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2€ NUMÉRO OFFERT

• ARCADY TOURNE : «24 JOURS, LA VÉRITÉ SUR LA MORT D’ILAN HALIMI» • LE JOUR OÙ ISRAËL DEVAIT DISPARAÎTRE : KIPPOUR 1973

Karine Tuil : la consécration ? Dans l’Invention de nos vies, son neuvième ouvrage, le plus accompli, Karine Tuil nous livre un roman sur l’imposture, les faux-semblants, les identités trompeuses, l’argent, la réussite, l’amitié. INTERVIEW EXCLUSIVE ET ANALYSE DU ROMAN

SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013 - NUMÉRO 63

• LES JUIFS EN CHINE DEPUIS LE VIIIÈME SIÈCLE


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ÉDITO SOMMAIRE Histoire du «bulletin de nos Communautés» HISTORIQUE

P4

Karine Tuil la consécration INTERVIEW

P6

Commencer par sa blessure LIVRES

P8

Arcady tourne: «24 jours, la vérité sur la mort de Ilan Halimi» CINÉMA

P10

Israël et la corne africaine AFRIQUE

P12

Le jour ou Israël devait disparaitre : Kippour 1973 DOSSIER

P13

Netanya, veille de Kippour 1973 DOSSIER

P16

En chinois XIN veut dire nouveau ISRAËL

P18

Les juifs en chine: Depuis le VIIIéme siècle INTERNATIONAL

P19

Les odeurs et les saveurs du Maroc de ma jeunesse SOCIÉTÉ

P22

Hanokh Levin, le parcours d’un immense dramaturge Israélien PORTRAIT

P26

«inconnu à cette adresse» SPECTACLES

P28

«Les livres à s’offrir» LIVRES

P30

Un été bien bleu (bilan de rentrée) SPORT

P32

Les brèves

P25 P34

Edité par Yves Saro & Partners 78 Boulevard Soult - 75012 PARIS Directeur de la publication : Yves Sroussi Rédacteur en chef : André Mamou Directrice de la rédaction : Sylvie Bensaid Redactrice en chef adjointe : Line Tubiana Secretaire de rédaction : Michelle Delinon Maquette : Emmanuel Lacombe Journalistes : Maxime Perez, Brigitte Thévenot, Zibeline, Benjamin Altman, Amandine Sroussi, Bely Directrice de la publicité : Sylvie Marek Chef de publicité : Jeanine Konforti Photographe : Alain Azria Crédits photo : Wikipédia, Stock.xchng Commission prioritaire en cours. Abonnements : 01 53 33 88 60

La renaissance Tribune Juive Magazine vient de naître, de renaître. Il y a 68 ans, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, des gens admirables par leur courage et leur intégrité morale, avaient édité un petit journal de 6 puis de 8 pages : Le Bulletin de nos Communautés d’Alsace et de Lorraine. Le premier numéro est daté du 21 décembre 1945 et ce n’est qu’en 1965 que le Bulletin devint La Tribune Juive. Vous lirez tous les détails de sa naissance et de son développement dans le texte du Rabbin Jacquot Grunewald que nous reproduisons in extenso. Le magazine eut son heure de gloire surtout sous la direction de Pierre Besnaïnou, et quand Ivan Levaï, journaliste de talent et de conviction était aux commandes. Les difficultés de la confection d’un magazine, le coût exorbitant d’une distribution ciblée, la baisse du lectorat devant l’offre surabondante des radios, stations de télévision et le torrent ininterrompu de l’Internet mirent à mal Tribune Juive dont la coque percée prit l’eau jusqu’à s’échouer en mars 2011.

tous les sujets et toutes les disciplines. Républicain, laïque et admirateur de l’État d’ Israël, tel devait être le site Internet et ses animateurs se voulurent indépendants, rigoureux dans le contrôle de l’information, ennemis de la pensée unique, des controverses stériles et des jugements hâtifs. Allez sur Internet et cliquez sur tribunejuive.info : vous ne serez pas déçus ! Le site continuera d’exister, de publier tous les jours et d’envoyer par mail plusieurs fois par semaine une newsletter de ses meilleurs articles à ses lecteurs. Ce service gratuit, vous pouvez en bénéficier : il vous suffit de vous inscrire. Vous avez en mains le magazine Tribune Juive, navire dont nous avons réparé les avaries, que nous avons redressé pour le remettre à flot. On ne sait pas quel sera son destin. Il dépendra de l’estime que vous lui porterez . Nous avons fait de notre mieux, nous pourrons encore améliorer .

La communauté juive francophone et tous nos amis méritent un magazine ouvert à l’actualité avec Lui succéda un avatar de Tribune des analyses sans parti pris, avec de Juive, le site web tribunejuive.info l’intelligence pour convaincre et de animé par des rédacteurs du maga- l’optimisme pour séduire. zine, qui recrutèrent des talents et qui réussirent à fidéliser un lectorat On va essayer tous ensemble. nouveau dans sa grande majorité. La première conférence de rédaction décida que la mission était de rendre André Mamou compte de l’actualité de la commuRédacteur en chef nauté juive en France, en Israël et partout dans le monde en abordant

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HISTORIQUE

Histoire du «Bulletin de nos Communautés d’Alsace et de Lorraine » L’histoire du «Bulletin de nos Communautés d’Alsace et de Lorraine» est associée étroitement au retour à la France, après la Shoah, des deux provinces perdues, qui cessaient d’être «judenrein». D’autres ont parlé, d’autres parleront, de ces premières journées, des premières semaines ou des mois d’après-guerre, d’une communauté décimée, exsangue, sans moyens.

Q

uant au Bulletin (c’est ainsi que nous abrégerons dans la suite du texte), son premier numéro paraîtra le 21 décembre 1945, sous forme d’un bi-mensuel de six puis de huit pages 21x27, sans couleur bien sûr. Les noms qui apparaissaient, avec celui des communautés d’origine, laissaient deviner peu à peu les longues listes de tous ceux qui ne reviendraient plus, dont les noms seront gravés sur les monuments du souvenir dans les cimetières juifs d’Alsace et de Lorraine.

Nephtali Grunewald Co-fondateur du Bulletin

Salli, Salomon et Berthe Grunewald

Le Bulletin a été fondé par Abraham Deutsch, nouveau grand rabbin de Strasbourg et du Bas-Rhin, qui en était le rédacteur en chef et par mon oncle Nephtali Grunewald qui, avec sa sœur Berthe, en assura la charge financière et l’ensemble du travail technique. C’était là une façon de continuer l’œuvre entreprise à Limoges où la Communauté de Strasbourg était officiellement et pratiquement réfugiée pendant la guerre.

journal indépendant. Il faut avoir connu le grand rabbin Deutsch pour comprendre. Le rabbin à tous les niveaux de la réflexion était totalement indépendant des présidents, du Consitoire et de la Communauté.

Rubriques et articles Cependant, le Bulletin n’était pas seulement «communautaire». Par son apport rédactionnel, il était bien plus qu’un «bulletin». Au-delà de ses éditoriaux, le grand rabbin Deutsch rédigeait régulièrement La quinzaine dans le monde juif, de courtes informations et réflexions correspondant au titre de la rubrique. Il y avait bien sûr les lectures bibliques (qui, avec l’éditorial et d’autres articles paraîtront aussi en allemand jusqu’en 1965, pour les «parashioth») et puis des billets de toutes sortes. Dans le n°1, on peut relever les signatures de Edouard Bing, Benno Gross, Henri Smolarski, J.P. Blum (qui revenait de déportation) ainsi qu’un Rapport sur la situation de la communauté de Colmar après le retour de l’Alsace à la France, par le grand rabbin Fuks. Le fameux Carnet de famille y figurait déjà. Ainsi que Des nouvelles de partout grâce au service de l’Agence Télégraphique juive auquel le journal s’était abonné.

Journal communautaire ? Il faut s’entendre sur les mots. Ils n’ont sans doute plus la même signification qu’en ces temps d’après-guerre, où le retour d’une communauté, sa renaissance, étaient par euxmêmes la chose la plus merveilleuse qui Par la suite, au fur et à mesure que passent soit, quasi miraculeuse... Le Bulletin de nos les années, le journal s’étoffera; il paraîtra Communautés portait ce titre dans cette sous une couverture bleue avec sa mosaïque perspective. Cela dit, le Bulletin était un de publicité, une Revue de la presse fran-

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5 EN 1968 LE BULLETIN PRIT LE TITRE DE TRIBUNE JUIVE...

çaise et étrangère d’André Lazar, les contributions parisiennes de Roger Berg, celles d’Arnold Mandel, de Jean-Georges Kahn, du Dr. Joseph Weill, de Hélène Rapoport La Lettre de Jérusalem de Moshé Catane est sans doute le signe le plus évident que le grand rabbin Deutsch admettait que la forteresse d’une certaine orthodoxie intellectuelle pût être forcée.

gues restaient quasi désertes, était une démarche importante qui s’inscrivait parfaitement dans l’idée que je me faisais du travail rabbinique.

Souvenirs. Dans le premier numéro du Bulletin dont je prenais la charge, peu avant Ticha beav, en 1965, j’évoquais la présence de deux murs, le Kotel qui, cruellement, coupait Jérusalem en deux et celui de BerEnfin, avant de m’excuser auprès de tous lin qui perpétuait la guerre froide. Ce qui ceux que je devrais encore citer, il faut sou- prouve bien que l’optimisme et l’espoir ne ligner le rôle de Claude Hemmendinger qui sont pas des denrées prohibées. sut apporter au journal une note professionnelle. Je le pensais déjà. Et c’est pourquoi j’imaginais que le Bulletin pouvait officielleDu «Bulletin» à «Tribune Juive» ment sortir d’Alsace-Lorraine pour aller au devant d’un lectorat plus large. Lorsqu’en 1965, mon oncle décida de prendre sa retraite et m’invitait à prendre Ce fut d’abord, compte tenu de la place sa succession (je n’avais alors contribué à la de Strasbourg comme capitale de l’Europe rédaction que par le Coin des jeunes) deux et par l’ajout de pages pour la Suisse (après considérations m’amenèrent à répondre la fusion avec Liaison) et d’un carnet belge, positivement. La première, était le caractère le passage au Bulletin des Communautés indépendant du journal, le seul parmi tous d’Europe d’expression française ! les organes de la presse juive en France. A mon grand étonnement, personne ne Je m’en étais longuement entretenu avec protesta. Il est vrai qu’aucune organisation le rabbin Charles Friedeman, mon ami, juive européenne n’existait encore. Puis, en qui lui aussi écrivait dans le Bulletin, et qui 1968, le Bulletin prit le titre de Tribune Juive, considérait, comme moi, qu’une presse une façon de rappeler La Tribune Juive qui juive indépendante méritait d’être dévelop- paraissait à Strasbourg avant-guerre. pée. L’année suivante, Tribune Juive devint La seconde réflexion venait de l’état très hebdomadaire. faible de la communauté juive dans son ensemble. Et je me disais qu’un journal Commençait alors une autre histoire. arrivant dans les foyers, toutes les veilles de Shabath, alors que la plupart des synagoRabbin Jacquot Grunewald TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013

Ivan Levaï

Rabbin Jacquot Grunewald


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INTERVIEW

Karine Tuil : la consécration ? Dans l’Invention de nos vies, son neuvième ouvrage, le plus accompli, Karine Tuil nous livre un roman sur l’imposture, les faux-semblants, les identités trompeuses, l’argent, la réussite, l’amitié. C’est l’histoire d’un trio amoureux, au destin croisé. Samir, le musulman et Samuel, le juif, sont amoureux de Nina une somptueuse créature. Vingt ans plus tard, tout a changé. Samir qui est devenu un brillant avocat d’affaires à New York, doit son succès à une usurpation d´identité. Il a emprunté l’histoire familiale de son ami de jeunesse, Samuel. Ce roman phare de la rentrée, fait partie de la première sélection de romans en lice pour le Goncourt, le prix Interallié et le Femina.

d’un puissant entrepreneur juif américain – l’une des plus grosses fortunes américaines. TJ : Est-ce la contrainte sociale qui oblige Samir à un changement d’identité ? KT : Samir est persuadé d’avoir été victime d’une discrimination raciale, alors que Pierre Lévy, son employeur puis associé, lui dira un peu plus tard dans le livre - c’est un passage très important – que, « dans notre société, la discrimination n’est pas raciale mais sociale », précisant qu’il l’aurait embauché même s’il avait su qu’il était musulman. Samir, d’une certaine façon, s’est laissé piéger par son mensonge originel, mais il n’y avait chez lui ni honte des origines, ni volonté de tromperie.

Rencontre avec Karine Tuil, une jeune femme à l’allure volontaire, un esprit toujours en éveil, un regard qui déTJ : Samir a-t-il un désir de revanche si fort qu’il l’emvoile une part de douceur et de fragilité pêche de se dévoiler ? Tribune juive : Dans L’invention de nos vies, votre dernier roman, vous traitez de l’imposture, du mensonge, de la falsification, des sujets universels. Pensez-vous que ce sont des contre-valeurs totalement banalisées dans notre société ?

K.T : Samir est quelqu’un de très méritant, très brillant, Il est arrivé parmi les premiers au concours du Barreau de Paris. Le jeune des cités veut rompre le « cycle de l’échec et de la misère », lié à ses origines, notamment - sa mère est femme de ménage, son père, qui était chauffeur, est mort dans des circonstances tragiques alors que Samir était encore jeune. Il y a donc en lui un très fort esprit de revanche. Revanche sur l’amour, car il a été rejeté par la femme qu’il aimait - Nina l’a abandonné pour retrouver Samuel qui avait tenté de se suicider pour la garder - ; revanche contre la société qui impose ses règles sociales impitoyables et auxquelles il faut se soumettre pour survivre ; revanche contre l’humiliation qu’a subie sa mère qui a eu une liaison avec son employeur, un homme politique français, membre du parti socialiste qui, après lui avoir fait un enfant qu’il a refusé de reconnaître, l’a abandonnée.

Karine Tuil : Oui, je crois que Samir est assez emblématique de notre société, c’est un Rastignac des temps modernes, un ambitieux mais c’est aussi un pur produit de la « méritocratie » à la française. Il est travailleur, volontaire, il a envie de trouver sa place sociale et est prêt à tout pour ça. Mais il va être acculé au mensonge d’identité parce qu’il pense être victime d’une discrimination raciale. Etudiant brillant, il est persuadé que les lettres de refus d’embauche des prestigieux cabinets d’avocats sont dues uniquement à son patronyme d’origine arabe. Samir Tahar, devenu Sam, rencontre Pierre Lévy, son futur employeur qui, d’emblée, le prend pour un juif. En effet, le nom de Tahar est porté ausTj : Vous êtes-vous inspirée de DSK pour les pulsions si bien par des juifs d’Afrique du nord que par des musul- de votre héros? mans. Samir ne dénonce pas ce quiproquo et commence à New-York une brillante carrière sous l’impulsion de Pierre K.T : Non, je ne me suis pas inspirée de DSK, mais le Lévy et de celle qui deviendra sa femme, Ruth Berg, la fille goût pour une sexualité sans contrainte était un trait de caTRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013


7 ractère qui rendait Samir plus intéressant. C’est un séducK.T : Etre écrivain c’est se nourrir beaucoup des autres, teur, noceur, un homme à femmes, qui a une sexualité tota- avoir le désir d’incarner plusieurs vies, en changer par prolement débridée, il est incapable de réprimer ses pulsions et curation, c’est être un peu acteur, ça donne une liberté, une le lecteur guette sa chute. audace, une énergie très particulières. J’aime soulever des questions de société comme l’antisémitisme, la discriminaTJ : Si votre livre devenait un film qui pourrait incar- tion, la quête identitaire et les intégrer dans une grande ner Nina ? histoire romanesque. A travers ce livre, je souhaitais évoquer les compromissions et les trahisons que chacun est K.T : Beaucoup de personnes s’y intéressent. Je vois prêt à faire pour trouver sa place sociale, notamment le bien Monica Belluci dans le rôle de Nina. Il faut une femme mensonge. Quant à l’identité, c’est un thème qui m’obsède extrêmement charnelle et sensuelle avec une charge érotique depuis mon premier roman. J’aime beaucoup cette phrase puissante. du poète russe Joseph Brodsky qui illustre bien mon livre : « Mon premier mensonge avait un rapport avec mon idenT.J : Dans votre roman, les femmes sont soumises et tité. » manipulées et au fur à mesure on les voit s’émanciper. T.J : C’est aussi un livre sur l’amitié ? K.T : La question des rapports de pouvoir, que ce soit dans la sphère professionnelle ou intime, m’intéresse deK.T : Oui, amitié déçue ou amitié forte, proche de la puis longtemps. J’ai d’ailleurs écrit un livre à ce sujet «La fraternité. Dans ce livre, l’amitié entre Samir Tahar et son Domination». Il me semble que beaucoup de choses se mentor Pierre Lévy est indéfectible. J’ai voulu parler de jouent dans les rapports de pouvoir, de désir. Les femmes réconciliation. C’était important d’évoquer l’amitié judéodeviennent des enjeux, des objets, des faire-valoir pour des musulmane, les préoccupations communes, les crispations hommes plus puissants qu’elles. Au fil du livre, elles s’éman- identitaires. cipent, se libèrent du regard des hommes. T.J : Ce livre est aussi une variation sur la réussite ? T.J : Samuel a aussi un rapport ambigu avec son identité juive… Il va même jusqu’à changer de prénom. K.T : C’est un roman qui parle de l’obsession de la réussite dans nos sociétés occidentales. Qui est le raté ? Qui K.T : Samuel Baron, qui rêve de devenir écrivain, recon- a réussi ? Celui dont la réussite repose sur un mensonge verti en éducateur social auprès de jeunes en difficulté est identitaire ? Samuel qui a, en apparence, échoué mais qui le fils d’intellectuels juifs orthodoxes avec lesquels il rompt tire un certain orgueil de son refus des compromissions ? tout lien quand il apprend, à l’âge de 18 ans, qu’il n’est pas Mes personnages vont être placés successivement dans des leur fils biologique, mais celui d’une chrétienne. Il s’éloigne situations d’échec et de réussite. du judaïsme. Il vit dans une banlieue sous tension, où la montée de l’antisémitisme est très forte. Il est menacé, il a T.J : Comment vous est venue l’idée de ce roman ? peur, et se voit contraint de cacher sa judaïté, il prend le prénom de son père, Jacques. Dans mon livre, tout le monde K.T : J’avais été très marquée par la vague de suicides à ment sur son identité pour survivre. France Telecom, signe d’une société malade de son obsession de la performance. Je voulais décrire le climat de vioTJ : Peut-on se réinventer une vie ou est-ce une illusion ? lence et de brutalité qui sévissait dans notre société contemporaine, l’esprit concurrentiel, l’obsession de la réussite, de K.T : Ce qui m’intéresse, c’est le désir qu’on peut avoir la compétitivité. d’échapper au déterminisme, de se créer une identité propre. Dans une société ultra compétitive, où la réussite est T.J : Avez-vous toujours eu ce goût pour l’écriture ? une norme sociale à laquelle il faut se soumettre, peut-être encourage-t-on les gens à falsifier leur existence, à mentir K.T : Très tôt, ma mère qui était par ailleurs assez réserpour paraître sous un jour plus favorable, plus enviable. vée et pudibonde, qui m’interdisait par exemple de voir une « Avec le mensonge on peut aller très loin, mais on ne peut scène un peu osée à la télévision, m’a donné à lire des textes jamais en revenir » dit un proverbe yiddish, qui m’a guidée forts – pas toujours adaptés à mon âge d’ailleurs : Camus, tout au long de l’écriture de ce roman. On voit les person- Vian, Kafka, dans une liberté totale, m’incitant à échanger nages, tour à tour s’inventer des vies… mais tôt ou tard ils avec elle après lecture, sans tabou. J’ai toujours aimé écrire, sont rattrapés par leurs origines, leur passé. Pour Samir, j’ai fait des études de droit pour rassurer mes parents, mais qui a tout eu, être débarrassé de son masque social devient j’ai écrit mon premier roman à l’âge de dix-neuf ans sans libératoire… il s’affranchit enfin des non-dits et des secrets. être publiée. D’ailleurs, mon roman est aussi une réflexion sur l’écriture, sur la place de l’écrivain dans notre société. T.J : Vous abordez dans ce livre des thèmes récurrents : le mensonge et l’identité… Propos reccueillis par Sylvie Bensaid TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013


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LIVRES « L’INVENTION DE NOS VIES » DE KARINE TUIL

Commencer par sa blessure « Commencer par sa blessure, commencer par ça - dernier stigmate d’un caporalisme auquel Samir Tahar avait passé sa vie à se soustraire » « ...Lui même n’aspirait plus qu’à jouir de son identité retrouvée. » Ce sont la première et la dernière phrase de « L’invention de nos vies », roman de Karine Tuil : 493 pages (Grasset).

I

l y a trois personnages principaux : Samir, arabe musul- sollicités, comme dans les tragédies du répertoire classique. man, fils d’immigrés tunisiens, Samuel, fils d’une polo- Il y a l’épouse de Samir, parfaite jewish american princess... naise catholique, adopté par des juifs français communistes « revenus» à la religion, Nina trop belle, fascinante, Mais le livre de Karine Tuil n’est pas seulement un roman que les deux hommes se disputent. réussi, c’est aussi un reportage fouillé, une analyse au scalpel des banlieues françaises, « léopardisées» par des zones de Celui qui devient avocat de haut niveau à New York et non droit, avec une jeunesse en déshérence et en désesqui épouse la fille du juif le plus important de Manhattan, pérance. Les ascenseurs toujours en panne dans les barres c’est l’arabe. Celui qui végète à Clichy sous Bois dans un emploi d’assistant social, c’ est le juif. Nina, elle a aimé le premier, elle est restée par pitié avec le plus faible mais elle Personne n’ est à sa place, chacun s’invente un le quittera pour le premier. Pour réussir à Paris puis à NewYork, Samir ne contredit pas son premier employeur qui pense avoir engagé un jeune avocat juif prénommé Sami. « On peut aller très loin avec le mensonge... » Et Sami bâtira sa carrière, son mariage, sa vie sur un malentendu jamais dissipé. Samuel se veut écrivain mais n’ a jamais été édité. Son échec le transforme en agressif hystérique. La misère s’impose à lui mais il ne l’assume pas et se drape dans une attitude de mépris envers tous ceux qui connaissent la réussite. Il en est même réduit à recevoir les arabes venus lui demander son assistance en se cachant d’être juif. Personne n’ est à sa place, chacun s’invente un rôle mais la vie va rebattre les cartes et le jeu va changer pour chacun des personnages. C’est un beau roman. Karine Tuil raconte une histoire, une intrigue, avec un début, des rebondissements et des personnages secondaires qui sont les acteurs, les témoins de la tragédie. Le demi frère de Samir, né d’une relation ancillaire, blond comme son père, homme politique français, qui devient terroriste après avoir été dealer puis musulman intégriste. Il y a l’avocat juif parisien, tout en intelligence et en culture qui écoute les confidences et donne les conseils

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rôle mais la vie va rebattre les cartes et le jeu va changer pour chacun des personnages.

de 8 étages, c’est pour décourager ou ralentir les policiers venus arrêter des auteurs de délits ou les dealers de shit et de coke, ou de simples préposés au guet. « L’invention de nos vies », c’est également une réflexion sur le sort réservé aux arabes ou plutôt sur l’idée qu’ils s’en font: « Pour trouver un bon travail quand on est arabe,tu peux crever, et un logement, oublie. Les Français ont fait venir nos parents, ils leur ont promis l’eldorado et, au lieu de ça, ils les ont parqués comme des bêtes dans des cités-dortoirs, ils les ont exploités, maltraités, maintenant ils veulent s’en débarrasser, et tu voudrais quoi, que nous, leurs enfants, on dise merci ? Les juifs sont toujours là, à pleurer sur leurs morts, mais nous, qui pleure sur nos victimes ? Tu veux que je te dise ? Les morts n’ ont pas tous la même valeur ! » Karine Tuil rapporte aussi ce que beaucoup d’arabes pensent des juifs quand il leur arrive de s’ exprimer : « Les juifs ne sont pas paranoïaques peut être ? Dès qu’ils sont visés par la moindre remarque, dès qu’ils se sentent mal-aimés, lésés, critiqués, ils dégainent leur arme, l’antisémitisme ! »


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L’écriture de Karine Tuil est vive, précise, nerveuse : peu de descriptions et beaucoup de dialogues, de confessions. Elle utilise souvent des phrases avec deux ou trois verbes ou adjectifs séparés par des barres obliques : « il te faut charmer/ruser/négocier» ou autre exemple : « quelque chose était corrompu/détruit /souillé ». Il y a également quelques notes en bas de page pour rendre vrais des personnages sans importance : par exemple, deux dan-

« Pour trouver un bon travail quand on est arabe,tu peux crever, et un logement, oublie. » seuses nues dans une boîte de nuit, astérisque et en bas de page : « Charlène et Nadia, 23 et 25 ans. La première rêvait de devenir danseuse classique, la seconde avait été longtemps professeur d’aérobic ».

C’est un livre sur l’état de la France aujourd’hui, laïcité et communautarisme, hostilité raciste et violence incontrôlable, chômage humiliant et assistance décourageante. Le pays ne va pas bien et chacun le ressent. Karine Tuil restitue la vibration et son livre interpelle : « supporter l’horreur économique, l’horreur sociale-utopie car rien ne changera, toujours plus minable, faut pas rêver »

Karine Tuil Romancière

Le Point parle d’une « fresque post balzacienne sur l’ambition et ses ressorts » mais ce livre puissant charrie les craintes « d’un avenir sombre, terrorisant » et il parle surtout de passion, d’ambition , de mensonge, et de désillusion . Samir, Samuel, Nina ont quarante ans. « Les feux mal éteints » de leur jeunesse brillent encore dans leurs yeux. Le livre de Karine Tuil parle de la vie qui vous fait exulter et qui peut vous broyer. André Mamou

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L’invention de nos vies, Karine Tuil Éditions Grasset


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CINÉMA

Arcady tourne : « 24 jours, la vérité sur la mort de Ilan Halimi » Ilan Halimi, est le premier juif assassiné en France depuis la fin de la guerre mondiale. Aucun d’entre nous ne l’a oublié : c’est notre épine au cœur. Il va y avoir deux films, le second sera tourné par Richard Berri , le premier est en cours de tournage par Alexandre Arcady. Arcady a été « adoubé » par Ruth Halimi, la mère d’ Ilan qui avait signé avec Émilie Frèche un témoignage intitulé : « 24 jours, la vérité sur la mort d’Ilan Halimi ». Ce sera le titre du film et la distribution réunit des talents confirmés et des nouveaux venus au profil intéressant. Zabou Breitman reprend le rôle de Ruth qui devait être celui de Valérie Benguigui. Ilan sera incarné par Syrus Shaidi (pas de commentaire : c’est Ruth qui l’a choisi). LA MÈRE

ILAN

LE PÈRE

Zabou Breitman

Syrus Shaidi

Pascal Elbé

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Alexandre Arcady Tournage d’ une scène d’un dîner de Shabbat

Synopsis

E

lle est entrée dans une boutique de téléphonie sur le boulevard Voltaire. Elle a fait mine de s’intéresser aux nouveaux portables, a obtenu le numéro du vendeur et s’en est allée. Elle l’a rappelé dès le lendemain, lui a dit qu’elle voulait le revoir. Ilan ne s’est pas méfié. Il avait vingttrois ans, la vie devant lui… Comment pouvait-il se douter qu’en rejoignant cette jolie fille dans un café de la porte d’Orléans, il avait rendez-vous avec la mort ?

Ilan et sa mère

Le vendredi 20 janvier 2006, Ilan Halimi, choisi par le gang des Barbares parce qu’il était juif, est enlevé et conduit dans un appartement de Bagneux. Il y sera séquestré et torturé pendant trois semaines avant d’être jeté dans un bois par ses bourreaux. Retrouvé gisant nu le long d’unevoie de chemin de fer à Sainte-Geneviève-des-Bois, il ne survivra pas à son calvaire.

Dans ce film, Ruth Halimi revient sur ces 24 jours de cauchemar. 24 jours au cours desquels elle aura reçu, elle et son mari, Didier, plus de six cents appels, des demandes de rançon dont le montant ne cessera de changer, des insultes, des menaces, des photos de son fils supplicié… 24 jours d’angoisse de toute une famille, contrainte de garder le silence pour laisser travailler le Quai des Orfèvres. Mais le Quai des Orfèvres ne sait pas à quels individus il a affaire. Il ne mesure pas la haine antisémite qui habite les ravisseurs, et ne s’imagine pas qu’Ilan allait perdre la vie... Photos : Etienne George

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AFRIQUE

Israël et la corne africaine La présence de commandos israéliens à Nairobi pendant la prise d’otages du centre commercial Westgate n’est pas une surprise pour les connaisseurs de la région. L’est africain est une zone stratégique pour l’Etat hébreu.

L

’attaque, puis la prise d’otages menée par des combattants shebabs en plein cœur de la capitale kényane restent encore parsemées de zones d’ombre. Mais ce qui continue d’intriguer, c’est l’implication de forces spéciales israéliennes, relatée par l’Agence France Presse (AFP) un peu plus de vingt-quatre heures après le début des évènements. A l’intérieur du centre commercial de Nairobi, au moins deux blessés disent avoir été secourus par un « agent israélien », sans qu’on sache comment celui-ci a pu être identifié. N’en déplaise aux nostalgiques du spectaculaire raid d’Entebbe en 1976, la présence de commandos israéliens au Kenya répond avant tout à des intérêts stratégiques. Depuis les attentats de Mombassa en 2002, la coopération israélo-kenyane s’est intensifiée en matière de lutte contre le terrorisme. En apportant son assistance militaire à Nairobi, l’État hébreu espère réduire la capacité de nuisance de groupes islamistes affiliés à la nébuleuse Al-Qaïda, qui prospèrent dans la région. Il engage aussi une lutte d’influence contre l’Iran, dont la présence navale et les activités se sont renforcées dans la Corne de l’Afrique.

aptes à encadrer le déroulement d’un assaut ou d’opérations de secours, et à prodiguer des conseils à l’armée kényane. Une intervention militaire directe contre le commando terroriste semblait donc exclue. Reste que les Yamam, équivalent du GIGN, sont surtout réputés pour leur expertise en matière de libération d’otages. Il n’est donc pas impossible qu’un petit nombre d’officiers israéliens ait pénétré à l’intérieur du centre commercial, aux côtés de membres des forces de sécurité kenyanes. Vus d’Israël, les évènements à Nairobi prouvent la nécessité d’agir dans l’est africain, d’autant que cette région offre un accès privilégié à deux zones sensibles : le Golfe d’Aden et l’Océan indien. L’an passé, lors du passage à Jérusalem de son homologue kényan, Raila Odinga,Netanyahu déclarait : « nous allons aider à la formation d’une coalition contre le fondamentalisme en Afrique de l’Est, incluant le Kenya, l’Éthiopie, le Soudan du Sud et la Tanzanie. » Son objectif, ambitieux, est de rassembler sous son étendard plusieurs nations africaines à forte population chrétienne.

Les relations entre Jérusalem et Nairobi ont connu un essor exceptionnel sous la présidence de Mwai Kibaki (20022013). Sur le plan sécuritaire, des experts israéliens dans la lutte antiterroriste ont formé des centaines de militaires et de policiers kényans aussi bien dans leur pays que lors de stages intensifs en Israël. Plusieurs accords bilatéraux ont été signés, y compris dans d’autres secteurs clés comme l’énergie ou l’agriculture. Depuis 2009, un partenariat permet au Kenya de bénéficier des techniques israéliennes d’irrigation et de gestion des eaux de pluie. En 2011, l’agence israélienne Cet axe pourrait également inclure l’Ouganda. Son présipour la Coopération au Développement (Mashav) achevait dent, Yoweri Museveni, s’était rendu en Israël dans la foulée la construction d’un département médical d’urgences dans du Premier ministre kenyan. Sa visite avait été organisée l’hôpital de Kisumu, troisième ville du pays. par l’ancien chef du Mossad Rafi Eitan, 86 ans, reconverti dans les affaires en Afrique. Elle lui avait permis de renconSur ordre du ministère de la défense, c’est une équipe du trer l’ancien ministre de la défense, Ehud Barak, le chef du Yamam, unité d’élite de la police israélienne, qui s’est envo- Mossad, Tamir Pardo, ainsi que plusieurs grands acteurs de lée vers la capitale kényane. l’industrie militaire israélienne. A Tel Aviv, des sources sécuritaires ont assuré que les hommes engagés sur place étaient des « négociateurs », TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013

Maxime Perez


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DOSSIER

Par Maxime Perez

Le jour où Israël devait disparaître : Kippour 1973

Ouverts au public, les protocoles de réunions secrètes entre Golda Meir et les membres de son cabinet sont un véritable trésor de l’histoire. Ils traduisent la stupeur qui s’est emparée des responsables israéliens dans les premières heures de l’offensive arabe contre l’Etat juif. Extraits.

L

e 5 octobre 1973 à l’aube, Zvi Zamir, directeur du Mossad, reçoit un message de l’une de ses sources les plus fiables : l’Egypte et la Syrie s’apprêtent à déclencher les hostilités contre Israël. Le général Eliahou Zeïra, chef des renseignements militaires (Aman), se dit sceptique. Par deux fois, en mai et août, les exercices effectués par les troupes égyptiennes à la frontière avaient obligé l’armée israélienne à se mobiliser. Coût des opérations : 20 millions de dollars. Zeïra demande au directeur du Mossad de vérifier cette source avant d’en informer Golda Meir, alors premier ministre. Zamir s’envole pour Londres afin de rencontrer son informateur. Il apprend que plusieurs milliers de familles de conseillers soviétiques en Egypte et en Syrie sont rapatriées en URSS. Des navires russes, habituellement amarrés dans les ports égyptiens de Port-Saïd, Alexandrie et Marsa Matrouh, ont même déjà rejoint le large. Le chef du Mossad alerte Tel Aviv dans la nuit du 5 au 6 octobre, au moment où la plupart des réseaux de communication sont paralysés par la fête de Yom Kippour, le jour le plus sacré du calendrier hébraïque. Par précaution, l’état-major de Tsahal place son aviation en état d’alerte. Plusieurs escadrilles se tiennent prêtes à l’attaque de bases aériennes ennemies. Samedi 6 octobre, 8h05. Golda Meir, qui a été réveillée à 3h45 par son aide de camp, le général Yisrael Lior, ouvre une réunion de crise. Tendue, elle fume cigarette sur cigarette, au point d’incommoder certains membres de son cabinet. Les débats commencent. Craignant une offensive syrienne sur le Plateau du Golan, « Golda » préconise l’évacuation immédiate des kibboutz frontaliers. « Nous enverrons des bus chercher les enfants en fin d’après-midi », suggèret-elle. Le ministre de la défense Moshé Dayan la soutient mais s’inquiète plutôt des divergences de point de vue avec les Etats-Unis : « Les Américains viennent de nous informer que pour l’heure, ils ne constatent aucun préparatif à la

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guerre. Mais ils sont incapables d’expliquer le rapatriement des ressortissants soviétiques et beaucoup d’autres choses ». Tout comme Golda Meir, Dayan rejette l’idée de frappes aériennes préventives, arguant qu’Israël ne peut se permettre de passer une seconde fois pour un agresseur, comme lors de la guerre des Six-jours en 1967. Afin de ne pas éveiller la suspicion des occidentaux, il propose une mobilisation partielle des réservistes, 50 à 60.000 hommes, et de deux divisions blindées. David Elazar, le chef d’étatmajor de Tsahal, juge cette mesure insuffisante : « Avec moins de 200.000 soldats, nous serons limités à une guerre défensive. Il faut décréter une mobilisation générale, cela ne changera rien vis-à-vis de la communauté internationale et les arabes comprendront qu’ils ont perdu l’effet de surprise. » Elazar annonce que les Syriens ont avancé leurs pièces d’artillerie. Il ajoute que l’aviation israélienne peut lancer une attaque totale à midi précise. Golda Meir se tourne vers Eliahou Zeïra : « quelle est votre estimation ? » - Ils sont en position de nous attaquer à tout moment, réplique le chef d’Aman avant de tempérer : « Selon moi, Sadate (le président égyptien, ndlr) n’est pas en mesure de mener une guerre. L’équilibre des forces n’a pas changé, ils savent qu’ils perdront. »


DOSSIER

14 pilonnés par près de 100.000 obus, créant la panique dans les communications radio. Les fantassins des 2e et 3e armées égyptiennes en profitent pour traverser la rive à bord de canots et établir des têtes de ponts. Au même moment, sur le Plateau du Golan, l’armée syrienne franchit la ligne de cessez-le-feu. Un bataillon héliporté prend le contrôle de la station d’écoute du Mont Hermon, ne laissant aucune chance aux soldats israéliens qui y sont retranchés. Trois divisions d’infanterie se ruent à l’assaut des positions de Tsahal, appuyées par des centaines de tanks et des tirs nourris d’artillerie. Au premier soir de la guerre, l’armée israélienne parvient toutefois à contenir la progression syrienne. Dans le Sinaï, la situation est plus critique. Les avions israéliens lancés dans la bataille se heurtent aux redoutables défenses antiaériennes égyptiennes, notamment les batteries de missiles SAM.

9h05. Golda Meir ordonne d’alerter sans plus attendre les Etats-Unis des mouvements de troupes ennemis aux frontières nord et sud. De vifs échanges se poursuivent sur la nécessité de mobiliser immédiatement les réservistes ou d’attendre le soir. Golda Meir finit par trancher : « Si la guerre éclate réellement, nous devons être dans les meilleures conditions possibles et disposer de l’armée la plus forte. De toute façon, personne ne saura évaluer l’étendue de notre mobilisation. » Un quart d’heure plus tard, le ministre de la défense Moshé Dayan fait savoir au chef d’état-major de Tsahal qu’il accepte l’ordre de mobilisation générale, de même que l’évacuation des civils vivant sur le Golan. Mais en ce jour de Kippour, les consignes parviennent difficilement aux populations et aux postes militaires. A 9h30, Golda Meir s’entretient avec l’ambassadeur américain Kenneth Keating qu’elle venait de convoquer en urgence. « Soyez-en sur, nous ne comptons pas attaquer. Mais nous pourrions être en difficulté », lui confie-t-elle. À 12h30, le gouvernement reprend ses délibérations. « Golda » apparait le visage pâle et ses yeux marqués par la fatigue, donne l’impression d’une vieille dame. Après avoir lentement regagné sa chaise, elle passe en revue une pile de documents, allume une énième cigarette, et finit par lancer : « la séance est ouverte ». 14h05. Le conseil des ministres est brusquement interrompu par le bruit des sirènes qui retentissent dans tout le territoire israélien. Les armées arabes viennent de lancer l’opération « Badr », une offensive généralisée contre l’Etat hébreu. Sur le front sud, 200 chasseurs égyptiens bombardent les troupes israéliennes stationnées dans le Sinaï : bases aériennes, radars et centres de commandement. Le long du canal de Suez, les fortins de la Ligne Bar-Lev sont TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013

7 octobre 1973, 9h10. Itzhak Rabin est convoqué à une nouvelle réunion d’urgence du cabinet israélien. Le général victorieux de la guerre des Six-jours livre une analyse presque optimiste de la situation sur le terrain. « Au nord, les tanks syriens maintiennent la pression. Au sud, le canal de Suez est aux mains des Egyptiens mais leurs blindés n’ont toujours pas franchi les ponts. Nos renforts sont en route. D’ici ce soir, 200 tanks arriveront dans le Sinaï. L’acheminement des troupes se poursuit à un très bon rythme. » Confiant, Rabin préconise d’attendre encore un peu avant de lancer une contre-offensive. Mais au sein du gouvernement, l’inquiétude est d’autant plus grande que certaines unités manquent déjà d’équipements et de munitions. Golda Meir hésite à porter le combat sur la scène diplomatique : « si la situation perdure, il faudra ignorer le monde et laisser l’armée agir. Le plus important, c’est d’avoir le soutien des Américains. » Le Premier ministre israélien doute cependant de la capacité du secrétaire d’Etat Henry Kissinger à obtenir un cessez-le-feu à l’ONU, surtout si la question est portée devant l’Assemblée générale, noyautée par les « arabes et leurs amis ». La plupart des ministres considèrent que dans les conditions actuelles, un arrêt des combats est prématuré. « Nous devons repousser les Egyptiens derrière le canal de Suez. Il nous faut du temps pour frapper », conclut le ministre Israel Galili. 14h50. Vingt-quatre heures après le déclenchement des hostilités, Moshé Dayan dresse un tableau noir de la situation. « Le canal est perdu, ordonnons une retraite de 30 kilomètres ! Ceux qui peuvent être évacués le seront. Les soldats blessés qui ne le peuvent pas seront abandonnés. Il faut leur dire que nous ne pourrons pas les atteindre et qu’ils ont le choix entre déguerpir ou se rendre. » Le ministre de la défense admet qu’il a sous-estimé le niveau des forces armées arabes. « Le mode opératoire est celui des Russes,


15 mort, la guerre va être longue. » Il poursuit : « nous devons rappeler les anciens généraux, acheter des armes, réorganiser le commandement sud et enrôler des Juifs à l’étranger. » Golda Meir et son cabinet s’interrogent sur la nécessité de dire la vérité à l’opinion publique. Elle se propose d’effectuer une visite secrète de 24 heures aux Etats-Unis. Son objectif : obtenir du président Nixon une aide militaire urgente. « Je lui dirai que nos hommes se battent contre les soviétiques, c’est notre meilleure carte à jouer pour obtenir gain de cause. Mon intuition me dit qu’il me comprendra.» Golda Meir vise en priorité les tanks et avions de chasse disponibles dans les bases américaines en Europe. tout a été parfaitement planifié », affirme-t-il. Golda Meir comprend que les armées égyptiennes et syriennes ne s’arrêteront pas en si bon chemin. « Ils sont assoiffés de sang et veulent s’emparer de toute la terre d’Israël. C’est une guerre d’indépendance, comme en 1948. »

Sur le front du Golan, la situation militaire s’améliore.

23h50. Ytzhak Rabin revient d’une tournée sur le front. « Le bilan n’est pas clair. Il y a 80 morts et 400 blessés. On estime que l’attaque a fait de 150 à 200 morts. La division Albert a essuyé de lourdes pertes. Nous avons perdu 150 tanks, essentiellement à cause des missiles antichars. Le bilan est identique sur le Golan. » Alors que près de 500 tanks égyptiens ont franchi le canal, il estime que Tsahal doit reprendre l’initiative : « Nous contre-attaquerons demain avec deux divisions et un appui aérien. Les plans ont été approuvés par Dado (surnom du chef d’état-major). » 8 octobre 1973, 19h50. Les généraux Ariel Sharon et Avraham Adan sont partis depuis plusieurs heures à l’assaut du canal de Suez. Nommé dans la précipitation à la tête du commandement sud, Haïm Bar-Lev effectue un premier briefing sur l’avancée des troupes. « Un premier contact entre les deux divisions a eu lieu vers 15h30. Ils ont atteint la péninsule du Sinaï et entament leur descente. » Tzvika Zamir, conseiller militaire de Golda Meir, estime qu’il faut rapidement appuyer les forces engagées dans la bataille : « Je propose le renfort d’une centaine de tanks ».

Les Israéliens assènent un premier coup sévère aux forces syriennes qui perdent 270 tanks en une nuit. Moshé Dayan estime qu’il faut en profiter pour définitivement briser le moral de l’ennemi : « Je demande l’autorisation d’ordonner des frappes sur Damas et ses alentours car leurs tirs de missiles Frog se poursuivent. » Même s’il n’exclut pas une riposte syrienne sur Tel Aviv, le chef d’état-major David Elazar donne son feu vert à une campagne de bombardeLe Premier ministre israélien s’interroge : « Je voudrais ments stratégiques. Ils débuteront à 11h55. tout de même comprendre. Notre situation s’est-elle améliorée ou pas ? » Zamir lui répond par la négative. « La quaEpilogue. Ces protocoles rendent avant tout justice au lité des armements soviétiques utilisés sur les deux fronts chef d’état-major de Tsahal David Elazar. Lors de la compose un sérieux problème », poursuit le général Haïm Bar- mission d’enquête Agranat constituée après la guerre, il Lev. Leur utilisation massive explique les succès enregistrés porta le chapeau des fautes commises par l’échelon polijusqu’ici par les armées syriennes et égyptiennes. tique et fut poussé à la démission. A l’inverse, Moshé Dayan, dont les erreurs d’appréciations sont aujourd’hui flagrantes, 9 octobre 1973, 7h30. Mal coordonnée, insuffisam- fut innocenté. Sur les 2689 soldats israéliens tués dans les ment préparée, la contre-offensive israélienne est un échec. combats, deux tiers le furent dans les premiers jours de la Durant les opérations, les équipages de pointe se trompent guerre. de trajectoires, heurtant les Egyptiens de front alors qu’ils devaient les attaquer de flanc. Dans la salle du conseil de Maxime Perez guerre, c’est la consternation. Le ministre de la défense Moshé Dayan semble céder à la panique : « C’est une lutte à TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013


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DOSSIER

Netanya, veille de Kippour 1973 « NOUS SAVIONS MAIS NOUS N’AVONS PAS BOUGÉ »

Depuis 1971, les francophones de Netanya avaient l’habitude de se réunir à l’occasion de Kippour à l’hôtel King Salomon de Netanya. L’établissement était mis à leur disposition par les propriétaires Jo Lévi et Fernand Douieb entre autres.

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lus de 400 personnes se pressaient à cet office communautaire de Kippour. Parmi elles, tous les olim francophones des années 70 rejoints par les plus anciens, étaient présents. Rien ne laissait présager le déclenchement d’une guerre. Pour preuve, le lendemain, dimanche 7, les dirigeants francophones devaient partir en croisière. Un voyage de détente organisé par l’UNIFAN et son secrétaire

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général, René Kessous. La veille de Kippour, vendredi soir 5 octobre, nous étions réveillés toute la nuit par un défilé incessant d’hélicoptères qui longeaient le bord de mer. Au petit matin, les offices commençant à 6h, je traversais le Kikar Atsmaout et je constatais la présence de dizaines de camions de Tsahal bâchés et dans l’attente... Je mettais cela sur le compte de manoeuvres militaires...


17 Vers 10h du matin, en plein office de Chahrit dans une salle remplie, nous recevons la visite d’un ami. Il nous interroge sur l’identité des jeunes présents. Je lui communique la liste. Il me fait savoir qu’il reviendra dans deux heures. Sans aucun commentaire. Rien. Il est de retour vers 11h avec une liste précise. Il me demande de prévenir les personnes dont les noms figurent sur la liste. Tous sont convoqués immédiatement au lobby de l’hôtel. La plupart d’entre eux venaient de terminer leur période de service militaire obligatoire. J’explique alors au grand rabbin Hazan la raison de ce remue-ménage. Il décide d’interrompre la prière de Chahrit avant de monter avec les jeunes au lobby. Il décide d’allumer la radio et nous constatons que les informations de 11h reprenaient alors que durant tout Kippour, toutes les émissions sont interrompues. Sans le savoir précisément, nous pressentions un grave danger. Le rabbin Hazan demande aux parents de venir le rejoindre auprès des enfants et décide alors avant de les laisser partir d’organiser une «bircat cohanim» exceptionnelle. Une heure après, il est midi, Israël découvrait que nous venions d’entrer en guerre.

Char Syrien sur le Plateau du Golan

Les olim qui venaient d’arriver n’étaient pas encore en mesure de combattre. Ils décidaient donc de s’associer pour venir aider les soldats. Les femmes investissaient la trampiada de Beit Lid sur la route 4, pour ravitailler, surtout en sous-vêtements et en nourriture, les militaires qui, partis précipitamment de chez eux, étaient totalement démunis. Les hommes, eux, à l’initiative, entre autres de Marcel Hayoun et Yvan Zibi, se rendaient à Roch Pina afin de mettre leurs véhicules (une quarantaine) à la disposition du Magen David Adom pour le transport des blessés très nombreux vers l’ancien hôpital de Safed. Une anecdote en passant : le nouvel hôpital de Safed n’étant ni terminé, ni équipé, notre ami Yvan Zibi prenait l’initiative de se rendre à Paris pour réunir ses amis et recueillir des fonds. La communauté francophone de Netanya mettait également du sien en offrant à l’hôpital la somme dont elle disposait pour la construction d’un centre francophone rue Dizengoff (qui hélas ne verra jamais le jour).

Char Israélien sur le Plateau du Golan

14h. La mobilisation générale est annoncée à la radio. Nous, les non-mobilisables dans l’urgence, terminons notre journée de prière dans l’incertitude totale. Pressés de rentrer et d’allumer radio et télévision. Deux visages apparaissent alors : le Premier ministre Golda Meir et le ministre de la Défense, Moché Dayan. Blêmes, livides, décomposés. Balbutiants, hésitants, ils tentent de nous expliquer ce qui vient de se produire. C’est le début de la guerre. Dès le lendemain, les noms de jeunes de Netanya tombés au champ d’honneur étaient publiés et égrenés à la radio.

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Zibi revenait de Paris avec un budget permettant, avec celui des francophones de Netanya, l’équipement immédiat de deux salles d’opération. Quarante ans plus tard, Je me souvient parfaitement de ces instants comme si c’était hier. Et de se poser la question : «Nos dirigeants savaient. Les camions bâchés sur le Kikar, les hélicoptères, la liste des jeunes enlevés à leurs familles en plein office de Kippour alors que les Egyptiens attaquaient seulement à 14h. » Nous savions et nous n’avons pas bougé. Pourquoi? Pourquoi ? Julien Zenouda


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ISRAËL

En chinois XIN veut dire nouveau L’Université de Tel Aviv va participer à la fondation d’un centre scientifique en Chine. L’Université de Tel Aviv et l’Université Tsinghua de Chine ont signé un protocole d’entente pour la coopération stratégique en matière de recherche et d’enseignement innovant.

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ans la première phase, les deux universités vont investir des centaines de millions de dollars dans la création d’un institut de recherche qui se concentrera sur les sciences de la technologie et de la vie.

Accord Infinity Casik Inc Mai 2013

Klafter à Nanjing 2012

idées dans divers domaines de la technologie et de la science. Les chercheurs serviront d’instructeurs et de mentors aux étudiants, et les aideront à développer leurs projets. Estime considérable

Le centre s’appellera centre XIN (nouLe président de l’Université de Telveau en chinois). Aviv, le Prof Joseph Klafter, souligne qu’il s’agit d’un accord extrêmement imporLe centre XIN se concentrera d’abord tant, ouvrant de nouveaux horizons pour sur des domaines qui bénéficient d’ un Israël et la société israélienne. Selon lui, développement accéléré en Israël et en la création du Centre XIN est la preuve Chine tels que les sciences de la vie et de l’estime considérable dans laquelle les la nanotechnologie, mais il sera étendu Chinois tiennent l’innovation israélienne plus tard à d’autres domaines. Le Centre et les normes académiques élevées de s’efforcera également de de créer des par- l’Université de Tel-Aviv. tenariats avec l’industrie high-tech. Le Président Chen de l’Université de Infinity Group Tsinghua a exprimé la volonté de son institution de travailler avec l’Université de Dans le cadre du projet XIN, un fonds Tel-Aviv pour faire avancer la recherche d’investissement sera créé pour initier la interdisciplinaire et étudier les moyens création d’entreprises. Le fonds de 100 mil- de répondre aux défis mondiaux. Il a lions de yuans (environ 16 millions de dol- souligné l’importance d’aider les scientilars) sera mis en place par Infinity Group. fiques et les futurs leaders innovants. Ce fonds d’investissement est l’un des plus importants en Chine, et gère déjà d’autres gros projets sino-israéliens. Le gouvernement de Pékin et d’anciens élèves de l’Université de Tsinghua seront intéressés directement au projet, par Infinity.

Les projets sino-israéliens sont nombreux. Celui-ci est particulièrement prestigieux, et voit le jour à une période où les projets israélo-européens semblent s’éloigner. Il est donc particulièrement important pour Israël de maintenir son ouverture et ses liens avec le monde uniLe Centre XIN visera à recruter les meil- versitaire de la recherche. leurs chercheurs et étudiants dans les deux pays ainsi que dans le reste du monde . Il Line Tubiana encouragera l’innovation chez les étudiants en leur donnant des conditions optimales pour créer, développer et exploiter leurs TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013


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INTERNATIONAL

Les juifs en Chine : éme Depuis le VIII siècle L’université de Tel Aviv et l’université Tsinghua de Chine ont signé un protocole d’entente pour la coopération stratégique en matière de recherche et d’enseignement innovant. Cette collaboration n’est pas surprenante si l’on connaît le lien depuis plusieurs siècles entre les juifs et la Chine.

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Shangaî-la-juive Par Michèle Kahn

n trouve les premières traces de Au XIXéme, il n’y a plus de rabbin juifs venant en Chine vers le VIIIème Cette communauté s’est donc réduite au siècle sous la dynastie des TANG. nombre de 2000 personnes, doucement Ils sont venus soit par la mer soit par la éteinte jusqu’au XVIIème siècle, et a perdu route terrestre de la soie pour le commerce contact avec le judaisme de l’extérieur. jusqu’à s’établir sous la dynastie des SONG Au XIXème siècle la synagogue de Kaifeng tombait en ruine et il n’y avait plus de rab(960-1279) dans la ville de Kaifeng. bin. La première communauté juive en Chine Quelques vestiges de cette communauté est donc née là à Kaifeng ou elle a été accueillie chaleureusement et a pu conserver florissante subsistent aujourd’hui comme un coffret de Torah, quelques portions de ses traditions. rouleaux de Torah, des illustrations et phoLes juifs étaient considérés au même titre tos témoignant de cette époque. que la population du pays et avaient les Les juifs ont également vécu dans mêmes droits. d’autres villes comme Xi’an, Beijing (Pékin Dans ce climat amical ils ont pu dévelop- aujourd’hui), Hangzhou etc., mais la comper leurs affaires jusqu’à devenir un groupe munauté de Kaifeng reste la plus établie. suffisamment nombreux et construire leur Il faut attendre le XIXème siècle pour que première synagogue en 1163. d’autres juifs arrivent en Chine. Cette communauté grande de plus de 500 familles soit 4500 personnes environ Shangaï la juive a prospéré jusqu’à la dynastie des MING Les uns viennent de Bagdad, Bombay, (1368-1644). Leur statut social s’est également élevé, leurs affaires étaient florissantes Singapour, pays sous gouvernement britanet nombre d’entre eux ont occupé des postes nique. d’officiels du gouvernement en réussissant Parmi les plus célèbres David Sassoon, des examens impériaux. Elly Kadoorie, Aaron Hardoon. Ces marPeu à peu ce groupe s’est fondu dans la chands d’origine Séfarade s’installent à société chinoise jusqu’à s’assimiler tant et si Shanghai et Hong Kong, développent le bien qu’ils ont adopté le costume chinois, commerce d’import – export d’opium tout changé leur nom hébreu en chinois, utilisé d’abord avec l’Angleterre. la langue chinoise et ont épousé des chinois. Peu à peu ils cessent cette activité, se Ce glissement vers cette intégration les a amené à adopter les coutumes locales au tournent vers la construction immobilière et développent leur communauté tout en détriment des leurs.

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INTERNATIONAL participant à la vie chinoise, culturelle et politique. Tout un quartier de Shanghai témoigne de cette vie prospère et sereine, c ‘est le Bund. Malheureusement cette époque est subitement stoppée par l’invasion japonaise en 1937. Ces riches marchands perdirent tous leurs biens et s’expatrièrent. Les autres, pour des raisons plus tristes, vinrent de Russie par dizaines de milliers suite à la montée de l’antisémitisme à partir de 1880. Ils purent se réfugier en Chine en toute tranquillité, vécurent principalement dans la ville de Harbin. Cette communauté d’abord pauvre s’éleva ensuite et accéda à la classe moyenne. Ils formaient une force communautaire active mais considéraient la Chine comme leur seconde patrie. De 1933 à 1941 sous l’impulsion de Madame Sun Yat- sen épouse du père de la nation chinoise Sun Yat sen, Shanghai a accepté plus de 30000 juifs réfugiés d’Europe, bien plus que des pays accueillants comme le Canada ou l’Australie. Malgré nombre de pressions des Japonais et des Allemands pour une solution finale de la communauté juive de Shanghai, les juifs survécurent.

La synagogue deKafeng - Musée Beth Hatefusoth - Israël

La communauté Habad C’est aux alentours de ces années qu’à nouveau des juifs reviennent en Chine, particulièrement à Shanghai. La communauté Habad s’y installe, créant un centre communautaire, aidée de généreux donateurs et du dynamisme de Maurice Ohana président de la communauté. Au sein même de la mégalopole chinoise chaque juif peut désormais vivre un shabbat dans sa communauté. Aujourd’hui on peut visiter la synagogue Ohel Moshé remise en état avec un musée attenant, témoignant de la vie de la communauté juive à Shanghai grâce aux fonds mis à disposition par le gouvernement local. Un livre d’or est là pour qui veut y laisser une trace de son passage.

Au delà de l’entente cordiale entre le peuple juif et la Chine, plusieurs convicAprès la seconde guerre mondiale et sur- tions les rapprochent comme les liens famitout à la fondation de la république popu- liaux, la priorité donnée à l’éducation. laire de Chine, une partie de la communauté est partie mais ceux restés ont vécu et L’histoire de la communauté juive et la travaillé en paix en Chine. Chine est une histoire qui conjugue admiration réciproque, et respect commun. En 1992 la Chine et Israël ont établi des relations diplomatiques. Zibeline TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013

La synagogue Ohel


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SOCIÉTÉ

Les odeurs et les saveurs du Maroc de ma jeunesse Ce texte de Carlos Benaïm, un maître parfumeur, a été publié dans le numéro 9 de la revue Continuum, la revue des Ecrivains Israéliens de langue française. Les odeurs et les saveurs du Maroc de ma jeunesse: ces gouttes de mémoire dans des flacons. odorantes les yeux fermés. Une en particulier sentait le sang de façon incompréhensible. Non seulement j’y voyais rouge mais la sensation que son odeur me procurait était même violente. À ma grande surprise, il s’agissait de l’essence de cèdre de l’Atlas du Maroc. Ce ne fut que plus tard que je compris : enfant, lorsque j’accompagnais ma mère chez le boucher, et observais avec horreur les carcasses sanglantes, l’odeur qui me montait aux narines était celle de la sciure de bois du cèdre de l’Atlas recouvrant le plancher.

Q

Un autre exemple est tout aussi significatif. Au cours de mon premier entretien d’embauche, on me demanda d’évoquer un de mes souvenirs olfactifs les plus intenses. Le tabac à priser de mon grand-père paternel me vint immédiatement à l’esprit. Cultivé clandestinement à Bni Ider au Maroc, ce type de tabac sylvestre, de qualité assez rude, était ultérieurement parfumé par mon père à la violette ou au géranium, dans son laboratoire.

uand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore plus longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur goutteLes odeurs et les saveurs de mon enfance lette presque impalpable, l’édifice immense à Tanger scandaient les saisons et se renoudu souvenir. velaient au rythme des fêtes religieuses. Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Été À la recherche du temps perdu, I, II En été, les odeurs atteignaient leur paL’alliance particulière entre senteur, sa- roxysme. J’étais assailli de tous sens par veur et mémoire constitue mon univers ol- leur multitude lors de mes promenades factif. Lors de ma formation de parfumeur, au soco. Je me souviens surtout de voir les je devais sentir des matières premières paysannes berbères venues des montagnes

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23 Cependant, tous les étés, l’aventure la plus excitante était la récolte et la distillation des plantes aromatiques sylvestres, du romarin et de la menthe pouliot, pour la fabrication du menthol. Mon père avait créé une industrie d’extraction de plantes aromatiques, avec une cinquantaine de distilleries dispersées dans tout le Maroc, au bord des rivières. Nous parcourions les campagnes en Jeep pour les visiter.

du Rif. Leurs habits folkloriques et colorés dégageaient à la fois une odeur rance d’un petit-beurre nommé azuda et de cuir. Elles étaient assises les jambes croisées en tailleur et épluchaient de leurs mains nues et expertes des figues de Barbarie. Les marchands de pâtisseries arabes nous offraient des chubaikias, fritures dorées, fleurant bon le miel dégoulinant. Les odeurs animales et fécales des mulets et ânes qui passaient nonchalamment par les ruelles, étaient si familières que nous n’y faisions plus attention. Tous les vendredis, s’élevait au diapason de la prière du muezzin l’odeur butyrique des centaines de babouches dont les fidèles se déchaussent à l’entrée de la mosquée. Dans les ruelles de la vielle ville, l’agneau enduit d’une sauce au paprika, cumin, poivre et curcuma, et cuisiné en brochettes pinchitos était grillé au feu de bois. La fumée aveuglante et parfumée envahissant la rue, faisait à la fois pleurer et saliver J’évitais à tout prix de pénétrer dans la grande salle des vendeurs de poisson, car la puanteur des entrailles de poissons éventrés et décapités s’avérait intenable. Le marchand d’eau affublé de l’accoutrement bigarré de sa profession, enjolivé de verres en laiton, nous offrait de l’eau tirée d’une outre en peau de chèvre. La partie intérieure de cette peau était enduite de goudron de bois de Thuya, provenant du Rif et donnant à son eau un goût et une fraîcheur inexplicables.

Les odeurs d’eucalyptus, menthe, romarin, thym, verveine, myrte, laurier, fenouil, faux Poivrier accompagnaient le son assourdissant des cigales sous une chaleur accablante. Ces senteurs, constituent des thèmes auxquels je reviens souvent dans mes créations pour hommes. Je m’en suis servi dans des parfums comme Polo de Ralph Lauren. Mon père rentrait le soir à la maison, les mains imprégnées d’essence de menthe pouliot et jaunies par les cigarettes Anglaises “Craven A”. Cet alliage est plus évocateur de lui qu’un vrai portrait. Le lait d’amandes parfumé à la fleur d’oranger (horchata) et le jus de grenades pressées étaient nos boissons préférées. Nous allions aussi boire du thé à la menthe au café Hafa sur les terrasses surplombant le Détroit de Gibraltar, d’où s’élevait l’odeur des brises marines et du goudron de cèdre utilisé par les pécheurs en contrebas. Pour y arriver, il fallait traverser une salle d’ambiance dangereuse et illicite, où les fumeurs de kif et de hachish étaient nonchalamment allongés par terre dans un état de stupeur. Par la suite, j’ai toujours associé l’odeur du kif au danger. Automne À Rosh Hashana, on mélangeait le fenouil doux avec du sucre pour symboliser le début d’une année douce, et signifier un vœu de multiplication du peuple juif promis à devenir aussi prolifique que les graines de fenouil. À Kippour, pour rompre le jeune, nous prenions une compote de coings rouge parfumée aux clous de girofle, nommée mosto. Le jour d’après, nous avions coutume de manger un plat à base d’aubergines parfumées au carvi Almoronia.

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Épices

Épices du marché


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SOCIÉTÉ À Souccot, l’élaboration du loulab avec mon grand père maternel était tout un rituel. Pendant l’assemblage que nous faisions ensemble, le plaisir d’être auprès de mon grand-père se mêlait aux odeurs sylvestres de la myrte, du palmier, des joncs et du cédrat. Fleurs d’Oranger

Cédrat

Printemps

La fleur d’oranger évoque plus que tout mon enfance à Tanger : les arbres en fleur, parfumant la ville entière ; son eau dont on aspergeait les convives lors des fêtes ; et la saveur de ses pétales confites, le letuario de Azahar, ainsi que des confitures d’orange Hiver douce que l’on préparait toujours au printemps. Ainsi, c’est la splendeur de la fleur Nos promenades en hiver nous me- d’oranger qui m’a inspiré Armani Code de naient invariablement à la forêt diploma- Giorgio Armani. tique, une forêt aux alentours de Tanger, où les mimosas en fleur et les aiguilles de Pour Pessah, le haroset était une prépapin embaumaient l’air sur fond de mer ration complexe faite de dates, gingembre, bleue. Autrefois en hiver pour se réchauf- clous de girofle, cannelle, jus de grenade, fer, on initiait sa journée par une soupe de pommes, figues, amandes, poivre (sasemoule assaisonnée d’une profusion de hraouia), noix de muscade et pétales de menthe pouliot poleada. Pendant ces hivers rose. En lieu du thé, nous buvions des infusans chauffage d’autres optaient pour la ma- sions de camomille à l’absinthe chiba (Artehia. L’eau-de-vie, ou mahia, comme elle se misia absintum), avec de la menthe nana nomme au Maroc, était traditionnellement et des pétales de bigaradier (fleur d’orange parfumée aux graines d’anis. Dans le Sud, amère). Un des plats typiques était la cuaon la préparait avec de l’absinthe ou de la jada, un flan de pomme de terre parfumé à cire d’abeille, pour lui conférer un goût de la marjolaine. miel. Au Maroc, le gouvernement autorisait toute agglomération de plus de 3 000 juifs À Shavouot, nous attendions avec impaà monter un alambic pour la distillation tience les harabullos, des douceurs au gind’alcool destiné au Kiddoush rituel. Mais je gembre, et les fameux fartalejos, gâteaux me souviens surtout d’entendre parler de la faits de pâte feuilletée fourrée au fromage grande consommation de mahia faite lors blanc, au beurre, à la menthe et à la cannelle. des longues veillées de la Hevra Kadisha (la Confrérie chargée d’inhumer). Comment transmettre ces senteurs et les souvenirs qui leur sont associés, à mes Un jour, mon père décida de se lancer propres enfants grandis aux États-Unis ? lui-même dans la création d’une nouvelle Comment communiquer à un ami, à un mahia à partir de fèves de Caroube avec être cher, aux nouvelles générations, ce que un alambic de laboratoire, installé dans j’ai ressenti dans mon être intime ? Nos sennotre cuisine. Il en résulta non seulement sations, libératrices par les univers qu’elles un liquide imbuvable, mais également une nous font connaître, ne nous isolent-elles odeur pestilentielle, à la fois âcre et animale, pas, si elles ne peuvent être partagées? qui flotta longtemps dans notre appartement. L’expérience, néanmoins, fut inouMon métier de parfumeur m’a permis de bliable. résoudre cette impasse. Ces saveurs et senteurs de mon enfance sont devenues une de Pour Pourim, nos grands-mères prépa- mes sources d’inspiration. Et une de mes raient les hormigos, des pâtes de confection plus grandes joies est non seulement de artisanale délicieusement aromatisées aux recréer ces senteurs qui me sont inextricafeuilles de coriandre. Mais ce sont surtout blement liées, mais également de verser ces des douceurs appelées Marron Chinos, gouttes de mémoire dans des flacons, et de confectionnées à l’aide d’amandes râpées, transmuer ainsi l’intime en universel. de cannelle, de clous de girofle et de vanille, que j’associe le plus à la fête d’Esther. ParCarlos Benaïm faitement ronds et multicolores sur glaçage Kefisrael.com blanc, ils annonçaient pour moi les beaux jours et le cycle des odeurs s’apprêtant à renaître au printemps.

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LES BRÈVES BRÉVES...

C’EST UNE PREMIÈRE DEPUIS 40 ANS. LE GRAND PALAIS À PARIS OFFRE UNE AMPLE RÉTROSPECTIVE DE GEORGES BRAQUE, INITIATEUR DU CUBISME AVEC PICASSO ET INVENTEUR DES PAPIERS COLLÉS. Riche de quelque 240 peintures de Georges Braque (1882-1963), l’exposition, qui a ouvert ses portes mercredi 18 septembre au Grand Palais, embrasse toute la carrière du peintre français. De ses années fauvistes à sa collaboration cubiste avec Picasso, de ses travaux de papiers collés à ses immenses oiseaux, Georges Braque a dominé l’histoire picturale du XXe siècle. L’exposition se tiendra au Grand Palais, à Paris, jusqu’au 6 janvier.

BRÉVES...

RÉACTION DU CRIF AUX PROPOS TENUS PAR SÉBASTIEN THOEN DANS LE GRAND JOURNAL DE CANAL+. Suite aux propos tenus par Sébastien Thoen dans l’émission du 20 septembre 2013, «…Comme quoi, on peut être de confession juive et pas complètement dégueulasse !... », Roger Cukierman, Président du CRIF a appelé l’attention de Bertrand Meheut, Président du groupe Canal+, sur la gravité de ces propos qui s’apparentent à une banalisation de l’antisémitisme.

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BRÉVES...

DAVID GUETTA. Le retour de David Guetta DJ numéro 1 mondial, est vivement attendu apres sa performance de 2010 en Israël. C’est chose faite puisque David Guetta se produira à Massada, un lieu touristique d’exception, le 17 octobre pour une représentation unique et exceptionnelle, dans le désert de Judée, près de la mer Morte, le point le plus bas sur Terre.


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PORTRAIT

Hanokh Levin, le parcours d’un immense dramaturge israélien « Mon avis est que le théâtre est plus séduisant. Plus interpellant parce que vous voyez les choses se passer devant vous. C’est plus palpitant. Je ne sais pourquoi… »

C

’est ainsi que Hanoch Levin, l’un des plus grands auteurs satiriques et principaux dramaturges israéliens, témoigne à la fin de sa vie de sa fascination pour l’art théâtral. Une enfance inspiratrice Né dans la banlieue de Tel Aviv en Palestine mandataire le 18 décembre 1943, Hanoch Levin est issu d’une famille immigrée polonaise profondément religieuse. Il grandit dans le quartier de Neve Sha’anan au sud de Tel Aviv. Son père, qui meurt alors que l’enfant entame sa douzième année, y tient une modeste épicerie. Pour aider sa famille, Hanoch abandonne ses études et suit les cours du soir de l’école artistique Ironi Aleph, tandis qu’il travaille comme coursier la journée. Le quotidien de son voisinage et de sa famille sera, tout au long de sa carrière d’auteur, une source inépuisable d’inspiration; il y puisera la substance pour composer un miroir privilégié de la société israélienne. Naissance d’un citoyen engagé

sions ne cesseront de croître après la guerre des Six Jours, époque à laquelle le jeune homme fait ses premiers pas comme auteur dramatique. Quand le théâtre devient un tremplin à l’analyse politique Dans la période de 1967 à 1970, Levin se consacre principalement à l’écriture de satires politiques qui lui offrent une réputation d’auteur subversif et qui ne cessent d’agiter l’opinion israélienne. Sa première pièce, au titre plus que provocateur, Toi, moi et la prochaine guerre est mise en scène par son frère, David Levin, dans les caves d’un cabaret de Tel Aviv. Le jeune communiste s’y moque du masque larmoyant dont se grime le Tsahal (l’armée israélienne) pour justifier son combat et inciter les jeunes à prendre les armes. Il tourne également en dérision dans Discours de célébration de la guerre de onze minutes le discours du général Samuel Gonen à l’issue de la guerre des Six Jours. Avec une étonnante acuité, l’auteur braque sa plume sur la réalité politique, sociale et culturelle de son pays. Nurit Yaari, professeur à l’université de Tel-Aviv dit à propos de son œuvre : « Levin n’a cessé d’interpeller ses concitoyens contre les conséquences nuisibles d’une occupation durable des territoires conquis. »

Après avoir accompli son service militaire obligatoire comme agent de transmission, il entreprend des études de philosophie et de littérature hébraïque à l’université de Tel Aviv, entre 1964 et 1967. C’est pendant ses études universitaires, que le jeune étudiant adhère au Parti communiste israélien. Il atteint l’âge adulte dans les années 1960, au mo- Bilan d’une œuvre ment où son pays souffre de nombreux clivages : entre Séfarades et Ashkénazes, entre natifs et immigrés, entre Juifs L’œuvre dramatique de Levin se compose de 52 pièces et Arabes, mais également entre riches et pauvres. Les divi- dont 32 sont jouées de son vivant. On peut les diviser en TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013


27 trois catégories : les cabarets satiriques, dont nous venons de parler, et qui feront l’objet de violentes critiques de la part du gouvernement; les comédies, centrées sur des individus médiocres, représentatifs du microcosme de la société moyenne israélienne; et enfin les tragédies, ayant pour inspiration notamment des passages de la Bible. Débat : Un artiste muselé par l’opinion ou un écrivain libre dans la contrainte ? Certaines de ces pièces sont vivement contestées par certains spectateurs qui quittent, outrés, les sièges des salles de représentations, ou encore par le Mafdal (alors parti nationaliste religieux) qui demande la censure d’un chant de La Reine de la salle de bain. Uri Porat affirme alors : « Ce théâtre dépotoir fait de nous des meurtriers abjects, citoyens âpres au gain d’un état militariste ». Dans les années 70 à 80, les textes de Hanoch Levin sont montés à Haïfa ou sur les scènes des théâtres nationaux de Cameri et Habima. Levin dirige lui-même 21 de ses pièces, elles sont dès lors traduites et jouées à l’étranger lors de nombreux festivals autour du monde.

En lisant ou en assistant à une représentation de Yaacobi et Leidental, de Kroum, l’éctoplasme, ou encore de Ceux qui marchent dans l’obscurité, on constate que les questionnements des personnages, propres à un temps et à un moment donnés, sont bien plus universels qu’ils n’y paraissent. De tristesse en malaise, exprimant l’énergie de l’agonie, chaque voix imaginées par Levin laisse bientôt éclater la révolte et s’élever les cris d’hommes et de femmes en détresse dans un monde absurde et nihiliste. Mort d’un homme, genèse d’une œuvre majeure Le dramaturge décède d’un cancer, le 18 août 1999 en Israël, à l’âge de 55 ans. Si aujourd’hui il est étudié dans les universités, si ses œuvres sont traduites et jouées un peu partout à travers le monde, c’est parce que, à l’instar d’un Shakespeare, d’un Molière ou d’un Brecht, Levin fait partie de ces écrivains qui auront permis de mieux appréhender le monde qui nous entoure. Elle survivra à l’épreuve du temps. Amandine Sroussi

Le parcours de Levin témoigne de la puissante liberté d’expression de l’état israélien Le parcours de Levin témoigne de la puissante liberté d’expression de l’état israélien. L’audace de l’auteur aura fortement dérangé l’establishment du pays, qui l’accable de pressions diverses et variées pouvant aller jusqu’aux menaces de censure. Pourtant, jamais l’écrivain ne fut contraint au silence et la majorité de ses pièces ont été représentées dans des théâtres subventionnés par l’état. La liberté de Levin était totale, l’homme n’épargnait personne, pas moins ses spectateurs que les politiques, religieux, militaires, traditionalistes ou encore intellectuels de son époque. Derrière l’agitateur, le poète de l’intime Avare en interview, le dramaturge devient peu à peu l’enfant chéri de l’intelligentsia israélienne. Bien que la nature tortueuse du propos de Levin rende parfois difficile son accessibilité au grand nombre, sa dénonciation de la guerre, son mépris du besoin de « posséder », de « conquérir » au détriment du besoin d’« être » seront les leitmotivs principaux de son œuvre. Derrière la silhouette agitée du contestataire, du militant et de l’artiste engagé, on retient essentiellement du talent du dramaturge cette faculté qu’il avait de rendre sur scène les petites vicissitudes de la vie, les micros événements qui s’avèrent parfois bien plus douloureux et pénibles que les grandes tragédies et les guerres. Il maniait le burlesque, la chanson, les masques avec une rare habilité, tout en restituant, avec une légèreté assumée, les failles les plus profondes de l’humanité. TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013


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SPECTACLES

« Inconnu à cette adresse » en Israël Thierry Lhermitte et Patrick Timsit sont Martin Schulse un Allemand, et Max Eisenstein, un juif américain. Un duo fraternel dont l’amitié tourne au drame, sur fond tragique des errements politiques et moraux de la vieille Europe.

P

oignante, l’oeuvre de Kressmann Taylor, adaptée au théatre, a été récompensée aux Globes Cristal 2013. Elle raconte, au travers de la correspondance, 19 lettres échangées à partir de novembre 1932, l’histoire de deux amis durant l’ascension du nazisme en Allemagne. Patrick Timsit et Thierry Lhermitte, son complice, seront en Israël pour interpréter cette pièce les 22 et 23 Octobre, un pari audacieux et un véritable challenge. Entretien avec Patrick Timsit Tribune juive : Après le succès de la pièce au festival d’Avignon, vous entamez une tournée mondiale. Vous revenez en Israël en homme de théâtre, dans un tout autre registre que celui dans lequel on vous connaît. Cette rencontre aura-t-elle une dimension particulière ? Patrick Timsit : Oui effectivement, jouer en Israël a une résonance particulière, c’est intéressant, je m’y suis déjà produit sous un autre registre, celui de l’humour. Je vais à la rencontre d’un public à l’esprit vif et aiguisé pour lui proposer un texte fort, bouleversant. C’est une pièce qui va faire réfléchir et qui va prendre tout son sens là-bas. Tribune juive : Vous êtes Marc Eisenstein dans la pièce, vous avez un rôle à contre-emploi de ce que l’on connaît de vous. Votre judaïsme a-t-il facilité votre interprétation ? Patrick Timsit : En interprétant Marc Eisenstein je suis dans mon «emploi». Un comédien doit pouvoir s’adapter, changer de registre. Quand on est un bon acteur on rentre dans son rôle, l’interprétation se fait naturellement. Comme on est dans un travail de vérité, d’émotion pure, mon judaïsme m’a peut être donné une force particulière. Mais il peut arriver que le texte et son interprétation posent des problèmes, c’est ce qui s’est passé avec Tcheky Karyo, mon ancien partenaire, au demeurant un très bon acteur, qui est pourtant d’origine juive et qui n’était pas fait pour ce rôle. TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013

Tribune Juive : La pièce a été écrite en 1938 mais elle parle de 32 et 33. On voit monter l’esprit qui mène à la catastrophe... Patrick Timsit : Il n’est pas évident de faire vivre au théâtre un échange de lettres, c’est notre défi à tous les deux. Le


29 Tribune Juive : Est-ce que de tels événements peuvent revenir ? Patrick Timsit : Après l’interprétation de cette pièce, je peux vous dire que de telles horreurs peuvent se reproduire, car l’homme n’apprend rien de ses erreurs. Chacun a une part sombre en soi, et la crise sociale que nous traversons est dangereuse. Tribune Juive : Vous êtes l’un des acteurs les plus en vue, avec une actualité chargée, sur tous les fronts : la réalisation, le théâtre, la comédie, l’humour, rien ne vous arrête. Avez-vous d’autres projets ? Patrick Timsit : Oui, bien sûr, j’ai des projets, j’ai aussi la tournée de cette pièce, c’est vrai, j’ai beaucoup travaillé ces derniers mois, mes 7 vies, je suis en train de les vivre en texte est formidable, tellement dans la réalité, qu’on lui a été même temps. très fidèle. On ne nait pas nazi, on le devient, c’est un esprit, un endoctrinement qui se forge. On a tous en nous une zone d’ombre qui peut ressurgir. Regardez ce qui s’est passé Inconnu à cette adresse, avec Patrick Timsit et Thierry Lherrécemment en Grèce, tout d’un coup les néo- nazis ont mitte, mise en scène par Delphine de Malherbe. commencé à tirer dans les rues. L’idéologie fasciste s’infiltre A Jérusalem - théâtre Gérard Bechar- le 22 octobre 2013. de cette manière. A Tel-Aviv – théâtre Guesher – le 23 octobre 2013. Propos recueillis par Sylvie Bensaid

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LIVRES

« Les livres à s’offrir » Par Brigitte THEVENOT

C’est la rentrée donc la rentrée littéraire. Pour vous accompagner en douceur, mais non sans intelligence et en soignant votre inlassable curiosité, nous avons sélectionné pour les lecteurs de Tribune Juive trois ouvrages, laissant volontairement de côté les romans de tout genre.

Sadate, Robert Solé Éditions Perrin

Histoire des juifs, Michel Abitbol Éditions Perrin

• SADATE

• HISTOIRE DES JUIFS

Le dernier Robert Solé, tout d’abord, une biographie remarquable consacrée à Sadate publiée aux Éditions Perrin. Longtemps journaliste au journal Le Monde, Robert Solé a consacré de nombreux essais à son pays d’origine, l’Égypte. Habitué des media, ses ouvrages sont toujours une référence et accueillis comme telle, en plus d’être bien écrits, ce qui ne va pas forcément de pair.

Et les Éditions Perrin restent à l’honneur avec le très beau livre de Michel Abitbol, Histoire des Juifs de la genèse à nos jours, paru en avril dernier mais qui mérite vraiment que nous y revenions car, à n’en pas douter, c’est un ouvrage qui fera désormais référence. Orientaliste de réputation internationale, Michel Abitbol nous livre ici un travail d’une érudition remarquable de plus de 700 pages à savourer sans modération, à ma connaissance unique en son genre, sur l’histoire du peuple juif, « éparpillé comme autant de fines gouttelettes d’huile sur les eaux profondes des autres civilisations ». Des origines jusqu’à nos jours, enjambant les siècles, les continents et les civilisations dans un périple dont on a souvent oublié des épisodes, c’est une véritable odyssée que nous raconte ici l’auteur, avec toute la rigueur et la précision d’analyse qui le caractérisent, nous confiant ainsi les clés d’un destin souvent douloureux, parfois tragique, mais qui n’en finit pas de s’écrire et dont chaque page, ancienne et nouvelle, est nôtre. Passionnant.

Après son livre consacré à la chute de Moubarak et au « Printemps égyptien » (2011, Le Pharaon renversé), son Sadate se lit comme un roman, le roman de la vie d’un homme, un petit garçon d’origine paysanne né en 1918 près du Caire, que rien ne prédisposait à prendre un jour la tête de cet immense pays pour lequel il allait aussi donner sa vie dans des circonstances tragiques.

Un homme plein de contradictions mais aussi d’audaces et de courage, un de ces hommes, « peu nombreux, » comme le dit l’auteur, « qui par un discours ou par un geste ont changé le cours de l’histoire ». Histoire des Juifs de la genèse à nos jours, Les années Sadate ont laissé des traces profondes que le livre de Robert Solé explique Michel Abitbol, Éditions Perrin, 27 € et éclaire pour nous aider à mieux comprendre l’Égypte d’aujourd’hui et les enjeux géopolitiques essentiels de toute cette ré- • L’HUMOUR YIDDISH gion. Enfin, un dernier coup de cœur avec le livre de Jacqueline et David Kurc, Humour Sadate, Robert Solé, Éditions Perrin, Yiddish, un ouvrage très soigné (couver22,50 €

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31 ture, papier, textes, glossaire et un DVD de 26 minutes des spectacles sur scène de David), bilingue français/yiddish, en caractères hébraïques pour les yiddishisants, et en yiddish translittéré, pour ceux qui le comprennent mais ne le lisent pas. Là encore, un livre sans pareil, que nous encourageons d’autant plus que les deux auteurs, médecins retraités, y ont mis plus de dix ans de leur vie et en assurent eux-mêmes l’édition pour être sûrs de bien obtenir le livre qu’ils voulaient. Cerise sur le gâteau, l’ouvrage est préfacé en plus par deux maîtres ès yiddish, Marek Halter et Yitskhok Niborski. Un pari réussi ! Humour Yiddish, de Jacqueline et David Kurc, aux Éditions Zeldov, (livre et DVD) 29 €

Humour iddish, Jacqueline et David Kurc Éditions Zeldov

Le vitsn de mame-loshen : les blagues dans la langue de maman

été capable d’assurer. Et c’est une réussite complète : non seulement le livre est original mais il est beau.

La religion, l’argent, la famille, les médecins, les riches, les pauvres, les avares, les simples d’esprit, les femmes, les vitsn s’inspirent de tout, se moquent de tous, sans restriction. Sans restriction mais jamais sans respect ni jamais méchamment. Les vitsn ? Ce sont ces histoires drôles où l’on rit de soi plus que des autres, éternellement revisitées, anecdotes ou réparties que l’on se raconte traditionnellement en famille ou entre amis surtout lorsque l’on a des racines polonaises et qui sont en grande partie responsables de la réputation mondiale et légendaire –n’ayons pas peur des mots - de « l’humour juif », même s’il convient de distinguer sans plus tarder, au risque de fâcher les uns et de déplaire aux autres, l’humour ashkénaze de l’humour séfarade… A chacun sa culture, à chacun son humour, même si les blagues sont souvent les mêmes, accommodées d’autres saveurs, d’autres parfums.

Les 502 histoires retenues ici ont été sélectionnées parmi des milliers et chacun y retrouvera sans doute un peu des siennes, un peu de soi. Certaines ont valeurs de fables et, à l’instar des proverbes yiddish, expriment une sagesse ancestrale, la richesse d’un patrimoine culturel et folklorique unique.

502 HISTOIRES RETENUES Jacqueline et David Kurc sont tous deux enfants de parents immigrés de Pologne. Tous deux ont grandi dans le quartier du Marais à Paris, les oreilles baignées de la musicalité du yiddish, la mame-loshen, « langue de maman », leur langue, que l’on parlait encore au quotidien dans tous les foyers du Pletsl dans les années 1930/40 et qu’ils vont parfaire ensuite en suivant les cours de Yitskhok Niborski. C’est dire s’ils ont l’un et l’autre longtemps porté en eux – sans même le savoir vraiment ?- ce recueil de vitsn qu’ils publient aujourd’hui après plus de dix ans de travail assidu, avec un soin émouvant, des précautions et des attentions dans la forme et le fond de l’ouvrage que seul le désir profond de transmettre un patrimoine rare et précieux en perdition peut motiver et qu’aucune maison d’édition n’aurait TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013

« Ce sont celles de l’enfance, celles qu’il nous reste aujourd’hui d’une génération perdue dans les fureurs de l’Histoire dans une langue qui est la nôtre, que nous aimons et qui a été massacrée avec ses locuteurs pendant la Shoah », expliquent les deux auteurs. Elles proviennent aussi des innombrables livres en français, anglais, allemand, yiddish, russe, et hébreu parus, ainsi que de quelques anecdotes authentiques et savoureuses dont ils se sont abreuver pour nourrir aussi parallèlement les spectacles que David, « humourologue » et conteur dans l’âme, montait en one man show sur de nombreuses scènes, dont le DVD contenu dans le livre donne un bel aperçu. « Le but de cet ouvrage n’est pas d’analyser les caractères et les mécanismes de l’humour juif, d’autres l’ont fait bien avant nous et très bien, continuent-ils. Nous avons voulu donner avec ce livre un aperçu de la société ashkénaze en Europe de l’Est avant la Shoah, ainsi que de la vie juive en Israël et en diaspora aujourd’hui ». La dédicace qu’ils font parlent d’elle-même : « En hommage à nos parents disparus, en héritage à nos enfants et petitsenfants, à tous ceux qui ne veulent pas oublier et à leurs descendants. A tous les curieux… » Brigitte Thévenot


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SPORT

Un été bien bleu (Bilan de rentrée) Parler de rentrée quand on évoque le sport est toujours impropre, puisque celui-ci ignore les vacances, au point de souvent écrire ses plus belles pages à l’heure où les citoyens goûtent un repos mérité sur les plages. Certes les saisons de championnat dans l’ensemble des sports attentent la percée de l’automne pour vraiment prendre leur envol, mais l’été livre souvent les événements les plus riches en fulgurantes émotions et déraisonnables exploits. Tribune Juive fait le bilan. l’état d’esprit et la manière qui ont frappé les observateurs. A mille lieues de Knyssa ou des mouvements d’humeur de l’Euro 2012, les bleuets ont prouvé que le football peut encore être synonyme de joie et de solidarité, d’émotion et de partage. Hélas, la reprise du championnat et les transferts houleux de deux des héros de l’été, Florian Thauvin et Mario Lemina, tous deux vers l’OM, ont vite rappelé combien les sirènes financières et un entourage vénal peuvent transformer de gentils garçons en avides négociants. MARION BARTOLI

C

oup de chance, en ces temps où le sport business pare les clameurs des stades d’un gênant halo mercantile, notre été fut marqué par la fraîcheur de triomphes juvéniles propres à changer un peu l’image de sports gangrenés par les incivilités et la cupidité. Tandis que le mercato footballistique s’enfonçait dans une démesure, aussi gênante que propre à raviver les couleurs ternies de notre Ligue 1, ce sont les enfants du ballon qui nous ont offert la joie du triomphe en bleu. Excusez du peu : la France du prodige Paul Pogba a décroché le titre de championne du monde des moins de 20 ans, tandis que l’équipe féminine des moins de 19 ans est montée sur le toit de l’Europe, les garçons de la catégorie ayant eux accédé à la finale dans la même compétition. Plus que les succès, ce sont également

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Mais qu’importe, depuis, la Ligue 1 a repris ses droits et ce sont bien les nouveaux mastodontes, Monaco et Paris Saint-Germain qui, avec Marseille et l’outsider stéphanois occupent le haut de l’affiche et du classement. Avec les arrivées de stars mondiales et autre valeurs sûres de la trempe de Falcao, Moutihno, Toulalan, Abidal, Carvalho côté monégasque ou Cavani, Marquinhos et Digne côté parisien, les nouveaux riches de la L1 commencent à inquiéter l’Europe, même si ce faste masque la réalité d’un championnat dont les autres équipes ont tendance à s’appauvrir. Sur les courts, outre la sempiternelle victoire de Raphael Nadal à Roland-Garros et la domination sans partage du robotique big four (Nadal, Djokovic, Murray, Federer), le tennis français peut s’enorgueillir


33 de la magnifique victoire de la jeune retraitée, Marion Bartoli, à Wimbledon, comme des demi-finales respectives de Tsonga à Roland-Garros et de Gasquet à l’US Open. Avec 5 victoires en Grand Chelem depuis 1995, les filles ont cependant largement pris l’ascendant sur les garçons qui attendent encore le successeur de l’icône Yannick Noah. Du côté des sports épris de chimie, le Tour de France à accouché d’un nouveau héros en proie à la maladie, Chris Froome, ouvrant encore les vannes du doute et faisant planer à nouveau le souvenir de l’escroc Lance Armstrong. Et que dire de la victoire de Chris Horner à la Vuelta ? Quand un papy de 42 ans, sans palmarès flamboyant, place de Renaud Lavilenie au concours de dompte trois semaines durant les jeunes saut à la perche, le bilan est encourageant poulains de la giclette, les questions se bous- avec 4 médailles, dont l’exceptionnel titre de Teddy Tamgho au triple saut, avec un bond historique au-delà des 18 m.

culent et la gêne s’installe. Certes, remettre systématiquement en cause les feuilles de résultats des grandes compétitions cyclistes n’aidera pas à laisser respirer un sport éminemment populaire, mais l’habitude et les précédents sont trop présents pour envisager toute candeur. LAVILENIE ET TAMGHO Il en est de même pour l’athlétisme, dont les Championnats du Monde de Moscou se déroulèrent sans une part conséquente d’une équipe jamaïcaine encore une fois rattrapée par le dopage. La terre du reggae n’en fut pas moins à l’honneur avec la énième consécration de l’extraterrestre du sprint, Usain Bolt, dont le palmarès, la personnalité et les caractéristiques surnaturelles le font presque échapper au soupçon et le triplé historique de Shelly-Ann Fraser-Pryce sur 100, 200 et 4 x 100 m. Dans tous les cas, ces deux là ont déjà fait de longue date leur entrée au Panthéon du sport et ne sont pas près d’en être délogés. Côté français, en dépit de la relative déception de la deuxième

Nous finirons cet incomplet tour d’horizon d’un riche été sportif, en replongeant dans les bassins du Championnat du Monde de natation de Barcelone qui ont confirmé l’installation de la France dans le carré de tête des plus grandes nations mondiales, tandis que l’Australie perd peu à peu de sa superbe. Avec 9 médailles dont quatre en or, et une historique domination dans les relais masculins, l’hexagone touche les fruits d’un changement dans sa gestion du haut niveau qui, désormais, privilégie la qualité à la quantité. Les Américains et les Chinois n’en restent pas moins les grands vainqueurs de la compétition, durant laquelle ils ont respectivement glané 15 et 14 titres. TONY PARKER Alors que l’été s’est donc achevé, la rentrée s’ouvre elle aussi en bleu, avec le premier titre majeur obtenu par le basket masculin, l’Équipe de France, guidée par un Tony Parker en feu, ayant enfin vaincu ses démons en remportant l’Euro en Slovénie au prix d’unparcours éprouvant pour les nerfs. Reste à espérer que les footballeurs de Didier Deschamps sauront s’inspirer des hommes de Vincent Collet, à l’heure où, après d’inquiétantes rencontres face à la Géorgie (0-0) et la Bielorussie (4-2), se profilent d’étouffants barrages qui conditionneront la présence des bleus au Mondial brésilien de 2014.

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013

Benjamin Altman


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LES BRÈVES BRÉVES...

DAVID GROSSMAN SOUS LES FEUX DE LA RAMPE David Grossman déjà lauréat du Prix Médicis étranger 2011, gagne le prix du meilleur roman des Edtions Points présidé par Marie Desplechin avec son livre «Une femme fuyant l’annonce» L’histoire : une femme partagée entre deux hommes, et qui hésite toute une vie. Elle est une mère dont l’enfant est en danger, et qui préfère fuir la réalité. En Israël, pour elle, l’espoir et l’émotion se logent entre les bombes.

BRÉVES...

ZELDA & SCOTT.... FITZGERALD, BRÛLENT LES PLANCHES AU THÉÂTRE LA BRUYÈRE. Il est peu de couples aussi mythiques que celui que formaient, dans les années 20, Zelda et Scott Fitzgerald, symbole du faste et de la démesure, qui a fasciné toute une génération par son anticonformisme. Lorsqu’il rencontre Zelda, Scott Fitzgerald est persuadé qu’elle est venue au monde pour incarner l’héroïne de ses romans. Deux ans plus tard, ils sont devenus le symbole de l’Amérique, et les livres de Fitzgerald ont fait de sa femme une légende. Ernest Hemingway devient le confident passionné, le frère de littérature. Le couple mythique est interprété par des comédiens de talents. Sarah Giraudeau incarne en femme libérée, une Zelda, totalement scandaleuse. Julien Boisselier fait un Scott assez fin, tout en nuance. JeanPaul Bordes, campe un Ernest Hemingway confondant de ressemblance. Une excellente pièce de rentrée.

BRÉVES...

DEUX CANDIDATS POUR UN FAUTEUIL Le 5 octobre au soir, après le bilan moral et financier des deux années écoulées, le nouveau Président de l’UEJF sera élu. Deux personnes se sont portées candidates à la Présidence de l’UEJF: Sacha Reingewirtz vice président de l’institution et Yoann Sportouch, Secrétaire Général de l’UEJF pour succéder a Jonathan Hayoun le président sortant. C’est la première fois depuis 10 ans que deux candidats sont en lice pour cette élection, cela montre que l’institution fait preuve d’une grande vitalité Sacha Reingewirtz et Yoann Sportouch, ne sont pas des inconnus. Tous les deux sont membres actifs de l’UEJF depuis de longues années et occupent des postes à responsabilité, ils connaissent parfaitement les rouages et le fonctionnement de l’institution. Nous leurs souhaitons bon courage et que le meilleur gagne. Voici le site officiel de la campagne 2013 pour la présidence de l’UEJF : http://electionsuejf.org/ Vous y retrouverez les professions de foi et affiches des candidats.

BRÉVES...

YOUSSOUF FOFANA CONDAMNÉ À 7 ANS DE PRISON SUPPLÉMENTAIRES

Zelda & Scott, du 4 septembre au 28 décembre 2013. TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013

Youssouf Fofana, condamné en juillet 2009 à la prison à perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans pour avoir séquestré, torturé et tué le jeune juif Ilan Halimi, écope de 7 ans de prison supplémentaires pour apologie du terrorisme. Le tribunal a diffusé des extraits de vidéos tournées par Youssouf Fofana où il appelait à «la révolte des Africains»


35 BRÉVES...

ILS REVIENNENT : LES SOUL MESSENGERS, CHANTENT POUR HADASSAH Les Soul Messengers, un groupe originaire d’Afrique de renommée internationale, séjournant en Israël, dirigé par Abraham Ben Israël, chantent pour Hadassah Le comité de Hadassah France et sa directrice Karine Israël organisent leur soirée de gala le 7 octobre à la salle Gaveau en présence de nombreuses personnalités. Yossi Gal, l’Ambassadeur de France en Israël, le professeur Alexander M.M. Eggermont, directeur de l’institut de cancérologie Gustave Roussy, Nicole Guedj, présidente de la Fondation France Israël, et Michel Leeb, parrain de Hadassah France sont attendus. Cette formation, au style inimitable, composée de 17 artistes, musiciens et danseurs, remporte un grand succès dans le monde depuis 33 ans. L’histoire débute en terre promise au début des années 70 lorsque ce groupe de 12 artistes, issus de la communauté des blacks Hebrews de la ville israélienne de Dimona, commence à se produire avec éclat sur de nombreuses scènes du pays et officie régulièrement lors de réceptions données pour les chefs d’état et personnalités officielles. Ils ont été invités à se produire aux côtés d’immenses stars de la scène, Ray Charles, Stevie Wonder, Whitney Houston, Barry White et Kool and the Gang. Leur spectacle vous fera voyager à travers des décennies de musique. Leurs chansons, combinant le son classique de la musique soûl des années 60, reprennent des airs des plus grands artistes contemporains et de leurs propres productions. Les bénéfices récoltés lors de la soirée seront destinés à la recherche sur le cancer et les maladies neuro dégénératives telles que la maladie d’Alzheimer, le Parkinson ou la Sclérose en plaques. Une très belle soirée en perspective à ne pas manquer. Dimanche 6 Octobre au Plaza - Nice Lundi 7 Octobre à 20 heures à la Salle Gaveau - Paris

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE/OCTOBRE 2013


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