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commerce Équitable et commerce durable au sÉnÉgal 1


ÉDITEUR RESPONSABLE Carl MICHIELS COORDINATION Phenyx43 RÉDACTION Dan AZRIA - Phenyx43 CONCEPTION Julie RICHTER - Phenyx43 PHOTO COUVERTURE Crédit : Alter Eco

Cette publication du Trade for Development Centre ne représente pas l’avis officiel de la Coopération belge au Développement Bruxelles, décembre 2011

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INTRODUCTION

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UNE PRÉSENTATION DU SÉNÉGAL

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LE COMMERCE ÉQUITABLE

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L’ÉCONOMIE SOLIDAIRE ET LE COMMERCE ÉQUITABLE

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LES ACTEURS

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LES INITIATIVES

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LES AUTRES CERTIFICATIONS

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CONCLUSION

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INTRODUCTION Front du continent dans l’Océan Atlantique, le Sénégal est au carrefour des voies maritimes, au confluent de l’Afrique, de l’Europe et de l’Amérique. Cette situation particulière a exposé pendant des siècles ce pays francophone aux agissements et à la cupidité des esclavagistes. Souvent cité en exemple malgré la persistance de clivages ethniques, sociaux et religieux, le Sénégal bénéficie depuis son indépendance d’une stabilité politique remarquable grâce à laquelle ont pu émerger une société civile dynamique et des mouvements sociaux et économiques forts. Cette situation, ainsi que l’importance des femmes dans l’entreprenariat sénégalais, explique sans doute le développement particulier de l’économie solidaire au Sénégal et l’émergence d’initiatives particulièrement originales en matière de commerce équitable et durable.

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Salesgirl in Dakar - CrĂŠdit : Ferdinand Reus

CrĂŠdit : Artisans du Monde - Ndem

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UNE PRÉSENTATION DU SÉNÉGAL

DU COMMERCE TRIANGULAIRE A L’INDÉPENDANCE EXEMPLAIRE DIVERSITÉ DE PAYSAGES, DIVERSITÉ DE CULTURES PORTRAIT SOCIOÉCONOMIQUE LES PRINCIPALES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES

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DU COMMERCE TRIANGULAIRE A L’INDÉPENDANCE EXEMPLAIRE La conquête coloniale des terres qui deviendront le Sénégal commence dès la découverte de ces rivages en 1442 par les Portugais qui se lancent rapidement dans la traite des Noirs, en concurrence avec les négriers britanniques, hollandais et français. Ces derniers finissent par s’imposer et, tandis que les Hollandais fondent un comptoir sur l´île de Gorée, la France établit en 1659 celui de Saint-Louis qui deviendra la première capitale du Sénégal. L’ordre colonial s’affirme dans la seconde moitié du XIXème siècle avec Faidherbe, gouverneur du Sénégal, qui étend l’influence française au cœur du continent et créé le port de Dakar qui devient, en 1902, la capitale de l’Afrique Occidentale Française, l’une des principales colonies françaises en Afrique1. Intégrées à l’Armée coloniale française dès 1857 pour pallier le manque d’effectifs venus de la métropole, les troupes indigènes regroupées dans le corps des Tirailleurs sénégalais paient un lourd tribut lors des deux Guerres mondiales. Jusqu’en 1905, ces régiments se composent principalement d’esclaves rachetés à leurs maîtres locaux et de prisonniers de guerre. Les sous-officiers proviennent généralement de l’aristocratie locale. Le 20 août 1960, le Sénégal proclame son indépendance en tant que république démocratique constituée sur le modèle politique français de 1958. Le premier président est Léopold Sédar Senghor, leader charismatique et poète de renom. Entre 1982 et 2004, des affrontements sporadiques opposent les séparatistes installés dans le sud de la Casamance, majoritairement chrétiens, et les forces gouvernementales. Fin 2010, de nouveaux incidents ont mis en évidence l’instabilité qui règne encore dans cette région. Un autre foyer de conflit entre des Casamançais et la Guinée-Bissau s’est développé en avril 2007. En dépit de ces incidents, le Sénégal est souvent cité comme un modèle de stabilité en Afrique.

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Tirailleur sénégalais et sa famille à Marseille fin 1913 Source : Le Miroir, 18 janvier 1914 - Photographe inconnu


Saint-Louis du Sénégal - Crédit : Hugo van Tilborg

Situé à l’avancée la plus occidentale du continent africain dans l’Océan Atlantique, le Sénégal est au carrefour des voies maritimes entre l’Europe, l’Amérique et l’Afrique.

DIVERSITÉ DE PAYSAGES, DIVERSITÉ DE CULTURES Le Sénégal est entouré au nord par la Mauritanie, à l’est par le Mali, au sud par la Guinée et la Guinée Bissau, et à l’ouest par l’Océan Atlantique sur une façade de 500 kilomètres. La Gambie forme une quasi-enclave dans le Sénégal, pénétrant à plus de 300 km à l’intérieur des terres. De par sa situation, le Sénégal offre de nombreux contrastes au niveau géographique et climatique avec, à l’ouest, l’un des ports les plus importants d’Afrique (Dakar) et, à l’est, un climat désertique et aride où la sécheresse sévit régulièrement. La diversité humaine est à l’image de ces paysages. La population, très majoritairement musulmane (90%), est d’environ 11 millions de personnes et se compose de nombreuses ethnies (Wolofs, Peuls, Sérères, essentiellement), sans compter les Libanais, les Européens et les Chinois, assez présents en milieu urbain2.

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PORTRAIT SOCIOÉCONOMIQUE Le Sénégal est un pays encore très pauvre, et ce malgré une aide au développement qui est l’une des plus importantes d’Afrique. L’espérance de vie est de 51 ans environ et la mortalité infantile reste élevée. Le pays connaît une fracture importante entre les zones urbaines et rurales. Pendant longtemps la population était plutôt concentrée sur la façade atlantique, mais l’exode rural a accru l’inégalité de cette répartition. Désormais, un Sénégalais sur quatre vit dans la presqu’île du Cap-Vert et la capitale est au bord de l’asphyxie. L’éducation est gratuite jusqu’au niveau universitaire mais plus d’un tiers de la population est analphabète

et les coûts associés à l’éducation (transports, livres, etc.) restent encore prohibitifs pour de nombreuses familles. En ce qui concerne la santé, bien que le pays possède un système public, celui-ci est plutôt rudimentaire et certaines maladies (la malaria entre autres) ainsi que la malnutrition sont toujours des causes importantes de mortalité. Bien qu’il existe certains services publics, divers facteurs concourent à les rendre difficiles à supporter par l’État, notamment une base fiscale limitée par un secteur informel omniprésent (estimé à 70 à 80% de l’activité économique), et des critères d’austérité imposés par les bailleurs de fonds internationaux3.

LES PRINCIPALES ACTIVITÉS ÉCONOMIQUES

Pêcheur au large des côtes de Joal - Crédit : United Nations / J. Mohr

À l’origine, les colonies françaises ne devaient produire que de la matière première et une main-d’œuvre gratuite et ce en vertu du principe d’interdit industriel édicté par Colbert selon lequel «pas un clou ne devait sortir des colonies»4. Malgré cet héritage, le Sénégal possède la troisième économie de la sous-région ouest-africaine après le Nigéria et la Côte d’Ivoire. Compte tenu de sa situation géographique et de sa stabilité politique, le Sénégal fait partie des pays africains les plus industrialisés avec la présence de multinationales majoritairement françaises et, dans une moindre mesure, américaines. Ses principaux partenaires économiques sont la France, l’Inde, l’Italie. Cependant, depuis plusieurs années, la Chine devient un interlocuteur majeur comme en témoignent les fréquents sommets Chine-Afrique.  Le pays est caractérisé par une importante activité rurale qui se divise entre des cultures de rente (arachides et coton surtout) et une économie paysanne de subsistance. Les productions agricoles principales du Sénégal sont les arachides et le coton, le riz, le mil et les cultures maraîchères. Comparé aux autres pays du continent africain, le Sénégal est pauvre en ressources naturelles, ses principales recettes provenant de la pêche, du tourisme et de l’agriculture.

La pêche reste toujours une activité importante dans les zones côtières, mais les stocks de poisson s’amenuisent avec l’augmentation du nombre de chalutiers pêchant au large des côtes sénégalaises (cf. page 38)5.

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LE COMMERCE ÉQUITABLE

AUX ORIGINES DU COMMERCE ÉQUITABLE LE COMMERCE ÉQUITABLE, C’EST QUOI ? FILIÈRE LABELISÉE ET FILIÈRE INTEGRÉE

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Association des Villageois de N’Dem - Crédit : Fédération Artisans du Monde / David Erhart

Le commerce équitable est né d’un constat simple : les écarts de richesse entre les populations des pays les plus riches et celles des pays les plus pauvres ne cessent de se creuser malgré les sommes investies dans l’aide au développement.

AUX ORIGINES DU COMMERCE ÉQUITABLE Guerres, catastrophes naturelles, infrastructures défaillantes, corruption, … les causes de ces déséquilibres sont multiples mais parmi celles-ci figurent indubitablement des problèmes économiques structurels. La spéculation sur les matières premières, la spirale de l’endettement, la concurrence subventionnée des producteurs des pays industrialisés, tous ces mécanismes constituent autant d’obstacles au décollage des pays les plus pauvres qui ne maîtrisent pas leur développement. Bien que ces inégalités commerciales aient été mises en évidence dès le XIXème siècle (notamment avec la publication en 1860 du roman du Néerlandais Edouard Douwes Dekker dont Max Havelaar est le héros), c’est à partir de l’Après-guerre qu’apparaissent les premiers projets de commerce équitable initiés par des organisations américaines et anglaises (Thousands Villages aux Etats-Unis et l’ONG Oxfam au Royaume-Uni). C’est en 1964, lors de la Conférence des Nations unies pour la Coopération et le Développement (CNUCED), qu’est définie pour la première fois la notion de commerce équitable avec comme principe fondateur «Le commerce, pas la charité» («Trade, not Aid»). Les premiers magasins de commerce équitable s’ouvrent en Europe dans les années 1960, tandis que se mettent en place dans les pays en développement les coopératives et organisations de producteurs qui vont bénéficier de ces échanges plus justes, d’abord dans les secteurs de l’artisanat et de l’agriculture.

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LE COMMERCE ÉQUITABLE, C’EST QUOI ? En 1999, les principales organisations internationales du commerce équitable (la World Fair Trade Organisation WFTO, Fairtrade International - FLO, l’European Fair Trade Association - EFTA et le Network of European World Shops - NEWS10) se sont entendues sur une définition commune : « Le commerce équitable est un partenariat commercial, fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au sud de la planète. Les organisations du commerce équitable (soutenues par les consommateurs) s’engagent activement à soutenir les producteurs, à sensibiliser l’opinion et à mener campagne en faveur de changements dans les règles et pratiques du commerce international conventionnel.» Concrètement, le commerce équitable garantit aux producteurs des pays les plus pauvres des prix d’achat généralement plus rémunérateurs que les cours mondiaux ainsi qu’une relative stabilité des prix et la mise en place de conditions et de délais de paiement favorables (voire des possibilités de préfinancement), qui évitent aux paysans et aux artisans de brader leurs produits ou d’avoir recours à des prêts usuraires.

 e prix équitable couvre tous les L coûts de production du produit, y compris les coûts environnementaux, et assure aux producteurs un niveau de vie décent. De plus, les acheteurs du commerce équitable s’engagent à verser des primes supplémentaires dites «de développement» qui sont utilisées pour la réalisation d’investissements productifs et/ou de programmes sociaux (alphabétisation, accès aux soins, etc.).

Pour soutenir la mise en œuvre de ce système économique,ces organisations ont défini les 11 GRANDS PRINCIPES à respecter 1. Créer des opportunités pour les producteurs économiquement en situation de désavantage. 2. Favoriser la transparence et la crédibilité. 3. Encourager la capacité individuelle. 4. Promouvoir le commerce équitable. 5. Garantir le paiement d’un prix juste.

Bananes équitables - Crédit : Scott Chernis / Transfair USA

6. Veiller à la non discrimination (égalité des sexes) et à la liberté d’association. 7. Assurer des conditions de travail décentes. 8. Proscrire le travail des enfants. 9. Protéger l’environnement. 10. Encourager des relations commerciales fondées sur la confiance et le respect mutuel. 11. Promouvoir le respect et la diffusion de l’identité culturelle valorisée dans les produits et procédés de production (nouveau critère) 13


Depuis 1988 et la création,d’une part, de la WFTO, l’Organisation Mondiale du Commerce Equitable (qui s’appelait l’IFAT, l’Association Internationale du Commerce Equitable jusqu’en 2009), et le lancement du label Fairtrade Max Havelaar, d’autre part, on observe l’émergence et la coexistence de deux grandes filières de régulation du commerce équitable : la filière labellisée et la filière intégrée.

FILIÈRE LABELLISÉE ET FILIÈRE INTEGRÉE Mode d’organisation historique du commerce équitable, la filière intégrée présente comme caractéristique principale le fait que tous les acteurs intervenant dans l’élaboration et la commercialisation du produit (producteur, transformateur, importateur et points de vente) sont engagés dans le commerce équitable et se conforment volontairement à ses principes. Avec ses 400 organisations membres (dont une majorité dans les pays en développement) représentant l’ensemble des maillons de la chaîne du commerce équitable (producteurs, transformateurs et distributeurs), la WFTO, l’Organisation Mondiale du Commerce Equitable, est considérée depuis sa création en 1989 comme le principal coordinateur de la filière intégrée. Depuis peu, la WFTO est occupée à développer son propre système de certification, le WFTO Fair Trade System.

La filière labellisée repose sur la certification du produit commercialisé. Les entreprises qui élaborent ces produits s’engagent à respecter un cahier des charges précis et à s’approvisionner auprès d’organisations de producteurs des pays en développement (souvent des coopératives) qui ont été agréées par l’organisme de labellisation (organisation indépendante qui certifie le respect des critères définis pour l’attribution du label). Les produits labellisés peuvent ensuite être commercialisés dans n’importe quel point de vente, y compris la grande distribution classique. Le label Fairtrade Max Havelaar est le plus célèbre d’entre eux mais il en existe d’autres (Fair for Life, FairWild, Ecocert ESR, Naturland Fair, notamment) qui proposent des approches ou des logiques spécifiques.

La coexistence de ces deux filières illustre l’existence de visions différentes du commerce équitable, qui portent en particulier sur le type de relations à établir avec les acteurs économiques privés (multinationales, grande distribution) et sur des divergences entre une vision de développement (et de dénonciation du commerce international) d’une part, et une perspective commerciale reposant sur l’engagement volontaire, d’autre part.

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LES ORGANISATIONS AFRICAINES DE COMMERCE ÉQUITABLE Les organisations de commerce équitable africaines sont pour la plupart fédérées par des organisations «coupoles» qui les représentent au niveau international.

Association des Villageois de N’Dem - Crédit : Fédération Artisans du Monde / David Erhart

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Les organisations de commerce équitable africaines les plus importantes sont les suivantes :

COFTA

Masques Mikono - Crédit : Shared Interest (Licence Creative Commons)

Créée en 2004, la Coopération pour le Commerce Equitable en Afrique (Cooperation for Fair Trade in Africa - COFTA) est le chapitre régional de l’Organisation Mondiale du Commerce Equitable (WFTO). A ce titre, l’organisation africaine, dont le siège est à Nairobi au Kenya, fédère et représente les producteurs membres de la WFTO dans 24 pays du continent, principalement dans le secteur de l’artisanat (80% du réseau) avec pour but ultime la réduction de la pauvreté grâce au commerce équitable. Depuis sa création, COFTA se bat pour un continent fort et indépendant en œuvrant au renforcement des capacités techniques et commerciales des petits producteurs africains et au développement de nouveaux marchés. Avec le café et les fruits, l’artisanat fut l’un des premiers secteurs à bénéficier du commerce équitable. L’attention apportée par les grandes organisations du secteur aux savoir-faire traditionnels et aux patrimoines ancestraux a longtemps permis de soutenir des initiatives solidaires dans les pays en développement. Mais le marché de l’artisanat équitable évolue et, avec moins de 20% des parts de marché, les artisans africains souffrent d’une baisse continue de leurs revenus tandis que ceux des producteurs d’Asie et d’Amérique latine connaissent une croissance régulière. Tel est le constat dressé par COFTA qui pointe, parmi les causes spécifiques de cette crise, les difficultés rencontrées par les producteurs africains pour répondre aux standards de qualité et de prestations (délais, volumes et prix) exigés par les importateurs ainsi que l’inadaptation des principaux systèmes de certification équitable eu égard aux réalités africaines.

COFTA et le WFTO Fair Trade System Commerce équitable à Saint-Louis du Sénégal Crédit : Ho Visto Nina Volare

En réponse aux demandes de nombre de ses membres à travers le monde (notamment en Afrique), la WFTO développe depuis peu son propre système de certification, le WFTO Fair Trade System, présenté comme «un système de certification global, efficace et léger conçu pour transformer n’importe quelle activité économique en activité durable et équitable»7. Cette nouvelle certification présente certains avantages évidents pour les coopératives, filières, entreprises et associations de producteurs des pays en développement. En effet, à la différence du label Fairtrade Max Havelaar (par exemple), elle s’applique à toute l’organisation et à l’ensemble de ses produits et services. Elle doit permettre de viser tant les marchés locaux que ceux d’exportation. Concrètement, le fait d’être en conformité avec cette norme volontaire WFTO Fair Trade System atteste qu’une organisation a mis en place un ensemble de pratiques et de procédures démontrant sa bonne gestion sur les plans social, économique et environnemental. Au terme d’un audit fructueux, mené par une tierce partie indépendante, le produit vendu par l’organisation certifiée peut être revêtu d’un label attestant que sa provenance et sa production respectent les principes et les pratiques du commerce équitable. L’Organisation Mondiale du Commerce Equitable a lancé une procédure de concertation internationale pour préciser les critères de ce nouveau système de certification (qui en est à sa deuxième mouture). La finalisation du WFTO Fair Trade System dépendra des recommandations formulées à l’issue d’études pilotes qui sont menées dans différents pays d’Asie, d’Europe, d’Afrique et d’Amérique latine.

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Stand de COFTA au SIAO - Crédit : Shared Interest (Licence Creative Commons)

En Afrique, c’est COFTA qui pilote ces travaux de conception de la nouvelle certification équitable WFTO Fair Trade System. Pour ce faire, l’organisation équitable a développé un programme de travail intégré qui a pour objectifs de sensibiliser les producteurs africains aux enjeux du projet, de contribuer aux expérimentations voulues par l’Organisation Mondiale du Commerce Equitable et d’accompagner les premières organisations qui souhaiteront s’engager dans ce processus. Le programme de COFTA est d’abord mis en place dans cinq pays d’Afrique (Afrique du Sud, Tanzanie, Ouganda, Rwanda, et Sénégal) dans le cadre d’études de cas qui permettront à terme de qualifier les besoins des artisans et producteurs.

Avec le soutien du Trade for Development Centre de la CTB La réalisation de cette mission d’envergure confiée à COFTA s’inscrit dans le cadre d’un projet soutenu par le Trade for Development Centre de la CTB, l’Agence belge de développement. Les enjeux sont d’importance. Il s’agit en effet pour l’organisation continentale de veiller à «soutenir les producteurs africains qui, sans un programme volontaire d’amélioration de leur compétitivité, seront laissés loin derrière, et connaitront un déclin encore plus important de leur part de marché. Qui plus est, les exigences de la certification impliquent pour les producteurs d’investir des ressources dont ne disposent pas de nombreux petits producteurs en Afrique»8. L’objectif du projet porté par COFTA est donc clair : veiller à ce que les producteurs africains s’approprient ce nouveau système de certification. Pour ce faire, COFTA doit donc assumer un important travail de sensibilisation et veiller à identifier les besoins spécifiques des producteurs africains afin que ceux-ci soient pris en compte par la WFTO lors des étapes finales. Ceci fait, COFTA devra déployer et animer sur tout le continent les structures techniques d’appui pour les petits producteurs qui voudront s’engager dans cette démarche de certification. Le soutien financier de la CTB permet à COFTA de réaliser l’ensemble des actions programmées : identification des organisations d’artisans et de producteurs désireuses d’évaluer le nouveau système de certification, animation des ateliers dans les cinq pays retenus, synthèse des travaux, présentation des recommandations formulées par les producteurs lors des conférences de la WFTO, préparation et mise en place d’un premier cycle de formation des groupements intéressés. Le projet est à la hauteur de ses enjeux. Il s’agit de donner aux artisans et producteurs africains les instruments techniques et commerciaux qui leur permettront de participer au vaste mouvement de maturation que connaît le commerce équitable aujourd’hui.

Crédit : CTB / Dieter Telemans

«Notre vision est celle d’un continent que le commerce équitable rend plus fort. COFTA considère le commerce équitable comme un mouvement dans lequel les artisans et paysans africains peuvent s’engager ensemble pour accéder à une vie digne et durable». COFTA

Pour en savoir plus : www.cofta.org www.befair.be www.btcctb.org

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FAIRTRADE AFRICA

Réunion Fairtrade Africa à Dakar Crédit : Fairtrade Foundation

Créé en 2004 à Addis Abeba en Ethiopie sous le nom de Africa Fairtrade Network (AFN), Fairtrade Africa est l’organisation indépendante qui représente l’ensemble des producteurs certifiés Fairtrade (FLO Max Havelaar) en Afrique. A ce titre, Fairtrade Africa a pour fonction essentielle de rapprocher les producteurs des instances dirigeantes et des organisations de certification de Fairtrade International. Fairtrade Africa est membre de Fairtrade International, l’instance mondiale qui associe trois réseaux continentaux de producteurs (Fairtrade Africa, CLAC Latin America and the Caribbean et NAP Asia) et 21 initiatives de labellisation à travers l’Europe, le Japon, l’Amérique du Nord, le Mexique, l’Australie et la Nouvelle Zélande. Fairtrade Africa opère à travers trois réseaux régionaux : le Réseau Fairtrade d’Afrique de l’Est (Eastern Africa Fairtrade Network - EAFN) basé à Moshi en Tanzanie, le Réseau Fairtrade d’Afrique de l’Ouest (West Africa Fairtrade Network - WAFN) basé à Accra, Ghana et le Réseau Fairtrade d’Afrique Australe (Southern Africa Fairtrade Network - SAFN) basé au Cap (Cape Town) en Afrique du Sud. Un nouveau réseau régional devrait être bientôt mis en place en Afrique du Nord.

Pour en savoir plus : www.fairtradeafrica.net

WEST AFRICAN FAIR TRADE NETWORK - WAFN LE RÉSEAU DE COMMERCE EQUITABLE D’AFRIQUE DE L’OUEST Attentifs au fait d’adopter des positions communes dans le cadre des comités de certification et soucieux d’encourager les initiatives nationales, les producteurs certifiés Fairtrade en Afrique de l’Ouest se sont retrouvés au Ghana en octobre 2005 pour créer le Réseau de Commerce Equitable d’Afrique de l’Ouest (West African Fair Trade Network - WAFN) avec l’appui financier et technique de Fairtrade International. Le Réseau de Commerce Equitable d’Afrique de l’Ouest (WAFN) fait partie du réseau Fairtrade Africa qui mobilise ses membres à l’échelle du continent africain.

Cueilleuse de coton équitable - Crédit : Fairtrade Foundation

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L’ÉCONOMIE SOLIDAIRE ET LE COMMERCE ÉQUITABLE AU SÉNÉGAL L’ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE ALDIANAWO «Développer les pratiques du commerce équitable»

UNE DÉMARCHE CONCRÈTE, OPÉRATIONNELLE ET PARTICIPATIVE VERS UNE CERTIFICATION AFRICAINE DU COMMERCE ÉQUITABLE

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Université d’été 2007 de l’organisation PEACE - Crédit : Liz Cooper / PEACE

La société civile sénégalaise se distingue par le nombre et l’importance des organisations (associations, mouvements sociaux, ONG, etc.) qui s’impliquent dans le développement économique et social du pays, et tout particulièrement dans la sphère paysanne.

L’ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE Héritage de l’histoire, ce dynamisme du troisième secteur sénégalais a longtemps souffert d’un manque de coordination des différents intervenants qui, pendant longtemps, n’ont pas su adopter des positions communes dans leurs relations avec les institutions internationales. Les choses évoluent considérablement depuis le milieu des années 2000, à l’occasion en particulier de la IIIème Rencontre Internationale sur la Globalisation de la Solidarité organisée à Dakar en novembre 2005. Avec pour ambition de donner l’occasion à «l’Afrique de partager sa vision de l’Économie Sociale et Solidaire»9, cet évènement a marqué une étape importante pour les organisations sénégalaises qui se sont structurées au niveau national et se sont montrées plus présentes au sein des organisations de coopération et de coordination internationale.

Le Forum Social Mondial de Dakar de février 2011 Organisé en février 2011, le Forum Social Mondial de Dakar a été l’occasion d’échanges importants sur les questions d’économie solidaire et de commerce équitable. Les débats qui se sont succédés sur ces thèmes ont en particulier confirmé la volonté des acteurs sénégalais de construire «une économie sociale, solidaire, émancipatrice, avec des modèles soutenables de production et de consommation et un système de commerce équitable, qui mette au cœur de ses priorités les besoins fondamentaux des peuples et le respect de la nature, garantissant une redistribution globale avec une fiscalité internationale et sans paradis fiscaux»10.

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Malgré des conditions difficiles, le Forum de Dakar a permis aux nombreux invités de découvrir les coopératives sénégalaises engagées dans ce mouvement. Ces rencontres ont surtout permis d’aborder une thématique chère aux opérateurs du pays : la mise en place de systèmes de certifications équitables et de réseaux de commerce équitable Sud-Sud. A cette occasion, les participants ont reconnu «la nécessité de renforcer les échanges locaux et régionaux dans les pays du Sud pour réduire leur dépendance aux marchés du Nord, trouver de nouveaux débouchés, préserver une production locale qui répond à une culture et à des besoins locaux»11.


ALDIANAWO «Développer les pratiques du commerce équitable» Les rencontres des acteurs africains de l’économie solidaire ont réellement permis aux organisations continentales (associations, producteurs, ONG, etc.) de donner leur vision du commerce équitable et de ses enjeux pour le continent. Les raisons d’être de ce projet s’inscrivent clairement dans la volonté des acteurs sénégalais et africains de s’approprier le concept de commerce équitable en pointant l’inadéquation des systèmes existants avec les réalités africaines, ainsi que l’expliquent les représentants d’Enda : «Au Sud, et notamment en Afrique, le commerce équitable reste mal connu, non seulement des producteurs, mais aussi des pouvoirs publics, alors Récolte de coton équitable - Crédit : Fairtrade Foundation qu’il est sensé offrir ‘de meilleures conditions commerciales en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés’. Tel est le paradoxe relevé par une grande variété d’acteurs nationaux (associations, fédérations, GIE, ONG, pouvoirs publics) impliqués -en compagnie d’Enda et de la coopérative conseil Tukki-, dans la démarche visant à «développer des pratiques de commerce équitable au Sénégal». Les échanges qui ont eu lieu au cours des deux dernières années entre la quarantaine d’acteurs réunis au sein de cette dynamique nationale permettent de penser que les systèmes actuels de certification excluent de fait les petits producteurs les plus démunis. En effet, les producteurs impliqués dans des démarches de commerce équitable, qui s’inscrivent principalement dans des démarches Sud/Nord, doivent faire face à des coûts de certification élevés, et avoir la capacité de répondre aux exigences liées au respect des procédures de certification»13.

«Pour l’Afrique et particulièrement pour le Sénégal, la voie offerte par le commerce équitable est la réponse adéquate à la réussite des projets visant à développer l’artisanat local mais aussi l’agriculture et par conséquent le commerce intérieur». Alioune Diouf, Directeur du Commerce intérieur du Sénégal12

Près d’un an et demi de travail furent nécessaires pour mener à bien les premières phases de ce projet qui ont abouti à l’élaboration d’une Plateforme des Valeurs et d’une Charte d’Engagement au commerce équitable qui furent officiellement présentées lors du Forum Social Mondial de Nairobi au Kenya en janvier 2007 et du Forum Social Mondial de Dakar en 2011. La Plateforme des valeurs permet de mieux cerner les valeurs du commerce équitable telles qu’elles sont envisagées au Sénégal. Elle traite de questions sociales, environnementales, économiques et éthiques, et explicite les notions de prix juste, de travail des enfants, de prime au développement et de genre. La Charte d’engagement au commerce équitable vise à promouvoir les valeurs locales africaines dans et par le commerce équitable. Conçue comme un outil devant permettre de promouvoir la justice, elle comprend un engagement pour le commerce équitable, une base éthique, un engagement social, un engagement pour l’environnement et des pratiques économiques14.

Association des Villageois de N’Dem Crédit : Fédération Artisans du Monde / David Erhart

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Ces documents fondateurs furent validés par l’ensemble des acteurs du commerce équitable réunis à Ndayane en janvier 2008.


UNE DÉMARCHE CONCRÈTE, OPÉRATIONNELLE ET PARTICIPATIVE

VERS UNE CERTIFICATION AFRICAINE DU COMMERCE ÉQUITABLE L’expérimentation menée par les organisations sénégalaises est d’autant plus ambitieuse qu’elle se veut une contribution importante au projet plus global d’élaboration d’un programme africain de certification du commerce équitable en tant qu’alternative aux systèmes existants conçus et formalisés par les Européens et les Américains. Pour ce faire, les partenaires du projet «continueront à œuvrer au rapprochement des différents processus développés au Sud pour montrer qu’il serait possible d’instaurer des relations équitables au niveau SudSud et Sud-Nord, et de donner à ces démarches un certain impact en matière de commerce international»17. Les avancées de ce projet ont fait l’objet de diverses présentations en Afrique à l’occasion desquelles ont été étudiés «le processus au

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Sénégal, les acteurs, la méthodologie utilisée pour arriver à l’élaboration d’une charte d’engagement au commerce équitable, les activités menées jusqu’ici, les résultats obtenus et enfin les perspectives sur les plans national et international». Ce fut en outre l’occasion de «montrer que les Africains sont dans une dynamique de repenser le commerce équitable dans sa globalité pour se l’approprier et l’adapter à leurs réalités socio-économiques et culturelles»18. Interrogé sur la question de la mise en cohérence de l’initiative sénégalaise avec les projets des organisations internationales du commerce équitable, Abdourhamane Gueye, l’un des responsables d’Enda estime qu’ «il faut aller plus loin. On repense les bases, on amène les forces et bases qui nous sont propres. Cependant, nous sommes allés voir Fairtrade. Non pas

avec des attentes mais avec des propositions»19. Le projet «Développer des pratiques du commerce équitable au Sénégal» se présente donc comme une contribution importante des acteurs sénégalais à l’élaboration des nouveaux systèmes de certification qui sont en cours d’élaboration par les organisations internationales du commerce équitable. Le Sénégal tient ainsi à affirmer ses positions sur ces questions. Aujourd’hui, le projet «Développer des pratiques du commerce équitable au Sénégal» est dans sa phase de réalisation des initiatives pilotes mises en place dans les quatre secteurs d’activité retenus. Certaines des initiatives de commerce équitable qui participent à ce programme sont présentées dans les pages suivantes.

Unité de transformation de fonio - Crédit : Fédération Yakaar Niani Wulli

Une fois cette validation collective menée à bien, fut lancée la seconde phase du projet avec pour objectif ultime l’élaboration d’un système local de certification équitable. La méthode adoptée pour mener à bien cet ambitieux chantier illustre la maturité des organisations sénégalaises impliquées. En effet, les partenaires impliqués se sont appuyés sur «la mise en œuvre de projets pilotes de production dans quatre grappes d’activités (coton/textile ; agroalimentaire; métiers du feu/recyclage ; plantes médicinales). Cette deuxième étape consistera à initier un travail pour la définition d’un cahier des charges dans le cadre de ces quatre projets pilotes de production, et à mettre en place un système local de labellisation compatible avec les systèmes internationaux. Le travail des années à venir devrait aboutir à une certification de démarches et d’acteurs présents à toutes les étapes de la production : de la matière première au produit fini par filière, et devrait permettre de rassembler de nouveaux partenaires afin de passer d’une dynamique impliquant un groupe de concertation à la constitution d’une plateforme nationale du commerce équitable»15. Ainsi que l’expliquent les responsables du projet, il s’agit donc d’initier une méthode de travail qui permettra de favoriser une réelle appropriation de ces enjeux par l’ensemble des intervenants. L’ensemble des données collectées lors des actions expérimentales donnera alors lieu à un travail de capitalisation avec en projet la création d’un Centre de Ressources au service des producteurs, transformateurs et structures d’appui. A terme, ce Centre de Ressources aura vocation à produire les outils nécessaires à l’élaboration d’un système local de garantie16.


LES ACTEURS DU COMMERCE ÉQUITABLE AU SÉNÉGAL ENDA TM PEACE ACTION SOLIDAIRE

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Environnement et Développement du Tiers Monde (Enda TM) a été initialement mis en place en 1972 au Sénégal en tant que Programme conjoint des Nations-Unies pour l’Environnement, de l’Institut Africain de Développement Economique et de Planification et de l’Organisation Suédoise pour le Développement International, avant d’être constitué en 1978 comme organisation internationale à caractère associatif et à but non lucratif (ONG).

ENDA TM

Environnement et Développement du Tiers Monde

Enda TM a pour mission principale la lutte contre la pauvreté et déploie pour cela des moyens importants dans différents domaines qui vont du soutien à l’entreprenariat à la sensibilisation des décideurs politiques. Les activités d’Enda TM sont réparties à peu près pour moitié en actions directes sur le terrain (santé, agriculture, assainissement, éducation alternative, jeunes travailleurs, etc.), et pour moitié en recherches, conseils, consultations, formation, publication et information20. En 1982, Enda TM fonde Enda Pronat, une nouvelle entité chargée d’assumer spécifiquement les missions suivantes :

Pour en savoir plus : www.enda.sn www.endapronat.org www.enda-europe.org

La promotion de systèmes de production agricole alternatifs La mise en place et l’animation d’organisations paysannes La protection du patrimoine génétique La souveraineté alimentaire L’éducation environnementale La commercialisation et la transformation de produits agricoles L’accès aux facteurs de production

Au niveau sous régional, Enda Pronat et ses partenaires animent le projet de conception d’un modèle local de certification du commerce équitable et assurent le suivi des projets-pilotes mis en œuvre dans les quatre filières retenues. Fondée à Dakar, Enda TM est aujourd’hui présente dans 6 pays d’Afrique, en Amérique latine, en Europe et en Asie.

PEACE ACTION SOLIDAIRE Rencontre solidaire à Dakar Crédit : ARDES Basse Normandie

Réseau présent dans 7 pays d’Afrique (Sénégal, Burkina Faso, Bénin, Mali, Cameroun, Gabon et Ghana), la Plateforme des Etudiants Africains pour un Commerce Equitable (PEACE) / Action Solidaire est une association de jeunes qui a pour objectif de «rapprocher les jeunes au niveau national, régional et international, de créer un engouement autour du commerce équitable et du développement durable, de tisser des liens avec les acteurs de la société civile et d’ouvrir les portes du leadership aux membres adhérents»21.

Pour en savoir plus : www.peaceactionsolidaire.org www.au-senegal.com

24


LES INITIATIVES DE COMMERCE ÉQUITABLE AU SÉNÉGAL LE COMMERCE ÉQUITABLE DU COTON ET DU TEXTILE LE PROJET PILOTE «COTON / TEXTILE» ÉQUITABLE LA FÉDÉRATION YAKAAR NIANI WULLI L’UNION SYNDICALE DES GROUPEMENTS DE PRODUCTEURS DE COTON (US-GPC) DE KÉDOUGOU INTERFACE TRADING LE «RÉSEAU VENDRE AUTREMENT» ET LES PRODUCTRICES DE PLANTES MÉDICINALES L’ ASSOCIATION DES VILLAGEOIS DE NDEM (AVN) 25


Cultivé dans plus de 100 pays sur environ 2,5% des terres arables de la planète, le coton est l’une des cultures de base les plus répandues dans le monde. Il fournit emplois et revenus à des centaines de millions de personnes à travers le monde.

LE COMMERCE ÉQUITABLE DU COTON ET DU TEXTILE AU SÉNÉGAL Des enjeux très importants En tant que culture de rente, la production du coton a des effets très directs sur la sécurité alimentaire des populations, en particulier en Afrique francophone. Intégré dans les systèmes de production traditionnels, il contribue à leur modernisation et à la réalisation d’investissements productifs (achat de bovins et de matériel agricole, diffusion de fumure organique) dont profitent les cultures venant après le coton (généralement des céréales). Or, depuis les années 1980, le commerce international du coton connaît une crise importante qui affecte en particulier les producteurs des pays en développement. Les causes de cette déstructuration du marché mondial sont liées pour l’essentiel aux politiques de soutien mises en place dans les pays industrialisés (en particulier aux Etats-Unis, en Europe et en Chine). Leurs producteurs subventionnés peuvent ainsi proposer

Producteur de coton équitable Crédit : Frederic Raevens / Max Havelaar Belgique

des prix inférieurs à ceux de leurs concurrents des pays du Sud (pourtant très compétitifs22). Aux problèmes que posent ces pratiques injustes des pays industrialisés (qui feraient perdre près de 200 millions d’euros par an aux producteurs africains23) s’ajoutent la concurrence des textiles synthétiques et le déséquilibre monétaire qui affaiblit les exportations de nombreux pays africains souffrant de la faiblesse du dollar par rapport à l’euro auquel est rattaché le Franc CFA24. Cette crise est d’une importance majeure pour les producteurs de nombreux pays en développement, en particulier en Afrique de l’Ouest (Sénégal, Mali, Cameroun et Burkina Faso). De fait, la baisse des cours (de près de 60% entre 1981 et 200125) a affecté des millions d’exploitations familiales avec des conséquences dramatiques sur le niveau de vie des populations.

Au Sénégal, ce sont près de 500 000 personnes qui vivent de la production et du commerce de coton.

Le coton équitable du Sénégal En réponse à cette crise et aux menaces qu’elle fait peser sur des millions de familles en Afrique de l’Ouest, les organisations du commerce équitable ont initié dès 2003 la mise en place d’une filière coton équitable dans la région. Il s’agissait non seulement de proposer une réponse économique innovante et crédible aux problèmes posés par la crise du coton, mais aussi de lutter contre les dommages environnementaux et sanitaires causés par cette culture qui «endosse le triste record de nocivité pour l’environnement et les cultivateurs à cause des produits chimiques qu’elle nécessite»26. La culture du coton utilise 24% des pesticides vendus dans le monde pour seulement 2,5% de la surface agricole mondiale. Or, des études approfondies sur les effets de ces pesticides ont montré que «l’accumulation des oganochlorés dans les graisses est responsable de diverses maladies : cancers, infertilité, diabète, problèmes neurologiques»27. Au Sénégal, c’est à Koussanar, dans la région de Tambacounda au centre du pays, qu’ont été lancées dès les années 1990 les premières expérimentations en matière de production de coton biologique. C’est donc vers les producteurs de cette région que l’organisation Enda Pronat s’est tournée pour mettre en place le projet-pilote «coton/textile» mené dans le cadre du programme «Développer des pratiques du commerce équitable au Sénégal».

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Jusqu’en 2008, l’essentiel du coton sénégalais certifié était exporté sous forme brute pour être transformé ailleurs. Le bénéfice de la certification équitable et biologique se limitait alors à la culture du coton brut tandis que la valeur-ajoutée liée à la fabrication de produits finis équitables et biologiques revenait aux entreprises de transformation et de commercialisation situés à l’étranger, en Europe en particulier 29.

LE PROJET PILOTE «COTON/TEXTILE» ÉQUITABLE Initié par Enda Pronat dans le cadre du programme «Développer des pratiques du commerce équitable au Sénégal», le projet-pilote «coton/textile» vise non seulement à soutenir la culture de coton équitable et biologique mais aussi à développer une filière de production de produits finis qui doit permettre aux producteurs locaux de tirer profit des bénéfices (et des revenus) des étapes de production à haute valeur-ajoutée que sont la transformation du coton en fibres textiles et la fabrication de produits finis prêts à être commercialisés. Par ailleurs, le projet doit contribuer à la sensibilisation des populations aux bénéfices du commerce équitable et durable tout en permettant l’élaboration et la structuration d’une filière de production intégrée. L’étude de celle-ci donnera lieu à la formalisation de procédures susceptibles de répondre aux objectifs du programme «Développer des pratiques du commerce équitable au Sénégal».

Les processus mis en place dans le cadre du projet sont les suivants30 : Le coton est cultivé par les producteurs de Koussanar dans le respect des règles de l’agriculture biologique et du commerce équitable Après la récolte, l’égrenage (élimination des graines) est effectuée par la SODEFITEX, la société cotonnière qui gère l’ensemble du processus de traitement et de commercialisation du coton sénégalais. La fibre de coton est ensuite filée par les femmes dans les villages pour produire des pelotes qui seront ensuite tissées en étroites bandes de tissus Pour teindre les tissus, les femmes utilisent de l’indigo naturel également produit par la Fédération Yakaar Niani Wulli. Les bandes de tissus beiges ou indigos sont cousues à la main ou à la machine pour fabriquer des couvertures, des housses de coussin ou des accessoires. Les prototypes sont réalisés à Dakar en collaboration avec les tailleurs locaux puis la production en quantité est réalisée à Koussanar. Les revenus pour chaque maillon de la chaîne sont répartis pour répondre aux principes du commerce équitable. Les produits finis sont alors clairement étiquetés «fait main», biologiques, équitables et teints à partir de colorants naturels de manière à rendre les bienfaits sociaux et environnementaux de cette production explicites pour le consommateur. Initié par Enda Pronat, ce projet associe en tant que partenaires la Fédération Yakaar Niani Wulli et l’entreprise CSM SARL (Micamisa).

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Tisserands de la Fédération YNW Crédit : Fédération Yakaar Niani Wulli

«Au Sénégal, tout a commencé avec les producteurs de coton qui en avaient assez d’exporter seulement leur matière première. Ils se sont réunis avec d’autres sénégalais pour réinventer un commerce plus équitable. Ensemble, ils ont créé la première filière textile coton bio-équitable 100% sénégalaise» 28 .


LA FÉDÉRATION YAKAAR NIANI WULLI

Filature traditionnelle - Crédit : Fédération Yakaar Niani Wulli

Durant la période coloniale, les cultures de rente (arachide et coton) ont été imposées aux paysans sénégalais au détriment des cultures vivrières. L’agriculture traditionnelle (qui reposait sur une gestion rationnelle de la fertilité des terres) a été abandonnée au profit de pratiques censées multiplier les rendements.

Après une période productive de quelques années, les sols ont commencé à s’épuiser, les producteurs se sont endettés pour faire face à la crise agricole mondiale et les problèmes de santé liés aux pesticides sont apparus évidents (intoxications, dermatoses, etc.). Pour expliquer la perte de productivité de l’agriculture sénégalaise, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) évoque des origines climatiques (chute de la pluviométrie de 30% en moyenne causée par la déforestation), ainsi que la baisse de fertilité des sols liée à la pression démographique (augmentation de l’intensité culturale) et surtout la mauvaise gestion des ressources naturelles. Forts de ces constats, les producteurs de Tambacounda, soutenus par Enda Pronat, ont créé en 1997 la Fédération Yakaar Niani Wulli qui rassemble des producteurs engagés dans une vision agroécologique du développement de leurs terroirs. Lors de sa création, la Fédération comptait une centaine de producteurs de coton biologique soutenus financièrement et techniquement par Enda Pronat.

Entre 2003 et 2004, la Fédération a connu une crise importante liée à la saturation du marché et à des problèmes internes qui ont abouti à sa réorganisation et à une implication plus importante des producteurs dans son fonctionnement. En 2004, l’organisation s’engage dans une démarche de certification qui lui permet, un an plus tard, d’obtenir sa reconnaissance juridique sous forme d’association puis, en 2006, de se voir accorder la certification équitable (Fairtrade, coton uniquement)31. La Fédération Yakaar Niani Wulli est ainsi historiquement la première organisation sénégalaise a produire du coton biologique (Ecocert) et équitable. Elle compte aujourd’hui près de 2000 producteurs dans plus de 85 villages du Département de Tamba. Outre sa participation au projet d’élaboration d’un système de certification commerce équitable local, la Fédération Yakaar Niani Wulli a mis en place de nombreuses actions qui répondent à la vision agroécologique de ses fondateurs : Développement et promotion des cultures biologiques (coton, fonio, sésame, indigotier, etc.) Transformation artisanale du coton (filature, tissage, taille et teinture naturelle) Protection du patrimoine génétique (conservation/diffusion des semences locales et lutte contre l’introduction des OGM) Mise à disposition de banques de céréales dans les villages Formation des producteurs et mises en place de champs-écoles Jouissant d’une reconnaissance internationale pour sa participation au projet de certification équitable locale, mais aussi pour ses performances en termes de suivi des cultures biologiques, de gouvernance démocratique et de gestion efficiente et transparente, la Fédération Yakaar Niani Wulli cherche aujourd’hui à atteindre une autonomie financière plus importante, gage d’indépendance et de pérennité32.

28


Optimiser la production, développer la commercialisation avec l’appui de la CTB Aujourd’hui, la filière de production est pleinement opérationnelle. Il convient maintenant de viabiliser son fonctionnement en assurant la commercialisation de ses produits sur les marchés internationaux. Pour ce faire, un projet a été conçu avec le concours d’Enda Pronat et le soutien financier du Trade for Development Centre de la CTB, l’Agence belge de développement, avec pour objectifs le renforcement des capacités de la Fédération en gestion, la conception et le développement de nouveaux produits et la multiplication des partenariats commerciaux équitables. Refonte complète des outils de communication (site web, brochures, etc.), participation aux salons et foires équitables et bio en France, prospection ciblée vers les boutiques des réseaux solidaires,… le programme intégré que soutient le Trade for Development Centre a clairement pour ambition la mise en place de partenariats commerciaux solides et multiples.

Pour en savoir plus : www.yaniwulli.org http://ynw.jarinio.sn http://lizcooper.blogspot.com

Micamisa

Liz Cooper

Fondée en 2005 à Dakar dans le cadre d’une coopération sénégalo-allemande, Micamisa est la marque commerciale de l’entreprise CSM SARL de fabrication de chemises sur mesure et d’accessoires vestimentaires qui allie «le goût pour la perfection technique des allemands au savoir faire reconnu des artisans sénégalais»33.

Designer et styliste anglaise, Liz Cooper parcourt le monde pour étudier les méthodes traditionnelles de fabrication textiles et «mettre ses compétences et sa créativité au service de projets de développement».

Liz Cooper, les stylistes et l’équipe de Micamisa Crédit : Fédération Yakaar Niani Wulli

Le positionnement de l’entreprise est clair : il vise à proposer «des chemises sur mesure, faites manuellement, à des prix très compétitifs» en inscrivant cette démarche dans le cadre du commerce équitable. Engagée dans une démarche de soutien à l’économie locale, CSM SARL participe au projet-pilote «coton/textile» initié par Enda Pronat en collaborant (sur les aspects commerciaux) avec les producteurs de Koussanar. Membre agréé de l’Organisation Mondiale de Commerce Equitable, CSM SARL a obtenu son adhésion de manière autonome en procédant à une auto-évaluation, marquée par une forte participation de ses employés.

De janvier 2008 à mars 2010, en tant que designer et chargée de communication pour Enda Pronat, elle suit, accompagne et soutient les producteurs de la Fédération Yakaar Niani Wulli dans leurs projets de fabrication de textiles équitables. Elle assure ainsi la création de prototypes, contribue à la communication de la Fédération et assure la formation des tailleurs, aux côtés de Babacar Sow, un styliste dakarois. Membre du groupe de travail sur le projet-pilote «coton/textile» initié par Enda Pronat dans le cadre du programme «Développer des pratiques du commerce équitable au Sénégal», elle raconte, explique et illustre son expérience dans la région de Koussanar sur son blog :  http://lizcooper.blogspot.com.

Pour en savoir plus : www.micamisa.com http://ynw.jarinio.sn

29


Les premiers résultats Très vite, le projet piloté par Enda a produit des résultats économiques, sociaux et environnementaux visibles et significatifs pour les producteurs de coton de la Fédération Yakaar Niani Wulli : La certification Fairtrade garantit des revenus plus élevés pour les producteurs (cf. tableau)

KOST VOOR 1 ZAK

Conventioneel

= 150g katoen

F CFA

Euro

La place des femmes évolue dans le sens d’une plus grande égalité et celles-ci occupent des positions plus importantes dans la Fédération.

Producent

Des actions d’alphabétisation et d’accompagnement social sont mises en place grâce aux primes spécifiques Les traditions locales sont entretenues (pour le tissage, la teinture à l’indigo et la fabrication artisanale)

Onze eerlijke Senegalese handel F CFA

Euro

45

0,07

90

0,14

Spinster

450

0,69

750

1,14

Weefster

300

0,46

750

1,14

Schilder

900

1,37

1500

2,29

Kleermaker

1500

2,29

2500

3,81

Stylist

5500

8,38

2500

3,81

Organisatie

800

1,22

1400

2,13

Commerciële

3500

5,34

2500

3,81

Marge/onvoorzien

2500

3,81

2500

3,81

0

0,00

1000

1,52

15495

23,62

15495

23,61

Ontwikkelingspremie TOTAAL

Bron : http://ynw.jarinio.sn/pages/Impacts

Le recours aux techniques de l’agriculture biologique permet d’éliminer les risques sanitaires liés à l’utilisation des pesticides La production locale intégrée réduit considérablement la pollution liée aux transports.

Par ailleurs, en tant qu’organisation, la Fédération Yakaar Niani Wulli a su profiter du projet pour améliorer son fonctionnement et adopter des pratiques et des structures plus transparentes, plus démocratiques et plus efficaces.

Ceci étant, ce projet a permis de mettre en évidence un certain nombre de problèmes importants liés en particulier à la certification, qui pourraient constituer des obstacles à la dissémination des pratiques vertueuses mises en place dans la région de Koussanar. En effet, ainsi que le relève Liz Cooper, «les coûts élevés de certification et la nécessité de disposer de connaissances spécialisées et d’une réelle expertise signifient qu’un partenaire de soutien est indispensable pour les groupes de petits producteurs. L’adoption telle quelle d’un système de certification n’est donc pas une solution envisageable pour tous les agriculteurs. Avec la mise en place d’un système de certification local plus abordable et l’accroissement de la demande mondiale de coton équitable et biologique, nous pouvons espérer que ces méthodes et pratiques deviendront plus largement applicables, à l’avenir»34.

30

Ces premiers résultats semblent sur le point de confirmer le diagnostic initial posé au démarrage du projet. Outre les problèmes de coûts (liés notamment au financement des inspections externes), il apparaît en effet que «certains des critères fixés par les organismes européens de certification ne sont pas adaptés aux réalités africaines»35. La mise en place et la formalisation d’un système de certification local adapté (et reconnu au niveau international) s’impose donc pour que les bénéfices du commerce équitable puissent être effectivement étendus à d’autres communautés au Sénégal et en Afrique.

Pour en savoir plus : www.yaniwulli.org http://lizcooper.blogspot.com


L’UNION SYNDICALE DES GROUPEMENTS DE PRODUCTEURS DE COTON (US-GPC) DE KÉDOUGOU Localisé en Casamance dans l’extrême Sud-est du Sénégal, dans le département de Kédougou (l’un des plus pauvres du Sénégal), l’Union Syndicale des Groupements de Producteurs de Coton (US-GPC) de Kédougou regroupe aujourd’hui plus de 4000 membres répartis dans 122 Groupements de Producteurs de Coton (GPC). L’engagement de l’US-GPC de Kédougou dans la démarche de commerce équitable remonte à 2004 quand les trois premiers Groupements de Producteurs de Coton ont été certifiés par Fairtrade. Depuis, le nombre de certifiés ne cesse d’augmenter. Aujourd’hui, parmi les 122 Groupements de Producteurs de Coton, près de la moitié est certifiée commerce équitable. L’US-GPC ne peut pas vendre son coton directement aux clients. En effet, le négoce du coton au Sénégal reste sous monopole de la SODEFITEX. Sur ces 20 000 tonnes commercialisées par ce biais, près de 2000 tonnes sont produites et vendues dans le cadre du commerce équitable. En assurant un prix stable et élevé et des débouchés sûrs au coton produit dans la région de Kédougou, le commerce équitable permet aux petits paysans d’augmenter leurs revenus, d’investir sur le long terme dans leur exploitation36 et de renforcer leur place dans le marché en ayant une relation plus étroite avec leurs acheteurs et de contribuer au développement des communautés rurales appauvries.

Pour en savoir plus :

www.altereco.com www.laboequitable.fr

INTERFACE TRADING - DISTRIBUTEUR D’INTRANTS AGRICOLES

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En 2000, Interface Trading devient le distributeur principal d’intrants agricoles au Sénégal. D’autres projets ont suivi dans le domaine de la production de légumes et de fruits pour le marché local et pour l’exportation vers les marchés européens (France, Belgique, Pays-Bas). Interface Trading est une entreprise fondée sur des principes éthiques forts qui s’est fixée pour «mission d’aider les petits producteurs dans leurs efforts quotidiens pour sortir de la pauvreté en renforçant leurs capacités de production et en leur apportant des opportunités commerciales».39 Dans le domaine du commerce équitable, Moctar Fall appuie et représente les producteurs et artisans dans la production et l’exportation vers l’Europe, les États-Unis et l’Australie. Il est par ailleurs membre fondateur de la section nationale de Transparency International au Sénégal et aussi membre du Conseil d’Administration de l’Organisation Mondiale du Commerce Equitable (WFTO, anciennement IFAT) au sein duquel il représente l’Afrique et COFTA.

«Les problèmes inhérents aux systèmes de certification du commerce équitable ne peuvent être résolus que dans le cadre d’une consultation large qui associe toutes les parties prenantes, en particulier les producteurs, qu’il faut impliquer dans l’élaboration des normes, des stratégies de mise en œuvre et des mesures de soutien. Le commerce équitable est une approche de partenariat et doit le rester»40. MoctarFall-Fondateur d’Interface Trading

Foire aux semences au Sénégal - Crédit : USAID / Richard Nyberg

Pour avoir été pendant sept ans le Directeur Commercial du Réseau Africain pour le Développement Intégré (RADI), une ONG de développement panafricain, Moctar Fall connaît bien le fonctionnement des négociations commerciales multilatérales (OMC, UNCTAD, Accords régionaux, etc.)37 et les injustices qu’elles engendrent. Dans le cadre de ces fonctions, il fut témoin des pratiques très contestables des grandes entreprises transnationales qui détenaient au Sénégal un monopole de fait en matière de fourniture d’intrants agricoles aux petits producteurs. Ces compagnies pratiquaient des tarifs de détail prohibitifs pesant lourdement sur les potentiels de croissance des paysans. Pour contrer ces pratiques et présenter un modèle alternatif, Moctar Fall décide de créer Interface Trading en 1994 pour fournir des intrants agricoles (semences, produits phytosanitaires, engrais) à des tarifs plus justes (35% moins cher) aux groupements de petits producteurs sénégalais. L’entreprise leur propose en outre des conseils, des formations et des outils de recherche38.


LE «RÉSEAU VENDRE AUTREMENT» ET LES PRODUCTRICES DE PLANTES MÉDICINALES Paysanne de Mbentiky - Crédit : Trees for the Future

La médecine traditionnelle au service de la lutte contre la pauvreté

«Pendant les mauvaises campagnes agricoles de 2002-2003, c’est avec le revenu de la culture du Laydour (Cassia Italica) de ma femme que notre famille a pu faire face à nos besoins de première nécessité». Témoignage du chef d’un des villages bénéficiaires du programme

Fondée en 1987 en tant qu’entité spécialisée de l’ONG Enda, Enda Santé Plantes Médicinales intervient plus spécifiquement dans la coordination de programmes de santé et le développement de filières économiques dans les domaines des plantes médicinales issues de la médecine traditionnelle, de la recherche phytosanitaire et de l’herboristerie. A partir de 1995, Enda Santé Plantes Médicinales a initié un partenariat avec l’Université de Dakar pour évaluer l’efficacité de plantes utilisées dans le cadre de la médecine traditionnelle sénégalaise pour le traitement des pathologies les plus courantes. Il a donc fallu identifier, expérimenter et sélectionner des médicaments à base de plantes spécifiques pour en étudier les vertus thérapeutiques41. Afin d’exploiter les résultats de ces recherches et d’assurer leur appropriation par les populations, des communautés villageoises ont été impliquées dans le processus de valorisation de ces plantes. Des groupements de producteurs, pour l’essentiel des femmes, ont été choisis pour cultiver ces plantes médicinales traditionnelles aux propriétés reconnues (en priorité les plus menacées). Les premières expérimentations ont permis d’identifier les obstacles à lever pour mettre en place une activité viable (approvisionnement, conditionnement, formation) et de souligner l’intérêt économique et social du projet42.

Le programme est mis en place progressivement. Enda Santé Plantes Médicinales accompagne les participantes et les encadre durant tout le processus de mise en culture en équipant les champs de clôture, en fournissant le matériel approprié et en organisant des formations. Aussi la culture des plantes médicinales est-elle devenue une activité économique importante au sein des populations des zones concernées par ces projets. L’expérience a montré que la culture de Cassia Italica, récoltée et vendue tout au long de l’année, permet aux femmes d’assurer les dépenses quotidiennes auxquelles elles doivent faire face pour l’achat de produits de première nécessité.

Des herboristeries équitables En parallèle à cette action menée auprès des femmes productrices, Enda Santé Plantes Médicinales a soutenu dès 2002 la mise en place d’un réseau d’herboristeries avec pour objectif de soutenir la commercialisation des herbes et plantes cultivées et préparées dans les villages et les communautés. Dotés d’équipements adéquats pour la conservation et le stockage, formés aux techniques de conditionnement et de commercialisation, ces herboristes sont regroupés aujourd’hui au sein d’une association baptisée «Réseau Vendre Autrement» qui compte plus de 80 membres à Dakar et près d’une centaine à Touba. L’impact de cette initiative est perceptible à plusieurs niveaux : Renforcement de capacités financières des producteurs et productrices

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Valorisation et qualification des méthodes et plantes de médecine traditionnelle Meilleure protection de l’environnement Création d’emplois dans les communautés rurales (en particulier pour les femmes et les jeunes) et, par voie de conséquence, diminution de l’exode rural Mise à disposition pour les populations d’une pharmacopée validée et accessible Ceci étant, les herboristes du Réseau Vendre Autrement sont conscients des obstacles qu’ils doivent affronter pour développer la commercialisation de leurs produits à une échelle plus large que le niveau local. C’est notamment pour cette raison que le Réseau a rejoint le projet-pilote «herbes médicinales» mis en place par Enda dans le cadre du programme «Développer des pratiques du commerce équitable au Sénégal».


L’ ASSOCIATION DES VILLAGEOIS DE NDEM (AVN) Au milieu des années 1980, la région de Djourbel au Nord-Ouest du Sénégal traverse une crise majeure liée à la détérioration des conditions climatiques et économiques qui entraine un exode rural important. La sécheresse empêche les paysans de cultiver leurs terres, les laissant sans ressources. Les hommes sont contraints de quitter femmes et enfants pour chercher du travail dans les grandes villes côtières. C’est dans ce contexte particulièrement difficile que Babacar et Aïssa Cissé Mbow arrivent dans la région en 1984 après des années passées en France. A leur retour, ils ne trouvent que «des villages qui s’éteignent, vidés de leurs populations qui, poussées par les conditions de vie devenues trop rudes, ont migré vers les centres urbains du pays»43. Il n’y a presque plus rien dans le village, quelques maisons, des femmes et des enfants vivant dans la misère. Tous les hommes étaient partis travailler à Dakar44. En mobilisant les communautés villageoises, le jeune couple franco-sénégalais initie la mise en place dans le village de projets collectifs destinés à améliorer les conditions de vie des populations locales et à leur permettre de profiter de leurs terres en créant des emplois et des services sociaux de base.

La priorité est donnée à l’éducation, à la santé et à l’accès à l’eau potable45. Ainsi nait en 1985 l’Association des Villageois de Ndem (AVN) dont le projet de développement s’inscrit dans le cadre d’une recherche spirituelle héritée des traditions sénégalaises, ainsi que l’explique son fondateur et président, Babacar Mbow : «Notre religion (le courant Baye Fall) prône des valeurs de tolérance, de travail, de respect et nous a guidés dans nos actions. Nous avons constitué cette communauté autour de ces croyances et de ces valeurs, et elles sont le moteur de l’association, elles nous ont permis d’avancer malgré les conditions difficiles»46. Après des années d’efforts, un premier forage permet enfin aux villageois d’accéder à l’eau potable en 1996, libérant ainsi des gains de temps et de travail importants grâce auxquels les hommes et les femmes du village peuvent s’investir dans de nouvelles activités. Les actions de l’Association des Villageois de Ndem, devenue ONG en 2006, s’intègrent dans le cadre d’un projet de développement intégré et structuré autour d’un objectif global : permettre aux populations de retrouver, localement, des conditions de vie satisfaisantes et freiner ainsi l’exode.

Pour atteindre cet objectif, sept grands pôles d’action ont été mis en place47 :

L’accès à l’eau : Dès le début, l’association s’est fixée pour objectif de parvenir à alimenter durablement les villages de la zone en eau potable. Aujourd’hui, 2 forages alimentent 11 villages et permettent l’irrigation de champs collectifs en saison sèche. La santé : Dans cette région pauvre, l’accès aux soins de base a vite été considéré comme une priorité. Au fur et à mesure des années, les infrastructures et les équipes nécessaires à la surveillance et aux soins des populations ont pu être mises en place. Ainsi, un dispensaire et une maternité ont été créés et des campagnes de santé publique sont régulièrement menées sur le terrain. L’ONG a en projet la mise en place d’une mutuelle pour diminuer encore les frais de santé des villageois. L’éducation : Considérée comme un moyen essentiel pour freiner l’exode rural et générer des activités économiques, l’éducation est un domaine dans lequel l’Association des Villageois de Ndem a beaucoup investi en créant des classes allant de la maternelle à la fin du primaire. Durant les premières années, ce furent des enseignants bénévoles qui donnèrent cours, remplacés depuis peu par des instituteurs d’état. La production agricole : Très vite, les forages réalisés pour accéder à l’eau potable ont permis de développer et de diversifier la production agricole dans les villages de la région de Ndem. Aujourd’hui, les infrastructures mises en place permettent non seulement d’assurer la subsistance des populations mais ils constituent aussi une source de revenus supplémentaires pour les villageois. Le microcrédit : De manière à encourager la création d’activités économiques nouvelles, l’Association des Villageois de N’Dem s’est dotée de fonds pour constituer une caisse d’épargne grâce à laquelle des microcrédits peuvent être proposés aux villageois. L’énergie alternative : Pour freiner le déboisement, les responsables de l’ONG ont mis en place un projet innovant, le projet «Bioterre» pour fabriquer un nouveau type de combustible écologique composé d’argile naturel et de résidus de coques. La création d’emplois : Le projet global de l’Association des Villageois de Ndem a clairement pour finalité le développement économique et social du territoire, ce qui implique la création d’activités génératrices d’emplois. C’est ainsi qu’a été créé le Centre des Métiers de Ndem qui regroupe une douzaine d’ateliers artisanaux où sont fabriqués plus de 400 types de produits. Cette entreprise sociale permet à près de 300 artisans et salariés de travailler à Ndem et dans les environs en bénéficiant de rémunérations suffisantes pour vivre dans de bonnes conditions et bénéficier des services mis en place dans le cadre des autres axes du projet.

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Une part significative de la production de l’Association des Villageois de Ndem est vendue sur les marchés du commerce équitable grâce à l’organisation Artisans du Monde dont les responsables ont découvert l’ONG sénégalaise par leur boutique parisienne où travaillait la mère d’Aïssa Cissé Mbow. Au milieu des années 1990, séduits par le projet et le volontarisme des dirigeants de l’association sénégalaise, ils leurs proposent d’intégrer le circuit Artisans du Monde.

Atelier cuir de l’Association des Villageois de N’Dem Crédit : Fédération Artisans du Monde / David Erhart

Les deux principales filières d’activité sont aujourd’hui l’artisanat et le textile. La filière textile comprend des ateliers de tissage, de teinture, de confection de vêtements, de confection d’accessoires et de confection pour ameublement (draps, nappes, …). La filière artisanat regroupes les ateliers du cuir, du métal et de la récupération, de la vannerie, de la calebasse et du bois, des figurines, des colliers et des poteries. Il intègre également la réalisation de broderies et patchworks. La majorité des artisans travaille dans la filière textile et dans la vannerie et près de 60% des artisans sont des femmes. Le Centre des Métiers situé à Ndem regroupe tous les ateliers sauf ceux de poterie et vannerie qui permettent aux femmes des villages plus éloignés de travailler chez elles.

Aujourd’hui Vice-présidente de l’Association des Villageois de Ndem, Aïssa se souvient : «Nous avions choisi de faire travailler les artisans dans de bonnes conditions de rémunération, dans le cadre d’un projet concerté pour atteindre nos objectifs initiaux. Nous ne savions pas que nous faisions du commerce équitable. On est venu nous le dire !»48. Si les commandes d’Artisans du Monde et, en Belgique, d’Oxfam-Magasins du monde contribuent effectivement à sécuriser l’emploi dans les filières artisanales et textiles, elles ne sont pas considérées comme une voie exclusive par les responsables de l’association dont l’un des objectifs est de développer les ventes localement afin de ne pas dépendre entièrement du marché international.

Bien que parfaitement adaptées au filières du commerce équitable et conçues dans le respect le plus profond de ses valeurs, les productions de l’Association des Villageois de Ndem ne sont pas certifiées. Les responsables ne souhaitent d’ailleurs pas particulièrement obtenir cette certification.

«La notion de solidarité est une valeur importante mais les rapports commerciaux doivent être complétés par des échanges culturels et spirituels, car c’est ce qui fait la richesse et l’intérêt des échanges internationaux». Babacar Mbow, fondateur et président de l’ONG Association des Villageois de Ndem 49

Projet maraichage de l’Association des Villageois de Ndem - Crédit : Fédération Artisans du Monde / David Erhart

Pour en savoir plus : www.oxfammagasinsdumonde.be www.planete-responsable.com

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LES AUTRES CERTIFICATIONS LE COMMERCE DURABLE, C’EST QUOI ? L’Institut International pour l’Environnement et le Développement a défini ainsi le commerce durable en 2000 : Le commerce durable prend place lorsque les échanges internationaux de biens et de services génèrent des bénéfices sociaux, économiques et environnementaux en conformité avec les quatre principes fondamentaux du développement durable : 1. Il crée de la valeur économique ; 2. Il réduit la pauvreté et l’inégalité ; 3. Il régénère les ressources environnementales ; 4. Il est mené dans le cadre d’une gouvernance caractérisée par l’ouverture, la transparence et l’imputabilité. Le commerce équitable et le bio sont des modèles spécifiques de commerce durable. Situé dans une zone géographique de transition entre la zone sahélienne et la zone tropicale humide, confronté à des déséquilibres démographiques importants, le Sénégal doit faire face à une multitude de défis environnementaux. Pesticides dans le delta du fleuve Sénégal, pollution au plomb des rivières, déboisement des régions intérieures, crise des ressources halieutiques, recul du littoral,… les menaces sont nombreuses et pèsent lourdement sur l’avenir du pays. Mais, ainsi que nous allons le voir, de nombreux projets innovants sont initiés au Sénégal pour développer des activités économiques respectueuses de l’environnement et des hommes.

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Pirogues à Saint-Louis-du-Sénégal - Crédit : Ji-Elle

LA GESTION DURABLE DES RESSOURCES HALIEUTIQUES AU SÉNÉGAL «Avec un littoral de 700 km de côtes et un plateau continental large de 23 000 km², la mer et ses ressources constituent la première richesse du Sénégal. Avec 70% des protéines consommées provenant du poisson, le secteur de la pêche joue un rôle fondamental pour assurer la sécurité alimentaire des Sénégalais. La pêche occupe une bonne place dans l’économie nationale et représente une source de revenu importante pour les populations les plus pauvres, en particulier les femmes, traditionnellement actives dans la transformation et la commercialisation des produits de la pêche»50. Depuis près de 40 ans, les eaux sénégalaises sont surexploitées par les pêcheurs locaux mais surtout par les flottilles européennes, américaines et asiatiques qui sillonnent les côtes d’Afrique de l’Ouest. Evoquée dès les années 1990, la crise des ressources halieutiques a mis en évidence les responsabilités des flottes des pays du Nord mais aussi l’iniquité des relations commerciales de l’Union Européenne avec les pays

tiers africains qui, non seulement mettent en péril la biodiversité marine, mais menacent aussi la sécurité alimentaire d’une part importante de la population. Le gouvernement sénégalais a décidé en 2006 de privilégier la sécurité alimentaire de sa population et de ne pas renouveler ses accords de pêche avec l’Union Européenne estimant que «ses inquiétudes et la dimension développement des accords avaient été largement mises de côté par la Commission européenne»51. Mais cette décision n’empêche malheureusement pas les flottilles européennes de piller les ressources halieutiques sénégalaises. Pour maintenir leur présence dans ces eaux, les opérateurs du Nord recourent à des pratiques abusives (telles que la rachat de licences et de quotas, la création de sociétés-écrans ou la «sénégalisation» des navires) et se lancent même parfois dans la pêche pirate en profitant de la faiblesse des moyens de contrôle dont dispose l’Etat sénégalais52.

«En 25 ans, les ressources halieutiques du Sénégal ont diminué de trois quarts. Les jeunes pécheurs sont de plus en plus contraints à l’exil sur les mêmes pirogues qui faisaient vivre leurs ancêtres»53.

La question des ressources halieutiques et marines est vitale pour l’économie du Sénégal. Confronté à cette crise, le pays s’est engagé depuis les années 2000 dans un certain nombre d’actions visant à assurer la sécurité alimentaire de sa population, à protéger la biodiversité et à engager l’économie sur la voie du commerce durable.

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LES AIRES MARINES PROTÉGÉES ET LES AIRES DU PATRIMOINE AUTOCHTONE COMMUNAUTAIRE La notion d’Aire Marine Protégée (AMP) a été initiée en 1995, lors de la Convention sur la Diversité Biologique, pour protéger par des mesures spécifiques les zones marines et côtières menacées et assurer une forte réduction du rythme actuel de perte de biodiversité54. Présentées comme un rempart à la surexploitation de la ressource, ces Aires Marines Protégées se définissent comme des «espaces délimités par la loi où les animaux, les plantes et les ressources culturelles et historiques sont protégés»55.

Cependant, les Aires Marines Protégées telles que conçues à l’origine ont fait l’objet de critiques d’experts car «fondées sur (…) une très grande défiance envers les premiers occupants des lieux, pour ne pas dire au total mépris de leurs intérêts légitimes»58. Les premières évaluations ont, en effet, mis en évidence une certaine mise à l’écart des populations locales alors même que la gestion des écosystèmes côtiers et la protection de l’environnement sont ancrées dans les habitudes ancestrales des communautés littorales.

fondées sur une approche de la conservation participative, équitable et efficace qui «permet aux communautés locales de reprendre en main leurs espaces naturels menacés. Elles constituent une alternative aux aires protégées établies et gérées par les États»59. Face aux résultats parfois mitigés des cinq Aires Marines Protégées, les communautés de pêcheurs sénégalais fondent beaucoup d’espoir dans ces Aires du Patrimoine Autochtone Communautaire.

En réponse à ces critiques, sont mises en place les Aires du Patrimoine Autochtone Communautaire (APAC)

L’AIRE MARINE PROTÉGÉE DE BAMBOUNG, UN SANCTUAIRE POUR LA BIODIVERSITÉ D’une superficie de 7 000 hectares, l’Aire Marine Protégée Communautaire du Bamboung, est située au sud de Dakar dans le delta du Siné Saloum, sur les terres des Serere, un peuple de marins. Portée par Océanium, une ONG environnementaliste sénégalaise, sa création résulte d’une réelle volonté des populations locales de mieux gérer les ressources et de préserver la biodiversité. Depuis le mois d’avril 2003, l’aire est balisée et surveillée par des éco-gardes bénévoles des villages périphériques qui se sont organisés pour créer un Comité de Gestion et de Surveillance. Véritable sanctuaire pour les espèces menacées, elle permet à de nombreuses espèces de poissons, d’oiseaux et de mammifères marins (dauphins et lamantins) de grandir et de se reproduire en toute harmonie dans l’enchevêtrement de racines des palétuviers de la mangrove qui bordent les rives des chenaux ou bolons (canaux marins). Des sources souterraines réduisent la salinité tout en rendant les eaux plus transparentes60. Ces conditions spécifiques sont particulièrement favorables au développement de la flore et de la faune. Depuis la création de l’Aire Marine Protégée Communautaire, les espèces rencontrées se sont multipliées et la taille moyenne des individus augmente ainsi que le soulignent les scientifiques en charge du suivi du peuplement de poissons qui ont, en outre, observé l’apparition de 23 nouvelles espèces et une augmentation du nombre des grands prédateurs.

Pour en savoir plus : www.oceanium.org - www.lafiba.org - www.terre-citoyenne.org

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Pêche au mulet - Crédit : Isabelle CONTARD

Au Sénégal, le gouvernement, sensibilisé par les ONG environnementalistes (le WWF et Océanium en particulier), a adopté en novembre 2004 un premier décret qui a créé cinq Aires Marines Protégées à Saint-Louis, à Kayar, à Joal-Fadiouth, à Abène et à Bamboung56. Acte politique fondateur, ce décret affirme que «la promotion des Aires Marines Protégées constitue un avantage certain pour la

conservation de la structure, du fonctionnement et de la diversité des écosystèmes; de leur reconstruction en cas de dégradation ; l’amélioration du rendement de la pêche et des retombées sociales et économiques pour les communautés locales»57.


APROVAG - Crédit : Vredeseilanden / Chris Claes

AGRICULTURE BIOLOGIQUE ET DÉVELOPPEMENT Si en Europe (et en Occident en général), la production biologique est surtout considérée pour ses vertus sur la santé des consommateurs, il convient de souligner les multiples incidences positives de ces modes de production agricole sur les populations qui les adoptent, sur leur développement et leur environnement. APROVAG - Crédit : Vredeseilanden / Chris Claes

Selon la définition de la Fédération Internationale des Mouvements de l’Agriculture Biologique (IFOAM), l’agriculture biologique «englobe tous les systèmes d’agriculture qui font la promotion d’une production d’aliments ou de fibres environnementalement, socialement et économiquement saines. Ces systèmes s’attachent à considérer la fertilité du sol comme la clé d’une bonne production. En respectant les besoins et les exigences des plantes, des animaux et du paysage, ils visent à améliorer la qualité de l’agriculture et de l’environnement, dans tous leurs aspects. L’agriculture biologique réduit considérablement les intrants en se refusant à utiliser des produits chimiques de synthèse : engrais, pesticides et produits pharmaceutiques. Au contraire, elle permet aux puissantes lois de la nature d’améliorer à la fois les rendements et la résistance aux maladies»61.

Des labels et des normes complémentaires Le commerce équitable, le commerce durable et l’agriculture biologique se fondent sur des approches voisines les unes des autres. Les principales différences concernent surtout l’importance accordée aux dimensions sociales ou environnementales de l’activité économique et à la mise en avant de tel ou tel critère dans ces différents domaines. Globalement, si les systèmes de certification durable et biologique mettent l’accent sur la dimension environnementale du projet à labelliser, ils intègrent aussi pleinement la volonté de développer le bien-être des producteurs. Ainsi, pour l’IFOAM, la justice sociale et les droits sociaux font partie intégrante de l’agriculture biologique. Ces différents types de certification ont d’ailleurs tendance à se rapprocher en cherchant à valoriser leurs

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complémentarités. Ainsi, l’IFOAM, Fairtrade International et le Réseau d’Agriculture Durable (SAN) ont œuvré ensemble à la fondation en 1999 de l’Alliance Internationale pour l’Accréditation et l’Etiquetage Social et Environnemental (ISEAL) qui a par ailleurs servi de cadre de référence pour l’élaboration de la nouvelle norme Fair Trade System de la WFTO, l’Organisation Mondiale du Commerce Equitable. Cette initiative a notamment permis de préciser les critères sociaux des certifications durables et de mettre en place les conditions «d’une promotion mutuelle des systèmes complémentaires agriculture biologique et commerce équitable entre les membres»62.


INITIATIVES DE PRODUCTION BIOLOGIQUE APROVAG, LA BANANE BIO

Le bio, un modèle productif Dans de nombreux pays du sud, la dégradation de l’environnement affecte en profondeur les conditions de vie des populations et hypothèque leurs perspectives de développement. C’est notamment le cas au Sénégal où, depuis 15 ans, la productivité agricole souffre d’une baisse constante causée pour l’essentiel par les activités humaines. Confrontées à cette situation, les organisations paysannes redécouvrent les vertus de l’agriculture biologique et se réapproprient ces modèles productifs abandonnés il y a des décennies sous la pression des autorités coloniales françaises. Depuis une quinzaine d’années, on assiste au Sénégal à un désengagement de l’Etat des structures de production au profit des organisations paysannes qui recourent aux techniques de l’agriculture biologique pour lutter contre les baisses de rendements constatés dans la plupart des filières. Contraints de s’endetter en début de campagne pour acquérir des semences, des engrais et des pesticides de plus en plus chers, confrontés à la mort lente de leurs terres, les paysans se sont organisés avec le soutien d’agences internationales pour briser ce cercle vicieux et s’engager sur la voie du développement durable en produisant biologique.

Quid de la banane Avec une production mondiale estimée à environ 100 millions de tonnes, la banane est le fruit le plus produit au monde. Près de 90% de la production est consommée localement, ce qui fait de ce fruit aux nombreuses vertus nutritives l’aliment de base dans de nombreux pays en voie de développement où il contribue à la sécurisation alimentaire des populations. Au Sénégal, la filière banane connaît, depuis les années 1970, une croissance continue en terme de volumes mais la demande est telle sur le marché national qu’une part importante des quantités consommées est importée, principalement de Côte d’Ivoire63. Le développement de la filière sénégalaise se heurte à des problèmes de qualité, de commercialisation, de conservation, de transformation, de transport et de stockage du produit.

Organiser la filière L’Association des Producteurs de la Vallée de la Gambie (APROVAG) a été créée dans la région de Tambacounda en 1988 dans un contexte difficile marqué par des sécheresses récurrentes, un couvert végétal en disparition et des pénuries alimentaires chaque jour plus menaçantes. Pour faire face à cette situation, les communautés paysannes rurales de Missirah, Dialacoto et Nétéboulou, soutenues par des agences de développement africaines et canadiennes, ont fondé l’APROVAG pour permettre aux producteurs locaux de bénéficier de nouveaux revenus par un investissement massif dans la culture de la banane. Pendant des années, l’organisation paysanne s’est employé à structurer la filière locale en renforçant les mécanismes de gouvernance participative, en sensibilisant les producteurs à la gestion communautaire des ressources naturelles et en transformant les coopératives locales en Groupements d’Intérêt Economique (GIE).

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La banane bio du Sénégal Soutenues par Veco Vredeseilanden, une organisation belge d’aide aux communautés rurales, les équipes de l’APROVAG ont aidé leurs 1250 membres (répartis en 11 GIE) à s’approprier les techniques de l’agriculture biologique. L’adoption de ces nouvelles pratiques s’est faite difficilement, compte tenu de l’hétérogénéité des situations, des infrastructures fragiles et des faibles ressources des producteurs. A chaque étape, il a fallu faire preuve de créativité pour trouver des alternatives naturelles pour renforcer les sols et lutter contre les nombreux parasites qui menacent les plantations. Aujourd’hui, l’essentiel de ces objectifs ont été atteints et les 4000 tonnes de bananes produites par les planteurs de l’APROVAG répondent aux critères de l’agriculture biologique. Il reste maintenant à valoriser ce travail. En effet, bien que cultivée dans le respect des normes biologiques, la production bananière de l’APROVAG n’est pas certifiée. En outre, des efforts restent à réaliser en termes de qualité du produit et, surtout, au niveau de sa commercialisation sur les marchés nationaux (face à son concurrent ivoirien) et pour l’exportation vers l’Europe.

Accéder aux marchés Depuis la création de l’organisation, les équipes de l’APROVAG ont réalisé un travail remarquable pour fédérer des communautés paysannes menacées par la misère, l’épuisement des terres et les désordres climatiques. En un peu plus de 20 ans, une filière agricole a été organisée, des structures collectives ont été mises en place et de nouveaux modèles de production ont été implantés et adoptés.

«La promotion d’une agriculture durable par une production biologique est un positionnement commercial et politique de qualité. Le respect de la nature et de l’environnement participe au bien être de l’homme par la consommation d’aliments sains et exempts de pesticides très nocifs». APROVAG

Pour enfin récolter les fruits de ces efforts, l’APROVAG et l’ONG belge Veco Vredeseilanden ont initié au début de l’année 2011 un nouveau projet qui a pour objectifs le renforcement de la filière bananière de Tambacounda, la certification de sa production et l’amélioration de la qualité du produit. Un programme d’actions intégré est mis en place avec le soutien financier du Trade for Development Centre de la CTB, l’Agence belge de développement, avec comme finalités une hausse significative des revenus des producteurs et l’insertion de la filière dans les circuits européens de commercialisation biologique (puis équitable). Pour ce faire, des moyens sont mobilisés pour accroître les rendements des exploitations et mettre en place les équipes techniques et les infrastructures qui permettront de gérer cette montée en puissance. En parallèle, une action de fond est menée pour accéder à la certification : information des producteurs, formalisation des procédures, préparation et organisation des audits (Bio et FLO-Cert), etc. Afin de réaliser ces objectifs, des modules de renforcement des équipes de l’APROVAG sont mis en œuvre, en particulier dans les domaines commerciaux, marketing et logistique. Cette approche globale permettra de doter l’organisation paysanne sénégalaise des ressources grâce auxquelles les producteurs de Tambacounda pourront reconquérir des parts du marché national et investir les segments de marché à haute valeur ajoutée que représente la banane biologique en Europe. In fine, l’approche retenue par l’APROVAG et ses partenaires est la seule qui ait des chances de succès. Pour soigner la terre sénégalaise et lui rendre sa richesse et sa fertilité, la responsabilisation des populations locales est la seule voie possible. Il importe donc de soutenir ces communautés rurales qui cherchent à améliorer leurs conditions de vie en adoptant durablement de nouveaux modèles de développement plus respectueux des ressources naturelles et humaines. Très concrètement, le véritable enjeu du XXIème siècle.

Pour en savoir plus : www.aprovag.org www.vredeseilanden.be

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APROVAG - CrĂŠdit : Vredeseilanden / Chris Claes

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CONCLUSION Entre déperdition des ressources halieutiques, déséquilibres démographiques et désertification, les menaces qui pèsent sur le Sénégal sont nombreuses et complexes. Pour faire face à ces périls, la société civile de ce grand Etat d’Afrique de l’Ouest s’organise, se mobilise et affirme des positions à la fois originales et volontaristes avec l’ambition de bâtir des solutions africaines pour le continent. Le commerce équitable et le commerce durable sont aujourd’hui pleinement intégrés dans ce modèle de développement africain que défendent avec courage les Sénégalais. Des voix fortes s’élèvent du Sénégal pour dessiner un avenir plus juste et plus vert pour le continent.

Projet Trees for the Future - Crédit : Trees for The Future

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SOURCES ET RÉFÉRENCES

1 Source : Wikipédia - http://fr.wikipedia.org/wiki/Senegal 2 Source : Wikipédia - http://fr.wikipedia.org/wiki/Senegal 3 Source : Jean-Frédéric Lemay sous la direction de Louis Favreau, «Rapport exploratoire de recherche sur les pratiques économiques de commerce équitable au Burkina Faso et Sénégal - Pour le Projet de recherche : Le commerce équitable comme innovation sociale et économique», Co-publication de la Chaire de recherche du Canada en développement des collectivités (CRDC) et de la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable (CRSDD) de l’UQAM, décembre 2004 4 Source : Compte-rendu de l’Assemblée Nationale, Séance du 23/10/1998 - Cité dans Wikipédia - http://fr.wikipedia.org/wiki/Senegal 5 Source : Jean-Frédéric Lemay sous la direction de Louis Favreau, «Rapport exploratoire de recherche sur les pratiques économiques de commerce équitable au Burkina Faso et Sénégal - Pour le Projet de recherche : Le commerce équitable comme innovation sociale et économique», Co-publication de la Chaire de recherche du Canada en développement des collectivités (CRDC) et de la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable (CRSDD) de l’UQAM, décembre 2004 6 Intégré aujourd’hui à WFTO Europe 7 Source : www.wfto.com 8 Source : COFTA Application Form - BTC - August 2009 9 Source : «Le commerce équitable : la parole aux Africains», document du Ministère français des Affaires étrangères et européennes, Juillet 2007 10 Source : Forum Social Mondial de Dakar - http://fsm2011.org/fr/note-conceptuelle-pour-le-forum-social-mondial-fsm-2011 11 Source : Oxfam-Magasins du Monde « Le commerce équitable au Forum social mondial», 4 février 2011 - www.oxfammagasinsdumonde.be/2011/02/forum-social-mondial-un-commerce-equitable-au-sud-pour-le-sud 12 Source : Sidy Dieng, «Plaidoyer pour le commerce équitable : Les acteurs sénégalais mettent au point un programme commun» Jeudi 19 novembre 2009, Walfadjri l’Aurore - www.walf.sn 13 Dominique Ben Abdallah /Enda Tiers monde, «Une vision africaine du commerce équitable», AGRIDAPE, volume 24, Issue 1- Vers un commerce plus juste, Avril 2008 14 Source : Idem. 15 Source : Idem. 16 Source : «Le commerce équitable : la parole aux Africains», document du Ministère français des Affaires étrangères et européennes, Juillet 2007 17 Dominique Ben Abdallah /Enda Tiers monde, «Une vision africaine du commerce équitable», AGRIDAPE, volume 24, Issue 1- Vers un commerce plus juste, Avril 2008 18 Source : «Le commerce équitable : la parole aux Africains», document du Ministère français des Affaires étrangères et européennes, Juillet 2007 19 Extrait de la brochure «Le commerce équitable Sud-Sud», téléchargeable gratuitement sur www.befair.be 20 Source : www.enda.sn 21 Source : www.peaceactionsolidaire.org 22 Source : « Questions / Réponses - Le coton certifié Max Havelaar» disponible sur www.maxhavelaarfrance.org 23 Juliette Jowit, «Cotton subsidies costing west African farmers £155m a year, report reveals», The Gardian, 15 novembre 2010 24 Source : « Questions / Réponses - Le coton certifié Max Havelaar» disponible sur www.maxhavelaarfrance.org 25 Source : Idem 26 Source : www.ekieko.eu/projetcoton.htm 27 Source : www.enda.sn/koussanar.html 28 Source : http://ynw.jarinio.sn 29 Source : http://lizcooper.blogspot.com 30 Source : Idem 31 Source : www.yaniwulli.org 32 Source : www.progresonetwork.org 33 Source : www.micamisa.com 34 Source : http://lizcooper.blogspot.com 35 Source : Idem 36 Source : www.altereco.com 37 Source : Répertoire des Entreprises Artisanales au Sénégal - Réalisé dans le cadre d’un projet conjoint de Aid to Artisans, de l’Organisation pour le Développement International des Nations Unies (ONUDI) et du Programme USAID de Croissance Économique 38 Source : www.cofta.org 39 Source : Idem 40 Moctar Fall, « Fair Trade must be a partnership approach» - executive summary - Fifth ‘Brussels Development Briefing’ – Part of a series of discussion meetings on ACP-EU development issues - Focused on the issues: ‘Does Fair Trade contribute to sustainable development?’ - 16 avril 2008 - http://brusselsbriefings.net 41 Source : « L’action d’Enda Santé Plantes Médicinales» - D’après un texte de l’entité Enda Santé Plantes Médicinales, Enda Tiers Monde, Dakar, Sénégal - Février 2008 - www.afrique-demain.org 42 Source : Idem

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43 Source : «Face à Face : Serigne Babacar Mbow, co-fondateur de l’ONG N’dem, Sénégal» - www.planete-responsable.com 44 Source : www.planete-responsable.com 45 Source : www.artisansdumonde.org 46 Source : «Face à Face : Serigne Babacar Mbow, co-fondateur de l’ONG N’dem, Sénégal» - www.planete-responsable.com 47 Source : Idem 48 Source : «Zoom sur : L’ONG N’Dem»- www.planete-responsable.com 49 Source : «Face à Face : Serigne Babacar Mbow, co-fondateur de l’ONG N’dem, Sénégal» - www.planete-responsable.com 50 Source : Mariano Iossa, Papa Ndary Niang et Alexandre Pollack, «Touche pas à mon poisson - Comment les Accords de Partenariat Economique (APE) peuvent aggraver la baisse des stocks de poisson et la crise alimentaire au Sénégal» ActionAid,Mai 2008 51 Source : Idem 52 Source : Idem 54 Source : Regard sur la pêche et l’aquaculture - http://aquaculture-aquablog.blogspot.com 55 Source : «Importance des animaux et des plantes - l’Aire Marine Protégée de Joal-Fadiouth» Présentation de Assane Ndoye, Conservateur de l’AMP de Joal-Fadiouth - Accessible sur www.comitedespeches-guilvinec.fr 56 Source : Décret portant création d’aires marines protégées, Dakar, le 4 novembre 2004 57 Source : Idem 58 Source : IUCN. Les Aires du Patrimoine Communautaire (http://cmsdata.iucn.org/downloads/cca_jlariviere.pdf) - Rapporté sur http://aquaculture-aquablog.blogspot.com 59 Grazia Borrini-Feyerabend. 2009. Engager les peuples autochtones et les communautés locales dans la gouvernance des aires protégées en environnement marin et côtier: options et opportunités en Afrique de l’Ouest. Rapport pour le projet Sirenes. IUCN/PRCM/ CEESP - Rapporté sur http://aquaculture-aquablog.blogspot.com 60 Source : www.saiga-voyage-nature.fr 61 Source : IFOAM - International Federation of Organic Agriculture Movements - www.ifoam.org / Aurélie Carimentrand et Denis Requier-Desjardins, «Stratégie de qualification des produits, des filières et des territoires, commerce international & intégration Nord-Sud : Le cas des filières agroalimentaires biologiques et équitables en Amérique Latine», Colloque «Intégrations régionales et stratégies de développement : les relations Nord-Sud dans l’Euromed, les Amériques et l’Asie» (RINOS/CEIM) - Montréal, juin 2005 62 Aurélie Carimentrand et Denis Requier-Desjardins, «Stratégie de qualification des produits, des filières et des territoires, commerce international & intégration Nord-Sud : Le cas des filières agroalimentaires biologiques et équitables en Amérique Latine», Colloque «Intégrations régionales et stratégies de développement : les relations Nord-Sud dans l’Euromed, les Amériques et l’Asie» (RINOS/ CEIM) - Montréal, 2-4 juin 2005 63 Source : www.vredeseilanden.be

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Crédit : CTB Dieter TELEMANS

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QUE FAIT LE TRADE FOR DEVELOPMENT CENTRE ?

Pour le Trade for Development Centre, programme de la CTB (l’Agence belge de développement), les commerces équitable et durable peuvent être des outils de réduction de la pauvreté, et des leviers de développement. Le centre a pour objectif l’émancipation économique et sociale des petits producteurs du Sud, à travers leur professionnalisation et l’accès aux marchés, que ces derniers soient locaux, régionaux ou internationaux. Pour se faire nous avons développé les activités suivantes :

> Appui aux producteurs Programme d’appui financier Le Trade for Development Centre soutient les producteurs marginalisés, les micro et petites entreprises ainsi que les projets d’économie sociale actifs dans le commerce équitable ou durable. Il finance différentes activités permettant d’augmenter leurs capacités et leur accès au marché : création de nouveaux produits, introduction de systèmes de contrôle de la qualité, obtention d’une certification, formations (en gestion, marketing…), participation à des foires commerciales,... Activités d’appui à la commercialisation Le TDC est un centre d’expertise en « marketing & ventes » et un organe d’appui concret aux projets de la CTB liés directement ou indirectement à la commercialisation de produits et/ou services : • Conseil stratégique en business et marketing • Information et analyse de marchés • Coaching en marketing & ventes

> Diffusion d’information et plate-forme d’échange Via son site Internet, sa newsletter et différentes publications, le Trade for Development Centre veut apporter aux consommateurs, pouvoirs publics, producteurs et autres acteurs économiques, une information la plus objective possible sur les différents labels, systèmes de garantie de commerce équitable et durable. Il contribue aussi aux débats pour une gestion des ressources naturelles et un commerce plus respectueux de l’Etre humain et de son environnement. Le Centre participe activement à différentes plates-formes d’échange entre acteurs concernés, notamment la plate-forme belge d’appui au secteur privé « Entreprendre pour le développement ».

> Sensibilisation Le TDC met en place des campagnes de sensibilisation à destination des consommateurs (Semaine du commerce équitable), des acteurs économiques et des pouvoirs publics belges.

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CTB - agence belge de dĂŠveloppement TRADE FOR DEVELOPMENT centre rue haute 147 1000 Bruxelles T +32 (0)2 505 19 35 www.btcctb.org www.befair.be 48

Commerce équitable et commerce durable au Sénégal  

Front du continent dans l’Océan Atlantique, le Sénégal est au carrefour des voies maritimes, au confluent de l’Afrique, de l’Europe et de l’...