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MODE

Street art, l’art de s’habiller

Sans filtre Portraits CA$H de banquiers

À BOIRE ET À MANGER

Trois chefs sur le gril

 FACE-À-FACE

Jamiroquai Buzz Aldrin Scarlett Johansson

L’interview exclusive

POPULISME ?

Enquête au cœur des terres frontistes SAUVE QUI PEAU ! Thalassos en vogue Eté 2017 N°119 | CHF 6.– 00119 >

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ÉVASION

Clubber avec l’autre Rio

ROSSY DE PALMA

Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?


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TO BREAK THE RULES, YOU MUST FIRST MASTER THEM. LA VALLÉE DE JOUX. DEPUIS DES MILLÉNAIRES, UN ENVIRONNEMENT DUR ET SANS CONCESSION ; DEPUIS 1875, LE BERCEAU D’AUDEMARS PIGUET, ÉTABLI AU VILLAGE DU BRASSUS. C’EST CETTE NATURE QUI FORGEA LES PREMIERS HORLOGERS ET C’EST SOUS SON EMPRISE QU’ILS INVENTÈRENT NOMBRE DE MÉCANISMES COMPLEXES CAPABLES D’EN DÉCODER LES MYSTÈRES. UN ESPRIT DE PIONNIERS QUI ENCORE AUJOURD’HUI NOUS INSPIRE POUR DÉFIER LES CONVENTIONS DE LA HAUTE HORLOGERIE.

ROYAL OAK QUANTIÈME PERPÉTUEL EN ACIER

BOUTIQUES AUDEMARS PIGUET : GENÈVE : PLACE DE LA FUSTERIE · GRAND HOTEL KEMPINSKI


Faites de chaque instant,

L’EXPÉRIENCE D’UNE VIE en Australie et Nouvelle-Zélande

Entre désert, littoral spectaculaire, sports d’aventure et merveilles naturelles, faites votre choix parmi 7 destinations sur emirates.ch

Australie Adélaide Brisbane Melbourne

Perth Sydney

Nouvelle-Zélande Auckland Christchurch

FAITES PLUS QUE VISITER LE MONDE, VIVEZ-LE.

Hello Tomorrow


Y’A DE LA JOIE ! Si Charles Trenet extériorisait sa joie printanière avec une chanson entêtante à grands coups d’hirondelles, de ruelles et de sonorités répétitives, chez Trajectoire, après avoir célébré nos 25 ans, on fête aussi l’arrivée des beaux jours avec gourmandise. On apprécie le tombé de rideau sur le feuilleton politique abracadabrant de nos chers voisins, moins funeste que celui connu outre-Atlantique. On tire la cravate à quatre épingles de nos plus grands banquiers, avant de tâter du terrain avec un photoreportage en noir et blanc qui dresse un portrait du populisme ambiant. On esquisse ensuite le croquis de la pétillante et déjantée Rossy de Palma, semblable à un kaléidoscope… rafraîchissant ! Enfin, pour plonger pleinement dans l’été, on met le cap sur Saint-Barth, les plages du Brésil et le rocher des vanités, on fait un petit détour par Londres pour une escapade couronnée et on vous donne rendezvous sur la Lune avec Buzz Aldrin. Et l’air devient tout à coup beaucoup plus léger et respirable… Aux paroles du fou chantant, j’ai souhaité ajouter quelques lignes d’une autre personnalité anticonformiste, Jean d’Ormesson, le seul, l’unique, qui résument l’état d’esprit de ce numéro estival préparé avec le même élan ! So love it ! « La joie est une grâce venue d’ailleurs. Elle éclate. Elle nous transporte. Elle nous ravit au-dessus de nous-mêmes. La joie est liée à la justice, à la beauté, à la vérité. La joie est la récompense du savant qui découvre soudain la solution d’un problème qui a longtemps résisté aux efforts de générations successives. Elle tombe sur le musicologue, sur le mélomane, sur le premier venu, sur l’imbécile musical qui écoute une cantate de Bach ou Les Noces de Figaro. Elle inonde les amants, les âmes pures, les simples d’esprit qui découvrent tout à coup qu’ils aiment et qu’ils admirent la beauté et les êtres du monde. Dans ce monde enchanteur et si dur, ah! que ma joie demeure. » Extrait du « Guide des Egarés », de Jean d’Ormesson

Par Siphra Moine-Woerlen, directrice de la rédaction | Illustration Marc-Antoine Coulon > Galuchat

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IMPRESSUM ÉDITEUR André Chevalley

DIRECTRICE DE LA RÉDACTION Siphra Moine-Woerlen

ENQUÊTES & REPORTAGES

Finance Patrick Galan Grand format, photoreportage Vincent Jarousseau Billet d’humeur Julie Masson Interview exclusive Nicole Real

HORLOGERIE & JOAILLERIE Vincent Daveau, Isabelle Guignet, Nathalie Koelsch

COVER STORY

Texte Manon Voland Photos Youssef Nabil

CULTURE & ART DE VIVRE Christine Brumm, Caroline Coiffet, Gil Egger, Delphine Gallay, Stéphane Léchine

MODE

Direction artistique Christian Ritz Biyiha Assistante styliste Marisol Cordeiro Photographe Jean-François Verganti

Décryptage Diane Ziegler

ONT CONTRIBUÉ À CE NUMÉRO

Textes Jade Boissonnet, Caroline Penzes, Melina Staubitz, Christopher Tracy, Manon Voland Relecture Adeline Vanoverbeke

COORDINATION Delphine Gallay

PUBLICITÉ & RELATIONS PUBLIQUES Olivier Jordan | o.jordan@promoco.ch

TIRAGE Tirage vendu : 20'136 exemplaires Certification REMP 2016 Période de relevé : 01.07.2015 – 30.06.2016 Tirage certifié : 23'447 exemplaires

RESPONSABLE ARTISTIQUE Carine Bovey

RÉDACTION WEB Jade Boissonnet, Caroline Penzes

IMPRESSION Kliemo Printing

PHOTOLITHOGRAPHIE Kliemo Printing

Ce numéro comporte un encart immobilier vendu de 16 pages. Crédit photo couverture : Masseria Alchimia Design Hotel, les Pouilles.

WWW.TRAJECTOIRE.CH Trajectoire, une publication de Promoco SA | Chemin de la Marbrerie 1 – 1227 Carouge – T. +41 22 827 71 01 ©Trajectoire | La reproduction, même partielle, du matériel publié est interdite. Les pages « Event » n’engagent pas la rédaction. La rédaction décline toute responsabilité en cas de perte ou de détérioration des textes ou photos adressés pour appréciation.

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SOMMAIRE

N°119 ÉTÉ 2017 11

L’ÉDITO de Siphra Moine-Woerlen

RENDEZ-VOUS 32

SORTIES Rendez-vous de l’été

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LITTLE SIMZ

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MUSIQUE

Etoile montante Festivals & Co.

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JASON KAY Funk is back

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RENCONTRE 7E ART En tête à tête avec Scarlett Johansson

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LITTÉRATURE La sélection de Christine

44

BUZZ ALDRIN Space cowboy

48 50

BILLET D’HUMEUR Prends ta retraite Céline !

COVER STORY Rossy : péninsule ibérique !

152 5 MINUTES AVEC…

Philippe Etchebest

MAGAZINE 70

DOSSIER FINANCE Portraits de banquiers

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VINCENT JAROUSSEAU Au cœur des terres frontistes

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16

QUELLE TRAJECTOIRE ! La success-story d’A ndré Chevalley Rencontre avec les créatrices de ba&sh


BOUTIQUE JAEGER-LECOULTRE 56 rue du Rhône, Genève

Montre Geophysic Universal Time Philippe Jordan, Chef d’orchestre et Directeur Musical à Paris et Vienne

Open a whole new world


ART DE VIVRE 28

WHAT’S UP ? Alertes estivales

66

RICHARD MILLE Les Voiles de Saint-Barth

130 À TABLE… Avec Andreas Caminada

142 IN THE MOOD FOR… London

146 DESTINATION Une Genevoise à Rio

HORLOGERIE/JOAILLERIE 54

BULGARI Aparté avec Jean-Claude Babin

58

SÉLECTION HORLO Summertime

GROSSES CYLINDRÉES 64 92

FORMULE 1 Grand Prix de Monaco

DOSSIER AUTOMOBILE Bentley, sexy diesel Mercedes-Benz, accro au All-Terrain Opel : la famille Insignia s’agrandit

MODE 26

L’ALLURE DE… Marcello Mastroianni

106 EN VOGUE Le T-shirt blanc a la cote

108 SHOOTING MODE Street art in Paris

BEAUTÉ 124 CHOIX DE SAISON

Un parfum d’été

132

DOSSIER THALASSO Des adresses qui font du bien

GAGNANT DU CONCOURS N°118 David Huber, Chambésy

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WHAT'S UP SWITZERLAND ?

Par Jade Boissonnet

EXPÉRIENCE

CULINAIRE

SAGA AFRICA Choc des cultures ! Suisse d’origine congolaise, Sonja Meloni revisite le traditionnel tissu africain avec la marque Waxbazar. La collection, véritable hommage à la double culture de la créatrice, est à retrouver au sein de la boutique de mode afropéenne, à Lausanne. www.waxbazar.com

WE LOVE BEAUTY Se faire plaisir tout en protégeant la planète ? Yes we can ! La marque Jessie’s propose un abonnement à ses Beauty-Boxes. Résultat ? Tous les deux mois, une livraison à domicile de produits végans, non testés sur nos amis les bêtes et fabriqués en Suisse. L’ouverture d’une boutique à Genève serait en pourparlers… Affaire à suivre.

L’hôtel Beau-Rivage, prestigieux palace de la place genevoise, abrite l’une des plus belles tables de la ville, si ce n’est la plus belle. Une étoile au guide Michelin, 18 points au Gault & Millau, le restaurant gastronomique Le Chat Botté propose une cuisine française aux saveurs méditerranéennes. Le chef Dominique Gauthier exerce son art d’une main de maître et propose des mets de saison à la hauteur de sa réputation. Espace de tous les plaisirs, l’établissement 5 étoiles, qui fêtait il y a peu ses 150 ans, comblera également les amateurs de vin avec les trésors qu’il dissimule au sein de sa cave. Pendant toute la saison estivale, l’expérience se poursuit en terrasse, face au Léman, pour une dégustation simplement unique. LE CHAT BOTTÉ

Quai du Mont-Blanc 13 – 1201 Genève – T. +41 (0)22 716 69 20 – www.beau-rivage.ch

www.jessiesgeneve.com

DANS LE GRAND BAIN A Lausanne, derrière une façade recouverte d’écailles d’aluminium, il sera bientôt possible de visiter le plus grand aquarium d’eau douce d’Europe. Avec près de 2 millions de litres d’eau, l’Aquatis offrira un voyage sans pareil recréant les dessous marins des cinq continents. De quoi se sentir comme un poisson dans l’eau ! www.aquatis.ch

NOUVEL ÉCRIN Installée dans la vallée de Joux depuis plus de 140 ans, la marque horlogère Audemars Piguet a choisi sa ville natale pour implanter son nouveau musée. La Maison des Fondateurs viendra étendre harmonieusement la bâtisse familiale. Imaginée par l’architecte danois Bjarke Ingels – qui n’a pas lésiné sur sa créativité légendaire –, une spirale contemporaine semi-enterrée de 2’800 m2 , entièrement recouverte de verre, émergera des champs du Brassus. L’édifice, s’apparentant davantage à une œuvre d’art, s’imposera discrètement au cœur de la nature. Les visiteurs pourront y découvrir le patrimoine horloger d’Audemars Piguet et de la vallée de Joux. Véritable lieu de partage et de rencontre, le musée abritera des salles d’exposition, des ateliers d’horlogerie, des espaces de détente ainsi qu’un laboratoire sonore. Il faudra toutefois s’armer de patience : ce lieu unique n’ouvrira ses portes qu’en 2019. MUSÉE AUDEMARS PIGUET

Route de France 16 – 1348 Le Brassus – T. +41 (0)21 845 14 00 – www.audemarspiguet.com

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Home sweet home | Apéro, cuisine maison, ambiance cosy… La brasserie Les Philosophes vous propose de renouer avec les vraies saveurs de votre enfance. Logé au cœur de Plainpalais depuis peu, l’établissement enchante par son authenticité. On se laisse tenter par le fabuleux tartare et séduire par la carte des vins et des champagnes. Côté travail, un espace cosyworking est mis à disposition. Promesse d’un bon moment. LES PHILOSOPHES

Rue Prévost-Martin 5 – 1205 Genève – T. +41 (0)22 320 54 77 – www.lesphilosophes.ch

À TABLE ! Saveurs d’orient | Cet été, le Mandarin Oriental ouvre son Ryad au sein du Café Calla. Couscous, tanjia de bœuf ou encore cornes de gazelle, le restaurant éphémère propose une cuisine ensoleillée aux parfums d’Orient, revisitée avec modernité. Changement d’ambiance assurée dans un décor chaleureux et raffiné, composé d’arabesques, de tomettes traditionnelles et d’une charmante fontaine centrale, clin d’œil aux patios typiques du Moyen-Orient. Dépaysement garanti en plein cœur de Genève. MANDARIN ORIENTAL

Quai Turrettini 1 – 1201 Genève – T. +41 (0)22 909 00 00 – www.mandarinoriental.com/geneva

Inda Bar | Petit dernier de la rue Henri-Blanvalet : un restaurant indien comme on en avait tant rêvé ! C’est dans un cadre contemporain que le nouveau repaire en vogue propose un voyage au cœur de l’Inde, bien loin des clichés. A la carte : une cuisine moderne et des plats subtilement épicés pour le midi, ainsi que des tapas aux saveurs lointaines à partager le soir autour d’un délicieux cocktail maison. Mention spéciale pour les naans au fromage, signature de l’établissement ! INDA BAR

Rue Henri-Blanvalet 23 – 1207 Genève T. +41 (0)22 700 79 50 – www.inda-bar.com

« ON » Y COURT ! À vos marques, prêt, volez ! L’ancien athlète de haut niveau Olivier Bernhard propose une nouvelle chaussure de running, pour la marque suisse, On. Conçu grâce aux technologies les plus innovantes, ce produit d’excellence offre une sensation de course optimale, visant à amortir l’atterrissage en douceur et à amplifier la pulsion. De quoi se sentir comme sur un nuage ! www.on-running.com

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WHAT'S UP SWITZERLAND ?

NOUVEAU

VISAGE

D’ICI ET D’AILLEURS Envie de faire quelques folies ? Artha propose un large choix de produits confectionnés par des artisans du monde entier. Créés par un duo mèrefille originaire de Zurich, les coussins 100% lin et les châles tissés en laine de yak vous attendent sur la boutique en ligne. De quoi se faire plaisir équitablement ! www.arthacollections.com

FASHION IN THE CITY Après Dubaï et Hong Kong, c’est à Zurich que Whistles ouvre sa toute nouvelle boutique. La marque de prêt-à-porter britannique aux inspirations contemporaines propose une collection exclusivement féminine, sur deux étages. De quoi ravir les fashionistas ! www.whistles.com

NU-PIEDS Inspirée des lieux mythiques grecs, la marque Shoppingtherapy propose une collection de sandales en cuir dans l’air du temps. Confortables et contemporains, les modèles hommes, femmes et enfants sont fabriqués à la main. Des pièces simples et chics qui s’adaptent à sa garde-robe en toute circonstance. www.shoppingtherapy.ch

Comme pour célébrer l’arrivée des beaux jours, le 1er étage du Grand Hotel Kempinski Geneva a fait peau neuve et s’est doté d’une identité culinaire et visuelle nouvelle, qui se retrouve jusque dans le design des bols à riz des convives. Que les fans de gastronomie chinoise se rassurent, le successeur du restaurant Tse Yang, dernièrement rebaptisé Lóu One (étage one en chinois) conserve son héritage et sa brigade. Dans un décor entièrement revisité, mais définitivement empreint de traditions, le chef Kwok Keung Lau, officiant depuis trente-trois ans dans l’établissement, continue de servir les plats qui ont fait sa renommée. Si les effluves épicées du réputé bœuf Sichuan et le parfum raffiné du loup de ligne vapeur aiguisent déjà l’appétit, le panorama s’ouvrant sur la Rade et le Jet d’eau est la promesse d’un moment délicieux. LÓU ONE Grand Hotel Kempinski Geneva – Quai du Mont-Blanc 19 – 1201 Genève

T. +41 (0)22 732 50 81 – www.louone.ch

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BON À SAVOIR Helvetimart, tel est le nom de la nouvelle épicerie fine dédiée au patrimoine culinaire suisse. De la confiture à la moutarde, de la viande des Grisons aux fromages en passant par les jus de fruits, de nombreuses gourmandises artisanales sont à découvrir, regroupées par cantons. www.helvetimart.ch

PETIT BIJOU Cet été, la bijouterie Grégoire s’installe dans le quartier des banques avec une deuxième adresse, pour laisser libre cours à la poésie et aux détails précieux du trio genevois. Une sélection exclusive et singulière triée sur le volet, qui se mêle aux pièces épurées de la maison, façonnées ici, à Genève, dans l’atelier-boutique sis en Vieille-Ville. Savoir-faire, style et douce fantaisie avec un grand oui.

BIJOUTERIE GRÉGOIRE

Rue Etienne-Dumont 8 – 1204 Genève – T. +41 (0)22 731 76 50 www.gregoire.ch

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}


S’il ne devait y en avoir qu’une Toric Chronomètre

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CULTURE Par Caroline Penzes

PÉPITES HELVÉTIQUES L’Hermitage poursuit sa tournée des plus belles collections privées d’art suisse en proposant cet été les trésors inédits de la Fondation E. G. Bührle. Composée d’œuvres de virtuoses du pinceau tels que Renoir, Cézanne ou Delacroix, cette exposition nous emmène au cœur de l’impressionnisme français. Un événement exceptionnel aux couleurs de quelques-uns des tableaux les plus prestigieux du monde. « CHEFS-D’ŒUVRE DE LA COLLECTION BÜHRLE » – FONDATION DE L’HERMITAGE

Jusqu’au 29 octobre – Route du Signal 2 1018 Lausanne – T. +41 (0)21 320 50 01 – www.fondation-hermitage.ch

ART ABORIGÈNE Au Musée d’ethnographie, chaque exposition est synonyme d’un voyage prometteur. Cette année, destination l’Australie, à la découverte des Aborigènes et de leurs arts. A travers l’une de ses plus belles collections, le MEG lève le voile sur la richesse du patrimoine culturel de l’un des peuples les plus anciens du continent océanien. Des pièces symboliques aux œuvres chargées de récits mythologiques… De quoi s’émerveiller. « L’EFFET BOOMERANG. LES ARTS ABORIGÈNES D’AUSTRALIE » – MUSÉE D’ETHNOGRAPHIE DE GENÈVE

Jusqu’au 7 janvier 2018 Boulevard Carl-Vogt 65-67 – 1205 Genève T. +41 (0)22 418 45 50 www.ville-ge.ch/meg

JARDINS DE CULTURE Sur les hauteurs du parc La Grange sommeille une oasis culturelle qui attend patiemment toute l’année l’arrivée des beaux jours pour rythmer les nuits d’été. Le Théâtre de l’Orangerie signe son retour pour une nouvelle saison avec, au programme de ce magnifique écrin de verdure, huit pièces dont quatre créations théâtrales, une expo sous serre, la douceur et la légèreté estivale sur la Terrazza de l’Orangerie, qui voit défiler mets et boissons aux saveurs authentiques et audacieuses. After shows aux sonorités pop-funk et soirées jazzy jalonneront cette nouvelle édition, qui se terminera par le traditionnel Bal de l’Orangerie ! THÉÂTRE DE L’ORANGERIE

Du 27 juin au 30 septembre – Quai Gustave-Ador 66B – 1207 Genève T. +41 (0)22 700 93 63 – www.theatreorangerie.ch

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AUTOPORTRAITS Vecteur de sensations fortes et nouveau moyen d’arpenter le monde, l’automobile a suscité bien des fascinations. Preuve en est la nouvelle exposition de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, qui propose près de 500 clichés de plus de 90 artistes, témoignages photographiques d’une révolution sans précédent. A découvrir jusqu’au 24 septembre à Paris ! « AUTOPHOTO » – FONDATION CARTIER POUR L’ART CONTEMPORAIN

Du 20 avril au 24 septembre Boulevard Raspail 261 – 75014 Paris – France T. +33 (0)1 42 18 56 50 www.fondationcartier.com


AU SOMMET DE L’ÉLÉGANCE Cet été, élégance et complicité seront célébrées à Morges. En l’honneur de Hubert de Givenchy, pas un, mais bien trois hauts lieux culturels de la ville ont uni leurs forces afin d’offrir la troisième rétrospective mondiale de l’œuvre du célèbre couturier français. L’occasion de rendre hommage à l’amitié qui le liait à l’icône Audrey Hepburn, à travers des créations inédites réalisées pour l’actrice, accompagnées de rares croquis, de documentaires et de clichés exposés entre la Fondation Bolle, le Château de Morges et le Musée Alexis-Forel. Une exposition mêlant authenticité et intimité, à découvrir jusqu’au 17 septembre. « AUDREY HEPBURN & HUBERT DE GIVENCHY. UNE ÉLÉGANTE AMITIÉ » – FONDATION BOLLE

©point-of-views.ch

Jusqu’au 17 septembre – Rue Louis-de-Savoie 73-75 – 1110 Morges T. +41 (0)79 349 22 91 – www.fondationbolle.ch

HASTA SIEMPRE Cet été, scènes chaplinesques et instants de vie cubaine animeront les combles du Manoir de Ban. Du 17 juillet au 17 août, pas moins de sept installations vidéo, œuvres de l’artiste suisse Eileen Hofer, orneront les murs de Chaplin’s World. Soutenue par la prestigieuse maison horlogère Jaeger-LeCoultre, la talentueuse cinéaste nous invite à découvrir l’impact unanime et comique de Charlot à travers le monde. « TOMORROW », THE BIRDS WILL SING – CHAPLIN’S WORLD

Du 17 juillet au 17 août – Route de Fenil 2 – 1804 Corsier-sur-Vevey T. +41 (0)842 422 422 – www.chaplinsworld.com

AND ALL THAT JAZZ ! Milhaud, Cendrars, Armstrong, Cocteau, Young, Kerouac, Holiday ou encore Matisse… La liste des artistes inspirés par le jazz est infinie, à l’image des œuvres exceptionnelles que ce genre musical a fait naître. A l’occasion du centenaire du jazz, la Fondation Bodmer a rassemblé des chefs-d’œuvre musicaux et littéraires autour de véritables célébrations du genre musical, dans une ambiance rythmée par les plus grands grâce à un dispositif original de « douches sonores » ! « JAZZ & LETTRES » – FONDATION MARTIN BODMER

Jusqu’au 28 février 2018 – Route Martin-Bodmer 19-21 – 1223 Cologny T. +41 (0)22 707 44 36 – fondationbodmer.ch

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PORTRAIT

JASON KAY Par Christopher Tracy

Jason Kay, leader, compositeur, producteur et créateur du groupe mythique Jamiroquai, a connu mille et une vies. Au début des années 1990, ce jeune natif de l’Angleterre travailleuse propose un premier album, Emergency On Planet Earth, et son cheptel de tubes en puissance, parmi lesquels When You Gonna Learn et Blow Your Mind. En 1992, Jason Kay est en colère, la planète va mal, il faut agir. Son album est un petit chef-d’œuvre et sa voix, aux accents de Stevie Wonder, le propulse au rang de star… planétaire. Grisant. Sans doute un peu trop quand on a une petite vingtaine d’années. Du coup, après un second album plébiscité par le grand public et la presse spécialisée, Jason Kay s’est remémoré sa grande passion pour les belles mécaniques, la fête, les mannequins callipyges et les paradis méchamment artificiels. Trop de succès, trop de tubes, trop de Lamborghini, de jets privés. Bilan : un vilain burn out. Jason Kay a tenté d’enquiller de nouveaux albums, s’éloignant de son message d’origine. A Funk Odyssey oublie le funk et les instrus pour un acide-jazz puissamment commercial. Le gus ne va pas bien, commence à picoler sévèrement, s’empâte, s’empiffre, s’étourdit dans un océan de livres sterling. Une caricature de rock star puis le silence, sept longues années durant, après un énième album faible. Printemps 2017, les premières fleurs : la nature s’éveille et Jamiroquai sort d’une longue torpeur avec Automaton, un album aussi complexe que simplissime. Une longue plage de funk dance, de clins d’œil aux gros vendeurs internationaux (Daft Punk en premier lieu), qui regroupe plusieurs hits en puissance. Jason Kay, 47 ans, multimillionnaire de l’industrie, retrouve le goût de la fête en tentant de nous faire croire qu’il s’est assagi. Pas moins déterminé qu’antan, il collectionne dans son dernier clip jolie fille et Mercedes vintage hors de prix. On ne le changera décidément jamais. A voir en live dans les grands festivals de cet été et à Zurich en novembre prochain. —


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OUT OF SPACE

V

SPACE COWBOY

éritable héros des temps modernes, Buzz Aldrin n’en finit pas de séduire, du haut de sa légende et de sa gloire interstellaire. Ses 87 ans n’ont altéré ni sa prestance, ni ses souvenirs, ni son look d’aventurier, qu’il cultive avec brio, ni même son engouement pour les expéditions extrêmes. Ambassadeur pour Omega, il poursuit avec la célèbre marque horlogère son épopée spatiale à travers les événements que celle-ci organise autour du monde et fête avec elle les 60 ans de la Speedmaster, la montre qui l’a accompagné et qui a marché avec lui sur la Lune. Fringant et décontracté, Buzz Aldrin nous reçoit vêtu de son blouson de la NASA orné d’un écusson Apollo 11 et d’une cravate aux couleurs du drapeau américain. Entre les lourdes bagues en or qui couvrent ses mains et les multiples bracelets tibétains portés à chaque poignet, sa montre Omega attire le regard. Volubile, Buzz Aldrin réactive ses souvenirs, qu’il égrène avec émotion, et revit le bonheur de cette expérience inouïe et unique qui l’a entraîné sur la Lune en compagnie de Neil Armstrong et Michael Collins.

Buzz Aldrin, qu’est-ce qui vous a poussé sur la Lune ? J’étais sans doute prédestiné à aller sur la Lune, car le nom de famille de ma mère est Moon ! Après l’académie militaire de West Point, je suis entré dans l’armée de l’air pour devenir pilote de chasse. A l’issue de la guerre de Corée, j’ai entamé un cycle d’études supérieures en ingénierie spatiale et décroché un doctorat en sciences astronautiques, avec une thèse sur les techniques de rendez-vous orbital entre vaisseaux avec équipage. En 1961, lorsque le président John Kennedy lance le pari inimaginable que les Etats-Unis enverrait le premier homme se poser sur la Lune, il déclenche la plus fabuleuse compétition entre les Etats-Unis et l’Union soviétique. La « course à l’espace » a immédiatement battu son plein et j’ai été rapidement recruté par la NASA, qui constituait les équipages de son programme Apollo. Grâce à mes diplômes, j’ai intégré le troisième groupe d’astronautes de la NASA et rejoint le programme Gemini.Mon rôle consistait à maîtriser les techniques nécessaires lors des missions Apollo, notamment celles du rendez-vous spatial et des sorties extravé-

Quand la légende de l’espace rencontre Trajectoire pour un entretien hors du temps, les étoiles brillent dans nos yeux éblouis. Rendez-vous

avec Buzz Aldrin. Par Nathalie Koelsch

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hiculaires. Je me souviens avoir effectué mes premières sorties le 11 novembre 1966 dans l’espace relié à l’appareil par un cordon de 9 mètres, lors du vol de Gemini 12. A la fin du programme, la NASA a sélectionné les astronautes qui partiraient sur la Lune et j’ai eu la chance de rejoindre la mission Apollo 11 comme pilote du module lunaire, avec Neil Armstrong comme commandant et Michael Collins comme pilote du module de commande. Quelle aventure extraordinaire ! Comment s’est passé le premier pas sur la Lune ? La mission Apollo 11 a décollé le 16 juillet 1969. Le 21 juillet, j’ai foulé le sol lunaire vingt minutes après Armstrong, pour y installer deux appareils scientifiques et récolter des échantillons. J’ai laissé sur le sol l’empreinte de ma chaussure, que j’ai photographiée, et qui a fait le tour du monde. Les astronautes étaient équipés d’une montre Omega lors de leurs missions spatiales ? Oui, la Speedmaster nous a accompagnés sur la Lune. Elle est la mémoire de cette épopée extraordinaire et symbolise les trésors d’ingéniosité qu’il a fallu développer pour aller dans l’espace. Je suis très fier de pouvoir célébrer avec Omega les 60 ans de cette icône. En 1957, la Speedmaster avait été conçue dans un tout autre but que pour aller dans l’espace. Comme son nom l’indique, elle était faite pour la vitesse et, lors de son lancement, son utilisation était prévue pour la course automobile plutôt que pour les vols dans l’espace. Mais à sa sortie, elle a tout

de suite connu un franc succès auprès des pilotes professionnels et des aviateurs, qui la portaient avant même que la NASA ne la choisisse. Robuste, résistante aux fortes vibrations et aux chocs, d’une grande précision, elle répondait à nos besoins. A l’époque, c’était une vraie révolution en termes de design, de solidité et de fonctionnalité. La Speedmaster a donc rejoint le programme Apollo en 1965 ? En 1964, la NASA cherchait un chronographe pour ses missions spatiales habitées. La Speedmaster d’Omega a passé, avec quelques autres marques, toute une batterie de tests pour déterminer si ses qualités étaient adaptées à l’exploration spatiale. Seule la Speedmaster a été capable de résister aux vibrations, aux chocs, aux températures extrêmes, au vide impitoyable et, dès 1965, elle a pris place au poignet des astronautes du programme Apollo. C’était un instrument de secours, en cas de déficience de nos appareils. Sa précision a d’ailleurs sauvé la vie de l’équipage d’Apollo 13, qui sans elle, ne serait pas revenu sain et sauf sur Terre. Ce qui est incroyable, c’est que six décennies plus tard, la Speedmaster d’Omega est toujours utilisée pour toutes les missions spatiales habitées, et qu’elle équipe en permanence les astronautes de la Station spatiale internationale. Héritière du design d’avant-garde du modèle original, la Moonwatch actuelle est pratiquement la même que la montre conçue par Omega avant l’exploration spatiale. —

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RENCONTRE 7E ART

SCARLETT EN TÊTE À TÊTE De passage à Paris, le minois le plus bankable de Hollywood, Scarlett Johansson, est revenu pour nous sur son actualité, et notamment sur son dernier film, « Ghost in the Shell ». L’occasion pour la sublime comédienne de se livrer sur son métier d’actrice et son premier rôle de jeune maman. Par Nicole Real

Ghost in the Shell, 2017.

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Le Dahlia noir, 2006.

Avez-vous des critères précis pour accepter un rôle ? Non, il est difficile d’expliquer ce qui, au départ, m’attire vers un personnage. Comme j’ai l’esprit de compétition, pour chaque proposition, je me pose des tas de questions, et notamment celle de savoir si je suis vraiment la meilleure pour incarner le personnage. Par exemple, pour Ghost in the Shell, il s’est écoulé presque deux ans entre le moment où j’ai reçu la première ébauche du scénario et le moment où l’on a tourné le film. Pourquoi cette hésitation ? J’avais du mal à comprendre comment on pouvait transposer, sur grand écran, un personnage d’animation qui, finalement, était à lui seul un chef-d’œuvre. Je n’aurais pas pu m’impliquer dans une simple transposition de cet univers existentiel, froid et violent, car à l’époque, grâce à ma fille Rose, âgée de 2 mois, je découvrais les joies très prosaïques, mais tellement exaltantes, de la maternité. Qu’est-ce qui vous a convaincue ? Malgré tout, ce rôle me hantait et j’avais aussi envie de jouer avec Takeshi Kitano, dont j’admire le talent et l’humour. J’ai accepté parce que le film posait la question essentielle du rapport entre l’humain et la technologie, et comment gérer cette question fondamentale puisque, pour l’instant, aucune règle n’existe. Comment percevez-vous votre métier d’actrice ? Un acteur ressent une connexion spirituelle entre le corps et l’esprit et, pour moi, c’est primordial. Nous avons conscience que notre instinct est notre outil de travail le plus essentiel. L’instinct, le corps et l’esprit forment un tout. En séparant le

Vicky Cristina Barcelona, 2008.

corps et l’esprit, on provoque parfois des déconnexions avec la vie réelle. Le travail de l’acteur, c’est de ressentir les émotions, d’abord à travers son corps. Le cinéma vous a-t-il aidée à mieux vous connaître ? Oui, lorsque je tourne un film, j’apprends toujours quelque chose sur moi-même et sur mon travail. Je perçois mes limites en comprenant ce qui peut m’embarrasser, me gêner ou m’empêcher de progresser. Mais chaque tournage a conforté ma conviction profonde qu’il faut tourner avec des réalisateurs qui sont aussi des partenaires créatifs. Sans cette collaboration, le travail devient plus laborieux. Incarner des superwomen vous amuse-t-il toujours autant ? C’est vrai que, ces dernières années, j’ai joué plus souvent des personnages d’une force physique et émotionnelle exceptionnelle que des femmes glamour et sexy. Mais grâce à ma fille, qui m’oblige à courir toute la journée, j’ai acquis une certaine endurance pour incarner des rôles comme celui de Natasha Romanoff dans la saga Avengers !

Scoop, 2006.

Match Point, 2005.

Que trouvez-vous dans ces rôles de femmes d’action ? En général, leurs performances physiques servent à révéler leur humanisme, qui est, souvent, le sujet principal du film. Quel est votre planning pour cette année 2017 ? Je viens de créer ma société de production et j’ai terminé d’enregistrer des chansons pour un nouvel album avec Pete Yorn, avec lequel j’avais déjà collaboré en 2009. Depuis avril 2017, j’ai aussi entamé le tournage d’Avengers 3 et 4. Etes-vous fière d’être actuellement l’actrice la plus bankable du cinéma américain ? C’est une belle récompense et j’en profite, car être en haut de l’affiche ne dure qu’un temps, la concurrence est rude. D’une part, elle m’encourage à redoubler d’effort, en étant, dans mon travail, encore plus exigeante. D’autre part, cette notoriété me permet de soutenir des causes importantes pour moi, comme le planning familial aux Etats-Unis. Nous devons rester vigilantes, car les droits des femmes sont sans cesse remis en cause. —

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COVER STORY

LA FEMME AUX MULTIPLES VISAGES D’un portrait de Picasso à une héroïne au bord de la crise de nerfs dans l’univers d’A lmodóvar à un catwalk signé Jean-Paul Gauthier,

l’excentrique Rossy de Palma n’est jamais loin.

Tour à tour actrice, modèle, sculptrice et mère, l’Espagnole se réinvente autant qu’elle change de garde-robe. Un pied de nez aux normes auxquelles elle n’a jamais correspondu… et n’a jamais souhaité ressembler. Par Manon Voland | Photos Youssef Nabil


Rossy & Anthirium par Youssef Nabil. Madrid, 2002.


I

l y a des visages qu’on n’oublie pas. Celui de Rossy de Palma fait partie de ceux-là. Surnommée « la Picassa » par quelqu’un que l’histoire a oublié, bien qu’A lmodóvar semble en tête des suspects, l’Hispanique a su faire de sa particularité physique un véritable atout. Il faut dire que la belle passe rarement inaperçue, de par sa figure élancée, sa prestance, son charme naturel, son rire communicatif et surtout son profil digne d’une peinture à mi-chemin entre un Picasso et un Modigliani. Le concept même de la beauté l’inspire depuis toujours et insuffle un parfum singulier à son monde pimpé de fleurs, de couleurs et de jamón, qu’elle déguste volontiers en interview. A l’occasion du lancement de la nouvelle publicité de la marque caféinée Carte Noire, dont Rossy de Palma est l’égérie, et de son passage à Paris, ville qu’elle affectionne spécialement, retour sur une personnalité hors norme.

UNE BEAUTÉ ATYPIQUE Tandis que Picasso peignait sous plusieurs angles ses portraits, leur donnant un aspect distordu et non humain, il ne les rendait que plus réalistes. En observant Rossy de Palma, on se rend compte que le dilemme est similaire : contempler son visage sous une seule perspective la réduirait à son attribut physique « dérangeant », son nez proéminent et curieusement disposé. L’Espagnole a préféré depuis longtemps assumer son originalité et s’accepter elle-même. « Tu ne vas pas kiffer mon nez, mais tu vas le regarder quand même », répond-elle généralement à ses détracteurs, avec son franc parler légendaire et son éclatant sourire souligné de rouge. Jouant sur les registres de l’authenticité et de l’autodérision comme rarement les actrices le font, Rossy de Palma est une femme émancipée et engagée envers ses consœurs. « La beauté, c’est l’audace. C’est ne demander à personne la permission d’être toi-même », prône l’actrice, à qui ces mots siéent à merveille, elle qui posa comme modèle nu dès l’âge de 14 ans, fit partie d’un groupe punk-pop dans les années 1980, nommé Peor Impossible, le « pire impossible », afin de couper court à toute expectative quant à leur musique, se grima en Geneviève de Fontenay pour un défilé Gaultier en 2014 et devint une « chica Almodóvar », avec sept films partagés. La jungle artistique qui s’étend devant Rossy de Palma recèle encore d’infinies possibilités pour celle qui refuse de se laisser enfermer dans un rôle, dans une définition de la beauté ou dans une coquille de poupée vide.

UNE BEAUTÉ À 360° Car c’est ainsi que se caractérise la charismatique Espagnole à chacune de ses représentations: elle est comme une des poupées de son enfance qu’elle s’amusait à démonter pour découvrir ce qui se trouvait à l’intérieur. Forcée de constater que ces baby dolls restaient éternellement vides, la jeune Rose Echave – non encore aff ublée de son nom de scène rendant hommage à sa ville natale, Palma – se plaisait à les costumer de manière créative… Sans doute dans l’idée de les animer d’un souffle qu’elles n’avaient pas en elles-mêmes. De cette époque, Rossy de Palma a conservé son amour pour la mode et les textures, deux héritages dont elle porte haut les bannières au quotidien. Ce qui n’est pas sans rappeler la première apparition de l’Espa-

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gnole au cinéma, dans l’ironiquement nommé La Loi du désir. Une anecdote raconte qu’A lmodóvar lui aurait demandé de se maquiller, de se coiffer et de s’habiller elle-même, afin de coller au plus proche du personnage qu’il avait rencontré et qui l’avait fasciné. Si, selon l’adage, l’habit ne fait pas le moine, pour Rossy de Palma, il semblerait que ce soit pourtant le cas. « La façon dont on se coiffe, se maquille et s’habille nous aide à devenir quelqu’un d’autre », affirme Rossy dans un français ponctué de « r » roulés. La belle a su développer l’art de s’accaparer l’esprit de ses poupées creuses et de les éveiller en les revêtant de costumes et d’accessoires. Qu’importe le rôle ou le personnage, qu’il soit fictif ou réel, Rossy de Palma est en perpétuelle représentation, derrière son éventail, objet fétiche de sa panoplie, et

« Tu ne vas pas kiffer mon nez, mais tu vas le regarder quand même. » pose sur l’existence et la beauté un regard passionné, ardent et malléable. « Je ne me définis jamais afin d’éviter de me limiter. Je veux toujours être illimitée, comme les forfaits de téléphone ! » déclare-t-elle en riant, surprise par sa propre comparaison.

UNE BEAUTÉ PARTAGÉE Son réalisateur porte-bonheur a d’ailleurs fait les frais de ce besoin continuel de mouvance, de Movida, à l’instar du mouvement underground qu’a connu Madrid suite à la chute de Franco, si distinctif de l’Espagnole. Dans Femmes au bord de la crise de nerfs, Rossy de Palma incarne Marisa, une bourgeoise virginale défoncée par erreur aux somnifères. Comment demander à une actrice du tempérament de la Palmesane de rester inerte sur une chaise longue bleue plusieurs scènes durant ? Impossible, et Pedro Almodóvar l’a rapidement appris à ses dépens. « Je l’ai dit à Pedro, que ça me saoulait de ne faire que dormir », se souvient Rossy de Palma avec un sourire en coin. Il faut dire que la suite de l’histoire aurait de quoi faire rougir les moins avertis. Quoique. La spontanéité semblait être le maître mot de cette époque de Movida madrilène. Le réalisateur hispanique a en effet su entendre le désir de son interprète en lui suggérant, d’après des souvenirs datant de presque trente ans, une proposition plutôt audacieuse. « Tu veux avoir un rêve ? Dans ton rêve, tu dois avoir un orgasme. Et dans ton rêve, tu n’es plus une vierge effarouchée, tu découvres ta sexualité », aurait prescrit Almodóvar. Il en reste la scène mémorable d’un grand classique où Rossy de Palma dépasse les prémices de son jeu d’actrice découvert une année plus tôt, toujours devant la caméra du cinéaste espagnol.

UNE BEAUTÉ CONTEMPORAINE De cette relation audacieuse et sans chichis est née une complicité et un professionnalisme sans faille, entre un artiste et sa muse et une égérie et son créateur. Almodóvar a su le premier reconnaître la fougue créatrice de Rossy de Palma et lui faire


Rossy Sleeping par Youssef Nabil. Madrid, 2007.

confiance. Les autres ont suivi, avec des rôles à l’international, comme dans Prêt-à-porter (1994) de Robert Altman et Laisse tes mains sur mes hanches (2003) de Chantal Lauby. Rossy de Palma a également choisi de camper dans le viseur du cinéma de son pays, avec, entre autres, 20 centimètres (2005) de Ramón Salazar et plusieurs apparitions dans des telenovelas. Si le cinéma reste son premier amour, l’Espagnole a plaisir à se diversifier. On la retrouve ainsi en 1990 comme danseusemodèle sur le fameux tube Too Funky de Georges Michael, au micro avec Dionysos sur l’album La Mécanique du cœur (2007), seins nus en couverture du magazine Marie Claire contre le cancer du sein en 2009, artiste plasticienne exposant au profit

de la fondation OrphanAid Africa, créatrice de lingerie pinup pour la marque Andrés Sardá, participante à la première saison de Danse avec les stars, égérie de Jean-Paul Gauthier, ambassadrice fashionista pour Carte Noire, ou encore mère de deux garçons. Cette capacité à endosser les flexibilités de la vie, Rossy de Palma la puise dans ce qui aurait pu ou dû apparaître comme une faiblesse, sa différence. Et si la personnalité de Rossy de Palma vous intrigue autant qu’elle le devrait, vous pourrez la découvrir sous une énième casquette à l’Opéra de Lausanne en décembre prochain, avec Le Chanteur de Mexico. Haute en couleur et multiforme, on vous l’avait dit ! « Il y a juste une envie de regarder la vie à 360°. Beaucoup de gens portent des œillères et n’ont donc qu’une seule image de la beauté. » —

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RENCONTRE HORLO

À TABLE, MAESTRO ! Jean-Christophe Babin,

CEO de Bulgari depuis 2013, donne des ailes à cette maison de luxe italienne, fondée à Rome en 1884. L’occasion d’une rencontre nous offrait l’opportunité de cuisiner ce chef pour qu’il nous donne sa vision sur les collections et sa recette en matière de croissance. Par Vincent Daveau | Photos François Wavre

C

et ancien diplômé de HEC Paris reconnaît ne pas avoir visé l’horlogerie au début de sa carrière. L’ambition qui l’a guidé dans ses études et dans le choix de ses premiers contrats a été d’accéder rapidement à un poste de direction. « L’envie de faire ce métier m’a toujours attiré, parce qu’il est le seul qui offre la possibilité d’avoir un impact direct sur ce qui se passe au sein de l’entreprise, de la créativité au marketing en passant par les ressources humaines. »

AUX SOURCES D’UNE CARRIÈRE HORLOGÈRE Lancé en 1983, il fait d’emblée un parcours sans faute chez Procter & Gamble, chez Benckiser, puis, en Italie, chez Henkel. A la fin de l’an 2000, il rejoint TAG Heuer et atteint son but en prenant la direction complète de la marque. « Au début, je n’avais pas une vision précise de l’horlogerie, mais j’avais une passion pour la marque, qui fusionnait bien avec ma passion de l’automobile. » Il ajoute : « Ce job était taillé pour moi, car j’ai toujours aimé, par rapport à ce que je fais dans mon travail, pouvoir mesurer un impact concret et direct en fonction de l’énergie que j’y mets… C’est mon côté pratique. » Avec TAG Heuer, Jean-Christophe Babin reconnaît avoir découvert un métier et un secteur qui l’ont séduit. Et ce qu’il a appris avec cette marque a contribué à lui faire accepter le poste chez Bulgari. En effet,

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et comme il le souligne, il ne partait pas dans l’inconnu, car il connaissait déjà le fonctionnement de la branche horlogère et cela avait quelque chose de rassurant. D’autant que le challenge avec Bulgari était énorme.

RELEVER LE DÉFI BULGARI Accepter de piloter une marque de l’ampleur de Bulgari est un vrai défi, que Jean-Christophe Babin a accepté de relever parce qu’il avait envie de se confronter au luxe joaillier qui, selon ses propres mots, « fédère toutes les cultures par son caractère universel ». Il ajoute : « L’inaltérabilité de l’or et des pierres précieuses a fasciné les peuples, qui ont vu dans cette faculté le caractère déterminant de la préciosité et de l’intemporalité. Avec la joaillerie et tous ses dérivés, nous opérons au cœur du plus ancien luxe du monde. » Pour Jean-Christophe Babin, la joaillerie part, comme en horlogerie, de l’infiniment petit. Mais dans ce métier, le vrai challenge est de parvenir à glorifier par le design ce qui a été façonné par la nature durant des millions d’années. Et comme il l’indique : « Tout l’art de Bulgari est d’avoir su dépasser la seule célébration de la nature grâce à la puissance du design, en partie inspiré par Rome et l’A ntiquité latine, et d’être parvenu à magnifier les femmes en révélant leur plastique et leur puissance. »


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RÉVÉLER LA FEMME DANS SON ORIGINALITÉ Si Bulgari a su entretenir à travers le dessin d’Octo cette inspiration pour l’antique, la maison révèle toute la magie de Rome avec la collection féminine Serpenti, dont le dessin est fondamentalement universel. Comme le rappelle Jean-Christophe Babin, Bulgari fait partie des quelques marques qui font des montres de femmes pour les femmes. « En créant la nouvelle Serpenti aux bracelets interchangeables, nous avons voulu aller plus loin et faire du « do it yourself » un événement du quotidien. Car, tout le monde le sait, des constructeurs automobiles aux joailliers, en chaque femme se cache un directeur de la création. » Dans les faits, cette nouvelle montre offre plus de 312 combinaisons, avec une signature possible réalisée au laser. Cela impose d’avoir un suivi des commandes en flux tendu. Aussi, l’optimisation de la logistique industrielle doit être adaptée à la versatilité du produit. Car gérer ces centaines de demandes différentes pour quelques dizaines de milliers de pièces est une chose compliquée. Et à Jean-Christophe Babin d’ajouter : « En élargissant ce mode de construction, on élargit l’offre d’un accès à une démarche qui était réservée à des élites. Aujourd’hui, Bulgari donne la possibilité à l’acheteuse d’avoir un produit à moins de 4’000 euros avec une identification et une originalité élevée. A terme, la maison va proposer d’autres façons de personnaliser la montre sur d’autres collections. Le rêve de tous les clients, c’est de participer au produit. Cela l’individualise et le rend unique. »

« En chaque femme se cache un directeur de la création » REFONDER DES CODES FORTS Mais cette approche, Jean Christophe Babin est aussi parvenu à la transposer au domaine horloger. Selon lui, la ligne Octo est née romaine en ce sens qu’elle a quelque chose de monumental en lien avec l’antique. « C’est une belle plateforme architecturée qui permet d’affirmer des codes tout en étant évolutive. » Il ajoute : « En 2012, la montre Octo est née discrètement, mais aujourd’hui, cette collection trouve ses marques, en particulier dans l’extraplat. Cela s’explique par notre statut de joaillier. Le cœur de notre métier est de rendre les femmes plus belles. Toutefois, le pendant de cette élégance pour les hommes se concentre autour de la finesse de l’accessoire masculin et, par extension, de la montre, qui est aujourd’hui le seul bijou de l’homme. Ainsi, la collection Octo Finissimo, en déclinant l’extraplat, nous fait nous rapprocher de notre cœur de métier et de la mission que nous nous sommes fixée : donner de l’élégance aux femmes et aux hommes. Dans le cas d’Octo, cette approche associant design et finesse est novatrice. Considérée comme un des moyens d’expression de la haute horlogerie, elle est parfaitement compatible avec un caractère fort en imposant un style où, justement, la finesse maximise un dessin naturellement puissant dont la magie est de faire sortir du lot de l’anonymat son porteur. »

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L’ART D’ENTRETENIR L’ENVIE A la question de savoir quelle orientation la marque entend prendre pour les années à venir, Jean-Christophe Babin indique que son souhait premier n’est pas de conquérir une nouvelle clientèle, mais de répondre aux attentes du plus grand nombre. L’adaptation de la montre dans sa dimension évolutive est la conséquence de l’intégration de la dimension joaillière dans l’univers horloger. Le produit, par sa versatilité, n’a donc pas de style particulier et se trouve être portable par toutes les générations. L’intemporalité du design permet d’être transgénérationnel. On aurait pu croire également qu’en raison d’un prix d’appel accessible, la nouvelle Serpenti interchangeable allait s’adresser à la jeune génération. Toutefois, comme l’explique JeanChristophe Babin, « ce n’est pas nécessairement vrai, car nos clientes vont souvent vers les matières précieuses. En effet, nous sommes avant tout joaillier et l’or comme les diamants sont une part de notre justification et de notre raison d’être. » Cette confiance en le rare et le beau profite donc à Bulgari, pour qui l’année est bien partie. Selon Jean-Christophe Babin, la dynamique du luxe est bonne pour 2017, car les incertitudes sont moins nombreuses que l’an passé. « Dans l’absolu, les créations de la maison portent nos symboles dans un cadre universel et riche avec ce qu’il faut de force et de renouveau. C’est la voie sur laquelle nous nous sommes engagés pour 2017 en haute joaillerie. » Ainsi, comme l’affiche avec plaisir Jean-Christophe Babin, la maison Bulgari est une entité en perpétuelle effervescence, en matière de création. Dans cet univers où la communication est fondamentale, le choix de privilégier l’incarnation a tout son sens. Et tout le monde s’y retrouve, car il est toujours préférable d’être dans le mouvement plutôt que dans le sillage… —


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DOSSIER FINANCE

LES BANQUES SUISSES, Crise financière, lutte internationale contre l’évasion fiscale, procédures judiciaires, scandales, amendes en milliards, fuites de données, suppressions d’emplois… les banques suisses traversent la crise la plus grave de leur histoire. Avec de nouvelles réglementations, des accords fiscaux et des ajustements aux règles internationales, le gouvernement suisse veut assurer l’avenir de la place financière. Le vaste processus de restructuration en cours marquera probablement la fin du secret bancaire. Pourtant, la Suisse occupera toujours une importance stratégique sur l’échiquier mondial de la finance : pour mémoire, les banques et assurances emploient plus de 200’000 personnes, soit plus de 6% de la population active du pays, elles gèrent environ 10% du patrimoine global dans le monde, juste derrière les institutions américaines et britanniques, elles ont acquis une position dominante sur le marché des devises, le commerce des matières premières et la gestion de fonds. Le secteur financier participe à la création de 9,4% du PIB (12% en 2006), même si le Brexit risque de compliquer le libre accès des banques suisses au marché des services financiers des pays de l’Union européenne. En effet, si le Brexit ne devrait pas avoir d’effets significatifs sur la croissance en Suisse, le risque représenté par l’appréciation du franc pour les entreprises exportatrices existe, bien qu’il soit constitué en grande partie de produits et services de haute qualité permettant aux entreprises de mieux résister. En revanche, l’optimisme reste de mise quant à l’opportunité de récupérer les capitaux qui ne manqueront pas de déserter le RoyaumeUni. La Suisse demeure une place financière forte, compétitive et en mesure d’attirer encore des capitaux et des clients. Dans ce dossier, nous vous présentons quelques-uns des acteurs qui font la réputation emblématique de la place financière helvétique.

UN SECTEUR D’IMPORTANCE

CAPITALE

Par Patrick Galan

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PATRIK GISEL

Année de naissance : 1962 Poste actuel : président de la direction de Raiffeisen Suisse et, en parallèle, chargé de cours à l’Université de Zurich Dépôts clientèle : 158 milliards de francs Crédits hypothécaires : 165 milliards de francs Bénéfice net 2016 : 754,1 millions de francs (-6,6%) par rapport à 2015 Effectif total : 11’026 collaborateurs Cursus : études en économie et doctorat en gestion d’entreprise à l’Université de Saint-Gall

A

u cours des dernières années, Raiffeisen s’est établie comme le leader dans les activités bancaires de détail et le troisième plus important groupe bancaire de Suisse, avec un total du bilan s’élevant à 219 milliards de francs. La proximité avec la clientèle est l’un des principaux facteurs du succès de Raiffeisen, qui compte 3,7 millions de clients suisses. Plus de 1,9 million d’entre eux sont sociétaires et, de ce fait, copropriétaires. Les banques Raiffeisen sont regroupées en 21 fédérations régionales, organisées en associations. Les fédérations assurent une fonction de relais entre Raiffeisen Suisse et les diverses banques du même nom. Chacune des 270 agences est une coopérative juridiquement et structurellement autonome, choisissant ellemême son conseil d’administration et son organe de révision indépendant. Avec 964 points bancaires, un ancrage local unique qui fait sa force, Raiffeisen dispose du plus dense réseau en Suisse.

Début 2017, Patrik Gisel a annoncé que, dans les prochaines années, Raiffeisen réduirait le nombre de ses succursales de 970 à environ 800, tout en affirmant que le groupe continuerait d’être fort dans son activité principale. Malgré cette prédiction alarmiste, la popularité de l’homme reste intacte. C’est dans ce contexte qu’exerce Patrik Gisel, dont le parcours semblait tout tracé entre la banque et les assurances. Consultant en affaires bancaires et assurances auprès du Boston Consulting Group Zurich (1993-1994), chef de service de la Société de Banque Suisse/UBS Zurich (1994-1999), puis responsable du département Développement, finances et informatique de Raiffeisen Suisse (2000-2005), Patrik Gisel est en charge du département Marché depuis 2000. En 2002, il devient vice-président de la direction générale, avant d’être nommé en 2015 président de la direction de Raiffeisen Suisse. Un parcours idéal pour assumer un tel poste, sans oublier ses appartenances à de très nombreux conseils d’administration… Début 2017, le banquier s’est trouvé confronté à de vives critiques en défendant une baisse du taux d’intérêt théorique pour l’octroi de prêts hypothécaires de 5% à 3% : un véritable combat pour ébranler des normes d’autorégulation échafaudées depuis 2012 par les banques helvétiques ! Mais une réussite pour des millions d’accédants à la propriété. Quand on lui demande quels sont ses loisirs en dehors du travail, Patrik Gisel n’hésite pas : « Ce qui est important pour moi, c’est de pouvoir agir et créer des choses positives. Je ne fais pas partie des gens qui consomment passivement et je n’aime pas les gens qui ne prennent plus de plaisir dans leur job. Ma vie privée me permet de suivre ma propre voie en faisant du sport et en réfléchissant seul à certains sujets, même si le succès, chez Raiffeisen, est aussi une œuvre commune. » Ainsi, lorsqu’il quitte son costume de banquier, l’ancien champion suisse de plongée s’adonne à sa passion du vélo, se qualifiant lui-même de « cycliste ambitieux » dans ses difficiles entraînements de triathlète. Une visite en sa compagnie de l’usine Scott Sports International de Givisiez, dans le canton de Fribourg, a permis de découvrir que, dans le domaine de la petite reine, il en connaissait… un rayon, et qu’il évitait de « rouler avec des roues pleines à cause du vent ». Un jugement de spécialiste, comme dans le monde de la banque, où il est malvenu de brasser trop d’air ! Mais le vent facilite aussi un autre hobby du patron de Raiffeisen, puisqu’il est un pilote d’avion accompli. Pour cet Icare moderne, l’aviation privée est une passion : il totalise plus de 1’200 heures de vol. Dans les affaires comme dans le poste de pilotage, il faut analyser rapidement et maîtriser les décisions à travers des processus complexes. Il faut anticiper, calculer les risques et rester calme en situation de crise. Et quand le banquier Patrik Gisel contrôle son Piper Aerostar 601P à 500 mètres d’altitude au-dessus de New York, avec la rivière Hudson scintillant sous ses ailes, réunions, budgets ou analyses de marché revêtent alors une importance secondaire. Surplombant une mer de gratte-ciel, il porte toute son attention sur des dizaines de boutons et d’indicateurs sur le tableau de bord de l’avion, aussi à l’aise que dans son bureau. —

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À LA BARRE DU BATEAU

MIRABAUD

Année de naissance : 1956 Poste actuel : associé gérant de Mirabaud SCA et CEO de Mirabaud & Cie SA Avoirs administrés par Mirabaud (hors prises en compte double) : 29,9 milliards de francs au 31 décembre 2016 Bénéfice net 2016 : 31,6 millions de francs (+16,7 % par rapport à 2015) Effectif total : environ 700 collaborateurs Cursus : diplômé en architecture, économie d’entreprise et expertise comptable

Rien ne prédestinait Antonio Palma à une carrière bancaire. Fils d’immigrés espagnols, le CEO de Mirabaud & Cie SA s’était d’abord tourné vers l’architecture avant de changer de cap pour la banque, domaine dans lequel il a gravi tous les échelons. De la comptabilité à l’audit, de la multinationale à la banque étrangère, il s’est finalement dédié à la banque privée genevoise en rejoignant Mirabaud en 1993, pour en devenir associé gérant et CEO en 2010. Par Hermann Satz

De la volubilité latine à l’austérité calviniste, du béton aux caprices des marchés, du voyage à l’enracinement, vous maniez les antagonismes avec brio. Peut-on vous décrire comme le représentant d’un multiculturalisme réussi ? Ce n’est pas à moi de le dire. En revanche, je dois avouer que ceux qui ont une histoire et qui peuvent se revendiquer gardiens de leur culture et de leurs racines m’ont toujours séduit. C’est le cas des familles de banquiers genevois. Quelles sont leurs qualités ? Ils sont innovateurs et généreux. C’est l’essence même du banquier : faire partager à ses clients les opportunités qu’il identifie sur les marchés, tout le contraire d’un Steve Jobs qui garde ses idées pour lui. Je vous rappelle également que les banquiers sont les premiers mécènes de la place.

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Au sein de Mirabaud, vous insistez beaucoup sur la notion de culture d’entreprise : une réalité ou un alibi ? Pour faire avancer tout le monde dans la même direction, une entreprise a, comme pour les bateaux, deux options : le fouet ou la culture. La première étant depuis longtemps interdite, reste la seconde. C’est en définitive la culture qui fait que les gens viennent travailler chaque jour, se reconnaissent dans leur travail et y tissent des liens. La rémunération est un élément nécessaire, mais il n’est pas suffisant. Lorsque vous avez rejoint la direction de la banque en 1993, votre mission initiale était de la préparer pour la prochaine génération. Le défi a-t-il été relevé ? L’essai a été transformé : de nouveaux associés assurent la continuité de l’entreprise et celle-ci poursuit sa croissance. Pour réussir, il est essentiel de communiquer et de partager. Or on ne peut pas échanger directement avec 700 personnes ; on ne le fait vraiment qu’avec une dizaine. La culture partagée prend le relais et chaque responsable transmet l’information de manière à ce que tous les employés puissent connaître et comprendre les grandes orientations de l’entreprise. Il s’agit d’un travail de longue haleine qui repose, entre autres, sur un scénario d’évolution que nous redessinons tous les cinq ans. Comment réagissez-vous au nouveau diktat de la transparence ? Soyons clair, une transparence totale signifierait l’anéantissement de l’individu. Or il convient de distinguer une transparence souhaitable d’une curiosité malsaine: ce n’est pas parce que l’on se refuse à communiquer sur un sujet que l’on a quelque chose à se reprocher. Chaque client a une vie privée et la banque en est l’un des éléments. Elle reste protectrice de cette sphère privée et la seule chose qui ait changé en matière de transparence concerne le fisc, qui reçoit aujourd’hui directement des banques une information qu’il a toujours été censé connaître. Depuis 1819, Mirabaud a traversé une cinquantaine de crises et vous affirmiez récemment que « les crises sont partie intégrante de la normalité ». Pouvezvous développer ? Une crise est un bouleversement qui engendre des opportunités. Tout dépend de la manière de se positionner ! Chacun est confronté en permanence à des opportunités et à des tentations. Les opportunités sont des chances de grandir, d’aller plus loin dans son développement personnel ou professionnel. Au contraire, les tentations se contentent de séduire et s’opposent souvent à la pérennité. L’important est donc de savoir distinguer les premières des secondes, puis de choisir. Mais ce choix ne pourra être efficace que s’il existe au préalable un plan. Le plan n’est-ce pas l’anti-hasard par excellence ? Dans mon bureau, j’ai affiché en grand la phrase suivante : « Je ne suis pas toujours de mon avis. » Il s’agit d’une mise en garde contre l’entêtement, qui n’est pas toujours la meilleure manière d’avancer. Parfois, il faut savoir jeter ses convictions à la poubelle et recommencer quelque chose de neuf.

N’est-ce pas très déstabilisant au niveau de l’entourage ? Oui, lors des changements, certaines personnes peuvent se sentir incomprises et, à ce moment-là, il faut savoir expliquer, communiquer, rassurer. Mais je n’ai pas l’impression d’être infidèle à l’objectif. L’important est de ne pas laisser de désordre dans ce que vous avez entrepris. Le jour où je quitterai la banque, son fonctionnement devra être meilleur que lorsque j’y suis entré.

« Mieux vaut une idée « moyenne » qui se traduit par une réalisation qu’une idée de génie qui reste au stade du rêve. » Que cela fonctionne ou pas, en quoi cela vous concernet-il ? C’est toute la question du pouvoir et de la responsabilité. Savez-vous encore qui est à l’origine de l’idée du Brexit ? Non ! C’est un exemple typique de pouvoir sans responsabilité. Et ce phénomène n’est pas rare dans les entreprises d’une certaine taille, où l’on voit des dirigeants partir sans se préoccuper d’assumer les conséquences de leurs décisions. Ce n’est pas le cas chez Mirabaud : ce sont les dirigeants qui commettent les erreurs et c’est à eux qu’il incombe de les assumer en premier. Si vous deviez décrire le style « Palma », quelles en seraient les grandes lignes ? D’abord, l’application de la règle 80/20, en étant extrêmement exigeant sur le 80, parce que j’aime les choses bien faites sans pour autant être perfectionniste. Les 20 restants permettent d’entreprendre autre chose. Ensuite, mes idées sont généralement très simples et, si je parviens à faire la différence, c’est parce que j’arrive à les mettre en œuvre. Selon moi, mieux vaut une idée « moyenne » qui se traduit par une réalisation qu’une idée de génie qui reste au stade du rêve. J’écoute, je fais participer, mais je sais prendre seul une décision qui ne va pas forcément dans le sens des propos de ceux que j’ai écoutés. De ce fait, on peut me taxer d’autoritarisme. A ma décharge, lorsque je me trompe, et cela m’est arrivé souvent, j’écoute attentivement la critique et l’accepte, car elle me fait avancer. —

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GRAND FORMAT

Quelques mois après son élection à la mairie d’Hayange, Fabien Engelmann y organise une fête du cochon. Très vite, cette manifestation prendra une connotation fortement identitaire dans cette ville multiculturelle. Hayange, 2014. 82


AU CŒUR DESTERRES FRONTISTES Avec ses clichés en noir et blanc, Vincent Jarousseau dépeint une réalité sans filtre. Au travers de son ouvrage « L’Illusion nationale », il offre un regard brut, loin de l’esthétisme de la misère. En amont des élections présidentielles, le photographe a capturé l’atmosphère des villes françaises tombées aux mains du Front national. Reportage. Par Caroline Penzes | Photos Vincent Jarousseau

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Bien que non adhérent au FN, Maxime est un soutien du maire. Il prend ici part à la fête du cochon, une vraie fierté pour lui : « Notre ville revient aux traditions de chez nous et c’est tant mieux ». Hayange, 2015.

Soirée électorale lors du premier tour des régionales à l’espace François Mitterand. Les militants exultent. Marine est largement en tête dans la nouvelle région des Hauts-de-France. Hénin-Beaumont, 2015.

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C’est la fête du cochon sur la place de la Résistance. Initiée par le maire FN, cette manifestation est aussi le rendez-vous d’éléments radicaux de l’ultra-droite nationaliste. Hayange, 2015.


D

Vue d’un passage à niveau ferroviaire à proximité du centre de Hénin-Beaumont, 2014.

e l’extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon à l’extrême droite de Marine Le Pen, la montée du populisme s’est largement fait sentir en marge des campagnes présidentielles. Jusqu’à la dernière minute, une vague de crainte aura parcouru la France. Celle de voir accéder au pouvoir le Front national, parti éternellement moqué et redouté de la scène politique française. « Un FN qui a sensiblement progressé là où les partis majoritaires ont abdiqué », observe Vincent Jarousseau. Curieux de saisir les raisons d’un tel succès, le photographe se lance dans un « travail d’empreinte », en compagnie de l’historienne Valérie Igounet. Durant deux ans, ils arpentent les routes de France pour se rendre à Hénin-Beaumont, Hayange et Beaucaire, trois villes conquises par le Front national lors des élections municipales de 2014. Leur mission : donner la parole aux habitants et capturer leur quotidien afin de restituer une France invisible et méconnue, où domine un discours du « c’était mieux avant ». Publié en février 2017, le résultat de ce saisissant terrain se nomme L’Illusion nationale, un roman-photo qui dresse le portrait de ceux que l’on ne voit que trop peu et que l’on perçoit mal. Un recueil où images et paroles font surgir des vérités poignantes, parfois dérangeantes, témoignages des motivations d’un vote frontiste. Pour Trajectoire, Vincent Jarousseau revient sur les prémices et les dessous de ce travail.

Pendant deux ans, vous avez sillonné les routes de France en compagnie de Valérie Igounet, pour rencontrer et photographier l’électorat du Front national. Comment est né ce projet ? Cela remonte aux élections municipales françaises de mars 2014, où, pour la première fois, le Front national a remporté un nombre record de mairies. A cette époque, je commençais à m’intéresser à ce parti en allant photographier ses militants, notamment lors du défilé du 1er Mai. J’étais intrigué par sa sociologie et, dès le moment où son électorat s’est agrandi, je me suis dit qu’il n’était certainement pas uniquement composé de néofascistes, mais aussi d’habitants qui ont leurs raisons pour aller

vers ce parti. Si les électeurs du FN font l’objet de nombreuses études, on en parle toutefois encore de manière abstraite. On ne les voit jamais et, pourtant, on parle souvent d’eux de manière superficielle et caricaturale. C’est pourquoi nous avons décidé de partir à leur rencontre, afin de montrer qui ils sont à travers un recueil d’images et de paroles. Votre ouvrage est composé de trois chapitres, dont chacun traite d’une ville précise aux mains du Front national. Pourquoi avez-vous choisi ces municipalités ? Nous souhaitions cibler des territoires conquis par le Front national à la sortie des élections municipales, car cela nous permettait de voir sa capacité de gestion, mais aussi de mesurer le rapport que la population peut avoir au pouvoir local, en l’occurrence dirigé par le FN. Nous avons donc choisi trois villes de taille moyenne et humaine, situées sur des territoires différents et avec des histoires politiques et sociales variées. En premier lieu, il y a Hénin-Beaumont, le fief de Marine Le Pen, qui est aussi la seule ville dans l’histoire de France à avoir basculé dès le premier tour (du scrutin municipal) pour le FN. Il s’agit d’un bassin minier, ancienne terre de gauche. Vient ensuite Hayange, qui se situe dans l’est du pays, sur un territoire où le FN était moins attendu, avec un maire encarté pendant près de dix ans à l’extrême gauche. Il nous fallait aussi une ville du Sud, car c’est là que ce parti est implanté historiquement. Nous avons donc choisi Beaucaire, une des villes affichant le taux de pauvreté le plus élevé de France. Comment s’est déroulée la rencontre avec les habitants de ces trois villes ? Dans la mesure où nous ne connaissions pas ces villes, la première année a consisté à s’en imprégner en allant se promener, photographier les paysages, les rues, s’arrêter dans les cafés, commencer à nouer quelques contacts. Tout ça de manière très modeste car, au départ, on ne parlait pas de notre projet. Le fait d’y passer du temps et d’y revenir plusieurs fois nous a permis de gagner la confiance de nos interlocuteurs. Finalement, nous n’avons pas eu trop de difficultés, les gens acceptaient faci-

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DÉCRYPTAGE MODE

IT-COOL !

I

ncontournable des podiums de Dior, Stella McCartney, Prabal Gurung et Gucci lors des précédentes Fashion Weeks, le T-shirt blanc est entré dans le monde de la mode et du luxe. Cette pièce à l’origine militaire, portée comme un sous-vêtement et destinée à être cachée sous une chemise, fait sa révolution dans les dressings des modeuses les plus aff ûtées de la planète.

LE T-SHIRT BLANC, L’HUMBLE SOUS-VÊTEMENT DES ÉLITES Passant du pratique au glamour, cette pièce immaculée acquiert aujourd’hui ses lettres de noblesse, même si ce fut Helmut Lang qui lança le mouvement dès les années 1990 en y ajoutant un logo. En 2017, impossible de faire l’impasse sur le T-shirt floqué de la citation « We should all be feminist » créé par Maria Grazia Chiuri pour son premier défilé à la tête de la maison Dior. Ultra féministe, ce T-shirt blanc casse tous les codes de la mode et figure parmi les indispensables de la tendance sporty chic. Le succès fut tel que cette pièce collector a été en rupture de stock quelques jours seulement après sa mise en vente sur le site web de Dior ! Plus qu’un basique, le T-shirt blanc est ainsi devenu cette saison une pièce de luxe que l’on porte aisément avec une jupe en tulle pour une soirée mondaine. Résolument unisexe, le « white tee » version 2017 est désormais une valeur sûre et a l’avantage de pouvoir être détourné à l’infini. Preuve en est du côté des créateurs lors de la présentation de leurs collections P/E 2017. D’abord, Gucci continue sur sa lancée et signe un ultime défilé aux références couture et aux codes très sport. Alessandro Michele élève officiellement les pièces hégémoniques du streetwear au rang de vêtements de luxe. Puis, Supreme collabore avec Louis Vuitton pour une collection capsule : le T-shirt blanc estampillé des logos de la marque de skate new-yorkaise et de la maison de haute couture française a très vite conquis de nombreux initiés, dont l’icône Kate Moss. Enfin, tout dernièrement, Victoria Beckham, la posh de référence en matière de

style, de classe, d’allure hautement travaillée et de chic, apparaissait habillée d’un T-shirt blanc estampillé d’un message ultra cool : « Fashion Stole My Smile ». Et les influenceuses suivent ! De Rihanna à Lena Dunham en passant par Aimee Song et Chiara Ferragni, toutes veulent désormais leur T-shirt blanc.

LE T-SHIRT BLANC, L’EMBLÈME DU « COOLUXE » Egérie Chanel, Kristen Stewart avait déjà marqué les esprits en arrivant sur la Croisette, à Cannes l’an dernier, en Tshirt blanc croppé avec une jupe en tweed blanc. Affirmant son militantisme fashion, la rebelle de la mode avait créé un petit miracle de style. Cet engouement pour l’allure grunge version luxe corrobore les envies de la génération des « millénials », qui aspire à une mode décontractée, à une allure masculin-féminin qui confond les genres et mélange les codes. Les créateurs des maisons de haute couture l’ont bien compris. Ils ont fini par donner beaucoup de caractère à leurs collections, davantage inspirées des milieux populaires. Dans cette veine, Demna Gvasalia, chez Balenciaga, s’est autoproclamé porte-parole de cette jeunesse dont il vante la beauté en multipliant les références aux quartiers parisiens qu’il affectionne. Et pour incarner cette révolution dans l’univers du luxe, Jennifer Lawrence joue à la perfection le rôle de la femme « milléniale ». Clichés simples, T-shirt blanc et jean déchiré… la dernière campagne de Dior, réalisée par la photographe française Brigitte Lacombe, confirme l’avènement d’une nouvelle ère fashion. Le T-shirt tient désormais le haut de l’affiche. Et n’ayons plus peur d’affirmer, comme Giorgio Armani, notre « T-shirt addiction » ! —

Cette saison, la mode fait chavirer le cœur des fashionistas de New York à Milan. Elles ont trouvé leur nouveau it : le T-shirt blanc. L’ ayant adopté en hiver comme en été, les filles stylées usent de leur savoir-faire avec talent pour détourner cette pièce créée à l’origine pour les soldats de la Navy américaine ! Décryptage. Par Diane Ziegler

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The new summer hotspot in Geneva! Niché au cœur du complexe du Grand Hotel Kempinski, le Urban Beach Club est un lieu unique, avec un accès direct à la piscine. Une atmosphère à la fois décontractée, trendy et cosmopolite s’y dégage. En famille, entre amis ou entre collègues, vivez un moment de détente où tous vos sens sont en éveil… Venez découvrir les œuvres incomparables et emblématiques de l’artiste Richard Orlinski. Ouvert tous les jours de 11h à 21h jusqu’à fin septembre. Information et réservation Quai du Mont-Blanc 19, CH 1201. Genève, Suisse. T. 022 908 9380 | bar.grandhotelgeneva@kempinski.com | kempinski.com/geneva


EN VOGUE

SIGNATURES URBAINES Paris s’éveille… Les œuvres urbaines s’invitent au coin des rues pour laisser place à la libre expression ! Jeux de matières et style arty se mêlent aux garde-temps racés de la maison Jaeger-LeCoultre.

Direction artistique, stylisme et réalisation Christian Ritz Biyiha Assisté de Marisol Cordeiro | Photographe Jean-François Verganti Mannequins Katya Gaydukova @ Karin agency | Marc Boschung Coiffure Fred Teglia @ B-Agency | Maquillage Magali Markan @ B-Agency Remerciements à Elisabeth Guérin et la direction du Café des deux Magots

Robe Julien Fournié, boucles d’oreilles Dior Joaillerie, montre Rendez-Vous Ivy en or rose Jaeger-LeCoultre. 108


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Chemise et pantalon Michael Kors, montre Master Chronograph en acier Jaeger-LeCoultre. Page de gauche : Robe Azzaro Couture, boucles d’oreilles Dior Joaillerie, montre Reverso Classic Medium en acier Jaeger-LeCoultre. 111


NEWS BEAUTÉ

SOUS LE SOLEIL EXACTEMENT 124


HÂLE PARFAIT

LÈVRES GOURMANDES

REGARD ENVOÛTANT

Pour conserver un teint frais tout au long de la journée, rien ne vaut une brume d’eau thermale enrichie à l’acide hyaluronique. On complète le tout avec de la terracotta pour un joli fini poudré.

Nul ne pourra résister à vos lèvres ourlées ! Chaudes ou acidulées, elles se parent d’un effet miroir irrésitible à la fois lissant et hydratant. Une couleur naturelle rehaussée, qui donne envie d’y goûter !

Sur les yeux, du bleu cobalt et du sable doré. Le maquillage d’été n’a qu’une seule alliée : la légéreté. On remplace l’eye-liner et le khôl par un trait de poudre bleue pour un regard à la fois doux et intense.

FILORGA Brume solaire anti-âge, 60 ml. CHF 38,90

YVES SAINT LAURENT Volupté Tint-in-Balm, Catch Me Orange. CHF 48.– CHANEL Rouge Coco Gloss, Opulence. CHF 39.–

NARS Velvet Duo Eyeshadow, Old Church Street.

GUERLAIN Terracotta Sun Trio La Palette Bron-

zante et Sculptante. CHF 69.–

CHF 50,40 DIOR Mascara Diorshow Waterproof. CHF 46,20

Ensoleillez, protégez, illuminez ! Voici les maîtres mots de l’été pour retrouver un teint doré et des cheveux brillants de santé. Brillez de mille feux, le ton est donné !

PROTECTION IDÉALE

PEAU APAISÉE

CHEVEUX MAGNIFIÉS

A la plage comme en ville, on opte pour un soin visage anti-âge qui prévient l’apparition de taches. Côté corps, on préfère un fluide ultraléger, pour éviter au sable de s’accrocher sur sa peau dorée.

Pour redonner de la douceur et de la souplesse à la peau après s’être exposée, on l’hydrate avec un bon après-soleil et on protége les cicatrices et les tatouages avec un soin contre l’hyperpigmentation.

CLARINS Crème Solaire Anti-Rides Visage, 75 ml. CHF 39.– VICHY Idéal Soleil, Fluide lacté Anti-sable, 200 ml. CHF 30.–

LA ROCHE-POSAY Cicaplast

Avec un shampooing réhydratant, on élimine en douceur le sel, le sable et le chlore des cheveux. Pour contrer l’érosion de la fibre capillaire causée par les rayons UV, on pense à bien protéger sa chevelure grâce à une huile protectrice.

Baume B5, 40 ml. CHF 14.– LANCASTER After Sun, Crème Après-Soleil Hydra-Nourissante Intense, 200 ml. CHF 56,90

PHYTO PhytoPlage, shampooing réhydratant, 200 ml.

CHF 18,90 VALMONT Rescuing Oil, 60 ml. CHF 91.–

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FORME ET DÉTENTE

OÙ BULLER ?

Mission estivale : s’oxygéner, se ressourcer et buller en toute sérénité. Petite sélection des nouvelles tendances et de nos coups de cœur en matière de balnéo, de thalasso et de bien-être. Cet été , ni une ni deux, on prend le temps et on se laisse dorloter en beauté. Par Christine, Christopher, Delphine, Mélina et Siphra

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SOUS LE SOLEIL LE CADRE Le spectacle de la mer, la douceur de l’air du Sud, la beauté irréelle du lieu, la nature omniprésente… Bienvenue à La Réserve Spa à Ramatuelle, nichée dans un cocon paradisiaque. Ici, vous lâchez prise tout de suite, tant l’environnement exceptionnel vous procure un bien-être immédiat. Vous êtes alors transporté par les sensations, tout semble fait pour que vous vous ressourciez de l’intérieur, à votre rythme. Retour sur un des programmes phares de La Réserve, le Boot Camp by Nescens, issu des dernières avancées dans le domaine de la santé et du bien-être, pour réveiller forme et tonicité.

LE BOOT CAMP « BETTER-AGING » Calmer le stress, retrouver santé et énergie en adoptant un mode de vie sain : tel est le programme de cette cure better-aging privilégiant une approche globale alliant soins, activités physiques et repas équilibrés. De trois à six jours (pour une efficacité optimale), vous bénéficiez d’une prise en charge totalement personnalisée. Un vrai plus. Une fois le programme établi (selon vos besoins et objectifs), laissez-vous guider par les conseils de Benjamin (qui, dès le premier jour, vous attend pour une première marche nordique de deux heures), les massages better-aging de Pauline, sans oublier les enveloppements et autres douches à jets. Le soir venu, nul besoin d’un quelconque somnifère, vos paupières se ferment d’elles-mêmes. Les jours suivants se déroulent selon le même rythme, avec la patience bienveillante de votre coach et les mains expertes des différents thérapeutes. Entre deux soins, on profite de la piscine à contre-courant et du hammam pour soulager les muscles endoloris et, au bout de trois jours seulement, on retrouve un bien-être réel et absolu, le tout agrémenté d’une perte de poids plutôt appréciable.

LE(S) PLUS Les marches nordiques se font avec un accompagnateur dans l’arrière-pays ou sur les sentiers du littoral, dans un environnement naturel de toute beauté. Les repas sont, quant à eux, servis au restaurant La Voile, où le chef étoilé Eric Canino élabore une cuisine légère et équilibrée aux saveurs subtiles, qui éloigne toute frustration. Mention particulière pour le potager, où le chef s’approvisionne en grande partie et qui garantit une alimentation composée de produits naturels. Enfin, même s’il est fort probable que vous n’aurez aucune envie de quitter ce cocon, Ramatuelle se trouve à moins de 5 minutes et Saint-Tropez est à un quart d’heure (transfert offert sur demande).

LE PRIX Nescens Boot Camp de 3 jours, repas compris (hors hébergement), à partir de 1’9 50 € par personne. LA RÉSERVE HÔTEL RAMATUELLE*****

Chemin de la Quessine – 83350 Ramatuelle – France T.+33 (0)4 94 44 94 44 – www.lareserve-ramatuelle.com

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DESTINATION

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BRASIL, TERRA ENCANTADA Paradis tropical, mosaïque culturelle, berceau des mélodies nostalgiques et des rythmes envoûtants… Le Brésil ne cesse d’attirer et de ravir les globetrotters en quête d’aventure et d’émerveillement. Une destination prisée qui n’a pas échappé au radar de la Genevoise. Loin d’elle l’idée de se rendre dans une grande métropole truffée de touristes, c’est à La Réserve de Rio das Pedras que cette éternelle citadine a décidé de poser ses valises pour une escapade hors du temps. Par Caroline Penzes et Siphra Moine-Woerlen Photos Elisabeth Guérin

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LA GENEVOISE RECHERCHE Depuis qu’elle a revu Eat, Pray, Love, la Genevoise rêve d’évasion et de méditation ; d’un écrin de nature aussi exotique que la vision de Javier Bardem au volant de sa Jeep, chantant des airs de bossa nova. Portées par ces mélodies, elle se laisse aller à la conquête du Brésil depuis sa tablette, jusqu’à la découverte d’une oasis de calme et d’élégance, de confort et de luxe. Un lieu qui couperait le souffle de ses followers Instagram grâce à des clichés des multiples spectacles qu’offre la nature. J’ai nommé Rio das Pedras et son nouveau resort 5-Tridents, signé Club Med.

UN PARADIS 5T Véritable havre de paix à mi-chemin entre Rio de Janeiro et São Paulo, Rio das Pedras est de ces petites merveilles tropicales qui bordent l’océan Atlantique et forment la Costa Verde. Deuxième écosystème protégé du Brésil, ce village qui se distingue par ses reliefs couverts de forêt, ses criques et ses îlots montagneux entretient sa propre réserve écologique. Aux côtés des solares, bâtiments aux influences néocoloniales qui forment l’espace 4-Tridents, se dresse depuis peu La Réserve. Conçu sous la forme de trois boutique-hôtels, le nouveau concept 5-Tridents du Club Med allie modernité et somptuosité. Entre la faune et la flore brésilienne, La Réserve offre 33 suites, dont 6 penthouses, où les marqueurs du luxe hôtelier règnent en maîtres. Salon ouvert sur une vue imprenable, terrasse meublée, bar en plein air, bain à remous, dressing, espace bureau, piscine privatisée, spa en chambre… : autant d’attentions prestigieuses qui comblent la Genevoise et alimentent ses posts sur Instagram, Facebook et WhatsApp – oui, lorsqu’elle voyage, la Genevoise se plaît à jouer les blogueuses hyperactives.

LA GENEVOISE EXPLORE Fidèle à ses habitudes, le Club Med propose mille et une façons d’explorer les somptueux alentours de Rio das Pedras. Tandis que les adeptes de sensations fortes se régalent d’une descente des rapides du fleuve Mambucaba, les nocturnes se délectent d’une escapade festive à Rio. La Genevoise profitera quant à elle des séances matinales de yoga en plein air, avant d’aller battre le pavé de Paraty la divine. Datant du XVIIIe siècle, cette cité coloniale inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco compte presque autant de maisonnettes aux façades immaculées que de petites églises. Après un déjeuner typique chez des pêcheurs, direction la Cité merveilleuse, l’incontournable Rio de Janeiro. La Genevoise appréciera particulièrement la visite du Corcovado et sa vue imprenable sur la ville, au pied du Christ Rédempteur, tout comme la montée en téléphérique jusqu’au Pain de Sucre, qui offre un panorama tout aussi grandiose. Enfin, elle n’oubliera pas de se réserver une nuit pour rejoindre les chutes d’Iguaçu. Situé à la frontière argentine, ce parc national compte une multitude de cascades, majestueux spectacle de la nature.

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COMMENT Y ALLER ? La Genevoise ne jure que par le all inclusive. Elle se laisse entièrement chouchouter par le Club Med, qui se charge de lui proposer des vols et d’assurer son transfert de l’aéroport à La Réserve. Elle se renseigne tout de même au préalable sur les différentes compagnies qui assurent la liaison entre Genève et Rio de Janeiro. Une fois sur place, il lui faudra environ 90 minutes pour rejoindre la réserve paradisiaque de Rio das Pedras. —

LA GENEVOISE SAVOURE En tant que pays métis, le Brésil offre une cuisine aux saveurs raffinées et variées. Bobo de camarão, feijoada, picanha, acarajé, pastel de angu… Autant de spécialités qui reflètent la richesse et la générosité multiculturelles de la nation vert et or, pour le plus grand régal de la Genevoise ! Durant la journée, celle-ci se laisse séduire par des mets à la carte concoctés par la fine fleur de la gastronomie brésilienne, tout en sirotant un cocktail délicieusement fruité. Une petite virée nocturne au Jangada lui permettra de goûter aux menus élaborés à partir des meilleurs produits locaux. Enfin, le restaurant Banana da Terra, niché au cœur de Paraty, comblera ses papilles avec des poissons dorés à la plancha et autres délices traditionnels revisités en plats gastronomiques.

LA GENEVOISE SE DORE LA PILULE Pour la Genevoise, pas question de retrouver son home sweet home sans un teint hâlé et une mine éclatante. Si elle se laisse volontiers aller à des moments détente au bord de la piscine privée, elle n’oublie pas pour autant d’explorer les merveilleuses criques et plages qui bordent la côte émeraude de Rio das Pedras. A moins d’une heure de catamaran, se déploient les plages paradisiaques d’Ilha Grande, la plus grande île de l’Etat de Rio de Janeiro. Le paysage majestueux de cette oasis naturelle protégée est parsemé de jungle et baigné par des eaux cristallines. Un régal pour les plongeurs et les amoureux de la nature. La Genevoise apprécie particulièrement la somptueuse plage de Lopes Mendes : 3 kilomètres de sable blanc, de beauté sauvage et de spectacle. Bien entendu, lors de son passage à Rio, elle fera une halte sur la plage en demi-lune de Copacabana – surnommée « la petite princesse des mers » –, lieu mythique de l’effervescence cariocaine.

CLUB MED RIO DAS PEDRAS 5-TRIDENTS

Rodovia BR-101 – Rio das Pedras Mangaratiba – Rio de Janeiro – Brésil T. +55 (0)21 26 889 191 www.clubmed.ch/r/Rio-Das-Pedras

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Trajectoire N°119, été 2017  
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