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N°120 SUCCESS-STORIES Des hommes et des destins

DIVINE COUTURE Dans les coulisses de la fashion sphère

 FACE-À-FACE

Dupontel Ellen von Unwerth Tom Cruise ESCAPADES AUTOMNALES Où se faire la malle ?

Les mystères de l’île de Pâques GRAND FORMAT Au pays des ladyboys FLASH-BACK Les bains de la discorde

Automne 2017 N°120 | CHF 6.– 00120 >

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PETER MARINO

Son empire, son clan, ses collaborations


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LE RETOUR DE LA MÈRE PARFAITE #perfectmama « Avez-vous pensé à acheter du quinoa pour ce soir ? Non pas vraiment, ai-je rétorqué un brin agacée à ma nounou. Par contre, vous trouverez des pâtes dans le placard et des chemises à repasser… merci ! » La mère parfaite ? Parlons-en ! En observant cet été deux futures mamans folâtrer sur leurs transats, une méthode d’anglais audio collée sur leurs ventres rebondis, je me suis dit que nous étions vraiment plongés dans une drôle d’époque. Réseaux sociaux, articles récurrents sur la définition de la « bonne mère », images de réussites matrones… Les allégories de la mère parfaite ne manquent pas. « Réussir son enfant » est apparemment devenu une obligation et la barre est mise toujours plus haut… Dès la maternité, la course est lancée. Comment accoucher sans douleur, allaiter sans soucis, tout en reprenant le travail avec une ligne à faire pâlir d’envie un mannequin de 20 piges... Et ça ne fait que commencer ! Une fois débarqué, l’enfant doit savoir parler trois langues avant ses 6 ans, pratiquer le piano, le judo et le tir à l’arc (en compétition, évidemment), tout en étant bien entendu « meilleur » que le fils de la voisine. On n’oublie pas de l’exposer via moult posts idylliques sur les réseaux sociaux et, ainsi exhibé, l’enfant devient le garant de la réussite et du bonheur (tout relatif) de ses parents. Drôle d’époque ou coup de vieux ? Je ne saurais vous dire… Aussi, pour éviter de répondre à la question, changeons de cap en cette rentrée et promettons-nous de ne pas réprimander nos petits s’ils ne maîtrisent toujours pas le mandarin d’ici à Noël. Essayons plutôt de nous inspirer des dissipés venus égayer les pages de ce numéro consacré à l’art et aux plus belles success-stories. Zoom sur l’énigmatique Peter Marino, l’architecte star dont l’extravagance n’a d’égale que sa créativité, tout comme pour le talentueux Albert Dupontel. Deux self-made-men pour qui tout n’était pas gagné… à l’image du fantasme de la Bavaroise parfaite de la photographe Ellen von Unwerth. D’autres portraits encore, comme on les aime à Trajectoire, vous raviront en ce début d’automne, preuve que les destins exemplaires existent aussi pour ceux qui n’ont pas été biberonnés au quinoa bio… Non, pas besoin d’être parfait pour être exceptionnel. « Je suis une mère imparfaite. Les mères parfaites n’ont pas encore d’enfant. » So, love it ! Par Siphra Moine-Woerlen, directrice de la rédaction | Illustration Marc-Antoine Coulon > Galuchat

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IMPRESSUM ÉDITEUR André Chevalley

DIRECTRICE DE LA RÉDACTION Siphra Moine-Woerlen

ENQUÊTES & REPORTAGES

Success-stories Patrick Galan, Jérôme Siccard Grand format, photoreportage Sacha Jennis Billet d’humeur Julie Masson Interview exclusive Nicole Real

HORLOGERIE & JOAILLERIE Isabelle Guignet, Nathalie Koelsch

COVER STORY

Texte Manon Voland Photos Caran d’Ache

CULTURE & ART DE VIVRE Christine Brumm, Gil Egger, Delphine Gallay, Michèle Lasseur

MODE

Décryptage & interviews Diane Ziegler

SHOOTING MODE

Direction artistique Christian Ritz Biyiha Assistante styliste Léa Bitto Photographe Ksenia Usacheva

ONT CONTRIBUÉ À CE NUMÉRO

Textes Jade Boissonnet, Arnaud Bosch, Alice de Lamaze, Aline Lalliard, Melina Staubitz, Christopher Tracy, Manon Voland Relecture Adeline Vanoverbeke

COORDINATION GÉNÉRALE Delphine Gallay

PUBLICITÉ & RELATIONS PUBLIQUES Olivier Jordan | o.jordan@promoco.ch

TIRAGE Certification REMP 2017 https://remp.ch/

RESPONSABLE ARTISTIQUE Carine Bovey

RÉDACTION WEB Jade Boissonnet, Manon Voland

IMPRESSION Kliemo Printing

PHOTOLITHOGRAPHIE Kliemo Printing

WWW.TRAJECTOIRE.CH Trajectoire, une publication de Promoco SA | Chemin de la Marbrerie 1 – 1227 Carouge – T. +41 22 827 71 01 ©Trajectoire | La reproduction, même partielle, du matériel publié est interdite. Les pages « Event » n’engagent pas la rédaction. La rédaction décline toute responsabilité en cas de perte ou de détérioration des textes ou photos adressés pour appréciation.

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SOMMAIRE

N°120 AUTOMNE 2017 11

L’ÉDITO de Siphra Moine-Woerlen

RENDEZ-VOUS 32

SORTIES Les rendez-vous de la rentrée

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SOL GABETTA Un astre tombé du ciel

Peter Marino par Manolo Yllera.

38

MATHIEU KASSOVITZ

42

BILLET D’HUMEUR

Sur le ring Sacrée bande d’enfoirés

52

ALBERT DUPONTEL L’hurluberlu du cinéma français

60

LITTÉRATURE La sélection de Christine

66

LE FABULEUX DESTIN DE… Tom Cruise

68 74

EN TÊTE À TÊTE Avec Ellen von Unwerth

COVER STORY Focus sur le beau Peter Marino

176 5 MINUTES AVEC…

Fabian Cancellara

MAGAZINE 46 90

FLASH-BACK Plouf côté bains

DOSSIER SUCCESS-STORIES Des hommes et des destins

110 SACHA JENNIS

Au pays des dancing queens

120 QUELLE TRAJECTOIRE !

Rencontre avec un virtuose des gemmes

Ellen von Unwerth par Steffen Kugler, 2016. 18


Collection Perlée Or blanc, or rose et diamants.

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ART DE VIVRE 28

WHAT’S UP ? Au parfum des nouveautés

58

DE L’ART ET DES GRAINS Du Guggenheim à l’Ermitage

62

RENCONTRE ART Sous l’arche de Buren

158 UN HÔTEL, UNE LÉGENDE Au cœur des Grisons

162 OÙ BULLER ? Escapades automnales

168 DESTINATION La grande Rapa

HORLOGERIE/JOAILLERIE 80

SÉLECTION HORLOGÈRE Bon chic bon genre

88

VIRÉE EN ENGADINE En voiture, Jaeger !

BELLES MÉCANIQUES 104 NEW LOOK Qashqai is back !

106 ALL YOU NEED IS…

Le dernier SUV de Volvo

MODE 30

L’ALLURE DE… Eva et Adele

44

LA BASKET En grande pompe

124 UN GÉNIE EN DIOR Rétrospective aux Arts déco

128 EN VOGUE

Fashion Week parisienne

134 SHOOTING MODE Italian touch

BEAUTÉ 150 ACQUA DI PARMA

Héritage d’une essence

152 CHOIX DE SAISON Must have !

GAGNANT DU CONCOURS N°119 Robert Favre, Gland

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6.

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3.

5. 26

4.

6.


STYLE

LE STYLE DE...

EVA & ADELE

Elles déambulent dans des costumes au style futuriste et se pavanent de soirées mondaines en vernissages, arborant fièrement leurs tenues extravagantes. Artistes berlinoises déjantées, Eva & Adele incarnent depuis plus de vingt-cinq ans un personnage unique, à l’identité sexuelle ambiguë. Populaires pour leurs expositions nombrilistes, les « jumelles hermaphrodites » abolissent les codes de l’art et transgressent les frontières du genre en imposant leur look improbable pimpé de glamour ultra-kitsch. Qualifiant leur simple présence de « performance », selon leur devise « Wherever we are is museum », les sœurs siamoises professent leur message tirées à quatre épingles. Leur look : robes en tulle ou tailleurs mi-vinyle, mi-skaï, invariablement rose ou, à la limite, rouge coquelicot et escarpins poudrés. Autour de leur cou, parfumé généreusement d’une fragrance intense aux notes de jasmin, des colifichets baroques à outrance. Le crâne chauve, les paupières surchargées de fards ou de paillettes, voire les deux, et la bouche écarlate sont des artifices indispensables pour pousser à l’extrême les codes de la féminité. Touche finale d’Eva & Adele : leur douceur infinie, comme si la courtoisie pouvait atténuer le choc esthétique et faciliter le dialogue avec leur public. —

LEUR ALLURE DÉCRYPTÉE

Dior, escarpins vernis D-STRAP.

Shiseido, fragrance Ever Blossom.

Adler, bague Mandala Soul.

Prada, sac Galleria, l’icône revisitée en rose bonbon.

Tiffany & Co., bracelet de perles Olive Leaf par Paloma Picasso.

30

Boutique Moschino, cardigan orné de plumes, pour être vue !

Gucci, jupe plissée en lurex avec motif nœuds.

Dior, rouge à lèvres Dior, pour une bouche de velours.

Chantal Thomass, parapluie ultra féminin pour se la jouer Mary Poppins.


Alia

www.adler.ch


CULTURE Par Manon Voland

TANGO DE BANGLES

PENTALOGIE Le Musée de l’Elysée plonge dans l’univers de Gus Van Sant, comme vous ne l’avez jamais vu ni imaginé. A travers cinq pans de son œuvre inédits en Suisse, le réalisateur d’Elephant (2003) et de Harvey Milk (2008) dévoile sa pluridisciplinarité. L’exposition explore le cinéma dit indépendant de l’Américain, ses inspirations et filiations artistiques, telles que Portland et l’homosexualité. S’ajoutent à cela, la musique et la peinture, deux univers qui lui sont peu connus. Et que serait le Musée de l’Elysée sans la photographie ? Etoiles d’Hollywood et anonymes s’affichent sur les polaroïds de ses premiers castings pour parfaire l’affiche.

Qu’ont en commun Firozabad, dans le nord de l’Inde, et Meisenthal, dans le Grand Est français ? L’artiste François Daireaux et ses projets Blow Bangles et Million Bangles. Deux territoires verriers à l’autre bout du monde qui se retrouvent et s’exposent au Mudac à travers 37 photographies et 404 sculptures. Daireaux présente en images les bangles, ces bracelets de verre multicolores indiens, symboles de l’activité locale de Firozabad. Il se les approprie et les transforme ensuite en objets d’art à part entière, grâce à la collection de moules lorrains du Centre international d’art verrier (CIAV) de Meisenthal. Une œuvre fascinante et insolite sur la rencontre entre travail artisanal et création artistique. BLOW FIROZABAD BANGLES Du 25 octobre 2017 au 11 février 2018 Mudac – Place de la Cathédrale 6 – 1005 Lausanne T. +41 (0)21 315 25 30 – www.mudac.ch

GUS VAN SANT / ICÔNES

Du 25 octobre 2017 au 7 janvier 2018 Musée de l’Elysée Avenue de l’Elysée 18 – 1006 Lausanne T. +41 (0)21 316 99 11 www.elysee.ch

C’EST PAS PAR LÀ, C’EST PAR ICI ! Première pièce d’Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve fêtait il y a peu ses 60 ans, après quelque 18’500 représentations au Théâtre de la Huchette à Paris. Véritable monument du théâtre de l’absurde, la pièce investira l’Espace Vélodrome pour une unique représentation, incohérente à l’image des propos des époux Smith et Martin. Personnages épiques, ils parlent pour ne rien dire sans logique aucune, dans un échange aussi ridicule que saugrenu. Le dialogue est loufoque, tout autant que les situations : Ionesco écrit « la comédie de la comédie », et ça dérape, forcément. LA CANTATRICE CHAUVE Le 20 octobre 2017 à 20h

Espace Vélodrome – Chemin de la Mère-Voie, 60 – 1228 Plan-les-Ouates T. +41 (0)22 884 64 60

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MOMA GUEST STAR C’est au tour du MoMA d’investir la Fondation Louis Vuitton. L’exposition intitulée « Être moderne : Le MoMA à Paris », promet de faire couler beaucoup d’encre en cette rentrée. Plus de deux cents chefs d’œuvres et pièces maîtresses empruntés au mythique musée, retraçant la richesse et le génie de ses acquisitions et son rôle fondateur dans l’écriture de l’art du XXe siècle à aujourd’hui. Klimt, Hopper, Wahrol, Brancusi, Duchamp, Magritte et Cie… ici, tous réunis à Paris ! « ÊTRE MODERNE : LE MOMA A PARIS »

Du 11 octobre 2017 au 5 mars 2018 Fondation Louis Vuitton – 8, Avenue du Mahatma Gandhi Bois de Boulogne – 75116 Paris – France T. +33 (0)1 40 69 96 00 – www.fondationlouisvuitton.fr


D’UN KLEE À L’AUTRE Après Monet, la Fondation Beyeler s’offre Paul Klee pour poursuivre les festivités de son 20e anniversaire. La galerie fait la part belle à l’artiste bernois en s’interrogeant – et c’est une première ! – sur l’abstraction de son œuvre. A travers une centaine de tableaux, l’exposition se veut une rétrospective du talent énigmatique du peintre, que les critiques n’ont jamais réussi à enfermer dans un style artistique. Jamais totalement surréaliste ni même cubiste, Klee a toutefois juré fidélité à la couleur. Un recueil d’inventivité, de teintes et de formes à découvrir dès le 1er octobre à Bâle ! PAUL KLEE Du 1er octobre 2017 au 21 janvier 2018

© Ruven Afanador

Fondation Beyeler – Baselstrasse 101 – 4125 Riehen/Basel T. +41 (0)61 645 97 00 – www.fondationbeyeler.ch

MEXICO ! MEXIIIICO ! Qui n’a pas jamais fredonné cet air ? L’Opéra de Lausanne, en coproduction avec le Teatro de la Zarzuela de Madrid, s’approprie l’opérette à grand spectacle de Francis Lopez, Le Chanteur de Mexico, pour les fêtes de fin d’année. Ce chef-d’œuvre musical en deux actes et vingt tableaux nous fait voyager de la côte basque au Mexique en passant par Paris, avec ses airs enivrants. Sur fond de chassé-croisé amoureux, les personnages valsent entre les scènes et les quiproquos à grands coups de sonorités mexicaines. Des héros aussi colorés que leurs interprètes, dont l’espiègle Rossy de Palma, muse d’Almodovar. Soixante-cinq ans après sa première représentation, cet inoubliable vaudeville est de nouveau prêt à amuser les foules. Olé ! LE CHANTEUR DE MEXICO Du 22 au 31 décembre 2017

Opéra de Lausanne – Avenue du Théâtre 12 – 1002 Lausanne T. +41 (0)21 315 40 20 – www.opera-lausanne.ch

La culture africaine s’invite à Genève pour la quatrième année consécutive, à l’occasion des dix jours de Festival Couleur Café. Avec un programme pluridisciplinaire et hétéroclite, l’événement célèbre la diversité et le meilleur des arts africains à travers une série de spectacles, d’expositions, d’ateliers de danse, de rencontres ou encore de défilés de mode. Entre deux sessions de djembé, place à la découverte avec huit concerts, dont Marema, nouveau talent de la musique sénégalaise, ou Mory Kanté, interprète du célèbre titre Yéké Yéké, et plusieurs compagnies de danse contemporaine. Un festival dans l’air du temps qui promet un voyage des sens ! FESTIVAL COULEUR CAFÉ Du 7 au 19 novembre 2017

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PORTRAIT

SOL GABETTA Par Manon Voland

A demi dissimulée par son violoncelle, la jolie blonde au prénom prédestiné ne fait pourtant pas dans la figuration lorsqu’il s’agit de musique. Récompensée pour son talent dès l’âge de 10 ans, Sol Gabetta a parcouru le monde dès ses premiers pas, avant de l’arpenter à nouveau pour ses concerts. Née en Argentine de parents franco-russes, cette surdouée des cordes a fait ses classes à Madrid, Bâle et finalement Berlin, avant de s’établir dans son pays d’adoption, la Suisse, pour y enseigner. Un pays qui le lui rend bien, puisqu’elle s’y est vu remettre le Credit Suisse Young Artist Award en 2004, la propulsant sur la scène internationale. Cosmopolite à 100%, parlant six langues et sœur d’un habile violoniste, la musicienne peut compter sur son background hétéroclite pour appréhender les partitions des plus grands compositeurs, de Tchaïkovski à Haydn en passant par Elgar, dont le concerto pour violoncelle est son préféré. Cet instrument s’est d’ailleurs imposé à Sol Gabetta comme une évidence a à peine 4 ans, l’âge de la maternelle, lui rappelant la voix des choristes de sa petite enfance. La puissance sonore du violoncelle n’a d’égal que sa silhouette, qui épouse parfaitement le corps de la soliste, pour ne faire plus qu’un. Ce n’est sans doute pas pour rien que le viola d’amore est considéré comme l’instrument de musique le plus érotique. Une véritable passion lie en tout cas la violoniste à son partenaire à cordes, un Guadagnini de 1759 (!) valant près de 3 millions d’euros, prêté par une fondation privée. Sol Gabetta est habitée, classique et classe à la fois, lorsqu’elle occupe la scène après avoir croqué un carré de chocolat noir, son rituel avant de jouer les virtuoses. La musicienne de 36 ans s’amuse de toutes ses cordes et a toutes les raisons d’être considérée comme la meilleure violoncelliste de sa génération, elle qui a même créé son propre festival de musique de chambre, le SOLsberg Festival, qui a lieu à chaque solstice d’été en Suisse. Car Sol Gabetta, c’est avant tout une artiste solaire. Elle doit d’ailleurs son prénom au Soleil lui-même, elle dont la naissance a relevé du miracle pour sa mère, après qu’elle eut perdu des jumeaux. Un astre tombé du ciel, aussi gracieux que talentueux, en sorte. —


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7E ART

L’UTOPIQUE HURLUBERLU Il change de registre comme de héros, enfilant l’uniforme de policier suicidé, la blouse de médecin de campagne ou le complet de cancer rongeant un homme au bord de la mort aussi simplement qu’il brosserait sa crinière grisonnante. Le surdoué Albert Dupontel passe devant la caméra aussi facilement qu’il la dirige. 3, 2, 1… on tourne ! Par Manon Voland

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2.

1.

3.

4. 1. Le Vilain, 2009. 2. Bernie, 1996. 3. Au revoir là-haut, en salle le 25 octobre 2017. 4. La Proie, 2011.

A

lbert Dupontel ne s’est pas toujours nommé ainsi. Petit, il répond au nom de Philippe Guillaume, dont il s’est défait pour monter sur les planches. « J’assume pas de faire l’acteur […], je me trouve très futile. Mes parents étaient vraiment des gens très courageux. » Avec un médecin réputé et une dentiste de renom pour géniteurs, le jeune Dupontel avait toutes les cartes pour suivre une voie tracée pour lui. En sixième année de médecine, il claque pourtant la porte de l’auditorium pour rejoindre les plateaux de théâtre. Pas même égoïste pour ses ex-futurs patients ; c’eût été dommage de rater le phénomène Albert à quelques seringues près. Celui qui déclara ne faire de la scène « que pour bouffer » rêvait déjà de grand écran et de salles obscures. « Je m’voyais déjà en haut de l’affiche », chantait Aznavour en 1961 : c’était trois ans avant que Dupontel ouvre les yeux, pourtant, ces mots sonnaient déjà juste pour le comédien. ;

LE CRÉATEUR Dupontel n’a toutefois pas les mêmes rêves que ses camarades de planches. Etre en haut de l’affiche, certes, mais en tant que réalisateur, pas comme acteur. Celui qui fit ses classes avec Ariane Mnouchkine puis, dans un tout autre registre, avec

Patrick Sébastien, voit sa carrière démarrer grâce à son humour grinçant et décalé, dans un one-man-show au titre sans équivoque : Sale Spectacle (1991). Le ton est donné. Le comique se fait repérer comme comédien avec Un Héros très discret (1996) d’Audiard et le César du second rôle lui échappe même de peu. Tout comme celui de la meilleure première œuvre la même année, avec Bernie (1996), son premier bébé cinématographique. Complètement barge du clap d’ouverture à celui de fermeture, Noël Bernie, interprété par Dupontel lui-même, pose les bases de l’univers du cinéaste. Une couche qu’il remettra avec Le Créateur (1999) trois ans plus tard, mais qui ne saura pas trouver son public, malgré une trame on ne peut plus décapée. L’optimisme né avec Bernie alors massacré, Dupontel trouve refuge dans le jeu d’acteur, thérapie de son existence, sans toutefois renier ses rêves d’adolescent. « Lorsque je fais l’acteur, je revendique une certaine irresponsabilité. Cela m’apprend aussi beaucoup sur mon métier de metteur en scène. »

ENFERMÉS DEHORS Une irresponsabilité que les personnages joués par Dupontel n’ont toutefois pas. Tous pourraient illustrer une facette de l’acteur, tant leurs répliques sont bien souvent un écho de ses

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LITTÉRATURE

Par Christine Brumm

SOUPAPE ASCENSIONNELLE « Vous vous souvenez de la dernière fois où nous avons été heureux tous les trois ensemble ? » Des mots lâchés à brûle-pourpoint, comme un doigt qui effleure par mégarde une plaie rouverte. Au chevet de leur unique enfant, pris dans un lit d’hôpital suite à une chute à moto, une femme et un homme en désunion depuis une paire d’années vacillent. De guerre lasse, pompés par les vétilles, obligations et promesses de leur seconde vie, Francesca et Luigi se sont-ils peu à peu dépouillés de l’essentiel ? Quand singer le bonheur ne suffit plus à donner le change, s’élancer hors d’un monde erroné s’avère indispensable. Advient le jour voulu où ils se retrouvent, abîmés et anéantis, dans les Dolomites. En ces hautes et généreuses sentinelles, témoins indélébiles de leurs heures jadis douces et transparentes, les ex-amants vont entreprendre, à travers vents, trombes et orages cinglants, l’ascension du Latemar. Soudés et mus par le souffle intime de leur fils, Giulio. Une nouvelle fois. Différemment. « OUVRE LES YEUX »

Matteo Righetto, éd. La dernière goutte, 175 p.

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MÉNAGE À QUATRE

JUSTICIER IN UTERO

Paris, été 1914. La mobilisation générale sonne le départ des hommes pour le front. Lorsque son mari, Henry de Jouvenel, est envoyé à Verdun, la romancière et journaliste Colette décide d’unir sa solitude à celle de ses amies les plus chères. En bordure du bois de Boulogne, le chalet conjugal devient un charmant gynécée abritant désormais un quatuor de brunes resplendissantes, à la personnalité bien trempée. Croquent avec Colette le bonheur simple d’être ensemble la sensuelle Musidora, artiste vagabonde, première vamp du cinéma, Marguerite Moreno, imposante tragédienne au charisme enveloppant, Annie de Pène, femme de lettres accomplie qui n’hésite pas à aller dans les tranchées pour écrire ses chroniques. Culottées, émancipées bien avant l’heure, excentriques à leur façon, elles vibrionnent, se soutiennent et aiment sans préjugés. Cette solide biographie, tout en tendresse et en justesse, nous régale du récit d’une amitié enflammée entre de grandes dames au destin exceptionnel.

Que diable sont-ils en train d’ourdir ? Messes basses, ricanements et combines crapuleuses entre deux parties de jambes en l’air précédées ou suivies d’abondantes soulographies : décidément, quelque chose ne tourne pas rond de l’autre côté de la paroi. Etroitement lové dans le ventre maternel – la sortie est proche –, un Hamlet en herbe, pour l’heure fœtus perspicace et vigilant, croît, écoute et entend. Les funestes desseins de sa mère et de son vil amant, qui n’est autre que le frère de son géniteur, un poète génial encore imbécilement épris de la belle infidèle, lui font augurer un avenir bien misérable. Si les conspirateurs agissent, le dénouement sera cruel. Turlututu ! Avant d’entrer dans la vie aérienne et de pousser un premier cri, bébé n’a pas dit son dernier mot. Venger un père tombé en disgrâce, vertement rétrogradé et cocufié, et dont la disparition définitive pourrait se révéler fort payante, est un programme prénatal certes houleux, mais qui ne manque pas de fumet ni d’aplomb.

« COLETTE ET LES SIENNES »

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7E ART

LE FABULEUX DESTIN DE

THOMAS CRUISE MAPOTHER

« UltraBrite », c’est à peu de chose près le premier qualificatif qui vous vient quand il vous arrive de penser à la méga star Tom Cruise. Cela n’a pourtant pas empêché le petit gars issu de la classe moyenne de l’Amérique travailleuse des glorieuses années 1980 de devenir la plus célèbre et surtout la plus riche star au monde. Pas mal, non ? Par Christopher Tracy

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tar de cinéma. Vous imaginez une petite seconde l’impact sidérant de cette situation dans la vie d’un homme ? Depuis plus d’un siècle, le 7e art est un divertissement qui fédère l’intérêt d’une très grosse moitié du globe. Depuis toujours, être une star de cinéma sousentend une impossibilité totale et absolue pour l’icône mondiale d’espérer avoir une vie normale. Acheter une baguette de pain dans la boulangerie au coin de la rue ou envoyer un recommandé par la poste ? Impensable. Une star ne peut pas devenir un quidam, cela lui est désormais interdit. Trop de pression, un entourage féroce constitué d’assistants, de conseillers en image et d’avocats divers anéantit toute velléité d’indépendance. Thomas Cruise Mapother, devenu à 20 et quelques printemps Tom Cruise, a ajouté à cet état de fait la féroce emprise d’une secte : la scientologie. Né en 1962 dans une petite ville à quelques encablures de la Grande Pomme, le petit Tom (à vue d’œil, 170 centimètres, guère mieux) est un enfant dyslexique, issu d’une famille de la middle-class d’origine irlandaise et allemande. Un enfant banal,

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une dentition anarchique (le succès lui a permis de ratiboiser le tout) et un intérêt réel pour les cours de théâtre. Il court les auditions, sur ses petites jambes, espérant devenir enfin un comédien désiré. Bouffi d’orgueil, Thomas passe un essai devant le grand Coppola, revenu des succès publics et critiques tels Le Parrain et Apocalypse Now. Ereinté commercialement, le grand metteur en scène (deux Palmes d’or à Cannes tout de même) imagine un cinéma plus brut, plus à même de s’adresser à une jeunesse en recherche de repères. Excellent dénicheur de talents, Coppola auditionne Thomas Cruise Mapother, vu précédemment dans deux films sans grand relief. Outsiders bénéficie de l’intérêt de la critique et Tom Cruise, à peine 21 ans, y balbutie agréablement, au point de susciter une certaine curiosité. Dévoré par l’envie de réussir et de sortir de la promiscuité de son noyau familial à mille lieux de la gloriole hollywoodienne, la futur star drague à tout va les projets dignes de l’aider à gravir une marche. Le star system est exsangue, Hollywood ne produit plus de nouvelles vedettes, respectant les codes moraux d’une Amérique victorieuse (Reagan est alors président). Risky Business, aimable pochade pour ados alcoolisés qui raconte justement comment un fils de bonne


famille s’affranchit des préceptes moraux, remporte un inattendu succès. Tom Cruise devient un visage, affichant un sourire illimité et faisant montre d’une voracité sans faille. L’A mérique conservatrice a besoin de sang neuf : le jeune comédien, propulsé star mondiale à 24 ans après le triomphe ahurissant (et totalement impensable, au vu de la qualité du bidule) de Top Gun, est désormais rémunéré en millions de dollars (si, si, déjà un des plus gros cachets du circuit) et enchaîne les projets ambitieux, et commerciaux. Maline, la scientologie se souvient que derrière l’image idéale du gendre parfait, des dents blanches, des actions héroïques, se cache, parfois maladroitement, Thomas Cruise

La star continue à promouvoir avec hargne les dogmes de sa secte en ne cessant d’émerveiller son banquier à chaque projet.

Mapother, un petit gars né prolétaire, aux problèmes divers et à la sexualité parfois controversée. A 55 ans, après des mariages qui se sont soldés par des divorces (toujours avec des comédiennes préalablement choisies par la secte), des incartades people discutables (il n’aurait plus aucun contact avec sa cadette), la star planétaire est devenu un moneymaker susceptible de bons choix (la saga Mission Impossible, le dernier Kubrick, des films de science-fiction avec Spielberg, etc.) autant que de navets rentables (La Momie, le plus mauvais film de sa carrière, rien de moins). En 2019 est prévu un second volet au cultissime Top Gun. C’est évidemment une fort mauvaise idée, néanmoins, la star continue à promouvoir avec hargne les dogmes de sa secte en ne cessant d’émerveiller son banquier à chaque projet. Une star à part avec son évident lot, on l’imagine, de solitude et de résignation. —

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DANS L’OBJECTIF DE...

OKTOBERFEST BY ELLEN Elle aime photographier les femmes fatales, insoumises et joueuses sur ses pellicules aux couleurs flashy. De Vogue à Vanity Fair en passant par la couverture d’un album de Rihanna ou par le premier cliché jamais réalisé de Claudia Schiffer,

Ellen von Unwerth a immortalisé toute la sphère mode. Avec son nouvel ouvrage, Heimat, elle nous offre un voyage au cœur de la culture bavaroise, tout en volupté. Par Manon Voland | Photos Ellen von Unwerth

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© Ellen von Unwerth

Carrying the Goods, 2015.

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© Caran d’Ache

COVER STORY

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L’ARCHITECTE DE TOUS LES PARADOXES Des Champs-Elysées à la Cinquième Avenue, l’empreinte Peter Marino s’affiche en grand et en clinquant. Il faut dire que l’homme à la célèbre panoplie en cuir lustré a le vent en poupe : avec plus de 80 projets en cours, l’ovni de l’architecture contemporaine est encore loin de vouloir tirer sa révérence. Adulé autant que décrié, le style Marino fait jaser… Sans doute la rançon du succès pour ce fils d’immigré italien hautement jalousé et controversé. Par Manon Voland

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n pourrait le croire sorti d’un clip des Village People, d’une mauvaise série SM gay ou d’une bande dessinée porno à la Tom of Finland. Il n’en est pourtant rien. Ou peut-être en est-il, justement. Car Peter Marino sait entretenir le mythe autour de son look, jouant avec les codes et les idées préconçues. Sapé de cuir laqué moulant de pied en cap et surmonté d’une casquette de policier fredonnant « Y.M.C.A. », Marino porte tous les stigmates du biker de compétition. Un fétichisme qui va jusqu’au bout des doigts, où bagues argentées à tête de mort trouvent leur place telles les chevalières d’un glorieux passé. C’est peut-être l’héritage de ses débuts propre-sur-lui que Peter Marino dissimule derrière son apparence bourrue, à la limite du gothique, mais pourtant sexuellement ambiguë. Alors, gay ou pas, le motard ?

T’AS LE LOOK, COCO Marino a depuis longtemps troqué le métro new-yorkais pour l’air frais de la moto lors de ses trajets réguliers entre son piedà-terre de Long Island et l’île de Manhattan, où se trouvent ses bureaux. Sa décision de ne plus enfiler sa veste de costard en arrivant au travail est, elle, plus récente. Un choix vraisembla-

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blement soufflé par sa femme, Jane Marino, une WASP (White Anglo-Saxon Protestant, en non abrégé) pure et dure. Ensemble, ils forment un couple sur lequel la société américaine n’a de cesse de se retourner, tant il détonne côté mœurs et couleurs. Pas gay, donc, le type. Pourtant, le doute est recherché par l’architecte, qui s’amuse des questionnements et réactions qu’il provoque. La légende raconte que Marino aurait vu noir après avoir été remercié par Armani, qui lui aurait préféré un décorateur homosexuel : « Cela m’a rendu fou. Je me suis dit : « Ce n’est pas possible, je ne vais quand même pas me taper mes clients pour les garder ! ». A défaut de racolage, Peter Marino, encouragé par sa compagne, adopte une technique plus subtile, bien que moins discrète : avoir l’air gay, au lieu de tout simplement l’être. Une crise d’ego à l’origine du look PM, le biker au cache-sexe en cuir : est-ce vraiment si étonnant de la part de ce self-made-man si fier de sa réussite ?

UN LOOK À 25 CENTS Un succès que Marino doit à son flair et à son goût pour l’art. Loin d’être prédestiné à un métier créatif, ce fils d’un boucher et d’une secrétaire aux origines italiennes est élevé dans


SES CRÉATIONS 1. Boutique Dior, Apgujeong-ro, Séoul, 2015. 2. Boutique Hublot, 5th Avenue, New York, 2016. 3. Ty Warner Penthouse, Four Seasons Hotel, New York, 2006. 4. Boutique Louis Vuitton, Soho, New York, 2016. 5. Rocky Mountain Ski Retreat, Aspen, 2011. 6. Boutique Chanel, Ginza District, Tokyo, 2004. 6.

7. Boutique Bulgari, New Bond Street, Londres, 2016.

le Queens, à des kilomètres des sphères privilégiées de Manhattan. Il se passionne pourtant pour le dessin, s’immisce dans l’effervescence de l’île voisine en suivant des cours d’art publics et se convainc même de vendre ses premières œuvres 25 cents dans la rue. Une rue que ses créations retrouveront quelques années plus tard sous une toute autre forme, comme un retour de boomerang blagueur symbolisant son ambition à toute épreuve. Peter Marino est aussi doté d’une clairvoyance qui a sans doute fait de l’homme qu’il était celui qu’il est devenu. « J’étais excellent en maths, bon en dessin. C’était un compromis qui me convenait. Et puis, à cette époque, l’art avait déjà atteint de tels sommets… Que pouvait-il y avoir après Rothko ? Et Warhol ? Je savais qu’il allait être considéré comme un génie. Regardez le travail de Jeff Koons ou même de Damien Hirst aujourd’hui : c’est du pop art tardif. Je ne voulais pas être Warhol trente ans plus tard ! » L’architecture s’impose donc pour Marino, par volonté d’entrer dans l’histoire et de faire ses preuves. Il fait ses classes à la prestigieuse Cornell University College of Architecture, Art, and Planning et s’enrôle dans divers cabinets d’architectes et de designers avant de décrocher le Graal, un contrat avec sa coqueluche, Andy Warhol, pour

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SÉLECTION HORLO

QUESTION DE TEMPS Place aux garde-temps qui préconisent la classe attitude et la sobriété pour cet automne. Bleu abyssal pour les hommes et blanc pur pour les femmes, guillochage artistique, grandes complications, nacre étincelante ou encore alligator piqué, voici de quoi vous donner quelques envies pour habiller votre poignet… Par Isabelle Guignet | Sélection Siphra Moine-Woerlen

Patek Philippe Aquanaut

L’Aquanaut a vingt ans et tout d’une grande ! Au fil des années, son look et son design se sont affinés et forgés une solide personnalité au travers d’un esprit sport chic et innovant. Pour l’occasion, le garde-temps caméléon revient avec un boîtier de 42 mm, habillé d’or gris. Une beauté ! CHF 34’000.–

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Louis Vuitton

Escale Spin Time Tourbillon Central Bleue Habillée d’un tourbillon en son centre, cette montre s’amuse à donner l’heure grâce à un ingénieux système de douze cubes rotatifs animés par un mouvement mécanique à remontage automatique. Résolument atypique et contemporaine ! CHF 134’000.–

Vacheron Constantin Ferdinand Berthoud Van Cleef & Arpels Patrimony Perpetual Calendar Excellence Platine

Boîtier, couronne et cadran sont fait d’une même matière : le platine. D’où le nom d’Excellence Platine pour le quantième perpétuel qui dispose d’un compteur à 48 mois avec l’indication de l’année bissextile. Une ligne élégante de sobriété pour un joyau d’exception. CHF 123’200.–

Chronomètre FB 1

Issue de la collection Chronométrie de Marine, cette merveille horlogère n’est disponible qu’à 50 exemplaires. En or blanc et titane, la montre est dotée d’un mouvement mécanique à remontage manuel et d’une réserve de marche de 53 heures. Une merveille. CHF 212’000.–

Pierre Arpels Heure d’Ici & Heure d’Ailleurs

Classique et épurée, certes. Mais derrière son apparente sobriété se cache la complexité d’une fonction très utilitaire, le double fuseau horaire. Dotée également d’un affichage atypique avec des minutes rétrogrades et heures sautantes. Chic ! CHF 37’300.–

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SUCCESS-STORIES

POUR UNE VIE

RÉUSSIE… Par Patrick Galan

La définition de « success-story » donne lieu à autant d’interprétations que de personnes interrogées. Pour les Anglo-Saxons, il s’agit d’une notion de « grande réussite » qui est assez confuse. Pour eux, la success-story doit être « inattendue » ou le résultat de « conditions défavorables », alors que les Latins parlent simplement de réussite. A force de ne citer que les plus grandes success-stories dans les technologies de l’information (Microsoft, Apple, Google, Facebook et les autres), on a tendance à croire que, pour réussir, il faut absolument trouver une idée qui révolutionnera le monde, développer une start-up jusqu’à ce qu’elle devienne une multinationale ou devenir célèbre et multimilliardaire. Et l’on n’évoque pas assez le travail, la motivation, la persévérance, la confiance en soi, ou l’acceptation de changements dans sa vie. Il est dommage que, la plupart du temps, les succès soient présentés comme étant faciles. Dans les médias, on consacre peu de temps à décrire les raisons et les débuts d’une gloire. La tendance est plutôt à l’énumération des résultats obtenus, et plus ils sont impressionnants, mieux c’est pour l’audience. Mais toute success-story passe par une prise de risques, bien souvent plus importante qu’on ne le pense. Les paramètres sont en effet extrêmement nombreux et le récit d’une réussite est variable en fonction de chaque individu, de son histoire, de ses passions, de sa personnalité ou de ses ambitions. Goethe disait : « Dans le domaine des idées, tout dépend de l’enthousiasme. Dans le monde réel, tout repose sur la persévérance. » Les success-stories qui nous touchent le plus sont celles qui nous transmettent une vive émotion, celles auxquelles on arrive à s’identifier. Ce sont des histoires de personnes heureuses, qui ont réalisé leur rêve de vivre de leur passion. Les personnalités que nous vous présentons dans les pages suivantes vous démontrent que l’échec n’est pas une fatalité. Ceux dont l’Histoire se souvient ont été confrontés à de nombreux obstacles ou déceptions, qui les ont forcés à se dépasser dans leur engagement et leur détermination avant de connaître la réussite. Ces entrepreneurs montrent leur faculté à rebondir. Si l’on compte les personnes célèbres au regard des 7,5 milliards d’humains sur Terre, ça remet un peu les idées en place sur la probabilité de faire partie de cette élite. On a tendance à oublier la citation de Cicéron : « Les grandes choses sont toujours petites au début. »

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é dans une ferme traditionnelle du Jura suisse et entouré de six frères et sœurs, René Prêtre est arrivé à la chirurgie par hasard. Son destin est hors du commun, passant de la traite des vaches de son père aux salles d’opération les plus modernes. Après des études à l’Université de Genève et l’obtention du titre FMH de chirurgie générale en 1988, René Prêtre part exercer durant deux ans et demi au Bellevue Hospital de New York, puis en Angleterre, en Allemagne et en France. Il revient ensuite à Zurich et se spécialise dans la chirurgie cardiaque pédiatrique. En 2005, en première suisse, son équipe réussit à sauver in extremis une fillette de 4 ans en arrêt cardiaque, en implantant un cœur artificiel. Celui-ci maintiendra sa circulation sanguine jusqu’à sa transplantation cardiaque, effectuée quelques mois plus tard. La jeune fille vit normalement aujourd’hui. Chirurgien cardiaque spécialisé dans les malformations et la transplantation, René Prêtre devient chef de service de la chirurgie cardiovasculaire à Lausanne (CHUV) et responsable de la chirurgie cardiaque pédiatrique à Genève (HUG). Quand il en parle, son discours a des accents lyriques : « Le cœur est un muscle comme n’importe quel autre muscle, il a une fonction précise : celle de pomper le sang. » Le chirurgien raconte mieux qu’un livre ce « cœur merveilleux », cette « unité de mesure de la vie », ce « tic-tac horloger » qui persiste, de la manière la plus fidèle qui soit, avant d’être contraint d’abandonner la partie. Chaque cœur humain, au cours d’une vie, pompe autant de sang que les chutes Victoria déversent d’eau en l’espace d’une seconde ! Après 25 ans de carrière, René Prêtre a sauvé plus de 6’000 enfants, à raison de 350 opérations du cœur par an environ. A chaque fois, une nouvelle histoire : « Chaque enfant est différent, mais il n’y a pas que l’enfant. Les parents souffrent encore plus que lui. De temps en temps, nous avons des grands défis techniques ou physiologiques et parfois aussi humains et éthiques », explique-t-il. Mais ce dont il semble le plus fier, c’est la fondation Le Petit Cœur, qu’il a créée en 2005, permettant de traiter des enfants souffrant du cœur et vivant dans des pays où l’infrastructure médicale est inadéquate. Cette institution participe également à la formation des médecins et du personnel local, afin qu’ils puissent assurer ce type de soins sur place. La fondation mène actuellement deux projets phares : un au Mozambique (lancé en 2006) et l’autre au Cambodge depuis 2011. Elle soutient aussi un projet similaire au Sénégal, dirigé par la fondation Terre des Hommes. Si l’opération d’un cœur d’en-

RENÉ PRÊTRE Discret et modeste, le docteur René Prêtre, élu « Suisse de l’année 2009 » lors de la cérémonie télévisée Swiss Award, est un des chirurgiens cardiaques en pédiatrie les plus célèbres de la planète.

Année de naissance : 1957 Profession : chirurgien cardiaque Activités actuelles : chef de service de la chirurgie cardiovasculaire à Lausanne (CHUV) et responsable de la chirurgie cardiaque pédiatrique à Genève (HUG) Distinction : nommé « Suisse de l’année 2009 »

fant suisse est identique à celle d’un cœur d’enfant africain, René Prêtre précise cependant : « Dans ces pays-là, les rapports avec les parents sont différents. Je trouve qu’ils sont beaucoup plus résignés. Ils acceptent nos verdicts sans discuter. La mort chez eux fait partie de la fatalité, beaucoup plus que chez nous. » Ainsi, dans son dernier livre (Et au centre bat le cœur. Chroniques d’un chirurgien cardiaque pédiatrique, paru en octobre 2016), il évoque même, avec beaucoup d’humilité, ses opérations manquées, comme le cas de Robin, un enfant dont l’opération n’a pas réussi et qui est décédé : « Si un autre que moi l’avait opéré ce jour-là, il profiterait de la vie. Cette opération m’a poursuivi longtemps ; tous les ans, j’ai une pensée pour lui à cette date fatidique. » Quand on demande à René Prêtre comment il envisage sa propre mort, il déclare avec un sourire fataliste vouloir « mourir d’une crise cardiaque le plus tard possible, quand la tête ne voudra plus ou que le corps sera très fatigué. C’est une belle mort, elle vous fauche sans douleur. Vous ne perdez pas votre dignité, vous vous endormez simplement. C’est une façon très élégante de quitter ce monde. » Pour nous tous, le cœur est associé à la vie et à l’amour, nos deux biens les plus précieux, et c’est un moteur qui tombe rarement en panne. Cependant, avec l’espérance de vie qui ne cesse d’augmenter, l’avenir de la chirurgie cardiaque est garanti ! —

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LOI, SCÈNE & ROCK journée, Maître Xavier Oberson « sévit » comme avocat et professeur de droit fiscal suisse et international à l’Université de Genève. Son étude, Oberson Abels SA, a été consacrée meilleure de Suisse dans le domaine du droit fiscal, selon une enquête publiée par Le Temps et Bilanz. Mais le soir venu, l’homme de loi échange son costume-cravate contre son jean et sa guitare pour retrouver la scène. Paradoxes d’une double vie. Dans

la

Par Patrick Galan

I

l est difficile de ne pas parler musique quand on entre dans le bureau de Xavier Oberson à Genève. Des disques d’or aux murs, des hommages à Santana, quelques guitares dont une petite rouge dans un coin, « pour calmer ses colères » dit-il, une grande toile représentant Keith Richards, peinte par Ron Wood, le guitariste des Rolling Stones, et des papiers partout. Nous sommes dans l’antre d’un personnage étonnant. Une photo dans un cadre au-dessus de la cheminée attire l’attention : « Là, j’avais 14 ans, c’était mon premier orchestre de rock. On l’avait appelé « Laxatif », car c’était le seul groupe qui faisait ch… son public ! Il faut dire qu’on jouait assez mal. » Le ton est donné ! Avant le Montreux Jazz Festival (dont il est membre du conseil de fondation), où il va s’éclater, et le Congrès international de la fiscalité à Rio de Janeiro, où il est prévu comme conférencier, Xavier Oberson a accepté de recevoir Trajectoire. Notre interview s’est déroulée en deux parties : une professionnelle et une autre plus récréative. Tout d’abord, comment parvenez-vous à gérer votre agenda, entre l’étude d’avocats, les cours à l’Université, vos livres, vos conférences, les organisations dont vous vous occupez et votre vie privée ? Je suis hyper organisé et on peut dire que mes activités ont souvent un lien entre elles. La musique est un autre domaine qui m’apporte de l’équilibre, me permet des rencontres différentes. C’est ça, ma passion.

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Etes-vous plus avocat ou fiscaliste ? Je suis avocat spécialisé en droit fiscal, et j’insiste beaucoup sur ce point. Je n’aime pas l’appellation « fiscaliste » : je ne fais pas les déclarations d’impôts. Les avocats ont-ils toujours un rôle à jouer dans le développement économique du pays ? Je pense que oui. C’est peut-être le dernier rempart traditionnel de protection de l’individu. Si vous êtes pris dans une affaire, même à tort, c’est important d’avoir quelqu’un pour vous défendre. Et maintenant, nous participons aussi beaucoup à l’élaboration des lois. Que pensez-vous de la criminalisation de la fiscalité, qui a permis aux avocats d’encaisser des millions d’honoraires au moment du conflit fiscal entre les banques suisses et les Etats-Unis ? C’est vrai que certains cabinets d’avocats internationaux, des sociétés fiduciaires et des firmes d’audit en ont profité. Il y a surtout eu des honoraires très importants qui ont été payés à des avocats américains pour aider les banques suisses à se conformer au programme américain. Tous les conseillers en général, même en Europe, sont concernés.


Quelles sont, d’après vous, les conséquences fiscales du Brexit et de l’élection de Donald Trump ? Le Brexit a été un choc inattendu. La procédure va démarrer et il va y avoir plusieurs années d’incertitude pour l’A ngleterre. Avec les accords bilatéraux, la Suisse est dans une position relativement privilégiée. Les Anglais vont devoir négocier la sortie de l’Union européenne et, ensuite seulement, l’accord. Et comme je suis provocateur, je n’exclus pas que l’A ngleterre veuille revenir, si l’accord n’est pas favorable… L’élection américaine, c’est un autre choc. Là encore, on voit le rôle et la force énorme des tribunaux, qui ont bloqué des « execution orders » pris par le président. C’est un savant équilibre entre le Congrès, le président et les tribunaux, et la situation est très incertaine. De plus, Donald Trump avait prévu un plan de réforme de la fiscalité qui pourrait constituer une véritable révolution fiscale planétaire, car il veut changer le lieu d’imposition des sociétés et taxer là où il y a le client. Il faudrait alors revoir tous les systèmes fiscaux mondiaux.

payer leurs impôts. Quand le papier est sorti, il y a eu un buzz et cette idée a inspiré des gens de plusieurs pays. Le concept vient de Suisse à cause de la valeur locative. Si vous êtes propriétaire de votre maison, on vous calcule un impôt sur un loyer théorique que vous auriez dû payer. L’entreprise qui utilise des robots va économiser, comme dans la valeur locative, le salaire d’un être humain et l’on pourrait la taxer.

Vous faites des conférences sur le blanchiment en matière fiscale et sur l’échange d’informations. Ces points sont-ils préjudiciables aux banques suisses et allons-nous vers une augmentation du nombre de contentieux ? C’est clair ! On n’a pas encore vu les conséquences de ce qui s’est passé durant les dix dernières années. Le préjudice pour la place financière est réel, mais cela devait arriver de toute façon. Quand on a accepté l’échange sur demande en 2009, on pensait être tranquilles, on ne pensait pas que l’évolution serait si rapide. En réalité, la situation n’a fait que s’aggraver. Après, sont arrivés les échanges automatiques. Aujourd’hui, avec le recul, on ne pouvait pas faire autrement, la pression était trop forte. Toutes les places financières se sont adaptées à ce modèle, même les îles Anglo-Normandes, l’île de Man ou les Caïmans. Le seul paradoxe, ce sont les Etats-Unis, où au Delaware, par exemple, on peut créer des structures sans connaître les ayants droit économiques.

Vous avez même créé des groupes ? J’ai eu plusieurs groupes, comme Laxatif, Labyrinth, Out of Law le bien nommé, dont le tube est « Tax Audit ». C’est du jazz-rock. Et récemment, j’ai créé un nouveau groupe avec mon ancien élève, l’écrivain Joël Dicker [l’auteur de La Vérité sur l’affaire Harry Quebert]. Il s’appelle Latinwood, on fait du rock latino des années 1970, un peu dans l’esprit de Santana. On a joué ensemble au Montreux Jazz Festival, j’ai aussi joué avec John McLaughlin et avec Andy Vargas, le chanteur de Santana. Dans mon bureau, j’ai même une guitare signée Carlos Santana ! C’est vraiment ma passion. Je me suis produit en concerts, j’ai enregistré des albums…

En février dernier, vous avez fait une conférence décapante à l’Uni Dufour sur l’idée de taxer les robots. Avez-vous été inspiré par Benoît Hamon, le candidat aux élections présidentielles françaises ? Non, parce que j’avais déjà publié un article l’an passé en forme de boutade, et en octobre dans Le Temps, j’avais fait une provocation en disant que peut-être, un jour, les robots refuseraient de

Vous êtes un avocat atypique, puisque fanatique de rock’n’roll. Comment vous est venue cette passion si différente du droit ? J’ai commencé le Conservatoire de musique à l’âge de 4 ans. Je faisais du hautbois… Malgré ma culture complète en musique classique, à 12 ans, j’ai été fasciné par le son et les solos de guitare électrique. Il y avait aussi une forme de révolte vis-à-vis des parents. J’écoutais « Europa » de Carlos Santana, Jimi Hendrix, Frank Zappa, Jimmy Page ou Chuck Berry, tous les grands guitaristes. J’ai pris des cours et, depuis cette époque-là, je travaille la guitare électrique tous les jours.

Vous avez récemment été nommé à la présidence du conseil de fondation du Centre d’art contemporain de Genève (CAC), vous aimez les littératures asiatique et sud-américaine… Vous êtes avocat ou artiste ? Bravo, vous me connaissez bien… ! Et la littérature russe aussi, j’adore ça ! En ce moment, je suis en train de lire Les Damnés de Dostoïevski. C’est aussi vrai que j’ai quelques artistes comme clients, mais j’utilise des méthodes communes car, dans les négociations, c’est comme en musique : chacun peut s’exprimer, on cherche une solution harmonieuse. Inconsciemment, la musique me donne une approche très utile pour le métier d’avocat. —

Année de naissance : 1961 Profession : avocat et professeur de droit fiscal suisse et international à l’Université de Genève Cursus : doctorat en droit de l’Université de Genève, titulaire d’un LL.M. et ITP de la Harvard Law School Distinctions : lauréat du prix STEP Private Client Awards, The Geoffrey Shindler Award for Outstanding Contribution to the Profession, membre d’honneur de l’Ordre romand des experts fiscaux diplômés (OREF), membre du Permanent Scientific Committee de l’International Fiscal Association (IFA), de l’Advisory Council de l’International Bureau of Fiscal Documentation (IBFD), de la Society of Trust and Estate Practitioners (STEP) et de l’International Academy of Estate and Trust Law (IAETL), président du Conseil de la Montreux Jazz Artists Foundation et du Conseil de fondation du Centre d’art contemporain de Genève Passions : musique, guitare électrique, jazz-rock

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GRAND FORMAT

May reprenant les chansons de son idole Britney Spears en playback.

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DANCING QUEENS Elles ? Ils ? Véritable phénomène sociétal et touristique en Thaïlande, les ladyboys occupent le haut de l’affiche publicitaire du pays, aux côtés des plages paradisiaques. Le photographe belge Sacha Jennis

a immortalisé la réalité de ces hommes de la nuit au travers de clichés empreints d’intimité et de respect. Par Manon Voland | Photos Sacha Jennis

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Métamorphose de l’homme en femme.

Show sensuel d’un ladyboy.

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May reprenant les titres de Shakira..


La chorÊgraphie est très importante lors des performances des ladyboys.

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EN VOGUE

UN GÉNIE EN DIOR En 1947, naissaient la maison Dior et, simultanément, sa première fragrance, Miss Dior. Pour fêter ce double anniversaire, la maison de couture française présente une rétrospective exceptionnelle au Musée des arts décoratifs de Paris et une nouvelle version de ce parfum mythique. Retour sur cette fabuleuse inauguration. Par Diane Ziegler | Photos Adrien Dirand

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février 1947. Un petit hôtel particulier, avenue Montaigne, Rive droite, Paris. Christian Dior signe l’abolition d’un style austère et masculin, auquel il substitue le retour à une féminité triomphante. C’est la révolution du New Look dans l’histoire de la mode. 3 juillet 2017. Cour Vauban, Hôtel des Invalides, Rive gauche, Paris. Maria Grazia Chiuri présente sa collection haute couture automne-hiver 2017-2018 et convoque les souvenirs d’un grand homme qui imposa une nouvelle esthétique résolument tournée vers l’avenir. La « matrix » (terme latin qu’aimait utiliser Christian Dior pour parler de l’empreinte créative de sa maison de mode dès ses débuts) n’a pas changé, seuls les modèles ont évolué vers encore plus de technicité dans le travail des coupes. Si, il y a 70 ans, brillait l’ensemble Bar, la pièce manifeste de la maison Dior est remise au goût du jour du XXIe siècle et interprétée par Maria Grazia Chiuri de manière à la fois très personnelle et fidèle aux détails et à la structure intérieure chère au créateur-fondateur. Florence Müller, commissaire de l’exposition Christian Dior, couturier du rêve, qui se tient au Musée des arts décoratifs de Paris, explique d’emblée : « Quand on voit la version que propose Maria Grazia Chiuri du tailleur Bar, on reconnaît les lignes franches, mais tout est fluide, aérien, légèrement décollé. Pour chaque robe, les fleurs étaient faites en plumes. Des milliers de plumes. Elles paraissent légères, mais il y a un travail de superposition extraordinaire. » Le résultat est touchant, émouvant, magique.

1947 à 2017, de photographies, de documents, de souvenirs du New Look, de manuscrits, de dessins originaux, de miniatures, de patrons et de toiles « tailleur » permet d’établir, dans les espaces dédiés à la mode ainsi que dans ceux de la nef, soit près de 3’000 m2, une véritable généalogie du style Dior, issu de l’élan fondateur du New Look. La qualité de cette rétrospective muséale repose notamment sur la scénographie de l’une des pièces les plus vertigineuses de l’exposition : la reconstitution de l’atelier Dior. Véritable ambassadeur d’un savoir-faire, cette pièce exprime à elle seule la définition même de la « main Dior » : 9’000 mètres de tissu, 35 kilomètres de toile à patron pour chaque collection, soit 100’000 heures de travail ! Dior peut s’enorgueillir d’avoir sublimé les plus belles femmes du monde au fil des décennies : de Jackie Kennedy à Rihanna en passant par Marilyn Monroe, la princesse Margaret, Marlene

LE CLAN DIOR Maria Grazia Chiuri n’est pas la première à rendre hommage à l’homme Christian Dior à travers le tailleur Bar : toutes les générations qui succéderont au génie ont illustré à leur tour cette quête de perfection, recomposant, avec leur propre sensibilité, la grammaire stylistique et l’exigence d’excellence de la maison Dior. A commencer par Saint Laurent en 1957. Petit miracle de la mode, le jeune esthète à l’allure fragile a senti les vibrations de la rue et de la jeunesse prête à s’exprimer en signant son premier manifeste féminin-masculin à travers ses collections Trapèze, Rebelle et Jazz, et surtout en 1960, quand il présenta son blouson Chicago. On retiendra aussi l’opulence généreuse, le luxe extravagant et l’âme baroque de l’Italien Gianfranco Ferré. Impossible non plus d’oublier John Galliano, véritable « coup de Trafalgar » au cœur de la maison Dior et de la mode en général. En 1997, le couturier punk fait éclore dans les salons de l’avenue Montaigne un bouquet de femmes massaïs et d’élégantes sorties d’une œuvre de Watteau. La commissaire Florence Müller confie d’ailleurs que Galliano fut sans doute au plus proche du désir de Christian Dior de « mettre en forme du rêve ». Cependant, l’arrivée de Raf Simons en 2012 souffle comme un vent de fraîcheur sur la maison. La délicate femme corolle de Christian Dior revient en force : « Les premières robes aux imprimés reproduits d’un tableau de Sterling Ruby signées Raf Simons pour Dior sont folles et hyper élaborées. Le tissu est somptueux et la trame très compliquée. Ce fut une vraie prouesse et le départ vers une nouvelle approche de la haute couture », raconte Florence Müller.

LE GLAMOUR ABSOLU Voici donc l’histoire que raconte l’exposition Christian Dior, couturier du rêve, actuellement au Musée des arts décoratifs de Paris. Une sélection exceptionnelle de créations de haute couture allant de

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EN VOGUE

PARIS L’ENCHANTERESSE

Paris a encore frappé et a mis toute la fashion sphère à ses pieds lors de la semaine de la haute couture automnehiver 2017-2018. La capitale de la mode a dégainé des trésors d’artefacts qu’on lui croyait, jusqu’alors, insoupçonnables. Retour sur nos coups de cœur. Par Diane Ziegler

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CHANEL Une ode à Paris Le défilé Chanel s’est imposé dans toute sa splendeur au cœur du Grand Palais, où, sous un plafond de verre, trônait une reproduction de la Dame de fer de 38 mètres de haut. Imposante de majesté, cette « mini »-tour Eiffel symbolisait l’amour que Karl Lagerfeld porte à la Ville Lumière. Le couturier a voulu rendre un hommage à sa capitale de cœur dans un décor qui traduisait une belle journée d’automne et sa vision d’une femme revivifiée. Coupes, formes, silhouettes, tout indique que la ligne signature Chanel s’exerce désormais dans le domaine graphique et épuré. La maison propose une nouvelle définition de la haute couture à la française : les Parisiennes se coiffent dès lors de chapeaux, portent des bottillons ou des cuissardes et revêtent l’iconique veste en tweed. En version longue, façon tunique, ou en version courte et doublée, cette dernière prend de l’allure grâce à ces magnifiques bouquets de plumes qui parent les épaulettes. Quant aux jupes enveloppantes, aux combinaisons larges et aux robes tubulaires, elles habillent une silhouette résolument graphique dans des tons de gris, de noir et de blanc ou dans des dégradés de bleu marine, bordeaux et vert. Pour le soir, les broderies étincelantes, la mousseline de soie bleu nuit, le tulle en soie noir et le satin sont de rigueur. Les motifs colorés aux lignes géométriques, les tulles plissés et les plumes ornent les bustiers, les jupons bouffants et les longues robes droites. La petite robe noire se drape de filets en sequins et vient contraster avec des modèles plus extravagants encore. Quant à la fameuse robe de mariée, Karl Lagerfeld l’a rêvée majestueuse en satin blanc, enveloppée de plumes assemblées en bouquets de camélias (la fleur préférée de Coco Chanel). Un rêve devenu réalité : Paris lui vaut bien cela !

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EN VOGUE

MAMMA MIA ! Dans l’écrin baroque de la dolce vita, le temps s’est arrêté. Beautés félines à la classe indomptable, parées des plus belles créations joaillières, elles prennent le contrôle... De jour comme de nuit, tous les che-

mins mènent à Bulgari.

Réalisation Siphra Moine-Woerlen Direction artistique et stylisme Christian Ritz Biyiha Assisté de Léa Bitto et Jade Boissonnet | Photographe Ksenia Usacheva Retouches Julien @Chin Up Studio | Assistant photographe Maxime Ephritikhine Mannequins Jennifer @Women Management Paris | Vicky @Karin Models Agency Renata @Karin Models Agency | François @Kai Zen Models Coiffure Kevin Jacotot @B Agency | Maquillage Magali Markan @ B-Agency Nos remerciements à la direction du Baroque Restaurant Genève et à Nicole Boghossian

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Gauche : Robe Céline, chaussures Giuseppe Zanotti, boucles d’oreilles Griffe, collier haute joaillerie, montre Diva. Le tout Bulgari. Droite : Robe Valentino, chaussures Christian Louboutin, boucles d’oreilles, collier et bague de la collection haute joaillerie Giardini Italiani, Bulgari.


Gauche : Manteau Weill, robe Pierre Cardin, chaussures Elie Saab, boucles d’oreilles Diva’s Dream, montre Lvcea et bague Diva’s Dream. Le tout Bulgari. Lui : manteau, veste et pantalon Issey Miyake, masque Dragon. Droite : Body Primark, jupe Andrew GN, boucles d’oreilles Serpenti et collier Diva’s Dream. Le tout Bulgari.

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Milieu : Top Giorgio Armani, jupe Alexandre Vauthier, chaussures Christian Louboutin, collier et boucles d’oreilles Serpenti et bagues B.zero1. Le tout Bulgari.


Top Valentino, collants Wolford, boucles d’oreilles Serpenti, collier Serpenti et bracelet Diva’s Dream, montre Serpenti Tubogas. Le tout Bulgari.


DESTINATION

L’ÎLE MYSTÉRIEUSE C’est l’histoire d’une île au beau milieu de l’océan Pacifique qui n’offrait rien à ses habitants hormis des falaises de roche noire battues par les vagues et une lande herbeuse. L’île de Pâques se révèle

énigmatique grâce à ses gigantesques « moai », qui ont fait sa réputation. Texte et photos Michèle Lasseur


© Creative Commons


5 MINUTES AVEC...

FABIAN CANCELLARA Une chose que vous détestez chez les autres ? Sans hésiter, les gens en retard. Une chose que vous détestez chez vous ? A mon tour, être en retard ! La première fois que vous êtes tombé amoureux ? Oh, c’était il y a bien longtemps, j’étais en primaire… Votre premier vélo ? Un Chesini, une marque italienne, appartenant à mon père. Il avait un cadre rouge en acier. Qui eût cru au début d’une histoire ?! Une chose que vous vous interdisez ? Ne pas respecter les autres. Une activité que vous aimeriez pratiquer plus souvent ? Avoir plus de temps pour moi ! En tant que jeune retraité, ça devrait s’améliorer ! Fabian Cancellara par lui-même, 2017.

Où aimeriez-vous être en ce moment ? Nulle part ailleurs, je suis heureux où je suis ! Le meilleur conseil que l’on vous ait donné ? Ne jamais abandonner. On dirait que ça m’a réussi ! Le pire ? On ne m’en a donné que des bons ! (Rires)

Après un dernier titre de champion olympique contre la montre en 2016, le cycliste a tiré sa révérence à la compétition. Ambassadeur de la marque IWC, il nous a accordé cinq minutes de sa nouvelle vie, chronographe portant son nom au poignet, avant de se lancer pour 77 kilomètres à vélo. Evidemment. Par Manon Voland

Votre principal trait de caractère ? La perfection avec humilité. Votre devise ? Etre heureux et en bonne santé. Etes-vous croyant ? Je crois que le destin nous appartient. Si nous agissons bien, quelqu’un nous le rendra… Sans doute le karma ! Un cadeau que vous aimez recevoir ? Je n’ai besoin de rien. Comme le disait Baloo, du Livre de la jungle, « il en faut peu pour être heureux ». Un remède anti-stress ? Je n’ai malheureusement toujours pas trouvé le bouton miracle pour chasser le stress ! (Rires) Votre casting idéal pour un dîner ? La famille et les amis. Un péché mignon ? Aucun, je ne m’interdis rien et je fais ce que je veux, mais j’essaie de toujours connaître la limite ! Un ennemi ? La pluie… comme celle qui menace cet après-midi. Finissez la phrase « j’aurais aimé être… ». Moi-même. Votre monde connecté ? Toujours connecté à mon vélo. Votre sentiment par rapport au fait de ne pas être au départ du Tour de France 2017 ? J’ai enfin du temps libre pour le regarder ! Un mot pour décrire votre rôle d’ambassadeur de la marque IWC ? Nous partageons l’histoire et l’amour du détail. Le mot de la fin ? Be happy and healthy. —

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Magazine Trajectoire N°120, automne 2017  
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