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égalité citoyenne

Est - ce Ainsi   que les Femmes Vivent...

N°1, novembre 2009

égalité des droits entre les hommes et les femmes

La place du travail dans la vie des Femmes, un projet mené par l’association TEC/CRIAC (Travail et Culture Nord Pas-de-Calais) dans le Béthunois.


98% des aides à domicile sont des femmes

Rosaline, 20 ans, auxiliaire de vie, Bruay-la-Buissière

« Je ne peux pas dire que je subis des discriminations, puisque que moi, je fais un métier de femme »

format L 825 x H 1050 en 300 dpi


98% des aides à domicile sont des femmes

Rosaline, 20 ans, auxiliaire de vie, Bruay-la-Buissière

« Je ne peux pas dire que je subis des discriminations, puisque que moi, je fais un métier de femme »

format L 825 x H 1050 en 300 dpi


Est-ce Ainsi que les Femmes Vivent…

Quand travailler se conjugue au féminin...

est édité par l’association TEC/CRIAC (Travail et Culture Nord Pas-de-Calais) Directeur de publication : Jean-Claude Champesme et Pascale Favier Rédacteur en chef : Nicolas Naudé Coordinatrice de rédaction : Hélène Miquel Comité de réflexion et de rédaction : Jean-Claude Champesme, Pascale Favier, Michel Perret, Stéphanie Pryen, Gérard Paris-Clavel, Marie-Noëlle Boutin, Isabel de Bary, Dorothée Caratini, Jérémy Hammerton, Nicolas Naudé, Bernard Pigache, Sukran Akinci, Hélène Miquel Crédits photographiques : p. 17 Extraits du film « Y’a qu’à pas baiser » de Carole Roussopoulos ; p.19 Dorothée Caratini. Graphisme : Gérard Paris-Clavel assisté par Anne Desrivières et Maud Dubief Imprimé par STIPA en 2000 exemplaires Dépôt légal : Attribution n°ISNN en cours Travail et Culture / Centre de Recherche, d’Innovation Artistique et Culturelle du monde du travail, 64 boulevard de Strasbourg 59100 Roubaix contact : Hélène Miquel tél : 03 20 89 40 60 - fax : 03 20 89 40 69

info@travailetculture.org www.travailetculture.org Le projet Travail au Féminin est soutenu par :

L’association Travail et Culture est soutenue par le Conseil Régional Nord Pas-de-Calais, le Conseil Général du Pas-de-Calais et le Conseil Général du Nord.

Le journal que vous tenez entre les mains est l’une des nombreuses expressions culturelles et artistiques d’un plus vaste projet, « Travail au féminin », mené depuis janvier 2009, et pour une période de trois ans, par l’association TEC/CRIAC (Travail et Culture Nord Pas de Calais) sur le territoire du Béthunois. Un projet artistique et culturel qui se propose d’explorer cette question du travail dans la vie des femmes, qu’elles soient salariées ou privées d’emploi, sans se substituer à leurs paroles et en mobilisant tant les sciences sociales que la création et la diffusion artistique. Conjuguant les pratiques, confrontant les regards, l’expression et la créativité des femmes ainsi que celles des artistes et chercheurs associés à ce projet. Les femmes sont plus pauvres, plus précaires, plus exposées au chômage et plus touchées par les problèmes de santé que leurs homologues masculins. Les problématiques que recouvre la construction de l’être masculin ou féminin dans le rapport au travail sont multiples et complexes. Aujourd’hui à quelles réalités nouvelles sont confrontées les femmes dans le monde du travail ? Comment concilier vie au travail et vie familiale dans un contexte de crise du travail qui précarise et fragilise de plus en plus les modes de vie des femmes ? Comment l’intervention artistique et l’action culturelle peuventelles être des vecteurs de re-socialisation des enjeux du travail au féminin (conditions de travail, égalité professionnelle, accès aux droits, etc.) ? Dans quelle mesure ces actions peuvent-elles contribuer à la mise en visibilité de nouvelles alternatives ? Trois collectifs de femmes du Béthunois nous donnent à voir et à entendre leurs expériences dans la diversité de leurs horizons : des femmes salariées à l’hôpital, dans les services à la personne, ou encore dans une blanchisserie industrielle ; mais aussi des jeunes femmes en quête d’un avenir professionnel ou encore des femmes privées d’emploi ayant arrêté leur travail pour éduquer leurs enfants. La photographe Marie-Noëlle Boutin, le graphiste Gérard Paris-Clavel et la sociologue Stéphanie Pryen vont à la rencontre de ces existences, écouter, dialoguer avec

ces femmes, et construire à partir de leurs échanges différentes formes d’expressions et de représentations du travail au féminin qui, bien que singulières, se trouvent être toutes articulées entre elles. Au cours des entretiens, la sociologue Stéphanie Pryen rencontre les différents groupes et tente d’approcher les significations que chacune attache à leur expérience, dans un jeu de résonance et de mise en lien de leurs trajectoires. Ce travail doit permettre d’interroger la manière dont ces femmes se représentent leur place dans la société, et donc dans le travail. Nourrie de ces entretiens et des moments partagés avec ces femmes, Marie-Noëlle Boutin engage un travail de création photographique sur la représentation de leur identité, dans une relation directe et profonde. Elle cherche la bonne distance, en adoptant une retenue qui fait exister l’autre et qui lui donne sa place. Gérard Paris-Clavel vient « mettre en signes » ce travail par des propositions graphiques (cartes d’annonce, autocollants, slogan, etc.) et par la création de ce journal, dont l’inventivité visuelle a pour ambition d’être volontairement à rebours des clichés sur les femmes véhiculés par les médias dominants. Une deuxième parution verra le jour en 2010, mais en attendant le projet se poursuit. L’association organisera plusieurs soirées culturelles largement ouvertes au public (projections de films documentaires ou de fiction, lectures, slam, etc.) suivies de rencontres/débats sur les femmes et le travail dans plusieurs villes de l’agglomération béthunoise. Rendez-vous en Novembre 2009 à Béthune pour la première soirée « Femmes, Travail et Culture ». Au menu : sortie du journal, distribution des cartes, lecture-musicale, projection d’un film et débat. N’hésitez pas à contacter l’association si le sujet vous interpelle, si vous avez des réactions, des idées ou autres pensées ! Bonne lecture !

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Est-ce Ainsi que les Femmes Vivent…

Quand travailler se conjugue au féminin...

est édité par l’association TEC/CRIAC (Travail et Culture Nord Pas-de-Calais) Directeur de publication : Jean-Claude Champesme et Pascale Favier Rédacteur en chef : Nicolas Naudé Coordinatrice de rédaction : Hélène Miquel Comité de réflexion et de rédaction : Jean-Claude Champesme, Pascale Favier, Michel Perret, Stéphanie Pryen, Gérard Paris-Clavel, Marie-Noëlle Boutin, Isabel de Bary, Dorothée Caratini, Jérémy Hammerton, Nicolas Naudé, Bernard Pigache, Sukran Akinci, Hélène Miquel Crédits photographiques : p. 17 Extraits du film « Y’a qu’à pas baiser » de Carole Roussopoulos ; p.19 Dorothée Caratini. Graphisme : Gérard Paris-Clavel assisté par Anne Desrivières et Maud Dubief Imprimé par STIPA en 2000 exemplaires Dépôt légal : Attribution n°ISNN en cours Travail et Culture / Centre de Recherche, d’Innovation Artistique et Culturelle du monde du travail, 64 boulevard de Strasbourg 59100 Roubaix contact : Hélène Miquel tél : 03 20 89 40 60 - fax : 03 20 89 40 69

info@travailetculture.org www.travailetculture.org Le projet Travail au Féminin est soutenu par :

L’association Travail et Culture est soutenue par le Conseil Régional Nord Pas-de-Calais, le Conseil Général du Pas-de-Calais et le Conseil Général du Nord.

Le journal que vous tenez entre les mains est l’une des nombreuses expressions culturelles et artistiques d’un plus vaste projet, « Travail au féminin », mené depuis janvier 2009, et pour une période de trois ans, par l’association TEC/CRIAC (Travail et Culture Nord Pas de Calais) sur le territoire du Béthunois. Un projet artistique et culturel qui se propose d’explorer cette question du travail dans la vie des femmes, qu’elles soient salariées ou privées d’emploi, sans se substituer à leurs paroles et en mobilisant tant les sciences sociales que la création et la diffusion artistique. Conjuguant les pratiques, confrontant les regards, l’expression et la créativité des femmes ainsi que celles des artistes et chercheurs associés à ce projet. Les femmes sont plus pauvres, plus précaires, plus exposées au chômage et plus touchées par les problèmes de santé que leurs homologues masculins. Les problématiques que recouvre la construction de l’être masculin ou féminin dans le rapport au travail sont multiples et complexes. Aujourd’hui à quelles réalités nouvelles sont confrontées les femmes dans le monde du travail ? Comment concilier vie au travail et vie familiale dans un contexte de crise du travail qui précarise et fragilise de plus en plus les modes de vie des femmes ? Comment l’intervention artistique et l’action culturelle peuventelles être des vecteurs de re-socialisation des enjeux du travail au féminin (conditions de travail, égalité professionnelle, accès aux droits, etc.) ? Dans quelle mesure ces actions peuvent-elles contribuer à la mise en visibilité de nouvelles alternatives ? Trois collectifs de femmes du Béthunois nous donnent à voir et à entendre leurs expériences dans la diversité de leurs horizons : des femmes salariées à l’hôpital, dans les services à la personne, ou encore dans une blanchisserie industrielle ; mais aussi des jeunes femmes en quête d’un avenir professionnel ou encore des femmes privées d’emploi ayant arrêté leur travail pour éduquer leurs enfants. La photographe Marie-Noëlle Boutin, le graphiste Gérard Paris-Clavel et la sociologue Stéphanie Pryen vont à la rencontre de ces existences, écouter, dialoguer avec

ces femmes, et construire à partir de leurs échanges différentes formes d’expressions et de représentations du travail au féminin qui, bien que singulières, se trouvent être toutes articulées entre elles. Au cours des entretiens, la sociologue Stéphanie Pryen rencontre les différents groupes et tente d’approcher les significations que chacune attache à leur expérience, dans un jeu de résonance et de mise en lien de leurs trajectoires. Ce travail doit permettre d’interroger la manière dont ces femmes se représentent leur place dans la société, et donc dans le travail. Nourrie de ces entretiens et des moments partagés avec ces femmes, Marie-Noëlle Boutin engage un travail de création photographique sur la représentation de leur identité, dans une relation directe et profonde. Elle cherche la bonne distance, en adoptant une retenue qui fait exister l’autre et qui lui donne sa place. Gérard Paris-Clavel vient « mettre en signes » ce travail par des propositions graphiques (cartes d’annonce, autocollants, slogan, etc.) et par la création de ce journal, dont l’inventivité visuelle a pour ambition d’être volontairement à rebours des clichés sur les femmes véhiculés par les médias dominants. Une deuxième parution verra le jour en 2010, mais en attendant le projet se poursuit. L’association organisera plusieurs soirées culturelles largement ouvertes au public (projections de films documentaires ou de fiction, lectures, slam, etc.) suivies de rencontres/débats sur les femmes et le travail dans plusieurs villes de l’agglomération béthunoise. Rendez-vous en Novembre 2009 à Béthune pour la première soirée « Femmes, Travail et Culture ». Au menu : sortie du journal, distribution des cartes, lecture-musicale, projection d’un film et débat. N’hésitez pas à contacter l’association si le sujet vous interpelle, si vous avez des réactions, des idées ou autres pensées ! Bonne lecture !

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Les

femmes et le travail

- Quelles sont les interrogations qu’il est possible de soulever, après ces quelques semaines de démarrage de ce projet ? Nous pouvons, à partir de notre point de vue spécifique de sociologue ayant quitté quelque peu son habituelle posture d’extériorité en s’engageant dans la construction du projet, en décliner ici de deux types. Les premières renvoient au thème lui-même. L’association Travail et Culture, qui interroge depuis de longues années les transformations du monde du travail, n’avait jamais abordé la question du genre. Il lui a semblé nécessaire de la poser en tant que telle, de l’embrasser pour elle-même. Pour autant, il reste à dessiner ce qui y fait enjeu, et comment. Les secondes renvoient aux formes et aux modalités du projet lui-même. Celui-ci ne peut se réaliser qu’en oeuvrant avec des relais, condition nécessaire pour élaborer une dynamique et une réflexion collectives. Ces partenaires - lieux de travail, lieux de militance, lieux de vie - ne sont pas neutres. Sur certains d’entre eux, des groupes de femmes sont déjà préalablement constitués, autour de questions incluant, ou non, la question du genre ; sur d’autres, des collectifs sont plus ou moins artificiellement construits pour l’occasion. Ils privilégient telle question plutôt qu’une autre. Telles hypothèses plutôt que d’autres. Ce qui n’est pas sans conséquences sur ce qui sera mis en lumière, ou au contraire, laissé dans l’ombre, dans les productions artistiques et culturelles qui jalonneront le projet.

Les enjeux contemporains  du «travail au féminin Le 20 mars 2009, un «  Cabaret de l’Union  » est or­ganisé par l’association Travail et Culture sur le thème « Femmes en militance ». Il s’agit d’une soirée culturelle où l’on tente de décrypter les questions nouvelles qui se posent au monde du travail par le biais de la représentation artistique. L’initiative réunit un public varié, le tout venant, des fidèles, des curieux, tout comme des spécialistes de la thématique.

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Déconstruire les catégories Certaines interventions dans l’assistance ont ce soir là renvoyé clairement les femmes à l’espace domestique. Elles sont venues nous rappeler abruptement combien les catégories de sexe sont, tout comme celles de la race, de l’âge, de la classe, profondément naturalisées et stéréotypées. Des qualités associées au féminin et au masculin (intérieur / extérieur ; privé / public ; attention à l’autre, soin, aide et écoute / exercice du pouvoir, maîtrise…) sont perçues comme évidentes, allant de soi, et structurent notre représentation du monde. La difficulté à les déconstruire n’est sans doute pas proprement masculine, les stéréotypes étant intégrés, incorporés, par chacun de nous. L’enjeu premier, en abordant la question du « Travail au féminin », est peut-être là : participer à déconstruire les catégories ; à les historiciser. Le féminin, comme le masculin, ne sont pas à chercher dans une improbable nature atemporelle. Ils sont des construits sociaux, historiquement constitués, qui font sens l’un au regard de l’autre, dans leur dimension relationnelle, et sont au cœur de relations de pouvoir. Au-delà de cette première vigilance, d’autres ques­t ions sont suscitées par la manière dont on formule le problème.

Croiser les dimensions pour ne pas prendre le risque d’isoler artificiellement celle du genre « Le travail au féminin » est une formulation qui engage à isoler une spécificité féminine. Pourtant, en partant à la rencontre d’univers professionnels comme l’hôpital ou une blanchisserie industrielle, on peut rencontrer « avant tout » des salariées aux prises, comme d’autres (des hommes), avec les logiques néolibérales et gestionnaires de réorganisation du travail. Ou des salariées syndiquées luttant pour l’amélioration de leurs conditions de travail au même titre que (et aux côtés de) leurs camarades syndicalistes hommes. L’enjeu est alors peut-être, en abordant la question du travail au féminin, de ne pas négliger les autres dimensions ; de tenir ensemble le registre du genre et celui des rapports sociaux de classe, de penser l’articulation entre les inégalités, l’imbrication des dominations, sociales, raciales et sexuées.

Chercher où sont les avancées sur la voie de l’égalité professionnelle L’ enjeu pourrait être également de ne pas entrer seulement par la voie des discriminations, mais d’aller voir au contraire du côté des avancées du point de vue de la parité dans certaines professions. De chercher du côté du plaisir à exercer dans certains univers professionnels. Et pourquoi pas, de traiter du travail féminin du point de vue des hommes.

Être à l’écoute des grilles de lecture des acteurs eux-mêmes Par ailleurs, la lecture par le genre que nous imposons en débarquant dans ces différents lieux ne rencontre pas nécessairement la lecture que font les acteurs eux-mêmes de leurs conditions de travail ou d’existence. Il ne faudrait pas alors y être sourds. Il y a quelque chose à entendre de cette jeune femme qui nous répond ne pas être concernée à titre personnel par les discriminations faites aux femmes, puisqu’elle est femme exerçant un métier de femme (auxiliaire de vie). L’ enjeu pour elle est de trouver un emploi, quel qu’il soit. Il est tellement crucial qu’il ne lui permet sans doute pas de penser la question à un niveau collectif, d’autant plus que ce type d’emploi, marqué par une forte individualisation et personnalisation de la situation de travail, expose davantage les individus, les sollicite dans leur singularité, et ne favorise pas les solidarités collectives. Quitte à ne plus rendre lisible le lien entre le caractère quasi exclusivement féminin de ces emplois de service à la personne et le fait qu’ils soient peu ou pas qualifiés, le plus souvent sous statuts précaires, avec le temps partiel comme norme, et aux salaires perçus particulièrement faibles.

Sans négliger ce qui se joue toujours en termes de discriminations de genre Lorsqu’on fait ce lien, en croisant les questions de travail et de genre (cf. Nicole Gadrey, Travail et Genre. Approches croisées, Paris, L’Harmattan, 2001), la

question des discriminations apparaît très rapidement et crucialement. Elle se joue à différents niveaux. On pourrait attaquer frontalement la question des niveaux de salaire, inégaux. Mais cela ne rendrait pas compte de la complexité des discriminations, puisque celles-ci ne sont pas seulement relatives à la formule « à travail égal, salaire égal ». Quand bien même cette question serait résolue (et elle ne l’est pas), il resterait à traiter des formes particulières d’emploi, et de la sexuation du marché du travail, qui expliquent en grande partie qu’en moyenne, le revenu salarial des femmes soit de 26% inférieur à celui des hommes en 2005 : Les femmes ne font pas les mêmes métiers que les hommes. Elles ne travaillent pas dans les mêmes conditions. La sexuation du marché du travail (comme celle du marché scolaire et des choix de filières, très différenciés, qui y conduisent) apparaît comme naturelle : certains métiers sont majoritairement féminins ; et ce sont des emplois les moins qualifiés et à bas salaire (80% des bas salaires sont féminins). Les postes d’encadrement, de décision (comme les places politiques), se conjuguent quant à eux au masculin. La répartition des temps partiels n’est pas aléatoire du point de vue du genre, tout comme le travail précaire. Ces formes particulières d’emploi sont souvent subies. Et même lorsqu’elles sont choisies, il est difficile de démêler la part où les inégalités sont intériorisées comme allant de soi, ou rationalisées a posteriori. Alors même que les femmes ont de meilleurs résultats scolaires, leur situation sur le marché du travail est moins favorable et elles sont davantage touchées par le chômage. La répartition du travail domestique est loin d’être égalitaire. Les conjoints et les pères exemplaires que chacun d’entre nous peut citer dans son entourage comme contre-exemples qui ouvrent des voies à de nouveaux modèles de parentalité, ne viennent pas bousculer la hiérarchisation des temps sociaux : les femmes consacrent deux fois plus de temps aux tâches domestiques que les hommes, qui disposent quant à eux de 40 minutes de temps libre de plus par jour. Dans les moments ultérieurs de ce projet, nous nous arrêterons spécifiquement sur certains débats contem-

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femmes et le travail

- Quelles sont les interrogations qu’il est possible de soulever, après ces quelques semaines de démarrage de ce projet ? Nous pouvons, à partir de notre point de vue spécifique de sociologue ayant quitté quelque peu son habituelle posture d’extériorité en s’engageant dans la construction du projet, en décliner ici de deux types. Les premières renvoient au thème lui-même. L’association Travail et Culture, qui interroge depuis de longues années les transformations du monde du travail, n’avait jamais abordé la question du genre. Il lui a semblé nécessaire de la poser en tant que telle, de l’embrasser pour elle-même. Pour autant, il reste à dessiner ce qui y fait enjeu, et comment. Les secondes renvoient aux formes et aux modalités du projet lui-même. Celui-ci ne peut se réaliser qu’en oeuvrant avec des relais, condition nécessaire pour élaborer une dynamique et une réflexion collectives. Ces partenaires - lieux de travail, lieux de militance, lieux de vie - ne sont pas neutres. Sur certains d’entre eux, des groupes de femmes sont déjà préalablement constitués, autour de questions incluant, ou non, la question du genre ; sur d’autres, des collectifs sont plus ou moins artificiellement construits pour l’occasion. Ils privilégient telle question plutôt qu’une autre. Telles hypothèses plutôt que d’autres. Ce qui n’est pas sans conséquences sur ce qui sera mis en lumière, ou au contraire, laissé dans l’ombre, dans les productions artistiques et culturelles qui jalonneront le projet.

Les enjeux contemporains  du «travail au féminin Le 20 mars 2009, un «  Cabaret de l’Union  » est or­ganisé par l’association Travail et Culture sur le thème « Femmes en militance ». Il s’agit d’une soirée culturelle où l’on tente de décrypter les questions nouvelles qui se posent au monde du travail par le biais de la représentation artistique. L’initiative réunit un public varié, le tout venant, des fidèles, des curieux, tout comme des spécialistes de la thématique.

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Déconstruire les catégories Certaines interventions dans l’assistance ont ce soir là renvoyé clairement les femmes à l’espace domestique. Elles sont venues nous rappeler abruptement combien les catégories de sexe sont, tout comme celles de la race, de l’âge, de la classe, profondément naturalisées et stéréotypées. Des qualités associées au féminin et au masculin (intérieur / extérieur ; privé / public ; attention à l’autre, soin, aide et écoute / exercice du pouvoir, maîtrise…) sont perçues comme évidentes, allant de soi, et structurent notre représentation du monde. La difficulté à les déconstruire n’est sans doute pas proprement masculine, les stéréotypes étant intégrés, incorporés, par chacun de nous. L’enjeu premier, en abordant la question du « Travail au féminin », est peut-être là : participer à déconstruire les catégories ; à les historiciser. Le féminin, comme le masculin, ne sont pas à chercher dans une improbable nature atemporelle. Ils sont des construits sociaux, historiquement constitués, qui font sens l’un au regard de l’autre, dans leur dimension relationnelle, et sont au cœur de relations de pouvoir. Au-delà de cette première vigilance, d’autres ques­t ions sont suscitées par la manière dont on formule le problème.

Croiser les dimensions pour ne pas prendre le risque d’isoler artificiellement celle du genre « Le travail au féminin » est une formulation qui engage à isoler une spécificité féminine. Pourtant, en partant à la rencontre d’univers professionnels comme l’hôpital ou une blanchisserie industrielle, on peut rencontrer « avant tout » des salariées aux prises, comme d’autres (des hommes), avec les logiques néolibérales et gestionnaires de réorganisation du travail. Ou des salariées syndiquées luttant pour l’amélioration de leurs conditions de travail au même titre que (et aux côtés de) leurs camarades syndicalistes hommes. L’enjeu est alors peut-être, en abordant la question du travail au féminin, de ne pas négliger les autres dimensions ; de tenir ensemble le registre du genre et celui des rapports sociaux de classe, de penser l’articulation entre les inégalités, l’imbrication des dominations, sociales, raciales et sexuées.

Chercher où sont les avancées sur la voie de l’égalité professionnelle L’ enjeu pourrait être également de ne pas entrer seulement par la voie des discriminations, mais d’aller voir au contraire du côté des avancées du point de vue de la parité dans certaines professions. De chercher du côté du plaisir à exercer dans certains univers professionnels. Et pourquoi pas, de traiter du travail féminin du point de vue des hommes.

Être à l’écoute des grilles de lecture des acteurs eux-mêmes Par ailleurs, la lecture par le genre que nous imposons en débarquant dans ces différents lieux ne rencontre pas nécessairement la lecture que font les acteurs eux-mêmes de leurs conditions de travail ou d’existence. Il ne faudrait pas alors y être sourds. Il y a quelque chose à entendre de cette jeune femme qui nous répond ne pas être concernée à titre personnel par les discriminations faites aux femmes, puisqu’elle est femme exerçant un métier de femme (auxiliaire de vie). L’ enjeu pour elle est de trouver un emploi, quel qu’il soit. Il est tellement crucial qu’il ne lui permet sans doute pas de penser la question à un niveau collectif, d’autant plus que ce type d’emploi, marqué par une forte individualisation et personnalisation de la situation de travail, expose davantage les individus, les sollicite dans leur singularité, et ne favorise pas les solidarités collectives. Quitte à ne plus rendre lisible le lien entre le caractère quasi exclusivement féminin de ces emplois de service à la personne et le fait qu’ils soient peu ou pas qualifiés, le plus souvent sous statuts précaires, avec le temps partiel comme norme, et aux salaires perçus particulièrement faibles.

Sans négliger ce qui se joue toujours en termes de discriminations de genre Lorsqu’on fait ce lien, en croisant les questions de travail et de genre (cf. Nicole Gadrey, Travail et Genre. Approches croisées, Paris, L’Harmattan, 2001), la

question des discriminations apparaît très rapidement et crucialement. Elle se joue à différents niveaux. On pourrait attaquer frontalement la question des niveaux de salaire, inégaux. Mais cela ne rendrait pas compte de la complexité des discriminations, puisque celles-ci ne sont pas seulement relatives à la formule « à travail égal, salaire égal ». Quand bien même cette question serait résolue (et elle ne l’est pas), il resterait à traiter des formes particulières d’emploi, et de la sexuation du marché du travail, qui expliquent en grande partie qu’en moyenne, le revenu salarial des femmes soit de 26% inférieur à celui des hommes en 2005 : Les femmes ne font pas les mêmes métiers que les hommes. Elles ne travaillent pas dans les mêmes conditions. La sexuation du marché du travail (comme celle du marché scolaire et des choix de filières, très différenciés, qui y conduisent) apparaît comme naturelle : certains métiers sont majoritairement féminins ; et ce sont des emplois les moins qualifiés et à bas salaire (80% des bas salaires sont féminins). Les postes d’encadrement, de décision (comme les places politiques), se conjuguent quant à eux au masculin. La répartition des temps partiels n’est pas aléatoire du point de vue du genre, tout comme le travail précaire. Ces formes particulières d’emploi sont souvent subies. Et même lorsqu’elles sont choisies, il est difficile de démêler la part où les inégalités sont intériorisées comme allant de soi, ou rationalisées a posteriori. Alors même que les femmes ont de meilleurs résultats scolaires, leur situation sur le marché du travail est moins favorable et elles sont davantage touchées par le chômage. La répartition du travail domestique est loin d’être égalitaire. Les conjoints et les pères exemplaires que chacun d’entre nous peut citer dans son entourage comme contre-exemples qui ouvrent des voies à de nouveaux modèles de parentalité, ne viennent pas bousculer la hiérarchisation des temps sociaux : les femmes consacrent deux fois plus de temps aux tâches domestiques que les hommes, qui disposent quant à eux de 40 minutes de temps libre de plus par jour. Dans les moments ultérieurs de ce projet, nous nous arrêterons spécifiquement sur certains débats contem-

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Qui parle à qui, de où ? porains liés à ces différents enjeux, incluant la question des politiques publiques, en sollicitant l’expertise de chercheurs ou de professionnels. Mais en attendant d’avancer plus finement sur ces débats, on peut au moins nous interroger sur ce que nous construisons, ce que nous induisons, par ce projet, en mobilisant des femmes par des relais spécifiques.

Prendre la mesure de ce   que le projet met en lumière,   et laisse dans l’ombre Le projet se construit au fil de rencontres, d’envies, de résonances avec différents interlocuteurs, acteurs de la vie professionnelle, syndicale, associative, sur un territoire particulier. Rencontres plus ou moins raisonnées a priori, sur différents types de critères (diversification des entrées ; faisabilité ; intérêt des partenaires…). Un foyer de jeunes travailleurs. Un syndicat d’une entreprise de blanchisserie industrielle. Un hôpital. Des travailleuses dans les services à la personne. Un Centre d’information sur les droits des femmes et des familles. La forme, la couleur et la tonalité des différentes productions artistiques et culturelles, dépendront en partie de ces relais, de leurs objectifs premiers (avant l’arrivée du projet lui-même), et de la manière dont les liens seront tissés avec eux. Parmi toutes les questions ouvertes, certaines seront éclairées, d’autres laissées dans l’ombre. Travail et Culture œuvre à rendre compte des transformations contemporaines du travail du point de vue de la fragilisation du salariat. Les financements de tels projets puisent autant aux politiques sociales qu’aux politiques culturelles. C’est pourquoi les voies d’entrée les plus évidentes pour un tel projet sont celles de la précarité. D’autant plus évidentes lorsqu’il s’agit de débattre (de dénoncer) des mécanismes de discrimination. Pour autant, s’engager à rendre visibles et à dénoncer ces discriminations en empruntant la voie du misérabilisme serait doublement calamiteux.

Saisir là où il y a production de sens D’abord, parce qu’elle donnerait une version tronquée de la réalité. D’une part, en réduisant le travail au féminin à la question des discriminations ; et d’autre part, en ne saisissant pas, là où il y a discriminations, les supports de construction de sens et de résistance. On peut donc être vigilants à construire d’autres voies d’entrées dans le projet, pour donner à voir des rapports au travail plus diversifiés, qui disent aussi quelque chose de ce qu’est le travail des femmes aujourd’hui. Afin de ne pas laisser dans l’ombre le quotidien professionnel de nombre de femmes ouvrant sur des relations plus égalitaires et pacifiées au regard des rapports sociaux de sexe. On pourrait

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rencontrer des femmes aux carrières de « réussite » (quels que soient les critères utilisés pour la qualifier, pas forcément monétaires), dans des professions ayant fortement évolué ces dernières années au regard de la parité. Ou des femmes dont le travail consiste justement à penser la problématique du genre et du travail (c’est le cas du CORIF - Collectif régional pour l’Information et la Formation des femmes - dont les salariées pourraient être sollicitées, dans une sorte de mise en abyme, pour parler de leurs propres représentations au travail). Dans le projet, nous sommes quelques femmes impliquées professionnellement… pourquoi échapperions-nous à nous retourner la question, quitte à la juger non pertinente, comme le faisait cette jeune femme dans le foyer de jeunes travailleurs ? Et quand bien même les relais choisis nous emmènent sur des terrains où la précarité est fortement présente, il convient de saisir également la manière dont les femmes rencontrées dans des situations de domination élaborent des supports, construisent du sens à leurs trajectoires, à différents moments, sur divers lieux, et en relation avec d’autres, et produisent des solidarités et des résistances. C’est le cas de ces femmes salariées d’une blanchisserie industrielle qui, malgré un salaire identique après 30 années de carrière, se battent au quotidien par le biais de leur syndicat pour qu’elles et leurs collègues connaissent mieux leurs droits, résistent à la logique du marché les contraignant à produire toujours plus, dans des conditions extrêmement pénibles, et tâtonnent, avec leurs camarades masculins, à la recherche de voies de résistance. Leur engagement syndical constitue un support de construction positive de soi, d’apprentissage, d’ouverture.

faire du projet un espace de socialisation et d’émancipation Ensuite, parce que le projet manquerait à constituer lui-même un support pour les femmes qui s’y investissent, ce qui constitue bien l’un de ses objectifs. Les différentes productions artistiques et culturelles qui émailleront le parcours du projet doivent aussi être des objets auxquels prennent part les participantes, sur lesquels elles ont prise, qui les mettent en valeur et constituent des scènes de reconnaissance positive. Sources statistiques Insee document 2008 : http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/fhparit08b.pdf Sources régionales : http://www.corif.fr/spip.php?rubrique52

Stéphanie Pryen, sociologue

Ces citations sont issues des entretiens menés par une sociologue bien standard, mais dans un contexte qui l’est moins, puisque l’entretien n’est pas (seulement) corpus pour l’analyse sociologique, mais devient l’un des supports du projet culturel et artistique. Les femmes ont été rencontrées par différents biais (pour le moment, quatre jeunes femmes logeant dans un foyer de jeunes travailleurs, et trois salariées d’une blanchisserie industrielle rencontrées ensemble dans leur local syndical ; à venir : un hôpital, le CORIF, un service d’aide à la personne, un centre d’information sur les droits des femmes...) Nous avons cherché à les entendre sur quelques-uns des aspects de leur rapport au travail, à la formation, au non-travail, à leur action militante ; à saisir également si, et comment, la question du genre faisait enjeu pour elles. Construire ces extraits, et les donner à lire, ne va pas de soi. Quel est le statut de cette parole, en partie décontextualisée et retravaillée par le passage de l’oral à l’écrit et par un effort de « montage » pour la rendre lisible et pour attirer l’attention sur certaines dimensions qui nous ont semblé, à nous, pertinentes ? Difficile d’entrer ici dans des considérations méthodologiques et épistémologiques (on pourrait évidemment (re)lire Pierre Bourdieu là-dessus, dans La Misère du Monde, qui nous inspire sans doute en partie ici bien modestement). Mais pour autant, difficile de faire l’économie d’une présentation a minima de ce qui nous semble faire sens dans cette proposition. Signalons donc au moins que nous avons cherché, pour chacun de ces extraits, en restant au plus près de la parole de ces femmes tout en la reconstruisant pour partie, avec l’accord de chacune d’entre elles, à donner à voir, dans un même mouvement, en tension, la singularité des expériences vécues et leur caractère commun et partagé. Au travers de ces rencontres et de ces histoires très singulières, nous tâchons aussi d’être attentif à ce qui fait monde commun. Nous avons choisi de donner à lire ce qui nous a semblé faire sens et enjeu pour elles, pour partie, au moment de notre ren-

contre avec elles (sans croire, ce faisant, y réduire le tout de ce qui fait enjeu et de ce qui fait sens pour elles). Les entrées choisies, en tant qu’elles disent quelque chose de processus sociaux partagés par d’autres, sont pour le moment fortement marquées par la difficulté du rapport au travail : le chômage, l’enchaînement de stages et de petits boulots, pour des jeunes femmes non ou peu qualifiées enserrées dans des contraintes économiques particulièrement limitantes ; les conditions d’horaires et de salaires de métiers tels que auxiliaires de vie ou employées dans les hôtels en charge du ménage ; la pénibilité du métier ouvrier accrue par la précarisation généralisée du statut de l’emploi et la montée des incertitudes. Nous avons dans le même temps veillé à repérer, en en soulignant aussi les ambivalences, les lieux où se constituent des supports de construction de soi et de création de lien et de solidarités : le caractère collectif et soutenant de l’action syndicale ; la dimension valorisante (en même temps qu’éprouvante) de sollicitude aux personnes âgées ; la fonction d’accueil et de soutien que peut remplir un foyer de jeunes travailleurs pour des parcours fragilisés ; la maternité dans ce qu’elle ouvre en termes de rapports à l’autre et à soi revisités, mais également dans ce qu’elle ferme quand les moyens économiques limitent les possibilités d’articuler harmonieusement les différents temps sociaux… Au fur et à mesure de l’avancée de notre réflexion, dans les prochains numéros de ce journal, nous donnerons des indications de travaux de chercheurs sur ces différents thèmes. D’ores et déjà, sans entrer dans le détail ni être exhaustifs, et en privilégiant quelque peu les ressources locales, nous pouvons inviter à suivre les pistes ouvertes par des travaux sociologiques, économiques ou philosophiques, de Stéphane Beaud, Robert Castel, Nathalie Coulon, Geneviève Cresson, [François-Xavier Devetter / Florence Jany-Catrice / Thierry Ribault], Bernard Eme, Jean Gadrey, Nicole Gadrey, les travaux sur le care (Marc Bessin, Patricia Paperman), les travaux du Corif, l’observatoire des inégalités... Stéphanie Pryen, sociologue

1. Les femmes sont ainsi particulièrement présentes dans le secteur de l’éducation, de la santé et de l’action sociale (75 % des emplois) ainsi que dans celui des services aux particuliers (61 % - 99%, 98%, et 93% des assistantes maternelles, aides à domicile, et employées de maison, sont des femmes) alors qu’elles sont presque absentes du secteur de la construction et peu présentes dans l’industrie. 2. En 2007, 18,5%des députés et 16,9%des sénateurs français sont des femmes. 3. Alors que 30%des femmes salariées travaillent à temps partiel, seuls 6 % des hommes salariés sont dans cette situation.

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Qui parle à qui, de où ? porains liés à ces différents enjeux, incluant la question des politiques publiques, en sollicitant l’expertise de chercheurs ou de professionnels. Mais en attendant d’avancer plus finement sur ces débats, on peut au moins nous interroger sur ce que nous construisons, ce que nous induisons, par ce projet, en mobilisant des femmes par des relais spécifiques.

Prendre la mesure de ce   que le projet met en lumière,   et laisse dans l’ombre Le projet se construit au fil de rencontres, d’envies, de résonances avec différents interlocuteurs, acteurs de la vie professionnelle, syndicale, associative, sur un territoire particulier. Rencontres plus ou moins raisonnées a priori, sur différents types de critères (diversification des entrées ; faisabilité ; intérêt des partenaires…). Un foyer de jeunes travailleurs. Un syndicat d’une entreprise de blanchisserie industrielle. Un hôpital. Des travailleuses dans les services à la personne. Un Centre d’information sur les droits des femmes et des familles. La forme, la couleur et la tonalité des différentes productions artistiques et culturelles, dépendront en partie de ces relais, de leurs objectifs premiers (avant l’arrivée du projet lui-même), et de la manière dont les liens seront tissés avec eux. Parmi toutes les questions ouvertes, certaines seront éclairées, d’autres laissées dans l’ombre. Travail et Culture œuvre à rendre compte des transformations contemporaines du travail du point de vue de la fragilisation du salariat. Les financements de tels projets puisent autant aux politiques sociales qu’aux politiques culturelles. C’est pourquoi les voies d’entrée les plus évidentes pour un tel projet sont celles de la précarité. D’autant plus évidentes lorsqu’il s’agit de débattre (de dénoncer) des mécanismes de discrimination. Pour autant, s’engager à rendre visibles et à dénoncer ces discriminations en empruntant la voie du misérabilisme serait doublement calamiteux.

Saisir là où il y a production de sens D’abord, parce qu’elle donnerait une version tronquée de la réalité. D’une part, en réduisant le travail au féminin à la question des discriminations ; et d’autre part, en ne saisissant pas, là où il y a discriminations, les supports de construction de sens et de résistance. On peut donc être vigilants à construire d’autres voies d’entrées dans le projet, pour donner à voir des rapports au travail plus diversifiés, qui disent aussi quelque chose de ce qu’est le travail des femmes aujourd’hui. Afin de ne pas laisser dans l’ombre le quotidien professionnel de nombre de femmes ouvrant sur des relations plus égalitaires et pacifiées au regard des rapports sociaux de sexe. On pourrait

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rencontrer des femmes aux carrières de « réussite » (quels que soient les critères utilisés pour la qualifier, pas forcément monétaires), dans des professions ayant fortement évolué ces dernières années au regard de la parité. Ou des femmes dont le travail consiste justement à penser la problématique du genre et du travail (c’est le cas du CORIF - Collectif régional pour l’Information et la Formation des femmes - dont les salariées pourraient être sollicitées, dans une sorte de mise en abyme, pour parler de leurs propres représentations au travail). Dans le projet, nous sommes quelques femmes impliquées professionnellement… pourquoi échapperions-nous à nous retourner la question, quitte à la juger non pertinente, comme le faisait cette jeune femme dans le foyer de jeunes travailleurs ? Et quand bien même les relais choisis nous emmènent sur des terrains où la précarité est fortement présente, il convient de saisir également la manière dont les femmes rencontrées dans des situations de domination élaborent des supports, construisent du sens à leurs trajectoires, à différents moments, sur divers lieux, et en relation avec d’autres, et produisent des solidarités et des résistances. C’est le cas de ces femmes salariées d’une blanchisserie industrielle qui, malgré un salaire identique après 30 années de carrière, se battent au quotidien par le biais de leur syndicat pour qu’elles et leurs collègues connaissent mieux leurs droits, résistent à la logique du marché les contraignant à produire toujours plus, dans des conditions extrêmement pénibles, et tâtonnent, avec leurs camarades masculins, à la recherche de voies de résistance. Leur engagement syndical constitue un support de construction positive de soi, d’apprentissage, d’ouverture.

faire du projet un espace de socialisation et d’émancipation Ensuite, parce que le projet manquerait à constituer lui-même un support pour les femmes qui s’y investissent, ce qui constitue bien l’un de ses objectifs. Les différentes productions artistiques et culturelles qui émailleront le parcours du projet doivent aussi être des objets auxquels prennent part les participantes, sur lesquels elles ont prise, qui les mettent en valeur et constituent des scènes de reconnaissance positive. Sources statistiques Insee document 2008 : http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/fhparit08b.pdf Sources régionales : http://www.corif.fr/spip.php?rubrique52

Stéphanie Pryen, sociologue

Ces citations sont issues des entretiens menés par une sociologue bien standard, mais dans un contexte qui l’est moins, puisque l’entretien n’est pas (seulement) corpus pour l’analyse sociologique, mais devient l’un des supports du projet culturel et artistique. Les femmes ont été rencontrées par différents biais (pour le moment, quatre jeunes femmes logeant dans un foyer de jeunes travailleurs, et trois salariées d’une blanchisserie industrielle rencontrées ensemble dans leur local syndical ; à venir : un hôpital, le CORIF, un service d’aide à la personne, un centre d’information sur les droits des femmes...) Nous avons cherché à les entendre sur quelques-uns des aspects de leur rapport au travail, à la formation, au non-travail, à leur action militante ; à saisir également si, et comment, la question du genre faisait enjeu pour elles. Construire ces extraits, et les donner à lire, ne va pas de soi. Quel est le statut de cette parole, en partie décontextualisée et retravaillée par le passage de l’oral à l’écrit et par un effort de « montage » pour la rendre lisible et pour attirer l’attention sur certaines dimensions qui nous ont semblé, à nous, pertinentes ? Difficile d’entrer ici dans des considérations méthodologiques et épistémologiques (on pourrait évidemment (re)lire Pierre Bourdieu là-dessus, dans La Misère du Monde, qui nous inspire sans doute en partie ici bien modestement). Mais pour autant, difficile de faire l’économie d’une présentation a minima de ce qui nous semble faire sens dans cette proposition. Signalons donc au moins que nous avons cherché, pour chacun de ces extraits, en restant au plus près de la parole de ces femmes tout en la reconstruisant pour partie, avec l’accord de chacune d’entre elles, à donner à voir, dans un même mouvement, en tension, la singularité des expériences vécues et leur caractère commun et partagé. Au travers de ces rencontres et de ces histoires très singulières, nous tâchons aussi d’être attentif à ce qui fait monde commun. Nous avons choisi de donner à lire ce qui nous a semblé faire sens et enjeu pour elles, pour partie, au moment de notre ren-

contre avec elles (sans croire, ce faisant, y réduire le tout de ce qui fait enjeu et de ce qui fait sens pour elles). Les entrées choisies, en tant qu’elles disent quelque chose de processus sociaux partagés par d’autres, sont pour le moment fortement marquées par la difficulté du rapport au travail : le chômage, l’enchaînement de stages et de petits boulots, pour des jeunes femmes non ou peu qualifiées enserrées dans des contraintes économiques particulièrement limitantes ; les conditions d’horaires et de salaires de métiers tels que auxiliaires de vie ou employées dans les hôtels en charge du ménage ; la pénibilité du métier ouvrier accrue par la précarisation généralisée du statut de l’emploi et la montée des incertitudes. Nous avons dans le même temps veillé à repérer, en en soulignant aussi les ambivalences, les lieux où se constituent des supports de construction de soi et de création de lien et de solidarités : le caractère collectif et soutenant de l’action syndicale ; la dimension valorisante (en même temps qu’éprouvante) de sollicitude aux personnes âgées ; la fonction d’accueil et de soutien que peut remplir un foyer de jeunes travailleurs pour des parcours fragilisés ; la maternité dans ce qu’elle ouvre en termes de rapports à l’autre et à soi revisités, mais également dans ce qu’elle ferme quand les moyens économiques limitent les possibilités d’articuler harmonieusement les différents temps sociaux… Au fur et à mesure de l’avancée de notre réflexion, dans les prochains numéros de ce journal, nous donnerons des indications de travaux de chercheurs sur ces différents thèmes. D’ores et déjà, sans entrer dans le détail ni être exhaustifs, et en privilégiant quelque peu les ressources locales, nous pouvons inviter à suivre les pistes ouvertes par des travaux sociologiques, économiques ou philosophiques, de Stéphane Beaud, Robert Castel, Nathalie Coulon, Geneviève Cresson, [François-Xavier Devetter / Florence Jany-Catrice / Thierry Ribault], Bernard Eme, Jean Gadrey, Nicole Gadrey, les travaux sur le care (Marc Bessin, Patricia Paperman), les travaux du Corif, l’observatoire des inégalités... Stéphanie Pryen, sociologue

1. Les femmes sont ainsi particulièrement présentes dans le secteur de l’éducation, de la santé et de l’action sociale (75 % des emplois) ainsi que dans celui des services aux particuliers (61 % - 99%, 98%, et 93% des assistantes maternelles, aides à domicile, et employées de maison, sont des femmes) alors qu’elles sont presque absentes du secteur de la construction et peu présentes dans l’industrie. 2. En 2007, 18,5%des députés et 16,9%des sénateurs français sont des femmes. 3. Alors que 30%des femmes salariées travaillent à temps partiel, seuls 6 % des hommes salariés sont dans cette situation.

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Sophie

Sophie - On m’avait dit que l’ANPE et la mis-

sion locale pouvaient payer des formations, mais cela n’a jamais débouché sur rien, donc j’étais très très déçue de l’ANPE et des ASSEDIC, je n’ai pas l’impression qu’ils écoutent quand on leur dit… Pour vous expliquer : quand je suis revenue par ici, j’avais plusieurs rendez-vous avec l’ANPE pour nous aider un petit peu, pour voir ce qu’on voulait vraiment faire comme formation, ce qu’on voulait faire comme travail. C’était des rendez-vous assez importants afin qu’ils nous payent une formation et là je voulais entrer en formation de tourisme équestre. Comme je revenais de l’Oise, j’avais une attitude un peu… ce n’est pas que je m’en foutais mais j’étais tellement découragée, je l’ai peut-être fait un peu trop voir et on a cru que je n’étais pas intéressée, que je ne m’engageais pas assez puis, du coup, ils ont refusé de me payer ma formation. J’ai dit : « Attendez, moi j’avais un logement, il fallait bien que je paye mes factures, il fallait bien que je mange, il fallait bien que j’ai un travail ! » Je suis partie en lui disant : « Ecoutez, vous n’avez pas à vous mêler de ma vie privée, moi, je suis là pour qu’on m’aide, je ne suis pas là pour qu’on me descende ». Alors après ça va, j’avais retrouvé en 2006 du travail pendant un an dans une ferme aquatique. Je ne faisais pas grand-chose, je nettoyais les aquariums mais cela me plaisait pas mal. C’est le fait d’être peut-être avec les animaux encore une fois. Malheureusement, il ne m’a pas pris en CDI.

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Rosaline En 2007, j’ai remplacé une dame dans un centre commercial CHAMPION, j’y suis restée 2 semaines pour de la mise en rayon. Après, j’ai fait une formation dans le tri de déchets urbains. Pareil, je suis restée à peu près deux à trois mois puis, après, j’ai eu la chance de trouver un CDD qui s’est transformé en CDI. C’était encore du ménage dans un hôtel et j’ai mis fin à ce CDI parce que j’étais la seule femme de ménage et ils m’en demandaient de trop. Je me suis tapé un lumbago. Et puis, après, les reproches : un mois après on vous dit : “Tu nous as bien foutu dans la merde parce que, pendant que tu étais absente une ou deux semaines, je n’avais personne pour venir m’aider”. J’ai mal réfléchi et je suis partie en arrêtant le CDI encore une fois. Stéphanie Pryen - Et du ménage, vous en

avez fait beaucoup ?

Comme je vous le dis, je ne sais vraiment plus où donner de la tête, où chercher. Sophie - Oui : à l’usine, en maison de retraite,

en hôtel. En hôtel c’est quand vraiment je ne trouve pas d’emploi, mais là en hôtel je ne peux plus, je sature. Du ménage classique pas de souci. Quand c’est en maison de retraite mais pas en hôtellerie. En hôtellerie c’est trop de travail, on vous en demande trop, on peut tomber sur un hôtel où il n’y a pas beaucoup de femmes de ménage, c’est tout le temps les week-end, tout le temps travailler…vous n’avez pas de vie et il faut vraiment speeder pour faire les chambres. Ce n’est pas que cela me déplaît, mais c’est la cadence qu’on demande, c’est trop dur…Encore à Arras, le dernier emploi que j’ai eu en hôtellerie, ça allait au niveau des chambres parce que je pouvais faire 3 chambres de l’heure qu’avant j’étais à 6 chambres de l’heure et vous gagnez maximum 500. Moi je trouve que ça fait pas

grand-chose par rapport à ce que vous faites. Quand on vous demande de faire 6 chambres de l’heure, c’est 10 minutes par chambre, c’est vraiment peu, c’est une cadence soutenue. C’est vraiment un travail physique et moi, je trouve que 500 c’est pas cher payé, c’est ce que je gagnais. Vous êtes payé 6 chambres de l’heure, donc par exemple, vous avez 12 chambres et il faut qu’elles soient faites en 2h. Ce n’est pas possible. J’aimerais bien refaire une formation ou trouver un emploi où il y a des animaux. Je monte à cheval, c’est ma passion depuis mes 11 ans, j’avais vraiment envie de travailler avec des animaux parce que j’adore ça. Je suis peut-être butée mais c’est vrai qu’il n’y a que ça qui me motive. Je n’arrive pas à trouver une autre formation ou faire un autre métier qui pourrait me plaire. Franchement, je suis paumée et cela fait des années que je suis paumée. J’ai eu des rendez-vous avec la mission locale, puis au CIO où ils m’ont demandée ce qui me plairait. Ils m’ont bien écoutée et je leur ai expliqué un peu que j’aimerais bien retravailler avec les chevaux ou bien travailler avec un vétérinaire ou dans un centre animalier ou, encore à la limite, préparatrice en pharmacie, ou esthéticienne. Il aurait fallu passer le BAC parce que je n’ai pas mon BAC, donc 1 an pour avoir le BAC et seulement partir en formation et, pareil à l’âge que j’avais déjà, on m’a dit vous allez sortir de là vous allez avoir 26/27 ans, les gens vont vouloir quelqu’un de plus jeune parce qu’ils devront vous payer comme un salarié en stage, ils m’ont découragée. On m’a tout le temps découragée sur tout. Et pour les centres équestres, l’élevage, déjà dans la région il n’y en a pas beaucoup. Donc, si vous voulez, ils ont des palefreniers mais après ils ont des stagiaires qui sont en BEP comme j’ai fait par exemple mais qui ne sont pas payés et qui font le même travail que ce que je propose, donc forcément ils préfèrent prendre des stagiaires, leur apprendre sur le tas, ils sont tout le temps passionnés et puis ils ne les payent pas. Forcément, c’est plus intéressant pour eux.

Rosaline - J’ai fait un BEP sanitaire et social.

À la base, je voulais travailler avec des enfants et dans le lycée où j’étais, ils ont ouvert une nouvelle section de mention complémentaire d’aide à domicile. Comme cela se faisait en un an et que j’en avais marre de l’école, je l’ai faite. J’ai fait des stages et c’est pendant ces stages que j’ai trouvé mon boulot, comme auxiliaire de vie. Lors de mon dernier stage et comme c’était l’été, ils recrutaient, j’ai postulé puis ils m’ont prise et finalement ils m’ont gardée. Je suis en CDI. Moi à la base, je voulais aussi faire le BAC SMS (Sciences Médico-Sociales), donc en fin d’année, j’ai envoyé ma candidature. J’avais été prise mais j’avais la flemme d’y aller. Cela m’embêtait pour les transports : c’était à Beuvry. Étant donné que j’habite à Divion, je devais prendre un bus jusqu’à Bruay après un autre bus jusqu’à Béthune et encore après jusqu’à Beuvry, cela m’a découragée. Puis, comme la formation était dans le même lycée, je me suis dit : « Je ne vais pas changer ». Maintenant, je regrette. J’aurais bien aimé avoir le BAC parce qu’au niveau salaire, ça aurait été mieux. C’est con quoi ! J’étais jeune et j’ai pris la facilité.

Qu’est-ce que j’irais chercher ailleurs, j’ai un boulot et il y en a plein qui n’en ont pas...

Stéphanie Pryen - Comment cela va se passer maintenant avec ton bébé ?

et il gagnait 300 € et comme avec mes horaires ça collait pas pour les crèches, il fallait une assistante maternelle. Seulement la CAF verse pour un quota d’heures et cela n’aurait pas fonctionné, j’aurais dû mettre quand même de ma poche. Donc, mon copain a voulu arrêter de travailler jusqu’au mois de septembre jusqu’à ce que le petit soit un peu plus grand. Pour l’instant, c’est lui qui a arrêté de travailler.

Rosaline - C’est mon copain qui le garde. Moi

Stéphanie Pryen - Qu’est-ce que tu penses

je ne gagne pas beaucoup, juste 700 € par mois et mon copain, il a fait une formation

du projet « Travail au féminin ». Qu’est-ce que toi, t’as envie de dire là-dessus  ?

Rosaline - Moi, je ne peux pas dire que je

subis des discriminations, puisque moi, je fais un métier de femme. Au contraire, il vaut mieux être une femme pour être embauchée. Dans mon métier je travaille chez des personnes âgées et elles disent : « J’aimerais pas avoir un homme, si j’ai un homme, je ne le laisse pas entrer ». Après c’est clair ce n’est pas le métier génial. Mais bon, je ne me plains pas, j’ai un boulot. C’est déjà ça je me dis : « Qu’est-ce que j’irais chercher ailleurs, j’ai un boulot et il y en a plein qui n’en ont pas ».

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Sophie

Sophie - On m’avait dit que l’ANPE et la mis-

sion locale pouvaient payer des formations, mais cela n’a jamais débouché sur rien, donc j’étais très très déçue de l’ANPE et des ASSEDIC, je n’ai pas l’impression qu’ils écoutent quand on leur dit… Pour vous expliquer : quand je suis revenue par ici, j’avais plusieurs rendez-vous avec l’ANPE pour nous aider un petit peu, pour voir ce qu’on voulait vraiment faire comme formation, ce qu’on voulait faire comme travail. C’était des rendez-vous assez importants afin qu’ils nous payent une formation et là je voulais entrer en formation de tourisme équestre. Comme je revenais de l’Oise, j’avais une attitude un peu… ce n’est pas que je m’en foutais mais j’étais tellement découragée, je l’ai peut-être fait un peu trop voir et on a cru que je n’étais pas intéressée, que je ne m’engageais pas assez puis, du coup, ils ont refusé de me payer ma formation. J’ai dit : « Attendez, moi j’avais un logement, il fallait bien que je paye mes factures, il fallait bien que je mange, il fallait bien que j’ai un travail ! » Je suis partie en lui disant : « Ecoutez, vous n’avez pas à vous mêler de ma vie privée, moi, je suis là pour qu’on m’aide, je ne suis pas là pour qu’on me descende ». Alors après ça va, j’avais retrouvé en 2006 du travail pendant un an dans une ferme aquatique. Je ne faisais pas grand-chose, je nettoyais les aquariums mais cela me plaisait pas mal. C’est le fait d’être peut-être avec les animaux encore une fois. Malheureusement, il ne m’a pas pris en CDI.

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Rosaline En 2007, j’ai remplacé une dame dans un centre commercial CHAMPION, j’y suis restée 2 semaines pour de la mise en rayon. Après, j’ai fait une formation dans le tri de déchets urbains. Pareil, je suis restée à peu près deux à trois mois puis, après, j’ai eu la chance de trouver un CDD qui s’est transformé en CDI. C’était encore du ménage dans un hôtel et j’ai mis fin à ce CDI parce que j’étais la seule femme de ménage et ils m’en demandaient de trop. Je me suis tapé un lumbago. Et puis, après, les reproches : un mois après on vous dit : “Tu nous as bien foutu dans la merde parce que, pendant que tu étais absente une ou deux semaines, je n’avais personne pour venir m’aider”. J’ai mal réfléchi et je suis partie en arrêtant le CDI encore une fois. Stéphanie Pryen - Et du ménage, vous en

avez fait beaucoup ?

Comme je vous le dis, je ne sais vraiment plus où donner de la tête, où chercher. Sophie - Oui : à l’usine, en maison de retraite,

en hôtel. En hôtel c’est quand vraiment je ne trouve pas d’emploi, mais là en hôtel je ne peux plus, je sature. Du ménage classique pas de souci. Quand c’est en maison de retraite mais pas en hôtellerie. En hôtellerie c’est trop de travail, on vous en demande trop, on peut tomber sur un hôtel où il n’y a pas beaucoup de femmes de ménage, c’est tout le temps les week-end, tout le temps travailler…vous n’avez pas de vie et il faut vraiment speeder pour faire les chambres. Ce n’est pas que cela me déplaît, mais c’est la cadence qu’on demande, c’est trop dur…Encore à Arras, le dernier emploi que j’ai eu en hôtellerie, ça allait au niveau des chambres parce que je pouvais faire 3 chambres de l’heure qu’avant j’étais à 6 chambres de l’heure et vous gagnez maximum 500. Moi je trouve que ça fait pas

grand-chose par rapport à ce que vous faites. Quand on vous demande de faire 6 chambres de l’heure, c’est 10 minutes par chambre, c’est vraiment peu, c’est une cadence soutenue. C’est vraiment un travail physique et moi, je trouve que 500 c’est pas cher payé, c’est ce que je gagnais. Vous êtes payé 6 chambres de l’heure, donc par exemple, vous avez 12 chambres et il faut qu’elles soient faites en 2h. Ce n’est pas possible. J’aimerais bien refaire une formation ou trouver un emploi où il y a des animaux. Je monte à cheval, c’est ma passion depuis mes 11 ans, j’avais vraiment envie de travailler avec des animaux parce que j’adore ça. Je suis peut-être butée mais c’est vrai qu’il n’y a que ça qui me motive. Je n’arrive pas à trouver une autre formation ou faire un autre métier qui pourrait me plaire. Franchement, je suis paumée et cela fait des années que je suis paumée. J’ai eu des rendez-vous avec la mission locale, puis au CIO où ils m’ont demandée ce qui me plairait. Ils m’ont bien écoutée et je leur ai expliqué un peu que j’aimerais bien retravailler avec les chevaux ou bien travailler avec un vétérinaire ou dans un centre animalier ou, encore à la limite, préparatrice en pharmacie, ou esthéticienne. Il aurait fallu passer le BAC parce que je n’ai pas mon BAC, donc 1 an pour avoir le BAC et seulement partir en formation et, pareil à l’âge que j’avais déjà, on m’a dit vous allez sortir de là vous allez avoir 26/27 ans, les gens vont vouloir quelqu’un de plus jeune parce qu’ils devront vous payer comme un salarié en stage, ils m’ont découragée. On m’a tout le temps découragée sur tout. Et pour les centres équestres, l’élevage, déjà dans la région il n’y en a pas beaucoup. Donc, si vous voulez, ils ont des palefreniers mais après ils ont des stagiaires qui sont en BEP comme j’ai fait par exemple mais qui ne sont pas payés et qui font le même travail que ce que je propose, donc forcément ils préfèrent prendre des stagiaires, leur apprendre sur le tas, ils sont tout le temps passionnés et puis ils ne les payent pas. Forcément, c’est plus intéressant pour eux.

Rosaline - J’ai fait un BEP sanitaire et social.

À la base, je voulais travailler avec des enfants et dans le lycée où j’étais, ils ont ouvert une nouvelle section de mention complémentaire d’aide à domicile. Comme cela se faisait en un an et que j’en avais marre de l’école, je l’ai faite. J’ai fait des stages et c’est pendant ces stages que j’ai trouvé mon boulot, comme auxiliaire de vie. Lors de mon dernier stage et comme c’était l’été, ils recrutaient, j’ai postulé puis ils m’ont prise et finalement ils m’ont gardée. Je suis en CDI. Moi à la base, je voulais aussi faire le BAC SMS (Sciences Médico-Sociales), donc en fin d’année, j’ai envoyé ma candidature. J’avais été prise mais j’avais la flemme d’y aller. Cela m’embêtait pour les transports : c’était à Beuvry. Étant donné que j’habite à Divion, je devais prendre un bus jusqu’à Bruay après un autre bus jusqu’à Béthune et encore après jusqu’à Beuvry, cela m’a découragée. Puis, comme la formation était dans le même lycée, je me suis dit : « Je ne vais pas changer ». Maintenant, je regrette. J’aurais bien aimé avoir le BAC parce qu’au niveau salaire, ça aurait été mieux. C’est con quoi ! J’étais jeune et j’ai pris la facilité.

Qu’est-ce que j’irais chercher ailleurs, j’ai un boulot et il y en a plein qui n’en ont pas...

Stéphanie Pryen - Comment cela va se passer maintenant avec ton bébé ?

et il gagnait 300 € et comme avec mes horaires ça collait pas pour les crèches, il fallait une assistante maternelle. Seulement la CAF verse pour un quota d’heures et cela n’aurait pas fonctionné, j’aurais dû mettre quand même de ma poche. Donc, mon copain a voulu arrêter de travailler jusqu’au mois de septembre jusqu’à ce que le petit soit un peu plus grand. Pour l’instant, c’est lui qui a arrêté de travailler.

Rosaline - C’est mon copain qui le garde. Moi

Stéphanie Pryen - Qu’est-ce que tu penses

je ne gagne pas beaucoup, juste 700 € par mois et mon copain, il a fait une formation

du projet « Travail au féminin ». Qu’est-ce que toi, t’as envie de dire là-dessus  ?

Rosaline - Moi, je ne peux pas dire que je

subis des discriminations, puisque moi, je fais un métier de femme. Au contraire, il vaut mieux être une femme pour être embauchée. Dans mon métier je travaille chez des personnes âgées et elles disent : « J’aimerais pas avoir un homme, si j’ai un homme, je ne le laisse pas entrer ». Après c’est clair ce n’est pas le métier génial. Mais bon, je ne me plains pas, j’ai un boulot. C’est déjà ça je me dis : « Qu’est-ce que j’irais chercher ailleurs, j’ai un boulot et il y en a plein qui n’en ont pas ».

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Carole Carole - Mes horaires, en fait c’était des

Carole - L’école dans l’ensemble, ça s’est

bien passé. J’ai arrêté à 18 ans. J’ai eu mon CAP ETC (Employé Technique des Collectivités), donc après je ne voyais pas l’utilité de continuer. Comme je l’ai eu tout juste, je me suis dit, je vais arrêter, j’en ai marre. Ensuite, j’ai voulu être dans le monde du travail. Tout le monde sait qu’après l’école il faut attendre un an de sortie d’école, donc je n’ai pas trouvé quelque chose tout de suite. Je suis arrivée au Foyer de Jeunes Travailleurs en 2001, j’ai fait des formations à droite à gauche, des remises à niveau, des DIP (Dynamique d’Insertion Professionnelle), des DPP (Définition de Projet Professionnel), tout ce que l’on peut faire ici et au bout de 4 ans que j’étais ici au foyer, j’ai commencé à travailler 2 ans et demi en auxiliaire de vie et ce métier me plaisait énormément. Mais c’est l’association employeuse qui ne me plaisait pas. Stéphanie Pryen - Tu peux me dire ce que

tu aimais dans le métier d’auxiliaire de vie ? Ce que tu faisais ? Carole - Etre avec les personnes âgées.

Je faisais les toilettes, le ménage, je leur faisais les courses, je leur rendais des petits services comme ça à droite à gauche. C’est le contact avec les personnes âgées que j’aimais. Stéphanie Pryen - Quand tu étais avec cette association, c’était quoi tes horaires.

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petits postes soit 7h-9h ; 9h-10h15 ; 10h1512h20 ; 12h20-13h. C’était tout le temps des petits horaires comme ça. Ce n’est pas facile non plus. Tu n’as pas le temps de rentrer manger, de te poser un peu, il faut tout de suite repartir ou alors il faut que tu t’achètes un sandwich. Donc c’est aussi des horaires qui m’ont énervée un peu. Moi j’aimerais bien travailler en MAPAD (Maison d’Accueil pour Personnes Âgées Dépendantes), en foyer, ou en structure, au moins les horaires sont fixes. Souvent je finissais à 19h. Enfin, le week-end, je prenais à 12h20 et je devais revenir le soir à 18h, donc ça va j’avais l’après-midi pour moi. Mais de 18h à 20h, tu rentres et tu es crevée. Et puis si tu n’as pas d’argent pour mettre de l’essence dans ton scooter pour aller travailler, ça fait un peu chier car tu peux pas faire les postes à pied : un coup c’est à Divion, après c’est à Houdain, après c’est à Bruay. Impossible de le faire à pied ou alors il faudrait qu’ils nous donnent des horaires juste sur Bruay. Stéphanie Pryen - Tu disais avec le contact des per­sonnes âgées il y avait des choses difficiles ? Carole - Oui, quand tu arrives chez les per-

sonnes âgées et qu’elles sont de mauvais poil et qu’elles t’engueulent à peine arrivée. Tu laisses tomber, tu leur parles, tu leur demandes ce qu’il se passe et une fois que tu les mets bien à l’aise, elles t’expliquent. Moi j’avais ma tactique. Stéphanie Pryen - C’est quoi ta tactique ? Carole - Je rentrais chez eux, je les laissais un peu, je leur préparais le café. Ils marmonnaient, je les laissais marmonner. Je buvais une tasse de café avec eux et tout doucement on parlait. Je leur demandais si la nuit s’était bien passée, s’ils n’avaient pas été malades, s’ils voulaient quelque chose à déjeuner et après ça venait tout seul. Il faut savoir parler et avoir un contact facile. De ce côté-là ça allait, peut-être pas avec tout le monde mais certains je les avais dans la poche.

Stéphanie Pryen - Il y a des choses qui étaient difficiles à faire ? Carole - Difficile à faire oui, les toilettes, quand tu arrives le matin et que tu dois faire les toilettes, la dame, plein de selles partout jusqu’en haut du dos, le matin c’est des hauts le cœur, c’est pas ce qui est le plus agréable. Ou alors quand tu arrives le matin, tu vois la personne âgée par terre, je panique à chaque fois. Stéphanie Pryen - ça t’est arrivé ? Carole - Oui, quand c’est comme ça, tu dois appeler les pompiers après avoir appelé une tutrice de la zone. Généralement, ce sont les pompiers qui arrivent avant. Quand la tutrice arrive, tu lui expliques tout et après elle prend tout en charge. Mais je ne travaillerais plus à courir comme ça tout le temps. ça épuise forcément. Stéphanie Pryen - Et quand tu étais auxi-

liaire de vie, c’était combien par mois? C’est pour avoir une idée, si tu ne veux pas me le dire...

Moi j’aimerais bien travailler en foyer ou en structure, au moins les horaires sont fixes. Carole - Si, si, je rigole parce que je n’avais jamais touché si peu. Franchement pour un métier... auxiliaire de vie... 350 euros.... Ca montait, ça descendait, donc mon salaire n’était jamais fiable. Je pouvais toucher 350 comme 500 euros, c’était jamais pareil. C’était selon le nombre d’heures que je faisais. Jamais plus que 20h. C’est mon contrat qui était comme ça. Un CAE (Contrat d’Accompagnement dans l’Emploi) c’est 20h par semaine.

«je me sens bien au fjt, j’ai des amis et je suis entourée par les éducateurs... mais je dois partir car ça fait 6 ans que je suis ici. Si j’ai un problème je sais que je peux parler aux éducateurs. Je n’ai pas envie de le faire avec ma famille, qu’ils se disent - carole elle ne va pas bien. Quand je vais voir ma famille, j’ai un grand sourire, mes problèmes je les garde pour moi».

Moi j’ai ma pote qui travaille en tant qu’électricienne, je lui ai dit électricienne c’est pour un mec pas pour une femme. Elle aime bien toucher à tout ce qui est lampes, prises de courant. Je ne me vois pas électricienne, je ne prendrai jamais le travail d’un mec. Carole, 26 ans, en recherche d’emploi, Bruay-la-Buissière

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Carole Carole - Mes horaires, en fait c’était des

Carole - L’école dans l’ensemble, ça s’est

bien passé. J’ai arrêté à 18 ans. J’ai eu mon CAP ETC (Employé Technique des Collectivités), donc après je ne voyais pas l’utilité de continuer. Comme je l’ai eu tout juste, je me suis dit, je vais arrêter, j’en ai marre. Ensuite, j’ai voulu être dans le monde du travail. Tout le monde sait qu’après l’école il faut attendre un an de sortie d’école, donc je n’ai pas trouvé quelque chose tout de suite. Je suis arrivée au Foyer de Jeunes Travailleurs en 2001, j’ai fait des formations à droite à gauche, des remises à niveau, des DIP (Dynamique d’Insertion Professionnelle), des DPP (Définition de Projet Professionnel), tout ce que l’on peut faire ici et au bout de 4 ans que j’étais ici au foyer, j’ai commencé à travailler 2 ans et demi en auxiliaire de vie et ce métier me plaisait énormément. Mais c’est l’association employeuse qui ne me plaisait pas. Stéphanie Pryen - Tu peux me dire ce que

tu aimais dans le métier d’auxiliaire de vie ? Ce que tu faisais ? Carole - Etre avec les personnes âgées.

Je faisais les toilettes, le ménage, je leur faisais les courses, je leur rendais des petits services comme ça à droite à gauche. C’est le contact avec les personnes âgées que j’aimais. Stéphanie Pryen - Quand tu étais avec cette association, c’était quoi tes horaires.

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petits postes soit 7h-9h ; 9h-10h15 ; 10h1512h20 ; 12h20-13h. C’était tout le temps des petits horaires comme ça. Ce n’est pas facile non plus. Tu n’as pas le temps de rentrer manger, de te poser un peu, il faut tout de suite repartir ou alors il faut que tu t’achètes un sandwich. Donc c’est aussi des horaires qui m’ont énervée un peu. Moi j’aimerais bien travailler en MAPAD (Maison d’Accueil pour Personnes Âgées Dépendantes), en foyer, ou en structure, au moins les horaires sont fixes. Souvent je finissais à 19h. Enfin, le week-end, je prenais à 12h20 et je devais revenir le soir à 18h, donc ça va j’avais l’après-midi pour moi. Mais de 18h à 20h, tu rentres et tu es crevée. Et puis si tu n’as pas d’argent pour mettre de l’essence dans ton scooter pour aller travailler, ça fait un peu chier car tu peux pas faire les postes à pied : un coup c’est à Divion, après c’est à Houdain, après c’est à Bruay. Impossible de le faire à pied ou alors il faudrait qu’ils nous donnent des horaires juste sur Bruay. Stéphanie Pryen - Tu disais avec le contact des per­sonnes âgées il y avait des choses difficiles ? Carole - Oui, quand tu arrives chez les per-

sonnes âgées et qu’elles sont de mauvais poil et qu’elles t’engueulent à peine arrivée. Tu laisses tomber, tu leur parles, tu leur demandes ce qu’il se passe et une fois que tu les mets bien à l’aise, elles t’expliquent. Moi j’avais ma tactique. Stéphanie Pryen - C’est quoi ta tactique ? Carole - Je rentrais chez eux, je les laissais un peu, je leur préparais le café. Ils marmonnaient, je les laissais marmonner. Je buvais une tasse de café avec eux et tout doucement on parlait. Je leur demandais si la nuit s’était bien passée, s’ils n’avaient pas été malades, s’ils voulaient quelque chose à déjeuner et après ça venait tout seul. Il faut savoir parler et avoir un contact facile. De ce côté-là ça allait, peut-être pas avec tout le monde mais certains je les avais dans la poche.

Stéphanie Pryen - Il y a des choses qui étaient difficiles à faire ? Carole - Difficile à faire oui, les toilettes, quand tu arrives le matin et que tu dois faire les toilettes, la dame, plein de selles partout jusqu’en haut du dos, le matin c’est des hauts le cœur, c’est pas ce qui est le plus agréable. Ou alors quand tu arrives le matin, tu vois la personne âgée par terre, je panique à chaque fois. Stéphanie Pryen - ça t’est arrivé ? Carole - Oui, quand c’est comme ça, tu dois appeler les pompiers après avoir appelé une tutrice de la zone. Généralement, ce sont les pompiers qui arrivent avant. Quand la tutrice arrive, tu lui expliques tout et après elle prend tout en charge. Mais je ne travaillerais plus à courir comme ça tout le temps. ça épuise forcément. Stéphanie Pryen - Et quand tu étais auxi-

liaire de vie, c’était combien par mois? C’est pour avoir une idée, si tu ne veux pas me le dire...

Moi j’aimerais bien travailler en foyer ou en structure, au moins les horaires sont fixes. Carole - Si, si, je rigole parce que je n’avais jamais touché si peu. Franchement pour un métier... auxiliaire de vie... 350 euros.... Ca montait, ça descendait, donc mon salaire n’était jamais fiable. Je pouvais toucher 350 comme 500 euros, c’était jamais pareil. C’était selon le nombre d’heures que je faisais. Jamais plus que 20h. C’est mon contrat qui était comme ça. Un CAE (Contrat d’Accompagnement dans l’Emploi) c’est 20h par semaine.

«je me sens bien au fjt, j’ai des amis et je suis entourée par les éducateurs... mais je dois partir car ça fait 6 ans que je suis ici. Si j’ai un problème je sais que je peux parler aux éducateurs. Je n’ai pas envie de le faire avec ma famille, qu’ils se disent - carole elle ne va pas bien. Quand je vais voir ma famille, j’ai un grand sourire, mes problèmes je les garde pour moi».

Moi j’ai ma pote qui travaille en tant qu’électricienne, je lui ai dit électricienne c’est pour un mec pas pour une femme. Elle aime bien toucher à tout ce qui est lampes, prises de courant. Je ne me vois pas électricienne, je ne prendrai jamais le travail d’un mec. Carole, 26 ans, en recherche d’emploi, Bruay-la-Buissière

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Marie-Line, Nathalie, Carole, Marie-Thérèse, Nadine, Béatrice, Odile, Rosaline.


Marie-Line, Nathalie, Carole, Marie-Thérèse, Nadine, Béatrice, Odile, Rosaline.


Portraits photographiques de Marie-Noëlle Boutin avec des femmes de Béthune, Bouvigny-Boyeffles, Bruay-la-Buissière et Calonne-Ricouart 


Portraits photographiques de Marie-Noëlle Boutin avec des femmes de Béthune, Bouvigny-Boyeffles, Bruay-la-Buissière et Calonne-Ricouart 


Entretien collectif avec des ouvrières d’une blanchisserie industrielle. Stéphanie Pryen - On parle beaucoup des

difficultés mais est-ce qu’il y a quand même quelque chose qui vous intéresse dans ce travail, dans cette entreprise ? Ouvrières - Avant peut-être. Du temps de

l’ancien patron, c’est vrai qu’il y avait une meilleure ambiance. Les gens venaient travailler avec le sourire. - Avant, on effectuait un travail de qualité, donc c’était motivant. Là, depuis que la boîte a été rachetée par un grand groupe, les filles sont déboussolées car on ne voit que la production, que l’enrichissement, la vitesse, la quantité, dans de sales conditions. - Mais la qualité, on en a rien à faire. Le tiroir caisse il est là c’est le client. - Non la qualité elle n’y est plus. On rend du boulot dégeulasse. Plus blanc que nous, ce n’est pas dur... - Avant, les filles étaient contentes de venir travailler parce qu’il y avait une ambiance, une qualité. Il était hors de question qu’un client soit mal servi, maintenant ils s’en fichent un peu de tout ça. Eux du moment que c’est servi et payé, même si le client râle, je ne sais même pas si ça leur fait quelque chose. - Ils nous disent : « Il faut suivre, ce n’est plus comme avant, quand c’était des petites entreprises familiales où on faisait ça comme il faut ; mais maintenant il faut faire attention aux marchés, à la concurrence... » - Il n’y a plus que ça qui compte. - La pression est constante, bon là ça s’est calmé un peu, on avait mis le holà du côté VT (Vêtement de Travail) mais à un moment, il fallait relever les compteurs toutes les heures pour voir combien de pièces on avait fait. - Je ne comprends pas qu’il n’y ait pas plus d’accidents de travail que ça.

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- Ce qui se passe quand même dans ce secteur là, à l’arrivée du linge sale, moi je trouve qu’il y a énormément de manque de place, elles sont trop serrées, elles travaillent dans un petit espace, et alors sans commodité, la chaleur, le bruit…

« Au syndicat, quand on décide un truc, on va pas lâcher. On en retire une fierté. » - Il y a trois mottey et une sorte de cage pour mettre le linge, et une sorte de compteur, quand elle passe le linge devant, ça compte. Les petits draps, les grands draps, les taies (il y a deux sortes de taies), les éponges, les bains, les tapis... Il y a une barrière pour séparer avec l’autre à côté. Alors ça fait qu’il y a le mottey et qu’il y a juste la place entre la barrière et la cage qui compte, alors quand elle a besoin de prendre le troisième mottey, il faut qu’elle bouge les deux premiers pour pouvoir sortir. Il n’y a pas de place. - C’est beaucoup de manipulations pour rien. - Les personnes sont habituées, elles essayent de bien manipuler. Elles pourraient se blesser, se cogner. Je ne sais pas comment elles font pour travailler là-dessus, elles ont un pupitre pas plus grand que le bureau pour se retourner. - Et il y a aussi les sacs remplis, alors quand elles doivent tirer les sacs bourrés, il y a eu des gens qui se sont blessés. C’est-à-dire un sac de linge sale, je crois que le poids normal pour une femme doit être d’une vingtaine de kilos, un petit peu plus lorsque c’est un homme qui soulève. Ces sacs souvent, ils sont surchargés parce que le client comme il n’a peut-être pas d’autre sac, il bourre celui qu’il a.

- Et puis c’est mouillé à l’intérieur. Le fait que ce soit serré et mouillé ça fait du poids en plus.
 - Donc moi, j’avais déjà vu avec la direction, je sais que ça se fait, des espèces de petits piliers où l’on accroche le sac et la fille, elle le prend au cul, elle a juste à le basculer. Mais là, elle est obligée de le porter parce qu’on a des barquettes avec des ressorts. Avec les ressorts, les barquettes au départ sont surélevées mais une fois qu’elle prend son linge, ça redescend. Mais il faut tout de même prendre le sac pour le basculer. Ce ne sont pas des conditions de travail. Mais de toute façon, la direction ne veut rien faire. - La fille en VT qui met sur cintre doit en faire 300 à l’heure, c’est la norme. 300 accrochages à l’heure, pendant 7 heures. Stéphanie Pryen - Il y a des postes qui sont mieux payés que d’autres ? Ouvrières : Non, on est tous au même salaire.

- Ce qui n’est pas normal car on est tous à des coefficients différents. Ça aussi c’est un truc que l’on devrait revoir mais on a tellement de boulot. - Une jeune va arriver elle va toucher la même chose. Moi ça fait 33 ans que je suis là, on a pas de prime d’ancienneté, pas de sous. - Et c’est nous, par moment, qui formons les personnes en plus. - Au mois de janvier 2010 normalement on est augmenté, de 1%... mais enfin, les augmentations c’est terrible chez nous, les primes c’est 10 euros brut. - C’est l’aumône. - On n’a pas de reconnaissance sur ce qu’on apporte à la société. - Il faut savoir que la majorité des femmes chez nous sont seules avec des enfants. Au

Distribution des tracts devant l’usine. Nathalie et Danièle rappellent l’ordre du jour : la mobilisation unitaire du 1er Mai.

niveau social ce sont des gens qui ont peu de moyens car elles gagnent le SMIC. Certaines ne manquent jamais car elles ne peuvent pas se le permettre. Si elles sont malades, elles piochent sur une journée où elles ont fait des heures. Pour certaines personnes c’est plus que vital. Certaines femmes sont seules, divorcées, elles ont racheté leur maison. On est dans un contexte de femmes où un sou c’est un sou. Elles travaillent et sont seules avec 3 enfants. Il y a tout à penser, le travail, le quotidien, la maison, le ménage, les courses, la bouffe... Pour une femme c’est quand même des grosses journées. - Et on a le syndicat en plus. - Moi le syndicat, les recherches, le droit, ça

me plaît. Sans quoi, on ne le ferait pas, ce n’est pas forcé.

- Au bout du compte on sait qu’il y a quelque chose qui va se faire.

- Une fois sur deux c’est elle qui vient à la maison, on est tranquille pour travailler, on fait nos recherches, nos tracts, nos courriers, on se mange une petite pizza après.

- Par exemple, pour les congés, on est fières, parce que j’ai passé mon après-midi à faire des recherches et on a eu gain de cause. Je lui ai mis ça sous son nez au directeur et il a dû reculer. J’en retire une fierté en fin de compte.

- Oui on se fait une petite bouffe à la maison, on est entre filles, voilà. On s’organise comme ça. - On a un point commun, c’est que ça nous plaît. - On est droites toutes les deux.

- Non, on ne le fait pas parce qu’on doit le faire, on le fait avec plaisir. - Ce qu’on fait là, c’est pour le travail, mais ça nous donne un sentiment d’utilité. On en retire de la satisfaction.

- Oui, quand on décide un truc, on ne va pas lâcher.

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Entretien collectif avec des ouvrières d’une blanchisserie industrielle. Stéphanie Pryen - On parle beaucoup des

difficultés mais est-ce qu’il y a quand même quelque chose qui vous intéresse dans ce travail, dans cette entreprise ? Ouvrières - Avant peut-être. Du temps de

l’ancien patron, c’est vrai qu’il y avait une meilleure ambiance. Les gens venaient travailler avec le sourire. - Avant, on effectuait un travail de qualité, donc c’était motivant. Là, depuis que la boîte a été rachetée par un grand groupe, les filles sont déboussolées car on ne voit que la production, que l’enrichissement, la vitesse, la quantité, dans de sales conditions. - Mais la qualité, on en a rien à faire. Le tiroir caisse il est là c’est le client. - Non la qualité elle n’y est plus. On rend du boulot dégeulasse. Plus blanc que nous, ce n’est pas dur... - Avant, les filles étaient contentes de venir travailler parce qu’il y avait une ambiance, une qualité. Il était hors de question qu’un client soit mal servi, maintenant ils s’en fichent un peu de tout ça. Eux du moment que c’est servi et payé, même si le client râle, je ne sais même pas si ça leur fait quelque chose. - Ils nous disent : « Il faut suivre, ce n’est plus comme avant, quand c’était des petites entreprises familiales où on faisait ça comme il faut ; mais maintenant il faut faire attention aux marchés, à la concurrence... » - Il n’y a plus que ça qui compte. - La pression est constante, bon là ça s’est calmé un peu, on avait mis le holà du côté VT (Vêtement de Travail) mais à un moment, il fallait relever les compteurs toutes les heures pour voir combien de pièces on avait fait. - Je ne comprends pas qu’il n’y ait pas plus d’accidents de travail que ça.

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- Ce qui se passe quand même dans ce secteur là, à l’arrivée du linge sale, moi je trouve qu’il y a énormément de manque de place, elles sont trop serrées, elles travaillent dans un petit espace, et alors sans commodité, la chaleur, le bruit…

« Au syndicat, quand on décide un truc, on va pas lâcher. On en retire une fierté. » - Il y a trois mottey et une sorte de cage pour mettre le linge, et une sorte de compteur, quand elle passe le linge devant, ça compte. Les petits draps, les grands draps, les taies (il y a deux sortes de taies), les éponges, les bains, les tapis... Il y a une barrière pour séparer avec l’autre à côté. Alors ça fait qu’il y a le mottey et qu’il y a juste la place entre la barrière et la cage qui compte, alors quand elle a besoin de prendre le troisième mottey, il faut qu’elle bouge les deux premiers pour pouvoir sortir. Il n’y a pas de place. - C’est beaucoup de manipulations pour rien. - Les personnes sont habituées, elles essayent de bien manipuler. Elles pourraient se blesser, se cogner. Je ne sais pas comment elles font pour travailler là-dessus, elles ont un pupitre pas plus grand que le bureau pour se retourner. - Et il y a aussi les sacs remplis, alors quand elles doivent tirer les sacs bourrés, il y a eu des gens qui se sont blessés. C’est-à-dire un sac de linge sale, je crois que le poids normal pour une femme doit être d’une vingtaine de kilos, un petit peu plus lorsque c’est un homme qui soulève. Ces sacs souvent, ils sont surchargés parce que le client comme il n’a peut-être pas d’autre sac, il bourre celui qu’il a.

- Et puis c’est mouillé à l’intérieur. Le fait que ce soit serré et mouillé ça fait du poids en plus.
 - Donc moi, j’avais déjà vu avec la direction, je sais que ça se fait, des espèces de petits piliers où l’on accroche le sac et la fille, elle le prend au cul, elle a juste à le basculer. Mais là, elle est obligée de le porter parce qu’on a des barquettes avec des ressorts. Avec les ressorts, les barquettes au départ sont surélevées mais une fois qu’elle prend son linge, ça redescend. Mais il faut tout de même prendre le sac pour le basculer. Ce ne sont pas des conditions de travail. Mais de toute façon, la direction ne veut rien faire. - La fille en VT qui met sur cintre doit en faire 300 à l’heure, c’est la norme. 300 accrochages à l’heure, pendant 7 heures. Stéphanie Pryen - Il y a des postes qui sont mieux payés que d’autres ? Ouvrières : Non, on est tous au même salaire.

- Ce qui n’est pas normal car on est tous à des coefficients différents. Ça aussi c’est un truc que l’on devrait revoir mais on a tellement de boulot. - Une jeune va arriver elle va toucher la même chose. Moi ça fait 33 ans que je suis là, on a pas de prime d’ancienneté, pas de sous. - Et c’est nous, par moment, qui formons les personnes en plus. - Au mois de janvier 2010 normalement on est augmenté, de 1%... mais enfin, les augmentations c’est terrible chez nous, les primes c’est 10 euros brut. - C’est l’aumône. - On n’a pas de reconnaissance sur ce qu’on apporte à la société. - Il faut savoir que la majorité des femmes chez nous sont seules avec des enfants. Au

Distribution des tracts devant l’usine. Nathalie et Danièle rappellent l’ordre du jour : la mobilisation unitaire du 1er Mai.

niveau social ce sont des gens qui ont peu de moyens car elles gagnent le SMIC. Certaines ne manquent jamais car elles ne peuvent pas se le permettre. Si elles sont malades, elles piochent sur une journée où elles ont fait des heures. Pour certaines personnes c’est plus que vital. Certaines femmes sont seules, divorcées, elles ont racheté leur maison. On est dans un contexte de femmes où un sou c’est un sou. Elles travaillent et sont seules avec 3 enfants. Il y a tout à penser, le travail, le quotidien, la maison, le ménage, les courses, la bouffe... Pour une femme c’est quand même des grosses journées. - Et on a le syndicat en plus. - Moi le syndicat, les recherches, le droit, ça

me plaît. Sans quoi, on ne le ferait pas, ce n’est pas forcé.

- Au bout du compte on sait qu’il y a quelque chose qui va se faire.

- Une fois sur deux c’est elle qui vient à la maison, on est tranquille pour travailler, on fait nos recherches, nos tracts, nos courriers, on se mange une petite pizza après.

- Par exemple, pour les congés, on est fières, parce que j’ai passé mon après-midi à faire des recherches et on a eu gain de cause. Je lui ai mis ça sous son nez au directeur et il a dû reculer. J’en retire une fierté en fin de compte.

- Oui on se fait une petite bouffe à la maison, on est entre filles, voilà. On s’organise comme ça. - On a un point commun, c’est que ça nous plaît. - On est droites toutes les deux.

- Non, on ne le fait pas parce qu’on doit le faire, on le fait avec plaisir. - Ce qu’on fait là, c’est pour le travail, mais ça nous donne un sentiment d’utilité. On en retire de la satisfaction.

- Oui, quand on décide un truc, on ne va pas lâcher.

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Points de repères Rapide historique sur le travail des femmes au XXe siècle Jérémy Hammerton Professeur certifié en histoire-géographie Doctorant

Quelle que soit la période de l’Histoire, les femmes ont toujours exercé un travail, que ce soit au foyer ou hors du cadre familial. Le XXe siècle, marqué par les secousses politiques, les chocs idéologiques, des contextes sociaux différents, ont amené les femmes à avoir une place différente et, par conséquent, des activités qui ont évolué selon les périodes. La première guerre mondiale représente un bouleversement de la place des femmes dans la société française. Au départ de leur mari pour le front, de nombreuses femmes se retrouvent sans ressource. Les aides versées par l’État n’étant pas suffisantes pour subvenir à leurs besoins, beaucoup d’entre elles sont contraintes de chercher un emploi. Dès 1915, l’État incite les industriels à employer de la main d’œuvre féminine. Dans la métallurgie, la proportion de femme passe de 5 % avant la guerre à 30 % en 1918 ! Mais l’emploi de la main d’œuvre féminine dans les usines de guerre nécessite une réorganisation du travail : modernisation de l’outillage et accentuation de la division du travail. La guerre totale a nécessité de mobiliser les femmes pour maintenir l’économie pendant le conflit. Cependant, les années 1914-1918 ne constituent qu’une parenthèse dans l’histoire du travail des femmes. À la fin de la guerre, on assiste à un renforcement des rôles traditionnels d’épouses et de mères. Alors que pendant les années de guerre les femmes ont pu accéder à des postes qui leur étaient inaccessibles auparavant, dès novembre 1918 les ouvrières des usines de guerre font l’objet de licenciements massifs. Cependant, une partie de ces emplois sont maintenus car, du fait de la nouvelle organisation du travail, ils s’avèrent plus rentables. L’entre-deux-guerres accentue la tertiarisation du travail féminin. Dès la Première Guerre Mondiale, les femmes avaient remplacé les hommes à bon nombre de postes dans l’administration. Dans l’enseignement, par exemple, les femmes étaient autorisées à enseigner dans des écoles de garçons… L’entrée des femmes dans le tertiaire ne provoque pas (ou peu), contrairement à l’industrie, de compétition entre hommes et femmes pour les mêmes postes même si la crainte d’une

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concurrence subsiste. Les autres professions typiquement féminines qui se développent et prospèrent durant l’entredeux-guerres, sont celles qui sont intimement liées au rôle de mère. Les métiers de l’enseignement, infirmière et assistante sociale seraient donc basés sur les qualités « naturelles » attribuées aux femmes. La crise des années Trente provoque une augmentation du chômage féminin : les femmes sont de nouveau exclues des professions qu’elles avaient pu atteindre. Une politique d’incitation de retour au foyer s’engage. Ces mesures d’incitation peuvent prendre différentes formes : des allocations (ou compensations financières) versées aux femmes ouvrières qui quitteraient leur emploi pour se consacrer à leur foyer, augmentation de salaire des hommes dont la femme est au foyer, diminution du nombre de postes mis au concours pour les femmes dans l’administration… Le gouvernement de Vichy accentue ce retour de la femme au foyer. En 1940, un projet réglementant le travail des femmes fait état de « la vocation reproductrice des femmes et des restrictions législatives du travail féminin ». Le gouvernement interdit l’embauche des femmes mariées, congédie les mères de plus de trois enfants dont le mari travaille, et met à la retraite les femmes de plus de 50 ans. La famille est considérée comme l’unité organique de base du fonctionnement de la société (« Travail, Famille, Patrie ») et une intense propagande s’installe, accompagnée d’une répression accrue de l’avortement, du divorce... Dès la Libération et jusqu’à la fin des Trente Glorieuses, la pénurie de main d’œuvre stimule le travail des femmes. Alors que bon nombre d’entre elles travaillaient dans l’agriculture en 1945, on observe que ce secteur est en recul, alors que le tertiaire est, lui, le secteur qui offre le plus de débouchés pour les femmes. Cependant, le nombre de femmes ayant des postes de cadre supérieur reste minime ; la majorité des femmes sont de simples employées ou, si elles sont cadres moyens, c’est qu’elles occupent des places d’institutrices. Les années 50 et 60 sont à la fois considérées comme l’âge d’or de la famille et de la femme au foyer, mais elles voient, aussi, l’augmentation du nombre de femmes mariées et de mères de familles sur le marché du travail. Cependant, le modèle de référence féminin reste encore celui de la femme au foyer.

Dans les milieux aisés, une femme au foyer est la marque de la réussite sociale du mari. Dans les classes moyennes et les milieux populaires, l’activité féminine permet à la famille de vivre plus aisément. à la fin du XXe siècle, la situation des hommes et des femmes en matière d’activité professionnelle s’est fortement rapprochée. Aujourd’hui, les inégalités concernent moins les différences entre emplois féminins et emplois masculins même si certaines d’entre elles existent encore, mais on observe qu’un fossé se creuse entre les femmes, elles-mêmes. Les inégalités ne se mesurent pas simplement en terme de qualification et de salaire, mais aussi en terme d’accès au marché du travail et du type d’emploi.

Bibliographie indicative : Bard Christine, Les femmes dans la société française du 20e siècle, A. Colin, 2001 Battagliola Françoise, Histoire du travail des femmes, La Découverte, 2004 Duby Georges et Perrot Michelle (dir.), Histoire des femmes en Occident, Plon, 1991 Schweitzer Sylvie, Les femmes ont toujours travaillé. Une histoire du travail des femmes aux XIXe et XXe siècles, Odile Jacob, 2002 Veillon Dominique, “la vie quotidienne des femmes” in Vichy et les Français (dir. Jean-Pierre Azéma et François Bédarida, Fayard, 1992


Points de repères Rapide historique sur le travail des femmes au XXe siècle Jérémy Hammerton Professeur certifié en histoire-géographie Doctorant

Quelle que soit la période de l’Histoire, les femmes ont toujours exercé un travail, que ce soit au foyer ou hors du cadre familial. Le XXe siècle, marqué par les secousses politiques, les chocs idéologiques, des contextes sociaux différents, ont amené les femmes à avoir une place différente et, par conséquent, des activités qui ont évolué selon les périodes. La première guerre mondiale représente un bouleversement de la place des femmes dans la société française. Au départ de leur mari pour le front, de nombreuses femmes se retrouvent sans ressource. Les aides versées par l’État n’étant pas suffisantes pour subvenir à leurs besoins, beaucoup d’entre elles sont contraintes de chercher un emploi. Dès 1915, l’État incite les industriels à employer de la main d’œuvre féminine. Dans la métallurgie, la proportion de femme passe de 5 % avant la guerre à 30 % en 1918 ! Mais l’emploi de la main d’œuvre féminine dans les usines de guerre nécessite une réorganisation du travail : modernisation de l’outillage et accentuation de la division du travail. La guerre totale a nécessité de mobiliser les femmes pour maintenir l’économie pendant le conflit. Cependant, les années 1914-1918 ne constituent qu’une parenthèse dans l’histoire du travail des femmes. À la fin de la guerre, on assiste à un renforcement des rôles traditionnels d’épouses et de mères. Alors que pendant les années de guerre les femmes ont pu accéder à des postes qui leur étaient inaccessibles auparavant, dès novembre 1918 les ouvrières des usines de guerre font l’objet de licenciements massifs. Cependant, une partie de ces emplois sont maintenus car, du fait de la nouvelle organisation du travail, ils s’avèrent plus rentables. L’entre-deux-guerres accentue la tertiarisation du travail féminin. Dès la Première Guerre Mondiale, les femmes avaient remplacé les hommes à bon nombre de postes dans l’administration. Dans l’enseignement, par exemple, les femmes étaient autorisées à enseigner dans des écoles de garçons… L’entrée des femmes dans le tertiaire ne provoque pas (ou peu), contrairement à l’industrie, de compétition entre hommes et femmes pour les mêmes postes même si la crainte d’une

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concurrence subsiste. Les autres professions typiquement féminines qui se développent et prospèrent durant l’entredeux-guerres, sont celles qui sont intimement liées au rôle de mère. Les métiers de l’enseignement, infirmière et assistante sociale seraient donc basés sur les qualités « naturelles » attribuées aux femmes. La crise des années Trente provoque une augmentation du chômage féminin : les femmes sont de nouveau exclues des professions qu’elles avaient pu atteindre. Une politique d’incitation de retour au foyer s’engage. Ces mesures d’incitation peuvent prendre différentes formes : des allocations (ou compensations financières) versées aux femmes ouvrières qui quitteraient leur emploi pour se consacrer à leur foyer, augmentation de salaire des hommes dont la femme est au foyer, diminution du nombre de postes mis au concours pour les femmes dans l’administration… Le gouvernement de Vichy accentue ce retour de la femme au foyer. En 1940, un projet réglementant le travail des femmes fait état de « la vocation reproductrice des femmes et des restrictions législatives du travail féminin ». Le gouvernement interdit l’embauche des femmes mariées, congédie les mères de plus de trois enfants dont le mari travaille, et met à la retraite les femmes de plus de 50 ans. La famille est considérée comme l’unité organique de base du fonctionnement de la société (« Travail, Famille, Patrie ») et une intense propagande s’installe, accompagnée d’une répression accrue de l’avortement, du divorce... Dès la Libération et jusqu’à la fin des Trente Glorieuses, la pénurie de main d’œuvre stimule le travail des femmes. Alors que bon nombre d’entre elles travaillaient dans l’agriculture en 1945, on observe que ce secteur est en recul, alors que le tertiaire est, lui, le secteur qui offre le plus de débouchés pour les femmes. Cependant, le nombre de femmes ayant des postes de cadre supérieur reste minime ; la majorité des femmes sont de simples employées ou, si elles sont cadres moyens, c’est qu’elles occupent des places d’institutrices. Les années 50 et 60 sont à la fois considérées comme l’âge d’or de la famille et de la femme au foyer, mais elles voient, aussi, l’augmentation du nombre de femmes mariées et de mères de familles sur le marché du travail. Cependant, le modèle de référence féminin reste encore celui de la femme au foyer.

Dans les milieux aisés, une femme au foyer est la marque de la réussite sociale du mari. Dans les classes moyennes et les milieux populaires, l’activité féminine permet à la famille de vivre plus aisément. à la fin du XXe siècle, la situation des hommes et des femmes en matière d’activité professionnelle s’est fortement rapprochée. Aujourd’hui, les inégalités concernent moins les différences entre emplois féminins et emplois masculins même si certaines d’entre elles existent encore, mais on observe qu’un fossé se creuse entre les femmes, elles-mêmes. Les inégalités ne se mesurent pas simplement en terme de qualification et de salaire, mais aussi en terme d’accès au marché du travail et du type d’emploi.

Bibliographie indicative : Bard Christine, Les femmes dans la société française du 20e siècle, A. Colin, 2001 Battagliola Françoise, Histoire du travail des femmes, La Découverte, 2004 Duby Georges et Perrot Michelle (dir.), Histoire des femmes en Occident, Plon, 1991 Schweitzer Sylvie, Les femmes ont toujours travaillé. Une histoire du travail des femmes aux XIXe et XXe siècles, Odile Jacob, 2002 Veillon Dominique, “la vie quotidienne des femmes” in Vichy et les Français (dir. Jean-Pierre Azéma et François Bédarida, Fayard, 1992


« Pour me mettre des barrières, il faut s’accrocher » Stéphanie Varlet, 30 ans, n’aime pas rester les bras croisés. La secrétaire générale de l’Union Locale de la CGT à Béthune veut toujours « faire des choses utiles ». Stéphanie Varlet est comme chez elle, rue de Lille. À la Maison des syndicats de Béthune, la CGT occupe un espace plutôt exigu. Le bâtiment, ancien moulin à tabac, est à la limite de l’insalubrité. Stéphanie est la secrétaire générale de l’union locale. On ne trouve pas souvent des femmes, jeunes qui plus est, à ces responsabilités. Dans cet univers majoritairement masculin, Stéphanie se sent bien. Il y a la vie du syndicat, l’accueil des salariés qui viennent à la permanence, les manifestations à préparer, etc. Les journées sont doubles pour la jeune femme, qui est par ailleurs employée au Moulin de Saint-Aubert à Beuvry (boulangerie industrielle de 55 salariés), comme responsable des achats. Une boîte qui tourne bien et où la vie militante de Stéphanie Varlet a débuté. Elle est née près d’Hénin-Beaumont, dans une famille où la politique, « on n’en parlait pas tous les midis à table », commente Stéphanie. Mais la mère et la fille manifestent ensemble lors de grands rassemblements. Les Moulins de Saint-Aubert, Stéphanie Varlet les intègre après ses études, « officiellement » comme assistante administrative et commerciale, mais devient vite « officieusement » responsable des achats. Elle se souvient : « C’est venu grâce à mon patron de l’époque si je suis arrivée à la CGT ! Il m’a demandé de devenir secrétaire du CE. Je rédigeais les comptes-rendus et le patron me corrigeait… Avec toutes ces magouilles, je me suis intéressée aux élections du personnel. Mon patron m’a dit : « Pas de problème ». Puis, finalement, il m’a mise dans un placard, aux archives ! Deux recommandés ont suffi et j’ai retrouvé ma place ». Lors de ces élections du personnel, elle découvre la CGT. Première rencontre avec Jacques Delelis qui, avec Jean-Paul Ferté (actuel président du Conseil des Prud’hommes de Béthune), est un des « dinosaures » de la CGT, comme les militants les

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appellent. Et un peu ses parrains de syndicalisme : c’est eux qui vont la pousser et la former comme déléguée syndicale. Stéphanie Varlet est sans cesse à courir après un but, à donner un sens à ce qu’elle fait : « Quand je m’engage, je le fais ! », c’est son credo, et elle aime à le répéter. Elle se marre : « L’égalité, on l’a voulue, je la garde ! Je ne veux pas être dépendante du bonhomme ». Le 29 avril, avec son compagnon et deux copains, elle est partie en Côte d’Ivoire. Elle a raté la manif du 1er mai, mais c’est pour une autre bonne cause. Le groupe a apporté des fournitures scolaires à une école, dans la brousse. C’est la deuxième fois qu’elle part dans cette école qui accueille aujourd’hui 150 enfants. Elle fait le pari de l’éducation et du savoir. Ils ont emporté environ 200 kilos de matériel : ardoises, stylos, feutres… « Quand j’ai une idée en tête, j’y vais ! » Comme pendant les négociations annuelles qu’elle mène au sein de l’entreprise : « Toujours un temps fort », note-t-elle. En 2009, connaissant les bons chiffres de l’entreprise, pas question d’accepter l’augmentation de 1%. « On se dit qu’on va ressouder les barrières devant l’usine, comme en 2007 ! » De toute façon, la lutte syndicale, « c’est un combat perpétuel : la sécurité, les horaires… »

Avec Jacques Delelis, un de ses parrains à la CGT, pendant la manifestation du 19 mars 2009 à Béthune. Les salariés de l’usine Bosal formaient la tête du cortège. Stéphanie Varlet en avril 2009, au local de l’Union Locale CGT, à Béthune.

On a toujours une chance de croiser Stéphanie dans la rue de Lille. « Il n’y a pas une journée sans que je ne passe ici ». Allers-retours Moulins de SaintAubert, maison, CGT avec les déplacements à Paris, à Arras et à Lille, le rythme est soutenu. Pas de problème pour Stéphanie. Et si la famille s’agrandit ? « Ça changera forcément un peu. Mais pas du tout au tout, je serai toujours militante ! » Il n’est pas question de concevoir la maternité comme un frein. « La femme a des barrières naturellement. Mais moi, pour me mettre des barrières… » Dorothée Caratini, journaliste.

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« Pour me mettre des barrières, il faut s’accrocher » Stéphanie Varlet, 30 ans, n’aime pas rester les bras croisés. La secrétaire générale de l’Union Locale de la CGT à Béthune veut toujours « faire des choses utiles ». Stéphanie Varlet est comme chez elle, rue de Lille. À la Maison des syndicats de Béthune, la CGT occupe un espace plutôt exigu. Le bâtiment, ancien moulin à tabac, est à la limite de l’insalubrité. Stéphanie est la secrétaire générale de l’union locale. On ne trouve pas souvent des femmes, jeunes qui plus est, à ces responsabilités. Dans cet univers majoritairement masculin, Stéphanie se sent bien. Il y a la vie du syndicat, l’accueil des salariés qui viennent à la permanence, les manifestations à préparer, etc. Les journées sont doubles pour la jeune femme, qui est par ailleurs employée au Moulin de Saint-Aubert à Beuvry (boulangerie industrielle de 55 salariés), comme responsable des achats. Une boîte qui tourne bien et où la vie militante de Stéphanie Varlet a débuté. Elle est née près d’Hénin-Beaumont, dans une famille où la politique, « on n’en parlait pas tous les midis à table », commente Stéphanie. Mais la mère et la fille manifestent ensemble lors de grands rassemblements. Les Moulins de Saint-Aubert, Stéphanie Varlet les intègre après ses études, « officiellement » comme assistante administrative et commerciale, mais devient vite « officieusement » responsable des achats. Elle se souvient : « C’est venu grâce à mon patron de l’époque si je suis arrivée à la CGT ! Il m’a demandé de devenir secrétaire du CE. Je rédigeais les comptes-rendus et le patron me corrigeait… Avec toutes ces magouilles, je me suis intéressée aux élections du personnel. Mon patron m’a dit : « Pas de problème ». Puis, finalement, il m’a mise dans un placard, aux archives ! Deux recommandés ont suffi et j’ai retrouvé ma place ». Lors de ces élections du personnel, elle découvre la CGT. Première rencontre avec Jacques Delelis qui, avec Jean-Paul Ferté (actuel président du Conseil des Prud’hommes de Béthune), est un des « dinosaures » de la CGT, comme les militants les

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appellent. Et un peu ses parrains de syndicalisme : c’est eux qui vont la pousser et la former comme déléguée syndicale. Stéphanie Varlet est sans cesse à courir après un but, à donner un sens à ce qu’elle fait : « Quand je m’engage, je le fais ! », c’est son credo, et elle aime à le répéter. Elle se marre : « L’égalité, on l’a voulue, je la garde ! Je ne veux pas être dépendante du bonhomme ». Le 29 avril, avec son compagnon et deux copains, elle est partie en Côte d’Ivoire. Elle a raté la manif du 1er mai, mais c’est pour une autre bonne cause. Le groupe a apporté des fournitures scolaires à une école, dans la brousse. C’est la deuxième fois qu’elle part dans cette école qui accueille aujourd’hui 150 enfants. Elle fait le pari de l’éducation et du savoir. Ils ont emporté environ 200 kilos de matériel : ardoises, stylos, feutres… « Quand j’ai une idée en tête, j’y vais ! » Comme pendant les négociations annuelles qu’elle mène au sein de l’entreprise : « Toujours un temps fort », note-t-elle. En 2009, connaissant les bons chiffres de l’entreprise, pas question d’accepter l’augmentation de 1%. « On se dit qu’on va ressouder les barrières devant l’usine, comme en 2007 ! » De toute façon, la lutte syndicale, « c’est un combat perpétuel : la sécurité, les horaires… »

Avec Jacques Delelis, un de ses parrains à la CGT, pendant la manifestation du 19 mars 2009 à Béthune. Les salariés de l’usine Bosal formaient la tête du cortège. Stéphanie Varlet en avril 2009, au local de l’Union Locale CGT, à Béthune.

On a toujours une chance de croiser Stéphanie dans la rue de Lille. « Il n’y a pas une journée sans que je ne passe ici ». Allers-retours Moulins de SaintAubert, maison, CGT avec les déplacements à Paris, à Arras et à Lille, le rythme est soutenu. Pas de problème pour Stéphanie. Et si la famille s’agrandit ? « Ça changera forcément un peu. Mais pas du tout au tout, je serai toujours militante ! » Il n’est pas question de concevoir la maternité comme un frein. « La femme a des barrières naturellement. Mais moi, pour me mettre des barrières… » Dorothée Caratini, journaliste.

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Mémoire des luttes Droits politiques, droits au savoir, droits à la santé, droits au travail, droits à la liberté : aujourd’hui les femmes en France ont gagné de nombreux combats, mais la reconnaissance de leurs droits reste une conquête récente, qui a du se dresser contre les préjugés sexistes. Reparcourir les étapes de ces luttes, c’est aussi montrer la nécessité de poursuivre le combat pour le progrès de ces lois et leurs applications. Rien n’est définitivement acquis en ce qui concerne les droits des femmes et l’évolution de leur place dans la société française... 1892 : Interdiction du travail de nuit : repos hebdomadaire, journée de 11 heures. 1900 : Journée de travail réduite à 10 heures pour les femmes et les enfants. 1901 : Les femmes participent aux élections du Conseil du Travail. 1907: Les femmes sont électrices et éligibles aux conseils des Prud’hommes. 1907 : La loi du 13 juillet accorde aux femmes mariées la libre disposition de leur salaire. 1920 : Les femmes peuvent adhérer à un syndicat sans l’autorisation de leur mari. 1920 : Les institutrices obtiennent l’égalité de rémunération avec les hommes. 1938 : Institution d’une prime pour la femme au foyer. 1934 : Attaques du ministre du Travail contre le travail des femmes mariées. 1940 : Limitation et interdiction des emplois publics aux femmes mariées.

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1945 : Le congé de maternité est obligatoire et indemnisé à 50 %.

1992 : Loi sanctionnant le harcèlement sexuel.

1946 : Le préambule de la Constitution pose le principe de l’égalité des droits entre les femmes et les hommes dans tous les domaines.

2001 : Loi Génisson sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Cette loi actualise et renforce la loi de 1983 : définition des axes de mise en oeuvre et obligation de négocier sur l’égalité professionnelle.

1965 : Les femmes mariées peuvent exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari.

2001 : Levée de l’interdiction du travail de nuit des femmes.

1972 : Loi sur l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes.

2005 : L’écart de rémunération entre les hommes et les femmes est de 19 %.

1983 : La loi Roudy établit l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Elle impose aux entreprises et aux branches d’effectuer un bilan de situation comparée en matière d’égalité.

2005 : Parmi les travailleurs à temps partiel, 80 % sont des femmes. Ce taux se maintient depuis 2005.

1984 : Congé parental ouvert à chacun des parents salariés sans distinction de sexe. 1987 : Circulaire préconisant la féminisation des termes de métiers, grades et fonctions.

2007 : 30,2 % des femmes actives occupent un emploi à temps partiel contre 5,7 % des hommes. 2007 : Le taux de chômage des femmes (8,6 %) reste supérieur à celui des hommes (7,5 %). 2008 : La loi achève la transposition complète des textes européens en matière d’égalité de traitement.

Ou les femmes sont les égales des ouvriers et des bourgeois, ou les bourgeois, comme ils l’affirment, sont les supérieurs des ouvriers et des femmes. Sachez-le, citoyens, ce n’est que sur l’égalité de tous les êtres que vous pouvez vous appuyer pour être fondés à réclamer votre avènement à la liberté. Si vous n’asseyez pas vos revendications sur la justice et le droit naturel, si vous, prolétaires, vous voulez aussi conserver des privilèges, les privilèges de sexe, je vous le demande, quelle autorité avez-vous pour protester contre ces privilèges de classes ? Que pouvezvous reprocher aux gouvernants qui vous dominent, vous exploitent, si vous êtes partisans de laisser subsister dans l’espèce humaine des catégories de supérieurs et d’inférieurs (…) Notre affirmation de l’égalité sociale et politique de la femme et de l’homme est en même temps que l’expression de notre conviction, une protestation contre ceux qui, au mépris de la liberté humaine, osent encore, au 19e siècle, tenter d’assigner un rôle à la moitié du genre humain. Que diriez-vous, homme, si l’on vous enfermait dans le cercle étroit d’un rôle ? (…) La femme est comme l’homme un être libre et autonome. À elle, comme à lui, la liberté de choisir la voie qui lui convient. Hubertine Auclert, militante féministe, figure centrale du mouvement en faveur du droit de vote pour les femmes, XIXe siècle

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Mémoire des luttes Droits politiques, droits au savoir, droits à la santé, droits au travail, droits à la liberté : aujourd’hui les femmes en France ont gagné de nombreux combats, mais la reconnaissance de leurs droits reste une conquête récente, qui a du se dresser contre les préjugés sexistes. Reparcourir les étapes de ces luttes, c’est aussi montrer la nécessité de poursuivre le combat pour le progrès de ces lois et leurs applications. Rien n’est définitivement acquis en ce qui concerne les droits des femmes et l’évolution de leur place dans la société française... 1892 : Interdiction du travail de nuit : repos hebdomadaire, journée de 11 heures. 1900 : Journée de travail réduite à 10 heures pour les femmes et les enfants. 1901 : Les femmes participent aux élections du Conseil du Travail. 1907: Les femmes sont électrices et éligibles aux conseils des Prud’hommes. 1907 : La loi du 13 juillet accorde aux femmes mariées la libre disposition de leur salaire. 1920 : Les femmes peuvent adhérer à un syndicat sans l’autorisation de leur mari. 1920 : Les institutrices obtiennent l’égalité de rémunération avec les hommes. 1938 : Institution d’une prime pour la femme au foyer. 1934 : Attaques du ministre du Travail contre le travail des femmes mariées. 1940 : Limitation et interdiction des emplois publics aux femmes mariées.

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1945 : Le congé de maternité est obligatoire et indemnisé à 50 %.

1992 : Loi sanctionnant le harcèlement sexuel.

1946 : Le préambule de la Constitution pose le principe de l’égalité des droits entre les femmes et les hommes dans tous les domaines.

2001 : Loi Génisson sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Cette loi actualise et renforce la loi de 1983 : définition des axes de mise en oeuvre et obligation de négocier sur l’égalité professionnelle.

1965 : Les femmes mariées peuvent exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari.

2001 : Levée de l’interdiction du travail de nuit des femmes.

1972 : Loi sur l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes.

2005 : L’écart de rémunération entre les hommes et les femmes est de 19 %.

1983 : La loi Roudy établit l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Elle impose aux entreprises et aux branches d’effectuer un bilan de situation comparée en matière d’égalité.

2005 : Parmi les travailleurs à temps partiel, 80 % sont des femmes. Ce taux se maintient depuis 2005.

1984 : Congé parental ouvert à chacun des parents salariés sans distinction de sexe. 1987 : Circulaire préconisant la féminisation des termes de métiers, grades et fonctions.

2007 : 30,2 % des femmes actives occupent un emploi à temps partiel contre 5,7 % des hommes. 2007 : Le taux de chômage des femmes (8,6 %) reste supérieur à celui des hommes (7,5 %). 2008 : La loi achève la transposition complète des textes européens en matière d’égalité de traitement.

Ou les femmes sont les égales des ouvriers et des bourgeois, ou les bourgeois, comme ils l’affirment, sont les supérieurs des ouvriers et des femmes. Sachez-le, citoyens, ce n’est que sur l’égalité de tous les êtres que vous pouvez vous appuyer pour être fondés à réclamer votre avènement à la liberté. Si vous n’asseyez pas vos revendications sur la justice et le droit naturel, si vous, prolétaires, vous voulez aussi conserver des privilèges, les privilèges de sexe, je vous le demande, quelle autorité avez-vous pour protester contre ces privilèges de classes ? Que pouvezvous reprocher aux gouvernants qui vous dominent, vous exploitent, si vous êtes partisans de laisser subsister dans l’espèce humaine des catégories de supérieurs et d’inférieurs (…) Notre affirmation de l’égalité sociale et politique de la femme et de l’homme est en même temps que l’expression de notre conviction, une protestation contre ceux qui, au mépris de la liberté humaine, osent encore, au 19e siècle, tenter d’assigner un rôle à la moitié du genre humain. Que diriez-vous, homme, si l’on vous enfermait dans le cercle étroit d’un rôle ? (…) La femme est comme l’homme un être libre et autonome. À elle, comme à lui, la liberté de choisir la voie qui lui convient. Hubertine Auclert, militante féministe, figure centrale du mouvement en faveur du droit de vote pour les femmes, XIXe siècle

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Petit état des lieux sur la question des droits des femmes L’Observatoire Régional de la Parité Nord Pas-de-Calais www.observatoire-parite.gouv.fr L’Observatoire regroupe des personnalités du monde universitaire, syndical, politique et économique. Il a pour but de promouvoir l’égale participation des femmes et des hommes à la prise de décision politique, économique et sociale et d’inciter les femmes du NPDC à atteindre la parité, notamment dans les assemblées élues. Sa mission principale est de réunir des données, engager les administrations régionales à produire des analyses, études et recherches sur la situation politique, économique et sociale des femmes du NPDC. Le travail de l’association se fait en liaison avec l’Observatoire de la parité entre les hommes et les femmes, créé en 1995.

Femmes Solidaires 18, av. du Président Hoover – 59000 Lille tél : 03 20 97 82 82 www.femmes-solidaires.org Femmes Solidaires est un mouvement féministe d’éducation populaire pour toutes celles qui vivent en France, françaises et immigrées. Avec un réseau de plus de 150 associations locales, Femmes Solidaires défend les valeurs fondamentales de laïcité, de mixité, d’égalité pour les droits des femmes, de paix et de solidarité. L’association agit pour faire reculer le sexisme et le racisme, les violences, la féminisation de la pauvreté, les discriminations ; pour faire avancer le droit à la contraception, à l’IVG, à la santé pour toutes. L’association anime des permanences juridiques et sociales pour écouter, conseiller, orienter et accompagner les femmes dans leur démarche. Elle peut se porter partie civile dans les procès relatifs aux violences physiques et/ou morales faites aux femmes (viol, harcèlement sexuel, excision, mariage forcé...)..

Femmes info service Violences conjugales tél : 01 40 33 80 60

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Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF) 335, rue Fernand Bar – 62400 Béthune tél : 03 21 57 98 57 www.infofemmes.com Les CIDFF font partie d’un réseau national coordonné par le CNIDFF. Ils exercent une mission d’intérêt général confiée par l’Etat. Ces associations sont des lieux d’accueil, d’écoute et d’information sur les droits pour tout public (femmes et familles) dans plusieurs domaines d’intervention (accès aux droits, accès à l’emploi, vie familiale et parentalité, santé, éducation, citoyenneté, lutte contre les violences faites aux femmes). Les CIDFF disposent d’équipes pluri-disciplinaires (juristes, conseillères conjugale et familiale, animatrice-formatrice) qui mettent en place une aide personnalisée.

Planning Familial Centre de planification de Béthune, 104, rue Banquet Réformiste 62400 Béthune tél : 03 21 68 35 92 www.planning-familial.org Le mouvement français pour le planning familial est une association qui a pour objectif d’être un lieu de parole concernant la sexualité et les relations amoureuses, afin que chacun(e), hommes et femmes, jeunes ou adultes, les vivent dans le partage, le respect et le plaisir.

Fédération Nationale Solidarité Femmes tél : 39 19 www.solidaritefemmes.asso.fr La Fédération est un réseau regroupant depuis vingt ans les associations féministes engagées dans la lutte contre toutes les violences faites aux femmes, notamment celles qui s’exercent au sein du couple et de la famille.

Quel est le masculin de garce ?... Les qualificatifs attribués au féminin, du franchement sexiste à l’hypocritement laudateur, n’ont rien perdu en quelques siècles de leur virulence, incrustés qu’ils semblent être dans le disque dur de la domination masculine. Ce vaste catalogue dévolu in fine à la consommation masculine est plus que jamais disponible en textes, slogans, images, musiques et produits dérivés.

Choisir la cause des femmes 102, rue Saint-Dominique – 75007 Paris tél : 01 47 05 21 48 www.choisirlacausedesfemmes.org Association active au niveau national et international et indépendante de toute formation politique. Elle intervient dans tous les débats qui touchent les droits des femmes et participe régulièrement à des rencontres internationales. Depuis 1980, l’association est reconnue comme Organisation Non Politique (ONG), à statut consultatif auprès de l’ONU. Choisir est actuellement présidée par Gisèle Halimi, avocate de renommée internationale, promue Officier de la Légion d’honneur (2006) en sa qualité de Présidente du mouvement féministe.

Certes, le combat féministe, sous nos cieux libéraux et démocratiques (ou vice-versa) semble avoir dégagé l’horizon, mais le ciel en reste couvert. Les changements visibles (citoyenneté, scolarité, autonomie financière, IVG, parité -progressive-) ne font que masquer le plus souvent encore des inégalités de répartition (salaires, postes, carrières). À « eux » le noble, le symbolique, le synthétique, le théorique ; à « elles » le sensible, le pratique, l’analytique, l’intermédiaire (et « en plus », si elles sont belles !).

Collectif Régional pour l’Information et la Formation des femmes (CORIF) 145, rue des Stations – 59000 Lille tél : 03 20 54 73 55 www.corif.fr www.egalite-mixite.com

site de l’égalité professionnelle dans le Nord Pas-de-Calais (informations, échanges, débats, témoignages...) Le CORIF est une association dont l’objet est de promouvoir et construire l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. L’équipe du CORIF travaille auprès des femmes à la recherche de perspectives professionnelles, mais aussi auprès des professionnel-les chargé-es ou qui ont des fonctions dans les Ressources Humaines. L’association accompagne les projets des femmes et des acteurs et réalise des outils pédagogiques. Le CORIF mène des études, des diagnostics conseils, des missions d’évaluation sur les questions liées au genre, à la lutte contre les discriminations et à l’égalité professionnelle.

temps fort artistique

Féminin singulier[es] Féminin singulier[es] n’est pas un festival mais une première tentative de mutualiser les initiatives militantes des structures et des acteurs de la région Nord Pas-de-Calais. Cette idée, initiée par La Verrière, nous encourage à tisser et à articuler les liens si nécessaires de nos actions en permettant une meilleure lisibilité aux spectateurs. Une belle énergie qui propose donc un focus sur « les singularités » des

femmes d’aujourd’hui : théâtre, danse, conférences, expositions, pour consacrer à la « Femme » non pas une journée, mais modestement un automne ! Avec le Théâtre de la Découverte à la Verrière (bien sûr), mais aussi Action Culture à Lille 3, Le Garage à Roubaix, Le Théâtre Massenet à Fives, la librairie L’Harmattan et la Maison de l’Education Permanente à Lille et Travail et Culture à Béthune.

Théâtre de la découverte à la Verrière 28, rue Alphonse Mercier, Lille - 03 20 54 96 75 www.theatre-verriere-decouverte.org

Mais l’histoire des femmes, intimement mêlée au plus terrible de l’histoire commune, ne se limite pas (grâce à elles) à leur subordination. Cette histoire est riche en combats, créations, avancées, visions. Il est toujours temps d’entendre ce que nous leur devons. Bien au-delà d’une célébration formelle de la « Femmes », (de la Fête des Mères -1941- à la Fête de la Femme ?), il s’agira, chacun sur nos scènes respectives de parcourir sur les modes du sensible, du politique et de l’humoristique cet autre versant du monde commun. Ainsi de la violence à la tradition, du burlesque à la Résistance, de l’Albanie au Congo, de la politique au travail, entendronsnous peut-être autrement ce que nous croyions connaître. Dominique Sarrazin, directeur artistique 23


Petit état des lieux sur la question des droits des femmes L’Observatoire Régional de la Parité Nord Pas-de-Calais www.observatoire-parite.gouv.fr L’Observatoire regroupe des personnalités du monde universitaire, syndical, politique et économique. Il a pour but de promouvoir l’égale participation des femmes et des hommes à la prise de décision politique, économique et sociale et d’inciter les femmes du NPDC à atteindre la parité, notamment dans les assemblées élues. Sa mission principale est de réunir des données, engager les administrations régionales à produire des analyses, études et recherches sur la situation politique, économique et sociale des femmes du NPDC. Le travail de l’association se fait en liaison avec l’Observatoire de la parité entre les hommes et les femmes, créé en 1995.

Femmes Solidaires 18, av. du Président Hoover – 59000 Lille tél : 03 20 97 82 82 www.femmes-solidaires.org Femmes Solidaires est un mouvement féministe d’éducation populaire pour toutes celles qui vivent en France, françaises et immigrées. Avec un réseau de plus de 150 associations locales, Femmes Solidaires défend les valeurs fondamentales de laïcité, de mixité, d’égalité pour les droits des femmes, de paix et de solidarité. L’association agit pour faire reculer le sexisme et le racisme, les violences, la féminisation de la pauvreté, les discriminations ; pour faire avancer le droit à la contraception, à l’IVG, à la santé pour toutes. L’association anime des permanences juridiques et sociales pour écouter, conseiller, orienter et accompagner les femmes dans leur démarche. Elle peut se porter partie civile dans les procès relatifs aux violences physiques et/ou morales faites aux femmes (viol, harcèlement sexuel, excision, mariage forcé...)..

Femmes info service Violences conjugales tél : 01 40 33 80 60

22

Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF) 335, rue Fernand Bar – 62400 Béthune tél : 03 21 57 98 57 www.infofemmes.com Les CIDFF font partie d’un réseau national coordonné par le CNIDFF. Ils exercent une mission d’intérêt général confiée par l’Etat. Ces associations sont des lieux d’accueil, d’écoute et d’information sur les droits pour tout public (femmes et familles) dans plusieurs domaines d’intervention (accès aux droits, accès à l’emploi, vie familiale et parentalité, santé, éducation, citoyenneté, lutte contre les violences faites aux femmes). Les CIDFF disposent d’équipes pluri-disciplinaires (juristes, conseillères conjugale et familiale, animatrice-formatrice) qui mettent en place une aide personnalisée.

Planning Familial Centre de planification de Béthune, 104, rue Banquet Réformiste 62400 Béthune tél : 03 21 68 35 92 www.planning-familial.org Le mouvement français pour le planning familial est une association qui a pour objectif d’être un lieu de parole concernant la sexualité et les relations amoureuses, afin que chacun(e), hommes et femmes, jeunes ou adultes, les vivent dans le partage, le respect et le plaisir.

Fédération Nationale Solidarité Femmes tél : 39 19 www.solidaritefemmes.asso.fr La Fédération est un réseau regroupant depuis vingt ans les associations féministes engagées dans la lutte contre toutes les violences faites aux femmes, notamment celles qui s’exercent au sein du couple et de la famille.

Quel est le masculin de garce ?... Les qualificatifs attribués au féminin, du franchement sexiste à l’hypocritement laudateur, n’ont rien perdu en quelques siècles de leur virulence, incrustés qu’ils semblent être dans le disque dur de la domination masculine. Ce vaste catalogue dévolu in fine à la consommation masculine est plus que jamais disponible en textes, slogans, images, musiques et produits dérivés.

Choisir la cause des femmes 102, rue Saint-Dominique – 75007 Paris tél : 01 47 05 21 48 www.choisirlacausedesfemmes.org Association active au niveau national et international et indépendante de toute formation politique. Elle intervient dans tous les débats qui touchent les droits des femmes et participe régulièrement à des rencontres internationales. Depuis 1980, l’association est reconnue comme Organisation Non Politique (ONG), à statut consultatif auprès de l’ONU. Choisir est actuellement présidée par Gisèle Halimi, avocate de renommée internationale, promue Officier de la Légion d’honneur (2006) en sa qualité de Présidente du mouvement féministe.

Certes, le combat féministe, sous nos cieux libéraux et démocratiques (ou vice-versa) semble avoir dégagé l’horizon, mais le ciel en reste couvert. Les changements visibles (citoyenneté, scolarité, autonomie financière, IVG, parité -progressive-) ne font que masquer le plus souvent encore des inégalités de répartition (salaires, postes, carrières). À « eux » le noble, le symbolique, le synthétique, le théorique ; à « elles » le sensible, le pratique, l’analytique, l’intermédiaire (et « en plus », si elles sont belles !).

Collectif Régional pour l’Information et la Formation des femmes (CORIF) 145, rue des Stations – 59000 Lille tél : 03 20 54 73 55 www.corif.fr www.egalite-mixite.com

site de l’égalité professionnelle dans le Nord Pas-de-Calais (informations, échanges, débats, témoignages...) Le CORIF est une association dont l’objet est de promouvoir et construire l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. L’équipe du CORIF travaille auprès des femmes à la recherche de perspectives professionnelles, mais aussi auprès des professionnel-les chargé-es ou qui ont des fonctions dans les Ressources Humaines. L’association accompagne les projets des femmes et des acteurs et réalise des outils pédagogiques. Le CORIF mène des études, des diagnostics conseils, des missions d’évaluation sur les questions liées au genre, à la lutte contre les discriminations et à l’égalité professionnelle.

temps fort artistique

Féminin singulier[es] Féminin singulier[es] n’est pas un festival mais une première tentative de mutualiser les initiatives militantes des structures et des acteurs de la région Nord Pas-de-Calais. Cette idée, initiée par La Verrière, nous encourage à tisser et à articuler les liens si nécessaires de nos actions en permettant une meilleure lisibilité aux spectateurs. Une belle énergie qui propose donc un focus sur « les singularités » des

femmes d’aujourd’hui : théâtre, danse, conférences, expositions, pour consacrer à la « Femme » non pas une journée, mais modestement un automne ! Avec le Théâtre de la Découverte à la Verrière (bien sûr), mais aussi Action Culture à Lille 3, Le Garage à Roubaix, Le Théâtre Massenet à Fives, la librairie L’Harmattan et la Maison de l’Education Permanente à Lille et Travail et Culture à Béthune.

Théâtre de la découverte à la Verrière 28, rue Alphonse Mercier, Lille - 03 20 54 96 75 www.theatre-verriere-decouverte.org

Mais l’histoire des femmes, intimement mêlée au plus terrible de l’histoire commune, ne se limite pas (grâce à elles) à leur subordination. Cette histoire est riche en combats, créations, avancées, visions. Il est toujours temps d’entendre ce que nous leur devons. Bien au-delà d’une célébration formelle de la « Femmes », (de la Fête des Mères -1941- à la Fête de la Femme ?), il s’agira, chacun sur nos scènes respectives de parcourir sur les modes du sensible, du politique et de l’humoristique cet autre versant du monde commun. Ainsi de la violence à la tradition, du burlesque à la Résistance, de l’Albanie au Congo, de la politique au travail, entendronsnous peut-être autrement ce que nous croyions connaître. Dominique Sarrazin, directeur artistique 23


Nathalie, 46 ans, ouvrière au service couture de la blanchisserie RLD 2 Annequin

«Pour une femme, les journées sont longues : entre le travail, l’intendance, les enfants et le syndicat, on a tout à penser. Le temps défile mais finalement qu’est-ce qu’on s’accorde ? Faut aussi penser à soi, à son plaisir, à ses loisirs. Moi, je trouve mon plaisir dans le syndicat, je suis fière de mon engagement : je me sens utile et je sais que je ne vais pas perdre mon temps pour rien. Mes recherches sur le droit et la justice, les samedis après-midi à travailler pour les tracts, je les prends comme un enrichissement. Quand on décide d’obtenir gain de cause, on va jusqu’au bout, jusqu’à faire reculer la direction. On n’est pas là pour tout accepter !»

format L 932 x H 1165 en 300 dpi


Nathalie, 46 ans, ouvrière au service couture de la blanchisserie RLD 2 Annequin

«Pour une femme, les journées sont longues : entre le travail, l’intendance, les enfants et le syndicat, on a tout à penser. Le temps défile mais finalement qu’est-ce qu’on s’accorde ? Faut aussi penser à soi, à son plaisir, à ses loisirs. Moi, je trouve mon plaisir dans le syndicat, je suis fière de mon engagement : je me sens utile et je sais que je ne vais pas perdre mon temps pour rien. Mes recherches sur le droit et la justice, les samedis après-midi à travailler pour les tracts, je les prends comme un enrichissement. Quand on décide d’obtenir gain de cause, on va jusqu’au bout, jusqu’à faire reculer la direction. On n’est pas là pour tout accepter !»

format L 932 x H 1165 en 300 dpi


Stéphanie, sociologue

il y a un besoin d'y réfléchir de façon particulière ? »

dire : est-ce que vous pensez que les femmes au travail,

et d'autres non féminins, de fait masculins. mais c'est se

pas dire : est-ce qu'il y a des métiers qui sont féminins

« Ma question est mal comprise à chaque fois. ce n'est


Journal n°1 Est-ce ainsi que les femmes vivent...