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JANVIER / FEVRIER 2014 - NUMÉRO 64

«À NOUS DEUX, PARIS !»

JUIF, BARRE TOI, LA FRANCE N’EST PAS À TOI

ISRAËL ET SES NOUVEAUX JUIFS DE FRANCE

SOTCHI ET LES VEUVES NOIRES


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ÉDITO SOMMAIRE Juif, barre toi, la France n’est pas à toi - COMMUNAUTÉ

P4

Israël et ses nouveaux Juifs de France - COMMUNAUTÉ

P6

NKM : «Avec la communauté juive, j’ai un lien ancien et fort» INTERVIEW

P8

HIDALGO : « Le judaïsme fait partie de l’âme et de l’identité de Paris» - INTERVIEW

P12

Anne Hidalgo : une femme moderne - OPINION

P16

Du «printemps arabe» à «la grande dépression» INTERNATIONAL

P18

La fondation France Israël en action - INTERVIEW

P20

«Elle a décousu mon étoile» Lou Blazer, Juste parmi les Nations FRANCE

P22

Haïm à la lueur d’un violon SPECTACLES

P24

Les palmiers de la plage de Frishman - ISRAËL

P26

Sotchi et les veuves noires INTERNATIONAL

P28

«Je suis interdite» Une histoire d’amour dans (...) - LIVRES

P32

Le calvaire des juifs de Mascara HISTOIRE

P34

IDA, une quête de l’identité dans une Pologne (...) - CINÉMA

P36

Le renouveau du Keren Hassod en France - COMMUNAUTÉ

P38

«Regards sur les ghettos» EXPOSITIONS

P40

Les oliviers en Israël - ISRAËL

P42

SHOPPING

P46

Edité par Yves Saro & Partners 78 Boulevard Soult - 75012 PARIS Directeur de la publication : Yves Sroussi Rédacteur en chef : André Mamou Directrice de la rédaction : Sylvie Bensaid Redactrice en chef adjointe : Line Tubiana Secretaire de rédaction : Michelle Delinon Maquette : Emmanuel Lacombe Journalistes : Maxime Perez, Brigitte Thévenot, Katy Bisraor Ayache Ont participé : Jean-Paul Fhima, Tania Demayo Directrice de la publicité : Sylvie Marek Chef de publicité : Jeanine Konforti Photographe : Alain Azria Crédits photo : Wikipédia, Stock.xchng Commission paritaire en cours.

«Et c’est la bataille de Paris !»

N

athalie Kosciusko-Morizet, maire de Longjumeau, députée de l’Essonne, ancien ministre, porte parole de Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle de 2012, part à la conquête de Paris. Dans sa famille, il y a eu un marchand juif venu de Pologne sous Louis Philippe, roi des Français, et ses descendants se sont succédés sous le signe de l’élite et de l’excellence. Elle a 40 ans. Elle est polytechnicienne et son service militaire elle l’a accompli dans la Marine, commandant même un bâtiment. Elle flotte mais ne coule pas : «fluctuat nec mergitur». Tout ce qu’elle a voulu entreprendre, elle l’a réussi. Elle est de la droite intelligente, celle qui ne s’en laisse pas conter : ni des balivernes du XIXe siècle, ni du Front National dont elle a démonté les ressorts et souligné les mythes. Elle portait des nattes, Nathalie mais pour Paris elle a libéré sa chevelure et elle se bat pour convaincre les Parisiens de choisir l’alternance. Anne Hidalgo si elle était élue serait à la Mairie pour un troisième mandat, les deux premiers elle les a accomplis aux côtés de Bertrand Delanoé. Et elle peut se prévaloir du bilan et doit l’assumer en totalité : ParisPlages, le tramway, la Nuit Blanche mais aussi les impôts locaux toujours plus lourds, le nombre ahurissant d’adjoints, la distribution exagérée de subventions, la saleté de la ville, les quartiers communautarisés, la punition infligée aux automobilistes, les crèches toujours en nombre insuffisant et les logements sociaux encore à construire... cette énumération même pas exhaustive devrait interdire au PS, en petite forme au plan national, de conserver l’Hôtel de Ville.

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Et Paris n’est plus la ville la plus attractive, la Ville Lumière cède la place à Londres l’électrique. Les projets de construction sur l’Avenue Foch : bureaux, centres commerciaux, immeubles de rapport plus des logements sociaux et une coulée verte ( tentacule du Bois de Boulogne vers l’Arc de Triomphe pour équilibrer le bétonnage de l’Avenue ) NKM leur oppose la piétonnisation partielle des arrondissements du centre de Paris et des constructions à la périphérie de Paris et sur ses collines. Ce qui permet de conserver la majesté classique de Paris, la grande ville. Mais il y a dans Paris des traditions électorales et des pesanteurs sociologiques : à l’Ouest, la bourgeoisie des cadres, patrons et professions libérales, à l’ Est les descendants des révolutions et de la Commune, et partout des bourgeois bohèmes, expiant leur pêché d’argent en votant à gauche et, pour brouiller les pistes, le mariage pour tous qui a crispé des électeurs dans des votes identitaires. Il faudra analyser les résultats des bureaux de vote pour retrouver l’appartenance des tribus qui habitent Paris. NKM a fédéré les centristes mais elle a pris deux gros risques : laisser filer le Ve pour ne pas faire appel aux Tibéri, techniciens des urnes et faire enrager Charles Beigbeider qui est un homme de réussite jusqu’à en faire un adversaire. Les sondages la donnent en tête au premier tour et battue au second tour. Anne Hidalgo gère sa candidature avec beaucoup d’assurance, n’hésitant pas à emprunter des idées de sa rivale, ce qui est une preuve supplémentaire de sa capacité à gérer. Mais NKM, tout ce qu’elle a voulu entreprendre, elle l’a réussi.

André Mamou Rédacteur en chef


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COMMUNAUTÉ

Juif, barre toi, la France n’est pas à toi Aujourd’hui, la frontière entre antisémitisme déguisé et antisémitisme affiché a été franchie lors de cette odieuse manifestation. Pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale, on a pu entendre des slogans haineux qui ne se cachaient pas derrière un soi-disant antisionisme politiquement correct.

N

ous avons tous été choqués, écoeurés. Voici la réaction de Tania, une jeune fille de 25 ans, qui a réagi avec ses tripes à ce qu’elle ne pensait pas possible.

Je suis juive. De père et de mère. De grands-pères et de grands-mères. Je suis issue d’une famille juive, et je vous jure, il y a de quoi en rire! Il y a vraiment de quoi rire. Riez par exemple, des 25 personnes qui sont autour de la table lorsqu’on organise « un petit shabbat ».

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Riez, aussi, de ma mère qui de manière tout à fait anodine, s’amuse à repérer les noms en « wicz », « man », « soussan » et autres consonances juives dans les génériques de films. Riez de ces kilos qu’on prend si facilement, et qui restent inévitablement stockés dans les fesses. Mais svp, ne me dites pas qu’on peut plaisanter de tout. Car récemment, la limite est floue pour moi, entre humour et haine. Mais rions, rions ensemble. Rions de mon arrière grand-mère polonaise qui avait un accent


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yiddish à couper au couteau. Rions de ma grand-mère cette fois, qui prépare 300 crêpes lorsqu’on est 6 à venir prendre le goûter. Rions de mon grand-père égyptien, qui vous aurait dit que tout ça « ce ne sont que des couillonnades ». Mais svp, ne vous amusez pas des histoires de pyjamas rayés. Ne prenez pas à la légère les gestes et les mots « anti-système » qui rappellent une époque où les étoiles n’étaient pas jaunes que sur les dessins d’enfants. Rions, rions autant que possible. Rions de mon mari juif que je n’ai pas encore trouvé, et des 400 invités que j’aurais été obligée d’inviter à mon mariage. Rions de la bibliothèque de mes parents dans laquelle trônent, entre Agatha Christie et Stephen King, « Le chat du rabbin », « Le meilleur de l’humour juif », « Les recettes de mémé Simone », et « la Shoa expliquée à mes enfants ». Mais svp, ne me demandez pas de ne pas être choquée, et blessée, par tous les statuts Facebook que j’ai pu voir passer sur les profils de mes « amis ». Ne m’en veuillez pas d’être effrayée par les commentaires haineux, et violents, que je lis chaque jour, sur des sites d’informations, sur des vidéos youtube, ou sur les réseaux sociaux. Rions quand même. Rions de mes amis qui s’appellent Déborah, Joanna, Raphaël et

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David, et de ceux qui m’expliquent que la Liste de Schindler est leur film préféré. Rions de mes 12 cousins qui comptent 2 médecins, bientôt 3. Rions de la musique orientale qui s’immisce dans chacune de nos soirées et du nombre de fois où l’on m’a demandé « tu es… méditerranéenne ? » Mais svp, n’ignorez pas les mots qui blessent, et surtout ne pensez pas que ce ne sont que des mots. Ne fermez pas les yeux sur les tombes qui sont profanées. Rions. Essayons. Mais ne m’en veuillez pas d’ avoir la gorge nouée, lorsqu’aujourd’hui, à Bastille, quelques centaines de manifestants brandissaient fièrement le drapeaux français en criant « juif, barre toi, la France n’est pas à toi ». Riez de moi, il y a de quoi. Rions ensemble, de « ces défauts qui sont autant de chances ». Rions à gorge déployée. Rions aux larmes, mais svp, ne faisons pleurer personne. Tania DEMAYO, a 25 ans. Ancienne Havera du DrorHabonim, elle a grandi dans une famille plus traditionnelle que religieuse. Elle est assistante de production dans une agence de publicité, et a écrit ce texte en réaction épidermique au déferlement de haine qui a envahi Paris.


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COMMUNAUTÉ

Israël et ses nouveaux Juifs de France Les Juifs de France ont été plus de 3000 à s’installer en Israël, au cours de l’année 2013. Qui sont-ils, où habitent-ils, que voteront-ils? Carte d’identité de la nouvelle immigration de France vers Israël.

LES TROIS RAISONS AVANCÉES POUR EXPLIQUER L’ALYA • La crise économique et le manque de perspectives d’avenir • La montée de l’antisémitisme. Beaucoup d’immigrants de l’année 2013, citent l’attentat de Toulouse comme ayant été l’élément déclencheur • Vivre en Israël L’ALYA DE «PROMISCUITÉ’’ • Depuis 2010, plus de 80 % des immigrants originaires de France ont de la famille en Israël. (Ce qui n’était pas le cas au cours de la vague d’alya de France des années 70) Les chiffres de l’alya 2010-2013

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2010 : 2044 immigrants de France 2011 : 1950 immigrants de France 2012 : 1968 immigrants de France 2013 : 3231 immigrants de France : augmentation de 63 %

LES CHIFFRES DE L’ALYA POUR LES PROCHAINES ANNÉES • Le potentiel est énorme» affirme Yoni Setbon, député francophone du Foyer juif, (francophone bien que ne parlant pas couramment le français, mais une partie de sa famille réside encore en France) et un des fondateurs du nouveau lobby pour l’intégration des Juifs de France créé à la Knesset à la fin de 2013. • Au cours d’une des réunions de ce lobby, le chiffre de 40.000 immigrants français d’ici cinq ans a été avancé.


7 LES PROFESSIONS

• Un chiffre qui semble aux spécialistes «irréaliste». Un responsable de l’Agence juive rajoute pourtant: «à moins que l’on assiste à une réelle hausse de l’antisémitisme en France où les Juifs se sentiront personnellement menacés, là tous les scénarios sont possibles.» • Quelques 15.000 juifs de France ont participé ces douze derniers mois à des soirées d’information sur l’alya organisées par l’Agence juive. (Selon des chiffres transmis par l’Agenge juive au journal Haaretz au début de janvier 2014) • Selon divers enquêtes menées ces dernières années entre 30 et 50 % des Juifs français ne pensent pas continuer à habiter en France. Mais pas tous opteront pour Israël. Les Etats-Unis et le Canada attirent tout autant. OÙ CHOISISSENT D’HABITER LES JUIFS DE FRANCE EN ISRAËL? Selon les données enregistrées par le ministère de l’intégration les quelques 3000 juifs de France qui se sont installés en Israël ont choisi les villes suivantes • Netanya 750 • Jérusalem 625 • Tel Aviv 506 • Ashdod 292 • Raanana 196 • Herzliya 95 • Eilat 91 • Hadera 83 • Eli, une implantation située en Samarie 58 (la petite Netanya, titrait avec une pointe d’humour un journal local) L’ÂGE DES NOUVEAUX IMMIGRANTS DE FRANCE • Moins de 18 ans 28 % • 18 – 60 ans 56 % • Plus de 60 ans 16 %

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Selon les données de l’office national des statistiques sur la profession du chef de famille des immigrants de France • 27 % commerce • 28 % employés sans formation • 6 % médecine et paramédical • 6 % avocat et expert-comptable • 3 % enseignement • 2 % art et sport • 1 % industrie • 10 % ont immigré sans emploi • Et aussi. Un ancien directeur du marketing d’une compagnie aérienne low cost: «J’avais une clientèle régulière. Souvent le chef de famille, ne réussissant pas à trouver un emploi valable en Israël reprend son emploi en France, pour une durée indéterminée tout en laissant sa famille en Israël. Et fait les va et vient» TENDANCES POLITIQUES Bien que l’Agence juive ne donne (et ne demande évidemment aucune information sur le sujet), un de ses responsables connaissant bien l’alya de France donne l’image suivante: «Plus de 80 % des Juifs de France voteront à droite de l’échiquier politique israélien pour les partis de la droite, du centre-droit et pour les partis religieux. Je ne dis pas que 80 % des Juifs de France sont à droite, mais ceux qui décident d’immigrer sont en nette majorité à droite de l’échiquier politique.» TENDANCES RELIGIEUSES Là aussi aucune donnée officielle, mais des évaluations de responsables de l’intégration. • Moins de 10 % des immigrants de France sont des laïcs • 10 à 15 % s’identifient à la population ultra-orthodoxe • 75 à 80 % sont des familles traditionnalistes, plus ou moins respectant la pratique religieuse, mais attachées à une vie juive. LE CHIFFRE TABOU Combien d’immigrants de France échouent et retournent en France? A cette question aucun responsable ne donne une réponse claire . Selon les chiffres de l’office national des statistiques, depuis le début des années 90 entre 5 et 10 % des immigrants repartent dans leur pays.

Par Katy BISRAOR AYACHE


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INTERVIEW

NKM : «Avec la communauté juive, j’ai un lien ancien et fort» «Paris a mon coeur dès mon enfance. Je ne suis français que par cette grande cité, grande surtout et incomparable en variété, la gloire de la France et l’un des plus nobles ornements du monde.» - Montaigne TRIBUNE JUIVE : Etes-vous prête pour une reconquête collective de Paris ? Je pense que les Parisiens sont plus que jamais en droit d’attendre beaucoup plus de leur ville que ce qu’elle leur donne aujourd’hui. La municipalité sortante vit dans un monde où il n’y a pas d’insécurité, pas de problème de fiscalité ou de logement, pas de pollution. L’alternance que je souhaite amènera une équipe soudée et renouvelée à l’hôtel de Ville. C’est un engagement que j’ai pris face aux Parisiens lors de la primaire et je m’y tiens. C’est dans cet esprit que nous avons composé des listes d’union dès le premier tour avec Marielle de Sarnez et Christian SaintEtienne (NDLR : représentants du MoDem et de l’UDI à Paris), deux personnalités que j’estime avec lesquelles nous avons de vraies valeurs en partage. TJ.INFO : Vous risquez de vous retrouver face à des candidatures dissidentes à droite ? Je peux comprendre l’amertume de ceux qui ne sont pas retenus pour être sur les listes mais s’il avait fallu reconduire les mêmes qu’en 2001 et 2008 alors les Parisiens ne m’auraient pas choisie lors de la primaire. Il faut être capable de tirer les leçons de ses échecs précédents. Vous savez, il est difficile de bousculer les vieilles habitudes, surtout quand elles sont mauvaises. Mais j’ai l’objectif de faire émerger une majorité avec une nouvelle génération d’élus, quitte à créer des crispations et des tensions. TJ.INFO : La classe moyenne va-t-elle arbitrer la bataille de Paris ? Les Parisiens arbitreront cette campagne, ils en seront les seuls juges, c’est une certitude. Mais concernant les classes moyennes,

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avec des prix moyens de 8 500 euros et de 24 euros le mètre carré selon que l’on achète ou que l’on loue, Paris leur est devenu inaccessible et je souhaite que cela change ! Non seulement la municipalité sortante cherche à se défausser de cet échec mais elle montre sa volonté de le voir amplifier en acceptant les propositions plus qu’irréalistes du Parti Communiste avec lequel elle s’est alliée. Pour endiguer la fuite des classes moyennes hors de la capitale, je propose que toute création de logement social soit obligatoirement accompagnée de la création de logement intermédiaire en faisant par ailleurs un effort en faveur des logements familiaux type 4 ou type 5 dans les programmes de logement intermédiaire ou d’accession à la propriété. TJ.INFO : Que pensez-vous de la situation au Proche-Orient ? Comment voyez-vous les choses évoluer pour Israël ? Le dossier du nucléaire iranien m’inquiète et je demeure circonspecte après la signature de l’accord intermédiaire de Genève face à un enthousiasme collectif auquel je ne participe pas. Selon moi, la première phase de l’accord de Genève est un contrat à durée déterminée passé avec l’Iran. Comme tout CDD, il comporte plus d’inconvénients que d’avantages et vraisemblablement le grand gagnant semble être l’Iran. Il est aujourd’hui malheureusement impossible d’affirmer que grâce à cet accord, l’Iran ne pourra pas se doter de l’arme nucléaire à terme. Pour ce qui est du conflit, je veux croire en l’aboutissement du processus de paix. Israël est un pays magnifique, riche de sa diversité qui a le droit à la sécurité. C’est un préalable fondamental à toute négociation. TJ.INFO : Vous avez déclaré récemment que Tel-Aviv est une ville start-up et que vous souhaitez vous en inspirer si vous êtes élue. Quelle stratégie allez-vous appliquer pour intensifier la coopération entre Paris et l’Etat hébreu ?


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Ce n’était pas la première fois que j’allais en Israël mais dans le cadre de l’élaboration de mon projet pour Paris, j’ai voulu lancer plusieurs voyages d’étude avec pour objectif de m’inspirer avec mon équipe de ce qui se fait de meilleur ailleurs. C’est donc tout naturellement que je m’y suis rendue. Visiter le pays qui a le plus grand nombre d’ingénieurs au mètre carré, moi qui suis ingénieur de formation, ça me parle ! (rires) C’est donc avec deux questions précises en tête que je m’y suis rendue. La première était de comparer l’écosystème des start-ups israéliennes avec celui existant à Paris afin d’en tirer des enseignements pour développer le nôtre. La seconde consistait à trouver des «pépites» que l’on pourrait transposer d’une manière ou d’une autre pour transformer le quotidien des Parisiens. Ce voyage a été pour moi comme un retour à mes responsabilités de secrétaire d’État à l’Economie numérique tant l’écosystème israélien est pétillant et avant-gardiste à l’image des Parko, Waze, Silentium ou SkyTran, toutes ces start-ups que j’ai pu visiter. TJ.INFO : Êtes-vous la meilleure pour répondre aux attentes de la communauté juive parisienne ? Avec la communauté juive, j’ai un lien ancien et fort que je prends plaisir à entretenir de manière très régulière. TRIBUNEJUIVE.INFO - JANVIER / FEVRIER 2014

Pour ce qui est des attentes de la communauté, je veux seulement dire une chose : dans la vie, comme en politique, il y a ce que l’on dit et ce que l’on fait. En 12 ans, la municipalité sortante a beaucoup dit mais peu fait pour la communauté juive parisienne. C’est bien sous la mandature de Bertrand Delanoë et de Madame Hidalgo que le portrait de Guilad Shalit n’a jamais été mis sur le parvis de l’Hôtel de ville, que Salah Hamouri a été reçu à l’hôtel de ville par le Maire et que le conseil de Paris a voté des vœux appelant au boycott des produits israéliens. Ce n’est pas sous ma mandature, si les Parisiens me font confiance, que cela se passera. TJ.INFO : Comment envisagez-vous de lutter contre la montée de l’antisémitisme ? Par la fermeté ! La fermeté en matière d’antisémitisme ca passe par la sanction immédiate et l’explication. L’explication relève des parents et des éducateurs. S’agissant de la sanction, je considère que la sécurité est la première des libertés à condition de s’en donner les moyens. C’est pour cette raison que je souhaite créer une police de quartier qui réinvestira les rues de Paris. Elle rassemblera tous les effectifs dont dispose déjà la mairie qui seront renforcés et affectés à patrouiller sur la voie publique et aider la police nationale. Elle sera la préfiguration de la véritable police municipale que j’appelle de mes vœux et permettra de ne plus cantonner les quelques agents existants aux parcs et jardins où aux PV de stationnement... Et lorsqu’il y aura des soupçons de


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INTERVIEW racket à la sortie d’une école, nous pourrons y positionner un agent. TJ.INFO : Que vous inspire la polémique récente autour des spectacles de Dieudonné ? Je suis pour l’application constante et systématique des textes et pour que les élus prennent leurs responsabilités. Nous devons nous garder de tomber dans le piège des provocations successives. En responsabilité à la tête de la Mairie de Paris je serai naturellement intraitable sur l’ensemble de ces sujets.

veut un bouclier social après avoir supprimé à la machette la gratuité des cartes améthyste ou émeraude pour les personnes du troisième âge ou la carte Paris famille. C’est Dr. Jekyll et Mr. Hyde. Après autant d’années à l’hôtel de Ville, le minimum serait d’avoir un peu de cohérence ! TJ.INFO : Vous continuez à battre campagne contre la réforme des rythmes scolaires. Que lui reprochez-vous ?

TJ.INFO : Ne pensez vous pas que ce serait une bonne idée de faire comme à Tel Aviv : doubler les itinéraires des bus par des taxis collectifs payants qui accélèreraient les déplacements et les faciliteraient en ramassant et en déposant les voyageurs sur le trajet ( chirouts ) ? Comme ministre des Transports en voyage en Israël, j’avais eu des discussions intéressantes à ce sujet mais je dois avouer ne pas l’avoir davantage étudié lors de mon déplacement cet été. Mais je sais que certains ont déjà importé la méthode pour les trajets menant aux aéroports parisiens ! TJ.INFO : Avez vous prévu de vous rendre à nouveau en Israël ? Je ne pourrai y retourner avant les élections mais si les Parisiens me font confiance, j’honorerai l’invitation que m’avait faite Myriam Fierdberg, la Maire de Natanya de revenir la voir une fois élue. Cette femme est incroyable. Depuis que je l’ai rencontrée, elle a été réélue à plus de 80%. Ça laisse rêveur ! (rires) TJ.INFO : Quelle est votre position sur la stratégie à adopter face au Front national ? J’ai toujours eu une position claire, de grande fermeté vis-à-vis du Front national. J’ai d’ailleurs tenu à l’écrire dans un livre. Je pense que le Front national de Marine le Pen n’est en rien plus modéré que celui de son père. Le tour de force du FN nouvelle version est d’avoir réussi à adapter au temps présent son idéologie d’extrême droite. Le discours est rendu audible, et il est mis au service d’une stratégie de conquête du pouvoir. Le FN s’est modernisé. Mais il ne s’est pas modéré. Il demeure aussi une impasse économique et sociale dans ses propositions. Jouer avec les peurs n’a jamais fait une politique. C’est notamment pour cette raison que je ne souhaite faire aucun compromis avec le FN car si le PS cherche à nous vaincre aux élections, le FN lui, cherche à nous faire disparaitre. TJ.INFO : Quelle est votre position Sur le Bouclier social à Paris ? Mme Hidalgo propose de faire demain ce qu’elle n’a pas fait depuis douze ans ou même ce qu’elle a contribué à défaire. Elle

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à gauche Sylvie BENSAID

Lorsque j’ai évoqué ce problème pour la première fois en septembre dernier, la municipalité sortante a dit de moi que je cherchais inutilement la polémique et que la mise en place de la réforme se passait parfaitement bien. En réalité, ce n’était absolument pas le cas. C’est pour cette raison que j’avais lancé un site Internet (nosenfantsmeritentmieux.fr) qui s’adressait aussi bien aux parents qu’aux enseignants, aux directeurs d’école ou aux personnels de maternelle afin qu’ils nous aident à faire la transparence sur la réalité de terrain des ratés du réaménagement des rythmes éducatifs. Et j’ai reçu des centaines de messages ! Du coup, l’équipe de Mme Hidalgo a reconnu devoir faire «quelques ajustements» mais personne n’est dupe. Ils ont tout simplement voulu être le meilleur élève d’une mauvaise réforme ! Si les Parisiens me font confiance, je souhaite agir localement sur trois points. D’abord la transparence sur les animateurs. Il est important que l’on sache qui s’occupe des enfants pendant les animations. Puis, la cohérence et l’utilité des animations qui sont proposées, car ce n’est pas la même chose que de faire pâte à sel ou de faire cours de langue. Il faut penser à l’égalité des chances ! Enfin, je veux que l’on conforte plutôt que l’on abîme l’autorité des enseignants et des directeurs d’établissement, largement mise à mal par la réforme.

Propos reccueillis par Sylvie Bensaid


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INTERVIEW

Hidalgo : «Le judaïsme fait partie de l’âme et de l’identité de Paris» «Paris n’est rien, ni la France, ni l’Europe, ni les Blancs... une seule chose compte, envers et contre tous les particularismes, c’est l’engrenage magnifique qui s’appelle le monde.» - Ella Maillart TRIBUNE JUIVE : Quel est votre projet pour Paris et les Parisiens ? AH : Paris est une ville exceptionnelle. J’ai appris à la connaître et à l’aimer. Depuis plus de 10 ans aux côtés de Bertrand Delanoë, je consacre tout mon temps, toute mon énergie à la transformer. Pour moi c’est ma ville, Paris n’est ni un moyen, ni un tremplin. Je veux faire de Paris une ville puissante et bienveillante. Par-là, je veux dire que nous vivons une période de mutation extraordinaire : transition énergétique, révolution numérique, enjeux climatiques, nouvelles façons de travailler, de se déplacer et même d’habiter. Mon projet veut être à la hauteur de ces enjeux. Etre maire de tous les Parisiens, c’est agir sur tous les leviers et mettre en route toutes les énergies pour le développement économique de notre ville. Mais le Paris qui ose, c’est aussi un Paris qui rassemble autour d’un modèle universel, de la solidarité qui assure la sécurité et la tranquillité à tous les Parisiens. Notre ville est une capitale internationale qui est attentive à ses habitants, les aînés, les enfants, les plus fragiles. C’est notre identité, notre force. TJ.INFO : Quel est votre projet pour l’Avenue Foch ? AH : Le projet «de l’Etoile à la Porte d’Auteuil» présenté dans la presse est la proposition d’une équipe d’architectes que j’ai trouvée intéressante sur plusieurs aspects. En premier lieu, l’idée de transformer un espace magnifique en nouvel espace public exceptionnel, un espace boisé, qui renouerait avec l’esprit même de l’ancienne «avenue du Bois» et proposerait différents types d’équipements urbains. Il y a là une belle intuition ! La seconde, est la possibilité d’aménager un quartier de logements entre la Ceinture verte du 16ème arrondissement et le périphérique. On pourrait même y bâtir le premier quartier «zéro énergie, zéro déchets». Ces terrains permettraient de construire de 5 000 à 7 000 logements. Quand on sait le manque de logement sur Paris, notamment pour les familles, voilà une opportunité à saisir! Et puis, avec le tramway que je souhaite voir arriver TRIBUNEJUIVE.INFO - JANVIER / FEVRIER 2014

dans l’Ouest parisien, ce sera un nouveau quartier qui va prendre vie. En plus, la vente du foncier le long du périphérique pourrait financer l’aménagement du très vaste espace public de l’avenue Foch. TJ.INFO : Envisagez vous la possibilité que le Front national fasse un score honorable à Paris ? AH : Je ne sais pas ce qu’est un score « honorable » pour le FN. Le FN tente de nous faire croire à une supposée dédiabolisation mais ne soyons pas dupes, le projet du FN demeure celui d’un parti antirépublicain. Même s’il risque d’élargir sa base électorale en France, Paris est particulier. Compte tenu de son identité cosmopolite, de son caractère ouvert sur le monde, Paris est un puissant antidote au programme de repli et de rejet du FN. C’est pour cela qu’il y réalise parmi ses plus bas scores au niveau national et j’espère que cela restera le cas pour ces municipales. TJ.INFO : L’attachement de Paris à son histoire est lié de manière très forte a la communauté juive. Qu’allez-vous proposer de nouveau en matière de lutte contre l’antisémitisme ? AH : Je le dis souvent, le judaïsme, l’histoire des juifs à Paris, fait partie de l’âme et l’identité de Paris. Le judaïsme a marqué Paris par la force d’une expression artistique, intellectuelle, par une culture joyeuse et généreuse. Mais Paris a aussi été marquée par le drame de la déportation, de la rafle du Vel d’hiv, qui seront à jamais une plaie ouverte dans notre histoire collective. Cette histoire je l’ai faite mienne en apprenant et en aimant Paris. Face aux propos ou aux actes antisémites, le ou la Maire doit porter très haut la parole de dénonciation et de condamnation. Il doit aussi rappeler sans cesse cette histoire, cette vérité. J’ai une immense admiration pour Serge et Beate Klarsfeld qui ont retrouvé un à un les noms de tous les enfants, petits parisiens, arrachés à la vie. Grâce à leur travail, leur mémoire est inscrite à jamais au


Crédit photo © Alain AZRIA

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mémorial de la Shoah. Les associations pour la mémoire et Paris ont ensemble œuvré pour que soient inscrit les noms des enfants disparus sur les murs des écoles et pour les plus jeunes, qu’ils soient inscrits dans des squares et jardins. Je suis extrêmement attachée au devoir de mémoire et je siège au conseil d’administration du Mémorial de la Shoah et aussi de l’association Aladin qui font un travail formidable. Contre l’antisémitisme, ma vigilance sera permanente. La lutte contre toute forme de discrimination est une donnée fondamentale de mon projet parisien. C’est le cœur de mon engagement. Enfin, pour le judaïsme parisien, je suis fière de pouvoir dire que dans l’avenir, Paris devrait compter non pas un mais deux nouveaux centres communautaires culturels, l’un dans le 17eme sous l’égide du consistoire, et l’autre dans le 11eme voué à remplacer celui de la rue Lafayette devenu trop petit. Paris a besoin de ces lieux d’échanges et de réflexion intellectuels et culturels. TJ.INFO : Quels enseignements avez vous tiré de votre voyage en Israël ? AH : Je me rend souvent en Israël. C’est toujours pour moi un grand plaisir et ces voyages ont toujours une très grande charge émotionnelle. En rencontrant les responsables locaux israéliens et palestiniens, en nouant des coopérations, par exemple, sur l’éducation, la santé, le développement durable, nous œuvrons pour faire avancer le processus de paix. Cette année encore je suis allée visiter le Memorial Yad Vashem mais j’ai aussi rencontré

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Itzhak Herzog, nouveau leader du Parti travailliste à la Knesset. Je suis allée sur la tombe du jeune Ilan Halimi, qui est mort en France, victime de la barbarie antisémite. C’est un moment très fort de mon séjour. Dans la période actuelle, il est important de montrer où l’énoncé de propos antisémites peut mener. J’ai aussi rencontré Vera Baaboun, première femme maire de Bethleem. Nous avons eu un échange très riche sur la place que doivent prendre les femmes pour faire avancer les idéaux démocratiques. Je le constate dans les coopérations entre nos deux pays, les villes jouent un rôle particulier et Paris, avec ses valeurs, doit toujours avoir une main tendue vers Israël. TJ.INFO : Vous avez déclaré récemment que Tel-Aviv est une ville pleine de richesses technologiques et souhaitez vous en inspirer, si vous êtes élue. Quelles stratégies allez vous appliquer pour intensifier la coopération entre Paris et l’Etat hébreu ? AH : Tel-Aviv est une ville très dynamique qui a fondé son développement sur l’économie numérique, la place qu’y occupe la jeunesse. Nous avons beaucoup à nous apprendre mutuellement. Nous avons eu l’idée d’un partenariat entre les incubateurs de start up de Tel-Aviv et de Paris. Nous allons concevoir des programmes d’échanges et de résidence des entreprises du numérique entre nos villes. Nous pourrons aussi nous appuyer sur les israéliens qui vivent à Paris et sur les parisiens qui résident en Israël, comme les fondateurs de la société Costockage rencontrés là-bas. Qu’il s’agisse de la nouvelle économie ou de ces domaines moins connus, je crois à la diplomatie du concret !


INTERVIEW

14 Pour autant, je souhaite que nous puissions encore progresser en matière de transparence et d’efficacité. Je propose ainsi que les offres de logements sociaux soient mises en lignes, et que les dossiers soient traités selon la méthode du « scoring », c’est-àdire avec un système de points et une possibilité de suivi par le demandeur.

Crédit photo © Ludovic Piron

TJ.INFO : Les Parisiens attendent de leur maire qu’il définisse une véritable stratégie économique. Allez-vous faire le choix d’un développement économique ambitieux, donc créateur d’emplois ?

TJ.INFO : Que vous inspire la polémique récente autour des spectacles de Dieudonné ? Approuvez-vous l’initiative du ministre de l’intérieur ? AH : Je soutiens totalement la démarche de Manuel Valls. Je l’ai approuvé. Jusqu’ici personne n’avait rien fait et je pense qu’il fallait agir car il est inacceptable que quelqu’un, sous couvert d’une expression artistique, déverse en réalité un message antisémite, négationniste et révisionniste. A Paris, Bertrand Delanoë a demandé à la Préfecture de Police d’appliquer la circulaire ministérielle et d’interdire les spectacles véhiculant des propos antisémites et racistes. TJ.INFO : Paris deviendra-t-elle la Capitale des locataires ? AH : Depuis 10 ans, Paris a re-gagné 120 000 habitants. Parmi eux, de nombreuses familles qui ont pu trouver à se loger grâce à notre politique de logements sociaux. Je veux accentuer cette dynamique et créer chaque année 10 000 nouveaux logements pour tous. Je le ferai en construisant, mais aussi par la remise sur le marché de logements vacants et la transformation de bureaux vides. Je souhaite favoriser l’accession à la propriété mais Paris doit rester une ville de locataires. Je développerai une offre locative accessible, en-dessous des prix du marché. Pour cela, j’ai réuni les professionnels de l’immobilier pour leur proposer des mesures qui permettront de réaliser de nombreux logements à destination des classes moyennes et des jeunes actifs. TJ.INFO : Comment envisagez vous l’attribution de logements sociaux pour qu’elle ne soit pas toujours taxée de favoritisme. Allez vous faire participer l’opposition dans le choix des bénéficiaires ? AH : En 2001, nous avons revu toutes les procédures et mis fin à l’opacité. Aujourd’hui, il n’y a plus de favoritisme. Les attributions de logements sociaux se font au sein de commissions regroupant des élus, des fonctionnaires, des associations... Et l’opposition siège dans ces commissions.

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AH : Je veux que la ville s’appuie sur l’innovation pour développer l’emploi et accompagner les créateurs et les entrepreneurs. L’innovation, qu’elle soit sociale ou technologique, permettra de relever les nombreux défis (défi climatique, numérique…). Je veux faire de Paris une ville de l’excellence pour tous, une ville ouverte et généreuse, une ville qui offre des opportunités à chacun. Pour l’emploi et l’attractivité économique, je propose la création d’un « Arc de l’innovation » de la Porte de Versailles aux Batignolles. Ce sont des milliers de m² qui sont disponibles et que je souhaite transformer en nouveau territoire de développement économique. Universités, start ups, logements, pépinières d’entreprises, espaces de télétravail et d’activités commerciales s’y complèteront et échangeront. Grâce à son dynamisme économique, Paris a su, mieux que d’autres villes, résister à la crise. Je me battrai pour faire du Grand Paris une ville-monde attractive, durable et innovante. TJ.INFO : En matière de tourisme, Paris perd du terrain année après année notamment en matière de dépenses effectuées par les touristes dans la capitale. Allez-vous prendre des mesures pour y remédier ? AH : Tout d’abord il est faux de dire que nous perdons chaque année des touristes. En 2012, avec près de 30 millions de touristes accueillis, Paris est la ville la plus visitée au monde et compte bien le rester ! Les estimations pour 2013 confirment d’ailleurs la bonne santé de la fréquentation touristique de la capitale. Paris est la capitale qui attire et fait rêver dans le monde entier. Le potentiel de développement du tourisme à Paris est immense ! Mon projet est d’augmenter les capacités d’hébergement avec la création de 12 000 nouvelles chambres à l’échelle de la métropole (hôtels, auberges de jeunesse, chambres d’hôtes). Je m’engage aussi à poursuivre l’amélioration de la desserte des aéroports, qui constitue un enjeu majeur dans la concurrence que se livrent les grandes métropoles, notamment pour l’accueil des grands congrès et salons. Je souhaite travailler avec les professionnels pour développer de nouveaux services, plus écologiques et respectueux de notre environnement.

Propos reccueillis par Sylvie Bensaid


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OPINION

Anne Hidalgo : une femme moderne Dans cette bataille pour Paris, ce ne sont pas seulement deux courants politiques qui s’affrontent, ce sont aussi deux images différentes de la réussite d’une femme.

D

ans cette bataille cruciale qui, depuis que Paris a un maire, mobilise des forces et des moyens exponentiellement proportionnels à la population de la ville, Anne Hidalgo affiche un parcours dans lequel de nombreuses femmes de sa (ma) génération aiment à se retrouver, ou à identifier çà et là une parcelle de leur chemin qui n’a pas été un long fleuve tranquille. Née de parents immigrés arrivés d’Espagne quand elle avait deux ans, Anne Hidalgo a bâti sa vie en femme libre. Etudes, travail, enfants, vie privée, carrière professionnelle et politique, toutes ces vies menées de front, tantôt seule, tantôt accompagnée : nous sommes si nombreuses à connaître ce cheminement difficile. Tout faux pas est pointé du doigt, toute réussite est dénigrée : jamais assez, jamais assez bien, toujours trop ou trop peu. Quand elle accepte en 2001 d’affronter Edouard Balladur, on lui reprochera d’avoir échoué, là où aucun cacique du PS n’a voulu justement aller à un échec quasi certain. Ce qui ne l’empêche pas d’y retourner en 2002, et d’assumer un second échec, lui aussi inscrit dans le marbre. Ce ne sont pas seulement des revers, c’est du courage politique, c’est une affirmation de son engagement qui va bien au-delà de la recherche de la victoire et de la gloriole, qui sont hélas bien souvent les objectifs principaux, primaires de bien des candidats. Aux élections suivantes en 2008, elle ne cherche pas un arrondissement plus «facile», et se représente dans le 15ème arrondissement. Nombre de politiciens auraient préféré la technique du parachutage, leur assurant une élection. Anne Hidalgo échoue une seconde fois, mais je préfère cet échec à bien des élections recherchées et calculées. «A vaincre sans péril...» Aujourd’hui, on lui reproche une élection trop facile, puisqu’elle bénéficie du capital de sympathie que Bertrand Delanoë a acquis par sa politique (discutable) d’urbanisme. C’est trop facile : par deux fois Anne Hidalgo a fait passer ses engagements avant son intérêt personnel, elle a tenu son rôle de

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première adjointe à merveille, et sa candidature soutenue par tout l’appareil du PS n’est que justice rendue à son parcours. Enfin on lui reproche de courtiser la communauté juive à l’approche de l’échéance électorale, oubliant ses prises de positions cohérentes et constantes depuis de longues années, positions qui lui été reprochées par tous nos ennemis. Ses visites en Israël ne datent pas d’hier, pas plus que ses participations aux dîners du CRIF, ou autres manifestations communautaires. Anne Hidalgo est une femme moderne, certainement pas une icône, et c’est pour cela qu’il est facile d’adhérer à son personnage : femmes de sa génération, mais aussi jeunes en quête de modèles d’intégration, et population de tous âges, hommes et femmes, désireux de s’identifier à quelqu’un qui a eu un parcours harmonieux. Le reste est une affaire d’opinions politiques, et là n’est pas mon propos.

Par Line TUBIANA


INTERNATIONAL

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Du «Printemps arabe» à la «Grande Dépression» Par Maxime PEREZ

Les experts affirment que le « Printemps arabe » a coûté jusqu’ici des centaines de milliards de dollars aux pays du Maghreb et du Moyen-Orient concernés par cette révolte. Mais les prévisions économiques sont bien plus cataclysmiques.

A

voir la vague d’attentats meurtriers qui a frappé le Caire, l’instabilité qui a succédé au « Printemps arabe » n’est pas prêt de s’arrêter . Chaque jour, elle accable un peu plus l’économie égyptienne, accroît le chômage et la pauvreté, enterre l’illusion d’une reprise du tourisme qui, jusqu’en 2011, rapportait 7 milliards de dollars par an aux autorités. Il constituait alors la première ressource en devises du pays et l’un de ses principaux secteurs d’activités.

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En octobre dernier, la banque HSBC estimait dans un rapport que les pertes financières engendrées par le déclenchement de révoltes dans le monde arabe avaient atteint le chiffre – provisoire – de 800 milliards de dollars, précisant que les coûts réels, à long terme, seraient probablement bien plus élevés et néfastes. L’exemple le plus concret concerne la Syrie. Selon un rapport publié par le Syrian Center for Policy Research (SCPR), en collaboration avec l’ONU, les pertes subies par l’économie syrienne


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depuis le début du conflit ont culminé à 103 milliards de dollars fin juin 2013, soit l’équivalent de 174 % du PIB atteint en 2010, avant la guerre civile. Dans le cas syrien, le nombre de victimes (130.000), les centaines de milliers de blessés et les millions de réfugiés répartis au Liban, en Turquie et Jordanie sont autant de facteurs aggravants. La catastrophe humanitaire qui se déroule actuellement en Syrie, et dans certaines zones du pays, la situation de quasi famine, menacent les fondements d’un pays où, longtemps, le secteur agricole fournissait un emploi à 25% de la population active et représentait 30% du PIB du pays, sans parler des revenus du pétrole dont plusieurs champs sont désormais contrôlés par les djihadistes du Front al Nosra. Au Yémen, le constat est bien alarmant. La guerre acharnée que livre Al Qaïda aux forces gouvernementales a fini par détruire l’économie locale. Le chaos humanitaire qui en découle ne se traduit pas uniquement par le nombre exponentiel de réfugiés, mais par leur incapacité à subvenir à leurs besoins essentiels, comme produire et acheter de la nourriture. Malgré l’aide internationale, près de 10 millions de Yéménites seraient victimes d’insécurité alimentaire – contre 5 millions en 2012, selon l’UNICEF. Parallèlement, 8,6 millions d’habitants n’auront peu ou pas accès aux soins. Associé aux attentats et bombardements, ce phénomène a entrainé une hausse vertigineuse du taux de mortalité : 40%. En Novembre 2013, le Fonds monétaire international (FMI) a émis un avertissement sur l’avenir socio-économique de la TRIBUNEJUIVE.INFO - JANVIER / FEVRIER 2014

région. Après la chute de régimes totalitaires – Libye, Egypte, Tunisie -, les transitions politiques ont davantage été vecteurs de tensions sociales et ont empêché toute reprise de la croissance – tombée à 2,2% en 2013. Cette atmosphère affole les pays arabes importateurs de pétrole, de plus en plus préoccupés par la hausse des prix alimentaires et, bien sur, des carburants. Elle explique, dans une certaine mesure, leur incapacité à mettre en place des réformes structurelles à même de stabiliser leur économie, créer des emplois et améliorer les conditions de vie de leur population. Le « Printemps arabe » a donc généré un cercle « non-vertueux » qui entraine de nombreux pays du Maghreb et du Moyen-Orient dans une spirale de déclin économique. Conséquence : en Egypte, Tunisie, Jordanie, à Bahreïn et au Liban, les déficits budgétaires ont franchi la barre des 50 milliards de dollars en 2013. Ce marasme économique pourrait s’aggraver avec les prévisions démographiques du monde arabe. Alors qu’en 2010, cette population était estimée à 334 millions d’individus, elle atteindra 403 millions en 2020 – une hausse de 20% – et 563 millions en 2050, soit une augmentation de 68%. La variable économique la plus critique concerne donc, à moyen-terme, le taux de chômage. Compte tenu de cette expansion, d’après les experts, les économies de la région devront créer près de 80 millions de nouveaux emplois dans les deux prochaines décennies. Mais il faudra parvenir rapidement à une stabilité politique pour qu’économie et démographie puissent interagir.

par Maxime PEREZ


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INTERVIEW

La Fondation France Israël en action La Fondation France Israël, présidée par Nicole Guedj, ancien ministre œuvre sans relâche pour donner un nouveau souffle à l’amitié francoisraélienne. Tribune Juive a voulu en savoir un peu plus sur cette association qui fait preuve d’un formidable dynamisme. Entretien avec sa Présidente Madame Nicole Guedj.

Nicole Guedj : Innover, surprendre, agir avec audace, c’est ainsi que nous envisageons les relations franco-israéliennes de demain. Disons que c’est aussi notre réponse aux préjugés. Des petits déjeuners sont organisés dans le cadre des “Entretiens de la Fondation France Israël”, ils ont un intérêt tout particulier puisqu’ils permettent d’entendre et d’interroger un élu français dont la mission, comme celle de notre Fondation, est de favoriser les relations entre la France et Israël TJ.INFO : Vous avez lors de ces petits déjeuners reçu les deux candidates à la mairie de Paris ?

TRIBUNE JUIVE : Qu’est-ce que la Fondation France Israël ? Nicole Guedj : La Fondation France Israël a été créée sous l’impulsion de Jacques Chirac et Ariel Sharon en 2005. Elle se veut à la fois un creuset et un catalyseur du resserrement et de l’approfondissement des liens entre les peuples israélien et français, dans tous les segments des sociétés civiles respectives. Elle agit dans tous les domaines où il existe un potentiel de développement : coopération interuniversitaire, échanges artistiques, culturels et commerciaux, innovation technologique et industrielle, recherche scientifique, sphère des médias, monde du sport et coopération décentralisée. TJ.INFO : Comment envisagez-vous les relations franco-israéliennes ?

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Nicole Guedj : Oui nous avons reçu Nathalie Kosciusko-Morizet et Anne Hidalgo car nous pensons qu’un futur élu doit s’engager dans le concret et annoncer clairement ses projets. Le futur maire de Paris n’a pas fait le tour de toutes les capitales mais s’est rendu en Israël L’une comme l’autre nous ont confié leur amour pour Israël, leur volonté de faire naître des complémentarités, de créer des ponts entre la France et Israël. Elles ont vu toutes les deux combien l’attractivité d’Israël et de ses villes était grande. Je pense que la capitale française a beaucoup à gagner en s’inspirant des villes israéliennes. TJ.INFO : La Fondation France Israël est le Partenaire de Google dans le plus grand musée du monde ? Nicole Guedj : Google a lancé son Institut Culturel en France le 10 décembre. Cet Institut a pour but de rendre accessible aux internautes des éléments importants de patrimoine culturel mondial et de les conserver sur support numérique afin d’éduquer et d’inspirer les générations futures.


21 TJ.INFO : Pourquoi un tel sujet ? Nicole Guedj : La Fondation France Israël a choisi de faire connaitre l’histoire des Justes parmi les Nations, ces forts de l’ombre, héros ordinaires, au travers de leurs descendants, pour sceller l’amitié entre les peuples. Ce sont des histoires singulières qui font la grande Histoire de l’Humanité et se rejoignent pour prolonger notre désir d’histoire, notre devoir de mémoire. TJ.INFO : Vous organisez d’ailleurs un voyage chaque année pour les petits enfants des justes ?

Nous avons été parmi les premiers partenaires de Google à participer, depuis le début, à ce travail unique de mémoire. J’avais en effet proposé à Google d’inclure parmi les thèmes traités en priorité le sujet de Justes parmi les Nations pour partager avec le plus grand nombre les valeurs universelles qu’ils défendaient. La Fondation a déjà réalisé une première exposition virtuelle « Petits-enfants de Justes, Ambassadeurs de la Mémoire » qui reprend l’histoire exceptionnelle de trois familles unies par la guerre. Pour ce lancement, la Fondation vous invite à découvrir la deuxième exposition « Justes parmi les Nations à Drancy ».

Nicole Guedj : Depuis 2010, la Fondation France Israël conduit annuellement vingt petits-enfants de Justes parmi les Nations, en Israël. A l’occasion des cérémonies de commémoration de la Shoah, ces « Ambassadeurs de la mémoire » rendent hommage à leurs grands-parents mais aussi aux 3 458 Justes français parmi les Nations, qui ont sauvé des Juifs au péril de leur vie pendant la Seconde Guerre Mondiale. TJ.INFO : Vous avez récemment remis le prix de l’excellence scientifique ? Pourquoi un tel Prix ? Nicole Guedj : A l’instar des nombreuses actions de la Fondation, ce prix rappelle chaque année le sens et la valeur de l’amitié franco-israélienne. La volonté de renforcer les liens entre nos pays dans le domaine scientifique a été rappelée par le président de la République, François Hollande, et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou. Cette ambition était d’ailleurs au cœur de la déclaration conjointe de coopération bilatérale signée lors du déplacement du chef de l’Etat français en Israël, au mois de novembre dernier. J’ai remis le prix scientifique de le Fondation le 19 décembre dernier, aux Professeurs Hagaï Bergman et Claude Feuerstein, deux des scientifiques les plus brillants de France et d’Israël, pour leurs travaux de recherche en Neuro-Sciences sur la Maladie de Parkinson en la résidence de l’ambassadeur S.E. Monsieur Yossi Gal, avec Mme Conway-Mouret, Ministre en charge des Français de l’étranger. TJ.INFO : Pour conclure ? Nicole Guedj : Nos deux sociétés font face à des défis semblables, qu’il s’agisse de la mondialisation, de l’accès au savoir et à l’emploi, du partage des richesses, de la solidarité, des défis de l’intégration et de la cohésion sociale. Je retiens de tout ceci le fait qu’il y a beaucoup de choses à faire pour que français et israéliens puissent se parler en direct. Mieux se comprendre pour mieux entreprendre, telle est notre devise. La France et Israël ont la chance d’avoir à leurs côtés un partenaire formidable, la Fondation France Israël

Propos reccueillis par Sylvie Bensaid

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FRANCE

« Elle a décousu mon étoile » : Lou Blazer, Juste parmi les Nations Pierre Kahn, 81 ans, est un homme qui pèse ses mots. Chacune de ses phrases. Les termes galvaudés, il les déteste. Cuvier, « Marie-Claire ». Les Kahn, dont la branche paternelle habite Montbéliard depuis au moins quatre générations, sont juifs. « Aucun problème », se souvient Pierre. « La ville abritait déjà des protestants et des catholiques. Je n’ai souffert d’aucune discrimination ». Tout va changer avec l’occupation allemande. Partie lors de la débâcle en 1940, la famille revient, peu de temps après, dans son appartement (à l’emplacement de l’actuel salon de thé, place Albert-Thomas) : « Nous n’avions pas de meilleur endroit où aller. Et puis mon père était très légaliste : il avait fait toute la guerre de 14-18 et n’imaginait pas qu’il puisse risquer quelque chose… Même ensuite, quand il n’a plus eu le droit de travailler, d’avoir son magasin, il voulait faire les choses dans les règles ». Gaston Kahn attendra ainsi vainement des papiers -forcément signés par les Allemands- pour émigrer en toute légalité en Suisse…

Louise Blazer à Jérusalem, 1966 Source photo : Yad Vashem Photo Archive Crédit photo : D.R

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a déclaration, d’autant plus qu’il est juif pratiquant (« par fidélité »), n’en prend que plus de poids : « Lou Blazer était une sainte ». « Elle exsudait la bonté, exhalait la bienveillance. Jamais je n’ai rencontré quelqu’un comme elle », poursuit-il. En apprenant que Lou Blazer, décédée en 1966, allait donner son nom au nouveau collège du quartier de la PetiteHollande à Montbéliard, il a été à la fois ému et ravi. « Pensez… Soixante-dix ans après ». LE SEUL À AVOIR RÉCHAPPÉ Il y a près de trois quarts de siècle, donc, la résistante Lou Blazer a sauvé la vie de Pierre Kahn. Au début de la Deuxième Guerre mondiale, le petit Pierrot -son surnom dans la Cité des Princes- a sept ans. Fils unique. Qu’on imagine choyé par des parents, Gaston et Alice, qui tiennent un magasin de bonneterie rue

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À travers ses yeux d’enfant, Pierre Kahn ne sent cependant vraiment une dégradation qu’à partir de 1942 avec l’interdiction aux juifs de fréquenter des lieux publics, la rafle (à Montbéliard compris) des juifs étrangers et le port obligatoire de l’étoile jaune « Je ne me rendais pas compte, même si nous vivions chichement. Nous ne nous cachions pas, j’allais au collège. Ici, tout le monde savait qu’on était juif et ça n’empêchait pas grand monde de nous saluer ». FAUSSE CONTAGION ET VRAIE HOSPITALISATION À l’automne 1943, le gouvernement de Vichy ne faisant plus opposition à l’arrestation des juifs français, Gaston Kahn décide de passer, illégalement cette fois, en Suisse. Le voyage, avec passeur, est programmé fin janvier 1944. « J’ai été malade et il a été repoussé. Le 24 février, à 6 h du matin, j’ai entendu des coups de crosse à la porte. J’avais beau faire semblant et tenter de me rendormir, je savais ce que c’était. Les soldats allemands et la police française nous ont arrêtés ». 29 juifs de Montbéliard sont ainsi


23 raflés et conduits à la prison, où ils passent la nuit. « Sur tout ce groupe, aucun n’est revenu. Je suis le seul à avoir échappé à l’extermination ». Silence. Et ce grâce à Lou Blazer, éclaireuse unioniste et membre active -en parallèle de ses activités de résistante- de la Croix-Rouge. « Quelques jours avant notre arrestation, ma mère, qu’elle avait rencontrée dans la rue, lui avait raconté que j’avais été malade. Quand elle a connu la rafle, elle s’est précipitée chez notre médecin, qui a fait une fausse attestation comme quoi j’étais très contagieux. Elle n’a pas hésité à se rendre à la Kommandantur -la gueule du loup !- pour réclamer mes papiers de sortie ». Lou Blazer va directement le chercher en prison. « Elle m’a dit, avec son sourire si rassurant : tu es malade, on va à l’hôpital. Je ne voulais pas quitter mes parents cependant. Ils m’ont forcé à partir ». Quelques jours plus tard, Gaston et Alice Kahn seront transférés à Drancy puis déportés à Auschwitz (voir ci-dessous). De leur disparition, Pierre, qui les a longtemps attendus, ne sera convaincu qu’en 1946. Entre-temps, le garçon de presque douze ans passe trois semaines à l’hôpital de Montbéliard – « Le temps que tout le monde m’oublie ». Un jour, Lou Blazer vient le chercher : « Elle a décousu mon étoile. En souriant. Puis nous sommes partis, en train, à Besançon ». Caché dans un présentarium -un endroit pour les enfants prétuberculeux ou dénutris dans la capitale comtoise-, Pierre Kahn y reste jusqu’à la libération de la ville. Accueilli en Suisse dans la famille de sa mère, il sera ensuite élevé à Besançon par ses tantes paternelles, qui ont échappé aux persécutions. JUSTE PARMI LES NATIONS De sa dramatique histoire, Pierre Kahn ne garde aucune amertume. Il aime à se souvenir au contraire de la bienveillance et la gentillesse de ceux qui l’ont sauvé. Dont Lou Blazer, dont les actes (elle a mis à l’abri plusieurs familles) lui ont valu d’être elle-même déportée (près du Struthof) mais aussi d’être l’une des premières à être reconnue Juste parmi les nations. « Elle en était fière, tout en restant très modeste », raconte Pierre Kahn, qui jusqu’à sa mort lui a rendu visite à Montbéliard. Aujourd’hui, le Parisien d’adoption -ancien directeur d’un laboratoire pharmaceutique- lui rend hommage d’une autre manière. Il sera présent lors de l’inauguration, courant janvier, du nouveau collège. Peut-être y racontera-t-il son histoire. Et rappellera-t-il la phrase du Talmud ; « Qui sauve une vie, sauve le monde entier ». « J’écrivais à mes parents des lettres… qui ne sont jamais parties ». « Optimiste de nature », Pierre Kahn a longtemps pensé que son père et sa mère reviendraient. La découverte, en 1945, de l’existence des camps puis le retour des rescapés, ébranlent sa confiance. « Mais j’attendais toujours. Je me racontais des histoires car, tout au fond de moi, je savais qu’ils étaient morts ». La confirmation « officielle » n’interviendra qu’en 1946. Plus tard,

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les travaux de Serge Klarsfeld lui apprendront que ses parents ont été déportés dans le convoi 69, parti le 7 mars de Drancy pour Auschwitz. « Je ne sais pas précisément ce qui leur est arrivé. Ils étaient déjà âgés, 52 et 47 ans, mon père avait une santé fragile. C’était l’hiver, cinq jours de trajet dans les wagons plombés, sans eau, sans nourriture ; je pense qu’ils ne sont jamais arrivés au camp ou bien qu’ils ont été gazés tout de suite ». De son histoire d’enfant juif sous l’occupation, Michèle Kahn, femme de Pierre et écrivain reconnue, a tiré un livre, paru en 2010 : « Quand vous reviendrez, aurons-nous une auto ? » (éditions du Seuil). Elle y a inséré des documents et lettres, dont une de la plume du père de son mari. « Il racontait que dans l’été 43, les Allemands sont venus prendre nos meubles. Ils nous ont laissé le lit, une chaise chacun et la table de la cuisine. Mon père voulait une trace de cette saisie. On lui a répondu : « On ne donne pas de reçu aux juifs ».

Sophie DOUGNAC pour l’Est Républicain


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SPECTACLES

Haïm à la lueur d’un violon Haïm – A la lumière d’un violon. Ce magnifique spectacle est repris pour quelques dates à la salle Gaveau. Gérald Garutti a étudié les lettres, la philosophie, les sciences politiques et l’art dramatique. Normalien, agrégé de lettres modernes il est dramaturge et metteur en scène Il dirige le département Arts et Humanités à l’ENSATT (Ecole Nationale des Arts et Techniques du Théâtre) ainsi que le département Théâtre à Sciences Po Paris. Ses talents sont nombreux et variés, et son approche est un plaisir : il nous a expliqué au cours d’une interview son cheminement et ses projets. TRIBUNE JUIVE : Pouvez-vous nous expliquer d’où vient l’idée de ce spectacle ?

Haôim Lipsky en 2012 - Crédit photo :Olivier Roller

J

’ai eu la chance d’assister à deux représentations de ce spectacle, samedi 22 décembre 2012 et dimanche 25 janvier 2014, et l’émotion qui m’a submergée est un sentiment rare. Les œuvres récentes que l’on voit ou lit sur la Shoah ont généralement un point commun : elles sont le plus souvent génératrices d’un malaise né du sentiment que rien d’original n’est apporté qui puisse renouveler l’approche de la problématique de la transmission. Encore et toujours cette tentative de dire ou de montrer ce dont Primo Levi, Elie Wiesel ou Claude Lanzmann ont su rendre l’horreur sans nom sans jamais s’égarer dans la complaisance, sans chercher le spectaculaire justement. Le créateur de Haïm – A la lumière d’un violon, Gérald Garutti, a su en inventant une autre narration qui conjugue texte et musique pour raconter l’histoire d’un homme, éviter au spectateur la position de voyeur. Il a su créer l’émotion sans sombrer dans le pathos, et c’est cette qualité qui fait de son spectacle une création résolument hors normes portée par cinq artistes. Mélanie Doutey raconte en mots la vie de Haïm, et quatre musiciens lui répondent par le jeu de leurs instruments : le violoniste, Naaman Sluchin, qui est le petit-fils de Haïm, le clarinettiste Samuel Maquin, et l’accordéoniste Alexis Kune qui forment ensemble le groupe de Klezmer, Mentsh, et la pianiste, Diana Ciocarlie.

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Gérald Garutti : Le problème de la Shoah a toujours été pour moi une hantise souterraine. A l’âge de dix ans, je me demandais comment Dieu pouvait exister, puisque les camps avaient existé. La Shoah, était pour moi un questionnement spirituel constant, et la nécessité personnelle du travail sur la transmission, une évidence absolue. J’ai travaillé en Angleterre à une époque de ma vie, et deux spectacles que j’y avais créés ont été vus par une femme qui m’a alors proposé de raconter l’histoire de son père, Haïm. J’ai accepté et cela a été le début d’une période de quatre ans de travail pour créer ce spectacle. J’ai écrit 32 versions du texte pour être le plus juste possible, pour éviter les pièges que recèle cette histoire : outrance, superficialité, pathos déplacé. Il fallait réaliser un double travail de composition : écriture et musique devaient ensemble trouver le ton juste, il me fallait une voie et une voix pour raconter cette histoire. TJ.INFO : Comment avez-vous travaillé sur le texte ? Estce un travail personnel ou une collaboration avec Haïm, sa famille ? Gérald Garutti : Pour pouvoir démarrer mon travail, j’ai eu deux ou trois entretiens avec Haïm. Dans ce dialogue, ce sont sa fille et son petit-fils qui ont servi d’interprètes. Puis j’ai entrepris un travail original : il s’agit d’un point de vue sur l’histoire de Haïm, plus que d’une biographie stricto sensu.


25 Il s’agit de parler de la mort absolue, mais depuis le point de vue de la vie. Pour arriver au spectacle que vous avez vu, je suis passé par de nombreuses étapes : textes successifs, comédiens successifs. Le plus important pour moi était de ne pas perdre de vue le but premier que je m’étais fixé, la recherche de la justesse musicale et historique. Il fallait que résonnent ensemble le texte et la musique. TJ.INFO : Votre spectacle réussit une curieuse alchimie qui fait que justement le spectateur en sort sans avoir cette désagréable impression d’avoir été sollicité « là où ça fait mal ». Comment l’expliquez-vous ? Gérald Garutti : Je crois que vous résumez à votre manière l’un des objectifs que je voulais atteindre. Je voulais réaliser une évocation faisant appel à l’imaginaire pour accéder à ce que l’on ne peut pas montrer, encore moins sur une scène qu’au cinéma en l’occurrence. C’est ici que réside toute l’importance de la parole donnée à la musique. C’est une musique dramatique dans le sens où elle fait action. Elle est de nature différente selon les étapes de la vie de Haïm. La gaité de la musique klezmer retrace la vie du Yiddishland disparu. Et les tempi changent selon les périodes, selon ce que Haïm vit : l’enfermement au ghetto, l’arrivée et la vie à Auschwitz, l’arrivée en Israël et le choix du silence de son instrument, sa vie dédiée à la transmission de la musique. Le texte s’ajuste au rythme de la musique, et le travail de la comédienne, la qualité de son interprétation, la lumière qui en émane, doivent arriver à cette osmose que vous nommez alchimie, pour que le spectacle existe. TJ.INFO : Ce spectacle semble par sa nature propre à être montré partout dans le monde, et en particulier en Israël. Avez-vous des projets dans ce domaine ? Gérald Garutti : Bien entendu, ce spectacle a vocation à être transmis, diffusé au niveau international. J’ai déjà des contacts en Europe centrale pour ce projet. Quant à Israël, bien évidemment, j’y ai aussi pensé. J’ai passé en septembre trois semaines en Israël, j’ai pris contacts avec des théâtres, et j’attends de pouvoir concrétiser la diffusion de Haïm dans « son » pays. Comme vous l’avez senti, ce spectacle est pour moi l’aboutissement d’un long questionnement sur la Shoah et sa transmission. Pour qu’il prenne tout son sens, il devra vivre plusieurs années, en France et à l’étranger. TJ.INFO : Quand on parle de transmission, on pense forcément à la jeunesse. C’est un public qui ne vient pas forcément vers vous. Comment pensez-vous l’atteindre ?

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Mélanie Doutey

Gérald Garutti : J’ai commencé ce travail auprès de la jeunesse qui est par essence, un travail de terrain. Ma compagnie C(h) aracteres est basée à Aubervilliers, et c’est donc bien logiquement là que j’ai commencé à aller vers les jeunes : interventions dans les lycées, dans les médiathèques, pour présenter mon spectacle, et surtout pour engager le débat avec ces jeunes. J’ai reçu un excellent accueil auprès de populations dont on dirait qu’elles ne sont pas « naturellement » intéressées par cette problématique de la transmission. Ma compagnie sera hébergée en résidence à Vaux-le-Penil (Seine-et-Marne) pour trois ans dès le début de l’année, et j’étendrai donc à tout ce département ce type d’interventions. Je souhaite faire accéder un maximum de personnes à cette parole, sans tomber dans la démagogie, et j’essaie de toujours faire précéder ou suivre le spectacle d’un débat : ce temps de dialogue et de réflexion fait partie intégrante de mon travail. TJ.INFO : Merci Gérald Garutti. Et donc un dernier mot à l’attention de nos lecteurs : ne ratez pas ce spectacle si vous avez la possibilité de le voir.

Propos reccueillis par Line Tubiana A Paris : Salle Gaveau les 11, 12, 25, 26 janvier les 8 et 9 février les 29 et 30 mars les 12, 13, 26 et 27 avril


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ISRAËL

Les palmiers de la plage Frishman C’est vraiment un sujet frivole : un bouquet d’arbres devant la mer, des palmiers venus de nulle part et entourés de rien.

L

es passants de Tel Aviv qui sont amoureux de la ville, de sa tayelet ( promenade) le long du bord de mer depuis l’Hôtel Hilton jusqu’au port de Yaffo ( Jaffa), se sont tous posé la question : pourquoi avoir planté quelques palmiers sur la plage Frishman et pas autre part et pourquoi si peu ? À la Guadeloupe, à la Martinique, la plage, c’est la mer, le sable et les cocotiers qui encadrent le panorama et font disparaître les

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parasols mal fichus. Si les palmiers de Frishman pouvaient prospérer, le pullulement et la pollution des parasols publicitaires, rouges de Coca, verts de Carslberg, bleus de Nestlé, seraient supprimés et sous l’ombre fraîche des arbres, on pourrait voir le soleil calciner le sable puis glisser derrière les rochers et plonger dans la mer. Après, ce serait le tour de la plage Gordon, Lala Beach, où l’on n’entend que des phrases en français avec des mots clés en hébreu


27 et des refrains en anglais. Là aussi, il faudrait raréfier les parasols et multiplier les coins d’ombre avec des arbres qui bercent leurs palmes. C’est un sujet frivole, la beauté d’une plage, le charme d’un paysage, le contentement de tous ? Eh bien la réponse est simple, la municipalité de Tel Aviv tente une expérience, le but est de savoir si ces palmiers survivront aux conditions très spéciales, comme la salinité du bord de l’eau. Si l’expérience réussit, si les palmiers s’adaptent à cet environnement alors les plages de Tel Aviv seront jalonnées de merveilleux parasols écologiques et naturels. Les arbres y compris les palmiers ne peuvent généralement pas absorber trop d’eau de mer et survivre trop proche du bord de mer à cause du taux de salinité de l’eau, des vents, du sel dans l’air et des températures élevées en été, ils se dessèchent et se flétrissent. «Il existe des palmiers sur d’autres plages le long de l’océan Pacifique ou de l’océan Atlantique, où ces arbres se sont très bien adaptés mais chaque lieu est différent en raison des vents et de la différence de température, en la matière, on ne peut pas comparer une plage avec une autre » a déclaré Ktz’lnik, le porte parole de la municipalité. «Ce que nous savons, c’est qu’autrefois, il existait quelques palmiers sur les côtes de Tel-Aviv», a-t-il ajouté. Si l’expérience s’avère positive, la municipalité envisage d’étendre le projet à

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beaucoup d’autres plages de Tel Aviv. «C’est une solution sans équivalent pour l’ombre déployée et pour la beauté du décor, une solution naturelle et écologique, plus jolie et plus agréable qu’une pergola ou un grand parasol» a expliqué Ktz’lnik. Ce projet n’a coûte que 14 000 NIS. «Les arbres se dressent fièrement depuis sept mois, il ne sont ni flétris ni desséchés, c’est encourageant, mais les conclusions ne pourront être tirées qu’après un an et demi à deux ans», a déclaré Kltz’nik.

D’après H.P. BENHAMOU


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INTERNATIONAL

Sotchi et les veuves noires par Jean-Paul FHIMA

Les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi vont se dérouler du 7 au 23 février dans des conditions d’alerte maximale pour les services de sécurité… du monde entier.

D

epuis les attentats de Boston du 15 avril 2013 perpétrés par les frères Tsarnaev (3 morts, 264 blessés), les EtatsUnis collaborent activement avec le Kremlin. D’importants moyens aériens et navals sont déployés dont deux bateaux en mer Noire prêts à évacuer les athlètes en cas d’attaque terroriste. Des forces spéciales américaines épaulent les quelques 40000 policiers russes chargés de protéger un vaste périmètre de 21 km2.

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Ce « cercle d’acier » sera probablement conforté par la présence d’agents de sécurité israéliens. D’après le Debkafile (sources contre-terroristes), Poutine et Netanyahu se sont mis d’accord à Moscou le 20 novembre dernier pour coopérer étroitement contre les terroristes du Caucase Nord qui pourraient, selon les plans d’un complot d’Al-Qaïda, se déployer prochainement en Israël. On sait d’autre part que des membres des forces spéciales de la gendarmerie (GIGN) et de la police (Raid) accompagneront


29 les sportifs français. Jamais un tel déploiement quasi militaire ne s’est vu depuis la tuerie des Jeux de Munich en 1972 où 11 Israéliens avaient été enlevés et assassinés. Aux Jeux suivants de Montréal en 1976, le village olympique ressemblait à une forteresse avec barbelés protecteurs et patrouilles de gardes équipés d’armes lourdes.

autobus en octobre dernier (6 morts, une trentaine de blessés). Une de ses amies de 26 ans recherchée depuis juin 2012, Oksana Aslanov, est soupçonnée de l’un des deux autres attentats de Volgograd des 29 et 30 décembre 2013 (17 morts et 28 blessés dans la gare de la ville).

Le 28 janvier, Anita DeFrantz, membre du CIO, évoquait dans le Wall Street Journal l’inquiétude des sportifs américains au sujet de leur sécurité sur place. Pour la première fois, l’idée de se rendre à ces Jeux olympiques ne soulève pas un fol enthousiasme. Gerard Kemkers, entraîneur de l’équipe néerlandaise de patinage de vitesse en longue piste, a même déclaré dans la presse : « Pour parler franchement (…) je n’ai pas le choix. Il faut que j’y aille, pour faire mon travail ». Bonjour l’ambiance !

Durant les seize derniers mois, sur un total de vingt-six attaques terroristes en Russie, on compte quarante-six femmes tuées par attentats-suicide (Daily Mail, Anna Nemtsova). La plupart du temps, elles opèrent à plusieurs (au moins par deux), souvent sous la conduite d’un homme (Christopher Swift, université de Georgetown). Ce chiffre effarant montre une progression inquiétante depuis la première guerre de Tchétchénie. L’objectif est de créer un sentiment d’inquiétude et de déstabiliser l’Etat russe. Objectif atteint.

IL Y A DE SÉRIEUSES RAISONS DE S’INQUIÉTER

LES REDOUTABLES VEUVES NOIRES VENGENT LEURS MARIS Djennet Abdourakhmanova, 17 ans, une des deux kamikazes du métro moscovite à la station Loubianka il y a quatre ans, était la veuve d’Oumalat Magomedov, alias « Al-Bara », aussi surnommé l’émir du Daghestan », abattu trois mois auparavant par la police, le 31 décembre 2009 à Khassaviourt, dans l’ouest du pays. Djennet (Jannat en arabe, c’est-à-dire ‘’paradis’’) a actionné des explosifs placés autour de sa taille. Sa tête intacte a été retrouvée sur les lieux. Elle était originaire du petit village daghestanais de Kostek « célèbre pour ses championnats de lutte » (journal russe kommersant, 2 avril 2010).

Volgograd touchée par un deuxième attentat

Les 60 km à parcourir entre Sotchi et les installations sportives de Krasnaïa Poliana sur des routes de montagne difficiles à surveiller vont multiplier les risques d’attentats, d’autant que les autochtones connaissent bien les chemins escarpés du massif du Caucase et les secteurs peu accessibles à une surveillance même aérienne. Plus grave, mardi 21 janvier, une terroriste islamiste Ruzana Ibragimova, 22 ans, dite Salima, aurait été vue dans une rue de Sotchi à l’intérieur même du « cercle d’acier ». Les policiers seraient toujours à sa recherche. Boiteuse et balafrée, elle serait aisément reconnaissable. Salima est l’une des veuves noires tchétchènes, daghestanaises ou turkmènes, dont la presse russe redoute plus que jamais le passage à l’acte. Attentats, menaces et provocations des dernières semaines relèvent d’un véritable harcèlement terroriste mené surtout par ces femmes, de jeunes veuves d’indépendantistes du Caucase. A Volgograd, situé à 600 km au nord-ouest de Sotchi, une femme kamikaze Naida Asiyalova s’est fait exploser dans un

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Ces attentats trouvent leur racine en République autonome et musulmane de Tchétchénie-Ingouchie, quand les troupes russes entrèrent dans cette région du Caucase Nord en octobre-novembre 1991. Contre Doudaïev, président élu de cette république séparatiste, Eltsine avait ordonné l’état d’urgence à Grozny et provoqué ainsi la première guerre de Tchétchénie (1994-1996). Après un statu quo sur une autonomie gouvernementale, on y instaura la charia. La seconde guerre de Tchétchénie, en 19992000, fut provoquée par les attentats de Moscou et les incursions indépendantistes tchétchènes au Daguestan. Malgré la prise de Grozny par les troupes fédérales russes, des opérations sporadiques de guérilla se sont prolongées jusqu’en 2009 et perdurent encore aujourd’hui dans une région demeurée très instable. Les veuves noires sont apparues la première fois en 2000. Khava Baraeva a fait exploser un camion dans un bâtiment des forces spéciales russes en Tchétchénie. En octobre 2002 la prise d’otages du théâtre de la Doubrovka à Moscou fait au moins 130 morts. Parmi les 36 membres du commando terroriste, figurent 19 femmes portant voile islamique et ceintures d’explosifs sur le ventre. L’attentat du festival rock de Moscou en juillet 2003 (15 morts) et celui de la double catastrophe aérienne du 24 août 2003 (90 morts) sont aussi causés par des


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MOYEN-ORIENT femmes. A l’école de Beslan (Ossétie du Nord), début septembre 2004, des centaines d’enfants sont pris en otage (344 morts civils, dont 186 enfants). Cinq femmes figurent parmi les 32 terroristes (des Kazaks, Tchétchènes, Arabes, Ouzbeks et Russes). Plus récemment, deux veuves noires (dont Djennet citée plus haut) sont soupçonnées de l’attentat du métro de Moscou en 2010 (39 morts, 102 blessés). En août 2012, une femme se fait exploser devant le domicile d’un dignitaire religieux jugé trop modéré par les extrémistes daghestanais. IL EXISTE PLUSIEURS TYPES D’EXPLICATIONS À CES ATTENTATS SPECTACULAIRES ET MEURTRIERS PERPÉTRÉS PAR DES FEMMES De nombreux spécialistes soulignent la détresse de ces épouses, sœurs et mères, anéanties par la perte de leurs proches (Anne Speckhard et Khapta Akhmedova, université de TelAviv). Le traumatisme les pousserait à rejoindre volontairement des groupes radicaux. Toutes semblent consentantes et déterminées, quoique certaines seraient sous l’emprise de psychotropes (enquête de Ioulia Iouzik, « les fiancées d’Allah », 2003) L’acte sacrificiel est par ailleurs avantagé par certains experts. Ne trouvant plus leur place dans une société aux structures tribales et claniques où prévalent l’honneur et la vengeance, ces femmes rejoindraient les leurs dans la mort (enquête de Kheda Saratova, activiste des droits de l’homme). Aurélie Campana, spécialiste canadienne du terrorisme et du Caucase, y voit un trait typique des coutumes tcherkesses, tchétchènes ou ingouches pour lesquelles « l’affront doit être lavé, la mort payée par la mort ». Amadine Regamey (EHESS) estime qu’elles sont souvent « influençables » et volontiers sous la « pression morale » de leur entourage. Elles font rarement marche arrière. En 2003, l’une d’elles, prise de scrupules, s’est dénoncée aux forces de l’ordre avant de commettre un attentat dans un café de Moscou. Elle a été condamnée à 20 ans de prison. Le cas est très rare. Il faut surtout voir dans ce phénomène des femmes terroristes l’influence spécifique de l’islam radical. Ces ‘’amazones jihadistes’’ sont une main d’œuvre très utilisée par les groupements radicaux quelles que soient les régions. Il y a des veuves noires chez Al-Qaïda en Irak, les brigades des martyrs d’al-Aqsa, au Hamas, au Jihad Islamique. La Britannique convertie Samantha Lewthwaite, veuve d’un kamikaze des attentats de Londres (7 juillet 2005, 56 morts, 700 blessés), aurait participé au commando des islamistes somaliens Al-Shabaab qui ont attaqué le centre commercial de Nairobi en septembre 2013 (68 morts, 200 blessés). Fatiha Mejjati, veuve d’un des fondateurs des Groupes islamiques combattants marocains (GICM) soupçonné d’avoir or-

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Une «veuve noire» lors de la prise d’otage du théâtre Doubrovka

ganisé les attentats de Madrid du 11 mars 2004 (200 morts, 1400 blessés), menaçait Paris d’une attaque sur la tour Eiffel en janvier 2008. Ces femmes portent la longue robe noire et le voile noir. Les commentaires religieux leur assurent que « Le paradis les rendra belles, heureuses, et sans jalousie » (Michelle Tsai, Au pays des frères Tsarnaev). La très jeune Djennet aurait été manipulée par des idéologues wahhabites (Le Monde 2 avril 2010). Elle portait sur elle une lettre écrite en arabe (rarement parlé dans le Caucase) ce qui laisserait entendre qu’elle a reçu un entrainement au Moyen-Orient (Moskovskiy Komsomolets). Les femmes, d’autre part, sont moins soupçonnées que les hommes. Moins repérées et moins fouillées, elles se mêlent plus aisément à la foule dans les lieux publics. Enfin, dans ces guerres d’hommes, la perte d’une femme, rarement entrainée au combat, est perçue moins lourdement que celle d’un combattant actif (Gérard Chaliand, spécialiste en géostratégie). Aucune d’elle n’occupe de poste clé stratégique ou décisionnel. 37 milliards d’euros ont été investis pour ces jeux qui sont les plus chers de l’histoire olympique. 13000 journalistes et 94 chaines de télévision sont attendus. De quoi attiser les appétits des islamistes du Caucase soucieux de frapper l’opinion internationale et de se donner un écho médiatique sans précédent. Sur ce point, ils ont déjà gagné. C’est dans un climat de polémique et de tensions que vont s’ouvrir ces ‘’Jeux de l’angoisse’’ (Wall Street Journal, 1er février 2014). Si les athlètes du monde entier ont tout à gagner à ces XXIIème Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, les veuves noires, hormis la vie qui leur importe peu, n’auront rien à perdre.

Par Jean-Paul FHIMA


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LIVRES

« Je suis interdite », une histoire d’amour dans la communauté hassidique « Je suis interdite », d’Anouk Markovits, constitue à coup sûr un très bon roman.

J

’ai aimé la vigueur de l’écriture, l’originalité de l’intrigue, le sens de la narration, la capacité évocatoire du style, « Je suis interdite », a été nominé dans la première sélection 2013 du prix Fémina étranger. Après un premier roman écrit en Français et publié chez Gallimard, « Pur Coton », en 1989, Anouk Markovits a émigré à NewYork pour éviter un mariage arrangé et aller jusqu’au doctorat dans les plus prestigieuses universités de la côte Est. Elle a choisi JC Lattès pour la traduction de son récit « Je suis interdite ». L’intrigue met en scène une communauté hassidique à travers l’histoire d’une famille originaire de Transylvanie, les Stern. Cette histoire repose sur des faits en partie autobiographiques, Anouk Markovits est issue de cette communauté, dont elle s’est ensuite séparée, il est tentant après cela de voir une proximité avec le personnage d’Atara. Son écriture puissante reste prudente, et très respectueuse de ces origines. Elle ne pointe pas du doigt, elle raconte. J’ai vraiment aimé ce roman, qui déroule sous nos yeux la vie de quatre générations d’une même famille qui a souffert durant la seconde guerre mondiale. Mais c’est surtout l’histoire de Mila et d’Atara, lors de leur adolescence, puis de Mila et Josef, après leur mariage arrangé, ainsi que de leurs propres enfants et petitsenfants que nous suivons. Joseph et Mila vont vivre une magnifique histoire d’amour. Le bonheur de Mila sera de courte durée, les années passent et

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aucun enfant ne vient. La date fatidique des 10 ans s’approche et son mari aura le droit de la quitter. Porte-t-elle la malédiction de la stérilité ? A moins que ce ne soit Joseph ? Mila trouve la solution dans la Torah, elle aura un enfant coûte que coûte et la descendance sera assurée. Joseph devra accepter pour le bien de la communauté, quitte à sacrifier son honneur d’homme. La transgression de Mila au code qui la voulait épouse fidèle, aura raison de son couple L’auteure décrit ainsi la pression exercée sur la femme qui ne peut concevoir, fait émerger dans le couple l’idée d’enfreindre la Loi juive pour avoir un enfant… Ce que l’auteur concocte pour le couple Mila-Josef est aussi surprenant que triste. L’écriture est fine et délicate et Anouk Markovits craint les amalgames, chacun de ses mots est soupesé. Un roman poignant dans cette lutte entre la foi et les sentiments Je suis interdite, Anouk Markovits, chez JC Lattès, traduit de l’anglais par Katia Wallesky, avec le concours de l’auteure.

par Sylvie BENSAID


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HISTOIRE

Le calvaire des juifs de Mascara en décembre 1835 Morial - mémoire et traditions des juifs d’Algérie QUI SE SOUVIENT 6 décembre 1835… Le calvaire des juifs de Mascara

À

Alger, les Juifs ont encore à y souffrir d’une affreuse oppression ; il leur est défendu d’opposer de la résistance quand ils sont maltraités par un musulman, n’importe la nature de la violence. Ils sont forcés de porter des vêtements noirs ou blancs : ils n’ont le droit ni de monter à cheval, ni de porter une arme quelconque, pas même de canne. Les mercredis et samedis seulement, ils peuvent sortir de la ville sans en demander la permission. Mais y a-t-il des travaux pénibles et inattendus à exécuter, c’est sur les Juifs qu’ils retombent.

Les enfants même les poursuivent dans les rues, et le cours de leur vie n’est qu’un mélange affreux de bassesse, d’oppression et d’outrages. Les descendants de Jacob ne répondent à ces insultes que par une patience inconcevable. » (« Esquisse de l’État d’Alger », de William SHALER, Consul-général des États-Unis à Alger, 1830) CHRONOLOGIE • Le 26 juin 1835, la France subit une lourde défaite à la Macta • Le 21 novembre 1835, pour se venger de cette humiliation, le maréchal Clauzel accompagné du Duc d’Orléans se met en route vers Mascara, la capitale d’Abdelkader, avec une troupe de 13000 hommes. • Apprenant cela, l’Emir Abdelkader fortifie la ville et avec son armée se poste en embuscade au niveau des marabouts de Sidi Embarek pour attendre les français. • Après plusieurs jours de combat les arabes sont battus. • Le 6 décembre 1835 CLAUZEL entre dans Mascara pour y trouver une communauté juive aux abois.

«Prise de Mascara» - Estampe de Pellerin

Dans l’été de 1815, le pays fut couvert de troupes immenses de sauterelles qui détruisaient la verdure sur leur passage. C’est alors que plusieurs centaines de Juifs reçurent ordre de protéger contre elles les jardins du pacha; et nuit et jour, il leur fallut veiller et souffrir aussi longtemps que le pays eut à nourrir ces insectes. Plusieurs fois quand les janissaires se sont révoltés, les Juifs ont été pillés indistinctement; et ils sont toujours tourmentés par la crainte de voir se renouveler de pareilles scènes.

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La ville de Mascara était devenue la capitale d’Abdelkader. Il avait négocié en février 1834 un traité de paix avec la France qui le reconnaissait comme « commandeur des croyants. » Les juifs de la région, de façon spontanée ou forcée, assuraient le bon fonctionnement de l’économie, ils étaient le rouage essentiel dont Abdelkader ne pouvait se passer. Il les utilisait pour asseoir son autorité dans tout ce qui avait trait à la finance, le commerce, le ravitaillement en armes, la confection des tentes pour ses soldats, le transport des marchandises et battre la monnaie. Mais, après un retentissant échec à la Macta, la France, avec le


35 Furieux, l’Emir, avec ce qui lui restait de son armée, fonça sur la ville pour rappeler ses hommes à leur devoir. Mais il ne put rien faire, assistant impuissant aux destructions. On entendait les cris épouvantables des juifs qu’on égorgeait. Boucs émissaires de toujours, suspectés de sympathie pour les français, ils furent massacrés en grand nombre. Leurs cadavres jonchaient les sols des maisons ou des rues. Les arabes avaient tué aussi bien les femmes que les enfants ou les vieillards. Une fois leur travail terminé, ils quittèrent la ville en se repliant, non loin de là, près de Cacherou.

Scène des massacres de Scio - Eugène Delacroix. Musée du louvre

maréchal Clauzel à sa tête, avait décidé de se venger et d’attaquer Mascara. A cette nouvelle des milliers d’arabes accoururent prêts à en découdre avec les infidèles. L’heure de la guerre sainte avait sonné. Pour la communauté juive il s’agissait d’un véritable dilemme, d’un côté c’était la satisfaction de voir la France arriver à Mascara, d’un autre la peur de tout perdre et d’être pris en otage par Abdelkader. Fin novembre le maréchal Clauzel se mit en marche. Lorsqu’il apprit cette nouvelle, l’Emir fit fermer les brèches de la ville et plaça des hommes avec des pièces de canon sur des monticules de terre construits à la hâte. Puis il quitta Mascara avec ses troupes et attendit les français en embuscade sur un mamelon attenant aux montagnes environnantes. Le 1er décembre la bataille s’engagea au pied du djebel Stamboul, dans l’Atlas. La lutte faisait rage, sanglante, au corps à corps jusqu’au moment où, à la hauteur des quatre marabouts de Sidi Embarak, les français prirent l’avantage. Vaincu, Abdelkader fut obligé de se replier vers le Sud. Mascara devenait ville ouverte. Comprenant que leur capitale était sur le point de tomber aux mains des français, les tribus des environs qui n’avaient pas suivi l’émir se jetèrent sur la ville, comme des vautours. Ils pillèrent, volèrent, violèrent détruisant tout ce qu’ils trouvaient pour ne rien laisser aux roumis. A cette nouvelle les troupes d’Abdelkader abandonnèrent leur chef et se ruèrent sur Mascara pour participer à l’hallali.

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Quelques heures plus tard, le 6 décembre 1835, alors que la nuit tombait, sous une pluie battante, Clauzel pénétrait dans la cité maudite. Tout n’était que désolation, tourmente, épouvante. Les combattants de l’Emir avaient pillé tout ce qui avait pu tomber entre leurs mains. Aucune âme vaillante n’osait bouger. Les soldats français avançaient tétanisés, ils entendaient les cris de détresse et de souffrance des blessés. Des maisons éventrées sortirent des survivants hébétés, un millier de juifs, qui avaient échappé au massacre et qui accueillirent les français comme des libérateurs. Mais Clauzel n’avait que faire de cette victoire, cette ville ne lui servait à rien. Ses troupes n’étaient pas assez nombreuses pour l’occuper, il était venu pour donner une leçon à Abdelkader et son objectif avait été atteint. Il décida donc de détruire les édifices publics et les bâtiments qui appartenaient aux troupes d’Abdelkader et qui restaient encore debout. Il laissa ensuite son armée se reposer trois jours avant de repartir. Les juifs, apeurés, craignant pour leur sécurité, lui demandèrent protection. Par pitié, il accepta de les emmener avec lui. Mais les conditions climatiques étaient épouvantables. Ils avaient 80 kilomètres à faire pour rejoindre Oran dans le froid et sous la pluie. Le terrain lourd, détrempé, en pleine montagne ne laissa aucune chance aux malheureux proscrits. Chaque pas était une aventure pouvant aboutir à la mort. Ils s’engagèrent sur le flanc d’un précipice. Rocaille, terrasses, broussailles, la nature se faisait sauvage, lugubre et la peur au ventre ne rendait pas la marche facile. Cela dura une éternité, le sommet fut atteint dans un silence terrifiant. Ils étaient épuisés. C’est en abordant la descente pierreuse et boisée qu’ils commencèrent à souffler. Pleins de compassion, les cavaliers français mettaient les femmes et les enfants sur leurs chevaux, les fantassins portaient les enfants sur leurs épaules. La colonne de réfugiés retarda la marche de Clauzel. Beaucoup périrent sur ce chemin diabolique. Peu nombreux furent ceux qui le 11 Décembre se retrouvèrent dans la plaine avec l’armée française. Le lendemain les soldats et les quelques rares survivants juifs arrivaient à Mostaganem où le duc d’Orléans blessé s’embarqua pour Paris.

Par Didier NEBOT Extrait de « Mémoire d’un Dhimmi »


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CINÉMA

IDA, une quête de l’identité dans une Pologne décolorée des années soixante Dans la Pologne des années 60, la guerre est finie depuis près de 20 ans mais les stigmates sont toujours bien présents, les traumatismes affleurent et l’horreur hante les esprits.

U

ne jeune fille orpheline de 18 ans, Anna, grandit dans une école monastique. Avant de prononcer ses voeux pour devenir nonne, Anna part à la rencontre de sa tante, (Agata Kulesza), Wanda, la sœur de sa mère disparue, une brune d’âge mur, juge communiste, seul membre de sa famille encore en vie, dont Anna ignorait pourtant jusqu’à présent l’existence. Elle apprend pour la première fois ses origines juives et que son nom était initialement IDA. Le passé d’Anna va ressurgir et fera alors l’objet, pour la première fois, de stupéfiantes révélations. Ida sera confrontée à ses racines. Les deux femmes vont partir en quête de la vérité sur la disparition des leurs, entreprendre un voyage de réconciliation, qui devient, au fur et a mesure que l’on avance, un voyage au fin fond de l’enfer. L’histoire d’Ida est autant dans le scénario que dans la manière dont Pawel Pawlikowski a su la mettre en scène. Les images sont extraordinaires, les contrastes entre le noir et le blanc ainsi que toutes les nuances de gris sont également magnifiques et font d’Ida une expérience cinématographique réussie. Avant la sortie du film en salles le 12 février, Pawel Pawlikowski s’est confié a Tribune juive. Entretien :

et complexes J’ai essaye de traiter de sujets atemporels et universels, et j’ai aussi voulu raconter l’histoire d’Ida pour des raisons personnelles et artistiques.. TJ.INFO : Pourquoi avoir voulu tourner en noir et blanc ?

TRIBUNE JUIVE : Comment vous est venue l’envie de faire un tel film ?

PP : J’ai voulu tourner ce film en noir et blanc pour le replacer dans le contexte de l’époque mais aussi parce que je me souviens de cette période en blanc et noir. En fait, j’avais envie d’un film qui suggère le plus possible en montrant un minimum.

Pawel Pawlikowski : J’avais envie de réaliser un film sur la Pologne, pas la Pologne de nos jours, mais celle des années soixante. Ida se situe a un moment précis de l’histoire, mais n’est pas un film historique. Le film présente des personnages très spécifiques

TJ.INFO : Vous avez choisi de situer votre film en 1960. En Pologne les fantômes de la seconde guerre mondiale sont omniprésents. Est-ce un voyage de mémoire que vous avez voulu effectuer ?

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PP : Oui bien sur, mais j’ai voulu évoquer surtout des mémoires très personnelles, fantômes de ma jeunesse, de la vie de mes parents, de la génération de mes parents. TJ.INFO : C’est aussi vers un voyage initiatique que vous emmenez le spectateur. En allant à la recherche de ses parents Ida et sa tante vont rouvrir des blessures terribles dont on ne sait pas s’il est possible de se relever. PP : Oui, c’est vrai de telles blessures sont souvent difficiles a assumer. L’une de mes héroïnes se relève, l’autre pas. TJ.INFO : Vous évoquez le sort des enfants cachés et recueillis élevés dans la foi catholique et qui découvrent plus tard leur judaïsme. N’est ce pas un sujet déjà traité et qui a fait couler beaucoup d’encre ? PP : Peut être, mais le film ne traite pas seulement de ce sujet. Il dépasse ce cadre. TJ.INFO : C’est une débutante, Agata Trzebuchowska qui joue Anna. Comment l’avez vous trouvée ? PP : Tout simplement dans un café à Varsovie. Elle avait cet aspect sérieux et vrai que je recherchais. Son visage était enfantin mais sa personnalité dégageait une maturité, une force qui contrastaient avec un calme extérieur. Mes producteurs ont été sceptiques de me voir choisir pour le rôle central, une inconnue, qui de plus, n’avait aucune envie de devenir comédienne par la suite. Mais le risque a payé. Je ne peux imaginer personne d’autre qu’elle dans le rôle d’Ida

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TJ.INFO : La musique est très présente dans le film, pourquoi de tels morceaux et qu’apporte-t-elle au film ? PP : Les morceaux que j’ai choisis sont des morceaux de l’époque que j’aime et dont je me souviens vivement.. ces chansons pop et morceaux du jazz suggèrent dans ce paysage dur, austère, un nouveau ferment, une nouvelle vie, une volonté de vie, apres les années de plomb, les traumas de la 2eme guerre mondiale et la terreur stalinienne. Ida a remporté La Flèche de Cristal, lors de la 5ème édition du Festival de Cinéma Européen des Arcs en décembre 2013. Et le prix Fipresci au festival de Toronto 2013.

Propos reccueillis par Sylvie Bensaid Pawel Pawlikowski est un cinéaste polonais qui n’avait encore jamais tourné dans son pays d’origine. Né en 1957 à Varsovie le réalisateur quitte son pays natal à l’âge de quatorze ans et vit entre Londres, l’Allemagne et l’Italie avant de s’installer définitivement au Royaume-Uni. Après des études de littérature et de philosophie, il débute sa carrière en réalisant des documentaires pour la BBC. Il reçoit le British Film Academy Award (BAFTA) du Meilleur Jeune Réalisateur britannique en 2001 pour son deuxième long métrage, Transit Palace, et le BAFTA du Meilleur Film britannique en 2005 pour son troisième, My Summer of Love.


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COMMUNAUTÉ

Le renouveau du Keren Hayessod en France Depuis 1920, le Keren Hayessod, Appel unifié pour Israël est à l’avant-garde de la construction, de la croissance et du progrès d’Israël. Il a été fondé pour servir de branche de collecte de fonds du Mouvement sioniste et son histoire est inextricablement mêlée à celle de l’Etat d’Israël.

L

e Keren Hayessod qui collecte aujourd’hui dans 42 pays, est devenue une structure indépendante en France depuis quelques mois. Nous avons voulu faire le point avec Richard Prasquier, son président. TRIBUNE JUIVE : Qu-est ce que le Keren Hayessod ? Richard Prasquier : Le Keren Hayesod fait partie des très rares organisations nationales d’Israël. Il existe depuis 1920 et la collecte qu’il a effectuée a joué un rôle de premier plan dans la création et la mise en place des structures matérielles, professionnelles, éducatives et organisationnelles de ce qui est devenu l’Etat d’Israël. Le Keren Hayesod a toujours travaillé de concert avec l’Agence juive, qui a été créée quelques années plus tard. Il en a

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été, et il en est actuellement encore le collecteur majeur au sein de la diaspora juive, hors USA, pour l’ensemble des activités de l’Agence juive en matière d’Alyah, d’identité juive et d’aide aux populations en difficulté. Ces activités (comme l’Alyah des juifs russes et les autres....) ont façonné l’histoire de l’Etat d’Israël. Le Keren Hayesod porte également des projets spécifiques qui lui sont attribués en partie par le gouvernement israélien. Actuellement les programmes élaborés dans ces directions sont déterminés en harmonie avec le gouvernement israélien et les ministres concernés (Affaires sociales notamment). C’est pourquoi nous disons que donner au Keren Hayessod n’est pas seulement donner en Israël, c’est donner à Israël.


39 TJ.INFO : Pourquoi le partenariat que vous constituiez avec l’Aujf s’est il rompu ? RP : Le Keren Hayesod n’avait pas, contrairement à ce que vous écrivez, de partenariat avec l’AUJF. Il était un co-parrain de l’AUJF. Il avait depuis 1967 en France un partenariat exclusif exclusif avec le FSJU : c’est la signature de ce partenariat qui a généré le sigle AUJF qui appartient, en toute logique, aux deux partenaires. Cette question de terminologie est importante à mes yeux. Sur la rupture, je me suis exprimé à plusieurs reprises et je ne retire pas un mot de ce que j’ai dit. Mais je ne veux pas aujourd’hui m’étendre sur le sujet, bien que beaucoup de contre-vérités aient été publiées. Nous avons beaucoup mieux à faire qu’à ressasser le passé et il est indispensable qu’une relation de coopération confiante s’établisse désormais avec une organisation, le FSJU, avec laquelle nous partageons beaucoup de valeurs et pour certains beaucoup d’histoire. Nous attendons les prochaines élections au FSJU, convaincus qu’elle permettront l’établissement d’un nouveau climat. TJ.INFO : Avez vous de nouveaux partenaires pour vous soutenir ? RP : Nos nouveaux partenaires? Tout simplement l’Etat d’Israël, l’Agence juive, bien entendu, et l’ensemble des organisations juives mondiales qui se retrouvent dans les conseils du Keren Hayesod et au Board des Gouverneurs de l’Agence juive où j’ai été récemment coopté. En France, nous sommes évidemment proches de la Fondation France Israël. TJ.INFO : Le Keren Hayessod n’est pas très connu en France comme organisme de collecte ? A-t-il sa place ? RP : C’est vrai que le Keren Hayessod (il y a deux s pour l’organisation française, un seul pour l’organisation israélienne !) n’est pas très connu en France. Les plus anciens se souviennent de la «Magbit» qui était le collecteur pour Israël avant 1967. Mais depuis cette date, donc depuis la création du sigle commun AUJF, le Keren Hayesod n’avait plus de raison de se maintenir en France, puisqu’il recevait un pourcentage de la collecte commune. Ce pourcentage étant devenu minime (nous avons les chiffres précis) et la rupture ayant de plus eu lieu, il a été nécessaire d’établir une nouvelle structure et de ressusciter un nom disparu de la mémoire depuis 45 ans: ce n’est pas une tâche simple. Quant à notre place, il n’y a pas de souci. Nous l’avons justifiée dès nos premiers mois d’existence, avec une collecte qui a dépassé nos espoirs. TJ.INFO : Quelles sont les actions que vous menez auprès du grand public ? RP : Nous présentons au public les différents programmes que nous soutenons: ce sont des programmes qui fonctionnent déjà et

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qui sont d’une très grande qualité. Je propose à vos lecteurs d’en prendre connaissance, ou de faire partie des voyages que nous menons pour faire connaitre ceux qui se trouvent physiquement en Israël. Nous essayons d’être aussi précis que possible dans l’affectation des dons de sorte que la personne puisse être sûre que son souhait, si elle en a formulé un, sera respecté. Ces programmes, je le rappelle, intéressent les jeunes à qui on veut faire connaitre les possibilités de travail et de vie en Israël, comme Masa, Yalla ou le Bac Bleu Blanc, de façon à donner un contenu israélien à leur conscience juive. Ils intéressent aussi les enfants et les familles en détresse, les populations fragiles, pour des raisons d’âge (survivants de la Shoah), d’origine (Ethiopiens...) ou de handicaps divers, ainsi que l’humanitaire en général en association avec les jeunes israéliens (Ten) TJ.INFO : Comment vous positionnez-vous face a l’Aujf qui a une communication très importante ? RP : Nous ne voulons pas contribuer à l’inflation communicationnelle, mais nous devons travailler pour nous faire connaitre. Nous avons le meilleur «produit d’appel», qui est Israël lui-même et il n’y a aucune ambiguïté à ce sujet. TJ.INFO : Quels sont vos objectifs pour 2014 ? RP : Je pense que 2014, puisque les difficultés d’enfantement de l’an dernier sont maintenant surmontées, sera une année de développement où nous pourrons étendre nos liens avec un nombre accru de contributeurs. Laissez-moi espérer avec beaucoup d’intensité que ce développement se fera désormais dans l’harmonie avec ceux qui partagent nos objectifs et que, quoi qu’il arrive, je ne pourrai jamais considérer comme des adversaires.

Propos reccueillis par Sylvie Bensaid


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EXPOSITIONS

«Regards sur les ghettos» L’exposition phare du Mémorial de la Shoah, à voir absolument jusqu’au 28 septembre 2014

O

ui, cette exposition est à voir absolument et à deux titres : axée sur la vie des ghettos de ces Territoires de l’Est de la Pologne annexés par le Reich en 1939, elle est aussi particulièrement instructive quant à l’usage et au message de l’image, ici la photographie. Dans nos sociétés contemporaines du tout-image, du trop-d’images diront certains, une telle exposition a le mérite non seulement de témoigner de faits historiques précis mais aussi de décrypter le message du langage photographique. Qu’elle soit numérique ou argentique, l’image n’est jamais neutre. Et bien avant que nos communicants des temps modernes ne s’en mêlent, le sage Confucius avait déjà bien compris qu’ « une image vaut mieux que mille mots »... Pour la première fois en France, près de 500 photographies
sont réunies au Mémorial de la Shoah, issues de plusieurs collections

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réparties en Europe, en Amérique du Nord ou en Israël. Elles sont l’œuvre de photographes juifs comme Henryk Ross, Mendel Grossman ou George Kaddish, de photographes allemands plus ou moins proches du régime nazi comme Max Kirnberger, Willy Georg ou Heinrich Jöst ou de simples soldats, toutes fruits du témoignage historique, de la curiosité, ou de la propagande antisémite. Instantanés de spontanéité d’une vie quotidienne encore possible, fragments de temps qui ne reviendra pas, secondes de vie volées pour la dignité ou dans l’indignité, voire de mises en scène macabres, elles sont regards pluriels sur une seule et unique misère, celle des ghettos polonais de Cracovie, Lodz, Lublin ou de Kaunas en Lituanie, territoires de l’exclusion puis de l’extermination des Juifs, de 1939 à 1944. Ces clichés disparates sont aussi de véritables actes de résis-


41 tance de la part de ces photographes juifs interdits d’exercer leur métier dans l’ensemble de l’Europe occupée. En dépit de ces ordres, et risquant leur vie pour ne pas y obéir, les Juifs européens continuèrent à prendre des photos de leur propre destruction tout au long des années d’occupation. Comment ces photographies ont-elles survécu ? Certaines furent confiées à la garde temporaire d’amis chrétiens, d’autres furent enfouies dans le sol, protégées dans des bouteilles de lait et exhumées après la guerre. Une précieuse minorité fut cachée dans des semelles de chaussures et voyagèrent secrètement du ghetto au camp de concentration. Rescapé comme son confrère Henryk Ross, George Kadish émigré aux Etats-Unis où il décèdera en 1997, déclarait « avoir ressenti le sentiment d’une injonction historique de porter les terribles événements du ghetto au monde extérieur, à nos enfants et aux générations à venir afin qu’ils sachent, concrètement, ce qui s’est passé à cette époque. » Face à eux, les photographes de la propagande nazie ne chôment pas pour illustrer le discours antisémite des journaux. Das Schwarze Korps, journal de la SS, ou le Berliner Illustrierte Zeitung, rivalisent ainsi dans le portrait des caractères typiques du Juif coutumier du discours nazi : le juif est « laid », « sale », « fourbe », « dégénéré », « égoïste » et « dangereux ». Le ghetto révèle le Juif tel qu’en lui-même, à l’état brut, un « monstre biologique » qu’il faut isoler, combattre et tuer. Si les Juifs sont enfermés derrière les hauts murs des ghettos, si on a aménagé des passerelles pour que leur chemin ne croise jamais celui des non-Juifs, c’est parce qu’ils sont malades et infectieux. Sur l’une de ces photos, le visage d’un homme apparaît au hublot d’une porte, barrée d’un

panneau qui indique : « Typhus ! Entrée et sortie rigoureusement interdites ». Les ghettos, affirme la propagande nazie, ne sont pas des prisons, mais des zones de quarantaine pour isoler la population saine de la maladie juive… Réunis au sein des Compagnies de propagande (PK), les photographes allemands comptent dans leurs effectifs plusieurs éminents professionnels de la vie civile tels Ludwig Knobloch, Albert Cusian, ou Zermin, qui, une fois enrôlés, reçurent un statut spécial de reporters militaires indépendants. Autre source enfin, fort intéressante elle-aussi pour ce qu’elle montre et ne montre pas, différemment des deux premières, celle des clichés des soldats allemands, photographes amateurs mais dont l’engagement n’avait rien d’amateur car photographier les ghettos sans supervision est alors une pratique interdite aux soldats de la Wehrmacht. Walter Genewein, membre du NSDAP, prend ainsi jusqu’en août 1944 de nombreux clichés en couleurs du ghetto de Lodz avec un Movex 12 confisqué à un Juif en vue d’une exposition qu’il n’aura pas le temps de monter. Elles sont en noir et blanc, certaines en couleurs, granuleuses, plus ou moins floues, cornées, froissées, ou remarquablement conservées. Toutes rendent compte authentiquement, sous une forme ou sous une autre, de ce qui se passait devant l’appareil, en dépit voire à l’insu de l’intention du photographe.

Par Brigitte THÉVENOT Regards sur les Ghettos, jusqu’au 28 Septembre 2014, Entrée libre. Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy-l’Asnier, 75004 Paris. Tél. : 01 42 77 44 72. www.memorialdelashoah.org. TRIBUNEJUIVE.INFO - JANVIER / FEVRIER 2014


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ISRAËL

Les oliviers en Israël Muhammad Amir affirme que ses oliviers ont plus de cinq mille ans. Aux visiteurs de son pressoir dans l’ancienne cité de Peki’in en Haute Galilée, cet oléiculteur druze raconte que son huile provient d’olives cueillies dans des arbres qui ont entendu parler le Messie.

L

a culture des olives est une culture ancienne en Israël mais tout comme pour le chocolat ou le vin et beaucoup d’autres produits, on voit se créer et s’installer de petits commerces comme celui d’Amir qui sont une nouvelle façon de fidéliser les consommateurs. Comme tous les israéliens qui sont dans l’activité de l’huile d’olive, Amir est très occupé par la récolte d’olives qui se déroule d’octobre à décembre et qui, dans le nord du pays, est accompagnée par le festival des jours de la branche d’Olivier. Chaque année, des milliers d’israéliens attendent ce festival qui s’est déroulé pour la 19 éme fois depuis la fin du mois d’octobre jusqu’à la fin de Hannukah. Il présente des activités variées dans des lieux différents chaque semaine, selon le rythme naturel de progression de la récolte qui commence d’abord dans les régions

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les plus ensoleillés et les plus chaudes et qui progresse vers le nord, en Galilée et au Golan. Les visiteurs peuvent participer à la fabrication de l’huile d’olive selon les différentes méthodes mises au point par les Juifs, les Musulmans, les Druzes, les Bédouins et les Circassiens. Le festival propose des lectures, des visites guidées, des boutiques, des promenades à bicyclette, des dégustations d’huile d’olive . Il est même possible de participer a la récolte en cueillant les olives et en les pressant. Amir nous explique que dans le temps on utilisait des meules et des ânes mais maintenant, on a des méthodes modernes. Les olives sont restées les mêmes : une espèce d’olives Oléa Europea qui viennent de la ville de Tyr.


44 Le pressoir de Goren en Galilée ouest appartient à des juifs qui utilisent des olives d’origine française, les picholines qui sont relativement nouvelles en Israël et des olives Barnea . UNE CUILLERÉE D’HUILE CHAQUE MATIN On y a fait une courte étape : visite de l’oliveraie, du pressoir décoré des médailles récoltées dans les concours internationaux et le propriétaire Yakov Pinchasian nous donne le conseil de prendre une cuillère à soupe d’huile d’olive tous les matins : « C’est bon pour le cœur, la digestion et le cholestérol » nous déclare Pinchasian dont la marque est « Torak ». La plupart des presses à huile sont situées dans le nord et il y en a peu ailleurs. Sde Moshe est un moshav situé au milieu du sud du pays, près de la ville de Kyriat Gat. La famille Tamir fut une des premières à s’installer dans cette région pour faire fleurir le désert du Negev selon le vœu de David Ben Gourion : Tova et Shmuel Tamir bâtirent leur maison en 1956 et essayèrent plusieurs types de récoltes y compris la culture des oliviers depuis 1970. Leur petit fils, Ido Tamir ouvrit la boutique de la famille Ptora qui produisait de l’huile d’olive et commercialisait du miel et des vins. « Notre famille est parmi les premières familles juives à développer une à oléiculture moderne en Israël » déclare Ido, « jusqu’en 1970 les Arabes ��taient les seuls à cultiver des oliviers. Nous avons avec d’autres ouvert des fermes boutiques qui nous permettent de contrôler tout le process, de la plantation à la récolte, de la fabrication à l’embouteillage et à la commercialisation. » Ptora produit entre dix et vingt tonnes d’huile d’olive par an ce qui en fait un producteur moyen. Aussitôt après la récolte, les olives sont pressées à froid et l’huile remplit des tonneaux hermétiques pour la mettre à l’abri de l’air et de la lumière. Trois mois après, l’huile est filtrée et devient une huile extra vierge contenant moins de O, 8 % d’acidité. 20.000 TONNES D’HUILE D’OLIVE Israel produira cette année environ 20.000 tonnes d’huile d’olive ce qui est un très faible pourcentage de la production mondiale. L’Espagne en produit 40 % et en ajoutant la Grèce, l’Italie et le Portugal, l’Europe en produit 70% . Et si la production israélienne est une goutte dans l’océan, l’huile d’olive israélienne est parmi les meilleures du monde selon l’Olive Board israélien. En raison de ses effets salutaires et de l’émergence d’une nouvelle cuisine israélienne, la demande en huile d’olive est très élevée en Israël, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle. De l’huile d’olive bon marché est importée de partout et menace les producteurs du pays et leurs clients car de grandes sociétés mélangent les huiles d’importation et la production isTRIBUNEJUIVE.INFO - JANVIER / FEVRIER 2014

raélienne et embouteillent et vendent comme s’il s’agissait d’une huile purement israélienne. Certains produits ne peuvent prétendre à la qualification d’huile extra vierge et le pire encore est l’addition d’huiles de soja ou de maïs ou même d’huiles impropres à la consommation. Il y aune véritable crise dans l’industrie de l’huile d’olive en Israël : une des principales raisons est l’importation d’huiles d’olives européennes qui sont commercialisées à des prix très bas. L’huile d’olive importée est moins chère parce que l’Espagne et les autres pays producteurs subventionnent alors que le Gouvernement israélien s’y refuse. Mais elle est également bon marché parce que les produits importés sont souvent de mauvaise qualité ou ont dépassé la date de validité. UN TIMBRE DE QUALITÉ Quand les consommateurs voient les produits importés vendus à bas prix dans les supermarchés , ils sont tentés de les acheter puisqu’ils ne savent pas qu’il s’agit de produits de basse qualité, sans valeur nutritive ou parfois même de produits falsifiés. Le Board a créé un timbre d’approbation pour aider les consommateurs à s’y reconnaître. Seules les marques qui produisent une huile d’olive cent pour cent israélienne ( et la Cisjordanie et le Golan sont inclus dans la dénomination ), ce qui inclut que les oliviers poussent en Israël, que les olives y sont pressées et l’embouteillage effectué, peuvent prétendre à bénéficier de ce timbre. Aujourd’hui, il y a 156 producteurs qui ont été retenus, 16 grosses firmes, 50 producteurs moyens et 90 petits récoltants. Ido Tamir est optimiste : les consommateurs israéliens commencent à faire la différence entre l’huile d’olive de grande qualité et ses imitations.

par André MAMOU d’après The Algemeiner


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SHOPPING NUXE

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