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TRIP

MUSIQUE ACTU CINÉMA ART LITTÉRATURE INTERVIEW

n°18 Décembre 2014

MUSIQUE Ultime éclipse pour le Floyd

CINEMA Insterstellar : dans l’univers de Nolan

INTERVIEW Rencontre avec le fondateur de Goodeed

www.magazinetrip.fr


« It’s louder than words, this thing that we do! »


AL RI ED ITO

« C’est plus fort que les mots, cette chose que nous faisons. » Pink Floyd a sorti son dernier album The Endless River, le 10 novembre, après 20 ans d’absence. J’ai donc choisi volontairement ce refrain tiré de la chanson Louder Than Words pouvant symboliser ce retour courageux et tout en classe de la formation. Un pari risqué qui vient clore le chapitre décemment, affirme Eléonore, notre responsable musique qui a choisi d’extrapoler le succès de The Endless River à l’Histoire du Floyd. Une bonne occasion de vous replonger dans l’épopée Floydienne avec un dossier qu’on vous propose ce mois-ci. Sans la même prétention que le refrain voudrait le faire croire, vous pourrez aussi dans ce numéro retrouver une interview de Vincent Touboul Flachaire, fondateur de Goodeed, ou encore vous plonger dans l’univers de Christopher Nolan du côté Cinéma. On laisse l’année 2014 au placard avec ce nouveau numéro et on vous dit à l’année prochaine !

Julien TOUBLANC Rédacteur en chef Trip Magazine


MUSIQUE Kasabian défie les normalités p.7

Pink Floyd tire sa révérence, portrait d’un groupe mythique

p.8

« Phénoménalement » covers !

p.29

ACTU -

International : Quelle place pour Hong Kong ?

Sport : La coupe du monde de ski alpin

CINÉMA

A cappella de Lee Sujin

p.38

Interstellar, génial ou décevant ?

p.40

Christopher Nolan ou la définition d’un génie p.42

p.34

p.31


ART Le passé photographique de Stanley Kubrick p.49

La démence Macaigne p.52

Now : une « poésie virtuelle » de l’instant présent p.54

Cliché du mois p.56

LITTÉRATURE

A la rencontre des auteurs

p.58

One Day Thought

p.59

INTERVIEW -

Rencontre avec le fondateur de Goodeed p.60


IQ MUS UE

Q I S U U E M


MUSIQUE

48:13

Kasabian défie les normalités

Longtemps considérés comme les successeurs d’Oasis, les quatre compères de Kasabian reviennent cette année avec un nouvel album. Le nom du nouvel album ? 48:13, Telle est la durée totale de l’écoute ! Sergio Pizzorno,Chris Edwards et Tom Meighan ont commencé la musique ensemble sur les bancs du lycée. Leur premier concert a lieu en 1997. Après plusieurs membres de passage dans le groupe, Ian Mathews en est le dernier et reste.

Le groupe varie les différents types d’album entre albums studio et albums live. Chacun d’entre eux connaît un grand succès. Kasabian a reçu de nombreuses récompenses notamment celui de Meilleur groupe britannique en 2010.

Kasabian connaît un succès international. Le groupe, d’abord apprécié pour leurs titres rock, véhicule désormais une image de musique britpop. Kasabian a un grand avenir dans ce genre de morceaux.

Leur nouvelle production 48:13 est un mélange de styles musicaux. Il conjugue Rock, Electro et hip-hop. 48:13 est un hommage aux héros de l’enfance.

Les membres du groupe voulaient faire quelque chose de nouveau. Sergio Pizzorno se confie : «Je voulais me débarrasser d’un maximum de strates et avoir des paroles qui vont droit au but». Par ailleurs, chaque morceau s’intitule par la durée du titre. Une particularité de leur album ! Elle ne peut donner que l’envie d’écouter. Vous verrez, vous ne serez pas déçu ! Perrine MOURET perrine.trip@gmail.com

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DOSSIER

PINK FLOYD


MUSIQUE

PINK FLOYD l’incontournable

La rumeur s’est répandue début juillet, alimentée par un tweet de Polly Samson, l’épouse de David Gilmour, l’air de rien : « Au fait, l’album de Pink Floyd qui sort en octobre s’appelle The Endless River. Il a été élaboré à partir de séances de 1994 et c’est le chant du cygne de Rick Wright. » Fan absolue de Pink Floyd, dès que le projet a été confirmé à grands coups de communiqués d’officialisation d’anthologie, j’ai d’abord pris peur. J’ai décidé de boycotter toute interview ou critique dans la presse ou sur le web, pour écouter cet opus final sans être influencée d’une quelconque manière. Mes attentes demeuraient grandes, pourtant, à la mesure de la qualité du groupe : mythique. Avant d’entamer l’écoute de The Endless River, dans les bacs le 10 novembre, il m’a paru nécessaire de me replonger dans l’œuvre Floydienne, afin d’avoir bien en tête les chefs-d’œuvre qui m’ont fait aimer la musique. Il est donc indispensable pour les non-connaisseurs de s’immerger dans des albums

qui sont et resteront des expériences privilégiées vers une dimension à part dans la musique ; et je ne veux pas parler des singles connus de tous (Another Brick In The Wall Pt II, Money) mais bien des concept albums dans leur intégralité. Ils constituent la quintessence de Pink Floyd – du moins du Pink Floyd des années Gilmour. Ainsi, une brève rétrospective s’impose avant d’entamer la chronique proprement dite de The Endless River. Bien entendu, il m’a été impossible de retracer l’œuvre et l’histoire du groupe dans ce dossier en intégralité, et de traiter le voyage des Floyd sur tous les angles. Ainsi, si la rétrospective qui va suivre paraît succincte à quelques avertis, je leur conseille l’excellence biographie du groupe par le batteur Nick Mason, des plus complètes. A l’inverse, je propose aux novices de faire une lecture de l’histoire de Pink Floyd dans les grandes lignes, qui vaut la peine d’être connue, depuis les origines underground de Londres jusqu’au tour de force The Endless River.

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LES DÉBUTS

SYD BARRETT, génie halluciné 10

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L

’histoire de Pink Floyd débute en 1963, sur les bancs de la faculté d’architecture de Regent Street, à Londres. Trois étudiants décident de monter un groupe de blues amateur, comme la capitale en compte des centaines à l’époque. Nick Mason est à la batterie, Rick Wright aux claviers et Roger Waters et Bob Klose se partagent les parties de guitare. La formation est rejointe au bout d’un an par Syd Barrett, ami de lycée de Waters dans leur Cambridge natal. Le répertoire, jusque-là constitué de reprises de blues et de rock’n’roll, est alors remplacé par les compositions pop psychédéliques et bizarroïdes de Syd. Waters se voit, selon ses termes, « relégué » à la basse, le nouveau venu assurant le chant et la guitare. Le groupe, nommé alors Tea Set, est rebaptisé par Syd Barrett en Pink Floyd Sound – et qui, au grand dam des légendes populaires du rock, ne signifie pas en français Flamant Rose : le nom vient du croisement des patronymes de deux obscurs bluesmen que Barrett avait vus mentionnés dans les notes de la pochette d’un disque. La formation, en dépit des qualités lyriques de Syd, voit son seul soliste vraiment talentueux, Bob Klose, s’en aller, tant le reste du groupe stagne à un niveau fort médiocre. S’ils n’arrivent pas à sortir du lot dans un premier temps, les Floyd parviendront bel et bien à imposer leur sound de fil en aiguille grâce au bouche à oreille de l’underground Londonien. Le succès est grandement dû aux expérimentations de Mike Leonard, professeur à Regent St à qui les musiciens louent leurs chambres d’étudiants : il est lui-même à l’origine d’un light show psychédélique qui va révolutionner l’éclairage dans la musique live. Le groupe s’associe donc à Leonard, et la symbiose entre les longues improvisations des musiciens, qui deviennent de plus en plus aguerries, ainsi que les jeux kaléidoscopiques de lumière, deviendra un véritable mouvement aventureux et novateur dans le monde du rock.

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L

C

tt rre le Ba s s d an plu Sy it d en lors a ou e et s qu à p plu able jà c ster si tit de rôl Dé ife é et ain pe nt ont ès. an lit lus t re na nc cc m na p . e ’es mb dev et i su ce à rson t de nné u e o i s D, e e l en pe ien so ,a t am lui LS sibl och mm de dev érai yd ron i r o s un tif ui Flo te old év p l c le t t d k res Arn per pr ’ap , i ub en e pe na ier, q truim e s 1967 s tro rtem ique Pin nt, ms e Pi rois ou , r u gr our ern ins tion r q de ssa lbu Th s t et nt u po nt a au Gilm Ce d son rma men d r sie om xce ts di s a et ou 67 pe bu ran le ay , t 19 ou of plu c s e de d e. de fo lé Sy à n dé s g par Pl wn ée e gr Top oît rio avi dg ts a la pp de t so plu r pé D bri en rer su tat ain se n es cè és ily Da nn L c u . n a e c c ’ u e ce, am dim tég ste l’é ntr qui ur su arq e Em Of de l Syd ns a s’a es a es êm n C ru in ri ue co s po d s m Se tes s de tio ion st m nfa de es d, ita e q st ert ts, n. u y l e, Ga cour tte pari tat nali sme e de ns d’e ssi ris c S e g sur ur e onc uen e bo u r i t o yn e a p e c u i e p a p La Th au a p s a rép jou stic nan tat ans av qu à m ilmo de fréq ur d a a nt t G s s o At rtis nt l ieur leur , les my pla men s pl s n e m ta Mai de, r lor plu ter p so ta s et ur le re ri le u r è a . l é n e n e po t p ps n jo ant ph xp ous ) ire égr lac s e plan a t d p u fai e Po r e qu os s e ur t es e em e pl sup s th jou évo l’atm t le nt s rogu r le nt d al le de is s, e ie , d c fo fin gla role rts so son au pa nce ’y as es, co i s rag qu clai (é

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B D Y S

T T E R AR

D

Y O L F K N PI llement

ficie f o e t t i u q le 6 avril 1968.

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UNE NOUVELLE ÈRE

La décennie psyché


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’après Syd Barret va s’avérer compliqué à gérer, tant sur scène qu’en studio : un changement stylistique est nécessaire, la formation étant incapable d’œuvrer avec le même talent dans la pop psychédélique. La réinvention du répertoire sera, dans un premier temps, hasardeuse. Malgré les tentatives du quartette de suivre les pas de l’ère Barrett avec It Would Be So Nive et Point Me At The Sky, deux échecs cuisants, l’héritage du groupe, sans faire table-rase des années underground, va prendre un tournant décisif. La musique devient plus instrumentale (comme on peut le voir sur l’expérience orchestrale de Atom Heart Mother), plus abstraite. Les performances Floydiennes, quant à elles, sont toujours plus spectaculaires et expérimentales, innovantes pour l’époque : la dimension sonore se développe particulièrement avec l’Azimuth Coordinator, sorte de joystick permettant de contrôler en direct la spatialisation du son dans la salle (gauche/droite). Le nouveau répertoire est caractérisé par une conceptualisation des albums, qui s’orientent de plus en plus vers le rock progressif.

Meddle, sorti en 1971, en est l’exemple parfait avec sa pièce inoubliable Echoes, morceau de près de 30 minutes époustouflant en tous points. L’album marquera l’apogée de cette première phase

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avec Gilmour, et sera close en beauté avec le formidable Live At Pompeii, filmé dans les ruines de la cité romaine. Le groupe a alors un succès plutôt européen, et affectionne particulièrement le public français, en témoigne San Tropez, la 3ème chanson de Meddle. Il n’est donc pas encore question d’un succès populaire massif. La donne va changer en mars 1973 avec l’incontournable The Dark Side Of The Moon, fruit d’une expérimentation de 8 mois en studio. Le côté thématique et conceptuel de l’album, en se mêlant à un son d’anthologie des plus grandiloquents, confirme la grande cohésion qui s’opère entre les musiciens du quatuor. L’opus, qui est aujourd’hui devenu un classique, bat les records d’exemplaires vendus à travers le monde. C’est ce que beaucoup de fans considèrent comme l’âge d’or de Pink Floyd. La musique, sur le mix final, est toujours aussi aventureuse (structures novatrices, emploi d’instruments insolites et de sons non identifiables), mais paradoxalement beaucoup plus accessible (le chant de Gilmour, les thèmes plus parlants au public, comme sur Money). Ses qualités plastiques séduisent le monde, et la pochette est encore aujourd’hui connue de tous. Le groupe s’accorde finalement un

repos mérité de quelques mois, après les années de travail et les tournées qui deviennent de grands spectacles épuisants. Il faut dix-huit mois à Pink Floyd pour accoucher de Wish You Were Here, qui est encore une fois un succès impressionnant. La formation est désormais entourée de saxophonistes, choristes, et le groupe se transforme en machine à stades plus lourde à gérer que jamais. Mc Screen, iconique écran circulaire qui surplombe chaque show, symbolise la naissance d’un Pink Floyd multimédia. La qualité de l’album est indéniable ; mais déjà d’aucuns, à commencer par Roger Waters, abattu par la qualité d’écoute exécrable du public des grands stades américains, regrettent que le groupe ait perdu la dimension humaine de ses débuts. Après un nouveau chef-d’œuvre planétaire, Animals (1976), portrait sur le vif d’une Angleterre en pleine crise économique, Waters se décide à prendre les rênes de Pink Floyd. L’ombre de son nouveau visage se dessine alors, sur les briques d’un mur.


THE DARK SIDE OF

THE MOON

1973 1976

A NIM A L S

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the

WALL UN TOURNANT : l ’e m p r i s e d e ROGER WATERS


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elon les mots de Waters, The Wall, c’est un projet avant tout destiné à « mener aux gens la vie dure », « à rechercher des moyens pour intimider le public ». Le plan du bassiste pour ainsi ériger une barrière entre le groupe et ses fans, a été fomenté lors de la tournée américaine de 1977, où Waters avait été consterné par ces foules de 60 000 personnes occupées à « crier, hurler et se lancer des trucs les uns sur les autres ». En résulte un double-album pharaonique, porté par l’ambition de plus en plus démesurée de Roger Waters. Cet opéra socio-rock, paru en 1979, raconte l’histoire de Pink, jeune musicien isolé et détruit par ses traumas. Largement autobiographique, l’œuvre aborde sans s’en cacher ceux de Waters, qui s’attaque entre autres au système éducatif et à l’obsession de n’avoir jamais connu son père. Adapté au cinéma un peu à la façon du Tommy des Who, The Wall va cristalliser tous les excès de Pink Floyd (AKA de Roger Waters) et marquera un point de non-retour au sein du groupe dans la guerre des ego qui y fait rage. Rick Wright finira par claquer la porte au tyrannique géniteur du Wall, devenant un simple salarié sur la tournée héroïque qui s’ensuivra. De son côté, Gilmour va s’effacer pour lui laisser les commandes. Malgré tout, Waters laissera de la place à ses collègues sur certains

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morceaux (Comfortably Numb, Hey You et surtout le hit planétaire Another Brick In The Wall Pt II) avec des fragments et des interludes instrumentaux disséminés aux quatre coins du disque. La dimension visuelle de The Wall (traumatisant pour la génération de nos parents) est un élément incontestable de l’œuvre. Les ballons gigantesques et angoissants qui se dressent à chaque concert, (notamment le personnage du professeur), les briques qui dissimulent le groupe en sont le principal objectif de Waters à la base. Les Pink Floyd confient à quel point il a été « amusant de jouer pour un public qui ne pouvait pas les voir ». En 1983 sort l’album The Final Cut, album atypique qui va confirmer la prise de pouvoir de Waters. S’il porte officiellement le nom de Pink Floyd, il est présenté sur la pochette comme « une œuvre de Roger Waters interprétée par Pink Floyd ». Richard Wright est en exil en Grèce, bien content d’avoir échappé à l’atmosphère malsaine qui règne entre les membres qui se détestent ouvertement. Gilmour ne chantera que sur une chanson, et Nick Mason est remplacé par un autre batteur sur Two Suns in The Sunset, dernière chanson de l’opus. Atteignant toutefois la première place des charts au Royaume-Uni (Waters attaque violemment dans l’album Margaret


Thatcher), il ne se vend pas très bien, mettant ainsi fin à une décennie de gloire planétaire. Deux ans plus tard, en 1985, Roger Waters annonce qu’il quitte Pink Floyd, en se disant qu’il n’a plus besoin du reste du groupe pour avoir du succès et que celui-ci ne survivra pas à son départ, puisqu’il en est la « seule force créatrice ». Les albums solo que Waters produira dans la foulée seront des échecs commerciaux, ne parvenant pas à égaler la musicalité de Pink Floyd : l’âme du groupe réside dans l’osmose entre les musiciens et non pas dans les paroles ou les thématiques développées, bien qu’elles soient primordiales dans le style du groupe. Waters force donc une dissolution du groupe, et tous les membres se cantonnent à des projets en solo.

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Le RETOUR de PINK FLOYD : David Gilmour reprend les rênes

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n 1986, Gilmour décide de relancer le groupe, soutenu par Nick Mason. Waters entame alors des poursuites, leur défendant le droit au nom du groupe sans sa présence. C’est pourtant sous le nom de Pink Floyd que le duo sort un an plus tard l’album A Momentary Lapse Of Reason, ayant été entre-temps rejoint par Rick Wright. Celui-ci sera finalement réintégré officiellement après la tournée qui s’ensuivra.

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a musique et les paroles sont pour la plupart signées Dave Gilmour, éminemment prolifique, contredisant donc l’idée que Waters se faisait du groupe. Après la parution de Delicate Sound Of Thunder (1988), c’est un groupe soudé qui donne la naissance de The Division Bell en 1994. Caractérisé par un renouveau sur le plan sonore – notamment les claviers qui sonnent plus futuristes que jamais – l’album propulse à nouveau Pink Floyd au numéro 1 des ventes aux Etats-Unis. N’ayant plus rien à prouver à Waters (Guy Pratt assure les parties de basse), le groupe ne donne pas de suite à l’album. Jusqu’à aujourd’hui.

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THE

ENDLESS

RIVER T

he Endless River, dans les bacs depuis le 10 novembre, est annoncé comme le dernier album du groupe, en activité pour la première fois depuis 20 ans. La mort de Rick Wright en 2008 donne quelques temps après son décès l’idée à Gilmour et Mason de lui réaliser un hommage, en se basant sur les enregistrements laissés par ce dernier et les démos laissées inachevées de The Division Bell. Des attentes diverses se sont manifestées à l’issue de l’album: serait-il à la hauteur du reste de l’œuvre de Pink Floyd ? Est-il un pur prétexte pour relancer le succès du duo ? Comment faire dans le même temps évoluer le son des Floyd, le relier à la modernité, aux techniques actuelles, étant eux-mêmes sous plusieurs angles inventeurs de la modernité dans le rock ? Autant de questions auxquelles j’ai trouvé des réponses en me jetant frénétiquement sur Spotify le 10 au soir, le casque vissé sur les oreilles. Tout d’abord, j’y ai découvert, fébrile, la pochette : comme celles des autres albums, elle s’est révélée toujours aussi psychédélique et mystérieuse. On y découvre un jeune homme vu de dos naviguant sur une mer de nuages, vers un crépuscule symbolique. Le symbolisme a toujours été un élément clé dans l’œuvre de Pink Floyd. D’abord dans sa dimension visuelle et graphique, comme on vient de le voir ; mais surtout dans les titres et les paroles, qui, au travers de leur connotation psyché voire poétique, est toujours évocatrice de bien des choses. L’exemple le plus connu reste évidemment le morceau Shine On You Crazy Diamond, où on retrouve une dédicace incontestable à Syd Barett.


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ès le premier morceau, on voit bien que cette symbolique est toujours présente : Things Left Unsaid, introduction énigmatique, envoûtante et aérienne, sert de prélude à un album qui promet. Dans It’s What We Do, on retrouve un solo comme seul Gilmour sait les faire, avec un enchaînement toujours impressionnant techniquement. L’introduction à l’orgue n’est pas sans rappeler Wright justement, et la chanson est dans la continuité de la première piste, comme souvent dans les albums de Pink Floyd.

P

lus généralement, l’album contient certains ovnis et anomalies tels que Ebb And Flow, Skins, Eyes to Pearls, morceaux pas toujours accessibles et à la limite du cacophonique ; mais ces maladresses sont compensées par les tubes Allons-y (1 et 2), Nervana (qui prouve avec un riff impressionnant qui prouve que les Floyd n’ont pas si vieilli que ça) et bien sûr Anisina, bouleversant pour tout fan du groupe. Toutefois, certains sons, de synthèse surtout, sont décalés par rapport aux idées de base : on sent bien la création de textures analogiques qui viennent un peu perturber la musique à certains moments.

A

lors que j’écoute Unsung, introduction à Anisina donc, Spotify interrompt mon écoute attentive par une pub pour le « Rap game », les « meilleurs sons US et français », avec Nicki Minaj en fond sonore. Je bondis de ma chaise. Eh oui, en dépit des critiques qui se formulent dans mon esprit en tant que fan

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intraitable des débuts, je me suis habituée aux vibrations cosmiques de l’album, immergée dans l’expérience psyché de The Endless River, qui contient toujours la marque de fabrique des autres albums de Pink Floyd : un voyage vers une autre dimension.

L

a modernité justement, qui fait un peu défaut au groupe, est pourtant bien assumée avec Talkin’ Hawkin’, et si on prend au mot les paroles prononcées dans la chanson par un androïde à la voix métallique, celle-ci devrait avoir l’effet inverse sur le résultat : « Your greatest hopes will become reality / with your technology at our disposal » Je n’en suis pourtant pas entièrement convaincue. L’opus contient aussi certains morceaux hybrides, comme On Noodle Street, qui avec sa ligne de basse accrocheuse, renvoie à une bossa nova métissée.

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ans la quatrième partie du disque, Gilmour s’exprime avec ses six cordes comme personne, ouvrant la porte aux hallucinations psychédéliques qui apparaissent dès qu’on ferme les yeux, comme sur Surfacing. Il en va de même pour Mason, avec son style toujours aussi efficace et majestueux. Le morceau précède la perle rare de l’album : Louder Than Words. C’est d’ailleurs la chanson la plus longue de l’album, et sur laquelle Gilmour chante pour la première fois. Le timbre, à la fois doux et rocailleux, est resté le même qu’à l’époque des plus grands succès.


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e refrain s’ouvre sur les mots : « It’s louder than words / This thing that we do ». Ici encore, la symbolique est bien présente, et le propos peut paraître prétentieux. Pourtant, l’album parvient à aller plus loin que les mots, et sait se passer de paroles, délaisser la formation rock classique (comme Pink Floyd a toujours su le faire) pour ne garder que l’essentiel. C’est une œuvre par moments maladroite mais magistrale sur tout le long. On se laisse sombrer au cœur de la musique qui touche au plus profond, encore une fois. Et alors, qu’en est-il du verdict ? Le succès triomphant de l’album partout dans le monde montre-t-il qu’il a tenu ses promesses ?

de finir le chapitre décemment, et le disque comporte des pépites qui feront briller l’œil de tout amateur de musique. Malgré ses méandres parfois incertains, on trouve bel et bien des sirènes au fond de la Rivière Sans Fin, et leur chant, à la fois mélancolique et solennel, désinvolte et renversant, émeut. Les fans les plus jeunes sont rendus nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont jamais connue, l’âge d’or de Pink Floyd, un groupe incontournable qui sait clore son œuvre incroyablement dense sur une note de classe. Bravo Messieurs.

Dans tous les cas, on en sort transformé, confortablement engourdi, comme après un alunissage. Ce n’est sans nul doute pas le meilleur album de Pink Floyd. Ce n’est pas vraiment l’hommage à Rick Wright que l’on attendait. Ce n’est ni une bombe dans le milieu du rock ni dans celui de l’électro comme l’ont pu être les chefs-d’œuvre passés. Mais Gilmour et Mason ont eu le cran

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Eléonore SEGUIN eleonoreseguin.musique@gmail. com


MUSIQUE

« PHÉNOMÉNALEMENT »

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COVERS !

n « Cover » Ça ne vous dit rien ? Pourtant ce phénomène tend à se répandre sur la toile du web, faisant émerger des artistes, inconnus ou non, talentueux, originaux, enchaînant les couplets et les refrains à leur manière, selon leur sensibilité. Un phénomène qui pourrait presque détrôner la place aux compositeurs de la chanson originelle… Nouvelle vague du web, à l’instar des « Youtubers » tels que Norman ou Cyprien, les covers reprennent des tubes tombés dans l’oubli, qui ont forgé l’histoire de la musique ou d’autres actuels, bien connus du jeune public. Explication d’un nouveau phénomène qui n’est pas près de s’arrêter ! Covers, kesako ? Les reprises (ou covers, c’est toujours plus « rock’n’roll ») envahissent Internet depuis quelques années et ce phénomène ne fait que commencer. Apparu en 1950 aux Etats Unis, ce terme est toujours d’actualité. La série américaine Glee a contribué à cette expansion avec les personnages qui reprennent singulièrement des chansons incontournables ou actuelles du paysage musical. Jeune ou moins jeune, à un ou à plusieurs, a cappella ou accompagné d’un instrument, le phénomène ne manque pas d’amateurs et ne cesse de séduire. Des sites sont même apparus et sont prévus à cet effet comme My cover Music par exemple. Plate-forme de partage de vidéo, le réseau Youtube reste le leader dans ce domaine. Mais alors,

qu’est-ce qu’un cover réussi, me demanderiez-vous ? Tout simplement une chanson qui s’éloigne de l’originelle, où l’on peut retrouver la « patte » de l’artiste « repriseur », sa touche personnelle, qui peut la rendre unique. Toujours plus de covers... Trois groupes parmi tant d’autres l’ont bien compris. Walk off the Earth est un groupe canadien, connu pour leur reprise originale et assez déjantée de Somebody that I used to know de Gotye. Ils sont cinq, mais ne croyez pas que chacun a son instrument à lui… Non, il est bien plus marrant d’utiliser une simple guitare, partagée entre Marshall, Sarah, Gianni, Joel et Taylor ! En passant par Pharell Williams, Taylor Swift ou Joe Dassin,

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MUSIQUE leur bonne humeur se traduit dans leurs vidéos toujours plus originales les unes que les autres, à découvrir ! Un autre groupe à ne pas rater est Pentatonix. Formé de 5 chanteurs, ils ont une particularité : leur voix est leur seul outil, le chant a cappella et le beatbox n’étant que sollicités. Avec des millions de vues sur Youtube et une participation à la troisième saison de Sing-Off aux Etats-Unis, leurs covers ne cessent de plaire. Le troisième est Voca people, le phénomène « extraterrestre » des covers. Venant d’une planète inconnue de notre système solaire, la planète Voca, ces drôles de petits personnages tous blancs ont atterri sur Terre en 2008. Huit ambassadeurs de cette planète forment le groupe musical, n’ayant que pour langage leur voix, alliant chansons a cappella et techniques de type human beatbox. Ces prodiges vocaux reprennent des tubes internationalement connus, des musiques de film les transformant en medley, ou bien plus étrange encore, des sonneries de téléphones. Leur univers de cover est sans limite, donnant des spectacles humoristiques, uniques et touchants. Une portée instruisante Les covers peuvent néanmoins être considérés comme un devoir, une nécessité ludique pour le public mais aussi pour l’artiste. En effet, les musiciens apprivoisent un ins-

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trument d’une autre façon qu’ils peuvent le faire en cours de musique à l’école ou bien chez eux devant leur méthode d’apprentissage. Ils peuvent jouer avec les effets, les rythmes, leur sensibilité propre, afin que cette reprise devienne « la leur ». Une reprise peut être une manière aussi de rendre hommage à un artiste. Nombreux ont été les fans à reprendre Thriller de Michael Jackson après sa mort, et ce n’est pas la seule chanson… Les covers ont donc une portée d’apprentissage et de mémoire. Le phénomène et au-delà... Oubliez alors le temps d’un instant l’image d’une « song party » un soir d’été sur la plage, autour d’un feu de camp. Bien plus qu’un phénomène, qu’une mode, les covers deviennent une tendance du XIXe siècle, où chacun peut s’y retrouver. A l’aide de nouveaux outils informatiques, les hits de l’ancienne génération sont remis au goût du jour, convertis parfois en sonnerie de téléphone ou en nouveaux tubes de l’été. Cette culture tend à se généraliser et à faire émerger un nouveau genre de communication : celui du règne de la musique comme produit de consommation. Grâce à ce « trend », l’artiste possède le pouvoir de s’exprimer au nom de son amour pour la musique. Et finalement, comme le dit si bien Nietzsche : « Sans la musique, la vie serait une erreur ». Aline JULLIAT aline.julliat@hotmail.fr


ACTU

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INTERNATIONAL

Quelle place pour

Hong Kong ?

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l suffit d’un regard sur Hong Kong, littéralement port aux parfums, pour en discerner les multiples essences. Véritable plateforme culturelle de l’Océan Pacifique, la ville mêle avec alchimie caractères traditionnels et modernisme assumé. Plus encore, elle forme un important pont d’échange entre l’Occident et l’Asie de l’Est. Pourtant, ce balancement continuel entre deux cultures met sa place en jeu.

Un statut particulier Hong Kong a depuis plus d’un siècle un statut bien particulier sur les littoraux du Pacifique. En effet, sa destinée n’était pas de demeurer asiatique : suite à la première guerre de l’Opium qui eut lieu de 1839 à 1842 entre l’Angleterre et la Chine, l’île de Hong Kong fut cédée à l’Empire Britannique. Lorsque la Chine devint communiste, Hong Kong accueillit brutalement plus de deux cent mille réfugiés, qui contribuèrent alors à son essor économique dans les années 60. D’abord tournée vers les industries textiles, la ville profite ensuite de la situation économique mondiale de 1970 pour devenir une

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place financière majeure. Mais en 1997, Magaret Thatcher signe un accord de rétrocession avec Deng Xiaoping, alors dirigeant du gouvernement chinois. Cette déclaration commune donne dès lors à Hong Kong un statut bien particulier, celui de Région administrative spéciale de Chine, qu’elle partage depuis 1999 avec Macao, ancienne colonie portugaise. Elle bénéficie donc d’une large autonomie jusqu’en 2047 qui lui permet de conserver sa propre monnaie, sa propre langue, son propre système. Elle choisit un Parlement, un chef de l’exécutif élu au suffrage universel et même ses propres équipes sportives aux compétitions internationales. Cette

formule est appelée «un pays, deux systèmes » Hong Kong continue également à entretenir de fortes relations avec le Royaume-Uni, qu’elles soient culturelles ou économiques. L’eldorado chinois Ainsi Hong Kong a tous les atouts pour devenir l’eldorado chinois. En effet, le PIB par habitant y est de 36 600 € ce qui est en moyenne cinq fois plus élevé que dans le reste du pays et même plus important qu’à Paris ! Son statut de territoire autonome au sein de la République populaire de Chine lui garantit également des libertés dont ne bénéficient pas


INTERNATIONAL les autres provinces. La ville possède ainsi un parlement pluraliste avec une opposition démocratique, des organisations syndicales, une certaine liberté de presse et une absence de filtrage internet. Twitter, interdit en Chine continentale, va par exemple ouvrir un bureau à Hong Kong d’ici à l’an prochain. De plus, la ville est récemment devenue l’un des pôles financiers les plus prisés par les entreprises, notamment grâce à des taux avantageux. Elle atteint la troisième place mondiale. Cependant, le revers de la médaille est lourd : la ville est l’une des plus chère au monde, et près de 1,2 millions de Hongkongais vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ce sont pour la plupart des migrants de fraîche date venues de différentes provinces chinoises. Ils travaillent sur l’île afin d’acquérir, pour eux ou pour leurs enfants, la nationalité hongkongaise et les avantages qui en découlent. Seule face aux vents Entre esprit occidental et rêve chinois, Hong Kong semble parfois à avoir du mal à trouver sa place. Si de nombreux dirigeants hongkongais sont favorables au gouverne-

ment chinois, ce n’est pas le cas de la population, attachée au mode de pensée britannique et à sa liberté d’expression, ainsi qu’aux valeurs essentielles de Hong Kong. La promesse d’élections libres au suffrage universel annoncé par le futur chef de l’exécutif en 2017 semble d’ores et déjà oubliée par le gouvernement. Les récentes manifestations, plus connues sous le terme de Révolution des Parapluies, n’ont pas pour unique but la démocratie – qui apparaît comme de droit. Elles se préoccupent aussi du respect des promesses faites lors de la rétrocession en 1997. Déjà, la Chine a mis en place une censure des évènements, interdisant l’accès au site internet de la BBC qui avait couvert les manifestations. Si la réaction du pouvoir était prévisible, celle des Britanniques s’est montrée particulièrement frustrante pour les manifestants. Alors qu’il était de leur devoir d’aider les hongkongais à protéger le système comme ils l’avaient promis en 1997, le gouvernement britannique a gardé le silence, n’émettant que quelques brèves déclarations.

Hong Kong, ville chinoise et occidentale, se retrouve donc seule, trahie par la Chine et par l’Angleterre. Tiraillée entre volonté démocratique et pression du gouvernement chinois, Hong Kong semble voir les contours de son identité s’estomper. Véritable eldorado pour beaucoup de chinois, elle représente un dissident important pour le pouvoir mais également un pôle économique essentiel du pays, touché également par la crise économique de 2008. Cette ville du Pacifique ne peut cependant faire marche seule, sans la Chine, face à des concurrents comme Shanghai, ou même Singapour et Taïwan. Pauline PARISSE paulinedu88@gmail.com

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SPORT

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CLÉS POUR COMPRENDRE...

LA COUPE DU MONDE DE SKI ALPIN

C’est reparti ! Le mois de novembre marque traditionnellement, pour les skieurs alpins, le retour de la quête des Globes de Cristal, récompenses pour les vainqueurs de la Coupe du Monde.

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Imaginée au bord d’une piste en 1966 par deux entraîneurs puis mise en place pour la première fois pendant l’hiver 1966-1967, la Coupe du Monde est organisée par la Fédération Internationale de Ski. Le but, contrairement aux Jeux Olympiques ou aux Championnats du Monde, est d’être le plus régulier possible afin d’amasser le plus de points tout au long de la saison. Pour ce faire, les athlètes peuvent concourir dans cinq disciplines différentes entre l’ouverture de la saison le dernier week-end d’octobre sur le glacier de Sölden et les finales organisées mi-mars. Les cinq disciplines. On peut regrouper les cinq disciplines du ski alpin en trois grandes familles : les disciplines techniques, les disciplines de vitesse, ainsi qu’une discipline combinée. Chacune d’elle possède son propre classement et l’addition des points donne un classement général. Le slalom et le slalom géant composent la catégorie technique. Ces disciplines comportent deux manches disputées sur deux tracés différents. L’ordre de passage de la première manche est déterminé par le classement de la Coupe du Monde. Suivant ce classement, des groupes de sept skieurs sont constitués,

selon leur niveau. Les sept meilleurs partent en premier, dans un ordre tiré au sort, puis les skieurs classés de la 8ème à la 14ème place partent dans un ordre aléatoire etc... À l’issue de cette première manche, les trente plus rapides peuvent disputer une seconde manche. L’épreuve est remportée par celui ou celle qui obtient le meilleur temps cumulé. La discipline la plus technique est le slalom, car c’est là que les parcours comprennent le plus de portes. Les portes sont les passages obligés du parcours en slalom. Elles sont matérialisées par deux piquets simples montés sur des rotules, ils peuvent donc

être basculés par les skieurs. Les qualités essentielles d’un bon slalomeur sont l’agressivité, la rapidité, et l’agilité. Aux courbes plus larges, le slalom géant peut paraître moins technique que le slalom. La difficulté entrainée par l’écartement et le nombre plus important de portes dans le slalom est cependant égalée par la longueur du tracé dans le slalom géant, ainsi que le timing et la puissance qu’il faut mettre dans chaque virage pour sortir parfaitement de la courbe et déjà préparer la suivante. Les portes sont matérialisées par une banderole rouge ou bleue tendue entre deux piquets. Le classement et les récompenses. Le classement et les ré

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Le classement et les récompenses Après chaque course, le vainqueur gagne 100 points puis les trente premiers engrangent un nombre de points décroissant en fonction de leur classement. Il y a six classements : un pour chacune des cinq disciplines ainsi que le classement général. Le skieur ou la skieuse qui remporte le classement général se voit récompenser du gros Globe de cristal, un trophée de 9kg et de 46cm de haut. Le lauréat est donc le vainqueur du classement général de la Coupe du Monde. Les classements par discipline récompensent quant à eux les vainqueurs par un petit Globe de cristal pour le vainqueur de la Coupe du Monde de slalom, etc... Les protagonistes Chez les hommes, il y a trois favoris pour remporter le gros Globe cette saison. L’Autrichien Marcel Hirscher a remporté les trois der-

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nières éditions. C’est un spécialiste des disciplines techniques, il est notamment considéré comme le meilleur slalomeur du monde. L’Américain Ted Ligety est l’ogre du slalom géant (petit Globe en 2008, 2010, 2011, 2013, 2014) mais il brille aussi par sa polyvalence en super-G et slalom. Le français Alexis Pinturault complète le trio des tauliers du ski mondial. Outre ses qualités en slalom et géant qui le placent parmi les meilleurs spécialistes, il progresse beaucoup en descente ce qui lui permet de jouer la victoire lors des combinés. Chez les dames, la slovène Tina Maze a battu en 2012-2013 le record de points marqués en une saison. Elle est extrêmement polyvalente et a brillé aux JO de Sotchi 2014 avec deux titres. L’américaine Mikaela Shiffrin, âgée de 19 ans, est déjà championne du monde et olympique de slalom, discipline qu’elle domine sans partager. L’Autrichienne Anna Fenninger a pour sa part gagné le gros Globe en 2013-2014. Elle fait donc partie des favorites à sa propre succession.


SPORT

Les hauts lieux du ski alpin : les « Classiques » Le calendrier de la Coupe du Monde comporte plusieurs rendez-vous incontournables, historiques : les Classiques. Le nom de ces pistes est désormais mythique, avec le Lauberhorn de Wengen ou l’Oberland à Berne (Suisse) ou encore le Hahnenkamm de Kitzbühel (Autriche). En France, les étapes les plus connues sont celles du Val d’Isère, de Chamonix et de Megève.

Comment suivre le ski alpin. Le ski est diffusé à télévision française par Eurosport et des live sont proposés sur le site de la FIS. Une presse spécialisée est apparue récemment avec notamment Ski Magazine, ou encore SkiChrono… Sur Internet, de nombreux sites d’actualité sportive généralistes ou spécialisés proposent de suivre la saison de ski. Martin Cauwel martin.cauwel@yahoo.com

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CINÉMA


CINÉMA

A CAPPELLA

de LEE SUJIN SYNOPSIS : Han Gong-Ju, jeune lycéenne coréenne, en changeant de lycée et en emménageant chez la mère d’un professeur, tente de fuir son village natal où s’est produit un évènement dramatique dans lequel elle est impliquée malgré elle. Tandis que l’enquête policière suit son cours, elle ne doit en aucun cas se faire remarquer. C’est sans compter sur Eunhee, sa nouvelle camarade de classe qui fait partie du club a capella du lycée, qui, découvrant chez Han un talent exceptionnel pour le chant, décide de lui proposer d’intégrer la chorale. Quelque chose s’est passé, c’est tout ce que vous avez besoin de savoir, c’est d’ailleurs là que le film devient intéressant. A travers son premier long métrage, Lee Sujin nous emmène dans une Corée méconnue, celle que l’on ne voit pas, celle que l’on n’imagine pas. On découvre une société machiste, où l’adultère est puni par la loi, où la pression des traditions s’exerce sur tout le monde, où les règles de vies sont strictes, où l’intimidation est chose commune, où la police n’a pour but que de servir ceux qui ont des relations, où tout n’est qu’honneur et hiérarchie. Pour aborder son thème, le film met

l’accent sur l’entourage de l’héroïne, principalement les adultes. Ceux présents dans le film donnent une vision bien négative de ce monde. Les différents protagonistes qui évoluent autour d’elle sont pathétiques, méprisables et parfois monstrueux. Elle se retrouve donc face à elle-même, et doit affronter son mal-être psychologique et la difficulté qu’elle a à s’en sortir. Lee Sujin comme beaucoup d’autre cinéaste coréen avant lui, met ici le doigt sur le problème de la jeunesse coréenne, sujet fascinant mais apeurant. La force du film se résume par une certaine accessibilité et une vitalité dans un sujet étouffant, une narration apportant un souffle lumineux et une issue positive sur une histoire dramatique, un jeu d’acteur extrêmement juste, un personnage principal très touchant, une lumière rayonnante qui offre une fraicheur aux plans et un cadrage audacieux qui amène de belles perspectives à certaines séquences. La confusion du montage, ce puzzle de flashbacks mêlés à des ellipses peut perdre le spectateur dans un premier temps puis une fois le film terminé amener à une certaine réflexion sur la chronologie de l’his-

toire. Ce méli-mélo entre le récit présent et le récit passé est quand même un sacré handicap à la compréhension immédiate de l’histoire, car même si le choix est audacieux il n’en reste pas moins complexe et demande au spectateur de l’agilité d’esprit pour faire le lien entre les scènes, car rien n’indique les changements de temps. Martin Scorsese a qualifié ce film de « remarquable à tous points de vues », je n’irai peut être pas jusque-là En effet, on pourrait reprocher la superficialité de certains points du scénario et surtout la pauvreté des moments de musique et de chant en contradiction avec l’attente du spectateur au vu du titre qui semble annoncer un fil rouge musical. En résumé, ce film mérite d’être vu pour découvrir le talent d’un réalisateur à l’antipode du cinéma occidental, pour le sujet anxiogène qui est traité ici de manière vivante sans jamais tomber dans le pathos et surtout pour sa qualité cinématographique exceptionnelle fidèle à une idée que l’on peut se faire de la réalisation asiatique : belle. Joaquim FOSSI fossijoaquim@gmail.com

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CINÉMA

Interstellar

génial ou décevant ?

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près les succès mondiaux d’Inception ou de la série des Dark Knight, Christopher Nolan a frappé là où on ne l’attendait pas. S’infiltrant dans la brèche qu’avait maladroitement ouverte Gravity (Où la grandiloquence de la réalisation délaissait le scénario), le réalisateur de Memento se lance dans un genre qu’il n’avait jamais exploré avant : la science-fiction. Pourtant annoncé comme le nouvel 2001, l’Odyssée de l’espace, il semblerait qu’Interstellar ne se soit pas montré aussi magistral qu’il ne se l’était annoncé. Retour sur ce film qui divise la critique.

Un film de science-fiction novateur/déjà vu Le sujet n’étant plus que jamais d’actualité, Interstellar présente une morale écologique sur fond de voyage aux confins de l’espace. Dans un futur proche, la Terre se meurt et emporte l’homme dans sa chute irrémédiable. N’ayant plus aucun espoir, la NASA envoie deux astronautes afin de trouver une nouvelle planète qui pourrait accueillir l’espèce humaine. Joseph Cooper (Matthew McConaughey) et Amelia Brand (Anne Hathaway) partent donc en mission au sein du vaisseau spatial appelé l’Endurance, afin de voyager jusqu’aux planètes hypothétiquement vivables. Le spectateur est alors embarqué dans une épopée grandiose. Planètes et

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trous de vers, les merveilles de l’univers apparaissent sous un jour nouveau et impressionnant. L’atmosphère angoissante de l’espace est par ailleurs retranscrite par des plans impressionnants, où la musique d’Hans Zimmer et l’absence de son s’alternent. Le film aborde également des théories scientifiques jamais dévoilées auparavant et qui en étonneront plus d’un. Le seul problème c’est que ces explications techniques pourraient en faire tiquer certains. Parfois Interstellar revêt des allures de documentaire scientifique : théorie de la relativité, des trois dimensions et autres réjouissantes explications vous seront répétées par l’unique membre féminin du casting (histoire, peut-être, de mieux faire

passer la pilule…). C’est pourquoi quelques spectateurs pourraient avoir l’impression qu’on leur jette un livre de physique au visage. Et même si l’aspect grandiose du film peut rattraper l’exposition, il semblerait que tout cela ait déjà été fait. Tout d’abord par Gravity qui, bien que n’explorant seulement les alentours de notre belle planète bleue, avait provoqué une immersion beaucoup plus grande, mais surtout 2001 : L’Odyssée de l’espace. Le chef d’œuvre kubrikien possédait réellement une atmosphère unique en son genre. Interstellar ne ferait alors qu’un vague hommage qui n’arriverait pas à la cheville du pionnier du genre.


CINÉMA Un suspens et des péripéties à couper le souffle/prévisibles

Une histoire émotionnellement intense/niaise.

Nolan a toujours été un grand scénariste : retournements de situations, climax et révélations, le réalisateur britannique est toujours parvenu à surprendre son public grâce à des surprises qui semblaient sortir de nulle part. Ici, Interstellar se montre peut être en dessous des précédents films du réalisateur. Certains retournements sont visibles une demi-heure avant qu’ils n’arrivent, ce qui pourraient gâcher le plaisir des plus sagaces spectateurs. Cela s’explique par des indices répétées que glisse le réalisateur durant certaines scènes. De cette façon il nous est facile d’entrevoir les twists de fin. Malgré tout il serait assez étonnant (ou alors bravo, vous êtes le Sherlock Holmes du voyage spatial) que vous parveniez à tout découvrir.

Malgré son thème principal de l’espace, Interstellar n’en reste pas moins un film sur les petits êtres que sont les hommes et leurs sentiments. Face à l’immensité, Nolan choisit de s’intéresser à ce qui est pourtant invisible en nous. Les émotions. Même si il est un astronaute chevronné, Cooper n’en reste pas moins un père de famille. S’acquittant de la tâche que seul lui peut accomplir (car apparemment il n’y a quel lui sur terre à savoir piloter une navette spatiale), il est forcé d’abandonner ses enfants pour une durée indéterminée. La distance et l’espace-temps finissent par agrandir le manque, créant des scènes d’une rare intensité pour un soap-opéra. Regrets, dilemmes cornéliens et révélations feront que les personnages se trouveront au bout d’impasses sentimentales fortes. Christopher Nolan fait rencontrer en eux le désir de sauver l’espèce humaine et le besoin de rester en sécurité avec leurs familles. C’est donc des choix difficiles qui s’imposent à eux, et qu’ils devront prendre dans l’urgence, ce qui vous fera paniquer de la meilleure des façons, votre empathie étant quasiment assurée.

Par ailleurs le suspense est tout de même extrêmement bien bâti. L’espoir de sauver la Terre vous emportera autant que ces pauvres astronautes, et les dangers qu’ils affronteront seront bien réels. Parfois certaines situations paraissent si désespérées que vous serez tentés de hurler sur votre siège ; comme si votre réaction pouvait sauver les personnages (même si, il faut l’avouer, c’est une manie que nous partageons tous). La situation paraît pouvoir basculer à tout moment, dans le bon sens comme dans le mauvais. Les possibilités d’échec sont si nombreuses qu’elles vous rendront fous d’inquiétude, même si étincelle la victoire au bout du trou noir. Aucun personnage ne semble réellement à l’abri du danger et, en cela, Interstellar pourra vous faire trépigner au bout de votre siège.

ce qu’il est, et non pour ce qu’il représente. Certains traits du scénario, bien que très beaux, peuvent être perçus comme fondamentalement guimauve et feront donner la nausée à ceux qui ne seront pas parvenus à entrer dans le film. Le problème réside donc dans la façon dont vous aller voir Interstellar. Si vous avez tendance à vous attacher facilement aux personnages, à vous laisser entrainer et être facilement empathique, alors vous risquerez fortement d’apprécier. En revanche, à cause d’une exposition somme toute très longuette et un peu complexe, les plus impatients des spectateurs ne feront qu’ « assister » au film d’un air hagard. Dans l’un comme dans l’autre, les messages transmis par l’auteur sont fins et intelligents, et la vision de Nolan sur notre futur commun (bien qu’assez effrayant !) est fascinant. En conclusion, achetez une place, jetez-vous dans le trou noir, et voyez ce qui vous attend au bout... Maxime LAVALLE maxime.lavalle@gmail.fr

Paradoxalement cette complexité intérieure s’oppose à des facilités peu louables. Les personnages semblent être bâtis selon des archétypes bien définis, et manquent parfois d’une personnalité réelle. Cooper, bien que héros de l’histoire fait partie de ces « papas courages et veufs » que l’on croise souvent au cinéma. De cette façon il est plus facile de s’identifier au personnage mais moins évident de l’aimer pour TRIP Magazine n°17

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CHRISTOPHER NOLAN ou la définition d'un génie


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vec la sortie de son dernier film, Interstellar, une rétrospective sur le réalisateur Britannique Christopher Nolan s’imposait. Actuellement, l’adjectif «génial» est utilisé à tort et à travers pour caractériser simplement une qualité qui dépasse légèrement la moyenne. «Géniale» désigne en fait une œuvre ou une personne dont l’intelligence relève du génie. Face à la popularité accrue dont est victime Nolan, se pencher sur sa filmographie devenait incontournable. De ses neuf films on peut en dégager un bilan : durant notre période cinématographique actuelle, il n’existe pas d’association plus exacte que celle du cas Nolan à un cas génial.

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Ce qui fascine chez Nolan, c’est qu’il est maître de l’équilibre, dans la mesure où il impose un style visuel d’une rare sublime beauté, mais sans négliger un labeur intellectuel dont découle un propos commun à l’intégralité de son parcours cinématographique. L’étoffe de son œuvre est étroitement liée avec un souci prononcé pour le réalisme. Malgré son attachement privilégié pour des genres comme le fantastique et la science-fiction avec des films comme Inception ou Interstellar, Christopher Nolan ne s’est jamais éloigné, depuis son premier long-métrage, c’est-à-dire Following, d’un réalisme cohérent. Le but de Nolan ne consiste pas à nous illuminer par une boursouflure d’effets spéciaux, mais plutôt par la culture

de ses propres spécificités scénaristiques en faisant germer de son esprit des concepts créatifs, comme l’extraction de rêves dans Inception ou la recherche de l’inspiration par la filature dans Following. Les concepts de Nolan disposent toujours de racines indestructibles et sont le fruit d’une imagination hors catégorie. Certains stipulent donc que Nolan, de par ses concepts, est indifférent à la mise en scène, et brille bien plus par son écriture.

Mais l’art de Nolan est en parfaite adéquation avec son écriture, réfutant les critiques de sa réalisation jugée trop académique. De mon point de vue,

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l’art Nolanien atteint l’excellence grâce à la piqûre de rappel injectée par ses oeuvres : la définition du 7ème art se détache de ses dernières, car c’est une expérience qui est à la base sans parole, uniquement visuelle et sensorielle. Si vous êtes insensibles aux propos de Nolan, les frissons provoqués par quelques images ineffaçables d’un esprit à la vue de leur esthétisme ou de la musique du compositeur fétiche de Christopher Nolan, Hans Zimmer, corrigent toute réticence en nous propulsant dans une ambiance immersive. À la manière du réalisateur danois Nicolas Winding Refn, dans des œuvres comme Drive ou Only God Forgives, Christopher Nolan fournit aux spectateurs des plans très esthétisés dans leur composition à l’univers infini ou leur luminosité dirigée par une main de maître, et cela avec le moins d’effets spéciaux possibles. Tout est lié dans son cinéma, cette non-affection pour les effets visuels et ce réalisme se marient à nouveau : que cela soit les montagnes enneigées d’Insomnia ou les quartiers de bas étage de Gotham dans la trilogie Dark Knight, le raffinement visuel guide le parcours de Nolan. Si vous êtes dubitatifs par rapport à son dernier film Interstellar, l’imagerie crépusculaire liée à l’espace fait déjà de ce

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film une merveille. Le dessein commun à l’œuvre de Nolan est la quête de l’identité pour ses personnages, et cela passe évidemment par un choix de casting judicieux comme le regretté Heath Ledger dont le talent était, sans hyperbole, titanesque, pour interpréter le Joker dans The Dark Knight. L’identité, sujet philosophique nécessitant un pointillisme particulier pour ne pas omettre certaines de ses facettes, fascine Nolan à juste titre. Cela tient au fait que chaque être, à toute époque, s’est engagé dans une croisade identitaire en vue de fournir à la société qui l’entoure un visage s’étant adonné à faire croître ses particularités. Chacune des œuvres de Nolan est une des multiples formes que peut prendre l’identité : Following et l’identité créatrice, Insomnia et le doute identitaire, la trilogie Dark Knight en pleine effervescence identitaire ou Memento avec la perte de l’identité. Même si certains de ces exemples semblent se joindre, la subtilité de Nolan efface toute similitude grâce à la façon d’aborder ses personnages. La proximité que le réalisateur britannique engage avec ses acteurs n’est pas anodine, c’est la recherche pour lui de transmission totale de sa vision du personnage à ses acteurs. Lorsque Nolan s’estime incompris, la relation s’achève brièvement : c’est ce qui distingue par exemple


la participation de Hugh Jackman de celle de Michael Caine. Là où celle du premier s’est achevée en un film avec Le Prestige, celle du second a perduré dans pas moins de six films sur neuf. Des personnages atteints par un trouble identitaire servent également le réalisme de Nolan, car parfois même si leurs déséquilibres sont peu probables, leurs comportements, actes, et pensées convergent vers des caractères vraisemblables. Par exemple, Leonard joué par Guy Pearce dans Memento souffre d’amnésie toutes les quinze minutes, mais la résolution de cette récidive est potentiellement réalisable. Christopher Nolan, à mon sens, jouit donc d’un prestige dont le mérite est considérablement prouvé. Les œuvres de Nolan font plus que simplement nous enrichir, elles sont des expériences uniques, où chaque image est une peinture, où chaque concept scénaristique est une innovation toujours par la suite imitée, mais jamais égalée. Christopher Nolan est extérieur au paysage conventionnel du cinéma actuel, et impose un art qui, d’une manière ou d’une autre, atteint chacun d’entre nous. Arthur GUILLET arthur.guillet1997@gmail.com

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Stanley KUBRICK

Orange Mécanique, Barry Lindon, Docteur Folamour, 2001 : Odyssée de l’espace. Ces films ont marqué l’histoire du cinéma et sont connus de tous. Mais saviez-vous qu’avant d’être réalisateur, Kubrick avait été un photographe de génie ? TRIP s’est plongé dans la courte carrière photographique du jeune Stanley, bien avant sa consécration par le Septième Art.

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tanley Kubrick n’a que 13 ans, lorsque son père, passionné de photographie, lui offre un Leica III pour son anniversaire. C’est à cet âge très précoce que le garçon prend ses premiers clichés, parcourant les rues de New York pour capturer des dizaines de moments et développer ensuite ses photos chez lui avec son père. En 1945, Kubrick a 16 ans. Le 13 avril, il prend la photo qui lancera sa carrière photographique : celle d’un vendeur de journeaux pleurant la mort de Franklin Roosevelt. Le magazine Look décide de l’acheter et même d’employer le jeune homme comme photographe indépendant. Alors, pendant quatre ans, Kubrick

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prend des photos pour Look, capturant dans son objectif le New York des années 40, pétillant et sensuel. Les gamins des rues, les spectacles de cabaret et surtout, les femmes… que Kubrick capture avec une sensualité étonnante pour un si jeune homme. Mais ce qui impressionne surtout dans ses clichés, c’est cette sensibilité qui transparait dans chacun d’eux, une sensibilité propre au noir et blanc, une sensibilité qui caractérise les grands de la photo. Ce que l’on pourrait appeler chez Cartier-Bresson « l’instant décisif ». En somme, une certaine grâce que l’on n’aurait pas pu observer si le photographe avait appuyé sur le dé-

clencheur une seconde plus tôt ou plus tard. Un rayon de soleil de côté qui vient illuminer une femme au bon moment, la moue d’un enfant, le vent qui soulève une robe à un instant réellement décisif… La dramaturgie (au sens thêatral du terme) qui transparait dans ces clichés, se retrouvera dans les films de Kubrick comme Docteur Folamour ou Barry Lindon, ce regard si particulier sur les femmes sera perceptible dans Lolita ou Eyes wide shut… Un cinéaste très reconnu mais un photographe qui l’est moins et qui pourtant est à découvrir ! Louise BUGIER lou.bugier@hotmail.com


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LA DÉMENCE MACAIGNE : IDIOT ! Parce que nous aurions dû nous aimer

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héâtre des Amandiers à Nanterre, un homme hurle des propos insensés dans un mégaphone : « C’est l’anniversaire de ma petite fille », « Faites du bruit » ou bien encore « Suivez-moi aux toilettes pour faire la fête ». Il est 14h et la pièce de Vincent Macaigne : « Idiot ! Parce que nous aurions dû nous aimer » (adapté du livre Idiot de l’auteur russe Fedor Dostoïevski) ne commence que dans 30 minutes, pourtant, c’est déjà l’effervescence.

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De la musique techno-rock se libère du hall du théâtre et un grand drap blanc affiche fièrement en rouge et noir « Hier ne meurt jamais ». Au détour de mon chemin pour me faufiler dans la queue, on me tend des boules quies, bien que j’aie été prévenue, je m’étonne tout en me demandant dans quoi je me suis aventurée. C’est alors que, dans une ambiance cacophonique, l’acteur, qui, cinq minutes plus tôt, hurlait, emmène les spectateurs dans une course folle à travers le théâtre, la foule court suivant l’homme à la trace. 14h30, j’observe tout ce beau monde se bousculer, bien loin de l’ambiance théâtrale habituelle. Je reste assez perplexe bien qu’amusée. Tout à coup, l’homme décide de faire rentrer ses suivants dans la salle. Bien, ça va pouvoir commencer ! Enfin, presque Rideau rouge baissé et lumières allumées, dites-vous ?

Vous rigolez ! Mot d’ordre : Apocalypse. Il est « interdit » de s’assoir, on est invités à tous se rendre sur la scène pour partager une bière avec les acteurs, la musique est similaire à celle d’une boîte de nuit et il en est de même pour les lumières. Après une quinzaine de minutes, la pièce commence : une femme écrit en rouge sang sur la paroi d’une caisse en verre dans laquelle elle est enfermée puis un homme nu court dans le public pour ensuite aller enfiler un costume de lapin. Plus tard une femme se verse de l’huile d’olive sur le corps, de la mousse tombe du plafond, les acteurs vocifèrent dans des micros, de la peinture gicle sur le premier rang protégé d’une bâche, un mur s’effondre, on aiguise une hache à la meule électrique… Tout cela n’est que détail me direz-vous, mais de quoi parle réellement la pièce ?

Tout d’abord, il y a de l’espoir. Ces espoirs sont beaux, intacts et innocents, ce sont ceux du prince Mychkine, l’Idiot ; puis, lors de la deuxième partie, face aux aléas de la vie, ils nous reviennent en plein dans le visage, brisés en mille morceaux. Par ailleurs, le discours politique y est fort avec la représentation du combat entre le libéralisme et le capitalisme. Enfin bref, une pièce qui, dès son commencement, ne manque pas de se démarquer. La démesure de Vincent Macaigne (pour les adeptes) était bien au rendez-vous pour démontrer encore une fois que l’adaptation peut être à la fois libre et fidèle.

Chloé CENARD chloe.cenard@laposte.net

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une « poésie visuelle » de l’instant présent signée

C AROLYN C ARL SON

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a chorégraphe de renom Carolyn Carlson a récemment quitté le Centre Dramatique Chorégraphique de Roubaix après neuf années de direction et a fondé sa propre compagnie en janvier 2014 : la Carolyn Carlson Company. L’artiste entame une période de résidence de deux ans au Théâtre National de Chaillot. C’est durant cette aventure qu’elle a présentée sa dernière création, Now, dans l’immense salle de spectacle Jean Vilar.

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« La danse nait et meurt dans l’instant »

De l’intimité à l’immensité, du microcosme au macrocosme

Carolyn Carlson a voulu célébrer le moment présent, sur scène, lors de son spectacle. Et quel meilleur moyen que la danse pour y parvenir ? Car la danse, explique la chorégraphe, « nait et meurt dans l’instant ». Pour son projet, elle réunit sept danseurs fidèles, de nationalités différentes, faisant partie de sa compagnie nouvellement fondée. Ce sont quatre hommes et trois femmes qui vont donner naissance au moment présent, à l’instant T, grâce à leur danse, qualifiée «d’énergie vitale » par Carolyn Carlson et généreusement transmise aux spectateurs. Ces danseurs évoluent dans plusieurs espaces de dimensions différentes : ils débutent leur parcours dans l’espace intime de la maison pour glisser progressivement vers l’immensité de la nature à travers l’image de la forêt.

En effet, l’espace de la maison est le premier espace dans lequel évoluent les danseurs. Sur scène, les lumières permettent de délimiter des espaces géométriques : rectangles, carrés… qui correspondent aux différentes pièces de la maison. Les deux éléments principaux contenus dans nos pièces de tous les jours sont présents : la table, et la chaise. Les danseurs développent un jeu autour de ces matériaux qui deviennent des partenaires de jeu : ils tournent autour, s’y arrêtent parfois, repartent… Ce qui créé chez le spectateur une un plaisir de voir ces objets quotidiens détournés au profit de l’art. L’espace de la maison est décrit par la parole du danseur Juha Marsalo. Celui-ci nous transmet un texte avec une puissance incroyable. Entre chaque respiration, entre chaque mouvement, ce sont

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de courtes phrases - ou seulement parfois des verbes - en anglais, envoyées au public. Il décrit ainsi la maison comme un lieu où l’on se sent en sécurité, un endroit dans lequel on aime, on sourit et on partage, un endroit dans lequel nous ne nous battons jamais. Pendant que le danseur décrit la maison, des images sont montrées en arrière plan grâce à la vidéo : ce sont des images d’une maison assez lugubre, contrastant avec l’image de la maison confortable qui est donnée à entendre. Quand Juha Marsalo exulte « share, love, smile », les six autres danseurs forment une ligne derrière lui où ils ont une expression figée et neutre. Ainsi est montré le décalage entre ce qui est dit et ce qui est montré au spectateur, car, comme le rappelle Carolyn Carlson « la vie n’est pas toujours heureuse dans nos maisons ». L’espace de la maison est balayé


par la suite pour laisser place à un espace d’une échelle plus grande : la nature, représentée symboliquement par l’image de l’arbre et de l’eau. Cette image nous rappelle que nous sommes tous fondamentalement liés à la nature et que nous lui appartenons. C’est un espace à la fois plus grand car il est plus vaste mais en même temps qui nous ramène à une intériorité avec nous-mêmes : en nous faisant sortir de nos maisons, la forêt nous ramène à un état premier et primitif de l’homme, en connexion avec les éléments naturels : arbres, eau, oiseaux qui sont cités pendant le spectacle. Des langages visuels et sonores pluriels pour des questionnements universels Pour accompagner le mouvement des danseurs, Carolyn Carlson a fait appel à la musique du compositeur français avec lequel elle a l’habitude de collaborer : René Aubry. Ce dernier signe une partition nostalgique qui emmène le spectateur dans un monde onirique où il se prend à rêver. Il y a également le texte, en an-

glais, écrit par Carolyn Carlson et Juha Marsalo (le danseur qui parle), qui vient souligner la poésie du mouvement et permet de compléter le langage visuel de la danse. Différents langages (visuels ou sonores) composent alors ce spectacle : danse, vidéo, texte, musique et lumières se complètent et coexistent au sein d’un même moment pour former un univers dans lequel le spectateur s’évade et médite sur des grandes questions universelles : rapport au temps et à l’espace, rapport à la nature… Ce qui s’explique d’autant mieux que Carolyn Carlson se définit comme « une danseuse mais poète avant tout » et s’inspire d’œuvres philosophiques pour sa danse assurément tournée vers la philosophie et la spiritualité. Et c’est peut-être ça qui rend son spectacle, qu’elle préfère qualifier de « poésie visuelle », aussi beau : certes, les images sont belles, la musique nous fait rêver mais il y a quelque chose de plus. De par sa création, elle arrive à toucher profondément en nous des sujets essentiels qui nous concernent tous. Dans ce spectacle, ce sont le temps et les espaces dans lequel nous vivons qui sont

questionnés. Pour conclure, finissons avec cette citation du Dalai Lama que Carolyn Carlson nous rappelle et qui nous pousse à agir et vivre pleinement le maintenant de tous les jours : «Il n’y a que deux jours pour lesquels on ne peut rien : hier et demain. Aujourd’hui est le jour idéal pour aimer, croire, faire et vivre.» Juliette PIAT piatjuliette@yahoo.fr

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CLICHÉ DU MOIS

UN BOL D'AIR EN

K É RO S È N E

Margaux DENIS margaux.maarek@gmail.com

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LITTÉRATURE

A LA RENCONTRE DES

AUTEURS

Si beaucoup de lecteurs se contentent de lire et d’apprécier les livres qu’ils rencontrent, certains, plus curieux ou plus audacieux, se mettent en tête de rencontrer l’auteur qui se cache derrière les pages de leur roman préféré. Pourquoi cela ? Et surtout : comment faire ? Mettre un visage sur des mots «Rencontrer des auteurs, c’est une chose incroyable. C’est un bonheur pour le lecteur d’avoir devant lui la personne qui a donné vie à ses histoires, ses personnages, ses romans préférés. Bien sûr la rencontre peut être décevante, mais il suffit de faire un pas, et si l’auteur en face suit la danse de votre sincérité, alors l’échange devient touchant, passionnant et marquant», assure Nathan. Comme lui, beaucoup de lecteurs rencontrent leurs auteurs préférés pour avoir le bonheur d’incarner un nom, le plaisir de jeter un œil dans les coulisses des histoires qui les ont fait voyager.

intellectuelle, basée non pas sur le physique et la voix de la personne qu’on admire mais sur son talent.» Les dédicaces Le mot «dédicace» désignait originellement la consécration d’un temple, d’une église au culte divin. Pour les lecteurs, on retrouve cette notion de sacré dans la trace, les quelques mots, qu’un auteur vient apposer au début de cet ouvrage qu’il a lui-même écrit. Quand on écoute les lecteurs, tous sont unanimes : en tant qu’objet, il semblerait que le livre ait pour eux une plus grande valeur s’il est dédicacé par l’auteur.

Quelques Salons à ne pas manquer : • Salon du Livre de Paris : le plus gros salon français, l’incontournable. • Salon du Livre et de la Presse Jeunesse - Montreuil : la référence en matière de littérature jeunesse. • Imaginales - Epinal : les mondes imaginaires à l’honneur. • Utopiales - Nantes : pour les passionnés de Science-Fiction. • Le Livre sur la Place - Nancy • La Comédie du Livre - Montpellier

Le plaisir d’échanger Phéline souligne également que pour elle, «c’est très enrichissant de rencontrer des auteurs, de leur demander des conseils ou de leur poser des questions. Lorsqu’on aime la littérature, on se sent bien dans les Salons, on y rencontre ses «stars», mais il y a une relation différente entre un chanteur et ses groupies et un auteur et ses lecteurs : les lecteurs peuvent donner leur avis, leur opinion sur le livre à l’auteur, leur expliquer ce qu’ils ont aimé, ce qu’il leur a plu, mais aussi ce qu’ils ont moins apprécié. C’est une relation

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Les Salons, lieux d’émulation Plus qu’un lieu de rencontre avec les auteurs, les salons du livre sont des lieux de bouillonnement, d’émulation. Nathan, Audrey, Elodie et Maïa souligne l’excellente ambiance de ces salons, où ils peuvent rencontrer d’autres passionnés et échanger avec eux. Ils apprécient également les animations et les conférences proposées par les salons, qui permettent de dépasser le simple cadre du livre.

• Histoire de Lire - Versailles : l’historique à l’honneur. • Salon du Livre de Colmar •La Journée des Dédicaces Sciences Po - Paris : un salon du livre étudiant • Festival des Etonnants Voyageurs - Saint Malo • Les 24h du Livre - Le Mans Vavi Bouquine vavibouquine.litterature@gmail. com


ONE DAY THOUGHTS

LYRAE MAJOR :

La sonde spatiale nous dévoile enfin les secrets de la planète Grillon 143d ! Mesdames et messieurs, le moment est historique ! La sonde Lyrae Major, voyageant depuis 96 ans, a enfin atteint son but, Grillon 143d, la planète potentiellement habitable la plus proche de la nôtre (qui, elle, n’est plus habitable pour longtemps). Après un atterrissage à haut risque, Lyrae nous fournit à présent des informations précieuses. Une mission pleine de rebondissements

nouvel objectif : Grillon 143d !

Des échantillons de sol vont être analysés et le relief modélisé pour en savoir plus sur cette 2eme Terre. Lyrae a même été équipée d’un logiciel d’apprentissage afin d’être en mesure de discuter avec d’éventuels autochtones.

Repousser une fois de plus les limites de la vie

Mais saviez-vous que le but premier de Lyrae n’était pas Grillon 143d ? Une équipe de chercheurs de l’exARPS (Alliance des Républiques Positivistes et Solidaires) avait secrètement lancé Lyrae (Minor à l’époque) à la conquête de Titan. Malheureusement, à la chute de l’ARPS, le projet a tout bonnement été oublié ! Ce n’est qu’il y a 20 ans qu’un étudiant en histoire déterra ce projet, immortalisé dans le journal intime d’un des chercheurs, document qui n’avait connu qu’un succès très limité. Comme tout grand progrès scientifique, l’épopée de la sonde Lyrae a commencé par erreur. Elle a continué sa route en dépassant son objectif de très loin. Quelle aubaine pour une équipe de scientifiques sans le sous, qui a réussi à rétablir la communication avec la sonde et a pu la guider jusqu’à son

Après plusieurs mois de voyage, les informations émises par Lyrae Major nous parviennent enfin. La sonde va bien, elle se ballade tranquillement au bord des plages d’azote liquide du pôle sud. Les premiers forages (effectués plus au nord dans une région «tempérée» de cette petite planète) nous révèlent que le sol se compose principalement de roches et de métaux. Mais le plus troublant ne réside pas dans le fait que le taux de trioxide de carbone de l’atmosphère soit de 34,02%. Non. Ce que nous révèle Lyrae remet en cause tout ce que nous savions sur les extraterrestres (c’est à dire pas grand chose). Oui, des traces de vie ont été découvertes sur Grillon 143d. Mais cela n’a rien d’extraordinaire de nos jours. La découverte de nouvelles traces de vie ne fait même plus l’ouverture du journal de 20h. Ce qui est pour le moins surprenant est que ces traces ont l’air très récentes, contemporaines, même. Alors pourquoi Lyrae Major n’a-t-elle découvert aucune trace d’activité

biologique sur le sol Grillonien ? L’hypothèse la plus probable, mais non encore validée par la communauté scientifique, est pourtant simple : Les extraterrestres nous ont fui ! Notre réputation belligérante nous aurait-elle précédés ? En tout cas, il est peu probable que nous puissions satisfaire nos envies éthologiques sur Grillon 143d. Mais qui a dit que nous en avions ? Nous savons à présent que cette planète est propice à la vie, moyennant quelques aménagements. Une espèce intelligente - qu’il y en ait eu ou non - ne nous embêtera pas si elle a mis les voiles. Voilà, la bonne nouvelle. Et quand à savoir si une sorte d’arche de Noé dérive à présent dans l’espace, renfermant des échantillons de toute la biodiversité de Grillon 143d à la recherche d’une terre nouvelle, cela ne nous concerne tout simplement pas. Léna CANAUD ethena.psj@gmail.com

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INTERVIEW


Rencontre avec

VINCENT TOUBOUL FLACHAIRE FONDATEUR DE GOODEED

Faire un don gratuitement, le concept peut sembler fou et pourtant Vincent en a fait une réalité. A 19 ans, ce jeune entrepreneur a mis ses études entre parenthèses pour se consacrer pleinement au développement de Goodeed, la plateforme qu’il a créée. Rencontre. - Qu’est-ce que Goodeed ? Comment ça marche ? Alors, Goodeed est un site internet qui vous permet de faire des dons à des associations sans dépenser un seul centime. On utilise en effet les revenus publicitaires pour générer de l’argent pour ces associations. Comment ça marche ? Vous allez tout simplement sur le site internet, vous vous connectez, ensuite vous choisissez un don qui peut être un vaccin, un repas ou un arbre et vous visionnez un spot publicitaire. L’argent générée par la pub finance alors votre don. - D’où vous est venue cette idée ?

J’utilisais beaucoup internet et je trouvais lourdes toutes les pubs du style « Bonjour je m’appelle Frank, je vais vous montrer comment gagner 2000 euros par minute !» (rire) alors je me suis dit qu’il fallait trouver un sens à la publicité, essayer de la rendre utile. J’ai pensé que l’argent que ces publicités généraient pouvait servir à faciliter des vies, en soutenant des associations par exemple. En fait, en transformant les budgets publicitaires en budgets humanitaires, on essaye de transformer quelque chose de lourd en quelque chose d’utile.

riences humanitaires auparavant ?

- Avais-tu participé à des expé-

Oui, alors ce qui est cool c’est qu’on

Non je n’ai jamais fait d’humanitaire à proprement parlé, je ne suis jamais allé aider sur le terrain. Par contre, j’avais fait beaucoup de voyages dans des pays en voie de développement comme le Mali ou la Namibie au cours desquels j’ai été directement confronté à la misère. - Qui sont vos donateurs ? Est-ce que le concept du don non seulement gratuit mais aussi en ligne vous permet d’attirer davantage les jeunes ?

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- Comment les entreprises réagissent lorsque vous leur annoncez que les revenus générés par leurs publicités vont servir une cause humanitaire ? Est-ce que cela leur permet de renvoyer une image positive aux consommateurs ? Exactement ! Goodeed rassemble trois acteurs : les utilisateurs, les publicitaires et les associations. Ce sont les utilisateurs qui choisissent de regarder la publicité, la marque en question est donc déjà mise en avant puisqu’elle n’est pas intrusive. En plus, l’environnement dans lequel est diffusée la pub est très important pour la marque, par exemple Chanel ne veut pas être diffusée sur un site porno ! (rire) Quand l’utilisateur vient sur Goodeed, il sait qu’il va regarder une publicité utile, il la regarde donc avec plus d’attention. C’est pour cette raison que l’on a des taux d’attention et de redirection supérieurs à la moyenne. Du coup, les utilisateurs sont contents d’aller voir des pubs qui serviront réellement à quelque chose, les marques sont contentes parce que leurs publicités sont davantage mises en avant dans un environnement efficace et positif pour leur image, et les associations récoltent des fonds. C’est bénéfique pour tout le monde !

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- Vous reversez donc l’argent des publicités à des associations, des ONG ou des organisations internationales, comment assurez-vous le suivi des projets ? On ne donne pas juste de l’argent à une association, mais on en donne à un projet précis soutenu par une association, c’est-à-dire la plantation d’un arbre, la distribution d’un repas ou l’administration d’un vaccin. Aujourd’hui, on a par exemple un partenariat avec le programme alimentaire mondial qui a abouti à la distribution de 55 000 repas au Kenya. On sait exactement où va l’argent et à quoi il sert. - Vous aviez lancé votre projet alors que vous aviez 17 ans, quand on est jeune, sans expérience, estce facile de démarcher des publicitaires, de gagner la confiance de partenaires ? Euh Absolument pas ! (rire) Tant que tu n’as rien fait, que tu n’as pas lancé ton site, que tu n’as pas d’audience, que tu aies 45 ans ou 17, ça ne change rien du tout ! Ce qui change énormément de choses c’est ton réseau, les gens qui te soutiennent car ils t’ont déjà fait confiance, c’est ce qui t’apporte de la crédibilité. Comme je n’avais aucun réseau à l’époque, je ne savais

pas à qui m’adresser, c’était un peu la galère ! Du coup j’ai choisi de participer à des concours d’entreprenariat pour défendre Goodeed. On a remporté trois concours comme ça ce qui nous a donné plus de crédibilité, et qui a montré que Goodeed était une bonne idée. - Quels sont vos projets pour l’avenir ? Premièrement, on veut se développer à l’international, permettre à un chinois, un australien ou un américain de faire des dons gratuitement sur Goodeed et de soutenir une même cause. Et puis il y a d’autres surprises qui arrivent… Mais ce sont des surprises ! - Un conseil aux jeunes qui, comme tu l’as fait, ont envie de lancer leur projet ? Oui, il suffit de persévérer, d’avoir du courage, et à partir du moment où on est vraiment motivé et que l’on met tous les moyens en œuvre pour aller jusqu’au bout, on finit par y arriver !

Interview réalisée par Jules PLAT julesplat@gmail.com


ÉQUIPE DE RÉDACTION

Rédacteur en Chef : TOUBLANC Julien Rédacteur en Chef Adjoint : PLAT Jules Concepteur, Designer graphique : LEROYER David Responsables rubriques : CENARD Chloé GRANDJEAN Geoffrey LAVALLE Maxime SEGUIN Eléonore Vavi Bouquine Rédacteurs : BUGIER Louise CANAUD Léna CAUWEL Martin CENARD Chloé GRANDJEAN Geoffrey GUILLET Arthur JULIAT Aline LAVALLE Maxime MAAREK Margaux MOURET Perrine PARISSE Pauline PIAT Juliette SEGUIN Eléonore TOUBLANC Julien TRUCHETET Lucie Vavi Bouquine Correctrices : BINEAU Yangchen BUGIER Louise PIAT Juliette PUISEUX Myrtille SENZIER Eléonore

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Au programme ce mois-ci : A l’occasion de la sortie de The Endless River retour sur l’histoire du Floyd. ACTU : 5 clés pour comprendre la co...

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