La filière du coton - Une mondialisation cousue de fil blanc

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La filière du coton

Une mondialisation cousue de fil blanc


ÉDITEUR RESPONSABLE Carl Michiels, CTB, Rue Haute 147, 1000 Bruxelles, Belgique RéALISATION Izicom – www.izicom.com RÉDACTION Lionel Astruc RéALISATION graphique Mazy Graphic Design ILLUSTRATIONS Lionel Astruc - Shutterstock - Dreamstime - Istockphoto © CTB, Agence belge de développement, janvier 2011. Tous droits réservés. Le contenu de cette publication peut être reproduit, après autorisation de la CTB et pour autant que la source soit mentionnée. Cette publication du Trade for Development Centre ne représente pas nécessairement le point de vue de la CTB.


Sommaire

Introduction

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Le coton dans les grandes lignes

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La conquête de l’or blanc

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De la fleur au tee-shirt

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Production du coton

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Une fibre dans la tourmente mondiale

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Interview Alfred Schwartz : « Le coton va garder l’avantage »

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L’envolée du coton durable

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Le Sénégal et la CTB filent un bon coton

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Le point sur les OGM

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Interview Jonas Hulsens : « Le coton OGM rapporte moins aux agriculteurs que le coton bio »

La consommation du coton Consommation industrielle : la nouvelle donne

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24 25

Interview Bachir Diop : « Nous préférons qu’il y ait davantage de concurrence » 28 Consommation au détail : une fibre plébiscitée

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Les consommateurs veulent du bio et de l’équitable

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Interview Carole Crabbé : « il ne faut pas confondre coton équitable et vêtement équitable »

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Le commerce du coton

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Exportations : le règne américain

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Interview Éric Hazard : « L’OMC ne peut pas contraindre un état à changer sa politique »

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Transactions internationales et réglementations

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Le déclin des importations belges et européennes

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Cours du coton : un prix sur le fil

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Les certifications bio et équitables

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Systèmes de garantie du commerce équitable

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Certifications biologiques

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Certification écologique

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Engagement d’entreprises

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Certifications transversales

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Conclusion : le coton pèse lourd

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Sources

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Négociants et canaux commerciaux

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Ouvrages et articles

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Sites internet

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Trade for development centre

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Rubrique

Introduction

La mondialisation cousue de fil blanc Depuis les champs jusqu’aux rayons des magasins, en passant par les usines de filature, de tissage et de confection, cette brochure propose une immersion dans la filière cotonnière en trois grandes étapes : la production, la consommation et le commerce du coton. Chacune d’entre elles offrira l’occasion de décrypter les enjeux économiques, écologiques et sociaux de cette matière première dont les innombrables fils relient la Belgique et le reste du monde.

Aux origines du coton Que savons-nous des vêtements qui protègent notre peau le jour, ou des draps qui veillent sur notre sommeil la nuit ? Nous connaissons certes la douce fibre qui compose la plupart d’entre eux : le coton. Mais sait-on quelles mains ont récolté ou transformé ces petites boules blanches ? Si le long voyage d’une boule de coton commence invariablement dans un pays chaud, la manière de la cultiver varie considérablement selon sa provenance : plus mécanisée aux Etats-Unis et plus manuelle en Chine, en Inde ou en Ouzbékistan. Quelle que soit leur nationalité, les pro-

ducteurs ont considérablement amélioré leurs rendements et accru leur production, pour accorder leur rythme au tempo effréné des modes vestimentaires et à la cadence rapide de la croissance démographique. Une accélération qui permet au coton de tenir tête à son principal concurrent, la fibre synthétique, mais impose une lourde charge à l’environnement : la culture du cotonnier détient de tristes records, tant en matière d’utilisation de pesticides que d’irrigation excessive. Ces pratiques ont ouvert la voie aux semences génétiquement modifiées. Une innovation révolutionnaire pour la poignée d’entreprises qui dominent le marché mondial. Un remède encore pire que le mal lui-même si l’on en croit les écologistes. Ces derniers vantent les vertus d’une cotonculture biologique qui, si l’on se projette dans le moyen et le long terme, génère des rendements équivalents, tout en favorisant l’autonomie des producteurs du sud à l’égard des multinationales agro-chimiques. Une indépendance à laquelle les certifications du commerce équitable apportent aussi une contribution économique et sociale : les labels offrent la garantie d’échanges plus justes entre acheteurs du nord et cotonculteurs du sud.

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L’usine du monde

Commerce : la nouvelle donne

Une fois récolté, le coton est rassemblé dans de grands sacs de toile aux allures de coussins géants que les producteurs du monde entier appellent des « balles ». De la vente de cette matière première – bientôt transportée vers les filatures - découlent les chiffres de la consommation mondiale de coton. Ils indiquent en réalité seulement la consommation « industrielle » de fibre et non la consommation « de détail », celle du client final. Depuis quelques années, la Chine caracole en tête du classement des pays consommateurs suivie de loin par l’Inde et le Pakistan. Leur main d’œuvre (très) bon marché représente à la fois l’atout décisif et le talon d’Achille social de ces pays dont beaucoup d’entreprises font peu de cas des principes les plus élémentaires prônés par l’Organisation Internationale du Travail. Aujourd’hui, le consommateur final n’ignore plus ce phénomène largement médiatisé. Aussi de nombreuses marques ont-elles choisi d’écouter les consommateurs qui souhaitent porter des vêtements plus en accord avec leurs valeurs, quitte à les payer un peu plus cher.

Qu’ils soient issus de l’agriculture biologique ou conventionnelle, les vêtements sont aussi les meilleurs témoins des rapports de force commerciaux entre nations. Les grands bouleversements provoqués par la suppression des Accords multifibres en est une preuve : depuis 2005, l’abaissement de ces protections douanières décidé par l’OMC a rebattu les cartes du commerce mondial du coton, en faveur de la Chine. Certes moins influente que ce géant, la Belgique fait elle aussi partie des pièces de ce grand échiquier cotonnier, en tant qu’importateur et consommateur. Ce pays participe à l’épopée d’une matière première dont les humeurs n’ont jamais été aussi imprévisibles qu’à l’heure où nous écrivons ces lignes : suite aux inondations survenues au Pakistan, en août 2010 son cours a atteint son plus haut niveau jamais constaté, laissant la porte ouverte aux scénarios les plus variés. Mais il en faut plus pour émouvoir les négociants : le coton n’est-il pas une matière première absolument indispensable pour les consommateurs ? L’être humain n’a-t-il pas besoin de se vêtir chaque matin, quelques soient les problèmes qui agitent le monde ? 5


Rubrique

Le coton dans les grandes lignes

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Le coton dans les grandes lignes

La conquête de l’or blanc À la fois doux, souple et résistant, le coton possède tant de qualités qu’il a progressivement conquis la planète, bien que sa production exige un climat chaud et un sol riche. Lorsque les fruits du cotonnier sont mûrs, cet arbuste offre au producteur ses précieuses boules duveteuses, mais aussi ses graines, dont on extrait l’huile et le tourteau.

Ses propriétés séduisent le monde Nul ne peut affirmer avec certitude si les premières cultures du coton ont eu lieu en Asie ou en Amérique précolombienne. Ni si cet arbuste est cultivé depuis 3000 ans ou plutôt 7000 ans. Mais chacun comprend aisément l’attirance des découvreurs de cette fibre, lorsqu’ils caressèrent les délicats flocons blancs, ces houppes dont les minuscules fils mesurent deux à cinq centimètres. Longtemps l’usage de cotonnades s’est limité aux pays du Sud et n’a pas dépassé la latitude de l’Andalousie. Puis les croisades ont stimulé l’usage de cette fibre plus au Nord, avant que ces vêtements souples et moelleux ne déclenchent une véritable passion en Europe au XVIIIème siècle. La révolution industrielle permît alors de fabriquer des vêtements en grande quantité, grâce aux machines à filer, peigner et tisser notamment. Depuis lors, la production n’a cessé de croître, avec un développement particulièrement important entre les années 1950 et nos jours, passant de 6,6 à 21,8 millions de tonnes. Ce textile souple, agréable au toucher et solide, qui évacue la transpiration mais retient les teintures, a vite pris le pas sur ses concurrents européens, notamment le lin et la laine, bientôt réduits à la portion congrue. La culture du coton est aujourd’hui l’une des plus répandues au monde, notamment en terme d’affectation des sols : présente dans plus de 100 pays, elle occupe 2,5 % des terres arables de la planète, ce qui place cette matière première devant les céréales vivrières ou le soja par exemple.

Figure 1 Production et consommation mondiale de coton

World cotton production and consumption Million de balles 125 Production

Consommation

120 115 110 105 100 2005

2006

2007 2008 Année Marketing

2009

2010

Source: World Agricultural Supply and Demand Estimates reports, USDA.

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Le coton dans les grandes lignes

Une plante du Sud Si le coton tisse son développement dans la trame de la mondialisation, sa production se cantonne toujours aux régions tropicales et subtropicales humides. Le cotonnier pousse donc sur une bande située entre le 37ème parallèle nord et le 32ème sud, dans une terre limoneuse ou argileuse capable de répondre à ses besoins nutritifs importants. Il consomme également de grandes quantités d’eau (7000 à 9000 mètres cubes par hectares) qui, à défaut de pluies suffisantes, nécessitent de puissants systèmes d’irrigation. Mesurant 1 à 3,5 mètres de haut, le cotonnier se couvre au bout de deux mois de fleurs rouges, jaunes ou blanches, et de feuilles palmées de 12 à 15 centimètres, implantées en spirales le long de la tige principale. Les feuilles se transforment ensuite en capsules aux parois rigides. En s’ouvrant, cette enveloppe (le fruit du cotonnier) découvre la fibre proprement dite, qui se présente sous forme de boules duveteuses : les « bourres » de coton qui serviront à la fabrication du textile. Il existe de nombreuses variétés de cotons différents, mais tous les cotonniers appartiennent au genre Gossypium, dans la famille des Malvacées. Sur une cinquantaine d’espèces (sauvages et cultivées), seules quatre font l’objet de cultures commerciales dans le monde. Le Gossypium barbadense produit des fibres longues et fines qui représentent 5 % de la production mondiale. Les Gossypium dits herbaceum et arboreum donnent tous les deux des fibres épaisses et courtes qui fournissent 5 % de la production sur la planète. La taille intermédiaire du Gossypium hirsutum est donc la plus recherchée : à lui seul il fait l’objet de 90 % de la production mondiale. Si la longueur des fibres reste l’un des principaux critères qui structurent l’offre mondiale, il n’est pas le seul. Dans le monde entier, la qualité d’un coton se mesure aussi à sa couleur (classification par grades : blanche, teintée, tachée…), ou encore à sa pureté (quantité de corps étrangers) et à sa résistance. Stocks et prix du coton Stocks et prix du coton Stock globaux (en millions de balles)

Moyenne annuelle Index-A 100

70

90

60

80

50

70 60

40

50 30

40 Niveau final stocks mondiaux

Moyenne Indice Cotlook-A

20

30 20

10

10 0

0 2003/04 2004/05 2005/06 2006/07 2007/08 2008/09 2009/10 2010/11 Sources: Cotlook et USDA, ICEC.

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Le coton dans les grandes lignes

Une graine de subsistance Contrairement aux fibres du coton bien connues du grand public tant leurs usages sont nombreux (vêtements, tissus d’ameublement, rembourrage, emballage, compresses…), ses graines passent souvent inaperçues malgré leurs débouchés variés. On en extrait tout d’abord une huile végétale utilisée en cuisine, notamment en Afrique, mais qui peut aussi s’intégrer dans la fabrication de savons et de cosmétiques. Les résidus de cette première transformation, appelés tourteaux de coton, alimentent en général le bétail, même si d’autres valorisations existent, y compris la production d’huile de friture, de plastiques ou encore de fongicides. Même les tiges et les branches du cotonnier peuvent être utilisées par les producteurs qui en font des litières pour leurs animaux, ou les brûlent. On ne jette rien de cet arbuste parfois surnommé « le cochon de la botanique », qui s’est rendu indispensable pour certains peuples. En Inde, le rouet qui permettait à chacun de produire ses propres vêtements a même été ajouté sur le drapeau national. Gandhi avait fait du filage manuel du coton un symbole de lutte contre l’impérialisme britannique : il dénonçait la pratique des colons consistant à faire tisser les fibres indiennes en GrandeBretagne, pour les revendre sur la péninsule. Plus généralement Gandhi voyait déjà dans cette industrialisation une pratique néfaste pour la survie des petits producteurs du sud…

Valeur ajoutée dans la chaîne du textile

Coton brut

nettoyage

Matière première

Marque

filage

tissage ou tricotage

(fabrique du tissu) teinture

200

260

400

confection

Indice de valeur 100

115

880

Source : Regional strategy for cotton to clothing value chain, COMESA (The Common Market for Eastern and Southern Africa), 2009.

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Le coton dans les grandes lignes

De la fleur au tee-shirt Qu’il soit arrosé par la pluie ou irrigué, cultivé à la main ou par des machines, le coton représente une précieuse manne pour les producteurs. Mais cette culture provoque aussi des nuisances sociales et écologiques graves auxquelles l’agriculture biologique et le commerce équitable tentent de répondre.

Les modes de production Les méthodes culturales utilisées par les producteurs de coton varient selon plusieurs facteurs dont la pluviométrie et la richesse du pays concerné figurent parmi les plus importants. Les spécialistes distinguent d’abord le coton pluvial, cultivé en Chine, en Inde, en Afrique subsaharienne, du coton irrigué poussant aux Etats-Unis, en Ouzbékistan, en Égypte ou encore en Syrie. Le premier se développe sous des climats qui parviennent à satisfaire en grande partie la soif du cotonnier, voire totalement. Les seconds dépendent absolument de l’irrigation. Un nombre croissant de producteurs aurait recours à ce deuxième système qui, bien que plus onéreux, permet un arrosage régulier et sécurise donc les récoltes, en quantité comme en qualité.

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Le coton dans les grandes lignes

À ce critère de l’eau s’en ajoute un autre, qui sépare lui aussi l’univers de la « cotonculture » en deux : la production mécanisée et la production manuelle. Dans les pays riches où l’on trouve essentiellement un mode de culture intensif, les exploitants utilisent de puissantes machines capables par exemple de creuser, puis de planter 10 à 24 rangs à la fois. Quatre mois plus tard, une récolteuse collectera les capsules mûres. Dans certains pays tels que les Etats-Unis, l’Australie et Israël, 100 % du coton est récolté mécaniquement. La seconde méthode dite « manuelle » s’avère moins rapide. Elle s’applique pourtant à 70 % du coton à travers le monde. Ce choix plus coûteux a d’autres avantages : il évite la présence de débris et permet de sélectionner lors de la cueillette les boules en fonction de leur degré de maturité, quitte à faire plusieurs cueillettes successives. Quelle que soit la méthode utilisée, on estime que le coût de production moyen du coton est compris entre 0,35 et 0,45 euro la livre.

Une forte consommation de pesticides Si le coton représente un revenu indispensable, en particulier dans les pays en développement où il emploie 7 % de la force de travail, cette fibre si douce soit elle, provoque de graves nuisances environnementales et sociales. Cette plante est la plus grande consommatrice au monde de pesticides : 16 % de tous les pesticides utilisés sur la planète le sont dans les champs de coton. Les écologistes tirent régulièrement la sonnette d’alarme à ce sujet. Ils brandissent non seulement l’impact environnemental des produits chimiques employés, mais dressent aussi la liste des maladies graves associées à la culture du coton, tels que cancer, malformations ou problèmes de fertilité. Les enfants qui travaillent bien souvent dans les exploitations de pays du sud sont en première ligne de cette contamination,

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Le coton dans les grandes lignes

puisqu’ils appliquent eux-mêmes les produits chimiques. Un test effectué sur 899 enfants habitant des régions cotonnières en Inde a révélé que leurs capacités de coordination, leur équilibre et leurs facultés de concentration avaient été affectées. La consommation d’eau représente un autre talon d’Achille pour la cotonculture qui détient une fois encore de tristes records de consommation. Entre les plantations et le produit fini, la transformation des petites boules blanches franchit plusieurs étapes. La formation du fil inclut notamment le nettoyage, le lissage et l’assemblage des fibres. Après la filature vient enfin le tissage (pour les jeans par exemple) ou le tricotage (pour les tee shirts). Mais quel que soit le parcours effectué par la matière première, la culture des cotonniers reste la phase la plus nuisible sur le plan écologique.

La cotonculture biologique et équitable Les méthodes de l’agriculture biologique ont précisément pour objectif de réduire les impacts écologiques du coton à chacune des étapes de sa fabrication. Ces techniques culturales préconisent entre autres l’usage de pesticides naturels composés de décoctions de feuilles ou mettant à profit l’appétit de certains insectes pour les parasites qui menacent le cotonnier. De même, la rotation des cultures fait partie des pratiques biologiques : en plantant sur un même champ tour à tour du soja, des haricots mungo et du coton, les producteurs gardent une terre de qualité plus fertile et moins gourmande en eau. En effet les premières plantes fertilisent le sol et le préparent pour accueillir le coton. De même, la cotonculture biologique bannit l’usage des semences OGM ainsi que certaines machines agricoles, grandes consommatrices de carburant, pour favoriser une production manuelle créatrice d’emplois. De ce point de vue, cette culture rejoint les objectifs affichés par le coton issu du commerce équitable. Ce dernier se concentre davantage sur les volets économiques et sociaux. Il garantit le respect des droits des travailleurs, l’interdiction de certaines formes de travail pour les enfants et le paiement d’un prix minimum quels que soient les cours. Mais il offre également une prime de développement destinée à financer des projets locaux (adduction en eau, construction d’écoles…). Cette politique d’équité est idéalement appliquée à chaque phase de la filière coton, depuis le champ jusqu’aux rayons des magasins où l’on trouve un large choix de vêtements estampillés d’un label équitable ou bio. Mais pour l’instant, elle s’applique presque uniquement au stade de la production. Malgré cette lacune, les marques qui font appel au commerce équitable offrent aux consommateurs l’occasion de soutenir des valeurs humanistes et écologiques à travers des vêtements porteurs de sens.

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Le coton dans les grandes lignes

« L’empreinte eau » du coton Dans la même veine que l’empreinte écologique, un indicateur international développé par le WWF, un autre indicateur a vu le jour : l’empreinte eau. Il donne le volume d’eau douce consommé par la fabrication d’un produit. Cet indicateur prend en compte chaque étape du processus de production pour dégager des ordres de grandeur compréhensibles par tous. Dans le cas du coton, on sait qu’un tee-shirt en coton de 250 grammes nécessite 2720 litres d’eau douce. Globalement, une tonne de produit fini engloutit 11.000 litres d’eau. Ce chiffre ne

tient pas seulement compte de l’irrigation, mais inclut également l’eau nécessaire à la dilution des pesticides et autres engrais de synthèse déversés dans les champs, et l’eau servant à dissoudre les produits chimiques utilisés au cours de la transformation (filage, blanchiment, teinture…). Cet indicateur permet aussi d’affirmer qu’en matière de coton, les Européens font peser 84 % de leur empreinte eau sur des pays tels que l’Inde, le Pakistan ou l’Ouzbékistan.

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Production du coton


Production du coton

une fibre dans la tourmente mondiale Un club très restreint de quelques pays se répartit l’essentiel de la production cotonnière mondiale. Ils ont profité d’une amélioration constante des rendements, mais depuis quelques années, les surfaces cultivées se rétrécissent, entraînant une baisse de la production.

La production mondiale de coton Chaque année dans près d’une centaine de pays chauds la récolte du coton offre le spectacle de monticules immaculés bourgeonnant à travers la campagne. Mais la légèreté de ces nuages moelleux n’est qu’apparente : la production mondiale de coton fibre se montait à 21,8 millions de tonnes, pour l’année 2009-2010. Premier producteur mondial, la Chine assure à elle seule 25 % de la production planétaire suivie par l’Inde (21 %), les États Unis (12 %), le Pakistan (8 %), le Brésil (5 %), l’Ouzbékistan (5 %), l’Afrique (2 %) et enfin l’Europe (1 %) dont la production se cantonne à quelques pays du sud, dont le Portugal, la Grèce et l’Espagne (Voir graphique n°1). Cette répartition géographique témoigne d’une forte concentration du secteur cotonnier, la quasi totalité de la production mondiale étant accaparée par seulement 6 pays. Cette tendance à la concentration qui se confirme cache aussi une évolution des acteurs « secondaires » de la filière : certains pays d’Amérique latine ont par exemple progressivement abandonné la contonculture, tandis qu’en Afrique sub-saharienne, d’importants producteurs ont émergé tels que le Burkina Faso, le Bénin ou le Mali. Au niveau mondial, la production a plus que doublé en 50 ans, sans pour autant que les surfaces agricoles consacrées à la cotonculture n’augmentent : la croissance de la production est essentiellement due à l’évolution des rendements. Depuis 1960, ils ont été multipliés par quatre, passant de 0,2 à 0,8 tonnes par hectare en moyenne.

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Production du coton

Les évolutions récentes Si quelques pays tels que la Chine voient encore leur production progresser, les chiffres montrent que la production stagne voire baisse depuis deux ans. Cette situation résulte de l’augmentation des prix de la plupart des denrées agricoles depuis 2007 qui soumet les terres cultivables à une concurrence accrue. De nombreux agriculteurs se sont tournés vers des cultures plus rentables, telles que les céréales. Les cotonculteurs font aussi part des conditions climatiques peu favorables ces deux dernières années, sans compter le climat économique qui a affecté ce secteur. Passée de 26 millions de tonnes en 2007-2008 à 21,8 millions de tonnes en 2009-2010, la production devrait enfin se redresser en 2011. Ces chiffres conjoncturels ne doivent néanmoins pas nous faire oublier une tendance lourde qui persiste depuis 40 ans : la baisse tendancielle de la part du coton dans la production mondiale de fibres, au profit des textiles dérivés du pétrole dont la croissance est plus rapide. Pour autant, la petite boule blanche reste reine au royaume des textiles naturels : si l’on compare le production de coton aux autres fibres naturelles, il garde sa place historique de toute première source de fibres à travers le monde, loin devant le lin, la laine, la soie etc... Evolution de la production mondiale ainsi que nationale des principaux pays producteurs sur la période 1980/81-2012/13 Millions de tonnes 30

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2012/13

2010/11

2008/09

2006/07

2004/05

2002/03

2000/01

1998/99

1996/97

1994/95

1992/93

1990/91

1988/89

1986/87

1984/85

1982/83

1980/81

0

■ Chine (continentale) ■ Etats-Unis ■ Inde ■ Pakistan ■ Ouzbékistan ■ Brésil ■ Autres Source : CNUCED 16


Production du coton

Interview

Alfred Schwartz : « Le coton va garder l’avantage » Alfred Schwartz, spécialiste français du coton, est Directeur de recherche honoraire à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et ancien chargé de mission au Ministère français des affaires étrangères sur le thème “Culture du coton, sécurité alimentaire et développement durable en Afrique”. Il nous livre ses pronostics concernant l’avenir de la filière coton dans le monde.

l’éthanol ont été plus importantes que celles accordées au coton. Mais cette situation est en réalité trompeuse car le prix élevé du coton pousse déjà les agriculteurs américains à revenir au coton. L’histoire de cette filière est complètement imprévisible, mais il ne faut pas oublier que le coton est la matière première d’une industrie indispensable qui est le textile : nous aurons toujours besoin de nous habiller.

Comment va évoluer la production cotonnière dans les prochaines années ?

Certes, mais la part de marché du coton ne cesse de diminuer depuis des années, au profit des textiles synthétiques. Va-t-elle se réduire encore ?

La Chine va poursuivre son fort développement dans ce domaine, tout comme l’Inde devenue elle aussi un acteur majeur. Quant à la production américaine, on pourrait croire qu’elle va se réduire comme peau de chagrin car elle a beaucoup chuté lors des deux dernières campagnes : les subventions accordées aux agriculteurs pour se reconvertir et faire de

Pour fabriquer des fibres synthétiques, on a besoin de pétrole. Or depuis un an le pétrole tourne autour de 80 dollars le baril et il semble qu’il va augmenter. Cela va donc freiner le synthétique, d’autant que les réserves pétrolières sont en train de s’épuiser. Je pense donc que le

coton va garder l’avantage, même si le contexte actuel est unique et peu propice pour faire des pronostics. En quoi la situation de la filière cotonnière est-elle inédite ? On assiste à un renversement de situation spectaculaire depuis octobre 2010, date à laquelle le cours du coton s’est mis à flamber pour atteindre des prix jamais constatés dans toute l’histoire du commerce cotonnier. Au cours de l’été 2010 ont eu lieu de terribles inondations au Pakistan. L’absence de récoltes a entraîné un manque sur le marché mondial estimé à 350.000 tonnes. C’est suffisant pour rendre la demande supérieure à l’offre, d’autant que les stocks étaient déjà au plus bas quand c’est arrivé. Tout cela a provoqué une flambée des cours qui va avoir une répercussion directe sur le prix des produits finis en coton : nos vêtements vont coûter plus cher.

L’Europe, poids plume de la production cotonnière Le coton fait partie des matières premières qui ont ouvert d’importantes voies commerciales entre l’Europe et le monde, précisément parce que l’immense majorité du territoire de l’Union ne se prête pas à cette culture. Seuls quelques pays aux climats suffisamment chauds sont parvenus à la développer, tels que l’Italie, le Portugal, la Grèce et l’Espagne. Ces deux derniers concentrent aujourd’hui

la quasi-totalité de la cotonculture européenne. Sur les 400.000 à 500.000 tonnes produites chaque année dans l’Union, les trois quarts viennent des exploitations agricoles grecques et espagnoles. Malgré ces quantités industrielles, la production européenne reste assez confidentielle à l’échelle de la planète : elle représente 2 % seulement de la production mondiale.

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Production du coton

L’envolée du coton durable Les méthodes de la cotonculture biologique respectent l’environnement, tandis que les critères du commerce équitable offrent un prix plus juste aux petits producteurs. Dans un cas comme dans l’autre, les atouts du coton durable stimulent une augmentation considérable des cultivateurs en quête d’une certification. Malgré cela, les quantités produites restent très minoritaires.

Une terre fertile et de meilleurs prix La culture biologique des cotonniers est aujourd’hui pratiquée sur une surface de 253.000 hectares à travers le monde, répartis entre 22 pays différents, dont les plus importants sont l’Inde et la Turquie. La production de coton bio connaît une forte croissance, qui parvient difficilement à suivre une demande en plein essor. La campagne 2009 a vu la production biologique s’accroître de 20 % par rapport à l’année précédente, passant de 146.000 à 175.000 tonnes. Une hausse qui ne permet toutefois pas encore au coton bio de franchir la barre des 1 % de la récolte mondiale. Plusieurs atouts stimulent les producteurs à convertir leurs exploitations en agriculture biologique : les prix pratiqués sur ce secteur sont 30 % supérieurs et, dans les pays en développement, le choix du bio les affranchit des emprunts habituellement contractés pour l’acquisition d’intrants chimiques en début de campagne. Les cotonculteurs savent aussi que ces méthodes culturales restaureront progressivement la fertilité de sols souvent érodés par des années de cultures intensives. Ces avantages viennent compenser la moindre productivité de la cotonculture bio et le fait qu’elle ne garantit pas des rendements réguliers.

Le coton équitable Arrivé sur le marché très récemment (en 2005) le coton équitable reste encore une niche qui concerne seulement 0,05 % de la production mondiale. Au total, 30.000 fermiers dans le monde contribueraient à la production de coton certifié par le commerce équitable. Ces producteurs se répartissent notamment en Afrique de l’Ouest et du centre, en Inde, en Égypte, au Pérou et au Brésil. Les cotonculteurs qui prennent part à cette nouvelle filière y sont essentiellement attirés par des aspects économiques et sociaux : indépendamment de la fluctuation de cours mondiaux, les acheteurs sont tenus de s’acquitter d’un prix minimum (en moyenne 20 % supérieur aux prix conventionnels) couvrant les coûts de production et pourvoyant aux besoins du producteur et de sa famille. Cette filière profite d’une demande éthique en plein essor chez les consommateurs : ces derniers souhaitent faire de leurs achats un levier pour lutter contre les inégalités. Pour répondre à cette attente du public, les marques du commerce équitable appliquent leurs critères économiques et sociaux à une ou plusieurs étapes de leur chaîne logistique, afin d’offrir de meilleures garanties sociales aux consommateurs.

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Production du coton

Le Sénégal et la CTB filent un bon coton L’histoire de la région de Tambacounda située à 500 kilomètres de Dakar suffirait pour résumer celle de dizaines de milliers de villages à travers les pays du sud. Les cultures de rente (coton, arachide, etc…) ont pris la place des cultures vivrières et la polyculture traditionnelle a été remplacée par une monoculture intensive basée sur l’usage d’engrais et de pesticides chimiques. Mais les habitants de cette zone cotonnière, lorsqu’ils ont constaté l’épuisement des sols et la baisse des cours mondiaux, ont décidé de réagir et se sont tournés vers l’agriculture biologique en 1997 et le commerce équitable en 2005. En outre, les paysans de Tambacounda ont cherché à revaloriser les savoir-faire locaux pour créer le plus de valeur ajoutée sur place. En mobilisant 100 fileuses, 12 tisserands, 10 teinturières et 8 tailleurs, la fédération Yakaar Niani Wulli, à l’origine du projet, a lancé la première filière de coton bioéquitable sénégalaise en 2008.

Aujourd’hui, les produits sont vendus sur le marché sénégalais, notamment à l’occasion de foires. Satisfaire la demande étrangère fait partie des objectifs de la fédération, mais il faudra franchir plusieurs étapes : améliorer la qualité des produits, varier le choix, renforcer la capacité de production et tisser de nouveaux partenariats. Les démarches nécessaires sont nombreuses et longues : formations, ateliers, accompagnements, prospection et autres évaluations prendront deux ans et coûteront près de 82 000 euros. La Coopération technique belge (CTB) s’engage à prendre en charge 75 % de ce montant. Ce soutien reflète les engagements de la CTB : construire un monde plus juste dans une dynamique de partenariat international.

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Production du coton

Le point sur les OGM Les promesses de ces nouvelles semences ont considérablement accru leur usage depuis une quinzaine d’années. Mais les associations écologistes contestent leur efficacité et constatent que ces méthodes créent souvent des situations dramatiques dans les pays pauvres.

Qu’est-ce qu’un coton OGM ? Les dénominations « OGM » ou « transgénique » suscitant le rejet d’une majorité de consommateurs, on trouve aussi l’appellation « coton biotechnologique », plus policée. Mais l’objet reste le même : il s’agit de semences qu’une modification génétique prépare à supporter les herbicides ou à résister aux insectes. La plus connue de ces graines transgéniques, le coton Bt, produit par exemple une toxine insecticide synthétisée par le gène d’une bactérie (appelée Bacillus Thuringiensis : Bt) et utilisée par la plante comme un pesticide. Les semenciers tels que Monsanto - qui contrôle 80 % du coton biotechnologique commercial - prétendent que son usage permet de réduire l’utilisation de pesticides et d’augmenter les rendements. Depuis 1996, date à laquelle les premières variétés commerciales de coton OGM ont été plantées, les surfaces occupées par ces cotonniers ne cessent de se développer : d’abord cantonnées à l’Australie, aux Etats-Unis et au Mexique, elles se sont étendues à la Chine, l’Inde, l’Indonésie, l’Afrique du Sud ou encore l’Argentine. Aujourd’hui un tiers des cotonniers cultivés sur la planète sont génétiquement modifiés, proportion qui continue de croître.

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Production du coton

Les maladies secondaires Les associations écologistes qui dénoncent les OGM s’appuient sur le manque de connaissances en matière d’impact sur l’environnement ou la santé. Mais surtout, elles contestent les affirmations des semenciers : les ONG constatent que ces graines, présentées comme résistant aux maladies, stimulent au contraire le recours aux pesticides et offrent une productivité moins importante. En Chine par exemple, le coton Bt génère une recrudescence de maladies dites « secondaires » (non ciblées par cette variété) telles que le virus des feuilles, nécessitant l’usage de nouveaux pesticides. Les écologistes parlent d’un cercle vicieux : les semenciers introduisent d’autres gènes qui nécessitent de nouveaux pesticides, et ainsi de suite. Un fonctionnement qui crée une demande constante pour ces multinationales, mais accule les producteurs des pays pauvres à des situations souvent dramatiques. Ainsi, en Inde, dans la zone cotonnière du pays, on dénombre chaque année des milliers de suicides liés à l’endettement de fermiers qui ont tout misé sur les méthodes intensives telles que le recours aux OGM. Face à cette question, les associations écologistes regrettent la disparition de variétés locales adaptées aux conditions climatiques d’une région et que les agriculteurs peuvent reproduire eux mêmes à moindre coût et sans se rendre dépendants des grands semenciers.

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Production du coton

Interview

Jonas Hulsens : « Le coton OGM rapporte moins aux agriculteurs que le coton bio » Jonas Hulsens est chargé de campagne agriculture durable chez Greenpeace Belgique. Il dénonce ici les conséquences sociales du coton OGM dans les pays du Sud. Pourquoi les semences OGM rendent–elles les paysans dépendants des semenciers ? Parce qu’elles obligent les fermiers à racheter des semences chaque année. Mais cette dépendance est plus largement le fait de l’agriculture intensive puisque même pour les semences hybrides, les agriculteurs doivent les acquérir chaque année. Il y a également une dépendance à l’égard des produits chimiques. Cette dépendance est encore renforcée dans le cas des plantes OGM qui demandent des produits phytosanitaires spécifiques en général vendus par le fournisseur des semences. Ce n’est pas le cas pour le coton Bt, qui produit un insecticide ; mais même les agriculteurs qui cultivent du coton Bt continuent à utiliser des insecticides.

Quelles sont les conséquences financières de cette dépendance ? Greenpeace a fait une étude qui compare le revenu net d’agriculteurs qui utilisent du coton Bt et de ceux qui pratiquent l’agriculture biologique. Cette étude a prouvé que malgré l’usage de semences OGM, sensées leur épargner l’emploi de produits phytosanitaires, ils en utilisent beaucoup. En fin de compte ils ont des coûts plus élevés que les agriculteurs bios. Or dans les pays du Sud, les paysans s’endettent le plus souvent (en début de saison) pour absorber ces coûts. On entend parler de nombreux suicides liés à ce problème, qu’en est-il ? Cet endettement est en effet la cause d’une importante vague de suicides en Inde, mais là encore, ce phénomène est aussi plus largement le résultat de l’agriculture intensive. Quel que soit le type d’agriculture qu’ils pratiquent, les producteurs de coton ont de bonnes et de

mauvaises années. Or les dettes contractées pour acheter des produits chimiques ou des semences OGM aggravent beaucoup la situation les mauvaises années, au point de conduire à des gestes de désespoir. Les paysans qui pratiquent l’agriculture biologique ne sont pas soumis à de tels investissements et sont donc beaucoup moins vulnérables en cas d’échec. Il faut aussi garder à l’esprit que les variétés locales sont beaucoup plus adaptées aux conditions climatiques que rencontrent les paysans. Mais dans certains pays, comme en Inde, des politiques de subventions favorisent clairement le coton OGM et nuisent aux semences locales. C’est même souvent très difficile pour les producteurs de trouver des semences nonOGM : le choix et la disponibilité sont beaucoup plus restreints. (Photo Greenpeace)

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Rubrique

La consommation du coton

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La consommation du coton

Consommation industrielle : la nouvelle donne Les manufactures chinoises sont devenues en quelques années les plus importantes consommatrices de coton au monde, suite à la suppression des quotas imposés par l’Accord multifibres. Mais cette libéralisation du marché ne modifie guère la tendance à la baisse des parts de marchés du coton, face aux textiles synthétiques.

L’appétit des filatures La simple mention « made in » qui figure sur l’étiquette de nos vêtements ne suffit pas, et de loin, à retracer la route parcourue par le coton avant de nous habiller. Cet itinéraire est souvent très complexe : le coton peut pousser dans un pays, être tissé dans un autre, avant que les vêtements ne soient confectionnés dans un troisième, puis envoyés dans un autre pays encore… Pour mieux répondre au besoin de transparence des consommateurs, certaines marques mettent d’ailleurs à leur disposition une carte montrant le parcours nécessaire à la fabrication de leurs vêtements (Patagonia par exemple). Étudier la véritable toile que tissent les voyages du coton autour du globe nous apprend aussi qu’outre la « consommation de détail », celle du client final, il existe également une « consommation industrielle » de coton. Cette expression désigne les achats de coton brut par les usines qui filent la fibre, puis la transforment en tissu. Le plus souvent les négociants jouent le rôle d’intermédiaires entre les producteurs de coton et les « consommateurs industriels ». Sur un marché aussi géographiquement éclaté que celui du coton, ils ont un rôle clé : ils organisent la rencontre entre offre et demande et portent en partie la responsabilité de la fixation des prix. Sur l’année 2009-2010 la consommation industrielle mondiale s’élevait à 24,6 millions de tonnes dont presque 10 consommées en Chine, 4,2 en Inde, 2,3 au Pakistan, 1,8 en Asie et Australie réunies, 1,5 en Turquie et en Europe. En somme, les principaux consommateurs de coton sont les pays en développement ou émergents, qui disposent d’une industrie manufacturière et fabriquent le textile (Voir ci-dessous graphique n°2). Mais cette situation est nouvelle : elle résulte d’un grand bouleversement qui a littéralement redistribué les cartes au sein de cette filière en une dizaine d’années seulement.

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La consommation du coton

Fabriqué en Chine La répartition actuelle de la consommation industrielle de coton à travers le monde fait suite à la suppression par l’OMC, fin 2004, de l’Accord multifibres (AMF). Ce dernier, créé trente ans plus tôt, avait été mis en place par l’Europe et les Etats-Unis, comme un outil redoutable pour protéger leurs industries nationales contre les importations en provenance de pays du Sud. Lorsque les quotas imposés par l’AMF ont pris fin, les parts de marché ont changé de mains, au profit de la Chine. Ce pays est l’un des rares à pouvoir réaliser toutes les étapes du processus de transformation sur son territoire et le coût imbattable de sa main d’œuvre en a fait le plus important fabricant de textile au monde. L’augmentation de la consommation globale de coton depuis 10 ans est en grande majorité due à la demande chinoise. Par un jeu de vases communicants, les Etats-Unis ont vu leur consommation se réduire drastiquement. Plus généralement, cette libéralisation du marché du coton aurait fait augmenter les quantités annuelles consommées dans le monde d’un demimillion de tonnes par an. Après une augmentation presque ininterrompue depuis un demi-siècle, la consommation industrielle de fibres (tous textiles confondus) a culminé à 56 millions de tonnes en 2004, du fait de l’augmentation démographique et de la progression du revenu par habitant, mais aussi grâce à la baisse du prix des textiles. Puis en 2008-2009 la consommation mondiale a connu une baisse historique précipitant le coton dans une chute de 13 %, la plus importante depuis la seconde guerre mondiale. On attribue cette baisse à la crise économique, mais les experts pointent aussi une perte de compétitivité par rapport à d’autres textiles tels que le polyester. Les fibres chimiques offrent aux fabricants une meilleure stabilité de la qualité, de la quantité et des prix. Ces atouts sont en partie responsables de la baisse tendancielle des parts de marché du coton sur le long terme. Cela dit, à plus court terme, les marchés ont enregistré un redressement de l’utilisation du coton en 2009-2010. La volatilité des prix et l’instabilité de la situation du coton est telle qu’un pronostic sur l’avenir se révèle presque impossible. Le bon sens voudrait néanmoins que la raréfaction des ressources en pétrole ralentisse la progression des textiles synthétiques et devienne un avantage comparatif pour le coton, fibre renouvelable appréciée pour son origine naturelle.

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La consommation du coton Répartition des importations de l’Union européenne de coton par origine (moyenne sur la période 2002-2006) Millions de tonnes 30 28 26 24 22 20 18 16 14 12 10 8 6 4 2 2012/13

2010/11

2008/09

2006/07

2004/05

2002/03

2000/01

1998/99

1996/97

1994/95

1992/93

1990/91

1988/89

1986/87

1984/85

1982/83

1980/81

0

■ Etats-Unis ■ Chine ■ Inde ■ Pakistan ■ Brésil ■ Consommation mondiale Source : CNUCED

Part du marché du coton dans la consommation mondiale des fibres textiles. % 65

55

45

35 1960

1970

1980

1990

2000

Source : CCIC (Comité consultatif international du Coton) 27


La consommation du coton

Interview

Bachir Diop : « Nous préférons qu’il y ait davantage de concurrence » Bachir Diop est directeur général de la Société de développement et de fibres textiles (Sodefitex) dont la production s’intègre notamment dans des produits vendus en Belgique (dont une partie arborent le label Max Havelaar). Ce Sénégalais est aussi le président de l’Association cotonnière africaine qui regroupe les professionnels de tout le continent. Le secteur du coton compte de nombreuses entreprises et semble très éparpillé géographiquement. Pouvez-vous décrire la dynamique des acteurs sur ce marché ? Il est vrai que ce marché est très éclaté, mais il y a un processus de regroupement, notamment à l’échelle

des négociants : il s’est amorcé pendant la crise de 2008 lors de laquelle certains d’entre eux n’ont pas pu tenir. Un des acteurs majeurs du secteur comme Dreyfus par exemple devient de plus en plus gros. Il se rapproche actuellement de Olam, autre poids lourd du marché*, en vue d’une éventuelle fusion. Pour les pays producteurs de coton ce n’est pas très bénéfique. Nous préférons qu’il y ait davantage de concurrence pour obtenir de meilleurs prix. À quoi va ressembler le paysage économique de la filière dans les prochaines années ? Nous assistons à un changement d’époque : pendant très longtemps le coton est resté à 0,70 dollar par

livre, mais avec l’évolution de la situation, on constate que certains pays qui avaient une production cotonnière importante comme la Chine, l’Inde ou le Pakistan rencontrent des problèmes, et la production cotonnière est en train de se disperser encore plus, d’un point de vue géographique. L’offre de coton va donc toucher ses limites en termes de surface cultivable et de rendement, tandis que la démographie va faire augmenter la demande. Cela devrait stabiliser le prix dans les années à venir, à un cours relativement élevé, autour de 90 cents. * Voir Négociants et canaux commerciaux page 46

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La consommation du coton

Consommation au détail : une fibre plébiscitée Doux, confortables, robustes et capables d’évacuer l’humidité et la transpiration, les vêtements en coton ont tout pour séduire les consommateurs. 80 % des produits finis composés de cette fibre sont d’ailleurs écoulés par le secteur de l’habillement, tandis que les 20 % restants se vendent sous forme de linge de maison (serviettes, draps…). Mais malgré les nombreux atouts du coton, l’augmentation des ventes globales de textile profite davantage aux fibres synthétiques qui raflent de plus en plus de parts de marché. Les raisons de ce rapport de force tiennent essentiellement au prix des fibres synthétiques moins chères que le coton et souvent appréciées pour leur légèreté. Résultat : alors que la consommation globale de textile par habitant a presque doublé en 50 ans, celle de coton n’a guère progressé. La consommation moyenne de textile en coton dans le monde est de 3,8 kilos par personne et par an. Un chiffre qui tient compte à la fois de la consommation record des Américains (17 kilos par

personne par an) mais aussi de celle des pays en voie de développement comme certaines nations d’Amérique latine (3,2 kilos par personne par an). Dans les années 1990 les habitants des pays industrialisés étaient les principaux utilisateurs de coton. Mais depuis 2000, la vente au détail est davantage stimulée par les pays en développement. En Belgique les acteurs du marché du textile déplorent ces dernières années une baisse significative de leur chiffre d’affaire (-23,9 % entre 2008 et 2009 selon Fedustria) liée comme ailleurs à la crise économique. Pourtant, ils se veulent optimistes pour l’avenir et attendent une amélioration de la consommation à court terme. Une perspective qui rejoint les prévisions à l’échelle mondiale : en 10 ans, la consommation finale de coton devrait passer de 25 millions de tonnes en 2010 à 32 millions de tonnes en 2020. À moins que l’extrême volatilité des prix n’en décide autrement.

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La transformation du coton Culture

Récolte

Récolte manuelle

Récolte mécanique

Egrenage

Egrenage à scie

Coton brut 35-40%

Textiles Fil Industrie textile Filatures Jean Chambray Velours côtelé Tissus éponge Coton gaufré Produits médicaux Produits techniques et industriels

Egrenage à rouleau

Graines de coton 60-65%

Bourres Papiers de qualité Produits industriels Polymères

Déchets

Semences de coton Huile stéarine Glycérine Graisse de cuisson Alimentation animale Engrais

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La consommation du coton

Les consommateurs veulent du bio et de l’équitable En créant des lignes de vêtements bios, les grandes marques sont devenues de gros acheteurs de fibre biologique. Quand au coton équitable récemment arrivé sur le marché (2005) sa consommation grimpe déjà en flèche dans le monde occidental, où la crise ne remet pas en question les convictions des consommateurs.

Les grandes marques à l’assaut du bio Les militants de la première heure, qui prônèrent l’utilisation de vêtements en fibres naturelles et biologiques, seraient probablement surpris de découvrir les noms des entreprises qui emploient aujourd’hui le plus de coton bio : par ordre de quantités, on trouve notamment une marque Belge, C&A, puis Nike, Walmart, H&M ou encore Levi Strauss. L’entrée de ces marques dans le marché du bio résulte principalement d’un engouement des consommateurs qui souhaitent des produits moins nocifs pour l’environnement et pour la santé. Cet élan représente un levier important pour ce secteur qui a ainsi pu traverser la crise économique sans ecchymose. Globalement, en 10 ans, la consommation finale de coton bio a progressé en moyenne de 40 %. Les ventes mondiales de coton bio ont encore connu une croissance de 35 % en 2009 pour atteindre 4,3 milliards d’euros. La consommation de coton bio devrait continuer à augmenter de 20 à 40 % par an dans les années à venir, stimulée notamment par l’arrivée constante de nouveaux consommateurs tels que l’Europe de l’est ou l’Asie. Le marché va aussi profiter du soutien de quelques géants du vêtement - les marques citées plus haut - qui attendent un approvisionnement stable sur le moyen voire le long terme.

Ventes de produits finis en coton bio En millions de dollars US 5 4,3 4 3,2 3 1,966

2 1,077

1 0,245

0,563

0 1

2

3

4

5

6

Source : Organic Exchange’s (OE) Organic Cotton Market Report 2009. 31


La consommation du coton

Coton équitable : une petite boule qui monte Le coton bio, malgré ses nombreuses vertus, n’a pas pour priorité de remédier aux nuisances sociales de cette culture, même si les méthodes biologiques améliorent les conditions de travail des producteurs : ils évitent notamment la manipulation de produits dangereux. Le volet social de cette filière est plutôt l’apanage du commerce équitable. Les défenseurs de ces échanges plus justes ont d’ailleurs fort à faire : d’importantes lacunes sociales subsistent. Depuis le champ jusqu’au détaillant, de nombreux acteurs économiques se jouent des règles essentielles promues par l’Organisation Internationale du Travail : interdiction de créer un syndicat, non respect des règles de sécurité, revenu insuffisant ou heures supplémentaires non payées. Mais les consommateurs, qui ignoraient autrefois ces pratiques, sont de plus en plus sensibles à l’éthique des marques qu’ils achètent. La sensibilisation du grand public sur ces questions est cependant assez récente : la première étape marquante est le documentaire The big one, en 1999. Michael Moore y dévoile la face cachée des produits textiles de grande consommation en montrant notamment les usines où étaient produits certains vêtements Nike. À ce témoignage vient s’en ajouter un autre beaucoup plus approfondi : le best seller No Logo, la tyrannie des marques, sorti en 2000. Ces documents font partie des facteurs déclencheurs qui ont stimulé l’entrée de la filière cotonnière dans le commerce équitable. Les consommateurs veulent acheter des produits fabriqués dans le respect des critères de responsabilité sociale. Ils le font savoir par leurs choix de consommation : le coton équitable, malgré son jeune âge (cinq ans d’existence) représentait déjà 27.573.000 produits vendus en 2008 à travers le monde, ce qui équivaut à un doublement de la consommation d’une année sur l’autre. Un chiffre que la crise a fait baisser de 15 % en 2009 (23.346.000 produits vendus) sans pour autant remettre en question sa position dans le peloton de tête des produits équitables les plus vendus avec le café, la banane, le thé et le cacao.

Les Belges ont la fibre éthique Vente de coton équitable en Belgique

1000

En millions de dollars US 824 684

298 85

■ 2005 ■ 2006 ■ 2007 ■ 2008 ■ 2009

En Belgique, la courbe des ventes de coton équitable a démarré modestement en 2005 avec 85.000 euros de chiffre d’affaire (chez les grossistes) pour atteindre les 1.100.000 euros en 2009. Les consommateurs belges semblent prêts à soutenir le commerce équitable y compris en période de crise, si l’on en croit la poursuite de la croissance du coton équitable entre 2008 et 2009. Ces données conduisent à l’optimisme, même si les ONG et les consommateurs aiguisent leur esprit critique face à ce nouveau business aux allures généreuses : l’association Vêtements Propres attire par exemple l’attention des citoyens sur le fait que les critères des labels ne portent parfois que sur une petite partie de la filière textile, tout en laissant croire le contraire. Autre frein au développement du commerce équitable : il reste un secteur parallèle qui n’empêche pas les marques de continuer à s’approvisionner dans les « sweatshops », ces « usines de la sueur » toujours très présentes dans les pays du sud. Elles permettent aux distributeurs de proposer des vêtements dont les prix très bas reflètent le niveau des normes sociales appliquées.

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La consommation du coton

Interview

Carole Crabbé : « il ne faut pas confondre coton équitable et vêtement équitable » Secrétaire générale de l’association Vêtements Propres en Belgique, Carole Crabbé éclaircit la notion de commerce équitable pour les vêtements et présente les principes défendus par son organisation.

Max Havelaar demande aux acteurs de la filière de faire des efforts pour respecter les droits fondamentaux des travailleurs. A ce stade, il s’agit davantage de gérer les risques que d’améliorer effectivement les conditions de travail.

Suffit-il d’acheter des vêtements issus du commerce équitable pour qu’ils soient propres ?

De votre côté que faites-vous pour accompagner les entreprises qui veulent changer leurs pratiques ?

En Belgique il y a deux offres : d’un côté les vêtements produits par les membres de WFTO (World Fair Trade Organisation) vendus par Oxfam-Magasins du monde par exemple, qui sont issus de filières dédiées au commerce équitable, du coton au produit fini. Et de l’autre les vêtements qui affichent le label Max Havelaar, vendus dans les commerces traditionnels : ces habits sont souvent présentés comme issus du commerce équitable alors que seul le coton est garanti. Les stades suivants (filage, tissage, confection, etc…) n’entrent pas dans le cadre de la labellisation :

Nous avons élaboré un code de conduite qui fait référence aux normes fondamentales de l’OIT. Depuis le début des années 2000 nous avons mis en place un système de vérification suite à des projets pilotes avec des entreprises. Ce système s’appelle la Fair Wear Foundation (FWF) et favorise la coopération entre les entreprises, les syndicats et les organisations de défense des droits des travailleurs. Une cinquantaine d’entreprises en font partie, dont quatre belges. Ces entreprises de distribution s’engagent à respecter le code de conduite de

la FWF vis-à-vis de l’ensemble des travailleurs de leur filière d’approvisionnement. Avec la FWF, ils établissent un plan de mise en conformité progressive et rendent un rapport chaque année. La FWF vérifie le système de gestion mis en place par l’entreprise, et contrôle la mise en œuvre du plan dans les usines. Le rapport est ensuite rendu public. Pourriez-vous donner trois conseils essentiels aux entrepreneurs du secteur ? La première chose est de bien connaître sa filière, c’est à dire savoir quel est l’itinéraire du produit. Seconde recommandation : choisir ses pays de production en fonction des possibilités réelles de respect des droits des travailleurs. Troisièmement : faire en sorte que ses pratiques d’approvisionnement permettent de respecter les droits des travailleurs. Par exemple, tenir compte d’un salaire minimum vital dans la fixation des prix payés à son fournisseur.

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Le commerce du coton


Le commerce du coton

Exportations : le règne américain

Le classement mondial des pays exportateurs de coton découle en grande partie des subventions versées par les Américains à leurs cotonculteurs. Cette assistance handicape les pays du sud qui prendraient sans cela des parts de marché plus importantes. Ce débat reste la question centrale des discussions cotonnières à l’OMC.

Maîtres du jeu « Pour comprendre la mondialisation, rien ne vaut l’examen d’un morceau de tissu » écrit Erik Orsenna, l’auteur du livre Voyage aux pays du coton. L’écrivain explique à quel point les petites boules blanches qui traversent les océans à bord de porte-conteneurs tissent des liens entre les pays. Les exportations planétaires représentaient en effet près de 8 millions de tonnes en 2010. Un chiffre colossal même si le coton totalise moins de 1 % de toutes les marchandises exportées à travers le monde. Remonter le flux de ces milliards de petits flocons blancs permet d’identifier les pays qui dominent ces échanges. Avec 44 % des exportations mondiales, les Etats-Unis sont les maîtres du jeu, très loin devant l’Ouzbékistan (10 %), le Brésil (9 %) et l’Inde (8 %).

Répartition des principaux exportateurs mondiaux de coton en 2009 (en %)

15,6% 2,8% 3,9% 43,9%

7,1% 7,8% 9%

■ Etats-Unis ■ Ouzbékistan ■ Brésil ■ Inde ■ Afrique OC ■ Australie ■ EU ■ Autres

9,9%

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Le commerce du coton

Interview

Éric Hazard : « L’OMC ne peut pas contraindre un Etat à changer sa politique » Éric Hazard a dirigé la rédaction du Livre blanc sur le coton (éditions Maisonneuve et Larose, 2006). Il est le responsable de campagne en Afrique de l’Ouest pour Oxfam. Quelle influence les subventions accordées aux producteurs de coton américains ont-elles sur le marché mondial ? Grâce à ces soutiens étatiques, les Etats-Unis demeurent le troisième producteur mondial de coton et occupent des parts de marché qui pourraient profiter à d’autres. Si ces subventions n’existaient pas, les Américains produiraient moins de coton et se concentreraient sur d’autres cultures. Ce ne sont pas les subventions en elles-mêmes qui posent problème, mais le fait que dans les pays du Sud - notamment en Afrique - les Etats n’ont pas les moyens de financer leurs producteurs. En outre l’OMC* prône la libéralisation des échanges. Or ceux là même qui sont à l’origine de ces

préconisations - les États-Unis et l’Europe en particulier - font l’exact contraire de ce qu’ils demandent. Comment ce débat évolue-t-il ? Ces dernières années, des pays ont revendiqué une équité des règles commerciales internationales pour tous les pays. Le Brésil a notamment intenté une action juridique contre les Etats-Unis auprès de l’OMC, sur cette question des subventions. La plainte a été entendue au sein de l’organe de règlement des différends qui a donné tort une première fois aux Etats-Unis. Ces derniers ont fait appel, mais la condamnation a été confirmée. Quant aux pays africains, dans un premier temps ils n’ont pas attaqué, ce qui s’explique entre autre par l’importance des relations commerciales et politiques qu’ils entretiennent avec les Etats-Unis. Lorsqu’ils ont enfin décidé de le faire, il était légalement trop tard. Finalement, la victoire du Brésil n’a pas directement profité aux Africains.

Pourquoi ? Le Brésil a utilisé la décision de l’OMC pour défendre ses propres intérêts commerciaux avec les Etats-Unis, plutôt que d’en faire changer les pratiques et d’obtenir des mesures qui auraient été utiles aux Etats africains. Cette injustice provient aussi du fait que l’organe de règlement des différends à l’OMC n’est pas contraignant : cette structure se contente de donner des avis, mais ne peut pas prendre une décision obligeant un Etat. Pour être plus précis, disons que l’OMC donne les moyens au pays lésé de se protéger avec des mesures de rétorsion commerciale, en revanche elle ne peut pas contraindre un Etat de changer sa politique pour qu’elle soit compatible avec les règles de l’OMC. C’est un problème de fond grave.

* OMC : Organisation Mondiale du Commerce

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Le commerce du coton

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La suprématie des Américains - qui, par ailleurs, ne sont que les troisièmes producteurs mondiaux - vient de leur faible propension à transformer la matière première sur place. Ils exportent donc une grande partie de leurs récoltes vers d’autres pays proposant une main d’œuvre bon marché. Cela dit, la baisse de la production outre-Atlantique laisse penser que les exportations américaines devraient naturellement baisser elles aussi à moyen terme. L’Inde a quant à elle multiplié par trois ses exportations avant la crise mondiale et se montre ambitieuse en menant une politique volontariste incitant les agriculteurs indiens à planter des cotonniers. La proximité du marché chinois lui offre un atout de taille. Le Brésil a lui aussi décidé d’investir dans cette filière et vient de prendre le dessus pour la première fois sur l’Afrique de l’Ouest et du centre, en termes d’exportation. La corne africaine reste néanmoins un acteur important de ce marché : sur le continent, le groupe des quatre principaux exportateurs de coton (Burkina Faso, Mali, Bénin et Tchad) aussi appelé C4 est d’ailleurs particulièrement dépendant de cette filière. Pour ces pays, elle représente en moyenne 6,5 % du PNB (Produit National Brut), et 33 % des revenus d’exportation. Il s’agit donc d’un secteur vital : à titre d’exemple, au Burkina Faso 300.000 paysans pratiquent cette culture, mais au total trois millions de personnes reçoivent les revenus qui en émanent directement ou indirectement. >>>

Transactions internationales et réglementations Sur quelle échelle s’appuyer pour contrôler la qualité du coton lors d’une transaction ? À quel stade du processus peser la marchandise ? De quel délai un acheteur dispose-t-il pour faire une réclamation ? Telles sont les questions auxquelles doit répondre dans les moindres détails le règlement sur lequel s’appuient les opérateurs du secteur pour acheter ou vendre. Mais les Européens n’ont pas réussi à adopter un seul règlement harmonisé comme ils l’ont fait pour le café par exemple. Il existe donc plusieurs Systèmes de Règlements Privés (SRP) à même d’encadrer ces échanges et les importateurs et exportateurs qui souhaitent commercer doivent donc choisir l’un d’entre eux, avant de rédiger un

contrat. Le Système de Liverpool, porté par l’International Coton Association est utilisé pour plus de 60 % des transactions dans le monde. Mais d’autres existent et sont largement utilisés, tels que le Règlement Général Européen, promu par l’association cotonnière de Belgique et par quelques autres organisations européennes, espagnoles et françaises notamment. Les SRP facilitent grandement la tâche des professionnels qui disposent d’une base commune connue de tous. Ce fonctionnement réduit le contenu des contrats aux informations essentielles (lieu et date de la livraison, etc.) qui tiennent parfois sur quelques pages seulement, même lorsque les quantités vendues sont colossales.

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Le commerce du coton

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La plainte des producteurs du Sud Cette répartition des échanges cotonniers résulte essentiellement de la suppression, fin 2004, des Accords multifibres qui imposaient des quotas. L’OMC a contribué à libéraliser le marché et favorisé la forte ascension de la consommation de coton en Chine. « L’usine du monde » a enfin pu tirer parti de son avantage en terme de transformation. Bien que ce pays reste un grand producteur de coton, la consommation de ses usines est telle que la Chine doit importer 20 % du coton brut qu’elle utilise. Or les États-Unis sont les premiers fournisseurs de la Chine. Mais comment le coton américain peut-il être aussi compétitif ? Cette domination sur le marché découle du soutien sans faille apporté à sa filière cotonnière par l’Etat américain qui distribue aux exploitants de généreuses subventions. On estime par exemple qu’entre 1999 et 2002 le montant versé aux producteurs américains a atteint 12 milliards de dollars, tandis que la valeur des récoltes atteignait à peine 14 milliards sur la même période. Aujourd’hui, ces subventions représentent toujours 24,5 millions de dollars par an. Dans ces conditions, les Etats-Unis sont accusés par les autres exportateurs de déstabiliser le marché mondial. Ce rapport de force est donc devenu le sujet stratégique des discussions cotonnières au sein de l’OMC. Les producteurs du Sud ne cessent d’alerter l’Organisation mondiale du commerce à propos de l’impact des subventions américaines : eux-mêmes n’ont pas les moyens financiers de rivaliser sur ce plan là et ils ne peuvent donc que subir les cours dépréciés du coton. L’Europe ne fait rien pour arranger cette situation, elle qui subventionne aussi largement les cotonculteurs de l’Union, mais les critiques sont moins virulentes à son égard tant les quantités produites sont faibles et influencent peu le marché. Cela dit, en l’absence de véritable régulation commerciale, les marques et les consommateurs ont un autre moyen de faire respecter une certaine justice : ils ont de plus en plus recours à du coton issu du commerce équitable, acheté à un prix calculé à partir des coûts réels de sa production plutôt qu’en fonction du prix du marché. La production de coton issu du commerce équitable et de l’agriculture biologique suit une courbe nettement ascendante, tout comme ses échanges. Cela dit ce coton plus durable reste encore trop marginal pour apparaître dans les statistiques internationales. Une lacune qui devrait être comblée : ces deux marchés ne sont qu’au début de leur cycle et devraient prendre une part croissante des exportations mondiales, si l’on en croit l’engouement des consommateurs des pays riches et des marques.

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Le commerce du coton

Le déclin des importations belges et européennes Comme le reste de l’Europe, la Belgique réduit depuis plus de vingt ans ses importations de coton brut tandis que les produits finis affluent en quantités croissantes : la Chine a progressivement conquis ce marché, faisant tomber les barrières douanières autant que les prix de revient.

Une baisse tendancielle… La Belgique a importé près de 10 000 tonnes de coton brut en 2009. Un chiffre qui alarme les observateurs du secteur : ils ont vu les importations se diviser par quatre en cinq ans seulement. L’industrie textile qui représente aujourd’hui 27 000 emplois directs en Belgique a connu une sévère cure d’amaigrissement en perdant 2 500 emplois en 2008 et 1500 en 2009. Cette impressionnante baisse liée à la crise n’est en fait que l’épisode le plus récent du déclin de l’industrie textile belge et européenne. Un autre événement brutal avait déjà bouleversé les échanges quelques années plus tôt : l’entrée de la Chine sur le marché mondial en 2005, lorsque les Accords multifibres avaient été supprimés. Le volume des importations de textile (produits finis) en Belgique avait alors augmenté de 250 %. En d’autres termes, la transformation du textile se délocalisait massivement vers la Chine. Mais il faut remonter plus loin encore, dans les années 1980, pour découvrir les débuts de ce phénomène : en vingt ans, les importations en provenance de Chine ont été multipliées par 10.

… sur un marché tendu Si l’on en croit les courbes de conjoncture, l’industrie textile belge aurait amorcé une reprise en 2010. Mais de nouvelles menaces se profilent déjà. Les prix ont connu une flambée inédite du fait que l’approvisionnement s’avère de plus en plus difficile. Les entreprises européennes ont du faire face à une baisse de la disponibilité des matières premières d’autant plus criante que les acteurs importants du secteur, tels que la Chine, sont prêts à payer le coton au prix fort pour alimenter leurs manufactures. D’autres comme l’Inde ont tout simplement interdit les exportations de coton pour un temps, afin d’approvisionner en priorité leurs manufactures. Un blocage dont se plaignent les voisins de l’Inde (Pakistan, Bangladesh, Chine), mais aussi les importateurs belges : ils doivent eux aussi alimenter leurs filatures et autres ateliers d’ennoblissement ou de confection, même si ces usines représentent moins de 5 % de l’emploi industriel en Belgique.

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Le commerce du coton

Les principaux fournisseurs du pays sont, par ordre d’importance, le Kazakhstan, la Syrie, la Turquie, les Etats-Unis et l’Ouzbékistan. Les pays africains, s’ils ne font pas encore partie des premiers partenaires de la Belgique, gagnent indéniablement des parts sur ce marché : on a par exemple observé une multiplication par cinq des importations en provenance du Mali, en deux ans seulement. Cette évolution est due directement au développement du coton bio et équitable qui se fait en priorité avec ce continent. Mais quelle que soit l’origine géographique du coton et les circonstances de sa production, la tension qui règne sur le marché international devrait impacter directement le portefeuille des consommateurs européens : en bout de chaîne, ils pourraient subir une hausse du prix de leurs vêtements qui, dans le cas d’un produit aussi classique que le jean, pourra atteindre 25 %. À ce prix là, les consommateurs suivront peut-être avec moins d’assiduité le renouvellement des collections et les cycles toujours plus rapides de la mode vestimentaire.

Cours du coton : un prix sur le fil Comment un acheteur chinois ou encore un cotonculteur égyptien ou américain peuvent-ils connaître le prix moyen du coton ? Les acteurs de cette filière, pour assurer une certaine cohérence commerciale se réfèrent tous à un même cours appelé « l’indice Cotlook » parce qu’il est calculé par la société anglaise Cotton Outlook. Cette dernière fait une moyenne des cotations de plusieurs origines et communique son estimation en cents américains par livre de coton. Sur cette base, deux indices sont calculés selon la longueur des fibres : l’un appelé « indice A » donne le prix moyen du coton à fibre courte et l’autre « indice B » correspond au prix du coton à fibre longue. Ces dernières années, quel que soit l’indice choisi, l’évolution du prix mondial de cette matière première n’était guère plus prévisible que la trajectoire d’une boule de coton flottant dans le vent. Après avoir baissé, passant de 0,68 dollars la livre en 2003-2004 à 0,52 en 2004-2005, l’indice est re-

monté à 0,73 dollars en 2007-2008 pour retomber à 0,61 dollars en 2008-2009. Mais c’est en 2010 que les petits flocons blancs ont été le plus secoués par le vent tempétueux des marchés. Après une augmentation presque sans interruption depuis avril 2009, les prix ont alors atteint leur plus haut niveau depuis 1995 : le 29 septembre 2010 l’indice A Cotlook affichait 1,15 dollar par livre de coton. 80 % plus élevé qu’un an plus tôt ! Cette flambée des prix exceptionnelle découle principalement d’un enchaînement d’événements : en 2009-2010, la consommation de coton s’est redressée après la crise, tandis que l’offre était au plus bas. Cette faiblesse de l’offre est largement due aux inondations catastrophiques qui ont frappé un important producteur de coton : le Pakistan. Cette situation devrait s’apaiser, les prix élevés ayant poussé les agriculteurs à relancer la production de coton. Pour autant, comme le montre l’histoire du coton, la fibre n’est pas à l’abri d’une nouvelle bourrasque.

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Les certifications bio et équitables

Les certifications bio et équitables Les démarches décrites ci-dessous, qu’elles entrent dans la catégorie des labels officiels ou des certifications privées, ont toutes pour point commun de faire l’objet de contrôles indépendants. Voici une description de leur fonctionnement et des garanties qu’elles apportent.

Systèmes de garantie du commerce équitable Max Havelaar Ce macaron vert, noir et bleu est la certification de commerce équitable la plus courante dans les commerces de vêtements. Partant du constat que l’évolution des cours du coton ne garantit pas aux petits producteurs un revenu décent, Max Havelaar veut leur assurer des prix plus justes, réguliers et stables, et des conditions de travail plus dignes. Cette estampille s’appuie sur un éventail de critères principalement sociaux et économiques, dont le respect est garanti par un certificateur indépendant. Cela dit l’association « Vêtements propres » met en garde les consommateurs contre certaines confusions qui peuvent laisser penser que cette certification engage toutes les entreprises jalonnant le processus de production. Elle ne garantit en réalité que la production de la fibre (voir l’interview de Carole Crabbé). Parmi les associations de producteurs répondant aux exigences de Max Havelaar, l’Union Communale des Coopératives de Producteurs de Coton, au Mali, offre un bon exemple de ce que le commerce équitable peut apporter à des agriculteurs. Outre des revenus 70 % plus élevés que la normale, ces règles plus justes leur ont permis de creuser des puits, de construire un centre de santé et de perfectionner leurs programmes d’alphabétisation. Pour en savoir plus : www.maxhavelaar.be

World Fair Trade Organisation (WFTO) Autrefois appelée International Fair Trade Association (IFAT), cette organisation défend les valeurs du commerce équitable, depuis l’interdiction du travail des enfants, jusqu’à la fixation de revenus plus justes, en passant par l’amélioration de la qualité de vie des petits producteurs ou encore la transparence à l’égard des consommateurs. Cette association qui regroupe les acteurs équitables dans le monde entier compte parmi ses membres des entreprises intervenant sur chacune des étapes de la production d’un produit textile, ce qui permet de garantir le respect de ses critères tout au long de la filière. Mais cette organisation ne garantit en revanche qu’une vérification très limitée des pratiques de ses membres. Ce contrôle est basé sur l’auto-évaluation effectuée par les producteurs eux mêmes. Le réseau Agrocel, en Inde, illustre parfaitement le profil des membres la WFTO : cette coopérative de coton équitable assure à ses producteurs non seulement un revenu décent, mais aussi une prime de commerce équitable et un accompagnement pour assurer la stabilité économique des cotonculteurs. Pour en savoir plus : http://www.wfto.com 41


Les certifications bio et équitables

Certifications biologiques Demeter Cette certification gérée et vérifiéd par l’association Demeter identifie le coton issu de l’agriculture biodynamique. Ses critères recoupent ceux de l’agriculture biologique, mais incluent d’autres principes tels que les traitements des cultures à base de plantes médicinales. De même, les rythmes de la nature et la position des planètes tiennent une place importante dans le calendrier des agriculteurs pratiquant la biodynamie. Enfin, la récolte mécanique du coton n’est autorisée que sous certaines conditions et la collecte manuelle encouragée. En ce qui concerne la transformation du textile, Demeter fixe ses exigences au même niveau que la certification Naturtextil Best et interdit par exemple le mercerisage (application de soude caustique pour faire gonfler la fibre) ou encore l’usage de teinture contenant du cuivre, quelle qu’en soit la teneur. L’obtention du label n’est pas conditionnée par la validation de critères sociaux. L’une des associations de cotonculteurs qui respectent les exigences de Demeter et fournissent le marché belge se trouve en Egypte. Il s’agit de la coopérative Sekem. Pour en savoir plus : http://www.demeter.net

GOTS Le Global Organic Textile Standard a été créé à l’initiative d’un groupement rassemblant l’Association Natural Textile Industry, la Soil Association, l’Organic Trade Association et la Japan Organic Cotton Association. Cette certification privée comporte deux niveaux : le plus strict exige que 95 % des fibres entrant dans la fabrication du vêtement soit issu de l’agriculture biologique. Le plus tolérant accepte que la part de coton bio se limite à 70 %. La certification concerne aussi la suite du processus de production en interdisant par exemple les solvants aromatiques ou encore le formaldéhyde. Enfin des critères sociaux viennent compléter l’ensemble, même s’ils ne sont pas la priorité de GOTS : ils font essentiellement référence aux grands principes de l’Organisation Internationale du Travail. GOTS remplace depuis 2008 le label Eko sustainable textile qui n’existe plus. Le groupement de producteurs biologiques Assisi, situé en Inde, dans le Maharastra, fait partie de ceux qui respectent les critères du Global Organic Textile Standard. Pour en savoir plus : http://www.global-standard.org

Naturtextil L’association internationale des industriels du textile est à l’origine de cette certification bio que l’on trouve autant sur du linge de maison que sur des vêtements. Son cahier des charges n’oublie aucun stade de la chaîne logistique, depuis la culture du coton jusqu’aux finitions des produits. Au moins 95 % du textile entrant dans la composition d’un produit labellisé doit être issu de l’agriculture biologique. Puis à l’étape du lavage l’utilisation de chlore ou d’ammoniac est exclue tout comme l’usage de colorants susceptibles de contenir des métaux lourds. Cette certification se présente au consommateur sous deux formes différentes qui sont en fait deux niveaux de normes distincts. La première, appelée simplement Naturtextil, respecte tous les principes que l’on vient de décrire. La seconde, Naturtextil Best, se veut plus stricte : elle s’applique aux vêtements dont 100 % des fibres sont bio et dont même les broderies, étiquettes, bandes élastiques et autres petits accessoires sont 100 % naturels. Malgré son nom qui montre la priorité donnée aux principes écologiques, cette certification garantit également le respect de certaines normes sociales protégeant les ouvriers de la filière : interdiction du travail forcé, salaire minimum et droit d’association notamment. Pour en savoir plus : www.naturtextil.com

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Les certifications bio et équitables

Biogarantie Gérée par plusieurs associations d’agriculteurs, de transformateurs et de distributeurs, cette marque a pour but de distinguer les produits issus de l’agriculture biologique. Linges, tissus décoratifs, tapis ou vêtements, tous les produits qui intègrent du coton sont susceptibles d’afficher cette certification. Outre l’usage d’au moins 70 % de matière première issue de l’agriculture biologique, le petit tampon noir qui sert de logo à Biogarantie témoigne du respect de pratiques écologiques tout au long du processus de production. La transformation doit notamment entraîner une consommation d’énergie limitée au strict minimum, épurer l’eau et la réutiliser, mais aussi éviter l’usage d’adjuvants. De même, les OGM ne doivent entrer en jeu d’aucune manière et à aucune étape du processus de production. Si l’aspect écologique de cette certification est prépondérant, des critères sociaux viennent s’y ajouter, tels que la liberté d’association, un plafond d’heures supplémentaires à effectuer ou encore un âge minimum de 15 ans pour les ouvriers intervenant tout au long de cette filière. La certification Biogarantie n’est aujourd’hui appliquée que par une marque de vêtements appelée De Geest et qui propose des pantalons, shorts, chemises et autres tee-shrits portant le macaron noir. Pour en savoir plus : www.biogarantie.be

Certification écologique Écolabel européen Il garantit le respect de 40 critères environnementaux qui ne concernent pas seulement le coton brut, mais s’étalent sur tout le cycle de vie d’un vêtement, depuis l’extraction des matières premières, jusqu’à la fin de vie d’un habit, en passant par le nettoyage de la fibre ou encore la teinture du tissu. En reconnaissant ce label, le consommateur a notamment l’assurance d’un processus de fabrication économe en eau, de l’usage de pâtes d’impression sans substances nocives ou encore d’une certaine robustesse : ces produits sont conçus pour être durables plutôt que jetables. Attention, cette estampille ne signifie pas qu’un vêtement soit composé de fibres naturelles puisqu’il porte aussi sur des textiles synthétiques. De même, il ne doit pas être confondu avec un label bio puisque - lorsqu’il est affiché sur un vêtement en coton par exemple - il ne garantit pas que ce dernier soit issu de l’agriculture biologique. Pour en savoir plus : www.ecolabel.fr

Engagement d’entreprises Better Cotton Initiative L’association BCI a pour but de promouvoir une amélioration sociale et environnementale mesurable de la culture du coton. Elle réunit des parties prenantes intervenant sur la filière cotonnière, ainsi que des ONG comme le WWF et des multinationales telles que H&M ou Ikéa. Suite à un processus de consultation de ces acteurs, la BCI a élaboré un système d’accompagnement (et non une certification) comprenant des critères de production, une procédure d’évaluation des exploitations agricoles et un mécanisme de suivi pour mesurer les progrès accomplis. Parallèlement, l’association a mis en place une plateforme de soutien à la communication fournissant des guides de bonnes pratiques, mais aussi un kit de documents permettant aux membres de communiquer à propos de cette initiative. Économies d’eau, protection des sols et diminution des pesticides font partie des recommandations écologiques de la BCI qui promeut également des conditions de travail décentes et de justes revenus. Aujourd’hui, la BCI travaille avec des cotonculteurs essentiellement situés dans quatre régions : en Afrique de l’Ouest et du centre, au Brésil, au Pakistan et en Inde. Pour en savoir plus : http://www.bettercotton.org

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Les certifications bio et équitables

Certifications transversales Ecocert ESR

Equitable Solidaire et Responsable : telle est la signification de cet acronyme qui désigne la certification mise en place par Ecocert. Cet organisme de contrôle, habituellement au service d’autres labels, a voulu mettre en place avec l’ESR sa propre certification et son propre référentiel. Les responsables insistent sur l’équilibre entre les aspects sociaux et environnementaux que doit incarner ce label. L’ESR se veut très complet et réunit des exigences aussi variées que le respect d’un mode de production biologique, la protection de la biodiversité, la vigilance énergétique, l’absence du travail des enfants, le paiement de salaires décents ou encore l’investissement volontaire dans des projets de solidarité. Ecocert se préoccupe également de transparence et garantit une information complète du consommateur à propos de l’origine géographique ou de la formation du prix par exemple. L’un des plus importants fournisseurs de coton certifié ESR se nomme Biocoton et rassemble 72 producteurs indiens. Tous respectueux des normes écologiques et sociales requises, ils se sont regroupés en association. Dans la composition de leurs prix, une prime est prévue pour la mise en place de projets pour la communauté (scolarisation, équipements sanitaires…). Pour en savoir plus : http://www.ecocert.fr/-ESR-Equitable-Solidaire-.html

Made by À l’initiative de l’ONG néerlandaise Solidaridad, cette certification veut offrir une garantie globale, à la fois écologique et sociale, portant sur plusieurs phases de production, notamment la culture des fibres, la filature et la confection. L’estampille en forme de bouton bleu garantit que les vêtements se composent de coton bio et que les entreprises de confection respectent un code de conduite social compatible avec les principes de l’Organisation Internationale du Travail : elles garantissent que les employés ne mettent pas en danger leur santé, qu’ils peuvent adhérer à un syndicat et reçoivent un salaire décent. L’une des communautés d’agriculteurs qui fournit le coton biologique et équitable des marques certifiées Made by se nomme Mahima Organic Cotton. Ce groupe d’agriculteurs du nord de l’Inde ne comptait que 300 familles en 2000, mais il s’est considérablement développé pour atteindre aujourd’hui les 1500 familles. Toutes ont suivi une formation remettant au goût du jour les techniques traditionnelles sans herbicides ni pesticides, avant de les mettre en pratique au quotidien pour effectuer leur conversion en agriculture biologique. Attention : les marques adhérentes du label Made by utilisent toutes du coton bio comme celui produit par Mahima Organic Cotton, mais cela ne signifie pas que leurs vêtements sont composés à 100 % de coton issu de l’agriculture biologique. Certaines n’ont pas atteint ce pourcentage et font seulement en sorte d’utiliser une quantité croissante de coton bio. Pour en savoir plus : www.made-by.nl

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Les certifications bio et équitables

Conclusion

le coton pèse lourd Scruter une boule de coton sous tous ses angles et observer la filière cotonnière de la cueillette jusqu’aux boutiques de textile nous montre que cette fibre n’est pas le nuage doux et inoffensif que l’on imagine. Pollution, assèchement des nappes phréatiques, maladies, conditions de travail indécentes et subventions néfastes forment autant de taches qui ternissent la blancheur du coton. Les mots « exportations », « importations », ou « cours internationaux » contribuent à désincarner ces problématiques, qui ont pourtant un impact sur la vie quotidienne de centaines de milliers de personnes. Mais la mondialisation nous offre aussi des leviers pour orienter ce marché. Sommes nous d’accord pour généraliser les semences OGM et poursuivre l’agriculture intensive ? Ou veut-on au contraire favoriser une cotonculture biologique à taille humaine ? Allons-nous saisir la chance qui nous est offerte par le commerce équitable de favoriser une filière coton plus juste ? Cette brochure ne se contente pas de prendre une photo de ce marché stratégique, mais nous apporte les outils nécessaires pour répondre à ces questions et soutenir un commerce à la fois plus solidaire et plus écologique. Mieux comprendre les événements qui se jouent sur la scène cotonnière mondiale, au niveau agricole, industriel et politique permet de mesurer toute l’importance de cette filière qui peut-être vitale pour certains pays. Décrypter les rapports de force qui sous-tendent la répartition des rôles sur ce secteur nous aide à mesurer l’importance des actions menées par les ONG, les labels et autres initiatives. Ces démarches permettent à chacun d’entre nous de peser sur la balance cotonnière. Nos choix sont comme chacune de ces boules duveteuses : elles semblent insignifiantes, mais une fois rassemblées dans l’une de ces balles (220 kilos) qui parcourent les routes commerciales, elles offrent un contrepoids décisif et incontournable.

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Sources Négociants et canaux commerciaux

Ouvrages et articles

Sites internet

L’Europe et la Belgique font parti des marchés de prédilection pour l’industrie cotonnière. Voici les organisations essentielles autour desquels les acteurs du coton gravitent.

- Le guide de l’exportateur de coton, Centre du Commerce International, 2007. - Note de conjoncture, Comité Consultatif International du Coton, 2010. - The Great Cotton Stitch-up, Fairtrade Foundation, 2010. - Statistiques concernant le secteur du textile et de l’habillement, 1973-2009, Commission Consultative Spéciale Textile et Vêtement, 2010 - Étude sur la compétitivité de l’industrie textile belge, Commission Consultative Spéciale Textile et Vêtement, 2008 - The market for organic and fairtrade cotton fibre and cotton fibre products, Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), 2009. - Guide de production du coton biologique et équitable, Association Suisse pour la Coopération internationale, 2008. - Label Fringue Décodage, Vêtements Propres, 2007. - Le livre blanc sur le coton, Éric Hazard, Diapol, 2005. - Voyage aux pays du coton, petit précis de mondialisation, Érik Orsenna, Fayard, 2006. - Organic cotton production and fiber trade 2008-2009, in the eye of the storm, International Federation of Organic Agriculture, 2010. - Sauvegarder la production européenne de coton, Parlement Européen, 2008. - Cleaner greener cotton, Impact and better management practices, World Wildlife Fund 2007. - Overview of labels for organic cotton, Center for the Promotion of Imports from Developing Countries, 2008. - Water footprint of cotton, wheat and rice in central Asia, UNESCO-IHE, Institute For Water Education, 2010. - Commodity Factsheet – Cotton, World Wildlife Found, 2009. - The deadly chemicals in cotton, Environmental Justice Foundation, 2007. - State sponsored forced child labour in Uzbekistan, Environmental Justice Foundation, 2010. - Picking cotton, the choice between organic and genetically engineered cotton for farmers in South India, Laboratoire de recherche de Greenpeace, Université d’Exeter (UK), 2010. - L’économie cotonnière des pays africains de la zone franc dans la tourmente de la mondialisation, Alfred Schwartz, Institut de Recherche pour le Développement, 2010.

Comité Consultatif International du Coton www.icac.org

Fedustria Allée Hof-ter-Vleest 5/1 BE - 1070 Bruxelles Tél.: 02/528.58.11 info@fedustria.be www.fedustria.be La Fédération Belge de l’Industrie Textile, du Bois et de l’Ameublement représente les intérêts des acteurs du textile, quelque soit leur intervention dans la chaine de production : ennoblissement, filature, confection, etc. Leur site internet offre donc un panorama très complet des organisations importantes à connaître. Creamoda – Belgian fashion Leliegaarde 22 BE - 1731 Zellik Tél.: 02/238.10.11 info@creamoda.be www.creamoda.be Trouver un distributeur, un partenaire à l’étranger ou un importateur, rédiger un contrat… tels sont les appuis que Creamoda apporte à ses affiliés. Louis Dreyfus Cotton International N.V.
Arenbergstraat 21 BE - 2000 Anvers Tél.: 32.3.203.66.00
 www.louisdreyfus.com Louis Dreyfus Cotton International est un important négociateur de coton, comme Olam, l’entreprise mentionnée ci-dessous. Olam International Limited
 11-02, Suntec Tower 2 9 Temasek Boulevard Singapore 038989 Tél.: +65 63394100 www.olamonline.com Eurocoton 24 rue Montoyer - Bte 13 BE - 1000 Bruxelles Tél.: 02/230.32.39 michele.anselme@eurocoton.org Le Comité des industries du coton et fibres connexes défend les intérêts des fédérations nationales des pays européens actifs sur ce secteur, notamment auprès des institutions de l’Union.

Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement www.unctad.org Organic Trade Association www.ota.com Plateforme internationale du coton biologique www.organiccotton.org Centre Technique pour l’Agriculture et la Coopération Rurale http://agritrade.cta.int/ Association Vêtements Propres Belgique http://www.vetementspropres.be Max Havelaar Belgique www.maxhavelaar.be World Fair Trade Organisation www.wfto.com

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Trade for Development Centre Le Trade for Development Centre est un programme de la CTB (l’Agence belge de développement) pour la promotion d’un commerce équitable et durable avec les pays en voie de développement. Les 3 axes de travail du Centre :

› Centre d’expertise C’est le centre d’expertise sur les thématiques d’aide au commerce, commerce équitable et commerce durable. Collecte, analyse et production d’information (enquêtes d’opinion auprès des consommateurs, études de marchés,...) Animation d’un groupe de travail au sein de la plate-forme d’appui au secteur privé « Entreprendre pour le développement ».

› Appui aux producteurs Le Trade for Development Centre est un outil d’appui aux organisations de producteurs. Il soutient les producteurs marginalisés, les micros et petites entreprises ainsi que les projets d’économie sociale inscrits dans des dynamiques de commerce équitable et durable. Renforcement des capacités organisationnelles, techniques et productives Transmission d’informations pertinentes (sur les marchés, les certifications disponibles,...).

› Sensibilisation Le Centre met en place des campagnes de sensibilisation à destination des consommateurs (Semaine du commerce équitable), des acteurs économiques et des pouvoirs publics belges.


CTB - agence belge de dĂŠveloppement TRADE FOR DEVELOPMENT centre rue haute 147 1000 Bruxelles T +32 (0)2 505 19 35 www.btcctb.org www.befair.be


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