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PROFESSEUR LAYTON ET LA DIVA ÉTERNELLE LES CLÉS DU FILM

SATOSHI KON

UN DERNIER VOYAGE

L'ADAPTATION

TENDANCE DU CINÉMA JAPONAIS

TOTAL MANGA MAG OCTOBRE 2010

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- REVIVEZ L’HISTOIRE ET LES COMBATS LEGENDAIRES DE NARUTO SHIPPUDEN - PLUS DE 40 PERSONNAGES DONT Pain, Killer Bee, Sasuke Akatsuki, Naruto Sennin… - AFFRONTEZ VOS AMIS EN LIGNE - DES DIZAINES DE TECHNIQUES, 18 ARENES DE COMBAT, PERSONNALISATION DES NINJAS...

Disponible le 15 octobre 2010 © 2002 MASASHI KISHIMOTO / 2007 SHIPPUDEN All rights reserved. Game © 2010 NAMCO BANDAI Games Inc. Microsoft, Xbox, Xbox 360, Xbox Live, and the Xbox logos are trademarks of the Microsoft group of compagnies and are used under license from Microsoft. Association.

REJOIGNEZ LA COMMUNAUTE NARUTO SUR WWW.NARUTO-VIDEOGAMES.COM


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Satoshi Kon, la machine à rêves........................................ 09 Professeur Layton sur les traces de la Diva Éternelle....... 11 Simulcast : le développement de l’offre se poursuit......... 13 Durarara!!, le duo Narita-Omori fonctionne........................ 15

Scantrad : vers une alternative légale................................ 17 Bakuman, les coulisses du manga..................................... 19 Rinne, mi-humain mi-spectre, 100% Takahashi................ 20 Girls love Boy’s love............................................................ 21

Sonic the Hedgehog 4: Episode 1...................................... 23 PS Move, première prise en main....................................... 24

Japan Expo : vitrine sur le phénomène Idols..................... 28 Dir en grey : European soil.................................................. 31 Interview Long Shot Party................................................... 32 Versailles, Musique de chambre......................................... 34

Les maisons d’édition japonaises tordent le cou au scantrad, les éditeurs francophones réinventent leur métier en se mettant au simulcast, le cinéma nippon a de plus en plus tendance à faire appel aux adaptations de séries TV, mangas et romans, Satoshi Kon nous a quitté... Et votre site d’information, Total Manga, accompagne ces mutations et bouleversements qui secouent la communauté manga en donnant dans le papier. Bonne lecture de ce premier numéro ! Céline Maxant

EN PRÉPUBLICATION

Takashi Murakami dans la cour des rois............................ 36 « Kyoto-Tokyo : Des samouraïs aux mangas », un voyage spatio-temporel................................................. 38 Chocolat, un petit coin de France à Tokyo........................ 40

Moyashimon, vous allez aimer les bactéries..................... 14 L’adaptation squatte le cinéma japonais........................... 41 Sweet Little Lies, apparences trompeuses........................ 44 Sawako Decides, ma petite entreprise............................... 46

Les marches du World Cosplay Summit............................ 49

Total Manga Mag numéro 1

SIMULACRE (P52)

www.total-manga.com

Octobre 2010 - Gratuit Publication mensuelle de J-Press SARL au capital de 5 000 € - RCS Paris 524 453 032 - Siège Social : 32 boulevard de Strasbourg CS 30108 75468 Paris Cedex 10 Directeur de publication : Lionel Jammes Directeur éditorial : Jean-Marc Boyer Directeur de la communication et Publicités : Max Metayer Tél. : +33 (0)6 09 28 46 91 - mail : publicites@total-manga.com Rédactrice en chef : Céline Maxant - Secrétaire de rédaction & Maquettiste : Sophie Rivière - Péraudeau - Rédacteurs qui ont parti-

cipé à ce numéro : Jérôme Salomon, Paul Ozouf, Pascal Voglimacci, Nathalie Rémond, Lauréline Lalau, Kévin Rodet, M.P., Cristina Thaïs, Max Metayer et Sophie Rivière-Péraudeau - Traducteurs : Pascal Voglimacci et Catherine Boyer - Directeur artistique : Ludovic Honoré Abonnements : Max Metayer - Tél. : +33 (0)6 09 28 46 91 Imprimé en France par les Imprimeries Didier Mary - 6 route de la Ferté sous Jouarre 77440 Mary-sur-Marne Dépôt légal : à parution. - N° ISSN : en cours - N° CPPAP : en cours Nous contacter : contact@total-manga.com


ACTUS

Le point Ghibli Karigurashi no Arrietty, le nouveau film d’animation du studio Ghibli devrait arriver dans les salles françaises le 12 janvier 2011, d’après Buena Vista son distributeur occidental. Adapté de la série de romans pour enfants The Borrowers (Les Chapardeurs) de Mary Norton, Karigurashi no Arrietty, que l’on peut traduire par La chapardeuse Arrietty, est un vieux projet de Hayao Miyazaki qu’il a écrit et supervisé. La réalisation a été confiée à Hiromasa Yonebayashi, qui devient ainsi le plus jeune réalisateur du Studio Ghibli. Notons également que la musique a été composée par une Française, la harpiste celtique et chanteuse Cécile Corbel. Shô, un jeune garçon convalescent, vient s’installer chez sa grand-mère, qui habite une vieille maison dans l’ouest de Tokyo. Celui-ci est loin de se douter que sous le plancher se cache des chapardeurs, des hommes miniatures passés maîtres dans la récupération de nos objets qu’ils utilisent pour bâtir leurs logis. Ceux-ci n’ont qu’une seule règle, ne jamais être vu par les grands humains. Mais Arrietty, une jeune chapardeuse âgée de 14 ans, va par accident faire la rencontre de Shô et se lier d’amitié avec lui. Sorti au Japon le 17 juillet 2010, ce film connaît déjà un succès aussi bien commercial que critique. Une très bonne chose, car d’après l’interview récente de Hayao Miyazaki publiée dans le magazine nippon Cut, l’avenir du studio Ghibli en dépendait. Le réalisateur nous y révèle également son prochain projet, une suite de son film Porco Rosso, qui devrait s’intituler Porco Rosso: The Last Sortie et se dérouler durant la guerre civile espagnole. La production ne sera lancée que si Karigurashi no Arrietty rencontre le succès escompté en Europe et aux États-Unis.  J.S.

Summers Wars en DVD, le 27 octobre Sorti dans les salles françaises le 9 juin 2010, Summer Wars, le film d’animation produit par le studio Madhouse et réalisé par Mamoru Hosoda (La Traversée du Temps) arrive en DVD et Blu-ray chez Kazé le 27 octobre 2010. Outre les éditions simples, un coffret Collector, comprenant le DVD et le Blu-ray, des bonus vidéos, des interviews, ainsi qu’une planche de stickers et un mini artbook, sera également disponible en tirage limité. OZ est une plateforme communautaire, un monde virtuel hors des limites du réel, où des millions de personnes se connectent avec leur avatar pour communiquer, jouer, faire des achats, etc. Kenji Koise, un lycéen timide et surdoué en mathématiques, assure la maintenance de ce réseau pendant les vacances d’été. Mais la jolie Natuski, la fille de ses rêves, lui propose de l’accompagner à la fête du clan Jinouchi, où il se retrouve bon gré mal gré à jouer le rôle de son petit ami devant toute sa famille. Pendant ce temps là, OZ est attaqué par un virus qui entraîne de graves conséquences aussi bien dans le monde virtuel que réel.  J.S.

AL MANGA MAG 04 TOT OCTOBRE 2010

L’intégrale de Karas au cinéma avec GONG Partenaire de l’événement, Total Manga est heureux de vous annoncer la diffusion de l’intégrale de la série Karas en HD numérique au cinéma le 23 septembre 2010 avec la chaîne GONG (et Dybex) dans les multiplexes CGR et les salles partenaires du réseau Côté Diffusion. Deux séances uniques à 19h45 et 22h15 seront programmées dans plus d’une cinquantaine de salles partout en France. Les 6 épisodes remontés en intégrale pour plus de 2h30 de film seront proposés au prix d’une place de cinéma classique. Des meurtres mystérieux ont lieu à Tokyo. À chaque fois la victime est retrouvée vidée de son sang dans les toilettes de la capitale. Pour le jeune détective Kure, cela ne fait au cun doute, les ennuis ne font que commencer...  C.M.


Grand format pour Dragon Head À l’occasion de la sortie de sa nouvelle collection Pika Graphic, Pika Édition a décidé de vous proposer de redécouvrir l’œuvre de Minetaro Mochizuki. Dès le 5 octobre, replongez dans l’univers angoissant mais tout autant captivant de Dragon Head dans un nouveau format plus grand (15 x 21 cm) afin d’apprécier au mieux le dessin de ce mangaka hors norme figurant parmi les plus doués de sa génération. Mais parce que le plaisir ne vient jamais seul, vous pourrez découvrir une autre œuvre de notre artiste avec la sortie de Maiwai, série humoristique nous contant les aventures de Funako Yamato qui se retrouve embarquée dans une aventure où se mèlent pirates portant des masques de catch, trésor comme dans les livres de contes et désirs d’ailleurs...  S.R.P.

Cave et ses nouveaux projets

Naruto Ultimate Ninja Storm 2, le 15 octobre

Le développeur star des m a n i c shooters a annoncé l’arrivée de deux nouveaux titres qui seront, pour le moment, exclusivement dédiés au marché japonais. Dodonpachi Resurrection sortira en novembre 2010 et la compilation Pink Sweets & Muchi Muchi Pork au printemps 2011. Pour se consoler, deux autres jeux signés Cave, à savoir Espgaluda 2 Black Label et Mushihime Sama Futari ver 1.5, sont disponibles en import et compatibles avec nos Xbox 360 françaises.  K.R.

Naruto Ultimate Ninja Storm 2, le second opus de la saga, débarquera chez nous le 15 octobre sur Xbox 360 et Playstation 3, avec une édition collector que l’on ne manquera pas de vous décortiquer. L’OST, un artwork ainsi qu’un personnage supplémentaire téléchargeable devraient contenter les irréductibles, tandis que les autres pourront toujours se rabattre sur la démo disponible depuis le 25 août sur Xbox Live et Playstation Store.  K.R.

Itinéraire Nantes-Japon jusqu’au 30 octobre Expositions, spectacles, conférences et films autour de l’art et de la culture japonaise. L’espace culturel international Cosmopolis à Nantes propose une véritable immersion dans le folklore traditionnel et moderne nippon depuis le mardi 24 août jusqu’au samedi 30 octobre 2010. Notons qu’un week-end « manga » est organisé les 25 et 26 septembre, avec l’organisation d’un atelier manga, d’un défilé de mode, et des rencontres qui permettront de décrypter la bande dessinée et l’animation japonaise avec les acteurs nantais de la communauté manga. Entrée libre  C.M.

Nouveau Kazuo Kamimura chez Kana Kana continue de nous faire découvrir l’œuvre de Kazuo Kamimura avec la sortie de L’Apprentie geisha le 1er octobre. Connu pour sa collaboration avec Kazuo Koike sur Lady Snowblood, mais également pour ses titres Lorsque nous vivions ensemble et Folles Passions que vous pouvez aussi retrouver chez Kana, Kamimura nous conte ici l’histoire de O-Tsuru, jeune fille vendue par ses parents afin de devenir une geisha. Commence alors son apprentissage dans une okiya où elle apprendra, au travers de ses ainées, à devenir l’une d’entre elles...  S.R.P.

un best of pour le 6 octobre En juin, les Beat Crusaders annonçaient leur séparation. Effective depuis un ultime concert donné le 4 septembre 2010 à Osaka, le groupe de rock ne part pas sans nous laisser un dernier souvenir de taille. Rest Crusaders, une compilation d’une vingtaine de titres réunissant leurs meilleurs morceaux et Let it go, leur dernier single, sera disponible au Japon dès le 6  octobre d’après DefSTARS Records. Cet opus sortira également en une édition limitée comprenant un CD supplémentaire qui rassemblera leur performance aux côtés d’artistes et quelques unes de leurs reprises.  C.M.

TOTAL MANGA MAG OCTOBRE 2010

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Manabé shima, le 7 octobre en librairie Manabé Shima, le deuxième carnet de voyage illustré de Florent Chavouet sortira en librairie aux éditions Philippe Picquier le 7 octobre 2010 au prix de 23 €. Florent Chavouet est l’auteur de l’ouvrage Tokyo Sanpo, littéralement « balade dans Tokyo », paru en 2009 chez le même éditeur, un recueil de croquis réalisé, sans intention d’être publié au départ, à l’occasion d’un séjour de 6 mois dans la capitale de l’archipel. Le dessinateur y décrit le quotidien tout à fait banal des Japonais, mais insolite pour nous, au cœur de ces petites rues loin de l’affluence touristique. Si ce premier recueil s’est construit par hasard, le second : Manabé Shima était en revanche prémédité ! « Je tenais absolument à retourner au Japon pour faire une cartographie non plus de la ville mais de la campagne », raconte l’auteur. Celle-là même qui lui avait attiré l’œil alors qu’il la sillonnait à vélo au cours d’un tout premier voyage. Sa campagne, il est allé la chercher sur l’île perdue de la mer intérieure Manabe au large d’Osaka et il y est resté pendant deux mois avec un budget de 2 000 euros, pour revenir avec un ouvrage de 144 pages et une carte dessinée du lieu. www.florentchavouet.com  C.M.

Un live-action movie pour le shôjô Paradise Kiss

DJ K entaro

La Machine du Moulin Rouge Paris le 1er octobre www.myspace.com/djkentaro V amps W orld T our 2010

Espace Grande Arche - Paris-La Défense le 16 octobre www.vampsxxx.com D’ espairs R ay W orld T our 2010 «H uman - clad M onsters » - E urope

La Laiterie - Strasbourg le 2 octobre Bataclan - Paris le 3 octobre

www.myspace.com/despairsray

Dans son numéro d’octobre, le magazine de mode Zipper (Shodensha), qui a publié la série d’Aï Yazawa entre 2000 et 2004, consacre un dossier à la sortie à venir de l’adaptation live du manga de l’auteure : Paradise Kiss prévue pour le printemps 2011. On retrouvera Keiko Kitagawa (Pretty Guardian Sailor Moon’s Sailor Mars, The Fast and the Furious: Tokyo Drift’s Reiko) et Osamu Mukai (Honey and Clover, Nodame Cantabile, Mei-chan no Shitsuji, Beck) dans les rôles de Yukari «  Caroline  » Hayasaka et «  George  » Koizumi ainsi que Natsuki Kato, Aya Omasa, Kento Kaku, Shunji Igaeashi et Yusuke Yamamoto. Paradise Kiss raconte la rencontre de Yukari «  Caroline  » Hayasaka, une lycéenne qui ne se trouve aucun intérêt, avec un groupe d’étudiants en mode et haute-couture, créateurs de la marque « Paradise Kiss ». Fascinés par la beauté et la démarche de Yukari, ceux-ci la poussent à devenir leur top model attitré. Yukari, sous le charme de « George » Koizumi leur leader, se laisse finalement convaincre.  C.M.

K okia R eal W orld T our 2010

Poste à Galene - Marseille le 15 octobre

La Dynamo - Toulouse le 17 octobre

La Carène - Brest le 20 octobre

Théâtre Michel - Paris le 24 octobre www.kokia.fr

DJ K rush E uropean T our - A u tumn 2010

L’Epicerie Moderne - Feyzin le 29 octobre

Le Minotaure - Festival Rockomotives - Vendôme le 30 octobre www.myspace.com/djkrush

AL MANGA MAG 06 TOT OCTOBRE 2010

Outrage 2 pour l’automne 2011 Un Outrage 2, suite du dernier film de yakuza Outrage de Takeshi Kitano, est déjà annoncé pour l’automne 2011. Miura Tomokazu, Shiina Kippei et Kase Ryo y reprendront leur rôle respectif. Loin d’être un succès critique en France, Outrage, la dernière sortie du cinéaste, présentée en compétition au Festival de Cannes 2010 et qui sortira dans les salles de l’hexagone le 24 novembre, a tout de même rapporté plus de 750 million de yens au Japon. Dans ce film, le récit d’une lutte des clans yakuzas pour accéder au pouvoir, agrémentée sans fin de complots, de meurtres et de corruption, Kitano renoue avec ce qui a fait sa renommée : le genre yakuza.  C.M.


ACTUS  ANIME JAPON

Chaque nouvelle saison apporte son lot de nouvelles séries d’animation. Voici un échantillon, très bref, de ce qui va débarquer cet automne au Japon et qui pourrait bien arriver prochainement en France.  Max Metayer

Bakuman

sur Gundam Seed) et Kazuki Akane (réalisateur des séries Escaflowne et Noein), rejoignent l’équipe de Sunrise.

Iron Man

Présenté par les éditions Kana à l’occasion de Japan Expo 2010, Bakuman, le nouveau manga de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata (Death Note), qui raconte les péripéties de deux jeunes mangaka qui tentent de vivre de leur passion, sera adapté en un dessin animé de 25 épisodes par Noriaki Akitaya (Code Geass: Lelouch of the Rebellion) et Kenichi Kasai (Nodame Cantabile) pour le studio J.C. Staff et diffusé sur la chaîne NHK.

Code Geass Gaiden – Bôkoku no Akito

Information confirmée par le studio Madhouse, alors que la rumeur circulait depuis le mois de mars, Iron Man, le célèbre Marvel va connaître une adaptation en anime « manga  ». À l’heure où nous écrivons ces lignes, nous en savons peu sur le scénario de cette version nippone si ce n’est qu’il semblerait que ce soit uniquement une adaptation au sens propre du terme et non pas une nouvelle histoire.

Tiré du roman éponyme de Kaminaga Manabu illustré par Akatsuki Katou, la série animée Shinrei Tantei Yakumo, réalisée par Tomoyuki Kurokawa pour le studio Bee Train, raconte comment Saitou Yakumo, un étudiant qui a la particularité de voir les esprits et les fantômes, va devenir détective.

Starry Sky

Kuragehime L’adaptation animée du shôjô/josei manga de Akiko Higashimura, Kuragehime, par le studio Brain’s Base et réalisée par Takahiro Omori, sera diffusée à partir du 15 octobre sur Fuji TV dans sa programmation alternative noitaminA. On y suit le parcours de Tsukimi Kurashita, une jeune adulte qui décide de s’installer à Tokyo pour devenir illustratrice.

Letter Bee Saison 2

Forte de son casting : Ichirô Okôchi au scénario, Gorô Taniguchi à la réalisation et le studio Clamp sur le chara design des personnages, Code Geass est reconnue comme l’une des plus grandes séries de cette dernière décennie. On prend les mêmes et on recommence. Pour sa troisième saison, qui démarrera cette fois-ci en Europe et mettra en scène une unité de Knightmare de la zone 11 dans une mission particulièrement périlleuse, Shigeru Morita (scénariste

Shinrei Tantei Yakumo

À l’origine de cet anime, un « otome game  », jeu vidéo romantique pour les femmes, développé par Honeybee. Starry Sky, c’est l’histoire fantasmagorique d’une jeune fille qui se retrouve bon gré mal gré dans une école uniquement peuplée de jeunes hommes.

Togainu no Chi Voici un yaoi bien sanglant… Adapté du jeu vidéo pour public averti éponyme de Nitro+chira, Togainu no Chi, adapté en anime par Aniplex, se déroule dans un univers où règne le chaos suite à une troisième guerre mondiale apocalyptique. Et notre héros Akira, accusé de meurtre, doit acheter sa liberté avec ses poings en participant à Igura, une sorte de combat de gladiateurs du futur.

Produite par le studio Pierrot, la série Letter Bee (ou Tegami Bachi) de Hiroyuki Asada, qui raconte les aventures des « bee », ces messagers qui évoluent dans un univers dangereux, rempile pour une deuxième saison.

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ANIME  PORTRAIT

SATOSHI KON

la machine à rêves Le 24 août 2010, Satoshi Kon, le réalisateur des films d’animation Perfect Blue (1997), Millennium Actress (2001), Tokyo Godfathers (2003) et Paprika (2006), et de la série Paranoia Agent (2004), s’est éteint à l’âge de 46 ans. Il travaillait alors sur son cinquième long métrage Yume-Miru Kikai, littéralement « la machine à rêves », que le studio Madhouse prend actuellement à cœur de terminer.

«

S

perdre en regardant le film fait partie de l’expérience » À ce jeu, Satoshi Kon était très fort. Mais quoi qu’il arrivait, on retrouvait toujours notre chemin. Et ce qui s’applique pour chacun de ses long métrages, s’applique également sur son œuvre prise dans son ensemble. Ses films pourraient s’emboîter les uns dans les autres à la manière de poupées russes et l’intérieur de chacun d’entre eux regorge de formes en trompe-l’œil  : un véritable puzzle. Des films dans un film (Millennium Actress), un corps dans un autre (Perfect Blue, Paprika), des rêves dans un rêve (Paprika). Satoshi Kon nous a baladé avec cette manière unique de raconter et nous a ébloui avec un univers graphique fluide, lisse, coloré et jouant invariablement sur les effets de transparence et de superposition. Satoshi Kon, c’était ça. La magie un peu dérangeante des images, l’exploration de la psyché humaine, une réalité sociale dénoncée ou sublimée par l’imaginaire. e

« MAINTENANT JE M’EN VAIS » Et c’est chez lui, des suites d’un cancer pancréatique, que ce grand maître de l’animation nous a quitté, trop tôt. Il n’est cependant pas parti sans nous laisser une lettre d’adieu. Cellelà même qui a été diffusée quelques heures après l’annonce de sa mort. Déchirante pour les fans, émouvante

pour tous. Dans ce dernier message, il nous raconte comment, un 18 mai, il a appris qu’il était malade et condamné. On entre alors dans son intimité et celle du combat de sa femme. On y découvre son état d’esprit. Son regret de ne pas avoir parlé de son cancer à sa famille et à ses proches plus tôt : «  j’aimerais utiliser cet espace pour m’excuser [...] pour mon irresponsabilité et mon déshonneur. Prenez cela comme mes désirs égoïstes.  » Et sa reconnaissance envers les personnes qui l’ont construit. « À tout le monde, un très grand merci pour tous ces beaux moments. J’aime le monde dans lequel j’ai vécu. Le seul fait de pouvoir penser comme cela me rend heureux. »

HALLUCINATION, MÉMOIRE, SOUVENIRS, RÊVE, RÉALITÉ, FUITE Satoshi Kon nous raconte avec humour l’hallucination qu’il a eu alors qu’il était encore cloué dans son lit d’hôpital. Voyant une ligne sortir

d’un calendrier accroché au mur il a pensé : « Oh… une ligne qui sort d’un calendrier. Mes hallucinations ne sont pas très originales. » Incorrigible. «  J’ai souri à mon professionnalisme déplacé dans de telles situations.  » Son originalité, nous en avons bien profité à travers ses films, des chefs d’œuvres de l’animation au caractère alternatif de part son schéma narratif et son animation 2D, mais accessible au grand public (mature bien entendu). Satoshi Kon fait ses débuts comme assistant de Katsuhiro Ôtomo sur le manga Akira. Il rejoint ensuite les studios d’animation sur des projets tels que l’OAV Roujin Z (toujours avec Ôtomo, 1991), Patlabor 2 (Mamoru Oshii, 1989), ou encore Memories: Magnetic Rose (1995). Puis, il s’émancipe complètement en réalisant son premier long métrage  : Perfect Blue. Ce film d’animation nous plonge dans l’univers malsain de Mima, une ex-idol qui tente de se reconvertir dans le ...

Yume-Miru Kikai, cinquième film de Satoshi Kon à découvrir prochainement TOTAL MANGA MAG OCTOBRE 2010

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... cinéma. On suit le parcours de la jeune femme, harcelée par un fan, qui tombe dans un délire schizophrène ne sachant plus faire la distinction entre la réalité, ses rêves et les rôles qu’elle interprète. Déjà là, M. Kon usait de procédés narratifs déroutants en exploitant les différentes personnalités de l’héroïne, et en sautant habilement de scènes du réel à des scènes de fiction.

tout ce qui a contribué au succès de ses films précédents. À l’instar du blockbuster américain Inception de Christopher Nolan, une équipe de scientifiques pénètre les rêves de leurs patients pour les soigner. Et comme dans Millennium Actress, il se fait plaisir d’un point de vue graphique en exploitant au maximum les possibilités délirantes qu’offre le scénario. Le monde des rêves n’a pas de limite. Rapport à l’image, voyage entre rêve et réalité, manipulation des rêves, manipulation des médias etc., le réalisateur s’impose définitivement comme un spécialiste de l’hallucination et de l’imaginaire.

Arrive ensuite en 2001, Millennium Actress, où il nous raconte l’histoire d’une actrice à travers les scènes clés de ses films. Chiyoko Fujiwara se tourne vers le métier de comédienne qui pourra l’emmener en Mandchourie, là où est censé l’attendre son bien-aimé, un fugitif. Finalement, dans ce long métrage, très peu de scènes sont issues de la réalité puisqu’on saute d’un film de Chiyoko à l’autre. Une mise en scène tortueuse qui sert habilement la poursuite de l’héroïne. En 2003, Satoshi Kon change partiellement de registre avec Tokyo Godfathers, un drame social ancré dans la réalité qui délivre un message concret autour de l’exclusion et de l’intolérance. Dans ce conte, le réalisateur garde tout de même cette notion de réalité subjective qui lui est propre puisqu’il y présente des protagonistes, trois sans-abris de Tokyo, qui fuient leur passé, qui refusent d’accepter leur réalité. L’année suivante, M. Kon réalise sa première série télévisée Paranoia Agent, qui sera composée de 13 épisodes et dans laquelle on retrouve les thématiques sociales qui lui sont chères et sa tendance à tester les limites de la psyché humaine. Sa carrière se termine (presque) sur Paprika en 2006. Une explosion de AL MANGA MAG 10 TOT OCTOBRE 2010

LA DERNIÈRE MACHINE À RÊVES Malgré sa disparition, le voyage ne s’arrêtera pas là. Satoshi Kon travaillait en effet depuis plusieurs années sur un cinquième long métrage, dont il ne verra malheureusement pas l’aboutissement. Il en parlait déjà en 2007 comme d’un « conte folklorique du futur  ». L’histoire originale (contrairement à Perfect Blue et Millennium Actress qui étaient des adaptations) de Yume-Miru

Kikai (The Dream Machine, « la machine à rêves  »), dont il a confié la direction artistique à Nobutaka Ike (Millennium Actress, Paprika) et la direction de l’animation et du character design à Yoshimi Itazu (Paranoia Agent), s’intéresse à l’impact des nouvelles technologies sur les hommes, dans un monde où la race humaine est éteinte et où il ne reste plus que des automates. Dont nos trois héros : Ririco, Robin and King. Satoshi Kon a précisé que ce film s’adresserait à un public, tout d’abord jeune, mais que cela ne l’empêcherait pas de séduire une audience plus mûre, à qui il destinait habituellement ses compositions. Dans sa lettre, Satoshi Kon fait tout de même part de son inquiétude quant à la sortie de ce métrage d’animation. L’homme, qui avait pris l’habitude de gérer la conception entière de ses films, de l’histoire à la mise en scène en passant par la musique, a finalement dû se résigner à confier à Masao Maruyama, producteur, du studio Madhouse, qui l’a révélé, le soin de terminer ce qu’il avait commencé. «  À toute l’équipe, veuillez accepter toutes mes excuses. Je veux que mon staff me comprenne. “ Satoshi Kon ” était « ce type d’homme », voilà pourquoi ses animes étaient bizarres et différents », exprime-t-il dans son adieu. Ce à quoi Maruyama-san a répondu «  Ça va. Ne t’inquiètes plus pour ça, nous ferons ce qu’il faut, je regrette d’avoir à perdre un talent comme toi. J’aurais aimé que tu puisses nous le laisser. » Nous aussi.  Céline Maxant Retrouvez l’intégrale de sa lettre sur : www.total-manga. com/satoshi-kon


ANIME  À LA UNE

LE PROFESSEUR LAYTON sur les traces de la Diva Éternelle

Une civilisation disparue attend le retour de sa reine et ce sera au Professeur Layton et à son apprenti Luke d’éclaircir les nombreux mystères qui entourent cette légende, pour la leur rendre. Le film d’animation Professeur Layton et la Diva Éternelle, adapté de la saga vidéoludique best-seller de Nintendo et Level-5, Professeur Layton, sort en DVD, Blu-ray et édition collector le 13 octobre 2010 chez Kazé.

L

film commence... sur une énigme. On n’en attendait pas moins ! Le Professeur Layton, accompagné de son assistant Luke Triton, doit comprendre comment la cloche e

original : レイトン教授と永 遠の歌姫 Reiton-kyōju to Eien no Utahime

T itre

F ormat : Film (97 minutes) A nnée  : 2009

A uteurs : Level 5, Nintendo

R éalisation : Masakazu Hashimoto

S cénario : Aya Matsui, Akihiro Hino M usique  : Tomohito Nishiura

P roduction : Masakazu Kubo

A nimation : OLM, Inc., P.A. Works É diteur DVD : Kazé

de Big Ben, la célèbre horloge de Londres, a disparu et qui a bien pu la subtiliser. Le vilain Don Paolo n’y est pas pour rien. Démasqué, ce dernier arrive à s’échapper avant d’être poursuivi par l’inspecteur Chelmey et les policiers de Scotland Yard. De retour à son quartier général, le célèbre professeur d’archéologie et son « fidèle Watson  » se passent un vieux disque  : La Diva Éternelle de Jenis Quatlane. Luke nous raconte alors que ce morceau leur évoque l’un des mystères que les deux compagnons ont résolu, juste après leur rencontre il y a de cela trois ans. Le flash-back commence. Alors que Emmy Altava (Remi en version japonaise), collaboratrice dynamique du Professeur Layton, enquête sur la disparition de jeunes filles à Londres, le gentleman reçoit une lettre de Jenis Quatlane, une de ses anciennes étudiantes. Elle lui explique que son amie Melina, décédée d’une maladie il y a peu de temps, est réapparue dans la peau d’une petite fille. Cette histoire, a priori saugrenue, n’a rien d’une supercherie. En effet, au cours de leur discussion, la fillette a fait référence à des détails que seule Jenis et elle pouvaient connaître. Dans sa lettre, la jeune femme convie par ailleurs Layton et son apprenti, à la représentation qu’elle va donner au Crown Petone Theater (cf photo ci-après). Coïncidence, le chef d’orchestre de l’opéra qui va se jouer n’est autre que le pianiste Odlaw Whistler, le père de Melina. Mais avant d’apporter des réponses à toutes les questions qui commencent à se po-

ser, le Professeur et Luke profitent du spectacle. C’est l’histoire d’une reine mourante. Son peuple, qui l’adore, se met en tête de trouver un élixir capable de la garder en vie éternellement. Ce qu’il arrive à faire mais trop tard. La reine meurt et ses sujets choisissent de boire l’élixir dans l’attente de son retour. À peine l’opéra terminé, un homme masqué apparaît et met le public au défi de résoudre une série d’énigmes afin de justement mettre la main sur ce breuvage et obtenir l’immortalité. Seul l’un d’entre eux pourra l’acquérir, les autres seront éliminés au fur et à mesure. Composée de diverses célébrités, l’audience est finalement prise en otage dans une sorte de chasse au trésor qui s’avère plus dangereuse qu’il n’y paraît.

DE LA DS... La saga du Professeur Layton, imaginée par le développeur Level-5 et l’éditeur de jeux vidéo Nintendo pour sa console, la Nintendo DS, est actuellement l’un des jeux de ré- ...

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... flexion les plus populaires auprès du grand public. Le professeur Layton est à la base un archéologue, auquel on fait souvent appel pour élucider de grands mystères. Il se définit luimême comme un gentleman, et ne peut résister à l’appel d’une demoiselle en détresse. Son apprenti, Luke, est en quelques sortes son témoin. En le formant, c’est vous qu’il guide à travers le jeu. Le jeu en question est une succession d’énigmes à résoudre, qui fait appel à votre logique, votre rapidité ou votre mémoire dans une aventure ludique, dotée d’un scénario simple mais divertissant. En résumé, des jeux de logique que l’on connaît bien comme démêler des labyrinthes ou retrouver des formes qui se correspondent, et qui ont le mérite d’entraîner vos neurones, adaptés au monde particulier de Layton. Voilà donc que vous évoluez avec nos héros dans un décor grandiose pour du dual screen et que vous ne cessez de rencontrer des personnages (ceux-là même qui vous présentent votre prochaine épopée cérébrale) comiques et attachants. Déjà quatre opus du jeu sont sortis au Japon dont les deux premiers en France : Professeur Layton et l’Étrange Village (2007), Professeur AL MANGA MAG 12 TOT OCTOBRE 2010

Layton et la Boite de Pandore (2008), Professeur Layton et le Destin Perdu (2008) et Professeur Layton et la Flûte du Démon (2009). Le cinquième numéro Professeur Layton et le Masque des Miracles est attendu sur 3DS pour le printemps 2011.

... À LA DIVA En attendant le studio OLM, Inc. a eu l’idée de tirer de cette saga, un film d’animation. L’intrigue de cette production, écrite par Aya Matsui et Akihiro Hino, se situe juste après les événements du Professeur Layton et la Flûte du Démon. La principale différence entre le jeu et le long métrage est évidemment le graphisme, le même en soi, mais fort plus appréciable sur un écran de télévision, à défaut de celui du cinéma, et l’interactivité. Là où vous êtes acteur dans le jeu, vous n’êtes plus qu’un simple spectateur dans le film. Aussi logique que les réponses aux questions de notre Professeur. Ce qui est intéressant, c’est de constater que malgré tout, nous sommes tout autant impliqués dans l’histoire. Nous ne sommes pas complètement passifs, grâce, encore, au duo LaytonLuke. De la même façon, en invitant un public entier comme clé du film, on retrouve l’interaction avec les person-

nages secondaires, les rencontres, qui parsèment habituellement le jeu. Le capitaine Curtis O’Donnel, l’écrivain Annie Doretchi, le footballeur Pierre Starbuck, etc. Tous ont des raisons de vouloir la vie éternelle, tous ont quelque chose à cacher et tous vont aider Layton à progresser dans son enquête qu’ils le veuillent ou non. Le film est un enchaînement de questions-réponses toujours un peu trop faciles pour notre Layton, mais amusantes et bien trouvées, servies par son graphisme, quoique paraissant légèrement plus froid une fois sur un plus grand écran, et par ses mélodies. Ici, la musique est une fois de plus une clé de l’histoire dans tous les sens du terme. Composée par Tomohito Nishiura, déjà l’auteur des bandes sons des jeux vidéo, elle tient indéniablement la vedette. Exactement à l’image du jeu sur DS, le dessin animé Professeur Layton et la Diva Éternelle est une succession d’énigmes à résoudre dans un univers qui a la particularité de mélanger des notions très concrètes, comme la représentation de la ville de Londres, et des petites énigmes très rationnelles, à des mythes comme l’immortalité de la Diva.  Céline Maxant


ANIME  ENQUÊTE

SIMULCAST :

le développement de l’offre se poursuit

Ceux qui ont testé ont approuvé. Malgré une avancée timide, les services de simulcast proposés par les éditeurs francophones sont tranquillement en train de s’installer espérant avoir une influence positive, aussi bien pour eux que pour les fans, sur les modes de consommation de l’animation.

D

U FANSUB... Là où avec la VOD(1), les éditeurs de dessins animés japonais mettent leurs licences à disposition des spectateurs via les nouveaux médias (Internet, mobile...), le simulcast est un service qui permet lui de diffuser les dernières sorties nippones légalement sur Internet en streaming(2) quelques heures seulement après leur passage sur le petit écran japonais. En VOST(3), gratuitement ou moyennant un abonnement payant mais peu coûteux (selon les distributeurs), ce nouveau mode de diffusion répond fatalement à toutes les attentes des fans d’animation, qui se tournaient jusque-là vers le fansub. Héros pour certains, les groupes de fansub piratent un dessin animé avant de le redistribuer en streaming ou en téléchargement sur le web avec des sous-titres. Une pratique illégale, et pas nécessairement de bonne qualité. Mais gratuite et dans des délais relativement courts, alors qu’il a parfois fallu patienter plusieurs années avant de pouvoir visionner un titre en France, pour peu qu’il arrivait jusqu’à nous.

Cette activité a évidemment un impact négatif très important sur les ventes de DVD et peut desservir les attributs d’une série (mauvaise qualité des sous-titres, de l’image...), mais aussi sur la qualité de l’offre en animation et sur le développement de son exploitation chez nous. « L’expérience du fansub anime montre qu’une très faible partie des personnes qui ont piraté un contenu le consomment légalement par la suite  », explique Cédric Littardi, PDG de Kazé. Sans la possibilité de compter sur le coeur de cible, les coûts de production ne peuvent être amortis. «  En téléchargeant massivement le programme, les fans du genre freinent son accès à un plus grand public. » Le simulcast, même si son recours est encore marginal au même titre que la VOD, vient à point nommé pour inverser la tendance, encourageant la consommation légale. Du côté de chez Dybex, on compte sur la gratuité du service et des séries blockbusters, types grands publics. Fort de son partenariat avec la case horaire noitaminA de la chaîne Fuji TV, et de KazéNeo, son programme qui en résulte, Kazé se dé-

marque en proposant la diffusion de séries expérimentales de qualité (Goyô, Rainbow...), destinées à un public mature d’amateurs d’animation, qui n’auraient pas forcément trouvé leur audience à la TV ou sur un support DVD.

...AU SIMULCAST Courant 2008, Dybex diffusait sa première série en simulcast : Time of Eve. Mais c’est en avril 2009, avec Fullmetal Alchemist: Brotherhood, un best-seller, que l’éditeur fait une entrée remarquée auprès des fans de japanimation sur ce type de service. Kazé suit le mouvement et lance en octobre 2009 son offre de simulcast KZPlay avec deux nouvelles licences Kobato., alors la nouvelle série de Clamp, et The Book of Bantorra. Depuis, les deux éditeurs ont eu le temps d’étoffer leur catalogue. Dybex avec Durarara !! (chroniqué en p.15), Dance In The Vampire Bund et High School of the Dead (en cours). Et Kazé avec Cobra the Animation, La Mélodie du Ciel, Goyô, The Tatami Galaxy, Rainbow, Le Seigneur des Yôkai, Shi Ki et Moyashimon, Tales of Agriculture.

VERS UNE PROGRAMMATION INTERNET Mis en ligne sur KZPlay quelques heures après sa diffusion au Japon, en juillet, la série live Moyashimon, Tales of Agriculture devient le premier drama japonais à être diffusé en simulcast en France. Sans compter le portail Drama Passion, qui a ouvert en janvier 2010 et qui propose l’accès à un catalogue déjà bien fourni de séries coréennes en VOD, il s’agit là de la principale avancée légale réalisée sur l’importation de drama dans nos contrées. C’est, entre autres, avec l’arrivée de Moyashimon, Tales of Agriculture ... Goyô et The Tatami Galaxy, les deux premiers titres apparus dans la collection KazéNeo de KZPlay

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... dans le rang des titres distribués en simulcast, que l’on commence à mesurer l’importance de ce mode de diffusion. En effet, compte tenu des difficultés juridiques auxquelles les éditeurs devront faire face pour licencier et distribuer le drama japonais en France, et les habitudes de consommation des fans (téléchargement illégal donc), la petite échappée Moyashimon tient presque du miracle. « Au Japon, les plus importantes agences d’acteurs n’ont pas signé d’accord sur l’exploitation de leur image sur Inter-

net. Par conséquent, aucune exportation n’est possible, y compris sur TV par ADSL », nous informe C. Littardi. Et si Moyashimon fait exception c’est parce qu’une petite partie de la série est constituée d’animation 3D (les bactéries, cf. notre article ci-dessous), et donc que les producteurs ont pu jouer là-dessus. Et un tout nouvel acteur semble faire son apparition. Rien n’est encore officiel, mais Dattebayo.fr a annoncé l’arrêt définitif de son activité de fan-

sub sur les séries Naruto Shippûden (distribué en DVD par Kana Home Video) et Fairy Tail et de la diffusion de tous les épisodes disponibles, à la demande de l’éditeur. D’après eux, ces deux titres devraient bientôt faire l’objet d’une diffusion en streaming légale par Kana qui en aurait fait l’acquisition des droits Internet.  Céline Maxant 1. VOD : Vidéo à la demande 2. Streaming : Lecture directe 3. VOST : Version Originale Sous-Titrée

MOYASHIMON,

tales of agriculture : vous allez aimer les bactéries En plus de vous emmener dans le milieu agricole, avec un humour japonais reconnaissable, cette adaptation du manga de Masayuki Ishikawa, vous familiarisera avec... des bactéries.

L

héros de notre enfance, et même encore d’aujourd’hui, ont soit le pouvoir de voler, de lire dans les pensées ou de voir naître le feu entre leurs mains. Celui-là, personne n’y aurait pensé, a le pouvoir de voir tous les micro-organismes, bons ou mauvais, sans l’aide d’un microscope, et de les identifier. Tadayasu Sôemon Sawaki (Yuichi Nakamura), va s’en servir pour briller dans sa nouvelle fac, une université agricole implantée à Tokyo. Il va faire la rencontre d’un homme hors du commun, qui va devenir son maître spirituel, passionné par tout ce qui concerne les bactéries, le professeur Itsuki. es

Dès lors, il va découvrir des personnalités aussi insolites les unes que les autres. Tout d’abord Oikawa et Misato, deux élèves qui produisent et vendent un saké de mauvais goût dans l’école. Puis Haruka, une élève du professeur Itsuki, jalouse de son pouvoir. Ou encore Aoi, présidente du club d’ufologie et miss université. Ensemble, ils mènent des expériences aussi farfelues qu’eux, toutes facilement résolues par Tadayasu. Que l’on AL MANGA MAG 14 TOT OCTOBRE 2010

ne s’y trompe pas, il s’agit aussi bien d’expériences scientifiques qu’humaines comme l’amitié, la colère ou même l’amour. C’est grâce à toutes ces recherches scientifiques – et beaucoup moins l’apprentissage de la récolte du riz ou de la traite des vaches – que le personnage de Tadayasu va évoluer et grandir.

LES BACTÉRIES : DES PERSONNAGES À PART ENTIÈRE Et tout ça sans oublier les centaines, voire milliers de bactéries et autres organismes qui entourent littéralement notre héros. Ces petits personnages d’animation en 3D aux formes rondes ou allongées, aux couleurs claires ou plus sombres et aux expressions kawaï ou agressives, font l’originalité et la petite touche humoristique supplémentaire de cette comédie. Ce côté enfantin rend, pour ceux qui ne sont pas amis avec la physique et la science, le côté « intello » de ce drama plus sympathique. Les noms imprononçables des bactéries et autres levures deviennent beaucoup plus abordables une fois qu’ils sont

associés à ces petits êtres attachants qui flottent tout autour de Tadayasu. Ils font d’autant plus partie du casting puisque la parole leur est donnée. Bien sûr, seul le jeune homme peut les entendre, ce qui le pousse parfois à parler tout seul. Et cela ne l’avantage pas quand il se trouve aux côtés de la jolie Hazuki, qui ignore tout de son fabuleux pouvoir, et pour qui il commence à éprouver des sentiments. Mais attention, les maniaques devront consommer ce drama avec modération car la présence de toutes ces bactéries peut vite nous rendre paranoïaque, à l’image de la publicité pour la grippe A, où plein de chiffres tournent autour de nous. On préférera quand même les compagnons de Tadayasu, beaucoup plus élaborés.  M.P.


ANIME  CRITIQUE

DURARARA!!

le duo Narita-Omori fonctionne En 2007, le réalisateur Takahiro Omori adaptait pour la première fois l’un des romans de Ryohgo Narita, Baccano!. Malgré un plébiscite pour son originalité et sa qualité technique, le succès fut relatif, en raison de sa complexité narrative rapidement déroutante. De ce projet est cependant né un duo, capable de remettre les personnages au centre du récit et ce quelqu’en soit leur nombre, là où d’autres acteurs de l’animation se retrouvent avec des personnages secondaires sans but réel. Le tandem Narita-Omori est aujourd’hui de retour avec Durarara!!, série dont la diffusion en simulcast par Dybex s’est achevée en juillet 2010. L’occasion de savoir si la synergie est bien réelle et si le duo est arrivé à maturité.

I

L ÉTAIT UNE FOIS, À IKEBUKURO... Pour son entrée au lycée, Mikado Ryugamine s’est enfin décidé : il quitte sa campagne et vient s’installer à Tokyo, dans le quartier branché d’Ikebukuro. Il y retrouve son ami d’enfance, le beau-parleur et fantasque Kida Masaomi, ravi de le guider dans cette vaste cité. Accompagné par leur nouvelle camarade de lycée, la taciturne mais séduisante Anri Sonohara, Mikado découvre une vie aussi envoutante que compliquée.

T itre

original :

Durarara!!

F ormat : Série tv (24 x 24 min) A nnée  : 2010

A uteur : Ryohgo Narita

R éalisation : Takahiro Omori

C hara D esign : Suzuhito Yasuda,

Takahiro Kishida

M echa D esign : Tatsuo Yamada M usique  : Makoto Yoshimori A nimation  : Brain’s Base É diteur

européen :

Dybex

À peine ancré entre le Sunshine 60 et le West Gate Park, le fil de son nouveau destin s’insère puis s’emmêle dans le vaste filet ikebukuronien, au milieu duquel se meuvent, pêlemêle : un vendeur de sushi imposant mais affable, une bande d’amis otakus le jour et justiciers la nuit, un homme colérique qui affectionne les distributeurs automatiques comme projectiles, des gangs tout juste formés ou tout juste dissous et une société peu scrupuleuse qui pratique le trafic de corps humains. L’arrondissement tokyoïte est aussi celui de deux légendes urbaines, une cavalière à la recherche de sa tête et un éventreur meurtrier, fou d’amour.

Enfin, derrière ce quartier excentrique et quelque peu irrationnel se cache un homme, qui observe autant qu’il manipule. Maître des complots et des révélations dévastatrices, il transforme progressivement les rencontres en conflits, les secrets en trahisons... et Ikebukuro en champ de bataille. Reste à savoir qui seront les survivants. NARITA & OMORI : BACCANO ! LE RETOUR ? Pour leur seconde collaboration, l’auteur Ryohgo Narita et le réalisateur Takahiro Omori ont été à nouveau réunis par la société Brain’s Base. Ce studio d’animation travaille depuis plusieurs années comme sous-traitant sur des séries comme Gurren Lagan, Soul Eater ou les deux saisons de Fullmetal Alchemist, mais il réalise également ses propres productions. Il a récemment fait mouche en adaptant les light novel de Baccano ! et Kure-nai. Sans être des best-sellers, ces deux titres ont sorti le nom du studio de l’ombre et lui ont conféré une bonne image auprès des fans d’animes. Sur Durarara!!, Brain’s Base a donc décidé de rappeler l’équipe de Baccano ! afin de produire une série de 24 épisodes, contre 12 précé- ...

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... demment. Du scénariste au chara designer en passant par le directeur artistique ou celui de l’animation, les postes-clés sont inchangés et le résultat est logiquement similaire, c’est-à-dire d’une bonne qualité générale. On remarque notamment les décors soignés, qui jouent la carte du réalisme et du détail, permettant aux personnages fantastiques de la série d’y puiser une part de leur crédibilité. La seule fausse note, même si cette pratique est désormais monnaie courante dans la production de dessins animés, est la sous-traitance de quelques séquences à des studios bons marchés. Le trait et le graphisme des personnages s’en ressentent, basculant parfois de simple à disgracieux. Malgré une technique comparable, Durarara!! n’est en rien une copie de Baccano! et possède plusieurs atouts qui lui permettent de se démarquer, et de convaincre... QUATORZE HÉROS ET UN QUARTIER EN TÊTE D’AFFICHE Dans un scénario classique le héros de l’aventure est aussi le porte drapeau de la narration. Il part d’un point A, poursuit son parcours initiatique de manière linéaire et emmène son étendard jusqu’au point B, plus communément appelé Fin. Au contraire, le scénario de Durarara!! est construit à l’image du quartier où se déroule la série. Dans un dédale de rues fourmillant d’intersections, l’histoire change de cap à chaque révélation et revient parfois sur ses pas, à la faveur

d’un rebondissement, afin de mieux comprendre comment elle est arrivée là. Adoptant l’atmosphère d’une ruelle sombre et étriquée ou mimant la lumière éclatante d’un grand boulevard, Durarara!! est aussi changeant, comme Ikebukuro. Dans ce quartier en vase clos dont il semble difficile de sortir, les différents protagonistes se croisent, se recroisent et se transmettent, le temps d’un épisode ou deux, l’histoire et la narration. Quelques personnages prennent du recul et nous transmettent leurs réflexions via des voix off, teintants leurs séquences de mélancolie ou de regrets. Certains, rompus à l’art de la manipulation, cherchent à faire de nous leurs prochains pions. D’autres, enfin, se contentent de leur quotidien, sans se soucier le moins du monde d’un quelconque spectateur. Cependant le jeu des digressions est un jeu dangereux. Baccano !, qui ajoutait à ses intrigues des sauts temporels, a perdu une partie de son public en morcelant et mélangeant trop profondément sa trame de fond. Heureusement, Ryohgo Narita a su simplifier son récit et Takahiro Omori fournir des points d’ancrages forts pour capter et conserver l’attention du spectateur. Les personnages de

Durarara!! sont ses balises, et la série lui doit sans doute une grande part de son succès. Que leur charisme soit palpable ou non dès le premier celluloïd, chaque protagoniste bénéficie d’une psychologie singulière et travaillée. Les quatorze noms du premier générique sont quatorze héros potentiels mais seuls ceux qui auront fait le choix d’évoluer pourront prétendre au devant de la scène. Les liens tissés au fur et à mesure de la série prennent alors toute leur importance. La relation entre Izaya, le manipulateur, et Shizuo, la tête brûlée, est d’ailleurs si intense qu’elle est devenue une machine à fantasme pour toutes les amatrices de yaoi du monde entier. À l’image de films tels Collision ou Babel, toutes ces personnes sont liées par l’amour, la haine, l’amitié ou un hasard derrière lequel se dissimule une destinée commune. Durarara !! signe donc le retour en force du duo Narita-Omori, qui nous livre une œuvre intrigante et séduisante. En variant les récits et les points de vue, le studio Brain’s Base nous propose une série peu commune, entre légendes urbaines et personnages addictifs. Lassés d’une japanimation trop lisse, trop ecchi ou trop uniforme ? Alors rendez-vous à Ikebukuro, une bonne surprise vous y attend...  Paul Ozouf Retrouvez les épisodes de Durarara!! sur : www.total-manga. com/durarara

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MANGA  ENQUÊTE

SCANTRAD :

vers une alternative légale Comme le montre la récente fermeture du site anglophone One Manga, l’agrégateur de scans le plus visité au monde, la répression du scantrad est finalement devenue réalité. Mais qu’en est-il du doux rêve d’une alternative gratuite et légale à cette forme de piratage ? Bakuman et Rinne, les deux séries présentées dans ce premier numéro, ont la particularité d’avoir fait l’objet de deux tentatives d’éditeurs de proposer des scans officiels à leurs lecteurs. L’occasion de revenir en détail sur ces deux coups d’essais.

O

NEMANGA.COM : LE SEIGNEUR DES PIRATES TIRE SA RÉVÉRENCE Pour rappel, le scantrad (ou scanlation en anglais) est une pratique qui consiste à scanner et traduire des bandes dessinées étrangères, avant de les distribuer sur Internet sous forme de fichiers numériques. Cette pratique ne respecte bien sûr pas le droit d’auteur mais connaît depuis une dizaine d’années un immense succès sur la toile. La raison est simple, elle permet aux lecteurs de mangas de lire leurs séries préférées au même rythme que les Japonais et de découvrir des séries encore inédites, le tout gratuitement. Après des années de silence, durant lesquelles cette pratique était plus ou moins tolérée, les éditeurs japonais et américains semblent s’être enfin décidés à réagir. La crise que traverse le marché du manga, au Japon comme aux États-Unis, n’y est pas étrangère. Pas moins de 36 maisons d’éditions

japonaises et quatre américaines ont fini par s’associer pour attaquer les sites de scantrad. Le résultat ne s’est pas fait attendre. En ce mois de juillet 2010, menacé de poursuites judiciaires, le site anglophone One Manga est contraint de stopper son activité. Avec plus de 4,2 millions de visiteurs par mois et des centaines de séries mangas disponibles en intégralité, One Manga était de loin le plus important agrégateur de scans. Cette victoire des éditeurs est le symbole de leur volonté de mettre fin au scantrad. Cependant, la répression seule ne suffira pas. L’engouement pour les scans est la preuve qu’une réelle demande existe. Et pour stopper durablement le piratage du manga, il faudra d’abord parvenir à répondre à cette demande.

JUMPLAND.COM : PETIT BOND EN AVANT AU PAYS DES MANGAS Fin juin 2008, l’éditeur Shueisha lance le site international officiel de son célèbre magazine de prépublication, Shônen Jump. Baptisé Jumpland, ce site disponible en quatre langues, japonais, anglais, allemand et français, était l’occasion de fêter le quarantième anniversaire du magazine. Faisant office de portail des séries

du Shônen Jump, parmi lesquels on trouve entre autres les grands succès One Piece, Dragon Ball, Slam Dunk et Naruto, le site propose toute sorte de contenu et surtout de lire des mangas gratuitement. Les visiteurs peuvent alors télécharger librement des chapitres traduits des séries Bleach, Death Note et D.Gray-Man. Seule limite, ces fichiers sont uniquement lisibles sur le logiciel de lecture de Jumpland et ce pour une durée limitée. Mais la plupart des chapitres n’étant par vraiment à jour par rapport aux parutions du Shônen Jump, cette première initiative n’a pas suscité un grand intérêt auprès des lecteurs étrangers. Pourtant, fin août 2008, la Shueisha décide de publier en ligne sa nouvelle série Bakuman, de Takeshi Obata et Tsugumi Ohba, qui venait tout juste de débuter dans le Shônen Jump. Pour la première fois, une série inédite est disponible légalement sur Internet avant même d’être éditée à l’étranger. Les chapitres sont alors traduits dans les quatre langues du site, et diffusés à un rythme hebdomadaire avec très peu de décalage par rapport au Japon. Une grande première. Plusieurs nouvelles séries inédites sont ensuite lancées sur le site, en même temps que Bakuman. Malheureusement, Jumpland.com ne rencontre pas le succès escompté et l’aventure prend fin en février 2009. Ce mode de publication officiel ne sera finalement pas parvenu à séduire les adeptes du scantrad. Il faut croire que le décalage de quelques semaines entre le Shônen Jump et Jumpland.com était encore trop long. ... TOTAL MANGA MAG OCTOBRE 2010

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... On peut aussi imputer à cet échec les limites techniques imposées par le logiciel de lecture, le retrait des chapitres au bout d’une semaine, le manque de communication autour du site, l’absence de dialogue avec les sites de scantrad, et enfin le coût non rentabilisé de l’opération. Quoi qu’il en soit, cette première tentative des éditions Shueisha a eu le mérite de montrer qu’une alternative légale au scantrad est possible, ce qui n’a pas manqué de donner des idées aux concurrents.

SHONENSUNDAY.COM : DES SCANS OFFICIELS POUR LES LECTEURS DU DIMANCHE À peine quelques mois plus tard, en avril 2009, l’éditeur américain Viz Media conclu un accord avec la Shôgakukan pour publier gratuitement en ligne le nouveau manga de Rumiko Takahashi, Rinne, en même temps qu’au Japon. C’est ainsi que cette série très attendue débute le 22 avril dans le magazine de prépublication Shônen Sunday comme prévu, mais aussi en anglais sur le site officiel américain Therumicworld.com. Les deux éditeurs promettent de mettre à jour le site chaque semaine, proposant les chapitres suivants en anglais le lendemain de leur parution au Japon. Un délai défiant toute concurrence. Cette fois, l’opération a de quoi plaire aux plus fervents partisans du scantrad. Mais les deux éditeurs, qui viennent de marquer un grand coup, ne vont pas s’en contenter. Le lancement de la série n’était en fait que la première étape de la création d’un site entier dédié à la publication de scans officiels. Pour les 50 ans de son magazine Shônen Sunday, lancé le 17 avril 1959 en même temps que son rival de toujours, le Shônen Magazine de Kodansha, Shôgakukan et Viz Media voient les choses en beaucoup plus grand. Ils renforcent leur partenariat et lancent le site Shonensunday.com dans le but de proposer des mangas en publication simultanée, au Japon et aux États-Unis, sur papier comme sur Internet.

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Shonensunday.com ouvre ses portes en juillet 2009 et n’a cessé de se développer depuis. La publication de Rinne sur le web est ensuite transférée sur ce site et continue de plus belle. Au mois d’octobre 2009, le premier volume relié du manga de Takahashi paraît en même temps au Japon et aux États-Unis. Un événement impensable jusqu’ici. En réduisant ainsi l’écart de parution des volumes entre les deux pays à zéro, tout en proposant des scans officiels et gratuits, Viz Media et Shôgakukan semblent avoir trouvé la solution au problème du scantrad. Encore faut-il que le modèle soit rentable. Jusqu’ici cette tentative est loin d’être un échec et on peut même parler d’un succès. Mais le cas Rinne fait pour l’instant figure d’exception dans le monde du manga. D’autres titres, du magazine Shônen Sunday ou du catalogue Shôgakukan, ont également été publiés sur le site Shonensunday.com. Mais aucun n’a bénéficié, comme Rinne, du rythme de parution japonais. Cela prouve bien qu’une telle opération est très difficile à mettre en place et demande beaucoup de moyens. Néanmoins, on peut espérer que l’étroite collaboration entre Viz Media et Shôgakukan,

qui détient Viz Media conjointement avec la Shueisha, se prolonge et fasse exemple. N’oublions pas que l’éditeur français Kazé Manga est également détenu par Shôgakukan et Shueisha. Alors, à quand des scans officiels en français ?  Jérôme Salomon Retrouvez notre dossier sur le scandtrad sur : www.totalmanga.com/scantrad


MANGA  DÉCOUVERTE

BAKUMAN

les coulisses du manga Le duo Tsugumi Ohba et Takeshi Obata (encore un !), auteur du désormais culte Death Note, est de retour avec Bakuman, un manga qui a déjà beaucoup fait parler de lui. Débutée le 11 août 2008 dans les pages du magazine de prépublication japonais Shônen Jump, cette série a été la première à bénéficier d’une publication internationale, légale et gratuite sur le site Jumpland.com (voir notre enquête p.17). En février 2009, Jumpland.com a cependant fermé ses portes, mettant fin à la publication en ligne de Bakuman. Élu «  Meilleur espoir manga  » par les lecteurs d’Animeland la même année, ce manga était très attendu en France. Retour sur ce succès annoncé disponible depuis le 2 juillet aux éditions Kana.

A

MOUR, GLOIRE ET MANGA Moritaka Mashiro, alias Saikô, un jeune collégien tout à fait banal, se contente d’être le spectateur muet de sa vie. Secrètement amoureux de sa jolie camarade de classe, Miho Azuki, il aime dessiner son visage dans le coin de ses cahiers sans jamais songer à lui avouer ses sentiments. Classique. Jusqu’au jour où le brillant Akito Takagi, premier de la classe, vient s’immiscer dans la morne vie de Saikô. Assis au fond de la salle de cours, il observe et voit tout. Si bien qu’il découvre le petit faible de Saikô pour Miho et surtout, son talent pour le dessin. De son côté, Takagi est doué pour l’écriture. Il se met alors en tête de s’associer avec lui pour devenir mangaka, dans le but de devenir riche et célèbre. Intéressant. Seulement, Saikô refuse net la proposition de Takagi. Un refus catégorique qui cache la triste histoire de son oncle, un modèle pour lui, qui exerça le métier de mangaka avant de finir par en mourir à la fin d’une carrière en chute libre. Heureusement, l’amour s’en mêle et Saikô va se laisser convaincre. Car loin de renoncer, Takagi apprend que Miho rêve de devenir comédienne de doublage de dessin animé. Sautant sur l’occasion, il décide de confronter les deux tourtereaux dans le but de réveiller les aspirations enfouis de Saikô. Le résultat est encore meilleur que prévu, Saîko et Miho se promettent de se marier

une fois qu’ils auront réalisé leur rêve. C’est-à-dire, une fois que Miho jouera la voix de l’héroïne dans l’adaptation animée d’un manga dessiné par Saikô. Surprenant. C’est ainsi que les deux collégiens décident de tout faire pour créer le manga qui leur permettra d’entrer dans les pages tant convoitées du Shônen Jump, afin de devenir les plus grands mangaka du Japon, pour l’amour et pour la gloire.

JUMP, TON UNIVERS IMPITOYABLE Si l’histoire semble un peu tirée par les cheveux, on ne peut ôter à Tsugumi Ohba et Takeshi Obata le mérite de s’attaquer à un sujet original. À travers les deux personnages principaux, dans lesquels on peut voir leurs alter-égos fictifs, les deux auteurs nous invitent avant tout à partager leur passion de la bande dessinée. L’ascension de Saikô et Takagi dans l’univers du manga est en fait un prétexte à la découverte du métier de mangaka et du milieu de l’édition japonaise, en particulier celui du magazine Shônen Jump de la Shueisha. Bien que ces histoires d’amour frôlent la niaiserie, pour ce qui est de l’aspect découverte de la face cachée des mangas, Bakuman est très réaliste. Tsugumi Ohba et Takeshi Obata se payent même le privilège de faire référence à des séries existantes et décrivent fidèlement le fonctionnement du Shônen Jump, qui en prend pour

son grade. La dure loi du système de vote des lecteurs, les contraintes et la pression subis par les auteurs du magazine, leurs relations avec les responsables éditoriaux, la concurrence entre eux, tout est passé en revue. Entre critique et hommage au métier de mangaka, Bakuman s’avère très vite passionnant. La série offre en plus un double niveau de lecture qui captera l’attention des plus jeunes lecteurs, qui peuvent s’identifier aux personnages, ce qui ne manquera pas de susciter des vocations, comme des lecteurs plus matures, qui se passionneront pour les dessous du manga. D’un côté, on se laissera porter par les aspirations des héros, le désir d’aller au bout de ses rêves, les épreuves rencontrées et la confrontation avec les mangaka rivaux. De l’autre, on se délectera des nombreuses références au manga et de la découverte de ce milieu méconnu. Enfin le talent d’illustrateur de Takeshi Obata achèvera de convaincre les plus réticents. Son trait, très soigné et précis, est un véritable plaisir pour les yeux. Il apporte une vraie fraîcheur à l’histoire de Tsugumi Ohba et la rend d’autant plus crédible. Le tout est porté par une édition très réussie de la part de Kana, agrémentée de petites références au matériel du mangaka. Amoureux du manga, ne manquez surtout pas ce titre.  Jérôme Salomon TOTAL MANGA MAG OCTOBRE 2010

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MANGA MANGA   DÉCOUVERTE DÉCOUVERTE

RINNE, mi-humain, mi-spectre, 100% Takahashi

Ranma se transformait en fille, Inu Yasha était mi-homme mi-démon... Rinne, le dernier héros de Rumiko Takahashi, est mi-humain mi-spectre. Celle que l’on surnomme la « Princesse du manga  » se lance dans une nouvelle série qui marie l’humour de Ranma ½ et le folklore japonais de Inu Yasha. Débutée le 22 avril 2009 dans les pages du magazine Shônen Sunday des éditions Shôgakukan, Rinne, ou Kyukai no Rin-ne en VO, est la première série manga à être publiée simultanément dans une revue japonaise et en anglais sur Internet, gratuitement et légalement (voir notre enquête p.17). Les tomes 1 et 2 sont disponibles depuis le 24 juin 2010 chez Kazé Manga dans la collection Shônen UP.

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ISTOIRE DE FANTÔMES JAPONAIS Après une courte et mystérieuse disparition alors qu’elle était enfant, Sakura Mamiya a développé un don curieux : celui de voir les fantômes. Un pouvoir qu’elle ne comprend pas, d’autant plus qu’elle n’a aucun souvenir de ce qui lui est arrivé, et dont elle aimerait bien se débarrasser pour aborder son entrée au lycée avec sérénité. Bien entendu, sa rencontre avec Rinne, son voisin de table en cours, ne va pas du tout dans ce sens et va au contraire l’entraîner, plus ou moins volontairement, dans le monde des morts. Ce jeune garçon, mi-humain mi-spectre, consacre en effet son temps à aider les esprits retenus sur terre, à rejoindre la roue de la réincarnation en échange d’offrandes des vivants justement hantés par ceux-ci. Endetté, sa survie dépend de ses petites missions en tant que shinigami. Dès les premières histoires, des personnages récurrents commencent à faire leur apparition dont Masato, un démon fier et têtu, le premier vrai ennemi de Rinne, qui va compliquer l’une de ses missions et mettre Sakura en danger.

L’ESSENCE MÊME TAKAHASHI Le genre Takahashi n’a pas bougé d’un coup de crayon. Qu’on s’attendait à une révolution dans son style ou non, c’est en tout cas un plaisir de pouvoir à nouveau se plonger dans l’une des aventures, aussi humaines que loufoques, de cette grande auteure. Outre la tête rousse du héros, on y retrouve son point de vue narratif et sa patte graphique qui ont façonné sa marque de fabrique. Mais aussi OCTOBRE 20 20OCTOBRE

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tous les thèmes qui lui sont chers et qui ont fait de ses œuvres des histoires attachantes : des références à l’Histoire et aux croyances japonaises, à l’évolution des personnages principaux en milieu scolaire, en passant par la dualité du héros mi-garçon, mi-dieu de la mort. Rumiko Takahashi ayant déjà plus de 30 années intensives de carrière derrière elle, la première chose que l’on aurait envie de faire en ouvrant son nouveau manga est bien sûr de prendre une loupe et d’aller chercher toutes ces petites choses qui font références à son œuvre générale. Après Inu Yasha, un shônen manga élaboré, Rumiko Takahashi renoue avec cette légèreté qui a fait le succès de Ranma ½ dans le ton de l’histoire. Une sensation renforcée par le style graphique de l’auteure, toujours aussi simple et enfantin.

DÉJÀ VU Et tout comme cette grande série qui a contribué à l’introduction du manga en France (notamment à travers son adaptation animée), ici (en tout cas après lecture des deux premiers tomes), il n’est pas question d’affrontement avec des ennemis dangereux et fondamentalement mauvais, comme c’est le cas sur Inu Yasha, mais de suivre la quête personnelle de notre héros, Rinne, à travers les yeux de Sakura Mamiya et au rythme de petites aventures. On suit le parcours de ces personnages et de leur évolution, qui nous ont pour l’instant amené à découvrir des petits bouts de leur passé, voire de leur vie antérieure.

On se souvient également des situations incongrues dans lesquelles pouvait se retrouver Ranma en passant de l’état de fille à celui de garçon, ressort comique clé de l’histoire. De la même façon, quoique moins hilarante, lorsque Rinne enfile sa cape pour se transformer en shinigami, il disparaît du monde des vivants. Seule Sakura peut encore le voir et lui parler, donnant l’impression à ses camarades de classe qu’elle parle toute seule. Enfin, là où dans Inu Yasha, on faisait des bonds dans le temps, Rinne reste bien ancré dans l’époque moderne actuelle, mais garde une fenêtre sur les vies passées de chacun. Mme Takahashi adore ré-exploiter des thématiques familières, elle ne se prive en revanche pas d’explorer de nouveaux mondes : extra-terrestres, arts martiaux, mythologie... On reconnaît bien à Rinne l’action et l’humour qui caractérise l’œuvre de la mangaka, mais la série prend place dans un univers inédit, celui des shinigami.  Céline Maxant


MANGA  ENQUÊTE

Girls love

BOY’S LOVE « Au départ, le succès du boy’s love était mystérieux pour moi. Mais quand j’ai commencé à en lire, cela ne m’a pas déplu. C’était bizarre mais plutôt agréable. » Ce témoignage, c’est celui de Ayano Yamane, l’auteure de la série yaoi Viewfinder, publiée par les éditions Asuka. « Bizarre » parce que le boy’s love, ou BL, est un style de manga source de fantasmes chez les jeunes femmes bien qu’il ne soit pas conventionnel.

L

boy’s love met en scène des personnages uniquement masculins, généralement un couple avec un dominant (seme) et un dominé (uke), dans des romances homosexuelles en aucun cas réalistes et d’un degré plus ou moins érotique à pornographique, destinées à un public exclusivement féminin. « En fait, je pense que toutes les femmes ressentent cette impression étrange au début mais trouvent finalement que c’est plaisant...  », poursuit la mangaka. e

Bien sûr, toutes les femmes n’adhèrent pas au boy’s love mais son succès, déjà confirmé au Japon, est grandissant en France.

BEXBOY Un exemple. Le premier numéro du magazine de prépublication BExBOY, qui existe depuis la fin des années 80 sur l’archipel nippon et qui est publié en version française par les éditions Asuka depuis juillet 2009. Lancé « péniblement » d’après Raphaël Pennes, responsable éditorial de la maison d’édition, à 3 000 exemplaires, il s’est finalement écoulé à 10 000 exemplaires en un an et il n’en reste plus. Le 7e tome anniversaire de la revue est arrivé à l’occasion de Japan Expo 2010 directement à 15 000 exemplaires. Le boy’s love, une niche si on prend en compte la totalité du marché de la bande dessinée en France, semble

se démarquer des autres genres du manga du fait de ses lectrices : de grandes consommatrices de ces aventures. Sur le stand Asuka-Kazé Manga à Japan Expo, on les voyait repartir avec bon nombre de volumes sous les bras. « D’après les analyses de l’institut Gfk (sondages, informations marketing), la vente moyenne d’un manga en France est autour des 3 000 exemplaires, nos titres boy’s love eux s’écoulent en librairies aux alentours de 7 à 8 000 exemplaires  », rapporte R. Pennes. Les maisons d’édition qui ont investi ce marché (Tonkam, Taïfu Comics, Kazé Manga ou encore Soleil) ne communiquent pourtant pas autant sur leurs sorties yaoi, sousgenre du BL, que sur leurs sorties «  grand public  », si ce n’est via la presse spécialisée Internet. Globalement, nos fans de yaoi, font bien le travail en passant le mot. Cependant l’apparition du magazine de prépublication BExBOY a en plus développé, selon R. Pennes, un «  levier pour la découverte d’auteures  » et contribue à «  la création du buzz  » autour des histoires prépubliées avant qu’elles ne soient distribuées en volume relié.

où la femme peut s’évader sans aucune restriction, laisser libre court à son imagination. Contrastant nettement avec les shôjô mangas (mangas pour jeunes filles), dont les histoires d’amours compliquées et non consommées peuvent laisser un sentiment de frustration. Le plus simple est de directement demander à l’une de ces lectrices passionnées, comme Eva. « Ce que je préfère c’est cette phase où le uke nie son attirance pour le seme, pour finalement se laisser aller à ses désirs. C’est comment la relation entre les deux hommes s’installe qui m’intrigue.  » Ce qui plaît à la jeune femme de 27 ans dans le yaoi est, en fin de compte, plus terre-à-terre. C’est cette « ambiguïté » cultivée par les auteures entre les deux protagonistes dans leurs histoires.  Céline Maxant Retrouvez l’intégralité de notre interview de Ayano Yamane sur : www.total-manga.com/ ayano-yamane

AMOURS INACCESSIBLES Mais finalement, quel est le secret du boy’s love pour faire tourner les têtes de ces demoiselles ? « Une forme d’amour pour laquelle aucun passage à l’acte n’est possible, n’étant pas du même sexe  », pour R. Pennes. «  Un univers auquel les femmes ne peuvent ni accéder, ni participer  » pour Ayano Yamane. En somme un interdit, qui alimente leurs fantasmes. Un monde totalement surréaliste, sans aucun lien avec la communauté gay, TOTAL MANGA MAG OCTOBRE 2010

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JEU VIDEO  DÉCOUVERTE

SONIC THE HEDGEHOG 4: Episode 1

Champ de ruines fumant, la série du hérisson bleu a perdu de sa superbe depuis son entrée dans le monde de la trois dimensions. Au fil des améliorations techniques, là où Mario a réussi, la mascotte de Sega est tenue en échec. C’est donc avec le développement de Sonic the Hedgehog 4, une aventure en 2D qui devrait sortir à la fin de l’année sur les Xbox live, Playstation Network, WiiWare et Apple Store, que l’éditeur marque cette volonté de redorer le blason de la saga, et surtout l’envie de reconquérir les fans.

F

la 3D pour Sonic ! L’adversaire de Mario fait un retour claquant vers ses premières amours, dans une aventure bi-dimensionnelle qui sera découpée sous forme d’épisodes. Ceux-ci seront téléchargeable via les plateformes de téléchargement d’Xbox 360, de Playstation 3, de Wii et d’Apple, à un prix et une date qu’il reste encore à découvrir. Sonic the Hedgehog 4: Episode 1 ouvrira logiquement le bal, composé de quatre niveaux, eux-mêmes découpés en quatre parties ; un cheminement classique qui renvoie directement aux précédents opus. ini

original : Sonic the Hedgehog 4: Episode 1

T itre

É diteur : Sega

D éveloppeur : Dimps, Sonic Team D ate

de sortie :

Fin 2010

G enre : Plate-forme N ombre

de joueurs :

1

P late - forme : Playstation Network,

Xbox Live Arcade, WiiWare, iPhone / iPod Touch

Au premier coup d’oeil, on remarque que le personnage de Sonic a subi un léger lifting, tandis que les décors semblent s’inspirer quasi-totalement des anciennes moutures. À tel point que le premier monde nommé Splash Hill Zone ressemble à s’y méprendre à Green Hill Zone, le premier niveau de Sonic the Hedgehog apparu il y a près de vingt ans. Question jouabilité, on retrouve tous les mouvements chers au hérisson, avec l’ajout des attaques piquées, une action apparue avec l’avènement des épisodes 3D de la licence. Si au début la sensation de ne pas contrôler les actes de Sonic est bien présente, c’est surtout à cause d’une impression de vitesse assez élevée. Avec un peu d’entraînement on commencera à retrouver les marques de l’âge d’or de cette série mythique, en s’essayant aux nombreux raccourcis proposés par l’architecture des niveaux. On regrettera le manque d’originalité de ces mêmes niveaux, qui pourtant pas déplaisants à parcourir, ont un goût de déjà vu très prononcé. En effet, tout ce qui nous a été donné de voir pour l’instant était d’un

classicisme strict, et même le bonus stage (dans lequel on contrôle le décor et non Sonic) n’apparaissait pas complètement peaufiné. On pourra également reprocher à Sonic the Hedgehog 4: Episode 1 une certaine rigidité qui ne sera a priori pas assouplie puisque d’après M. Franck Sébastien (P.R. de Sega France), « la mouture présentée à Japan Expo, testée par le public donc, ne devrait pas être corrigée à ce niveau ». Sonic the Hedgehog 4: Episode 1 devra être décortiqué plus en détails pour que l’on puisse connaître véritablement son potentiel. Les nostalgiques et passionnés de Sonic the Hedgehog en 2D craqueront sans doute pour le titre lors de sa sortie, c’est un fait. Beaucoup l’accuseront de n’être qu’une resucée HD des anciens épisodes, mais avec seize niveaux annoncés, sa disponibilité en plusieurs opus et proposé à un prix qu’on espère raisonnablement bas, le titre peut encore surprendre.  Kévin Rodet

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JEUX VIDEO  CRITIQUE

PS MOVE

Première prise en main Alors que la Wii n’est pas parvenue à s’affranchir de son caractère familial et à l’heure où le Kinect a encore tout à prouver, le Playstation Move, nouveau contrôleur créé par Sony disponible depuis le 15 septembre, a sans doute une carte à jouer pour s’imposer auprès du public de joueurs réguliers.

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’OBJET Léger. C’est la réponse récurrente que l’on entend concernant le Playstation Move. Comparé au combo WiiMote et Wii Motion Plus, le Motion Controller de Sony est d’autant plus aérien que sa forme incurvée permet une prise en main immédiate. Sur la façade apparaît le bouton Move, ainsi que les boutons emblématiques de la marque (croix, carré, triangle et rond). Les boutons Select et Start sont quant à eux situés sur les tranches, tandis qu’une gâchette est présente au dos de l’appareil. Enfin, l’arrière est pourvu du port de recharge en mini-usb, en duo avec un connecteur d’extension. Outre un design et des couleurs relativement classiques, toute l’attention de l’utilisateur se porte évidemment à la pointe de la manette, sur cette fameuse boule lumineuse et colorée dont la matière caoutchouteuse évitera bien des désagréments physiques ou matériels. C’est cette même sphère qui fait la singularité du Move, puisqu’il s’agit en fait du capteur de mouvement « vu par Sony ».

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L’UTILISATION La navigation dans le menu de la Playstation 3 se fait en maintenant la gâchette enfoncée tout en faisant défiler les menus verticalement et horizontalement. Un système qui s’avère très efficace en pratique, aidé par une précision redoutable. Seul bémol : à chaque nouvelle partie, il est obligatoire de passer un test de calibrage d’environ cinq secondes, le Playstation Move fonctionnant principalement grâce à la caméra Playstation Eye. On craignait d’ailleurs que l’utilisation de cette caméra pourrait nuire aux conditions de jeu, heureusement le résultat est globalement positif. En effet,

après avoir essayé de jouer dans la pénombre ou même le noir total, la reconnaissance de mouvement reste imperturbable. Sachez enfin que pour certains jeux comme Sports Champions, il vous faudra prévoir environ 2 mètres 50 de distance entre vous et le PS Eye, une distance raisonnable.

START THE PARTY Premier party-game conçu pour le Playstation Move, Start the Party vous permet de jouer seul ou à plusieurs, à une succession de mini-jeux basés sur l’utilisation complémentaire entre le PS Eye et le Move. L’occasion de voir que la réalité augmentée créée entre le virtuel et le réel a progressé d’un niveau. Illustration : à travers la caméra, le PS Move se transforme en raquette et vous devez alors frapper un maximum d’insectes dans le temps imparti. Même en agitant rapidement l’objet dans tous les sens, l’affichage de la raquette reste complètement solidarisé au corps du PS Move  : saisissant !


Notons également quelques trouvailles initiées par la luminescence de la boule, comme par exemple la possibilité de cacher cette dernière avec la main pour éteindre notre lampe torche virtuelle. Si les quelques mini-jeux proposés rappellent sans difficulté les heures de gloires du Eye Toy, on regrette un contenu véritablement pauvre : vingt mini-jeux, c’est tout ce que vous pourrez trouver dans ce Start the Party. Même en multijoueur, les sessions finissent par toutes se ressembler tant la galette manque de contenu. Inutile en solo et sympathique entre amis le temps de quelques courtes minutes, le titre proposé à 40 € n’offre malheureusement plus rien de nouveau passée la demiheure. Dommage.

SPORTS CHAMPIONS Autre licence majeure qui accompagnait la sortie du Playstation Move, Sports Champions ne peut s’empêcher d’être comparé au Wii Sports de Nintendo. Plusieurs personnages s’affrontent dans six disciplines que sont les épreuves de frisbee (golf-frisbee), ping-pong, tir à l’arc, combat de gladiateurs, beach volley et même pétanque. Toutes sont accompagnées d’un mode carrière progressif, avec la possibilité de gagner une coupe en bronze, argent ou en or suivant le niveau de difficulté. Les victoires rapporteront au joueur quelques items, par exemple pour changer les vêtements du personnage choisi en début de partie. En terme de gameplay, le frisbee est clairement une réussite : la précision du Move montre ici toute l’étendue des possibilités offertes et engage ainsi une replay-value très intéressante, en multijoueur notamment. Au chapitre des réussites nous citerons également le pingpong mais aussi la pétanque, très fun à pratiquer quoiqu’un peu fantaisiste pour

les puristes. Le tir à l’arc quant à lui promet de bonnes sensations avec le combo Motion Controller + Navigation Controller, mais reste très fade avec un seul contrôleur. Passons l’épreuve très limitée du beach volley pour terminer sur le combat de gladiateurs, aussi frustrant que désarmant. Un mouton noir au milieu d’épreuves sportives classiques, qui demandera la plus grande patience (chance ?) pour s’imposer face à un adversaire très coriace. Les possibilités d’esquive, de coup de bouclier, ou de roulade, mixées à la présence de supers coups finissent par nous noyer dans un torrent de manipulations à effectuer, sans que le combattant adverse ne daigne baisser sa garde ! En définitive et passé deux épreuves finalement inutiles, Sports Champions réussit à nous scotcher à l’écran durant quelques bonnes heures, avec un mode multijoueur jouable avec un seul Motion Controller. Même s’il ne s’agit pas là du jeu de l’année, cette première démonstration des capacités du périphérique de Sony est sans doute le choix à faire pour un premier achat.

L’AVENIR Le Playstation Move peut-il prétendre au titre de meilleur contrôleur nou- ... TOTAL MANGA MAG OCTOBRE 2010

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... velle génération, notamment face à la Wii et au Kinect ? Les qualités du Playstation Move ne sont plus a prouver : il s’agit définitivement d’un objet aux finitions impeccables et à la précision surprenante. Cependant, avec son prix relativement élevé (40 € le Motion Controller, 30 € le Navigation Controller) et avec un line-up de départ finalement assez dégarni, on peine toujours à savoir sur quel terrain s’apprête à jouer le périphérique. Compte tenu du positionnement de la Wii et du Kinect, le nouveau bâton de jeu de Sony a pourtant de quoi se faire une place. Cependant, il est encore trop tôt pour savoir si Killzone 3, Socom 4 ou Echochrome 2 (annoncés compatibles Move) seront la teneur majeure du catalogue des titres à venir pour l’accessoire.  Kévin Rodet Publireportage

Un jeu en ligne unique à découvrir ! Avec plus de 10 millions de joueurs dans plus de 100 pays, Urban Rivals est l’un des jeux multijoueurs et gratuits les plus populaires sur internet. Urban Rivals est devenu la référence des Jeux de Cartes à Collectionner (JCC) en ligne de la même façon que Magic: The Gathering s’est imposé comme la référence des JCC Physiques. Son excellent gameplay le rend à la fois facile d’accès et très amusant à jouer. En pénétrant dans l’univers d’Urban Rivals, vous allez découvrir un monde passionnant façonné par des graphismes époustouflants. Les 550 cartes disponibles dans le jeu représentent des personnages variés, qui composent 21 clans. Ces clans combattent pour prendre le contrôle de la mégalopole, Clint City. Parmi les clans les plus populaires au sein de Clint City, vous pourrez jouer les AL MANGA MAG 26 TOT OCTOBRE 2010

mafieux du gang des « Montana », les surfeurs « Ulu Watu », les sportifs des « All stars », les femmes fatales des « Pussycats » ou la société secrète du « Gheist ». Les règles sont simples. Chaque joueur doit composer un deck de 8 cartes. Chaque carte a un certain nombre de points d’attaque et de points de dégât. Au début de chaque combat qui oppose le joueur à son adversaire, 4 cartes de ce deck sont tirées au sort au hasard. Chacun des deux joueurs doit alors jouer une carte l’un après l’autre, lors de 4 rounds. Chaque joueur commence avec 12 points de vie et dispose de 12 pillz, qu’il devra répartir sur ses cartes. L’attaque finale liée à chaque carte jouée est le produit des pillz misées sur la carte et des points d’attaque. Par exemple, si le joueur mise 3 pillz sur une carte qui a 4 points d’attaque, alors l’attaque est égale à : 3 x 4 = 12

Si au terme du round, cette attaque surpasse celle de l’adversaire, le joueur gagne et inflige à son adversaire les points de dégât inscrits sur la carte jouée. Le but du jeu est de réduire à 0 la vie de son adversaire à l’issue du combat. Ce qui rajoute du piment au jeu, c’est donc la possibilité de bluffer puisqu’à chaque tour, on ne sait pas le nombre de pillz que son opposant a misé sur sa carte. Il est intéressant de noter que les cartes évoluent en fonction de l’expérience gagnée dans les combats. Au fur et à mesure des parties, les cartes deviennent de plus en plus fortes, ce qui rend le jeu d’autant plus fun ! Urban Rivals est disponible sur www.urban-rivals.com, iPhone et facebook. N’attendez pas, rejoignez la communauté Urban Rivals ! 


www. urban-rivals. com

Viens décou vrir Urban Rivals, le Jeu en ligne déjà plébiscité par plus de 10 Millions de joueurs ! Et gagne peut être un des 60 nou veaux coffrets DVD "Hokuto no Ken"

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Hokuto no Ken © 1984 Buronson, Tetsuo Hara / NSP, Toei Animation © 1984 Toei Animation Co., Ltd. www.ab-video.fr


J-MUSIC  REPORTAGE

Japan Expo : Vitrine sur le

PHÉNOMÈNE IDOLS

1976 : Les Pink Lady, un duo de chanteuses japonaises, cartonnent, le sourire aux lèvres et vêtues de mini-jupes de toutes les couleurs, jusqu’aux États-Unis avec leur tube Kiss in the Dark. Le phénomène idol est né. 2010  : La 11e édition de Japan Expo accueille en invité d’honneur, les Morning Musume., premier groupe féminin ayant réussi à détrôner les Pink Lady dans les charts, et aujourd’hui les artistes idols de référence.

L

ES IDOLS C’EST QUOI ? À ne pas confondre avec les « gravure-idols  », plutôt des mannequins de charme. Ce qui les distingue principalement sera leur jeune âge et le fait de chanter et danser sur des choses légères. Outre les critères de beauté et la poursuite d’une formation complète, le métier d’idol est voué au divertissement : être proche de ses fans et transmettre des valeurs de travail et de solidarité pour séduire leur public. La jeunesse étant une clé de ce système, leur carrière n’en est que plus brève, mais doit être irréprochable. Elles devront se reconvertir ou évoluer musicalement si elles ne veulent pas retomber dans l’anonymat. Même si cette année, seule la gent féminine était présente à Japan Expo, les idols désignent également les groupes masculins, dont la plupart évoluent sous le label «  Johnny’s Entertainment » (Arashi, KAT-TUN, News...). Les idols les plus emblématiques en major sont les Morning Musume. et les AKB48. Historiquement parlant, les Mômusu ont une légère longueur d’avance sur les AKB48 dû à leur ancienneté et à un système éprouvé, mais leur déclin actuel engendre une certaine compétition entre les deux formations. Du côté indies des charts, il existe également de petites formations plus ou moins marquantes comme les C-Zone, ainsi que bon nombres d’artistes solo comme Yu-ki des Jelly Beans (cf. photo ci-dessus), Natsuko Aso (cf. photo ci-après) ou encore Usagino Namihei, toutes présentes sur le festival.

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carrière 11,5 millions de singles vendus. Les Mômusu n’avaient jusque-là effectué qu’un seul concert à l’étranger (au festival Anime Expo de Los Angeles en 2009) et c’est cela qui, à l’image d’un L’Arc~en~Ciel qui parvient à remplir un Zénith, rend l’événement exceptionnel.

Yu-ki de Jelly Beans

Même si ces groupes relèvent d’une économie complexe, et dont l’univers sera différent de ce que l’on peut voir du côté du mainstream rock, ce qui plaît chez eux, c’est la sincérité naïve de leurs membres et leur apparente unité. De plus, on les voit partout : cinéma, émissions de télévision, événements sportifs, radios, comédies musicales, modes, panneaux publicitaires, dramas, jeux vidéo, goodies... Cette surexposition médiatique finit par créer un certain attachement. Mais ce qui fait de ces jeunes (filles ou garçons) un phénomène, c’est leur popularité musicale, notamment ici des Morning Musume., au Japon. Rien qu’avec les chiffres, on se rend compte que la venue de ces jeunes femme en France n’a rien d’anodin. Habituées du top Oricon, leurs singles figurent dans les cinq meilleures ventes hebdomadaires. Elles détiennent des records de longévité dans le classement et totalisent sur toute leur

L’événement en question, c’est le concert des Morning Musume. du vendredi 2 juillet au soir, organisé par Soundlicious et SEFA Event dans le cadre du salon Japan Expo. Un spectacle qui a attiré 4 000 fans, français bien sûr mais aussi japonais, on pouvait compter sur eux, et européens. Les jeunes femmes ont également donné des séances de dédicaces et une conférence publique qui, au-delà d’en apprendre un peu plus sur elles, a permis d’établir un lien affectif avec le public français. Leur présence ne devait pas pour autant éclipser celle des autres idols, sus-citées, venues à notre rencontre et faire un peu de promo, ainsi que tout un mouvement idol, de plus en plus visible.

AU PIED DE LA SCÈNE Le phénomène se passait en effet aussi dans les fosses avec les « wotas  », les plus grands fans d’idols musicales qui créent cette émulation si particulière lors des concerts. Leur art, le wotagei, est un savant mélange de mouvements dansés et de chants qui servent à accompagner et motiver les jeunes filles sur scène. Il y a différents types de chorégraphies qui vont des divers balancements de bras (tous synchro s’il vous plaît), aux ap-


plaudissements les plus chaleureux mais rythmés par les différents temps de la chanson, en passant par, pour les courageux, la chorégraphie effectuée en miroir. Les acrobaties pouvant vraiment monter crescendo… Du côté des chants, on peut crier le surnom de l’idol, ou bien faire des « OI! OI! » énergiques et autres « Fuwa~Fuwa~ » pour les chœurs (à éviter quand elles chantent) mais toujours accompagné du levé de glowstick (bâton lumineux, cf. photo ci-après).

par les karaokés et les concours de chorégraphie, les maîtres des jeux avaient de quoi nous épuiser. Et si l’on croit qu’il n’y a que les passionnés que cela intéresse, ce n’est pas toujours vrai. Mettez ces associations dans une salle d’activité, donnez-leurs des micros et leurs chants ainsi que leur énergie auront vite fait d’attirer les passants intrigués par le bruit. On remarque donc qu’avec les années, les stands se multiplient, et les fans aussi.

Lors des conventions de fans, diverses associations proposent jeux et activités autour de leur passion. Cette année à Japan Expo, on avait par exemple le droit à un stand pour le « Hello!Project » qui exposait quelques tenues de scène des filles. Mais les activités réelles se tenaient du côté des stands amateurs de la popculture japonaise comme le Furansu Janiizu Fanclub, où les fans de Johnny’s ont eu la bonne idée de proposer des jeux musicaux à leurs compères. Des quizz aux battles où chaque équipe devait trouver le titre ou l’interprète d’un extrait joué, en passant

CE QUE JAPAN EXPO VA CHANGER On se souvient l’année dernière de la première tornade idol : les AKB48, prémices de cette vague rose. Elles avaient même eu la chance de représenter le Japon au MIPCOM 2009 (marché international des contenus audiovisuels réservé aux professionnels ; il sert à promouvoir et à faire découvrir des phénomènes à succès) et ainsi être un exemple de ce que la JPop avait à nous offrir  : des demoiselles « kawaï », des chansons simples, des chorégraphies sportives et la réceptivité du public. Leur spectacle, en plus de remplir chaque soir

leur salle d’Akihabara, avait réussi à remplir le JE Live House de la 10e édition de Japan Expo. Ainsi, la venue de toutes ces idols, plus ou moins connues, a permis au public standard du salon des loisirs asiatiques de découvrir ou d’approfondir sa vision de ce mouvement musical. Sans pour autant avoir eu droit à un gigantesque concert digne des plus grands stades japonais avec tout ce que cela entraîne de pyrotechnique, leur travail a été mis en avant : le professionnalisme de leur équipe technique, leur sens du spectacle et de la fête, ainsi que leur lien privilégié avec leurs fans… Liens d’autant plus impressionnants étant donné la barrière de la langue et du fait qu’elles n’avaient jamais rien fait pour être appréciées en France. À leur retour dans leur pays, chaque artiste a parlé de cette expérience sur son blog respectif, tant elles avaient été impressionnées par le nombre de personnes ayant pu venir les voir. Elles avaient peur des moments de solitude : elles ont toutes été ovationnées. ...

Les Morning Musume. sur la scène du JE Live House

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Natsuko Aso en concert, sans ses habits de scène

... Internet et les conventions, en tant que lieux où on peut librement exprimer une passion, servent aussi à agrandir les rangs des adeptes. Les fans extrêmes essayent d’attirer les fans d’anime par exemple. À travers la JPop au sens large du terme, c’est-à-dire de la musique populaire y compris les idols, et le JRock, loin de la scène visual kei underground, un visage plus fidèle du Japon se dévoile. On voit les idols partout, grâce à leur interprétation de nombreux génériques d’anime mais aussi grâce aux conventions qui sont une belle vitrine. Il y a encore quelques années, les wotas étaient surtout décriés, mais la venue de nombreuses idols de la musique a pu faire passer ces simples participants à la convention au rang d’attraction à part entière. Beaucoup, en sortant des concerts, auront été autant impressionnés par le spectacle, que par ces fans plein d’entrain. Le cœur de la popularité des idols reste profondément basé sur ce fandom à la générosité, à l’amour et à la fidélité sans borne. Leurs interviews n’ont pas donné de

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clé pour comprendre ce qu’est l’idoling dans son intégralité. On notera qu’au final ce qui est sûrement le plus apprécié chez ces stars nippones, est leur légèreté communicative, leur cohésion malgré leurs différences de tempérament, qui renvoie une image certaine du Japon. Leurs paillettes qui illuminent et leurs jolies minois qui attendrissent… Ne faut-il pas non plus apprendre à se laisser vivre de temps en temps, et trouver l’énergie et le peps de se lever le matin, là où ils sont ? Les fans ont été rassasiés cette année de leur faim de jupons roses bonbon et de sourires charmeurs ! Le phénomène idol, de plus en plus visible, ne cesse de s’étendre. Outre le visual kei, qui rappelons-le reste un courant musical minoritaire écouté sur l’archipel, de tels événements musicaux, comme ce show des Morning Musume., soulignent que nous avons aussi des affinités avec la musique que les Japonais écoutent au quotidien. Peut-on donc espérer dans les années futures la venue d’autres groupes d’idols tout aussi connus

(la maison de disque des Mômusu comptant beaucoup d’autres petits groupes comme les Berryz Kôbo ou les °C-ute), voire d’autres genres musicaux, motivée par des fans qui s’impliquent ? Qui créera donc l’événement l’année prochaine ?  Nathalie Rémond


J-MUSIC  LIVE

DIR EN GREY : European soil(1)

Évaporés les débuts frileux sur le territoire européen de 2005, Dir en grey, en concert à Londres le mardi 3 août 2010, semble aujourd’hui s’être parfaitement acclimaté à son public au-delà de l’archipel nippon. Malgré une set list relativement décousue, le groupe, qui a pu compter sur la justesse de la voix de Kyo et sur un habillage scénique recherché, s’est emparé de la scène de la Koko et des tripes du public.

O

commence par la fin : The Final, Zan, Rasetsukoku, sans aucun doute le meilleur moment de ce show unique à Londres, représentatif des évolutions techniques et humaines du groupe de métal Dir en grey. Parce que oui, ils ont changé. Preuve de leur maturation : la version remasterisée(2) du titre Zan(3) que les Européens ont pu découvrir en live. «  Nous avons décidé de refaire les arrangements de ce morceau selon notre état d’esprit du moment, en espérant qu’il n’en soit que meilleur  », nous raconte Die (guitariste) en interview. n

Ce soir-là, Dir en grey qui occupait toute la scène, devait être à la hauteur et assurer le show « sold out  » pour les 1 500 fans venus de toute l’Europe (Angleterre, France, Italie, Pologne...) pour y assister. Pas de première partie. Exit le demi-concert au Bataclan de 2009 sur lequel ils avaient partagé la scène avec Killswitch Engage. Pas non plus de partage d’affiche avec Apocalyptica avec qui ils étaient en tournée aux États-Unis jusqu’au 12 septembre. Après une heure trente d’attente, les lumières de la salle ont laissé place à l’obscurité. Les silhouettes des cinq artistes en sont sorties sous les cris hystériques du public. La voix du chanteur, Kyo, particulièrement audible, et la justesse de ses notes sublimées par la bonne acoustique de la salle, contrastaient avec certaines faiblesses accusées en 2009. C’est donc sur cette bonne surprise et sur Red Soil que le concert commence. À l’image de ce dernier titre, la première

partie de la set list était intégralement composée de morceaux extraits des deux derniers albums du groupe. Parmi eux, Gaika, chinmoku ga nemuru koro(4), dont le final a gagné en puissance depuis sa version enregistrée, grâce à quelques ajouts vocaux et instrumentaux. Inconvenient Ideal(4) a fini de parachever cette entrée violente par ses lignes musicales plus douces, pour arriver au premier Inward Scream du concert. Acapella, le chanteur semblait littéralement possédé par plusieurs entités aux voix distinctes, un interlude qui selon Kyo, nous le rappelons, représente « l’atmosphère et la couleur du moment et de l’endroit ». La deuxième partie, encerclée par deux Inward Screams, se composait par ailleurs de deux morceaux plus anciens mais régulièrement joués par les Dir en grey : Shokuneni et Obscure. Ce dernier était accompagné d’un éclairage du plus bel effet, loin de l’expérience en demi-teinte vécue au Zénith de Paris en 2007. Dir en grey n’est donc pas un groupe vélléitaire, et il l’a montré en détruisant littéralement les têtes de ses fans avec Reiketsu Nariseba, un morceau très violent dont le break ne serait rien sans une reprise réglée au millimètre. Vinushka signe le bas de cette avant dernière partie de set list, un moment bouleversant vécu en live, où tristesse et colère s’entremêlaient sur un sujet aussi délicat qu’Hiroshima pour les Japonais. L’expérience de cette soirée anglaise s’est souvent teintée d’allures mys-

tiques. Et les centaines de fans présents ce soir-là, en reprenant parfois des refrains entiers en chœur sans forcément les comprendre, ont montré l’étendue universelle de la musique de Dir en grey. Des supputations qui se confirmeront peut-être dans un prochain album, en cours d’enregistrement, dont le dernier single, Hageshisa to, kono mune no naka de karamitsuita shakunetsu no yami, qu’ils ont également interprété, fera partie et qui d’après Toshiya (bassiste), « représente ce qui viendra après Uroboros ». Dir en grey a manifestement exprimé sa volonté de poursuivre ce qui a été entamé avec Uroboros, un album capital de la discographie du groupe et Kaoru en a profité pour rassurer les fans français. «  Nous serons définitivement de retour en France l’année prochaine, donc attendez nous ! »  Kévin Rodet Retrouvez l’intégralité de notre interview de Dir en grey sur : www.total-manga.com/dir-engrey

1. Référence à leur titre Red Soil 2. Version remasterisée en décembre 2009 3. Titre sur GAUZE, premier album major 4. Titres sur l’album Uroboros sorti en 2008

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J-MUSIC  INTERVIEW

LONG SHOT PARTY la fibre ska

C’est à l’occasion de la 11e édition de Japan Expo, que les Long Shot Party ont donné leurs deux premières représentations à l’étranger. Un événement dans la vie de cette formation musicale rock-ska, qui, après son passage en major, cherche aujourd’hui à toucher un public international. Ils reviennent en interview sur ce parcours, sur leur musique, et nous donnent leurs impressions à chaud sur leur prestation au JE Live House.

N

six musiciens, qui ne tiennent pas en place sur scène, ont débarqué sur le sol français avec un bon argument : Distance, le second générique de la série Naruto Shippuden, et sans aucun doute l’un des critères qui aura attiré la foule sur leur showcase du jeudi 1er juillet à la Fnac des Champs-Élysées et à leur concert du samedi 3 juillet au JE Live House. Si Distance, qu’ils nous ont bien sûr joué, reste un titre rock grand public et populaire du fait de sa médiatisation, le répertoire des Long Shot Party a bien d’autres choses à offrir, d’autant plus en live. os

Du rock, du ska, un festival de sons et de rythmes, mais surtout beaucoup d’énergie et l’envie manifeste de communiquer avec nous. Tout au long du show, définitivement entraînant, les artistes ont bougé jusqu’à épuisement. Pour eux, il était question de faire plaisir, de se faire plaisir, mais aussi de conquérir le cœur des

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Français, qui ont répondu présent. Est-ce que ça sera suffisant pour les faire revenir ? Qu’avez-vous pensé de votre concert de tout à l’heure ? Sasaji : J’ai l’impression de m’être complètement vidé, d’avoir tout laissé sur scène ! C’était vraiment excitant. Sans compter votre showcase à la Fnac des Champs deux jours plus tôt, c’était le premier concert que vous donniez en France et même à l’étranger, quelles sont vos impressions sur ce public, nouveau pour vous ? Sasaji : Comme il s’agissait de notre première expérience à l’étranger, on a appris beaucoup de choses, notamment que les Français étaient plus ouverts qu’on pensait. À travers ce concert on voulait laisser notre empreinte et je pense qu’on a réussi.

Votre groupe était spécialement attendu en France, notamment pour sa musique ska, différente des artistes japonais que nous avons l’habitude de voir se produire ici. Comment définiriez-vous votre univers musical ? Sasaji : Dans notre nom «  Long Shot Party », il y a le terme « Party », « fête » en anglais. Notre musique est vivante. En live, on peut s’amuser un maximum dessus. Kj  : En soi, le ska est un genre plus calme que notre musique. On part d’une base rock avec guitare, basse, batterie et on y ajoute plusieurs éléments, dont le ska. En France, il nous est donc rare de voir un groupe de ska japonais sur scène, si ce n’est la formation Tokyo Ska Paradise Orchestra. Est-ce une de vos influences ? Kj  : Je pense que tous les groupes qui évoluent dans ce style musical subissent l’influence, volontairement


ou non, de ces musiciens. Ils sont très respectés dans ce milieu, notamment parce qu’ils ont fait partie des premiers à lancer le mouvement. Ils sont une référence. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Sasaji : À l’université, au sein du club de musique. Depuis, il y a évidemment eu beaucoup de départs, certains pour aller travailler etc. Avez-vous rencontré des difficultés particulières à travailler ensemble ? Sasaji : Le fait qu’on soit six et qu’on fasse tout ensemble entraîne forcément des problèmes d’organisation. Si on est pas d’accord, ça prend plus de temps. D’un autre côté, on a chacun des caractères très différents, ce qui donne un bon mélange et une musique plus aboutie, c’est le plus important. Qu’est-ce qui fait la force de votre groupe ? Sasaji : Le live ! Notre musique est par nature vivante, et c’est en live qu’elle s’exprime le mieux. Vous allez sortir un nouvel album en juillet, Long Shot Party. En quoi est-il différent du précédent ? Sasaji  : Depuis Distance, soit notre passage en major, on a écrit beau-

coup de chansons, et cet album est le résultat de ces deux ans. Notre passage de groupe indé à groupe major nous a forcément amené à faire des chansons plus grand public. Donc notre style a un peu évolué, mais nous gardons notre marque de fabrique. Si aujourd’hui on n’était pas major, ces deux dernières années on aurait sorti au moins cinq CD, parce qu’on écrit beaucoup. Et là, on a dû faire une sélection. Ce changement de statut vous plaît-il ? Sasaji : Nous sommes plus tranquilles, mais c’est vrai que nous avons aussi plus de contraintes. L’avantage est qu’en tant qu’ancien groupe indé, on peut en profiter pour faire la promotion d’artistes underground qui méritent qu’on parle d’eux. On se positionne un peu comme des ambassadeurs des groupes indés, surtout pour montrer aux gens que cette musique existe. Vous êtes donc les auteurs du second générique de la série Naruto Shippuden, Distance, pouvez-vous nous parler de cette expérience ? Sasaji : Il faut savoir qu’à l’origine, on a tout simplement écrit une chanson en imaginant Naruto, mais sans arrière pensée, seulement parce qu’on aimait bien cette série. Finalement, les producteurs de Naruto Shippuden nous ont contacté, et nous l’ont demandée pour le générique parce qu’ils trouvaient qu’elle collait bien avec la série. Ça nous a permis d’être connu auprès d’un public plus large  : les enfants, leurs parents, leurs grands-parents... Et par les fans français. En se baladant sur le festival, on a pu constater que les gens aimaient Distance et Naruto. P×O×N porte une casquette de la série One Piece. En venant à Japan Expo, est-ce qu’il s’attendait à voir autant d’« otaku » occidentaux ? P×O×N  : Effectivement, on ne s’attendait pas du tout à ça ! Sasaji  : Et oui parmi nous, il y en a un !

T itre : LONG SHOT PARTY D ate

de sortie :

28/07/2010

L abel : DefSTAR RECORDS

L ine - up : Sasaji au chant, Kj au

saxo, Ken Ikawa à la trompette, PxOxN à la batterie, Shuichi à la guitare et Saitaro à la basse.

1998 : Début sur la scène indé. 5

albums jusqu’en 2006 et un single en 2002

O ctobre 2007 : Passage en ma-

jor avec le label DefStar Records (Sony)

janvier 2008 : Sortie de leur premier single major Distance, choisi pour être le 2nd générique de la série Naruto Shippuden

23

juillet 2010 : Sortie de leur premier full album major Long

28

Shot Party

www.longshotparty.com

Avez-vous un message particulier à faire passer aux Français ? Sasaji : Pour l’anecdote, c’était la première fois que je voyageais en dehors du Japon, j’ai donc dû faire mon passeport spécialement pour la France et je veux revenir donc encouragez-nous !  Céline Maxant

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J-MUSIC  PORTRAIT

VERSAILLES

musique de chambre La veille de la fête nationale, la Cour de Versailles avait pris ses quartiers d’été au Trabendo. Une étrange célébration de la beauté et du romantisme à la française par l’un des groupes japonais les plus tournés vers l’international. Où quand baroque et brocard rencontrent métal et guitares.

L

ES LUMIÈRES DE VERSAILLES « La beauté et l’esthétisme  »  : c’est en ces mots que Kamijo nous a présenté le concept de Versailles avant de monter sur la scène du Trabendo le 13 juillet 2010. Versailles  : une aventure musicale et visuelle démarrée en 2007 qui se situe dans la droite lignée de Lareine, formation emblématique du visual kei et précédent groupe de son charismatique chanteur et leader. Kamijo fait en effet partie de l’aristocratie du visual kei. Intime de Kisaki, Gackt et Mana, c’est justement alors qu’il est roadie(1) pour Malice Mizer, en 1994, qu’il rencontre Mayu avec qui il va former Lareine, pendant lumineux de Malice (plus pop musicalement, plus coloré visuellement). Il y impose son amour de la renaissance française et du baroque ainsi que de la musique classique, éléments qui deviendront sa marque de fabrique. C’est en mars 2007, alors que Lareine suspend ses activités, que Kamijo décide de former un nouveau groupe avec Hisaki, lui aussi dans une situation similaire.

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On y retrouve la même grandiloquence visuelle – costumes et robes de brocard, chemises à jabot – mais un son plus orienté métal sur l’impulsion d’un Kamijo qui voulait mettre en avant les guitares. Le côté fortement mélodique reste heureusement présent via le chant ainsi que de nombreuses parties de violons, très aériennes, qui rappellent la passion du chanteur pour le compositeur français Paul Mauriat. Kamijo et Hisaki complèteront rapidement le line-up(2) du groupe par Jasmine You, membre du Hisaki Grace Project. Les deux dernières pièces du puzzle seront plus difficiles à trouver. Hisaki ramènera Teru, lui aussi membre de Hisaki Grace Project. Fan de métal, et tout particulièrement

d’Impelliteri, ce dernier n’est certainement pas étranger à la couleur très occidentale des guitares de Versailles. Enfin, Yuki, à la batterie, sera recruté à la dernière minute sur recommandation du directeur de la Live House Rockmaykan de Tokyo (meguro), un haut lieu du visual kei dont Kamijo est un habitué.

MUSIQUE DE CHAMBRE Le groupe joue donc un métal symphonique qui met en avant des guitares souvent doublées et très heavy, n’ayant techniquement rien à envier aux meilleurs groupes occidentaux du genre. Peut-être est-ce d’ailleurs la raison qui a poussé les médias occidentaux à s’intéresser au groupe avant même que celui-ci n’attire l’attention des Japonais. Quelque chose d’involontaire d’après Kamijo qui décrit cependant l’audience de Versailles comme plus large que le public


habituel du visual kei. Ainsi, « Versailles - Philarmonic Quintet » gagne rapidement en popularité à l’étranger comme au Japon et signe chez Warner Music en juin 2009. Cependant, en août 2009, un événement tragique jette un voile macabre sur l’avenir du groupe avec le décès du bassiste Jasmine You. Malgré les difficultés et retards qui s’en suivent, Versailles reprend rapidement la route pour une tournée mondiale et un nouvel album, JUBILEE. Axé sur la notion d’« héritage » et de « descendance » selon Kamijo, il s’agit d’un concept album dont les morceaux racontent l’histoire des descendants des Roses (autre élément récurrent de l’imaginaire du chanteur).

VERSAILLES RETROUVE SA COUR C’est cette tournée mondiale qui a finalement amené Le « Philharmonic Quintet  » à se produire en France pour deux dates (le 3 juillet à Montpellier et le 13 à Paris).

Un concert qui s’est déroulé dans une chaude ambiance. La chaleur du mois de juillet échauffe les esprits et les malaises de fans transis s’enchaînent tout au long de la soirée tandis que Kamijo, jouant à merveille son rôle de maître de cérémonie, fait danser un public totalement acquis à sa cause. Mais si c’est bien lui qui assure la communication (d’aucuns diront la communion) avec les fans à grand coup de répliques chocs prononcées (en anglais voire en français) d’une voix grave et langoureuse, Teru n’est pas en reste. Le guitariste, lutin facétieux et virtuose, sait se mettre le public dans la poche par son énergie et son espièglerie, en particulier durant Reminiscence, véritable solo taillé sur mesure qui restera certainement un des meilleurs moments du concert. On pourra seulement regretter que les autres membres restent trop en retrait. Prévisible en ce qui concerne le bassiste de session Masashi (devenu membre officiel après la tournée), tant le spectre de Jasmine You pèse en-

core sur le groupe de manière écrasante. Le concert prend parfois des airs de véritable hommage à celui qui reste présenté par Kamijo comme un membre à part entière. Dans la fosse, des dizaines de roses électro-luminescentes s’agitent sur Serenade, plage de calme du concert et morceau dédié au défunt jusque dans les paroles (« Quelque soit la hauteur de l’obstacle / Nous l’avons franchi tous les deux / Merci, tu peux à présent t’endormir / Car je peux maintenant me remettre en marche, seul »). L’émotion se fait sentir au sein du groupe qui semble prendre un plaisir particulier à prolonger le concert le plus longtemps possible pour le plus grand plaisir de fans sur qui il peut compter pour le soutenir. Et peut-être était-ce bien là le but de ce concert et de cette tournée  : remercier les fans et panser les plaies.  Pascal Voglimacci 1. Machiniste itinérant 2. Composition du groupe

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CULTURE  PORTRAIT

TAKASHI MURAKAMI

dans la cour des rois

Du 14 septembre au 12 décembre 2010, le Château de Versailles expose 22 créations du célèbre plasticien japonais, Takashi Murakami, dont 11 réalisées spécialement pour l’occasion. Cette exposition est sa première grande rétrospective en France.

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AKASHI MURAKAMI, ARTISTE PHARE DU XXIE SIÈCLE Révélé en Europe par une exposition à la Fondation Cartier en 2002, Takashi Murakami est aujourd’hui une figure incontournable de la scène internationale de l’Art contemporain. En dix ans, le prix de ses œuvres a été multiplié par dix. Son travail a souvent créé la polémique pour son aspect « porno-pop  », notamment avec l’une de ses statues monumentales « My Lonesome Cow-boy » vendue à plus de 15 millions de dollars. Controversé, agaçant, provocateur, éblouissant, amusant ou divertissant, Takashi Murakami ne laisse pas indifférent.

mêlant les techniques artisanales des arts plastiques aux techniques de pointe de l’industrie et du numérique. Ses créations sont des dessins, des peintures, des sculptures, en résine ou gonflables, des films d’animation, des clips vidéos, des photos, du papier peint, des logos, des t-shirts, des sacs, des badges, et toutes sortes d’objets de consommation accessibles à tous. Celles-ci ne sont pas toutes réalisées par sa main mais par ses dizaines d’assistants, à partir de ses croquis, qui sont ensuite retravaillés sur logiciel pour finalement être portés sur tableau ou adaptés en sculpture auxquels il apportera la touche finale.

Artiste très prolifique, son œuvre est multiforme. Elle se décline sur tous les médias, traditionnels ou de masse,

Derrière cet artiste se cache aussi un véritable chef d’entreprise. Takashi Murakami est à la tête de la Kaikai

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Kiki Corporation, sa société de production et de gestion de ses œuvres. Il s’agit de son atelier de création mais aussi d’un label à travers lequel il fait la promotion de jeunes artistes et commercialise des produits dérivés de ses œuvres. Sa collaboration la plus célèbre est sans doute celle avec le designer Marc Jacobs pour la maison de couture Louis Vuitton, dont il a créé le modèle de sac à main le plus copié au monde. La comparaison avec Andy Warhol et sa Factory est inévitable. D’ailleurs, Takashi Murakami le cite souvent comme modèle et revendique cet héritage du mouvement Pop Art. Initiateur du mouvement artistique japonais Superflat, il pose un regard critique sur la société japonaise d’après-guerre et remet en question


les limites de l’Art contemporain, en élevant la culture otaku au rang d’Art.

LE SUPERFLAT ET LA CULTURE OTAKU Takashi Murakami est diplômé de l’Université des Beaux-arts de Tokyo, où il a étudié le Nihonga, la peinture japonaise traditionnelle. Mais il va finalement s’intéresser à la culture visuelle des otaku, qu’il considère comme représentative de la société japonaise, et délaisser peu à peu le Nihonga. Pour comprendre sa démarche artistique, il faut donc s’intéresser à cette culture, principalement issue des mangas et de l’animation japonaise. Née dans les années 1970, l’expression « otaku » désigne les jeunes japonais qui vouent une passion dévorante aux mangas, à l’animation japonaise, aux jeux vidéo et à la collection obsessionnelle de tous les produits dérivés qui s’y rapportent. Cette culture visuelle très riche va se développer avec l’immense succès du manga et des animes dans les années 1980. Takashi Murakami est alors fasciné par le concept de kawaï, que l’on peut traduire par « mignon » et qui désigne des personnages de mangas adorables et attendrissants. Il va utiliser ces personnages dans ses œuvres, hissant la culture populaire japonaise au rang d’Art, à la manière du Pop Art. C’est ainsi qu’en 1992, il crée Mr. Dob, qu’il décrit comme « une sorte de clone de Mickey. Un Mickey sous l’emprise d’un virus mutant. ». Ce personnage tantôt souriant tantôt diabolique va être repris maintes fois dans ses œuvres et déclinés sous toutes les couleurs, à l’image des portraits de Marilyn Monroe d’Andy Warhol. En 2000, Takashi Murakami théorise sa démarche artistique, le Superflat. Ce mouvement artistique vise à analyser la société japonaise d’aprèsguerre à travers la culture

otaku et à abolir les frontières de l’Art. Esthétiquement parlant, le Superflat, de l’anglais « flat » plat, se caractérise par des illustrations qui empruntent au graphisme aplati de la peinture traditionnelle japonaise et aux formes arrondies et colorées du manga. C’est donc une sorte de fusion entre culture populaire japonaise et son art traditionnel.

UN UNIVERS KAWAÏ ET PSYCHÉDÉLIQUE Ses œuvres s’inscrivent dans un univers fantastique très coloré, peuplé de créatures tout droit sorties des mangas. Takashi Murakami a créé un monde magique et surréaliste où des fleurs multicolores, des champignons atomiques, des yeux géants et autres monstres kawaï se côtoient. Pourtant, c’est bien souvent le cauchemardesque qui l’emporte sur les couleurs éclatantes. Les fleurs ont des sourires sardoniques, les champignons magiques paraissent empoisonnés, les monstres ont des dents de scies immenses et les yeux sont comme possédés...

Takashi Murakami le dit lui-même : « J’exprime le désespoir » ; « Je tente d’expérimenter dans mon œuvre les délires visuels psychédéliques et d’approcher les frontières de la folie comme du rêve. C’est pour ça que j’emploie des motifs répétés et des dessins aux couleurs vives. » Si le rêve bascule de manière ambiguë dans le cauchemar, c’est aussi parce que les personnages kawaï sont en partie issus du folklore japonais, peuplé de monstres mi-homme mi-bête aux yeux et bouches surdimensionnés. Takashi Murakami s’amuse à les démultiplier sous toutes les couleurs et à les transformer sous toutes les formes. Au final, ses œuvres sont à la fois inquiétantes et attirantes.

TAKASHI MURAKAMI AU PAYS DES MERVEILLES DE VERSAILLES Installées à l’intérieur et à l’extérieur du Château de Versailles, les 22 œuvres exposées lors de cette rétrospective promettent un choc visuel intéressant. À travers le contraste entre ce lieu d’exposition chargé d’histoires et de symboles, et l’univers multicolore et étrange de Takashi Murakami, l’artiste invite à (re)découvrir Versailles et son œuvre. « Il est probable que le Versailles de mon imagination corresponde à une exagération et à une transformation de mon esprit jusqu’au point d’être devenu une sorte de monde irréel à part entière. C’est ce que j’ai essayé de saisir dans cette exposition. Je suis le chat du Cheshire qui accueille Alice au pays des merveilles avec son sourire diabolique, et bavarde pendant qu’elle se balade autour du Château. D’un sourire enjoué, je vous invite tous à découvrir le pays des merveilles de Versailles. »  Jérôme Salomon

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CULTURE  EXPOSITION

« KYOTO - TOKYO :

Des samouraïs aux mangas », un voyage spatio-temporel Du 14 juillet au 12 septembre 2010, le Grimaldi Forum de Monaco consacrait une exposition de grande envergure à la culture japonaise. «  Kyoto-Tokyo  : des samouraïs aux mangas  » a retracé l’histoire japonaise, du VIIIe siècle à nos jours à travers une grande collection d’œuvres très variées (statues, ouvrages, dessins animés...).

I

maginez-vous

dans la capitale traditionnelle du Japon, Kyoto, à l’époque médiévale. Vous êtes entouré de moines, de samouraïs armés et de paravents soigneusement décorés. Puis vous évoluez dans le temps et dans l’espace. Vous empruntez la route du Tokaïdo pour enfin arriver dans la nouvelle capitale du Japon : Tokyo. Ici, ce sont les buildings, les mangas, les films d’animation et la robotique qui dominent. Cette évolution de la tradition vers la modernité, le Grimaldi Forum a voulu la reconstituer dans une exposition, «  Kyoto-Tokyo  : des samouraïs aux mangas », étendue sur 4 000 m². Cette idée, qui a attiré plus de 24 000 visiteurs, est sortie tout droit de l’imagination de Jean-Paul Desroches, commissaire de l’exposition, et de son homologue japonais Ozawa Hiromu. D’après Catherine Aleschenkoff, directrice événementiel du forum qui a suivi l’élaboration de l’exposition depuis son commencement, son objectif était « d’attirer l’attention de la jeunesse sur

la culture japonaise et son évolution grâce à la partie mangas et films d’animation. » Ce qui a abouti à un survol de la culture japonaise en démarrant avec les fondements : l’art lettré et les samouraïs pour arriver aux mangas.

Le forum a donc accueilli autant d’aficionados, d’experts en culture japonaise (tout âge confondu) que ce jeune public, fan de mangas, et surtout des héros type Naruto, qui n’appréhende pas forcément cet univers. « Nous avons voulu faire le lien entre tradition et modernité en montrant qu’ils sont complémentaires et qu’ils ne s’affrontent pas. » Pour cela, l’exposition a été divisée en trois secteurs : d’abord Kyoto avec des œuvres d’époque : statues représentant des dieux, kimonos, masques de théâtre et estampes japonaises. Puis la route du Tokaïdo qui dépeint la période de l’après-guerre, avec la naissance du shinkansen, ou la 18e édition des Jeux Olympiques, organisés pour la première fois au pays du Soleil Levant. Et on arrive enfin à Tokyo, illustrée par les mangas et les animes : Astro Boy, Goldorak ou plus récemment One Piece et Naruto.  M.P.

Pour penser l’exposition et tout mettre en place, il aura fallu deux ans à toute l’équipe. Les deux commissaires ont réuni 600 œuvres provenant de 29 prêteurs japonais (musées, mangaka et boites de production) de 29 musées européens et un américain. Parmi les plus importantes, le Fudomyo datant du XIe siècle, une déité bouddhique entourée de flammes qui constitue la première œuvre de l’exposition. On retrouve aussi le grand album de 12 peintures pour éventail, le rouleau de l’école Kano, une peinture sur soie représentant les 12 mois de l’année ou encore la paire de vases Meiji datant de la fin du XIXe siècle. Des œuvres si précieuses que certains prêteurs ont tenu à en récupérer avant la fin de l’exposition. Le 10 août, jour de fermeture, quatre paravents et une dizaine de rouleaux ont donc été changés. Les pages des livres anciens ont aussi été tournées pour donner un nouveau souffle à la manifestation. Le cinéma était aussi présent avec la diffusion sur grand écran d’extraits du film Les sept samouraïs et Goldorak qui ont montré, une fois encore, l’évolution de la société japonaise vers le futurisme et le grandiose.

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Chaque secteur de l’exposition réunissait des experts, chacun spécialisé dans un domaine comme le cinéma, les jeux vidéo ou les mangas. Brigitte Koyama-Richard s’est occupée de l’élaboration du secteur manga. Elle enseigne au Japon et est l’auteure de plusieurs livres sur l’origine des mangas et de l’animation dont Mille ans de manga (2007) et L’animation japonaise du rouleau peint aux pokemon sorti ce 15 septembre 2010 chez Flammarion. L’exposition accorde une très grande importance aux mangas et aux films d’animation, pour vous, quelle est leur rôle dans la société japonaise ? Il existe les mangas comme Naruto, One Piece ou encore Death Note qui sont faits pour divertir les lecteurs. Mais il existe aussi des mangas pédagogiques qui présentent l’Histoire du Japon, ou l’Histoire de l’art occidental, etc. Le manga sert également à informer les gens. Dans de nombreux domaines, on distribue de petites brochures en manga ou bien on dispose un panneau qui explique sous forme de bande dessinée, le fonctionnement d’un appareil ou d’un établissement médical. Quel est le futur du manga et de l’animation au Japon et en France ? J’ai pu m’entretenir avec des personnes très connues du milieu du manga et de l’animation. Tous s’accordent pour reconnaître que le Japon traverse une crise. Les lecteurs achètent moins de mangas et l’animation coûte très cher. Heureusement ces deux domaines s’exportent bien, mais ils sont aussi conscients de la globalisation et si les œuvres doivent viser un public de plus en plus international, elles doivent cependant garder leur caractère japonais. Quel ouvrage conseilleriez-vous aux lecteurs français ? Cela dépend de l’âge du lecteur. Pour de jeunes lecteurs, je dirais Naruto. Pour un public plus adulte qui souhaite découvrir l’Histoire et la culture japonaises, je proposerais Au temps de Botchan, de Taniguchi Jirô, qui présente le Japon de l’époque Meiji. Ou encore, de ce même auteur, Le promeneur qui nous entraîne dans le Japon contemporain et nous le fait découvrir avec beaucoup de poésie. Propos recueillis par M. P.

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CULTURE  REPORTAGE

CHOCOLAT,

un petit coin de France à Tokyo Émission créée et animée par un francophone d’origine belge : Bob Leenaers, le podcast Chocolat propose aux Japonais, et a priori plus particulièrement aux Japonaises, de découvrir la culture française et d’apprendre sa langue de façon autodidacte, ludique et informative.

V

au Japon dans l’idée de créer des documentaires sur l’Asie pour l’Europe, Bob Leenaers n’est jamais rentré... Cela fait maintenant dix-huit ans qu’il vit sur l’archipel nippon. Et comme pour rendre aux Japonais ce qu’ils lui ont apporté, Bob s’est posé, il y a quatre ans, une simple question : «  que puis-je apporter aux Japonais en tant qu’étranger ? ». Fort de son background et de son amour pour la culture japonaise, qui le pousse à vouloir échanger avec sa population, et de ses études en cinéma et audiovisuel, qui l’ont tout naturellement amené à s’intéresser aux nouveaux médias, Bob a donné naissance au projet Chocolat. enu

Mais avant d’en arriver là, il se souvient... Quand il est arrivé au Japon pour réaliser ses reportages, il a tout de suite rencontré des difficultés. Il n’y avait pas d’école de cinéma ou de formation à la production télé et donc aucun lien avec ses études. Le monde de la télévision est, en plus, plutôt composé de juristes. Il renonce définitivement à travailler dans ce milieu (et notamment pour la NHK) d’autant plus compliqué à appréhender si l’on ne parle pas couramment le japonais. L’arrivée du podcasting audio et vidéo sur Internet (émissions de type radio, destinées à l’écoute ponctuelle sur baladeurs numériques et smartphones, et qui s’est étendue à tout l’Internet) lui donne le déclic. Il va pouvoir développer le concept des émissions Chocolat grâce à ce type de support. À l’époque, il travaille à la fois pour son université et sur différents projets médiatiques. Le manque de confiance de ses collaborateurs vis-à-vis de ses idées novatrices le conduit à créer sa propre société. « Ayant travaillé en Suisse et en Belgique pour la radio, j’ai senti une potentialité éducative du fait que ce type de support soit enregistré AL MANGA MAG 40 TOT OCTOBRE 2010

et qu’on puisse le réécouter autant qu’on veut... » Dans un premier temps, il cherche à faire parler les Japonais en français directement. Ce qui est, constate-t-il, un peu « ardu ». Ce n’est pas suffisant pour une approche pédagogique. Hoishi Satori, un professeur à qui il avait soumis l’idée, lui suggère alors de proposer des cours de français complémentaires par Internet.

CHOCOLAT, UN GOÛT DE FRANCOPHONIE Le podcast Chocolat est donc devenu une émission qui diffuse de courts bulletins d’information sur l’actualité francophone à Tokyo principalement. « Par exemple, si un film français sort au Japon, on fait l’interview de son réalisateur, accompagnée d’une brève introduction en japonais et en français  », nous explique Bob Leenaers. Le tout est ensuite complété par une leçon de français (payante) où sont repris les termes et expressions utilisés dans l’émission. Cellesci s’inventent au gré des événements. Toutes les sorties francophones à Tokyo sont traitées et présentées et à chaque émission correspond son cours de français. L’abonné a la possibilité de découvrir la langue de ma-

nière ludique, d’autant plus que des exercices sont proposés, corrigés par des professeurs et renvoyés aux adhérents chaque semaine.

LES JAPONAISES EN PINCENT POUR NOUS Après une enquête réalisée auprès de ses auditeurs, Bob a pu se rendre compte que les Japonais qui s’intéressent à la culture française sont à 95 % des femmes. Pour celles de 40 ans et plus, la France représente la mode, le luxe et la cuisine. Pour les autres, l’envie de trouver un partenaire français. L’image romantique que dégage notre pays les fait fantasmer. Elles rêvent d’évasion, de voyage, de complicité et d’une vie différente. C’est ainsi que Chocolat leur propose ce qu’elles veulent voir tout en leur montrant la réalité. « On peut également aborder des sujets plus sérieux comme le “syndrome de Paris” ou les divorces des couples mixtes...  », souligne Bob, l’homme qui murmurait à l’oreille des Japonaises. 

Bob Leenaers en direct de Chocolat

Cristina Thaïs


CINÉMA - DRAMA  ENQUÊTE

L’adaptation squatte le

JAPONAIS

CINÉMA

Avec 448 films locaux produits en 2009 pour seulement 314 films étrangers distribués dans les salles, l’industrie cinématographique japonaise semble en bonne santé. Cependant, le marché du DVD s’étiole, ce qui met directement en péril les petits producteurs, tandis que les grand studios et les adaptations de séries télé imposent un quasi-monopole sur les premières marches du box office.

L

’ÉTÉ PARISIEN À L’HEURE DU CINÉMA JAPONAIS Alors que la chaleur écrasante du mois de juillet s’abat sur la capitale et que des hordes de japanophiles reviennent de leur grand messe estivale de Japan Expo, s’est tenue la huitième édition du Festival Paris Cinéma, soit l’un des rendez-vous les plus intéressants de l’été parisien. Suffisant en tout cas pour nous persuader de ne pas déserter Paris, en quête d’une oasis de fraîcheur, loin de la ville. D’autant plus que, cette année, le Japon était à l’honneur. Une thématique japonaise à la programmation riche, mêlant rétrospectives et projections d’inédits, animes grand public et objets expérimentaux, rencontres et tables rondes, le tout

en présence du réalisateur Koji Wakamatsu (L’Empire des sens) venu présenter Le Soldat Dieu avec son actrice principale Shinobu Terajima (Vibrator) ou encore l’actrice Rinko Kikuchi (Babel) Un effort non négligeable pour lever le voile sur un cinéma dont la richesse commence à peine à être réellement perçue chez nous. De quoi nous donner envie de faire le point sur ce pan prolifique de la culture japonaise (plus de 400 films produits par an !), varié, créatif, mais qui doit aussi faire face à des mutations et des défis parfois inquiétants.

UN MARCHÉ EN MUTATION: QUAND LA TÉLÉ SQUATTE LE CINÉ Vouloir définir le paysage cinématographique japonais actuel dans son ensemble en un court article tiendrait de la gageure. On peut cependant tenter d’y voir plus clair en mettant en évidence certaines de ses caractéristiques. Tout d’abord, une des principales différences entre les modes de production cinématographique japonais et français est le recours aux subventions, qui n’existe pas au Japon. On se retrouve donc dans un système ultra compétitif qui, paradoxalement, a tout de même permis l’éclosion de nombreux talents et d’un marché indépendant prolifique, notamment grâce à la vidéo. ...

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Qu’est-ce qui a fait la particularité du programme ? Le cinéma japonais a vraiment irrigué la programmation du festival puisque nous y avons présenté plus de 114 films de tous les genres : adaptations de manga, films d’auteur, animations, documentaires, grands classiques... Mais ce qui a fait sa spécificité est que nous sommes allés chercher l’inédit, aussi bien avec des avant-premières qu’avec des rétrospectives. L’hommage qui a été rendu à Sadao Yamanaka par exemple, dont nous avons diffusé les 3 seuls films sauvés par l’Histoire, n’avait jamais été fait. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire cette programmation ? En faisant un travail de recherche sur le cinéaste Akira Kurosawa, nous nous sommes rendus compte que la production japonaise qui arrivait jusqu’à nous en France n’était qu’une toute petite partie émergée de l’iceberg. Or, les Japonais sont très créatifs, ils proposent de nouveaux produits tout le temps. Le cinéma japonais aurait-il des difficultés à s’exporter en France ? En France, dans le monde également, c’est sans aucun doute dû à la barrière de la langue déjà. Le cinéma philippin a par exemple bien percé parce que c’est un pays où on parle bien l’anglais. Ensuite, il y a bien sûr d’autres raisons. Un cinéma qui a suffisamment de succès localement donc qui ne ressent pas le besoin de s’exporter, les conséquences de la crise qui touchent l’exportation de films en premier, ou encore un système de co-production, qui favoriserait cette exportation, différent du notre. Les films japonais sont-ils bien compris en France ? Ils n’ont eu aucun prix donc peut-être que non ! Il faut voir d’avantage de films japonais pour les comprendre, on peut parler d’une éducation du public au cinéma japonais. Créer des habitudes au public pour entrer dans l’univers de cinéastes dont on ignore tout. Propos recueillis par Céline Maxant

... Le problème, à l’heure actuelle, vient du déclin de ce système de productions originales destinées directement au marché de la vidéo (les fameuses OAV, Original Animation Video). En effet, celui-ci, florissant dans les années 80 et 90, a servi d’incubateur et de rampe de lancement à toute une génération de réalisateurs parmi lesquels Takeshi Miike, Shinji Aoyama ou encore Kiyoshi Kurosawa. Il remplissait ainsi le rôle qui avait été celui des grands studios après guerre puis des Pinku eiga (romans pornos) dans les années 70. Il permettait la production et la distribution de nombreux films à très petit budget qui pouvaient donc être facilement rentabilisés. Malgré une logique commerciale, une grande liberté était donc laissée aux réalisateurs qui pouvaient donner libre cours à leur imagination et aux expérimentations les plus folles, chose qui AL MANGA MAG 42 TOT OCTOBRE 2010

n’aurait pas été possible dans le giron des studios. De nombreuses maisons de production indépendantes ont ainsi pu prospérer. Mais, aujourd’hui, ce système périclite tandis que les chaînes de télé apparaissent depuis une dizaine d’années comme les grandes gagnantes des mutations du paysage cinématographique japonais. Pendant ce temps, les compagnies indépendantes, garantes de la variété et du dynamisme du cinéma, n’en finissent pas de boire la tasse en l’absence d’un moyen alternatif de distribution, la VOD n’étant encore qu’à ses balbutiements. En effet, les adaptations de séries télé sur grand écran trustent régulièrement les premières places du box office. Ainsi, le plus gros succès de 2009 a été ROOKIES, suite sur grand écran d’une série télé elle-même adaptée d’un manga(1). Et pour la première moitié de l’année 2010, cinq des plus

gros succès étaient des adaptations de séries(2). Une tendance certainement lancée en 1998 avec la sortie du film tiré de la série de Fuji TV Bayside Shakedown et dont un troisième opus est sorti sur grand écran cet été. La grande crainte étant que les standards de réalisation du petit écran deviennent ceux du cinéma, provoquant un appauvrissement et une baisse de la qualité. Autre inquiétude : la pénurie de scénarios originaux qui va au-delà de cette question de l’adaptation de série télé puisque le recours à l’adaptation (de série télé donc, mais aussi et surtout de mangas ou de romans) est de plus en plus systématique. Enfin, si on ajoute à cela le recours quasi-obligatoire aux « talents », starlettes multicartes omniprésentes sur les écrans et radios japonaises, il y a de quoi s’inquiéter.


Pourtant, de vraies réussites parviennent encore à se frayer un chemin dans ce système verrouillé par les studios (au premier rang desquels la Toho), les chaînes de télé, et les agences de représentation de « talents » (les « jimusho »), véritables pépinières et grossistes pour l’ensemble de l’industrie audiovisuelle(3) : Suspect X (Yogisha X no kenshin), réalisé par Hiroshi Nishitani en 2008, tiré de la série Galileo, elle-même adaptée d’une série de romans policiers, et qui a fait forte impression au festival de Beaune en 2009.

Plus récemment et pas encore arrivé en France, Confessions (Kokuhaku) de Tetsuya Nakashima (réalisateur de Kamikaze Girl – Shimotsuma Monogatari et Memories of Matsuko), transposition du roman éponyme, dont l’un des rôles principaux est tenu par l’une des membres du groupe d’idoles AKB48; l’un des hits de cet été qui a su remporter l’adhésion de la critique. Autre parfait représentant : Solanin, de Takahiro Miki, excellente adaptation du manga éponyme et justement présenté au Festival Paris Cinéma. Et il ne s’agit là que d’une poignée d’exemples récents.

Shinobu Terajima et Rinko Kikuchi

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Le marché japonais reste encore essentiellement tourné vers un public local. Il est encore difficile de sortir des films japonais originaux et variés sur les grands écrans français, même si les éditeurs ont beaucoup contribué ces dernières années à améliorer

la représentation et la connaissance du cinéma japonais, surtout en DVD. Et c’est bien là que les festivals comme Paris Cinéma ont un rôle déterminant à jouer en permettant au plus grand nombre de découvrir des films qui ne pourraient être diffusés en passant par les canaux traditionnels, et en assurant une visibilité aux œuvres de cinéastes indépendants, souvent injustement ignorés dans leur propre pays et qui trouvent là un vrai moyen d’exister.  Pascal Voglimacci Prochain rendez-vous à ne pas manquer : le festival Kinotayo du 20 novembre au 4 décembre à la Maison de la culture du Japon à Paris.

1. Variety.com 2. Ryuganji.blogspot.com 3. Neojaponisme.com

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CINÉMA - DRAMA  CRITIQUE

SWEET LITTLE LIES

apparences trompeuses

Diffusé à l’occasion du Festival Paris Cinéma, où il était en compétition, Sweet Little Lies, sorti le 13 mars 2010 au Japon, est un drame social de Hitoshi Yazaki, adapté du roman éponyme de Kaori Ekuni. On y suit, avec un symbolisme fort, un instant dans la vie d’un couple japonais enfermé dans sa solitude et dont la passion pourrait renaître grâce à l’adultère.

D

Sweet Little Lies, Hitoshi Yazaki dissèque la vie d’un couple, atypique pour nous Occidentaux. Leur vie semble tellement loin de notre réalité sociale qu’il nous est difficile de nous projeter dans le film. Et c’est ce qui fait le charme de ce long métrage ou justement la raison pour laquelle on n’accroche pas. Là où pour nous un couple heureux est un couple souriant et chaleureux, et un couple qui bat de l’aile un couple qui crie, se dispute, les personnages de Hitoshi Yazaki n’expriment rien. Pas un sourire ni même une expression ne traverse leur visage... ans

Aussi immaculée que le blanc de leurs murs, la vie de couple de Ruriko, interprétée par Miki Nakatani (Ring, Train Man, Memories of Matsuko), et Satoshi, joué par Nao Omori (Dolls, Ichi the Killer), est sans accroc. Tous les matins, Ruriko lave les vitres et prépare le petit déjeuner tandis que son mari profite de ses dernières minutes au lit. Puis elle passe sa journée à la maison à confectionner des ours en peluche, son passe-temps, et faire le ménage. Le soir, Satoshi rentre, donne sa sacoche, sa veste et sa cravate à sa femme aimante qui a passé ses dernières heures devant la porte, droite comme un i à attendre son retour, et file dans sa chambre jouer aux jeux vidéo. Mariés depuis trois ans, AL MANGA MAG 44 TOT OCTOBRE 2010 TOTAL MANGA MAG 44 OCTOBRE 2010

Ruriko et Satoshi apparaissent aux yeux de tous comme un couple modèle. On les imagine heureux. Mais le sont-ils vraiment ? Les deux époux se parlent à peine. Chacun prononce à l’autre jusqu’à cinq mots maximum par jour, de « hum  » à « j’ai fait un mauvais rêve », et communiquent par téléphone à l’intérieur même de leur maison. Sans compter l’absence totale de contact physique. Ruriko avouera à son amant que Satoshi et elle n’ont pas couché ensemble depuis deux ans. Bref, nos deux protagonistes vivent une petite vie bien rangée, réglée comme du papier à musique et plus aseptisée qu’une chambre d’hôpital pour grand malade. Jusqu’au jour où, chacun de leur côté, ils (re)découvrent la passion dans une relation extraconjugale.

DES SYMBOLES POUR UNE VISION PESSIMISTE (OU RÉALISTE ?) DU COUPLE La rencontre de Ruriko avec Haruo (Juichi Kobayashi) change la jeune femme qui s’éveille à ses sentiments. Ce changement n’est pas visible sur son visage mais est symbolisé par un élément extérieur : un petit chien, représentant la vie qui lui revient, dont elle prend soin en rentrant de chez son amant avec lequel elle converse déjà plus qu’avec son mari. De même, Satoshi s’ouvre bien plus à Shio (Chizuru Ikewaki), riant à ses blagues, qu’à sa femme avec laquelle il affiche constamment une mine vide et fatiguée. Le couple semble se réanimer grâce à l’adultère. Dans l’appartement de Ruriko et Satoshi le ton se réchauffe, le blanc cru de clinique, qui illuminait la pièce principale se

change en un blanc plus chaleureux comme celui d’une banale ampoule. On voit ensuite le couple marié sortir ensemble dans le métro, au restaurant et partager des petits moments à deux. Mais tout ce bonheur est lui aussi factice. Alors que Satoshi retrouve sa maîtresse pour une séance de plongée, on aperçoit une mer agitée signe que la passion est là. Mais lorsqu’ils sont sous l’eau, la mer est un grand vide, pas de récif, pas de poisson, il n’y a ni vie, ni rien pour s’arrimer : cette relation est vouée à l’échec tout comme celle, nouvelle, qu’il découvre avec sa femme. La mise en scène du film, malgré ses longueurs, est un ensemble de messages en soi qu’il peut être intéressant de décrypter.

CHOC CULTUREL Nous avons donc une Ruriko qui passe sa journée à la maison. Cet idéal de la femme parfaite dévouée à son mari, ses enfants, fée du logis et sans emploi est un modèle qui, en France, peut nous paraître désuet. C’est pourtant courant chez les Japonais, car oui, au Japon, beaucoup de


femmes quittent leur emploi après leur mariage pour s’occuper de leur foyer. Dans le cas de ce couple, les époux vivent des vies presque séparées, ne se retrouvant qu’aux moments des repas, et n’ont rien en commun. Satoshi avoue lui-même qu’il ne comprend rien au monde des ours en peluches, tandis que Ruriko ne connaît rien à la plongée, occupation de son compagnon. Et aucun des deux ne fait d’effort pour s’intéresser à l’autre. Alors pourquoi vivre ensemble et continuer à être mariés ? D’autant plus qu’aucun projet d’enfant ne semble d’actualité ni même possible entre eux. Tout est histoire de fenêtre. Cette fenêtre que Ruriko nettoie tous les matins, façade lisse et sans aspérité, frontière entre l’extérieur « noir  », inconnu, les autres et l’intérieur « lumineux », connu et rassurant. En restant dans ce cocon, en sécurité, ils sont à l’abri des disputes, des affres de la vie de couple et du regard des gens. Dans le pays des non-dits, où divor-

cer et s’embrasser en public est mal vu, garder la face est important. Aux yeux de tous, ils doivent rester un couple parfait. Et ils ont peur d’explorer cette facette d’eux-mêmes qu’ils découvrent avec leur amant respectif. « Tu trouves que je suis passionnée ? » demande Ruriko à Satoshi après que son amant Haruo le lui ait justement fait remarquer. «  Non  » répond son mari, ce qui rassure l’intéressée. La routine est réconfortante et sans forte attache affective, ils ne peuvent être blessés. Ils sont encore jeunes et pourtant choisissent de rester enfermés dans leur quotidien, solitaires à deux. Non, on ne comprend décidément pas ce choix aberrant. Ce n’est pas la seule différence culturelle qui nous chiffonne. Nous remarquons très vite l’extrême politesse avec laquelle Ruriko et Satoshi se parlent. Un respect tout à fait normal au Japon, où l’on cultive la grâce et la délicatesse. Nous qui associons

la familiarité à l’affection, cette façon de communiquer met de la distance entre les deux personnages mais aussi entre eux et le spectateur qui ne peut s’identifier à eux. Or les films que l’on apprécie le plus ne sont-ils pas ceux dans lesquels on s’imaginerait bien, vivant l’aventure de ces héros ? Avec peu de dialogues et un esthétisme épuré, Hitoshi Yazaki nous raconte l’histoire de deux êtres incompatibles mais inextricablement liés. Par quoi on ne sait pas trop, le quotidien, la peur de l’inconnu ou la peur de vivre. Sweet Little Lies illustre ces petits mensonges que l’on donne à ceux que l’on veut protéger, à soimême pour se rassurer et pour masquer une vérité pourtant évidente.  Lauréline Lalau

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CINÉMA - DRAMA  CRITIQUE

SAWAKO DECIDES

ma petite entreprise

Sixième long métrage de Yuya Ishii, récompensé par les prix du meilleur film et de la meilleure actrice au Festival Fantasia, et présenté en compétition au Festival Paris Cinéma, Sawako Decides nous raconte l’histoire de Sawako, une jeune femme de 23 ans vivant à Tokyo qui retourne dans sa campagne natale.

«

O

n’y peut rien. » Tel est le leitmotiv de Sawako, interprétée par Hikari Mitsushima (Death Note), persuadée qu’elle ne vaut pas grand chose. Se définissant elle-même comme une femme de la classe «  moyenne-inférieure  », elle se complaît dans cette vie médiocre et dépourvue d’ambition. Maltraitée par son patron qui la dénigre, par les enfants, de vrais têtes à claques, qui servent de cobayes dans son entreprise de création de jouets et par ses collègues qui n’ont de cesse de critiquer son petit copain, la jeune femme refoule ses émotions qu’elle pense pouvoir évacuer lors de ses réguliers lavages de colon. Rien ne sert de se mettre en colère, après tout «  on n’y peut rien ». n

C’est sa cinquième année dans la capitale, son cinquième job minable et son cinquième petit copain, Kenichi, joué par Masashi Endo (Wild Zero), divorcé, père d’une petite fille quasi muette Kayoko (Kira Aihara), et tout aussi intéressant que son boulot. Lorsque ce dernier est viré de cette fameuse entreprise où il travaille également, Kenichi persuade Sawako de repartir dans la ville natale de la jeune femme, d’y reprendre l’affaire de son père souffrant de cirrhose et presque aussi mort que son usine d’empaquetage de mollusques d’eau AL MANGA MAG 46 TOT OCTOBRE 2010 TOTAL MANGA MAG 46 OCTOBRE 2010

douce, et y vivre une “ecolife” (vie écologique).

dans leur campagne et y reprennent leur existence d’antan.

Tantôt on compatit tantôt on a envie de secouer Sawako un bon coup et le défaitisme et la mollesse qui la caractérisent portent sur les nerfs dès le troisième « on n’y peut rien ». Dans cette satyre, où Yuya Ishii a choisi de montrer quelques travers de la société japonaise moderne  : patrons antipathiques, dévalorisation de la classe ouvrière et des thèmes plus généraux tels que l’écologie ou la maladie, Sawako baisse la tête, s’excuse, subit et accepte sa condition. Anti-héroïne classique ? Non, car Hikari le joue avec un tel naturel qu’on en vient soi-même à accepter cette place. D’ailleurs la narration est telle que le drame se transforme vite en comédie.

Considérée comme une ratée dans la capitale, autant sur le plan professionnel que personnel, Sawako renaît dans cette ville qu’elle avait fui emportée par la passion. Car oui, Sawako était une jeune fille passionnée comme le montre les images de son départ. Pour preuve, son premier sourire apparaît à l’écran lorsqu’elle présente un des placards de sa maison d’enfance à Kayoko.

NOUS NE SOMMES PAS EXCEPTIONNELS, NOUS SOMMES DES GENS MOYENS ET NOUS EN SOMMES FIERS. « Il quitta sa petite bourgade paumée pour rejoindre la capitale et y réaliser son rêve.  »  Voilà un refrain que l’on connaît bien et qui généralement voit le héros récompensé de ses efforts (Tokyo Friends, Detroit Metal City, Bambino…). Cependant la vie à Tokyo n’est pas aussi géniale qu’on le croit et y survivre relève du fantasme. Yuya Ishii nous le prouve avec Sawako et son amie, Tomomi, qui se rendront compte très vite de leur erreur, la première mettra cinq ans à revenir, la seconde se lasse en quelques jours. Alors elles s’en retournent

La « looseuse  » de Tokyo se transforme en chef d’entreprise aimée dans son patelin. Une de ses employées, subjuguée, la considère même comme celle qui sauvera la compagnie. Ironie de la situation c’est parce qu’elle a vécu à Tokyo et qu’elle s’en est faite jeter comme une malpropre, qu’elle devient spéciale aux yeux des autres de la classe « moyenne-inférieure ». Dès lors, le changement est radical ! Sawako décide ! Par la morale de cette comédie et sa mise en scène on comprend alors ce que le réalisateur voulait nous dire  : l’échec n’est pas une fatalité, de petites attentes mènent à de petites victoires mais cela


n’en reste pas moins des réussites. Le bonheur est relatif et tout dépend de quel point de vue on se place.

HUMOUR JAPONAIS, SUBTIL N’EST PAS NIPPON. Vous l’avez compris, la vie de Sawako est loin d’être valorisante, mais en plus elle est triste. Elle a perdu sa mère jeune, son père est mourant, l’entreprise de celui-ci bas de l’aile, les employés la rejettent et son petit copain la quitte. Pourtant le ton de ce long métrage n’est pas si pesant et les amateurs de films indépendants japonais arriveront à s’esclaffer régulièrement. Mais voilà, tout comme dans Sweet Little Lies de Hitoshi Yazaki, le fossé culturel est énorme et peu arriveront à capter les subtilités de l’humour japonais, ou plutôt le manque de subtilité dans le cas présent. Car disons le franchement, Yuya Ishii met les pieds

en plein dans le plat avec un humour décalé, un peu gras et potache. Un exemple : Sawako trouve une pastèque dans le champ qu’elle arrose régulièrement des déjections de la maisonnée. Pastèque que tout le monde dégustera pendant l’enterrement du père de notre héroïne et à son oncle de le faire galamment remarquer : « C’est la pastèque qui a poussé grâce à ton caca. »… « éclat de rires  ». Bref, quelque chose nous échappe. Pourtant ces situations permettent d’alléger la trame et de rire de tout  : l’abandon d’un enfant, la maladie et même la mort avec le mémorable jet de cendre et d’os de Sawako sur son petit copain habillé de l’uniforme ringard de l’entreprise. Yuya Ishii ne laisse pas un instant ce souffle de légèreté retomber, allant même jusqu’à user à répétition d’un même élément comique comme le caractère luna-

tique de son personnage principal, ou la perruque du malade, pour désengorger une situation qui, sans cela, plomberait l’histoire. Regard critique sur la société contemporaine, Sawako Decides a su se démarquer par un ton léger qui accompagne le caractère plus sérieux de l’intrigue sans l’occulter. Et bien que nous ne puissions pas profiter pleinement de tous les aspects de ce film, il nous a permis de découvrir avec Sweet Littles Lies, une autre facette du cinéma nippon, majoritairement présent dans nos magasins sous la forme de grosses productions telles que 20th Century Boys, Crows Zero ou encore Death Note et noyé sous les films à très gros budget hollywoodiens.  Lauréline Lalau

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COSPLAY  REPORTAGE

Les marches du

WORLD COSPLAY SUMMIT Ouverte à tous les pays, le World Cosplay Summit est une compétition qui rassemble sur scène les meilleurs cosplayeurs au monde. Pour son édition 2010, qui s’est déroulée entre le 29 juillet et le 3 août, à Nagoya, ce sont Laura Salviani et Cécile Auclair qui ont représenté la France avec un cosplay de Morodashi et Marudashi, les jumelles du manga xxxHOLiC de Clamp.

L

aura,

aka Nikita, est très tôt touchée par le virus de la création et son rapport au textile la pousse vers les métiers du stylisme. En parallèle de la couture, elle prend goût au cosplay, cette activité devenue très populaire, notamment sur les conventions de fans de culture pop nippone, qui consiste à se déguiser en un personnage issu du manga, de l’animation japonaise et des jeux vidéo et à l’interpréter sur scène. Cécile, aka Sikay, s’intéresse quant à elle au dessin et aux costumes depuis toute petite. Après un Bac S, des études de droit et, à son tour, la découverte du cosplay, c’est finalement dans une école de stylisme qu’elle trouve sa voie. Sa rencontre avec Laura la mène tout droit sur les défilés et les concours de cosplay. La communauté, les paillettes, le rôle-play : tout

y est pour lui plaire ! Les deux jeunes femmes ont depuis représenté la France à deux reprises au prestigieux concours international de cosplay : le World Cosplay Summit au Japon, en 2008 et cette année.

DIRECTION NAGOYA Pour l’instant, les seuls Français à avoir remporter le WCS sont Damien Ratte et Isabelle Jeudy en 2007 avec des personnages du manga Alichino de Kôyu Shurei. Suite à cette victoire, Isabelle, adepte de calligraphie, de nail art (décoration des ongles) et d’art en général, est devenue une cosplayeuse reconnue et est à présent jury des sélections françaises qui se déroulent chaque année en juillet à Japan Expo. Parce que oui, avant d’obtenir son précieux billet d’avion

pour Nagoya, il faut avant tout passer les éliminatoires. Une pré-sélection, qui permet de juger aussi bien les motivations des participants que leur technique de fabrication, est d’abord organisée, avant le passage sur scène où les juges pourront enfin apprécier leur prestation. Soutenu par les acclamations du public, c’est sur celle-ci que le duo qui défendra nos couleurs sera choisi. Rien n’est facile et rien n’est gagné donc. À la base de tout pour y arriver : choisir un personnage que l’on aime vraiment. Car pour lui donner vie, il faut comprendre l’univers dans lequel il évolue. Nos deux stylistes ne tarissent, par exemple, pas d’éloges sur les Clamp, sur le monde de la série xxxHOLiC et sur les personnalités énigmatiques mais attachantes ...

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... des jumelles qu’elles ont incarnées cette année. Ensuite : apporter un soin particulier au choix de chaque accessoire. Des cheveux bleus et roses aux faux-ongles, en passant par les lentilles de couleur et le maquillage, de la pointe des cils à celles des chaussures, nos deux jeunes femmes n’ont rien laissé au hasard. À l’image de leur investissement rigoureux et colossal dans la réalisation des costumes et dans leur travail de recherche. Ces quelques «  détails  » comme l’impression des papillons sérigraphiés, coloriés et brodés de Morodashi et Marudashi, ainsi que leurs quatre paires d’ailes, évoquant encore l’univers sophistiqué et élégant du célèbre studio, parlent d’eux-mêmes. Enfin  : peaufiner la prestation. Laura et Cécile ont pris l’habitude de nous donner des frissons avec une émotion

et un lyrisme qui montent crescendo. Les efforts fournis dans leur jeu d’actrice et leur gestuelle n’a d’égale que, pour elles, l’intensité immense de se confronter à la foule. Grisant.

L’ÉDITION 2010 À la question de ce que représente le concours du WCS à leurs yeux, elles répondent qu’il s’agit de la «  seule compétition au cours de laquelle s’expriment les meilleurs cosplayeurs de chaque pays  ». Et pour elles, « le spectacle donné par tous ces talents est hors du commun  ». Choisies pour représenter la France en 2008 et 2010, nos deux demoiselles sont les premières à remarquer l’impressionnant niveau qu’ont acquis les cosplayeurs à deux ans d’intervalle. «  Même les spectateurs sont plus

Laura et Cécile en Sailor Moon et Sailor Venus sur le tapis rouge de Nagoya

exigeants. Ils s’attendent à voir de l’exceptionnel », témoignent-elles. La victoire est finalement revenue aux

Isabelle a remporté le premier prix de l’édition 2007 du World Cosplay Summit en duo avec Damien Ratte. Depuis 2008, elle est jurée aux pré-sélections françaises qui se déroulent chaque année en juillet à Japan Expo. Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours de cosplayeuse ? J’ai 24 ans et je travaille dans le maquillage et le costume. Parallèlement je fais de la peinture et de la calligraphie ainsi que du nail art. J’ai réalisé quinze costumes que j’ai portés, ainsi que sept pour d’autres personnes. Mes préférés sont le costume de Myobi du manga Alichino (cf. ci-contre) pour toutes les aventures que j’ai vécues grâce à lui, dont le World Cosplay Summit, l’Exposition Universelle de Shanghai et plusieurs voyages au Japon et en Europe. Et celui de Gwendolyn du jeu vidéo Odin Sphere car je le considère comme le plus abouti techniquement. Peux-tu nous parler de ton expérience en tant que candidate au WCS ? Notre prestation française était très dynamique avec des dialogues, de la danse, un combat, et beaucoup de références à la culture manga en France. Séduits, les organisateurs du WCS nous ont demandé de refaire une prestation semblable en japonais pour la finale à Nagoya. Nous avons par exemple introduit la danse d’Haruhi qui à l’époque était d’actualité au Japon mais pas encore en France. Ce que nous avons gardé en tête était de créer un scénario qui puisse toucher le public japonais et faire sens pour nous en tant que Français. Autrement dit un moyen de mélanger les deux cultures et de montrer aux fans d’animé japonais ce que nous partagions avec eux. Comment les Japonais ont-ils réagit ? Nous avons eu peur qu’ils n’apprécient pas notre humour ou qu’ils ne réagissent pas du tout lors de notre passage. Mais heureusement, nous avons reçu un très bon accueil sur scène. Nous avions déjà gagné la seule chose qui nous importait : établir cette communication avec le public. Dans ce contexte, gagner le premier prix nous a fait d’autant plus plaisir. Comment se passent les sélections en France pour toi en tant que jurée ? C’est une tâche ardue car il n’y a qu’un seul gagnant. [...] Heureusement, il y a toujours un groupe qui se démarque des autres auprès du public, ce qui nous aide beaucoup. Propos recueillis par Céline Maxant

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La prestation de Laura et Cécile aux préselections françaises

Italiens et à leur cosplay de Zelda, « talentueux, adorables  et simples  », l’un des coups de cœur de nos deux Françaises. Cette année, la part belle était donnée aux accessoires et aux costumes incroyables. On pense notamment au Bahamut et à la moto de Cloud de Final Fantasy VII des Thaïlandais, comme à l’ingénieux contrepoids soulevant la Brésilienne et son compagnon vêtu d’une combinaison entière de Valkyrie Profile 2. Les jurés étaient Furuya Toru, doubleur de Saint Seiya ou Dragon Ball Z, Kageyama Hironobu, interprète du mythique CHA-LA HEAD-CHA-LA de DBZ, Kobayashi Hiroyuki, producteur, entre autres, de Resident Evil  4, Takashi Nobuyuki, l’inventeur du terme «  cosplay  » (costume playing) rien que ça, et Himeka, chanteuse d’origine canadienne. La cérémonie d’une durée de trois heures, plus complète que les éditions précédentes, était entrecoupée par des animations  : vidéo de présentation, danses, spectacles des jurés ou encore des SKE48 (groupe d’idols originaire de Nagoya). Les participants, quant à eux, se de-

vaient de rester concentrés. « Réussir notre prestation est notre première source d’anxiété  », nous rappellent les filles, qui ont tout de même pris le temps de s’amuser et de profiter du voyage.

UN RASSEMBLEMENT AVANT D’ÊTRE UNE COMPÉTITION Outre le « championship  », le séjour a été ponctué comme tous les ans d’activités aussi bien professionnelles que ludiques  : réunions, répétitions, promotion des sponsors, beaucoup d’interviews, mais surtout la grande parade d’Osu, à laquelle participent des milliers de fans de cosplay. À ça se mêle le devoir de porter presque tous les jours, différents costumes, préparés en amont, et parfois aussi lourds que la chaleur estivale. De pouvoir argumenter sur son attachement aux différents aspects de la « japanimation  » (mangas, animes, jeux vidéo...). Mais aussi d’en avoir une bonne culture pour pouvoir s’intégrer, échanger lors des dîners avec ses camarades venants de tous horizons et ayant tous des manières différentes

de vivre le cosplay. « Aujourd’hui, ce concours représente pour nous les meilleurs souvenirs de notre vie  », confie Laura. Hors scène, l’ambiance est bonne entre les cosplayers, que ce soit en France : « tout le monde s’est soutenu tout au long du concours et on nous a sincèrement félicitées  », comme au Japon, où elles la qualifient de «  fantastique, conviviale et passionnée  », telle une «  colonie de vacances » ou une « grande fête ». La réaction du public est généralement sans appel face à la sincérité des sentiments des cosplayeurs. Isabelle glisse qu’elle a elle-même eu « du mal à croire » à leur victoire, et conclut que c’est probablement grâce à leur «  amour pour la culture « otaku » toute entière », qu’ils ont su scotcher les Japonais. Cette année encore, Laura et Cécile ont continué de cultiver l’image d’un cosplay français de qualité et prouvent qu’avec du talent et de la persévérance, la seule limite devient l’imagination.  Nathalie Rémond

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MANGA MANGA   DÉCOUVERTE PRÉPUBLICATION

Après vous avoir parler des duos Omori-Narita (Durarara !!) et OhbaObata (Bakuman), c’est au tour de Philippe et Olivier, les premiers auteurs à être publiés dans nos colonnes. De leur rencontre, est né le manga Simulacre dont vous avez entre les mains la version qui leur tient « le plus à cœur ».

S

est un manga français créé par le dessinateur Philippe Jeanneteau et le scénariste Olivier Desmonts. Il raconte l’histoire de Justin, un jeune garçon qui va se retrouver malgré lui possédé par un ange et qui va devoir apprendre à gérer les pouvoirs célestes dont il hérite en conséquence.

SIMULACRE :

Le saut de l’ange

imulacre

Daniel, un ange qui appartient aux Principautés, dignes représentants de l’amour dotés de puissants pouvoirs, s’empare du corps de Justin pour le défendre, et défendre cette cause noble qu’est l’amour, alors que ce dernier se fait passer à tabac par l’ex petit ami jaloux de Marion, sa bienaimée. Suite à cette fusion, Justin développe de grands pouvoirs qu’il ne maîtrise pas et Daniel est d’abord dans l’incapacité de le guider, ne pouvant pas communiquer avec lui. Fort de ses nouveaux dons et livré à luimême, Justin va osciller entre s’en servir pour faire le bien ou le mal. C’est là l’un des messages forts que Philippe cherche à transmettre. « Il y a du bien et du mal en chacun de nous.  » Au même titre que cette idée, comme le rappelle Olivier, que « la justice, le courage et l’amitié sont les plus grandes richesses de l’humanité. »

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Philippe et Olivier évoluent tous les deux dans le milieu de la bande dessinée amateur depuis plusieurs années. Olivier officie par exemple comme président de l’association BD Associées(1), qui rassemble des scénaristes, des dessinateurs et des illustrateurs, animés par la même envie de partager leur passion pour la BD et les univers du fantastique et de la science-fiction. Mais aussi pour revendiquer leur influence manga. Nos deux auteurs adorent le manga et ont très vite cherché à en apprendre les techniques de narration tout en y apportant leur style. Pour Philippe, c’est sa jeunesse et c’est en quelques noms : Ayami Kojima (Castlevania), Masakazu Katsura (Video Girl Aï, I"s, Zetman) et Tsukasa Hôjô (City Hunter, Cat’s Eye, Family Compo). Pour Olivier, ça va des mangas Vidéo Girl Aï et DNA², dont le héros a par ailleurs inspiré celui de Simulacre, à Hokuto no Ken. Il est également adepte du travail de l’illustratrice Akemi Takada (séries animées Lamu et Creamy Mami) et plus généralement de l’œuvre du studio Ghibli. «  Je suis plutôt fan d’histoires pas du tout réalistes et qui me font voyager comme les séries ou

les films de science-fiction », confie Olivier. C’est désormais à eux que revient cette tâche de nous faire rêver.  Céline Maxant 1. www.bdassociees.fr/

Tous les mois dans le Total Manga Mag, vous retrouverez sur le principe d’un magazine de prépublication, les œuvres encore non diffusées de différents auteurs français et japonais. Un chapitre par auteur sera donc publié pour chaque numéro du magazine. C’est pour toute la rédaction une manière de contribuer au monde du manga en offrant une visibilité à ses artistes qui n’ont pas forcément les moyens de se faire connaître et ce, malgré la qualité de leur projet. Avec un démarrage timide dans ce premier numéro, nous espérons très vite faire décoller ce projet.


Philippe JEANNETEAU Olivier DESMONTS

J’ai parcouru la terre à ta recherche…

durant ces derniers 4000 ans personne n’avait osé aller Jusque là…

te souviens-tu de moi daniel ?

Je suis gabriel et tu mérites mon châtiment !!


personne ne me parle sur ce ton‌

tu vas apprendre Ă me respecter comme tous ces humains infĂŠrieurs !!!


fais chier !

daniel !!! comment as-tu pu en arriver lĂ !?


Ne te cache pas derrière ce gamiN et répoNds-moi daNiel !

tu as commis uNe terrible erreur…

moN Nom est JustiN, coNNard !!

cette force N’est pas à toi…

pourtaNt c’est bieN avec ma force que Je vais te buter !

et Je vais t’éclater !!


Je ressens une telle puissance !!

?

ha ha ha

ce rire… Je l’ai déJà entendu !

ha

ha il est peutêtre déJà trop tard…

ha


fais tes prières !

tu ne pourras pas m’arrêter !!


désolé daniel, mais la folie guette ton protégé !!

tu dois mourir !!

Je n’ai plus le choix !!


cette fin d’aprèsmidi est vraiment agréable !

nous sortons ensemble depuis maintenant 2 ans…

pourtant il y a encore un mur qui nous sépare…

et tant que ce mur ne sera pas détruit…


putain, c’est quoi ce bordel ?

est-ce qu’il est mort ?

cassez vous de là, si vous voulez vivre !

putain de mal de crane…


daniel…

arrête gabriel !! Je vais tout t’expliquer !


Simulacre ’après les anges, un simulacre est une enveloppe charnelle dont ils peuvent prendre possession à la naissance d’un être humain.

D

Cependant, il existe des cas où des anges ont envoyé une âme au paradis afin de pouvoir utiliser son corps. Ceci est rare et uniquement si l’âme accepte ce que les anges appellent « le pacte ». La loi divine interdit aux anges de posséder un être humain de la même façon que le font les démons mais s’ils le désirent vraiment cela est possible. Le risque est très gros pour l’âme et l’esprit de l’humain qui n’est pas préparé à recevoir une telle puissance. Heureusement, dans l’histoire de l’humanité, les cas recensés de possession sont très rares…


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Croquis prĂŠparatoires


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© T. Hajdukowicz

© Florian Lambert

Total Manga Mag #1  

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