Isaac. Le casting semble donc s’équilibrer entre comédiens célèbres et inconnus, ce qui semble être un parfait compromis. Quant à la direction artistique, la plupart des anciens seront présents dont l’incroyable John Williams qui fut l’auteur des plus grandes bandes-son du cinéma. Seul petit trouble dans la Force,

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Georges Lucas ne sera pas aux commandes mais seulement consultant, remplacé dorénavant par J.J. Abrams. On pourrait donc craindre une petite déviation quant aux concepts originels, ce qui pourrait être un point fort tout comme un défaut. L’ancien créateur ayant fait quelques choix douteux quant à son œuvre, au sein de la prélogie comme lors de la réédition des premiers, on peut supposer qu’un nouveau chef saura peut-être redresser la barre. Bref, pas de quoi se jeter dans la gueule d’un sarlacc. Et Disney dans tout ça ? Dernier bémol et pas des moindres, Lucasfilms a été racheté par Disney

récemment pour la belle somme de 4,05 milliards de dollars. On pourrait donc craindre que la franchise devienne une innommable pompe à fric. En effet la marque prévoit de faire perdurer la saga avec un film tous les deux ou trois ans. La franchise pourrait alors se changer en un simple film de science-fiction, alors que les premiers films brillaient de leur humour et de leur inventivité. Si la série tombe dans ce qu’on appelle le « fan service », la qualité des prochaines œuvres risque d’être terriblement médiocre.


En conclusion l’avenir de la saga est assez incertain surtout de par le contrôle qu’exerce désormais Disney. Pour ce nouveau Star Wars les choses sont moins graves mais il apporte avec lui son lot de risques et de craintes pour les fans du monde entier. Les envies des spectateurs sont complexes et presque contradictoires : retrouver l’ambiance si particulière des premiers films tout en y incorporant des nouveautés. Le désastre de la prélogie ne doit surtout pas se reproduire. De nouveaux personnages vont également faire leur apparition et devront palier à la disparition d’héros emblématiques tels que Dark Sidious, Dark Vador ou Obi-Wan. Il nous reste juste à espérer que J.J. Abrams a bien en tête ce conseil de Yoda : « Fait le, ou ne le fait pas, il n’y a pas d’essai » Maxime Lavalle maximelavalle.cinema@gmail.com

TAUX DE :

« crainte à avoir, tu dois » DISNEY

75%

SCÉNARIO

60%

EFFETS SPÉCIAUX

30%

ACTEURS

25%

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MEN, WOMEN & CHILDREN : un cadeau empoisonné

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n 2008, grâce à lui, nous rencontrions Ellen Page, aujourd’hui étoile montante incontournable du cinéma dans Juno, en 2009 il nous envoyait au 7e ciel avec Georges Clooney dans In The Air, en 2010 nous le retrouvions avec plusieurs réalisateurs dans le projet collectif New York, I Love You, deux ans plus tard il réalise Young Adult avec Charlize Theron puis en 2014 il s’attaque à un drame avec Last Days Of Summer. Mais qu’est-ce que Jason Reitman a-til bien pu nous offrir pour Noël cette année?

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CINÉMA

U

n film (ça tombe bien il est réalisateur), sur les lycéens (à 37 ans peut-il encore être objectif dans ce milieu?) et sur les réseaux sociaux (sérieusement? une heure trente sur ça?). C’est en salle en France depuis le 10 décembre, ça s’appelle Men, Women & Children et j’accepte le cadeau (empoisonné ?) Le film s’ouvre avec un plan sur le système solaire, puis de Saturne puis sur un tas de ferraille en orbite autour de cette dernière, puis une voix off nous raconte l’histoire de Voyageur, ce satellite qui est censé donner à de potentiels extraterrestres des preuves de notre existence. S’ensuit un resserrement progressif en passant par la terre, puis un pavillon traditionnel américain dans lequel nous faisons la rencontre de Don (Adam Sandler), un quadragénaire se masturbant dans la chambre de son fils de 15 ans. Et je pense que cette scène suffit pour expliquer la médiocrité de ce film. Après l’extraordinaire Juno, avec des personnages si originaux, si insaisissables et attachants, In The Air ou nous pouvons découvrir Clooney dans un rôle très complexe et inexplicablement très touchant malgré sa froideur, il me semblait que Reitman avait au moins la qualité d’écrire ses personnages avec talent et réalisme. Dans Men, Women & Children, se suivent une farandole de personnalités complètement creuses et attendues, un couple ayant perdu sa fougue d’autrefois, une cheerleader boulimique, un playboy crétin, un jeune couple de rêveurs geeks ayant décidé de se rebeller contre leurs

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parents, une mère qui filtre systématiquement tous les messages que sa fille envoie aux garçons par le billet d’un récepteur, le tout donnant une image complètement stéréotypée et subjective de la classe moyenne américaine et des jeunes en général. Pendant deux heures, apprenez que les jeunes sont accros aux écrans et sont incapables de pencher vers un avenir, voyez qu’il est impossible de s’aimer encore après 20 ans de mariage, sachez que tromper sa femme finalement ce n’est pas si grave et surtout que être adolescent c’est avant tout être un crétin. Quant au scénario, il est absolument prévisible et sans queue ni tête (savoir que, le playboy joueur de football va finir avec la cheerleader), certains enchaînements de plans censés faire rire l’audience sont à vomir de facilité et de vulgarité (le plan sur l’arrosage automatique après que notre gentil protagoniste commence à se masturber, on s’en passera merci), les gags tombent à l’eau par manque de finesse et de subtilité, aucun des acteurs ne sort du lot même Ansel Elgort (qu’on a

pu voir dans Nos Etoiles Contraires et le blockbuster Divergente), star montante d’Hollywood qui ne parvient pas à s’en sortir tellement ce fils de bourgeois est à des années lumières du vrai jeune lambda, l’effet de multiplicité des histoires est complément gâché par le mauvais montage, les dialogues ne sont pas transcendants et enfin la représentation des réseaux sociaux faisant le lien entre tous les personnages est erronée et pas une fois crédible. Que dire de plus? Même en y réfléchissant je n’arrive pas à savoir ce qui m’a plu dans ce film. J’ai juste ressenti en sortant de la salle une grande déception vu la tendresse que j’avais eu pour les précédents films de ce réalisateur, une déception et un réel dégoût pour la vision bourgeoise sur la classe moyenne qui transparaît durant tout le film. En bref, un film sans intérêt qui ne mérite que d’être vu illégalement un soir où on cherche un de ces fameux « filmquiprendpaslatête ». Joaquim Fossi fossijoaquim@gmail.com


CINÉMA

Le festival des GOLDEN GLOBES 2015 Originalité ignorée ou impersonnalité prononcée ? Le commencement de cette année 2015 est le cadre dans lequel va évoluer les récompenses Américaines du cinéma : le festival inaugurant cette période de récompenses est le festival des Golden Globes.

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CINÉMA Crée en 1944, les Golden Globes possèdent un statut méconnu, en pleine stagnation dans une zone d’ombre, celle des Oscars. En effet, si les Golden Globes paraissent effacés (tellement effacés que beaucoup ignorent par exemple la récompense obtenue par Leonardo DiCaprio pour le Loup de Wall Street) c’est qu’ils sont suivis de très près par le plus imposant festival de cinéma Américain : les Oscars. Le caractère ignoré des Golden Globes reste à nuancer, car ce festival sert tout de même de «bande annonce» aux Oscars : si les Globes apparaissent comme introduction aux Oscars, c’est que les récompenses obtenues dans ces deux festivals se rejoignent. Les exemples ne manquent pas : Matthew McConaughey en 2014 a reçu le Golden Globe du meilleur acteur dans un drame et l’Oscar du meilleur acteur, cas partagé par Colin Firth en 2011 ou Melissa Leo en 2011 pour meilleure actrice dans un second rôle. Pour les films, le schéma se reproduit indubitablement, puisque Argo de Ben Affleck pour ne citer que lui a réuni les deux récompenses filmiques. Même si cela fournit aux Golden Globes une présence plus impersonnelle, c’est d’autant plus surprenant de constater cette ignorance pour le rôle des Golden Globes qui n’est pourtant pas insignifiant. Grâce à son ouverture plus vaste en deux genres bien distincts, ce festival a donc acquis sa propre originalité sous-estimée, il offre un plus large tableau de récompenses associé à la comédie ou au drame, ne se restreignant pas une catégorie de long-métrages. Entre ignorance

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et originalité sous-estimée, les Golden Globes deviennent un faisceau d’idées contradictoires difficile à définir. L’édition 2015 n’est d’ailleurs pas exclue de cette contradiction, aussi bien dans ses avantages fortement conséquents que dans ses défauts qui méritent d’être soulignés. Cette année semble être le miroir d’une brise nouvelle, dans la mesure où aucun nominé pour le rôle de réalisateur ou acteur n’a été primé, si ce n’est Reese Witherspoon ou Christoph Waltz. Eliminant la redondance, cette édition permet donc de mettre en exergue des talents, qu’ils soient expérimentés ou néophytes, aucune classe d’âge n’est évincé. Par exemple, l’acteur Steve Carrell qui après toutes ses comédies niaises et sans consistance effectue son come-back dans Foxcatcher de Bennett Miller en interprétant le rôle de sa vie, tandis que le jeune et talentueux interprète britannique de Sherlock Benedict Cumberbatch accélère son ascension avec sa nomination pour The Imitation Game. Du côté féminin, la génialissime Julianne Moore dans Still Alice va peut-être adhérée à la catégorie des primées après six nominations non concluantes, pendant que l’ancienne James Bond Girl Rosamund Pike obtient sa première nomination en héroïne Hitchcockienne dans Gone Girl. Les habitants du monde du cinéma feront donc face en 2015 à une ouverture encore plus accentuée particulièrement novatrice, idée d’ailleurs étayée par la sélection des films. Les Oscars et les Golden Globes illustrent la récompense pour

l’ambition et la tendance à caresser les Etats-Unis dans le sens de leur agrégation, comme The Artist qui célèbre le cinéma Américain dans les années 30-40, ou Démineurs qui enrobent les soldats Américains à Bagdad d’un héroïsme très accentué. En revanche, les films nominés pendant cette nouvelle période surprennent : Foxcatcher revient sur un évènement douloureux de l’Histoire Américaine, The Grand Budapest Hôtel baigne dans une féerie inhabituelle, et Birdman est une critique acide de la surproduction de blockbusters détruisant les oeuvres indépendantes. Cette sélection se différencie également dans la proportion qu’elle a à ne pas se limiter à des oeuvres dans la période hivernale comme Boyhood sorti en juillet, ce qui demeure depuis toujours nécessaire. D’apparence anodine, cette non-régulation empêche certaines oeuvres de qualité d’accéder à la nomination comme Lost River de Ryan Gosling ou Whiplash de Damien Chazelle. Tout en privilégiant une innovation dans les nominations, l’édition 2015 des Golden Globes essaie d’étoffer son empreinte au sein du paysage des festivals de cinéma. Tantôt avec ingéniosité et brio, tantôt avec maladresse, l’édition tend à atteindre ses buts, malgré la difficulté qu’elle connait à équilibrer sa capacité innovante : parfois, elle peut être qualifiée de juste et neuve, parfois elle conduit à la création d’inégalités défectueuses.

Arthur Guillet Arthur.guillet1997@gmail.com


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WINOGRAND au Jeu de Paume

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i je vous dis « Garry Winogrand », en dehors des grands connaisseurs de photographie, ce nom ne vous évoque sûrement rien ! Et pourtant, en sortant de la rétrospective qui lui est consacrée au jeu de paume à Paris, vous développerez sans doute une toute nouvelle admiration pour son travail titanesque.

Celui qui a laissé, après sa mort subite provoqué par un cancer en 1984, plus de 6 500 bobines (soit 250 000 images), était considéré comme le maître incontesté de la photographie de rue américaine (ou Street photography). Né en 1928 dans le Bronx à New-York, fils d’immigrés, Garry Winogrand ne vient pas d’une famille aisée. Enfant, il soufra d’un manque d’espace : c’est sûrement ce besoin qui s’exprima lorsque ce dernier entreprenait de marcher des heures dans New-York, appareil photo à la main. Bien qu’il débute par le photojournalisme, il s’émancipa rapidement pour se consacrer à un travail plus personnel, plus nuancé et ambigu. Considéré comme un photographe compulsif, sa visée était de capturer des moments simples mais évocateurs : « L’extraordinaire nous attire un instant, la simplicité nous retient plus longtemps, parce que c’est en elle seule que réside l’essentiel ». Discret, il ne tenait pas son appareil de façon ostentatoire : il déclenchait rapidement pour capturer par surprise des expressions naturelles. De plus, il préférait souvent ne pas donner de nom à ses clichés pour ainsi laisser libre cours à l’imagination du spectateur.

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Située au 1, place de la Concorde dans le VIIIème arrondissement de Paris, l’exposition se tiendra jusqu’au 8 février prochain. La scénographie de l’exposition permet de se faire une très claire idée de l’évolution du travail de Winogrand. En effet, elle est divisée en trois parties distinctes. La première, «  Descendu du Bronx », retrace son parcours depuis ses débuts en 1950 et s’élargit jusqu’en 1971. Toutes les photos présentées dans cette section ont majoritairement été prises à New York. La deuxième partie, « C’est l’Amérique que j’étudie », présente des clichés datant de la même époque que la première section mais cette fois-ci, évoque les voyages de Winogrand. Pour finir, la dernière section,

« Splendeur et déclin », représente l’évolution du photographe depuis son départ de New York en 1971 jusqu’à sa mort en 1984. De nombreuses photos proviennent du Texas ou de Californie mais aussi de Chicago, de Miami ou encore de Washington. Par ailleurs, des paragraphes sur sa vie et son œuvre nous aident à approfondir ce qu’il tentait réellement de faire à l’aide de la photographie. Au détour d’un mur rempli de cadres, vous trouverez également une vidéo réalisée en 1977 qui aide à saisir le personnage. Si vous souhaitez approfondir l’œuvre de ce grand photographe, il est vivement conseillé de vous procurer le catalogue de l’exposition. Profitez des vacances ! Chloé Cenard chloe.cenard@laposte.net

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EXHI

BIT

retour sur une performance marquante

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xhibit B est une installation et performance de l’artiste sud africain Brett Bailey créée avec sa compagnie Third World Bunfight. Son œuvre a été présentée dernièrement en région parisienne au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis et au 104 à Paris. L’artiste invite les spectateurs à vivre une expérience conçue sous la forme d’un parcours entre plusieurs espaces. L’installation mélange passé et faits récents à travers douze tableaux vivants. La mise en scène met en perspective les faits commis en Afrique sous le colonialisme et les faits commis envers des immigrés africains en Europe aujourd’hui. Des événements historiques peu connus et non présents dans les livres scolaires car la volonté de Brett Bailey est de « porter à la conscience du public un passé caché »

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Une installation habitée par

LE REGARD Après la traversée des obstacles liés à la polémique du spectacle, nous (les spectateurs) voici enfin devant la porte d’entrée de la performance ! Nous sommes priés de nous asseoir sur des banquettes où sont placés des numéros. A chaque spectateur son numéro. Une femme nous prie sur un ton neutre de rester silencieux et d’attendre que notre numéro soit appelé avant de pouvoir entrer dans l’installation tour à tour. Mon numéro est appelé, je quitte donc ma place assise pour endosser le rôle d’observatrice d’une exposition.

ficier français, une autre femme porte un paniers rempli de mains coupées par le colonisateur belge aux esclaves qui ne rapportaient pas leur quota de latex…Le spectateur voyage entre différentes salles et différents événements qui sont expliqués grâce à des écriteaux placés devant les tableaux : mains des esclaves coupées sous Léopold II, têtes arrachées du chœur namibien avec ou encore demandeurs d’asile qui se sont fait tuer… Ainsi le spectateur est comme l’observateur des tableaux qui lui sont proposés.

Une succession de douze tableaux vivants me sont offerts à voir. Tous aussi marquants visuellement les uns que les autres. Ces tableaux mettent en scène les zoos humains organisés lors des expositions universelles sous la période occidentale colonialiste (fin XIXème/début XXème). Les images révèlent également les sorts infligés aux immigrés africains en Europe aujourd’hui (années 2000). Des personnes noires ou métisses sont figées dans leurs tableaux. Ainsi une femme appelée « La Vénus noire » tourne sur son podium ; une femme noire, chaîne au cou, est assise sur le lit d’un of-

A la différence que ces tableaux sont vivants par le regard qui les habitent. En effet, ce qu’il y a de particulièrement déroutant pour les spectateurs, –majoritairement occidentaux (et blancs)- c’est le regard des acteurs qui plongent dans le regard des spectateurs dès leur arrivée. Ce regard créé un malaise et « fait parler » l’histoire dans un silence bouleversant. Les yeux parlent mieux que les mots et les spectateurs sont bien souvent gênés face à l’horreur de la situation vécue dont ils prennent conscience dans cet espace invisible créé par le contact entre deux regards.

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Une évolution du racisme

INCONSCIENTE MISE EN LUMIÈRE


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insi les différentes époques se croisent : le spectateur déambule entre les théories scientifiques du XIXème siècle prouvant les noirs comme inférieurs en raison de leur couleur de peau pour comprendre d’où vient le racisme actuel qui persiste et qui est inconsciemment ancré dans la société. En effet, Brett Bailey, dans la réponse à la pétition signée contre Exhibit B écrit :

« EXHIBIT B n’est pas essentiellement un travail qui traite de la violence de l’ère coloniale. Son sujet principal est le racisme actuel et les mesures politiques xénophobes de l’Union Européenne, et comment celles-ci ont évolué depuis le racisme légitimé par la science et autorisé par les états à la fin du 19esiècle.

Ces mesures n’existent pas de façon isolée dans l’histoire. Elles ont été façonnées pendant plusieurs siècles. Les représentations déshumanisantes de l’Autre, instillées dans la conscience de nos ancêtres, ont été transmises de façon subconsciente et insidieuse de génération en génération. EXHIBIT B nous demande d’interroger ces représentations qui apparaissent encore fort innocentes aux yeux de nombreuses personnes. » Il faut donc prendre conscience d’une part de la violence passée dans le but de comprendre le racisme actuel et les mesures prises à l’encontre des demandeurs d’asile immigrés.


Le tatouage s’ancre au Q U A I B R A N LY.

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Une polémique qui enfle :

CENSURER, NON. Faire AVANCER le débat par l’art, OUI !

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e projet Exhibit B débute en 2010 à Vienne, en Autriche. L’installation s’est ensuite jouée depuis quatre ans dans de nombreuses villes d’Europe, sans incident à dénoter. La polémique commence en 2012 au RoyaumeUni lors du festival d’Edinburgh. The Guardian titre alors: « Edinburgh’s most controversial show: Exhibit B, a human zoo » (Le spectacle le plus controversé d’Edinburg : Exhibit B, un zoo humain). Ce titre est accrocheur et vendeur, il a pour but d’attirer l’attention des lecteurs. Le journaliste détourne la problématique de l’œuvre en choisissant un titre qui ne laisse pas de place à d’autre(s) interprétation(s). Car, comme Brett Bailey l’affirme, « les journalistes aiment le noir et le blanc, pas les nuances de gris ». S’il a besoin des médias pour la communication de son spectacle, ceux-ci peuvent s’avérer dangereux quand ils sont utilisés dans le but de susciter l’intérêt du lecteur par un mauvais angle. Dès lors, la question est de savoir si Brett Bailey est pour ou

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contre le racisme, s’il a le droit en tant que blanc de porter un regard sur l’histoire noire... Ce qui n’est pas le sujet de l’œuvre, mais il est toujours plus facile de s’intéresser à la polémique autour du spectacle qu’au vrai sujet en lui-même, c’est-à-dire la performance. Une pétition est alors lancée le mois dernier (novembre) pour censurer la performance. Celleci est nommée « Déprogrammer le zoo humain » et est signée à ce jour par plus de 20 000 internautes. Cette pétition déclare

que la performance, au lieu de dénoncer le racisme, le renforce à l’inverse en supprimant la parole des comédiens, immobiles et réduits au silence. Bien au contraire, ce que les détracteurs de l’exposition ignorent sûrement, c’est que les acteurs ont été sélectionnés dans une démarche d’accompagnement. Les acteurs d’Exhibit B ne sont pas juste des acteurs qui cherchent un travail, ce sont des personnes souhaitant s’engager dans la problématique de l’œuvre. Un réel travail d’accompagnement a été


effectué avec elles : exercices d’endurance physique, de prise de conscience de soi et de méditation. C’est pourquoi quand le spectateur quitte la performance, il arrive dans une salle où sont exposées des affiches avec les noms des comédiens qui expliquent quel sens donnent-ils à leur participation au cœur de l’œuvre et en quoi se sentent-ils encore concernés aujourd’hui par le racisme. Le 27 novembre 2014, des manifestants et membres du collectif Contre Exhibit B ont envahi le théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis et ont ainsi empêché les représentations de se produire. Le problème, c’est que la majorité des manifestants ou des signataires de la pétition n’ont pas assisté à la performance et s’approprient la polémique sans savoir réellement de quoi il s’agit. Certains l’ont vu mais en tirent leur propre interprétation qui est en contre sens avec le projet artistique. On ne peut avoir une opinion sur le sujet que si l’on a vu la performance. Les photos ne suffisent pas car c’est le regard qui donne sens à la performance. Si l’on regarde juste quelques photos

sur Internet prises hors contexte, on peut en effet faire un contre sens et s’emparer du buzz crée sur le spectacle, mais il faut un minimum s’informer. Si de nombreuses questions sont en droit d’êtres posées (et c’est d’ailleurs le but du spectacle), censurer un spectacle jugé trop rapidement raciste ne fera pas avancer la réflexion. Cette polémique montre que le sujet abordé est sensible car dérangeant de par le racisme qui persiste encore de nos jours. Brett Bailey souhaite porter à la conscience du public un passé caché qui portera les graines du changement. Le théâtre est le lieu idéal pour prendre conscience de cette réalité car, comme son étymologie grecque teatron l’indique, le théâtre est l’endroit d’où l’on regarde. Il permet donc d’avoir un regard neuf et éclairé sur une vérité dons nous ne sommes pas tout à fait conscients...

Juliette Piat piatjuliette@yahoo.fr

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HENRY VI

DE THOMAS JOLLY On a rarement l’occasion d’assister à un spectacle composé de 2 cycles pour 4 épisodes, d’une durée totale de 17h40 que nous pouvons regarder à plusieurs reprises ou en une fois. Depuis 2012, Thomas Jolly, jeune metteur en scène et ancien élève au TNB (Théâtre National de Bretagne) monte avec sa troupe (la Piccola Familia) Henry VI, une pièce enrichie au cours des années.

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enry VI est une pièce écrite par William Shakespeare, auteur du XVIe siècle considéré comme l’un des plus grands poètes, dramaturges et écrivains de la culture anglaise. À l’inverse du théâtre français de cette époque où les scènes de crime, de guerre et d’amour sont taboues pour respecter la bienséance, Shakespeare peut mélanger les genres (comédie, tragédie), passer du vers à la prose, du langage soutenu au langage familier pour un même personnage. Thomas Jolly met en scène pour la première fois Henry VI relatant l’histoire de ce jeune roi d’Angleterre et de France successeur d’Henri V. Il régna au XVe siècle pendant la Guerre de cent ans, une période marquée par les conflits opposant l’Angleterre à la France.

penser la pièce n’est pas seulement historique et les comédiens ne sont pas costumés de vêtements d’époque.

La Piccola Familia propose une pièce magique mêlant drame et poésie, amour et bataille, jeux de pouvoir et de conquêtes durant le XVe siècle. Contrairement à ce que l’on pourrait

Un attachement progressif naît pour les personnages ; les musiques et l’énergie débordante des comédiens nous emportent, nous empêchant de succomber au som-

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Thomas Jolly, à l’instar de Shakespeare, fait un mélange de genres aussi bien dans les costumes que dans le langage. A-t’on déjà vu une bergère aux cheveux bleus, des soldats en jean, et des dames en talons aiguilles au XVe siècle ? Les anachronismes rendent cette pièce originale mais il n’y a pas que ça, les décors sont fabuleux. Le spectacle est construit autour d’une structure matérielle réutilisable que l’on peut ouvrir et faire pivoter. Les jeux de lumières et les effets spéciaux sont spectaculaires (stroboscope, jeux d’ombre, éclairage du public, fumigènes...).

meil malgré la longueur de la pièce. Le metteur en scène prend plaisir à couper le spectacle comme une série télévisée au moment critique tel le cliffhanger. La rhapsode (narratrice) récapitule «les épisodes» de façon intime après chaque entracte pour ne pas perdre le cours de l’histoire. Les comédiens arrivent du public, nous interpellent, nous sautent dans les bras, le quatrième mur est rompu. Cette pièce est à la fois comique, tragique et engagée. Telle une scène faisant partie de la pièce la narratrice accompagnée des comédiens, met en lumière les réalités du statut des intermittents, avec beaucoup de brio. Une façon originale de défendre leurs droits. Retrouvez les dates de la tournée 2015 sur : www.lapiccolafamilia.fr

Elise Albert elisealbert.redac@gmail.com


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DJERBAHOOD Er-Riadh, un petit village au Sud de l’île de Djerba. Comme une exposition à ciel ouvert dont les œuvres sont réalisées directement sur les murs. Ils sont une centaine : grapheurs ou pochoiristes, artistes de toutes nationalités à s’être réunis ici.

Dans le dédale des rues de ce petit village typiquement tunisien, les artistes investissent les murs des houchs, ces petites maisons traditionnelles aux parois courbes, blanchies à la chaux. Le français C215, l’allemand Hendrick ECB Beikirch, l’anglais Phlegm ou encore le belge ROA… Ce sont les artistes rassemblés par Mehdi Ben Cheikh qui dirige la galerie Itinerrance et qui avait mené avec brio le projet de la Tour Paris 13 l’an dernier.

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À Er-Riadh, les graffes jouent avec les coupoles et les formes arrondies des maisons, comme la méduse de ROA qui se dresse au milieu de nulle part ; s’étalent sur des bâtiments entiers, comme le tag de Katre ou sur les portes des maisons comme les mains squeletiques de Bom-K ; ou encore utilisent le décor tunisien, comme le chat de C215 qui fait écho à ceux qui hantent l’île... Tunisien d’origine, Mehdi Ben Cheikh n’a pas choisi Er-Riadh par hasard… « C’est un village qui est lourd de sens, où musulmans, juifs et catholiques vivent pai-

siblement » confie-t-il au quotidien Le Monde. Un village modèle donc, où les habitants sont tout de même partagés sur le projet. Certains critiquent ces graffitis qui «dénaturent» l’aspect traditionnel du hameau ; d’autres au contraire demandent aux artistes de venir égayer les murs de leur maison. Le but premier de ce projet, inauguré le 20 septembre dernier, est sûrement de montrer les nouvelles valeurs de cette Tunisie qui renaît après 23 ans d’oppression sous le régime de Ben Ali. Justice et liberté. Deux mots inscrits en arabe sous les têtes des lions du duo italien Or-

ticanoodles. Ces mots qui rappellent incontestablement l’insurrection de 2011 mais surtout qui traduisent la vague d’espoir et de bouleversements qu’a connu la Tunisie. Une première incursion du street art au Mahgreb réussie, sur les décombres du printemps arabe, pour peindre les couleurs d’une nouvelle Tunisie. Louise Bugier lou.bugier@hotmail.com

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ART (cliché du mois)

Margaux Maarek margaux.maarek@gmail.com

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Le LIVRE de PERLE Résumé de l’éditeur : Il vient d’un monde lointain auquel le nôtre ne croit plus. Son grand amour l’attend là-bas, il en est sûr. Pris au piège de notre histoire, Joshua Perle aura-t-il assez de toute une vie pour trouver le chemin du retour ? Un grand roman d’aventure entre réel et féerie, une éblouissante ode à l’amour et aux pouvoirs de l’imaginaire. Unique et original, un roman autour de l’univers des contes Difficile de qualifier ce roman, difficile aussi de le résumer. Le Livre de Perle est un livre particulier, unique dans la carrière d’auteur de Timothée de Fombelle. Tracé autour de l’univers des contes, d’une grande histoire d’amour et sur fond de Seconde Guerre mondiale, c’est un roman qui se démarque aussi bien par son histoire que par sa construction. Lors d’une Master Class au Labo des Histoires, l’auteur explique avoir voulu revenir à la source de l’imaginaire, c’est-à-dire d’où viennent les histoires. C’est ainsi qu’il s’est tourné vers les thématiques de l’enfance et le conte. De ce dernier, il n’a pas voulu parler de façon condescendante, en l’analysant sous un angle psychologique,

souhaitant au contraire « vraiment y croire ». Pour lui, on ne peut pas parler des contes sans entraîner le lecteur dans une très belle histoire ; et il précise « avec Le Livre de Perle, je voulais vraiment raconter une histoire, pas faire semblant ». On retrouve d’autres thématiques qui lui sont chères, telles que le tourment d’amour, le deuil, le déracinement. L’auteur précise être très sensible à la question de l’exil, en particulier celui de l’enfance : il a le sentiment qu’un jour, tout bascule et l’enfant passe de « l’autre côté », à l’âge adulte. Pourtant, paradoxalement, il lui faut en tant qu’auteur être plus vieux pour pouvoir retourner dans ce monde de l’enfance. Ces éléments font du Livre de Perle un texte riche, sensible et doux. Une multitude de voix s’entremêlent pour donner vie aux mots ; par-dessus elle s’élève celle de Joshua Perle, le fil qui les relie toutes. Sur fond d’aventure et de rêve, de douleur et d’amour, l’auteur livre une fresque unique, rocambolesque et indéniablement poétique. Un texte personnel et touchant A propos du Livre de Perle, Timothée de Fombelle évoque luimême une gestation qui aurait duré près de quinze ans. « Comme

tous les retours aux sources, c’est long. Je ne suis pas un saumon, mais comme lui, je remonte la rivière, en quête de moi-même. C’est long parce que je nage lentement, parce que le courant inverse est fort. Ce courant inverse, c’est le désenchantement. » Cette introspection personnelle menée en filigrane du roman lui offre une autre dimension, plus profonde et plus riche encore. Ce texte rare et bouleversant marquera le lecteur de façon indélébile. Enfin, l’auteur explique aussi que pour la première et la dernière fois, il se met en scène en tant que personnage. « C’était nécessaire », sourit-il. Le Livre de Perle est donc un roman rare, unique et riche, auquel il serait difficile de rendre justice. Touchant et juste, il saura enchanter les adolescents, mais aussi les plus âgés près à s’ouvrir à la part d’enfant qui reste en eux. Il est publié aux éditions Gallimard Jeunesse, et a remporté la Pépite du roman adolescent 2014. Vavi Bouquine Vavibouquine.litterature@gmail. com

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BONNEFOY, un matin d’hiver

La manière dont j’ai découvert Yves Bonnefoy est à l’image de sa poésie : humble et touchante. On tend parfois à dire que la littérature s’essouffle aujourd’hui et qu’il n’y a plus de grands auteurs. Pourtant Bonnefoy, poète contemporain né en 1923 est bien un de ceux qui savent transmettre pas l’écriture. Il s’est éduqué avec Mallarmé, Baudelaire et Rimbaud. Il a appris à La Sorbonne avec Bachelard, grand philosophe et épistémologue dont les quatre œuvres les plus connues classent les inspirations poétiques et psychanalytique selon les quatre éléments. Pas étonnant quand on lit Bonnefoy et que l’on y retrouve des évocations fortes de la nature, toujours revisitée et qui nous emmènent dans un monde différent plus riche de sens. Bonnefoy fut d’ailleurs proche un moment des surréalistes même s’il s’en distin-

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gua par la suite et cela se ressent dans sa poésie par moment lorsque les associations de mots évoquent plus un sentiment ou une impression qu’elles ne signifient vraiment quelque chose (« Et nos pas allaient nus dans l’herbe sans mémoire »). La première fois que j’ai entendu sa poésie c’était il y a un an, un matin d’hiver. L’époque où nos nuits sont trop courtes et nos jours trop pleins pour laisser place au rêve. Un rythme étrange où l’efficacité prévaut sur le moment vécu, un peu comme quand l’écrivain allemand Walser dit « Des jours vécus inutilement, avec des après-midis remplies d’efforts furieux pour en sortir et des soirs de douce mélancolie qui ne servait à rien. » C’est notre professeur de littérature qui nous a lu Bonnefoy ce matin-là, dans la petite salle à la lumière

criarde, avec son accent chantant, sa voix qui ne s’élève pas trop parce que les nôtre se taisent et l’écoutent, dans ce réel moment de grâce. Il nous lit Les planches courbes, du recueil éponyme. Bonnefoy ce n’est pas tonitruant, c’est quelque chose de très simple et en même temps de très profond parce que les mots qu’il choisit sont lumineux et nous touchent. D’ailleurs l’écriture en général doit être simple et spontané, dire quelque chose de vrai et de sincère. Quelque chose que l’auteur n’a pas forcément vécu, mais qu’il a ressenti, et qu’il écrit comme il se ferait du café, ou comme il raconterait quelque chose qui lui serait arrivé. A la fin de l’histoire, notre professeur referme son livre et dit « Voilà, c’était mon cadeau de Noël ». Quand je vous dis un moment de grâce. Parce


LITTÉRATURE que ce qu’il nous donne ce jour-là, c’est gratuit, et pourtant c’est nécessaire. On ne prend pas vraiment le temps de faire des choses qui ne servent à rien. Ce jour-là on lit Bonnefoy, et ça nous a remplis, mais il n’y avait pas d’interro surprise, de fiche de lecture, ou d’exposé à faire. Notre professeur nous montrait qu’il fallait aussi apprécier l’inutile, arriver à voir ce genre de choses, et à le voir dans notre quotidien. La poésie de Bonnefoy est belle parce qu’elle évoque des choses simples que nous connaissons tous et qui ont un fort caractère poétique comme la pluie d’été, la nature, l’amour, et pourtant il donne à ces éléments simples une profondeur. On ne comprend pas forcément dès la première lecture ce qu’il veut

dire, mais cela nous laisse une impression, on a envie d’aller chercher plus loin, et comprendre ce qui a pu lui faire ressentir ou dire cela. Parce que oui, il y a un sens concret derrière ses mots. L’auteur, et cela est toujours vrai en littérature, a trouvé des mots qui ensembles exprimaient parfaitement ce qu’il voulait dire, parce que dans son esprit, cette association précise de termes reflétaient son sentiment. Alors certes nous avons tous des sensibilités différentes, et nous n’utilisons pas les mêmes mots pour dire les mêmes choses. C’est justement ça qu’il est intéressant de retracer, de savoir pourquoi ces deux mots ensembles nous touchent ou nous émeuvent, pourquoi l’auteur les a choisis, et quel chemin de pensée il a emprunté. Dès lors, on va vrai-

ment lire, parce que l’on va chercher à connaître le sens du mot. Le sens n’est plus aussi facile d’accès, c’est là qu’on peut connaître la sincérité dans la lecture. J’adore quand Bonnefoy dit dans « A même rive » : « On se prend à rêver que les mots ne sont pas A l’aval de ce fleuve, fleuve de paix Trop pour le monde, Et que parler n’est pas Trancher l’artère De l’agneau qui, confiant, Suit la parole. Rêver : que la beauté Soit vérité, la même Evidence, un enfant Qui avance, étonné, sous une treille. Il se dresse et, heureux De tant de lumière, Tend sa main pour saisir La grappe rouge. » Je ne veux pas en dire plus, parce que la poésie il faut la découvrir et se l’approprier soi-même. Je n’ai donc pas recopié ici le poème en prose « Les planches courbes » et cela donne une raison de plus (mais y-a-t-il vraiment besoin de raisons ?) pour le lire. Lucie Truchetet litterature.trip@gmail.com

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INTERVIEW

Rencontre avec PASCAL MARIA, numéro 1 des arbitres de tennis Rencontré à l’occasion du Master Universitaire de Tennis à St-Grégoire en Ille-Et-Vilaine (35) , la compétition opposant du 5 au 7 décembre les sélections universitaires française, britannique, belge, allemande, irlandaise, américaine, chinoise et russe, l’arbitre professionnel Pascal Maria a accepté de répondre aux questions de Trip Magazine. Juge-arbitre du tournoi, Maria est le numéro 1 français des arbitres de tennis, il a notamment arbitré 4 finales de Roland Garros, et est distingué par un des 25 Badges d’Or.

Comment se passe ce master universitaire pour vous ? Ça se passe très bien ! Je suis heureux de voir que ce projet a été monté d’une main de maître par Christophe Defaysse et surtout par tous les étudiants. J’ai l’impression que beaucoup de corps de métier étudiants se sont impliqués dans ce Master U et force est de constater que le résultat est super et s’approche de plus en plus du niveau professionnel. Depuis quand êtes-vous arbitre professionnel ? J’ai rejoint la Fédération Internationale de Tennis et les Grands Chelems, c’est-à-dire que je suis passé professionnel, en 2002. Quel joueur de tennis étiez-vous à 20 ans, l’âge moyen des participants au Master U ?

Très mauvais ! C’est pour ça que je suis devenu arbitre ! La plupart des arbitres, qu’ils soient juges de ligne, arbitres de chaise, ou autre, sont des « joueurs refoulés », c’est-à-dire qu’ils n’avaient pas le niveau pour devenir professionnel en tant que joueur. Lors de ce Master U vous êtes juge-arbitre : quelle est la différence entre l’arbitre qui officie sur le court et le juge arbitre ? Le juge arbitre est le responsable de la partie sportive de l’événement : de l’élaboration des tableaux, de la programmation journalière, de tout ce qui est en lien avec le sportif et la direction du tournoi, de ce que les joueurs demandent, de ce que le cahier des charges requiert. Il veille donc à ce que le tournoi se déroule au mieux et à ce que le règlement soit appliqué à la lettre.

L’arbitre quant à lui est présent sur la chaise et est chargé de l’application instantanée des règlements. Quelles sont les formations qui mènent à la profession d’arbitre international ? Nous avons une chance incroyable en France, c’est d’avoir une Fédération qui s’occupe énormément de ses arbitres et de la formation de ces derniers. Cela se traduit au niveau international par le classement des arbitres : la France est le pays le plus gradé concernant les arbitres internationaux. Des examens (A1, A2, A3) sont mis en place par les régions ou les départements. C’est un travail de détection des jeunes arbitres, qui sont ensuite formés et peuvent passer les examens nationaux. Quand ces examens sont validés et

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INTERVIEW que les jeunes arbitres sont identifiés, ils sont proposés pour passer des diplômes internationaux : les badges vert, blanc, bronze, argent et or. En sachant que les badges argent et or sont des promotions. Quels sont les employeurs d’un arbitre international ? Personnellement je suis salarié de la Fédération Internationale de Tennis et des Grands Chelems. Certains arbitres sont au niveau de l’ATP, de la WTA, et d’autres en « freelance » c’est-à-dire qu’ils travaillent un peu pour tout le monde. Quels sont les matchs qui ont marqué votre carrière ? Je peux citer la finale de Wimbledon 2008, entre Federer et Nadal, qui en plus d’être un match excitant, exaltant, et dans un lieu mythique, avec un tennis remarquable, s’est très bien déroulé au niveau de l’arbitrage parce qu’à la fin du match qui a duré 6h, on ne parlait que de la beauté de la rencontre et de ses rebondissements, pas du tout des décisions de l’arbitre. Je pense que si on ne se rappelle pas de l’arbitre à la fin d’un match c’est qu’il a bien arbitré. Les finales de Coupe Davis ont toujours été spéciales, par exemple Argentine-Espagne qui était une vraie corrida. Les matchs à enjeu comme les finales de Grands Chelems ou de Coupe Davis sont-ils les plus difficiles à arbitrer ? 60

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Ce sont les matchs les plus difficiles dans la mesure où ce sont ceux qui amènent le plus de pression médiatique et durant lesquels l’erreur n’a pas sa place. Chaque mauvaise décision peut prendre des proportions énormes. Mais lors de ces matchs-là, on a aussi les meilleurs ramasseurs de balles, les meilleurs juges de ligne, on sait que les joueurs vont bien se tenir car ils savent qu’ils sont décortiqués par des milliers de gens. C’est donc un mélange de facilité et de difficulté.

le hawk-eye : nouvelle pression ou aide à la vérification ?

Il faut avoir la pression mais la transformer en choses positives. Avant un match je ressens la pression aussi, je vais 1000 fois aux toilettes, je dois m’isoler dans un bureau sans bruit, j’ai les mains moites, le cœur qui bat fort, mais une fois que je rentre sur le terrain j’arrive à transformer cette pression en force, ce stress en concentration et en lucidité.

Oui, si tu ne profites pas tu fais de mauvaises annonces, tu prends de mauvaises décisions, tu demandes au public de se taire alors que ce n’est pas le bon moment.

Le hawk-eye est une bonne chose. J’avoue que je n’aime pas trop le principe car il dénature l’arbitrage ainsi que la relation tendue entre le joueur et l’arbitre. Mais c’est un bon outil de correction des erreurs. Vous avez dit que vous considériez la chaise d’arbitre comme le meilleur siège du court : pouvez-vous réellement profiter du match pendant que vous arbitrez ?

Je pense que si tu n’apprécies pas les moments passés à arbitrer, tu n’as rien à faire là.

Comment voyez-vous les nou- Propos recueillis par Marti Cauwel veaux outils d’arbitrage comme Martin.cauwel@yahoo.com


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Au programme ce mois-ci : ART : retour sur la polémique Exhibit B INTERNATIONAL : Vers la reconnaissance d’un Etat Palestinien ? INTERVIEW :...

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