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IRIS APFEL Mamie bosse DÉCRYPTAGE

le style !

Chelsea Clinton l’enfant de la balle MODE Sexy Granny

FACE-À-FACE

Charlize Theron Bettina Rheims Guillaume Canet

SUN CITY, ARIZONA

La vie active commence à 75 ans

DÉTENTE

Après le boulot, la thalasso ! Eté 2016 N°115 | CHF 6.– 00115 >

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QUI A LE DROIT? A la question toute cornélienne de mon petit me demandant « Maman, quand est-ce qu’on devient vieux ? »… je n’ai répondu de suite. Mais j’y ai réfléchi pendant un temps, et plusieurs réponses me sont venues. La première, à l’occasion des 60 ans de mariage de mes parents. J’ai voulu distinguer les mailles qui, du haut de leur vénérable âge, avaient rassemblé le tricot de leurs vies, expliquant, de fait, qu’ils soient encore si beaux. Plus tard, en voyant Iris Apfel, 94 ans, déambuler sereinement entre deux défilés, lors de la dernière Fashion Week parisienne, j’ai eu mon début de réponse. Pourquoi ne nous intéresserions-nous pas à une autre tranche de la population, bien plus réelle et pas moins inspirante pour autant que ces images de papier glacé que nous avons pour coutume de vénérer ? Pourquoi ne prendrions-nous pas à la lettre l’expression « mens sana in corpore sano », quel que soit le nombre de bougies soufflées ? C’est sûr, prendre le contre-pied des nombreuses voix poussant à la perfection et à la jouvence éternelle en posant notre regard ailleurs est un peu audacieux… D’autant qu’à l’approche de l’été, les diktats de la beauté physique se font sentir plus que jamais ! Mais bon, le nouveau 3e âge fringant, au summum de son activité, se plaît à les contrecarrer, quand nous, simples mortels, continuons d’essayer d’atteindre les objectifs du « jeune, beau, athlétique, hâlé et svelte ». Observez l’éternelle it girl en cover de ce numéro, affichant une assurance et une indépendance la hissant au rang de modèle qui semble défier toutes les conventions sociales; Iris Apfel a un style qui a du chien. Autre sujet, très pertinent : ces petits vieux établis à Sun City, en Arizona, trouvant leur bonheur dans un train de vie actif, à leur image. Bon, ok, peut-être un peu too much… Alors retournons-nous tout simplement sur ces quelques trop rares couples qui ont traversé ensemble soixante années de leur existence sans se quitter ! De quoi méditer… Entre humour et dérision, le tout pimenté de couleurs éclatantes, c’est cette énergie que nous avons souhaité transmettre dans ce numéro, pour aborder l’été avec une nouvelle jeunesse qui n’a rien à voir avec l’âge, tout en mettant en avant un dossier sur la philanthropie, mais également les têtes d’affiche et les belles cylindrées… qui traversent elles aussi les âges en se bonifiant ou en se raréfiant! So… love it ! Par Siphra Moine-Woerlen, directrice de la rédaction | Illustration Marc-Antoine Coulon > Galuchat

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IMPRESSUM ÉDITEUR André Chevalley

DIRECTRICE DE LA RÉDACTION Siphra Moine-Woerlen

ENQUÊTES & REPORTAGES

Opinion Charles Consigny, (chroniqueur au Point), Politique Anne Fulda (grand reporter au Figaro), Grand format, photoreportage Kendrick Brinson, Billet d’humeur Julie Masson, Cover story Marliese Hubert

HORLOGERIE & JOAILLERIE Fabrice Eschmann, Nathalie Koelsch

MODE

Direction artistique Christian Biyiha Assistante styliste Gaëlle Novak

CULTURE & ART DE VIVRE Christine Brumm, Gil Egger, Patrick Galan, Michèle Lasseur, Andrea Machalova, Alexis Trevor

PHOTOGRAPHES

Cover Gabriel Gastelum Shooting mode Sacha Rovinski

ONT CONTRIBUÉ À CE NUMÉRO

Textes Stéphane Léchine, Jérôme Sicard, Melina Staubitz, Christopher Tracy Illustration Julien de Preux, Relecture Adeline Vanoverbeke

COORDINATION Nicole Degaudenzi

PUBLICITÉ & RELATIONS PUBLIQUES Olivier Jordan | o.jordan@promoco.ch

TIRAGE Tirage vendu : 20'057 exemplaires Certification REMP 2015 Période de relevé : 01.03.2015 – 31.12.2015 Tirage certifié : 23'152 exemplaires

RESPONSABLE ARTISTIQUE Carine Bovey

RÉDACTRICES WEB Andrea Machalova, Melina Staubitz

IMPRESSION Kliemo Printing

PHOTOLITHOGRAPHE Kliemo Printing

WWW.TRAJECTOIRE.CH Trajectoire, une publication de Promoco SA | Chemin de la Marbrerie 1 – 1227 Carouge – T. +41 22 827 71 01 ©Trajectoire | La reproduction, même partielle, du matériel publié est interdite. Les pages « Event » n’engagent pas la rédaction. La rédaction décline toute responsabilité en cas de perte ou de détérioration des textes ou photos adressés pour appréciation.

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CONTRIBUTEURS & COMPLICES KENDRICK BRINSON « Petit gâteau à la fraise ». Tel est le surnom que donne Snoop Dogg à la photographe américaine Kendrick Brinson. Etablie à Los Angeles, la belle rouquine de 33 ans se fait un nom dans le milieu de la photo en 2010 lorsqu’elle publie ses clichés surprenants de Sun City, une ville communautaire située au milieu du désert de l’A rizona. La particularité de l’endroit? La moyenne d’âge de ses habitants gravite autour de 75 ans…

CHRISTINE BRUMM Buveuse de mots jamais désaltérée, Christine Brumm sélectionne pour la page littérature de Trajectoire les meilleurs crus du moment : elle les absorbe, les presse amoureusement, histoire de proposer un condensé pur jus. Aventureuse dans l’âme, elle quitte cette fois son cocon douillet pour s’improviser experte en thalasso. Rendez-vous à la p. 138 pour découvrir les meilleures cures d'ici et d'ailleurs.

ANNE FULDA Grand reporter au Figaro, Anne Fulda décrypte dans nos pages l’actualité politique, et brosse de sa plume mordante les portraits des grands de ce monde, d’A lain Juppé à Chelsea Clinton. Femme engagée, elle vient de publier chez Plon Portraits de femmes, une galerie de portraits réalisés au gré de nombreuses rencontres, avec notamment Bernadette et Claude Chirac, Charlotte Rampling, Inès de la Fressange ou Hélène Carrère d’Encausse.

STÉPHANE LECHINE Le sport auto est entré dans sa vie grâce à la magie de la Formule 1 des années 1980 ; depuis, Stéphane Lechine est fasciné par les histoires de pilotes et par la légende de la course. Sur un circuit, il aime se glisser dans l’intimité des teams pour respirer les effluves des machines et ressentir la tension qui s’installe avant le départ. Pour Trajectoire, il partage sa passion des belles mécaniques pour faire vibrer l’esprit de la course automobile.

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SOMMAIRE

N°115 ÉTÉ 2016 9

L’ÉDITO de Siphra Moine-Woerlen

RENDEZ-VOUS 39

LITTÉRATURE La sélection de Christine

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MUSIQUE

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BILLET D’HUMEUR

Nos coups de cœur Donald Trump, un cauchemar couleur carotte

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JAVIER BARDEM Le truand au bon cœur

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GUILLAUME CANET Dialogue avec le touche-à-tout du cinéma

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MARGOT ROBBIE La gifle du succès

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RENCONTRE 7E ART Charlize Theron, superwoman infatigable

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COVER STORY Iris Apfel, éternelle it girl

124 QUELLE TRAJECTOIRE ! Les cigares dominicains de Davidoff

168 5 MINUTES AVEC…

Jean-Claude Biver

MAGAZINE 20

PRINCE Le départ d’un grand homme

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DÉCRYPTAGE Chelsea Clinton, célèbre fille de…

64

BETTINA RHEIMS Entre fascination et scandales

88

DOSSIER PHILANTHROPIE L’ entrepreneuriat humanitaire

Le mannequin Iris Apfel, 94 ans

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114 SUN CITY La vie active commence à 75 ans !


ART DE VIVRE 28

WHAT’S UP ? Les coins branchés de Suisse

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MUSIQUE Festivals estivaux

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DOSSIER THALASSO

La détente sera le maître mot de l’été

154 ÉVASION Phuket autrement

158 DESTINATION ARIZONA La contrée des derniers cow-boys

HORLOGERIE 78

FOCUS MONTBLANC Les 110 ans d’une grande marque

82

SÉLECTION HORLOGÈRE Voyage au pays des merveilles

GROSSES CYLINDRÉES 100 RICHARD MILLE

Et la Formule E

104 DOSSIER AUTOMOBILE Berline de compétition et cabriolet racé

110 GRAND PRIX HISTORIQUE DE MONACO De l’élégance avant tout

MODE 22

OBJETS DE DÉSIR Les incontournables de l'été

128 SHOOTING MODE Sexy « old » Lady !

BEAUTÉ 150 LE CHOIX DE MELINA Coup de fraîcheur, coup de couleur

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CROQUE TRAJECTOIRE Donald Trump vu par...

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LETTRE OUVERTE

Cher

Rogers,

Pardon d’employer le tutoiement. Après trente-deux années de contiguïté, j’ose cette familiarité respectueuse. Ainsi, ce 21 avril, tu as décidé de prendre congé, subrepticement, sans avertissement préalable ni signe avant-coureur ! En fi n de journée, des rumeurs circulaient sur la découverte, dans l’immense studio-domaine de Paisley Park, ton antre situé en banlieue de Minneapolis, d’un corps inanimé. Rapidement, la rumeur, insidieuse, perfide et dévastatrice, a annoncé la tragique réalité. Prince Rogers Nelson, alias Prince, est mort, à 57 ans. 57 ans. Franchement, tu exagères… Tu vois, Rogers, cette nouvelle m’a arraché une partie de mon adolescence. Depuis juin 1984, depuis cet après-midi tiède où j’ai découvert, ébahi, le clip tellement sexy de « When Doves Cry », premier 45 tours extrait de l’iconique album Purple Rain, je suis entré, dans ton univers, des deux pieds, heureux d’avoir été capable de discerner ton immense génie. Depuis 1984, tu es devenu une star planétaire, un faiseur de tubes d’une efficacité helvétique, avec « Kiss », « U Got The Look », puis « Alphabet St. » et « Batdance ». Un mégalomaniaque égocentrique multi-instrumentiste (on susurre que tu es capable d’en jouer 26. Légende encore?) pas plus haut que trois goldens, excentrique et vantard. Un showman exceptionnel à même de renverser un stade entier en compilant, deux heures durant, un maelström de funk, de furie, de pop psyché, de blues et de luxure affichée. J’ai suivi chaque strate de ta carrière tout comme ta guerre d’indépendance vis-à-vis de la major Warner, qui fut incapable de suivre ton évident besoin de sortir deux, voire trois albums par an. (Quand on sait que ton concurrent Michael Jackson peinait à en produire un tous les cinq ans…) D’ailleurs, pour certains, les moins érudits, lorsque tu as pris la décision farfelue de changer de nom (?), tu es déjà mort artistiquement en 1994. Diabolique, sans compromis, auteur-producteurcompositeur, il a fallu attendre 2001 et ton retour en grâce auprès des médias via l’album conceptuel The Rainbow Children pour réussir à asseoir défi nitivement ton statut d’icône indéniable. Très teinté de spiritualité des Témoins de Jéhovah, ce ne fut pourtant, à mon humble avis, pas ta meilleure idée... ! Acclamé à chaque remise de prix, louangé internationalement, sans concurrence aucune, tu as, dans le dernier quart de ton existence, fait fructifier ton parcours hors norme. Puis, un 21 avril, malade, amaigri, addict aux opiacés pour calmer les douleurs d’une hanche maltraitée vingt années durant à force de performer sur scène, tu nous as réservé le plus triste des happenings: Prince est mort. La légende ne montera plus sur scène. Note qu’après tous les concerts auxquels j’ai eu le bonheur d’assister en trente-deux ans d’une fidélité sans faille, j’aurais pu me considérer repu. Eh bien non, je signais pour trente autres années, mais tu es parti idiotement, sans nous avertir, sans laisser de testament clair sur l’avenir des milliers de titres inédits enfermés dans ton studio. Tu abandonnes des milliers d’orphelins. Tu nous abandonnes. Tu vois, Rogers, pour la toute première fois, tu as supplanté l’excitation, la frénésie, le plaisir animal par une insondable tristesse… C’est ballot après une carrière aussi remarquable, non ? Christopher Tracy

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OBJETS DE DÉSIR

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PASSIONNÉ 1. Caran d’Ache, machine à tailler, Edition Matterhorn, CHF 199.– 2. Chanel, lunettes de soleil, CHF 350.– 3. Roger Vivier, ballerines Round Belle en cuir verni, CHF 540.– 4. Bulgari, eau Parfumée au Thé Rouge, 150 ml, CHF 169.– 5. Longchamp, sac Le Pliage Héritage Tricolore, CHF 890.– 6. Graff, boucles d'oreille, collection Sunburst, prix sur demande 3.

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CALIBRE RM 07-01


OBJETS DE DÉSIR

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GÂTEUX 1. Classic Canes, canne lévrier, CHF 85.– 2. Pasotti, chausse-pied Colvert, CHF 246.– 3. Aurum Dente, dentier en or 18 carats, CHF 1'300.– 4. Hario, moulin à café, CHF 64.– 5. Syll, coffret de jeux de cartes, CHF 104.– 6. Birkenstock, sandales Charlize Papillio metallic gold, CHF 60.–

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OBJETS DE DÉSIR

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FOUGUEUX 1. Gucci, lunettes de soleil aviateur légères en métal, CHF 330.– 2. Louis Vuitton, sac Noé Marin, CHF 2'080.– 3. Cerruti, eau de toilette 1881 Sport, 100 ml, CHF 87.– 4. Swatch, montre Sistem Grid, CHF 150.– 5. Vilebrequin, maillot de bain Sashimi Aspen, CHF 226.– 6. Tod’s, mocassins en cuir velours, CHF 424.– 3.

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LE BILLET D’HUMEUR

UN ÉLÉPHANT,

TRUMP

ÉNORMÉMENT...


Magnat de l’immobilier et animateur télé, le richissime Donald Trump

divise son propre parti en faisant la course en tête des primaires républicaines, malgré ses sorties fracassantes, racistes et machistes. Dommage pour lui que l’intelligence ne s’achète pas en boutique (même si une remise à niveau le ruinerait probablement). Par Julie Masson


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ermer les yeux. S’endormir. Puis se réveiller en sursaut, en sueur, plein d’effroi, d’un cauchemar insupportable. Donald Trump, président des Etats-Unis ? Impossible. Irréel. Et pourtant… Reprendre ses esprits. Réaliser que depuis le début des primaires républicaines, le 1er février, le septuagénaire (il a fêté ses 70 ans le 14 juin) a réussi l’impensable défi de remporter plusieurs Etats, devançant même, à la mi-avril, les autres candidats du parti de droite. Ainsi, le rêve se mêle à la réalité… Respirer, analyser : comment ce populiste pédant, qui estime qu’une femme qui recueille son lait durant la journée pour le donner à son enfant le soir est « dégoûtante », pourrait-il parvenir à diriger la nation la plus puissante du monde ? Donald Trump n’est-il pas qu’un mauvais animateur de télévision à l’ego surdimensionné, magnat de l’immobilier qui trouve bon de nommer chacun des bâtiments qu’il détient avec son propre patronyme ? Puis la réalité revient, amère. Et si ce dérangé du bocal parvenait à ses fins, devenant le successeur du très classe Barack Obama ? Le monde entier a tout à y perdre. D’abord pris à la légère – le Huffington Post a rapporté ses faits et gestes de campagne dans sa rubrique « divertissement » –, le multimilliardaire a réussi à se faire prendre au sérieux par une classe d’A méricains moyens friands de discours racistes et misogynes, petit peuple las d’avoir l’impression de n’être pas compris par les hautes sphères politiques de Washington (citoyens qui oublient en passant que celui qui fait semblant de leur prêter l’oreille est assis sur une fortune de près de 4,5 milliards de dollars). Bizarrement, on a l’impression d’avoir déjà entendu de tels propos simplistes bien plus près de chez nous. Et à nouveau le cauchemar qui se mêle à la réalité: c’était en 2003, ici en Suisse. L’UDC Christoph Blocher était élu au Conseil fédéral, devenant dès lors un potentiel président de la Confédération, celui qui aurait représenté notre pays aux yeux du monde. Mêmes profils – quoique Blocher pourrait presque passer pour un enfant de chœur à côté de l’insolent Américain –, mêmes discours qui laissent craindre le pire pour le rêve américain. Sous le soleil de la Californie, de la Floride, de New York et des 47 autres Etats américains, les sottises interminables de Trump, son manque de vision et de réflexion étoffée ont fini par faire s’élever des voix appelant à ce qu’on lui barre la route, y compris au sein de son propre parti. Quelque 120 experts républicains des questions de sécurité, de défense et de diplomatie ont signé un manifeste allant dans ce sens, question de vie ou de mort pour la contrée du hamburger, du Coca-Cola et de Hollywood. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase ? Une énième preuve en propos modestes que Donald Trump ne réfléchit pas avant de parler et estime n’avoir besoin de personne pour connaître tous les tenants et aboutissants des sujets qu’il aborde. « Je me parle à moi, en priorité, parce que j’ai un très bon cerveau. Je parle à beaucoup de gens, mais mon premier conseiller, c’est moi-même, et j’ai un bon instinct pour ces trucs », a-t-il répondu à la chaîne NBC qui lui demandait qui l’aidait à façonner sa politique étran-

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gère. Apparemment, l’instinct de réfléchir et de se taire ou, au moins, de tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler lui fait défaut. Il est temps d’enjoindre aux Etats-Uniens de faire cesser cette mascarade. Dangereux, Trump est une menace pour son pays, comme pour toute la planète. « De toute ma carrière, je n’ai jamais rencontré un politicien américain si mal informé, évasif, puéril et dupeur », a d’ailleurs écrit l’éditorialiste du New York Times. Aux Etats-Unis, des médias – parmi lesquels notamment le New York Times, donc – ont fait leur mea-culpa d’avoir accordé tant de place à ce petit-fils d’immigrés allemands (le Times estime que les médias, tous supports confondus, ont offert près de 1,9 milliard de dollars de pub à Donald) qui veut limiter l’immigration au pays de l’oncle Sam et interdire toute entrée sur le territoire aux musulmans, y compris aux touristes. Parmi ses idées incultes, il a également annoncé vouloir punir celles qui avortent – rappelons au passage qu’il estime que les femmes sont « fainéantes », « cochonnes » et qu’il « les préfère à genoux ». Olympe de Gouges, Simone de Beauvoir et toutes les générations de leurs descendantes apprécieront ces mots de goujat. Et la liste est encore longue. Il propose ainsi de construire un mur entre son pays et le Mexique, car ce pays « n’envoie pas ses meilleurs citoyens aux Etats-Unis, il envoie ceux qui posent problème. Ils apportent avec eux la drogue et le crime. Ce sont des violeurs. » De réintroduire la torture. D’obliger les soldats américains à tuer les familles entières des membres de l’Etat islamique. Ses propos ont été tellement haineux et inadmissibles qu’ils lui ont fait perdre tous ses contrats avec la NBC, même celui de sa propre émission, The Celebrity Apprentice. Et, là, l’interrogation: comment des êtres humains peuvent-ils accorder leur voix à une telle concentration d’infamie ? Trump est un exemple démesuré de démagogie, qui sert à chacun ce qu’il a envie d’entendre, peu importe s’il a prononcé le contraire quelques minutes ou mois plus tôt. Et à chaque fois que ces propos sots soulèvent l’indignation, il se rétracte un peu… pour mieux sauter lors de l’intervention suivante. Ces revirements sont finalement à l’image d’un homme peu crédible qui a d’abord été démocrate, puis républicain, puis à nouveau démocrate et qui, après (ou avant, cela lui importe peu !) avoir été indépendant, est revenu chez les Républicains. « Je suis de tous les partis, je suis de toutes les parties. Je suis de toutes les coteries, je suis le roi des convertis », chantait Dutronc, qui a trouvé en Trump l’exemple parfait de son opportuniste. Sous les draps, on referme les yeux. Le cauchemar laisse place à un rêve agréable : le 8 novembre 2016, c’est Hillary Clinton qui est élue présidente des Etats-Unis. Pour la première fois, une femme prend la tête de la puissance mondiale. Et venge d’un seul coup Olympe de Gouges, Simone de Beauvoir et toutes les femmes de toutes les époques et de toutes les contrées salies quelques mois plus tôt par les propos haineux d’un Trump fielleux. —


RENCONTRE 7E ART

« JE SUIS UN OURS » Le 22 juin sort à l’écran Le Secret des banquises, une comédie décalée où vous donnez la réplique à Charlotte Le Bon. Pourquoi avoir accepté ce film ? Tout d’abord parce que je trouvais le scénario très beau. C’est un film assez particulier; c’est une comédie romantique, une sorte de conte avec un univers décalé, où je joue un professeur qui travaille sur les pingouins. J’ai accepté ce rôle aussi parce que c’est le premier film de Marie Madinier. J’aime de temps en temps faire un premier film, parce que j’estime qu’il est important d’aider de jeunes metteurs en scène qui ont un univers bien particulier.

Une comédie loufoque (Le Secret des banquises), un biopic sur l’amitié (Cézanne et moi) et un cinquième film en tant que réalisateur (Rock’n’Roll) : en 2016,

Guillaume Canet enchaîne les projets. Pas de quoi effrayer l’acteur de 43 ans, cavalier à ses heures perdues et ami de la marque Jaeger-LeCoultre. Entretien. Par Andrea Machalova

Ce n’est pas votre seul projet en cours: cet automne sortira Cézanne et moi, un biopic où vous interprétez l’écrivain et journaliste français Emile Zola. De quoi parle ce long-métrage ? Il parle de l’amitié entre Cézanne et Zola, depuis leur enfance jusqu’à l’âge adulte.

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« Quand on a un enfant, les choses se font naturellement : c’est lui qui nous ramène à la réalité, parce que, le cinéma, ça le gonfle... »

Une amitié qui a été remise en question de nombreuses fois à cause de leurs confrontations. J’ai adoré le scénario, parce qu’il va au-delà de la relation : il parle de la difficulté de créer, de la critique, de la manière dont on s’y expose et comment elle peut nuire à la création et à l’amitié.

interview de Johnny Hallyday, qui a raconté un peu n’importe quoi. Ce que je peux vous dire, c’est que Rock’n’Roll est une comédie noire un peu folle et décalée qui se rapproche assez de mon premier film, Mon Idole. J’y joue mon propre rôle et on a beaucoup rigolé en le faisant.

C’est un sujet qui vous touche particulièrement ? Je n’ai pas énormément de facilité à me lier d’amitié avec les gens ; je me méfie beaucoup. J’ai surtout beaucoup d’amis d’enfance. Je ne m’ouvre pas très facilement : de ce côté-là, je suis un peu ours.

Vous partagez l’affiche avec votre compagne, Marion Cotillard, qui joue le rôle de votre partenaire. Comment fait-on pour ne pas ramener le travail à la maison lorsque l’on travaille en couple ? Ce n’est pas évident, mais c’est une question d’habitude. On travaille suffisamment l’un et l’autre pour avoir envie de se parler d’autre chose et de vivre autrement qu’à travers le cinéma. On aime ce que l’on fait ; ce n’est même pas un travail, c’est une passion. Et puis, quand on a un enfant, les choses se font naturellement : c’est lui qui nous ramène à la réalité, parce que, le cinéma, ça le gonfle.

Comment vous êtes-vous préparé pour entrer dans ce personnage ? J’ai beaucoup lu pour me mettre dans la langue de Zola, notamment la correspondance qu’il a entretenue avec sa femme, Alexandrine. Il y donne des détails très importants sur sa vie privée. Est-ce qu’il y a une part de vous-même dans ce personnage ? Il y a certains traits de caractère que je trouve assez proches de moi, notamment tout ce qui a trait à la fidélité en amitié et en amour. C’est vrai que Zola a eu cette histoire d’amour avec la gouvernante, car il ne pouvait pas avoir d’enfants avec sa femme, et que c’était très important pour lui d’en avoir. Mais il était très fidèle. Je me sens proche de son côté à la fois protecteur et sur ses gardes, de son caractère un peu solitaire, mais qui a envie de faire bouger les choses.

© Jaeger-LeCoultre

Maintenant que vous êtes de l’autre côté de la caméra, comment choisissez-vous vos acteurs ? Je marche beaucoup au coup de cœur. Je n’aime pas faire passer des essais lors de castings, car je sais combien c’est compliqué pour un comédien d’être jugé sur trois phrases. Je préfère faire des rencontres, prendre le temps de parler avec les personnes. C’est plus humain ainsi, je trouve. Votre cinquième film en tant que réalisateur s’intitule Rock’n’Roll et il est prévu pour début 2017. On dit qu’il s’inspire de votre vie de couple ; à quel point ? Beaucoup d’infos ont circulé sur ce film, notamment une

Depuis deux ans, vous êtes également ami de Jaeger-LeCoultre. Comment a commencé votre collaboration ? Il y a beaucoup de choses qui me rapprochaient de cette maison. Je connais plusieurs personnes qui sont amis de la marque, comme Marina Hands, avec qui je montais à cheval plus jeune, ou Clive Owen, avec qui j’ai tourné. Mais c’est en visitant la manufacture que j’ai pu découvrir la passion horlogère et tout un monde que je ne connaissais pas. Quand on écoute un homme parler d’une montre sur laquelle il travaille depuis près de neuf mois, on ne peut être que fasciné. Ces créations sont de véritables œuvres d’art. Avez-vous une montre préférée ? J’aime beaucoup la Reverso, mais c’est la Master Chronograph qui me porte chance. Je la porte pour monter à cheval et, depuis que je l’ai au poignet, ça se passe plutôt très bien. J’ai remarqué d’ailleurs que, les matins où je l’oubliais, c’était moins le cas... C’est votre petit grigri ! Exactement ! D’ailleurs, mon père a une montre JaegerLeCoultre, qu’il a héritée de mon grand-père. Le jour des César, avant d’entrer dans la salle, il me l’a tendue en me disant qu’elle me porterait bonheur. Je l’avais dans la poche et je l’ai remporté ! Depuis, nous sommes persuadés qu’elle porte chance. —

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PORTRAIT

MARGOT ROBBIE Par Alexis Trevor

« Maman trouve qu’elle en a vraiment par-dessus la tête de mettre des petites culottes. En fait, elle s’est décidée à les jeter absolument toutes ce matin », énonce Margot Robbie d’une voix joueuse, avant d’écarter les jambes devant un Leonardo DiCaprio bouleversé par tant de féminité. Si cette scène tirée de l’excellent Loup de Wall Street de Martin Scorsese est devenue mythique, elle a bien failli se faire sans la belle blonde. A l’audition, face à Leonardo et au réalisateur oscarisé, Margot Robbie stresse et peine à convaincre. C’est là qu’arrive la lecture d’une scène de dispute. Alors, pour marquer le coup, du haut de ses 22 ans, elle n’hésite pas à finir sa réplique en insultant l’acteur et en lui envoyant une gifle phénoménale. Pas un bruit dans l’auditoire. Les longues secondes de silence sont finalement rompues par le rire des deux pontes du cinéma : c’est dans la poche. « Quand je suis sortie de là, je n’ai pas pu m’empêcher de faire une petite danse silencieuse dans l’ascenseur, sourit l’actrice. Le film a changé ma vie, ça ne serait jamais arrivé sans. Ou ça aurait pris dix ans supplémentaires. » Alors qu’elle s’est faite plutôt discrète dernièrement, cet été, Margot sera à l’affiche de deux films. Grimée d’abord en Jane dans Tarzan, elle troquera son costume contre le minishort d’Harley Quinn, la célèbre complice du Joker dans Suicide Squad. Un personnage pas tout à fait sain d’esprit que l’actrice qualifie de « flippant, violent et complètement fou » et qui risque bien d’évincer celui de son amoureux à l’écran, le Joker joué par Jared Leto. Dans la vie réelle, le cœur de l’Australienne est également pris. Elle est en couple depuis quelques années avec Tom Ackerley, un assistant de réalisateur qu’elle a rencontré sur le tournage de Suite française. Une vie rêvée que Margot était loin d’imaginer. A 16 ans, alors qu’elle enchaîne les petits jobs pour joindre les deux bouts, elle est approchée pour jouer dans un film à petit budget, tourné à deux pas de Subway où elle travaille comme serveuse. « J’en ai honte maintenant, reconnaît la jeune star, mais, oui, c’est comme ça que tout a commencé ! » —


Brooch, yellow gold, diamond and coral, Bulgari circa 1940.

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FESTIVALS

Par Melina Staubitz

PALÉO S’IMPOSE L’ open air nyonnais n’a plus rien à prouver: du haut de ses 41 ans, il confirme son titre de poids lourd suisse avec un programme tout en justesse. A l’affiche, du 19 au 24 juillet: des légendes – Muse, Michel Polnareff, Francis Cabrel, Alain Souchon et Laurent Voulzy, Stephan Eicher und die Automaten, Iron Maiden –, des favoris – Abd al Malik, The Lumineers, The Chemical Brothers, Tiken Jah Fakoly, Bigflo & Oli – et des découvertes – Aliose, Promethee, LiA, The Animen. Quant au Village du Monde, il se parera des couleurs celtiques, proposant aux festivaliers de l’artisanat et des spécialités culinaires provenant directement des régions où résonne la cornemuse. PALÉO Du 19 au 24 juillet – www.paleo.ch

HOMMAGES EN ALTITUDE

MONTREUX JAZZ LE GRAND FRÈRE Quinquagénaire cette année, le Montreux Jazz Festival n’a pas pris une ride pour autant. Il le prouve avec une édition anniversaire qui célèbre l’épaisseur historique de la manifestation suisse. A l’honneur, de grands noms au Stravinski (Herbie Hancock, Buddy Guy, Patti Smith and her band, Lana Del Rey, Jamie Cullum, Santana, Neil Young), des découvertes au Lab avec un programme particulièrement tourné vers le hip-hop et les musiques électroniques, et enfin, du jazz au Club. De quoi se régaler du 1er au 16 juillet ! MONTREUX JAZZ FESTIVAL Du 1er au 16 juillet

Le Gstaad Menuhin Festival célèbre un double anniversaire cette année: les 60 ans du festival et le centenaire de la naissance de son père fondateur, Yehudi Menuhin. A cette occasion, de nombreux artistes ont proposé de rendre hommage à ce dernier, comme son disciple Daniel Hope, le pianiste András Schiff ou la violoniste Patricia Kopatchinskaja. A ne pas manquer également, la reconstruction du concert mythique du 12 avril 1929 à Berlin, où le jeune Yehudi a joué du Bach, du Beethoven et du Brahms durant la même soirée. Avec plus de 70 événements qui jalonneront les sept semaines du festival, dédiées au thème « Musique & Famille », Gstaad promet d’être le point de chute estival des amoureux du classique. GSTAAD MENUHIN FESTIVAL Du 14 juillet au 3 septembre www.gstaadmenuhinfestival.ch

RENTRÉE EN MUSIQUE Pour adoucir la morosité de la rentrée, La Bâtie propose seize jours de musique, de danse, de théâtre et de performances, le tout disséminé dans une multitude de lieux à Genève et dans les alentours. Cette année, John Adams, l’invité d’honneur du festival, dirigera un concert-événement de l’Orchestre de la Suisse romande au Victoria Hall.

www.montreuxjazzfestival.com LA BÂTIE-FESTIVAL DE GENÈVE Du 2 au 17 septembre – www.batie.ch

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CLASSIQUE AU CŒUR DES ALPES Comme chaque année, le Verbier Festival réunit au cœur des Alpes suisses les grands noms de la musique classique. En ouverture de cette édition: Kyung-wha Chung, récemment de retour sur scène après douze années d’absence. Au programme également, Yuja Wang, András Schiff, Michael Tilson Thomas et Iván Fischer, qui dirigera une soirée entièrement dédiée à Wagner. Du côté des maestros, on trouve aussi Charles Dutoit, le directeur du festival, qui partagera l’affiche avec Paavo Järvi, Emmanuel Krivine ou encore Gabor Takács-Nagy. Le tout du 22 juillet au 7 août. VERBIER FESTIVAL Du 22 juillet au 7 août www.verbierfestival.com

PLEIN LES OREILLES Dix ans que Guitare en Scène réveille de ses riffs endiablés les environs du lac d’Annecy. Sur la scène du 14 au 17 juillet, déferlante de monuments et de célébrités : Carlos Santana, Joe Satriani, Steve Vai, Status Quo ou encore Twisted Sister. Sans oublier la partie off, tremplin pour artistes émergeants. GUITARE EN SCÈNE Du 14 au 17 juillet www.guitare-en-scene.com

MUSIQUES DE RUE Le Buskers Festival, festival de musiques de rue (« busk », en anglais, signifie « faire la manche »), frappe encore cette année, avec une édition haute en couleur! La zone piétonne de Neuchâtel accueillera, du 9 au 13 août, une quinzaine de groupes qui s’installeront à même le bitume pour se produire en acoustique. On se réjouit particulièrement de découvrir la chirimía colombienne de Rancho Aparte, la musique traditionnelle haïtienne de Chouk Bwa Libète, le cirque contemporain de CircoPitanga et la musique traditionnelle du sud de l’Italie d’Ars Nova Napoli. BUSKERS FESTIVAL NEUCHÂTEL Du 9 au 13 août – www.buskersfestival.ch

DU JAZZ DANS LE SUD Les places de Lugano et de Mendrisio se rempliront pour la 37e fois de passionnés venus admirer les performances en open air et totalement gratuites d’artistes venus des quatre coins du monde. Au programme de cette édition : du jazz (The Balkan Lovers, Final Step, Avishai Cohen Trio, Lisa Simone, Mike Stern & Bill Evans Band), du reggae (Julian Marley & The Uprising Band), des groupes a capella (Take 6, Neri per Caso), de la funk avec Nik West, la pop de Tony Hadley et de la musique latine orchestrée par La Mambanegra. De quoi satisfaire toutes les oreilles ! ESTIVAL JAZZ LUGANO Les 1er et 2 juillet à Mendrisio

et du 7 au 9 juillet à Lugano – www.estivaljazz.ch

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DÉCRYPTAGE

CHELSEA CLINTON, LE POUVOIR EN HÉRITAGE

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a lumière, la notoriété, Chelsea, seule enfant du couple Clinton, les a pourtant d’abord fuies des années durant, avant d’inverser finalement la vapeur. Et de décider de se servir de cette célébrité reçue en héritage, de l’utiliser au profit du clan Clinton, et plus particulièrement de sa mère, Hillary, candidate aux primaires pour la deuxième fois. Désormais mariée et devenue mère, Chelsea a décidé de ne plus être réduite à une image sans voix et de prendre la parole en entrant à son tour dans la danse. Sa manière à elle d’assumer finalement l’héritage, comme le lui avait conseillé sa grand-mère, qui lui avait enjoint, parce qu’étant une Clinton, de « faire plus de sa vie ». De transformer cet impossible anonymat en atout. Quand elle voit le jour en 1980 à Little Rock, Arkansas, cette petite ville rendue célèbre par Marilyn Monroe, qui chantait en duo avec Jane Russell « We’re just two little girls from Little Rock, we lived on the wrong size of the tracks », son père est

gouverneur d’A rkansas. Et sa mère, qui porte encore son nom de jeune fille, Rodham, est une avocate aux convictions féministes affirmées. A peine née, la petite Chelsea n’est pas une « nobody baby » : le lendemain de sa naissance, elle fait la « une du journal », racontera-t-elle au Vogue américain, avant d’ajouter : « Je ne me souviens pas d’un moment dans ma vie où les gens ne m’ont pas reconnue ou ne sont pas venus me dire pourquoi ils aimaient ou détestaient mon papa. » Quand « Papa » est élu président des Etats-Unis, elle a 12 ans. Douze ans, un âge difficile. L’âge auquel on est rarement bien dans sa peau. Même si ses parents ont expressément demandé aux journalistes de laisser leur fille unique tranquille, de respecter cette parcelle de leur vie privée, comme un territoire inviolable, l’ado, qui suit les cours de l’école Sidwell Friends, à Washington (également fréquentée des années plus tard par les filles Obama), bascule dans une autre vie. Malgré les efforts de ses parents pour l’élever le plus normalement possible, elle est plus

Elle a été une enfant de la balle politique qui s’est retrouvée prise sous le feu des projecteurs sans avoir rien demandé. Surexposée. Dévisagée.

Chelsea Clinton s’est retrouvée très tôt ballottée au gré des aléas politiques et même sentimentaux de ses parents peu ordinaires. Elle a eu la chance de grandir avant l’heure d’Internet mais, quels que soient les feintes ou les détours empruntés, sa vie a tout de même toujours été rythmée par les ambitions présidentielles de son père, puis de sa mère. Avant, qui sait, de porter un jour les siennes ? Par Anne Fulda

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que jamais sous surveillance. Surveillance des gardes du corps qui veillent sur elle, jour et nuit, et l’escortent même à l’école puis à l’université, où ils dorment dans une chambre non loin de son dortoir. Surveillance du monde entier. Des médias, en premier lieu, mais aussi de ceux qu’elle côtoie à l’école. Qu’elle croise dans la rue. Quoi qu’elle fasse, quoi qu’elle dise, Chelsea Clinton est désormais perçue avant tout comme la fille du président de la première puissance du monde. Une jeune fille à la fois proche et lointaine et dont on connaît toutes les étapes importantes de la vie. On l’aperçoit parfois sur un cliché, lors de déplacements officiels ou de vacances. On la découvre jeune fille aux longs cheveux frisotés, affublée comme beaucoup d’ado de son âge d’un appareil dentaire peu photogénique. On l’aperçoit, en jogging, en train de s’entraîner au soccer. Une ado comme les autres, au physique

un peu ingrat que ne manque pas de moquer l’éditorialiste ultra-conservateur Rush Limbaugh ou le sénateur républicain John McCain, qui, en 1998, questionne finement à son propos : « Pourquoi Chelsea Clinton est-elle si moche ? » (Il s’en excusera des années plus tard.) On a beau être protégée, c’est le genre de propos qui laissent des traces. Tout comme ce changement d’attitude évident, décelable au premier coup d’œil par tous ses interlocuteurs qui, du jour au lendemain, ne s’adressent plus à Chelsea, gamine de 12 ans, mais à la fille du président des Etats-Unis. Parmi ceux-là, il y a les courtisans, les intéressés, ceux qui font du billard à trois bandes, espérant toucher le père à travers la fille, ceux qui parlent avec une déférence exagérée ou une agressivité déplacée… Une école de la vie plus formatrice encore que toutes les écoles du monde.

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Face à un tel tsunami, il faut composer. Plusieurs options s’offrent : soit on s’évade, et on peut partir en vrille, soit on fait le dos rond, on s’adapte. Chelsea a choisi cette voie. Quitte à monter au front et à s’exposer en première ligne. A participer, plus ou moins volontairement, au grand jeu médiatique. Tout le monde se souvient ainsi, après le scandale mondial de l’affaire Monica Lewinsky, ce déballage indécent et impudique, de la photo de la jeune fille qui, tel un trait d’union bien fragile, tient par la main ses deux parents pour monter dans l’hélicoptère présidentiel pour les traditionnelles vacances familiales à Martha’s Vineyard. Chelsea, l’enfant unique, qui tente de recoller les morceaux d’un couple dont la vie privée a été livrée en pâture au monde entier… et tente de continuer son bonhomme de chemin comme si de rien n’était. Une image qui marquera les esprits. Après cet épisode malheureux, la jeune fille, brillante, forcément brillante, restera à nouveau dans l’ombre pendant de longues années. Suivant le cheminement naturel de tout « enfant de », elle tente d’abord de s’éloigner le plus possible de Washington, où son père a été réélu en 1996. Cela n’empêchera pas une foule de quelque 250 journalistes de l’accueillir lors de sa première rentrée universitaire

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Une ado comme les autres, au physique un peu ingrat que ne manque pas de moquer l’éditorialiste ultra-conservateur Rush Limbaugh ou le sénateur républicain John McCain à Stanford, en 1997... C’est ainsi et on ne peut rien y faire. Les médias sont les compagnons obligés de sa vie. Ils seront toujours là, omniprésents. Ils le sont également lors des 16 ans de la jeune fille, fêtés à Camp David. Ou lors


de son mariage avec son ami d’enfance Marc Mezvinsky (banquier d’investissement aujourd’hui à la tête de son propre hedge fund). Ils observent à la loupe et commentent ses premiers pas professionnels. Notent que la jeune fille veut montrer dans un premier temps son indépendance par rapport à ses parents en travaillant notamment six ans à Wall Street, dans la finance (au cabinet McKinsey, puis dans un fonds d’investissement), manière de tourner le dos aux préoccupations sociales affichées par Bill et Hillary Clinton. Ils raillent aussi son job de journaliste au statut doré sur tranche à la NBC, de 2011 à 2014. Ce n’est pas tout. Alors que les paparazzis se planquent devant son luxueux appartement sur Madison Square Park, l’annonce de sa première grossesse prend des allures d’affaire d’Etat. Et la naissance de sa fille, Charlotte, dont les grands-parents, attendris, postent sur Twitter des photos destinées à émouvoir la ménagère américaine moyenne, fait la une des journaux. Devenue adulte, la jeune femme a évolué. Elle n’a plus les mêmes préventions vis-à-vis de cette politique tellement chronophage. Finalement, tout bien pesé, et après avoir repris des études de troisième cycle en santé publique et s’être inscrite pour un doctorat en relations internationales, Chelsea a même rejoint le giron familial. Ainsi, depuis quelques mois, elle assume un rôle de plus en plus important au sein de la Hillary and Chelsea Clinton Foundation, sorte de méga ONG créée par le 42e président des Etats-Unis quand il a quitté la Maison-Blanche (elle oriente les donateurs vers des projets humanitaires et, chaque année, réunit les élites du monde politique et du business en marge de l’A ssemblée générale de l’ONU). Mieux, Chelsea Clinton – qui n’exclut pas d’entrer un jour, elle aussi, en politique – a décidé de s’investir dans la campagne des primaires en faveur de sa mère, avec qui elle a toujours affiché une complicité évidente. Fini le temps où elle fuyait les médias ! Très à l’aise sur les réseaux sociaux, elle s’en sert désormais avec maestria, préférant dévoiler elle-même les informations concernant sa vie privée que de les voir révélées contre son gré. Elle annonce ainsi sa grossesse lors d’une réunion publique pour sa mère, glissant au passage : « J’espère que je serai une aussi bonne mère pour mon enfant – et peut-être mes enfants – que ma mère le fut pour moi. » Au moment de la naissance de sa fille Charlotte, elle envoie un faire-part de naissance numérique sur Twitter : « Marc et moimême sommes pleins d’amour, d’admiration et de gratitude au moment où nous célébrons la naissance de notre fille, Charlotte Clinton Mezvinsky.» Drôle de retournement : à 35 ans, Chelsea Clinton apparaît à nouveau entre papa et maman, mais elle a choisi désormais de sortir de l’ombre. Ces derniers mois, elle a accordé des interviews à quelques magazines triés sur le volet et a participé à des talk-shows à la télé américaine. Un soudain besoin de reconnaissance ? Plutôt la preuve que la jeune femme a elle aussi été touchée, aspirée, par le virus de la politique. Pour l’instant, Chelsea continue de faire de la politique par procuration. A « agiter le drapeau » pour « Maman ». Comme lorsqu’elle avait 3 ans et qu’on lui avait demandé si elle serait un jour gouverneure « comme Papa ». Elle avait alors répondu : « Ben non, j’ai 3 ans, je suis là pour agiter le drapeau. » Il y a cependant fort à parier qu’un jour ce soient ses parents qui soient réquisitionnés pour faire le job pour leur fille adorée... —

Chelsea Clinton à un récital de ballet à la Washington School of Ballet à Washington, D.C.

Le président Bill Clinton (au centre) regarde le Super Bowl à la télévision le 31 janvier 1993 avec la gouverneure du Texas Ann Richards (à gauche) et le gouverneur de New York Mario Cuomo (à droite) dans le White House Theater. Chelsea Clinton est assise aux pieds de son père, tenant Socks, le chat de la famille.

Chelsea Clinton à l’Université de Stanford.

Enceinte, Chelsea Clinton reçoit son diplôme de doctorat à Oxford

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RENCONTRE 7E ART

ÉTOILE SOLAIRE Charlize Theron s’épanouit dans tous les rôles que la vie lui offre. Mère, actrice et femme engagée, à 40 ans,

Egérie de Dior depuis 2004, elle nous a bluffés sur le tournage de la dernière campagne publicitaire de l’eau de toilette J’adore.

© Parfums Christian Dior

Par Marliese Hubert

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omme actrice, je n’ai jamais eu autant de propositions ! Je crois que Hollywood commence à se rendre compte que les actrices ne meurent pas à 40 ans ! » s’exclame Charlize Theron, plus rayonnante que jamais. Sur le shooting de la campagne pour la nouvelle eau de toilette J’adore de Dior, l’actrice sud-africaine magnétise son entourage. Impossible de ne pas tomber sous son charme. D’autant plus que la star est d’humeur enjouée. « Ce qui me rend heureuse ? Un martini parfaitement dosé juste au bon moment de la journée, plaisante-t-elle. J’ai énormément de raisons d’être heureuse : j’ai un petit garçon et une petite fille magnifiques et un travail qui me permet de faire preuve de créativité. » On l’a vue récemment à l’affiche du Chasseur et la Reine des glaces, où elle a enfilé le costume de la maléfique reine Ravenna, mais il faudra attendre 2017 pour revoir la belle blonde sur le grand écran. Elle l’a toujours dit: sa vie privée passe en premier et ça ne risque pas de changer maintenant. Célibataire depuis sa séparation d’avec l’acteur et ami de longue date Sean Penn, l’actrice mène une vie paisible dans une villa de Los Angeles, entourée de ses enfants adoptifs – le petit Jackson, 4 ans, et la petite August, 1 an – et de sa mère, Gerda, qui ne la quitte jamais vraiment. « L’adoption est dans mon ADN, a-t-elle confié. Je suis fille unique et je me souviens que, dès l’âge de 8 ans, je voulais un petit frère ou une petite sœur. J’ai écrit une lettre à ma mère la priant qu’on

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1. Au dernier festival de Cannes. 2. Avec sa mère Gerda. 3. Avec son fils Jackson et Sean Penn. 3.

aille toutes les deux à l’orphelinat recueillir un enfant. » Un tendre souvenir d’une enfance qui le fut beaucoup moins.

UN DRAME LONGTEMPS TU Née en Afrique du Sud, Charlize grandit à la ferme dans une petite ville minière. Elle pratique la danse depuis qu’elle sait marcher et, à 12 ans, sa mère l’envoie étudier à la National School of the Arts de Johannesburg. Mais la situation à la maison se dégrade; son père sombre dans l’alcoolisme et devient de plus en plus violent. Un soir, alors qu’il menace de les tuer toutes les deux, sa mère saisit une arme à feu et abat le père de Charlize à bout portant. Aucune charge ne sera retenue contre elle, qui plaide la légitime défense. Pendant de longues années, Charlize préférera toutefois taire la vérité,

racontant que son père est décédé dans un accident de voiture. « Je ne voulais surtout pas que l’on me présente comme une victime d’abus physiques. Avec le temps, j’ai appris à assumer ma vie. Car ce drame n’a rien à voir avec la femme que je suis. On a tous des éraflures ou des coups de couteau, sur le corps ou à l’âme; ma balafre est juste plus difficile à cicatriser. »

DE LA FERME AFRICAINE AUX HÔTELS DE LUXE Repérée par un agent lors d’un concours de mannequinat, Charlize n’a que 16 ans lorsqu’elle s’envole pour Milan. « Je passais brusquement de la ferme africaine aux hôtels de luxe, avec des filles et des mecs sublimes autour de moi, se rappelle la star. Ce sont mes copines mannequins qui se sont chargées de mon éducation

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GRAND FORMAT

HOT & SPICY BY BETTINA RHEIMS

Novembre 1995, Paris, Petit déjeuner avec Monica Bellucci... 64


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Mars 1995, Los Angeles, Gina et Elisabeth s’embrassent...

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COVER STORY

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MAMIE GAGA ? Businesswoman accomplie, collectionneuse invétérée et icône de mode intemporelle, Iris Apfel surprend autant qu’elle fascine. A 94 ans, la tête bien sur les épaules, elle n’a rien perdu de son humour décapant. Par Andrea Machalova | Photos Gabriel de La Chapelle

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ling, cling, cling… c’est un doux cliquetis qui annonce l’arrivée d’Iris Apfel. Il ne s’agit pas du claquement de ses talons résonnant sur le sol – à 94 ans, la dame se cantonne aux semelles plates –, mais de celui de ses nombreux colliers et bracelets chinés aux quatre coins du monde et dont elle ne se sépare jamais. « A 11 ans, j’ai fait l’école buissonnière pour partir à la conquête de Manhattan. J’y ai découvert Greenwich Village, où j’ai acheté mon premier accessoire: une broche qu’un antiquaire m’a généreusement laissée pour 65 cents. » Sa passion pour la mode, éveillée dans les allées de la boutique de vêtements de sa mère, qui «avait le don d’accessoiriser n’importe quelle tenue», ne la quittera plus. Aujourd’hui, les costumes de la nonagénaire occupent les deux étages de son appartement sur Park Avenue, à Manhattan, dont les stores éternellement baissés protègent des rayons du soleil les précieuses étoffes.

« STAR GÉRIATRIQUE » En 2005, le Metropolitan Museum of Art de New York, dont l’exposition de la rentrée est subitement annulée quelques semaines avant le vernissage, décide de consacrer à Iris Apfel une rétrospective phénoménale, installée en un temps record. Rara Avis (Rare Bird) : The Irreverent Iris Apfel (Oiseau rare : l’irrévérente Iris Apfel) et son univers décalé sont un franc succès. Les tenues excentriques de la dame s’exposent aux quatre coins du musée dans une fabuleuse mise en scène, attirant la curiosité des plus grands couturiers, comme Carla Fendi, Giorgio Armani ou Karl Lagerfeld. Propulsée au rang de it girl, Iris Apfel avec ses lunettes hublots taille XXL fait la une des magazines, lorsqu’elle ne s’affiche pas au premier rang des plus grands défilés. Devenir icône de mode sur ses vieux jours, c’est pourtant bien la dernière chose dont Iris Apfel rêvait. « C’est juste arrivé en vieillissant. Mon mari et moi, on en riait souvent. Je ne fais rien différemment aujourd’hui de ce que je faisais il y a vingt ans. J’ai toujours eu une façon un peu décalée de m’habiller et une certaine obsession pour l’accessoire. Mais ce n’est pas non plus comme si j’avais inventé la pénicilline ! » s’étonne Iris Apfel, qui s’est récemment autoproclamée « star gériatrique ». En début d’année, c’est Le Bon Marché, à Paris, qui lui a consacré une exposition, à l’occasion de laquelle la maison a réédité plusieurs objets signa-

tures chers à la dame, tels un sac en laine de Mongolie, un nœud papillon géant, des lunettes de soleil démesurées, des colliers et des bracelets gigantesques, un mug et des cartes postales.

« NO TRENDS, NO RULES » Si Iris Apfel attire aujourd’hui autant qu’elle surprend, c’est bien pour son sens de la mode infaillible, jusque dans la démesure. Elle n’a aucun mal à associer une robe Dior haute couture avec des accessoires dénichés au marché aux puces, à accumuler des bracelets et des colliers imposants ou des tissus aux motifs diamétralement opposés. Admiratif, Ralph Lauren est allé jusqu’à saluer son incroyable liberté lors d’une soirée new-yorkaise. Son secret ? Iris Apfel ne suit aucune règle, comme elle s’amuse à le rappeler dans une publicité automobile dont elle est l’égérie. « On m’a dit une fois : « Tu n’es pas jolie et tu ne le seras jamais. Mais ce n’est pas grave. Tu as quelque chose de bien plus important: tu as du style », s’amuse à débiter Iris Apfel, telle une arme infaillible.

UNE VIE À MILLE À L’HEURE Avant sa carrière tardive de mannequin, Iris Apfel a vécu une tout autre vie. Née au sein d’une famille juive, elle épouse en 1948 Carl Apfel, l’amour de sa vie, avec qui elle restera mariée jusqu’en août 2015, date à laquelle la mort de son époux met fin à soixante-sept ans de vie commune. Le couple n’a pas d’enfants : «On ne peut pas tout faire. Je voulais une carrière. Et je voulais voyager», expliquet-elle. Leur bébé à eux sera leur entreprise de textile, Old World Weavers, spécialisée dans les étoffes rares, qu’ils fondent en 1950. Ensemble, ils parcourent le monde, l’Europe et l’A frique en particulier, à la recherche de tissus anciens, qu’ils reproduisent de retour aux Etats-Unis. Leur goût pour l’originalité leur attirera les clients les plus renommés, de l’actrice Greta Garbo à la Maison-Blanche, dont le couple est amené à repenser la décoration des bureaux à neuf reprises. Ils finissent par revendre la société en 1992, pour profiter d’une retraite bien méritée. Mais Iris Apfel ne s’est jamais vraiment arrêtée. Elle aurait en ce moment dix projets en cours, allant de la création d’une collection de chaussettes et de bijoux à l’écriture d’un nouveau livre. « Je bénis le Seigneur de pouvoir continuer à mon âge », clame-t-elle, ravie. Amen. —

« On m’a dit une fois : « Tu n’es pas jolie et tu ne le seras jamais. Mais ce n’est pas grave. Tu as quelque chose de bien plus important : tu as du style »

1921 Iris Barrel naît le 29 août dans le Queens (New York), dans une famille juive 1948 Elle épouse Carl Apfel, l’amour de sa vie, avec lequel elle vivra jusqu’à sa mort, en août 2015 1950 Ensemble, le couple fonde Old World Weavers, une entreprise de textile spécialisée dans les étoffes anciennes 1950 - 1992 Iris Apfel participe à plusieurs projets de rénovation de la MaisonBlanche 1992 Le couple revend l’entreprise au moment de partir à la retraite

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2005 Le Metropolitan Museum of Art de New York consacre une rétrospective à Iris Apfel, nommée Rara Avis (Rare Bird) : The Irreverent Iris Apfel 2014 Iris Apfel est la vedette d’un documentaire réalisé par Albert et David Maysles, appelé Iris. Il est présenté pour la première fois au Festival du film de New York 2016 Le Bon Marché Rive Gauche, à Paris, consacre une exposition à Iris Apfel autour de dix de ses tenues emblématiques 29 août 2016 Iris Apfel fêtera son 95e anniversaire


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DOSSIER SPÉCIAL

LA PHILANTHROPIE : DÉCRYPTAGE Autrefois, le périmètre de la philanthropie se limitait à celui de grandes œuvres incontournables telles que l’Unicef ou la Croix-Rouge. Aujourd’hui, ses contours sont devenus autrement plus complexes, avec des points d’entrée qui se multiplient à l’infini. Dans une certaine mesure, l’envie d’entreprendre est indissociable de l’esprit de la philanthropie. Au départ, il s’agit de définir un projet de vie et de le porter avec le même élan et la même logique de résultats qu’un entrepreneur qui se lance dans un projet d’entreprise. A cette nuance près que le parcours humain prime

cette fois sur le parcours professionnel. Par Jérôme Sicard

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L’ANALYSE DE DOMINIQUE BRUSTLEIN-BOBST Administratrice de sociétés – Consultante en projet de communication institutionnelle

BILL GATES, COFONDATEUR DE MICROSOFT AVEC PAUL ALLEN ET DE LA BILL & MELINDA GATES FOUNDATION AVEC SA FEMME. FORTUNE : 76 MILLIARDS DE DOLLARS.

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l’origine de chaque engagement philanthropique, on retrouve souvent des accrocs dans l’existence, des incidents plus ou moins graves qui ont suffisamment résonné pour donner envie de se redresser, et de se sublimer dans l’adversité. Il s’agit ni plus ni moins que de donner du sens à son existence, de lui apporter de nouveaux éclairages, de tendre vers des modèles. D ans les formules à l’emporte-pièce – et le terme s’y prête à merveille –, il y a le « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy. L’expression, passée à la postérité, s’est prêtée à de nombreuses variations. L’une d’entre elles est résumée magnifiquement par Warren Buf-

ANGELINA JOLIE, ACTRICE, RÉALISATRICE ET COFONDATRICE DE LA JOLIE-PITT FOUNDATION, AMBASSADRICE DE BONNE VOLONTÉ DE L’UNHCR. FORTUNE : NON COMMUNIQUÉE.

fett, qui est à la finance ce qu’Einstein fut à la physique. « Travailler plus pour donner plus » : voilà en quelques mots un portrait assez fidèle du personnage. Si les Jeux économiques existaient, Buffett remporterait la médaille de bronze dans la catégorie richesse. Aujourd’hui, il pèse environ 70 milliards de dollars, un peu moins que Carlos Slim ou Bill Gates, qui le devancent. Mais s’il est immensément riche, il est tout aussi généreux. Les sommes qu’il a investies dans des œuvres caritatives dépassent les 40 milliards de dollars. Avec cet argent, Warren Buffett – collectionnant les parts d’entreprises comme d’autres les images Panini – aurait pu s’acheter le Crédit Suisse ou Le Groupe

Richemont. Il a pourtant préféré en faire profiter les autres, et ce, dans les grandes largeurs. Mais Buffett n’est pas le premier capitaine d’industrie se piquant d’humanisme. Des géants comme Carnegie et Rockefeller ont ouvert la voie avant lui. En revanche, tout comme Bill Gates, Warren Buffett est l’un de ces entrepreneurs visionnaires qui ont décidé de donner à la philanthropie une envergure exceptionnelle. En 2006, voilà maintenant dix ans, Bill Gates, sa femme Melinda et Warren Buffett ont en effet initié auprès de leurs camarades milliardaires une vaste campagne baptisée « The Giving Pledge », que l’on pourrait traduire par ce joli slogan : « la promesse de don ». Autant dire

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HANSJÖRG WYSS, ENTREPRENEUR SUISSE (FONDATEUR DE SYNTHES), FONDATEUR DE LA WYSS FOUNDATION. FORTUNE : 6,1 MILLIARDS DE DOLLARS.

que celle-ci a été tenue au-delà de toute espérance. The Giving Pledge, club select s’il en est, accueille dans ses rangs des Ultra High Net Worth Individuals s’engageant à reverser 50% de leur fortune à des programmes caritatifs. En 2011, peu après le lancement officiel du programme, 69 milliardaires américains avaient déjà renvoyé leur bulletin d’inscription. A eux seuls, les 40 premiers signataires ont apporté quelque 125 milliards de dollars. Aujourd’hui, ils sont près de 150 membres et les encours se sont multipliés d’autant. Aux côtés de Bill Gates et de Warren Buffett, c’est le Who’s Who in Corporate America qui défile : Paul Allen, Elon Musk, Richard Branson, Larry Ellison, Pierre Omidyar, Mark Zuckerberg et quelques autres célébrités. Ils sont une centaine ; ils distribuent à des millions. Hier, les grands de ce monde se faisaient bâtir des pyramides. Aujourd’hui, ils construisent des cliniques, des hôpitaux, des universités, des laboratoires, des musées. «Pour nous, précise John Arnold

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MARK ZUCKERBERG, FONDATEUR ET PDG DE FACEBOOK ET COFONDATEUR DE LA CHAN ZUCKERBERG INITIATIVE AVEC SA FEMME. FORTUNE : 44,6 MILLIARDS DE DOLLARS.

– star des hedge funds reconverti très tôt en philanthrope –, les richesses que nous avons acquises ne sont pas une fin en soi, mais plutôt un levier que nous voulons actionner pour opérer des changements afin d’avoir un impact positif. » Pour élargir les perspectives et sortir du cercle de ces rares privilégiés, les EtatsUnis ont, dans l’ensemble, une pratique de la philanthropie très répandue. Selon les cabinets Wealth-X et Arton Capital, au cours de la seule année 2015, les dons enregistrés ont atteint 300 milliards de dollars, l’équivalent de la moitié du PIB suisse. « Les Etats-Unis ont une culture extraordinaire de ce qu’ils appellent le « give back », note Dominique BrustleinBobst. Ce sont pour eux des valeurs fondatrices profondément ancrées dans la société. Le modèle anglo-saxon est ainsi fait que le « community and service » est inculqué aux enfants dès leur plus jeune âge, à l’école. Il est intégré dans le parcours scolaire, puis dans le parcours universitaire. Il ne s’agit pas là de théorie ou de cours ma-

gistraux, mais bel et bien d’engagements concrets, de travaux effectués dans l’intérêt de la communauté. Doucement mais sûrement, cet esprit civique très avancé fait son chemin en Europe, et en Suisse, depuis quelque temps déjà. » Dans le domaine, la Suisse montre clairement l’exemple, autant dans les dons versés que dans les projets initiés. Le nombre de fondations ou d’associations d’utilité publique que recense la Confédération s’élève à 13'000 et il a doublé ces vingt dernières années. Actuellement, chaque jour voit la naissance d’une nouvelle institution de ce type. Les figures tutélaires ne manquent pas non plus. S’ils préfèrent se montrer plus discrets, les Wilsdorf, Sandoz, Hoffmann, Bertarelli, Wyss, Schmidheiny n’en poursuivent pas moins des efforts dignes d’éloges. Ils contribuent énormément au développement et au rayonnement de la philanthropie en Suisse. En partie grâce à eux, ce sont ainsi 70 milliards de francs que les fondations installées en Suisse ont


Hier, les grands de ce monde se faisaient bâtir des pyramides. Aujourd’hui, ils construisent des cliniques, des hôpitaux, des universités, des laboratoires, des musées.

WARREN BUFFETT, PDG DE BERKSHIRE HATHAWAY, COCRÉATEUR DE L’INITIATIVE THE GIVING PLEDGE AVEC BILL GATES. FORTUNE : 67,4 MILLIARDS DE DOLLARS.

à leur disposition pour leurs activités. « Il existe également dans notre pays une vraie tradition de la philanthropie, qui se perpétue de belle manière, ajoute la spécialiste. Je pense par exemple à l’immense Johann Pestalozzi, qui fut à la fois un pédagogue, un philanthrope et un réformateur. Je suis engagée par exemple dans le conseil de la fondation qui porte son nom, la Fondation Pestalozzi, qui vient en aide aux habitants des régions reculées de la Suisse. En cinquante ans, cette fondation a aidé 6'000 boursiers, elle a su leur offrir une scolarité, avec, pour beaucoup, un accès à l’enseignement supérieur. Il s’agit là d’une réalisation exceptionnelle. »

MANQUE DE MAIN D'ŒUVRE Cela dit, tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sur les 13'000 fondations que compte la Suisse, il en est malheureusement beaucoup qui tournent au ralenti. Pour que de très beaux projets aboutissent, ce ne sont pas tant les moyens financiers que les moyens humains qui

SERGEY BRIN, COFONDATEUR DE GOOGLE AVEC LARRY PAGE ET DE LA BRIN WOJCICKI FOUNDATION AVEC SON EX-FEMME. FORTUNE : 35,8 MILLIARDS DE DOLLARS.

sont nécessaires. Il est donc important de sensibiliser les donateurs autant à l’importance des sommes qu’ils veulent bien investir qu’aux usages qui leur sont ensuite attribués. La démonstration est d’ordre mathématique : plus les dons affluent, plus il faut de responsables, bénévoles ou non, pour les traiter et les administrer. « Cette professionnalisation de la philanthropie, ou tout du moins la mise en place d’outils professionnels, s’avère d’autant plus importante que les entreprises s’engagent de plus en plus. C’est une tendance très nette qui se dessine. Or, pour convaincre une entreprise et ses dirigeants de la qualité d’un projet philanthropique, il est préférable de garantir le soin et la rigueur avec lequel il sera mené. Plus encore que les particuliers, qui décident pour euxmêmes, les entreprises doivent en effet se justifier auprès des collaborateurs, des actionnaires et des médias. Mais que ce soit pour les individus ou les sociétés, il faut simplement souhaiter que chacun ait aussi envie d’accompagner ses dons. Quitte à

se faire conseiller par des professionnels, des départements spécialisés dans les banques ou des cabinets de conseil, pour garantir la pérennité de ses engagements.» En fin de compte, des visionnaires comme Gates et Buffett ont proposé bien plus que de se délester de leurs milliards. Ils ont entraîné le monde de la philanthropie dans une ère nouvelle. Au-delà de leur initiative individuelle, ils ont su mobiliser les ressources de leurs entreprises et fédérer leurs pairs sur des programmes imposants. Ils s’y sont employés avec la même exigence que celle qui leur a valu le succès dans les affaires. Au niveau de son fonctionnement et de ses schémas opérationnels, la Fondation Bill & Melinda Gates, dans laquelle plusieurs dizaines de milliards de dollars ont été injectés, n’a certainement rien à envier à Microsoft, la maison mère, avec l’appât du gain en moins. Les bénéfices perçus sont d’une tout autre nature et les Gates, Buffett et consorts ne doivent certainement pas les trouver moins enrichissants.

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L’INTERVIEW DE FIROZ LADAK Directeur Général des Fondations Edmond de Rothschild

Pour le grand public, le nom de Rothschild est synonyme de finance, de banque ou d’argent. En parallèle de ces activités, la célèbre famille est particulièrement attachée à œuvrer dans la philanthropie par l’intermédiaire d’une dizaine de fondations très efficaces. Interview Patrick Galan

E

n Suisse, le secteur des fondations est extrêmement développé, puisqu'à elles seules, elles rassemblent plus de 80 milliards de francs. Beaucoup de donateurs étrangers vivent ici et le pays abrite d’importantes fondations internationales. Dans les grandes dynasties familiales, l’objectif est souvent la transmission: il revient aux enfants et petits-enfants d’apporter leur contribution et de faire évoluer les valeurs véhiculées par ces institutions. Ce passage de témoin est également important pour une gouvernance solide, car il renforce les relations entre les membres autour de thèmes fédérateurs, sans autre enjeu que la volonté d’aider; il constitue ainsi un bon moyen d’assurer la pérennité familiale. La famille de Rothschild est impliquée de longue date dans cette «transmission d’héritage». Pour mieux connaître cet univers un peu mystérieux, nous avons interrogé Firoz Ladak, directeur général des Fondations Edmond de Rothschild. Monsieur Ladak, comment peut-on définir une fondation philanthropique ? Les Fondations Edmond de Rothschild

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regroupent dix fondations historiques d’intérêt général créées par différents membres de la famille, la plus ancienne remontant, en Suisse, à plus de cent ans. C’est un réseau philanthropique international actif dans les domaines de l’art, de l’entrepreneuriat et de la santé et, plus récemment, dans le partage des bonnes pratiques philanthropiques, qui gère plus de 100 programmes dans une vingtaine de pays. Aujourd’hui, nous évoluons d’un modèle caritatif de dons sans véritable évaluation vers une philanthropie stratégique à la pointe de l’engagement et de l’impact. N’était-il pas possible de regrouper toutes ces fondations ? Ces fondations sont installées en Suisse, en France, en Espagne, en Israël et à New York. Hormis ces pays, elles agissent également en Asie du Sud et en Afrique. Elles ont toutes des organes distincts et sont présidées par Benjamin et/ou Ariane de Rothschild. Comme dans une entreprise, nous construisons un mode de gouvernance professionnel et faisons appel à des experts ainsi qu’à des personnes du terrain. Depuis Genève, nous les gérons telle une holding familiale.

En quoi ces fondations sont-elles différentes du mécénat ou des fondations d’entreprise ? Nos fondations ne sont pas alimentées par le groupe financier Edmond de Rothschild. Elles sont indépendantes et font partie exclusivement de l’univers familial, ce qui les distingue des fondations d’entreprise. La notion de mécénat est souvent apparentée à une forme classique du don, sans qu’on cherche réellement à en valoriser l’impact ou le retour sur engagement. Le seul mécénat que nous pratiquons encore consiste à soutenir des institutions culturelles comme le Musée du Louvre à Paris, avec lequel la famille de Rothschild entretient une relation historique. Notre philanthropie aujourd’hui se positionne sur l’identification de solutions aux défis sociétaux. C’est avant tout un laboratoire d’idées où, avec nos spécialistes, nous tentons de construire des modèles pérennes qui répondent à nos objectifs. Il y a trois grandes valeurs qui définissent nos fondations: l’engagement citoyen, l’inclusion, qu’elle soit sociale, culturelle ou religieuse, et, enfin, la notion de passerelle qui nous distingue.


nous avons décidé de nouer un partenariat stratégique avec l’Université de Genève pour accompagner la création d’une chaire dans le même domaine, mais avec un positionnement distinct. Il est normal que Genève ait sa propre chaire en philanthropie, compte tenu notamment de ses activités humanitaires et internationales, mais également de l’essor qu’elle connaît dans l’impact investing.

Plus précisément… ? Malheureusement pas encore assez en Suisse, mais certainement en Angleterre, aux Etats-Unis ou en France, les philanthropes d’aujourd’hui sont des personnes qui non seulement travaillent sur des projets de manière entrepreneuriale, mais établissent aussi des collaborations entre fondations et avec d’autres segments de la société, par exemple l’univers de l’entreprise, les institutions publiques et la société civile. Nous sommes convaincus par la force d’une approche partenariale et d’un échange des pratiques philanthropiques. L’une de nos missions est ainsi de partager notre expérience et nos défis. Je citerai par exemple l’Ecole de la Philanthropie, que nous avons créée en France au sein de l’école publique, offrant un véritable programme afin que nos enfants deviennent des citoyens engagés. Cette initiative se développe en partenariat avec le ministère de l’Education nationale et rallie aujourd’hui d’autres fondations. De même, l’ERFIP (EmpoweRing Families for Innovative Philanthropy) est une plate-forme d’échange de pratiques philanthropiques, que nous avons initiée en 2013 à Genève et qui réunit familles et

professionnels de la philanthropie issus des pays émergents. Elle propose ainsi une voix nouvelle pour la philanthropie du Sud. Parlez-nous de votre soutien à l’EPFL de Lausanne dans le cadre des MOOCs (Massive Open Online Courses), cours en ligne gratuits, proposés en Afrique francophone. Nous soutenons un projet ambitieux auprès de l’EPFL et de l’Agence suisse pour le développement et la coopération, portant sur le développement des MOOCs et destiné à la formation d’ingénieurs et d’entrepreneurs en Afrique. Les MOOCs constituent une véritable révolution car ils démocratisent l’accès à l’éducation en offrant à des milliers d’étudiants connaissances, compétences et réseaux à titre gratuit. Il paraît que vous avez également des projets à Genève ? Tout à fait exact. Notre siège est à Genève, la famille de Rothschild réside à Genève et il est normal que nous soyons actifs dans notre ville. Ainsi, après notre association avec la Chaire Philanthropie de l’ESSEC Business School à Paris,

Que pensez-vous des fondations américaines qui disposent de budgets démesurés ? En tant que réseau de fondations, nous avons la chance d’être aussi présent à New York, ce qui nous permet de bien comprendre le fonctionnement de ces fondations. A mes yeux, c’est dans la tradition des Américains de s’engager tôt. Il y a là une dimension culturelle et historique, mais le rôle important de la philanthropie privée s’explique aussi par la faiblesse de l’Etat comme pourvoyeur du bien social par rapport aux pays européens. Et, enfin, il ne faut pas oublier la dimension fiscale, qui y est très encourageante. Par contre, si les fondations américaines, riches et puissantes, sont très généreuses, elles fonctionnent trop en autarcie sans créer de véritables passerelles avec le secteur public ou le business, ce qui est justement le modèle Rothschild ! N’existe-t-il pas une forme de compétition entre les entreprises philanthropiques ? Vous avez raison, beaucoup de philanthropes possèdent un gros ego et considèrent qu’ils détiennent une solution unique! Au sein des Fondations Edmond de Rothschild, nous cherchons au contraire à signer des coopérations, à créer des associations, pour obtenir plus d’impact et changer d’échelle. Plus qu’une question d’argent, nous misons davantage sur l’efficacité. C’est une émulation constante qui nous pousse à aller plus loin dans nos objectifs et nos résultats. —

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GROSSES CYLINDRÉES

LA PASSION AUTOMOBILE SELON

CHOPARD

Le Grand Prix de Monaco historique, c’est d’abord une histoire de passion. Organisé en 1997 pour célébrer le 700e

anniversaire du règne de la dynastie Grimaldi,

cet événement, le plus prestigieux de toutes les courses de voitures d’époque, attire des collectionneurs et des passionnés du monde entier, qui souhaitent en découdre dans une épreuve extrêmement disputée. Retour sur un week-end fort en émotion, où la maison Chopard officie en tant que chronométreur officiel et sponsor de la compétition. Par Stéphane Léchine et Siphra Moine-Woerlen

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Brendon Hartley, Romain Dumas, Karl-Friedrich Scheufele, Jacky Ickx, Mark Webber

E

ntendre rugir le moteur, sentir vibrer l’asphalte sous ses pieds, admirer les courbes vertigineuses de ces voitures vieilles de plusieurs générations… ajoutez à cela l’atmosphère des lieux et vous obtenez des milliers de spectateurs qui constellent les tribunes de la Principauté. Plus élégant et bien moins bling-bling que la Formule 1, le Grand Prix historique a su capitaliser, en vingt ans, un public de fidèles. Ce week-end-là à Monaco, il n’est pas question d’âge, et encore moins de frontières : au cœur des paddocks, on déambule en connaisseurs, on traîne sur les stands pour mieux observer ces voitures datant d’un autre siècle, que leurs propriétaires ont passé des semaines à assembler, démonter, réparer, régler pour les préparer à cette épreuve.

LE DOUX BRUIT DU MOTEUR Avec sa clé de 16, Franck Trouillard bichonne sa Bugatti Type 39 A bleu ciel. Ce pilote amateur avale l’asphalte de la Principauté pour la deuxième fois, avec toujours des yeux de gosse quand il regarde autour de lui. « Je ne cours pas ici pour gagner, mais pour

Brendon Hartley et Jacky Ickx

me faire plaisir. Quand il y a quelqu’un de plus rapide, il faut être gentleman et le laisser passer ! » s’amuse le quinquagénaire. Eh oui, hors de question pour ce propriétaire de rayer la carrosserie de son bolide, dans le giron familial depuis quatre générations ! « Aujourd’hui, cette voiture a bien plus de valeur que lors de ses premiers essais pour Bugatti en 1926… » Mais ce que Franck Trouillard aime avant tout, « c’est le bruit de cet équilibre entre puissance, poids et légèreté »…

L’HOMMAGE DE CHOPARD À UNE COURSE EXCEPTIONNELLE On continue à déambuler entre les stands, mais c’est bientôt l’heure de la parade des pilotes Chopard. Jacky Ickx, Mark Webber, Brendon Hartley et Romain Dumas, amis de la marque, ouvrent la piste au volant de leurs monoplaces. Le soleil nous accompagne; l’excitation est à son comble. On en profite pour échanger quelques mots avec Karl-Friedrich Scheufele, coprésident de Chopard, qui nous présente les nouveaux garde-temps de cette cuvée 2016, une édition limitée qui rend hommage à ce célèbre Grand Prix. « A l’image des voitures

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TOUTE UNE HISTOIRE

48 H AU PAYS...

Henke kelner, maĂŽtre des lieux et Master Blender en discussion avec un journaliste

Lever de soleil sur Santiago, avec les feuilles de tabac en toile de fond

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Wiber Ventura, du Team Blender.


Incontournable en République dominicaine, la

fabrication d’un bon cigare est tout à fait comparable à celle d’un bon vin, dont la qualité dépend du cépage, de la

nature du sol, des soins prodigués au vignoble, des procédés de fermentation, de l’habileté du vigneron et des conditions climatiques. Et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce pays est le premier producteur de cigares devant Cuba, malgré le fait que la plupart des cigares portent un nom cubain. Par Siphra Moine-Woerlen et Patrick Galan

DU CIGARE SUISSE !

L’

histoire de la République dominicaine est un kaléidoscope d’images où défilent des esclaves, des Indiens, des pirates, des galions et des trésors. Première destination touristique des Caraïbes devant Cuba, ce pays est aussi le premier cultivateur de tabac premium et le premier fabricant de cigares au monde. Située dans la vallée magique du Cibao et fondée par 30 chevaliers en rupture avec la couronne royale espagnole, Santiago de los Caballeros, deuxième ville et centre industriel du pays, est la capitale mondiale du cigare. « Inventé » par les Indiens Taïnos, ce dernier fut rapidement adopté par les colonisateurs espagnols, qui en perfectionnèrent la fabrication au XVIIe siècle pour en faire le produit de luxe apprécié aujourd’hui. Depuis quelques dizaines d’années, les gouvernements

successifs ont déclaré l’industrie du tabac « domaine d’activité public ». Par une série de lois et de programmes, ils ont facilité l’installation d’entreprises de tabaculture en créant des zones franches, véritables opportunités pour l’importation, la production et l’exportation. Le pays est aujourd’hui le premier producteur et exportateur de cigares « faits main » ou « hechos a mano . Chaques année, environ 600 millions de cigares, dont 250 millions de cigares « premium », sont produits chaque année dans un secteur qui fait vivre plus de 150'000 personnes (dont plus de 50% sont des femmes) et assure pas moin de 350'000 emplois indirects. Cette production se concentre dans la région agricole du Cibao, dans le nord-ouest du pays, une célèbre vallée verdoyante enserrée entre deux chaînes montagneuses. C’est le berceau des meilleures récoltes des deux

grandes variétés de tabac cultivées dans l’île : l’Olor Dominicano, tabac dominicain classique, et le Piloto Cubano, originaire de Cuba. Ce qui frappe le plus en visitant une fabrique dominicaine, c’est l’organisation et l’efficacité qui y règnent. Dans les grandes « tabacaleras » installées dans les zones franches ou dans celles des grandes marques comme Arturo Fuente ou Davidoff, on est face à une véritable organisation du travail, bien loin de la sympathique désinvolture que l’on trouve à Cuba. La production est planifiée, les tâches de chacun sont précises et immuables et les objectifs sont tenus. Dans les fabriques, chaque département a son importance : la préparation du tabac, la fabrication des cigares, leur contrôle, leur présentation (bagues, mise en boîtes, sceaux, etc.) et la garde dans des chambres en cèdre.

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EN VOGUE

Elle règne en maîtresse sur la cité ; la rue est son terrain de jeu. Elle y revendique ses droits avec une élégance et une allure folles. Acompagnée d’un complice d’un jour, elle est parée pour conquérir le monde.

UFFRAGE UNIVERSEL Réalisation Christian Biyiha Assisté de Gaëlle Novak | Photographe Sacha Rovinski

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LUI Pantalon Brioni, veste Harmony ELLE Poncho et ceinture Manish Arora, combinaison pantalon Norma Kamali, solaires Etnia Barcelona

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LUI Chemise Chanel, trench Alex Mullins ELLE Top Manish Arora, jupe Sina Noori, gants Causse, chaussures Jimmy Choo


Chapeaux Vivienne Westwood, collier Sylvia Toledano, polo, pantalon et parka Lacoste, bracelet PhylĂŠa 135


FOCUS DES EXTRÊMES

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AU TAQUET, LES VIEUX ! En 2009, la photographe américaine Kendrick Brinson découvre Sun City, une ville

communautaire réservée aux seniors. Construite au début des années 1960 dans l’Etat de l’Arizona, aux Etats-Unis, elle compte aujourd’hui plus de 40'000 résidents, dont la moyenne d’âge gravite autour de 75 ans. Pas le temps de se plaindre de son état de santé, ici, on vit à 100 à l’heure ! Par Andrea Machalova | Photos Kendrick Brinson

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Relais nage libre dans le cadre des Jeux olympiques pour seniors d’Arizona, au Bell Recreation Center, à Sun City.

Cours d’aquagym pour personnes âgées.

Les membres du Sun City Aqua Suns, une équipe de nageuses synchronisées, attendent leur tour pour présenter leur numéro à l’occasion des fêtes de fin d’année. 116


Les membres du Sun City Aqua Suns s’apprêtent à se jeter à l’eau dans le cadre des célébrations Holiday Around the World à Sun City.

I

mmortels, tel est l’adjectif qui qualifierait le mieux les personnes peuplant les photographies de Kendrick Brinson. Ils ont entre 60 et 90 ans, une vie derrière eux, remplie d’enfants et de petits-enfants, mais pas question de vivre de leurs souvenirs. S’ils ont choisi de s’établir à Sun City, ce n’est pas pour passer leurs journées à remplir des grilles de mots croisés ou à regarder la télé, mais pour continuer à vivre, et ce, jusqu’au dernier souffle. « Il n’y a pas de raison pour qu’on ne puisse pas devenir

cheerleader à 75 ans ! s’enthousiasme Kendrick Brinson, qui a passé des semaines entières à sillonner les allées ensoleillées de Sun City. Ils sont tous sur Facebook et certains tiennent même des blogs ! » C’est par pur hasard, au détour d’une scène du film La Famille Savage, que la photographe, âgée alors de 26 ans, découvre cette ville pas comme les autres. « C’était comme un électrochoc, se souvient-elle. J’ai été tellement captivée par les palmiers, les cactus et les voitures sorties tout droit des années 1960 que je n’ai

pas pu continuer à regarder le film. Il me fallait trouver le nom de cet endroit et m’y rendre pour prendre des photos. »

EXIT HÔPITAUX ET CHAISES ROULANTES Sur place, elle découvre une ville de 40'000 habitants, qui a poussé là, en plein milieu du désert de l’A rizona, au début des années soixante. Sun City est la première ville communautaire destinée aux personnes âgées. Depuis, le concept a séduit et des cités semblables sont apparues de par le monde. Rangés en de parfaits

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Jerry Zwack, 62 ans, s’est fabriqué un canapé motorisé qu’il conduit à travers Sun City parce que sa femme ne supportait plus qu’il passe ses journées enfermé et affalé sur le canapé. A ce jour, il a parcouru plus de 5'000 kilomètres avec son canapé roulant.

Chaque année, la Desert Episcopal Church organise une journée de baptèmes pour les animaux de compagnie de leurs fidèles croyants. Une cérémonie à laquelle les compagnons poilus n’ont pas tellement envie d’assister. 122


Pour promener ses chiens Jewel et Buster, Robert Johnson emprunte son caddie de golf...

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DESTINATION

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L’ARIZONA COMME AU CINÉMA Terre des grands espaces, l’Arizona nous rappelle les histoires du Far West sauvage… Selon que vous vous sentirez Indien ou cow-boy, votre vision sera différente, mais jamais indifférente ! Et si la dure réalité du métier de vacher ne vous attire pas, vous pourrez choisir de couler des jours heureux à Phoenix, nouvel eldorado des retraités attirés par la douceur de vivre et le climat. Reportage Michèle Lasseur

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PAYSAGES EN CINÉMASCOPE Le metteur en scène John Ford, assisté de son ami John Wayne, fit connaître l’A rizona, pour la plus grande gloire de l’Ouest... et du western. Dans ces paysages en cinémascope, on replonge aisément dans les livres de Mark Twain. On pense à ces pionniers qui ont découvert cet « Ouest lointain »… Les signaux de fumée s’élèvent du sommet des montagnes. Une malle-poste tirée par six chevaux s’ébranle. Le cocher est assis les rênes à la main. Derrière la diligence suit une escorte de dix cavaliers. Et, inévitablement, des guerriers apaches au torse nu s’approchent. Changement d’époque. Si on tournait à gauche, on serait bientôt devant une table de casino. Les Indiens ont le monopole. Mais on va à droite, direction Tucson (prononcez « Tussan ») et le White Stallion Ranch.

WHITE STALLION RANCH Pour se sentir comme un héro de western dans des lieux exaltants, mieux vaut avoir un cheval. Or l’A rizona occupe une position centrale et héberge des ranches. Russel, 50 ans, exploite avec sa femme et ses deux fils un vaste domaine de 250'000 acres (80'000 hectares) au bord du Parc national de Saguaro. Elégant dans son ample chemise western à carreaux et ses bottes en cuir, il porte un accessoire indispensable: le Stetson, signe distinctif du cow-boy, vissé sur la tête. Perdre son feutre dans un galop constituerait le comble de l’inexpérience et du ridicule, nous at-on prévenu. Russel a les yeux gris, les cheveux châtains et s’il n’avait été « ranger » de naissance, il aurait tourné dans les films de John Ford. Il supervise cette entreprise familiale à la tête de 15 employés, 1'000 vaches noires Angus et leurs veaux, 80 chevaux et 4 chiens de berger. Le White Stallion Ranch est dédié à

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l’élevage des veaux, mais il reçoit aussi des hôtes, le temps de courtes vacances. Pour tenter, avec plus ou moins de bonheur, de vivre la vie supposée du cow-boy: promenades à cheval, bivouac, feux de camp et démonstration de lasso au son de rythmes country...

AU PROGRAMME DES VACANCIERS, LE CATTLE DRIVE Vous cherchiez le dépaysement sur les traces des héros de votre enfance ? Vous voilà servi ! Le dos calé sur une selle à dosseret, rênes dans la main gauche, main droite posée sur le lasso… et Stetson incommode vissé jusqu’aux oreilles, pour ne pas risquer de le perdre! Vos bottes texanes sont enfournées dans des étriers si larges que vous n’arrivez plus à baisser le talon, ainsi que vous l’aviez appris au club hippique. « Hey, Bob, mon lasso, l’ai-je bien lancé ? » Les apprentis cow-boys requièrent l’approbation du chef « wrangler ». Marc est Français et pharmacien; il savoure ce western sur grand écran naturel, à l’occasion de son premier voyage aux Etats-Unis. Très caricature du « Frenchie » à l’usage des Américains, à la veillée, il accompagne Jim qui joue du banjo en battant des


mains. Mais pendant la randonnée du jour, il a perdu sa superbe, il grimace et couine au rythme de sa monture, au point qu’il finit par avouer sa piètre expérience: cinq promenades au pas dans la forêt de Fontainebleau, plus quatre allers-retours Paris-Nice sur la large selle de sa Harley-Davidson « customisée »… ! Les transhumances dans les grands espaces ont fondé une grande partie des mythes de l’Ouest des pionniers et cette tradition perdure. Le « cattle drive » consiste à conduire un troupeau de vaches du ranch vers des pâturages semés de fleurs d’été, avec l’aide de plusieurs cow-boys. Poussière, meuglements, courses après les récalcitrants, rapatriement continuel des couples vache-veau : jouer au cow-boy n’est pas une sinécure ! Les vaches sont en majorité des Angus noires, race dont la viande est très prisée par les amateurs de grillades et barbecues. Dépourvues de cornes, elles sont peu agressives, mais moins placides que les normandes ou les charolaises de nos campagnes… Musclées et véloces, elles peuvent s’adonner à la course sans retenue. Marc, taciturne, ne parle que pour grommeler ou vitupérer ces « fucking calves ». Mais ces brèves chevauchées à la poursuite du veau sont aussi prétexte à de fantastiques et solitaires moments de bonheur, pour vous et votre monture… Parfois jusqu’à oublier, dans le confort trompeur d’un galop débridé, l’odeur tenace de la poussière et de la bouse… Le soleil vient de disparaître derrière les créneaux rouges du Devil’s Peak, le bien nommé pic du Diable, et après cette journée harassante, tous vos membres sont douloureux… On attend le moment où on va poser pied à terre, un pied qui va se dérober ! Vous payez 250 dollars pour cette journée d’épreuves initiatiques et vous vous interrogez sur le bien-fondé de cette dernière lubie... Vous pourrez au moins, au retour, raconter à vos copains de Genève que vous avez rencontré les derniers cow-boys !

SAFARI EN JEEP DANS LES CANYONS DE SEDONA ET D’OAK CREEK AVEC UN « NATIVE AMERICAN » Colonnes, pitons, ravines prennent, selon la lumière, toutes les teintes de l’ocre au rouge en passant par l’orange. Nous sommes au cœur du Red Rock Country, comme piégés à l’intérieur d’un film en technicolor. Les chemins de rocaille rouge ne sont accessibles qu’en jeep tout-terrain, mais les emplacements des principaux vortex d’énergie (une loi d’attraction répondant à des vibrations) figurent sur la carte en gras – afin qu’à peine arrivé,

on puisse se régénérer grâce aux ondes bienfaitrices de la terre. Direction le vortex d’Oak Creek en compagnie du guérisseur chamanique George Sanchez, de son vrai nom Red Crow. George arbore une boucle de ceinture en argent ouvragé sertie de turquoises et, comme tous ses frères indiens, il a l’obsession d’une harmonie universelle entre son peuple et la nature. Le malheur, la maladie du corps ou de l’esprit ne sont que des manifestations d’un dérèglement de cette harmonie. Les yeux fermés, il déclame un court poème incantatoire qui pourrait se traduire par «bonheur, santé, beauté et amour de la terre». Puis il disperse la fumée d’une branche de genévrier dans l’air sec du désert. La « voie de la beauté », préoccupation majeure des Indiens, qui l’invoquent en toute prière ou bénédiction, a ses règles. Et la remise en état de vos chakras (les centres énergétiques de votre corps) reste l’affaire de spécialistes ! En échange, bien sûr, de quelques espèces sonnantes et trébuchantes.

TALIESIN WEST : LA RÉSIDENCE-FONDATION, EN PLEIN DÉSERT, DE FRANK LLOYD WRIGHT En bordure du désert de Sonora, domicile des cactus géants Saguaro, Phoenix, eldorado des retraités, garantit 330 jours de soleil par an. A côté, dans la banlieue chic de Scottsdale, les semaines et les mois s’écoulent paisiblement entre terrains de golf, piscines, splendides jardins et galeries d’art. L’une de ses attractions principales a pour nom Taliesin West, la résidencefondation de Frank Lloyd Wright, architecte du Guggenheim Museum de New York, sise en plein désert. Beaucoup se sont rêvés architectes à Taliesin West, «front doré» en gallois… Son isolement n’est plus qu’un souvenir, car Scottsdale a dévoré le désert. FLW avait déjà 80 ans quand il s’est lancé dans cette aventure. Il y a vécu, travaillé et enseigné jusqu’à sa mort, en 1959. La

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Magazine Trajectoire N°115  
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