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n°24 automne 2012 gratuit

réseau info-ressources musiques actuelles des Pays de la Loire

THOMAS BELHOM EDWARD PERRAUd ZENZILE FONKY NYKO

DOSSIER : Musique et image – Clips, teasers


http://tohubohu.trempo.com

En plus de l’annuaire régional (qui recense groupes, assos, festivals, labels…), Les annonces (trouver un musicien, un groupe, une batterie…), Les conférences du réseau à venir…

ce trimestre, retrouvez online : Interviews artistes Profil/événement Bred Irie Lo’ Jo Brome Tue-Loup Horny Wackers Wank For Peace Les Thugs

Twin Daisies Cranes Records

LES VERSIONS LONGUES (des articles de ce mag) Edward Perraud / Zenzile / Sylvain Bertot

Photo : Zenzile / Fabien Tijou


Sommaire

Infos

Brèves . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 04

artistes Thomas Belhom

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 06 Edward Perraud . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 08 Zenzile . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 Fonky Nyko . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12

PROJETS

Chaou Baou . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14 Festival Battantes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15

GÉNÉRATION Y Ziklibrenbib. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16 THE NEXT BIG THING

Paroles d’acteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17

DOSsier

Musique et image – clips, teasers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18

TRACES ET IMPRESSIONS

Livres du moment . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 Interview : Sylvain Bertot . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25

disques

Dernières sorties musicales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26

PlaylistS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32 Le réseau Coordination : Cécile Arnoux / T. 02 40 46 66 33 / cecile@trempo.com CHABADA / Jérôme Kalcha Simonneau Chemin Cerclère, Route de Briollay, 49100 Angers T. 02 41 34 93 87 / jsimonneau@lechabada.com / www.lechabada.com BEBOP / Julien Martineau 28 avenue Jean-Jaurès, 72100 Le Mans T. 02 43 78 92 30 / crim@bebop-music.com / www.oasislemans.fr FUZZ’YON / Benoît Devillers 18 rue Sadi-Carnot, 85005 La Roche-sur-Yon Cedex T. 02 51 06 97 70 / ben@fuzzyon.com / www.fuzzyon.com

Photo couverture : Thomas Belhom – Jorg Koopmann Directeur de la publication : Vincent Priou Rédactrice en chef : Cécile Arnoux Chroniqueurs/Rédacteurs : Arnaud Bénureau, Lucie Beaudoux‑Jastrzebski, Lucie Brunet, Matthieu Chauveau, Tanguy Cloarec, François Delotte, Benoît Devillers, Denis Dréan, Gabriel Esneault, Eric Fagnot, Georges Fischer, Marie Hérault, Küken, Emmanuel Legrand, Gilles Lebreton, Sandrine Martin, Julien Martineau, Chloé Nataf, Jérôme Kalcha Simonneau, Olivier Tura. Secrétariat de rédaction : Benjamin Reverdy, Amandine Rouzeau. Conception graphique: DeuxPointDeux.com Impression: Imprimerie Chiffoleau Tirage: 10 000 exemplaires – Papier PEFC ISSN: 2109-0904 Dépôt légal: à parution Siret : 37992484800011 Tohu Bohu est une publication de Trempolino, 6 bd Léon Bureau – 44200 Nantes, et du réseau Tohu Bohu, réseau info-ressources musiques actuelles des Pays de la Loire. Prochaine parution : 22 février 2013 Bouclage : 18 janvier 2013

LE 6PAR4 / Eric Fagnot 177 rue du Vieux St Louis, 53000 Laval T. 02 43 59 77 80 / eric@6par4.com / www.6par4.com TREMPOLINO / Lucie Brunet 6 bd Léon-Bureau, 44200 Nantes T. 02 40 46 66 99 / lucie@trempo.com / www.trempo.com VIP / Emanuel Legrand Base sous-marine, bd Légion d’Honneur, 44600 Saint-Nazaire T. 02 40 22 66 89 / mlegrand@les-escales.com / www.les-escales.com

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infos Les Nanto-vendéens d’Epsylon se sont envolés pour la Chine cette mi‑octobre 2012. Tournée soutenue par l’Alliance française de Chine et le festival de Nanjing, l’énergie rock festive a dû enjouer nos amis asiatiques le temps d’une demie douzaine de concerts.

L’association nantaise la plus alternative qui soit, Cafard Nahum, a changé de logo et changé de bureau. Nouvelle programmation aussi (Punish yourself, Fishbone, Caméléons…) plutôt du côté du Ferrailleur. www.assocafardnahum.com

www.epsylonlegroupe.com

Valse des groupes dans le 8-5. Guerilla Fresca, After Blowdown, Kulbuto raccrochent les gants. Mais tel le phénix renaissant de ses cendres, la plupart des musiciens ont déjà mis en route de nouveaux projets, dont certains bien avancés comme La Belle Ivresse (chanson) ou Da Flex. MIX CITY est au sommet de son art ! On en parlera dans le prochain numéro, mais sachez que le disque déboule ce mois de novembre 2012 avec une soirée au Pannonica le 23 novembre, que le répertoire, joué maintenant à 8 (avec cuivres, voix...) est résolument funkyfanfare-hip-hop-groovy...

www.leszeclectiques.com

numéro. C’est le label nantais Kizmiaz qui s’y frotte et qui s’y pique. Mais çà fait pas mal… Classes les Kizmiaz !

Déjà la 11e édition du festival Culture Bar-Bars. Cette année, 50 villes accueillent le concept. Le concept ? Des bars ou cafésconcerts qui s’efforcent de vous faire découvrir des artistes toute l’année et qui se mobilisent cette fin novembre en concentrant sur trois jours leur énergie et motivation. Au total, pas moins de 700 spectacles/concerts proposés !

http://kizmiazrecords.bandcamp.com

www.bar-bars.com

http://mixcity.org

L’album non signé (comprenez sans label) de

Noir Animal était chroniqué dans le dernier

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On se rappelle de cet été 1998, à Saint-Philbert-enMauges, pour avoir vu, entre autres, Zenzile à 6 ou 7h du matin… C’était la 1re édition du festival Les Z’Ecléctiques porté par Zic Mac, qui proposait 24h de musique non-stop ! Cette année, Les Z’Ecléctiques – le collectif – fête ses 10 ans.

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INFOs L’orchestre angevin La Ruda clôturera vingt ans de carrière à la maison avec trois dates de suite au Chabada les 13, 14 et 15 décembre 2012 (déjà complets les vendredi et samedi). On leur souhaiterait bien bonne route, mais on imagine qu’ils en ont bouffé suffisamment comme ça en vingt piges. Alors simplement merci pour tous ces kilos perdus dans la fosse !

De retour de tournée estivale en Belgique, Allemagne et Suisse, le combo rock Shuffle ne chôme pas et annonce un nouveau single Desert Burst accompagné de son clip réalisé par Yann Ralec. shuffle-musik.com

www.laruda.fr

On va parler de Nausicaä un de ces jours... Duo folk chanté en français, composé de Thomas, ex-chanteur guitariste de ThOMA et Nathan (Rimo, Momo), percussionniste-batteur, ce projet ouvertement engagé et subversif défend, sous couvert d’une chanson acoustique et rythmée, des valeurs humanistes et écolos. Sortie d’un EP prévu en octobre. www.facebook.com/thoma.folk L’association Drago Pedros, à l’initiative du jumelage musical entre Nantes et Brest organisait l’an passé un festival avec l’aller à Nantes et le retour à Brest. Cette fois-ci, la peinture et le dessin remplacent la musique. Expo au Café du Cinéma et à Pol’N (Nantes) du 27 novembre au 12 décembre. www.facebook.com/drago.pedros

Après quelques belles dates dont une première partie de Pete Doherty à Paris, les Manceaux Dandies entrent à l’automne au studio Elap Music, nouvellement installé à Saint-Calais (72). www.dandiesofficiel.fr L’association nantaise vecteur interface propose une exposition intitulée « Welcome to our Future » au Blockhaus DY10 du 29 septembre au 1er décembre. Plutôt axée arts visuels, une étonnante œuvre sonore signée On Kawara y sera néanmoins présentée. Un décompte d’un million d’années sera énoncé par deux voix… www.vecteurinterface.com

Le 6PAR4 en partenariat avec l’ADDM, accueillera le samedi 24 novembre une rencontre musiques actuelles dédiée à la question des pratiques musicales : qui sont les musiciens musiques actuelles ? Quels sont leurs attentes en termes de répétition, de formation, d’accompagnement, de diffusion ? Débats et ateliers seront au programme, et un guide dédié à l’accompagnement des pratiques musiques actuelles en Mayenne sera remis au public. Infos : ADDM 53 (02 43 59 96 50) www.addm53.asso.fr/Rencontres

Soy ? C’est comme une vraie

compilation en live de groupes à découvrir. Même si seulement deux ou trois noms de l’affiche vous parlent, y a moyen de détecter des petites perles. L’asso vient de remporter les 3 étoiles du Guide Michelin des musiques indies. On y va les yeux fermés ! C’est du 31 octobre au 5 novembre.

www.yamoy.org

Nicolas Berrivin (Smooth) et son cousin Aymeric Westrich (membre de Aufgang) sortent un 6 titres sous le nom de Stereolane avec, parmi les invités, Monsieur Craig Walker (ex Archive), excusez du peu… www.stereolane.com

Jean Théfaine aimait tirer de sa plume le portrait des artistes et la chanson en particulier. Journaliste au quo‑ tidien Ouest-France (Rennes et Nantes), il contribuait également aux revues Chorus et Place Publique. Celui que l’on croisait dans les salles, dans les festivals, nous a quittés, Tohu Bohu lui rend hommage. Hommage aussi à l’activiste passionné Yvan Penvern, directeur de la radio rennaise Canal B, disparu cet été. Une émission lui est dédiée : www.canalb.fr/freeson

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Artistes

THOMAS BELHOM Sauvé par les gongs

Rocéphine : formidable thérapie pour le plus Américain des Manceaux, Thomas Belhom. un très beau disque qu’il a pu jouer en live lors de la tournée tout juste terminée en compagnie de ses amis de Tindersticks. L’alchimiste des sons, le spécialiste du mikado propose cette 4e solution musicale, libérant ses mots, libérant ses maux. Retour sur ce disque, ses origines, sa ville… Par Cécile Arnoux Photo : Jôrg Koopmann COMMENT TE RETROUVES-TU À JOUER DE LA MUSIQUE ? À 12 ans j’ai aperçu une batterie. J’ai, pendant long‑ temps, mimé les gestes dans le vide sur des cassettes dans ma chambre avant que ma mère finisse par m’en acheter une à l’âge de 14 ans. Je ne savais pas qu’il y avait aussi les pieds sur des pédales, c’était fantastique, une sorte de danse du corps assis, in‑ croyable ! C’est à travers elle que je m’exprimais le mieux. La percussion en général est un langage, un langage ancestral, préhistorique même, un langage d’avant les mots. Ensuite, je n’ai jamais cessé de jouer, je vous épargne mon long parcours sinueux qui m’a amené du Mans à Paris, à Tucson-Arizona, puis Londres où j’ai travaillé de manière spécifique sur de longues périodes.

QU’EST-CE-QUE TU RETIENS DE TA « PÉRIODE AMÉRICAINE » ? Un fabuleux contraste avec la vie en Europe, en France en particulier. Globalement pas mieux, pas moins bien, mais profondément différent concernant la place de la musique au quotidien. C’était simple par exemple de jouer dans les clubs de la ville tous les soirs si je voulais, parfois dans la même rue d’un soir à l’autre et ça n’a jamais posé de problème. En Europe,

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il y a davantage une culture de l’événement, alors on joue ici, de préférence avec un invité prestigieux, on en fait la promo pendant trois mois puis on te demande de ne pas rejouer dans le coin pendant six mois minimum après la date ?!? C’est une grosse différence, sans compter qu’à Tucson-Arizona, je pouvais aussi voir des concerts d’une chanteuse country avec un groupe de rap chicano en première partie, et le groupe de rap restait ensuite pour écouter la chanteuse avec beaucoup de respect de part et d’autre. À l’inverse, en Europe, particulièrement en Hollande, en France, Belgique, ou Allemagne, les équipements sont fantastiques, les lieux de culture sont même parfois très luxueux, avec beaucoup d’aides sur place de la part de techniciens ultra compétents, ce qui est plus rare, plus roots aux États-Unis…

TU AS MULTIPLIÉ LES COLLABORATIONS (CALEXICO, RED, TINDERSTICKS…). QU’EST-CE QUI T’INTÉRESSE DANS LE FAIT DE COLLABORER ? Les collaborations sur les albums débouchaient toujours de vraies rencontres préalables dans la vie. C’était juste une manière de se connaître mieux, ou de passer le temps. Avec les Calexico, on passait beaucoup de temps ensemble à une époque,


Artistes j’habitais même chez Joey, John était notre voisin, et Naïm Amor, Howe Gelb, la rue à coté. On se voyait tout le temps, il y avait des instruments, on jouait, on enregistrait des après-midi entiers sans savoir que ça allait devenir un disque.

TU VIS AU MANS, AS-TU DES CONNECTIONS AVEC DES ARTISTES OU STRUCTURES LÀ-BAS ? La question des lieux pour élaborer est cruciale quand tu fais de la musique, surtout avec des instruments volumineux comme les miens parfois. La création d’une structure comme Le Silo dans ma ville d’origine répondait pour la première fois à ces questions pour des musiciens comme moi. Je vais donc travailler au Silo régulièrement depuis quasiment le début de son existence. Le Service culturel de la ville d’Allonnes m’aide également au coup par coup. Dernièrement, ils m’ont laissé l’accès à leur péniche pour y développer une musique en préparation pour un cirque (Cie Cirque ici). Je me sens proche aussi de La Fonderie au Mans, un lieu immense qui fonctionne tel un laboratoire, il se prête peut-être davantage au théâtre, il m’est arrivé de préparer une tournée pendant un mois là-bas. Quant aux artistes, il y a bien sûr quelques électrons libres que je croise de temps en temps, notamment au Silo, avec qui j’enregistre parfois, mais la plupart du temps je suis quand même seul à travailler au Mans.

virus tropical, à Montréal, San Francisco, Tucson, puis au Mans. C’est la raison première pour laquelle je suis rentré en France. J’en sors vivant, changé, transformé, très heureux d’être ici dans mon pays, dans ma région d’enfance. Rocéphine est un disque témoin. Maintenant j’ai hâte de terminer le prochain, qui sera d’une toute autre humeur.

QUELS SONT TES DISQUES DE CHEVET EN CE MOMENT ? Peggy Lee aujourd’hui et The Unspeakable Chilly Gonzales de Gonzales. Hier, un album de 1986 des Danois Mecano que j’aime tout particulièrement. J’aime beaucoup le dernier album de Matt Elliott aussi (nous sommes sur le même label : Ici D’ailleurs), j’écoute beaucoup de musique contemporaine, notamment Harrold Budd, ou ce groupe extraordinaire, introuvable : Kiva. Pas mal de jazz également avec Sun Ra, Horace Silver, Monk. Mais mon disque de chevet actuel, c’est un vinyle brésilien de percussions faites à la voix par un couple, c’est sublime.

QU’EST-CE QUI POUR TOI CARACTÉRISE CETTE VILLE, SURTOUT MUSICALEMENT ? Il me semble que l’Europa Jazz Festival a donné une couleur à une époque, peut-être encore d’ailleurs. Je ne sais pas trop en vérité, dans la mesure où je voyage pas mal ces derniers temps. J’essaie de me tenir au courant mais souvent au Mans, je me ressource avec ma femme américaine, ma fille, ou je prépare des tournées, des nouveaux morceaux, je ne sors pas spécialement aux concerts. Ce qui caractérise surtout cette ville, c’est l’automobile, le circuit des 24 h du Mans connu dans le monde entier. Il y a peut être ici une affection particulière à la distorsion dans les virages.

TU SORS CETTE ANNÉE UN 4e ALBUM. EST-CE QU’À CHAQUE NOUVEAU DISQUE TU CHERCHES À RÉINVENTER ? J’aimerais pouvoir dire oui mais je me rends compte cette fois que le vrai changement est à venir, il murît depuis un moment. J’ai un album en préparation qui est assez avancé déjà, il se pourrait bien que ce soit le dernier où j’utilise la guitare.

ROCÉPHINE SE RÉSUME À QUOI SELON TOI ? Une nécessité vitale pour moi, composé en grande partie dans des hôpitaux où j’étais soigné pour un

THOMAS BELHOM Rocéphine

Ici d’Ailleurs/Differ-Ant 2012

Si le contexte de création de ces 15 perles est clinique, l’appréciation de ces mêmes mor‑ ceaux est lumineuse. Un peu à la manière de Spoke, le tout premier disque — et le plus sub‑ til — de Calexico, Thomas Belhom s’attarde sur les sons, les ambiances, s’écarte des mélodies via des expérimentations pour mieux y revenir, délivre un propos musical tantôt minimaliste, tantôt orchestré. Sa grande maîtrise, son inven‑ tivité, son sens unique de la rythmique, son jeu délicat profite encore à quinze morceaux tou‑ chants tant par leur musique que par les textes extrêmement intimes et intimement chan‑ tés. Pop, jazz, folk, musique contemporaine se mêlent et se confondent pour former un tout d’une maturité et d’un affranchissement sans pareil. Et Rocéphine appartient à la famille des disques qu’il vous faut écouter plusieurs fois pour tout capter, et çà, c’est un gage de qualité !

Cécile Arnoux

thomasbelhom.tumblr.com www.myspace.com/thomasbelhom

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Artistes

EDWARD PERRAUD Trip Teaser

« Edward aux mains d’argent ». « Les Contes de Perraud ». Les titres potentiels ne manquaient pas pour cette interview avec Edward Perraud, l’un des batteurs de jazz (mais pas que) les plus demandés de la jeune garde hexagonale. Son premier album à son nom, Synaesthetic Trip, est une véritable invitation aux voyages sensoriels et musicaux, truffée de clins d’œil à ses influences plurielles. Par Kalcha Photo : Rémi Angeli Tu as joué sur une cinquantaine d’albums en tant que sideman avant de signer ton premier disque en leader. Pourquoi maintenant et pas plus tôt/tard ? Quel a été l’élément déclencheur de ce Synaesthetic Trip ? Synaesthetic Trip est en effet mon premier opus en tant que leader, mais sur tous les autres je joue aussi en tant que co-leader : je pense à Das Kapital, Big en duo avec Frederick Galiay, et bien d’autres groupes où le travail de composition et d’arrangement est partagé. Mais, là, en effet c’est ma musique et mon groupe ! Le déclencheur, c’est l’urgence ! L’année 2010 fut très éprouvante pour moi, mon père s’en est allé, et juste après j’ai été gravement malade... Je me suis dit, comme je suis toujours en vie, il faut en faire quelque chose de bien de ces très douloureuses épreuves... Et j’ai composé la musique de Synaesthetic Trip. J’ai d’abord rêvé ce groupe, je me suis dit, je veux à mes côtés ceux qui me touchent le plus ! Et j’ai appelé

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Benoît Delbecq au piano, Bart Maris à la trompette et Arnault Cuisinier à la contrebasse. C’est pour moi une alchimie parfaite tant sur le disque qu’en concert. Un pur bonheur humain d’être ensemble au service de cette musique.

Cet album est assez aventureux, sans jamais être élitiste. On peut facilement accrocher sans forcément venir du sérail du jazz ou des musiques improvisées. C’était une volonté de départ ou un hasard ? Je n’en pouvais plus des querelles de chapelles, j’aime toutes les musiques sans exception, ce disque est un voyage (trip) aussi à travers les styles de musiques qui le nourrissent... Il faut se servir de toutes les saveurs, rien ne s’oppose, contrairement à ce que beaucoup essayent de nous faire croire. Chaque musique a ses lettres de noblesse.


Artistes Te limiter à la définition d’un jazzman serait un peu simpliste. Tu as également joué avec des groupes de rock plutôt expérimentaux. Tu étudies la musique indienne depuis des années. Parviens-tu à déterminer ce que t’apporte chaque expérience en particulier, ou bien est-ce finalement toujours la même chose avec un habillage différent ? Oui et non, je me sens de plus en plus jazzman ! À savoir que pour moi, le jazz est un enfant en apprentissage. Le jazz est une éponge… Il est jeune et vient simplement de dépasser un siècle dans la longue histoire de la musique. Tout s’imbrique selon moi... Qu’est-ce qui est jazz et qui ne l’est pas ? Il n’ y a pas frontières claires et tant mieux. Je pense que notre musique doit repousser les barrières des styles. La batterie est peut être la clef de voûte du jazz, c’est en tous les cas le seul instrument inventé par ce style. Il est aujourd’hui au centre de toutes les musiques  : jazz, rock, percussions classiques, musiques improvisées, musiques extra européennes...

Tu as beaucoup collaboré avec d’autres artistes non-musicaux venus de la danse, du théâtre, du cinéma, des arts du cirque. Tu es d’ailleurs toi-même photographe. Peux-tu expliquer ce que tu recherches par cette transversalité ? Tout est lié, peut-être que la force que je trouve en moi pour faire de la musique vient des tableaux de Van Eyck, ou de Leonard Vinci, ou bien des questions des astrophysiciens qui théorisent sur de nouvelles origines de l’univers, ou du cinéma muet avant 1928 ou bien de la magie de voir pousser un végétal ou je ne sais encore... Tout est en mouvement et quelque soit la manière d’exprimer ce qui nous traverse, l’important est que cela nous traverse. Alors c’est vrai que la photo, pour moi c’est magnétique. Comme avec cette vie de nomade je voyage beaucoup de par le monde, j’aime être à l’affût et l’appareil photo est mon arme... Au fond je ne sais pas vraiment ce que c’est photographier, si je le savais vraiment, je pense que je ne le ferais pas... Chaque instant est magique autour de nous ou bien à vivre pleinement même dans la difficulté... Quelque soit l’endroit où on se trouve. Toujours et partout. C’est probablement ce que la maladie et la perte d’un être cher m’ont vraiment enseigné ces dernières années. D’un jour à l’autre à travers la musique et la photographie, même juste le regard qu’on pose sur le monde me procure un immense bonheur, celui de se sentir vivant, simplement. Et de redonner le maximum à la création, comme une offrande à l’univers qui a permis avec des milliers de hasards accumulés que la vie soit possible et que nous ayons pu exister et en être pleinement conscient. L’une des plus belles phrases que j’ai eu à lire, c’est Leonard de Vinci qui

l’a écrite et qui résume beaucoup de choses pour moi : « On a la sensibilité de sa connaissance ».

Tu viens aussi de sortir un disque en duo avec Élise Caron (Bitter Sweets, également sur ton label Quark Records) plus déroutant. Ce travail avec Élise est un début... Cette rencontre avec cette immense artiste est comme une collision de deux galaxies dans le cosmos... On ne sait ni pourquoi ni comment mais c’est beau... En tous les cas nous avons envie de faire beaucoup de concerts, et d’enregistrer un deuxième disque, peutêtre beaucoup plus composé. Nous allons bientôt y travailler.

Sur ce disque avec Élise, vous n’avez pas précisé qui faisait quoi. Pour brouiller encore plus les pistes ? Je suis son homme à tout faire. Elle est ma bonne fée qui a plus d’une corde vocale à son arc... L’intégralité de cette entretien sur http://tohubohu.trempo.com

EDWARD PERRAUD

Synaesthetic Trip Quarks Records – 2012

Ce premier album d’Edward Perraud en tant que leader réussit l’exercice délicat de rester accessible au plus grand nombre sans jamais édulcorer l’idiome jazz. Le morceau d’ouverture, « Xiasmes », en est un parfait exemple : sa ritour‑ nelle trompette/piano reste dans la tête comme un bon thème de musique de film, mais ses ryth‑ miques alambiquées se chargent d’élever l’audi‑ teur dans des sphères plus cérébrales. Ce n’est pas un cas isolé : « Carnation Pop », « Trivium » ou « Afrique » répondent aux mêmes critères. Et si d’autres plages du disque sont plus typiquement dans une veine free jazz, de discrètes incursions électroniques font également penser à certains artistes de l’écurie norvégienne Jazzland Recor‑ dings (Bugge Wesseltoft, Atomic, Wibutee…), mais qui auraient grandi davantage au soleil. Bon trip, donc !

Kalcha

www.edwardperraud.com

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ZENZILE Soul Concrète

L’art de Zenzile, c’est de se retrouver là où on ne l’attend pas. Comment donc se situe ce nouvel album dans votre discographie ? Eh bien c’est le dernier ! On peut dire qu’il est très reggae, c’est peut-être le disque le plus reggae qu’on ait fait, même s’il n’y a pas que ça. Il est entièrement chanté, ce qui est une première. Il y a déjà eu des disques avec beaucoup de chant, comme Living in Monochrome par exemple mais pas dans sa totalité comme celui-ci.

N’est-ce pas dangereux de surprendre son auditoire ? Est-ce que ça constitue le ciment du groupe après plus de 15 ans d’existence ? Le truc c’est qu’on a surtout beaucoup enchaîné, entre enregistrements, sorties de disques, tournées... Je pense qu’on avait besoin de changer de style, pour continuer à avancer, à surprendre, à se surprendre et ne pas « s’engluer dans la routine ». Un groupe c’est un peu comme un couple, si tu ne le nourris pas de projets, s’il ne se passe rien, au bout d’un moment tu t’ennuies. Effectivement, pour aller loin le mieux c’est d’aller de l’avant, d’évoluer. Après c’est sûr que ça n’est pas la voie de la facilité de ne pas brosser son public dans le sens du poil. On a dû laisser une partie de notre public amateur de dub sur le bord du chemin avec nos expérimentations un peu plus rock, maintenant on n’a aucun regret par rapport à ça. On fait de la musique comme on la vit : quand on a eu envie de s’énerver et de sortir la disto, on l’a fait. Après ça, après avoir aussi fait la musique pour le ciné-concert du film Le Cabinet du Dr Caligari, qui contient du dub mais aussi du post rock et pas mal d’autres couleurs, on a eu envie de revenir à un truc plus groove, plus dansant. Et le hasard de la rencontre avec Jay-Ree a enfoncé le clou sur ce côtélà de notre musique, puisqu’il est venu poser une voix sur pas mal d’ambiances et de rythmes reggae.

On avait l’habitude de se laisser porter par Zenzile là où leurs envies les menaient. Du dub originel de la fin 90’s dont les Angevins étaient précurseurs, ils ont depuis ponctué leur son de rock, de prog, cette dernière rencontre qui a fondé le tournant d’électro et de pas mal de post-bi dule-chouette. Avec Est-ce 100% vocal d’Electric Soul ? Electric Soul, ils entament comme un retour aux la fin de la tournée de Pawn Shop on s’est croisé sources, mais pas que. Un album quasi-rétrospective Sur sur un festival en Bretagne où il jouait avec un de ses et surtout étonnement vocal. Rencontre avec Raggy. projets, Sax Machine. Très intéressant d’ailleurs, un

trio hip hop expérimental avec Jay-Ree en MC. Vince, notre clavier, a tendu l’oreille et a un peu bloqué sur lui. On a échangé nos contacts pour se revoir un an

Par Benoît Devillers Photo : Fabien Tijou 10

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Artistes et demi après. Au début on pensait plutôt le brancher sur du hip hop et puis, en échangeant, on s’est rendu compte que c’était un grand fan de reggae, avant même d’être un fan de hip hop. On avait un terreau commun d’influences. Ceci explique aussi sa présence sur plus de la moitié du disque et on le retrouvera désormais aussi à nos côtés en tournée. C’est quelqu’un qui est déjà mûr musicalement, on est sur un pied d’égalité et le travail ensemble s’est fait très naturellement. Il a un super timbre, une bonne maîtrise vocale et vu sa grande culture reggae, ceci lui permet de bien se placer sur ce qu’il entend. C’est donc un très bon musicien !

Electric Soul… Question bête, pourquoi ce nom ? Quand on bosse sur un disque de Zenzile, on est souvent en train de chercher des termes qui décrivent ce qu’on fait, de théoriser un peu la matière qu’on est en train de sortir. Electric Soul est un des termes qui est venu au moment de bosser avec Winston Mc Anuff. On avait fait une session avec lui un peu avant la session pour le disque, enfin on a surtout fait une bonne bouffe. Il est revenu plus tard sur la partie plus sérieuse du taf et on a bossé sur trois morceaux avec lui. C’est quelqu’un qui est plus vieux que nous, il est empreint d’une sorte de sagesse. Il dégage vraiment beaucoup et agit avec beaucoup de sincérité, d’authenticité et d’âme. D’où le terme de soul. Plus on avançait dans la finalisation des morceaux, plus on trouvait qu’il résumait l’état d’esprit dans lequel on était : soul plus dans le sens d’âme que dans le sens soul music.

pulse. Il était entré dans le local, super enthousiaste. Il m’a dit plus tard, après un concert qu’on avait fait ensemble à Paris, qu’il trouvait que l’on pouvait se rejoindre : lui venant du reggae et allant dans le rock pour l’énergie et nous à l’inverse, venant du rock et allant vers le reggae. Et donc se rencontrer au milieu de tout ça.

Aura-t-on l’occasion de voir ce titre en live ? On le souhaite vraiment. Cependant il vient tout récemment de perdre son fils, on lui a transmis notre sympathie mais on le laisse vivre ce qu’il a à vivre en ce moment. Pour l’instant rien n’est prévu mais j’espère qu’on pourra partager la scène pour interpréter ce morceau, ce serait super. L’intégralité de cette entretien sur http://tohubohu.trempo.com

ZENZILE

Ceci dit sa voix est très soul sur « Magic Number ». Il y a une espèce de phrasé dans la lignée des fils de pasteur, comme souvent chez les chanteurs soul américains. Lui-même est fils de pasteur et donc un peu dans cette tradition-là, une manière de scander un peu proche du prêche. On pourrait rapprocher son timbre et sa manière de poser à de gens comme Al Green par exemple, sur ce morceau-là en tout cas.

S’il ne devait y avoir qu’un titre à garder sur Electric Soul, lequel choisirais-tu ? Perso, ce serait justement « Magic Number ». J’adore la place, le son de la voix de Winston. Il descend grave dans les fréquences, avec une espèce de sifflement si tu écoutes bien, qui emmène sa voix aussi dans l’aigu et rend son spectre super large. C’est typiquement le genre de voix dans lequel on aime plonger. Et aussi parce que ça fait longtemps qu’avec Winston qu’on se croise sur la route, qu’on s’est dit qu’on ferait des choses ensemble. Il faisait une date au Chabada quand on préparait Living in Monochrome. On était en train de bosser un morceau qu’on a pas gardé finalement, un truc à la croisée du dub et du rock, au niveau de l’énergie et de la

Electric soul

Yotanka Records/ Differ-Ant – 2012

RAPPORT ZENZILE. Mars 98 : soirée de soutien au Sous-Marin, salle vitrollaise bétonnée par l’extrême-droite. Sur scène Zenzile, origine Angers. Agit-prop dub, canal historique. Rond, aérien, organique. Sûrement gauchiste. À SUR‑ VEILLER. 98-2004 : le mouvement grossit > res‑ ter vigilant. 2005 : CHANGEMENT. Modus Vivendi. Sons plus incisifs, voire rugueux. 2006 : devient sound system et verse dans l’electro est-alle‑ mande avec Meta Meta > BROUILLE LES PISTES, MAINTENIR LE CONTRÔLE. 2007 : Living in Monochrome. Mouvement inversé : combo rock teinté de dub. 2009 : Pawn Shop > retour aux sources. 2012 : Electric Soul, dernier méfait. Condensé de l’œuvre du groupe, 100% vocal. A noter : Jamika plus mélodieuse. S’adjoint un gourou, dénom‑ mé Winston McAnuff. Nouveau membre – Jay Ree > caméléon : chante comme Horace Andy et rappe comme Black Thought. SE MÉFIER DE LUI. SE MÉFIER D’EUX.

Benoît Devillers

www.zenzile.com

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Artistes

fonky nyko Garde la pêche

Fonky Nyko : c’est le nom du groupe nantais qui sort son premier album Lifestyle. C’est aussi le surnom de son leader, passionné depuis le plus jeune âge par les courants blues, afrobeat, funk. Cette actualité est l’occasion pour nous d’aller à la rencontre de ce musicien super-actif et de parler musique, vie de groupe, de Lifestyle en somme. Par Julien Martineau Photo : Ronan de Mary Peux-tu me raconter ton parcours de musicien et comment as-tu découvert la musique? J’ai commencé la guitare à l’âge de 8 ans. 1re année à la BaraKaSon et ensuite 10 ans au Conservatoire de Nantes. J’ai découvert la musique grâce à Gérard Vallée, mon père qui a fait de la musique toute sa vie. Il était batteur ! Il m’a fait écouter beaucoup de musique, surtout afro-américaine : blues, funk, soul, hard rock, rock… et j’assistais de temps en temps aux répétitions de ses différents groupes.

Tu as donc toujours été passionné par les musiques blues, afrobeat, funk? Le blues et le funk oui, car mon père en écoutait : Stevie Ray Vaughan, Hendrix, Ray Charles, The Blues Brothers, Otis Redding ou James Brown par exemple. Nous regardions beaucoup de vidéos de concerts pour capter l’énergie de ces génies. Le blues a été mon influence première, car pour un guitariste au départ, avec trois accords tu peux faire sonner quelque chose et puis surtout, cette musique

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apporte d’énormes sensations ! Le funk a été un vrai déclic dans ma vie. Il n’y a pas plus dansant que ça, à mon humble avis. J’ai tout de suite eu envie de penser, danser, chanter et jouer ce style. Grâce au funk, j’ai découvert le groove mais aussi un art de vivre, un Lifestyle (mode de vie) comme le titre du 1er album de Fonky Nyko ! Quant à l’afrobeat, c’est venu plus tard. Je jouais dans un groupe où nous étions nombreux (jusqu’à 16 parfois) qui s’appelait Funkle Ben’s, à l’époque on faisait des reprises de James Brown, des Skatalites… Puis on a découvert l’afrobeat et là je me souviens de la sensation que j’ai eue lorsque j’ai entendu pour la 1re fois Fela Kuti. Je me suis mis à danser tout de suite, j’étais dans une véritable transe et je me suis dit : « Cette musique-là : je veux la jouer ! ». On a décidé de reprendre des morceaux de Fela Kuti, et le groupe est devenu Walko.

Comment s’est formé Fonky Nyko ? Au départ je ne voulais pas donner mon surnom comme nom de groupe mais mes amis musiciens ne m’ont pas laissé le choix, ils ont fini par me convaincre que c’était une évidence, vu que je


Artistes suis un des principaux compositeurs du groupe. Puis après réflexion, ça claque ce blaze, non ? Au départ, j’ai écrit les morceaux de cet album seul en guitare/chant. Puis j’ai rencontré Namasté (Simon Hurot), un batteur/percussionniste avec qui j’ai habité en colocation. Cela fut une superbe rencontre humaine et musicale puis on a fait un tas de concerts ensemble. Ensuite, on a eu un troisième colocataire, Mask (Maxime Brottes), saxophoniste, avec qui je jouais déjà dans Funkle Ben’s et Walko. Poursuivant notre feeling pour ne jouer qu’avec des gens « humains », nous avons accueilli Poppy (Somsanouk Sengsay), guitariste et Zawi (Franck Bougier), héliconiste/trompettiste/ tromboniste. Là est né le FNAQ : le Fonky Nyko Acoustique Quintet ! Lors de l’enregistrement de l’album, nous avions besoin de choristes pour une question d’esthétisme et de couleur de son. Nous avons rencontré Julie Dumoulin, chanteuse, avec une voix funky à souhait ! Par la suite, nous avons changé de batteur lors de l’enregistrement pour repartir avec K20 (Kévin Grosmolard) qui joue sur la moitié de l’album et maintenant Fab (Fabien Perrodeau). Aujourd’hui, Fonky Nyko est dans sa forme la plus accomplie.

et Koffee) avec une trentaine de musiciens, des deejays, des techniciens son/vidéo/lumière, régis‑ seurs, infographistes... On a rencontré Cécile Val‑ lée par l’intermédiaire du collectif Soulshine. Elle a voulu s’intégrer au projet Soulshine Party 2 et elle a fait un super travail en matière de communica‑ tion. Au même moment, on cherchait un tourneur pour Fonky Nyko et comme elle avait déjà fait un peu de booking avec Productions Hirsutes et que notre musique lui plaît, on lui a proposé de travail‑ ler avec nous.

Quelle est la suite pour Fonky Nyko? J’ai quelques compositions sur le feu dont certaines sont déjà intégrées dans notre live, d’autres que je chanterais ou que Julie chantera. Zawi a aussi des compos, donc en somme, on a du boulot ! Je pense à un nouvel album, à jouer un peu plus et un peu plus loin géographiquement. J’aimerais aussi inviter quelques musiciens sur le prochain album ainsi qu’en live.

Votre actu, c’est le disque qui sort en octobre : c’est le 1er ? Oui c’est le premier, « The-Only-One-Fonky-NykoSound ! ». La sortie nationale de l’album Lifestyle distribué par Coop Breizh/Avel Ouest était prévue le 5 octobre 2012. L’album a été enregistré sur plusieurs années au studio Balloon Farm à Rennes et le solo guitare/chant de la ballade « I’m fed up » au studio le Batiskaf. Nous avons fêté l’événement le 13 octobre au Ferrailleur avec un concert et quelques surprises…

Comment a-t-il été conçu? Tout d’abord j’écris les morceaux guitare/chant, je propose ou non une idée de partie à jouer pour chacun et on les arrange ensemble en répétitions puis ils murissent avec le temps. Après, nous avons été dirigé en studio techniquement et artistiquement par Albert Milauchian, l’homme aux oreilles en or ! On a enregistré ensemble pour se rapprocher le plus possible du live, pour avoir un peu de chaleur et de vie dans notre musique. Puis il y a quelques titres où on a posé des voix supplémentaires et des cuivres juste pour le fun, mais tout en étant le plus proche possible de ce que nous pouvons faire en concert avec cette formation, et sans je ne sais quels artifices !

Êtes-vous entouré de label, tourneur, manager ? Nous sommes entourés d’un label  : Soulshine (La Jam, Bi.Ba, Fonky Nyko, Walko, Malted Milk

FONKY NYKO Lifestyle

Soulshine/Coop Breizh/ Avel Ouest – 2012

« Solar Energy » : deux mots et une expression composent le premier titre du Lifestyle, et ré‑ sument très bien ce premier album. Le groupe nantais, (qui fait partie du respectable collec‑ tif Soulshine) arrive en effet avec 11 titres tous aussi efficaces les uns que les autres ; des titres aux accents tantôt blues, tantôt funk, tantôt afro‑ beat et parfois même un peu les trois à la fois. Il visite ainsi les musiques au service du groove avec un set éclatant de savoir-faire dans chacune de ses composantes, et s’il faut absolument lui reprocher quelque chose, c’est peut-être un petit manque de prise de risque… Mais on n’a même pas envie de lui demander plus, à Funky Nyko, tant on passe un bon moment à l’écoute de son disque.

Julien Martineau

www.myspace.com/nyko44 www.facebook.com/fonkynyko

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PROJETS

Chaou Baou

L’association Chaou Baou a dignement fêté ses cinq ans l’an dernier, et entame tout aussi vigoureusement son deuxième mandat. Créée en août 2006 par une bande de potes qui traînait au Foyer des Jeunes de Noyant-La-Gravoyère (49), cette association a vite compris qu’il faudrait se démarquer pour exister. Plutôt que d’organiser un festival l’été comme tout le monde, Chaou Baou a donc préféré construire une programmation régulière de cinq à six concerts à des tarifs abordables de septembre à juin & une Fête de la Musique gratuite. Plus audacieux encore, Chaou Baou se distingue rapi‑ dement par ses goûts éclectiques toujours très affûtés, s’appuyant sur ce qui se fait de mieux dans la région (Von Pariahs, Fordamage, The Patriotic Sunday, La Ruda, Tomawak, French Cowboy Trio, John Doe’s Unbe‑ lievable Suicide, The Forks, Les Delfes, The Jahmaïcan’s Horse…) et se positionnant intelligemment sur de jolis projets (inter)nationaux (Son Of Dave, Gablé, Marvin, Mein Sohn William, The Death Set, Stranded Horse, Biga*Ranx…). Il faut dire que l’association a pu profiter d’un bel outil pour attirer les groupes avec la Salle de Parageots nou‑ vellement rénovée, salle qu’une autre association de la Ville lui prête gracieusement. N’allez pourtant pas croire que tout est tombé tout cru dans le bec des Chaou Baoueux. Il leur a fallu convaincre les collecti‑ vités et les habitants que la culture avait sa place en zone rurale aussi bien qu’en ville, presque comme un politique en campagne. « Depuis la création de l’asso en 2006, on vend chaque années des petits pains en chocolat à tous les habitants du vil-

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lage. On fait du porte-à-porte. Ça ne nous rapporte pas grand chose financièrement mais chaque petit moment passé à discuter avec les gens a permis de briser des clichés, de rassurer les gens sur nos intentions, de faire venir quelques personnes à nos concerts. Bref, d’être reconnu et accepté comme un véritable acteur du circuit, et non simplement comme des petits jeunes qui veulent faire du bruit », explique Robin Godicheau, co-programmateur et membre fondateur de Chaou Baou. Bien sûr, un peu isolée en pays segréen, l’association ne fait pas complet sur toutes ses dates, mais arrive toutefois à équilibrer sur l’année. « C’est difficile de savoir pourquoi les gens viennent ou non. On a parfois fait un four sur des projets qu’on pensait accrocheurs comme cette carte blanche au groupe montpelliérain Marvin, dont pas mal de medias parlaient à l’époque. Et à l’inverse on a cartonné avec The Death Set ou Biga*Ranx sans trop s’y attendre. Quoiqu’il arrive, les gens présents, qu’ils soient nombreux ou non, repartent généralement super heureux de ce qu’ils ont vu. C’est ce qui nous motive à continuer ! » Pour ce deuxième quinquennat, l’équipe de Chaou Baou réfléchit à décentraliser ses activités en quittant parfois le confort de la Salle des Parageots pour mieux investir le reste du territoire segréen. De nouvelles portes auxquelles frapper pour colporter la bonne musique. www.chaoubaou.fr

Par Kalcha Illustration : DR


PROJETS

battantes !

À l’heure où il est de bon ton d’appeler de ses vœux la parité dans tous les secteurs de la société (et en particulier dans les lieux de pouvoirs et le monde du travail), un festival dépasse le simple constat et propose une vraie place aux femmes. Parce que le merveilleux monde du spectacle n’est pas exempt de travers sexistes, Battantes rétablit la balance, avec détermination, mais sans exclure qui que ce soit. Ce festival est né d’une rencontre, un soir de concert de Tender Forever au Violon Dingue à Nantes en 2008. Basées chacune aux extrémités de l’estuaire de la Loire (Saint-Nazaire et Nantes), Muriel Bousseau et Sofy Girard œuvrent depuis des années au sein de leurs structures culturelles respectives  : LMP et Wonder‑ ground. Leurs échanges aboutissent à une 1re édition en 2010. Le ton est donné : Battantes mélange les arts et l’engagement artistique au féminin. Pendant quatre jours, Saint-Nazaire, Trignac et Nantes accueillent des projections (le documentaire La domination masculine de Patrick Jean) et surtout des concerts où, pour une fois, seules des femmes étaient sur scène (Jacky Star, Des Ark, Milky Me, Aube L, Resistenz). Les deux têtes pensantes du festival rempilent cette année dans la même optique d’affirmation et de mise

en lumière de femmes de talents. Alors que personne n’ose demander aux autres festivals s’ils program‑ ment sciemment des garçons, Sofy et Muriel, elles, re‑ vendiquent leur parti pris. Pour une fois, il n’y aura pas 80 ou 90% de musiciens hommes sur scène. C’est aussi l’occasion de montrer que les filles, dans la culture, ne se cantonnent pas à l’administratif ou à la com’. Battantes 2012 investit à nouveau les villes de SaintNazaire, Trignac et Nantes du 15 au 17 novembre 2012 et nous propose toute une palette de musiciennes talentueuses, du local (Boy, Laetitia Sheriff), du natio‑ nal (Lispector, Alligator), de l’international (Trash Kit où œuvre Ros Murray, la bassiste d’Electrelane), un ovni scénique (le conte politique L’île aux femmes par la compagnie Pepaloma), une expo photo et une projec‑ tion de documentaire (Attention féministe !). Si on devait résumer cet événement  : « Battantes n’est pas un festival contre les hommes. C’est pour les femmes. » www.battantes.fr www. facebook.com/battantes.fest

Par Emmanuel Legrand Illustration : DR Tohu bohu

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Génération y

Ziklibrenbib.fr chroniques d’albums rédigés par les discothécaires, de populariser et d’offrir une vitrine à ces œuvres souvent complexes à dénicher. Depuis sa création le projet fait tâche d’huile, il rassemble de plus en plus de contributeurs homologues, à travers tout le pays. L’outil n’aurait rien d’original si il en restait là, la force de la médiathèque c’est avant tout le contact humain. Les sélections se retrouvent donc concrètement sur les présentoirs sur support CD-R ou clé USB pour le prêt. Mais aussi pour les usagers les plus technophiles, l’écoute et le transfert des titres sur leur propre dispositif de stockage via une borne est alors possible. C’est bien en profitant des désavantages inhérents au web, que la médiathèque occupera son rôle complémentaire et non concurrentiel.

La médiathèque est, sans conteste, depuis ces trente dernières années, un vecteur important de diffusion d’œuvres musicales. Appréciée pour son rôle désintéressé et indépendant, ce lieu de découverte occupe une place privilégiée auprès du public. Malgré cette reconnaissance et cette bienveillance quasi unanime, l’érosion des fréquentations démontrée par plusieurs enquêtes1, résonne pourtant comme une forte contradiction. Stigmatisé et accusé de marcher sur ses plates bandes, l’usage d’Internet est sans nul doute le comportement sociologique le plus responsable de ce lent déclin. À ce constat, il existe comme toujours deux façons de réagir, se laisser envahir par la fatalité ou réagir. Si l’ouverture du sanctuaire est la piste principale à privilégier, par exemple avec la décentralisation vers des lieux publics (réels et virtuels), mettre l’accent sur ses qualités de défricheur de talents est l’autre idée avancée très intéressante. Celle-ci devient évidente quand, à l’initiative d’une collaboration des médiathèques de Pacé (35) et du CDC du Pays d’Argentan (61) en janvier dernier, les discothécaires proposent d’inclure aux catalogues de leurs établissements l’accès à une sélection d’œuvres sous licences libres. Ils exploitent ainsi l’une des faiblesses d’Internet, qui désormais, croule sous l’abondance de contenus copyleft2. Au point de décourager les recherches de bon nombre d’internautes mélomanes. Ziklibrenbib, c’est avant tout un site web ou plus exactement un blog collaboratif qui propose, par des

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La démarche a surement déjà vu le jour auparavant dans un autre endroit du monde, mais ce qui intéresse au delà d’une revendication de paternité, c’est la volonté de ce site de vouloir fédérer les médiathèques entre elles. Sur ce sujet on pense bien sûr, au site précurseur Dogmazic. Piloté par la célèbre association militante bordelaise Musique libre  !, celle-ci s’est confrontée assurément aux difficultés d’implanter des relais sur tout le territoire. D’ailleurs en 2008, après quelques années de recherche et développement, certains membres ont crée la SARL Pragmazic pour commercialiser des bornes interactives. Sans surprise, leurs cibles seront les médiathèques. Mais même avec un bilan encourageant, le reproche majeur reste la profusion des contenus, dupliquant alors l’inconvénient déjà identifié du web. La musique libre trouve peut-être dans le dispositif Ziklibrenbib, le chaînon qui manquait à son circuit de mise en relation. C’est donc une occasion parfaite pour ce pan musical, de faire connaître sa démarche dogmatique complètement méconnue du grand public. De leurs côtés, les médiathèques condamnées à innover pour garantir leurs existences, doivent entrevoir le potentiel des œuvres libres en général, et être lucide sur la valorisation qu’ils apportent par leur statut. http://ziklibrenbib.fr 1 CF Bulletin des bibliothèques de France 2010 - t. 55, n° 5 sur http://bbf.enssib.fr 2 par opposition au copyright

Par Denis Dréan Photo : DR


The next big thing

PAROLES D’ACTEURS UN CASTING D’ACTEURS DE LA RÉGION QUI NOUS CONFIENT CE QU’ILS ATTENDENT IMPATIEMMENT POUR CES PROCHAINES SEMAINES… PASCAL MASSIOT

JEFF PECULIER

Un vrai soutien à l’économie sociale et solidaire (ESS), vite !!! La création d’un ministère de l’ESS et un projet de loi pour aider et encourager le développement du secteur sont source d’espoir pour les acteurs. Monsieur le Ministre, mesdames et messieurs les parlementaires, faites vite, ça urge !!!

Bien que l’anniversaire de ma fille reste pour moi l’événement de cette fin d’année, j’avoue qu’avoir programmé cet automne les enregistrements de trompette pour le prochain album de La Casa représente pour moi la cerise sur le gâteau.

JOURNALISTE, RADIO JET FM (SAINT-HERBLAIN)

SRFELIX

MUSICIEN (SAINT-NAZAIRE) Des concerts ! Le 24 novembre 2012 je joue à Limoges dans le cadre de la 15e édition du festival Pop sur la ville. C’est un super festival qui programme cette année Ramona Cordova, Matt Elliott, Angil & the Hiddentracks…

THIERRY BIDET

PROGRAMMATEUR FESTIVAL LES Z’ÉCLECTIQUES (CHEMILLÉ) J’attends avec impatience que les Nantais parlent d’Angers, que les Angevins parlent de Cholet, que les Choletais parlent des Mauges ; une version de Facebook facilement utilisable par les plus de 40 ans ; le toboggan reliant mon balcon du 1er étage à ma cour, la création de la collection été des Z’Éclectiques.

SUZIE MACEL

MUSICIEN, LA CASA (LAVAL)

BOOMTRAPPED

MUSICIEN (LE MANS) Des journées qui passent de 24 à 72 heures, un ciné-concert La Mouche qui tourne au Japon en même temps que Boomtrapped, un génie de la lampe qui me transforme en as de l’animation 3D. Boomtrapped qui vend 100 000 maxis et si j’ai encore du temps, bosser avec Jonny Greenwood qui devrait me contacter sous peu (ou pas).

PAUL GÉLÉBART

MEMBRE DU LABEL FLUX PROD (LE MANS) Les créations en cours chez Flux Prod : Slurp BB et Rémy Toulon, Urbi et Orbi (chant diphonique et jazz le 5 février à l’Espal), et la rencontre entre Mota et Bijan Chémirani aux percussions, mais aussi les actions culturelles du Pannonica et Glück à Prague et Berlin !

RÉDACTRICE EN CHEF, MAGAZINE LE SCÉNO (ANGERS)

PASCAL TREMBLAY

Une éruption de cafés-concerts à Angers, la réin‑ carnation de Janis Joplin, la prochaine installation des Lucie Lom, un concert de Sharon Jones & the Dap-Kings dans le coin, la première soirée raclette et que mon compte en banque dépasse le stade du découvert…

Entendre le nouveau set live des Angevins de Zenzile. Emmener ma fille voir le ciné concert de Mami Chan « Bonjour la neige ». Finir de déchiffrer le prélude en ré mineur de la suite n°2 pour violoncelle de J.S. Bach sur ma Jazz Bass préférée.

RÉGISSEUR STUDIOS RÉPÉTITION FUZZ’YON (LA ROCHE-SUR-YON)

ELSA GICQUIAUD

PASCAL DAVIAUD

Les 5 ans du 6PAR4 en février 2013 bien sûr ! Sinon, moins corporate, le retour d’Half Moon Run en France, une date à Paris en novembre, j’espère d’autres ensuite.

À l’époque des news, de la tendance, je pense à des groupes anciens qui ont influencé, marqué le paysage musical et qui vont avoir de l’actualité. Sonic Youth : Live au Smart Bar –1985 (14 novembre 2012), période Bad Moon Rising, mes oreilles en frémissent déjà… le live de GYBE (Lieu Unique : 2 novembre 2012) une date si proche sur le calendrier mais si lointaine quant à mon envie d’y participer…

CHARGÉE DE COMMUNICATION, 6PAR4 ET FESTIVAL LES 3 ÉLÉPHANTS (LAVAL)

DISQUAIRE SANS ÉTIQUETTE (LA ROCHE-SUR-YON)

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DOSSIER

arrêt sur l’image Musique et image – Clips, teasers Si la musique et l’image ont toujours entretenu des liens privilégiés, leur imbrication n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui. Autrefois réservée aux poids lourds de l’industrie musicale et cantonnée aux chaînes de télévision, la vidéo est désormais accessible aux petits groupes et s’est même imposée, avec l’explosion des supports de diffusion sur le net, comme un vecteur de promotion quasi indispensable. La preuve en images, en compagnie de vidéastes, d’artistes et d’acteurs du milieu de la musique. Par Damien Le Berre Illustrations : Adélaïde Gaudéchoux – adelaidegaudechoux.free.fr On est en 1983 et Michael Jackson est bien vivant, même s’il danse entouré de zombies. Le clip de « Thriller », peut-être le plus célèbre de l’histoire, donne ses lettres de noblesse au genre et symbolise le succès de la chaîne MTV lancée deux ans plus tôt. Cependant, vingt ans auparavant, son et image tissaient déjà des liens étroits. Ainsi, avant de devenir un festival nantais bien connu consacré à l’électro et aux arts numériques, le scopitone désignait dans les années 60 une sorte de juke-box à écran qui, moyennant une pièce, jouait une chanson accompagnée d’un courtmétrage musical. La plus grande révolution concernant la diffusion de la vidéo musicale est toutefois plus récente : c’est avec le développement exponentiel d’internet et des sites de vidéo en ligne que le clip touche son plus large public. Le délicat Justin Bieber et son « Baby » détiennent ainsi le record du morceau le plus visionné de l’histoire, avec près de 800 millions de vues. De fait, aujourd’hui, Youtube a définitivement supplanté MTV, comme le constate Maxime Arrivé, de l’agence de communication musicale La Lune Records. « Accéder à des chaînes comme MTV, M6, MCM ou W9 est une plaie sans nom, le tout pour une visibilité incertaine. Il y a encore dix ans, passer sur une chaîne musicale avait une vraie valeur. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. On l’a bien constaté avec notre clip La Machine du groupe Nouvel R, qui figurait dans la playlist de MTV. Même s’il est vrai que je ne passe pas ma vie devant cette chaîne, je ne l’ai jamais vu. J’imagine qu’il était diffusé la nuit entre 4h36 et 4h39 (rires). De toute façon, aujourd’hui, c’est sur internet que tout se joue. »

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Broadcastez-vous ! Avec une conséquence de taille : alors que le clip a longtemps forcément dû passer par le prisme de la télévision et se voyait donc réservé aux groupes déjà bien installés, le web a permis aux artistes émergents de devenir leur propre diffuseur de vidéos. Résultat : tout le monde s’y est mis. « On a vraiment vu le phénomène prendre une grande ampleur, explique Stéphane Martin, programmateur au Chabada depuis 2000. C’était déjà le cas depuis un moment sur le réseau hip-hop, dans lequel n’importe quel petit groupe sortait tout de suite une vidéo de son morceau. Or, depuis trois ans maintenant, tous les styles musicaux sont concernés — peut-être juste un peu moins pour la chanson française. Et c’est clairement venu avec l’avènement de YouTube et Facebook qui permettent de partager instantanément ses vidéos. » Cette offre foisonnante a forcément un impact sur le comportement du public qui a modifié son rapport


DOSSIER à la musique. Le constat est abrupt : aujourd’hui le son ne suffit plus. « Sur internet, on partage beaucoup plus facilement une image animée qu’un fichier son. Et dans une soirée, on met de plus en plus un clip sur YouTube ou Dailymotion que du simple streaming. La vidéo est donc beaucoup plus virale que le son seul », analyse Chloé Nataf, chargée de développement des musiques enregistrées à Trempolino. Un avis partagé par Stéphane Martin. « Une vidéo améliore beaucoup la visibilité d’un groupe, bien plus que du simple son sur Bandcamp ou MySpace, pour ceux qui s’en servent encore. Il est devenu dur de regarder un morceau sur Bandcamp. Les crêtes [l’interface du site ; NDLR] c’est bien joli, mais le public veut du glamour et cela passe par l’image. Il faut donc clipper le plus vite possible. Ainsi, les petits groupes sur un pied d’égalité avec les grosses pointures. C’est un conseil que je donne donc aux artistes en développement  : il faut sortir immédiatement de l’image ! » De l’image donc, et pas forcément du clip, réenchérit Chloé Nataf. « Il faut systématiser la captation vidéo autour de tout ce qui touche à la vie du groupe : les répètes, les tournées, les concerts filmés, etc. Cette matière servira à un moment où son actualité est creuse au niveau artistique — parce que l’album sera sorti depuis un moment ou qu’il manquera de financement pour un vrai clip. On peut de cette manière créer une actualité, certes un peu factice, mais une actualité quand même. » Maxime Arrivé de La Lune Records confirme qu’il existe bien une vie en dehors du clip. « L’electronic press kit (regroupant généralement une interview et un extrait de live) est intéressant pour les groupes qui ont une certaine notoriété, comme Lo’Jo ou Zenzile par exemple, moins pour ceux qui commencent. Pour les groupes émergents, on recommande du faux live en studio. Dans l’après-midi, le groupe joue sept ou huit fois le morceau avec des angles de vue différents. On l’a fait dernièrement pour Daria et leur morceau Prove Me Wrong, dans un studio de résidence au Chabada. Ça ne coûte pas très cher et c’est efficace. »

10 CLIPS À VOIR  abadzi – « J’aime Pas Noël » (Mac Néma) C Un clip rigolo dans lequel on peut même voir le Carrefour de Beaulieu (Nantes).  ashiro – « Madness » (thomR) M Les débuts du talentueux Thomas Rabillon au service d’un groupe angevin.  2C – « F.U.Y.A » (20syl & Francis Cutter) C Visite de l’Abbaye de Fontevraud sous influence Michel Gondry.  aterine – « La Banane » (Gaëtan Chataigner) K Des bananes, une plage bretonne et une Victoire de la Musique du Meilleur clip.  on Pariahs – « Someone New » (Mac Néma) V Rencontre audacieuse entre cold-wave et danse acrobatique.  ne-Way Mirror – « Yes But No » O (Matthieu Bichelberger & Stéphane Keca) Le clip vainqueur du concours lancé par le groupe de métal angevin.  aria – « The English Cloud » D (Maxime & Valentin Arrivé) On ne voit pas tous les jours une vidéo tournée en haut d’un phare.  edeTT – « Marry Me » (autoproduit) V Ou comment recycler les vieilles bandes d’un mariage en Super 8.  k Go – « This Too Shall Pass » (James Frost) O Peut-être le groupe le plus suivi aujourd’hui sur le net pour ses vidéos.  oodkid – « Iron » (Yoann Lemoine) W Quand le clip pousse l’esthétique à l’extrême. Pour beaucoup, LE clip de ces dernières années.

Flashez ce code pour voir les clips sur le blog Hors-Sillon www.trempo.com/hors-sillon

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DOSSIER L’image pour créer l’image Jennifer Lambert est attachée de presse pour Von Pariahs, groupe de rock au succès annoncé, dont le premier album est prévu pour le printemps. Elle reconnaît l’importance de la stratégie visuelle chez ses poulains. « Même si je pense que le côté scénique reste le plus important, l’aspect visuel fait aujourd’hui clairement partie du jeu. Cela comprend aussi bien le logo du groupe que les vidéos réalisées par Mac Néma. » Déjà remarqué pour ses travaux avec Le Coq, Mc Circulaire ou Cabadzi, ce dernier se revendique (sans non plus se prendre trop au sérieux) visual designer du sextet vendéen. « Avec les influences cold-wave des Von Pariahs, il me paraissait évident d’aller puiser dans l’imagerie des années 80. J’ai fait un travail de recherche pour voir comment un groupe communiquait à cette époque, même si, bien évidemment, il n’y avait pas les mêmes moyens que maintenant. Il en est ressorti que, souvent, une seule personne s’occupait de l’identité visuelle. Par exemple, pour Joy Division, Peter Saville faisait les pochettes d’albums, les photos, etc. On est donc parti de ce principe : autant qu’une seule personne, connaissant bien l’univers du groupe, s’occupe de toute la partie visuelle, afin d’obtenir une image cohérente. En l’occurrence quelque chose de très minimaliste, à l’opposé de tout ce qui est clinquant, parce que la musique doit passer avant tout. Moi je suis à côté, voire même après. Je n’ai pas envie que le visuel soit plus fort que la musique. »

UN CLIP DE A à Z Une course-poursuite hallucinante entre deux voitures en modèle ré‑ duit, filmée image par image dans un appartement. Le clip de « I’m Someone Who Dies » des Nantais de Papier Tigre s’est fait remarquer sur la toile cette année, aux côtés de productions aux moyens autre‑ ment plus importants. De l’idée de départ au résultat fini, Gérald Fleury, co-réalisateur de l’objet avec Timo Hateau, livre ses secrets de fabrication. « C’était ma première expérience dans ce domaine. J’étais en train de finir la pochette de l’album des Papier Tigre et je leur ai proposé de faire un clip. Au départ, pour la pochette, je voulais représenter un accident avec des voitures miniatures, un thème auquel je pensais depuis longtemps. Mais ça ne leur plaisait pas trop. Du coup j’ai recyclé l’idée pour une vidéo. Il y avait un morceau du disque que j’aimais beaucoup sur lequel je pensais que ça pouvait coller. Alors je me suis lancé.

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J’ai acheté sur internet des vieilles voitures américaines au 1/18. J’ai installé des petites lumières dans le gyrophare et les feux, ajouté des interrupteurs. Et on a passé une semaine enfermés dans mon appartement à bosser 18 heures par jour, à quatre pattes tout le temps pour pousser les voitures centimètre par centimètre ! Il n’y avait pas vraiment de storyboard, juste les grandes lignes, on a beaucoup improvisé. On avait juste scénarisé par rapport aux breaks du morceau. On n’a pas illustré chaque coup de cymbale mais quand même essayé de coller au rythme général du titre. Il faut dire qu’on était pris par le temps car le procédé image par image est extrêmement long : trois jours pour réaliser une minute trente  ! À l’arrivée, on n’avait quasiment pas de déchet au niveau des rushs, seule une scène de dix secondes a été supprimée. Au niveau du matériel, on s’est débrouillé avec peu de choses : quelques petits spots, un appareil photo Nikon D300 piloté par ordinateur avec le logiciel Dragon et un retour vidéo. Ce

qui permet, très utile, de voir l’image précédente en transparence. J’ai bricolé un double rail de petit train pour faire les travellings. Une fois le tournage et le montage finis, il y a eu le travail de postproduction : corriger la lumière, effacer avec Photoshop les petits sucres qui servaient à caler des éléments du décor, les fils qui traînaient par-ci par-là... Comme souvent dans le milieu indépendant, c’était un échange de services entre copains, dans une logique de réseau. Le groupe a pu utiliser le clip pour sa promo, en profitant de sa notoriété pour le diffuser, ce qui fait qu’il a pas mal circulé et a été remarqué. De notre côté, on s’est servi de leur morceau pour créer un objet un peu particulier, qui a davantage sa propre vie qu’un clip classique où le groupe est filmé. Et puis jouer aux petites voitures pendant une semaine, même si c’était du boulot, ça n’était pas désagréable (rires). »


DOSSIER CITY SERIES : DES GROUPES DANS LA VILLE The Patriotic Sunday dans le rond central de La Beaujoire, A Few My Nephew au musée des Beaux-Arts ou encore Am Lily Andorphin en haut de la tour LU. Ce sont en tout huit groupes ou musiciens locaux qui ont, le temps d’un tournage, délaissé le studio ou la scène pour enregistrer deux morceaux filmés dans le lieu de leur choix. Le concept de ces captations dans des endroits insolites est bien connu des habitués de La Blogo‑ thèque et de ses Concerts à Em‑ porter — dont certains, comme celui d’Arcade Fire dans un ascenseur, sont devenus cultes. Trempolino & la boîte de produc‑ tion Kidam ont donc décidé de transposer l’idée à l’échelle de Nantes, dans le sillage des expé‑ riences rennaise et bordelaise. Pour cela, un jury de profession‑

nels des médias et des salles de spectacles s’est mis d’accord sur huit noms. Outre les trois précités, Von Pariahs, Will Guthrie, Marc Morvan & Ben Jarry, Mans‑ field. TYA et My Name Is Nobody ont été choisis. Sollicitée pour financer l’opéra‑ tion, la Ville de Nantes a donné son aval au projet. «  Ça nous a tout de suite interpellé », explique Amandine Rocheteau, chargée de mission à la direction du déve‑ loppement culturel. « On a trouvé l’idée doublement intéressante. D’un côté, c’était l’occasion pour la Ville de promouvoir la scène émergente en permettant aux groupes de disposer d’une vidéo originale pour leur promo. Et de l’autre, le dispositif apporte un regard neuf sur la ville, il invite à la découvrir différemment, du point de vue des artistes. »

Vincent Dupas alias My Name Is Nobody a tout de suite accepté la proposition. « Je suis parfois un peu réticent au niveau de l’utilisation de la vidéo. Mais là, connaissant le travail du réalisateur Thomas Rabillon, j’étais en confiance. Et j’ai récupéré une belle vidéo de live, avec un son bien meilleur que lors d’un concert classique. » Avant d’avouer, gogue‑ nard, en avoir aussi profité pour faire un peu de placement de pro‑ duit. « Pour le morceau tourné chez le disquaire indé Melomane, l’un de mes endroits préférés à Nantes, je m’étais arrangé pour caser les disques des copains en arrière-plan... » Flashez ce code pour voir les City Series sur le site de Trempolino www.trempo.com/ city-series-nantes

Le vidéaste : un alchimiste Faire dialoguer l’image et le son, parce qu’ils sont comparables et complémentaires, c’est justement ce qui intéresse Thomas Rabillon, un jeune vidéaste nantais qui s’est fait connaître sous le nom de thomR. Une vision exprimée dans des films réalisés en immersion dans les univers des Thugs, Mansfield. TYA ou encore Yann Tiersen. « Il y a une musicalité dans l’image et c’est ce que j’essaye de faire ressortir, notamment au moment du montage, le moment le plus propice, avance-t-il. Je veux gommer la frontière entre l’image et le son pour qu’ils forment un tout. D’ailleurs, je ne pense pas qu’il y ait une grande frontière entre l’image et la musique, pour moi les deux peuvent communiquer facilement. » Cette communication se fait particulièrement ai‑ sément quand le vidéaste et le musicien ne font qu’un. C’est le cas de 20syl, membre du collectif électro nantais C2C qui squatte le top des charts avec son album Tetra. Il est également co-réali‑ sateur du clip de « F.U.Y.A », saisissant exercice de style sous influence Gondry, tourné dans l’Abbaye de Fontevraud. « Je pense que quand tu as une sensibilité artistique, elle est exacerbée dans tous les domaines. C’est rare de trouver un musicien qui est complètement insensible à l’image. Au sein de C2C, on est tous des grands fans de clips, on aime beaucoup ceux d’OK Go par

exemple, précise-t-il en introduction. Même si un clip ultra-scénarisé peut être intéressant, avec l’idée que le son devienne la BO d’un petit film, je préfère les clips bricolés dans lesquels on sent une astuce au service de la musique. Parce que, pour moi, un bon clip est un clip qui ne brise pas l’imaginaire que chacun peut se créer en écoutant le morceau, qui laisse une ouverture et n’enferme pas la musique dans une image. La difficulté est donc de trouver une image forte et efficace tout en laissant cette ouverture, car la vidéo peut vite être écrasante. J’aime que le spectateur puisse garder sa plage d’imagination sur un morceau. C’est ce qui m’a guidé pour « F.U.Y.A ».

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DOSSIER AU NOM DE LA LOI Thierry Caron est secrétaire général du Syndicat des producteurs de pro‑ grammes audiovisuels et musicaux (SPPAM). Il est donc bien placé pour donner quelques conseils juridiques. « L’idéal est de faire les choses dans les règles, en déclarant le réalisateur et les figurants, ce qui permet d’être couvert en cas d’accident sur le tournage par exemple. Mais il faut être lucide, la personne qui fait un clip pour le groupe de rock de ses potes ne va pas passer par ce genre de dispositif. Aujourd’hui beaucoup de clips se font bénévolement ou de manière informelle. Mais même en réalisant dans ce cadre, il faut faire attention à un certain nombre de choses. Ne pas filmer les gens à leur insu si le clip se passe dans un lieu public. Faire signer un papier de droit à l’image à tous ceux qui apparaissent dans le clip. Dès qu’il y a un lieu privé reconnaissable, il est également préférable de demander l’autorisation au propriétaire. D’une manière générale, un petit papier ne mange pas de pain et peut éviter pas mal de désagréments par la suite. »

Affinités, bricolage et bonnes idées Une vision des choses partagée par Gaëtan Chataigner : « Filmer de la musique, c’est chercher une alchimie un peu mystérieuse. Dans la musique, il y a une représentation d’image abstraite. Et nommer le réel de façon plus concrète peut, dans certains cas, ne pas fonctionner », précise le bassiste historique des Little Rabbits et French Cowboy, mais également réalisateur emblématique pour son ami Philippe Katerine (une Victoire de la Musique à la clé pour le clip de « La Banane »). Avant d’insister sur l’importance de la relation entre le vidéaste et le musicien. « Avec Philippe, ça part souvent d’une discussion mais il me fait confiance et j’ai la plupart du temps carte blanche. Tout comme moi, il n’est pas à la recherche d’un truc beau et technique. Il est plus dans une approche régressive des choses, ce qui fait que l’image peut aussi se permettre de prendre des risques. J’exagérerais en disant qu’on décide au petit-déjeuner de ce qu’on va tourner dans la journée, mais c’est presque ça. » Même si les moyens mis à sa disposition sont plus importants et qu’il est désormais sollicité pour travailler avec des artistes mainstream comme Lavilliers ou Julien Clerc (« Je me dis parfois qu’il y a une sorte de malentendu »), le Nantais revendique toujours un rapport « dilettante » à la réalisation. « J’aime être vierge de savoir-faire, je trouve que c’est souvent là que ça se passe. C’est une approche décalée et culottée qui me plaît. La technique, finalement, ça s’invente. » Une approche décomplexée et DIY qu’on retrouve chez beau‑ coup de vidéastes. Ça tombe bien car, même si la démocratisa‑ tion des appareils photos numériques permettant le tournage d’une vidéo de qualité a sensiblement diminué les coûts, la réa‑ lisation d’un clip reste quelque chose de coûteux (1 000 € étant le très strict minimum). À moins d’avoir un grenier qui recèle des surprises, comme le raconte Stéphane Martin du Chabada. « Il y a beaucoup de manières de réussir une vidéo, sans forcément avoir beaucoup de moyens. L’important est d’avoir une idée, un angle original. Tout est utilisable pour peu qu’on ait un peu d’imagination et un brin de talent. Je pense à un groupe angevin, VedeTT, qui vient de sortir un clip génial en Super 8. Le morceau s’appelle Marry Me et la vidéo a été réalisée à partir de vieilles images du mariage de l’oncle du bassiste...»

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DOSSIER BIBLIO EXPRESS

Elaborée par Sandrine Martin

Chargée du fonds documentaire au Centre info-ressources Pays de la Loire – Trempolino BELLAÏCHE, Philippe. Les secrets de l’image vidéo : Colorimétrie, éclairage, optique, caméra, signal vidéo, compression numérique, formats d’enregistrement, formats d’images. 8e éd. Paris : Eyrolles, 2011. 518 p.  ERGER, Virginie. Dossier aides et B subventions : Quelles sont les aides au clip dont vous pouvez bénéficier ? [en ligne]. In : Don’t believe the Hype Save The Music, Not The Industry. Disponible sur : http://goo.gl/xmWQO  RISTIANO, Guiseppe, WICKY, C Jérôme (trad.). L’art du Story-board : Cinéma, Publicité, Animation, Jeux vidéo, Clips. Paris : Eyrolles, 2008. 191 p. Coll. Atout carré. EMBERGER, Pierre. Diffuser son clip sur le net : Le jeu du contrepouvoir ! KR home-studio, 2012, n°274, p. 18-19.

TOHU BOHU SUR LES ONDES

ESTÈVE, Pierre, CIRRODE, Emmanuel, RAGUENEAU, Philippe et al. Images, sons et vidéos : quand la musique crève l’écran ! KR homestudio, 2012, n°273, p. 36-48.

Emission de radio en public qui développera la thématique de ce dossier.

 UILLOUX, Jean-Marie. Captation G audiovisuelle des spectacles vivants. Nantes : Millénaire Presse, 2011. 184 p. Coll. Aide-mémoire La Scène.

VENDREDI 9 NOVEMBRE Le Barouf (8 rue Victor Bonhommet), de 18h30 à 20h

Invités (sous réserve de modifications) : 20Syl (C2C/Hocus Pocus), Marie-Anne Durand (programmatrice Salle Jean-Car‑ met, Peniche Excelsior, Allonnes), J-P Bouix (Vidéaste indé‑ pendant, Fascinahouse) Modérateurs : Jocelyn Abbey (Radio Prévert), Cécile Arnoux (Trempolino/Tohu Bohu). L’émission de radio ouverte au public sera suivie d’un mini live du groupe sarthois Climat. À écouter en direct sur Radio Prévert et Jet FM, émission podcastable sur www.radioprevert.fr www.jetfm.asso.fr et www.lafrap.fr En partenariat avec la Frap et Radio Prévert.

 E TRANSFO. Les aides pour la L production de Vidéomusiques et pour la Musique à l’image. [en ligne]. In : Le Transfo, Art et culture en Auvergne. Disponible sur : http://goo.gl/j7D0o  ESUEUR, Daniel. Girls’ Power ! L Les femmes s’emparent du disque et du clip. Rosières-en-Haye : Camion blanc, 2012. 406 p.  AUFICHET, Xavier. Petites leçons de P clip à l’usage des artistes. [en ligne]. In : Don’t believe the Hype Save The Music, Not The Industry. Disponible sur : http://goo.gl/D4eQt

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traces et impressions L’HAÇIENDA : LA MEILLEURE FAÇON DE COULER UN CLUB Peter Hook, Éditions Le Mot et le Reste – 2012 – par Kalcha Si aujourd’hui L’Hacienda fait vendre des tas de compilations et autres produits dérivés à son effigie, le célèbre night club de Manchester aura été, de son ouverture en 1982 à sa fermeture en 1997, un formidable abîme financier, malgré son évident succès artistique. Entre la drogue omniprésente, les gangs armés, l’incompétence obstinée de ses gestionnaires, les vols des employés, les descentes de flics ou Einsturzende Neubauten qui tentait de détruire le bâtiment à coup de marteau-piqueur sur scène, absolument rien n’aura été épargné à Peter Hook, bassiste de New Order, dont les royalties auront servi presque toute sa vie à garder le club mancunien à flot. Avec sa verve so british et ses anecdotes truculentes, Hook nous replonge sur la piste de danse, au milieu de deux milliers de jeune Anglais LSD-isés à mort, quand l’acid house changea la face du monde musical un bel été de 1988. Imaginez Trainspotting raconté par le romancier Nick Hornby, et vous aurez une petite idée de l’excellent moment qui vous attend !

CHINA EXPEDISOUND [Yunnan Province] – EXPEDISOUND SERIES OPUS 3 I.O.T Records/Full Rhizome – 2012 – www.expedisound.org – par Lucie Brunet Le label electro I.O.T Records développe depuis 2004 une collection de voyages sonores, la série Expedisound, présentant la diversité culturelle et les minorités fragiles encore préservées de la mondialisation galopante. Chaque nouvelle immersion est une expérience intense dont la dimension affective nourrit l’échange. Après l’Afrique et la Mongolie, voici une nouvelle immersion en territoire Naxi (Chine). Sans camion ni sound-system, avec une équipe resserrée, les échanges gagnent en profondeur, pour atteindre d’autres horizons artistiques. Ce coffret propose un CD de musique traditionnelle Naxi enregistré sur place, un CD de morceaux electro-ethno composés à partir d’une même banque sonore issue du voyage, ainsi qu’un code permettant d’accéder à des bonus : des interviews, la soundbank et un documentaire consacré à la musique Baishaxili signé Na Yingyu. Ce dernier a consacré sa vie à cette tradition Naxi, en l’étudiant et en créant un orchestre dans son petit village. Ses enfants animent aujourd’hui le Naxi Bashaxili Traditional Orchestra, dernier représentant d’un style musical unique en son genre.

MAQUILLAGE ET CRUSTACÉS Éditions Grroarr/Le Cri de l’Encre – 2012 – par Emmanuel Legrand Un livre qui se regarde plus qu’il ne se lit. Ce recueil compile 62 affiches de concerts faîtes à la main par Thomas, pour l’association lyonnaise Maquillages & Crustacés. Activistes du Do It Yourself de la cité de Gaules, M&C organise notamment des concerts à l’Epicerie Moderne de Feyzin. En détournant des images crées par d’autres (lithographies anciennes, revues médicales, magazine de jardinage…) Thomas a inventé une esthétique à la fois cohérente et incongrue. Les affiches, en taille réelle, ont été colorées pour cet ouvrage alors que les orignaux étaient en noir & blanc. Des murs de l’agglomération lyonnaise aux pages de ce livre, ces affiches transmettent la rugosité et la beauté du rock indé alors qu’on les voit de moins en moins sur les façades de nos villes parfois trop propres.

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traces & impressions

Rap, Hip-Hop : 30 années en 150 albums Sylvain Bertot, Éditions Le Mot et le Reste – 2012 – par Kalcha Plus de trente ans après ses premières traces discographiques, le hip hop reste souvent un genre rejeté ou acclamé comme un seul bloc, nié dans sa diversité. Comme si La Fouine jouait la même musique qu’Antipop Consortium. Oserait-on dire que Damien Saez et Radiohead font la même chose ? À l’instar du jazz ou du rock, le hip hop s’est pourtant lui aussi démultiplié en des dizaines de sous-genres parfois aux antipodes les uns des autres (stylistiques et/ou géographiques). Sylvain Bertot analyse parfaitement l’histoire et les évolutions du rap mondial dans la longue introduction de son livre. Puis il se lance dans l’exercice casse-gueule, mais assumé, de la sélection de 150 disques incontournables. Les néophytes y découvriront une source immense d’informations pour (par)faire leur culture musicale. Les initiés y trouveront matière à polémiquer jusqu’à tard dans la nuit (pourquoi le premier Cypress Hill plutôt que  III – Temple Of Boom ?). Mais tous doivent lire cet ouvrage, l’un des plus pointus sur le hip hop à ce jour.

don’t believe the hype! À l’inverse des habituelles discothèques idéales du rap, le livre de Sylvain Bertot prend en compte la grande diversité du mouvement, et assume des choix parfois audacieux. Pourquoi ce récit autobiographique ? Qu’est-ce qui a été le plus dur : dresser la liste des 150 ? Ou bien n’oublier personne dans les artistes/disques « également conseillés » à la fin de chaque chronique ? Le choix le plus difficile, ça a été celui des 150 albums mis en avant. Depuis le jour où j’ai remis la version finale du livre à l’éditeur, je ne cesse de la mettre en question, de regretter de n’avoir pas mis tel ou tel disque, plutôt que tel ou tel autre. […] Les albums « également conseillés » m’ont posé moins de problèmes, parce que c’était justement là où je pouvais mettre ceux que je n’avais pas la chance de détailler, quelques chouchous, ou au contraire des disques importants, qu’il fallait citer, mais dont je ne suis pas nécessairement fan.

La plupart des livres sur le hip hop deviennent moins pertinents lorsqu’ils parlent du passé le plus récent du mouvement. Toi, tu prends le parti de citer Adlib dans ta sélection au détriment de Flying Lotus… C’est osé.

Mais c’est aussi, je crois, où le livre apporte le plus de valeur ajoutée, prenant quelques risques, cessant de s’appuyer sur « l’histoire officielle » du hip-hop. […] Le but du livre n’était pas de citer les 150 meilleurs albums de l’histoire de rap [mais] d’être représentatif de toutes ses tendances. Quand deux albums pouvaient représenter la même tendance, j’ai souvent opté pour mon préféré. D’où le choix d’Adlib (aussi connu sous le nom de Thavius Beck), plutôt que de FlyLo, pour représenter un certain hip-hop expérimental, flirtant avec l’électronique et d’autres genres. FlyLo est mieux exposé qu’Adlib parce qu’il s’est fait un chemin dans des médias influents, parce qu’il est le petit-neveu d’Alice Coltrane aussi, peut-être. Mais comme je ne suis pas un grand fan, je lui ai préféré quelqu’un qui, à mon sens, mérite davantage d’être exposé.

Quel est le cliché véhiculé sur le rap qui t’énerve le plus ? L’idée que ce ne serait pas une musique, mais une sorte de poésie populaire, un art des mots, ou toute autre ineptie du même tonneau. […] Des gens sont encore décontenancés par le rap, ne comprenant pas que l’essentiel de son attrait vient du jeu musical complexe entre le beat et le flow. Ce n’est pas intuitif pour des gens qui ont d’autres habitudes d’écoute, ça demande un apprentissage. Et le résultat, c’est que beaucoup sous-estiment l’impact musical du hip-hop. L’intégralité de cet entretien sur http://tohubohu.trempo.com

Par Kalcha Photo : DR

[…] Mes textes sur les années 2000 et mes choix d’albums récents sont sans doute les plus contestables.

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Disques LES THUGS

YAN HART-LEMONNIER

COME ON PEOPLE

Crash Disques/Pias – 2012 www.lesthugs.fr

4 ans d’attente… et revoilà Les Thugs sur le devant de la scène. Cette fois c’est pour nous faire revivre le no-reform tour de 2008 dans un superbe coffret CD/2 DVD. Un CD live donc qui manquait à leur discogra‑ phie. On y retrouve tous les tubes des Angevins. Quel bonheur pour les oreilles, toute cette énergie, cette puissance des mélodies sans oublier les solos cultes, marque de fabrique du groupe. Vient ensuite le DVD live « à la maison », dans la mythique MJC Jean-Vilar, haut lieu des concerts angevins avant l’ouverture du Chabada. Le symbole est là… le concert commence, la machine bien huilée Thugs se met en marche tel un rouleau compresseur. Le plus intéressant est bien le DVD « interview », les membres du groupe y retracent leur parcours, de leurs débuts à Angers en 1978 jusqu’à Seattle en 2008. Le mot de la fin venant du big boss du label américain Sub Pop (Mudhoney, Nirvana entre autres) Come on people. We love you so… Küken

ALASKAM

INDÉLÉBILE

Mendicity Records – 2012 http://alaskam.bandcamp.com

Indélébile, le second album d’Alaskam a tout d’une symphonie. Les titres se suivent sans se ressem‑ bler mais la cohésion est bien là, entre fluidité triphop, soupçons post-rock et plages électro-ambient. L’ensemble sonne comme une introspection avec des titres aussi évocateurs que « Reflets timides » ou « Germes », avec parfois quelques bruits fugaces dis‑ crètement murmurés aux tympans de l’auditeur. Dans cette ambiance aussi personnelle qu’imagi‑ native, on aimerait bien savoir comment cet opus cinématographique a été fabriqué. À son écoute (et chaque écoute amène son lot de nouveautés), les images défilent et le romantisme – dans son sens le plus littéraire – s’impose, à la fois dark et lumineux, nostalgique et éclatant. Indélébile pourrait aussi bien servir de BO à un film futuriste et spatial qu’à la représentation d’un roman anglais du XIXe siècle sur une lande ravagée par le vent et la pluie. Marie Hérault 26

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LA FIN DE L’ÉLECTRICITÉ

Ego Twister – 2012 http://yan.hotglue.me

Dans les 00’s, la 8 bit Music affola de jeunes geeks masculins, étudiants aux beaux-arts et aux cheveux joliment décoiffés qui pensaient avoir trouvé dans les soirées 8 bit/breakcore, une alternative alcoolisée à la rédaction de leur thèse universitaire au sujet d’une «  Réflexion métatextuelle autour des jeux vidéos dans une société post-moderne ». Dix ans après, ces étudiants étant tous devenus banquiers ou commissaires d’exposition à la Gaité Lyrique, que reste-il ? Il reste Yan Hart-Lemonnier qui prouve à travers ce 1er long-format, en plus de ses activités avec son label Ego Twister, qu’on peut continuer à faire avancer la cause 8 bit sans caricature. Dans cet album, plein de super morceaux intelligents et dé‑ conneurs. Tout cela me donne soudain l’envie d’un tatouage en lettres gothiques dans le dos : « Vive les vacances ». Olivier Tura

BEN JARRY

SPLENDID ISOLATION

Drone Sweet Drone Records – 2012 http://benjaminjarry.bandcamp.com

Déjà co-auteur il y a trois ans d’une merveille folk en compagnie de Marc Morvan, Udolpho, Benjamin Jarry remet le couvert, cette fois-ci en solo. On retrouve dans Splendid Isolation l’univers musical si personnel du violoncelliste qui magnifiait le songwriting sans âge de Morvan : son goût pour la musique répétitive (il y a du Steve Reich dans « Scapa Flow ») et les cres‑ cendos en mille-feuille noisy (« Level 9 », morceau épique de 15 min, rappelle les grandes heures de My Bloody Valentine) toujours au service de lignes mélodiques étonnamment accessibles (mirifique « Whale Fall » au classicisme déconcertant). Édité par le très pointu et tout récent label nantais Drone Sweet Drone, dédié aux musiques hybrides et contemporaines, Splendid Isolation pourrait bien être le premier classique de la maison. Ajoutez à cela un packaging de très bon goût. Aucune raison de ne pas se procurer cette oeuvre. Un must-have, assurément Matthieu Chauveau


disques LO’JO

CINEMA DEL MUNDO

World Village/Harmonia Mundi – 2012 www.lojo.org

Les anneaux de Saturne se sont invités autour de la terre avec ce 13e disque de Lo’Jo. Et l’on contemple l’état du monde assis dessus. D’Alger à Vientiane en passant par le Caucase. Et les mots valsent, se font écho, se cognent en oxymores par un Denis Péan toujours en appétit de voyages. Et les voix lactées de Yamina et Nadia Nid el Mourid s’élèvent en arabesques à l’espéranto imaginaire, habillées par la magie orientale des instruments vent et cordes, œuvres de luthiers galactiques. Le tonus des percus – rythme cardiaque de ce disque – résonne en constellations jusqu’à sub‑ vertir une Marseillaise en créole. Les révoltes de l’auteur ne sont jamais loin mais la magie Lo’Jo garde un regard gourmand sur le monde. Des cal‑ ligraphes attachés sur des @ : tout est équilibre entre les voix entre les cordes et l’ingénieur du son est un génial. Un disque vital pour un géné‑ reux voyage. Gilles Lebreton

WANK FOR PEACE

WHAT WILL REMAIN?

AP – 2012 http://wankforpeace.tumblr.com

J’y connais pas grand chose en punk HxC mélo pour la bonne et simple raison que je n’en ai jamais vrai‑ ment écouté. Voilà. Hormis dire que ça m’évoque NOFX, Blink 182 ou Suicidal Tendencies (ce qui est un compliment), je suis pas sûr que ça fasse avan‑ cer grand chose. Mais le « phénomène » Wank for Peace mérite qu’on s’y attarde. « Se branler pour la paix ». Pourquoi pas ! Ces stakhanovistes du DIY mènent leur barque du tonnerre, enchaînant les dates, les sorties d’EP, ont même monté leur label, Des Ciseaux et des Photocopieuses, qui a notam‑ ment édité Justin(e), Daria… Mais que restera-t-il de tout ça, comme le demande cet album, sorti l’an dernier mais réédité aujourd’hui en vinyle ? Eh bien un bon coup de pied au cul de la bien-pensance et d’autres enfonceurs de porte ouverte. Une poutre compacte d’une vingtaine de minutes et un bel ob‑ jet, sérigraphié et tout, que tout amateur du genre se doit d’avoir dans sa collec’. Benoît Devillers

TUE-LOUP 9

DDS/Socadisc – 2012 www.myspace.com/tueloup

Si l’internationale folk terroir devait se trouver un porte-drapeau, il est certain qu’elle foncerait tête baissée sur Tue-Loup. Depuis la toute fin des années 2000, la Sarthe n’est plus synonyme de courses automobiles et de rillettes. Le groupe porté par Xavier Plumas, responsable il y a trois ans d’un album solo – La Gueule du cougouar – splendide, a mis bien avant tout le monde de l’Amérique dans son folk. Aujourd’hui, alors qu’on ne suivait que de très loin la discographie de Tue-Loup, il revient avec 9. L’ambiance, entre chien et loup, est toujours la même. La force du fond comme de la forme, également. La bande à Plumas n’a pas son pareil pour dessiner les contours de comptines pour très grands enfants et cogne là où ça fait « mâle ». Ce 9 est aussi costaud que cette marmule au cœur tendre de Matthias Schoenaerts. Avec une men‑ tion spéciale pour « Les Chevauchées », conclusion à deux voix d’un album au chiffre porte-bonheur et poétique. Arnaud Bénureau

SRFÉLIX

S/T

My Little Cab Records – 2012 http://srfelix.bandcamp.com

Farouche représentant de l’indé régional, My Little Cab (Tazio & Boy, My Name is Nobody…) a déni‑ ché une nouvelle perle à Saint-Nazaire. Nordiste installé depuis peu entre l’océan, les marais et l’estuaire de la Loire, SRFélix délivre, pour son 1er opus, 6 titres de musique à la fois contemplative et paysagère. On baigne en plein dans la musique ambient où coexistent plages électroniques et acoustiques. SRFélix manie aussi bien la guitare folk, lancinante voire flottante, comme voilée par le vent de la plaine (« Leaving Home ») que le piano cabossé évoquant les « gymnopédies » d’Erik Satie (« Older Memories »). La face la plus minimale et la plus électronique de SRFélix renvoie à un Boards of Canada plus planant (ou plus drone si on veut faire plus actuel). De la musique pas forte dans laquelle il est bon de se blottir, en attendant des jours meilleurs. Emmanuel Legrand

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disques

MIA WALLAS

THE ELECTRIC MASQUERADE

Dans le Rouge Productions – 2012 www.myspace.com/miawallasfr

Un groupe choisissant le très référencé nom de Mia Wallas est forcément très inspiré. The Eclectic Masquerade est un EP aux plans soignés, contenant une certaine nostalgie de nos bonnes vieilles années 90 grâce à des soli bien travaillés. L’accent est mis sur la musicalité et ça s’entend. Les quatre garçons ont opté pour la plume anglophone qui finit de com‑ bler une instrumentation déjà bien fournie dont la voix principale n’a rien à envier à celle de Mat‑ thew Bellamy. Un rock propre toutefois enclin à une certaine mélancolie ambiante. L’écoute attentive pourrait très bien se faire en pleine nuit, allongé sur son canapé avec le confort d’un bon casque d’écoute. Le terme « Eclectic » du titre sied parfai‑ tement au contenu, on retrouve aussi bien un peu de fantasmagorique (« Mia ») que du néo-Lonesome Cowboy style (« Vicky »), en passant par de l’intro dub languissante (« Dubby »). À mettre vraiment entre toutes les oreilles, en somme. Lucie Beaudoux-Jastrzebski

CLIMAT

S. ABRAN

Syncope – 2012 http://climat.bandcamp.com

Après une écoute ou deux du disque de Climat on pensait simplement vous dire que les Man‑ ceaux jouaient un post-rock classique, mais qui n’inventait finalement pas grand chose, et blabla‑ bla et blablabla. Mais, sans qu’on n’y fasse trop gaffe, on a fini par réaliser que le disque n’avait pas bougé de la platine de la journée et que les morceaux de S. Abran étaient devenus complè‑ tement addictifs. Vous retrouverez certes des influences à la Godspeed You! Black Emperor ou Mogwai, mâtinées de plans parfois plus posthardcore, mais Climat a développé un vrai sens de l’écriture et sait jouer magnifiquement avec la spatialisation du son. « The Bhopal’s Burden », « Burn Hope Burn », « VI III V II I » ou « The Fall » four‑ millent ainsi de petits détails sonores qui font la différence et rendent chaque nouvelle écoute plus enivrante. Superbe ! Kalcha

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n°24

automne 2012

SLIM WILD BOAR & HIS FORSAKEN

TALES FROM THE WRONG SIDE OF TOWN

Beast Records/Kizmiaz Records – 2012 www.slimwildboar.com

« Red is the color ». C’est l’un des titres de l’album de Slim Wild Boar & His Forsaken Shadow. Mais « black » serait plus approprié pour décrire l’ensemble de ce disque country folk habitée. La bande-son des laissés-pour-compte, perdus quelque part au fin fond du bayou, restés sur le bord de la route de l’exode rural, ou entravés dans une prison d’état pour on ne sait quelle sombre histoire liée à l’alcool, la bagarre, le sexe, l’injustice banale ou tout à la fois. Oui cet opus émouvant au‑ rait pu être signé Tom Joad, l’anti-héros des Raisins de la Colère. Slim Wild Board nous est pourtant bien contemporain et vit de ce côté de l’atlantique. Une voix grave, caverneuse qui convoque bien en‑ tendu la comparaison aux Cash, Cohen, Cave... Le son roots typique de l’arrière boutique d’un Honky Tonk, des chœurs un peu Irish, un peu punk, des rythmiques au galop, des ballades qui prennent aux tripes… Superbe ! Benoît Devillers

ABYSSE

EN(D)GRAVE

Blue Wave Recordings/MVS Distribution – 2012 http://abysse.bandcamp.com

Le métal des quatre Choletais inspirés apparaît régulièrement progressif, lorgnant parfois vers le post-hardcore, mais ce métal-là est avant tout ins‑ trumental. Un parti pris risqué mais qui révèle des talents de musiciens solides et incontestables, via un groove quasi-permanent, une maîtrise de la mélodie constante par des soli joliment exécutés, ne tombant jamais dans la démonstration crasse. Pour en arriver à un résultat aussi convaincant, Abysse a peaufiné un premier disque long, sept titres habités d’une ambiance épique. Certaines influences sauteront aux oreilles : Mastodon (d’où le morceau du même nom), Russian Circles, Gojira ou Entombed. Reste une production aux petits oignons — ni trop propre, ni trop sale — donnant une profondeur de son réjouissante et toute la place méritée à chaque instrument. Parti comme ça, le quatuor devrait attirer toujours plus de nou‑ velles oreilles curieuses. Tanguy Cloarec


disques

EL

BAIGNEUSE

AP – 2012 www.myspace.com/elnantes

Qu’il est bon de retourner dans le passé pour mieux appréhender le présent ! El nous plonge avec délicatesse et mélancolie dans les années 90 et l’âge d’or du label nantais Lithium. Certes, les influences sont là – du rock et de la chanson – dans les voix et les arrangements, mais le groupe se les réapproprie avec brio dans « Baigneuse », tout en retenu, créant un équilibre où chaque instruments, chaque voix, trouve sa place dans un juste équilibre harmonique. Les guitares, la batterie, tous se répondent et se supportent les uns les autres pour ne creuser qu’un seul et même sillon. À l’écoute de l’album, l’auditeur vogue d’une rive à l’autre : le corps coule dans le fond comme lesté par un bloc de béton pour finalement remonter à la surface et prendre de grande bouffée d’oxygène… Un retour vers le futur puissant et entêtant. Chloé Nataf

AMI 6

BIEN FAIT POUR TOI

Insect Eyes – 2012 www.myspace.com/lesamisix

Amis 6 ce sont six amis (sic!) qui prennent un plaisir évident à faire des reprises et des adap‑ tations des swinging 60’s plus vraies que nature. Le disque retrouve la pêche du sextet sur scène et un son joliment daté qui roule rythmes twist ou Bo Diddley des chansons que les voix mêlées de Sophie-Rose et Frédérique servent avec effi‑ cacité, malice et désinvolture. Attention, rien de rétro débile dans cette démarche ludique ! Le choix des titres est judicieux et l’adaptation fran‑ çaise du « Well respected man » des Kinks place le disque sur une orbite haute avec encore « Laisse tomber les filles  » torché par Gainsbourg pour France Gall. Ces ex-Little Searchers, Flamingos et autres groupes qui firent les beaux jours de la scène rock nantaise livrent là un savoureux bon‑ bon avec des pépites dedans qui vous donnera des fourmis dans les jambes. Georges Fischer

5 LITTLE ELEPHANTS S/T

PILLOW PILOT

THE DRAFT

AP – 2012 www.pillowpilots.com

Les « pilotes d’oreiller » diffusent un garage electrorock hybride, incluant de manière plus ou moins permanente ambiances cold wave et nappes psy‑ chédéliques folles sur une rythmique lourde mais suffisamment encline à la gesticulation dansante. Car malgré la recherche sonore évidente, leur ob‑ jectif est d’injecter une substance mouvante favo‑ risant la bougeotte à un auditoire devenu nécessai‑ rement réceptif. Les Nantais veillent bien à distiller un dancefloor par des beats et autres effets surpre‑ nants, minimaux et froids, mêlés à la batterie origi‑ nelle. Celle-ci instaure un groove terrible, lié à une souplesse bluesy. Un feeling rock’n’roll demeure via cette voix fougueuse imprégnée de garage et de post-punk. Depuis ses débuts, le duo s’évertue à respecter un dosage millimétré entre sauvagerie transpirante et pulsations électroniques subtiles, et ce disque témoigne sans forcer d’un certain talent d’alchimiste. This Is It. Tanguy Cloarec

Twin Daisies Records/Haute Magie Records – 2012 http://soundcloud.com/ twindaisiesrecords/5-littleelephants-charles

Excellente idée que cette réédition de 5 Little Ele‑ phants, l’objet musical non-identifié créé en 2008 par l’anglais Neil Carlill (ex-Delicatessen) et le nantais Charles-Eric Charrier (ex-Man). L’album semble enregistré à la maison, avec pas grand chose. Une ou deux guitares, une basse, deuxtrois machines, peu de préparation (certains titres frisent l’improvisation) mais — c’est bien là l’es‑ sentiel — beaucoup d’inspiration. La beauté des morceaux de 5 Little Elephants est intimement liée à leur fragilité : cordes de guitares à peine ef‑ fleurées, voix susurrées et triturées à travers diffé‑ rents effets. Toute l’architecture du disque semble, d’un moment à l’autre, menacer de s’effondrer. Il n’en est rien. Le logement de fortune dressé par notre duo tient bon. Notamment grâce à la jo‑ liesse hypnotique de titres comme « The Sleep Tree » ou « Henri Michaux ». Œuvre bancale, certes, mais pas si vulnérable. Matthieu Chauveau

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disques

THE DEAD MANTRA S/T

The Dead Mantra/Dead Horse One, Crane Records – 2012 http://soundcloud.com/thedeadmantra

Ça doit être la crise qui fait ça. Ça fait flipper tout le monde. On a en tout cas l’impression que jamais le shoegaze, la cold wave ou le pro‑ to-grunge n’étaient autant revenus sous les feux de la rampe. Les Manceaux de The Dead Mantra sont un peu tout ça à la fois. On croit en effet surprendre les fantômes bousculés de Jesus and Mary Chain, The Cure, Les Thugs ou Mudhoney sur les deux titres de ce split-EP, terriblement froids et humides mais néanmoins rapidement accrocheurs. En Face B, les Valentinois de Dead Horse One sont plus doux et plairont aisément aux fans de Ride ou Sonic Youth. Notez au pas‑ sage que pour douze petits malheureux euros, il serait quand même sacrément dommage de se passer d’un des 300 exemplaires de ce très joli vinyle 10’’ blanc. Enfin, s’il en reste... Kalcha

HORNY WACKERS & THE EPILEPTIC REACTION

THEY ARE SAVAGE

Dead Beat Records – 2012 http://hornywackers.free.fr

Maintes fois annoncé mort depuis sa naissance au mitan des 50’s, le rock’n’roll ne cesse pourtant de se relever pour continuer à effrayer les bienpensants. C’est peut-être la raison pour laquelle The Horny Wackers ont choisi de se grimer en zombies ? Ou alors plus simplement parce que le boucan de leur rockabilly/garage réveillerait un mort ?! Le trio angevin ressuscite en tout cas les fantômes titubants de Hasil Adkins, The Cramps ou Pussy Galore dans cet excellent premier album, signé sur le label américain Dead Beat Records. Douze titres délicieusement cradin‑ gues, saturés et vicelards qui sonnent à l’oreille comme autant de vieux classiques dépoussiérés. Ou bien comme si Elvis avait voulu prendre son bain à la Cloclo ! Électrique !!! Kalcha

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PARESSANT/ CHARRIER EARTH

AP – 2012 http://jeromeparessant.bandcamp. com/album/earth

Earth de Charles-Eric Charrier (basse) et Jérôme Paressant (clarinette) paraît au même moment que la réédition d’un autre projet dans lequel offi‑ cie Charrier, nous montrant ainsi l’étendue de la palette du musicien nantais. Les deux longues plages instrumentales de Earth se situent en effet à mille lieux des pop songs pourtant déjà nettement déviantes de 5 Little Elephants, les premières s’avé‑ rant aussi nomades que les secondes casanières. La superbe photo signée Paressant qui orne la pochette de l’album illustre à merveille la musique du duo : une contrée désertique sèche et vaste à la présence humaine rare mais bien réelle. En effet, derrière l’austérité apparente des pièces musicales tout en improvisation de Earth, l’auditeur attentif percevra les respirations et les discussions d’hommes et de femmes venus assister au marché de potiers d’Her‑ bignac où a été enregistrée cette œuvre exigeante. Matthieu Chauveau

BRED’IRIE

RÉACTION EN CHAÎNE

AP – 2012 http://bred-irie.fr

La presqu’île guérandaise, outre un microclimat et un écosystème atypique, produit également des formations musicales étonnantes. Au cœur des marais salants a éclos Bred’Irie, trio mêlant racines reggae, ambiance festive et chanson française colorée. Cet album, entièrement réalisé à la main, dans le studio de Frank, un des musi‑ ciens du groupe, promène l’auditeur de l’Afrique du Nord (« Lahssan ») aux contrées hispanisantes (« Rangés »). Réaction en chaîne est également marqué par l’omniprésence mélancolique d’un accordéon (« La philosophie »). Le chant de Raphaël rappelle quelque part La Rue Ketanou, oscillant entre nouvelle chanson française et reggae/ragga d’ici. Conscient des enjeux environnementaux de notre époque, Bred’Irie chante la nécessaire prise de conscience face aux agressions contre la nature. Emmanuel Legrand


disques

DA FLEX

S/T

AP – 2012 www.da-flex.com

Gros virage musical pour les membres de Da Flex et pour cause ! On retrouve au sein du quatuor la section rythmique et le guitariste de Guerilla Fresca. C’est donc un grand écart facial et tendu exécuté pour les oreilles, entre le son cuivré-mé‑ tissé d’hier et la veine résolument rock et sub‑ tilement soul d’aujourd’hui. Figure ardue mais pas si osée quand on connaît l’ouverture d’esprit musical des ex-guérilleros. Au chant, on retrouve Charlotte, seule pièce « rapportée » du groupe mais aussi « pièce-maîtresse », incarnant bien le credo rock & soul par ses facilités vocales, variant avec aisance le punchy et le mélodique. Un éclectisme que l’on retrouve tout au long de ces cinq titres : rhythm’n’blues poignant dans « Dirty Shoes », to‑ nique dans « Make a Change », fusion 90’s de « Your gun sucks », de « I know ya Boy »… Et un fil rouge bien 70’s au milieu de tout ça, qui donne une co‑ hérence à l’ensemble. Benoît Devillers

AADD S/T

Mendicity Records – 2012 http://aadd.fr/

Une histoire de tension : entre le hip-hop, l’electro et le rock, entre le détachement et la brutalité. Dans ce premier opus, le duo propose, parfois au sein d’un même morceau, des explosions sur-vitaminées rappelant l’énergie d’un Prodigy (« Transtrash ») alter‑ nant avec des passages ambiants plus calmes, mais jamais apaisés. L’anxiété se terre dans les moindres recoins de leur musique. Cette tranquillité apparente cache une raideur retenue, amenée à se libérer. Illus‑ tration : « Rien », récit du suicide d’un homme raconté par son fils. Le chanteur déclame ici impassiblement l’insoutenable avant d’exprimer au travers d’un flow furieux toute l’horreur de la situation, le tout soutenu par une batterie puissante, des machines vrombissantes et des guitares métal concourant à la tonalité emphatique de l’ensemble. Des moments plus aventureux, aux harmonies vocales riches ren‑ forcent ce climat d’inquiétude (« A gift for destroy »). AADD annonce toujours l’inéluctable. François Delotte

BROME LA CRUE

Sosei Records – 2012 http://ilovebrome.free.fr

Irrésistiblement, « Après les dunes » rappelle Ber‑ trand Belin, « Les périls de rivière » suggèrent un instant Robert Wyatt. Mais les comparaisons s’ar‑ rêtent là car la liste des références ne témoigne‑ rait pas de l’originalité radicale de Brome, le projet solo de Timothée Demoury. Sa voix blanche et hié‑ ratique pose ses textes sur les fonds mouvants de ses guitares claires ou saturées, du subtil drum‑ ming de Fabrice L’Houtellier, de la contrebasse de Jeremy Ramsak (deux musiciens de la nou‑ velle scène jazz nantaise) ou de voix féminines (l’amusant « Je te mangerai »). Ce disque, enregistré entre Nantes et Berlin, est un bain sonore où s’en‑ chainent des paysages entrevus, des histoires et cette belle idée de « La mer à Nantes », vision d’une ville après. Chanson post-pop, poésie chantée, visions oniriques ou prémonitoires, Brome nous entraine dans son univers de chansons fragiles et de musiques âpres. Georges Fischer

LES FRÈRES CASQUETTE L’ANNÉE SCOLAIRE

Yotanka – 2012 www.lesfrerescasquette.com

J’adore les frères Casquettes, le rythme et les paroles. C’est vraiment du rap et les paroles sont mortelles ! Elles sont drôles, elles parlent de nous, les enfants et les ados. « Tony l’embrouille, dans la cour il fout la trouille », j’en connaissais un moi aussi dans mon école, il s’appelait aussi Tony. La musique est trop cool, elle me donne tout de suite envie de danser, et les scratchs sont trop bien faits. J’adore aussi « C’est la Boum Boum Boum!, viens amuse toi le plus dur c’est d’s’élan‑ cer », c’est vraiment ce que je connais « Frites, bananes, fraises Tagada... Champomy... ». Gabriel Esneault (9 ans)

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PLAYLISTS ROBIN GODICHEAU – PROGRAMMATEUR CHAOU BAOU COLIN STETSON, NEW HISTORY WARFARE VOL.2 : JUDGES, CONSTELLATION – 2011 (EXPÉRIMENTAL, NU-JAZZ)

Vu sur scène l’an passé, il régnait une atmosphère incroyable dans le public face à cette prestation solo au sax, difficile à décrire... Disque d’une rare beauté, contenu comme contenant.

THE CARETAKER, AN EMPTY BLISS BEYOND THIS WORLD, HISTORY ALWAYS FAVOURS THE WINNERS – 2011 (ÉLECTRO)

Hors du temps, un disque fantôme qui peut vite hanter durablement votre platine. On y entend des crépitements de 78-t, des illustrations sonores bancales et sensibles, qui donnent envie de vaciller dans un vieux cabaret abandonné.

L’ŒILLERE, FIASCO, LESPOURRICORDS / EN VEUX TU ? EN V’LA ! – 2012 (ROCK, MUSIQUE CONTEMPORAINE)

Un guitariste hors-norme, dont le deuxième disque est paru en début d’année sur le label du coin Les Pourricords. Les amateurs de Sir Richard Bishop et de flamenco tordu apprécieront...

SOFY GIRARD – PROGRAMAMTRICE WONDERGROUND  / FESTIVAL BATTANTES VISON, S/T, LE COMPLEXE DU LAMA – 2012 (ROCK SENTIMENTAL, DÉCOMPLEXÉ)

La musique bien sûr, mais surtout le phrasé délectable de Cécile Jarsaillon, plus connue pour son parcours avec Les Suprêmes Dindes que pour ses broderies à caractère zoophile, ou ses peintures hommages à Fassbinder. J’admire sa lucidité d’artiste DIY, l’efficacité de ses textes, jamais anodins ni suffisants, qui font sourire et réfléchir.

TROPHY WIFE, PATIENCE FURY, 307 KNOX RECORDS – 2010 (POST-HARDCORE)

Katy Otto (de Del Cielo et fondatrice de Exotic Fever Rcds) et Diane Foglizzo envoient un HxC atypique digne des groupes queercore malconnus comme King Cobra, Evil Beaver, LKN, V for Vendetta, One More Season... qui n’ont rien à envier aux groupes souvent cités en références comme Don Caballero, Oxes, Cheval de Frise, Pneu, Goudron... etc.

TRASH KIT, SELFTITLED, UPSET THE RHYTHM – 2010 (PUNK AFRO BEAT)

Rachel A., Rachel H. et Ros Murray (Electrelane) sont derrière ce trio improbable. Une batterie funky, des voix ultra sauvages, une basse qui tabasse et des riffs méchants que tu n’as pas vu venir parce que tu dansais... En 17 morceaux / 26 minutes, tout est dit. On pense à The Raincoats, Delta 5, The Slits... et nous sommes ravies.

SYLVAIN BERTOT - ÉCRIVAIN ET JOURNALISTE RIFF RAFF, THE GOLDEN ALIEN, RiFF RaFF – 2012 (HIP HOP)

Le bouffon du moment, un rappeur blanc du Texas avec un look improbable et des compétences en MCing contestables. Ça pourrait être nul, mais c’est en fait souvent irrésistible.

APOLLO BROWN & O.C., TROPHIES, MELLO MUSIC GROUP – 2012 (HIP HOP)

Un grand rappeur new-yorkais du passé qui réussit un disque récent, ce n’est pas si courant. C’est pourtant le cas d’O.C., avec l’aide d’Apollo Brown.

ROACH GIGZ, BUGGED OUT, AP – 2012 (HIP HOP)

Un rappeur issu de la prolifique Bay Area et influencé par Mac Dre, qui s’est fait remarquer en 2011 avec les mixtapes Roachy Balboa, et qui réussit son premier véritable album.

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