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SEPTEMBRE / OCTOBRE 2017 (5778) - NUMÉRO 70 (OFFERT)

DRUZES D’ISRAËL FRÈRES D’ARME ET DE CŒUR PAR JEAN-PAUL FHIMA

MAIS C’EST QUOI ÊTRE JUIF ? DIS-MOI.

Par SARAH CATTAN


En ce début 5778, ƟĞŶŶĞ>ĞŶŐĞƌĞĂƵ DĂŝƌĞĚĞDŽŶƚƌŽƵŐĞ

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ÉDITO Les oliviers d’Albert, une belle hisoire réjouissante - ISRAËL

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Où sont les justes - JUDAÏSME

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5778

Les juifs de Rhodes, ce peuple disparu COMMUNAUTÉ

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Une victoire dans l’affaire Sarah Halimi ANTISÉMITISME

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Un photographe juif enterre 6000 négatifs pour les protéger des nazis SHOAH

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Druzes d’Israël, frères d’arme et de cœur - ISRAËL

P16

L’antisémitisme à l’école dans les beaux quartiers - ANTISÉMITISME

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Mais c’est quoi être juif ? Dis moi. HUMOUR JUIF

P22

LES VŒUX DE TRIBUNE JUIVE

Sophie Marceau « je me sens sioniste » - MÉDIAS

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Par ANDRÉ MAMOU

Michel Boujenah « Une année 5778 d’amour et de paix » - INTERVIEW

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COMMUNAUTÉ

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Rentrée littéraire - LIVRES

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FILMS

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THÉÂTRE

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L’automne en beauté ! SHOPPING

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Edité par : SAS TJ INFO Directeur de la publication : André Mamou Rédacteur en chef : André Mamou Directrice de la rédaction : Sylvie Bensaid Rédactrice en chef adjointe : Line Tubiana Secrétaire de rédaction : Michelle Delinon Maquette : Emmanuel Lacombe Ont participé : Sarah Cattan, Jean-Paul Fhima... Directrice de la publicité : Sylvie Marek Chef de publicité : Jeanine Konforti Crédits photo : Wikipédia, Wikimédia Commons, Flickr Commons, Pixabay... Photo couverture : Soldats Druzes « Herev Battalion » lors de la « Marche du béret » sur 60 Km © Israël Defense Forces Commission paritaire en cours.

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n va se souhaiter tout le bonheur du monde. Ou presque. Ceux qui envoient par la Poste des lettres au Bon Dieu, je parle de ceux qui écrivent des billets pour qu’ils soient mis dans les interstices des murailles du Kotel de Jérusalem, qu’on appelle aussi le Mur Occidental, ne perdent pas leur temps : les employés qui reçoivent leurs lettres, les ouvrent, les lisent, les classent et les empilent comme des courriers à retirer. Ceux qui les ont écrites demandent au Tout Puissant de veiller sur leur santé et de leur procurer un gagnepain confortable. Alors, on ne va pas jouer aux originaux et se prendre pour des intellos : pour vous nos lecteurs, bonne santé et bonne chance dans vos projets, dans vos entreprises. C’est l’année 5778 : Tribune juive vous adresse ses vœux pour une année douce comme le miel. En France, le « dégagisme » a emporté tous ceux qui s’y voyaient déjà. Un Président de 39 ans est au pouvoir, élu par les 2/3 des votants, et il dispose d’une majorité confortable pour mettre en place son programme des réformes indispensables. Mais dans notre « cher et vieux pays » se manifestent les résistances de tous ceux qui ne souhaitent de sacrifices que pour les autres. Comment libérer les énergies pour que le pays sorte du cauchemar du chômage, des impôts, des déficits et regagne un rang de grande puissance ? Nos vœux accompagnent les hommes de bonne volonté. « Tu es juif, tu as de la thune » expliquent les voyous à ceux qu’ils menacent et qu’ils maltraitent. La com-

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munauté Juive en France a passé une année de crise, une année grise. Le nombre de ceux qui ont fait leur Aliya s’est réduit mais il y a beaucoup de départs vers les USA ou la Grande Bretagne et ce sont bien les plus doués, les plus courageux qui nous saluent de loin grâce à WhatsApp. « L’Orient compliqué » et « les idées simples », le Général en avait fait une formule impérissable : affrontement sunnites- chiites, Daech, Hamas, Hezbollah, la Syrie en pleine découpe, l’Iran préparant ses reniements, Erdogan, Poutine...des milliards de dollars en armements, un chaudron où l’on touille un mélange de haines ancestrales et de violences inexpiables. C’est pour bientôt l’explosion, l’embrasement ? Les jeux très dangereux... Israël, startup nation, hyper démocratie, sol aride mais esprits fertiles, plein emploi et prospérité, reste attentif « aux longs cheminements des douleurs secrètes ». Un conflit régional qui se transforme en guerre de religions ? La fin du conflit avec les Palestiniens, la reprise des négociations, la solution à deux États avec des échanges de territoires et les garanties de sécurité avec Tsahal dans la vallée du Jourdain ? La fin du cauchemar ! Vous y croyez, vous ? Le pays où coulent le lait et le miel, c’est écrit dans la Bible. C’est donc vrai ! Ça pourrait être vrai en 5778 ? Faudrait être vraiment croyant... „ Tribune Juive


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ISRAËL

LES OLIVIERS D’ALBERT une belle histoire réjouissante Par ANDRÉ MAMOU

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uand j’y suis allé pour la première fois, ce devait être en 1970 et je rendais visite à Elsa, cousine de ma femme et mariée à Albert. C’est au milieu des années 50 que le jeune couple avait quitté la Tunisie pour Israël. Je voulais connaître un aspect de cet « Israël profond » : retour à la terre, rêverie sioniste et socialiste. C’était comme je me l’imaginais : terre ingrate,

soleil de plomb, sécheresse, jamais d’humidité. Des maisonnettes, des appentis le long de quelques rues serpentant autour d’une colline basse. Pas la pauvreté mais la frugalité et la simplicité. Des conversations sonores, des grands rires, une extrême cordialité et une amitié réconfortante. Quelques cultures vivrières, de la basse cour, un atelier de mécanique, 36 mois de service militaire, un mois par an de rappel de

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réserviste. Très peu d’argent mais le sourire de ceux qui sont en paix. Albert tenait au milieu du village une petite épicerie : pain, lait, cigarettes et journaux pour l’essentiel des ventes. Bien sûr, tout à crédit ! Ceux qui arrivaient à solder leurs comptes le faisaient avec un tel retard que l’inflation galopante avait dévoré la marge bénéficiaire. Je m’étais dit : « Le juif nouveau est arrivé. »


5 OMER : 7300 HABITANTS Tel Aviv -Beer Sheva : une autoroute de 100 kms et quelques kms avant la ville , une gare routière puis à gauche les grands bâtiments blancs de Ben Gourion University. Vous les longez puis les dépassez et à droite, une belle avenue, grands arbres et massifs de fleurs, villas, cottages, maisonnettes. Vous êtes à Omer, village ou plutôt petite ville de 7300 habitants. Au départ, c’était là le mochav, sorte de coopérative agricole où chacun cultivait un bout de terrain en mettant en commun matériels et semences. Le plan de partage de 1947 incluait Beer-Sheva dans les territoires de l’État arabe, étant donné que la grande majorité des 4 000 habitants était des Arabes. L’armée égyptienne était implantée à Beer-Sheva en 1948. Le 21 octobre 1948, au cours de l’Opération Yo’av, la cité a été occupée par une unité du Palmach : le commando français, commandé par Teddy Eytan ( Tadée Diffre), compagnon de la Libération, capitaine de l’armée française dans la division Leclerc. Omer a été créé en 1948 pour garder les voies d’accès à Beer Sheva et empêcher les intrusions des bédouins nomades. Au départ, 100 familles devaient s’installer mais seules 40 ont résisté à l’hostilité de la nature et au sabotage des infrastructures par les bédouins. Albert et Elsa , eux, avaient résisté à tout : le soleil qui calcine et le vent du désert, le khamssin , qui disperse le sable du Neguev, le froid des nuits d’hiver et rien ne les a découragés. Les 40 familles pionnières possèdent en com-

mun 100 hectares. Ils y ont cultivé du blé dur et des pommes de terre. Une période auparavant tout était planté en fleurs qui partaient au petit matin pour le marché de Rotterdam. Mais la concurrence d’autres pays a balayé les nouveaux cultivateurs d’Omer et ils ont essayé autre chose puis encore autre chose. Le pays a fait des pas de géant pour sortir du sous développement et arriver à l’auto suffisance. Les immigrants russes sont arrivés nombreux à Beer Sheva qui, en trente ans, est devenue la sixième ville du pays. L’Université Ben Gourion est pionnière dans beaucoup de domaines et tout s’est transformé rapidement. Omer n’est plus un lieudit mais l’endroit où les professeurs, les juges, les hauts fonctionnaires, le corps médical, les commerçants aisés voudraient habiter. Les villas sont plus grandes, plus belles et la piscine municipale ne désemplit pas. Sur le terrain dévolu à sa famille les deux villas construites par Albert et son fils valent aujourd’hui des centaines de milliers de dollars, la récompense des pionniers ! Albert venait de Tunisie où il avait travaillé comme régisseur de grandes fermes et il connaissait l’agriculture en pays aride. Il ne voulait pas pour Omer des petites cultures de subsistance, celles que les dirigeants sionistes de gauche voulaient promouvoir afin de créer des hommes nouveaux régénérés par le travail sur la glèbe. Albert s’en est allé et son fils Ruben, aidé par ses deux sœurs au cœur immense, a repris le flambeau. C’est lui qui, par son dynamisme, a réussi à convaincre ses voisins. L’idée d’Albert était de planter des oliviers qui n’ont pas besoin de beaucoup d’eau et qui sont si bien adaptés au climat. L’huile d’olive des temps bibliques, nouvelle spécialité d’Omer, est maintenant une réalité. Et c’est sous la marque « Les oliviers d’Albert » que la première production a été commercialisée.

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DEUX SORTES D’OLIVES L’huile d’olive est produite à la Ferme d’Albert (54 BP 1421 Omer Israël) par pression à froid à partir de 100 % d’olives récoltées la même année. Son degré d’acidité est de 0, 6 % . Il y a deux sortes d’olives, les syriennes et les Monzalino et c’est l’assemblage des deux qui donne au produit le piquant et la douceur en un équilibre parfait. Albert avait planté les oliviers : une longue patience, du découragement parfois, du savoir faire toujours. Il n’a pas eu une vie assez longue pour voir sa première récolte transformée en huile d’olive extra vierge par première pression à froid, pour voir son produit mis en bouteilles et en bidons cylindriques d’un litre. Son prénom est sur l’étiquette et son fils continue son œuvre, tout comme dans une histoire biblique où celui qui a commencé doit laisser sa place. Les 40 familles pionnières ont maintenant beaucoup de projets qu’elles ont inscrits dans un plan de 3 ans. Les partenaires du moshav vont construire cette année des installations solaires sur 13 hectares ce qui leur permettra une auto suffisance électrique. D’autres champs d’oliviers arrivent en production. Une usine de fabrication est en cours de construction avec une salle de réception pour accueillir tous ceux qui s’intéressent au savoir faire et aux procédés techniques. Enfin il est prévu d’édifier une maison médicale pour réunir sous un même toit, médecins, infirmiers, psychologues et assistantes sociales. Ce sont les idées que mon ami Albert, séfarade de Tunisie et simple cultivateur intimidé par les ashkénazes si cultivés, développait sans jamais arriver à convaincre. „


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JUDAÏSME

Où sont les justes ? Par JEAN-PAUL FHIMA

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n grec, le mot Dikaios veut dire « homme de bien et de vertu »; dans la Bible, le tsaddiyq est « celui qui est du côté de la vie et de la justice ». Abraham, Noé et Job sont les premiers des justes. Les Justes parmi les nations sont des milliers d’hommes et de femmes anonymes qui ont sauvé des centaines de juifs pendant la seconde guerre mondiale.

Et aujourd’hui, où sont les justes ? Alors que les mises à mort antisémites resurgissent d’un néant que l’on croyait banni, allument-ils des bougies et ploient-ils sous les fleurs ? Montrentils leurs larmes et des faces d’enterrement ? Ou bien refusent-ils de se taire avec les salauds et les pleutres ?

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Sarah Attal-Halimi, médecin juive orthodoxe et directrice de crèche sexagénaire, a été battue et défenestrée du troisième étage de son immeuble, en plein Paris le 4 avril 2017, par son voisin de 27 ans, Kada Traoré, qui aurait crié « Allahu akbar. » Elle a été inhumée le 9 avril à Jérusalem. Deux jours plus tard, une marche blanche en sa mémoire a défilé paisiblement dans le quartier de Belleville, une fleur à la main. « Le procureur


7 juive confinant à « un terrible isolement », une sorte de ghetto émotionnel et mental « qui crée la peur » (Slate, 7 avril 2017). Fort heureusement, pense-t-on ici et là, les juifs sont respectueux des règles et des institutions, de la légalité et du droit ; mécanique abusive du politiquement correct qui évite, au final, tout débordement. Ils peuvent toujours faire une marche blanche, avec eux au moins on ne risque pas de brûler des voitures… Cette violence n’aurait rien à voir avec la religion ? On aimerait tellement y croire.

VIOLENCE ET MORT DANS L’ISLAM

de la République, François Molins, a expliqué que « à ce jour, il est impossible de déterminer s’il s’agit d’un acte antisémite ou pas ». L’affaire nous dit-on, a toute l’apparence d’un « acte de déséquilibré... lequel a été confié aux services psychiatriques ». Le crime ignoble semble d’office relégué à la rubrique « fait divers ».

également. Ainsi, Elisheva Halimi a été poussée un jour dans l’escalier par une des sœurs de l’assassin. » (Jforum, 13 avril 2017). La presse a évoqué à peine la tragédie, probablement occupée à mieux faire en période électorale. « Nos grands médias pourtant si bavards n’ont pas encore relaté ce terrible meurtre commis mardi dernier à Paris ». Leur silence coupable (complice ?) contribue à une « décivilisation » (Brigitte Stora, le Huffington Post , 11 avril 2017). Une façon d’exclure les Juifs « du statut de victime » dans « un récit médiatique » étrangement sélectif conclut avec amertume Pierre Lurçat dans son article « l’étrange silence autour de la mort de Lucie (Sarah) Halimi, toutes les victimes se valent-elles ? » (Causeur, 14 avril 2017). Un crime dont la nature, en filigrane, rappelle l’horrible mise à mort de Sébastien Sellam le 20 novembre 2003, autre juif assassiné par son voisin « schizophrène » Adel Amastaibou ; « fait divers » déjà boudé à l’époque par des médias soucieux de ne pas mettre de l’huile sur le feu.

Pourtant, « la famille de la victime nous rapporte que le meurtrier traitait régulièrement Madame Halimi de « sale juive », validant hélas ma conviction profonde depuis le début : l’antisémitisme est le facteur déterminant dans ce meurtre ignoble. (…) Ces insultes à répétition peuvent étayer la motivation antisémite du crime » (Meyer Habib, Facebook) . « Depuis 20 ans, la famille du 2ème (étage) persécutait Madame Halimi et ses enfants. Ils étaient régulièrement insultés et traités de sales juifs. Les filles de la famille

L’antisémitisme est devenu en Europe, et particulièrement en France, un sujet délicat et tabou, au point de nier ou de minimiser des crimes odieux. La victime est juive, le tueur musulman, et alors ? Les juifs qui voient de l’antisémitisme partout ne seraient-ils pas paranoïaques ? Il y aurait, si on en croit les propos sans compassion d’un journaliste dont citer le nom me répugne, « un emballement viral » qui s’est emparé de la communauté

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L’islam cautionne-t-il la violence ? Christine Schirrmacher, islamologue allemande de renommée internationale, répond à cette question sensible (IQRI, 5 mai 2013). « La vie de Mohammed se caractérise à la fois par son enseignement moral et ses campagnes militaires. Tout musulman pieux a le devoir de suivre son exemple. » Le martyre et le jihad, poursuit-elle, jouent dans la théologie islamique une place centrale précisément parce qu’elles sont des obligations à la fois morale et guerrière (Harb). Adonis, poète syrien de 87 ans, et Houria Abdelouahed, psychanalyste et universitaire, partagent dans un livre d’entretiens passionnants, « Violence et islam » (Seuil, Paris, 2015), un regard critique et lucide sur leur propre culture musulmane. En terre arabe, nous disent-ils, la violence et la fascination de la mort prennent leur source dans l’islam lui-même « imposé par la force (…), devenu une histoire de conquêtes. Les gens devaient soit se convertir, soit payer un tribut. » (p 48). Cette violence, confortée et légitimée par les textes fondateurs du Coran et des Hadiths « est revêtue d’un caractère sacré parce qu’elle incarne et défend le sacré » (p 61). Cette sacralisation de la violence s’exerce sur tous les individus et particulièrement sur les juifs, les femmes et les apostats. « La femme en islam est plus un objet qu’un véritable être humain. » (p 83-89). Philosophes, savants et artistes arabes d’autrefois furent des esprits libres, progressistes et créatifs. Ils « n’étaient pas musulmans au sens traditionnel du mot... (Ils) ont transgressé l’islam au sens dogmatique du terme. » (p 19). Il s’agit de « creuser au plus profond, gratter ce qui fait mal », rappelle Adonis dans Télérama (20 février 2016) ; cette culture de violence produit,


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JUDAÏSME depuis des siècles, « des phénomènes barbares inconcevables », on ne peut ni s’y habituer, ni s’y résigner poursuit-il. Le calife éclairé Al-Ma’mun (786-833) a œuvré à la connaissance de l’autre en commandant des traductions de textes de la philosophie grecque. « Traduisez Platon, disait-il, et je vous donnerai le poids du livre en or. » Al-Farabi, grand savant persan du 10ème siècle, philosophe, mathématicien, musicologue, est tout à fait étranger à l’islam. Grand admirateur de la pensée platonicienne, il soutenait que les vérités philosophiques sont au-dessus des croyances religieuses. Ses œuvres, encensées en Occident, restent maladivement peu diffusées dans le monde arabe.

lence. (…) Nombreux sont ceux qui quitteraient aujourd’hui l’islam pour se tourner vers le chemin de la liberté sans cette violence et la peur. (…) Il existe beaucoup de musulmans modérés et tournés vers la démocratie, mais il n’existe pas d’islam modéré. » (« L’islam radical, un fascisme du désert ? » Valeurs Actuelles, 16 avril 2017). Hamed Abdel-Samad ne comprend pas pourquoi la publication de son livre a été reportée de six mois dans « la patrie de Voltaire » où, semble-t-il, l’ (auto-) censure éditoriale s’exerce désormais. Si la critique de l’islam est considérée ici même en France comme « une insulte » ou « un péché », avoue-t-il avec amertume, on ne peut que renforcer cette violence au lieu de la combattre. Pour Yigal Carmon, président fondateur du Middle East Media Research Institute, la fin de cette culture de violence et de mort ne pourra venir que « des musulmans eux-mêmes » (« Du carnage à la culture : comprendre le monde arabe et musulman actuel, MEMRI, 26 janvier 2015). Fethi Benslama, psychanalyste franco-tunisien, écrit dans son livre « Déclaration d’insoumission à l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas » (Paris, Flammarion, 2005) : « Un devoir d’insoumission nous incombe, à l’intérieur de nous-mêmes et à l’encontre des formes de servitude qui ont conduit à cet accablement ». Le musulman « au singulier et au pluriel » est pris, dit-il, dans l’engrenage d’un « territoire psychique à part qui produit des clivages imaginaires massifs » (Médiapart, 22 novembre 2017).

Hamadi Redissi, islamologue tunisien, s’interroge dans son livre « l’exception islamique » (Seuil, Paris, 2004) sur les raisons qui empêchent les sociétés musulmanes d’entrer « dans le cercle vertueux » de la modernité et de la démocratie. « Il s’avère que l’islam est toujours miné par la violence extrême (terrorisme, assassinat et suicides) », dont les bases ne se trouvent pas seulement dans la religion, mais aussi dans sa culture (page 83). Hamed Abdel-Samad, politologue germanoégyptien rappelle, dans son best-seller « Le fascisme islamique » (Paris, Grasset, mars 2017), que la nature de l’islam est bien davantage politique que religieuse. « Depuis les origines de l’islam, il existe un militantisme islamique » semblable à la propagande totalitaire. Fils d’un imam sunnite, l’auteur parle autant de son vécu personnel que du fruit de ses recherches. « L’islam ne serait pas une grande religion sans la vio-

La question de l’altérité et de la différence est au cœur de cette violence. Chez le sociologue Albert Memmi, « l’hétérophobie » est le rejet phobique et le refus agressif de l’autre. Le tuer, c’est s’interdire tout recours au dialogue, et à la paix. « La mort n’est pas un objet comme les autres : (…) étranglant l’être pensant, [elle] met fin et coupe court à l’exercice de la pensée. » (Vladimir Jankélévitch, « La mort », 1966). SI ‘’SALE JUIF !’’ N’EST PAS UNE INSULTE, ALORS TUER UN JUIF… N’EST PAS UN CRIME. Parce qu’elle en dit beaucoup sur la montée de la violence dans notre société française, la haine anti-juive est « singulière et inquiétante » (Le Monde, 25 octobre 2016). « Quand des juifs hésitent à sortir le soir, c’est que quelque chose ne tourne plus rond » (Le Monde, 31 mai 2002). La multiplication des « actes hostiles » (jets de

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pierres contre une synagogue, jeunes agressés à coups de bâtons, croix gammées sur les murs d’un immeuble) a fait grandir peu à peu le sentiment d’insécurité. (…) La parole antijuive s’est à l’évidence libérée et banalisée. (…) [A l’école] parmi les élèves arabes, le mot « juif » [est] la suprême injure, comme s’ils disaient « ordure » ou « excrément de la terre » (Le Monde, 12 janvier 2004) ». « Chaque époque où les juifs ont éprouvé de la peur a annoncé des lendemains tragiques pour les autres minorités et pour la République. » (Le Monde, 22 juin 2004). Aujourd’hui, dénoncer ce même antisémitisme équivaut à une forme d’héroïsme. En janvier dernier, l’historien Georges Bensoussan était jugé devant la 17ème Chambre correctionnelle de Paris, pour avoir rappelé les racines historiques et culturelles de l’antisémitisme musulman. Ce ne sont pas des imams ni des ayatollahs qui lui ont fait procès. Ce sont des Français républicains et laïcs comme lui qui, soulevant le spectre de la « haine raciale », refusent toute contestation de l’islam et de sa violence intrinsèque. Relaxé en mars après un procès éprouvant, Bensoussan devra être rejugé en appel. Dans ce procès, l’inconsistante sociologue Nacera Guenif est venue dire sans complexe à la barre que, dans la culture arabe, « dire ‘‘Sale juif !’’n’est pas une insulte ». Or, la même logique absurde conduit inexorablement à conclure que... tuer un Juif, ce n’est pas un crime. « Dénoncer l’antisémitisme est un combat (…) clivant, impopulaire, [qui] peut vous emmener devant la justice, sur simple signalement des officines (MPAP, SOS Racisme, Licra, CCIF) qui, sous couvert d’antiracisme, se donnent pour mission d’étouffer la réalité. (…) Leur objectif est d’interdire de penser. » (Marianne, 7 mars 2017). A-t-on vu ces mêmes officines s’émouvoir de la tenue légalement autorisée de la manifestation « contre le CRIF » place du Châtelet à Paris le 1er avril dernier ? Les a-t-on vues se mobiliser contre l’assassinat de Sarah Attal-Halimi ? Ces gendarmes de la pensée unique sont les nouveaux pourvoyeurs de cette violence intellectuelle et morale qui flingue les esprits libres. Heureux les censeurs qui parviendront à faire taire le dialogue. Celui-ci doit pouvoir combattre tous les terroristes, ceux qui tuent et font peur mais aussi « ceux qui les inspirent, les pro-


9 meuvent, les soutiennent » (Jacques Tarnero, Causeur, 4 février 2017). Les justes d’aujourd’hui ne font la guerre à personne, mais ne refusent pas de se battre. Les sociétés européennes, de plus en plus imprégnées par la violence, épousent à leur tour, peu ou prou, les mêmes interdits dogmatiques de l’islam et se soumettent à ces préceptes d’un autre âge à des fins de paix sociale et de peur de stigmatisation des populations musulmanes. Ce qui est absurde, et profondément inquiétant. Plus la république française se réclame de ses propres valeurs, la laïcité par exemple qu’elle est prête à brader pour « vivre ensemble », plus elle les trahit dans les faits par souci d’antiracisme et de tolérance multiculturelle. Le barbare antisémite est forcément un fou ou un radicalisé qui n’a jamais rien à voir avec l’islam ; l’un comme l’autre sont des égarés, plus victimes que bourreaux, plus innocents qu’assassins. Oser prétendre le contraire met en péril la « cohésion nationale ». En France, une culture de l’excuse, et de l’aveuglement, refuse de mettre des mots vrais sur ces crimes ; elle conduit à un sentiment généralisé de régression et d’obscurantisme. C’est précisément ce mécanisme mortifère d’interdit dogmatique d’importation, étranger à notre histoire et à nos principes, qui participe à ce constat d’impuissance et de faiblesse. Ce mécanisme se traduit au quotidien par une langue de bois médiatique et gouvernementale (credo du « pasdamalgame »), par la censure ou la menace de poursuites judiciaires. DANS LE SILENCE ASSOURDISSANT, DES VOIX JUSTES Salman Rushdie est l’auteur des Versets sataniques (1988) qui lui ont valu longtemps de vivre comme un paria menacé de mort en permanence. Il reconnaît que la fatwa dont il a fait l’objet à la suite de ce livre ne viendrait pas seulement aujourd’hui de la théocratie iranienne, mais aussi de la société démocratique européenne elle-même où, dit-il avec un éternel sourire en coin, « on m’accuserait d’islamophobie et de racisme ». La France, soutient le romancier britannique, a mal réagi après les attentats de janvier 2015 : « Au lieu de répondre aux attaques contre la liberté d’expression, des voix se sont élevées pour crier au blasphème et proposer des compromis avec le terrorisme. Il n’y a pas de blasphème dans une démocratie. » (Le Figaro, 5

septembre 2009). Rushdie est « un prodige aussi bien dans ce qu’il a écrit que dans ce qu’il a subi. » (Atiq Rahimi, L’Obs, 9 janvier 2016). Dans son livre « The Challenge of Dawa », Ayaan Hirsi Ali, députée néerlandaise d’origine somalienne, rappelle que les fondements de la culture judéo-chrétienne occidentale sont la sagesse juive, la philosophie grecque, la loi romaine, les libertés individuelles, et bien sûr la séparation de l’État et de la religion, préalable indispensable à la modernisation d’une société. La récente propagation de la violence jihadiste s’attaque à cette modernisation partout dans le monde. Mais la vraie violence, dit-elle, est « la peur» qui rend

aveugle et impuissant face à la da’wa, le prosélytisme religieux de l’islam. Cette mécanique d’allégeance et de conquête, bien rodée depuis le VIIème siècle, commence par l’abandon spontané de ses propres capacités de critique et d’objection. Nul besoin de sagesse ni de justice, nul besoin de philosophie ni de progrès. Ayaan Hirsi Ali a reçu le prix Simone de Beauvoir en 2008. Elle est régulièrement menacée de mort et vit sous haute protection dans son pays. Le franco-syrien Riad Sattouf, dessinateur et cinéaste, raconte dans sa BD autobiographique « L’Arabe du futur » (2014-2016), son enfance dans « une localité grevée par la pauvreté, les préjugés et la violence ; cette violence (…) multiforme et omniprésente (…) se retrouve dans les rapports des enfants entre eux (…) imprègne chez les plus grands les laborieuses stratégies d’allégeance et de clientèle » (Jean-Pierre Filiu, Libération, 5 octobre 2016). Riad Sattouf a publié ses dessins chaque semaine, pendant neuf ans, dans Charlie Hebdo. Son deuxième long métrage, « Jacky au royaume des filles » (2014) nous entraîne dans un pays imaginaire où les femmes (voilées) ont pris le pouvoir. Le peintre syrien Youssef Abdelké, veut dénoncer dans ses dessins l’injustice insupportable de la violence et de la mort qui touche « les gens du quartier et les voisins. » L’une des clefs de cette

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violence est le « confessionnalisme qui étouffe tout besoin de liberté » (Culture et Politique Arabes, 23 septembre 2013). Quand la parole est anéantie, « je pars du principe que les gens ne méritent pas un tel destin. Tout peut être réparé sauf la mort » (Orient XXI, 18 avril 2014). L’écrivain franco-algérien Mohamed Kacimi confesse que « le mal (…) vient des tréfonds de la société dont les enfants chantent parfois les louanges d’Hitler et applaudissent les exploits de Daesh. (…) Les véritables frontières qu’il faut surveiller, ce sont les écoles. » A chaque fois regrette-t-il, islamologues, spécialistes, orientalistes, et autres experts en tous genres, courent de plateau en plateau de télévision « pour nous expliquer que ce qui se passe, l’horreur devant nos yeux (…) tout cela n’a rien à avoir avec l’Islam. » (site participatif Chou Chouf, 27 juin 2015). « Quand une religion apprend à ses enfants que tous ceux qui n’adorent pas le même dieu qu’eux sont des criminels, il ne faut pas s’étonner que ces enfants prennent les armes pour liquider, sourire aux lèvres [celui qui est] coupable de ne pas aimer leur Allah et son Prophète. » Mounir Fatmi, artiste franco-marocain dont les œuvres ont été censurées en 2012 par l’Institut du monde arabe, raconte au lendemain de l’attentat du Bataclan: « Hier soir, en regardant les images, j’ai pensé que l’horreur était là, devant nous, que nous faisions partie d’un monde que l’on ne veut pas voir. (…) C’est une tragique politique de l’autruche. C’est notre monde, on en fait partie où que l’on soit. Tous ces morts et ces blessés nous le disent » (Le Figaro, 14 novembre 2015). « Kamel Daoud boxe avec les mots, fait d’abord confiance à sa musique intérieure, à son intuition ». L’incorrigible pragmatisme de la parole juste sait bien que « verser des larmes, inaugurer des stèles à la mémoire des victimes (…) est un triste folklore qui console mais ne guérit pas » (Karim Akouche, écrivain algérien, Marianne, 26 février 2016). En ces temps troubles et angoissants où l’unanimisme règne en « petit maître », les justes d’aujourd’hui sont des hommes et des femmes libres qui dénoncent cette culture de la violence. Ils nous montrent, parfois au risque de leur propre vie, que la liberté n’a pas de morale mais une conscience. Ces voix, solitaires et rares mais courageuses et engagées, sauvent le monde du naufrage. „


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COMMUNAUTÉ

LES JUIFS DE RHODES :

CE PEUPLE DISPARU V

ous n’avez certainement jamais entendu parler des juifs de Rhodes. Ils ont été les derniers à être déportés à la fin de la guerre, en août 1944. Aujourd’hui, je fais partie des quelques centaines de descendant à travers le monde de cette communauté disparue. J’ai toujours entendu mes amis juifs parler de leurs origines, taquiner les comportement typiques de leurs proches (comme le faisait Elie

Kakou), l’accent de leurs grands-parents, les expressions en arabe qu’ils ont l’habitude d’entendre à la maison, parler des spécialités qu’ils mangent chez eux : fricassés, moulouhia, pkaila, dafina, gnaouilla, etc. Je me moquais aussi de l’accent de ma grandmère mais à part mes soeurs et mes cousins, personne ne pouvait trouver vraiment ça drôle.

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Les expressions n’étaient pas en arabe mais en ladino, un mélange d’espagnol et d’hébreu que quasiment plus personne ne comprend. Je peux vous parler toute la journée de nos plats typiques mais vous ne pourrez pas me répondre que votre mère les fait mieux que personne : les yapraks, les boyos, les boreks, etc. Pour la première fois de ma vie je suis allé avec toute ma famille à Rhodes. Nous en avions


11 entendu parlé toute notre vie : sa mer Egée, son climat, ses petites rues, sa vie paisible, etc. Nous voulions voir. Nous avons trouvé un quartier fantôme, comme des ruines d’un peuple disparu.

sélectionnées, a perdu ses parents, son frère jumeau et ses sœurs. Alice était la seule rescapée d’Auschwitz de ma famille. Elle a été recueillie à la libération par son oncle, mon grand-père, qui l’a élevée comme sa fille.

lez-en vous aussi, et pensez-y quand vous entendez des propos antisemites »

D’AUTRES JUIFS SÉFARADES

SAMY MODIANO : LE DERNIER JUIF DE RHODES ?

Avant la guerre et au début de la guerre, certains juifs de Rhodes ont émigré pour le travail en Afrique et notamment au Congo puis en Afrique du Sud. La majorité des descendants des juifs de Rhodes sont d’ailleurs en Afrique du Sud aujourd’hui. Ma famille aurait du se trouver là bas aussi si le destin ne les avait pas retenus à Paris. D’autres sont en Belgique, en France ou encore aux États Unis.

Je ne compte pas le nombre de fois où on m’a demandé : T’es Tunisien ? non… T’es Marocain ? non… Ah t’es Algérien alors ? non… non plus… T’es ashkénaze ? …. Contrairement à ce que pensent beaucoup de juifs, les juifs qui ont été expulsés d’Espagne à la fin du XVe siècle par la Reine (les juifs séfarades) n’ont pas uniquement été vers l’Afrique du Nord. Certains ont été ailleurs, plus loin encore, et notamment sur l’Ile de Rhodes. C’est donc depuis le début du XVIe siècle qu’une communauté juive s’est installée sur l’Ile de Rhodes. Au début du XXe siècle, la communauté juive de Rhodes comptait environ 6000 personnes sur une population totale de 30 000 personnes à Rhodes. 16 AOÛT 1944 : 500 ANNÉES D’HISTOIRE EFFACÉES EN UNE JOURNÉE Le 16 juillet, les allemands ordonnent à tous les hommes juifs de Rhodes de se présenter centre de commandement de l’armée de l’air. Ils sont arrêtés. Le 18 juillet, les allemands ordonnent aux femmes et aux enfants juifs de rejoindre les hommes déjà arrêtés sous peine d’exécuter les hommes s’ils ne le font pas. Le 23 juillet, les sirènes retentissent dans tout Rhodes – comme lors de bombardements – pour appeler la population de l’Ile à se protéger dans les abris. En réalité, c’est une diversion pour que la population de Rhodes ne voient pas les juifs partir.

En allant à la veille synagogue de Rhodes, nous avons croisé Samy Modiano. Lorsque j’ai entendu Samy parler, j’ai eu comme un électrochoc, il avait exactement le même accent que ma grand-mère que je n’avais pas entendu depuis qu’elle est décédée il y a 17 ans. C’est absurde mais elle était la seule dans mon esprit à avoir cet accent… Samy a été déporté à Auschwitz et faisait partie des 350 hommes qui ont été choisi pour travailler. Il a survécu. Aujourd’hui il transmet le souvenir et souhaite nous faire prendre conscience de la lourde responsabilité dont nous héritons tous : les témoins des témoins. Ma nièce Laura qui a 13 ans, le même âge que Samy quand il a été déporté, a été également très émue de le rencontrer et a souhaité partager son témoignage avec ses amis. Il faut croire que l’action de Samy n’est pas vaine. Voici un extrait de son texte : « Nous avons rencontré Samy « Samuel » Modiano, rescapé des camps de concentration, « matricule B-7496 ». Déporté à Auschwitz le 24 juillet 1944 à seulement 13ans, il y a perdu toute sa famille. Il habitait donc à Rhodes, où il préparait sa Bar Mitzvah au côté de sa famille. Finalement, il a fait sa Bar Mitzvah, mais à Rome, à 77ans, soutenu par la communauté juive de Rome, sans sa famille, seulement entouré par des personnes qui pleuraient.

Après plusieurs jours de bateau et quelques jours au camp d’Haidari. Les 2500 juifs de Rhodes prennent le train depuis Athènes vers Auschwitz.

Il a survécu aux camps, il pesait seulement 23kilos, à 14ans. Tout le monde pensait qu’il était mort, il fut jeté dans une fosse commune, (fosse dans laquelle on jetait les juifs morts dont l’identité était inconnue). Heureusement, quelqu’un a vu qu’il était vivant et il a été sauvé.

Le 16 août 1944, les juifs de Rhodes sont les derniers juifs à arriver à Auschwitz. Environ 350 hommes et 250 femmes sont sélectionnés pour « travailler ». Les 1900 autres sont gazés le jour de leur arrivée. C’est ce jour là que ma grande cousine Alice Tarica, 14 ans, qui faisait partie des 250 femmes

Aujourd’hui, il veut raconter ce qu’il s’est passé, pour qu’on s’en souvienne et que ça ne se reproduise plus jamais. Il transmet son expérience aux générations suivantes, qui devront la transmettre à celles d’après et ainsi de suite. « On l’a payé cher d’être juif, mais on est encore là ». Je m’en rappellerai de son témoignage, rappe-

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OÙ VIVENT LES JUIFS ORIGINAIRES DE RHODES AUJOURD’HUI ?

Parmi les coïncidences heureuses, nous avons croisé à Rhodes Tony Randel et sa famille, dont la grand-mère était la sœur de mon grand-père. Elle a eu la très bonne idée de partir de Rhodes pour aller vivre aux États-Unis avant la guerre. Tony habite Los Angeles et travaille dans le cinéma. Pendant cette rencontre je ne pouvais m’empêcher de penser à cette devinette très connue, typique de l’humour juif : « Quelle différence y a-t-il entre un juif pessimiste et un juif optimiste ? Le juif pessimiste a fini à Hollywood et le juif optimiste à Auschwitz. » L’illustration était tragiquement parfaite. ET LA JUDERIA DE RHODES AUJOURD’HUI ? Il n’y a plus de juifs à Rhodes aujourd’hui. Le quartier juif – la juderia – est encore là mais les maisons sont vides, en ruine, ou habitées par des gens qui s’y sont installés quand les juifs ont été déportés. Des gens d’ailleurs assez à cran quand ils voient des juifs visiter le quartier… Ca ne doit en effet pas rendre très détendu d’avoir profité d’une tragédie pareille pour s’approprier une maison qui n’est pas la sienne. Les juifs de Rhodes ont donc été mais ils ne sont plus. Les derniers d’entre eux s’éteignent et quand ma génération ne sera plus là, ils auront complètement disparu. Je voulais leur rendre hommage ici. „ Frank-David Cohen — Source geeksandpolitics


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ANTISÉMITISME

Une victoire dans l’affaire Sarah Halimi Par SARAH CATTAN

I

l l’avait tuée dans la nuit du 3 au 4 avril, pas n’importe où, pas n’importe comment, pas pour n’importe quelle raison : Sarah Halimi fut lynchée puis défenestrée au son de sourates récitées par son assassin, entré chez elle par effraction à 4 heures du matin pour tuer la shetan qu’elle était à ses yeux, ça s’est passé en plein Paris et pas en 1942 : Sarah Halimi mourut de la manière la plus barbare qui fût, parce qu’elle était juive, parce qu’elle était juive, seulement parce qu’elle était juive. Sarah tomba morte aux pieds de policiers que le procès jugera le moment voulu. Rappelez-vous : je vous avais dit qu’une fois la qualification aggravante d’antisémitisme serait retenue, je me retirerais, alors même que cette affaire m’obsèdera à vie, pour le silence médiatique qui l’entoura, pour le déni qu’à jamais elle symbolisera : je parle bien évidemment de la peur de tous de nommer le nouvel antisémitisme

qui tua Sarah, vous savez cet antisémitisme version XXIème siècle, celui qui valut à Bensoussan d’être jugé, convoqué qu’il fut par le CCIF et consorts, mais aussi par la LICRA, pour avoir eu, lui, le courage de le nommer, écrivant que, dans le monde musulman, la haine du Juif était tétée au biberon dès l’enfance. Alors que Daniel Zaguri rendit, comme la mort dans l’âme, son rapport d’expertise, après 5 longs mois d’analyse, – non, rien… -, un rapport de 60 pages où, comme acculé, il écrit à la page 54 qu’on ne saurait écarter le mobile antisémite mais qu’il se dédit presque dans la conclusion, n’osant répéter ce presque gros mot , et actant tout de même la non abolition du discernement de son client, eh bien hier soir, Francis Khalifat s’est vu confirmer par le Procureur Mollins que le Parquet allait demander à la Juge chargée de l’enquête que le caractère antisémite soit retenu, au vu de l’expertise et au vu des premiers élé-

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ments de la commission rogatoire remis par les enquêteurs. Sarah. Nous devrions enfin crier victoire. Le monde entier saura que tu fus tuée en plein Paris, en 2017, parce que tu étais juive. Nous, nous n’oublierons jamais. Nous ne t’oublierons jamais. Nous n’oublierons jamais ce qu’aura hélas révélé ton assassinat. Les lâchetés collectives, à force de prudence de mauvais aloi. Les compromissions. Le manque de courage. Jusqu’à notre rabbin qui s’étrilla à répéter que lui, il faisait confiance aux magistrats et à la police. Jusqu’à la façon dont elle fonctionne, la justice d’aujourd’hui, les avocats apprenant les news par l’AFP, ou par un Président d’association, autorisés dès lors à parler de farce. Allez, soyons positifs : Sarah, ton assassin sera jugé aux assises pour t’avoir tuée au regard de ta seule religion. „


© DR

à l’occasion de Roch Ha Chana, Nous adressons aux Juifs de Paris et du monde entier, nos meilleurs vœux pour l’année 5778, Nous souhaitons une année de joie, de santé et de paix, qui permette à chacun La réalisation de ses projets et ceux qui contribuent au rayonnement de Paris dans un climat de confiance et d’espoir. Anne Hidalgo, Maire de Paris et l’équipe municipale


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SHOAH

UN PHOTOGRAPHE JUIF ENTERRE 6000 NÉGATIFS POUR LES CACHER DES NAZIS:

LES VOICI DÉVELOPPÉS

T

out a commencé avec l’invasion de la Pologne en 1939 : ici commence la folie d’Hitler contre la population juive, et pas seulement. C’est dans une ville en particulier que les nazis ont créé l’un des premiers ghettos : nous parlons de Lodz, l’une des plus grandes villes en Pologne,

où se concentraient d’importantes usines. A Lodz, vivait un photographe du nom de Henryk Ross qui a réussi à documenter les premiers moments de l’invasion : ne sachant pas comment cela se terminerait, s’il serait déporté ou tué, il a décidé d’enterrer tous les négatifs des photos prises, qui aujourd’hui sont d’importants témoi-

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gnages sur ce qui se passait en Pologne quand le nazisme prenait pied. Avant l’invasion, Henryk Ross était un photographe sportif et de nouvelles. En 1939, il a été engagé par le Département des statistiques, pour une tâche spécifique. Il devait documenter tout ce qui se passait et ce que subissaient les Polo-


15 nais. En particulier, il devait montrer comment les juifs polonais étaient exploités dans les usines pour produire des matériaux utiles aux Nazis. Sa passion, cependant, l’a amené à prendre des photos même en dehors des heures de travail: il amenait son appareil photo partout, il photographiait la vie en Pologne lors de l’invasion. Il mettait en danger sa propre vie en documentant la violence du ghetto. Il glissait son objectif dans les fissures des murs, dans les serrures, il grimpait pour capturer les scènes terribles d’exécutions, les mauvais traitements et les menaces. Avec l’avancée de l’armée soviétique, tout le

monde savait que les Nazis auraient bientôt donné le coup de grâce au ghetto de Lodz. Craignant d’être déporté, Ross a décidé d’enterrer 6000 négatifs dans l’espoir que quelqu’un les trouve et découvre la vérité. Les Russes ont libéré le ghetto de Lodz en 1945 : des 2.000 juifs que comptait la ville, seuls 877 ont survécu, Ross faisait partie d’eux. Il est retourné à son domicile où il avait caché le négatif: la moisissure en avait détruit beaucoup, mais il y avait encore quelque chose à sauver. Ce qu’il nous offre, c’est un point de vue unique: un citoyen polonais qui voit son pays martyrisé pour une raison qui, alors, n’était pas été si claire.

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C’est seulement en continuant de rappeler ce drame, et en essayant d’imaginer la douleur des personnes qui l’ont vécu, que nous pouvons éviter dans le futur un acte similaire. Ceux que nous avons devant nous, ce sont bien plus que de vieux négatifs. — Source curioctopus


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ISRAËL

Solats Druzes « Herev Battalion » - Entrainement Photo : © Israël Defense Forces

Druzes d’Israël frères d’arme et de cœur Par JEAN-PAUL FHIMA

L

e 14 juillet 2017, deux officiers de police israéliens, Hayil Satawi, 30 ans, et Kamil Shanaan, 22 ans, étaient lâchement assassinés par des terroristes palestiniens devant la porte des Lions à Jérusalem. Leurs obsèques furent l’occasion de rappeler une fois de plus les liens indéfectibles d’Israël avec la communauté druze dont étaient issus les deux jeunes gens. Nir Barkat, le maire de Jérusalem, a rappelé que les deux policiers ont sacrifié leur vie pour sauver leurs concitoyens. Mais mieux que les mots,

c’est la prière et le recueillement qui exprimèrent toute la reconnaissance de l’État hébreu pour ses frères d’arme et de cœur. KAMIL SHANAAN HAYIL SATAWI

du quartier de Har Nof. Son héroïsme avait permis d’éviter un carnage, malgré un bilan déjà lourd (quatre morts, sept blessés). A cette triste occasion, Benjamin Netanyahou soulignait déjà la loyauté et le dévouement du peuple druze. ZIDAN SAÏF

Le 18 novembre 2014, Zidan Saïf, 30 ans, policier druze originaire de Yanouh-Jat en Galilée, était tué à Jérusalem dans des conditions semblables en défendant les fidèles de la synagogue

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Youssef Muadi, 19 ans, et Lutfi Nasereldin, 38 ans, figurent quant à eux parmi les premiers soldats druzes israéliens tués à Gaza pendant


17 l’opération « Plomb durci » (2008-2009). Malgré le deuil, leurs parents faisaient dans la presse une magnifique déclaration d’amour et de patriotisme. « Nous sommes Israéliens. Israël est notre pays. L’identité druze est une appartenance individuelle, mais notre identité collective, c’est d’être Israéliens. » (Wafa, mère de Youssef) ; « Même si notre langue maternelle est l’arabe, nous sommes partie intégrante de l’État d’Israël, c’est notre pays, nous devons le défendre. Il n’y a pas de différence entre nous et les Juifs » ( le père et la veuve de Lutfi, Libération, 3 février 2009 « Druzes en guerre pour Israël »). Le lieutenant-colonel druze Safwan, 41 ans, reconnaît que l’armée est un point d’ancrage essentiel aux yeux de sa famille et de sa culture, la plus noble manière d’intégrer et de défendre la nation israélienne. «L’officier a un statut social élevé chez nous, il inspire le respect et la fierté (…) il est un gage pour notre sécurité. L’armée [permet] la réussite personnelle (…) l’espérance de gravir rapidement l’échelle sociale (Slate.fr, Jacques Benillouche, 10 juillet 2010).   « UNE ALLIANCE DE SANG » Il y a environ 900 000 Druzes, principalement installés au sud du Liban, en Syrie et dans les montagnes du Hawran (djebel Druze) ; 120 000 vivent en Israël, principalement au nord du pays, en Galilée. Une « alliance de sang » lie les Druzes à Israël depuis 1948. A l’époque, les divisions et les guerres civiles dans la région menaçaient de longue date les minorités nationales et religieuses. Le druzisme a toujours lutté pour sa survie. Le pacte avec Israël tient d’abord de cette formidable capacité de résistance. Le druzisme est né dans l’Égypte fatimide du XIème siècle puis s’est répandu dans les montagnes du Chouf au Liban, et en Syrie. Issu de l’ismaélisme, cette religion contraire à l’orthodoxie musulmane a toujours été considérée comme une hérésie aussi bien par les sunnites que par les chiites. Nullement prosélyte, l’appartenance au druzisme s’attache à révéler aux initiés appelés ukkâl et ajâwîd, l’interprétation ésotérique de la parole divine. Profondément mystiques, les Druzes croient dans la réincarnation. Ils se voient comme le peuple de Dieu par excellence, chargés de faire triompher un jour la religion unitaire et universelle. Leur livre saint n’est pas le Coran mais les « Livres de la Sagesse », manuscrit rédigé

par Hamza, un de leurs guides et pères fondateurs. On ne devient pas druze, on naît druze. Il est impossible de se convertir au druzisme, exclusivement transmis par la filiation, laquelle est facilitée par l’endogamie, la solidarité communautaire et un fort attachement aux traditions familiales. Il n’y a ni rite ni lieu de culte. La prière est un acte personnel, intime et totalement libre, effectué en tout lieu, et à toute heure selon les besoins de chacun. La charia est fermement rejetée. Les piliers de l’islam, dont le pèlerinage à la Mecque, le jeûne ou l’aumône, ne sont pas respectés. Les fêtes musulmanes ne sont pas davantage célébrées à l’exception du sacrifice d’Abraham (Aïd al-Adha appelé aussi Aïd el-Kébir). Régulièrement persécutés et pourchassés, les Druzes se sont peu à peu rapprochés des autres minorités religieuses, plus ouvertes et tolérantes que l’islam, comme les chrétiens maronites ainsi que, de toute évidence, les juifs d’Orient. Dirigés par de grandes familles féodales comme les Maan (1516-1697), les Chéhab (1697-1841) ou encore les Aslan et les Jumblattî, ils s’opposent en clans rivaux au 19ème siècle et provoquent des tensions vives conduisant à l’intervention européenne au Liban. Leur goût pour l’indépendance pousse certains d’entre eux à soutenir la cause nationaliste arabe.

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En juillet 1925, la « Grande révolte druze  » se heurte violemment, en Syrie et au sud-Liban, aux autorités mandataires françaises. Mais la plupart de leurs chefs choisissent le camp qui les aidera à préserver au mieux leur particularisme, et leur identité. Dès 1929, le chef druze Shabik Wahab rejoint la Haganah et amorce une alliance avec le Yichouv ( Inès Gil, « Le dilemme des Druzes israéliens, minorité arabe et soutien historique à Israël », Clés du Moyen-Orient, 17 mai 2017). En 1948, ce pacte devient, dans le nord de la Palestine, une coopération militaire proprement dite (opération Hiram). La première unité militaire druze d’Israël s’appelle alors « Unité 300 ». Aux yeux de certains observateurs malintentionnés et autres antisionistes incurables, l’alliance de sang israélo-druze reste « un pacte contre nature » : «  Certains Druzes renvoient à des textes bibliques pour établir une relation d’amitié entre les Juifs et leurs ancêtres (…) profondeur historique totalement imaginaire  » (Laïla Parsons et Henry Laurens. « Les Druzes et la naissance d’Israël », 1948 : la guerre de Palestine, 2002, pp. 8-9). Les Druzes, pourtant, sont bel et bien des Arabes sionistes. Ils seraient, dit-on, plus nationalistes que les Juifs eux-mêmes. C’est en 1973 qu’Amal Nasser el-Din, député druze du parti Likoud à la Knesset de 1977 à 1988, crée pour la première fois le « Cercle Sioniste Druze ». Il s’en expliqua alors  : «  Nous


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ISRAËL croyons dans la Bible des Juifs. Mohammed n’est pas notre prophète. Nous sommes les descendants de Jethro, le beau-père de Moïse » (Mordechaï Nisan, Minorities in the Middle East : A History of Struggle and Self-Expression, 2002, p. 282). Son fils et son petit-fils sont morts dans les rangs de Tsahal. « La communauté druze est exceptionnelle par son intégrité ethnique, son héritage religieux et ses liens étroits avec la population juive. (…) L’identité druze est très proche de l’éthique juive ; similitude inversement proportionnelle à la distance affichée à l’égard de l’islam et de la culture musulmane » (Mordechaï Nisan, « The Druze in Israël : Questions of Identity, Citizenship, and Patriotism », The Middle East Journal, 64-4, automne 2010, pp. 575-596). Contrairement à de nombreuses minorités nationales (comme les Kurdes), les Druzes n’ont aucune aspiration à créer leur propre État. « De même qu’un Druze syrien est attaché à son pays, moi je suis loyal vis-à-vis d’Israël » ajoute le lieutenant-colonel Safwan (Slate.fr, opus cit.). Le cas des Druzes du Golan est quelque peu différent. Quoique. Les 1154 km² du Golan occidental annexés par Israël en 1967 puis intégrés à la Galilée en 1981 (District Nord, capitale Nazareth) abritent actuellement environ 30 000 Israéliens et 22 000 Druzes. Ce territoire est disputé avec la Syrie, mais aussi avec le Liban (territoire du Chebaa). Bien que profondément attachés à leur appartenance à la Syrie, les Druzes du Golan n’ont qu’une seule et unique motivation : défendre leur communauté face à la situation affreuse qui fait rage à leurs portes depuis 2011. « La guerre civile a assombri leur perspective d’un avenir en Syrie, et les pousse aujourd’hui à se tourner de plus en plus vers Israël  » (Clés du Moyen-Orient, opus cit.). Bénéficiant déjà d’un statut de résidents permanents dans l’État hébreu, ils sont de plus en plus nombreux à en demander la nationalité. UNE INTÉGRATION EXEMPLAIRE, MAIS PERFECTIBLE Alors que les Druzes ne représentent que 2 % de la population israélienne, beaucoup travaillent dans la défense nationale, la police et dans l’administration pénitentiaire. Ils jouissent des mêmes avantages sociaux que tous les autres Israéliens, y compris l’assurance maladie et les indemnités aux familles pour leurs enfants tombés en service.  Contrairement aux autres Arabes israéliens (chrétiens et musulmans), les hommes druzes sont depuis 1956 soumis, comme leurs compatriotes juifs, au service militaire obligatoire. En

contrepartie, ils ont obtenu en 1963 une autonomie communautaire ratifiée par la Knesset. 10% seulement d’entre eux n’effectuent pas de service militaire, contre 30% chez les jeunes juifs. De 1974 à 2015, le « bataillon Herev » disposait, dans l’armée israélienne, d’un statut militaire particulier : il était presque exclusivement composé de soldats druzes. Aujourd’hui, à la demande de la communauté nationale druze ellemême, ce bataillon a intégré le reste de l’armée israélienne (source Tsahal). L’intégration des Druzes dans la nation israélienne est symboliquement exemplaire. Elle reste

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toutefois politiquement et socialement limitée. Il n’y a que quatre députés druzes (sur 120) à la Knesset (Le Monde diplomatique, octobre 2016). Leur représentativité institutionnelle reste faible. Il y a tout de même quelques personnalités marquantes de la démocratie israélienne issues de la communauté druze. En 2001, Salah Tarif fut le premier ministre non juif de l’histoire du pays ; Ayoub Kara, député Likoud à la Knesset de 1999 à 2006, fut vice-ministre du développement du Néguev et de Galilée ; Majalli Wahabi, ami personnel d’Ariel Sharon, fut député de 2003 à 2013, vice porte-parole de la Knesset et premier


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président druze d’Israël par intérim en février 2007 ; Naïm Araidi, décédé en 2015, fut ambassadeur d’Israël en Norvège de 2012 à 2014  ; le très charismatique colonel Ghassan Alian est le premier commandant en chef non juif de la brigade d’infanterie d’élite Golani. Son épouse est professeure d’Hébreu. Mais la mixité sociale et ethno-religieuse s’arrête trop souvent à l’amitié d’université, ou à l’armée bien sûr. De leur propre fait, les Druzes restent une communauté fortement rurale, réservée et discrète, traditionnellement repliée sur elle-

même dans les hauts villages du Mont Carmel. Seulement 1 % des Druzes disent avoir un époux ou un concubin de religion différente (Pew research Center, 21 mars 2016). Un article de témoignages publié par Andrew Friedman dans le Jerusalem Post (11 février 2015) a révélé d’autre part un certain sentiment d’inégalité et d’injustice chez les Druzes d’Israël qui pensent que « des écarts perdurent ». Pour Rabeea Halabi, 41 ans, commerçant druze dans la petite ville de Daliat el Karmel (13 000 habitants) située au sud-est de Haïfa, « les règles qui s’appliquent aux Juifs ne s’appliquent pas à nous

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(…) nos villes de Galilée sont moins développées économiquement » . Le manque d’aide gouvernementale serait à l’origine des faibles infrastructures urbaines des villes druzes du nord (manque d’électricité, absence de trottoirs, discrimination à l’embauche, chômage). Une petite minorité de jeunes refuserait même désormais de faire le service militaire. «  Les contestations contre les démolitions de maisons (construites sans permis gouvernemental très difficile à obtenir) s’organisent depuis le début de l’année 2017 » (Clés du Moyen-Orient, opus cit.). Les efforts gouvernementaux se sont multipliés ces dernières années par des lois et des mesures diverses (dans l’éducation et le logement par exemple) en 1978, 1987, 1994 et 2008. Force est de constater que ces efforts, réels mais semble-til insuffisants, demeurent variablement efficaces pour limiter et réduire ce sentiment d’ inégalité. Parfois d’ailleurs, des manifestations druzes rappellent qu’ils ne faut pas prendre ce sentiment à la légère. Sans oublier, non plus, de le nuancer. Car les manifestations druzes ne sont ni nouvelles, ni généralisées. Elles restent locales et ponctuelles, sans prétendre révéler un malaise profond. Nous sommes très démocrates et pacifiques, souligne en substance le lieutenant-colonel Safwan et nous avons appris à défendre nos intérêts catégoriels. Mais ces manifestations n’entachent en rien le chemin parcouru sur une terre, et avec un État jeune et plein de promesses, que nous continuons d’aimer et de servir (Slate. fr, opus cit.). « Dans les années 1960, raconte Safwan, les Druzes étaient essentiellement des agriculteurs et à 5% des militaires. Aujourd’hui, 30% travaillent dans la défense nationale, 30% dans les professions libérales et le reste dans les services et l’agriculture  ». A la question suivante  : Quelle profession souhaitez-vous pour votre fils ? Safwan répond : « Son rêve, et le mien bien sûr, serait de le voir devenir pilote de chasse à l’armée, l’élite de l’élite. Il étudie actuellement à Haïfa comme tous les jeunes, mais je suis convaincu qu’il reviendra vivre près de nous. Il est important que vous compreniez notre mentalité ». Certains observateurs affirment (ou espèrent) que le pacte de sang israélo-druze est menacé. Vraiment ? Les dramatiques événements de juillet dernier à Jérusalem montrent qu’il n’en est rien. On peut rester attaché à ses racines, et à sa communauté, et vivre dans un pays qui, malgré les épreuves, sera toujours le vôtre. „ Soldats Druzes « Herev Battalion » lors de la « Marche du béret » sur 60 Km Photos : © Israël Defense Forces


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ANTISÉMITISME

L’ANTISÉMITISME À L’ÉCOLE DANS LES BEAUX QUARTIERS Par LINE TUBIANA

D

ans le lycée Janson de Sailly, après le comportement antisémite d’une professeure l’année dernière, ce sont maintenant les élèves de ce lycée qui se distinguent. En juillet 2016, Le Canard Enchaîné levait le

voile sur la teneur antisémite du compte Facebook d’une professeure de classe préparatoire au lycée Janson de Sailly. Pour ne citer que le pire elle osait écrire : « La Shoah a été prévue et organisée par les Juifs ».

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Son cerveau était totalement rongé par les thèses complotistes les plus douteuses, assimilant à « juif » toute personne qu’elle voulait dénigrer, don ...François Hollande : « ce Juif qui a profité de son appartenance à la communauté pour


21 monter en politique et se renie, maintenant, en se prêtant un père ‘catholique’ sur Wikipédia (…). Hollande est juif et le nie. Ça va commencer à rétropédaler de partout, maintenant que la gamelle est moins bonne du côté de la juiverie »… Suite au tollé provoqué par cette révélation, le Rectorat, choqué par ces saillies antisémites, avait pris très rapidement la décision de la suspendre. Mais il faut croire que ses propos puants avaient eu le temps d’imprégner les têtes des étudiants, ou bien que l’ambiance du lycée est par nature nauséabonde. En effet, en septembre 2017, ce sont les élèves qui se font remarquer par l’antisémitisme de propos échangés sur les réseaux sociaux : interdiction d’accès aux juifs, rien de moins!! On se croirait revenu à des temps que l’on croyait à jamais révolus en France. Les juifs d’une classe de seconde sont rejetés du groupe Whatsapp créé dès la rentrée, et la consigne donnée par un certain Yannick est « Ajoutez les nouveaux... Pas les feujs ». Va-t-on nous dire que ces jeunes sont fragiles psychologiquement ? Quoi qu’il en soit, il sera difficile d’évoquer la difficulté sociale et la misère économique pour excuser des gamins de ce lycée !! Un representant de l’association des parents d’élèves a tenu à précsier que Janson de Sailly n’accueille pas seulement les élèves « séctorisés » des quartiers environnant. Mais Janson recrute beaucoup d’étudiants venus d’autres quartiers et même des banlieues dont certaines sont considérées comme « sensibles ». Une seule condition à l’admission : un livret scolaire irreprochable et des notes allant de bien à trés bien. Une élève en classe de sixième aurait traité un de ses camarades « sale juif ». « Tout le monde l’a su. des 5e et 4e sont venus. Ils lui ont donné des coups de pied » affirme Mashaël, élève de 4e qui n’a pas assisté aux faits (rapporté par Libération). L’exemple de cet établissement haut de gamme est le dernier en date, et il illustre une tendance aujourd’hui ancrée dans le paysage français : l’antisémitisme à l’école, que l’on a pu croire ou vouloir croire limité aux quartiers « sensibles ». Les graffitis du type de celui qui a dégradé l’école Anne Frank à Montreuil sont légions. Les insultes, les bousculades ne sont pas une paranoïa collective, mais la raison pour laquelle de plus en plus de parents juifs retirent leurs enfants des

établissements publics devenus irrespirables, voire dangereux. La solution ne peut venir que d’une réelle refonte du système éducatif : faut pas rêver, ce ne sera ni demain, ni après-demain que les chefs d’établissement et le collège professoral retrouveront l’autorité nécessaire. En attendant, et si la solution de l’école privée n’a pu être retenue pour des raisons de proximité, de places disponibles, ou de budget, que reste-til comme solutions aux parents pour que leurs enfants ne se sentent pas isolés et stigmatisés ? Il n’y en a qu’une : le bruit à outrance. Surtout ne plus jamais imaginer que le silence peut arranger les choses, non, il ne fait que conforter toutes les

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pourritures qui se croient tout permis, puisqu’ils sévissent en toute impunité. Il faut alerter toutes les instances communautaires et amies de la communauté, sans se gêner pour donner des noms, puisque le «padamalgam» est dépassé, mobiliser les réseaux sociaux, et solliciter tous ceux qui ont fait de la chasse aux antisémites leur devoir. Des noms, des photos, des traces qui pourriront la vie et que l’on ressortira chaque fois que l’on pourra, oui, cela ne supprimera pas l’antisémitisme, mais cela pourra peut-être faire taire ceux qui s’attaquent à nos enfants, qui ne doivent plus être les proies des racailles antisémites. „


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HUMOUR JUIF

Mais c’est quoi être Juif ? dis-moi. Par SARAH CATTAN

J

uif. Des noms me viennent à l’esprit : Anne Franck. Daniel Pearl, Ilan, Arié, Gabriel, Myriam, Sarah. Et toi, et toi, et toi : tués parce que Juifs. Mais c’est aussi, pêlemêle, Violette Silberstein mon amie sauvée du camp grâce à son violon, et puis ceux-là, juifs vivants, cibles permanentes d’une haine indicible, à preuve ce reportage récent de la Télévision jordanienne présentant les Rothschild comme contrôlant le monde et faisant que les Juifs garderaient pour eux les remèdes contre le cancer et le sida, à preuve les tenants du BDS, mais c’est encore Woody et son Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple, Barbara, Steeve Jobs, Chagall, Soutine, Michel Jonasz et son quartet qui veulent faire danser les âmes, mes potes du Beit Haverim, ceux de Israël is forever, et puis l’humour d’un Benoît Rayski qui pro-

posa que les Juifs, au lieu de se plaindre, jouent à populariser l’idée que les Arabes aussi avaient de l’argent, précisant que c’était pour rire, car lorsque les choses sont à ce point tristes, mieux vaut en rire qu’en pleurer. Juif, c’est aussi les Haredim ou craignant Dieu, ce monde à part, ces ultra-orthodoxes tout de noir vêtus et vivant un judaïsme rigoriste et coupé de la modernité, ces espèces de Tyrans, et puis c’est aussi les pubs des radios juives, celles qui me font toujours un peu honte et sourire à la fois, avec leur Donnez, donnez, donnez, et Dieu vous le rendra, chanté par Enrico. Et puis heureusement, Juif, c’est encore toi, et toi, et toi, et puis toi aussi. C’est qu’on en est toujours là : C’est quoi, être Juif demandera toujours celui-là, une fois l’amitié établie, pendant que tel autre inlassablement s’enquerra sans fin : peut-il critiquer les Juifs sans

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être taxé d’antisémitisme ; c’est que ça le taraude. So what ? Après avoir revisité Sartre, Lévinas et Blanchot1, et m’être offert un détour par L’identité juive selon Josy Eisenberg qui expliqua en 2014 qu’être juif, c’était appartenir à un peuple au destin singulier, être membre du Peuple élu, citant Tristan Bernard qui disait : Peuple élu, Peuple élu, un peu en ballottage tout de même, et évoquant ces moments où les Juifs, entrant dans les chambres à gaz, avaient dû le maudire, ce dur bonheur d’être juif, je me suis éclatée avec le fabuleux projet d’ Esther, dite Esti, née en Israël et vivant en France, pas pratiquante, et qui chercha à savoir pourquoi, dès lors, l’identité juive lui collait tant à la peau : Esther, c’était le prénom de la sœur aînée de son grand père paternel, tuée par les nazis, avec ses six petits enfants, et elle,


23 elle parle sans indulgence de ce Dieu religieux qui n’a pas écouté les prières de ses ancêtres dans les camps. Il n’en demeure pas moins que son projet, à Esti, fut de partir avec sa caméra à la rencontre de juifs et de non-juifs, anonymes ou célèbres, et de leur demander de répondre en une minute à cette question qui l’obsède : C’est quoi, être un juif ? Car Esti, elle se dit qu’en réalisant cette série de rencontres, peut-être finira-telle par comprendre ce que veut dire être Juif, ici et maintenant. Juif ?, c’est donc une websérie de 120 portraits vidéo d’anonymes et personnalités, réalisés durant une année. La question, Esti la posera au rabbin Raphaël Sadin comme à Claude Berger, figure mythique du pletlz, à Sacha Reingewirtz, Sapho, Elie Semoun, Alain Finkelkraut, Serge Klarsfeld, Frédéric Haziza, Yoram Rootsisrael, au pianiste Gérard Gahnassia, entre autres : Ça fait plus de deux ans que je suis sur ce chantier, et plus je reçois des réponses, plus je vois naître des nouvelles questions, dit la réalisatrice, affirmant que cette question renvoyait les personnes à une intimité plus grande que si elle leur avait demandé ce qu’était faire l’amour. Celle qui répond que Juif, c’est sa lumière, cette étincelle juive qu’elle explore en elle et chez les autres 100% casher, avait confié à Tenoua qu’elle aimerait aujourd’hui aller plus loin et tourner 613 séquences, comme les 613 Mitsvot du Talmud, ajoutant : Le film s’achève en Israël, là où, la question « C’est quoi être juif ? » ne m’obsède plus : je le suis ! Je n’ai pas besoin de porter une Magen David au cou, ni une perruque pour que les autres me prennent pour une juive. Je m’intéresse aux fêtes juives. J’assiste même à des cours de Torah. Je ne tourne pas le dos aux réponses qui ne me plaisent pas, même si je les sens comme des antisémites, ou bien des antisionistes. Juif. Le rabbin la plus glamour du monde, celle que tous nous envient, Delphine Horvilleur herself, nous dit qu’à l’éternelle question qu’estce qu’être juif ?, aucune définition n’achève la question. Et que si certains énoncés normatifs ont tenté de s’imposer, chacun était un éclat de vérité, une voix parmi d’autres. Que l’identité juive était, à son sens, la conscience permanente d’un exil qui n’était pas géographique. La conscience que le juif se trouvait toujours, de façon contrainte ou choisie, dans un entredeux identitaire : entre deux langues, entre deux noms, entre deux cultures, entre deux rêves, entre deux sens. Que cet état liminal se nommait en hébreu bein levein, un terme qui étymologiquement définissait aussi la sagesse (bina) ; que la sagesse juive était une conscience de l’exil, et une pensée de l’équivoque. Et que pas étonnant, dès lors, que l’humour juif regorgeât de trésors de double sens, l’arrachement étant une expé-

rience si tragique qu’il pouvait parfois vous arracher des éclats de rire. Juif. Marc-Alain Ouaknin, philosophe, rabbin et professeur des universités, explora2 la racine du mot Juif, yehoudi, qui dérivait étymologiquement du nom Yehouda venu du verbe lehodot, remercier, rendre grâce, avoir de la gratitude pour, que l’on retrouvait dans le mot toda qui signifiait merci : ainsi, Juif et merci appartiendraient à la même racine, et être juif serait savoir dire merci, reconnaître ce que l’on doit à l’autre, serait d’emblée être en relation. Il évoque le mot absent, le questionnement que les juifs formulent inlassablement par le biais de la sociologie, la philosophie et de manière éminente par la littérature : Freud nous a rappelé que l’humour était parfois la meilleure façon de découvrir les choses les plus profondes et n’a d’ailleurs pas hésité à fleurir de blagues juives Le mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient. Cet humour est toujours présent en filigrane, dans l’inquiétude permanente de la question, dans le sérieux paradoxal des réponses, dans l’intelligence naïve des opinions, dans la variété des réflexions et des prises de position. Car ils sont nombreux et tous différents, les juifs orthodoxes, libéraux, juifs libérés, juifs réformés, juifs appartenant à la mouvance conservative, juifs laïcs, et parmi eux, les pratiquants, les pratiquants croyants, les pratiquants incroyants, les non pratiquants croyants, les non pratiquants athées, les non pratiquants indifférents, les non pratiquants savants. En somme, toutes les variantes et combinaisons que vous voudrez : juifs de la souffrance, juifs de la mémoire, juifs culinaires, dont la transcendance s’inscrit dans la carpe farcie et le couscous boulettes de certains jours de fêtes. Il faut aussi rappeler l’existence de ces nombreux « juifs en creux », en négatif, « inauthentiques », qui ne le sont, juifs, que parce que l’autre, l’antisémite, comme dit Sartre dans Réflexions sur la question juive, les désigne comme tels; Juifs montrés, désignés, ostracisés. Juif. Serge Klarsfeld, lui, répondit qu’être juif, c’était être d’abord déterminé par l’Histoire, celle de tous les enfants, comme lui, pourchassés par les nazis pour être mis à mort et Marek Halter nous dit qu’être juif, c’était un état. Vous savez, comme un vêtement qui s’appelle soi. Juif. Celui-là me répond qu’être juif c’est cumuler dès la naissance toutes les chances et toutes les malchances pour passer sa vie à en tirer le meilleur, cette autre me jette de bon matin : Être juif ? C’est me sentir être ta sœur au premier regard. Love. Toi tu écris que nous sommes parfois une famille dysfonctionnelle dont les membres avaient des opinions, des coutumes et des pra-

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tiques différentes, tout cela sous un même toit, et tu ajoutes que, dans toute famille saine, les gens s’aimaient, que peu importait s’ils ne pensaient pas tous de la même façon, alors que toi, tu me réponds qu’on est juif même sans être religieux ou croyant, que c’est une philosophie, une façon de vivre, toi que c’est avoir ses grands-parents déportés, avoir été marqués, désignés, toi tu me dis C’est mon ADN, toi tu me rappelles ce Chabbat shalom, qu’on se souhaite chaque semaine, telle une ritournelle qui construirait en un instant un pont reliant chaque Juif aux autres, et toi tu m’expliques qu’être juif est c’est porter un sac à dos bien pesant, hérité, enrichi et alourdi par de nombreuses générations de parents, grands-parents et au-delà, que c’est étonnamment s’en réjouir et mettre à son tour sur le dos de ses enfants et petits enfants ce sac qui contient théories et pratiques d’une conduite éthique de référence, dans le rapport au créateur et aux hommes, qu’être juif c’est s’interroger, débattre à l’infini sur le contenu de ce sac, le remettre en question, se poser de multiples questions, et puis voilà que j’invite Yann Moix, l’auteur de Apprenti-juif3, expliquant que la religion juive aime d’abord se comprendre, se discuter, s’étudier, ajoutant qu’il était en train de devenir juif, à son rythme, sans besoin du sang de sa mère : Je ne veux pas être juif selon la définition de la Gestapo, Je ne veux pas être juif avec du sang juif, mais avec mon sang. Yann Moix, il précise : Par le cerveau. Par la lecture. Par des heures passées à lire des textes : Ma mère n’est pas juive, mais les textes que je lis, et qui me mettent au monde tous les jours, qui accouchent de moi à chaque instant, les textes que je lis, eux, sont juifs. C’est la Torah qui est enceinte de moi. Je suis en train de devenir juif en lisant. Devenir juif non par le sang, mais par le sens. Devenir juif par calembour, ajoutaitil. Parce que ma famille descend des Marranes et que les Marranes sont des juifs qui ont été obligés de devenir catholiques pour sauver leur vie. Ce qui me fascine dans le judaïsme, c’est qu’il fout la paix aux gens avec Dieu. Le judaïsme te laisse croire à ta guise, il s’en fiche totalement. Croire, ce n’est pas juif. Ce qui est juif, c’est comprendre. Devenir juif, c’est devenir la personne qu’il aurait fallu qu’on soit le plus tôt possible (mais ça n’a pas été possible pour un tas de raisons) : soi. Pour Yann Moix, être juif, c’est échapper à tout communautarisme, mais c’est être soi parmi d’autres juifs. Il ajoute que la communauté des juifs a choisi d’être la communauté des hommes, qu’il est en train de devenir juif parce que les parias forment une communauté qui lui plaît plus que la communauté de ceux qui ne le sont pas, que devenir juif, c’est oser penser avec son intelligence propre, que c’est la liberté qui est offerte à sa pensée de penser ce qu’elle veut, mais aussi


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HUMOUR JUIF ce qu’elle peut, que le judaïsme est toujours un apport, que dans le judaïsme, l’idiot n’est promis à rien car lire, ce n’est pas pour les idiots, qu’on ne peut pas, en toute logique, être juif et idiot : se pencher sur des mots, des paragraphes, des chapitres, des paroles, ce n’est possible que pour des intelligences, et qu’en somme il y a un élitisme juif qui n’est pas déplaisant : Je suis en train de devenir juif, écrit-il, sans le moindre rabbin en bas de chez moi. Sans la moindre juive sublime à épouser. Je ne suis jamais allé à Tel-Aviv. Je ne suis pas allé, pour l’instant, sur le mur des Lamentations. Je suis en train de devenir juif, et je ne suis pas circoncis. Je suis en train de devenir juif et je ne fête pas les fêtes juives. Etre juif, pour moi, signifie être intelligent. Plus intelligent que prévu. Je suis en train de devenir juif. Par le cerveau. Mais par l’intellect. Par la lecture, l’étude, la réflexion. Par les idées, par les notions. Et par les concepts. Et par les articles, et par les comptes rendus de colloques, et par les conversations, et par les confrontations. Levinas est un génie. Dans Difficile liberté, il dit : « N’être lu que par de moins savants que soi, quelle corruption pour un écrivain ! Sans censeurs, ni sanctions, les auteurs confondent cette non-résistance avec la liberté et cette liberté avec le trait de génie. » Ça pourrait être du Proust, mais c’est du Levinas. Un texte sur la Torah. À la Recherche du temps perdu aura longtemps été mon texte sur la Torah. Mon Talmud. La France a connu l’un des plus immenses commentateurs du Talmud : Rashi. Et il conclut : Être juif est un état d’esprit. Israël est un État d’esprit. À part jouir, lire est la chose que je préfère au monde. C’est un excellent début pour devenir juif. Peut-être une des phrases les plus fidèles à la conception juive de la mort que j’aie jamais entendue : « La mort, c’est quand on ne peut plus écouter Miles Davis. » Elle est d’un ami catholique. Le judaïsme ou la discussion infinie. Je ne sais pas Toi, Lecteur, mais moi, n’eussé-je pas été juive, je l’eusse aimé, celui-là : Yann Moix. Et c’est à Marc-Alain Ouaknin que je confie la lourde tâche de résumer la complexité de cette question juive, car il le fait diablement bien en nous narrant cette histoire qui se passe en Pologne, dans la première moitié du XIXe siècle : Un jeune juif sort de son Shtetl, son petit village, pour passer quelques mois dans la capitale, Varsovie. Au bout de trois mois, il revient dans son village et réunit tous ses amis pour leur raconter son expérience: - Vous savez, Varsovie c’est une ville extra-ordinaire! Quelle richesse, quelle diversité! J’y ai rencontré un juif orthodoxe qui ne parle que de Talmud! Toute la journée il médite les textes de la tradition, et dès que vous lui adressez la parole,

il inaugure son propos par une citation biblique. Quand il n’étudie pas, il prie! J’y ai rencontré aussi un juif complètement athée qui ne veut pas entendre parler de Dieu et qui veut qu’on le laisse tranquille avec toutes ces histoires à dormir debout, qui n’ont de sens que pour les naïfs et les enfants. J’y ai rencontré aussi un juif chef d’entreprise. Il dirige des usines avec des centaines d’employés; il roule dans de magnifiques voitures de luxe. Ah oui celui-là vraiment on sent qu’il sait faire la vie! J’y ai rencontré aussi un juif communiste enflammé, qui ne parle que d’égalité entre les hommes et de lutte et de suppression des classes. Marx est son Dieu et Le Capital sa Bible! Tous ses amis présents regardent le jeune homme avec étonnement : – Mais qu’y a-t-il de si extra-or-di-naire, demande l’un de ses amis, Varsovie est une très grande ville, c’est la capitale, il y a plusieurs centaines de milliers de juifs, c’est normal que tu aies rencontré

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tellement de juifs et si différents! Le jeune homme sourit et les regarde avec malice; et leur dit : – Vous n’avez pas compris, répond le jeune homme, c’était le même juif ! Vous l’aurez compris ? Il fait bon d’être juif, même s’il s’agit d’un dur bonheur, selon les mots de Lévinas4. „ — Merci au dessinateur Richard Kenigsman : La valise abandonnée, dessins de RK et poèmes de Jacques Sojcher. (www.richardkenigsman.com) 1 Lettre de Blanchot citée dans Du sacré au Saint, Emmanuel Lévinas, Editions de Minuit, Paris, 1977. Etre Juif selon Lévinas et Blanchot, in Emmanuel Lévinas-Maurice Blanchot, penser la différence, Joëlle Hansel, Nanterre, Presses universitaires de Paris-Ouest, 2008. 2 Tenou’a 3 Texte paru dans La Règle du jeu , en 2007. 4 Lévinas fait ici référence au titre d’un entretien d’André Neher avec Victor Malka, Le Dur bonheur d’être juif, en 1979.


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MÉDIAS

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ophie Marceau n’est pas juive, mais dans son interview elle parle d’Israël, de façon plus intelligente et proche, que beaucoup de nos compatriotes. C’est ce qui a amené à publier, dans juifs célèbres, une non juive. « Je ne suis pas juive, mais... Israël est un sujet sensible pour moi… Je me sens, comment dire...; sioniste. Je viens, autant qu’il m’est possible en Israël. Je ne m’occupe pas de politique, mais Israël a droit de vivre, d’exister. Haifa par exemple est géniale, vous pouvez constater la grandeur de cette ville. Les gens vivent ensemble, il n’y a pas de tension et c’est une leçon pour le monde entier. Tout est beau ici, la mer, le ciel, la terre, je ne peux pas imaginer que c’est un pays en guerre permanente... Ces gens (les terroristes en Israël), sont fous et mauvais. Ils veulent... vous savez... ils veulent tout simplement... tuer. Il y a qquelque chose qui ne tourne pas rond d chez eux. » — Source Info livetv

SOPHIE MARCEAU « je me sens sioniste »

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INTERVIEW

Michel Boujenah :

Une année 5778 d’amour et de paix interview recueillie par SYLVIE BENSAID

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27 plaisir, le bonheur de jouer, de rire et de pleurer. Le public participe également, c’est un beau moment rempli de rire, d’émotion et de complicité que nous partageons. TJ : Vous mouillez votre chemise sur scène ? Michel Boujenah : Oui c’est une heure trente de pur bonheur, je suis en plein dans mon spectacle. Je dépense beaucoup d’énergie, le spectacle est en rythme, avec un discours très libre. On rit beaucoup, je fais tout pour cela puisque je me demande souvent si j’écris pour faire rire ou si je fais rire pour écrire. TJ : Comment s’est passé votre spectacle à Carthage après tant de remous ?

M

ichel Boujenah est actuellement à l’affiche du théâtre Gaieté Montparnasse, pour nous présenter la Nouvelle version du spectacle joué au Théâtre Édouard VII en 2015, « Ma Vie Encore plus rêvée » TRIBUNE JUIVE : Ce nouveau One man Show est un retour aux sources ? Michel Boujenah : J’ai toujours pensé qu’il était plus passionnant de rêver sa vie que de la vivre. Alors je peux devenir un vrai « héro » puisque j’invente ma vie, une vie chimérique, une vie peuplée de personnages haut en couleurs, et si je l’imagine cette vie que je n’ai pas vécue, alors tout est possible. Ce spectacle est en quelque sorte une autobiographie imaginaire. Je mélange réalité et fiction, on a du mal quelquefois à démêler le vrai du faux. TJ : Pourquoi revenir sans cesse sur ce déracinement que vous avez vécu ? Michel Boujenah : J’avais dix ans quand mes parents ont quitté la Tunisie. J’ai beaucoup souffert à mon arrivée en France et je reste très nostalgique de mon enfance. C’est une plaie qui reste encore ouverte. Je n’ai jamais pu me couper complètement de mes souvenirs et et c’est en eux que je puise l’inspiration et l’écriture de mes pièces. TJ : Vous nous offrez un vrai moment de générosité ?

C’est dommage que les services culturels de l’ambassade ne fassent pas plus souvent appel à moi pour me produire. Je crois être légitime pour cela. Les 500 000 francophones me réclament. Je remercie Laurent Dorf et Bethsabee Kalfon pour m’avoir permis d’être sur scène en Israel, j’espère y retourner très vite. TJ : Vous êtes depuis 9 ans le directeur artistique du Festival de Ramatuelle. Pouvez vous nous en dire un peu plus ?

Michel Boujenah : Une campagne sans précédent d’appels au boycott de la part du BDS, et de certains syndicats ont été lancés contre ma venue à Carthage.

Michel Boujenah : Oui c’est un festival qui mêle théâtre, chansons et humour. L’édition de cette année, qui s’est tenue du 1er au 11 août a rendu hommage au comédien Jean Claude Brialy qui en fut le directeur pendant 24 ans.

Je voulais, en y allant, retrouver le petit garçon qui était reste en Tunisie, je voulais revoir les volets bleus....mais c’est aussi ma manière d’exprimer mon amour pour mon pays natal.

C’est un bonheur d’être au service d’autres spectacles que les miens, et d’avoir avec d’autres artistes la possibilité de partager un lieu magique. J’apprends tout le temps des choses.

Finalement c’est plus de 600 personnes qui ont assisté au spectacle et ce fut un véritable succès.

TJ : Un petit message pour nos lecteurs ?

TJ : Vous sentez vous proche de la communauté Juive ? Michel Boujenah : Je ne suis pas pratiquant, mais reste très proche de ma communauté, c’est mon peuple. Je connais ses qualités et ses défauts. Je m’investis dans plusieurs associations caritatives j’ai été parrain de la Tsedaka, je soutiens le Maguen David Adom, le Gan Rachi à Toulouse. Je réponds toujours présent quand on me sollicite, quand mon agenda le permet. Je suis monté au créneau lors du meurtre de Sarah Halimi et ai dénoncé ce silence face à l’antisémitisme. Je n’hésite pas à clamer mon identité et revendiquer la place du Juif en France, trop malmené et meurtri par les récents événements, je pense à Ilan Halimi, Toulouse, l’hyper cacher et Sarah Halimi. Et tout récemment l’attaque et la séquestration de la famille Pinto. TJ : Et Israël dans tout ça ?

Michel Boujenah : Je suis un grand sensible et derrière le rire et l’humour, se cache une très grande sensibilité. J’ai choisi d’être la pour le

on y va une fois on y retourne. J’aime Jaffa, Névé Tsedek, et tous ces endroits tellement insolites.

Michel Boujenah : J’ai des liens très fort avec Israel, j’aime ce pays qui est un vrai miracle, quand

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Michel Boujenah : Je souhaite à vos lecteurs et à toute la communauté Juive qui s’apprête à fêter la nouvelle année, Chana tova une année 5778 d’amour et de paix... et n’oubliez pas d’aller voir mon spectacle. „


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COMMUNAUTÉ

OUVERTURE DE L’’ORIENT HOTEL’’À JÉRUSALEM Au cœur du quartier romantique de la « Colonie allemande »... C’est dans cet illustre et très prisé quartier de la Capitale que le dernier fleuron de la chaîne Isrotel, avec sa décoration chic et moderne, a ouvert ses portes cet été. Il est situé en plein cœur de la nouvelle ville et à proximité de tous les sites principaux de la ville antique (à seulement 1,6 km). Il s’agit du premier hôtel Isrotel à Jérusalem ; les autres étant à Eilat-mer Rouge, à la mer Morte, dans la Forêt du Carmel, à Tel-Aviv, sur le Cratère Ramon et en Haute-Galilée. L’hôtel dispose d’une piscine extérieure sur le roof-top ainsi que d’un espace bien-être avec un spa prodiguant des soins de la marque israélienne Carmel Forest Spa, un sauna, un hammam, une piscine et un jacuzzi. L’hôtel propose également un centre de conférences, adapté pour des événements privés ou professionnels, pouvant accueillir jusqu’à 950 personnes. Pour plus d’informations : https://www.isrotel.com/orient

VOYAGE EN ISRAËL PAR HADASSAH FRANCE DU 19 AU 24 NOVEMBRE 2017 Depuis sa création en 1985 Hadassah France oeuvre à fin de collecter des fonds pour le centre hospitalo-univérsitaire de Jérusalem. Ouvert à tous avec colloque médical. - Visite du département d’Agriculture de l’Université Ben Gourion au Kibboutz Sdé Boker. Accueil par le directeur des Instituts Jacob-Blaustein de Sdé Boker logement à Mitspe Ramon.

Sheva et présentation générale de l’Université et de ses récents développements. - Visite d’une usine de déssalement des eaux à Ashkelon ; osmose inverse. - Départ pour Jérusalem. - Visite de Yad Vashem, de la Knesset, visite de l’hôpital Ein kerem, colloque médical.

- Lever du soleil sur les cratères de Mitzpe Ramon. Accueil à l’Université Ben Gourion à Beer-

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INSCRIPTIONS : Hadassah France 46, rue de la Tour 75116 Paris contact@hadassah.fr www.hadassah.fr Tél : 01.53.42.67.06

Par Sylvie Bensaid


©Nicolas Laverroux

Shana Tova À

l’occasion de cette nouvelle année, je souhaite adresser aux membres de la communauté d’Enghien-les-Bains et du Val d’Oise, ainsi qu’à celles et ceux qui visitent notre cité touristique et thermale, mes vœux de bonnes et heureuses fêtes de Roch Hachana 5778 ! Que l’année à venir vous soit sereine ainsi qu’à vos familles et tous ceux qui vous sont chers, qu’elle favorise la réalisation de vos projets dans un climat de confiance et d’espoirs. Dans notre société globale où le temps instantané efface l’espace, il nous faut restaurer le sens du politique face aux obscurantismes et construire ainsi cet humanisme nouveau, cet humanisme de paix, de reconnaissance et de respect des identités qui ont fondées notre République. Notre France est riche des valeurs de liberté et de croyances, nous formons le vœu qu’elle continue de briller de ses Lumières et qu’elle reste une référence dans le monde. Notre Ville d’Enghien-les-Bains s’associe à ces hommes et ces femmes de bonnes volontés qui œuvrent à la paix et l’harmonie des communautés juives à travers le monde. Au nom des élus municipaux d’Enghien-les-Bains, je vous souhaite une année de bonheur et de prospérité. Philippe Sueur Maire d’Enghien-les-Bains 1er Vice-président du Conseil départemental du Val d’Oise

Nicole GUEDJ Ancien ministre, Président de

LA FONDATION FRANCE ISRAEL & LE CONSEIL D’ADMINISTRATION vous souhaitent

SHANA TOVA douce

Chana Tova DONS

SE

NICOLE ancien GUEDJ Ministre

COOPERATION

HOMMAGE

FRANCE

FONDATION

DIPLOMATIE HISTOIRE

ORCHESTRE SYMPHONIQUE

ISRAËL

YAD VASHEM

VOYAGE DES

DESCENDANTS JUSTES JEUNESSE

GRANDES ECOLES CULTURE

PAIX CÉRÉ MONIE

SURPRENDRE

ISRAËL AMITIÉ

LIENNE CANNES ART FAIR

INDEPENDANCE SCIENCES ECONOMIE

RENCONTRES

SHIMON PEREZ

KARA

PRIX

EXPOSITION

CINEMA

SIMONE VEIL

MERCI Que l’année

5778

soit porteuse de Paix,

de sérénité et de solidarité ,qu’elle consacre l’amitié entre la

France et Israël

BP 20024-75362 Cedex 08 Tel 01.82.28.95.85 info@fondationfranceisrael.org www.fondationfranceisrael.org


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LIVRES

RENTRÉE LITTÉRAIRE Par SYLVIE BENSAID

Musique Russe Anne-Marie Mitterand

Paris, début des années 1970. Nous faisons la connaissance d’une famille de la haute bourgeoisie où Mathilde, la cadette, cherche à tromper son ennui. Ainsi promène-t-elle son spleen dans les fameux « rallyes », fait l’école buissonnière, couche avec son cousin Franz, en attendant l’événement qui devrait tout changer : le bal de ses dix-huit ans. Quelle déception : au lendemain de la fête, la vie reprend son cours entre les immeubles haussmanniens, routinière et absurde. Mathilde voudrait ne plus avoir à vivre, elle tombe dans l’anorexie... Mais dans un « certain milieu », on ne met pas fin à ses jours : on est d’abord soigné dans une clinique ruineuse, puis on se marie. Mathilde n’a guère de prétendant ? En guise d’époux, sa mère va lui trouver un

Réveiller les lions Ayelet Gundar-Goshen

L’auteure a choisi avec « Réveiller les Lions », de nous parler de l’immigration africaine en Israël, une drame universel auquel il faut faire face. Un Concerto pour trois voix qui en dit long sur les failles d’un pays et celles d’un couple, mais traité toujours avec empathie. Bien qu’Ethan soit au centre du récit, le portrait fait des personnages féminins, Liath et Sirkitt, est en tout point remarquable. L’homme, neurochirurgien à Beer Sheva est un homme bien, il sauve des vies. Un soir de pleine lune, alors qu’il songe que c’est la plus belle qu’il ait vue de sa vie, Ethan percute. mortellement un homme, un migrant. Que faire ? Se dénoncer ou fuir ? Il choisit de fuir. Ethan Green est retrouvé par la femme du défunt, qui lui propose un mar-

veuf, russe, de vingt ans son aîné, seul rescapé d’une famille juive déportée sous l’Occupation. L’homme, désargenté, violent, a des fréquentations louches, mais aussi une énergie tonitruante qui fascine Mathilde. Au son des airs slaves qu’il joue si bien, la vie pourra-telle recommencer ? L’auteur réalise une galerie de portraits et de personnages qui, savoureux ou détestables, sont à la fois littéraires et vrais. Un roman – une autofiction ? – entre deux tons, deux religions, deux mondes, qui parvient à construire des ponts inattendus. Gouverneur de l’Université hébraïque de Jérusalem, Anne-Marie Mitterrand est l’auteur d’une dizaine de romans, dont « Un nom dur à porter » (Éditions du Rocher, 2003) et « Attends-moi, j’arrive » (Albin Michel, 2009). „ — Musique Russe aux Editions Seguier 416 pages - 21,00 €

ché : il devra prodiguer chaque nuit des soins aux réfugiés contre son silence. Le médecin cache donc à son épouse, inspecteur de police chargée de l’enquête chargée de l’enquête sur le mystérieux chauffard, cette vie clandestine et violente. Le récit nous entraîne dans un engrenage où l’homme est capable du meilleur comme du pire. La sensibilité de Ayelet Gundar-Goshen affleure à chaque page. Apres « Une nuit Markovitch », encensé par la critique, la littérature Israélienne nous offre avec « Réveiller les lions », une fresque politique et sociale aux allures de thriller qui nous plonge dans un monde méconnu. „ — Réveiller les Lions - Presses de la Cité Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz 22,50 €

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CINÉMA

BROOKLYN YIDDISH De JOSHUA Z. WEINSTEIN

Borough Park, un quartier juif ultra-orthodoxe de Brooklyn. Menashé, modeste employé d’une épicerie, tente de joindre les deux bouts pour finir le mois et se bat pour obtenir la garde de son jeune fi ls Ruben. En effet, Menashe, qui avait fait un mariage arrangé (chidour ) a perdu son épouse il y a un an. Veuf il ne peut, appartenant à la communauté juive orthodoxe, vivre aux côtés de son fi ls, qui pour l’instant est placé dans la famille de sa femme. Une condition s’offre à lui, retrouver une femme et l’épouser. Mais ce n’est pas ce qu’il souhaite.

Pour le réalisateur, Joshua Z. Weinstein, l’intérêt était de raconter une histoire inédite, qu’on n’avait jamais vue au cinema, de montrer dans ce fi lm, comment un homme profondément croyant peut aussi remettre en question cette croyance Il pose un regard profondément humain pour comprendre le microcosme hassidique . Ce fi lm dégage un humour qui témoigne de l’ironie de la vie. Présenté au Festival du cinéma américain de Deauville 2017, il remporte le Prix du jury, exaequo avec A Ghost. En salle dès le 25 octobre. Par Sylvie Bensaid

© Métropole Nice Côte d’Azur - SF - 08/2017

Voyant son désespoir, le grand rabbin lui accorde de passer une semaine avec son fils.

Menashé saisit cette occasion pour prouver qu’il peut être un bon père tout en respectant les règles religieuses de sa communauté.

Christian Estrosi Maire de Nice Président de la Métropole Président délégué de la Région Provence-AlpesCôte d’Azur

C’est avec joie et émotion que j’adresse mes vœux chaleureux pour cette nouvelle année, à la communauté juive niçoise mais aussi à celle de France et d’Israël. Je sais que cette fête de Roch Hachana est l’occasion pour les femmes et les hommes de votre communauté d’insuffler une vie nouvelle, d’assurer la renaissance des cœurs et des esprits. Au-delà de votre communauté, cette fête qui invite au renouvellement, à la construction d’un futur qui soit meilleur pour tous, a une dimension universelle. L’être exceptionnel qui nous a récemment quittés, incarnait cet esprit de renouveau. Simone Veil, c’était la noblesse et le courage. Elle avait 16 ans, l’âge de toutes les espérances, lorsqu’elle a été arrêtée à Nice par les nazis. Des camps de la mort, elle était revenue invaincue et déterminée à combattre pour une humanité meilleure. Tout au long de sa vie admirable, elle aura porté au plus haut les valeurs de justice et de solidarité. Présidente d’honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, cette femme d’action fut, durant toute sa vie, la gardienne de la mémoire. Elle savait que pour construire l’avenir sur des fondements inaltérables, il faut combattre l’oubli. Pour notre part, nous n’oublierons jamais ce que Simone Veil a donné à la France, à l’Europe et au monde. Je vous souhaite à tous la plus belle des fêtes.

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THÉÂTRE

LA VRAIE VIE THÉÂTRE EDOUARD VII, PARIS

LA RAFLE DU VEL D’HIV

LA NOUVELLE THÉÂTRE DE PARIS

MANUFACTURE DES ABESSES

Pourquoi Pierre (Guillaume de Tonquédec) at-il intégralement refait la déco de son salon pour accueillir le professeur qui a illuminé sa jeunesse ? Pourquoi Florence (Léa Drucker), la femme de Pierre, a-t-elle annulé au dernier moment ce voyage professionnel à Lisbonne ? Découvrez Léa Drucker & Guillaume De Tonquedec dans La Vraie Vie. Je m’attendais à voir un vaudeville et surprise je me retrouve face à une pièce légère et grave à la fois, qui traite de sujets profonds : les relations humaines, le sens de la vie, de la mort. La pièce tourne autour de 5 personnages en pleine névrose, en quête de vérité. Des acteurs excellents qui nous interpellent tout au long de la pièce et qui nous forcent à réfléchir. A la fois acteur et metteur en scène de cette pièce, Bernard Murat associe de nouveau son travail à celui de Fabrice Roger-Lacan. „ — Théâtre Edouard VII 10 place Édouard VII 75009 Paris

Adapté du témoignage de Maurice Rajsfus, la spectacle, joué adapté et mis en scène par Philippe Ogouz la Rafle du Vel d’hiv est poignant et bouleversant. Le récit est entrecoupé de données administratives glaçantes, qui tombent comme des couperets. Le duo voix/accordéon finement soutenu par un jeu de lumières a pour seul but de servir un texte bouleversant. Un spectacle sobre et efficace qui participe au devoir de mémoire. Philippe Ogouz, portevoix de ceux qui ont péri dans le silence, dans l’indifférence, est époustouflant de vérité. Le tout rythmé par les ponctuations musicales, l’accompagnement de l’accordéoniste Paul Predki est parfait. „ — Manufacture des Abbesses 7, rue Véron 75018 Paris Réservations : 01.42.33.42.03

Réservations : 01.47.42.59.92 Jusqu’au 6 Janvier 2018.

Par Sylvie Bensaid

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Simon, la soixantaine entamée, est père de deux grands fi ls. Veuf depuis peu, il compte refaire sa vie avec Mado qui a vingt ans de moins que lui. Simon a invité à déjeuner ses deux fi ls afin de leur présenter Mado. Tout devrait se passer agréablement. Une formalité en somme… Cependant la confrontation avec les deux jeunes gens s’annonce compliquée. On est parfois surpris par le jugement de ses propres enfants. Une comédie pleine de rebondissements. Cette comédie soulève une grande question : jusqu’à quel âge est-il décent, convenable d’avoir des enfants, et des enfants qui auront le même âge que les petits-enfants. Pour la première fois réunis sur scène, Mathilde Seigner et Richard Berry qui est excellent dans la pièce, endossent des rôles imaginés par Éric Assous. Richard Berry, qui signe également la mise en scène, est un habitué du travail de l’auteur, pour avoir déjà joué et mis en scène Nos femmes, en 2013. À voir pour passer un moment agréable. — Théâtre de Paris 15 rue Blanche - 75009 Paris Réservations : 01.48.74.25.37


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SHOPPING

L’AUTOMNE EN BEAUTÉ ! Par SYLVIE BENSAID

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Fondé en 1926 et 3ème groupe mondial de communication, Publicis Groupe est devenu, en une décennie, le leader mondial de la communication numérique. Sa nouvelle organisation «The Power of One», lancée fin 2015 concrétise sa transformation au service de sa nouvelle ambition : être le meilleur partenaire de ses clients pour les accompagner dans leur mutation digitale.

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TJ-Info Magazine N°70 - Septembre/Octobre