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Genève – Lausanne – Gstaad –

Dossier spécial

FEMMES DE TALENT Jean-Paul Gaultier La femme sublimée

Où buller  cet été ?

Berlusconi Bouffon tragique

Passion

ou ennui ?

Été 2013 N°103 | CHF 6.– 103

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SOMMAIRE Été 2013

1

Repérer...

24 WHAT’S UP ROMANDIE ? Les dernières news du luxe.

28 NEXT IN THE WORLD

Le tour du monde en 80 secondes !

30 FESTIVALS Têtes d’affiche.

103 DESIGN

Figures phares du design au féminin.

146 UNE VILLE, UN COUP DE CŒUR Lisbonne, la sincère méridionale.

2

Rencontrer...

36 NICOLE KIDMAN

Portrait d’une grande (!) femme.

46 COVER

Gaultier ou l’homme qui aime les femmes.

54 STEPHEN URQUHART Omega : de la Terre à la Lune.

64 CATIA HOFMANN De fille en aiguille.

80

Dossier spécial 14 Femmes de talent.


SOMMAIRE Été 2013

3

(s’) Offrir...

44 LITTÉRATURE

Nos trois coups de cœur littéraires.

58 HORLOGERIE Heure d’été.

110 AUTOMOBILE

Zoom sur la gamme Classe E.

130 BEAUTÉ

Sensible ou addict ?

144 VIN

Les rosés des romands !

4

Découvrir...

40 PSYCHOLOGIE

La passion amoureuse au rayon X.

68 MODE

La french touch de Vanessa Bruno.

119 ON AIME… OU PAS ? A vous de choisir !

136 OÙ BULLER CET ÉTÉ ? … ou le guide de survie !

150 DESTINATION

Islande, terre de feu et de glace.

Gagnants du concours BVLGARI Parfums : Marina Leroy (Genève)

Jean Claude Crausaz (Genève) Sylvain Carnal (Vevey) Radka Jilvoka (Montreux) Annick Clottu (Plan-les-Ouates) Luis Filgueira (Genève) Philippe Staehlin (Féchy) Alain Delucinge (Orcier – France) Nelly Coderey (Lausanne) Anne Zbinden (Genève)


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Voir rouge Texte Marie-Carine Favre

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FESTIVALS Texte Saskia Galitch

À suivre absolument... Le Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel se déroulera du 5 au 13 juillet 2013. A noter un hommage à Larry Cohen, réalisateur et scénariste culte.

L’HiStoire en musique 1967 – pour sa première édition, le festival de jazz de Montreux accueille Charles Lloyd, seule et unique star internationale. 2013. Pour sa 47ème édition, le festival de jazz de Montreux accueille Charles Lloyd, saxophoniste de légende, plus créatif que jamais. Seul maître à bord de son monde musical, Sir Charles revient là avec Sangam, un trio qui lui va comme une âme. Les fidèles Zakir Hussain et Eric Harland, percussionnistes hors pair, permettent au saxophone de Charles Lloyd de réussir parfaitement la confluence des univers musicaux qu’il chante depuis toujours, aux confins du souffle, de la passion et de la sérénité. CHarles lloyd

Montreux Jazz Festival, le 7 juillet www.montreuxjazz.com

La règLe de trois Vous aimez Hélène Grimaud ? Vous allez adorer le Menuhin Festival Gstaad 2013 ! De fait, au bénéfice d’une carte blanche, l’élégante, superbe et charismatique pianiste française, qui ne fait jamais dans la demi-mesure, fidèle à la musique comme à son amour des loups, illuminera trois (très grandes) soirées. Au programme ? Des pièces de Bach, de Beethoven et de Britten, le 18 juillet. Puis du Mozart, du Liszt ou du Bartók, le 20 juillet. Et finalement, des partitions signées Martin, Bach ou le très surprenant ukrainien Valentin Silvestrov le 22 juillet. Hélène Grimaud,

Menuhin Festival Gstaad, les 18, 20 et 22 juillet www.menuhinfestivalgstaad.ch

SouS le charme Virtuose, fougueuse mais d’une sensibilité à fleur de peau et parfaitement ouverte à tous les styles de musique: la violoniste néerlandaise Janine Jansen est décidément un véritable enchantement. Ce qu’on pourra d’ailleurs constater à Verbier puisque la lumineuse jeune femme, au sommet de son art, y jouera les 30 et 31 juillet puis les 1er et 4 août. Elle interprétera du Bach, du Mozart, du Bartók ou du Ravel, ainsi que du Poulenc et du Brahms. Et du Richard Dubugnon, compositeur lausannois qu’elle adore et à qui elle a commandé des « miniatures » parfaitement magnifiques – que l’on retrouve d’ailleurs sur le très bel album Beau Soir. Janine Jansen Verbier Festival & Academy, les 30 et 31 juillet, 1er et 4, août

030

www.verbierfestival.com

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Nicole crĂŠa

Kidman Texte Siphra Moine-Woerlen et Mathilde Binetruy Photo Brian Smith


L

e temps semble ne pas avoir de prise sur elle. A 45 ans, l’actrice et productrice australienne Nicole Kidman est toujours aussi sublime et impeccable jusque dans les moindres détails. Sur son visage au teint de porcelaine, le sourire est chaleureux et le regard profond. Une sérénité affichée qui va de pair avec une conscience professionnelle aiguë : « J’ai commencé à travailler à l’âge de 14 ans », dit-elle sans amertume. « Quand on travaille dans l’industrie du film dès l’enfance, on apprend à être à l’heure. On m’y a inculqué une très forte éthique incluant la ponctualité, que j’ai toujours perçue comme étant un signe de respect envers les autres. » On lui reproche ses apparitions furtives en public ? Elle répond hygiène de vie : « Vous devez comprendre que je me couche généralement à 21h30. » Cette rigueur et cette force de caractère, elle les tire vraisemblablement de la vie elle-même : à 17 ans, alors que sa mère était atteinte d’un cancer, elle n’avait pas hésité à interrompre ses études de théâtre et à travailler pour subvenir aux besoins de la famille, avant de reprendre les cours et d’embrasser la carrière brillante qu’on lui connaît. Une gageure quand on sait sa timidité naturelle, ancrée en elle depuis l’enfance.

« Ma passion pour le 7ème art ne m’empêche pas d’accorder beaucoup d’importance à mon rôle de mère »

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Sa passion pour le 7ème art ne l’empêche pas pour autant d’accorder beaucoup d’importance à son rôle de mère, en consacrant du temps à ses filles Sunday Rose (5 ans) et Faith Margaret (3 ans), nées de son union avec le chanteur de country Keith Urban. « Quand j’ai eu Sunday, j’ai fait une longue pause dans mon emploi du temps, pensant même que ma carrière serait terminée », confie-t-elle, avant de saluer avec émotion le soutien sans faille de sa mère et de son mari, grâce auxquels elle a repris les tournages. « Ce sont eux qui m’ont dit de ne pas laisser tomber. » Bien inspirée par ses proches, la star enchaîne les films et fait son grand retour au cinéma cette année. A l’affiche du thriller Stoker, de Park Chan-wook, sorti le 1er mai, elle vient de fouler le plateau de tournage de Before I Go to Sleep, basé dans la campagne anglaise, aux côtés de Colin Firth. Elle est surtout attendue dans le nouveau film d’Olivier Dahan, Grace de Monaco, un biopic dans lequel elle incarne avec élégance et sensualité la divine Grace Kelly durant ses années monégasques (sortie prévue en salles fin 2013). En attendant un nouvel Oscar, la star a fait partie du jury du Festival de Cannes qui s’est clôturé le 26 mai dernier. Concernant l’importance que tient le temps dans sa vie, cette infatigable working girl déclare, philosophe : « J’ai réalisé que le temps était l’une des choses les plus précieuses au monde, surtout au fil des années. Vous ne pouvez pas l’acheter, vous ne pouvez pas le reprendre. C’est véritablement la chose la plus importante. Désormais, je fais très attention à la manière dont je gère mon temps, entre le cinéma et la vie de famille. » Aujourd’hui, Nicole Kidman a trouvé l’équilibre. Philanthrope, elle met également à profit son statut d’ambassadrice d’Omega pour s’engager avec la marque auprès d’ONU Femmes, qui combat les violences faites aux femmes dans le monde. Et quand elle ne fait rien ? « C’est du temps de création ! Une grande part de notre créativité arrive dans ces moments où l’on est allongé sur un lit, ou sur le dos dans la piscine à observer le ciel, comme un enfant. » Sans aucun doute, c’est le secret du talent... —


COVER

L’homme, qui aime les

Femmes

Texte Manon Provost | Photos Stephane Gallois > Contour By Getty Images

A 60 ans, Jean-Paul Gaultier est toujours « l’enfant terrible de la mode » française. Cette fougue créatrice, il la doit en grande partie à ses muses. Catherine Ringer, d’abord.

Puis Madonna, Mylène Farmer, Kylie Minogue, Beth Ditto et, plus récemment Lady Gaga. Des artistes,

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des chanteuses, aussi affranchies que lui. Des femmes libres, en somme.

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J

ean-Paul Gaultier sait regarder les femmes. En chacune d’elles, il trouve une héroïne, son héroïne : « Je pense que les femmes sentent que je les aime et que je les respecte. Je ne veux pas essayer de les transformer en des caricatures ou faire d’elles une abstraction. Je veux mettre en valeur ce qui est beau en elles et ce qu’elles aiment chez elles. Au final, je les sers ! » Humble serviteur, il a le don de rehausser la beauté par une robe corset ou une fine résille. Une féminité mêlée d’audace qui réussit bien aux actrices. C’est en Gaultier que Nicole Kidman (2003) et Marion Cotillard (2008) empoignent l’Oscar. Une heureuse coïncidence que l’homme à la marinière s’abstient de clamer. Sa timidité – qu’il cache toujours sous son grand éclat de rire – parle pour lui. Partir d’Arcueil, sa ville natale, sans plan de carrière… rien n’était gagné d’avance ! Il est d’ailleurs le premier à s’étonner de sa longévité. 40 ans de couture et 16 ans de haute couture. Le fruit du talent, du travail et du hasard des rencontres…

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ENFANT DE LA TéLé « J’ai beaucoup de chance parce que j’ai travaillé avec des femmes que j’estimais et dont j’étais fan. » La capacité d’émerveillement de Jean-Paul Gaultier, voilà son secret de longévité. Conjuguée à tous les temps, celle-ci s’accorde avec une certaine candeur de débutant : « Je n’ai jamais voulu être une vedette mais j’admire les vedettes, voilà tout ! » A l’écouter, habiller les femmes n’a rien de compliqué. Observer, être attentif, faire preuve de discernement, puis saisir la substance : « Une vedette, c’est tout sauf du vide. C’est quelqu’un de concret, de charnel, qui évoque des choses et qui en inspire plein d’autres. » Fils unique élevé dans un milieu ultra-féminin, Jean-Paul Gaultier a l’œil rivé sur son poste de télé. Il recherche son héroïne. La première d’entre elles sera sa grand-mère, chez qui il passe ses dimanches et ses jeudis. Il se gargarise de l’allégresse et de la verve d’une femme moderne, cultivée, active et indépendante, qui le laisse libre penseur. Son temps, il le passe en tête-à-tête avec Falbalas, interprété par Micheline Presle. Une beauté qui le subjugue tout comme les costumes étincelants des Folies Bergère. Les plumes d’autruche, les paillettes et la frivolité des femmes de l’époque l’amusent et l’inspirent déjà. Sur ses cahiers d’écolier, il s’empresse de repro-


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COVER

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FEMMES AU PLURIEL Robe corset, sous-vêtements apparents et jupe pour homme… Inventif, Gaultier casse tous les dogmes. Amusé, il désarçonne les élites amassées près des podiums. Une provocation mesurée : « Je n’ai jamais réalisé aucune de mes créations pour scandaliser ou pour qu’on parle de moi. J’étais parmi des personnes qui pensaient un peu différemment, […] j’avais envie de voir certaines choses, comme les corsets et les sous-vêtements, portés comme des vêtements. » Un style post-féministe décliné à l’infini. Blondes, brunes, rousses, grandes, petites, rondes, filiformes, punk, rock… quel que soit le look, le physique, la plastique et l’âge, toutes les femmes ont leur place dans le dressing de Gaultier. Un culte de la tolérance qu’il revendique dans le casting sauvage et les mannequins non professionnels : « La beauté, il faut savoir la voir, ne pas passer à côté. » La première femme à lui taper dans l’œil sera Catherine Ringer, la chanteuse déjantée des Rita Mitsouko : « Catherine a une façon de bouger et de jouer avec le vêtement qui est très inspirante. » Pour le clip de Marcia Baila, il conçoit sa première robe corset et ses incontournables cônes qui redessinent le galbe de la poitrine. Utilisé à contre-emploi, le corset s’affranchit de son aspect carcan. Libérateur, il pointe la liberté et la rébellion. Le surréalisme s’empare de l’image dans la danse, les couleurs, les décors et les ondulations du corps. C’est une explosion de sensations. Ringer apparaît dans toute sa révolte et son engagement. Le corset devient l’accessoire, l’instrument qui sculpte l’icône. Marcia Baila signe le début d’une histoire passionnée entre Jean-Paul Gaultier et les femmes, et plus particulièrement les chanteuses. Substances de son art, elles lui ouvrent un univers avec lequel il aime composer : « Mon travail en tant que styliste est de faire des propositions qui font appel à la personnalité de chacune et à l’histoire qu’elles veulent raconter. » Un look sulfureux pour Madonna, un côté héroïne gothique chez Beth Ditto ou l’apparence d’une Mata Hari des temps modernes pour Dita von Teese. Toutes sont le symbole d’une féminité généreuse et assumée que la mode, conçue comme un accessoire, vient humblement sublimer : « Je suis un artisan. Le vêtement vit uniquement grâce à la personne qui est dedans. » —

« Créateur non conforme cherche mannequins atypiques, gueules cassées ne pas s’abstenir. » ... annonce Jean-Paul Gaultier dans Libération au début des années 1980. Il innove en organisant les premiers castings sauvages et valorise les maladresses vestimentaires.

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duire les courbes balancées des danseuses aux seins dévoilés. Deux coups de crayon et l’heure des premiers fans : « D’un seul coup, par mes dessins, j’arrivais à exister. C’était presqu’un passeport pour ma future vie. » Une fois de plus, c’est la télévision qui lui donne une réponse. L’émission Dim Dam Dom met un nom sur sa passion. Ce sont les années 1970, Yves Saint Laurent et Courrèges sont les précurseurs d’une mode qui se dévoile et s’affiche. Décryptage et partage. On ne pénètre pas encore dans les ateliers mais les couturiers ont enfin un visage. Les événements de mai 68 ont enterré la frivolité infantile du personnage de Falbalas. La femme est activiste, sensuelle et charnelle, de cette féminité en forme de poing serré qui parle à Gaultier. A cette époque, il a 18 ans, et la fougue du débutant. Il envoie ses croquis à toutes les maisons de couture parisiennes. Yves Saint Laurent le boude. Cardin le place sous sa coupe en lui offrant le marché des Philippines et un premier défilé. On est en 1974 et, déjà, le style se définit autour d’une égérie. Ce sera l’androgyne Bowie et son Diamond Dogs. C’est rock, punk, rebelle et furieusement libre. Une sensibilité qu’il puise dans la culture pop et les clips vidéo. Dès lors, ses collections suivent un mouvement, une danse, une musique ou un interprète. Une inspiration de tous les instants qui n’exclut rien, ni personne.


Horlogerie, (de horloger)

nom féminin

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LES GARDE-TEMPS

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Technique de la fabrication ou de la réparation des horloges, des pendules, des montres.

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Découvrez Gübelin.


RENCONTRE

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Horlogerie

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Mode,

noM FÉMinin

(latin modus, manière)

Aspect caractéristique des vêtements correspondant à une période bien définie .

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EN VOGUE Vanessa Bruno

De l’allure

l’air de rien

Texte Manon Provost | Photo Sylvie Lancrenon

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Son nom fait le tour de la planète. De Paris à Madrid en passant par Tokyo, Taïwan ou Los Angeles, la créatrice Vanessa Bruno habille la bohème internationale de ses créations au chic très parisien. Son interprétation de la french touch a été adoptée depuis des années par Kirsten Dunst, Lou Doillon, Vanessa Paradis… et récemment plébiscitée par les NewYorkaises. Cette aura internationale vient d’ailleurs d’être soulignée par le magazine Slate, qui la place 70ème dans son classement des 100 Françaises les plus influentes. Une distinction que la styliste découvre avec amusement au moment où elle nous reçoit dans son atelier parisien, cet écrin lumineux où naissent ses collections tissées de dentelle ancienne, de soie et de lin.

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P

aris, quartier République. C’est ici, sous ces verrières qui abritaient autrefois une usine de faïence, que Vanessa Bruno a rassemblé sa garde rapprochée et installé son atelier. Un îlot de création baigné par la lumière blanche d’un après-midi ensoleillé. Grande, belle, imposante, vêtue d’une simple chemise en soie blanche qui sublime sa silhouette, elle achève de vérifier les finitions d’un modèle avant de nous tendre une main accueillante. Elle est tout entière dans cette poignée de main, ferme et douce. Un mariage de délicatesse et d’assurance qui fait son héritage : le charme scandinave d’une mère danoise, ancien mannequin chez Nina Ricci, et l’audace d’un père passionné de corrida, co-fondateur de la marque Cacharel au coté de Jean Bousquet. De son enfance, elle aime évoquer l’ambiance décontractée, l’élégance bohème et folk de sa mère, les rires et les fêtes en Camargue avec les amis de son père et ses deux frères, Martin et Clément. Un véritable « bouillon de mode », comme elle aime le dire. Expatriée au Canada pendant ses années de lycée, elle expérimente le mannequinat sans y prendre goût. En coulisses, elle a pris le temps d’observer le fourmillement de ce vaporeux microcosme. Sa décision est prise, elle ne sera pas mannequin mais créatrice : « J’avais une énorme volonté et une grande dose d’inconscience. Quand j’ai démarré, je ne pensais pas que, 10 ans plus tard, j’allais avoir 150 personnes qui allaient travailler à mes côtés et des boutiques à Tokyo ou New York. »

cabas. En deux ans, le sac devient le must-have des Parisiennes et le premier coup de poing de l’autodidacte au monde plutôt fermé de la mode. Entre les modèles inaccessibles des grandes maisons et les fringues chiffons des enseignes bon marché, les compositions ultra-féminines de Vanessa imposent leur indéniable chic : « J’ai créé un style facile pour des filles difficiles. Quelque chose d’extrêmement féminin et nonchalant, mais contemporain et sophistiqué, qui habille le quotidien de filles actives et dans le coup, ce que sont les Parisiennes. » Une mode de proximité teintée d’une once de romantisme : « Mes collections dévoilent une certaine poésie urbaine. Ma relation au vêtement dépasse le pragmatisme car mes inspirations dépassent la mode. J’aime être reliée à d’autres choses, comme la musique, la photographie, le cinéma. Il faut que le vêtement illustre un univers, c’est ce qui va parler aux filles que j’habille. Pour créer ça, il faut forcément avoir quelque chose à dire, à donner. Comme une empreinte qui va faire la différence. » Une singularité qu’elle aime suggérer plutôt qu’imposer.—

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L’ENTRéE EN MATIèRE De retour en France, Vanessa Bruno se lance dans la création d’une première ligne de vêtements. Soutenue par son père, puis associée au groupe Gérard Pasquier, la styliste essuie quelques échecs avant d’être repérée en 1996 par le distributeur japonais Tsuki, qui lui donne sa chance. Dans l’effervescence tokyoïte, Vanessa ouvre une première boutique, qui rencontre un franc succès. Nul n’est prophète en son pays. Jusqu’au jour où ses coupes sobres et la fluidité des matières attisent la convoitise des Français. Séance de rattrapage. En 1998, la styliste entre dans le quotidien des bobos parisiens en intégrant l’étage des créateurs au Bon Marché. Un corner prestigieux où elle expose ses créations et, pour la première fois, son célèbre


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« Je con çois me s collec tions co mme d es poés ies urba i nes »

EN VOGUE Vanessa Bruno

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«A

la maison, on entendait tout le temps de la musique. Ma mère vivait entourée de partitions et de disques. C’est avec elle que j’ai commencé à travailler. Elle s’est battue pour que ma sœur et moi soyons fortes et indépendantes.» C’est chose faite. A 5 ans, Khatia Buniatishvili entre à l’école des enfants surdoués de Tbilissi. A 6 ans, elle donne son premier concert avec orchestre, à 17 ans, Oleg Maisenberg, professeur à Vienne, lui propose de venir étudier avec lui. Née un 21 juin à Batoumi, sur les bords de la mer Noire, encore inconnue il y a quelque temps, elle se produit aujourd’hui dans le monde entier avec les orchestres les plus prestigieux. A la question, c’est quoi un artiste ? Elle répond d’emblée : « C’est celui qui voit dans les plus petites choses et les moindres détails de la tragédie ou du bonheur. » Curieuse, polyglotte (elle parle géorgien, allemand, français, russe et anglais), elle adore le cinéma, la peinture et la lecture. Son tableau préféré est La Joconde (l’expression, selon elle, de la femme idéale), elle affectionne Rembrandt et les impressionnistes, mais est surtout fascinée par Camille Claudel, dont elle a découvert à Paris les sculptures. La lecture ? « Cela occupe dans ma vie une place aussi importante que la musique. » Quand on sait qu’elle a déjà joué des milliers d’heures… Femme de talent avec presque vingt ans de carrière, on vous compare souvent à « notre » Martha Argerich… Martha est un génie et reste ma pianiste préférée. J’ai eu la chance de pouvoir jouer pour elle, mais je suis différente, heureusement ! Quand on me compare à elle, c’est un honneur, mais cela n’a pas vraiment changé quelque chose en moi. Tout bouge tellement vite aujourd’hui, ce qui m’importe donc est de ressentir la paix et de ne pas perdre les émotions. Quand je dis la Suisse ? (Rires…) Genève, sans hésiter ! J’y ai longtemps habité et c’est surtout l’endroit où je me rends le plus dès que j’ai du temps libre, connaissant la ville parfaitement et en y ayant mes meilleurs amis. Venir en Suisse, c’est d’abord de l’émotion [elle y a fait ses grands débuts en 2006] et surtout une bouffée d’oxygène. A quel âge avez-vous su que jouer serait votre métier ? J’ai cette chance de n’avoir jamais pris cela comme un métier. C’est peut-être parfois déconcertant pour ceux qui m’entourent, mais jouer EST ma vie. Tout simplement. Et je n’aspire qu’à une chose : rester « normale » en ne portant jamais un regard sérieux sur moimême. Vous n’hésitez pas à tourner un clip à la façon pop star, une manière pour vous de démocratiser la musique classique ? Je voulais plutôt donner un goût de l’image au public. L’imagination n’en finit jamais en musique, c’est un éternel commencement, pour rêver toujours plus. Je l’ai fait dans ce sens-là, et parce que peut-être que j’aurais aimé faire du cinéma...

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« Ma belle, ne chante plus devant moi... » dit la Chanson géorgienne écrite par Rachmaninov. « Elle joue tout simplement », pourrait-on ajouter. C’est cette même force slave qui émane de Khatia, au piano comme dans la vie. —


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Design,

nom masculin

(mot anglais)

Discipline qui cherche à créer des nouveaux objets qui soient à la fois esthétiques et adaptés à leurs fonctions.

Sofa : King par Offect


DESIGN

Grandes dames du design Texte Paul-Henry Bizon et Manon Provost

Inga, Patricia, Paola, Hella, Sofia, Anna, Charlotte, Matali, Isabelle, Pauline, Camille, Margaux : une pluie de

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prénoms féminins perle sur le paysage du design contemporain. Tour à tour poétiques, pragmatiques, rêveuses, ironiques ou cérébrales, elles se sont fait un nom, comme Florence Knoll, Charlotte Perriand et Andrée Putman avant elles. Dignes héritières de ces grandes dames, elles comptent aujourd’hui parmi les figures phares du design international.

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Inga Sempé, Vapeur colorées (Moustache)

s

LES DIGNES HéRITIèRES Le travail du bois, c’est aussi l’affaire d’Inga Sempé. Elue designer de l’année au Salon du meuble de Stockholm en 2012, elle aime dessiner des pièces de mobilier d’inspiration nordique. Des réalisations brutes sculptées dans la matière, comme sa chaise Osterlen (Garsnas) en frêne naturel. Un pragmatisme qui s’enlumine de poésie et de grâce par un textile plissé, des rondeurs et des effets de transparence. Une légèreté perceptible dans ses lampes Vapeur colorées (Moustache, 2013), d’où se dégagent douceur et apesanteur.

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amedi noir, le 19 janvier 2013. La prêtresse Andrée Putman s’est éteinte. Libre et visionnaire, elle incarnait depuis la fin des années 70 une réponse radicale à la domination de la couleur et des intérieurs psychédéliques. A Ecart, nom de sa première agence, elle avait toujours su prendre la tangente. Le style est souvent affaire de sobriété. Une simplicité teintée de fantaisie qu’elle met en scène dans des pièces vidées de leur fonction avant d’être réinventées. Des espaces ouverts et mis à nu, conçus comme une antithèse aux intérieurs bourgeois qu’elle exècre. Un culte de l’open space enclenché quelques années plus tôt par Florence Knoll et son légendaire « Planning Unit ». En digne héritière du Bauhaus, elle avait su donner une dimension industrielle au design, avait intronisé la fabrication en série et investi le beau dans le quotidien. Une approche avant-gardiste suivie par la Française Charlotte Perriand. Pionnière de l’architecture moderne aux côtés de Le Corbusier et de Pierre Jeanneret, elle a fait de l’habitat un art de vivre en lui insufflant une grandeur politique et sociale. Cette année, la Biennale internationale du design de SaintEtienne lui a d’ailleurs consacré une exposition, Charlotte Perriand et le Japon, révélant une fois encore ses intuitions dans le travail du bois et leurs influences à travers le monde.


AUTOMOBILE Nouveauté

Trois  

voitures en une 

L 

a révolution vient de Suède. Pour la première fois, une voiture diesel, associée à un moteur électrique, se charge pour une vraie autonomie sans émission, et abaissant considérablement la consommation. Des batteries performantes Les études européennes montrent que la plupart des trajets quotidiens n’excèdent pas 60 kilomètres. Cela tombe bien, c’est à peu de chose près l’autonomie en mode purement électrique de la V60 « Plug-In Hybrid ». Au contraire des autres voitures à deux motorisations, le moteur thermique n’intervient pas à la moindre sollicitation de la pédale des gaz. Une fois chargée, la voi-

Texte Gil Egger

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© Volvo

Ne pas se fier aux apparences: le break  V60 de Volvo possède des qualités  insoupçonnées dans sa version   « Plug-In Hybrid ». Une voiture  familiale, une traction intégrale et une  sportive, la palette impressionne. Sans  oublier un sens aigu de la sécurité.

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Le choix Des routes Les différentes combinaisons font de la V60 un break extrêmement polyvalent. En usage courant, on choisira entre l’électrique pure et l’hybride en laissant faire l’électronique. Les précipitations, l’hiver rendent les revêtements incertains: on enclenche le « AWD » qui fixe la motricité sur les quatre roues. Un parcours sinueux vous tente ? Ce sera sur « Power » qu’il conviendra de presser, la voiture tirant alors le maximum de toutes ses possibilités. Nous avons voulu connaître la consommation réelle en utilisation normale. Et bien, malgré les 158 kW-215 cv du moteur à 5 cylindres

diesel, les 50 kW-68 cv de l’électrique, en fréquentant l’autoroute, des petites routes et un peu la ville, la moyenne ne dépasse pas les 5 l/100 km, en rechargeant chaque nuit. Tout cela en procurant un plaisir certain au volant, dans un silence feutré et avec un confort général très soigné. Mentionnons les sièges avant chauffants, la qualité de l’air, en passant par un affichage très détaillé du fonctionnement. Le temps de recharge dépend de l’installation, qui peut être certifiée neutre en CO2. Parmi les équipements les plus performants, il convient de remarquer le régulateur de vitesse actif. Il va jusqu’à vous indiquer, sur le compteur de vitesse, la différence entre votre allure et celle du véhicule que vous rattrapez. Un avertisseur d’angle mort et un autre de franchissement de ligne constituent la partie visible de la sécurité. La structure, les dispositifs de retenue et le soin apporté à prévenir les accidents comme à en diminuer les conséquences restent la force incontestable de Volvo. —

a&s cheVaLLeY s.a.

Route de St-Cergue 293 – 1260 Nyon T. + 41 22 365 50 50 – www.andre-chevalley.com

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ture peut fort bien effectuer un parcours habituel sans que le diesel ne se mette en route. Il est d’ailleurs possible d’enclencher la touche « Pure » qui maintient la propulsion électrique jusqu’à ce que la batterie soit épuisée. Ensuite, on peut décider que le besoin de retrouver sa capacité est nécessaire : le diesel consacre alors un peu de sa puissance à remonter le niveau de charge.


ON AIME... OU PAS ?

Marie-Thérèse        Porchet Texte Julie Masson | Photo Pascal Bernheim

Son désamour pour les Suisses  alémaniques, alors qu’elle a  été amoureuse de Ruedi. Ses  représentations de Tupperware. Sa

mauvaise foi légendaire.  Ses travers ont déjà fait se bidonner  des milliers de fans. Forte de ce  succès, la mamie aurait pu se passer  de figurer dans des publicités ridicules,  comme celle pour le Swiss Loto…

D 

epuis vingt ans, Marie-Thérèse Porchet née Bertholet égrène les scènes nationales avec sa voix stridente, ses talons hauts et ses tailleurs bien coupés. Mais si elle a encore toutes ses dents, comme elle l’a affirmé dans le titre initial de sa tournée anniversaire, le public a pu, lui, perdre quelques capacités auditives lors de ses envolées lyriques. Dans son spectacle, 20 ans de bonheur (rejoué au BFM, à Genève, du 26 au 31 décembre 2013), elle passe en revue ses deux décennies de scène, raconte ses petits bonheurs et ses grandes mésaventures connues avant les levers de rideau.

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Marie-Thérèse Porchet émerge pour la première fois dans la Revue genevoise, en 1993. Soutenu par le metteur en scène Pierre Naftule, Joseph Gorgoni crée « la vieille », en s’inspirant de cinquantenaires de son entourage, dont sa tante, mais sans avoir l’ambition de la faire évoluer au-delà du spectacle donné à Genève. Le comédien a peu de moyens, il habille sa mamie avec des tailleurs achetés par correspondance, lui imagine un appartement et des voisines, à Gland, en fait un cliché de la ménagère romande moyenne. Ce qu’il

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ne sait pas encore, c’est que cette mégère portée sur la chose suscitera un véritable engouement du public dès son premier spectacle, La truie est en moi, en 1996. Langue de vipère, cette veuve excentrique et acerbe se révèle hilarante lorsqu’elle raconte la mort de son chien Bijou, qui a mis la queue dans la prise, et attachante quand son fils Christian-Christophe fait son coming out en lui révélant sa liaison avec un homme rencontré à l’armée. Sans demi-mesure, elle devient exaspérante lorsqu’elle en fait trop et provocante au moment de se moquer du fils trisomique de la concierge. Soleil… Son aura dépasse vite la frontière nationale. Marie-Thérèse séduit le public parisien au point d’arriver à jouer dans la capitale française, notamment dans la mythique salle de l’Olympia. La successstory s’étend encore lorsqu’elle parvient à faire fi de son désamour pour les Suisses alémaniques : elle franchit la barrière de rösti et gagne le cœur de ces « Bourbines » qu’elle abhorre. A force de la voir se démultiplier, du Cirque Knie aux émissions de télé-réalité (si si, elle a participé en 2004 à l’émission Les Colocataires, sur M6), la Porchet a imposé son image. Beaucoup l’ont adoptée. Mais à chaque médaille son revers : certains lui ont tourné le dos, agacés par cette omniprésence et par le bas niveau de discours de certaines de ses apparitions. On ne peut pas tout gagner, et pas toujours gros. Mamie Porchet porte un avis sur tout – position généralement critique et souvent très hypocrite –, qu’elle ne se prive pas d’exprimer. Elle n’épargne rien ni personne, s’inspire des déboires de l’Exposition nationale avec L’Expo de Marie-Thérèse (2002) et se plonge dans le foot avec Europorchet (2008). Proche de l’actualité, elle sait toucher là où ça pique pour conserver la fidélité de son public. C’est que son créateur, Joseph Gorgoni, ne se repose pas sur ses lauriers : soucieux de faire rire les spectateurs et de leur amener de la nouveauté, il cherche sans cesse de nouvelles pistes, reconnaissant d’avoir connu une carrière inattendue grâce à sa mégère. Si Marie-Thérèse se prend pour une superstar, lui garde la tête froide. Bûcheur, la truie n’est pas en lui… —


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© Claire Ackermann

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Islande, terre qui

gronde Texte Patrick Galan

« Voyage au centre de la Terre » en Islande, Jules Verne ne s’y est pas trompé. Les sols bouleversés, En ouvrant son

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© Niklas Sjöblom

craquelés, de cette île à la limite du cercle polaire, laissent entrevoir les entrailles de la planète. Amateurs de sages cartes postales s’abstenir, c’est une terre de passions sauvages et volcaniques !


© Karin Beate Nøsterud > norden.org

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ci, la nature vibre, bouillonne, jaillit et communique au voyageur sa force vive. C’est l’île des chocs et des fractures entre l’Europe et l’Amérique, mais aussi celle des mariages grandioses : celui de la mer et du vent, celui du feu et de la glace. Solfatares, geysers, cratères sculptés par l’activité volcanique forment des paysages lunaires. L’eau se fait tour à tour mer puissante et nourricière, sources chaudes, fjords et lagons où flottent des glaciers d’un bleu presque surnaturel.

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Éruption imminente ? Les macareux moines viennent d’arriver à Vik, tout au sud de l’île et les premiers agneaux sont nés cette nuit, à quelques kilomètres de là, dans la bergerie de Jonas et Ragna. L’herbe, brûlée par le froid, commence à reverdir et bientôt la côte se couvrira de vastes prairies, de champs de lupins et d’angéliques. L’intérieur du pays et ses hautes terres désertiques sont encore inaccessibles. Les pistes qui permettent d’y pénétrer n’ouvriront qu’en juillet. Mais près de la mer, la nature s’éveille enfin après un long hiver. Comme chaque année, les Islandais sont à l’écoute des premiers signes annoncia-

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teurs de la belle saison. Les nuits sont désormais beaucoup plus courtes que les jours qui seront sans fin au mois de juin. Sur cette terre égarée dans l’Atlantique Nord, les descendants des Vikings vivent en parfaite osmose avec une nature qu’ils préservent jalousement. Leur vie est rythmée par le temps – les tempêtes peuvent bloquer tout déplacement – et par les battements de cœur de leur île. La terre a encore ici le visage de la jeunesse : des traits abrupts et un tempérament fougueux qui se manifestent par des éruptions volcaniques, des séismes et des coulées de boue, signes les plus violents de l’intense activité régnant sous l’écorce terrestre. Personne n’a oublié les six jours de cauchemar d’avril 2010, lorsque le nuage de cendres de l’Eyjafjallajökull a provoqué l’annulation de centaines de vols des deux côtés de l’Atlantique. Et, d’après les scientifiques, il se pourrait bien que le ciel se noircisse à nouveau au-dessus de l’Islande puisque le Katla, l’un des volcans les plus actifs et les plus destructeurs, donne actuellement des signes alarmants d’activité intense. Fait inquiétant, les éruptions de l’Eyjafjallajökull en 1612 et 1821-1823 ont été suivies par des éruptions du Katla…


© Claire Ackermann

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odeurs de soufre et brennÍvin Le premier contact avec les entrailles de la planète se fait par le hublot de l’avion, où l’on distingue déjà de grands panaches de fumée blanche au cœur d’une immense coulée de lave. Au sud de la capitale Reykjavik, le Blue Lagoon, sorte de rite initiatique, vous attend pour barboter en famille dans ses eaux chaudes et sulfureuses, d’un bleu laiteux et quasi phosphorescent. Les Islandais cultivent une véritable passion pour ces bains collectifs quotidiens dans les piscines alimentées en sources chaudes. On y trempe, on y échange les dernières nouvelles du quartier, comme on prend, chez nous, son ristretto au comptoir. Ces séjours prolongés dans des eaux chargées en sels minéraux constitueraient même le secret de la longévité exceptionnelle des Islandais. La communion avec la vie souterraine se poursuit jusque dans les maisons où la douche dégage une forte odeur de soufre. Ici, les habitations sont entièrement chauffées et alimentées en eau chaude par des captages géothermiques, ce qui fait de Reykjavik la capitale européenne la moins polluée. Dans cette ville, nichée au fond d’une baie magnifique et dominée par des sommets enneigés, vivent les deux tiers de la population islandaise. Il y a quelques années, on savait à peine la situer sur une carte. Puis est arrivée la chanteuse Björk qui est devenue, sous les sunlights, le meilleur ambassadeur de sa ville. On a alors découvert ce nouvel eldorado des branchés, cette cité qui fait la fête tous les week-ends jusqu’à six heures du matin, et où coule à flots la boisson typique du pays, le brennivín (littéralement « vin brûlé »), un alcool de pomme de terre parfumé à l’angélique : un régal qui réchauffe !

Histoire d’oisillons L’histoire géologique de l’Islande se lit à l’œil nu : aucun arbre, à part de maigres saules, ne pousse naturellement sur cette terre inhospitalière. La couleur des roches, le tranchant de la lave et le bleu des glaciers s’étalent à perte de vue. Dans ces immensités, aucune trace humaine ne vient entacher des paysages qui bouleversent et perturbent. A 50 kilomètres de Reykjavik, un lieu résume l’histoire du pays : Thingvellir. C’est une faille profonde, ancienne, dans laquelle on marche entre l’Europe et l’Amérique, un lieu où se tenait en plein air, dès l’an 930, le parlement viking. Autour de Thingvellir, fumerolles et solfatares attirent le regard. En s’approchant, on respire la chaude haleine d’un monstre assoupi, dont l’odeur de soufre fait friser le nez. Mais l’envie est forte d’aller voir de près ces bouillonnements de chaudron de sorcière, ces cloaques gris anthracite. Le sol râle et glougloute, il peut se réveiller… Non loin de là, à Geysir (qui donna son nom aux geysers), la nature se manifeste plus violemment encore, en lançant vers le ciel une grande colonne d’eau. Cap au sud vers la large plaine côtière dominée par le volcan Hekla. Les cygnes et les oies sauvages sont arrivés eux aussi. Ils passeront la belle saison en Islande, véritable sanctuaire pour la reproduction des oiseaux. Au loin, on distingue le relief tourmenté des îles Vestmann. Les macareux, qui forment la plus grande colonie du monde, viennent tous les ans par millions nicher sur cet archipel volcanique, dont les falaises vertigineuses surplombent l’océan de plus de 500 mètres. En août, on assiste là à un étrange spectacle : la nuit, les enfants se promènent dans les rues avec une torche et un petit carton à la main. Ces écolos en herbe sont chargés de récupérer les oisillons perdus. Quand ces derniers sortent du terrier pour rejoindre leurs parents en mer, ils

Trajectoire N°103, Femmes de talent  

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