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tra -duction Très vite je compris qu’ils faisaient partie du paysage, comme Madame Paula et qu'ils étaient l'âme de ce pays. Ayiti cheri Quand je suis sortie de l'avion pour la première fois à l'aéroport de Port au Prince, j'étais envahie par l'excitation. Les énergies intenses que je ressentais déjà avaient chassé de mon esprit les horreurs que j'avais pu lire ou entendre à propos d'Haïti. Je ne connaissais ni les codes ni même le créole mais j'étais déjà fascinée par ce pays mystérieux. Je me suis souvent sentie seule, j'ai parfois eu peur, certaines choses et certaines personnes m'ont manqué, mais du début à la fin de cette aventure j’étais heureuse. J’ai regardé, contemplé, beaucoup observé et j'ai fini par voir tant de choses que j’avais cessé de voir.

DANIEL HOPEWELL INTERVIEW/ 364 Tribu s'adresse à Daniel Hopewell, guitariste et auteur-compositeur de The Crookes, qu'elle interroge sur les nuances existant entre la poésie et le lyrisme. Comment savez-vous qu'un poème devient une chanson? Je veux que les mots constituent une chanson avant qu'ils ne fonctionnent en tant que poème. Ils sont toujours écrits dans l'intention d'être entendus et non lus. La chose la plus importante est donc qu'ils soient musicalement en harmonie. Mes paroliers préférés sont ceux qui offrent quelque chose de plus profond aux quelques personnes (et je crois qu'il en existe relativement peu) désireuses d'investir davantage dans la chanson. Vous pouvez avoir une magnifique chanson et une superbe mélodie, mais, sans contenu lyrique approfondi, l'auditeur ne peut apprécier la chanson que de manière superficielle. Sentez-vous qu'il existe une réelle différence, à part l'élément musical manifeste, entre le lyrisme et la poésie? Je pense que la bonne poésie doit être de toute façon musicale - pour écrire des chansons ou de la poésie, on utilise les mêmes éléments: le mètre, la rime, l'assonance voire la manière de respirer. Je pense que la principale différence est que la poésie est de loin plus vulnérable; il n'existe pas de sons musicaux à harmoniser aux sons des mots. Comment avez-vous commencé à écrire et qu'est-ce que cela représente pour vous? Je ne me souviens plus; j'ai toujours écrit. J'ai des centaines et des centaines de carnets qui documentent tout ce que j'ai jamais vu/entendu/expérimenté. Je souffre d'un besoin monomaniaque de saisir le monde qui m'entoure. Quelle démarche suivez-vous lorsqu'il s'agit de rédiger des chansons/sentez-vous parfois que vous perdez l'intégrité d'un poème lorsque celui-ci devient une chanson? Cela dépend vraiment. Parfois la mélodie vient en premier et le contenu lyrique suit naturellement; certaines progressions d'accords évoquent des sons qui sont par nature mineurs, majeurs, ratés, sexuels - quels qu'ils soient. Cependant, pour l'album actuel, j'ai commencé par écrire d'abord les paroles et c'est la toute première fois que je procède de cette façon. C'est très libérateur car il n'y a aucune contrainte syllabique ni structurelle, ce qui signifie que je peux écrire tout ce que je veux. Cela m'a déjà apporté de bien meilleurs résultats que jamais fait auparavant, car, au lieu de devoir faire un compromis entre le contenu lyrique et la mélodie, le son naturel des mots peut s'harmoniser plus facilement en composant une musique spécialement pour eux. Comment le fait d'avoir joué dans un groupe et de voir que d'autres personnes - le chanteur principal, les fans, les critiques - chantent vos paroles a changé votre poésie, le cas échéant? Sentez-vous que vous avez développé un style spécifique pour pouvoir vous adapter à cette situation? Oui, cela a énormément changé mon style. Nous avons toujours dit que cela revient à écrire un scénario pour une représentation théâtrale. Donc au lieu d'écrire des chansons spécialement pour moi-même, j'en écris avec certaines personnes à l'esprit. De nouveau, c'est très libérateur et moins complaisant que si peut-être j'avais été tenté de l'être si je les avais chantées. Je pense qu'il est important que l'auditeur, quel qu'il soit, puisse interpréter les mots et les comprendre à sa manière, même si mon intention initiale se perd. Une fois ma chanson sortie, elle ne m'appartient plus à moi, mais à l'auditeur.

GHOSTS / 366 Je ne peux pas marcher à travers cette ville à cause des fantômes qui saignent sous mes pas. Alors que je descends les collines abruptes de Clifton, je tombe sur le lampadaire recouvert de lierre sous lequel s'assoient Doug et Dan en partageant un spliff car ils ont deux heures de maths juste après et ça les aide pour l'algèbre. 'Quelle sorte d'animal souhaiteriez-vous être?' demande Dan, coiffé de son bonnet bleu, et Doug tergiverse et réfléchit à une réponse. Je ricane

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