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Enquête

Au cœur des favelas L’INTERVIEW DÉJANTÉE

Quand Sting rencontre Shaggy

les Métiers d’art Mono ou bi ?

Eté 2018 N°123 | CHF 6.– 00123 >

9 77 1 6 6 2 619008

Maman 68 vs Mom 2.0 ET

Reportage Karl &

Mode

Société

Stromae,

AUSSI

CANTAT Une affaire PAS classée

Outaitai passé ?


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petite, dont la grâce et l’élégance se reflètent dans chaque détail : dans la sur-

Au cours des années 1950 et 1960, les stars du grand écran sont tombées

face polie du boîtier, par exemple, qui non seulement contribue à l’aspect

amoureuses d’une petite bourgade située sur la Riviera italienne, qui deviendra rapidement célèbre : Portofino. Ce village de pêcheurs pittoresque au charme inégalable ainsi que l’histoire qui l’entoure lui ont permis de conserver toute la magie et le cachet de la dolce vita – la belle vie – qui a toujours séduit les stars

luxueux de la montre mais qui est aussi l’expression de notre savoir-faire. La précision globale se reflète une fois de plus dans le merveilleux affichage des phases de lune et dans les diamants d’un blanc pur qui ornent le cadran argenté. D’une esthétique parfaite, cette Portofino incarne la sérénité et le

et les célébrités jusqu’à aujourd’hui. Chaque montre Portofino incarne le glamour passé et présent. Pour la toute première fois, cet art de vivre rayonne à nouveau grâce à la montre IWC Portofino Automatic Phase de Lune 37 légèrement plus

charme éternel de la Méditerranée. Elle semble avoir été conçue tout spécialement pour célébrer les instants les plus précieux de la vie, ces moments que l’on se rappelle avec une infinie tendresse.

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JEU DE MAINS, jeu de vilains « Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : « J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. » C’est sur ce véritable plaidoyer en faveur de l’amour qu’A lfred de Musset clôture l’acte II de sa pièce On ne badine pas avec l’amour, en citant les mots écrits par George Sand, son ex-amante passionnée. La morale inattendue de la fleurette contée par Musset émerge au milieu de la bataille à laquelle se livrent Camille et Perdican sur l’engagement religieux et amoureux : malgré le sens foireux de la vie et des liaisons, l’humain est fait pour s’amouracher. Et moi, tout cet amour, ça me fait penser à ce nouvel été qui s’annonce, et à notre nouveau numéro. Parce que la belle saison, celle des soirées interminables sous les étoiles et de la chaleur attendue des mois durant, est également celle des amourettes et des conquêtes. Il y a le temps des béguins de vacances et de colonies d’adolescence, celui des premiers émois où la moiteur de l’atmosphère n’a d’égal que les vapeurs des chairs, et puis vient aussi le moment des mariages, de celui de Meghan et Harry en ouverture de bal à celui de la cousine Chloé en passant par le renouvellement des vœux de la tante Ruth. L’été, c’est la saison de tous les possibles, des idylles d’un jour aux promesses de toujours. « Te quiero jusqu’à la mort », chante le phénomène en couverture de ce magazine, Stromae, comme un écho fortuit au prêche de Camille et Perdican. Alors faites-leur honneur en cette saison chaude : badinez, batifolez... et pincez-en sans limite pour celui qui saura vous aimer. So, love it !

Par Siphra Moine-Woerlen, directrice de la rédaction | Illustration Marc-Antoine Coulon > Galuchat 11


SOMMAIRE

Eté 2018

11 L’ÉDITO

de Siphra Moine-Woerlen

RENDEZ-VOUS 20

LE SUJET QUI DIVISE

24

LE MOT DU MOMENT

38

40

42

Cantat, une affaire classée ? Le ghosting

EMINEM

Guess who’s back ?

BOUILLON DE CULTURE

D’ici et d’ailleurs

CHARLOTTE GAINSBOURG

De surprise en surprise

MAGAZINE 22

1968-2018 : Maman bobo vs Mom 2.0

52

SUJET DE SOCIÉTÉ

56

62 Le mannequin Iris Apfel, 94 ans

LE BILLET DE JULIE

66

16

Tattoo mania

COVER STORY

Stromae, outaitai passé ?

INTERVIEW EXCLUSIVE

Quand Sting rencontre Shaggy

GRAND FORMAT

Made in favelas


20 RUE DE LA CORRATERIE, 1204 GENÈVE, SWITZERLAND


ART DE VIVRE 32

WHAT’S UP ?

Adresses estivales

142 OÙ BULLER ?

Farniente et plus si affinités…

150 ESCAPADES URBAINES

Paris est toujours une bonne idée !

AUTO, MOTO, ÉCO ! 100 PATRIMOINE VIVANT

Rencontre avec l’ ex-ministre Renaud Dutreil

104 QUELLE TRAJECTOIRE !

Profession : big boss Mercedes-Benz Suisse

106 FORMULE 1

Tour de piste avec Richard Mille

108 BELLES MÉCANIQUES

AMG GT Roadster, la vie au grand R ! Continental GT, Queen B

HORLOGERIE/JOAILLERIE 80

MONTBLANC

Le Petit Prince de retour à New York

84

SÉLECTION HORLO

92

SHOOTING HORLO

Summertime

Hippiquement vôtre !

MODE 116 MÉTIERS D’ART

Les petites mains de Chanel

122 SHOOTING MODE

California love

BEAUTÉ 134 SOLEIL

Préparez le bon vanity

140 SPAS IN THE CITY

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Le sujet qui divise

LE VENT l’emporta Bertrand Cantat s’engouffre dans une brèche qui ne cesse de l’engloutir depuis. Quinze ans

Le 27 juin 2003,

après l’homicide de la chambre 35 et huit ans après le suicide de son exfemme, le rockeur clame le droit à la rédemption et au retour sur scène. Un droit à une seconde chance ? Par Manon Voland

molosses du show business. Mauvais timing donc pour le roc« Pendant que la marée monte, et que chacun refait ses keur. L’hebdomadaire Le Point enfonce encore le clou en rapporcomptes, j’emmène au creux de mon ombre, des poussières tant les propos anonymes d’un ancien membre de Noir Désir : « Je de toi. Le vent les portera, tout disparaîtra. » Comme un savais qu’il avait tenté d’étrangler sa petite amie en 1989. Je savais écho aux paroles de son groupe de rock jadis iconique, qu’il avait frappé Krisztina. » Si aucune action en justice n’a été inBertrand Cantat traîne derrière lui les cendres des tentée depuis, le discours entretient le doute quant au comportefemmes qui ont partagé sa vie. Tandis que Marie ment de Cantat envers les femmes, et spécialement celles de sa Trintignant a succombé aux 19 coups reçus de son comvie intime. Si on ajoute encore à l’addition la présumée raison pagnon, Krisztina Rády a choisi de mettre elle-même de la séparation de Noir Désir, provoquée par la conduite un terme à sa vie. Si aucune charge n’a été retenue contre indécente du chanteur lors d’un repas au cours duquel le rockeur dans le deuxième cas, il a été condamné à 8 ans il se pose en victime, « D’un coup, dans la discussion, de réclusion pour le meurtre de Marie Trintignant, « commis Bertrand a complètement changé et s’est comporté en cas d’intention indirecte indéterminée ». Après quatre ans comme une ordure. (...) Il s’est positionné comme une derrière les barreaux, la justice lui offre une liberté conditionvictime. Vilnius, ce n’était pas de sa faute... Comme si nelle, avant de relâcher pleinement l’oiseau en 2011. L’ ex-figure de Marie avait glissé sur une savonnette. Krisztina, ce proue de Noir Désir est désormais libre de vivre sa vie comme bon n’était pas de sa faute, elle était malheureuse, etc. lui semble… Ou presque. Il nous a tous accusés d’avoir besoin de sa notoriété » ; et la transcription d’un coup de téléphone Parce que le problème de l’affaire Cantat, c’est sa nature. Qu’un cride son ex-femme à ses parents, six mois avant son minel repenti retourne s’occuper de jardins communaux, de vaches suicide (« Bertrand est fou… Il m’a frappée… Il sera d’alpage ou de moteurs diesel, ça n’émeut personne et c’est même trop tard pour fuir faute de pouvoir le faire »), cela souvent perçu comme la preuve d’un bon programme de réinsertion commence à peser lourd pour un seul homme. professionnelle. Par contre, qu’un meurtrier vienne animer la kermesse du coin, c’est beaucoup moins courant et apprécié. Alors Rock star, certes, mais homme avant tout. Bertrand quand l’artiste à la mèche rebelle sort de prison et s’en retourne Cantat mérite ce droit à la présomption d’innocence chanter dans des salles combles où le public scande son nom à la dans le cas de Krisztina, qui prévaut tant qu’une culpabimanière d’un gourou, c’est un peu l’effet fête populaire level 10. lité n’a pas été démontrée. Il aurait même droit à ce qu’il La première à s’être élevée contre son come-back, ce fut écrit si bien et si simplement, « au même titre que n’imNadine Trintignant, mère éplorée tout autant que révoltée : porte quel citoyen, le droit à la réinsertion. Le droit « C’est monstrueux. Citez-moi un seul assassin qu’on a applaudi d’exercer mon métier… Le droit pour le public de se après. Citez m’en un. Ça n’a pas existé » (on pourrait partir sur rendre à mes concerts et d’écouter ma musique. » un terrain très glissant en citant le président philippin actuel, Déprogrammé de tous les festivals de l’été qui Rodrigo Duterte, ou encore en se rappelant les scènes de liesse l’avaient annoncé, le rockeur a préféré « mettre sous Hitler, mais on ne le fera pas). fin à toutes les polémiques » qui avaient enflé autour de son retour sur scène en solo. Bertrand Cantat était pourtant déjà remonté sur scène depuis sa C’est donc en salle et à guichet fermé qu’il libération conditionnelle en 2007, mais la controverse s’était finalecontinue sa tournée, à la manière d’un huis clos. ment essoufflée à la manière d’un mauvais fait divers. Mais il faut dire Pour son public fidèle, venu écouter le musicien, que, depuis, les frasques du porc Weinstein ont alimenté les tabloïds, et non l’homme repenti qu’il y a derrière. — mettant en lumière les violences subies par les femmes dans l’ombre de

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Billet d’humeur

MAMAN 68 VS MOM 2.0 1968

Cours ou pas cours ? A 10h, Marie, étudiante en sociologie à Genève, tente d’ouvrir un œil et de rassembler ses idées. Paul Ricœur, Alain Touraine, revendications, manifestations… La soirée de la veille entre colocataires et amis d’amis invités surprises a dégénéré en un grand débat social sur la condition étudiante à Paris, où les émeutes ont mis la Ville Lumière sens dessus dessous. Intéressée par ce qui semble être une rupture majeure dans la société, la jeune femme suit avec intérêt les événements à la radio, et parfois sur le poste de télévision trônant au milieu du salon partagé entre tous les locataires du 10, rue des Jardins. Depuis que la Télévision Suisse Romande a eu la bonne idée d’ajouter de la couleur à ses programmes, l’intérêt pour le petit écran a d’ailleurs sensiblement augmenté.

Etre une femme

libérée

Un bras tire le drap et Marie se retrouve nue sur le lit. Elle tourne la tête et entrevoit un corps musclé à ses côtés. Le prénom de ce mâle bien bâti ? Elle ne s’en souvient pas. Il reviendra – ou pas – une fois que les effluves d’alcool et de cannabis se seront dissipées. Des pleurs. La jeune femme de 22 ans s’extrait avec peine de sa couche, enfile une longue robe à fleurs qui traîne sur le canapé où dort sa copine Emmanuelle. Elle s’approche du berceau en rotin de Philippe, son fils de 5 mois dont elle a accouché dans une maternité où les sages-femmes l’ont enguirlandée, car elle ne poussait pas assez fort. Refusant de sacrifier son corps pour son enfant, elle lui donne avec joie des biberons de lait en poudre, dont la boîte en alu trône sur la table en formica. Pourquoi mettre en péril la jouissance d’une liberté sexuelle si difficilement acquise alors que de grandes multinationales ont eu l’ingénieuse idée de développer des laits maternisés qui remplissent parfaitement leur rôle nourricier ?

Il y a 50 ans, des émeutes étudiantes puis ouvrières éclataient en France, menant le pays à la grève la plus longue de l’histoire et à la dissolution de l’Assemblée nationale. Cinq décennies plus tard, le mode de vie a largement évolué et la société de consommation n’est plus la panacée.

Petits récits imaginaires de ce que qu’aurait pu être le quotidien de deux femmes actives. Par Julie Masson

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Elle a fait un bébé

toute seule

Marie aime Philippe, qui la regarde avec des yeux brillants de bonheur. Elle se sent tout à fait capable de l’élever seule, et il lui serait de toute façon difficile de revendiquer l’inverse : fervente supportrice du MLF, Marie a demandé la pilule il y a quelques mois, mais la pharmacie à laquelle elle s’est adressée n’en avait plus et elle a oublié d’y retourner. Quand elle y a remis les pieds, c’était pour acheter un test de grossesse, qui a affiché deux lignes roses peu de temps après son passage aux toilettes. Trop tard, alors, pour savoir qui de Michel, André, Jean, Daniel ou Gérard est le père de ce bambin pas tout à fait prévu. Le futur de son fils, elle sait qu’il sera beau : sous les pavés, il y a la plage (le soleil et la mer à peine plus loin), et cet heureux nourrisson pourra grandir en toute liberté. Et Marie se refuse d’ores et déjà d’interdire quoi que ce soit à son rejeton, qu’elle berce aux sonorités des Beatles et de Gilbert Bécaud. Cours ou pas cours ? Marie reprend gentiment ses esprits. Mais ne parvenant pas à remettre la main sur son planning hebdomadaire, elle troque sa robe contre une vieille paire de baskets, confie Philippe à Emmanuelle, qu’elle réveille par la même occasion, prend un bus qui l’emmène à la porte de la ville. Ce matin, cours ou pas cours, Marie a décidé de s’aérer, et la piste vite installée depuis peu de temps dans le bois voisin fera très bien l’affaire.

2018

6h. L’iPhone d’Eléonore sifflote. D’un geste affirmé, elle l’éteint, saute hors du lit, puis troque sa nuisette en dentelle pour un ensemble top-legging en coton issu du commerce équitable. Après avoir déroulé son tapis de yoga, elle lève les bras au ciel en soufflant. S’enroulant en expirant, elle commence sa séance quotidienne de yoga, dont elle ne peut plus se passer. Diplômée HEC, Eléonore, 35 ans, est sa propre patronne depuis trois ans. La jeune entrepreneure a développé une petite entreprise de purées pour bébés. Son credo ? Proposer aux parents pressés, mais tenant à offrir à leur progéniture une alimentation saine, des petits pots concoctés à partir de produits locaux, de saison et bio, livrables à domicile. Les clients peuvent les commander directement via leur smartphone grâce à l’application créée all by herself. Aguerrie aux outils de communication de son époque, elle publie tous les deux jours un statut sur Facebook pour booster sa petite boîte, ainsi que des photos – passées au filtre colorimétrique – sur Instagram pour montrer combien sa vie est cool, passionnante et maîtrisée.

Bourgeois-bohême

Eléonore allaite sa petite Clara, 9 mois, à qui elle a donné la vie sous hypnose et dans une baignoire, au sein d’une maison de naissance. Son choix de ne pas recourir à la péridurale, en accord avec sa quête de retour à la nature – Eléonore se soigne par l’homéopathie, la kinésithérapie et l’aromathérapie –, a animé plusieurs soirées partagées avec sa meilleure amie. Sophie, 37 ans, juriste et cartésienne, aime quand tout est maîtrisé. Elle, elle a planifié sa césarienne six mois à l’avance dans une clinique privée réputée, qu’elle a rejointe avec son gros SUV qui ne quitte que rarement les routes de ville (mais mieux vaut être en sécurité). Dans sa valise, les soins de beauté des plus grandes

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marques parisiennes pour prévenir couperose et vergetures. Dans celle d’Eléonore ne se trouvait qu’un pain de savon bio au lait d’ânesse, utilisable de la tête au pied, de 0 à 99 ans.

Egalité des sexes

La jeune maman partage son quotidien avec l’homme de sa vie depuis quinze ans. Tous deux s’impliquent largement dans la vie familiale : pas question pour Eléonore d’assumer seule repas, ménage, lessives et courses – courses qui, soit dit en passant, sont effectuées dans une petite échoppe de vente en vrac où l’on apporte ses récipients en verre, le plastique étant banni autant que faire se peut, le tout en complément des paniers de légumes déposés en véhicule électrique devant leur porte. Ensemble, ils participent à des séminaires de développement personnel, pendant que la mère d’Eléonore s’occupe de Clara.

Déferlante

feng shui

Dans sa petite villa jumelle avec chat et jardin, le couple s’astreint à ne rien stocker d’inutile : depuis qu’ils ont lu La Magie du rangement de la Japonaise Marie Kondo, ils s’appliquent à se demander, à chaque fois qu’ils prennent quelque chose en main, si cela leur procure une étincelle de joie. En cas de réponse négative, son conjoint dépose l’objet incriminé au magasin de seconde main devant lequel il passe en allant travailler avec son vélo électrique. Un verre de kéfir à la main, Eléonore se demande toutefois comment elle va gérer les achats compulsifs des parents de Philippe : enchantés d’être enfin grandsparents, Marie et Giovanni se ruent depuis la naissance de Clara dans tous les magasins de puériculture, où ils achètent à prix d’or une multitude d’objets high-tech présentés comme indispensables au bonheur de leur petite-fille. Et c’est alors qu’elle imagine leur faire lire La décroissance, mode d’emploi qu’un SMS s’affiche sur son bracelet connecté : « Ai acheté la BabyNes pour la fin de ton allaitement. Sera super utile, la vendeuse me l’a affirmé. Love. Marie. » —


Le mot du moment

On décrypte

LE GHOSTING Le zombieing, késako ? Pour ses adeptes, le ghosting est un moyen d’éviter la confrontation ou des explications peu avouables. D’autres ont peur de l’engagement et préfèrent quitter par crainte d’être abandonnés. Mais certains ghosteurs usent de ce stratagème pour prendre le contrôle des sentiments de l’amoureux naïf. Des pervers narcissiques qui n’hésitent pas à revenir vers d’anciennes conquêtes afin de tester leur pouvoir de séduction : c’est l’émergence du zombieing, la technique du mort-vivant.

#Binder, la poubelle des cœurs

Le ghosting, ou l’art de se transformer en fantôme, est une technique de rupture amoureuse qui consiste à interrompre toute forme de communication. SMS, appels, mails… rien n’y échappe. On passe de l’amour fou au silence radio. Le ghosting est contradictoire. Il consiste à quitter quelqu’un, mais en réalité, il ne se passe rien : on largue sans donner signe de vie. Si Véronique Sanson a « ghosté » Michel Berger en allant chercher des cigarettes, la séparation se transforme en disparition numérique lorsque Charlize Theron quitte Sean Penn en arrêtant de répondre à ses textos. Le ghosting est le résultat de la drague 2.0. A l’heure des nouvelles technologies, la vie virtuelle est devenue aussi importante que la réalité. On entame une relation par un SMS, on la termine de la même façon : voici le cercle vicieux dans lequel les Millennials évoluent. Grâce à la multiplicité des sites de rencontres comme Tinder ou Meetic, les potentielles âmes sœurs sont nombreuses, on enchaîne les conquêtes au détriment du grand amour, et on rompt aussi rapidement qu’on swipe.

Dans la même idée est apparue Binder, une application qui rompt à votre place avec des messages pré-enregistrés. Si Tinder permet de rencontrer l’amour en un clic, Binder brise les cœurs en un message.

GHOSTING LIFE Le ghosting est devenu un phénomène de société, qui prend de plus en plus d’ampleur. Touchant les hommes autant que les femmes, il est le symbole d’un monde de plaisir, mais également celui de la contradiction de l’amour moderne, à savoir le désir de construire un couple sans toutefois donner l’énergie nécessaire à son fonctionnement. Autrement dit, la « flemme d’aimer ».

Par Marine Pasquier

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S’il ne devait y en avoir qu’une Kalpa Hebdomadaire

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L’objet culte !

Ericofon

LE COBRA L’innovation La plupart des téléphones de l’époque sont conçus en bakélite et en bois. L’Ericofon, principalement destiné aux femmes, abandonne cette matière pour le plastique, bien plus résistant aux griffures et aux rayures. Il est d’abord proposé en six couleurs, et se déclinera finalement dans plus d’une vingtaine de tons.

Et... action ! Avec son allure avant-gardiste, le cobra trouve naturellement sa place au cinéma. Il apparaît entre autres dans les mains de Peter Sellers interprétant le pianiste Henry Orient dans

Avec ses airs de reptile, l’Ericofon continue de faire le bonheur des collectionneurs. Lancé en 1956 par la firme suédoise LM Ericsson, celui que l’on surnomme « téléphone cobra » ne tarde pas à trouver sa place dans le monde entier et à équiper 5% des foyers suisses. Son nom est la contraction de Eri pour Ericsson, Co pour compagnie et Fon pour telefon. Son design à la fois audacieux et futuriste séduit immédiatement le public. Avec son cadran dissimulé sous son socle, l’objet ressemble davantage à un objet design qu’à un téléphone, ce qui est déjà particulièrement apprécié à l’époque. Conçu pour être à la fois mobile et pratique, il devient notamment la star des hôpitaux, car sa prise en main est facile, même en position allongée. En effet, le téléphone n’étant plus composé que d’une seule pièce, plus de risque de faire tomber le boîtier. Qui ne se souvient pas avoir vécu ce genre d’accident en cherchant à attraper un bout de papier ou un stylo lors d’un appel ? Attention toutefois : le bouton rouge au centre du cadran permet à la fois de répondre et de raccrocher ! Poser le téléphone à la verticale lors d’un appel entraîne donc la perte de la communication.

Deux copines… un séducteur, réalisé par George Roy Hill en 1964. Il fait également parti du décor du QG des services secrets dans

Le Grand Blond avec une chaussure noire, en 1972.

LES CRÉATEURS Le premier prototype fut créé au début des années 1940 par Ralph Lysell, connu pour ses voitures au design ergonomique. Gösta Thames lui donna sa forme finale dans le milieu des années 1950. Le téléphone monobloc, pratique et innovant par sa forme, a été édité à 2,51 millions d’exemplaires.

Par Karin Falk

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What’s up Switzerland ?

Girl POWER En panne d’idées pour un cadeau ? Ou simplement envie de vous faire plaisir, de gâter maman ou votre BFF ? Avec des milliers d’activités sélectionnées pour la gent féminine, les coffrets For Her devraient faire l’affaire ! Repas romantique, massage aux huiles essentielles, windsurf ou saut extrême… le plus difficile sera de vous décider. ch.wonderbox.com

TOUR DE cou Dans son atelier de Vevey, Luna Ribes imagine des foulards, ode aux contrées lointaines qui nourrissent ses rêves. Du fusain au crayon en passant par la peinture, la créatrice mêle les techniques au gré de ses inspirations et de ses escapades. Les matières nobles sont à l’honneur : les carrés se déclinent en voile et satin de soie roulottés main ou en cachemire, et sont tissés à Côme.

FENÊTRE SUR COUR Cinq étoiles pour le Palace de Menthon ! Entre lac et montagnes, la prestigieuse adresse fondée en 1906 a été élégamment repensée : la majestueuse demeure a su préserver ses charmes Belle Epoque et le cachet d’un héritage précieux. Baigné par les eaux, le lieu invite au voyage. Des jardins au restaurant, de la plage aux chambres lumineuses en passant par l’espace bien-être, l’art de vivre et la sérénité règnent en maître sur les rives du lac d’A nnecy. Caractère et poésie se conjuguent, mêlant les styles néoclassique, Art déco et Art nouveau, avec ici et là d’élégantes touches contemporaines… un délice. Côté lobby, le Bar 1900 est resté dans son jus, dans une ambiance douce et feutrée, digne d’un roman d’Agatha Christie, alors que sous la verrière, le Viù vous propose une carte de mets raffinés… et une vue unique sur la beauté du monde. Une nouvelle étoile, un nouveau souffle, le tout les pieds dans l’eau : simplement parfait. LE PALACE DE MENTHON

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MEETING point PETIT bijou Place à une touche de fantaisie et d’élégance pour illuminer vos looks ! Après avoir fait ses classes dans la haute joaillerie, la créatrice globe-trotteuse des Rêveries d’Eve imagine dans son atelier genevois des pièces uniques à prix tout doux, réalisées à la main… Match de modernisme et d’héritage !

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Par Delphine Gallay

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COUTURE Vous ne vous rêvez qu’en Saint Laurent ? La prestigieuse enseigne compte désormais parmi les adresses en vogue de la Cité de Calvin. Depuis qu’A nthony Vaccarello a rejoint les rangs de la maison de couture en 2016, les silhouettes Saint Laurent jouent la carte d’une féminité provocatrice et d’une masculinité aiguë. Cet été, les shorts s’invitent dans la rue, les jambes se dévoilent dans un jeu de lignes libres, sensuelles et désinvoltes. Une collection clin d’œil aux nuits festives de la grande époque Yves Saint Laurent. Parfaite symbiose des styles masculin et féminin, ou l’art et la manière d’allier la simplicité à l’élégance. SAINT LAURENT

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CHIFFRE rond Pour sa 90e boutique, Hublot renoue avec son amour de jeunesse et s’empare de la Cité de Calvin. C’est à la rue du Rhône, adresse fort prisée, que la manufacture s’est installée. Entre miroirs, marbre et métal, le lieu se veut urbain, à l’image de la vie genevoise et de l’avant-gardisme des créations Hublot ! www.hublot.com

BACK in town

Relooking en grande pompe pour la maison Fendi. C’est du côté de ses racines romaines que la belle est allée puiser son inspiration. Une atmosphère à son image : des volumes et des espaces entièrement repensés autour des créations phares de la marque, cocktail de design avant-gardiste et d’héritage. FENDI

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On lui tire le portrait

Eminem L’Etat du Missouri n’est pas à proprement parlé une terre propice au rap. Alors quand Marshall Bruce Mathers III y est né au début des années 1970, rien ne laissait présager qu’il aurait une carrière de star planétaire. Car l’artiste est prolifique et gros vendeur, avec 172 millions d’albums et singles physiques et digitaux écoulés. Il y a une petite vingtaine d’années, le jeune Eminem propose un album qui rencontre le mépris à la fois des professionnels, des critiques raillant le white rap et surtout du grand public, qui n’arrive pas, pour l’heure, à considérer comme crédible le fait d’émettre un avis protestataire lorsqu’on est un petit Blanc. Pourtant, Dr. Dre, gourou tout-puissant de la galaxie rap US, le signe et, ensemble, ils conceptualisent un album choc mettant en valeur le flow légendaire de la future star mondiale. The Marshall Mathers LP est un brûlot contestataire critique et antipatriotique qui parvient, via des hits mondiaux, à s’adresser à des millions d’oreilles, aux Etats-Unis dans un premier temps, puis à travers la planète entière. Eminem est lancé, il devient une méga-star avec pas moins de 32 millions de galettes écoulées. Alors que des critiques l’accusent ouvertement d’homophobie, l’artiste, roublard, invite l’icône gay Elton John sur scène. La presse adore, le public suit. Profondément commercial, Eminem sait parfaitement doser avec une parcimonie étudiée à la fois le buzz et d’excellents albums. Mieux, en 2002, il révèle de bons talents d’acteur dans le film semi-autobiographique 8 Mile de Curtis Hanson, avec Kim Basinger. Le film remporte un gros succès commercial, la bande originale cartonne dans les charts et la star reçoit un Oscar de la meilleure chanson en 2003. Eminem s’embourgeoise ; tout lui réussit. Intelligemment, il s’attaque à des divas populaires telles que Mariah Carey ou Michael Jackson, s’offrant ainsi automatiquement une énorme couverture médiatique. Son auditoire s’élargit et s’adresse désormais aux jeunes cadres blancs, tout en maintenant une proximité avec son public rap originel. Son dernier album, Revival, marque les esprits avec un duo avec Beyoncé sur le titre « Walk On Water ». La star entretient sa légende avec talent, tout en abandonnant les textes acerbes et les critiques de l’American way of life qui ont pourtant fait de lui un homme riche et puissant. — Par Christopher Tracy | Photo Craig McDean

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LA VIE AU SOLEIL

Nouvelle Collection Rome

BoConcept

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Cover Story

La baraque

P

À PROSES DE AULO

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T 

ous les mêmes, tous les mêmes, tous les mêmes, et y’en a marre. » Lui est loin d’être toujours le même ; appelez-le désormais Paul. Ciao Stromae, ou Stromaï avec la prononciation irréprochable qui convient, salut à son vrai nom, Paul Van Haver. A 33 ans, le mec paraît plus posé et mature que le phénomène de scène qu’il était il y a encore cinq ans. Un personnage qu’il a rangé temporairement dans un grand placard, avec les cardigans fluo aux formes géométriques, les pulls jacquard vintage cintrés et les chaussettes à mi-mollet du héros de son dernier album, Racine carrée (2013). Un divorce plus que nécessaire pour l’artiste, qui est passé tout près d’un destin tel que celui d’Icare, après une tournée mondiale éreintante de 209 dates en deux ans. Forcée, mais indispensable, la mise au repos du survolté Belge n’a pourtant pas tempéré ses ardeurs créatives et son envie d’innovation. Producteur pour Vitaa et Orelsan, compositeur du tube « Dommage » pour le duo Bigflo & Oli, interprète sur le refrain de « La pluie » d’Orelsan, encore, et patron et membre du collectif Mosaert, le Paulo n’a finalement pas tant chômé durant ces années loin des spots de la célébrité. « Rien ne me manque, sauf peut-être les rencontres humaines. J’ai envie d’écrire, de composer, mais un peu plus dans l’ombre. Continuer le travail qu’on a déjà fait pour moi, mais le faire pour d’autres. »

« 

Dis-moi, où es-tu caché ?

C’est que le jeune Belge n’a pas eu le temps de reprendre son souffle, envoûté par les faisceaux des projecteurs, les cris des fans en liesse, et les succès qui s’enchaînaient à la vitesse d’une boule de flipper en transe. Une bonne fortune qu’il reconnaît avoir eu de la peine à accepter : « Il n’y a pas d’explication au succès, j’avais l’impression d’avoir gagné au loto. » Pourtant, le bonhomme oublie qu’a contrario des champions des boules blanches, il ne s’est pas abandonné au hasard pour parvenir à ses fins. Fils d’un mélange ethnique et culturel, Paul est élevé seul par sa mère belge, son père ayant déserté le cocon familial pour repartir au Rwanda, où le génocide à venir ne lui laissa malheureusement

Au-dessous de son « man bun » déstructuré, ou chignon en bon français, l’homme nous semble familier. Un petit air d’un chanteur qu’on

connaissait bien, mais qu’on n’a pas revu depuis belle lurette : le prodige belge Stromae. Chronique d’un retour artistique orchestré comme un maestro. Par Manon Voland | Photos Audoin Desforges

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pas de chance de rédemption. Le maestro ne retournera au « pays des mille collines » qu’à la trentaine révolue, avec une gloire déjà bien établie, pour chanter son entêtant « Papaoutai » et, pour la première fois, « faire une grosse dédicace à mon papa ». Parce que, justement, cette question, Stromaï se l’est posée jusqu’à ses 12 ans, soit pendant six ans après le décès de son père, jusqu’à ce que la naïveté de l’enfant soit confrontée aux yeux boursouflés et aux silences gênés. Papaonsaitoutai lui a pourtant légué un héritage fort, qu’il dissémine en sonorités de son enfance dans ses morceaux, mais « sans tomber dans le cliché du retour aux racines, du I love Africa, alors que j’ai grandi en Belgique ». Un réalisme qui s’infiltre jusqu’aux plus infimes versets de ses chansons, où le solaire des harmonies contraste avec la gravité des propos. « Tout le monde sait comment on fait les bébés, mais personne sait comment on fait des papas. » Une poésie qui n’a pas toujours été dans son bagage.

Qui dit études dit travail

« Mais c’est qu’de l’attitude tebé, t’aime rester casé dans ton p’tit style hip-hop avec tes potes. » Autant dire qu’il est heureux que le Belge ne se soit justement pas attardé dans ce genre musical, sinon pas sûr que cet article serait en cours de rédaction. Ces paroles, ce sont celles de son premier buzz, « Faut qu’t’arrêtes le rap », composé avec le rappeur J.E.D.I. (que la force soit avec lui), qu’il a rencontré chez les jésuites. Oui, notre bon Stromae est passé entre les mains de la Compagnie de Jésus, à l’internat de Godinne, où sa mère l’a envoyé redresser son parcours scolaire chancelant. Avec ce Padawan du rap, Opsmaestro, son pseudo de l’époque, a fondé le duo Suspicion, un survêtement à capuche sur le dos. Une entité musicale qui ne tiendra pas la distance et la fortune, le petit Paul retournant au solo, à des études d’ingénieur du son et à un job alimentaire chez Quick. C’est d’ailleurs avec ses économies que le chanteur encore à la croix de bois réalise son premier opus, « Juste un cerveau, un flow, un fond et un mic ». Alors signé chez Because Music, il revient à ses premiers amours, en composant pour Melissa M, Anggun et Kery James. Stromae a déjà le flair pour les succès, et il fait de ses créations musicales des leçons sur YouTube qui attirent des foules d’internautes. Un premier tour de force qui lui fait goûter aux joies de l’indépendance professionnelle, qu’il conforte en fondant la même année son label, Mosaert, anagramme de Stromae, avec son frère Luc Junior Tam. Mais comme le dit l’adage, « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin » : le prodige accepte un contrat sous licence avec Universal Music France pour l’exploitation de ses deux premiers albums. C’est alors que débarque la réussite qu’on lui connaît, avec l’insolite « Alors on danse » en première ligne de son opus Cheese. Un nom qui fait référence aux sourires figés des photos de classe, où l’on fait semblant de kiffer le moment et la vie, qu’importe la vérité de l’instant. « Ils ont cru qu’ je riais, mais c’est même pas vrai. Va-y dis cheese, allez dis cheese ! Pour le cliché. »

« ILS ONT CRU QU’JE RIAIS, MAIS C’EST MÊME PAS VRAI... »

Je ne dis pas ce que je pense, mais je pense ce que je dis

Avec Cheese, le Belge dit adieu à son training informe et à sa casquette à l’envers, en faveur d’un look de premier de classe, au gilet et nœud pap’ impeccables. Une transformation vestimentaire qui va de pair avec l’évolution de ses textes : la nouvelle marionnette de Paulo – Stromae – englobe un univers paradoxal où les mots chassent d’autres maux sur des rythmes ultradansants. Deux siècles plus tôt, si Baudelaire s’était converti à la musique électronique, le résultat aurait sans doute été dans la même veine. Car la prose du Belge pourrait précisément s’apparenter à du spleen baudelairien : subtile, lucide, cruelle et tellement juste. « Hey, petit bébé, il faudra se taire, oui, même si papa frappe ta mère, il faudra s’y faire. Je sais qu’il fait mal même quand il s’en va, c’est tout à fait normal, car papa a les plus gros bras » (« Dodo », 2009). Un chouette thème, celui de la maltraitance familiale, sur un rythme digne d’une comptine bon enfant entêtante. Le maestro chante ce qu’il n’est pas convenable de dire, et nous entraîne avec lui dans cette danse presque absurde, où l’on reprend de bon gré et à tue-tête des refrains glauques, tout en nous trémoussant gaiement. Tellement incongru que les Guignols en ont fait un fantoche louable pour animer leurs « Détresse partys » à l’occasion d’un licenciement à célébrer (« Fort virable ») ou pour un événement exotique tel qu’une lapidation (« Alors on lance »). C’est vrai que leur jingle « Tu aimes danser sur le thème de l’abandon familial (« Papaoutai ») ou de la dépression (« Formidable ») ? » prête à rire, mais il est, ô combien, réaliste. Ces titres, ce sont les fleurons de son second album, Racine carrée, que Stromae a sorti dans la foulée de son succès fulgurant, histoire de ne pas laisser le soufflé retomber. Et pourtant, le 22 mai 2013, la sphère people a bien cru que le ciel était tombé sur la tête de cet irréductible phénomène, lorsqu’une vidéo amateur est publiée, le montrant ivre au petit matin à Bruxelles. C’était mal connaître Paul Van Haver. En plus de sa maestria en matière de mots, le Belge maîtrise les codes des réseaux sociaux et de la société hyperconnectée. En effet, deux jours après l’apparition de ladite vidéo et du buzz qui s’en est suivi, Stromae interprète son nouveau tube, « Formidable », sur le plateau de France 2, où il reprend son rôle d’amoureux éconduit ayant noyé son chagrin dans la bouteille. Trois millions de vues en trois jours pour le clip qui lui emboîte le pas, entièrement tourné en caméra cachée dans cette fameuse rue de la capitale belge. Un joli coup de pub pour celui qui ne cesse de renaître de ses cendres.

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C’EST QU’IL S’EN EST APPROCHÉ DANGEREUSEMENT DE LA POUSSIÈRE, LE PETIT PAULO, À TROP CÔTOYER LA LUMIÈRE DU SOLEIL.

Il est l’heure, fini l’heure de danser

C’est qu’il s’en est approché dangereusement de la poussière, justement, le petit Paulo, à trop côtoyer la lumière du soleil. Lui qui a chanté « tu sors trop, du moins c’est ce qu’ils disent » aurait été bien inspiré de s’écouter, histoire d’éviter le mal de notre siècle, le burn out. Les pépins débutent en juin 2015, en plein Racine carrée Tour en Afrique, alors qu’il se fait prescrire un antipaludique « novateur », le Lariam. Hallucinations, crises d’angoisse, épisodes de paranoïa, les réactions au médicament sont violentes pour Stromae, qui doit être rapatrié en Europe et qui est contraint d’annuler la suite de sa tournée africaine. « Décompensation psychique », déclarent les médecins, soit, en français rudimentaire, un craquage en bonne et due forme, qui lui a fait « perdre la boule ». Le bonhomme se relève pourtant pour aller réaliser son rêve de gosse, une tournée aux EtatsUnis, avec une ultime date en apothéose au Madison Square Garden de New York. Pari tenu pour le monstre de scène, premier Belge à se produire dans ce lieu mythique, et qualifié de « mélange entre Michael Jackson et Jacques Brel » par le New York Times. Une page d’histoire vient de s’écrire que déjà Stromae entame la suivante en faisant son grand retour en tant qu’enfant prodige au Rwanda pour un concert exceptionnel. Le dernier de son immense tournée de 209 dates, et le dernier tout court depuis lors. L’artiste quitte la scène ce soir-là pour un congé indéterminé, un peu à la manière inattendue qu’a Philippe Katerine de « coupe[r] le son ». Parce que Paul a tenté d’oublier pendant ce tour éreintant qu’il était toujours affaibli par les relents du Lariam, qui ne lui laissent aucun répit, et que le trop-plein de tout était venu au bout des forces qu’il avait en réserve. « C’était devenu plus trop sain. C’était boulot, boulot, boulot. Je pense que comme n’importe qui qui travaille trop, à un moment, ça devient nocif. Même si c’est une passion ! […] Je n’ai pas envie de vexer les gens qui sont venus à mes concerts en disant ça, mais ça devenait un peu moins un plaisir, ça devenait un vrai métier. » Epuisé physiquement et mentalement, l’artiste a failli rejoindre trop vite celui à qui on n’a eu de cesse de le comparer, l’autre Belge, Brel. « Mon frère a eu le déclic. Il s’est rendu compte qu’il y avait un truc qui n’allait pas. Je pense que s’il n’avait pas été là, je me serais sans doute suicidé cette nuit-là. Ça, c’est sûr. Je pèse bien mes mots. » Naïvement, on a envie de dire « merci, Luc », d’avoir poussé Paul sur un chemin que Brel avait choisi d’emprunter avant lui, celui du repos et de passions loin du grabuge de la célébrité.

Marche ou crève, mais marche droit

2018 signe le grand retour du maestro belge, alors qu’on ne l’attendait (presque) plus. Après avoir fait entendre sa voix à travers les autres, Paul est redevenu chanteur le temps d’un morceau, en rejoignant son pote Orelsan sur sa scène, à Bruxelles, en mars dernier. Débarquant au beau milieu du refrain de leur duo « La Pluie », sous les ovations d’une foule ébahie, il a fait naître les rumeurs les plus folles quant à son éventuel retour. Mais plus qu’un retour, cette apparition était une manière de lancer la cinquième collection capsule de la ligne de vêtements Mosaert. « Ça m’a fait du bien de remonter sur scène avec Orelsan – j’appréhendais. Ça m’a limite donné envie d’y retourner. On n’y est pas encore, mais presque. » Mosaert, c’est justement ce à quoi Paulo s’est donné corps et âme depuis sa sortie de scène. D’un côté, avec le collectif Paul, Luc & Martin, qu’il forme avec son frère Luc et le réalisateur français Martin Scali, à qui l’on doit les clips « Run Up » de Major Lazer et « Coward » de Yael Naim ou le film officiel pour les JO de Paris 2024. De l’autre, avec la marque de prêt-à-porter lancée en 2014 avec son épouse, la styliste Coralie Barbier, et son indispensable Luc. Pour celui qui ne fait jamais comme tout le monde, pas question de proposer des T-shirts et casquettes cheap mais chers à la fin des concerts : à la place, des tenues colorées inspirées du wax, qui ont marqué la période Racine Carrée, où chaque chanson avait son propre costume. Depuis, Mosaert-fringues a évolué, se dissociant de sa marionnette scénique pour lui donner une véritable identité et légitimité, bien loin du merchandising bling-bling auquel elle avait tendance à être associée jadis. C’est à Paris, au Bon Marché, quelques jours après la prestation « coup de pub » de Paul avec Orelsan, que le trio dévoile sa nouvelle collection : une mise en scène digne du meilleur clip de Stromae, où les mannequins sortent transformés d’une énorme Mosaert Fabrique, dans l’esprit Willy Wonka, et s’improvisent danseurs sur un morceau inédit de Paul et Luc, « Défiler ». « Pour moi, c’était chouette, ça m’enlevait toute pression de devoir faire un single qui allait être joué en radio, qui marcherait ou pas. » Neuf minutes de chanson et de défilé, aux sons de paroles toujours aussi tranchantes et cyniques signées par le dandy bruxellois, autour des thèmes de la beauté, de la marche et du sens de l’existence. « Qu’on l’veuille ou pas on a une valeur marchande, du plus jeune âge au linceul / La tête dans son téléphone / Sans écouteurs, on la croirait folle / Sans Google, on la croirait conne / Et sans filtres, on la croirait bonne / Petit, avant d’apprendre un métier, faut d’abord apprendre à retoucher la photo d’un CV. » Le garçon questionne les archétypes de l’apparence, de la société du paraître et des réseaux sociaux, où l’argent « pourrit les gens et les rend beaux en même temps ». Une jolie analogie pour celui qui s’est forgé une identité en jouant sur son physique hybride et son dress code « preppy-papy-flashy » décalé, mais tellement voyant. Il en a fait du chemin, de ce frêle Stromae à la démarche mécanique des Temps modernes au Paul 4.0 au visage plus rond et à l’allure plus souple, plus assumée, mais dont la prose, elle, n’a rien perdu de sa verve. Merci qui ? Sans doute le petit miracle de la vie qui fera bientôt du Belge le papa qu’il n’a jamais eu. Paultaila. —

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Interview croisée

QUAND STING rencontre SHAGGY 62


« JE ME SUIS DEMANDÉ : QUI EST CE TARÉ SUR MA SCÈNE ? »

« U 

ne interview de Sting et Shaggy ? Qu’est-ce que ces deux-là font ensemble ? » Voilà sans doute la question préférée des gens à qui j’ai parlé de cette entrevue. C’est vrai que le couple musical détonne et étonne. Et, soyons honnête, mon entretien avec ces deux artistes hors pair, mais également ô combien déchaînés, fut et restera mémorable. Un moment aussi insolite que l’album qu’ils viennent de sortir, où il a été question de challenges musicaux, de tournée et d’avenir, le tout sur fond d’humour et de plaisanteries bon enfant. NB : Pour l’anecdote, et pour vous donner une idée de ce qui a été passé sous silence dans les lignes qui suivent, Shaggy nous a demandé si nous avions écouté 44/876 en fumant de l’herbe et Sting a déclaré sa flamme au chocolat. Ça donne le ton.

Durant une interview avec Jimmy Fallon, vous avez déclaré vous être rencontrés pendant un show de Sting, en pleine performance de la chanson « Roxanne » ! Est-ce que c’est vrai ? Shaggy : Si tu l’as vu sur Jimmy Fallon, c’est que ce n’était pas une fake news ! Comment est-ce arrivé ? Shaggy, vous êtes apparemment entré sur scène sans demander à Sting son avis ! Comment avez-vous réagi, Sting ? Sting : Je me suis demandé : « Qui est ce taré sur ma scène ? » J’ai essayé de trouver un agent de sécurité, mais ils avaient tous disparu… J’ai donc dû faire avec ! (Rires) Et puis j’ai vu qu’il avait du talent, alors je l’ai laissé chanter avec moi. Eh bien Shaggy, quel culot ! Pourquoi avoir voulu monter sur scène ce soir-là avec Sting ? Shaggy : Il y avait de nombreuses nanas sur la scène, je me

suis dit « je veux aussi ma part du gâteau » ! (Rires) En réalité, j’avais une chanson à lui faire écouter et sur laquelle je voulais qu’il collabore avec moi. Mon producteur, qui est également le manager de Sting, lui a envoyé la maquette et Sting est venu chanter le refrain avec moi. C’était dingue ! Nous nous sommes tellement amusés que nous avons fait une autre chanson, puis encore une autre, jusqu’à avoir un album. Et là, nous nous sommes dit : « Sortons-le ! » Sting : Voilà l’histoire ! Le nom de l’album correspond à vos indicatifs téléphoniques respectifs (44 pour le Royaume-Uni, et 876 pour la Jamaïque). Pouvez-vous nous expliquer pourquoi avoir choisi cet élément en particulier ? Sting : L’album est construit comme une conversation entre Shaggy et moi autour de sujets qui nous tenaient à cœur. Je balance une phrase, Shaggy me répond, toutes les chansons sont des dialogues entre nous. Le téléphone nous a semblé une bonne analogie et une métaphore de la conversation établie. Le premier clip de l’album, « Don’t Make Me Wait », a été tourné en Jamaïque. Pourquoi était-ce important pour vous de le réaliser là-bas ? Shaggy : Il y a de nombreuses raisons… La première, c’est que j’habite en Jamaïque. La seconde, c’est que Sting y a passé du temps il y a des années, et y a écrit quelquesunes de ses plus belles chansons, comme « Every Breath You Take ». Nous sommes aussi régulièrement allés en Jamaïque pendant l’enregistrement de l’album ; nous y avons donné un concert caritatif pour un hôpital d’enfants que je soutiens depuis longtemps, par exemple. L’album a également de nombreuses sonorités reggae, alors cela avait du sens que cela se fasse en Jamaïque. De plus, je vou-

Un duo insolite pour l’album le plus inattendu de l’année. Sting, le plus célèbre Englishman in New York, et Shaggy, le reggaeman révélé par le tube It Wasn’t Me, s’associent pour nous proposer 44/876 :

un surprenant cocktail de sonorités caribéennes et rock venu tout droit de la Jamaïque. Interview. Par Manon Voland | Photos Salvador Ochoa

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Grand format

Jeunes filles apprêtées pour le week-end dans l’une des favelas de Complexo do Alemão à Rio de Janeiro, Brésil. Les enfants sont souvent victimes des guerres entre dealers. Dès leur plus jeune âge, de nombreux garçons sont attirés par l’argent facile. Bien souvent, le point de retour est impossible.


Rio

 VU D’EN HAUT

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U 

n habitant sur cinq vivrait dans l’une des 600 favelas que compte la ville. Un chiffre qui donne le vertige. Après plus de trois années passées au cœur des quartiers « chauds » de Rio, baigné par le caractère sulfureux des lieux, Peter Bauza a capturé le théâtre de scènes de vie et révélé l’éclat des hauteurs de la «  Cidade Maravilhosa  ». Un documentaire intense, au travers duquel rien n’est gommé. Les contrastes, parfaitement soulignés. Du chaos au système D, des pleurs à la douceur de vivre, l’homme met en lumière l’indéfinissable entraide et identité culturelle des favelados. Malgré une tentative de pacification des zones sensibles par le gouvernement brésilien, drogue, bavures policières et armes à feu demeurent monnaie courante. La série « As every Day » tend à exprimer la pluralité des lieux au-delà des clichés. La pellicule sort de l’anonymat les visages et l’âme d’une communauté. Des écoles de samba aux petits commerces en passant par les églises, le foot ou encore les fiévreuses soirées funk, les favelas se suivent, sans jamais se ressembler. Espoir, fatalité, unité et solidarité règnent en maîtres. Un cocktail détonant, composé d’une nouvelle classe moyenne se refusant à quitter leur quartier, et des abris de fortune fondus dans un décor de briques et de tôles ondulées. Comment êtes-vous parvenu à capturer ces scènes de vie ? Avez-vous rencontré des difficultés lors de ce projet ? Cela prend du temps. Il vous faut gagner la confiance des gens et les approcher étape par étape. Le meilleur moyen est d’être présenté. Pour s’ouvrir, les

habitants doivent vous connaître. Vous devez avant toute chose vous intéresser à leur vie et ne pas simplement chercher à prendre des photos. Ici, la vie est complexe, chaque favela a ses règles. Ce projet est bien plus qu’un sujet de société, c’est un défi anthropologique. Ceux qui n’y vivent pas ne peuvent pas comprendre le nombre de complexités qu’il y a dans ces quartiers. J’ai passé trois ans et demi au Brésil pour développer différents projets dans différentes favelas : Cantagalo, Cidade de Deus, Rocinha, Mare, Santa Marta, Complexo do Alemão… Depuis toujours, elles sont sous le feu des projecteurs et sont associées à tort à la misère et aux bidonvilles. Comment la vie au cœur des favelas vous est-elle apparue ? L’espoir est-il plus fort que la détresse ? C’est une question assez complexe. On trouve toutes sortes de classes sociales au sein des favelas. De la plus pauvre à la classe moyenne. L’expression « Born poor, stay poor  » s’applique toutefois à une grande majorité. Malgré cette idée de marginalisation et l’image erronée que l’on s’en fait, les favelados font partie de notre société. Vous seriez très surpris par leur force, leur espoir et leurs valeurs. Comme dans chaque communauté, il existe des personnes différentes ici… Parmi elles, des familles qui y habitent depuis des décennies, qui aiment ce sentiment de protection et de proximité avec le voisinage, ou alors des personnes contraintes de vivre ici, des miséreux parmi les pauvres qui essaient tant bien que mal de bâtir un abri de fortune. Mais pas seulement : vous seriez surpris de voir combien d’habitants

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construisent de petits palaces et investissent peu à peu leurs revenus dans la favela. Il va de soi que l’on ne peut pas cacher les besoins de la population et les tensions existantes, la présence de la sécurité, de la corruption et surtout de la violence liée aux gangs et au trafic de drogue. Il existe aussi des favelas sous contrôle, comme la Cité de Dieu, mais nous sommes loin du film d’Hollywood. Les favelas comptent des millions d’habitants ; tous les jours, il y a des tirs de feu, des rackets organisés pour la protection et un contrôle des zones difficiles. L’ absence de l’Etat est de toute évidence visible, et conduit bien souvent à des guerres aux dépens des habitants. Existe-t-il de grandes différences d’une favela à l’autre ? Au fil des ans, j’ai couvert de nombreuses zones. Les quartiers les plus défavorisés et inhumains, où il n’y a pas la moindre infrastructure, assistance sociale, eau ou lumière. Et puis ceux de la classe moyenne, où l’on trouve principalement des maisons en dur, construites pour la génération suivante à partir de briques et de ciment. La plupart d’entre elles sont meublées, ont accès à l’eau courante, à l’électricité, à l’internet et à la télévision, et bénéficient d’une collecte des poubelles. Les constructions sont certes de mauvaise qualité, mais habitables. Certains des résidents sont même devenus propriétaires et possèdent un titre légal de propriété, malgré une législation défavorable. La plupart des résidents travaillent. Souvent comme employés de maison dans les familles de Rio, dans de nom-


Le fils de Denise Moraes, Caio, a été abattu par accident lors d’une descente de la police militaire à Complexo do Alemão, l’une des plus grandes favelas que compte le Brésil, composée de 25 communautés différentes.

Sur les hauteurs de Rio, la carte postale carioca se déroule depuis les toits et les ruelles escarpées. Un maquillage de façade qui donne lieu à une toute autre réalité. Ici, adossé à la colline, le photoreporter Peter Bauza est allé à la rencontre des

favelas, où se confondent vie et survie. Par Peter Bauza, photoreporter | Interview Delphine Gallay

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Un jeune garçon prend sa douche à la Piscinão de Ramos. Une douche bricolée avec les moyens du bord. Page de droite : Des personnes en train de s’amuser au bord de la Piscinão de Ramos, un immense lac artificiel pollué, inauguré en 2001 par le gouverneur Toninho Kiddy, devenu le point de rencontre du week-end pour les habitants des nombreuses favelas environnantes.

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UN COCKTAIL DÉTONANT, COMPOSÉ D’UNE NOUVELLE CLASSE MOYENNE SE REFUSANT À QUITTER LEUR QUARTIER, ET DES ABRIS DE FORTUNE.

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Sélection horlo

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d’été

Les beaux jours sont de retour ! Pour un été placé sous le signe de l’élégance, nous vous avons concocté une sélection de modèles incontournables. A la fois sophistiqués et faciles à porter, ces garde-temps seront la touche finale de vos tenues estivales. Sélection Siphra Moine-Woerlen | Par Marie-Carine Favre

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Le shooting horlo

Hippiquement VÔTRE ! Une belle histoire que celle des sports équestres et de la maison horlogère Longines. En piste pour les plus grands titres, les garde-temps s’affichent avec élégance au poignet des cavaliers et des passionnés depuis plus de 185 ans. Une touche d’héritage et d’élan créatif pur sang. Direction artistique et photographie Vincent Alvarez | Réalisation Siphra Moine-Woerlen Remerciements à la Maison Guibert, sellier de luxe à Paris

Montre Record : mouvement mécanique à remontage automatique exclusif Longines, certification COSC, 40 mm, acier inoxydable, cadran blanc mat, chiffres romains.

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A fond les manettes !

Money’s got talent

Toujours plus difficile, toujours plus exclusive, l’arrivée en Formule 1 pour les nouveaux pilotes relève désormais de l’exception. Jadis balisée par un parcours bien établi, l’accession à la formule reine se voyait assurée après un passage dans chacune des formules de promotion, avec une année pour apprendre et une année pour gagner. Maintenant, le recrutement des nouveaux pilotes se voit bousculé par de très jeunes talents, sur lesquels certaines écuries misent bien avant leur maturité. C’est désormais à l’adolescence, sur les pistes de karting, que se dessinent les carrières. Révolue également l’époque où certains pilotes « rapides comme Crésus » se voyaient ouvrir les portes de l’élite avec beaucoup d’argent et peu de talent. Pour garantir la progression dans les filières monoplaces, chaque apprenti champion doit, outre son coup de volant, bénéficier des bons supports techniques et financiers. Aussi, l’entourage et les soutiens

deviennent des atouts essentiels pour évoluer dans un milieu des plus compétitifs. Ceci explique notamment la présence de « fils de » parmi les pilotes de F1.

Pyramide

Charles Leclerc ne fait pas exception à la règle. Dès l’enfance, il fait ses premières armes en karting, éclabousse de son talent les catégories minime et cadet et se propulse jusqu’au niveau mondial, où il remporte en 2011 la coupe du monde. La belle histoire aurait pu s’arrêter là, faute de moyens. C’est son ami Jules Bianchi (au destin tragiquement brisé après un terrible accident en course et de longs mois de coma), alors près de débuter lui-même en F1, qui le recommande auprès de son agent, Nicolas Todt. Poulain de All Road Management et soutenu par Richard Mille, le jeune Monégasque peut reprendre le cours de sa carrière.

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Je serai PILOTE DE

F1 !

Partenaire d’une écurie de pointe et de plusieurs pilotes de renom, Richard Mille tisse des liens étroits avec la Formule 1. Parmi eux, Charles Leclerc, étoile montante du sport automobile, fait ses débuts en course cette saison.

Itinéraire d’un enfant surdoué. Par Stéphane Léchine, de retour de Barcelone

Dès lors, la trajectoire de Charles Leclerc devient exponentielle. Il affronte un certain Max Verstappen lors des mondiaux de karting, avant de faire ses débuts en monoplace directement en championnat d’Europe de Formule 3. Après deux saisons d’apprentissage jalonnées de coups d’éclat retentissants, il passe en GP3 : ces courses en lever de rideau de la F1 suscitent l’attention des team managers. Champion dès la première saison, il accède avec brio en Formule 2, l’antichambre de la F1. Lors du meeting d’ouverture, il marque les esprits et réalise l’exploit de se qualifier en arrivant en tête. Sur le podium dès la première course, il remporte la suivante après un festival de dépassements qui restera longtemps dans les annales.

Un début presque parfait

Dominant sans partage le reste de la saison, le plus dur reste à faire : trouver un volant dans un team de F1. Des vingt baquets disponibles, seuls deux ou trois sont accessibles aux Rookies. C’est alors qu’entrent en ligne de compte bien d’autres

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paramètres que la pointe de vitesse pure. Tel pilote apportera ses soutiens financiers à une écurie, tel autre sera affilié à un constructeur ou motoriste ; la politique règne. C’est certainement au moment de franchir l’ultime marche vers les sommets que la nécessité d’être soutenu et introduit dans le milieu se montre impérieuse. Grâce à ses liens dans l’une des plus grandes écuries du plateau, le jeune Monégasque débute modestement chez Sauber F1. Pour un débutant, relever le défi de la Formule 1 consiste en une succession de challenges et de remises en cause permanentes. Les essais hivernaux permettent d’acquérir le bagage technique pour échanger avec les ingénieurs et affirmer son ambition. Sous les feux de la rampe lors des premières courses, le droit à l’erreur est quasi inexistant et la comparaison entre pilotes d’une même écurie est le premier critère pour jauger de la pointe de vitesse. Pour Charles, c’est – déjà – mission accomplie en ce début de saison. Malgré quelqsues erreurs minimes lors des qualifications, il s’affirme face à son coéquipier plus expérimenté, puis réussit un joli coup d’éclat. Sixième à l’arrivée du GP d’A zerbaïdjan, il marque ses premiers points en F1. Seule la concrétisation de ces promesses, la saison durant, lui ouvrira peut-être la porte d’un Top Team. Alors seulement, il pourra viser la victoire en Grand Prix.

Young Talent Academy

Fort de cet exemple, Richard Mille se lancera dès cette année dans une formule de détection des jeunes pilotes issus du karting. Triés sur le volet, les talents les plus prometteurs s’affronteront lors de deux jours de détection avec, à la clé, leur première saison en monoplace. Passerelle vers l’automobile, cette nouvelle filière sera l’assurance de se faire remarquer et de bénéficier des meilleurs atouts pour aspirer à une carrière au plus haut niveau. —


Mode plage

alifornia

love

« Sous le soleil exactement… Pas à côté, pas n’importe où… juste en dessous… ». Couleurs vitaminées, découpes structurées, résille et crochet, les monokinis, et autres trikinis… sont les stars de l’été !

Direction artistique et photographie Vincent Alvarez, assisté de Gabrielle Vigier | Réalisation Siphra Moine-Woerlen

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Culotte de bain Petit Bateau, bijoux Dior.

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Top, jupe et culotte Sonia Rykiel, bague Damiani. Page de droite : Maillot de bain Eres, cabas Christian Dior, lunettes de soleil Alexander McQueen, bracelets Cartier.

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Top, culotte de bain, montre et planche de surf Chanel, sandales Jimmy Choo.

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News beautĂŠ

Maillot de bain Leonard, sac banane Lacoste, bague et bracelet Marc Deloche, montre Ulysse Nardin. 134


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Vanity #2 Farniente aux Maldives Vanity #1 Road Trip en Thaïlande Sac à dos plié, place à la découverte hors des sentiers battus ! L’aventurière en quête de sensations fortes et de paysages sauvages, toute téméraire qu’elle soit, a le droit elle aussi à ses petits moments de détente entre deux étapes. A l’abri des regards indiscrets, l’Huile de douche Amande de L’Occitane, délicatement déposée sur le corps, se transforme en un voile délicat et nettoie la peau tout en douceur. Teint terne, rougeurs et déshydratation ? La brume extra-fine D-Pollution Essentiel de Chanel protège l’épiderme des agressions urbaines. Enfin, la BB crème de Lancaster offre une réelle alternative au fond de teint, trop lourd et trop riche pour l’été. Les imperfections sont corrigées, le teint est unifié et la peau est hydratée. En avant, marche !

Ah, le sable blanc, les eaux turquoise et les cocotiers ! Après un début d’année interminable, place à la détente et aux plages de rêve. Confortablement installée à l’ombre d’un parasol, on se délecte de la vue imprenable sur les lagons tout en se vernissant les ongles des pieds. Si l’on a tendance à faire l’impasse sur le fond de teint, le blush ou autres fards à paupières pour laisser sa peau respirer, on ne résiste pas à une touche de mascara, version waterproof. Dans son écrin argenté, le Noir Couture de Givenchy booste le volume des cils et prévient l’humidité et la chaleur. Outil indispensable pour bronzer en toute sérénité, le nouveau Clear Stick UV Protector WetForce de Shiseido offre une barrière protectrice capable de retenir l’eau et la transpiration, tout en hydratant et en protégeant du soleil. Touche finale à votre mise en beauté : l’Eclat Minute Embellisseur Lèvres de Clarins. Subtilement colorée, sa texture crémeuse laisse un léger goût de friandise pour un effet seconde peau et une brillance glossy. Des lèvres instantanément repulpées, hydratées et sublimées.

Pro-té-gez !

Hy-dra-tez !

Entre le soleil, le sel, le sable et le chlore, c’est la cata pour nos cheveux. Grâce à une association d’huiles de fruit de la passion, de karité, de coton et de moringa, l’Huile Précieuse de Sisley apporte nutrition, éclat et douceur à la chevelure. De quoi affronter l’été en toute tranquillité !

« T’hydrater, tu devras ! » Voici le mantra des vacancières en quête de soleil. Cet été, sur la plage, la gourde Holy Water Drink Bottle de Rituals sera votre meilleure alliée. Un moyen d’hydratation original qui vous rafraîchira en un clin d’œil.

shopping list

SISLEY Huile Précieuse Cheveux, 100 ml. CHF 100.–

CHANEL D-Pollution Essen-

GIVENCHY Noir Couture Volume

tiel, 50 ml. CHF 88.–

Waterproof. CHF 47,90

L’OCCITANE

LANCASTER

CLARINS

RITUALS Holy Water

Huile de douche Amande, 250 ml. CHF 25.–

Sun Sensitive BB Crème SPF 50, 50 ml. CHF 46.–

Eclat Minute Embellisseur Lèvres. CHF 27.–

Drink Bottle. CHF 29.–

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Les solaires Cette année, pas question de jouer à la naïade ou de buller au soleil sans crème solaire. Offrant protection de la peau et beauté du teint, elle préserve sa fraîcheur et repousse les rides et les UV néfastes. A vos tubes, prêtes, étalez !

Combinaison Billabong.

POWER CREAM La Prairie Forever young

SHISEIDO Wetforce Stick Protecteur UV SPF 50+. CHF 34,20 CLARINS Crème Solaire Anti-Rides Moyenne Protection UVA/UVB 15. CHF 39,50

VICHY Idéal Soleil Anti-Age Antioxydant

Dans sa quête de beauté intemporelle et de luxe infini, l’incontournable marque de cosmétiques suisse La Prairie propose plus qu’un soin ordinaire pour traiter le vieillissement à la source avec la dernière-née, White Caviar Crème Extraordinaire. Grâce à sa formunle infusée de Lumidose, molécule illuminatrice la plus puissante découverte par La Prairie, les défauts d’hyperpigmentation tels que les taches liées à l’âge semblent s’estomper, comme balayés par un puissant rayon de lumière. Le rituel White Caviar aide à retrouver la luminosité, l’uniformité et la fermeté d’une peau éclatante de jeunesse.

SPF 50. CHF 25.– LANCASTER Sun Sensitive Lait Apaisant Délicat

SPF 30. CHF 57.–

LA PRAIRIE White Caviar Crème Extraordinaire, 60 ml. CHF 779.– LA ROCHE-POSAY Brume Fraîche Invisible

SPF 50 Anthelios. CHF 26.– DIOR Dior Bronze Huile en brume protectrice

hâle sublime SPF 15. CHF 54.– CLINIQUE Crème Solaire Anti-Ride SPF30. CHF 33.–

Cellcosmet Cure de jouvence Expert en cosméceutique suisse, Cellap Laboratoire dévoile sa dernière innovation en matière de masques-soins anti-âge : Cellcosmet Swiss BioTech Masque CellClarifiant. Alliant efficacité et fraîcheur, ce soin intense à l’eau suisse des glaciers et aux phyto-complexes alpins délivre tous les principes actifs nécessaires pour une peau intensément hydratée, lissée et repulpée… le tout en vingt minutes top chrono ! Dès la première application, le teint est visiblement clarifié, les traits sont reposés et les rougeurs apaisées. Efficacité et coup de jeune assurés ! CELLCOSMET Swiss BioTech Masque CellClarifiant. CHF 286.–

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CONSEIL Comment bien choisir sa crème solaire ?

Plus votre peau est claire et sensible, plus il vous faudra choisir un indice élevé (entre 30 et 50+) pour éviter les coups de soleil. A l’inverse, si vous avez tendance à bronzer rapidement, vous pouvez utiliser une crème solaire avec un indice compris entre 15 et 25 dès les premiers jours.


Vanity #3 Fiesta à Ibiza La musique pulse, l’ambiance bat son plein, le jour et la nuit se confondent… Tous les ingrédients sont réunis pour faire de vos vacances un grand moment d’anthologie festive. Avant de prendre part à ce tourbillon psychédélique, direction la salle de bains pour un maquillage digne d’un « red carpet ». Première étape : quelques gouttes du gel nettoyant d’Aesop pour éliminer les impuretés, avant d’appliquer un peu de poudre Terracotta de Guerlain sur votre joli minois. Effet bonne mine ensoleillée assurée ! Pour un regard hypnotique, on opte pour la palette Fleur Fatale de Nars et ses pigments scintillants et métalliques. Let’s start the party !

Su-bli-mez !

Avec son parfum sensuel et une texture sèche facile à appliquer, l’Huile Prodigieuse Or de Nuxe se réinvente en version pailletée pour une peau hydratée et délicatement satinée… Un rituel beauté qui sublime visage, corps et cheveux jusqu’au bout de la nuit.

Vanity #4 Main dans la main à Santorin Paysages méditerranéens, couchers de soleil spectaculaires et villas d’un blanc immaculé… Tout ici prête aux envolées lyriques et romantiques. Bras dessus, bras dessous, les amants se perdent dans les ruelles escarpées avant de s’attabler dans un restaurant intimiste face aux Cyclades. Madame est radieuse : son teint est sublimé par le fond de teint Even Better Glow de Clinique. L’Attrap’Lumière de Clarins apporte lumière et profondeur à son maquillage. Véritable objet de désir, le Pure Color Envy Sculpting Matte d’Estée Lauder habille ses lèvres d’une couleur intense et révèle sa féminité. Monsieur n’a d’yeux que pour sa dulcinée.

Bron-zez !

Dior réinvente la mythique huile de monoï dans un soin après-soleil indispensable, inspiré par ce trésor de beauté polynésien. Le hâle est instantanément et durablement sublimé et la peau se pare d’un délicat parfum enivrant et sensuel.

shopping list

ESTÉE LAUDER AESOP Gel Nettoyant Ambivalent

GUERLAIN Poudre Terracotta Summer

pour le Visage, 100 ml. CHF 33.–

Collection. CHF 89.–

NARS X ERDEM Fleur Fatale

NUXE Huile Prodigieuse,

Eyeshadow Palette. CHF 66.–

100 ml. CHF 34,90

Pure Color Envy Sculpting Matte. CHF 44.–

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CLINIQUE

CLARINS

CLINIQUE Even Better Glow,

CLARINS Attrap’Lumière.

30 ml. CHF 45.–

CHF 27.–


Les vernis L’été étant la saison de toutes les fantaisies, nos mains et nos pieds peuvent afficher des couleurs vitaminées et fruitées, qui vont booster notre moral et sublimer notre bronzage. Mission : être rayonnante jusqu’au bout des ongles !

DIOR Dior Addict Lacquer Plump, Dior Pretty. CHF 37.– OPI Vernis Sun, Sea and Sand in My Pants. CHF 19,90

GUERLAIN La Petite Robe Noire, East Poppy. CHF 32.– LANCÔME Vernis, Crispy Lavender. CHF 32.–

CHANEL Le Vernis Néon, Scenario. CHF 33.– YVES SAINT LAURENT La Laque Couture, Bleu Majorelle. CHF 37.–

CONSEIL Comment faire durer son vernis ?    

Contrairement aux idées reçues, il n’est absolument pas conseillé d’appliquer d’épaisses couches de vernis pour allonger sa durée de vie. Plus les couches seront fines et plus il aura de chances de tenir longtemps. Petite asstuce, terminez l’opération en protégeant vos ongles avec un top coat de qualité.

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Maillot de bain Wolford, kimono Leonard et bracelets Luc Kieffer.


Escapades urbaines

Des affaires, un caprice, une tentation : toute occasion est bonne à saisir pour une halte à Paris. Ne serait-ce que pour une heure ou une nuit. Capitale inextinguible, la séductrice s’affirme, se renouvelle et ne cède en rien à ses rivales qui brasillent sous les feux de la rampe. Par Christine Brumm

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LA TOURNÉE DES

duchesses Un Louis en vaut deux Une incursion au sein de l’ensemble monumental du Palais-Royal a quelque chose d’élevé et d’allègre à la fois. Des jardins où autrefois l’enfant-roi Louis XIV trottinait à la cour d’honneur, où les colonnes de Daniel Buren font date, les pincés d’art, d’histoire et d’architecture se frisent les moustaches. Ceux portés à la rigolade aussi. Justement, prenons place au Théâtre du Palais-Royal. Sur cette scène, lorsque Louis de Funès interprétait son Oscar, même les murs pouffaient. Présentement encore, on y joue des créations enlevées qui font de la verve et du burlesque une affaire majeure. A rire césarien, nuit impériale. Au Grand Hôtel du Palais Royal, l’amour du beau et du détail se manifeste dans le moindre ourlet, éclaire le plus petit des recoins. Déambuler, une nouvelle fois. Bustes, sanguines, eaux-fortes et autres gravures hautement signés captivent : quand l’art apostrophe, il n’est pas – que – décoratif. Du lobby à notre suite, s’imprégner jusqu’à plus soif d’une atmosphère grisante, poudrée, recherchée. Nous sourions d’aise. Décidément, oui, nous sommes dans une maison supérieure. Privilégiée et généreuse, noblesse oblige.

Etude pour Mercure et Le Flamant rose de Pablo Picasso.

A RIRE CÉSARIEN, NUIT IMPÉRIALE...

PARIS 1ER

Le Palais-Royal www.domaine-palais-royal.fr Le Théâtre du Palais-Royal www.theatrepalaisroyal.com Le Grand Hôtel du Palais-Royal***** www.grandhoteldupalaisroyal.com

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Chut ! Inspirés de ces bars clandestins américains qui faisaient florès sous la Prohibition, les speakeasies restent très en vogue à Paris. Le dévolu est jeté sur le Secret 8, un bar parfaitement caché… dans l’enceinte du Buddha-Bar. Pour que s’entrouvre sa porte masquée, une énigme est à déchiffrer ; flûter de savantes créations dans un cadre exclusif se mérite. Adeptes d’intimité et de luxe non étalé, restez dans nos pas. Face aux jardins de l’Elysée, une demeure où l’excellence réside en tout point : La Réserve Paris. Jadis hôtel particulier du duc de Morny, naguère atelier appartement de Pierre Cardin, il est aujourd’hui le plus petit des palaces parisiens – divinement arrangé par Jacques Garcia – avec la singularité de tenir son rang tout en sortant du lot. Parmi ses atouts bluffants, la longue piscine où l’on nage à minuit ou dès potron-minet, le fumoir d’un charme absolu doublé d’un honesty bar, le salon piano-bibliothèque conforme à celui que l’on veut avoir chez soi. Mais aussi les lithographies de Sem, taquines et gaillardes, qui s’affichent dans les corridors, ou les marrons glacés qui nous courtisent depuis notre chevet. Sans omettre l’enchanteur des palais. Le chef étoilé du restaurant Le Gabriel, Jérôme Banctel, est un audacieux. Il apprête avec brio le pigeon ou le maquereau de façon à en libérer les saveurs insoupçonnées. Les gens de goût ont le chic pour élire les lieux qui leur correspondent ; La Réserve Paris est leur adresse confidentielle. PARIS 8E

Secret 8 by Buddha-Bar www.buddhabar.com Hôtel La Réserve***** Palace www.lareserve-paris.com

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Grande classe Réserver en Business 1ère à bord des TGV Lyria qui relient Genève à Paris en 3h08 est de bon aloi. Outre un voyage reposant dans une cabine spacieuse, cette inédite et récente classe propose d’appréciables services: entre autres, l’assurance d’avoir une place en cas d’imprévu, un accueil exclusif, la mise à disposition de journaux internationaux. Et, cerise sur le carac, le privilège de déguster un repas digne de ce nom, servi sur assiette à l’heure voulue, sans même avoir à se déplacer. Les plats conçus par le chef Mathieu Castex, unis à des vins choisis par un œnologue, sauront satisfaire les becs fins et tatillons. www.tgv-lyria.com A partir de CHF 220.– l’aller, en semaine

Plein la vue Connaissez-vous le jeu de paume ? Aux abords de la place de la Concorde, Napoléon III fit bâtir une remarquable salle dédiée à ce jeu de pelote qui passionnait alors les Français. De nos jours, le lieu est un centre d’art national, diffuseur d’images fixes et mobiles. Qu’il s’agisse de révélations ou de rétrospectives éclairées, chaque immersion visuelle sonde un panorama puissant, pluriel, quelquefois méconnu. Proche de là, de ses balcons et salons, l’Hôtel Brighton, lui, offre en point de mire rien de moins que le Louvre et le jardin des Tuileries. A nos pieds et juste pour nos yeux, un tableau vivant, théâtral, verdoyant et minéral, que l’on délaissera avec regret. Si les contemplatifs sont à la fête, les entichés d’intérieurs cossus et conservés ne sont pas en reste, car cette demeure souriante, tirée à quatre épingles, veille à garder son cachet distinctif. PARIS 1ER ET PARIS 8E

Centre d’art Jeu de Paume www.jeudepaume.org Hôtel Brighton**** www.paris-hotel-brighton.com

A deux pas Avoir pour voisins la place Vendôme, les Tuileries et le Louvre est très certainement l’atout maître de ce charmant boutique-hôtel. Lové au numéro 4 de la rue Mont-Thabor, le Renaissance Paris Vendôme incarne un lieu de perdition exquis au cœur d’un Paris prisé. Il suffit de remonter au numéro 6 pour apprécier l’ancienne demeure d’Alfred de Musset... et se laisser bercer par l’atmosphère du quartier. Passé entre les mains de l’équipe Marriott, l’hôtel bicentenaire a su se réinventer et se glisser dans le paysage des 5-étoiles de la Ville Lumière. Atout charme des lieux, un subtil mélange de lignes contemporaines et Art déco ponctuées, ici et là, de quelques touches années 1950… Une adresse bercée par les époques, qui réserve, autre surprise, un espace bien-être et une piscine, dans l’antre du 1er arrondissement. PARIS 1ER

Hôtel Renaissance Paris Vendôme***** www.renaissanceparisvendome.com

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Trajectoire N°123  
Trajectoire N°123