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LA TUBÉREUSE, INGRÉDIENT STAR DE GABRIELLE

Il fallait une fleur d’exception ou du moins différente pour ce nouveau jus. Le côté rond, voluptueux et envoûtant de la tubéreuse en est la signature. « Le dernier producteur voulait se débarrasser de ses bulbes de tubéreuses. Nous avons sauté sur l’occasion », raconte Fabrice Bianchi. Six ans plus tard, son extrait fabriqué directement sur cette parcelle est devenu l’un des ingrédients phares du parfum Gabrielle. Défi relevé.

GABRIELLE, LE NOUVEAU JUS

Un magnifique bouquet de fleurs blanches entouré de quelques notes fruitées et subtilement boisées. Telle une fleur imaginaire, la tubéreuse, sublimée par une touche de bois de santal, déploie un panel d’accords mielleux et voluptueux. Alors que les notes de tête d’écorce de mandarine, de pamplemousse et de cassis apportent la fraîcheur, le jasmin, délicatement paré d’un poudré d’ylang-ylang, réchauffe la fragrance pour lui donner une dimension nouvelle. Un peu de fleur d’oranger pour illuminer l’ensemble, et du musc blanc en toile de fond pour un halo irrésistiblement audacieux et envoûtant.

INtERVIEW Un délicieux parfum flotte dans les airs : nous sommes fin septembre à Pégomas et la récolte de la tubéreuse vient de commencer. Elégante et singulière, la fleur blanche se fait reine. La belle est considérée comme la plus parfumée du règne végétal. Ses lettres de noblesse : un bouquet puissant, chaud et subtilement miellé. Le long de ces allées enivrantes, Olivier Polge, nez de la maison Chanel depuis 2013, revient sur la création de sa dernière essence. Comment avez-vous choisi les ingrédients qui composent la recette de Gabrielle ?

Chez Chanel, les fleurs constituent la base de nos parfums. Cependant, nous n’avions jusqu’ici pas de floral à proprement parler. C’est ce que j’ai voulu faire avec ce parfum : un parfum à base de fleurs, et ce, d’une manière moderne. Comment êtes-vous parvenu à raconter Gabrielle au travers de cette fragrance ?

Avec les fleurs blanches et notamment la tubéreuse. Envoûtante et un brin coquine, fragile mais puissante, elle révèle parfaitement le caractère de Gabrielle ! Comment êtes-vous parvenu à réinterpréter avec tant de justesse les codes de la féminité selon Gabrielle ?

Paradoxalement, c’est seulement quand j’ai eu terminé le parfum que je me suis rendu compte qu’il était très féminin ! Mais c’est bien entendu lié au

choix des fleurs. Chaque fleur a sa part à jouer et est reconnaissable en tant que telle. Les fleurs blanches ont un caractère affirmé, extraverti. Elles correspondent bien à la féminité. En quoi cette nouvelle eau est-elle solaire et insoumise ?

La féminité est, pour moi, une forme d’insoumission… J’ai donc voulu une corolle explosive, un tourbillon de pétales et un bouquet de fleurs blanches, en augmentant ou accentuant l’un ou l’autre des ingrédients. Donner la parole aux fleurs et rendre Gabrielle éternelle… Est-ce la naissance d’un grand classique de la parfumerie ?

En effet, un nouveau parfum est un nouveau territoire d’expression et d’inspiration. Dans ce sens, nos parfums ont vocation à être éternels, car comme tout le monde le sait, rien ne se démode plus que les modes.

Vous êtes le fils de Jacques Polge, originaire de Grasse… Peut-on parler d’une destinée toute tracée ?

Je pourrais dire que je suis né dans un champ de jasmin ! Mais, plus sérieusement, c’est surtout lors d’un stage chez Chanel, à 20 ans, que j’ai découvert le métier de mon père et attrapé le virus. Je suis (re)venu à Grasse pour apprendre le métier et j’ai travaillé vingt ans avant d’occuper ce poste. Monsieur Polge, un parfum est-il un accessoire, une expérience ?

Je dirais un accessoire intime. Le parfum est quelque chose qui fait partie de vous-même. C’est quoi un bon parfum ?

Une fragrance qui suscite une émotion et qui est reconnaissable immédiatement. —

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T121  

Magazine Trajectoire N°121, hiver 2017.

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