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cumentaire de 35 min conçu par Tostan, Tostan France pect, réalisé et produit par Respect-ev. En V.O. Diola, sous-titré.

onné pour les tribunes 2009 de Cinémé Vérité. onné au festival mondial UNICEF pour ans de la Convention des Droits de l'Enfant.

aires : Unicef, Wallace Global Fund, Agence suédoise Développement International, Communauté de Madrid, a Numérique Ambulant.

cts : Tostan France — Sabine Panet francestaff@tostan.org — +33 6 35 37 00 03 Respect : info@respect-ev.org — +32 474 716 802

le film de lage tout un vil

En Casamance, les acteurs clefs du mouvement pour l’abandon de l’excision témoignent...

Photos : F.Coussy/Tostan - Respect/Tostan - A.Rony/Tostan - Respect/Tostan - L.Vendroux/CNA

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La séance de discussion autour du film et sur l’excision La première partie du livret propose une séance participative et interactive autour du film, au cours de laquelle l’animateur-trice est amené-e à échanger avec son public et est incité-e à inviter les participant-es à échanger entre eux ou elles. Elle s’inspire de la méthodologie pour l’éducation aux droits humains mise en œuvre par l’ONG Tostan depuis plus de 20 ans en Afrique. à l’issue de la séance de discussion, estimée à 2 heures, les participant-es auront une meilleure :

Comment utiliser ce livret ? Ce livret s’adresse à tout-e professionnel-le souhaitant animer une séance d’information/discussion collective autour de la thématique de l’excision, à partir du film l’Appel de Diégoune. Ce livret est composé de deux parties : un déroulé indicatif d’une séance de discussion autour du film, basée sur les principes de la discussion, du dialogue et de la réflexion sur les droits humains fondamentaux (notamment droit à la santé et droit à être protégé-e contre toute forme de violence). une série de questions/réponses : connaissances relatives au film, au contexte socioculturel dans lequel il a été tourné, à la méthodologie qui le sous-tend, aux raisons du maintien et de l’abandon de l’excision en Afrique et en Europe, pistes pour discuter de l’excision avec votre public, et références bibliographiques pour approfondir ses connaissances sur la thématique de l’excision.

Suggestion pour une séance de deux heures

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Détendre échanger l’atmosphère sur par une l’importance activité d’éveil de la discussion (5 minutes) (10 minutes)

• compréhension de l’importance des droits humains, en particulier du droit à la santé et celui d’être protégé-e contre toute forme de violence. • capacité à aborder eux-mêmes ou elles-mêmes la problématique de l’excision avec les personnes qui la pratiquent sans susciter

de réaction de défense de leur part. • capacité à engager une discussion sur l’excision avec leurs proches en utilisant l’exemple positif de l’abandon collectif d’un village sénégalais (Diégoune). • connaissance des conséquences néfastes de l’excision sur la santé.

Pourquoi diffuser le film au milieu de la séance ? Il est recommandé de laisser le temps de la réflexion sur l’importance de la discussion et de la protection des droits humains, avant de projeter le film. Débuter par un échange plus général sur l’importance de dialoguer et de respecter les droits humains peut permettre de créer un climat de confiance parmi un public qui pourrait être angoissé à l’idée de voir un film sur l’excision, et ainsi d’éviter des effets de rejet.

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Réfléchir sur les droits humains (30 minutes)

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Introduire la question de l’excision (20 minutes)

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Diffuser le film (35 minutes)

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Discuter du film et de l’excision (conséquences, raisons de son abandon) (20 minutes)


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L’appel de Diégoune – 5

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DISCUTER DE L’ABANDON DE L’EXCISION A PARTIR DE L’APPEL DE DIEGOUNE Note

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Activité d’éveil Demandez aux participant-es s’il y a un-e volontaire pour animer une activité d’éveil destinée à détendre l’atmosphère (chant, histoire drôle, exercice physique, etc.). S’il n’y a pas de volontaire, faites-le vous même.

5 min

Exemple

Le jeu « Zip-Zap »

Les participant-es se placent en cercle, chacun joint ses mains. Le ou la joueur-se qui commence désigne une autre personne du cercle : si elle est immédiatement à sa gauche ou à sa droite, il ou elle dit zip. Si le ou la joueur-se désigne une personne plus éloignée, elle dit zap. La personne désignée doit à son tour joindre ses mains et les pointer vers un autre joueur en prononçant zip ou zap selon l’éloignement de la personne qu’elle désigne. Le but du jeu est d’aller de plus en plus vite, les personnes qui se trompent étant éliminées.

Note > L’activité d’éveil est destinée à faire connaissance de façon ludique avec les participant-es. Elle permet de favoriser la participation de chacun-e à la discussion qui va suivre. L’activité peut être un chant, une histoire drôle, ou un jeu qui incite tous les membres du groupe à participer.

> Arrangez-vous pour que les participant-es de la séance soient assis en demi-cercle. Cette disposition permet de favoriser la participation de tou-tes. L’animateur-trice doit lui-même ou elle-même se fondre dans le cercle, pour matérialiser le rapport d’égalité entre le ou la facilitateur-trice de la séance et les participant-es (différent d’un rapport d’autorité entre un maître et ses élèves).

L’importance de la discussion Invitez 6 personnes devant le groupe. Alignez 3 chaises sur un premier rang, 3 chaises sur un second placé derrière. Demandez aux 6 participant-es de s’asseoir puis de se présenter les uns aux autres. Après cet exercice, demandez-leur ce qu’ils ou elles ont remarqué (difficulté de se voir et de communiquer parce que l’on est de dos). Comparez avec l’emplacement de la salle.

10 min

Demandez : Quelle est la meilleure disposition pour permettre aux participant-es de mieux se présenter ? (en demi-cercle, nous nous sentons plus concerné-es). Dites : En nous mettant ainsi en demi-cercle il nous est plus facile de communiquer avec le reste du groupe, et d’avoir plus confiance en nous-mêmes parce que nous sentirons que les gens, par leur regard, leur sourire et d’autres gestes s’intéressent plus à notre présence et à notre point de vue sur les thèmes dont nous débattons.


L’appel de Diégoune – 7 En Gambie, une facilitatrice de Tostan anime une discussion sur l’importance du dialogue auprès d’un groupe d’adolescent-es.

Note

Demandez au groupe : • Pourquoi est-il bon de discuter, de dialoguer ? (pour vivre en société humaine, c’est ce qui nous différencie de l’animal, pour partager nos inquiétudes, nos soucis, nos solutions, nos prises de décisions familiales, communautaires). • Qu’est-ce qui fait l’intérêt d’une discussion ? (le fait que la parole circule librement entre les participant-es, que chacun puisse donner son point de vue). Résumez : Au cours de cette séance de discussion, nous nous efforcerons tous et toutes de respecter les mêmes principes, nous donnerons nos points de vue en respectant ceux des autres. Toutes les idées sont bonnes. Nous n’allons pas nous couper la parole.

> Il est ici important de mettre en avant les notions de tolérance, d’ouverture d’esprit et d’ouverture à la discussion, les notions de respect, d’absence de jugement, de capacité à identifier ensemble des problèmes et leurs solutions. Il faudra expliquer aux participant-es que dans un groupe on doit aussi être préparé à entendre des choses avec lesquelles on n’est pas du tout d’accord. Ce début de séance doit permettre aux participant-es de saisir pourquoi il est essentiel de participer à une discussion et de mettre en avant l’importance du respect mutuel dans l’échange. C’est un préalable à ne pas négliger lorsqu’il s’agit d’aborder une discussion sur un thème non consensuel comme ici l’excision.

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Les droits humains 30 min

Note > Cette séance de discussion sur l’excision commence par une réflexion plus globale sur les droits humains, en particulier sur le droit à la santé et sur le droit à être protégé-e contre toute forme de violence. Pourquoi ? Les expériences internationales ont montré que fournir des informations relatives à la santé est primordial, mais ne peut suffire à provoquer un changement effectif de comportement. Une prise de conscience réelle trouve son fondement dans les réflexions et les débats autour des droits humains. L’éducation aux droits humains constitue donc le socle des questionnements en matière de santé et le fondement de la remise en question de ses propres pratiques.

L’être humain Demandez : Qu’est-ce qui peut faire la différence entre les êtres humains? (exemples : la couleur de peau, la taille, la religion, la nationalité, le sexe, la langue, l’éducation, la culture…). Demandez ensuite : Malgré toutes ces différences, pouvez-vous citer des exemples de ce qui nous unit ? (suggestions : nous sommes tous des êtres humains, nous avons les mêmes besoins naturels tels que manger, boire, dormir, etc. ; nous avons la même morphologie. Nous sommes donc égaux et égales).

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme Demandez : Est-ce que les hommes tiennent compte du fait que, malgré leurs différences, et en dépit de l’endroit où ils vivent, ils sont tous des êtres humains avec les mêmes besoins ? Qu’ont-ils mis en place pour garantir cette universalité ? (exemple : la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, des institutions internationales, les constitutions des pays, les lois…).


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Les Instruments internationaux Précisez : Après la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, différents instruments internationaux ont renforcé l’engagement pris par les pays membres de l’Organisation des Nations Unies. Demandez aux participant-es s’ils en connaissent quelques uns. Rappel de quelques-uns de ces instruments • Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (3 septembre 1981) • Charte Africaine des Droits de l’Homme et des peuples (27 juin 1981) • Convention internationale sur les droits de l’enfant (6 septembre 1990)

Les droits fondamentaux En se basant sur les besoins naturels de tout individu et sur le principe de l’universalité des droits, plusieurs droits fondamentaux sont garantis par les différents instruments internationaux que nous venons de voir. Demandez : Quels sont les principaux droits que vous connaissez ? Animez la discussion et permettez aux participant-es d’en énumérer le maximum possible.

Note > Vous n’êtes pas obligé-e de lister tous les instruments internationaux devant les participant-es : l’objectif ici est de leur faire comprendre qu’ils existent et garantissent leurs droits.

Note > Si les participant-es disent que de toute façon ces droits n’existent pas dans tous les pays, expliquez qu’il n’y a pas de pays où ces droits n’existent pas. Les droits humains existent dans tous les pays mais sont parfois violés par ignorance, manque de compréhension ou d’éducation, par faiblesse ou de manière volontaire. Insistez sur le fait que posséder des droits implique aussi des devoirs de protection et de respect de ces mêmes droits.

Expliquez : Nous allons poursuivre notre discussion en nous concentrant sur deux de ces droits : le droit à la santé et le droit à être protégé-e contre toute forme de violence. Divisez les participant-es Exercice en deux groupes : l’un va discuter du droit à la santé, l’autre du droit à être protégé-e contre toute forme de violence. Remettez à chacun des groupes une feuille de papier sur laquelle vous aurez noté les questions suivantes : Est-ce que ce droit est important ? Est-il respecté dans le monde et dans votre entourage immédiat ? Donnez des exemples. Quels sont les pratiques ou comportements (en particulier traditionnels) qui peuvent constituer une violation de ce droit ? Est-ce qu’il y a des cas de violation dans le monde ? Qu’en est-il dans votre entourage ? Quelles peuvent être les raisons de la violation de ce droit ? Que pouvons-nous faire face une violation de ce droit ? Quel est notre devoir envers ce droit ? Avons-nous une responsabilité de le faire respecter autour de nous ? Laissez chaque groupe discuter pendant 5 à 10 minutes. Demandez aux groupes de partager leur travail avec le reste des participant-es. Animez la discussion puis résumez en insistant sur l’importance du respect de ces droits.


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L’excision - Introduction Si l’excision a été citée parmi les pratiques néfastes à la santé, qui violent le droit à la santé et le droit à être protégé-e contre toute forme de violence, dites aux participant-es : nous allons aujourd’hui approfondir notre réflexion sur cette question.

20 min

Si la question de l’excision n’a pas été abordée lors de l’exercice pratique, demandez si cette pratique fait écho aux réflexions qu’ils ou elles ont menées en sous-groupe. Demandez : Est ce que vous connaissez cette pratique ? Puis expliquez : il s’agit d’une pratique qui concerne les filles et les femmes spécifiquement ; on leur enlève une partie ou l’ensemble des organes sexuels féminins externes. Parfois il s’agit du clitoris, parfois on retire aussi les lèvres, et parfois on retire tout en refermant. En raison de ses conséquences en matière de santé (voir, page 18, la discussion autour du film), la pratique est contraire au droit à la santé et au droit à l’intégrité de son corps. Elle constitue une norme sociale inégalitaire entre les femmes et les hommes. L’excision se distingue néanmoins de la circoncision masculine qui n’a pas la même finalité ni les mêmes conséquences en termes de santé et de sexualité.

Note > Vous pouvez évoquer d’autres exemples de pratiques que des populations font en pensant qu’elles sont nécessaires pour l’avenir de leur fille, alors qu’elles constituent une violation des droits humains et qu’elles mettent en danger leur santé. Cela peut permettre d’intégrer tout le public dans la discussion, y compris ceux ou celles qui ne sont pas directement concerné-es par la pratique de l’excision. Exemple : les pieds bandés

Note des femmes en Chine, les femmes girafes en Birmanie, les corsets portés par les femmes occidentales, le gavage des jeunes filles en Mauritanie ou dans le Nord du Mali etc. Toutes ces pratiques concernent spécifiquement les femmes ou les filles. Elles ont pour finalité commune de transformer le corps des femmes pour le rendre conforme aux attentes de la société, le plus souvent pour leur permettre d’accéder au mariage et au statut social qui y est attaché.

> Si l’on vous pose des questions précises sur les différents types d’excision vous pouvez vous référer au paragraphe suivant mais nous vous recommandons de ne pas rentrer dans les détails ici pour ne pas brusquer les participant-e-s pour lesquel-les cette question est sensible (parce que touchant directement à la sexualité). « L’excision est l’ablation d’une partie plus ou moins importante du clitoris et des petites lèvres. Cette mutilation est surtout le fait d’ethnies vivant en Afrique de l’Ouest. On peut la comparer à la section du pénis chez les garçons ».

« L’infibulation : l’excision du clitoris et des petites lèvres est complétée par la section des grandes lèvres dont les deux moignons sont cousus bord à bord de telle façon qu’il ne persiste qu’une minuscule ouverture pour l’écoulement de l’urine et des règles. L’infibulation est surtout pratiquée en Afrique de l’Est. En Afrique de l’Ouest, les grandes lèvres sont sectionnées : l’accolement se fait par cicatrisation, sans suture » Définitions de la plaquette de prévention Ile-de-France « Agir face aux mutilations sexuelles féminines »


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Précisez : On ne connait pas exactement l’origine de cette pratique, mais elle serait apparue dans des royaumes très anciens le long du Nil. On pense qu’à l’origine, elle était destinée à préserver la chasteté et la fidélité des femmes des classes sociales les plus hautes (empereurs, rois). Les mouvements de population en Afrique et le commerce ont contribué à diffuser la pratique parmi de nouveaux groupes de populations qui l’ont intégrée dans leurs croyances. C’est pourquoi aujourd’hui, animistes, chrétiens, musulmans ou juifs peuvent la pratiquer alors que leur religion ne la requiert pas. Demandez : Est-ce que vous connaissez des pays où l’excision est pratiquée ? Pour quelles raisons ? Précisez : L’excision est pratiquée dans 28 pays africains, mais elle existe aussi en Europe, en Amérique, en Inde… Des justifications multiples sont invoquées dans le cadre de sa perpétuation (pureté, religion, chasteté, fidélité, esthétique, rite de passage, éducation etc.). Pour toutes les populations qui pratiquent l’excision ces raisons peuvent avoir du sens, mais on sait aussi qu’au sein d’un groupe uni, comme en Afrique de l’Ouest sahélienne, où la quasi-totalité des femmes et des filles sont excisées, celle qui ne l’est pas risque d’être exclue de toutes les activités sociales.

Note Note > Se référer à la seconde partie du livret pour en savoir plus sur les mécanismes de perpétuation et d’abandon de l’excision.

Des délégations venues du Sénégal, de Mauritanie et du Burkina Faso fêtent les dix ans du premier abandon public de la pratique de l’excision au Sénégal (août 2007).

La pratique de l’excision est nécessaire à la cohésion sociale du groupe : elle conditionne l’intégration des femmes dans la communauté, leur mariage, et l’ensemble des relations sociales. Le changement peut donc paraître impossible, chacun-e devant se conformer à la norme que l’ensemble du groupe attend de lui ou d’elle. C’est pourquoi certaines personnes, mêmes conscientes des effets néfastes de l’excision, continuent à la pratiquer, y compris les femmes qui ont intériorisé cette norme de génération en génération, et qui la perpétuent sur leurs filles (pour ne pas qu’elles soient exclues). Cependant, on voit bien que cette norme concerne tous les membres du groupe, femmes et hommes.


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Diffusion de l’Appel 35 min de Diégoune Introduisez : Nous venons de discuter des droits humains fondamentaux, du droit à être protégé-e contre toute forme de violence et du droit à la santé. L’excision est une pratique qui met en danger les droits des femmes en particulier; c’est en ayant ces mêmes discussions que des populations en Afrique, au Sénégal plus particulièrement, ont pris conscience de l’importance de la protection de ces droits. Des villages entiers ont décidé d’abandonner l’excision pour protéger les fillettes ; nous allons comprendre pourquoi en regardant le film l’Appel de Diégoune. Si vous le souhaitez vous pouvez présenter l’histoire du film avant de le passer, sinon vous pourrez le présenter ensuite (voir seconde partie du livret). Projetez le film puis passez à la discussion. Au cours de la discussion, abordez les conséquences néfastes de l’excision sur la santé des femmes (mais aussi de la famille) ; vous pouvez également évoquer la manière dont en France on protège les fillettes et les femmes avec la loi (voir plus bas). N’hésitez pas à revenir sur certains passages, notamment si des populations non francophones ont visionné le film sous-titré.

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Note > Les différentes scènes ont chacune leur intérêt dans la réflexion et montrent différentes raisons qui ont mené les personnes (femmes, famille, imam, chef de village, homme, jeunes etc.) à abandonner ou à promouvoir l’abandon de la pratique. Différents thèmes sont abordés (santé, religion, sexualité…). Le film met en avant le côté collectif de l’abandon ainsi que le processus de discussion et de prise de conscience qui a précédé la décision. Le film montre que le choix d’abandonner l’excision vient des populations elles-mêmes. En recevant les bonnes informations, notamment en matière de santé et de droits, et en ayant l’opportunité de discuter publiquement de l’excision, elles ont

Note pu prendre une décision en toute connaissance de cause, avec fierté. Le film est un outil pour appuyer le dialogue et la discussion, il ne donne pas toutes les clés de réponse immédiate, notamment en terme de santé. Il se place du point de vue des acteurs et des populations à la base.

Si le film s’appuie sur un exemple positif de village qui a collectivement abandonné l’excision, il ne signifie pas qu’au moment des déclarations publiques, l’abandon est total (mais c’est un processus qui est enclenché parce que la majorité a décidé d’abandonner, si bien que progressivement tous vont abandonner). Il y a en effet souvent des résistances, qui peuvent provenir de différents facteurs. C’est pourquoi des films comme l’Appel de Diégoune peuvent servir d’outil pour poursuivre la sensibilisation dans les pays d’origine comme auprès des populations concernées installées à l’étranger.

Aminata Badji, ancienne participante de Tostan à Diégoune, témoigne des raisons pour lesquelles elle a abandonnné l’excision.


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Discuter du film 20 min et de l’excision Questions : Qu’avez-vous pensé du film ? Quels aspects vous ont le plus marqués ? Comment les personnes abordent le problème dans le film, avec quel vocabulaire ? Qui est impliqué ? Réponse : Le langage est simple et n’utilise pas de mots ou d’expressions susceptibles de heurter les sensibilités du public (jugement de valeur, langage cru…). Un nombre important de membres de la communauté a été impliqué dans la prise de décision : l’imam de la mosquée, le chef de village, l’infirmier chef de poste, les acteur-trices de développement, les femmes, les hommes, les jeunes… Questions : Qu’est-ce qui montre que les habitant-es de Diégoune n’ont pas renoncé à leur culture ? Pourquoi ont-ils et ont-elles pris cette décision ? Pourquoi la décision a-t-elle été prise par tout le village ? N’est-il pas plus facile que chacun-e abandonne de son côté ? Les femmes et les hommes sont-ils impliqué-es ? Pourquoi ?

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Note > La loi condamne et sanctionne toutes les pratiques de mutilation sexuelle féminine. Elle protège toute personne de nationalité française ou résidant habituellement en France, quelle que soit sa nationalité et même si l’excision a eu lieu à l’étranger.

Réponse : La décision est prise collectivement par les femmes et par les hommes, grâce aux informations reçues, parce que la pratique est une norme qui concerne tout le groupe. La décision, parce qu’elle est le fruit d’un consensus et d’un travail collectif, a été une joie et une fierté, a été fêtée publiquement… Un individu seul ne peut pas se détacher du groupe pour l’abandonner, sinon il risque d’être complètement écarté de la société. La femme perdrait toute considération et ses enfants pourraient aussi être rejetés. Questions : Ont-ils senti une obligation d’abandonner ? Quelles sont les principales raisons qui les ont poussés à abandonner ? Quel a été l’impact dans la communauté ? Réponse : La décision d’abandonner est venue des personnes elles-mêmes, qui après avoir reçu les bonnes informations, ont pu discuter, analyser et comparer avec ce qu’elles ont eu à vivre avant. La principale raison de leur abandon de l’excision est la protection des fillettes et des femmes (et de leurs enfants, notamment au moment de l’accouchement), leur droit à la santé et à la protection de toute forme de violence ; la volonté de leur épargner des problèmes de santé.


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Questions : Quelles sont les conséquences de l’excision sur la santé des femmes évoquées dans le film ? Connaissez-vous d’autres conséquences néfastes ? Réponse : L’animateur-trice peut expliquer de manière simple les conséquences suivantes. Les complications immédiates peuvent être : la mort, des douleurs violentes, un choc, une hémorragie, le tétanos ou une septicémie (infection bactérienne), la rétention d’urine, l’ulcération génitale et des lésions des tissus génitaux adjacents. Les conséquences à long terme peuvent être : des infections de la vessie et des voies urinaires, des kystes, la stérilité, des conséquences psychologiques (traumatisme de l’acte), complications à l’accouchement et décès des nouveau-nés, absence de plaisir sexuel, voire douleurs aigües ou chroniques lors des rapports sexuels (risque pour la stabilité du couple)… Questions : Pensez vous que la décision que la communauté de Diégoune a prise est bonne. Pourquoi ? Les femmes et les hommes sont-ils impliqués dans la décision ? Quel peut être à votre avis l’impact de cette décision sur les femmes, notamment sur leur place dans la société, et sur les relations entre les femmes et les hommes ?

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Note Vous pouvez pour plus d’information vous référer à la plaquette Agir face aux mutilations sexuelles féminines éditée en Ile-de-France par la Délégation Régionale aux Droits des Femmes et à l’Egalité et par l’Acsé. Elle est inscrite dans la politique en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes : les violences faites aux femmes touchent toutes les femmes quelques soient leurs origines, leur âge ou statut social (mais peuvent prendre des formes différentes) et sont un frein pour le plein exercice par les femmes de leurs droits.

Pour finir Remerciez les participant-es de leur présence. Vous pouvez les inciter à l’issue de la séance à imaginer les actions à entreprendre pour faire diminuer les violences à l’encontre des femmes et repérer d’autres manifestations d’inégalité entre femmes et hommes qu’ils ou elles rencontrent dans leur vie quotidienne.

Réponse : L’excision est une forme de violence exercée à l’encontre des femmes parce qu’elles sont femmes ; c’est une norme sociale perpétrée par l’ensemble des membres de la communauté. Pour l’abandonner, femmes et hommes doivent donc être informé-es et impliqué-es de la même manière. à Diégoune, cette décision contribue à reconnaître les mêmes droits aux femmes et aux hommes (droit à l’intégrité de son corps, à la santé, à être protégé-e de toute forme de violence) et pourra aussi inciter à réfléchir à d’autres formes de violences subies par les femmes (notamment les mariages forcés, les grossesses précoces, les violences conjugales…) et aux inégalités qu’elles subissent au niveau économique, social et politique. C’est un premier signal fort en faveur de l’égalité femmes/hommes. Question : Ici, en France, que peut-on faire ? Réponse : L’animateur-trice peut introduire la loi (voir note page 17) puis demander aux participant-es s’ils ou elles pensent qu’un dialogue pourrait s’instaurer dans leur entourage (famille, ami-es, quartier…).


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EN SAVOIR PLUS SUR LE FILM ET LA QUESTION DE L’EXCISION Où le film a-t-il été tourné ? L’Appel de Diégoune a été tourné entre mai et octobre 2008 dans le village de Diégoune, situé dans la région de Ziguinchor, au Sud du Sénégal, au cœur de la zone que l’on appelle traditionnellement la Casamance. Qui a tourné ce film ? Ce film a été tourné par Respect for Change, une organisation belge, en partenariat avec Tostan France et Tostan Sénégal. Tostan travaille depuis le début des années 2000 en Casamance, où des dizaines de communautés Diolas ont déjà reçu son programme d’éducation et de sensibilisation basé sur les droits humains. Qui sont les Diolas ? Les Diolas forment un groupe originaire de Casamance. Ils résident au Sénégal, mais aussi en Gambie, en Guinée-Bissau et dans toutes les grandes villes d’Afrique de l’Ouest, d’Europe et des Etats-Unis. Pourquoi le film a-t-il été tourné en langue locale ? L’Appel de Diégoune a été tourné en langue diola fogny, la langue majoritairement parlée par le groupe diola. Depuis 20 ans, l’ONG Tostan fonde son travail d’éducation et de sensibilisation sur la valorisation des cultures locales. Les classes sont dispensées dans les langues locales africaines, afin qu’elles soient profitables à tous et à toutes. C’est donc naturellement que les habitant-es de Diégoune ont pu s’exprimer dans leur langue, pour s’adresser aux autres Diolas, dans un film qui était à l’origine uniquement destiné à être projeté dans les villages de Casamance pour accompagner le travail de sensibilisation mené par Tostan en faveur de l’abandon de l’excision. Quand il a été sous-titré en français et en anglais, le film a été sélectionné dans des festivals, diffusé sur des chaînes de télévision africaines et internationales et a finalement été projeté aux Nations-Unies pour le vingtième anniversaire de la Convention des Droits de l’Enfant.

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Quelle est l’origine de l’excision chez les Diolas ? Entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, une partie du groupe diola, en particulier dans le département de Bignona, où se situe Diégoune, se convertit à la pratique de l’Islam au contact de ses voisins mandingues. à la même époque, dans la même zone, la pratique de l’excision est adoptée par les populations diolas qui, auparavant, ne connaissaient pas cette coutume. Dans le film, le chef de village de Diégoune, Ibrahima Coly, rappelle aux habitants que cette pratique a une histoire et que les femmes diolas n’ont pas toujours été excisées. Comment la question de l’excision a-t-elle été abordée dans le programme de Tostan basé sur l’éducation aux droits humains ? A Diégoune, Bintou et Aminata font partie, avec une trentaine d’hommes et de femmes, d’une classe animée trois fois par semaine par Khady Bodiang, la facilitatrice de Tostan. Pendant plusieurs mois, Khady facilite des discussions sur les droits humains et ouvre à cette occasion un débat sur le droit à être protégé-e contre toute forme de violence puis le droit à la santé. Au fil des discussions, dans le secret des classes et sans que la parole ne soit forcée, la pratique de l’excision est évoquée pour la première fois comme une violence à l’encontre des femmes. Des enquêtes approfondies auprès de l’infirmier du village confirment que beaucoup de problèmes de santé rencontrés par les femmes de Diégoune sont dus aux conséquences néfastes de l’excision. C’est une étape fondamentale : les femmes et les hommes de Diégoune découvrent non seulement que l’excision est une violation de leurs droits humains fondamentaux (violation reconnue et punie par la loi sénégalaise), que cette pratique est effectivement néfaste à la santé, mais ils réalisent surtout qu’un monde où les femmes ne sont pas excisées est possible ! Ils prennent conscience de l’existence de choix alternatifs et prennent confiance en eux. Ils ont entre les mains la possibilité du changement.


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Comment Diégoune est parvenu à un consensus et à prendre une telle décision ? Le titre du film en langue diola signifie littéralement : le chemin qui unit les communautés. Pour que la décision de Diégoune d’abandonner l’excision soit durable, l’accord de tous et toutes dans le village et les villages environnants est essentiel. La décision doit être le fruit d’un consensus, né de discussions publiques au sein d’un groupe. Tostan en fait l’expérience depuis la première Déclaration Publique pour l’abandon de l’excision au Sénégal, en 1997, à Malicounda Bambara : pour un individu ou une famille isolée, abandonner l’excision est très compliqué. En effet, l’excision est une norme sociale complexe : elle conditionne l’insertion d’une jeune fille (et donc de sa famille) dans la société, auprès de ses pair-es, et est souvent un critère de mariage. Dans un groupe où toutes les autres femmes sont excisées, une jeune fille non-excisée risque de se retrouver bannie, exclue, marginalisée de sa communauté. C’est la même chose pour un village. En effet, en Afrique, un village est souvent relié à un large réseau d’autres villages (souvent proches géographiquement) avec lesquels ils sont liés par des mariages, où les habitant-es ont des parents, des ami-es, où ils ou elles vont faire leur marché, dont ils ou elles partagent le lieu de prière. Aussi, un village ne peut pas prendre de manière isolée une décision aussi importante que celle d’abandonner l’excision : il risquerait de se retrouver complètement coupé des autres villages. C’est arrivé dans le passé : en 1997, le village de Malicounda Bambara avait décidé tout seul d’abandonner l’excision, et a failli revenir sur sa décision lorsque l’ensemble des villages voisins ont fait savoir aux habitant-es de Malicounda qu’ils souhaitaient couper toute relation avec eux du fait de leur « trahison ». C’est uniquement en impliquant tous les villages liés entre eux dans les discussions que la prise de décision peut se faire de manière harmonieuse et durable. C’est la raison pour laquelle, dans le cas de Diégoune, ce sont plus de 90 villages qui se sont joints à la décision d’abandon en mai 2008.

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L’Appel de Diégoune est donc un moyen pour ses habitant-es de faire connaître, à travers leurs propres mots et leurs propres expériences, leur décision à tous les autres villages diolas qui n’ont pas encore rallié le mouvement d’abandon de l’excision. Qu’est-ce qu’une Déclaration Publique pour l’abandon de l’excision ? Les Déclarations Publiques sont des cérémonies festives et des moments de liesse qui rassemblent des représentant-es de villages, des autorités gouvernementales, traditionnelles, religieuses, des associations et des médias. C’est un acte fondamental qui marque l’engagement collectif d’une communauté autour d’une nouvelle norme : celle de ne plus pratiquer l’excision. La Déclaration permet aux habitant-es de visualiser l’opinion de la majorité et incite la minorité à suivre le mouvement. Celles et ceux qui n’avaient pas remis en question la pratique de l’excision s’aperçoivent qu’un changement de comportement est en cours. Celles et ceux qui ne pouvaient auparavant pas exprimer leur opposition à la pratique prennent conscience qu’il n’existe plus de risque de marginalisation. Ainsi, une déclaration peut avoir un effet contagieux et accélérer l’abandon de la pratique. L’expérience de Tostan au Sénégal démontre un tel effet de boule de neige : depuis la première Déclaration Publique du village de Malicounda Bambara (région de Thiès) en juillet 1997, 4623 villages sénégalais ont participé à 47 Déclarations Publiques pour l’abandon de l’excision et des mariages précoces/forcés. Cela correspond à près de deux tiers des villages qui avaient été estimés pratiquer l’excision en 1995. En avril 2010, une Déclaration Publique départementale a été organisée dans le département de Diégoune, Bignona : elle a rassemblé plus de 333 villages, dont 66 nouveaux déclarants. Une Déclaration régionale se prépare pour 2011. Cette expérience montre la possibilité que le Sénégal puisse devenir le premier pays à avoir entièrement renoncé à la pratique de l’excision.


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Tostan n’est pas la seule organisation à avoir cette expérience : d’autres organisations, notamment en Afrique, ont adopté une approche similaire et ont eu des résultats positifs (par exemple l’ONG KMG (Kembatti Mentti Gezzima) en Ethiopie, la campagne Solima au Soudan, les expériences d’abandon dans des villages coptes d’Egypte (CEOSS et CEPDA...). Pourquoi l’excision est-elle encore pratiquée aujourd’hui ? Les problématiques autour de la perpétuation de la pratique sont-elles différentes en Europe ? L’excision est une norme sociale de genre complexe. Plusieurs niveaux de justification coexistent selon les cultures. Les raisons invoquées et les types d’excision peuvent différer d’un pays ou d’un groupe à l’autre : tradition « ancestrale », obligation religieuse (bien qu’aucune religion ne la requiert), propreté, chasteté, condition du mariage, rite de passage… Mais ce qui compte surtout, c’est la norme morale qui lui est supérieure : l’unité, l’insertion dans le groupe, l’avenir de ses enfants (en particulier celui de ses filles, qui passe le plus souvent par le mariage). Dans les expériences d’abandon de l’excision en Afrique, les populations ont abandonné la pratique au nom d’un principe moral supérieur à leur norme sociale. Auparavant, on pratiquait l’excision parce qu’on pensait que c’est ce qui était le mieux pour les enfants (assurer un avenir et une place dans le groupe à sa fille). Aujourd’hui, on abandonne l’excision pour la même raison : parce qu’on estime que c’est mieux pour les filles et pour les générations futures, que c’est reconnaître leurs droits. En Europe, les normes morales, sociales et légales entrent parfois en contradiction. Dans des situations où le processus d’intégration peut se révéler difficile, les populations en situation de migration ont parfois tendance à se fermer sur elles-mêmes et à se cristalliser sur leurs pratiques culturelles. Elles peuvent alors soutenir la tradition à tout prix au nom de l’identité du groupe, pour marquer la différence avec une société d’accueil où les femmes ont plus de liberté de choix, d’expression et de sexualité et où l’excision est souvent jugée par la société d’accueil a priori comme un acte de « barbarie

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incompréhensible ». Mal informés de l’évolution des pratiques traditionnelles dans leur pays d’origine, peu sensibilisés aux questions de droits humains et de santé, les membres de la diaspora peuvent même freiner le changement social initié en Afrique. Pourtant, ils peuvent constituer des vecteurs puissants de changement positif. Nombre d’entre eux et d’entre elles sont déjà impliqués en faveur de l’abandon des pratiques traditionnelles néfastes au sein d’associations telles que le GAMS ou la CAMS. Quelle est la situation sur le territoire français ? En 2004, une enquête de l’INED a estimé à 53 000 le nombre de femmes adultes excisées vivant sur le sol français, l’Ile-de-France étant l’une des régions les plus concernées. Parmi les femmes qui ont grandi en France, 4 sur 10 ont été excisées en France et 6 sur 10 dans le pays d’origine. L’enquête a également montré que le risque d’être excisée est beaucoup plus grand pour les fillettes nées à l’étranger (45%) que pour celles nées en France (3%). Le risque persiste y compris parmi les jeunes filles nées en France, notamment lors d’un séjour au pays d’origine (voir références de l’étude dans la bibliographie). Quelle que soit sa nationalité et même si l’excision a eu lieu à l’étranger, la loi française « sanctionne toutes les pratiques de mutilation sexuelle féminine » et protège les fillettes et les jeunes filles. En quoi le film est-il universel ? Même s’il est en langue diola, et s’il était à l’origine destiné à n’être projeté que localement, l’Appel de Diégoune témoigne d’un phénomène qui dépasse la Casamance. Les populations qui ont abandonné l’excision ou participé à des Déclarations Publiques ont toutes suivi le même processus de prise de conscience et de décision : de nouvelles informations, reçues dans le cadre d’un programme d’éducation aux droits humains et à la santé, ont été discutées publiquement et collectivement pour parvenir à un consensus à l’échelle du groupe. à la suite du succès de l’Appel de Diégoune, Tostan, Tostan France et Respect for Change ont réalisé entre septembre 2009 et juin 2010 un deuxième film de 52 minutes sur le même modèle.


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Ce film, tourné en langue pulaar dans le nord du Sénégal, s’appelle Fouta, le temps est venu d’en parler. Il repose sur les mêmes ressorts que l’Appel de Diégoune : des témoignages sur le processus ayant mené à la volonté d’abandonner, l’absence d’images choquantes et l’utilisation d’un langage respectueux. Est-ce possible, en Europe, de s’inspirer de méthodologies qui ont fait leurs preuves en Afrique, en particulier l’approche par les droits humains et les normes sociales ? L’approche par les droits humains et une éducation inclusive visant à la responsabilisation sont des méthodologies universelles. Aux Pays-Bas par exemple, le travail de l’ONG Pharos, qui aide les réfugiés dans le domaine des prestations sanitaires, et celui de la Fédération des associations somaliennes des Pays-Bas, illustrent l’importance d’adopter une approche respectueuse des cultures, de travailler avec les groupes plutôt qu’avec les individus, de favoriser les discussions et d’amener à prendre conscience plutôt que d’imposer des solutions, afin de laisser aux communautés le temps nécessaire pour prendre d’elles-mêmes et de façon éclairée les décisions d’abandon de la pratique. En quoi ce film peut-il faciliter une discussion sur l’excision ? En quoi peut-il aider à instaurer un dialogue ? L’Appel de Diégoune est le reflet d’une méthodologie respectueuse et positive, basée sur les communautés, qui ne juge pas de manière extérieure, ne montre pas d’images choquantes et ne met pas en scène des autorités lointaines détenant un savoir supérieur et inaccessible aux populations à la base. Le film met en lumière l’importance de la prise de conscience individuelle, à travers les nombreux témoignages des habitant-es de Diégoune. Le rôle déterminant des autorités traditionnelles, morales et religieuses est aussi évoqué. Mais le cœur de l’Appel de Diégoune, c’est précisément la communauté, le groupe : uni dans la décision, c’est le village, en tant qu’acteur engagé (non pas bénéficiaire passif) qui s’exprime collectivement, avec une grande fierté. La langue, le rythme et les images laissent le temps du dialogue. Le message fondamental que le film veut faire passer est que

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le changement est possible. De manière inédite, il permet d’entamer la réflexion et la discussion en partant de l’expérience de mobilisations sociales nées en Afrique. Au public européen, l’Appel de Diégoune montre que dans les pays d’origine, les situations ne sont pas figées : des femmes et des hommes s’unissent pour le bien-être et les droits des fillettes, en accord avec leurs normes morales (unité, solidarité, santé, respect). Le film montre également l’importance d’un changement global et simultané, ici et là-bas.  Comment parvenir à un changement effectif durable de comportement ? Quand la famille Sané est interrogée dans le film, Aminata explique qu’elle a toujours su que l’excision était une pratique néfaste pour la santé. Pourtant, elle n’imaginait pas que Diégoune puisse si rapidement abandonner l’excision. Comme le montrent les Enquêtes Démographiques et de Santé, il y a plus de gens qui pratiquent l’excision que de gens qui trouvent que la pratique est une bonne chose. En d’autres termes, parmi celles et ceux qui excisent leurs filles, certain-es savent que la pratique est néfaste à la santé mais prennent sciemment ces risques. Cette contradiction montre à quel point l’excision est une norme sociale contraignante. Délivrer des informations sur la santé est nécessaire mais ne suffit pas toujours à provoquer un abandon effectif de la pratique. La méthodologie informant sur les conséquences néfastes pour la santé et incitant à la discussion sur les droits humains a fait ses preuves : par exemple, le programme de Tostan ne vise pas spécifiquement l’abandon de l’excision ou d’autres normes sociales néfastes. Son programme a pour objectif l’autonomisation des communautés et a un impact sur l’égalité femmes-hommes. Cette approche est internationalement reconnue comme « meilleure pratique pour aller vers l’abandon de l’excision » notamment par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS, 2003) ainsi que par le Plan d’Action National pour l’abandon de l’excision du gouvernement du Sénégal (2008), qui a appelé à sa reproduction dans toute l’Afrique de l’Ouest.


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L’approche pour l’abandon de l’excision en une génération, endossée par 10 agences des Nations Unies en 2008 et par le groupe de travail des donateurs sur l’excision en 2009, a été profondément influencée par les résultats de Tostan, confirmés par une évaluation d’impact à long terme conduite en 2006 par Macro International et l’UNICEF. à l’image des programmes d’éducation communautaire comme celui de Tostan, les informations délivrées en matière de droits et de santé doivent être introduites à plusieurs reprises, sur un temps long, qui laisse le temps de la réflexion et de la discussion avec le reste du groupe. Les informations sur l’excision doivent être replacées dans le cadre plus général des violences faites aux femmes. L’excision est en effet une forme de violence sexiste, c’est-à-dire qui est exercée envers les femmes parce qu’elles sont femmes. La norme sociale (cf supra) qui sous-tend le maintien de cette pratique est une norme sociale de genre, qui permet aux femmes d’être intégrées dans la communauté, et notamment d’avoir un statut social (accès au mariage notamment, à la maternité). C’est une norme inégalitaire, qui a des conséquences néfastes sur la santé des femmes (et de leurs enfants), et qui peut avoir des conséquences sociales importantes les empêchant d’exercer pleinement leurs droits. Agir sur l’excision permet ainsi d’ouvrir la voie vers davantage d’égalité, ou en tous cas une reconnaissance des droits des femmes. L’évaluation des programmes de Tostan depuis 10 ans prouve justement que l’abandon de l’excision sur le long terme s’est accompagné d’une remise en cause d’autres formes de violences (par exemple, diminution des mariages précoces), et d’une reconnaissance de la place des femmes dans la société (par exemple, candidatures de femmes aux élections locales, participation des femmes à la politique locale).

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Où le programme de Tostan est-il présent ? Tostan intervient dans 750 communautés de 8 pays d’Afrique (Djibouti, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Sénégal et Somalie). L’ONG a également des représentations aux états-Unis, en Suède et en France. A Paris, le bureau de Tostan France s’occupe à la fois de soutenir les activités développées en Afrique (communication, recherche de fonds…) et d’initier des activités auprès des ressortissant-es issu-es des zones bénéficiaires du programme de Tostan en Afrique (sensibilisation aux droits humains, travail d’information sur le programme dans les villages d’origine). Le film est disponible en ligne, sous-titré en français et en anglais, sur le site de Tostan France : www.tostanfrance.fr Si vous souhaitez échanger sur l’outil ou la thématique du film, un forum dédié au DVD est en ligne : http://lappel-de-diegoune.blogspot.com Où trouver plus d’informations sur l’excision ? Sur le site de Tostan France, vous pouvez trouver : • diverses évaluations des programmes mis en œuvre en Afrique sur : http://www.tostanfrance.com/evaluations/evaluation/ • des rapports et documents sur l’excision des organismes internationaux sur : http://www.tostanfrance.com/documentsutiles/documents-utiles/


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D’autres liens utiles

Bibliographie et remerciements

En France

Bibliographie

Institutions Site du Gouvernement dédié aux violences faites aux femmes : www.stop-violences-femmes.gouv.fr

Toutes les références sont disponibles en ligne, notamment sur : www.tostanfrance.fr • Andro A., Lesclingand M., « Les mutilations sexuelles féminines : le point sur la situation en Afrique et en France », Population et Sociétés, n°438, 2007. • Andro A., Lesclingand M.,Pourette D. (INED), « Volet qualitatif du projet Excision et Handicap (ExH). Comment orienter la prévention de l’excision chez les filles et jeunes filles d’origine Africaine vivant en France : une étude des déterminants sociaux et familiaux du phénomène », 2009. • Centre de Recherche Innocenti (UNICEF), « Changer de convention sociale néfaste : la pratique de l’excision/mutilation génitale féminine », 2005. • Groupe de Travail des Donateurs sur l’excision/mutilation génitale féminine, « Plateforme d’action pour l’abandon de l’excision/mutilation génitale féminine (E/MGF). Une question d’égalité des genres », 2009. • HCDH ONUSIDA, OMS, PNUD, UNCEA, UNESCO, FNUAP, UNHCR, UNICEF, UNIFEM, « Eliminer les mutilations sexuelles féminines. Déclaration Interinstitutions », 2008. • UNICEF, Stratégie coordonnée pour l’abandon de l’excision/mutilation génitale féminine en une génération », Note technique, 2006.

Site du Service des Droits des Femmes et à l’Egalité : www.femmes-egalite.gouv.fr Site de la délégation régionale aux Droits des Femmes et à l’égalité d’Ile-de-France : www.ile-de-france.gouv.fr/fre/L-action-de-l-Etat/Logement-et-politique-sociale/ Egalite-femmes-hommes Site du Ministère de la Santé : www.sante-sports.gouv.fr/mutilations-sexuelles-feminines,1648.html Associations La Fédération Nationale GAMS (Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles Féminines et des Mariages forcés et autres pratiques traditionnelles néfastes à la santé des femmes et des enfants) : www.federationgams.org La CAMS (Commission pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles) Tél. : 01 45 49 04 00 Le Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF) www.planning-familial.org International  UNICEF : www.unicef.org/french OMS : www.who.int/fr Centre de recherche de l’UNICEF : www.unicef-irc.org Measure DHS (Enquêtes Démographiques et de Santé, pour connaître notamment les taux de prévalence de l’excision dans les pays d’origine) : www.measuredhs.com

Remerciements Aurélie Latourès (DRDFE), Nathalie Serruques-Cohadier (Comité UNICEF France), Isabelle Gillette-Faye (GAMS), l’Observatoire Départemental des Violences envers les Femmes de Seine Saint-Denis, le collectif des médiatrices de Mantes-la-Jolie, Martine Beauplet, Marie-Ange William, Véronique Martin, Delphine Grolet, Geneviève Besançon, le groupe prévention excision Ile-de-France.


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En Casamance, les acteurs clefs du mouvement pour l’abandon de l’excision témoignent...

Un documentaire de 35 min conçu par Tostan, Tostan France et Respect, réalisé et produit par Respect-ev. En V.O. Diola, sous-titré. Sélectionné pour les tribunes 2009 de Cinémé Vérité. Sélectionné au festival mondial UNICEF pour les 20 ans de la Convention des Droits de l'Enfant.

Partenaires Comité UNICEF France, Délégation Régionale aux Droits des Femmes et à l’Egalité d’Ile-de-France, Wallace Global Fund, Agence Suédoise pour le Développement International, Communauté de Madrid, Cinéma Numérique Ambulant

Partenaires : Unicef, Wallace Global Fund, Agence suédoise pour le Développement International, Communauté de Madrid, Cinéma Numérique Ambulant. Contacts : Tostan France — Sabine Panet francestaff@tostan.org — +33 6 35 37 00 03 Respect : info@respect-ev.org — +32 474 716 802

Tostan France contact@tostanfrance.fr 01 42 46 85 89

www.tostanfrance.fr

PRÉFET DE LA RÉGION

Photos : F.Coussy/Tostan - Respect/Tostan - A.Rony/Tostan - Respect/Tostan - L.Vendroux/CNA

Forum http://lappel-de-diegoune.blogspot.com

Livret pédagogique du DVD de L'Appel de Diégoune  

L'ONG Tostan France a développé un outil pédagogique novateur destiné aux professionnelles confrontés à la problématique des violences enver...

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