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Une lumière au bout du tunnel Xavier T.

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Une lumière au bout du tunnel!!!

Une lumière au bout du tunnel Xavier T. Edition électronique São Paulo – Mai – 2001

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Lettre au lecteur J'ai écrit le livre original en portugais puisque c‟est actuellement cette langue qui me permet de m‟exprimer le plus facilement, j‟habite au Brésil depuis 1986 pour la seconde fois, par conséquent je suis entrain de le traduire au mieux que je peux au Français et je vous présente mes excuses pour la qualité de cette traduction car sans une pratique constante d‟une langue on finit par l‟oublier petit à petit. Je n‟aurais jamais pu penser qu‟un jour je pourrais écrire, je n‟aimais pas écrire ni lire, même si je l‟avais voulu je ne l‟aurais jamais réussi par manque de temps, parce que j‟ai toujours eu une vie très agitée et j‟étais une personne très occupée. Ce qui m‟a mené à le faire c‟est tout simplement la gratitude pour être qui je suis aujourd‟hui grâce à mon passé alcoolique, un passé noir et souffert, dont déjà sans espoir de vivre tout à coup les choses ont changé après avoir vécu une “expérience sans nom”. Je sens le besoin de dire qu‟il y a une solution pour les déséquilibres émotionnels et spécifiquement comme c‟était mon cas, pour la dépendance de l‟alcool. Ce livre, n‟est ni ne prétend pas être technique ou professionnel, j‟espère réussir raconter la pure vérité sur les faits réels que j‟ai vécus à travers de la 3


dépendance et de la souffrance, et plus tard de la récupération. J‟ai été obligé d‟assumer sans option des responsabilités d‟adulte déjà dans mon adolescence, il m‟a fallu brûler quelques étapes de la vie pour atteindre des buts que je m‟étais établis à l‟avance. J‟ai vécu ce qui pour beaucoup de gens pourrait signifier “réussir dans la vie”. J‟ai pas mal voyagé, j‟ai vécu dans quelques pays et exercé des hauts postes dans des grandes sociétés, ce n‟était pas suffisant pour moi, pour réaliser mes ambitions personnelles je devais être un entrepreneur de succès, obsédé par cette idée j‟ai eu aussi mes entreprises. Après une telle expérience de vie, lorsque tout paraissait indiquer que j'avais réussi à réaliser mes rêves avec un certain succès, je me suis aperçu que j'étais arrivé au bas fond. Il était trop tard et je me trouvais devant une situation irréversible, désespéré j'ai essayé d'autres alternatives, mais en vain, je n'avais plus de forces et j'étais angoissé au point de penser que je devenais fou où que je pourrais mourir á court terme. Nous vivons dans un monde perturbé et toujours le sera, les catastrophes et les calamités continuent depuis tous les temps et sont encore présentes, les frontières qui délimitent les pays existent encore et on se bat toujours pour les mêmes raisons, parfois il parait que ça se calme, mais les guerres technologiques sont une affaire d'actualité, il semblerait que l'être humain a toujours agît par ses idéologies e soif de pouvoir, rien ne changera si ne changeons pas nous mêmes. 4


J'aimerais que cette petite lecture puisse donner une vision d'espoir pour une vie meilleure, il existe oui, la possibilité de vivre d'une manière heureuse avec sérénité et sagesse, mais la vie m'a montré que cela arrive la plupart des fois seulement quand on arrive à une totale défaite. J'entends qu'aujourd'hui je vis une vie heureuse et ma famille aussi, en d'autres mots j'ai encore une chance, une vie nouvelle. Aujourd'hui, au contraire du passé je n'ai plus besoin d'être le directeur du show, la vérité c'est que mes priorités et ma façon de voir les choses ont changé. Ça valait le coup . . . .

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Sommaire

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Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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L'enfance - Dans les discussions et disputes de famille les adultes deviennent des enfants et, les enfants soufrent comme si c'étaient des adultes - Un enfant fragile et sensible vit dans une ambiance néfaste qui le marquera pour toute sa vie. . . . . . . . . . . ..................

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Liberté – Egalité – Fraternité – Il apparaît une opportunité unique pour y arriver – Il suffit d'avoir du courage et de la volonté pour arriver au sommet. . . . . ..................

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Possédé par le coup de foudre, amour à vue – L'amour ne presse pas, sans lui c'est impossible de vivre – Le hasard n'existe pas, le destin était prédéterminé. . . . . . . . . . . . . . . . .

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Le Christ m'attendait – Voulant arriver au sommet à cause de mes ambitions maladives - Encore une fugue cherchant ma propre identité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ...........

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Dans le désespoir, ma famille s'effondrait avec moi – Sans direction je retournais à l'enfer – La chute libre commençait - Après les bénéfices arrivent les

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dégâts. . . . . . . . . . . . . . .

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Il me fallait saisir la dernière chance – J'étais vaincu, sans plus aucune expectative de vie - Obligé d'accepter la réalité pour rester vivant . . . . . . . . . . . . .................... Une lumière au bout du tunnel – Une deuxième vie commençait - Mes premiers temps de sobriété. . . . . . ................. Les Douze Etapes des A.A. - Suggestions pour celui qui veut abandonner l'alcool - Un programme de vie qui peut être adopté par n'importe qui . . . . . . . . . . . . . ..............

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Questions et réponses sur les Douze Etapes des A.A. – Si vous n'avais jamais entendu parler des Alcooliques Anonymes, voici quelques tuyaux . . . . . . . .................

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Mon opinion sur les A.A. – Résumons - Chapitre V du livre Bleu. . . . . . . . . . . . . . . . . .

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Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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Introduction Pendant ces dernières années tel qu'un nouveau-né je me suis “réellement” intéressé à l'être humain, j'ai essayé de comprendre ce qu'il y avait qui n'allait pas en moi pendant plus de trente ans. Je me sens soulagé quand je pense que nous avons tous avec plus ou moins d'intensité certains défauts ou imperfections qui nous mènent systématiquement à quelque type de dépendance. Pour certains ces défauts sont enracinés en eux mêmes faisant partie de leurs propres personnalités et certainement ne s'en aperçoivent pas, ce qu'on pourrait appeler de névrose pure, il y a aussi ceux que d'une ou autre manière ont le besoin conscient de consommer quelque chose qui puisse leur rapporter relâchement ou euphorie en fonction de chaque cas, de toutes façons tous obtiennent ce dont ils ont besoin, à travers de quelque chose ou de quelqu'un (en canalisant l'état émotionnel provoqué par les défauts de caractère), ce qui détermine une dépendance. Il existent des tas de manières de dépendre de quelque chose ou de quelqu'un, pour certaines la société les voit comme dépendances graves parce que progressivement peuvent aboutir à la mort prématurée ou à des dérangements psychiques irréversibles, dans la 8


mesure où l'on consomme excessivement des drogues, nocives pour la santé. On essaye presque toujours cacher la vérité parce que c'est honteux pour ceux qui cohabitent avec la “victime” et aussi parce que la plupart des gens ignore qu'il s'agit d'une maladie, pourtant, croyant que le patient puisse être récupéré du “vice” on a l'habitude de traiter les effets et non pas les causes, autrement dit une espèce d'anesthésie, je trouve aberrant être obligé de vivre toute une vie à base de tranquillisants. D'autres dépendances plus légères sont vues avec tolérance parce que on pense qu'être dépendant du chocolat, gâteaux ou manger excessivement ce n'est pas trop grave, il y a aussi ceux qui ne consomment rien du tout parce qu'ils n'ont jamais eu l'occasion ou motif pour essayer de le faire, mais, rien n'empêche qu'ils aient des déséquilibres émotionnels qu'ils ne perçoivent pas eux mêmes mais qui sont perçus par les autres. En fréquentant des nombreuses réunions et conférences, et en parlant avec des spécialistes sur l'alcoolisme, j'ai appris qu'il s'agissait d'une maladie et que ce n'étaient pas eux qui avaient fait telle découverte, ils me disaient que c'était ainsi annoncé par l'O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé), qu'elle était progressive, incurable et qu'elle pouvait se terminer par la mort prématurée ou mener à la folie. Lorsque j'ai entendu le mot “maladie” la première chose qui passait dans ma tête c'était qu'ils avaient tout à fait raison, ils disaient la vérité, parce que dit par eux si cela s'avérait exact il serait plus facile à supporter. Ils expliquaient que c'était une maladie très complexe car elle ne se limitait au simple fait d'individus qui buvaient jusqu'à 9


tomber ivres morts par terre, elle était complexe parce qu'elle atteignait aussi bien le coté physique que le mental et émotionnel. C'est à cause de ces caractéristiques que l'alcoolisme est universel, il peut atteindre n'importe quel habitant de n'importe quel pays, sans discrimination de couleur, sexe, niveau intellectuel, religion, âge ou classe sociale. Jusqu'à présent il n'existe aucun vaccin ou médicament pour l'alcoolisme qui ait réellement prouvé un résultat fiable, ceci en fonction de ses caractéristiques, parce que nous parlons ici d'un thème bien plus complexe que le coté physique pure et simplement. Je ne veux pas déprécier ni la médecine ni les religions, parce que parfois elles ont réussi des bons résultats, je sais que beaucoup de professionnels ont travaillé dans le sens de récupérer des alcooliques et dédié une grande partie de leur temps, mais, nous observons qu'une fois terminé le traitement médical et le patient reprend sa vie normale les chances d'une réintégration dans la société sont minimes. Là dehors, les occasions de boire un coup sont permanentes, et alors, comment faire?, c'est justement ce premier verre qui peut faire que tout commence à nouveau, car l'alcoolique ne peut contrôler sa façon de boire. On doit reconnaître les efforts qu'aussi bien la médecine, psychiatrie, psychologie, assistantes sociales et bien d'autres, ainsi que plusieurs religions ont fait pour aider ceux qui soufrent de cette maladie. Ce sont des forces qui s'additionnent pour le bien-être de l'humanité. D'où l'existence de mouvements d'entraide : Alcooliques Anonymes pour dépendants de l'alcool, Al10


Anon pour ceux qui cohabitent avec l'alcoolique, AlAteen pour enfants d'alcooliques, âgés entre treize et dix-neuf ans, Narcotiques Anonymes pour dépendants de drogues (appelées illicites), Nar-Anon pour ceux qui cohabitent avec les dépendants de drogues, Névrosés Anonymes pour ceux qui ont des déséquilibres émotionnels, C.C.A. Comedores Compulsivos Anônimos (mangeurs compulsifs), F.A. Fumeurs Anonymes, M.A.D.A. Mulheres que Amam Demais Anônimas (femmes qui aiment d'une manière compulsive), D.A.S.A. Dépendants d'Amour et Sexe Anonymes, S.I.A. Survivants d'Inceste Anonymes, Joueurs Anonymes, voila quelques mouvements d'entraide existants au Brésil actuellement, il en existe à l'étranger bien d'autres qui traitent d'autres dépendances e qui très probablement bientôt on pourra les trouver ici. Tous les mouvements Anonymes sont une adaptation du programme des Alcooliques Anonymes dont la base essentielle est les DOUZE ETAPES, outil fondamental pour la récupération du dépendant. Basé sur les échanges d'expériences (partages) entre les membres, c'est qu'on arrive à arrêter la maladie en changeant d'une façon radicale notre mode de vie. Il existe aussi d'autres mouvements et associations qui ont le même but et qui contribuent aussi pour une récupération satisfaisante de l'alcoolique. Elles sont toutes bienvenues, car même si elles ont des structures différentes ce qui réellement intéresse c'est que l'alcoolique puisse avoir d'autres options pour ne pas mourir. J'ai consulté plusieurs littératures qui m'ont beaucoup aidé pour écrire le texte de ce livre, on peut voir la liste au chapitre Bibliographie à la fin de ce 11


livre. Les matières contenues dans ce livre sont exclusivement de ma responsabilité et représentent seulement ma pensée qui, même par coïncidence, ne doit pas être considéré des A.A. ou d'autres mouvements. Tous les faits écrits dans ce livre, sont tout simplement des expériences vécues par moi, furent des moments difficiles et d'autres merveilleux pendant ma récupération comme alcoolique. Il n'existe aucune recette ou potion magique pour se récupérer de l'alcoolisme, chaque être humain est diffèrent d'un autre et ce qui sert pour moi peut ne pas servir pour un autre alcoolique. Je veux ici remercier et dédier ce livre à mon épouse qui a été une pièce clé pour ma récupération en fonction de sa compréhension et connaissances sur la maladie, qu'avec une cohabitation heureuse et de longue durée on puisse terminer cette seconde phase de nos vies, je veux aussi remercier mes deux fils pour me donner l'opportunité de tenter être un “père”, j'ai beaucoup changé mais je trouve que c'est encore peu, je sais que cela se passera lentement mais je ne désiste pas, je vous aime. Merci du fond du coeur à tous ceux qui aujourd'hui sont mes amis et que j'ai connu pendant ces neuf dernières années, a ceux qui habitent au Brésil, à l'étranger, a vous mes amis reclus, amis internés, à vous épouses et maris, fils et filles d'alcooliques, à vous qui m'aidez à traiter ma panique et mes phobies, à vous tous qui comme moi avez été atteints par “quelque chose” et qui sommes devenus “différents”, et spécialement à toi . . . . . . Henri. 12


L'enfance Dans les discussions et disputes de famille les adultes deviennent des enfants et, les enfants soufrent comme si 'étaient des adultes Un enfant fragile et sensible vit dans une ambiance néfaste qui le marquera pour toute sa vie.

itges est le nom du petit village où je suis né, il ressemble une carte postale, situé à environ 35 Km. sur la côte sud de Barcelone, jusqu'à nos jours c'est un village touristique, après la seconde guerre beaucoup d'étrangers ont découvert ce coin merveilleux qui est devenu très connu. Dans la “Costa Dorada” avec sa mer bleue et des petits bateaux de pèche c'était l'endroit idéal pour y passer des vacances et se reposer, on pouvait se rendre compte que c'était un village artistique où beaucoup d'artistes venaient de loin pour y peindre ses tableaux près de la mer. C'était fréquenté par beaucoup de bohémiens, sculpteurs, écrivains, poètes et bien d'autres. Les touristes (espagnols ou étrangers) avaient un haut pouvoir d'acquisition, certains étaient

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propriétaires de grandes villas construites face à la mer dans un luxueux quartier du village. Tous les ans pendant les vacances d'été le numéro d'habitants doublait, ils profitaient des belles plages et des loisirs, comme le golf, tennis et équitation entre autres. Je me souviens parfaitement de l'ambiance qui régnait pendant l'été, je me considérait un privilégié du fait que je vivais là bas toute l'année. Mon père lui aussi était né là bas, toute sa famille était catalane, il avait deux soeurs, l'aînée “Josefina” était veuve, son mari avait fait fortune à Cuba, malheureusement ils n'avaient pas pu avoir d'enfants. L'autre soeur “Eulália” était la plus jeune et ma marraine, elle n'était plus toute jeune quand elle s'était marié, dans les quarante cinq ans. Ils essayèrent d'avoir un enfant, mais malheureusement il était mort quand il est né, donc, une famille dont la succession ne pourrait se faire que de la part de mon père. Trois ans plus tard, Eulália et son mari adoptaient une fille et l‟ont légitimé. Bien entendu, il y avait une arrière pensée dans leur tête, l‟affaire héritage, car les biens de mes grands parents plus ceux de Josefina ça valait le coup sûrement de se bagarrer pour y avoir droit et les obtenir. Ma mère est française, née à Denain dans le nord de la France, elle a fêté ses quatre-vingt-quinze ans en février de 2001, quand elle était jeune elle a travaillé pendant quelques années comme secrétaire de direction dans une société à Paris, elle avait une soeur, Jane, mais on l‟appelait “Nono”, mon grand père avait été muté à Sitges avec la responsabilité de construire une usine de ciment à six kilomètres dans un petit village, Vallcarca. Quand ma grand mère, ma tante Nono et ma maman 14


sont allées pour la première fois en vacances à Sitges, étaient très bien impressionnées. C‟est à cette occasion que mes parents se sont connus, ils se fiancèrent et se mariaient plus trad. Ma mère, jolie femme, élégante et avec une forte personnalité s‟est très bien adapté dans ce pays, elle aimait beaucoup mon père. J‟étais le cadet d‟une famille avec cinq enfants, quatre garçons et une fille (nous étions six, mais Gustave qui est mort à l‟âge de deux ans à cause d‟une tumeur au cerveau, je ne l‟ai jamais connu), et comme c‟est l‟habitude dans les familles où il y a plusieurs enfants j‟étais plus gâté et plus protégé que mes frères aînés du fait que j‟étais le dernier. J‟avais cinq ans quand mon père à cause d‟une hémiplégie est devenu déficient et presque totalement paralysé, cloué dans une chaise roulante jusqu‟à la fin de ses jours, c‟est à ce moment là que les choses ont commencé à se compliquer au sein de notre famille. Il était tailleur, très renommé et connu, il avait des très bons clients suite à des longues années d‟expérience dans son métier, l‟été il avait toujours plus de travail, il avait son magasin au rez-de-chaussée de la maison et parfois toute la nuit pour pouvoir respecter le délais promis à ses clients, on habitait dans une maison avec trois étages au centre du village, il avait trois ou quatre couturières qui aidaient mon père pendant l‟été. Dans les années cinquante les épouses étaient restreintes à élever leurs enfants et faire des travaux ménagers, devant la nouvelle situation, comment mener en avant une famille de cinq enfants âgés entre cinq et dix-sept ans? 15


Il y avait encore un détail pour compléter cette nouvelle situation, les relations entre ma mère et la famille à mon père n‟était pas des meilleures. Peut être à cause de la nationalité de maman ou la sympathie et les bonnes relations qu‟elle maintenait avec tout le monde, ou encore de la jalousie en sachant que c‟était nous les successeurs pour effet de l‟héritage. Dix ans plus tard mes tantes faisaient faire un testament bidon signé par mes grands parents en laissant seulement une part légitime de leurs biens (correspondant à un douzième du total) à mon père, et encore avec des valeurs sous estimées, autrement dit, pratiquement il n‟a rien reçu. Pendant les premiers temps ma mère réussit avec quelques réserves financières mener la famille en avant, mais ensuite tous mes frères et soeur sans option devaient partir chacun de son coté pour tenter de survivre et construire leur propre vie. Santiago qui avait déjà son diplôme d‟ingénieur partait en France pour démarrer sa vie professionnelle, en arrivant là bas et étant en âge d‟aller à l‟armée il était envoyé à la guerre d‟Algérie, revenant à Paris trois ans plus tard. Depuis cette époque là jusqu‟aujourd‟hui il habite en France à 80 Km. de Paris dans le département de Seine et Marne. Il est retraité depuis peu de temps, il s‟est marié trois fois, il a quatre fils et deux filles. Odette, ma soeur était partie en Angleterre où allait travailler comme baby sitter car elle n‟avait aucun métier. Elle est décédé en 1987 de cause inconnue, elle habitait dans la banlieue parisienne, je sais qu‟elle était malade, souvent dépressive et prenait des sédatifs, 16


aussi, elle aimait bien boire car elle buvait pas mal d‟alcool. Elle eut quatre filles et un garçon sur deux mariages et un amant. José Maria, avait opté pour la vie religieuse et il partait chez les Padres Escolapios, dix ans plus tard on l‟ordonnait prêtre dans cette fraternité, encore dix ans plus tard je l‟influençais pour qu‟il quitte la soutane. Aujourd‟hui, c‟est le seul à vivre en Espagne près de Barcelone dans un village qui porte le nom de La Garriga, il a quatre filles, deux sont déjà mariées. Daniel allait rester encore quelques temps avant de partir en France, à cause de son jeune âge et parce qu‟il était amoureux de “Maribel”, une fille de Sitges. Il avait 9 ans quand mon père était tombé malade, il continuait à peu près deux ans à l‟école, mais il devait commencer à apprendre un métier manuel pour aider maman, car les réserves financières terminaient. Dans cette situation, Daniel aidait à la maison avec son petit salaire et les pourboires qu‟il gagnait au travail, comme portier du grand Hôtel Terramar à Sitges, ouvrant les portes de des voitures pour que les clients puissent descendre de leurs luxueuses automobiles, mais étant donné qu‟il ne faisait ce métier que l‟été il commençait dans une autre profession, dans un garage comme aide mécano, il fût toujours passionné par les moteurs et la vitesse. Quelques années plus tard il partirait aussi en France et travailler au début avec Santiago qui l‟accueillit chez lui. Il a une fille et habite à 130 Km. au Nord de Paris dans le département de l‟Oise. Ma mère avait monté un magasin parfumerie, mais ça n‟avait pas marché, les dépenses étaient 17


supérieures aux recettes, puisque le grand nombre de clients venait pendant les trois mois d‟été. Je me souviens encore qu‟une année à Noël nous n‟avions pas les possibilités de manger même pas un poulet rôti, la veille nous étions au fond du rez-de-chaussée derrière le magasin et on entendit la sonnerie (c‟était automatique lorsque quelqu‟un ouvrait la porte du magasin), ma mère allait voir s‟il y avait un client et, surprise, quelqu‟un avait laissé des sacoches avec plein de produits typiques pour les fêtes, c‟est ainsi qu‟on a pu passer de fêtes de fin d‟année comme tout le monde avec une bonne table, nous n‟avons jamais su qui avait bien pu laisser les sacoches, je pense que quelqu‟un qui connaissait notre situation l‟aurait fait d‟une manière tout à fait anonyme. Moi, un enfant de cinq ans, j‟ai été présent lors de la séparation de tous les membres de la famille, presque plus de frères pour jouer et tout particulièrement sans ma soeur qui était toujours près de moi, le foyer subitement est resté vide et régnait une ambiance néfaste, ma mère et mes tantes entrain de se disputer toujours pour n‟importe quoi, même pour des choses sans importance, c‟était une situation très triste. Je continuais à aller à l‟école des bonnes soeurs jusqu‟à l‟âge de sept ans, je sais qu‟à cause de notre situation économique elle m‟acceptaient gratuitement ou presque. J‟ai fais ma première communion, mon éducation et les écoles suivaient toujours la ligne de la religion catholique, à huit ans je changeais d‟école, cette fois-ci chez les Padres Escolapios où j‟y ai étudié jusqu‟à l‟âge de douze ans, je réussissait passer d‟année de justesse, mes notes 18


n‟étaient pas très bonnes, je pense que c‟était par manque de concentration de ma part, j était toujours distrait et ma tête était toujours dispersée. Quand j‟avais huit ans nous sommes allés avec maman à Paris, il est fort possible qu‟une fois de plus elle se soit disputé avec mes tantes, nous y sommes restés trois mois, d‟octobre à décembre et, c‟était la première fois que j‟allais en France, j‟ai connu une amie à Versailles qui s‟appelait Dominique et qui était mon premier amour à mes huit ans, pendant notre séjour j‟ai appris à faire des patins à roulette, et je me défendais bien, j‟ai presque perdu mon année scolaire, mais ma mère s‟était expliqué avec le directeur et je n‟ai pas eu de problèmes particuliers. Plus tard à mes dix ans, je continuais à étudier à l‟école des “Padres Escolapios”, un jour presque à la fin de la journée la maîtresse était appelée par le directeur et sortit de la classe, à son retour me dit devant tout le monde; Javier, ta maman a appelé au téléphone et demande que tu ailles rapidement chez toi car ta soeur vient d‟arriver d‟Angleterre, je suis sorti immédiatement et rentré à la maison par le chemin le plus court, ma soeur Odette était là, avec son mari anglais et sa première fille Anne Marie, en anglais on l‟appelait “Annette”. C‟était ma soeur qui était là, combien de temps !!! celle qui s‟occupait toujours de moi quelques années auparavant, j‟étais très heureux parce qu‟elle était pour moi comme une seconde mère. Une autre opportunité qui s‟était présentée à ma mère pour essayer de s‟en sortir c‟était d‟ouvrir un petit hôtel au bord de la mer dans un quartier résidentiel de Sitges, il s‟appelait “Residencia Odette” justement 19


dans le but d‟attirer l‟attention des touristes de langue française puisqu‟en espagnol on n‟utilisait pas ce prénom. L‟hôtel ouvrait seulement pendant l‟été, pour moi c‟était formidable de vivre à l‟hôtel, avec la plage à quelques mètres c‟était facile pour moi de m‟amuser et me baigner tout le temps. Il est resté ouvert pendant deux saisons seulement, je crois que le contrat de location n‟avait pas été renouvelé parce que les propriétaires de “L‟Hôtel Terramar” sont intervenus auprès du propriétaire de notre hôtel, ils se plaignaient que leurs clients quittaient le “Palace” pour venir à la “Residencia Odette”, où ils étaient mieux traités, c‟était une ambiance plus tranquille et aussi moins cher. À ce moment là j‟ai eu l‟occasion d‟avoir mon premier travail pendant les vacances, étant donné que je n‟avait pas été reçu sur deux matières à l‟école, comme punition je travaillait aux Télégraphes et je distribuais les télégrammes, pour moi c‟était une punition très amusante car je gagnais des pourboires et ainsi je pouvait m‟acheter des glaces de chocolat, café ou crème. Une fois, lorsque j‟étais allé remettre un télégramme dans une villa, j‟avais appuyé plusieurs fois sur la sonnerie mais personne venait ouvrir la porte, il y avait un chien de garde qui n‟arrêtait pas d‟aboyer et moi dehors je le provoquais parce que je savais qu‟il ne pouvait rien me faire car la porte était fermée, tout à coup un employé de maison a ouvert la porte et ça ne pouvait être autrement, un méchant berger allemand avait avancé sur moi et mordu ma cuisse gauche, l‟employé l‟avait aussitôt fait rentrer, je pleurais et je serrais fortement ma cuisse avec mes deux mains en pensant qu‟au cas où il aurait la rage (maladie très 20


courante à cette époque là), ainsi je pourrais éviter que la rage monte tout au long de mon corps, une simple pensée d‟un enfant âgé de dix ans. De treize à quatorze ans j‟étudiais comme interne dans une école assez loin de Sitges, c‟était la première fois que j‟étais séparé de mes parents, c‟était ma tante Josefina qui payait ce cours que j‟ai réussi à passer d‟année de justesse. La première fois qu‟elle m‟emmenait à l‟école nous y somme allés par le train, je me souviens que quand elle est repartie et je restais là tout seul j‟avais l‟impression d‟être dans une prison, je m‟étais enfermé aux toilettes et je pleurais en sanglots. Ces années de mon enfance m‟ont beaucoup marqué, je me rendais compte que face à la situation je devrais (puisqu‟il n‟y avait aucune autre option) avoir toujours mes parents à ma charge. Ce qui était entrain de se passer n‟était pas juste, je n‟admettais pas que me frères se débrouillaient seuls et construisaient leur avenir, et que moi parce que j‟étais le cadet je serais obligé de rester avec les mains attachées parce que je serais condamné à avoir tout seul mes parents à ma charge, il me faudrait charger cette responsabilité pour toute ma vie. Je croyais que Dieu m‟avait obligé (dans ma conception religieuse Dieu était devenu quelqu‟un qui punit, puisqu‟en ayant une formation religieuse je prier tout le temps pour qu‟Il mette fin à cette situation) a vivre pour toujours cette situation, et n‟étant pas d‟accord sur cet avenir je me sentais puni.

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Liberté – Egalité – Fraternité Il apparaît une opportunité unique pour y arriver – Il suffit d'avoir du courage et de la volonté pour arriver au sommet.

evant l‟impasse pour résoudre la situation et les difficultés que ma mère avait, elle décidait que la meilleure chose à faire c‟était qu‟on aille vivre en France, car là vivaient mes deux frères Santiago et Daniel, en plus, il y avait aussi mes oncles (Nono, son mari et ses deux fils). Mon père déficient et malade, était cloué sur une chaise, contrarié, car il adorait son village “Sitges”. Au deuxième semestre de 1.961 nous sommes partis en France dans la banlieue est de Paris, exactement à Gournay sur Marne, c‟était là qu‟habitaient ma tante Nono et famille, ma mère se sentirait moins seule près de sa soeur, à cette époque là ma soeur Odette était seule avec ses trois filles et est venue avec nous. Mes oncles avaient déjà vu un pied à terre pour que nous puissions louer, c‟était une maisonnette de plein pied au fond d‟un grand terrain, il n‟y avait que deux chambres e au milieu une cuisine, les toilettes (W-C.) se trouvait dehors, pour se laver ce n‟était pas facile, il nous fallait chauffer l‟eau et se laver

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ensuite debout dans un petit bac devant l‟évier de la cuisine, autrement dit sans aucun confort, et avec un froid insupportable parce qu‟il n‟y avait qu‟une cuisinière à charbon dans la cuisine pour chauffer le tout, nous laissions les portes des chambres grand ouvertes de façon à minimiser le froid. Nous habitions dans cette petite bicoque, mes parents, mon frère Daniel, ma soeur Odette avec ses trois petites filles et moi. Pour dormir il y avait une chambre pour les hommes et une autre pour les femmes. J‟avais étudié en Espagne jusqu‟à l‟âge de treize ans, je ne sais pas si mes études étaient reconnues ou pas en France, mais ce que je sais c‟est que personne (ni mes oncles ni mes frères) croyais que je pourrait poursuivre mes études en France, et il serait donc arrivé l‟heure de “me mettre au boulot”, je veux dire par là, de commencer à gagner un salaire pour aider aux dépenses à la maison. Après avoir été traumatisé pendant l‟enfance vécue à Sitges, où je me sentit “pénalisé” sans avoir le droit d‟avoir un père et une vie “normale” comme tous mes amis, je me trouvais soudain dans un autre pays où personne me connaissait ni savait tout ce que j‟avais passé et vécu pendant l‟enfance, là je serais un citoyen comme les autres et avec les mêmes chances, vive la “Liberté, Egalité, Fraternité”. Je n‟avais pas de problème pour parler le français puisque quand j‟étais gosse maman parlait toujours en français avec nous à la maison, parfois en rigolant mais d‟autres non, à l‟école on avait le français comme matière et j‟avais toujours des très bonnes notes sans faire d‟effort. Alors, maintenant il faudrait attendre 23


mon anniversaire en décembre pour fêter mes quatorze ans, car par la loi française c‟était l‟âge minimum pour commencer à travailler. J‟avais essayé avant d‟avoir un travail mais sans succès à cause de mon âge, c‟était chez un concessionnaire Peugeot, pour travailler dans le stock des pièces détachées, j‟avais tenté aussi dans une usine de gâteaux et le résultat fut le même, j‟avoue que dans les deux tentatives pendant l‟entretien j‟étais très énervé car j‟étais candidat à un poste “d‟ouvrier”. En février 1.962 j‟avais coché sur le journal “France soir” quelques petites annonces, une d‟entre elles c‟était pour un travail comme garçon de courses dans un bureau, c‟était la S.E.T.A.P., un renommé cabinet d‟architecture et urbanistes dont les patrons étaient à l‟époque les trois plus grands architectes parisiens, entre d‟autres affaires ils étaient entrain de terminer le projet urbanistique de la ville d‟Abidjan dans la Côte d‟Ivoire en Afrique. Mon oncle (le mari à Nono) qui avait un poste de direction dans une société il voulut m‟accompagner au premier entretien de manière à me donner un coup de pouce pour que puisse décrocher le poste, et ça avait marché, le jour de l‟entretien c‟était lui qui avait parlé presque tout le temps, il parlât sur la situation chez moi et de l „importance que j‟obtienne ce travail. Début mars 1962 je commençais dans mon premier boulot, c‟était près de l‟Arc du Triomphe (Place de L‟Etoile), pour aller au travail je prenais l‟autobus de chez moi jusqu‟à Paris et ensuite le métro qui me laissait à 50 mètres du travail, ma mère préparait tous les jours ma gamelle pour mon déjeuner à midi, je n‟avait qu‟à acheter une demie baguette à la boulangerie pendant que la gamelle 24


chauffait au bain marie. Mes attributions étaient d‟aller là où on me demandait d‟aller, j‟allais chercher ou emmenais des documents, des billets d‟avion pour les architectes qui voyageaient beaucoup, j‟allais au bureau de tabac acheter des cigarettes quand on me le demandait ou acheter un gâteau pour une des secrétaires. Je m‟adaptais très rapidement au travail, après quelques mois je connaissais Paris et toutes les stations de métro mieux que n‟importe qui, les employés m‟aimaient bien. C‟est à cette époque là que je commençais à fumer, j‟attendais l‟heure du déjeuner et pendant que tous étaient entrain de manger dehors moi je parcourais tous les bureaux et je piquais de cigarettes de ceux qui les avaient oubliées au bureau. Il y avait beaucoup de dessinateurs qui travaillaient sur leurs planches à dessin et très rapidement je me suis intéressé et j‟étais curieux pour savoir comment ils faisaient leurs plans, bien entendu je n‟avais aucunement l‟intention de passer toute ma vie à aller acheter des cigarettes et des gâteaux pour les autres . . . . j‟étais pressé. J‟avais appris qu‟à l‟école des “Arts et Métiers” il y avait des cours du soir pour apprendre du dessin, je m‟étais inscrit et je commençais ce cours, j‟y suis allé seulement pendant deux ou trois semaines, c‟étaient des cours du soir gratuits mais pour moi c‟était impossible de continuer à cause des horaires parce que j‟habitais en banlieue et ça me faisait rentrer tard dans la nuit. Malgré tout, au travail pendant l‟heure du déjeuner j‟en profitais pour m‟entraîner sur une planche à dessin qui n‟était pas occupée, j‟apprenais à calquer, c‟est à dire, je fixais l‟original sur la planche avec des 25


punaises je mettais un calque vierge dessus et je dessinais par dessus en reproduisant le plan original. En quelques mois je pensais que je savais déjà dessiner, il y avait aussi des collègues de travail plus anciens que moi qui voulaient eux aussi avoir une promotion et être passés au poste de dessinateur, étant donné que je n‟avais pas de patience pour faire la queue et attendre mon tour, je croyais que je devrais opter pour chercher un autre travail dans une autre boite où je pourrais me présenter comme dessinateur. Dans le même quartier, près de mon travail apparût un poste de dessinateur dans une des plus grandes entreprises de plomberie, cette fois-ci j‟ai pris rendez vous tout seul comme un grand et nous avons pris rendez-vous pour un samedi matin et pour éventuellement faire un essai, ainsi, si jamais ça ne marchais pas je pourrais continuer à mon travail. Je réussit très bien l‟essai, je ne sais pas si c‟était par la qualité de mon travail ou si c‟était parce que l‟employeur c‟était aperçu que j‟en voulais et que j‟étais ambitieux, résultat, j‟étais admis immédiatement. Dans ce nouveau travail j‟étais le seul dessinateur et étant donné qu‟il y avait beaucoup de travail j‟apprenais très rapidement à dessiner. Le temps passait et encore une fois j‟étais curieux de savoir comment on faisait les calculs des diamètres de tubes et les projets que je dessinais, en fonction de mon expérience antérieure au cabinet d‟architectes qui avait bien fonctionné, à l‟heure du déjeuner je lisais des livres techniques et il y avait toujours un ingénieur pour me donner des explications détaillées sur mes doutes et le “comment on faisait les calculs”. Je chahutais tous les collègues de travail et on 26


rigolait beaucoup, j‟étais le plus jeune employé de la société et tout le monde m‟aimait bien, personne bien entendu savait quoi que ce soit sur mes affaires personnelles et mon passé, mais j‟étais très dynamique et persistant dans mon travail. Un jour il y avait une grève des transports, le métro ne fonctionnait pas mais les autobus roulaient normalement, je partit de chez mois tôt le matin et j‟arrivais à Paris et je constatais que réellement le métro ne marchait pas, je me suis pris par la main et j‟ai traversé Paris de l‟est à l‟ouest où je travaillais à pied, j‟ai marché pendant deux heures pour y arriver mais je suis allé au boulot, le directeur n‟en croyait pas ses yeux et ma réputation ce jour là était bien commentée au sein de l‟entreprise, en fait c‟était très bon pour moi. Le repas de fin d‟année avait eu lieu dans un des meilleurs restaurants du XVI arrondissement à Paris près du bureau, c‟était le renommé “Le Berlioz”, comme j‟étais le plus jeune de la boite tout le monde était fixé sur moi et rigolaient en racontant des blagues dans une ambiance décontractée, un garçon passait avec un plateau en argent et offrait des cigarettes et petits cigares qui étaient étalés sur le plateau, influencé par les plus vieux collègues je pris avec mes deux mains plein de cigarettes et les mît dans mes poches, je crois avoir stocké des cigarettes pour plus d‟un mois. C‟est dans ce déjeuner, si ma mémoire ne me trompe pas, que j‟ai pris ma première cuite de ma vie, chaque plat était accompagné d‟un vin différent, avec les apéritifs et les pousse café je sais que je suis rentré à la maison mais je marchais de travers, je n‟avais que quinze ans, bien sur ma mère s‟en est aperçu. 27


Un jour, quand je sortais du travail en fin de journée et j‟allais prendre le métro pour rentrer à la maison, il y avait un camelot qui vendait des tours de magie, il s‟appelait “Renelys”, il faisait des tours avec beaucoup d‟habilité, ça avait attiré toute mon attention et je m‟y suis intéressé, j‟avais un collègue de travail qui était prestidigitateur et c‟était une raison de plus pour que je soie contaminé, je commençais à rêver qu‟un jour je pourrais faire un show où je serais seul à m‟exhiber et j‟intriguerais le public curieux et voulant connaître mes trucs, et cette fois-ci je dominerais la situation, je ne serais plus “quelqu‟un de plus” et je me détacherais des multitudes, je pourrais être une vedette. En dehors de mes emplois je commençais à démarrer dans cette voie de la prestidigitation, j‟avais acheté pas mal de matériel, des bouquins, et je m‟entraînais beaucoup dans la manipulation de cartes, foulards et bien d‟autres choses, je m‟étais aussi inscrit dans des associations, je prenais ça au sérieux. Je suis resté dans cette entreprise un an et demi, mon frère Daniel était retourné à Sitges à cause de Maribel, son ancienne fiancée dont il n‟avait jamais réussi oublier, pour cette raison ma mère avait décidé que nous pourrions retourner en Espagne. Et nous y voila encore une fois, nous sommes restés provisoirement chez ma tante Josefina pendant quelques semaines jusqu‟à ce qu‟il y ait une nouvelle bagarre entre ma mère et Josefina. Pendant cette courte période de temps je continuais à m‟entraîner pour la manipulation d‟objets de prestidigitation, il y avait à Sitges un théâtre qui n‟était plus en fonctionnement, je pris l‟initiative d‟aller parler avec les dirigeants de 28


l‟association et de leur demander l‟autorisation pour faire un show un dimanche après midi, la réponse était affirmative, je pris contact avec un ami qui jouait du piano et nous avions fait une liste des mélodies qu‟il devrait jouer pendant le spectacle. L‟association pour sa part avait mis un grand panneau dans la place principale de Sitges en annonçant le show pour le dimanche après midi, ils affichèrent mon nom artistique que je leur avait donné, le grand “Xavier Magicus” qui avait eu beaucoup de succès à Paris (grand mensonge). Le jour du show le théâtre était pratiquement plein, il devait y avoir environ trois cent personnes, c‟était un spectacle gratuit et n‟importe qui pouvait rentrer, le spectacle fut un succès et tout le monde avait aimé, les jours qui suivirent le show tout le monde m‟arrêtais dans la rue, c‟était tout ce que je voulais, autrement dit, inverser la situation de mon enfance quand j‟étais totalement impuissant sur le malheur qui nous était arrivé à cause de la maladie de mon père. Mon orgueil parlait plus haut, je voulais montrer que j‟étais quelqu‟un d‟important et que je faisais des voyages internationaux, à cette époque là je n‟étais âgé que de dix-sept ans. Après quelques mois, nous allions habiter dans une grande maison qu‟une amie à maman nous avait prêté, c‟était du provisoire parce que plus tard nous irions déménager à Barcelone, car Daniel habitait là dans un petit hôtel. Nous habitions encore à Sitges lorsque je décrochais un boulot pour travailler à Barcelone comme technicien projeteur en plomberie et chauffage, c‟était à 35 Km de distance, je prenais tous les jours le train pour y aller, environ 45 minutes de voyage chaque trajet. Je réussît à négocier avec le 29


patron de la société pour qu‟il me paie mon transport qui pesait assez lourd sur mon salaire, on s‟était mis d‟accord, et je mentit à ma mère en lui disant que le transport était à ma charge, étant donné que c‟était une carte annuelle qui permettait faire ce parcours librement pendant une année, elle m‟avançait l‟argent pour que je puisse acheter la carte, et plus tard je me faisais rembourser le montant ce qui signifie que j‟avais eu un bénéfice net du montant du prix de la carte de train pour me déplacer de Sitges à Barcelone, je me souviens que j‟avais gardé cet argent caché dans un de mes accessoires de magie de façon à ce que personne puisse y mettre la main et me voler mes sous, en fonction de mes besoins je prenais de l‟argent de ma cachette. Ma soeur et ses filles habitaient toujours chez nous, elle avait trouvé un travail comme standardiste dans un hôtel qui venait d‟être construit, c‟était l‟Hôtel Calípolis, à ce moment là elle était toute seule puisqu‟elle s‟était divorcée de son mari anglais, le père de ses trois premières filles. Dans ce nouveau travail elle est devenue enceinte encore une fois d‟un gars qui était marié (mais qui lui disait être célibataire) et qui travaillait au stock de l‟hôtel, la quatrième fille Sylvie est né plus tard à Barcelone, sans ressources, ma soeur s‟était posée des questions, à savoir, si elle ne ferait pas mieux de la laisser avec les bonnes soeurs et s‟en séparer, mais l‟amour d‟une mère était plus fort et elle décidât l‟emmener à la maison avec le consentement de mes parents. Quand nous avons déménagé à Barcelone mon frère Daniel n‟habitait plus là, il avait tout simplement discuté avec sa fiancée et il était rentré en France, nous 30


sommes allés habiter un quartier au centre de la ville, mes parents, ma soeur et ses filles, à quelques dizaines de mètres de l‟Université, étant donné que l‟appartement était très grand ma mère louait une chambre en permanence à des étudiants, ainsi elle avait un petit plus pour s‟en sortir avec les dépenses de tous les mois. Moi je continuais à travailler dans le même emploi mais je n‟avais plus besoin de prendre le train, j‟allais au travail à pied et il ne me fallait pas plus de quinze minutes pour y arriver, entre d‟autres avantages je n‟avais plus besoin de manger des casse-croûte à midi car je pouvais aller déjeuner à la maison. J‟ai connu à mon travail celui qui allait être mon grand ami de jeunesse “Fede” diminutif de Federico, c‟était un ami qui m‟avait beaucoup marqué à cette époque, un vrai ami de jeunesse, et je pense qu‟il en soit de même pour n‟importe qui à cet âge là, car on a des tas d‟expériences inoubliables telles que la première voiture, la première fille, et le désir de montrer constamment aux gens que l‟on existe. Avec Fede on allait ensemble en vacances, nous passions de week-end à Sitges où se trouvaient des jolies filles l‟été, on avait l‟habitude d‟y aller chacun avec sa voiture parce qu‟on ne savait pas si on allait sortir avec une fille surplace, presque tous les fin de semaine on été là, on buvait beaucoup depuis tôt le matin à la plage, d‟une part parce qu‟on aimait ça et aussi pour attirer l‟attention des gens, nous avions des jolies femmes de toutes les nationalités aussi bien à Sitges qu‟à n‟importe quel coin d‟Espagne, car on avait les deux une bonne apparence. Une fois nous sommes allés à Sevilla au sud du pays, nous avions passé là-bas les fameuses “Férias de Sevilla”, 31


une vraie foire où l‟on boit et danse du “flamenco” toutes les nuits jusqu‟au petit matin, on avait connu deux filles et c‟était la grande passion, nous nous étions pas mal amusé pendant notre séjour, mais tout été finit lorsque nous sommes partis. L‟année suivante nous sommes partis en vacances à la “Costa del Sol” exactement à Torremolinos, une plage qui était à la mode, on avait connu deux filles françaises avec lesquelles nous sommes sortis pendant leur séjour jusqu‟à ce qu‟elles rentrent à Paris. Un soir, on avait pas mal bu et tout à coup on avait eu envie de revoir les “sevillanas”, nous prenions la route même en étant ivres et nous sommes allés jusqu‟à Sevilla, le lendemain avec notre gueule de bois nous nous sommes promenés avec elles et puis nous sommes rentrés plus tranquilles à Torremolinos. Avec les deux françaises c‟était aussi la grande passion, celle qui sortait avec moi s‟appelait Annie, j‟avais pris ça au sérieux, à tel point que dès notre retour à Barcelone je commençais à avoir un projet d‟aller en France passer quelques temps, j‟avais réussi à convaincre Fede et lui aussi était rentré dans mon projet complètement fou, ses parents ne voulaient plus me voir, ni de loin car ils pensaient que, ou j‟étais pédéraste ou alors complètement fou et que je voulais mettre leur fils sur la mauvaise route. À Barcelone, on sortait tous les jours après le travail, on allait soit dans des discothèques ou dans des petits bistrots pour boire du vin et manger quelques “tapas” (amuse-gueule), on sortait toujours avec des filles que nous connaissions les dimanches dans une boite et que nous nous donnions rendez-vous pendant la semaine pour donner suite aux flirts. Les dimanches on 32


allait toujours dans des boites, très bien habillés avec des costumes à la mode, nous payons l‟entrée avec droit à une consommation, pour nous ce n‟était pas suffisant pour passer quatre heures entrain de philosopher avec des belles filles, ce pourquoi nous emmenions une petite gourde bien remplie de cognac que nous gardions dans la poche de notre veste, ainsi ça revenait bien moins cher que de demander d‟autres consommations au garçon, tous les dimanches c‟était la même chose, c‟est à dire, on prenait une cuite pour s‟amuser “pleinement” avec les filles, une d‟entre elles s‟appelait Fuensanta, une fille sympathique et qui avait un beau visage mais qui était petite, rien que pour ça je pensais que je lui rendait service de flirter avec elle, aujourd‟hui je comprends que j‟étais un salop, car elle était folle de moi et ne méritait pas que je la traite de cette façon. Depuis la fenêtre de mon bureau qui se trouvait au treizième étage je voyais la cour interne de l‟immeuble, celui-ci était triangulaire, deux bâtiments étaient destinés à des logements et le troisième à des bureaux. Je pouvais voir depuis ma fenêtre les appartements en face, je draguais les employées de maison aussi bien que les filles de leurs patrons dont leur chambres à coucher donnaient vers la cour interne, un jour je commençais à faire des gestes pour saluer une belle blonde, elle à son tour, avec ses mains me donnait son numéro de téléphone, il s‟agissait d‟une fille hollandaise qui passait quelques semaines de vacances chez des amies, elle s‟appelait Ans, je l‟avais appelé au téléphone et on était sortis faire quelques promenades dans Barcelone, elle avait eu le coup de foudre pour moi plus que moi pour elle, elle appartenait à une famille 33


hollandaise très riche, après son départ nous nous écrivions régulièrement. Tout à fait décidé de rentrer en France je communiquais la nouvelle à mes parents qui restaient en panique, puisque mon aide financière à la maison était indispensable pour survivre, j‟argumentais que j‟avais besoin de construire ma propre vie et que je leur enverrais de l‟argent tous les mois aussitôt que je toucherais mon salaire. Ma soeur elle gagnait juste à peine pour elle et ses quatre filles. Je commençais à faire mes valises comme si c‟était pour un voyage définitif, je ne laissais plus aucune affaire à Barcelone, Fede en faisait autant mais on s‟était mis d‟accord que moi je partirais avant lui de façon à louer quelque chose pour que nous ayons où habiter, le patron de la société où on travaillait était très furieux après moi, et moi je m‟en foutais complètement. Je suis arrivé par le train à la Gare d‟Austerlitz à Paris sans avoir où me loger, avec beaucoup de bagages, quelques économies, suffisamment pour survivre jusqu‟à ce que je trouve un emploi, mes frères habitaient là mais je n‟avais prévenu personne sur mon voyage en France (une question d‟orgueil et d‟autonomie), les voyages par le train étaient toujours pendant la nuit, le départ était à 16 heures de Barcelone et l‟arrivée à Paris à 8 heures du matin. La première chose que je faisais en descendant du train c‟était d‟aller jusqu‟au café de la Gare pour prendre mon petit déjeuner, des tartines beurrées avec un café crème, ça avait un autre goût, c‟était délicieux, j‟ai appelé ensuite depuis une cabine téléphonique à Annie en lui expliquant que je venais d‟arriver à Paris. Très 34


encombré par mes bagages je m‟étais rendu chez un oncle à Enghien pour lui demander s‟il pouvait me dépanner les premiers jours en me laissant coucher chez lui, j‟avais déjeuné avec lui et sa femme mais ils avaient inventé qu‟ils n‟avaient pas de place chez eux pour dormir, j‟avais très vite compris et je repartais aussitôt, j‟avais eu une grande déception. Je prenais à nouveau le train de banlieue et le métro et je me rendais à l‟adresse où travaillait Annie, je l‟attendais à la porte jusqu‟à sa sortie, ce fût une agréable rencontre tête à tête car on ne s‟était pas vus depuis Torremolinos, nous étions allés jusqu‟à un hôtel dans le quartier pour réserver une chambre où j‟allais coucher la première nuit. En moins d‟une semaine j‟avais trouvé une chambre d‟hôtel que je louais au mois, ainsi c‟était bien moins cher que payer au jour le jour, là on pouvait dormir moi et Fede. Pendant les premiers jours je lisais les journaux pour chercher un travail, d‟habitude je déjeunais avec Annie et j‟allais la chercher le soir à la sortie de son travail pour passer quelques moments ensemble avant qu‟elle rentre chez elle en banlieue sud de Paris. J‟appelais à Fede et je lui disais que nous avions où nous loger, je lui donnais l‟adresse de l‟hôtel et le feu vert pour venir me rejoindre à Paris. Quelques jours plus tard j‟étais couché à l‟hôtel avec Annie et très tôt le matin on frappait à la porte, surprise c‟était Fede qui venait d‟arriver, sans parler un mot de français il s‟était débrouillé tout seul pour arriver à l‟hôtel. Ces premiers jours étaient très amusants, deux jeunes hommes qui vivaient des aventures et rêvaient de vivre des nouvelles émotions, il était très dépendant de moi, 35


j‟insistais pour qu‟il apprenne vite le français autrement dit il allait avoir des problèmes, un jour j‟en avais rasle-bol, nous allions prendre le métro et on devait acheter une carte hebdomadaire, je l‟avais obligé à ce qu‟il se débrouille tout seul et il demandait au guichet “une lettre” (puisque en espagnol le mot carte veut dire lettre) l‟employée qui était au guichet ne comprenait rien puisque elle travaillait au métro et non pas aux Postes et Télécommunications, j‟avais du intervenir et l‟aider à acheter la carte. Fede sortait avec une amie d‟Annie, on sortait les quatre ensemble, il essayait plusieurs fois de trouver un emploi mais sans succès, de plus, sa famille lui manquait beaucoup car c‟était la première fois qu‟il quittait la maison, il ne demeurait pas bien longtemps à vouloir rentrer chez lui à Barcelona, et aussi l‟argent se terminait et il ne gagnait rien, je crois qu‟il était resté un mois au maximum à Paris et ensuite il rentrait à Barcelona. J‟avais réussi à avoir un travail et je commençais à travailler, je dormais toujours dans ma chambre d‟hôtel, parfois je déjeunais avec Annie car son travail n‟était pas trop loin du mien, à chaque fin de mois lorsque je recevais ma paye j‟allais à la Poste et j‟envoyais de l‟argent à mes parents qui étaient à Barcelona. J‟étais un jour au boulot et le facteur emmenait une lettre recommandée pour moi, je ne me doutais pas qui pouvait bien m‟envoyer ce courrier, je signais pour confirmer bonne réception du document et je l‟ouvrais, c‟était une lettre et un billet de train aller et retour que Ans (la fille hollandaise que j‟avais connu à Barcelona) m‟envoyait pour que je lui rende visite en Hollande, je 36


ne sais pas comment elle avait eu mes coordonnées mais je me doute qu‟elle devait avoir envoyé la lettre à Barcelona et de là elle devait avoir suivi jusqu‟à mon travail à Paris. Je demandais quelques jours de congés à mon travail et me voila parti vers la Hollande de train, une nouvelle aventure commençait. Ans, d‟une famille très riche me présentait à sa famille et ses amis comme le fils d‟un Compte de Barcelona, je ne sais pas pourquoi elle avait inventé cette histoire, peut-être que cela faisait partie d‟un rêve romantique qu‟elle était entrain de vivre. Sa famille m‟aimait bien, le temps passait très rapidement en Hollande, tous les jours il y avait des fêtes et je ne faisais rien à part m‟amuser, je passais quelques semaines là-bas et je rentrais à Paris, les parents d‟Ans m‟avaient invité pour que je retourne les voir quand je voulais. Quand je reprenais mon travail naturellement on me communiquait ma démission, ils réglaient mes comptes et je partais, où?, je prenais le train le même jour au soir et je rentrais à Barcelona. Mes parents étaient très heureux à cause de mon retour à la maison, Fede travaillait à nouveau et cette fois-ci était plus calme. J‟ai ensuite travaillé dans plusieurs endroits et professions pendant une courte durée de temps, comme livreur de produits de beauté pour les salons de coiffure, dans une usine de ciment comme dessinateur, etc. un étudiant argentin qui louait une chambre chez moi me proposait de monter une affaire ensemble, je me souviens que nous sommes allés travailler chez un promoteur immobilier qui vendait des terrains au bord de la mer sur la côte sud de Barcelona, nous deux on était responsables du département 37


commercial e des vendeurs, on avait travaillé pendant quelques mois jusqu‟à ce qu‟on s‟aperçoive que le patron n‟était pas le propriétaire des terrains, tout simplement il les achetait quand il y avait un acheteur, peu de temps après on quittait ce travail. Du fait que j‟étais fils de père espagnol et mère française j‟avais double nationalité jusqu‟à l‟âge de 21 ans, et je devais ensuite opter pour une des deux nationalités, étant donné que je sentais quelqu‟un d‟important à cette époque là, je décidais rester espagnol et répudier la nationalité française, c‟est ce que j‟avais fait en allant au consulat de France, mais il y avait un détail, je n‟avais pas remis mes papiers français et je promettais le faire plus tard, d‟ailleurs, je ne l‟avais pas fait. Peu de temps après je regrettais d‟avoir répudié la nationalité française, car dès que l‟euphorie de la vente de terrains été terminée je restais sans emploi, j‟avais le mal du pays mais je ne pouvais plus rentrer en France parce que j‟étais appelé sous les drapeaux en Espagne. Je n‟avais plus aucune chance de retourner en France légalement à moins que j‟essaye de passer à la frontière avec mes papiers français que je n‟avais pas remis au consulat, en fait je n‟avais plus le droit de m‟en servir puisque j‟avais répudié et même signé un document, je ne le pensais pas deux fois et j‟étais décidé à prendre des risques, après tout à la frontière les “gendarmes” ne seraient pas au courant de ma situation et ils ne soupçonneraient pas que je n‟avais plus le droit d‟utiliser mon passeport puisque la date était valide et c‟était un original. Le train qui m‟emmenait à Paris devait s‟arrêter à Cerbère, première gare sur le territoire français, je devais passer avant par la police espagnole 38


qui filait un coup de tampon sur le passeport et de suite les gendarmes devaient à leur tour tamponner pour autoriser ma rentrée en France, il m‟avait fallu interpréter le rôle d‟un légitime français vis-à-vis la police espagnole, quand ils me demandèrent mon passeport je faisais question de leur parler en français de manière à ce qu‟ils ne soupçonnent rien à mon sujet et face aux gendarmes tout simplement je leur répondais en français ce qui en résultait une rentrée clandestine en France avec du succès, une fois j‟étais à nouveau dans le train français et partit de Cerbère je respirais à fond et soulagé, puis, il ne me restait qu‟à régulariser ma situation une fois je serais à Paris. J‟avais déjà parlé à Santiago sur mon voyage en France et il m‟avait proposé que j‟aille vivre chez lui, à cause de mon orgueil je lui avait dit que j‟étais d‟accord provisoirement jusqu‟à ce que je régularise ma situation, aussi bien au sujet de mes papiers comme pour me trouver un travail. Je savais que je me trouvais en situation illégale, je me faisais du souci parce que je savais qu'en France on ne rigolait pas avec les lois et que peut-être ils pourraient m‟emmener à la frontière espagnole et me remettre aux autorités. Quelques jours après mon arrivée je suis allé me présenter à la police à Paris et je leur expliquais ma situation, on me demandait de bien vouloir attendre, un agent prenait toutes mes coordonnées de façon à ce que je puisse être contacté à n‟importe quel moment, il tapait à la machine un document provisoire qui expliquait que je m‟était déjà présenté aux autorités Françaises et me demandait de retourner la semaine suivante pour qu‟ils me communiquent leur décision, a savoir, si je pourrais ou 39


pas rester en France. La semaine suivante je m‟étais présenté à nouveau au bureau de police, j‟étais énervé et me faisais du souci, j‟avais déjà fait mes adieux à Santiago et sa famille, j‟étais convaincu que je ne rentrerais pas chez lui et que je serais ramené à la frontière, l‟agent de police me faisait asseoir et me demandait quelques instants pour que son chef puisse me recevoir, j‟étais loin de m‟imaginer ce qui allait se passer. On me faisait rentrer au bureau du chef de police: - Qu‟est-ce que vous faites en France si vous avez répudié la nationalité française? - C‟est vrai et j‟ai aussitôt regretté, je répondais - Je vais saisir votre passeport et votre carte d‟identité, vous êtes en situation irrégulière, vous n‟avez plus le droit de vous servir des papiers français, vous n‟êtes plus français. Voyons, vous avez déjà travaillé ici pendant quelques années quand vous étiez plus jeune? - Oui, c‟est vrai - Vous êtes espagnol, né à ....... Sitges. Quelle coïncidence, justement la semaine prochaine ma femme et ma fille partent à Sitges pour les vacances, vous connaissez bien cette petite ville?, il parait qu‟elle est très jolie, n‟est ce pas? - Bien sur que je connais, je suis de là-bas et je connais tout le monde (à ce moment je me 40


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suis aperçu que je pourrais faire quelque chose pour lui) Elles ont fait une réserve à l‟Hôtel Sofia, vous connaissez cet hôtel? Evidemment, puisque Natalia la propriétaire de l‟hôtel a appris le français avec ma mère qui lui donnait des leçons, si vous le voulez bien je peux lui téléphoner et lui dire de bien accueillir votre femme et votre fille, soyez certain que vous ne le regretterez pas

Quel hasard, notre entretien était sympathique et chaleureux, il demandait de suite que l‟on tape une carte de séjour provisoire pour régulariser ma situation et pouvoir rester en France, valide pour trois mois. Quand je l‟ai revu trois mois plus tard pour rénover ma carte de séjour provisoire je n‟avais pas eu de problème, j‟avais aussi voulu demander au chef de police au sujet des vacances de sa femme et fille, il me remerciât pour tout, après ça ce fut facile de continuer à résoudre ma situation et papiers, enfin je pouvais vivre en France, même comme étranger ça m‟était égal, c‟était bien mieux ainsi que de vivre en Espagne qu‟à cette époque était sous le régime de la dictature. Pendant que je régularisais ma situation en France j‟étais allé me présenter cette fois-ci au Consulat Espagnol à Paris, là les nouvelles étaient moins bonnes, ils faisaient des recherches pour savoir sur ma situation militaire et j‟étais considéré déserteur par les forces armés. Ils tapaient un document en demandant une indulgence, je me présentais régulièrement au Consulat deux fois par an, après deux années ils me concédaient l‟indulgence 41


et me dispensaient de me présenter aux forces armées, c‟est à dire, je pouvais à nouveau aller en Espagne sans avoir peur d‟être détenu et d‟aller en prison. Cette fois-ci je restais pour de bon en France, je travaillais dans la société à Santiago et je demeurais chez lui à Gournay sur Marne, le bureau était au soussol et nous habitions au rez-de-chaussée, mon autre frère Daniel qui était encore célibataire habitait là aussi. Je pensais toujours que ça ne marcherait pas de travailler avec des frères, mais à ce moment-là je n‟avais pas le choix. Je n‟oublierais jamais que ma belle soeur Rolande épouse à Santiago était une très bonne cuisinière, elle travaillait dehors, dans un bureau à Montrouge banlieue sud de Paris, comme secrétaire et s‟occupait aussi de la comptabilité et secrétariat de la société à Santiago. Moi, le dernier arrive en France je racontais tout le temps des blagues sur l‟Espagne, je mélangeais le français avec le catalan et ils n‟arrêtaient pas de rigoler, on se souvenait loin de Sitges des histoires sur notre enfance. Santiago quand c‟était la saison de chasse il partait tous les dimanches chasser avec ses deux chiens; un épagneul Breton qui s‟appelait Cartouche, et une cocker noir et blanc qui s‟appelait Katy, il rentrait toujours avec des perdreaux, faisants, canards sauvages, lapins et lièvres, pendant la semaine ma belle soeur les faisait cuire pour dîner et on les mangeait toujours accompagnés de bons vins. Pendant la semaine à midi on déjeunait Santiago, Daniel et moi seuls, mais le soir nous dînions tous ensemble avec ma belle soeur et mes trois neveux. Santiago aimait beaucoup boire, je ne puis dire s‟il est ou pas alcoolique, mais fréquemment il buvait 42


plus de ce qu‟il fallait. Quand arrivaient les tonneaux de vin qu‟il avait commandé c‟était moi qui était chargé de la mise en bouteille, j‟allais à la cave pour faire ce travail, ça m‟amusait parce que je pouvais boire à ma soif sans que personne s‟en rende compte, à la fin je disais toujours que j‟avais bu un peu rien que pour y goûter. Je ne suis resté que trois mois à la société de Santiago, il avait compris que voulais voler de mes propres ailes, j‟avais trouvé un boulot à Paris dans un bureau d‟études d‟installations de chauffage et plomberie. Je prenais le train tous les jours, mon travail était près de la Gare de L‟Est, et j‟allais au travail à pied, pendant quelques mois j‟avais pris l‟habitude pendant que j‟attendais le train, tôt le matin, de boire un café avec un pousse café au bistrot de la gare, je me justifiais en me disant qu‟il faisait froid et aussi parce que je devais être fort. À ce moment là, Santiago avait gagné de l‟argent avec sa société, à fin d‟investir de l‟argent il avait acheté un terrain dans une ville voisine pour y construire une maison pour mes parents, il joignait l‟utile à l‟agréable, investir son argent et aider mes parents, ma belle soeur était d‟accord parce qu‟elle avait toujours été ambitieuse, en ce qui concerne mes parents il faut dire que les relations entre elle et ma mère étaient parfois difficiles. Etant donné que j‟étais rentré en France, la situation de mes parents à Barcelona n‟était pas des meilleures, car, avec le peu d‟argent que je leur envoyais tous les mois et le petit salaire de ma soeur n‟étaient pas suffisants pour qu‟ils s‟en sortent, je 43


parlais souvent à Santiago et Daniel sur ce problème mais ils faisaient semblant de pas entendre et ignoraient cette question. Quand Santiago avait démarré les travaux pour construire le pavillon il avait dit à mes parents qu‟ils pouvaient venir en France avec ma soeur et ses filles, et ensuite il ferait quelque chose pour les loger. Au pavillon il n‟y avait que le sous-sol qui était prêt, il manquait le rez-de-chaussée et la toiture. Mes parents avaient prévenu qu‟ils allaient arriver à une date prévue, mes frères comme des irresponsables n‟étaient même pas allés à la gare pour les chercher, moi de mon coté j‟étais allé les chercher tôt le matin à la Gare d‟Austerlitz. Provisoirement ils étaient logés chez mes oncles au sous-sol et faisaient leurs repas à la buanderie. À cause de l‟euphorie de Santiago, mes parents avaient du supporter le mauvais caractère de mon oncle qui par sa nature était névrosé et il avait “une grande gueule”. Quelques jours plus tard j‟étais allé me joindre à mes parents, nous couchions tous les trois dans la même chambre du sous-sol, je savais que nous ne pouvions pas rester longtemps chez mes oncles et je n‟avais aucune idée de quand le pavillon serait terminé. Pendant ce temps-là ma soeur Odette attendait à Barcelona pour venir se joindre à nous avec ses filles dès qu‟on lui fasse signe. Je continuais toujours au même emploi, j‟avais fait des nouvelles relations et le directeur était satisfait de mon travail, peu de temps après j‟achetais une voiture pratiquement neuve avec 6.000 Km parcourus, c‟était une Fiat 124, je me sentais la personne la plus heureuse du monde, achetée avec mes économies 44


résultat de mon bon travail. Ma première voiture à Barcelona c‟était une Renault “Dauphine”, ma mère avait donné une caution comme garantie pour mon crédit et moi je payais les traites, cette fois-ci c‟était différent puisque j‟achetais cette Fiat comptant, je faisais des progrès. Daniel avait réussi que ses futurs beauxparents nous louent un étage de leur pavillon à Champigny sur Marne, à peu près à 20 Km de Gournay, encore une fois on déménageait avec mes parents à une nouvelle adresse en attendant que le pavillon de Champs soit finit. Sans plus de ressources, ma soeur était venu nous joindre au plus vite en France, la première semaine s‟était logé dans une chambre d‟hôtel avec ses quatre filles pendant que Santiago aménageait le sous-sol du pavillon en chantier pour qu‟ils puissent l‟habiter, nous y sommes allés aussi quand le pavillon était en “finitions”. Nous voila tous ensemble à nouveau, ma soeur avec ses filles dans le sous-sol bien aménagé e totalement indépendant, mes parents et moi au rez-de-chaussée, pour moi c‟était très bien ainsi car je gagnais bien ma vie et je faisais de progrès dans ma profession, j‟avais ma voiture et des beaux vêtements, quand j‟en avais envie je voyageais, j‟étais allé plusieurs fois en Hollande voir Ans, j‟avais même passé les fêtes de fin d‟année dans un des voyages, nous étions allés pour ce réveillon de Noël dîner dans un grand et fameux restaurant, il était demandé d‟être en tenue smoking, pour moi c‟était superbe, quelle différence avec la vie que je menais quand j‟étais petit, j‟étais satisfait avec moi même parce que j‟y étais arrivé. Comme c‟était à la mode à cette époque des 45


hippies, Ans fumait un joint et me proposait d‟en faire autant, je lui avais répondu que je ne touchais pas aux drogues, je discriminais les gens qui usaient des drogues “illicites” et je pensais qu‟ils devaient irrémédiablement terminer un jour en s‟injectant des doses aux bras dans un sous-sol sombre jusqu‟à leur mort, mais par contre je croyais qu‟avoir le plaisir de boire quelques drinks c‟était la meilleure chose qui existait au monde sans savoir jusqu‟où pourrait m‟emmener cette histoire. Le père à Ans un jour m‟avait dit qu‟il voulait parler avec moi en particulier, on était descendus au sous-sol où se trouvait son bureau qu‟il avait chez lui, il commençait à parler de moi et de sa fille Ans, il disait très clairement qu‟ils m‟aimaient beaucoup et que je serais un bon mari pour leur fille, j‟étais resté surpris parce que je n‟aimais pas leur fille et je n‟aurais jamais pensé me marier avec, mais malgré tout c‟était tentant à cause du luxe et de la richesse de cette famille, je n‟aurais jamais pu imaginer que ce monsieur pouvait me demander en mariage, pour sa fille bien entendu. Je ne lui répondais pas, j‟avais poursuivi notre conversation sans faire allusion au sujet du mariage. Cette famille était la deuxième fortune de Hollande, ils étaient très connus dans le monde des affaires car ils avaient des sociétés de construction navale, des scieries et dans l‟immobilier, tous les fils travaillaient avec leur père dans les affaires, j‟avais visité un jour une de leurs scieries, beaucoup de leurs matières premières étaient importées de Finlande et Suède, ils avaient de fours très grands pour sécher le bois. Mon ego se portait bien après avoir parlé avec le père à Ans, la vérité c‟était que mes sentiments purs 46


m‟empêchaient de tirer profit de cette opportunité, j‟aurais été d‟accord si j‟avais réellement aimé Ans, j‟avais bien pensé le pour et le contre et je concluais que si j‟avais reçu cette proposition qui seulement m‟intéressait qu‟à moitié, probablement pourraient apparaître d‟autres occasions dans le futur, après tout je n‟avais que 23 ans et j‟avais beaucoup de chemin à parcourir. Je changeais de travail pour un meilleur emploi, c‟était un bureau d‟études qui réalisait un projet approuvé par le président de la république de cette époque là, Mr. Georges Pompidou, il s‟agissait d‟un musé qui portait son nom et qu‟on appelait aussi de Centre Beaubourg, les bureaux étaient à Avenue Réaumur Sébastopol près du chantier, je participais du projet fait par les architectes Piano e Rogers, je faisais partie de l‟équipe d‟installations de plomberie, il y avait une très bonne ambiance car il s‟agissait d‟un consortium franco-britannique, deux à trois fois par semaine on avait l‟habitude de se réunir en fin de journée pour “ boire un pot ”, j‟étais toujours là au premier rang comme tous les habitués pour boire un bon whisky Ecossais. J‟avais travaillé dans ce bureau pendant six mois, pour moi c‟était une bonne référence pour mon curriculum, c‟était une oeuvre rare, toute la structure du bâtiment était en acier dont le poids total était le double de la “Tour Eiffel”, pour transporter les énormes poutres d‟acier depuis la Seine il avait fallu démolir entièrement un quartier, le fournisseur était Japonais, dans les grandes tuyauteries extérieures de l‟immeuble circulait continuellement de l‟eau de manière à se protéger en cas d‟incendie. 47


Mon prochain emploi était près de mon domicile où j‟habitais avec mes parents en banlieue est de Paris, à une vingtaine de kilomètres, c‟était à Chelles et nous habitions à Champs, à dix minutes en voiture, c‟était une petite société qui appartenait à deux frères qui avaient démarré leur affaire en étant plombiers, ils faisaient aussi des installations de chauffage et de l‟entretien. Je me suis joint à eux parce que les patrons connaissaient bien l‟ambiance sur les chantiers près des ouvriers, et moi j‟allais m‟occuper du bureau en faisant les projets, devis et des relations avec les clients. Quand j‟avais commencé dans cette boite ils faisaient seulement des petits chantiers et des pavillons, très rapidement nous faisions des gros chantiers d‟immeubles, on était devenus une grande boite pendant le temps que j‟avais travaillé avec eux, les patrons avaient beaucoup de confiance en moi et ils étaient même très reconnaissants, on avait même établi une amitié extra professionnelle, les patrons habitaient dans un grand pavillon où se trouvaient aussi les bureaux, le plus vieux frère s‟appelait Bernard, presque tous les jours en fin de journée m‟invitait chez lui pour boire un coup. Un an plus tard, je donnais continuité à mes ambitions personnelles, il s‟était présenté l‟opportunité d‟acheter un pavillon neuf dans un lotissement qui commençait à être construit à Thorinhy sur Marne à une dizaine de kilomètres de Chelles, j‟avais demandé un acompte à la société pour pouvoir payer un petit montant pur arrêter l‟affaire, en fait c‟était une somme raisonnable d‟argent que les deux frères m‟avaient prêté et que je devais leur rembourser sans intérêts, c‟était 48


mon prémièr achat d‟un pavillon et le plaisir était bien superieur à celui que j‟avais senti quand j‟avais achetté ma prémière voiture, dans moins d‟un an j‟allais habiter “chez moi” et emmener mes parents avec, bien sur. Ce fût une très agréable sensation pour moi, avec mes vingt-cinq ans j‟étais propriétaire d‟un pavillon neuf, il me fallait payer le crédit mais aussitôt finit le pavillon serait à moi. Le pavillon avait été livré à la date prévue, j‟avais les clefs en main et tout était pour déménager, les finitions étaient terminées. Nous avions déménagé avec mes parents, je n‟avais pas de meubles et je m‟en foutais complètement, j‟avais toute une vie devant moi pour acheter des meubles et faire les aménagements à mon goût, j‟avais l‟impression d‟avoir réussi mon dernier objectif dans ma vie et d‟avoir pu surmonter les problèmes de mon enfance. Petit à petit en prenant tout mon temps pendant les week-ends, je bricolais et faisais des petits travaux à la maison, étant donné que les quatre chambres étaient au premier étage et mon père ne pouvait monter les escaliers j‟avais raccourci le garage et aménagé une chambre avec salle de bains rien que pour lui, c‟était de plein pied au même niveau du rezde-chaussée et il n‟y avait aucun problème d‟accès avec sa chaise roulante. Je me souviens que le premier weekend après notre déménagement j‟étais monté sur la toiture pour installer l‟antenne de T.V., et étant donné que je n‟avais pas d‟électroménagers j‟en avais profité et j‟avais acheté des meubles de cuisine à encastrer ainsi que tous les équipements nécessaires, j‟avais construit un meuble bar au lieu d‟une table pour nos repas, j‟étais très heureux une fois les travaux terminés. J‟avais embauché au noir un maçon portugais pour construire la 49


clôture et les portails d‟entrée, j‟avais planté du gazon et fait les terrasses avec de l‟ardoise, sans oublier que je lui avais demandé de construire une cave pour y estoquer jusqu‟à 3.500 bouteilles, construite avec les techniques d‟un professionnel, j‟avais laissé de la terre battue au sol, aérée et fraîche avec température et humidité adéquates.

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Possédé par le coup de foudre, amour à vue L'amour ne presse pas, sans lui c'est impossible de vivre Le hasard n'existe pas, le destin était prédéterminé.

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e crois que nous avions déménagé avec mes parents à Thorigny le mois d‟avril ou mai de 1974, jusqu‟à la fin de cette année là je vivais une euphorie totale, je profitais de ma maison et l‟aménageais à mon goût tout doucement, je bricolais tous les week-ends et en fin de journée je m‟asseyais dans mon fauteuil pour voir la TV tout en prenant mes apéros. Mon chien “Vladimir” était celui qui profitait le plus du pavillon neuf. Je l‟avais acheté en 72 d‟un couple d‟éleveurs qui demeuraient près de la Tour Eiffel à Paris, c‟était un cocker spaniel golden pure race, quand on habitait à Champs il restait pendant toute la journée avec mes parents et moi je le sortais trois fois par jour pour faire un tour dans le quartier et pouvoir faire ainsi ses besoins. À Thorigny il y avait de l‟espace pour courir partout, il n‟y avait presque pas de voitures qui roulaient, seulement celles des résidents du lotissement, nous étions des privilégiés dans une colline avec une très belle vue panoramique, matin et soir je sortais faire un tour avec lui et pendant la journée ma 51


mère sortait aussi après l‟heure du déjeuner. Un soir pendant que l‟on faisait un tour dans le quartier, Vladi avait vu son pire ennemi; un chat, il était partit en colère après lui et il ne revenait pas, j‟étais rentré à la maison préoccupé à cause du froid et de la neige qui tombaient ces jours-là, énervé parce qu‟il ne m‟avait pas obéit et parti derrière le chat je pensais qu‟il était bon de lui donner une leçon, je fermais la porte du garage en sachant que s‟il revenait il allait rester dehors dans le froid et j‟étais parti me coucher. Je me réveillais tôt avec l‟intention de partir à la recherche de Vladi, quand j‟avais ouvert la porte du garage il était là, il me regardait et remuait sa queue, il était content de pouvoir rentrer à la maison qui était chauffée, derrière la porte à l‟extérieur il y avait un trou marron dans la neige, c‟était là qu‟il s‟était couché pendant la nuit dans le froid, j‟étais triste qu‟il ait passé la nuit dans le froid mais voila que tout finissait bien. J‟avais connu Gerard quand on travaillait ensemble dans le bureau d‟études près de Gare de L‟Est, il était rentré après moi, mais du fait qu‟il habitait aussi en banlieue est on avait finit par devenir des bons amis, une amitié durable jusqu‟à nos jours. Après quelques mois d‟être rentré dans la boite de Chelles j‟avais demandé aux patrons qu‟ils embauchent quelqu‟un pour m‟aider puisqu‟avec le développement des affaires augmentait aussi le volume de travail, avec leur habituelle confiance qu‟ils déposaient sur moi ils me donnèrent le feu vert pour que j‟embauche moi même un projeteur, et c‟était Gerard que j‟avais invité pour occuper le poste, et aussi parce qu‟il habitait à Chelles, là où se trouvait était la société. Avant mon 52


déménagement on était beaucoup sortis ensemble faire des brigues inoubliables, je connaissais bien sa famille, des gens travailleurs et sympathiques, ses parents m‟aimaient beaucoup, ils pensaient que leur fils travaillant avec moi et sortant ensemble je l‟emmènerait sur le bon chemin. Une fois nous étions partis ensemble pour la Hollande, on avait acheté en France des vins bon marché pour offrir aux gens qu‟on allait visiter, on savait que là-bas étaient connaisseurs de bière mais pas de vins. Une autre fois il était parti en “charter” à Bangkok et m‟avait ramené une statuette en bois typique de Thaïlande, enfin on avait toujours une bonne amitié et en plus on travaillait ensemble. Une autre occasion j‟avais cartonné ma voiture “Austin Morris” une nuit de java et de cuite, j‟étais simplement rentré dans un arbre, j‟avais eu perte totale sans aucune chance de ravoir la voiture et sans couverture de la part de l‟assurance, nous avions forgé une fausse déclaration d‟accident et la compagnie d‟assurances avait accepté, la seule perte que j‟avais eu c‟était mon bonus mais ils avaient payé toutes les dépenses pour réparer le véhicule. Un samedi en fin d‟après midi, exactement le 14 de décembre 1974, je recevais la visite chez moi de mon ami et collègue de travail Gerard, souriant comme toujours il était venu me demander si j‟avais envie d‟aller faire un tour pour dîner et boire quelques pots à Paris comme dans les bons vieux temps, j‟avais travaillé toute la journée et j‟étais fatigué, mais il m‟avait convaincu et nous étions partis avec ma voiture en direction à Paris. 53


Mon quartier préféré pour mes sorties c‟était toujours au “quartier latin”, où se réunissaient des intellectuels, étudiants et bohèmes, j‟aimais aussi aller à “Montmartre” à la place du Tertre, tout dépendait de ce que je chercher pour n‟amuser. Etant donné que l‟on habitait tous les deux en banlieue est, nous étions passés chez Gerard pour laisser sa voiture et on avait continué notre voyage à Paris, on avait opté d‟aller faire un tour à la Rue Saint Jacques, il était difficile de se garer là-bas un samedi soir, j‟avais garé ma voiture un peu plus loin en local interdit. On était rentrés dans un petit restaurant pour dîner, lui n‟avait pas faim et avait demandé un apéro pendant que moi je dégustais le dîner après une rude journée de travail chez moi. Après dîner on avait décidé d‟aller boire quelques pots dans les bistrots du quartier et finalement on était allé au “Caveau de la Huchette”, dans la rue qui porte son nom, c‟était une boite où se présentaient des musiciens de jazz de toutes les nationalités, on avait descendu au sous-sol pour apprécier un peu la musique, il y avait une table vide où Gerard s‟était assis aussitôt pendant que moi j‟allais jusqu‟au comptoir chercher des demis de bière. Quand j‟étais revenu à la table avec les boissons Gerard m‟avait dit qu‟à la table à coté il y avait deux filles étrangères qui parlaient l‟espagnol, il m‟avait fait comprendre que je devais les aborder car de sa part il ne parlait que l‟anglais et bien sur le français. On avait commencé à bavarder avec les filles et Gerard e disait, Xavier débrouille toi car je ne comprends rien, notre table était placée plus haut que celle des filles, à une cinquantaine de centimètres, et la table des filles était en 54


bordure de la piste de danse. Finalement j‟invitais l‟une des filles pour danser, je me suis aperçu qu‟elle ne parlait pas l‟espagnol couramment et je trouvais cela bizarre, enfin elle me disait qu‟elle était sud-américaine et me laissait deviner de quel pays. Finalement je devinais quand j‟avais dit “le Brésil”, je lui posais la question si elle était ou connaissait Rio de Janeiro et elle me répondait qu‟elle connaissait Rio mais qu‟elle était de São Paulo, je n‟avais jamais entendu parler de cette ville, pour moi le Brésil était synonyme de Rio de Janeiro. Dans mon adolescence j‟avais vu des films comme Orfeo Negro et d‟autres policiers où toujours les voleurs terminaient à Rio de Janeiro pour dépenser l‟argent qu‟ils avaient volé ou détourné. Mise à part cette agréable soirée j‟avais toujours eu intérêt de connaître des nouveaux pays et de voyager par le monde, à peu près deux ans auparavant je voulais partir dans une colonie française, exactement à Noumea dans le Pacifique. Pendant que la fille me parlait du Brésil mon imagination commençait à me faire voyager et rever, la fille s‟apellait Augusta, je n‟arretais pas de lui poser des questions sur son pays et ce qu‟elle faisait si loin de chez elle, elle me répondait qu‟elle tenait un restaurant dans un club à São Paulo, qu‟elle avait travaillé dur pendant les derniers temps et qu‟elle était en voyage en Europe un peu pour connaître, se reposer mais aussi pour faire quelques cours de perfectionnement, elle venait d‟arrivée à Paris le même jour ou la veille et se logeait à la Cité Universitaire, son voyage ne s‟arrêterait pas à Paris, c‟était un long voyage d‟une durée d‟à peu près six mois, elle visitait 55


Portugal, Espagne, France, Suède, Angleterre, Allemagne et Italie. Je m‟intéressais sur tout ce que la fille racontait, elle était très sympathique et souriante, bien élevé et d‟un bon niveau intellectuel, elle était très sensible et avait l‟air de bien s‟amuser et être bien dans sa peau, le fait qu‟elle était de si loin créait en elle une attraction, il me semblait à ce moment là être très distant de mes problèmes et de mon passé, Augusta était entrain de me contaminer avec sa façon de vivre te de voir les choses. Pendant ce temps là Gerard draguait l‟autre fille qui était libanaise et qui s‟appelait Nurai. De mon coté je restais avec Augusta soit en dansant ou assis à sa table, mais toujours en bavardant et lui posant des questions. Je ne sais pas pourquoi, mais à partir d‟un certain moment j‟avais préféré ne plus boire de boisson avec de l‟alcool, peut-être parce que ce soir là j‟avais déjà bu ce qu‟il fallait mais aussi parce que je voulais écouter ce que Augusta avait à ma dire, Gerard n‟en revenait pas de me voir tout à coup entrain de boire un jus de fruits. Pendant notre conversation avec Augusta j‟imaginais être entrain de voir la Baie de Guanabara, Corcovado, Pain de Sucre etc. Je croyais que je vivais un rêve, le temps passait très vite et s‟en nous en rendre compte il était déjà trois heures du matin, je leur avais proposé de les ramener jusqu‟à la Cité Universitaire, le seul détail c‟est que quand nous étions allés chercher ma voiture elle n‟était plus là, je supposais que je devrais aller jusqu‟au commissariat de police car je savais bien que j‟avais mal stationné et que ça me coûterait une amende si je voulais la récupérer. C‟est 56


bien ce qu‟il était arrivé, on avait marché à pied jusqu‟au commissariat je payais une amende et les frais pour libérer la voiture, on les ramenait chez elles et on était rentrés chez nous. J‟avais donné rendez-vous à Augusta pour le lendemain, on irait à 16 heures jusqu‟à la Tour Eiffel pour prendre un thé. Ce dimanche là j‟avais peu de temps pour dormir quelques heures, déjeuner et aller à Paris à nouveau pour rencontrer Augusta. La veille au soir, malgré le problème avec ma voiture, avait été formidable, j‟avais envie de revoir Augusta, l‟âpres midi comme convenu nous nous étions rencontrés et allés à la Tour Eiffel, malgré mon vertige nous étions montés au premier étage pour aller au restaurant, encore une fois je ne buvais pas de boisson alcoolisée et notre conversation était très intéressante, je sentais que “quelque chose” m‟attirait en Augusta sans savoir exactement le quoi. Nous terminions la journée ensemble flirtant et nous connaissant mieux, elle devait aller la semaine suivante à Aix en Provence où elle rencontrerait une amie brésilienne qui était marié à un français et qui habitaient là-bas. Elle m‟avait dit qu‟elle allait rentrer à Paris après les fêtes de fin d‟année et que dès qu‟elle serait rentré elle m‟appellerait pour qu‟on se voit à nouveau, très honnêtement je n‟y croyais pas du tout car mes expériences antérieures m‟avaient bien montré comment ça se passaient les aventures d‟un ou deux jours. Cette rencontre avec Augusta m‟avait beaucoup marqué, cela signifiait que j‟étais intéressé en elle sans comprendre réellement pourquoi. Je continuais à travailler normalement ces jours avant les fêtes de fin 57


d‟année, je ne sais pas pourquoi mais je n‟arrivais pas à oublier ce fameux samedi soir et dimanche où j‟avais connu Augusta, est-ce que j‟aurais tout simplement rêvé ce qu‟il c‟était passé?. Je me souviens très bien que pendant une semaine quand je rentrais du boulot à Thorigny je ne parlais presque pas à mes parents, je m‟étais isolé dans mon monde en pensant à la fille qui disons en passant était presque trois ans plus vielle que moi. J‟avais acheté un disque de Jorge Ben que j‟écoutais tous les soirs quand je rentrais chez moi. Ma mère s‟en était aussitôt aperçu que mon comportement était plutôt bizarre, elle se faisait du souci à mon sujet et en avait même parle à sa soeur Nono. Après les fêtes de fin d‟année, pendant les premiers jours de janvier à mon travail quelqu‟un m‟appelait au téléphone, c‟était Augusta, elle me disait qu‟elle était rentré de son voyage, je n‟en revenais pas, surpris et émotionné parce que je ne croyais pas qu‟elle prendrait contact à nouveau, nous prenions un nouveau rendez-vous. Nous étions sortis ensemble plusieurs fois et on était passionnés tous les deux, on avait créé une relation honnête, sincère et transparente, on découvrait que nous nous aimions, un samedi soir nous étions allés pour assister un show brésilien à Paris avec la participation de chanteurs de musique brésilienne, mais malheureusement lorsque nous étions arrivés il n‟y avait plus de places. Comment terminerait ce roman si elle n‟était que de passage en France?, elle devait encore visiter d‟autres pays et le temps était court pour tout faire. J‟avais invité Augusta pour qu‟elle vienne vivre avec moi à Thorigny, sans me soucier beaucoup sur 58


combien de temps elle allait rester à cause de poursuivre son voyage, en ce qui concernait mes parents ça serait simple, ils pourraient aller chez ma soeur Odette qui avait réussit avoir un appartement pour elle et ses filles dans les HLM avec l‟aide de l‟assistante sociale. Augusta était d‟accord, mais avant j‟avais voulu la présenter à mes parents un dimanche après midi, elle était venue pour les connaître tout en connaissant un peu sur ma vie, nous avions passé un bon dimanche ensemble et elle avait beaucoup plu à mes parents, spécialement mon père qui ne causait pas beaucoup. Quelques jours plus tard me parents étaient allés chez ma soeur sans savoir si ça serait en définitif ou pas, seulement Vladi était resté avec moi. Au début du mois de février j‟étais allé à la Cité Universitaire à Paris, je prenais les bagages à Augusta et elle avec et nous allions à Thorigny. Notre relation allait de mieux en mieux, et à cause des cours qu‟elle devait suivre à Paris, elle avait opté de rester le plus de temps possible en France et de terminer son voyage aux autres pays en seulement quelques jours, puisque dans son billet d‟avion étaient prévues les destinations mais les réserves n‟étaient pas faites, pourtant nous allions pouvoir rester quelques cinq mois ensemble. C‟était un grand moment pour nous deux, nous nous connaissions mieux à chaque jour et nous nous connaissions mieux sous tous les aspects, le temps passait vite, elle représentait pour moi la liberté et la “libération d‟un passé noir et des routines de tous les jours comme si j‟étais un robot”, je voulais “vivre la vie”. J‟allais travailler et Augusta prenait le train pour 59


aller à Paris tous les jours, le soir nous nous rencontrions à nouveau dans notre “nid”. J‟avais présenté Augusta à mes frères, au boulot et à mes amis, tous l‟aimaient bien et s‟étaient aperçus que notre relation était sérieuse. Pendant ce temps que nous étions restés ensemble chez moi à Thorigny j‟en avais profité pour mobilier et décorer notre chambre et les intérieurs, on avait fait des projets pour rester ensemble pour toujours et elle était disposée à rentrer au Brésil et puis revenir en France définitivement. Notre chambre était très bien arrangée, on avait mis une grosse moquette bleu royale, on aurait dit qu‟on marchait sur un coussin, le papier peint était bleu ciel avec des petits dessins et j‟avais acheté un grand lit très moderne avec des meubles du même style qui étaient installés tout au long des murs, le tout en laqué blanc, notre lit avait deux mètres de large et on pouvait régler le sommier en hauteur aussi bien la tête que les pieds. Pour la salle à manger et séjour j‟avais demandé à Augusta de mettre quelques idées sur un papier, elle avait fait des dessins en perspective avec des meubles et des rideaux. Le temps était passé très vite, le jour du départ d‟Augusta s‟approchait, je m‟ennuyais d‟elle avant l‟heure. On avait combiné que comme moi je voulais beaucoup connaître le Brésil, si elle partait en juin et terminait son voyage dans les autres pays d‟Europe elle arriverait au Brésil en juillet, et moi j‟irais la voir en octobre et passerais quatre ou cinq semaines avec elle et on rentrerait ensemble. Nous étions entrain de vivre une vraie passion, moi avec vingt-sept ans et elle avec trente, on savait ce 60


que l‟on faisait, on n‟était plus des gamins. Je l‟avais remmené à l‟aéroport pour son départ, quand nous avions fait nos adieux nous avions dit, à bientôt. J‟allais rester seul avec mon chien Vladi dans la grande maison, je trouvais que c‟était mieux de l‟emmener tous les jours à l‟appartement où habitaient mes parents, et le ramener le soir à la maison. Mes parents avaient réussi avoir très rapidement un appartement dans le même ensemble d‟immeubles HLM où habitait ma soeur, parfois il m‟arrivait d‟aller déjeuner chez eux, le soir je dînais et rentrais à la maison avec Vladi à Thorigny, je me souviens qu‟il s‟assoyait à coté de moi dans la voiture et restait là assis pendant qu‟on roulait, quand on prenait un virage il s‟inclinait soit à droit ou à gauche comme si c‟était lui qui conduisait, je trouvais ça très amusant parce qu‟il y avait pas mal de virages et avec la vitesse il était tout le temps penché. Entre mon pavillon à Thorigny, Champs où habitaient mes parents et Chelles où je travaillais, tout était à proximité sur un rayon de dix ou quinze kilomètres. La vie continuait, Augusta m‟envoyait des cartes postales depuis toutes les villes et pays qu‟elle visitait, en m‟envoyant de milliers de bises. Quand elle était arrivée au Brésil, il lui avait fallût expliquer à sa famille sur son voyage et notre relation. On continuait à s‟écrire régulièrement même parfois deux ou trois lettres par semaine, quand je rentrais le soir à la maison j‟allais directement à la boite aux lettres pour vérifier s‟il y avait une lettre à Augusta, c‟était une phase amusante parce que je savais que j‟allais la revoir en octobre, mais l‟attente était longue. 61


J‟avais acheté mon billet d‟avion après avoir vérifié pas mal les prix, j‟avais opté pour un vol “charter” qui à cette époque là commençaient à être connus, je me souviens que j‟avais payé en 1974, 3.700 Francs aller et retour avec des dates réservées d‟avance. Pour devenir le voyage plus émotionnant je prendrais l‟avion à Paris à l‟aéroport d‟Orly avec destination Zurich en Suisse, où je voyagerais par la Swissair sur un vol Zurich-Rio de Janeiro avec une escale à Dakar, Côte d‟Ivoire en Afrique. Quelques semaines avant mon voyage Augusta me demandait dans une de ses lettres, ce que je pensais si on se mariait, même si ce n‟était qu‟un mariage religieux à l‟église au Brésil, ça serait une manière pour que sa famille puisse justifier son départ en France visà-vis les gens, je ne pense pas qu‟ils l‟auraient influencé pour qu‟elle vérifie mes vraies intentions, on n‟avait jamais parlé de mariage, ce que l‟on voulait c‟était que notre relation continue comme elle était et vivre ensemble près l‟un de l‟autre. Nous avions tous les deux une mentalité à ne pas être comme la plupart de gens où il fallait suivre rigoureusement les formalités traditionnelles et les traditions. Je lui avais répondu que ça m‟était égale, si elle croyait que ça serait bien pour elle et sa famille je n‟y voyais aucun inconvénient de me marier à l‟église au Brésil. On s‟était donc mis d‟accord là dessus, on se marierait d‟abord à l‟église et si on voulait on pourrait se marier l‟année suivante au civil à Thorigny, je savais qu‟on allait se marier à l‟église mais je n‟avais aucune idée sur la date. Ma date de départ de Paris c‟était le dimanche 19 octobre et l‟arrivée à Rio de Janeiro le lundi 20 tôt le 62


matin, même en voyageant tout seul j‟avais beaucoup de bagages parce que des amis à Augusta que je ne connaissais même pas, ils avaient demandé que je leur apporte des choses qu‟on ne trouvais pas au Brésil, j‟étais chaudement habillé pour le départ mais avec des vêtements d‟été en dessous pour mon arrivée au Brésil, veste sport, pantalon Jeans blanc avec une chemise à manches courtes. Les nuits qui précédaient le voyage je les avais mal dormis à cause des nerfs et anxiété, en plus à la veille du jour de départ, samedi, mon frère Daniel devait aller à un mariage avec sa femme Luisa, il m‟avait demandé si je pouvais rester avec sa fille Nathalie dans son appartement il m‟avait dit qu‟ils n‟allaient pas rentrer tard, résultat, ils étaient rentrés tard dans la nuit, j‟avais donc peu dormi et je voyageais le soir. Nous avions décollé de Paris avec un avion pour moyenne distance, mais à Zurich j‟embarquais dans un DC-10 avec destination Rio et escale à Dakar. Je voyageais pour la première fois dans un grand avion comme celui-ci, j‟avais réservé un siège coté couloir dans une rangée latérale, il n‟y avait que deux sièges, le passager voisin pouvait regarder par le hublot, c‟était une dame suisse qui allait rendre visite à sa fille qui était mariée avec un argentin et qui habitaient en Argentine, c‟était un voyage de onze heures de vol, cinq jusqu‟à Dakar plus six jusqu‟à Rio de Janeiro, ces vols étaient toujours pendant la nuit et on pouvait parler un peu, lire, dîner et voir un film. Avec une escale c‟était moins fatigant que les vols directs avec beaucoup d‟heures à la filée, je me souviens qu‟il y avait dans la pochette postérieure du siège avant un prospectus de la compagnie aérienne avec une carte, je m‟amusais en 63


traçant avec un stylo deux lignes droites, une entre Zurich et Dakar et l‟autre entre Dakar et Rio de Janeiro, j‟avais divisé le première ligne en cinq parties et la deuxième en six, et regardant constamment ma montre je pouvais avoir une idée d‟où on se trouvait et sur quel pays on était. J‟étais très tendu et anxieux pendant le voyage, j‟allais réaliser un rêve, je buvais pas mal de whisky et fumais, pas de question de dormir. Ils annonçaient par les hauts parleurs qu‟on allait atterrir à Dakar, extra, j‟allais marcher sur le sol d‟un autre continent et plus tard je pourrais raconter que j‟avais été en Afrique. Quand l‟avion s‟était arrêté complètement ils avaient autorisé qu‟on descende pour marcher un peu dans le hall de l‟aéroport, j‟étais des premiers en file pour descendre pendant que l‟hôtesse ouvrait la porte, ils approchaient une échelle et on descendait, quand j‟étais sorti de l‟avion je respirais une touffe d‟air chaud et j‟avais l‟impression que je rentrais dans un four à l‟air libre. Même après cinq heures de voyage l‟anxiété ne me quittait pas, je regardais tout et tous, ces visages africains n‟étaient pas une nouveauté pour moi parce qu‟en France il y avait beaucoup d‟immigrés du continent africain, dans la plupart des pays africains on a toujours parlé le français puisque la France a toujours eu des intérêts dans ce continent. J‟en avais profité pour boire quelques bières et faire un tour dans les boutiques du Free-Shop, tout était pratiquement vide parce que c‟était en pleine nuit. On nous appelait pour l‟embarquement et on suivait en direction à Rio de Janeiro. Le prochain arrêt était Rio de Janeiro, il suffisait de traverser l‟atlantique pendant trois heures et 64


on volerait sur territoire brésilien. L‟euphorie continuait, je n‟avait pas dormis pendant tout le voyage ni je l‟aurais réussi même si je l‟avais voulu, plus tard on nous servait le petit déjeuner, et finalement une heure plus tard on allait atterrir à l‟aéroport international du Galeão qui venait d‟être construit. Pendant cette deuxième et dernière partie du voyage j‟avais vu le lever du soleil, un spectacle merveilleux, la veille il faisait nuit à Paris et le soleil se levait dans les tropiques de l‟Amérique du Sud. D‟après mes calculs on volait sur le territoire brésilien (d‟ailleurs on pouvait voir de là haut la forêt amazonienne), j‟allais constamment jusqu‟au couloir des toilettes pour jeter un coup d‟oeil par le hublot de la porte latérale et admirer le beau paysage, j‟étais curieux de savoir comment ça serait en bas au sol, on volait des heures et on était toujours au Brésil, enfin, un continent. Comme tout étranger qui allait pour la première fois au Brésil je pensais que à proximité de l‟aéroport il pourrait y avoir des crocodiles et d‟autres animaux sauvages. Dès qu‟on avait finit de prendre le petit déjeuner on retirait les plateaux rapidement parce qu‟on allait poser à Rio, ils annonçaient par les hauts parleurs que les passagers mettent leur ceinture de sécurité sans les enlever après l‟atterrissage tant que l‟avion ne soit pas totalement arrêté, j‟avais ignoré le message et j‟étais allé jusqu‟à la porte pour regarder à nouveau par le hublot à basse altitude la Baie de Guanabara, par hasard la tour de contrôle donnait des instructions au commandant de bord de faire quelques tours pour gagner du temps parce qu‟il y avait beaucoup de trafic, à cette heure là arrivaient des vols des quatre coins du monde, le pilote 65


sans le savoir était entrain de me faire un superbe cadeau, il volait plusieurs fois sur Rio à basse altitude, je pouvais tout voir, c‟était une journée très ensoleillée, la mer verte, les petites montagnes (morros), le pain de sucre et le Cristo Redentor avec ses bras ouverts, j‟étais avec la chère de poule et très émotionné, ça donné envie de pleurer de joie. Quelqu‟un me tapait sur mon épaule, c‟était l‟hôtesse, elle m‟avait engueulé parce que j‟étais là où il fallait pas et debout au lieu d‟être assis comme tout le monde avec ma ceinture de sécurité, je m‟étais mis à rire parce que j‟avais réussi à voir ce que je voulais, mais je reconnaissais qu‟elle avait tout à fait raison. Une fois que l‟avion s‟était posé au sol je regardais par le hublot de ma voisine et j‟essayais voir tout ce qu‟il y avait autour de la piste d‟atterrissage, je voyais des petits avions à hélices, d‟autres des forces armées, il me semblait voir un film, tout était du nouveau pour moi, j‟étais à Rio de Janeiro, au Brésil, en Amérique do Sud. Au débarquement je n‟avais pas eu de problème pour passer aux douanes, je sortais de l‟aéroport et à la fin du couloir je la percevais, c‟était Augusta qui m‟attendait avec ses bras ouverts, j‟avançais et je la rejoignais, c‟était un moment très attendu par tous les deux, on s‟embrassait longuement. Elle était arrivé à Rio deux jours avant et était logée chez Mr. Almeida, des amis à sa famille qui habitaient à Jacarepaguá dans la banlieue de Rio, il y avait aussi Mr. Almeida déjà un peu âgé, un ami à lui qui était là pour conduire sa voiture et Augusta, enfin un vrai comité de réception, on avait chargé mes bagages dans sa voiture et me demandaient si je voulais me reposer ou faire 66


quelques tours à Rio pour connaître un peu jusqu‟à l‟heure du déjeuner, j‟avais préféré la deuxième option. Avec un soleil splendide et un ciel bleu on commençait notre promenade en voiture pour connaître les belles plages, on s‟était arrêtés à la gare routière parce que Mr. Almeida voulait à n‟importe quel prix que je goûte au petit café brésilien, on continuait la promenade près des plages, c‟était un lundi et j‟en croyais pas mes yeux de voir autant de monde sur les plages, j‟avais demandé si les gens ne travaillaient pas et si c‟était normal, on me répondait aussitôt; “les cariocas (habitants de Rio) vont à la plage et au travail tous les jours”, je me mis à rigoler, franchement j‟étais persuadé que j‟étais arrivé au paradis. Nous étions allés jusqu‟au Corcovado en voiture, j‟étais impressionné par la beauté du paysage et la vue panoramique sur Rio, je filmais tout ce qui bougeait, et aussi le Cristo Redentor. Mon programme pour la première journée était de faire quelques tours rapides de façon à ce que je puisse avoir une idée du site, déjeuner, me reposer l‟âpres midi et aller dîner le soir avec Walter le fils à Mr. Almeida qui avait notre âge, et puis nous irions prendre l‟autobus avec couchette qui nous amènerait jusqu‟à São Paulo. Après le Corcovado nous étions allés directement à Jacarepaguá et je connaissais la femme à Mr. Almeida, ils habitaient dans un ensemble résidentiel privé où il n‟y avait que des maisons individuelles, il faisait une chaleur épouvantable, c‟était presque l‟heure de déjeuner, je me rafraîchissais un peu pour me détendre, quand ils avaient prévenu qu‟on pouvait passer à table j‟avais demandé à Augusta si au Brésil on ne buvait pas l‟apéritif, ce que je voulais à ce moment là 67


c‟était boire une bonne dose de whisky pour fêter cet événement, pour moi tout était toujours un bon motif pour boire un coup, immédiatement on me servait l‟apéritif, on déjeunait mais je n‟avais pas faim, la chaleur et le menu étaient totalement différents de mes habitudes. Je m‟étais reposé quelques heures dans l‟âpres midi, plus tard arrivaient Walter et sa femme Lenita, on avait bu une bière, on s‟était habillés et ensuite nous partions pour dîner, je me souviens que nous étions passés sur le pont Rio/Niterói, le restaurant avait une très belle vue sur Rio, Walter était un bon buveur et me faisait goûter ma première “caipirinha” de ma vie, j‟en avais la chère de poule tellement ça m‟avais donné du plaisir, avec la chaleur qu‟il faisait ça tombait très bien, on avait dîné essentiellement des fruits de mer et du poisson arrosés avec pas mal de bières, c‟était un dîner inoubliable. On avait laissé nos bagages dans la voiture pour pouvoir aller directement à la gare routière pour prendre l‟autobus, ainsi, après le dîner à peu près à minuit on prenait l‟autobus avec Augusta pour São Paulo. Pendant ce voyage encore une fois je ne fermais pas l‟oeil, d‟une part parce que je n‟arrivais pas à dormir dans un véhicule et d‟autre part parce que j‟étais très excité, même étant la nuit je regardais par la fenêtre car j‟étais curieux et je voulait voir tout ce qu‟il serait possible même dans le noir. On arrivait à la gare routière de São Paulo tôt le matin et on prenait un taxi qui allait nous amener jusqu‟à chez Augusta, je me souviens que comme on parlait l‟espagnol le chauffeur devait penser qu‟on était des touristes et avait fait un itinéraire plus long, à ce moment là Augusta lui avait fait la remarque et il 68


prenait immédiatement le bon chemin pour arriver jusqu‟au quartier de Pompéia. Sa mère sortit de chez elle aussitôt qu‟elle avait vu que le taxis s‟arrêtait devant la porte, elle se présentait et me souhaitait la bienvenue. Quand on était rentrés la table était mise à la salle à manger avec un copieux petit déjeuner, à ce moment là j‟étais vraiment très fatigué et j‟étais parti dormir dans la chambre à Augusta. Vers une heure de l‟âpres midi on m‟appelait pour déjeuner, Augusta me disait que toute sa famille était là pour me connaître et aussi pour déjeuner ensemble, son frère Elpidio et sa femme, oncles, enfin, dix ou quinze personnes étaient là dans la salle à manger lorsque j‟étais descendu après avoir pris une douche, je ne parlais pas un mot de portugais, j‟apprenais tout de suite à dire “tudo bem?, prazer” (ça va?, enchanté), quand j‟avais fait la bise aux hommes de la famille ils n‟y comprenaient rien puisque ça ne faisait pas part de leurs habitudes, je m‟apercevais tout de suite qu‟au Brésil n‟avaient pas l‟habitude de le faire. Nous avions passés à table, le père à Augusta sachant que j‟étais un bon buveur de vin il avait acheté une caisse de vin vert portugais, je n‟avais jamais goûté ce type de vin et je n‟avais pas apprécié, je préférais boire de la bière. Le lendemain, mardi, c‟était l‟anniversaire du père à Augusta, et enfin j‟apprenais que le samedi vingt-cinq on allait se marier à l‟église dans la chapelle de la PUC Pontifícia Universidade Católica, car elle avait étudié dans cette université et connaissait le prêtre, une surprise après l‟autre, Augusta me disait qu‟elle m‟avait envoyé le faire part par courrier en France, mais moi je ne l‟avais jamais reçu. 69


Les premiers jours qui suivirent mon arrivée les visites de familiers et amis à Augusta n‟arrêtaient pas, c‟était une après l‟autre, je n‟arrivais pas à comprendre comment elle pouvait connaître autant de monde, je ne parlais pas le portugais et je prêtais attention à ce qu‟ils disaient pendant leurs conversations afin de découvrir de quoi ils parlaient, de temps en temps Augusta me traduisait ce qu‟ils disaient. Etant donné que je n‟avais pas apporté des vêtements adéquats pour mon mariage, nous étions allés acheter des vêtements et chaussures. Le mariage était le samedi à quatre heures de l‟âpres midi, Augusta était partie aussitôt après le déjeuner pour aller chez le coiffeur et se préparer pour la cérémonie, on s‟était donné rendez-vous à l‟église. J‟étais habillé avec un pantalon marron foncé, chaussures de la même couleur, veste et chemise beige et un noeud papillon bleu turquoise de la même couleur que la robe à Augusta, elle habillait aussi un grand chapeau très beau toujours bleu turquoise. Ce jour-là très important pour moi pendant que je me préparais pour le mariage mon verre toujours plein de whisky était à coté de moi, mon futur beau-frère Elpidio m‟emmenait avec sa voiture jusqu‟à la PUC, c‟était assez près du quartier Pompéia, j‟attendais à l‟autel jusqu‟à ce que Augusta arrivât avec son père, c‟était un mariage très différent et sortait de la routine traditionnelle, car c‟était une petite chapelle d‟architecture coloniale, il n‟y avait pas beaucoup de monde et quand Augusta s‟approchait de l‟autel avec son père on jouait de la musique baroque d‟une bande à la mode qui s‟appelait Armorial. C‟était une cérémonie très émotionnante, moi debout au pied de l‟autel dans 70


un autre pays à quatorze mil kilomètres de chez moi sans aucun de mes familiers pour près et sans parler un mot de portugais, mais voila que tout ce passait très bien, une fois terminée la cérémonie on était allé au jardin où tous les participants venaient à notre rencontre pour nous féliciter, et moi encore une fois disant “tudo bem?, prazer”. Ils avaient organisé une fête dans le même quartier à une centaine de mètres de la PUC, on pouvait même y aller à pied, c‟était dans une grande salle commune de fêtes dans l‟immeuble où habitait une amie à Augusta, tout été très bien organisé, c‟était une belle fête avec beaucoup de boissons, gâteau de mariage et champagne. Après la fête nous étions partis chez Augusta pour changer nos vêtements, il arrivait encore des gens pour nous féliciter et qui n‟avaient pas pu se rendre à l‟église pour une raison quelconque, en fin de soirée quelqu‟un nous avait emmenés jusqu‟à l‟hôtel Cá D‟oro que nous avions réservé pour cette nuit au centre ville. Le jour suivant depuis notre chambre on écoutait des bruits dans la rue, je regardais par la fenêtre de la chambre de l‟hôtel, c‟était un défilé mais je ne savais pas de quoi il s‟agissait. On était descendus et on se mélangeait à la foule, c‟était João do Pulo (un athlète qui venait de gagner une médaille d‟or) qui défilait en ville sur une voiture des pompiers. Nous avions prévu de faire un voyage jusqu‟à Salvador dans la région de Bahia, les parents à Augusta nous l‟avaient offert comme cadeau de mariage, pour eux ça représentait notre voyage de noces, je n‟était pas sûr qu‟ils sachent que nous habitions ensemble en 71


France, mais en tout cas j‟allais faire ce voyage et connaître Bahia. On était logés chez une amie à Augusta qui était médecin, on avait fait le voyage en autobus avec couchette, je crois que nous étions restés là-bas une dizaine de jours, nous étions aussi allé à l‟île de Itaparica, on avait mangé le typique “acarajé”, et j‟avais bu un jus d‟ananas comme je n‟avais encore jamais bu de ma vie, délicieux. Núbia l‟amie à Augusta nous avait très bien reçu chez elle, nous étions aussi allés à des fêtes dans des clubs privés, on avait visité le marché central où j‟avais acheté une peau de vache que plus tard j‟utiliserais chez moi à Thorigny, un soir nous étions allés voir un spectacle et on avait apprécié une démonstration de capoeira. De retour à São Paulo nous avions encore fait un petit voyage dans le littoral nord de São Paulo, on visitait Campos de Jordão, Ubatuba et Caraguatatuba, on avait fait ce voyage avec la voiture à Armando (le cousin à Augusta) ce qui nous avait permis de nous déplacer facilement et admirer les belles plages. On commençait à préparer le voyage de retour en France, pour Augusta ça serait un grand changement parce qu‟elle allait vivre là-bas définitivement. Pour son voyage de retour elle avait réussi avoir une place dans le même vol que moi par la Swissair, on était partis de São Paulo avec la voiture à Armando et nous étions allés jusqu‟à Taubaté où il travaillait et habitait, je me souviens très bien qu‟il faisait nuit et sur l‟autoroute Via Dutra Augusta admirait le beau ciel bleu avec des petits nuages blancs, elle disait que les petits nuages ressemblaient des petits moutons. On était restés à Taubaté une journée et on restituait la voiture, après 72


nous avions suivi jusqu‟à Rio en autobus. À Rio nous avions passé encore une journée chez Walter à Jacarepaguá et le soir nous embarquions à l‟aéroport du Galeão pour rentrer en Europe. Surprise, l‟avion de la Swissair était en panne et ils avaient supprimé le vol, on nous avait mis à l‟Hôtel Gloria jusqu‟au jour suivant pour le compte de la compagnie aérienne, le voyage de retour faisait le même parcours que pour l‟aller, Rio de Janeiro/Dakar/Zurich, pendant l‟escale en Afrique Augusta avait acheté une belle robe longue vert et jaune. Une fois arrivés à Zurich j‟en avais profité pour appeler à Daniel pendant qu‟on attendait la connexion pour lui expliquer ce qui était arrivé et justifier notre retard, il avait déjà été prévenu par la compagnie aérienne. On arrivait à Paris, Daniel et Luisa nous attendaient à l‟aéroport, au total j‟avais passé cinq semaines au Brésil, tout le monde nous regardait parce que on était très bronzés, c‟est évident qu‟à la fin novembre à Paris c‟était choquant de voir des gens bronzés puisque surplace il faisait très froid. Nous étions rentrés à la maison à Thorigny, c‟était bon de rentrer finalement à notre “nid”. Nous étions allés voir mes parents, soeur et nièces et on ramenait Vladi chez nous. La vie reprenait son cours normal. Au mois de mai 1976 on se mariait à nouveau, cette fois-ci au civil à la Mairie de Thorigny. Après la cérémonie nous étions rentrés à la maison pour faire un repas avec toute ma famille réunie, ils étaient tous là sauf mon frère José Maria et sa femme, malheureusement encore une fois il allait y avoir des histoires, les engueulades provoquées 73


par l‟alcool avaient fait que mes frères, belles soeurs et beau frère dépassent leurs limites et se bagarrent verbalement, j‟avais justement laissé mon magnétophone branché, c‟étaient quatre heures de discussions à haute voix, Augusta avait beaucoup pleuré et se sentait offensée par le non respect de notre mariage, il s‟agissait d‟une famille très différente par rapport à la sienne, et qu‟à cause de problèmes du passé il n‟y avait jamais aucune solidarité ni de paix, ils étaient tous des névrosés. La semaine suivante on avait invité mes amis pour célébrer à nouveau notre mariage, il y avait aussi les patrons de la société où je travaillais et des collègues de bureau, c‟était très différent et amusant sans surprises. Il y avait des copains de bringue avec lesquels j‟avais sorti pas mal de temps auparavant et on passait les vacances à Najac, un beau petit village médiéval dans l‟Aveyron où on s‟était beaucoup amusés avec nos bringues et nos cuites, là-bas j‟étais connu à cause des filles que je draguais. On continuait notre petite vie en profitant au maximum, pendant les week-ends on partait en voyage à la campagne et quand c‟étaient des week-ends prolongés on allait plus loin comme par exemple à Londres où habitait une amie à Augusta. L‟été 1976 la nièce à Augusta était venue nous rendre visite, Josi, on en avait profité pour lui faire connaître pas mal d‟endroits, on était même partis un week-end en Hollande, on avait visité Amsterdam, et j‟en avais aussi profité à mi-chemin pour leur montrer la maison à Ans où j‟étais allé quelques années avant. Au retour à Paris (c‟était un dimanche) le radiateur de ma voiture était 74


percé, impossible de trouver un mécano dans la région pour faire la réparation, on avait trouvé comme solution mettre du chewing-gum sur le trou du radiateur, et on s‟arrêtait toutes les demi-heures pour remplir le radiateur d‟eau à nouveau, on remplissait des bouteilles d‟eau familiales dans les canaux qui bordaient la route, finalement on arrivait à Thorigny bien tard dans la nuit. À la date prévue pour le retour, on avait emmené Josi à l‟aéroport d‟Orly pour qu‟elle prenne l‟avion pour São Paulo, par coïncidence en sortant de l‟aéroport on prenait la route direction Najac et Sitges parce nous partions en vacances. C‟était pour moi d‟une certaine façon montrer à Augusta un peu de mon passé et ainsi elle pourrait me connaître mieux, à Najac nous n‟étions pas restés longtemps seulement de passage, ensuite on continuait vers l‟Espagne, avant d‟arriver à Barcelona on était passés par La Garriga pour la présenter à mon frère José Maria et sa famille. Quand on arrivait à Sitges, Augusta était éblouie par la beauté du village, on était logés à l‟Hôtel Arcádia dont les propriétaires étaient des grands amis de notre famille, je ne lui présentait pas la famille pour part de mon père parce que j‟avais cessé ma relation avec eux onze ans auparavant lorsque j‟habitais à Barcelona. Au retour, Augusta voulait connaître un peu Barcelona, mais nous étions pressés et on suivait sans s‟arrêter en direction de la France. L‟état de santé de mon père allait de pire en pire, il avait fallu l‟interner à l‟hôpital de Lagny qui se trouvait entre Champs et Torignhy, on allait régulièrement avec Augusta lui rendre visite, j‟étais triste parce que je m‟apercevais qu‟il n‟en avait pas 75


pour longtemps, le 16 décembre il décédait et la dernière personne avec qui il causât c‟était Augusta lors de la dernière visite à l‟hôpital, elle lui prenait sa main et la serrait fortement sur sa poitrine, j‟ai la certitude qu‟il aimait beaucoup Augusta. Ce fut un grand choc pour moi, pendant l‟enterrement je m‟étais isolé dans mon coin et je méditais sur ma vie et mon père, il n‟avait pas eu de chance ni moi non plus, malheureusement il n‟avait jamais réussi m‟offrir le cheval qui m‟avait promis dans mon enfance dans le cas où il guérirais, je me souvenais que lors de mon enfance j‟avais l‟habitude de le raser et parfois il criait parce que je l‟avais coupé avec la gilette, je sentais que même distant de lui je l‟aimais par sa bonté, je ne regrettais pas du tout de l‟avoir aidé pendant tant d‟années ainsi qu‟à ma mère, d‟autre part j‟étais convaincu qu‟après vingt-cinq ans de souffrance ça allait être mieux pour lui ainsi, et que malheureusement le destin des choses n‟avait pas permis qu‟il soit enterré au village qu‟il aimait tant, Sitges. Il y avait pas mal de monde à son enterrement, il était enterré au cimetière de Champs. La nuit au lit je sentais que quelque chose me serrait dans ma poitrine, je n‟avais pas lâché une seule larme jusqu‟à ce moment là parce que mon orgueil n‟avait pas laissé, tout à coup j‟avais eu une crise de pleurs très forte, je pleurais en sanglots et Augusta me serrait dans ses bras jusqu‟à ce que ça se passe. A cause du décès de mon père les fêtes de fin d‟année étaient différentes et moins gaies, sans sousestimer les bons repas et boissons typiques de ces fêtes là. En janvier j‟arrivais un jour en retard au boulot, un des patrons m‟avait attiré l‟attention et tout simplement 76


ça ne m‟avais pas plu, je pensais qu‟après tout ce que j‟avais fait pour cette société pour qu‟elle se développe ce n‟était pas juste de me faire une telle observation, je le regardais bien dans ses yeux et je lui disais; je n‟aurais plus l‟occasion d‟arriver en retard parce que me démissionne. Il ne s‟attendait pas que je lui réponde ainsi, je l‟avais pris de surprise. A cette époque là en France il y avait une forte crise à cause du pétrole parce que les pays producteurs avaient augmenté leurs prix d‟une manière exagérée, la crise était partout, l‟économie et les affaires d‟une manière générale, cela m‟avait influencé pour que je prenne cette décision et avoir l‟envie de tout larguer et essayer de vivre une nouvelle vie même s‟il fallait tout recommencer au Brésil. Je suis resté encore quelques temps au boulot et j‟avais même embauché mon remplaçant. Quand ma mère avait appris ma décision elle pensât qu‟après la perte de mon père me perdre à moi qui allait habiter à l‟autre bout du monde ça serait trop dur pour elle, par conséquent avec cette justification elle nous avait dit qu‟elle souhaitait venir avec nous au Brésil pendant un an et qu‟elle rentrerait en France par la suite. J‟avais réussi à vendre rapidement mon pavillon de Thorigny ainsi que les meubles, ma voiture, électroménagers et objets divers, je me séparais de tout ce qui m‟appartenait pour commencer une nouvelle vie au Brésil avec un petit capital.

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Le Christ m'attendait Voulant arriver au sommet à cause de mes ambitions maladives Encore une fugue cherchant ma propre identité

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n février 1977, nous arrivions à São Paulo tous les trois, ma mère, Augusta et moi, et bien entendu mon chien Vladi aussi. Provisoirement nous étions logés chez les parents à Augusta jusqu‟à ce que je sache comment j‟allais organiser ma vie. Pour la première fois je restais sans travailler pendant quelques mois, je faisais des projets sur mon avenir et je n‟étais plus obligé de travailler ni d‟avoir les responsabilités que j‟avais en France vis à vis mes parents, je n‟avais plus d‟obligations financières et j‟avais une bonne petite réserve d‟argent, résultat de la vente de mes biens en France. Je ne parlais pas un mot de portugais, pour acheter des cigarettes j‟étais obligé de demander à ma belle mère de bien vouloir le faire parce que je ne savais pas un mot. Quand je sortais faire un tour pour promener mon chien les gens changeaient de trottoir parce qu‟ils n‟avaient jamais vu en chair et os un cocker spaniel, à cette époque là il y avait très peu de chiens de pure race, mon beau père aimait beaucoup Vladi il l‟amenait se promener avant l‟heure du déjeuner, une 78


fois il lui avait acheté un “hot dog”, le soir quand il rentrait de sa boulangerie il ramenait toujours un paquet dans la poche de sa veste avec des beaux morceaux de jambon et aussi des gâteaux avec de la crème chantilly pour ma mère. J‟étais optimiste sur mon avenir, mon premier projet était de construire des pavillons et plus tard d‟être promoteur immobilier, et surtout ce que je voulais c‟était de devenir riche, je pensais que le Brésil m‟attendait. Avec le capital que j‟avais je pouvais commencer, en plus, Augusta avait un appartement près de chez ses parents, à moins de cent mètres de distance, c‟était dans le premier immeuble qui avait été construit dans l‟avenue, elle et son frère avaient acheté les deux appartements du dernier étage, celui à Augusta à ce moment là était loué. Pendant les premières semaines d‟adaptation au Brésil, Augusta était restée enceinte, elle avait eu un travail dans sa spécialité qui était la nutrition et on avait finalement loué une maison dans le quartier de Pinheiros. Mes beaux parents nous avaient proposé de quitter leur maison de manière à ce que je puisse monter un commerce, ils iraient vivre dans l‟appartement à mon beau frère. Nous nous étions mis d‟accord et je commençais à réfléchir sur quel type d‟affaire je pourrais monter, l‟unique profession que je connaissais à fond était la plomberie, mais au Brésil les installations étaient réalisés différemment qu‟en Europe mais il n‟y avait aucun problème à ce que j‟adapte mes connaissances à la réalité. Je décidais monter un magasin “show-rom” pour des salles de bains, le chauffage central il ne fallait même pas y penser à cause du climat, donc j‟en resterais seulement qu‟à la 79


plomberie et je pourrais vendre des appareils sanitaires et des accessoires pour salle de bains tout en faisant les projets d‟aménagement, je montais donc ma première société, “Sanishop”, je dessinais les plans pour réformer la maison à mes beaux parents, je suivais le chantier dans sa totalité, avec une belle façade style Méditerranée qui était à la mode, les travaux avaient été bien réalisés, c‟était un beau magasin qui attirait l‟attention, ça avait aussi valorisé l‟immeuble. L‟affaire n‟avait pas trop bien marché, car c‟était localisé dans un quartier de classe moyenne et le magasin était destiné à la haute classe, il y avait des clientes qui venaient faire des achats et arrivaient au magasin avec leur chauffeur. En janvier 1978 naissait notre premier fils qu‟on appelait Xavier, c‟était la grande joie pour nous tous, il était né à cinq heures du matin à l‟Hôpital Albert Einstein, la gynécologue qui avait suivi la grossesse avait elle même fait la césarienne , c‟était une amie d‟enfance à Augusta, Dr. Maria Helena, ensuite j‟étais allé à la maison pour prendre un bain et je partais aussitôt au magasin. Au bistrot à coté du magasin j‟invitais tout le monde à boire un coup, c‟était pour mon compte, mon coeur battait très fort et j‟étais très émotionné. Quelques semaines après la naissance de Xavier ma mère rentrait en France, elle était restée un an avec nous, je l‟avais emmené à Rio pour prendre son avion. Un an après avoir monté le magasin je me suis aperçu que ce que j‟avais de mieux à faire c‟était de vendre le magasin, quelqu‟un d‟intéressé avait acheté l‟immeuble, mon beau père après la vente il nous repassait une partie du montant. Nous avions acheté ensuite un terrain dans la zone ouest de São Paulo dans 80


un nouveau quartier résidentiel, Augusta avait vendu son appartement pour que l‟on puisse financer une partie de la construction, j‟avais moi même dessiné les plans de la maison et un ingénieur brésilien les avait signés en tant que responsable pour la demande du permis de construire. Encore une fois je faisais le suivi de chantier, c‟était une grande maison avec trois niveaux et d‟architecture différente pour cette époque là, les salons à des niveaux différents, j‟avais toujours rêvé d‟avoir une cheminée même si on habitait dans un pays tropical, on me disait que j‟étais fou mais je me foutais pas mal de ce qu‟on disait, au sous-sol il y avait un bar avec des installations de son pour recevoir mes amis et ne pas gêner les enfants qui allaient dormir au premier étage, loin du bruit. J‟avais eu des problèmes avec les maçons, car j‟étais très exigeant et la main d‟oeuvre très peu qualifiée, malgré tout, nous avions réussi aller jusqu‟au bout, aux finitions on n‟avait plus d‟argent, j‟avais demandé de faire un trou au fond du terrain pour y construire une piscine mais ensuite j‟avais demandé de le boucher à cause de l‟argent. Le mal du pays commençait à se manifester, j‟avais la nostalgie de la France, je trouvais que vraiment j‟étais dans un pays sous développé et qu‟il ,e serait très difficile de m‟y adapter, j‟avais un fils et son avenir me souciait. J‟avais connu des français qui habitaient São Paulo, pendant que je faisais construire mon pavillon un d‟entre eux venait d‟arriver au Brésil pour démarrer une filiale française et m‟avait invité pour me joindre à lui temporairement, j‟étais d‟accord parce que je serais indépendant et le plus important c‟était que je travaillerais avec des gens qui parlaient et 81


pensaient comme moi, tout simplement je voulais fuir la réalité que j‟étais entrain de vivre. Après quelques mois on m‟invitait pour être employé dans la boite en question, c‟était une société de restauration des collectivités, c‟est à dire, avaient des gros contrats d‟alimentation avec des gros clients, de mon coté je n‟avais jamais mis les pieds dans une cuisine industrielle, et j‟argumentais que je n‟avais aucune expérience dans cette branche, mais on me répondit que je ne devais pas cuisiner, mon rôle c‟était de veiller à la maintenance des contrats auprès des clients et que du fait que mon épouse était nutritionniste je serais très rapidement dans le bain. On m‟avait embauché comme superviseur de restauration collective, pour moi c‟était du nouveau, mais le plus important c‟était que en peu de temps les contrats qui étaient sou ma responsabilité commençaient à donner des gros bénéfices, au dessus de la moyenne. Ça continuait, je n‟étais pas bien dans ma peau, j‟avais un plan de carrière qui se présentait devant moi, mais je me trouvais devant des obstacles qui m‟empêchaient de supporter l‟ambiance dans laquelle je vivais, en fait je ne profitais de rien, j‟étais trop orgueilleux, quand j‟allais au restaurant d‟entreprise des clients et je voyais les gens manger dans des plateaux alvéolés que je n‟avais jamais vu auparavant, ça me donnait l‟impression de voir manger les soldats pendant la guerre du Vietnam, j‟évitais de manger dans les restaurants des clients parce que j‟imaginais être l‟exploitation et le pouvoir des entreprises sur leurs employés, moi j‟avais toujours travaillé en France dans des bureaux d‟études, je n‟avais jamais travaillé dans des usines ni dans la production, il 82


y avait aussi une autre raison qui était très importante pour moi, dans ces restaurants d‟entreprise pendant les repas on buvait des jus de fruits ou de l‟eau ce qui représentait pour moi un péché grave puisque toute ma vie j‟avais bu du vin pendant les repas, je savais qu‟au Brésil on ne buvait pas de vin à table mais je pensais qu‟au moins ils devraient boire une petite bière. J‟aimais rentrer à mon foyer le soir, j‟avais toujours aimé être à la maison et rester dans “mon coin” cela me rassurait, peut-être à cause des incertitudes de mon enfance et adolescence, je jouais le soir avec mon fils Xavier pendant que je buvais tranquillement mes apéritifs et j‟attendais que le dîner soit prêt. Parfois on partait en week-end, une fois on partit au sud de Minas Gerais dans une maison de campagne d‟un ami, il faisait très chaud et il y avait beaucoup de moustiques qui nous empêchaient de dormir, Xavier avait été piqué par une mouche qui avait introduit un embryon dans sa tête ce qui avait causé des tas de problèmes quand on étés rentrés chez nous car il n‟arrivait pas à dormir la nuit, j‟avais demandé à Augusta qu‟elle aille chez le docteur pour faire le nécessaire, il lui avait tripoté sa tête pour retirer l‟embryon en question mais sans succès, finalement nous avions essayé d‟employer une formule qu‟on nous avait dit, c‟est à dire, lui appliquer un morceau de lard tenu par un sparadrap, et ça avait fonctionné même si ça ne me plaisait pas. En janvier 1981 Augusta était enceinte à nouveau, cela était arrivé pendant des vacances à la mer, je m‟en souviens très bien, même pendant quelle relation, de la même façon que je me souviens comme c‟était arrivé pour le premier fils quatre ans auparavant. Alain était né au mois 83


d‟octobre, dans le même hôpital et toujours avec l‟intervention du Dr. Maria Helena comme pour Xavier, grand et fort comme son frère aîné, si ça avait été une fille on l‟appellerait Aline c‟était ainsi que l‟on avait convenu avec Augusta. A cette époque on avait en dehors de Vladi un autre chien, un berger allemand qu‟on appelait Black (je l‟appelais ainsi parce que quand j‟étais petit mon père me racontait ses souvenirs d‟enfance et que lui avait eu un chien qui portait ce nom), il était grand et beau et Xavier jouait beaucoup avec, il s‟était bien adapté sans se bagarrer avec Vladi, mais malheureusement il avait l‟ostéoporose, une maladie dont il n‟avait pas réussi à se guérir et il souffrait, il avait fallu s‟en séparer quelques mois plus tard. Dans la société où je travaillais, les directeurs du siège ainsi que le grand patron venaient fréquemment pour suivre de près les premiers pas de la filiale brésilienne, chaque année des nouvelles filiales étaient ouvertes et le Brésil était le premier pays d‟Amérique Latine. Un jour le directeur général avait reçu un télex du siège en disant qu‟ils allaient ouvrir une filiale en Argentine et qu‟il y avait un appel d‟offres pour la construction d‟une usine hydroélectrique en consortium entre le Paraguay et l‟Argentine, son nom était Yaciretá et où il y aurait set mil ouvriers pendant le chantier, ils étaient intéressés de faire une offre de services de base vie avec les services d‟hôtellerie, alimentation, et loisirs, car il s‟agissait d‟un chantier isolé, ils demandèrent dans le télex d‟envoyer Xavier en Argentine et puis au Paraguay dans l‟objectif de faire un relevé et une étude de 84


viabilité du projet pour pouvoir faire l‟offre de services. Je me sentais épanoui et réalisé lorsque le directeur général me faisait part du voyage que je devais faire et il me donnait plus de détails sur ma mission de trois semaines dans ces pays voisins. Je prenais l‟avion à l‟aéroport de Congonhas au centre ville pour Buenos Aires, là m‟attendaient le directeur pour l‟Argentine et un cadre français pour me donner des instructions sur le travail que j‟avais à faire à Asunción, j‟étais installé dans un très beau hôtel qui avait une architecture ancienne, près de la Casa Rosada (présidence de la république), aux repas que je faisais à l‟hôtel j‟avais l‟habitude de demander le fameux “bife de chorizo”, une viande délicieuse que je venais de découvrir, toujours accompagnée d‟une bonne bouteille de vin rouge argentin. Au Paraguay tout avait été prévu pour mon séjour, la réserve à l‟hôtel Guarani, les visites aux fournisseurs, sociétés de transports et même un rendez vous avec un haut fonctionnaire du ministère du travail, j‟avais beaucoup aimé ce travail qui me faisait sentir quelqu‟un d‟important. Je sortais tous les jours de l‟hôtel et je prenais un taxi pour aller aux réunions, en fin d‟après midi je rentrais pour prendre un bain et je commémorais ma journée de travail en buvant mes apéros, après le dîner j‟étais souvent complètement rond, je regardais un peu la télé mais il n‟y avais pas grande chose à regarder. Parfois on demandait à l‟hôtel après moi sans que je sache comment on m‟avait localisé, c‟étaient des fournisseurs et même un grand éleveur, on prenait quelques apéros au bar de l‟hôtel, ils voulaient à tout prix être nos fournisseurs dans le cas où on aurait l‟affaire, ils m‟avaient fait de propositions 85


financières pas trop honnêtes. J‟étais allé à Buenos Aires avant de rentrer à São Paulo pour remettre mon compte rendu sur ma mission et aussi toutes les donnés que j‟avais sur les contacts suite à mes visites au Paraguay. J‟arrivais à São Paulo et j‟en avais profité pour emmener plusieurs bouteilles, même une magnum de whisky que j‟avais acheté au free-shop. J‟étais fatigué d‟essayer de m‟adapter au Brésil, ma maison était presque finie et on pouvait emménager, mais un jour j‟avais décidé demander ma démission, le motif principal était que le directeur français que je connaissais depuis le début et qui m‟avait embauché allait rentrer en France définitivement et il avait été remplacé par un brésilien, de ce fait ma situation n‟était pas gaie et je n‟avais pas admis d‟être subordonné au nouveau directeur, même avec des promesses que j‟occuperais des hauts postes dans le groupe je lui avais donné un délais d‟un an (je me permettais de le menacer, parce que je savais qu‟il avait beaucoup besoin de moi) pour que “lui” s‟adapte à son nouveau poste et je puisse partir définitivement en France. Je crois qu‟il n‟en croyait pas un mot et ne m‟avait pas pris au sérieux, mais, exactement un an plus tard je quittais la société à la veille d‟avoir une promotion et d‟être transféré comme directeur de la première filiale, à Rio de Janeiro. J‟avais connu dans cette société mon premier ami brésilien, c‟était Plìnio, il était arrivé quelques mois après moi, en principe il devait occuper un poste dans le département commercial mais il avait finit par aller dans le même département que moi pour être aussi superviseur des restaurants, on avait chacun à peu près 86


une douzaine de clients, plus tard Richard nous rejoignait et était le seul qui connaissait la restauration, car ni Plínio ni moi on avait jamais travaillé dans cette branche, la nutritionniste qui s‟occupait de toute la partie technique s‟appelait Sueli, voilà donc la composition du département opérationnel de la société. C‟était toujours avec Plìnio que je m‟entendais le mieux, on avait une amitié qui allait au delà du travail et parfois on sortait avec nos épouses pour aller dîner en fin de semaine, pendant la semaine après le travail on allait habituellement boire quelques bières et du Stanheiger, lui buvait socialement d‟une façon normale, mais moi j‟avais l‟habitude de boire de manière exagérée à moins que je soies malade. Plínio savait respecter les limites de notre relation, jamais s‟occupait de mes affaires ni moi des siennes, on se respectait mutuellement, il était au courant de ma décision de rentrer en France, il savait aussi qu‟il avait de l‟avenir dans la société, car il avait les émotions plus équilibrées que moi, actuellement c‟est lui qui dirige la société au Brésil et qui est une des leaders sur le marché.

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Dans le désespoir, ma famille s'effondrait avec moi Sans direction je retournais à l'enfer - La chute libre commençait Après les bénéfices arrivent les dégâts

e rentrais seul en France, j‟avais mis la maison en vente et j‟avais laissé une procuration à mon beau frère pour qu‟il puisse s‟occuper de la vente le cas où il y aurait un acheteur, c‟était en février 1982, cinq ans après mon arrivée en 1977. Daniel m‟avait proposé que je travaille dans son bureau à Paris, c‟était pourquoi je partais seul pour pouvoir faire les démarches et préparer l‟arrivée de Augusta et les enfants plus tard, Vladi était parti avec moi. Je sais que Augusta n‟était pas d‟accord sur ma décision mais elle avait accepté à cause des enfants. Quand j‟étais arrivé à Paris j‟étais allé vivre chez ma mère qui habitait dans un foyer de personnes âgées, c‟étaient des petits pavillons jumelés de plein pied avec une chambre, cuisine et salle de bains, ce qui était suffisant le temps de recommencer ma vie en France, ainsi j‟économisais un loyer. Les premiers mois étaient très difficiles à supporter à cause de la séparation géographique avec Augusta et les enfants, pour supporter et faire face à cette situation je buvais autant

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que je le pouvais tous les jours, si je savais que ce qu‟il restait à la maison ne serait pas suffisant je m‟arrêtais en cours de route pour acheter une bouteille whisky, seul avec ma mère la vie n‟avait pas de sens, je me trouvais dans cette situation à cause de mon entêtement et mon orgueil, je m‟apercevais que mon train de vie était en récession, le socialisme avait pris en compte la France, le chômage et la crise économique étaient là en permanence et je restais là par principe, mes émotions étaient plus fortes que ma raison. Souvent quand je rentrais de mon boulot le soir j‟allais dîner chez ma nièce Vinyet, qui habitait à deux kilomètres de chez ma mère, son mari était très sympathique, presque tous les jours j‟y faisais un tour, elle travaillait dans la cantine d‟une école et ramenait pas mal de choses pour manger, je passais quelques heures avec eux pour me distraire et oublier que Augusta et les enfants étaient très loin, on mangeait et on buvait pas mal jusqu‟à tard dans la nuit. Les mois passaient, j‟avais acheté une voiture pour me déplacer et aller au travail, j‟écrivais souvent à Augusta et justement pendant cette période mon beau père était tombé très malade, elle argumentait qu‟elle préférait ne pas me rejoindre de suite afin de ne pas nuire la santé de mon beau père, puisqu‟elle avait déménagé et habitait chez mes beaux parents. Pendant cette période, un jour Alain en jouant avec Xavier avait mis la main sur les câbles électriques dénudés d‟un interrupteur et avait pris un choc électrique, rien de grave mais il a encore une cicatrice dans sa main. Au mois de décembre, je ne supportais plus la solitude et la séparation de ma femme et mes enfants, le sang me montât à la tête et je décidais sur le coup d‟acheter un billet d‟avion aller et retour 89


pour chercher personnellement ma famille au Brésil. J‟étais allé à l‟agence de la compagnie aérienne Varig à Paris qui se trouvait au Champs Elysées, j‟avais acheté le billet pour voyager le même jour au soir, j‟appelais à Augusta pour lui dire de venir me chercher à l‟aéroport de São Paulo le lendemain. J‟étais arrivé à l‟heure prévu à l‟aéroport de Congonhas tôt le matin, Augusta, Xavier et Alain m‟attendaient, ma joie était grande, mais contrarié du fait que nous n‟étions pas encore tous ensemble en France. J‟avais passé les fêtes de fin d‟année avec eux, nous avions pensé avec Augusta la meilleure façon de communiquer spécialement à mon beau père, le voyage de nous tous en France. On avait acheté leur billet d‟avion pour voyager dans le même vol que moi, et on avait laissé pour le dernier moment de dire à mon beau père la nouvelle sur notre départ, juste quelques heures avant d‟aller à l‟aéroport. Aujourd‟hui je pense que ce voyage de nous tous en France avait été un peu forcé par moi, mais je ne voulais plus vivre une journée seul sans eux à Paris. Nous étions restés quelques mois chez ma mère, même serrés, on cherchait un logement à louer, nous avions visité un appartement et on avait trouvé que le loyer était cher pour ce que c‟était, mais par contre était apparue une opportunité par le biais de Santiago, il nous avait dit qu‟un collègue de travail qui habitait à Lesigny à quelques 20 Km de Champs savait qu‟il y avait une maison à louer pas chère dans un coin très bon, j‟avais noté l‟adresse et j‟étais allé voir tout seul pour apprécier vu de dehors le coin en question, ça m‟avait beaucoup plu, c‟était comme je voulais, dans un lotissement privé avec des pavillons sans clôtures, tous 90


gazonnés avec des beaux jardins. J‟avais pris rendezvous avec l‟agence immobilière et nous sommes allés visiter le lendemain avec Augusta, elle avait adoré aussi, au fond du terrain il y avait un beau jardin avec un barbecue, un petit ruisseau et tout de suite après la forêt, dans le lotissement il y avait un club privé avec des cours de tennis, piscine et beaucoup de loisirs, ce lotissement était un des premiers en France et avait été projeté par une société américaine, c‟était localisé pas trop loin de l‟aéroport d‟Orly, et dans le quartier habitaient des pilotes et autres employés des compagnies aériennes, l‟ambiance était excellente et on louait la maison tout de suite. On s‟était installés à Lesigny, rapidement Augusta avait fait connaissance des voisins et d‟autres personnes du club, l‟école se trouvait juste à la sortie du lotissement, il y avait aussi un minibus qui faisait le ramassage des enfants, Xavier à sept heures du matin était déjà prêt à l‟arrêt d‟autobus qui se trouvait à une vingtaine de mètres de la maison. C‟était très agréable de vivre là, mais notre situation était assez différente de celle de nos voisins, il n‟y avait que moi qui travaillait et mon salaire n‟étant pas très élevé il fallait économiser pour s‟en sortir, on avait qu‟une voiture “Mini” bleue que j‟avais acheté quand j‟habitais provisoirement seul chez ma mère. Par la localisation du lotissement il se faisait nécessaire une autre voiture pour que Augusta puisse se déplacer, enfin, j‟espérais bien trouver un nouvel emploi qui me mettrait au “niveau” que je méritais, j‟avais acquis plus d‟expérience pendant ma permanence de cinq années en Amérique du Sud et je 91


pensais que très rapidement je surmonterais la situation dans laquelle nous nous trouvions. Au mois de mai 1983 nous recevions un coup de fil et nous apprenions la triste nouvelle que mon beau père était décédé, ce fût difficile pour Augusta ce moment-là loin de sa famille. Ma relation avec Daniel avait beaucoup changé, c‟était pratiquement une relation patron et employé, je comprenais pas pourquoi il n‟avais plus d‟intimité avec moi, je crois qu‟il avait du recevoir une bonne somme d‟argent et il se plaçât par dessus de moi, je ne lui avais jamais demandé pourquoi il était entrain d‟agir de cette façon là, de mon coté je ne pensais qu‟à me trouver un autre travail et de ne plus travailler avec lui. J‟avais envoyé pas mal de curriculum vitae mais les réponses étaient toujours les mêmes, manque de diplômes. Le taux de chômage était très élevé, tous les ans beaucoup de nouveaux jeunes diplômés rentraient sur le marché de travail et il n‟y avait pas assez de places pour absorber les demandes, le tout mélangé avec une administration socialiste qui accueillait des immigrants de tous les pays avec les bras grands ouverts, ce qui à court terme faisait augmenter le nombre de chômeurs et qui recevaient des indemnisations chômage payés par le gouvernement français. Les expectatives que j‟avais créé par rapport à la France étaient entrain de tomber par terre, j‟avais une profonde déception. Je m‟étais aperçu tout de suite qu‟il me serait assez difficile de progresser professionnellement tel que ça arrivait depuis l‟âge de quatorze ans lorsque j‟avais commencé à travailler à la SETAP comme garçon de courses, je me résignais avec 92


ma situation et cela ne fût pas bon pour moi, mon orgueil était entrain de commencer à me rendre la monnaie. Pour aider aux dépenses de la maison Augusta s‟était mise à faire du repassage pour les voisines et aussi à garder leurs enfants lorsqu‟ils sortaient de l‟école jusqu‟à ce que leur mère rentre du travail, j‟avais beaucoup de honte et je me sentais écrasé comme une larve dans cette situation, comment j‟expliquerais ceci à mes enfants quelques années plus tard quand ils seraient plus vieux?, mon rêve de “père modèle” était bien loin de la réalité, pour compléter ce tableau je m‟étais vu obligé à la fin de l‟année d‟aller dans une kermesse où l‟on vendait des jouets d‟occasion et d‟en acheter quelques uns pour mes deux fils, j‟étais au bout du rouleau, heureusement qu‟ils étaient petits et ne pouvaient comprendre ni ma douleur ni mon orgueil blessé, à cette époque là j‟avais augmenté considérablement la consommation d‟alcool. Un matin d‟hiver j‟allais à mon travail et j‟avais l‟habitude de passer chez ma mère pour prendre un autre café, car elle habitait sur le trajet, ce matin-là particulièrement il y avait beaucoup de brouillard, il faisait encore nuit et j‟avais allumé les phares de la voiture sans quoi on n‟y voyait rien, tout à coup sur la route j‟étais collé sur la voiture qui me précédait et je m‟étais senti enveloppé par le brouillard, il me manquait de l‟air pour respirer, il me semblait que j‟étouffais sans en connaître la raison, je ne pouvais pas m‟arrêter au milieu de la route et j‟étais chaque fois de plus en plus énervé, pour me distraire je faisais marcher mon poste de radio et je changeais les stations, j‟ouvrais la fenêtre pour laisser rentrer un peu d‟air frais et de 93


suite je la refermais, je vivais une angoisse indescriptible, en fait c‟était ma première crise de panique, quand la circulation s‟était améliorée je m‟étais mis sur le bord de la route, j‟étais allé pisser et prendre un peu d‟air frais, j‟avais réussi arriver jusqu‟à chez ma mère, j‟avais désisté de prendre du café et je me couchais en attendant que crise passe, j‟appelais au bureau pour expliquer à Daniel ce qui m‟était arrivé, dès que j‟étais un pou mieux je rentrais chez moi et j‟appelais le médecin, il me donnait quelques jours de repos et des médicaments pour suivre un traitement, à ce moment là commençait une autre maladie qui me poursuit jusqu‟à nos jours. Pour survenir à mes besoins et gagner un peu plus d‟argent, je faisais de petits bouleaux au noir après mon travail chez un technicien qui faisait des projets à son compte, il était toujours surchargé de travail et il avait des “charrettes”, je travaillais beaucoup d‟heures par jour mais j‟en avais besoin, ça se passait à Chelles qui était sur le parcours de retour à Lesigny, j‟aurais bien aimé travailler à temps complet avec ce technicien mais c‟était trop risquer car je n‟avais aucune garantie qu‟il aurait du travail tout le temps pour nous deux, je n‟avais pas voulu prendre des risques puisque j‟avais la responsabilité de ma famille. En 1985 ma belle mère était venu nous rendre visite à Lesigny, elle était restée chez nous quelques temps et nous étions partis au Portugal en vacances car elle allait y rester quelques jours avant de rentrer pour le Brésil, elle était partie avant en avion de Paris jusqu‟à Lisbonne, et nous, nous étions partis quelques jours plus tard tous les quatre en direction de l‟Espagne et le 94


Portugal, j‟avais loué deux chambres chez un particulier à Figueira da Foz. On était restés un mois en vacances, en profitant pour connaître le village où ma belle mère habitait pendant sa jeunesse, des amis de la famille à Augusta étaient arrivés de São Paulo et ils nous avaient invités un jour à déjeuner chez eux, étant donné qu‟ils connaissaient bien le village je leur avais demandé où je pourrais acheter une cruche de “bagaceira” pour emmener comme souvenir en France, on avait été l‟acheter après le déjeuner et je l‟emmenais pour boire à Lesigny, elle n‟avait pas duré longtemps parce que tous les dimanches après midi j‟en consommais des grandes quantités pendant que je buvais mon café et je fumais mon petit cigarillo. Avant de partir en vacances au Portugal j‟avais reçu une lettre de mon ami Plínio de São Paulo me disant qu‟il allait venir en France et qu‟il devait rester pour quelques semaines le temps de faire un stage au siège, justement cela coïncidait avec notre retour de vacances du Portugal. On était rentrés et le lendemain j‟étais allé chercher Plìnio à l‟aéroport d‟Orly, il avait préféré que je le conduise directement à l‟hôtel mais nous avions combiné qu‟il viendrait dîner un soir dans la semaine à la maison et aussi qu‟il passerait un weekend avec nous à Lesigny. Mon fils Xavier était avec moi et nous sommes allés tous les trois à son hôtel, il avait pris un bain pour se rafraîchir, c‟était une fin d‟après midi et nous étions descendus pour boire un coup dans un bar à coté, on avait même bu quelques coups en nous souvenant des bons vieux temps, dans la société où l‟on avait travaillé ensemble et dont il en faisait encore partie. 95


J‟avais vu Plìnio plusieurs fois et aussi pendant un week-end chez nous, on avait pas mal bavardé sur son travail et sa famille, on avait été faire un tour dans le lotissement et puis nous nous étions assis au club au bord de la piscine, je lui expliquais confidentiellement ce que devenait ma vie et sur mes problèmes, mais en aucun moment je me rendais devant lui en disant que je regrettais d‟être revenu en France et avoir perdu la chance de faire carrière au Brésil, tout ça à cause de mon orgueil. Néanmoins, lui, était resté dans la société et malgré quelques difficultés il avait surmonté et poursuivi sa carrière ascendante, je ne sais pas si Augusta avait eu une conversation en particulier avec lui pendant son séjour chez nous, j‟imagine que oui, qu‟elle avait pu lui avoir raconté ce que mon orgueil ne laissais pas. Pendant que l‟on avait causé au bord de la piscine il m‟avait questionné en me disant que s‟il y avait un poste à pourvoir au Brésil si j‟accepterais de retourner là-bas pour le pourvoir, je lui avais répondu que si cela arrivait je verrais ça au moment venu. Le jour de son départ pour São Paulo, nous étions allés dîner tous les deux au restaurant le Train Bleu à la Gare de Lyon, un somptueux restaurant avec une décoration “retro”, les murs revêtus de velours et un salon très haut, les traditionnels garçons étaient habillés en noir avec leurs tabliers blancs allant jusqu‟aux pieds, Plìnio avait voulu prendre comme apéritif un “Kirsch Royal” et moi j‟en avais fait autant, c‟était un dîner gastronomique que je n‟oublierais jamais, ensuite je l‟accompagnais à l‟aéroport Charles de Gaulle pour rentrer à São Paulo. J‟avoue que j‟étais révolté contre moi même, je reconnaissais mes erreurs et les décisions 96


que je prenais les derniers temps, et le pire c‟était que ma famille s‟effondrait avec moi, ils menaient une vie tout à fait au contraire de celle que je leur souhaitais. Je sentais que j‟étais en chute libre et que je perdais la maîtrise de ma vie, pour supporter de telles situations j‟avais besoin de boire, je n‟arrivais plus à faire face à la réalité. J‟étais attaché au poids de la responsabilité de ma famille et je ne pouvais plus tout larguer ni “fuir”, je m‟étais aperçu que j‟étais un faible et que je vivais en dépression constante. J‟avais une grande déception et je percevais que j‟étais vaincu, la vie n‟avait plus de sens, la seule sécurité que j‟avais c‟était que nous habitions dans un pays qui avait une bonne structure sociale, éventuellement rien de mauvais pouvait arriver à Augusta et aux enfants, je n‟avais plus d‟objectif devant moi, j‟étais complètement pommé, c‟était une époque très triste de ma vie. Au mois de mars 1986, exactement le jour de l‟anniversaire à Augusta, le téléphone sonnait, c‟était Plìnio qui m‟appelait depuis São Paulo, il me rappelait la convérsation que nous avions eu au bord de la piscine au club lorsqu‟il était venu passer le week-end à la maison, il me proposait de rentrer au Brésil pour travailler dans la société où on avait travaillé ensemble et dont il occupait le poste de directeur des opérations au niveau Brésil, il m‟avait posé la question à savoir si j‟étais intéressé d‟occuper le poste de directeur régional à Campinas dans l‟état de São Paulo à cent kilomètres de la capital et que si j‟étais intéressé j‟allais vivre dans cette ville. Il m‟avait pris de surprise et je ne savais pas quoi lui répondre, je lui avais demandé une journée 97


pour réfléchir. Il me passait par la tête que peut-être était arrivé l‟opportunité de tout changer et d‟inverser la situation que j‟étais entrain de vivre, je pensais à Augusta et aux enfants, je me souvenais de mon mode de vie et de mon travail pendant mon séjour à São Paulo, de la maison que j‟avais fait construire et qui nous appartenait toujours, toutes ces pensées et la possibilité de tout recommencer à nouveau m‟avaient influencé positivement pour ma prise de décision. Je parlais à nouveau avec Plínio le lendemain et j‟acceptais son offre, il m‟avait dit que je devais rentrer à São Paulo le plus tôt possible, je lui avais répondu que je devais m‟occuper du déménagement et que cela prendrait un certain temps, que Augusta et les enfants voyageraient d‟abord pendant que je m‟occupais de mes affaires en France, et ainsi on s‟était mis d‟accord. Evidement Augusta était très heureuse, mais j‟avais pris tout seul la décision de rentrer au Brésil. Comme quelqu‟un qui va recommencer une nouvelle vie, j‟avais décidé de me défaire de beaucoup de choses et d‟objets personnels, j‟avais donné tous mes vêtements et chaussures, vendu mon appareil stéréo, camera et électroménagers. J‟avais acheté quelques vêtements neufs pour être à la mode à mon retour au Brésil, à la veille de mon départ j‟avais demandé à ma soeur Odette de bien vouloir me faire les bas de mes pantalons et de les repasser, c‟était la dernière fois que j‟allais voir ma soeur Odette en vie.

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Il me fallait saisir la dernière chance J'étais vaincu, sans plus aucune expectative de vie Obligé d'accepter la réalité pour rester vivant

u début du mois d‟avril 1986, j‟emmenais Augusta, les enfants et Vladi à l‟aéroport d‟Orly, ils allaient voyager à São Paulo par la compagnie aérienne Aerolineas Argentinas, moi je restais pour m‟occuper du déménagement et liquider mes affaires. J‟avais demandé ma démission à Daniel qui ne m‟avait pas posé de questions, il savait que je n‟étais pas satisfait avec mon travail. J‟avais contacté une société de déménagements et ils s‟occupèrent de tout, il ne me restait qu‟à acheter le billet d‟avion pour rentrer au Brésil, je réussissais un billet pour début mai beaucoup moins cher avec un trajet un peu plus long, soit de Paris à Londres, Lisbonne, Recife, Rio de Janeiro et São Paulo. Guy, le mari d‟une de mes nièces et son frère m‟avaient accompagné à l‟aéroport d‟Orly pour prendre l‟avion qui m‟emmènerait à Londres, c‟était un vol nocturne économique, on avait bu pas mal de bière pendant que j‟attendais l‟appel pour l‟embarquement, j‟étais complètement soûl quand j‟étais rentré dans l‟avion, le seul problème c‟était qu‟à cause de la bière

A

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j‟avais beaucoup envie d‟aller aux toilettes, l‟avion était petit et le temps de vol très court, je n‟avais pratiquement pas le temps d‟aller faire mes besoins et j‟avais presque pissé sur moi devant tout le monde. A Londres habitait une autre nièce, Anne Marie la fille plus âgée de ma soeur Odette, à mon arrivée je l‟avais appelé au téléphone depuis l‟aéroport, elle m‟avait expliqué comment je devais faire pour arriver jusqu‟à chez elle et moi je lui avait répondu que je ne parlais pas un mot ni je savais lire l‟anglais et qu‟elle vienne me chercher, elle était venue de suite et m‟emmenait chez elle. J‟avais passé deux jours à Londres en attendant de prendre l‟autre avion de la TAP qui m‟emmènerait à Lisbonne, j‟avais donc fait un peu de tourisme et je parlais beaucoup avec elle car il y avait très longtemps que je ne la voyais pas. La veille de mon départ, nous étions allés dans un “pub”, j‟avais une fois encore beaucoup bu et j‟avais profité le moment pour boire la fameuse bière “guiness” et après, bien sur, du whisky jusqu‟à ne plus en pouvoir, il y avait dans ce pub une bande qui jouait toutes les musiques possibles, et tout à coup ils jouèrent “Brasil”, moi complètement bourré j‟étais allé au milieu de la piste de danse et sans parler un d‟anglais je criais “tomorrow me in Brasil”, j‟étais très euphorique, tout d‟abord parce que j‟avais beaucoup bu, deuxièmement parce qu‟en sachant que Augusta et les enfants étaient déjà à São Paulo ça me donnait une certaine tranquillité, et finalement parce qu‟il s‟était présenté cette nouvelle chance dans ma vie et que tout pourrait m‟arriver, cette fois-ci ça pourrait être la dernière et je devais en profiter pour m‟en sortir d‟une fois pour toutes, ça pourrait être la fin de mes 100


souffrances. Pendant le temps que j‟étais resté seul pour résoudre les problèmes de déménagement Augusta m‟avait appelé de São Paulo pour me dire qu‟elle avait rencontré Plìnio et qu‟il y allait avoir quelques changements pour mon travail au Brésil, que je n‟irais plus à Campinas, que la filiale que j‟allais diriger c‟était celle de Rio de Janeiro et ce que j‟en pensais, pour moi ce fut une grande surprise et c‟était encore beaucoup mieux, je me souvenais de mon adolescence et aussi de la première fois que j‟étais venu au Brésil au combien j‟étais émotionné quand j‟étais arrivé à Rio, j‟avais toujours rêvé de vivre un jour à Rio de Janeiro et c‟était ce qui allait arriver. Evidement que je disais tout de suite à Augusta que j‟étais d‟accord pour aller travailler à Rio ai lieu de Campinas. Le vol Londres-Lisbonne était pendant l‟heure du déjeuner, c‟était aussi un court voyage mais l‟avion était bien plus spacieux et confortable que celui que j‟avais pris pour aller de Paris à Londres. Deux heures plus tard on atterrissait au Portugal, un cousin à Augusta m‟attendait, c‟était Nito que j‟avais vu pour la dernière fois pendant nos vacances, il habitait pas trop loin de Lisbonne dans un petit village tout en haut d‟une colline avec une très belle vue sur la mer, j‟avais passé l‟âpres midi chez lui avec sa famille, je dînais avec eux et ensuite ils m‟emmenaient à l‟aéroport pour voyager à nouveau pas la TAP pour le Brésil, le vol était à vingttrois heures, ce vol pour le Brésil avait une escale à Recife et Rio de Janeiro c‟était le point final de la TAP, là je prenais un autre avion qui m‟emmenait jusqu‟à São Paulo atterrissant sur le nouveau aéroport de Guarulhos. Ma sortie des douanes était bien plus demeurée que 101


pour les autres passagers parce que je devais montrer tous les papiers qui étaient d‟ailleurs déjà approuvés par le consulat brésilien en France, naturellement je devais expliquer le pourquoi mon billet d‟avion était seulement aller, dès mon passage par tous les contrôles finalement j‟arrivais dans un hall et derrière les vitres qui séparaient les passagers et le public j‟avais vu de loin Augusta, Xavier et Alain qui étaient collés derrière les vitres presque en les lâchant, j‟étais heureux, très heureux. Toute la famille à Augusta même les amis étaient venus m‟attendre à l‟aéroport, c‟était une grande émotion de les revoir et nous nous embrassions Augusta et les enfants pendant un bon bout de temps. Le Dr. Silvio qui était un grand ami de la famille il avait insisté pour m‟inviter à boire un petit cafezinho brésilien au bar de l‟aéroport et bien sur j‟avais accepté immédiatement. Augusta m‟avait dit plus tard que Plìnio n‟avait pas pu se rendre à l‟aéroport parce qu‟il avait des rendez-vous au travail et qu‟il viendrait déjeuner avec nous à l‟appartement de mon beau-frère où habitait ma belle mère et provisoirement Augusta et les enfants. J‟était vraiment très content de rencontrer ma famille et aussi à cause de la nouvelle chance qui s‟était présenté, nous étions arrivés à l‟appartement et je prenais une douche pour me rafraîchir et je m‟habillais avec des vêtements appropriés au climat, à l‟heure du déjeuner Plínio était arrivé, comme toujours impeccable avec son costume, cravate et son attaché-case. J‟étais content de le revoir, je voulais que l‟on revive les bons vieux temps, j‟étais allé à la chambre pour chercher dans mes bagages une bouteille de whisky Walentine‟s douze ans, je l‟ouvrais et on avait 102


bu quelques doses pour commémorer, je pensais que nous pourrions cohabiter et travailler comme autrefois lorsque nous occupions le même poste, alors je lui disais que lui maintenant était le directeur des opérations à niveau national et que le directeur général pourrait me désigner pour ouvrir des nouveaux marchés dans d‟autres pays d‟Amérique Latine, bien entendu, après que je solutionne les pépins que la société avait à Rio de Janeiro e dont je supposais que c‟était pour cette raison qu‟ils m‟avaient proposé le poste et revenir au Brésil. Plìnio n‟avait pas bien accueilli ce que je venait de dire, il s‟était sentit agressé comme si moi je voulais passer par dessus de lui ou aller au dessus de ses responsabilités et décrocher un poste supérieur au sien et il m‟avait répondu aussitôt que si ce fait arrivait vraiment ça serait lui qui occuperait le poste dans la société, il avait compris que je voulais éviter à tout prix d‟être commandé par lui, je crois qu‟il y avait un malentendu, lui de son coté il parlait et pensait comme un professionnel et moi je parlais et pensais avec mon émotion et bien intentionné, en fait je voulais que nous eussions un rapport d‟égal à égal et non pas de chef et subordonné, et c‟était ça une fois encore qui m‟avait mis dans le pétrin dans cette nouvelle étape de ma vie. Il fallait que je fasse un stage d‟intégration pour m‟actualiser car il s‟était passé plus de quatre ans depuis mon départ pour l‟Europe, mais Plìnio m‟avait demandé de faire vite et que j‟aille au plus vite possible à Rio, d‟abord tout seul et ma famille me rejoindrait après. J‟avais fait mon stage en à peines deux semaines, je remettais à Plínio un rapport et je commentais verbalement ce que j‟avais écrit. Les observations et 103


critiques que j‟avais écrites avaient été faites avec les meilleures intentions dans le sens d‟aider ou collaborer pour la croissance de la société, mais je pense que Plìnio ne l‟avait pas compris ainsi. Je transcris quelques parties de mon rapport: “Pour des raisons de changements fréquents dans la structure pendant ces dernières années et par la croissance rapide de la société, le personnel au niveau de supervision n’est pas motivé et complètement perdu. Pendant cette phase critique, il est indispensable qu’il existe un directeur de ressources humaines. Ce n’est pas mon rôle d’analyser le style ou politique adoptés à São Paulo, mais je dois souligner le total manque de communication dans ce département, manque de motivation, manque de sincérité (parce que le personnel s’enferme en lui même et ou ils sont incompétents), mais on continue à faire son travail au mieux, parce qu’ils portent la casquette (aiment la société). Je souhaite que ce problème ce stabilise, parce que dans le cas contraire il pourrait devenir très critique . . . . . . Le manque de communication vient du haut vers le bas (d’où l’importance de comment se communiquer), et par conséquent manque de punch et de plan de travail pour être plus efficaces, sans ces ingrédients on ne peut obtenir tout le potentiel qui pourrait être développé et on ne développe pas le département opérationnel . . . . . . . La communication et l’information entre départements laisse beaucoup à désirer, avec des interférences entre ces départements et secteurs, ce qui en résulte des mauvais résultats, une vraie confusion, et sans aucune efficacité”. 104


Je partais donc pour Rio de Janeiro, pour le moment j‟y allais seul en tentant m‟intégrer et connaître une nouvelle réalité, j‟habitais dans une chambre d‟hôtel et je partais tous les week-ends pour São Paulo. J‟avais loué un appartement dans le quartier Grajaú et j‟achetais le minimum nécessaire pour que Augusta et les enfants viennent me rejoindre. J‟avais réussi faire un bon travail pendant l‟année que j‟étais resté à Rio, la responsabilité était grande, je commandais environ quatre cents cinquante employés et le chiffre d‟affaires mensuel était de un demi million de dollars. Nous étions allés passer quelques jours de vacances à l‟appartement de Praia Grande au littoral de São Paulo, nous étions isolés du monde et profitions la plage tous les quatre et Vladi quand à l‟heure du déjeuner le concierge était venu nous appeler parce que ma belle mère appelait depuis São Paulo (le concierge était le seul à avoir un téléphone dans l‟immeuble), Augusta était allée répondre et on lui avait dit qu‟on avait reçu un télégramme de ma nièce Ana Maria en disant de prendre contact immédiatement avec elle chez ma mère, nous finissions notre déjeuner et nous étions partis à la poste pour appeler en France, je m‟étais préparé psychologiquement pour écouter la nouvelle que ma mère serait décédée, et ce n‟était pas ça du tout, je parlais avec ma nièce et avec maman et me donnaient la triste nouvelle que ma soeur Odette était décédée subitement, elles ne connaissaient pas la cause mais peut-être ça pourrait être du à avoir consommé une trop forte dose de tranquillisants mélangés avec de l‟alcool, en effet c‟était une nouvelle très désagréable pour moi, 105


mais je ne pouvais rien faire, ma soeur était décédée à l‟âge de cinquante trois ans. A cause du manque d‟activité professionnelle pour la part de Augusta qui n‟aimait pas être qualifiée comme “femme au foyer”, nous avions pensé qu‟il serait bien plus facile qu‟elle trouve un emploi à São Paulo, parce que à Rio elle n‟avait pas eu de succès, il y avait aussi une autre raison du fait que notre maison était louée et on pourrait l‟habiter à nouveau en évitant ainsi les dépenses de location, ce qui était le cas à Rio. Durant la période que j‟avais habité à Rio je voyageais au moins une fois par mois à São Paulo pour remettre personnellement les résultats de la filiale, une fois mon fils Xavier était allé avec moi à São Paulo et était resté quelques jours chez sa grand mère, il était très fier de voyager avec son père en avion. J‟avais demandé d‟être muté à São Paulo et j‟avais eu une réponse positive, au début Plìnio n‟était pas d‟accord et j‟avais laissé entendre que dans ce cas je quitterais la société, vers la moitié de l‟année 1987 on était de retour à São Paulo, chez ma belle mère dans l‟attente que notre maison soie libre des locataires. Le personnel qui travaillait avec moi avait organisé une fête à notre intention pour faire les adieux à Rio, encore une fois je recevais comme cadeau une petite plaque en argent avec le nom de tous les collaborateurs du bureau, c‟était la deuxième que je recevais car en 1982 quand j‟étais parti de la société pour aller en France on m‟en avait offert une autre. A São Paulo j‟occupais le même poste qu‟à Rio, directeur régional d‟une zone déterminée toujours dans le département opérationnel, cette fois-ci j‟étais plus près de Plínio. Le problème des phobies et des 106


crises de panique me poursuivait toujours sans prévenir quand elles arrivaient, un jour j‟allais au bureau et pendant le trajet j‟avais été obligé de faire demi-tour et rentrer chez moi à cause d‟une crise, au bureau tous se faisaient du soucis à mon égard et décidèrent me muter dans le département de ressources humaines. Au mois de septembre de cette année je recevais une lettre de la responsable des ressources humaines à Rio, c‟était Teresinha, qui après mon départ n‟avait pas réussi à s‟entendre avec mon successeur et elle quittait la société, elle écrivait dans sa lettre: “Xaxa (diminutif de Xavier), comme c’est dur vous dire au revoir. Je ne sais pas si je t’ai déjà dit, mais j’ai une profonde admiration pour toi, en tant qu’être humain et comme professionnel. Ne raconte à personne, mais ça me manque l’époque où nous travaillions ensemble. Sans aucun doute, ce fut pour moi la phase où j’ai eu le plus d’autonomie, plus de créativité, plus de respect professionnel. Je suis contente que maintenant tu travailles dans les RH. Moi, mieux que personne, je sais combien ce département te plaît et combien tu peux faire pour lui. S’il te plaît, continue à faire tout dont tu es capable; il y a encore beaucoup à faire pour que la société aie un département de RH EFFICACE (et non à peine efficient). Je te souhaite beaucoup de succès dedans et dehors de la société. Je peux te garantir que tu auras toujours une grande amie. Quand tu en auras besoin ou si tu t’ennuies, rentre en contact avec moi. Donne, de ma part, un grand bonjour à Augusta. Merci, merci beaucoup pour tout, bises . . . Teresinha. Mes conflits émotionnels provoqués par l‟alcool me causaient à nouveau des sérieux problèmes 107


ainsi que mes crises de panique, Augusta était très souciée à mon égard, mon rendement au travail était de moins en moins bon. J‟étais allé pendant quelques semaines dans un centre spirite au moins une fois par semaine pour prendre un passe, pour que j‟accepte faire cela c‟était parce que je me sentais très mal, j‟étais très entêté et je continuais à boire, je ne croyais en rien ni en personne, j‟étais renfermé sur moi-même et isolé du monde extérieur encore une fois, et je souffrais. Une autre option c‟était de consulter une psychanalyste et de suivre un traitement pour essayer d‟améliorer, pendant les consultations elle me laissait entrain de parler tout seul allongé sur le canapé, pendant ce temps là son chronomètre mesurait le temps, à la fin elle me disait “ça sera tout pour aujourd‟hui”, et à la fin du mois je lui faisais un chèque pour régler les consultations, je n‟avais donné suite parce que j‟avais l‟impression d‟être volé. Un soir quand j‟allais dormir, ma dépression était arrivée à tel point que je commençais à pleurer au lit, Augusta avait eu peur et ne savait pas quoi faire, elle mettait sa main sur ma tête pour essayer de me tranquilliser, j‟avais une crise de désespoir. Pendant cette période on avait fait les démarches nécessaires pour ravoir notre maison qui était louée, on n‟avait pas encore eu l‟occasion de l‟habiter, en 1982 lorsqu‟elle était terminée de construire j‟avais préféré rentrer en France, le quartier s‟était beaucoup développé, on avait eu de la chance car la valorisation de l‟immeuble était bien supérieure à l‟inflation pendant la même période, c‟était un quartier très recherché classe “A”, il n‟y avaient que des villas de luxe, ma maison était située devant une place. A la 108


fin 1989 nous avions réussi faire partir les locataires pour pouvoir habiter finalement chez nous huit ans après qu‟elle soie finie de construire, on avait fait une réforme générale et l‟avions laissé en conditions de pouvoir emménager. Quelques mois avant de déménager chez nous, encore dans l‟appartement, Vladi était mort de vieillesse à dix-sept ans d‟âge, très âgé pour un chien pure race qui ne devrait pas aller au-delà de douze ans, il tombait tout le temps et Augusta l‟avait pris dans ses bras pour l‟emmener chez le vétérinaire car moi j‟en avais pas le courage, quand il partit avec elle, je savais qu‟il ne reviendrait pas, ce fut un triste “adieu”. Trois mois après notre déménagement définitif j‟avais expliqué à Augusta ce que je ressentais au sujet de mon travail et de ma santé, elle m‟avait suggéré que l‟essentiel c‟était que moi je soie bien et qu‟il y avait beaucoup d‟autres sociétés où certainement je pourrais trouver un bon poste de travail. La suggestion de Augusta m‟avait beaucoup soulagé, je n‟aurais pas aimé demander ma démission sans en avoir parlé avent avec elle, ainsi c‟était bien plus facile demander ma démission, et c‟est ce que j‟avais fait. Plìnio m‟avait demandé pourquoi je partais, il avait très bien caché son jeu en tant que “chef”, je ne lui avais rien répondu, je rendais les clefs de la voiture qui appartenait à la société ainsi que les papiers, la calculatrice financière HP, une cravate et un botton, j‟avais agit d‟une manière très dure et sèche envers lui, il m‟avait dit qu‟on en reparlerait plus tard, et je lui répondais que ça ne serait pas possible parce que je partais du bureau et je ne reviendrais plus. 109


Une autre étape de ma vie commençait, soulagé pour sortir de la société que j‟aimais tant j‟avais l‟impression d‟avoir enlevé le pus d‟un bouton sur mon visage, mais angoissé parce que j‟avais des problèmes de communication avec les autres. C‟était l‟incognito, je me trouvais sans emploi habitant chez nous et sans aucun projet pour l‟avenir mais par contre j‟avais reçu une bonne petite somme en sortant de mon dernier emploi. On avait pensé avec Augusta ouvrir une société de restauration pour les collectivités, j‟avais de l‟expérience et elle aussi en tant que nutritionniste, on avait tout pour réussir, j‟avais eu le premier contrat assez rapidement dans une société de Alphaville dans la banlieue de São Paulo, quelle bonne nouvelle pour nous, on était très contents. Le matin on emmenait les enfants à l‟école à Pinheiros, puis nous deux on partait chez le client, et en fin de journée nous rentrions ensemble en passant d‟abord à l‟école pour prendre les enfants. Ce fut une bonne époque dans tous les sens, mais j‟avais eu un manque de vision en ne recherchant pas des nouveaux clients, je m‟étais accommodé, à vrai dire on avait eu un deuxième contrat mais c‟était insuffisant. A cette époque là il y avait eu une crise politique et le gouvernement avait bloqué en banque l‟argent (du jour au lendemain) de tout le monde sans exception, aussi bien les particuliers que les entreprises n‟avais pas de liquidité, c‟était la folie et peu de temps après on perdait les clients parce qu‟ils n‟avaient plus de sous pour nous payer les factures. Une amie à Augusta qui était syndic dans l‟immeuble où elle habitait dans un quartier résidentiel près de l‟avenue Paulista, nous avait proposé si on voulait être 110


gestionnaires du restaurant des copropriétaires, il y avait beaucoup d‟appartements et de familles, il y avait aussi un centre sportif et de loisirs très grand et les week-ends il y avait beaucoup de monde qui circulait, on était d‟accord sur l‟affaire. On y avait passé quelques mois avec beaucoup de travail mais aussi avec des nombreux problèmes parce que beaucoup de clients ou leurs enfants signaient les commandes au bar et après on avait du mal à se faire payer, les parents n‟étaient pas d‟accord sur les consommations de leurs enfants au bar. Les contrôles d‟argent étaient difficiles car on ne pouvait pas avoir l‟oeil sur tout, avec les horaires et les fériés qu‟il fallait travailler, ça ne valait pas la peine, ça ne justifiait pas de loin les résultats financiers. On était restés dans ce job plus d‟un an et on avait désisté, c‟étaient les années 1990/1991 très fatigantes et sans résultats qui vaillent la peine. Un ancien collègue de travail de la société d‟alimentation et restauration des collectivités m‟avait appelé au téléphone, il était directeur d‟une filiale à Salvador (Bahia), on lui avait proposé un poste de direction dans la même branche mais pour le “offshore”, dont le principal client était une entreprise nationale de perforation et exploitation de pétrole, soit en mer dans des plates-formes ou sur terre dans le continent, mon ami m‟avait indiqué pour occuper ce poste, j‟avais eu plusieurs entretiens et on m‟avait embauché comme directeur national des opérations à niveau Brésil. Le bureau qui m‟avait embauché était à São Paulo, mais le grand patron et le siège social étaient à Rio de Janeiro, les clients étaient un peu partout sur tout le territoire mais principalement dans la baie de 111


Campos (Macaé), Salvador, Aracaju, Mossoró et Natal. Je n‟avais travaillé dans cette boite que trois mois, à vrai dire je passais plus de temps à voyager en avion que proprement dit dans les bureaux qui étaient un peu partout, j‟avais organisé une structure opérationnelle et nommé des gérants régionaux, j‟étais resté un bon bout de temps dans l‟état de Rio Grande do Norte où on était entrain de démarrer une nouvelle opération à Mossoró, la chaleur était insupportable, c‟était la première fois de ma vie que j‟étais dans un endroit aussi chaud, à sept heures du matin il faisait environ quarante degrés centigrades, et à midi au dessus de quarante-cinq degrés, je me souviens que sur la route je voyais le goudron bouillir, on pouvait faire un oeuf sur le plat par terre, même étant étranger je supportais raisonnablement, quand les directeurs de São Paulo venaient nous visiter ils ne sortaient pas du bureau où il y avait des appareils d‟air conditionné. Cette société n‟était pas du tout sérieuse, aucun rapport avec la société française où j‟avais travaillé auparavant, il leur manquait une politique honnête vis-à-vis les employés et fournisseurs, j‟étais obligé de raconter des histoires qui ne tenaient pas debout pour que aussi bien employés que fournisseurs continuent à travailler et à fournir, de mon coté j‟étais crédible par ma façon de leur parler et négocier mais je n‟étais pas appuyé par la société qui ne se souciait pas sur son image. Ce fut une opportunité pour voyager pas mal et connaître un peu cet pays immense, j‟étais même allé passer vingt-quatre heures sur une plate-forme en haute mer à cinquante minutes du continent en hélicoptère, j‟avais eu très peur mais à l‟intérieur de la plate-forme on aurait dit que c‟était un 112


hôtel cinq étoiles, à l‟heure du départ et de monter à l‟héliport j‟avais eu besoin de deux personnes qui me tenaient sous mes bras pour ne pas tomber dans les pommes, la hauteur au dessus de la mer était si grande que mes jambes ne m‟obéissaient pas et j‟avais l‟impression que j‟allais m‟évanouir, à l‟intérieur de la plate-forme il était rigoureusement interdit de boire de l‟alcool, quand nous étions rentrés à Macaé et j‟étais arrivé à l‟hôtel je suis allé désespérément au bar pour boire quelques bières et whiskys. J‟avais quitté tranquillement cette société et je rentrais à São Paulo. Il fallait tout recommencer et répartir à zéro, Augusta cherchait du travail pour qu‟au moins on ait une rentrée d‟argent dans notre foyer, on avait quelques économies pour vivre quelques temps mais il fallait tout recommencer à nouveau. Je ne voulais plus travailler pour un patron, j‟avais fait quelques contacts par téléphone mais sans succès, je n‟arrivais pas à décrocher du travail. Il était apparu une opportunité, j‟avais appris qu‟une société multinationale française dans la branche alimentaire, laiterie et dérivés, était entrain de nommer des distributeurs institutionnels pour les ventes directes aux consommateurs et associations d‟entreprises avec des prix inférieurs à ceux des grandes surfaces, par coïncidence je connaissais le directeur des ventes de cette société et j‟avais pris un rendez vous pour m‟entretenir avec lui, il m‟avait dit qu‟il n‟y avait aucun problème pour que je soie un de leurs distributeurs mais il fallait que j‟aie des installations adéquates, comme par exemple une chambre froide et des véhicules réfrigérés pour le transport des marchandises. J‟avais connu quelqu‟un qui habitait dans 113


mon quartier qui était intéressé de monter cette affaire avec moi et qui avait déjà les installations nécessaires parce qu‟il était distributeur de produits pour les charcuteries, c‟était un japonais, Lauro. On avait créé de suite une société dont le nom que j‟avais choisit était “La Ferme”. L‟ouverture de cette nouvelle société je l‟avais confié au comptable qui avait collaboré avec nous dans la société de restauration des collectivités, mais Lauro il m‟avait dit qu‟au lieu de mettre son nom sur les statuts il mettrait le nom d‟un de ses employés, je ne m‟étais pas méfié du tout et je ne lui avait pas posé la question du pourquoi il voulait faire ainsi, mais avec le temps je m‟étais aperçu que sa société de distribution pour les charcuteries émettait des fausses factures dans le but de les décompter à la banque, quand j‟avais découvert son jeu j‟en parlais immédiatement à mon comptable qui de suite l‟avait intimé à ce qu‟il transfère la moitié de la société au nom de Augusta ou qu‟on allait ouvrir un procès contre lui, il ne s‟en était même pas défendu, il avait payé toutes les traites à la banque et avait signé un document passant la part de “son employé” au nom de Augusta, en plus il devait me régler les dommages causés et j‟avais emmené la chambre froide et du mobilier et des équipements de bureau, ensuite on déménageait pour un autre local, on avait fait les changements dans les statuts de la société et recommencions à nouveau, mais cette fois-ci sans associés, Augusta et moi on était les seuls patrons de la société. D‟une manière générale les affaires marchaient mal et le marché était en crise, le loyer assez élevé, on avait fait quelques bonnes affaires qui nous avaient permis d‟avoir des bénéfices mais dans l‟ensemble on 114


avait du préjudice et on était au rouge. J‟avais embauché un directeur des ventes qui n‟avait pas réussi atteindre ses objectifs, plus tard j‟avais connu Célio qui avait voulu investir un peu d‟argent dans la société et devenir associé, mais l‟affaire n‟avait pas eu de succès. A ce moment là Augusta avait du chercher une fois encore un emploi et moi je coulais un peu plus à chaque jour, l‟alcool ne m‟aidait pas et je souffrais beaucoup, je perdais complètement la maîtrise et le contrôle de ma vie, j‟étais désespéré et dans la dernière ligne droite. J‟avais été obligé de me séparer du directeur des ventes et déménager à un autre local plus petit pour économiser sur les dépenses fixes, Célio sans rouspéter avait préféré retourner sur le marché du travail comme employé, il avait été embauché dans une grande banque dans un département pour le développement de nouvelles affaires et investissements dans d‟autres sociétés. Dans le nouveau local il n‟y avait plus que le chauffeur et moi, j‟avais essayé de faire quelques affaires tout seul et lui faisait les livraisons, après quelques semaines je ne me rendais plus à la société, c‟était un petit local avec la chambre froide pour le stockage des marchandises et normalement était fermé, le chauffeur emmenait ou allait chercher des marchandises et faisait les livraisons chez les clients, ça avait marché ainsi pendant quelques six mois jusqu‟au jour où le chauffeur avait cassé le moteur de la camionnette par manque d‟entretien et manque d‟attention du chauffeur, j‟avais décidé de le mettre à la porte et la camionnette restait stationné devant la porte de la maison avec le moteur cassé, j‟avais été obligé de paralyser les activités de “La Ferme” tout en payant 115


tous les mois le loyer. Je ne voyais plus d‟issue pour m‟en sortir, je restais sans rien faire à la maison et je commençais à boire tous les jours à partir de midi. Une fois, Augusta avait oublié de faire son supermarché le samedi comme elle en avait l‟habitude et d‟acheter les bières et les apéros, moi je ne sortais plus de la maison et le mardi je m‟étais aperçu qu‟il n‟y avait plus rien à boire, je commençais à être énervé et anxieux, déjà le matin je me demandais comment j‟allais faire à midi pour boire un coup puisqu‟il n‟y avait rien à boire à la maison, je pensais que la seule et unique solution serait de demander à mon fils Xavier quand il rentrerait de l‟école à midi qu‟il aille avec son vélo jusqu‟à l‟épicerie et qu‟il m‟achète un bouteille pour au moins me dépanner, je restais toute la matinée entrain de tourner en rond et je n‟admettais pas ce qu‟il était entrain de m‟arriver, j‟avais besoin de boire à midi mais si j‟arrivais à maîtriser cette envie le mieux ça serait ne rien demander à Xavier, à ce moment là je me souvenais quand il était né en janvier 1978, la joie que j‟avais senti e combien j‟étais réalisé, j‟avais fait des tas de projets sur mon avenir et le sien, je me souvenais que je voulais être un père modèle qui aurait réussi dans la vie et qui lui servirait d‟exemple, un père qui pourrait sécuriser ses enfants, je voulais être un père et un époux équilibré et heureux, mais en ce moment de ce fameux mardi matin l‟histoire était bien différente, il s‟étaient déjà passé quatorze ans en buvant tous les jours et je me trouvais devant un choix très difficile, j‟irais demander ou pas à Xavier d‟aller m‟acheter une bouteille d‟alcool ?. Xavier et Alain venaient de rentrer de l‟école et il était une heure de l‟âpres midi, je tournais autour 116


de la table de la salle à manger très énervé, quoi faire?, j‟avais appelé Xavier et je lui disais “écoute, maman a oublié samedi dernier d‟acheter de la pinga (alcool pour faire le fameux apéritif caipirinha), est-ce que tu pourrais aller vite fait jusqu‟à l‟épicerie pour en acheter une bouteille?”, à vrai dire je buvais la pinga pure mais à cause de mon orgueil j‟avais trouvé intéressant et plus élégant de lui parler de la caipirinha, il m‟avait regardé bien dans mes yeux et me disait: “t‟inquiète pas papa, je vais l‟acheter, je te comprends”. La réponse à Xavier m‟avais fait sentir très mal, j‟avais beaucoup de honte, je venais de m‟apercevoir que la déception était marquée sur beau visage, j‟avais échoué et j‟en étais arrivé à la perte totale de la maîtrise sur moi-même et de ma façon de boire, je me sentais à ce moment là comme si j‟étais fusillé par un peloton d‟exécution, je me sentais mourir, je dépendais de l‟alcool pour vivre, j‟avais besoin de boire pour vivre, je n‟arrivais plus à ne pas boire et je souffrais à cause de ça, c‟était un cercle vicieux, je buvais pour ne pas souffrir et je souffrais parce que je buvais, et cela tous les jours. Il s‟étaient passés quelques mois dans ce style de vie, Augusta travaillant dehors, moi avec la société fonctionnant mais avec des dépenses mensuelles sans rien vendre et aucune rentrée d‟argent, et en buvant comme je l‟avais toujours fait, c‟est à dire, tous les jours, je ne buvais plus du whisky écossais douze années ni du whisky falsifié du Paraguay, à cause de la quantité dont j‟avais besoin je n‟avais que les moyens de boire de l‟alcool bon marché brésilien, de la pinga Cinquante et Un ou Velho Barreiro. Aussi, je ne sortais plus de la maison à cause des phobies. Pendant cette 117


période déjà à la fin de mon alcoolisme j‟avais commencé à mettre de l‟ordre dans mes papiers, les certificats de propriété, assurances, impôts etc., je ne savais pas si j‟allais tenir encore longtemps et je voulais que Augusta ne soie pas embarrassée avec tous les papiers de la maison, car c‟était toujours moi qui avait géré notre foyer comme un vrai “grand patron”. J‟étais tellement désespéré qu‟un soir à table pendant le dîner j‟avais dit que j‟en avais marre d‟avoir autant de perception et de sensibilité sur tout ce qui m‟entourait; je voulais être analphabète, ouvrier et pauvre, voilà ma recette pour ne plus souffrir, je cherchais une sortie de secours, c‟était la vérité parce que je n‟avais jamais été celui que je pensais être et je n‟avais jamais été quelqu‟un de riche, c‟était seulement une façon de m‟exprimer en voulant être quelqu‟un de plus simple et moins compliqué. En octobre 1992 nous étions invités à un mariage des amis à la famille de Augusta, c‟était une invitation qu‟on ne pouvait pas refuser et moi je devrais y être aussi présent, c‟était le samedi dix-sept au soir, d‟abord il y aurait le mariage religieux et ensuite il y avait un dîner pour les parents, familiers et amis. Ce jour-là je ne me sentais pas bien du tout, j‟étais déprimé comme presque tous les jours, c‟était pour moi un sacrifice sortir de la maison et d‟aller au mariage, j‟aurais préféré comme dans la plupart des fois que Augusta y soit allée seule avec Xavier et Alain, mais je connaissais et j‟aimais bien Zeca, père de la fille qui allait se marier. Moi comme d‟habitude j‟avais bu depuis midi, avant d‟aller au mariage on avait discuté avec Augusta, je m‟étais plain d‟elle et je lui avais dit 118


qu‟elle s‟intéressait uniquement à son travail et elle m‟avait répondu que mon vrai problème c‟était ce qu‟il y avait dans la bouteille, à la fin de l‟âpres midi et en dernier je m‟habillais et on partait tous les quatre à l‟église où allait être célébré le mariage, je n‟étais pas bien et je me sentais bizarre et très triste, après la cérémonie religieuse nous étions allés au restaurant pour le dîner dans le quartier de Higienópolis à São Paulo, j‟étais toujours mal fichu mais je pensais qu‟après quelques whiskys je me sentirais plus décontracté, malheureusement ce n‟était pas ce qu‟il était arrivé, bien au contraire je commençais à me sentir de plus en plus mal, les invités étaient placés dans des tables rondes avec neuf places et heureusement que dans notre table nous étions ma belle mère, mon beau frère Elpidio et ma belle soeur Fina, mon neveu Helio et sa copine, Xavier, Alain, Augusta et moi, je pensais que ça serait mieux ainsi parce que je n‟avais pas envie de parler à personne et en ayant de la famille autour de moi je n‟étais pas obligé d‟être aimable et sympathique juste en ce moment de dépression, Xavier était assis bien devant moi, il habillait une de mes vestes et pantalon, Alain il n‟avait même pas de veste puisque les miennes étaient trop grandes pour lui, dans la situation et le moment que je vivais ce tableau me laissait encore plus frustré et abattu, j‟étais conscient de ce que je voyais et vivais, de mon échec dans la vie, tous mes rêves et projets étaient tombés par terre. Mon verre était toujours plein et moi aussi, j‟étais de plus en plus mal, Augusta s‟était aperçue de mon état et se faisait du soucis, elle avait demandé à Xavier qu‟il descende avec moi au jardin du rez-de-chaussée pour que je prenne un peu 119


d‟air frais, j‟acceptais sa suggestion et nous étions descendus, Xavier m‟avais demandé qu‟est ce qu‟il m‟arrivait, je faisais semblant de que tout allait bien et je ne lui avais pas raconté la vérité sur ce que je ressentais, je ne voulais pas qu‟il soit déçu, nous étions montés à la salle du restaurant quinze minutes plus tard et on avait pris place à table à nouveau, le dîner était servi me je n‟arrivais pas à manger quoi que ce soit, par contre je continuais à boire lentement, je sais que j‟avais attiré l‟attention des invités qui me connaissaient et qu‟ils se faisaient aussi du soucis, subitement je sentais sur mon épaule droite une main amie, c‟était Monsieur Horacio le père de deux amies d‟enfance à Augusta, Cila et Lídia, il me parlait en voix basse près de mon oreille, c‟étaient quelques bonnes paroles pour me consoler, il m‟avait dit “Xavier ne soies pas triste, la vie est faite de hauts et des bas, des jours meilleurs viendront, j‟ignore le pourquoi tu est triste et tu n‟as pas besoin de me le dire, je sais que ta famille est loin en France, je ne sais pas si tes affaires marchent bien, mais, regarde quelle belle épouse et beaux enfants tu as, aies de la foi et tout changera pour le mieux, ici nous t‟aimons beaucoup, Xavier remonte ce moral”. Ce petit mot m‟avait beaucoup ému et touché profondément, depuis cette date là je n‟ai jamais plus oublié les belles paroles de Monsieur Horacio et je l‟adoptais comme un père/mental et ami au Brésil. Eventuellement les paroles à Monsieur Horacio m‟avaient réconforté jusqu‟à un certain point, mais mon chagrin continuait, je crois que ces gentils mots m‟avaient donné l‟espoir qu‟il y aurait une lumière au bout du tunnel, j‟admettais ma défaite et je pourrais me 120


disposer peut-être à me rendre, ça ne serait pas une chose facile. A la fin du dîner nous étions rentrés tous quatre à la maison, durant le trajet de retour j‟étais encore pire, malgré tout ce que j‟avais bu ce jour-là j‟étais conscient et ma tête était très claire à cause de l‟éveil des sentiments endormis et la découverte d‟un certain nombre de vérités sur moi-même, le petit mot à Monsieur Horacio certainement m‟avait influencé, et beaucoup. Nous rentrions à la maison et je pleurais en sanglotant comme un petit enfant, Augusta et les enfants étaient de plus en plus inquiets à mon sujet. On était arrivés finalement à la maison, il était à peu près une heure du matin, Augusta et les enfants étaient partis se coucher, moi j‟avais dit à Augusta que je voulais rester seul dans le salon pour réfléchir et méditer un peu, car je n‟avais pas sommeil. J‟étais assis dans un fauteuil face à la cheminée, je ne voulais plus boire parce que j‟avais bu plus que suffisant ce jour-là, je tenais à rester seul et penser, j‟avais l‟intuition qu‟il allait se passer quelque chose et je le voulait, j étais très épuisé, j‟avais mal à la tête tellement j‟avais pensé ce jour-là et mes émotions étaient à fleur de peau. Je n‟arrêtais pas de penser sur ce qu‟il m‟était arrivé au mariage, je faisais une évaluation de ma vie, j‟en avais marre de tout, je me souvenais des gentils petit mots à Monsieur Horacio, je regardais la frisette du plafond incliné de mon séjour et je fixais un des haut-parleurs qui se trouvait à six mètres de hauteur, je me demandais de quelle manière je pourrais me défaire de mes problèmes et principalement de ma façon de boire, je savais que j‟avais tourné le dos à Dieu quand j‟avais quatorze ans lorsque j‟étais allé habiter en France et 121


j‟avais commencé à me prendre en compte tout seul, est-ce que ce Dieu existait-il vraiment?, je ne voyais pas d‟autre solution à ce moment là sinon clamer de l‟aide à quelqu‟un, qu‟il existe ou pas, je n‟avais plus rien à perdre parce que j‟avais déjà tout perdu, je ne maîtrisais plus ni ma vie ni ma volonté, j‟était devenu l‟esclave de l‟alcool, tout à coup je disais en haute voix en fixant le haut-parleur, “Dieu, nous étions des bons amis quand j‟était tout petit, si vraiment tu existes fait quelque chose pour moi, je souffre beaucoup et je suis entrain de mourir, je ne veux plus ni souffrir ni mourir”. Immédiatement je sentais un grand soulagement en moi, ma poitrine était gonflée par un bien-être indescriptible, je sentais que je vivais un moment de paix et de sérénité, j‟étais entrain de vivre une expérience sans nom. J‟étais allé me coucher à peu près à trois heures du matin. Après ce jour-là, j‟avais pleine conscience de mon problème et je l‟acceptais, je buvais toujours autant, mais quelque chose en moi laissait une porte ouverte pour être aidé, plus tard quand on avait parlé avec Augusta sur le mariage et sur ce qu‟il m‟était arrivé pendant le dîner, le sujet alcool était rentré dans notre conversation ainsi que ma façon de boire, pour la première fois je consentais que l‟on touche cette affaire pendant notre repas, j‟étais devenu plus tolérant et j‟admettais que je pourrais, oui, avoir un problème avec l‟alcool, elle me proposait que l‟on essaye de demander de l‟aide à quelqu‟un pour tenter une solution sur ce problème, de mon coté je ne voyais pas comment on pourrait trouver une solution mais je lui avait dit que j‟étais d‟accord, au moins essayer ça ne coûtait rien. 122


“Au moment où je suis entrain d‟écrire ce texte, fin mars 2001, Monsieur Horacio est décédé, sa fille nous a appelé pour nous donner cette triste nouvelle, je suis très triste et je n‟ai pas eu assez de courage pour aller à son enterrement, je préfère le garder dans ma mémoire avec ses belles paroles le jour d‟un mariage en 1992, je tiens à exprimer ici mes remerciements à celui qui un jour me donnait l‟espoir de que ma souffrance pourrait finir, j‟ai la certitude qu‟il est maintenant là où il mérite, je souhaite que quand il arrivera mon heure nous puissions être à nouveau ensemble”. Auparavant, Augusta avait déjà été au AlAnon, plus tard ma belle mère s‟était cassé le pied et elle avait cessé d‟y aller. A partir du jour que j‟avais parlé avec Augusta, je lui avais demandé qu‟elle aille à la rencontre de ces gens, mais elle m‟avait répondu que là c‟était pour les familiers, que moi j‟avais besoin des A.A. et elle y était allée pour chercher de l‟aide. Enfin j‟avais admis ma défaite et j‟ouvrais les portes pour qu‟on en parle, je ne niais plus être un malade alcoolique. Je savais que je ne pouvais plus boire parce que je finirais par devenir fou ou alors sous peu de temps un jour je ne me réveillerais plus, tous les jours au matin quand j‟allais au cabinet je perdais beaucoup de sang et j‟avais peur, à cause de la peur je n‟allais pas chez le médecin et je mettais une serviette hygiénique dans mon slip jusqu‟à tant que ça s‟arrête, j‟en étais arrivé à un point où j‟entendais des bruits et je voyais des choses qui n‟existaient pas, le soir j‟attendais avoir du sommeil pour aller me coucher et tomber dans mon lit, Augusta se plaignait de mes ronflements pendant la 123


nuit, d‟ailleurs c‟était à cause de ça que quand je me réveillais le matin elle n‟était plus dans notre lit, tout simplement elle était partie dans la chambre d‟un des enfants pour pouvoir dormir, sans quoi elle n‟arrivait pas à fermer l‟oeil à cause du bruit de mes ronflements qui ressemblaient un “Concorde” d‟après ce qu‟elle me racontait le lendemain, j‟avais honte, mais pour moi il n‟y avait pas le moyen de faire autrement. Je me souviens d‟avoir regardé les premières pages de l‟annuaire téléphonique et d‟avoir appelé l‟Association Anti Alcoolique et aussi les Alcooliques Anonymes pour demander des renseignements sur où je devais aller pour essayer de m‟arrêter de boire, ayant admis ma défaite j‟étais prêt à faire n‟importe quoi pour ne plus souffrir. A Al-Anon ils avaient suggéré à Augusta de continuer à fréquenter les réunions dans le groupe pour traiter d‟elle même et vivre pleinement une vie meilleure, tout ça parce que ceux qui cohabitent avec un alcoolique finissent par être autant malades. Pour trouver de l‟aide pour moi on lui avait suggéré d‟aller au groupe des A.A., et justement il y en avait un dans notre quartier. Un samedi après-midi elle était allée à une réunion des A.A. où elle avait été très bien accueillie, pendant la réunion on lui avait donné la parole et elle disait qu‟elle était là à cause de moi, que moi j‟étais très orgueilleux pour aller jusqu‟au groupe demander de l‟aide et qu‟est-ce qu‟ils pouvaient faire pour m‟aider à m‟arrêter de boire ou alors boire moins. Tout de suite quelques personnes membres des A.A. de ce groupe s‟étaient mis à disposition pour me rendre visite et parler sur à ce sujet mais qu‟il fallait que j‟accepte leur visite et que je soie disposé à parler sur ce 124


thème. Etant donné que Augusta me connaissait bien et ne savait pas si j‟accepterais, elle avait pris note du numéro de téléphone d‟un des membres A.A. et ils avaient combiné que si moi j‟étais d‟accord elle le rappellerait pour confirmer le jour et l‟heure de l‟entretien chez nous. Augusta rentrait à la maison et me racontait comment avait été son samedi, elle m‟expliquait qu‟elle s‟était rendue au groupe des A.A. et que ça lui avait beaucoup plu, elle me demandait si je serais d‟accord pour recevoir quelqu‟un des A.A. pour parler sur le problème, une ou deux personnes pourraient me rendre visite de préférence un samedi matin vers les dix heures, dans le cas où je serais d‟accord bien sur, je voyais clairement que son visage montrait une grande expectative en espérant que ma réponse soie “oui”, devant telle décision et ayant une réponse à donner sur le champ, je faisais une pause pour penser et je tenais à bien réfléchir ce que j‟irais répondre, j‟avais peur à nouveau, je n‟étais pas sûr qu‟il me soie possible vivre sans boire, je finissais par lui dire “très bien, mets toi d‟accord avec eux”. Elle combinait par téléphone avec Henrique pour qu‟il me rende visite à dix heures du matin le trente et un octobre, une date que très difficilement je pourrais oublier. Le vendredi trente Augusta me rappelait “demain à dix heures Monsieur Henrique viendra, tu t‟en souviens?”, je répondais que j‟étais au courant et rien de plus. Ce samedi Augusta m‟appelait à neuf heures du matin, justement ma belle mère était venue passer le week-end car c‟était le jour des morts et ainsi elle pourrait aller au cimetière avec elle et qui est près de 125


chez nous, pour aller sur la tombe à mon beau père. Je me réveillais tout doucement, j‟avais pris mon café et puis allé au cabinet de toilette, je prenais une douche et j‟étais prêt à me raser quand quelqu‟un touchait la sonnette, j étais allé voir mon radioréveil de ma chambre et il était exactement dix heures, ni une minute en plus ou en moins, j‟écoutais des voix dehors, c‟était Augusta qui disait bonjour à Monsieur Henrique et le faisait rentrer à la maison. J‟étais irrité à cause de la ponctualité, j‟avais l‟air d‟être sous pression et j‟avais horreur de ça, pendant que je me rasais j‟entendais au rez-de-chaussée ma belle mère et Augusta qui offraient du café et des petits gâteaux à Monsieur Henrique pendant qu‟il m‟attendait. J‟étais entrain de me raser et je pensais dans ma petite tête; qui est ce gars là?, pauvre gars, il est venu jusqu‟ici pour me convaincre de m‟arrêter de boire et il n‟imagine pas combien j‟ai déjà bu pendant toute ma vie et combien j‟aime boire mes apéros, ce gars là ne doit rien y comprendre en boisson et il doit être adepte d‟une religion quelconque, il doit habiller un costume noir et une cravate avec la bible sous son bras en voulant me convertir pour que j‟aille à une église, si c‟est bien ça je ne veux pas le voir par ici, je lui dis que j‟ai autre chose à faire et je le mets à la porte. Je descendais les escaliers et quand j‟étais à la moitié qui donnait directement sur la salle à manger je voyais de loin Henrique en question, il était là très confortablement installé en buvant mon café et mangeant mes gâteaux, dès qu‟il m‟avait vu il s‟était mis debout et moi j‟étais arrêté à la dernière marche de l‟escalier, on se fixé dans les yeux, la distance qui nous séparait était à peu près de six mètres, étant donné que 126


j‟avais toujours eu beaucoup de préjugés je préférais l‟observer de loin pour voir quelle tête il avait. Il avait une bonne apparence et il paraissait assez simple, il mesurait plus d‟un mètre quatre-vingt, costaud, bien habillé mais sans signes de richesse, il portait une casquette, Augusta nous avait présenté et je m‟asseyais près de lui pour boire un café et fumer une cigarette. Je l‟avais bien regardé et je le trouvais sympathique, délicat, bien élevé et mystérieux, âgée d‟une cinquantaine d‟années, à première vue je n‟avais pas l‟impression qu‟il soit un alcoolique, il me fallait reconnaître qu‟il n‟était rien de ce que je pensais qu‟il pourrait être pendant que je me rasais, il n‟avait pas de costume, il n‟avait pas une sale gueule, il n‟avait pas de bible sous le bras et en plus il était sympa, j‟avoue qu‟il me plaisait bien et que cela contribuait pour que l‟on puisse parler sans gène, il y avait de la bonté dans son regard et il avait l‟air d‟être en paix avec lui même, j‟étais assez impressionné, je sentais une affinité avec lui et je voulais être et avoir l‟apparence qu‟il avait. Le courant passait bien entre nous deux, on était sur la même fréquence d‟ondes, avec beaucoup de diplomatie il m‟avait dit qu‟il était là suite à la demande de Augusta pour parler sur l‟alcoolisme et que moi j‟étais d‟accord pour le recevoir, il ne m‟avait pas posé de questions ni fait des discours, il me laissait à l‟aise pour que je parle, il ne donnait pas son avis sur ce que je disais, pas d‟approbation pas de critique, il s‟en tenait à dire qu‟il était alcoolique et était sobre depuis onze ans sans boire de l‟alcool, qu‟il appartenait au mouvement des Alcooliques Anonymes et que ça avait bien marché pour lui. Je m‟étais tout de suite aperçu qu‟il s‟agissait 127


de quelqu‟un de “spécial”, il ne m‟interrompait pas et écoutait attentivement, je croyais en ce qu‟il disait parce que son mode d‟expression et de “sentir les choses” était semblable au mien, on parlait le même langage et je n‟arrivais pas à comprendre “comment” il avait réussi à ne plus boire et être sobre, il ne m‟avait donné que peu d‟informations parce que le thème était très profond, aussi profond que la maladie, d‟abord j‟avais parlé un peu sur moi sans être interrompu pour qu‟il puisse comprendre jusqu‟où j‟en étais arrivé, ensuite il me parlait un peu sur sa vie, par coïncidence on avait pas mal de points en commun, on ne s‟était jamais vu ou rencontrés auparavant et pourtant nous nous avions vécus des choses semblables, au fur et à mesure que le temps passait je trouvais notre conversation très intéressante, il m‟avait fait cadeau d‟un livre dont le thème était la bibliographie d‟un alcoolique, et finalement il me parlait sur le programme de récupération des A.A. et des “Douze Etapes” suggérées pour arrêter de boire, les informations étaient tellement complexes que ma tête commençait à bouillir, autrement dit, c‟était un moment tellement important que je devenais anxieux, est-ce que j‟arriverais à m‟arrêter de boire comme Henrique?. Il m‟avait invité pour que j‟aille le même samedi à une réunion des A.A. dans le quartier au groupe qu‟il avait l‟habitude de fréquenter, avec un peu de méfiance je lui avais dit que je ne pourrais pas y aller parce que je ne conduisais plus ma voiture à cause de ma phobie et aussi parce que je n‟aimais pas être sous pression, je préférais penser et décider calmement pendant la semaine et que je lui donnerais ma réponse à un autre moment, après tout on 128


avait beaucoup de temps devant nous, mais Henrique m‟avait répondu qu‟il ne fallait pas m‟en faire pour aller jusqu‟au groupe des A.A. parce qu‟il me proposait de me prendre à la maison une dizaine de minutes avant la réunion et de me ramener après, la réunion était à seize heures et terminait à dix-huit heures, je croyais qu‟il me proposait vraiment cela dans le but de m‟aider, j‟étais d‟accord et on avait convenu qu‟il passerait me prendre à quinze heures et quarante minutes. Il était parti de la maison exactement à midi, nous avions parlé pendant deux heures, pendant ce temps là Augusta et ma belle mère étaient allées au cimetière pour nettoyer et faire l‟entretien de la tombe où reposait mon beau père, elles étaient rentrées vers une heure de l‟âpres midi. Henrique était sorti de la maison justement à l‟heure où j‟avais l‟habitude de commencer à boire, et c‟est ce que j‟avais fait parce que rien n‟avait changé mis à part une conversation avec ce gars sympathique, je m‟asseyais dans mon fauteuil pour boire quelques pingas et je réfléchissais sur mon entretien le matin, je m‟étais engagé d‟aller à la réunion des A.A. l‟après-midi et je pensais que probablement Henrique en sortant de chez moi serait passé chez ses copains du groupe pour leur dire qu‟à la réunion de l‟âpres midi il allait emmener un nouveau “client” et que cette fois-ci justement c‟était un “étranger”, que sûrement ils allaient monter une stratégie entre eux pour me convaincre à ce que je reste dans leur groupe avec eux, je pensais aussi pendant quelques instants qu‟il pourrait s‟agir d‟une bande de bons à rien frustrés, qui auraient tout perdu, sans aucune personnalité et devenus des “Zéros”. 129


Quand Augusta et ma belle mère étaient arrivées à la maison, je les prévenais que je devais déjeuner de suite parce que Henrique allait passer pour m‟emmener a la réunion des A.A., aussitôt le déjeuner était prêt on déjeunait pour que je ne soie pas en retard, je pensais que si toutefois je n‟aimais pas ce que j‟allais voir dans la réunion il ne se passerait absolument rien sinon que je n‟y retournerais plus, et voila c‟était tout. A l‟heure convenue Henrique était passé à la maison me chercher, nous étions allés au groupe des A.A., j‟avoue que j‟étais un peu énervé et anxieux parce que je ne savais où tout ça allait m‟emmener, on arrivait au groupe qui justement était localisé à coté d‟une favela, dans le même pavillon de plein pied, il y avait un foyer pour des handicapés physiques, c‟est à dire, plusieurs internes assis dans des chaises roulantes, le salon principal était juste à l‟entrée et avait à peu près soixante mètres carrés, et bien au centre il y avait une table de ping-pong, j‟étais tellement énervé que je ne m‟étais même pas demandé ce que faisait là la table si les handicapés ne pouvaient jouer, on m‟avait présenté quelques uns d‟entre eux et aussi les membres des A.A. qui allaient participer de la réunion. Dans la salle il y avait une grande table avec une nappe bleue marine et le symbole des A.A., sur la table beaucoup de livres et brochures, un chronomètre qui me rappelait celui que mon psychanalyste utilisait dans le passé pour chronométrer le temps et passer la facture après, une petite cloche et livre de présence avec le nom des personnes, ce jour-là il y avait quatorze personnes au total à la réunion, avec Henrique et moi inclus, devant cette table prendrait place le médiateur et de l‟autre coté 130


les participants assis dans des chaises, sur la table de ping-pong il y avait une bouteille thermique avec du café, un sucrier, des petites cuillères et des petites tasses, des biscuits et un gâteau, au fond du salon accrochés au mur il y avait trois tableaux, dans celui du milieu on pouvait lire “Prière de la Sérénité”, et de chaque coté il y avait “Les Douze Etapes” et “ Les Douze Traditions”. Tout était très bien organisé et bien présenté, ce jour-là le médiateur de la réunion c‟était une femme, exactement à seize heures commençait la réunion. Enervé et en transpiration j‟étais anxieux pour voir ce qu‟ils allaient raconter et vérifier s‟ils s‟étaient mis d‟accord auparavant avec Henrique sur ce qu‟ils iraient dire, je pesais vingt kilos en plus de mon poids normal, je n‟étais pas gros j‟étais “gonflé” à cause de l‟alcool. La réunion commençait il y avait un texte modèle à suivre que le médiateur lisait, je m‟apercevais qu‟on appelait les participants par “frères”, le médiateur commençait la réunion en invitant les participants à lire la prière qui était accrochée au mur dont voici le texte: “Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne puis changer, le courage de changer les choses que je peux et la sagesse d’en connaître la différence ”. Le médiateur appelait chacun des participants par leur prénom et les invitait à faire un partage, ils s‟approchaient de la table et s‟assoyaient dans une chaise face aux participants, tous commençaient leur partage en disant “je m‟appelle (leur prénom), et je suis un alcoolique en récupération”, le médiateur 131


programmait dix minutes dans son chronomètre, pendant leur partage personne interrompait, le silence était total, dans leur partages, les participants racontaient comment avait été leur passé alcoolique et jusqu‟où ils en étaient arrivés, comment ils vivaient actuellement sans boire de l‟alcool et comment était leur récupération loin de bistrots et de l‟alcool, quelques uns d‟entre eux avaient tout perdu, mais aucun ressemblait à un autre, chacun avait eu son prix à payer par les conséquences de l‟alcoolisme. Je m‟apercevais que ce qu‟ils étaient entrain de raconter c‟était ma vie et mon passé, même si c‟était dans des situations différentes aux miennes le problème principal et la façon dont ils sentaient les choses étaient identiques au mien, ce n‟était pas possible qu‟ils aient programmé un spectacle pour mon arrivée, après tout personne se souciait de ce que je pourrais penser, ils partageaient et parlaient avec leur coeur sans perdre la raison, c‟était tout à fait cohérent ce qu‟ils disaient et je les trouvais très intelligents, il semblait y avoir quelque “chose” dans l‟ambiance et je n‟arrivais pas à comprendre le quoi, moi qui avait toujours eu des préjugés je savais que là il n‟y avais pas de “macumba”, c‟était plaisant d‟écouter quelqu‟un parler et tout le monde prêtant attention à ce qu‟il disait, ça donnait une sensation de paix et de bien-être, l‟esprit cordiale était très grand. Après la première heure de réunion avec des partages et lecture de quelques textes des livres des A.A., il y avait une pause de dix minutes pour se décontracter, parler avec les membres du groupe, boire un café et manger un morceau de gâteau, certains en profitaient pour aller aux toilettes parce que pendant la réunion personne ne 132


voulait rater un partage. J‟avais pu constater que personne n‟avait la curiosité de savoir qui j‟étais, on ne me demandait pas mon nom, ils me demandaient comment je souhaitais qu‟on m‟appelle et si je voulais je pouvais donner un pseudonyme, personne me demandait mon adresse ou quelle était ma profession. Ils se trouvaient là pour faire leur récupération et renforcer leur propos de rester abstinents pour les prochaines vingt-quatre heures, néanmoins j‟avais vu qu‟ils s‟approchaient de moi avec l‟intention de me soutenir et vouloir partager mon problème, ils voulaient m‟aider, ils savaient pourquoi j‟étais là, mon problème c‟était l‟alcool, comme eux. A la deuxième partie de la réunion les partages continuaient, il y avait beaucoup de spiritualité dans ce qu‟il racontaient et personne ne parlait en haute ni grossièrement, ils semblaient heureux et reconnaissants par le fait d‟être sobres. Je me disais qu‟il devait y avoir quelque chose derrière tout ça, estce qu‟ils prenaient des médicaments?, est-ce qu‟on leur faisait signer un engagement par écrit?, est-ce qu‟on les obligeait à jurer devant tout le monde qu‟ils ne boiraient plus d‟alcool?, seraient-ils obligés à se rendre à un culte dans une religion quelconque?, et combien ils devaient faire payer pour tout ça?, la réponse était très facile: “ils n‟étaient obligés à rien, ils ne s‟engageaient pas avec qui que ce soit, mais seulement avec eux mêmes”, et en plus, personne ne les interdisait de boire à nouveau, c‟était invraisemblable, je n‟arrivais pas à croire je que j‟entendais, ça me soulageait connaître leurs principes. Pendant la réunion j‟étais intrigué et curieux, je voulais analyser chaque détail sur ce qu‟il se passait, les pancartes qui étaient affichées dans les murs 133


m‟attiraient beaucoup mon attention, des textes courts, simples et pleins de sagesse, on pouvait y lire; Eviter la première dose, Ce que vous voyez et entendez ici quand vous sortirez laissez que ça reste ici, Seulement pour 24 heures, Le silence fait partie de la récupération, Vas doucement mais vas, Vivre et laisser vivre, et bien d‟autres. Le médiateur m‟avait dit que j‟étais la personne plus importante dans la réunion ce jour-là, il lisait un texte en faisant une invitation générale pour adhérer au mouvement dans le cas où il y aurait quelqu‟un d‟intéressé dans la salle, c‟était le moment de le faire, il suffisait de lever le bras et s‟approcher de la table pour prendre une fiche, et si on le voulait on pouvait choisir un membre présent comme parrain qui pourrait aider et guider dans ses débuts. En ce moment là je me souvenais de tout ce qui s‟était passé dans ma vie, toutes les fois que j‟avais essayé de m‟arrêter de boire, ma souffrance, le psychanalyste, le centre spirite, je me disais en moi même “Xavier, c‟est la dernière carte dans ta manche, ou tu la prends ou tu meurs”, immédiatement je levais mon bras et je m‟approchais de la table, ma chemise était complètement mouillé de transpiration, j‟étais très énervé et émotionné, je me demandais “est-ce que ça va marcher?, est-ce que je vais réussir?, mais comment je vais faire?”. Le médiateur me demandait si je voulais dire quelque chose et faire mon partage, je lui avait répondu que non parce que j‟étais très émotionné et les paroles n‟allaient pas sortir de ma bouche, seulement je remerciais à tous et je leur disais que j‟espérais que ça puisse marcher pour moi, ensuite on me demandait si je souhaitais 134


prendre un parrain le cas où je me serais identifié avec quelqu‟un des présents, je répondais oui, je prenais Henrique comme parrain qui immédiatement me remettais une fiche symbolique avec l‟emblème des A.A., une carte d‟adhésion avec le nom du groupe, mon prénom “Xavier” et quelques brochures contenant des informations sur les Alcooliques Anonymes. Je retournais à ma place et je me souviens encore que la chaise où j‟étais assis était sale avec du sang, sûrement que c‟était parce que la serviette hygiénique que j‟avais mis dans mon slip fuyait. Les réunions dans ce groupe étaient les mercredis à vingt heures et les samedis à seize heures, on m‟invitait à ce que je revienne et j‟avais répondu que peut-être je reviendrais le samedi suivant. La réunion finissait et Henrique m‟avait remmené à la maison. J‟avais expliqué à Augusta comment avait été la réunion, j‟avais eu une bonne impression mais j‟étais encore curieux de savoir “comment” je pourrais réussir ne plus boire d‟alcool.

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Une lumière au bout du tunnel Une deuxième vie commençait Mes premiers temps de sobriété

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e lendemain, dimanche, je commençais à lire les brochures qu‟on m‟avait remis pendant la réunion, évidement je continuais à boire mais j‟étais curieux et je désirais connaître les A.A., sans oublier ce que j‟avais observé et entendu dans ma première réunion, ainsi que mon adhésion au mouvement. J‟avais ouvert une brochure, dont le titre était “Les AA sont-ils pour vous?”, il y avait douze questions dont seulement moi pouvais y répondre, ce n‟était pas un questionnaire médical où autre chose dans ce genre là, ce n‟était pas non plus un travail d‟école pour faire à la maison et le rendre au groupe, c‟était tout simplement pour voir si les questions avaient quelque chose à voir avec moi et ma façon de boire, et vérifier si je m‟identifiais avec chaque question, voici le contenu de la brochure: Vous seul pouvez décider de faire l'essai du mouvement des AA, si vous croyez qu'il peut vous aider. 136


Nous avons nous-mêmes adhéré au Mouvement parce que nous avons finalement renoncé à tenter de contrôler notre façon de boire. Nous détestions encore admettre que nous ne pourrions jamais boire sans danger. Mais nous avons entendu d'autres membres des AA dire que nous étions malades, exactement ce que nous pensions depuis des années ! Nous avons découvert qu'un grand nombre de personnes souffraient, comme nous, des mêmes sentiments de culpabilité, de solitude et de désespoir. Nous avons compris que nous éprouvions ces sentiments parce que nous souffrions de la maladie de l'alcoolisme. Nous avons décidé d'essayer le programme et de regarder en face le tort que nous avait causé l'alcool. Voici quelques-unes des questions auxquelles nous avons tenté de répondre honnêtement. Si nous répondions OUI à quatre questions ou plus, c'est que nous étions en grande difficulté face à notre consommation d'alcool. Essayez de répondre aux mêmes questions, en vous rappelant qu'il n'y a pas de honte à admettre que vous avez un problème. 1 - Avez-vous déjà résolu d'arrêter de boire pendant une semaine ou deux, sans pouvoir tenir plus que quelques jours? La plupart d'entre nous, membres des AA, avons fait toutes sortes de promesses à nous-mêmes et à nos familles, sans pouvoir les tenir. Puis nous sommes venus aux AA, et on nous a dit :"Essayez seulement de ne pas boire aujourd'hui." (Si vous ne buvez pas aujourd'hui, vous ne pourrez pas vous enivrer aujourd'hui.) 137


2 - Aimeriez-vous que les gens se mêlent de leurs affaires concernant votre façon de boire - qu'ils cessent de vous dire quoi faire ? Chez les AA nous "n'imposons" rien à personne. Nous ne faisons que parler de notre propre consommation, des problèmes qu'elle nous a causés et de la manière dont nous avons arrêté de boire. Nous serons heureux de vous aider, si vous le désirez. 3 - Avez-vous déjà changé de sorte de boisson dans l'espoir d'éviter de vous enivrer ? Nous avons essayé toutes sortes de moyens. Nous avons pris des consommations moins fortes, seulement de la bière, aucun cocktail. Nous n'avons bu que les fins de semaine. Nous avons tout essayé. Mais si nous buvions quoi que ce soit contenant de l'alcool, nous finissions généralement par nous enivrer. 4 - Vous est-il arrivé au cours de la dernière année de devoir prendre un verre le matin pour vous lever ? Avez-vous besoin d'un verre pour commencer la journée ou pour arrêter de trembler ? Ceci est un signe presque infaillible que vous ne buvez pas "socialement ". 5 - Enviez-vous les gens qui peuvent boire sans s'occasionner d'embêtements ? Un jour ou l'autre, nous nous sommes presque tous demandé pourquoi nous n'étions pas comme la plupart des gens, qui sont parfaitement capables de 138


boire ou de s'abstenir. 6 - Avez-vous eu des problèmes reliés à l'alcool au cours de la dernière année? Soyez honnête ! Les médecins disent que si vous continuez à boire malgré un problème d'alcool, il s'aggravera - jamais il ne s'améliorera. Vous en mourrez, éventuellement, ou vous vous retrouverez dans une institution pour le restant de vos jours. Le seul espoir est d'arrêter de boire. 7 - Votre façon de boire a-t-elle causé des problèmes à la maison ? Avant d'arriver au Mouvement, la plupart d'entre nous disions que c'étaient les autres ou les problèmes à la maison qui nous faisaient boire. Nous ne pouvions pas comprendre que boire ne faisait qu'empirer les choses sans jamais rien résoudre, peu importe les circonstances. 8 - Vous arrive-t-il, lors d'une soirée, d'essayer d'obtenir des consommations supplémentaires parce qu'on ne vous en donne pas suffisamment ? Nous avions presque tous l'habitude d'en prendre quelques-uns avant de partir, si nous pensions qu'on n'en servirait pas assez. Et si on ne remplissait pas les verres assez vite, on allait ailleurs pour boire davantage. 9 - Vous dites-vous que vous pouvez cesser de boire n'importe quand, même si vous continuez à vous enivrer malgré vous ? 139


Beaucoup d'entre nous se sont leurrés en pensant qu'ils buvaient parce qu'ils le voulaient. Chez les AA, nous avons découvert qu'après avoir commencé à boire, nous ne pouvions plus nous arrêter. 10 - Avez-vous manqué des journées de travail ou d'école à cause de l'alcool ? Beaucoup d'entre nous admettent maintenant qu'ils se sont souvent déclarés malades alors qu'en réalité, ils avaient la "gueule de bois " ou étaient en pleine cuite. 11 - Avez-vous des trous de mémoire ? Un trou de mémoire, c'est l'oubli de certaines heures ou journées passées à boire. Chez les AA, nous avons découvert que c'est un signe presque certain d'alcoolisme. 12 - Avez-vous déjà eu l'impression que la vie serait plus belle si vous ne buviez pas ? Bon nombre d'entre nous ont commencé à boire parce qu'ainsi la vie paraissait plus belle, du moins pour un temps. À l'époque où nous sommes arrivés chez les AA, nous nous sentions pris au piège. Nous buvions pour vivre et nous vivions pour boire. Nous étions écœurés d'être écœurés. Quel est votre résultat ? Si vous avez répondu OUI quatre fois ou plus, vous avez probablement un problème d'alcool. Qu'estce qui nous permet de dire cela ? Simplement le fait 140


que des milliers de membres AA le répètent depuis plusieurs années. Ils ont découvert la vérité sur eux mêmes - et de pénible façon. Mais, encore une fois, vous seul pouvez décider si les AA sont pour vous. Tâchez d'avoir un esprit ouvert à cet égard. Si la réponse est OUI, nous serons heureux de vous montrer comment nous avons réussi à ne plus boire. Téléphonez-nous. Les AA ne vous promettent pas de résoudre vos problèmes. Mais nous pouvons vous montrer comment nous apprenons à vivre sans alcool "une journée à la fois" Nous nous tenons loin du "premier verre " : s'il n'y en a pas de premier, il ne peut y en avoir un dixième. Une fois libérés de l'alcool, nous avons constaté que la vie devenait beaucoup plus facile à maîtriser. Les ALCOOLIQUES ANONYMES sont une association d'hommes et de femmes qui partagent leur expérience, leur force et leur espoir dans le but de résoudre leur problème commun et d'en aider d'autres à se rétablir de l'alcoolisme. La seule condition requise pour en être membre est d'avoir le désir d'arrêter de boire. En AA, il n'y a ni cotisation ni droit d'inscription, nous nous finançons par nos propres contributions. AA n'est allié à aucune secte, confession, parti politique, organisation ou institution, ne souhaite s'engager dans aucune controverse, ne cautionne et ne s'oppose à aucune cause. Notre but primordial est de rester sobres et d'aider d'autres alcooliques à le devenir. 141


C‟était plus que prouvé pour moi que j‟étais alcoolique, toutes les questions le dévoilaient, j‟avais répondu OUI à presque toutes. Il fallait que je tente chez les A.A. et voir comment les membres du groupe avaient fait pour ne plus boire, comment devaient-ils faire quand ils avaient envie de boire?, qu‟est-ce qui pourrait remplacer le vide de l‟alcool?, c‟étaient beaucoup de questions sans réponse . . . . à ce moment là. Une autre brochure, “Définition des Alcooliques anonymes” me donnait davantage de renseignements, en voici le contenu: Les Alcooliques anonymes sont une association d'hommes et de femmes qui partagent leur expérience, leur force et leur espoir dans le but de résoudre leur problème commun et d'en aider d'autres à se rétablir de l'alcoolisme. La seule condition pour en être membre est un désir d'arrêter de boire. En AA, il n'y a ni cotisations, ni droit d'inscription. Nous nous finançons par nos propres contributions. AA n'est allié à aucune secte, confession, parti politique, organisation ou institution, ne souhaite s'engager dans aucune controverse, ne cautionne et ne s'oppose à aucune cause. Notre but primordial est de rester sobre et d'aider d'autres alcooliques à le devenir. On peut aussi définir les Alcooliques anonymes comme une société informelle composée de plus de deux millions d'alcooliques en rétablissement, en France, aux Etats-Unis, au Canada et dans d'autres pays. Ces 142


hommes et ces femmes se rencontrent dans des groupes de leur localité, dont le nombre s'étend d'une poignée de personnes dans certains endroits jusqu'à plusieurs centaines dans les villes plus peuplées. Actuellement, les femmes constituent 40 % du nombre total des membres. Et enfin la dernière brochure “Les AA et l'alcoolisme” : Les AA ne s'intéressent qu'au rétablissement personnel et à l'abstinence continue des alcooliques qui demandent de l'aide au Mouvement. Les Alcooliques anonymes ne s'engagent dans aucune autre activité relative à l'alcoolisme comme le traitement médical ou psychiatrique, l'éducation, la recherche ou le soutien de causes, sous quelque forme que ce soit, bien que des membres, à titre personnel, puissent participer à ces activités. Le Mouvement s'est donné une politique de "collaboration sans affiliation" à l'égard des autres organismes intéressés au problème de l'alcoolisme. Par tradition, les Alcooliques anonymes n'acceptent ni ne sollicitent aucun appui financier de sources extérieures et les membres protègent leur anonymat personnel dans la presse écrite ou parlée ainsi que dans toute autre apparition publique. L'expérience des AA a toujours été mise gratuitement à la disposition de quiconque voulait y recourir: gens d'affaires, chefs spirituels, groupes communautaires, représentants de la loi, professionnels 143


de la santé et de l'aide sociale, éducateurs, représentants des forces armées, directeurs d'établissements publics, représentants syndicaux et plusieurs autres. Mais jamais le Mouvement n'endosse ou ne soutient les autres organismes qui œuvrent dans le domaine de l'alcoolisme, et jamais il ne s'affilie à eux ni n'en commente les activités puisque de telles attitudes déborderaient de l'objectif premier du Mouvement. En France, les relations des AA avec les professionnels du traitement de l'alcoolisme, qu'il s'agisse d'organismes, de centres ou d'individus, relèvent des bureaux nationaux et des orientations du Conseil d'Administration. Ces structures tentent d'assurer un climat de compréhension mutuelle et de collaboration entre les membres des AA et les autres personnes qui s'occupent des alcooliques. Je n‟avais plus de doutes, ces textes correspondaient à la réalité que j‟avais pu apprécier à la réunion, ça tombait dessus et je ne voyais aucune contradiction. J‟avoue qu‟au moment où j‟avais levé mon bras et j‟adhérais aux Alcooliques Anonymes, je souhaitais ne plus souffrir, j‟avais senti en moi une énergie “positive”. Je me souvenais de chaque partage des membres du groupe, ils étaient différents, mais pensaient et s‟exprimaient comme moi, je pensais que j‟avais pris une bonne décision en voulant me joindre à eux, je me sentait un peu plus fort et moins seul. Le lundi et mardi qui suivirent ma première réunion je me recueillais et je méditais beaucoup, je ne voulais plus boire, mais il me fallait au moins boire un coup, aussi, parce que mon corps et ma tête étaient en conflit, le 144


besoin physique de boire s‟en prenait à moi et se battait contre ma conscience qui ne voulait plus boire, je voulais être et avoir ce que les membres du groupe avaient. C‟était difficile, mais pas impossible, le mercredi je réussissais à ne plus boire une seule goutte d‟alcool après trente et un ans que je buvais tous les jours, j‟avais passé toute la journée entrain de lire ces brochures et le livre que Henrique m‟avait fait cadeau le samedi lorsqu‟il était venu chez moi. Je voyais les heures passer assez rapidement ce mercredi, j‟étais entrain de réussir, mais, et le lendemain est-ce que ça continuerait pareil?, je me souvenais de la pancarte “seulement pour aujourd‟hui”, il me suffirait le lendemain me rappeler à nouveau que ça serait “seulement pour aujourd‟hui” et ainsi successivement tous les jours. Les heures passaient et je regardais la fiche et la petite carte d‟adhésion, dans la carte on y lisait la Prière de la Sérénité, je lisais et relisais, non seulement par le fait de lire, mais en sentant et interprétant profondément son contenu, je voulais avoir de la sérénité pour pouvoir finir la journée sans boire de l‟alcool. Pendant les repas de ce mercredi j‟avais préféré ne rien boire du tout, je buvais de l‟eau en dehors des repas et je mangeais beaucoup de sucreries, des bombons pare que avec le manque d‟alcool mon corps manquait de sucre. J‟avais besoin de changer mes habitudes et je me sentais différent, je cherchais de forces pour ne pas boire et j‟avais réussi. Le soir quand j‟étais allé me coucher je n‟en revenais pas, je ne croyais pas ce qu‟il était entrain de m‟arriver, “je n‟avais pas bu”, je n‟arrivais pas à m‟endormir tellement j‟étais heureux, je me retournais dans mon lit 145


et j‟essayais de m‟endormir, mais la joie ne laissait pas. Je me souvenais de mon enfance pendant les fêtes de fin d‟année, à la veille des Rois Mages je n‟arrivais pas à m‟endormir parce que j‟allais recevoir des cadeaux, je mettais du temps à cause de mon anxiété. Je n‟avais pas été à la réunion le mercredi, mais j‟y étais retourné le samedi avec Henrique qui m‟y avait emmené, j‟avais eu l‟opportunité de faire mon partage, je voulais que tous sachent que je n‟avais pas bu d‟alcool depuis le mercredi, donc, j‟en étais à ma quatrième journée d‟abstinence, quand je m‟assoyais pour parler ma bouche était très sèche et pâteuse à cause de mes nerfs, mon coeur et mes émotions étaient pris d‟une grande euphorie, je disais “je m‟appelle Xavier et je suis alcoolique”, normalement j‟aurais dix minutes pour parler, mais je me limitais à exprimer ma joie de ne pas boire d‟alcool, je ne savais plus quoi dire, je ne comprenais rien sur les A.A. et après quelques minutes je remerciais et souhaitais beaucoup de sobriété à tous les membres présents. On m‟avait offert des livres des A.A., j‟avais de quoi m‟occuper à la maison et me dédier à la lecture, car j‟avais du temps disponible et ma société de distribution était pratiquement arrêtée. Les membres du groupe des A.A. m‟avaient suggéré qu‟à mes débuts je fréquente quatre-vingt-dix réunions, mais par prudence et me connaissant bien, j‟avais préféré y aller seulement les samedis et avoir les réunions des mercredis comme bouée de sauvetage, je pensais qu‟en y allant seulement les samedis si je sentais que ce n‟était pas suffisant je pourrais y aller aussi les mercredis, étant donné que j‟avais réussi être abstinent je trouvais que c‟était mieux ainsi, car si 146


j‟utilisais toutes mes munitions (mercredis et samedis) et je n‟étais pas bien je courrais le risque de boire à nouveau parce que je n‟aurais pas d‟autre alternative. Pendant les premières semaines j‟en avais profité au maximum pour lire les livres des Alcooliques Anonymes, je n‟avais jamais aimé lire, mais il s‟agissait là d‟une affaire de la plus haute importance, après tout il s‟agissait de ma vie. Lire les livres des A.A. c‟était très facile, des grandes lettres, le texte et rédaction très simples à comprendre, chaque virgule à sa place, des mots très forts et très significatifs, tous les livres des A.A. sont écrits par des alcooliques pour d‟autres alcooliques, avec le coeur gratifié de tous ceux qui ont échappé à la mort ou à la folie, elle doit être “sentie” et pas tout simplement lue. J‟étais extrêmement heureux de ne pas boire, pendant les premiers mois je sentais et voyais comme je changeais, au sixième mois de sobriété j‟avais “dégonflé” et maigrit vingt-trois kilos, le matin lorsque je me rasais devant l‟armoire de toilette j‟étais content de voir mon visage qui se transformait une semaine après l‟autre, ce nouveau mode de vie, mes nouveaux amis et “frères”, lire et mettre en pratique les suggestions proposées par les A.A. pour vivre une nouvelle vie, étaient entrain de bien fonctionner pour moi, j‟en étais même arrivé à changer les meubles de place dans mon salon, je sentais dans l‟ambiance à la maison des petits changements jour après jour. Je suis triste quand je vois des nouveaux qui arrivent aux groupes des A.A. et finissent par désister et ne plus revenir, voulant arrêter de boire et ils n‟y arrivent pas, ça a toujours été comme ça et ça le sera 147


toujours, A.A. ce n’est pas pour celui qui en a besoin, et oui pour celui qui le veut. Tout doucement j‟apprenais tous les jours un peu plus sur le mouvement, avec l‟expérience des membres plus anciens je découvrais ce qui était bon ou pas pour poursuivre le chemin de la sobriété, je m‟apercevais que plus je donnais de moi-même et plus je recevais en sobriété continue, une parmi beaucoup de choses qui marchait très bien c‟était d‟aider à un autre alcoolique. Je participais activement aux services dans le mouvement, d‟une manière spontané et volontaire, c‟était moi le principal bénéficié dans les divers services, j‟étais très bien parrainé par Henrique, jusqu‟à nos jours nous sommes dans le même groupe, on se voit au moins deux fois par semaine, je suis allé porter le message des A.A., avec ou sans lui, pendant toutes ces années à ceux qui souffrent encore avec l‟alcoolisme, je suis aussi parrain d‟autres membres qui sont arrivés au mouvement après moi, malheureusement certains sont décédés parce qu‟ils n‟avaient pas pris le programme de récupération au sérieux. Ma conception et valeurs sur la vie ont changé radicalement, car aimant et aidant celui qui en a besoin je me sens gratifié, la pratique de l‟humilité à été très importante pour modifier mon égoïsme et mon orgueil. Depuis 1994 j‟ai décidé donner mes organes après ma mort, c‟est quelque chose que je n‟aurais jamais fait quand je buvais de l‟alcool, aujourd‟hui je me sens un privilégié pour être où je suis et être qui je suis, seulement pour aujourd‟hui. Une des choses qui m‟avait beaucoup influencé et attrait dans les A.A. c‟était quand j‟entendais parler d‟une “Puissance Supérieure” à la façon que chacun le “conçoit”, je 148


trouvais que c‟était séduisant “confier” en quelqu‟un ou en quelque chose qui pourrait faire ce que pendant longtemps j‟avais essayé de faire, mais cet P.S. (abrégé) n‟était pas imposé par le mouvement, je pouvais ou non y croire, c‟était l‟affaire de chacun d‟entre nous. Je le trouvais attractif parce qu‟il avait un sens très diffèrent du Dieu divulgué dans la plupart des religions. Dans mon enfance j‟avais connu le Dieu du pouvoir de “punir”, du tu peux ou tu ne peux pas, en fonction de ce que je faisais c‟était considéré comme un “péché”. Le mot (P.S.) était bien plus léger et je pouvait le concevoir comme je l‟entendais. Je n‟ai jamais vu de ma vie une religion, organisation, association ou mouvement qui conçoive un Dieu ou Puissance Supérieure ou encore Force Supérieure à la carte, et par dessus le marché sans être obligé à croire en lui (ou elle). C‟était donc ce qui proposaient les A.A., des outils pour ne pas boire à nouveau, de me modifier et croître dans une vie nouvelle, étant un “autre” individu totalement l‟opposé de celui que j‟avais été pendant mes trente et un ans d‟alcoolisme. Etant donné que je ne buvais plus d‟alcool, et ma tête voyant les choses plus claires, je pouvais donner de la valeur à tout ce qui m‟entourait, mes facultés mentales me permettaient que je raisonne et je parle d‟une manière rationnelle, très différent du passé lorsque je raisonnais anesthésié sous les effets de l‟alcool. Personne m‟interdisait de boire à nouveau, c‟était mon problème, et que je sache, jamais quelqu‟un m‟avait mis de l‟alcool dans ma bouche, c‟était toujours moi qui avait bu tout seul comment un grand parce que je le voulais, dès que je m‟étais arrêté de boire il me suffisait d‟allonger mon bras quelques quarante 149


centimètres et de prendre un verre pour tout recommencer. Parmi plusieurs textes j‟avais lu un poème de Borges qui m‟avait beaucoup plu et que je ne pourrais oublier de transcrire: Instants Si je pouvais vivre à nouveau ma vie, dans la prochaine j’essaierais de commettre d’avantage d’erreurs. J’essaierais d’être moins parfait, je serais plus décontracté. Je serais encore plus fou de ce que j’ai été, à vrai dire je prendrais peu de choses au sérieux. Je prendrais plus de risques, je voyagerais plus, je contemplerais les couchers du soleil, j’irais plus dans le montagnes, je nagerais plus dans les rivières. J’irais dans des endroits où je ne suis jamais allé, je mangerais plus de glaces et moins de lentilles, j’aurais plus de problèmes réels et moins de problèmes imaginaires. Je suis quelqu’un qui a vécu tranquillement et d’une manière productive chaque minute de ma vie; bien sur que j’ai eu de moments de joie. Mais, si je pouvais vivre une autre fois, j’essaierais de vivre seulement de bon moments. Parce que, si vous ne le savez pas, c’est de ça que la vie est faite, seulement de moments, ne perds pas le présent. J’étais quelqu’un qui n’allait jamais nulle part sans emmener un thermomètre, une bouillotte, un 150


parapluie et un parachutes; si je vivais une autre fois je voyagerais moins encombré. Si je pouvais vivre à nouveau, je commencerais à marcher pieds nus au début du printemps et je continuerais ainsi jusqu’à la fin de l’automne. Je me promènerais plus dans ma rue, je contemplerais plus de levers du jour et je jouerais avec plus d’enfants, si j’avais une nouvelle vie devant moi. Mais, voyez vous, j’ai 85 ans et je sais que je suis entrain de mourir. (Jorge Luiz Borges, argentin, décédé en Suisse en 1987, il est considéré un des plus grands écrivants du siècle). Sans aucun doute ce poème m‟encourageait à vivre et apprécier mon entourage, parfois je regardais depuis ma chambre à coucher la belle place que nous avions juste devant, j‟admirais tout ce que je voyais, j‟écoutais le chant des oiseaux, je n‟avais jamais prêté attention à ce genre de choses, je percevais la grandeur de la nature et combien j‟étais minuscule. Je continuais ferme à me récupérer, si ça marchait, pourquoi irais-je désister?, je ne sentais plus envie de boire de l‟alcool ni j‟avais le besoin incontrôlable de le faire, je savais que si je tentais boire à nouveau pour voir si j‟étais guéri ça pourrait m‟être fatal. J‟avais appris dans les A.A. que cette maladie seulement peut être stoppée et en aucun cas elle peut être guérie, c‟est comme une bougie qu‟on peut éteindre, mais si on l‟allume à nouveau elle continue à brûler jusqu‟à la fin, et ceci en un clin d‟oeil sans pouvoir revenir en arrière. J‟ai vu plusieurs membres 151


des A.A. rechuter et en peu de temps revenir au stage où s‟étaient arrêtes et s‟enfoncer davantage jusqu‟à leur mort, c‟est pour ça que la maladie est progressive, mais le programme de récupération des A.A. quand il est pratiqué et pris au sérieux, permet de progresser en tant qu‟individu dans les mêmes proportions que le progrès de la maladie. J‟entends qu‟il convient de progresser un peu plus que la maladie pour avoir une marge sécurité, et ne pas rester à faire l‟équilibriste car on risque de tomber. Nous réapprenons et réussissons à avoir des bonnes relations avec la société, on a les mêmes problèmes que n‟importe qui, mais notre paix interne nous permet de confronter la réalité sans panique, froidement, cherchant toujours solutionner nos problèmes de la meilleure façon possible avec les alternatives qui mieux nous conviennent. La récupération quotidienne c‟est une tâche pour toute la vie, il y a des jours qu‟il nous apparaît des problèmes difficiles à solutionner, nous sommes mis à l‟épreuve et il parait être nécessaire qu‟il en soit ainsi, ce sont des obstacles qui ne surviennent pas par hasard, car nous sommes disposés à en tirer de l‟expérience positive sur chaque problème, on essaye de le surmonter et croître en sagesse et connaissance. Alcooliques Anonymes ne me donne aucune garantie que je resterais sobre jusqu‟à la fin de mes jours, je suis le responsable pour ma sobriété, le seul qui peut faire quelque chose pour moi-même pour “continuer” sobre à chaque vingt-quatre heures, A.A. met des outils pour ma récupération à ma disposition devant moi, par terre, il faut que je me baisse pour les prendre. Je sais que si je continue dans les A.A. je suis 152


avec ma bande, ce sont des personnes égales à moi avec un passé différent, rien à voir, ce qui nous unit c‟est le même problème; continuer sobres parce que si nous buvons on ne peut plus contrôler notre façon de boire, aussitôt que nous sommes dans une salle de réunions nous sommes tous égaux, personne n‟est ni plus ni moins qu‟un autre, il n‟y a pas de “chef” dans les A.A., ceux qui ont des postes de confiance aux services le font pour une période déterminée sous forme de rotation, ils sont élus par d‟autres membres pour les représenter, mais jamais comme chefs. Dans le mouvement il y a toute sorte de personnes et de niveaux de la société, prêtres, avocats, militaires, écrivains, artistes, beaucoup de personnalités importantes aussi bien au niveau national que international, c‟est ainsi que fonctionnent les A.A., un endroit pour celui qui souhaite sincèrement abandonner l‟alcool, et il y arrive, pour cela il suffit de le “vouloir”. Pendant toutes ces années de récupération je me suis impliqué à l‟étude et pratique du programme des A.A., j‟ai connu beaucoup de gens intéressants. Je me sens bien dans ma peau et suis heureux d‟être quelqu‟un sociable, je connais et je salue mes voisins ainsi que les gens du quartier, parfois, je vois le prêtre de la paroisse qui est aussi un étranger très sympathique. Actuellement, quand je rentre à la maison et j‟ouvre le portail pour rentrer la voiture, ma chienne pasteur belge “Lora”, m‟attend toute heureuse et en remuant sa queue, dès que je descends de la voiture elle vient sur moi pour s‟amuser, très différent qu‟il y a neuf ans lorsque j‟arrivais, elle partait au fond du terrain se cacher avec sa queue entre les jambes parce qu‟elle me craignait, 153


mais, qu‟est qu‟il s‟est passé pour qu‟elle change autant?, la réponse est que les chiens ont le don de sentir l‟état d‟esprit de n‟importe qui, en fait, elle n‟a pas changé du tout, c‟est moi qui a changé. D‟autre part, Augusta continue à fréquenter le groupe de Al-Anon, elle fait aussi sa part pour vivre une vie meilleure, nous arrivons mutuellement à nous accepter pour avoir une cohabitation efficace. J‟ai participé quelques fois à des réunions Al-Anon dans des groupes dans d‟autres quartiers, mon but est d‟écouter ce que les familiers d‟autres alcooliques ont à dire au jour le jour, cela me fait beaucoup réfléchir, car je vois au travers des partages que j‟ai encore beaucoup de défauts et que je pourrais m‟améliorer. La pratique du programme des A.A. ne fait pas que je me prenne pour un “saint”, mais maintenant je mène une vie normale, je vais aux fêtes, aux mariages et toute sorte de rencontres, ceux qui connaissent ma vie et m‟avaient vu toujours comme un “animateur” dans les fêtes restent stupéfaits avec mon comportement actuel, d‟autres qui m‟ont connu déjà dans ma sobriété restent toujours autour de moi pour parler de sujets les plus variés. Dans le chapitre introduction de ce livre je remercie les reclus et j‟aimerais expliquer pourquoi, pendant toutes ces années et étant dans les services des A.A., c‟est à dire, emmenant notre message à ceux qui souffrent encore, soit par des thématiques, programmes de radio, presse écrite, et aussi participant des réunions des Alcooliques Anonymes dans le centre pénitencier du Carandiru à São Paulo. J‟ai eu l‟occasion de connaître des membres des A.A. qui étaient derrière les 154


barreaux, je me souviens d‟en avoir rencontré un dans une salle des A.A. au centre ville, il jouissait sa liberté après avoir accomplit sa peine, c‟était une grande joie de nous rencontrer. J‟ai été en contact par correspondance aussi, pendant quelques années avec des membres des A.A. d‟expression française, la plupart du Canada, c‟est encore une autre formule de récupération, car dans les lettres on écrit parfois des choses qu‟on n‟a pas envie de dire dans les partages dans les salles de réunion “en direct” ou “les yeux dans les yeux”. Parmi ces correspondants du Canada il y en avait un qui avait le don pour l‟art et la peinture, il m‟avait envoyé par la poste un tableau qu‟il avait peint pour moi en prison, il est toujours derrière les barreaux et il y restera jusqu‟à la fin de ses jours parce qu‟il doit purger peine perpétuelle. La vie continue, mes deux fils Alain et Xavier travaillent maintenant en France depuis mai 1999, je ne les ai jamais influencé pour qu‟ils aillent travailler à Paris, c‟est arrivé d‟une manière naturelle, lorsqu‟en 1982 je voulais à tout prix que mes enfants soient élevés et éduqués dans un pays “civilisé” les choses ne s‟étaient pas passé comme “moi” je le voulais, à Lesigny on leur parlait toujours en français et j‟interdisais qu‟on parle portugais à la maison. C‟est incroyable comme cette “Puissance Supérieure” m‟a montré sa force, je vois maintenant pourquoi la vie de nos enfants ne nous appartient pas, on peut les guider et leur expliquer ce qui est le bien et le mal, mais en aucun cas les obliger à ce qu‟ils fassent ce que nous voulons, nous avons beaucoup besoin Augusta et moi d‟améliorer notre “détachement” car l‟amour des 155


parents dans la plupart des cas est égoïste d‟une manière exagérée, après tout, ce qui est difficile dans la vie c‟est ce que nous devrions faire, mon expérience m‟a prouvé cela. Au mois d‟août 1999 j‟avais eu une discussion avec Xavier pendant qu‟on parlait au téléphone, ça m‟avait contrarié et je transcris ci-dessous le texte de la lettre que je lui avait posté: “Mon cher fils Xavier, nous avons bien reçu ta dernière lettre qui était tout spécialement à mon attention, nous sommes toujours très heureux chaque fois que nous avons de tes nouvelles, moi en particulier je t’en remercie beaucoup, je l’ai mise sur la table de mon ordinateur pour répondre au moment opportun, non pas par manque de temps, mais parce que je devais penser ce que j’irais répondre”. J’ai été très émotionné en lisant ton courrier, d’autant plus, que ton voyage est très important pour moi, justement parce que peut-être le hasard a fait que tu ailles vivre et visiter les endroits où je vivais quand j’avais exactement ton âge. A vrai dire, du fait que tu soies allé en Europe, comme tu me le dis dans ta lettre, je savais que tu me connaîtrais et comprendrais mieux qui je suis. Tout d’abord, je te présente mes excuses pour le ton que je t’ai parlé au téléphone la nuit du samedi quand tu venais de rentrer de ton travail. Pas besoin de savoir ou commenter le pourquoi j’étais énervé, tout simplement j’avais perdu une fois de plus la maîtrise sur moi-même, et après notre conversation j’étais bien plus mal, j’avais passé tout le dimanche couché et sans m’alimenter pratiquement pendant trois jours, après ça allait mieux. C’est le mardi suivant (après avoir reçu ta 156


lettre) que j’avais demandé à maman qu’elle t’appelle pour deux raisons, la première c’était parce qu’elle n’avais pas eu l’occasion de parler avec toi puisqu’elle était partie chez grand mère, et deuxièmement parce que je voulais te présenter mes excuses car je supposais que tu pourrais ne pas être bien à cause de ça, comme c’est elle qui t’avait appelé je lui avait demandé auparavant qu’elle te présente mes excuses et t’explique pourquoi, ainsi je n’interférais dans votre conversation. Je suis d’accord avec toi que nous pourrons parler sur ma vie en France dès qu’on aura l’occasion, mais je peux déjà t’avancer quelques informations à mon sujet : J’étais quelqu’un de très ambitieux, à l’extrême, d’une manière maladive, c’était ma seule raison de vivre, d’avoir, de posséder et être le meilleur, telles étaient mes principales motivations, mais au fond de moi-même, dans mon intime, il y avait la sensibilité et l’émotion à fleur de peau qui était marquée par la maladie de mon père, totalement impuissant dans une chaise roulante, de ma mère luttant toute seule contre tout et contre tous pour soutenir et mener la famille en avant, et aussi par les malheurs qui avaient atteint mes frères et ma soeur seule avec ses filles, affaiblie pour faire face à la vie. Bref, j’apparentais une chose vu de dehors, et j’étais autre chose à mon intérieur. J’avais toujours bien manger et bien boire, comme tu le sais, des gens comme ça en France on les appelle des “fine-gueule”. Manger ne m’a jamais fait de mal, bien au contraire, mais la boisson, qui me permettait de passer des moments inoubliables, je ne pouvais soupçonner qu’elle pourrait m’affecter à long terme avec une 157


consommation exagérée comme je le faisais pour me sentir soulagé de mes angoisses provoquées par mes émotions maladives. A mes 27 ans d’âge je vivais en fonction de mes objectifs ambitieux, mais très isolé des gens, mes relations étaient uniquement professionnelles ou de bringue, j’avais des problèmes de relations avec les autres. J’avais eu mon premier pavillon à l’âge de 25 ans, je passais tout mon temps libre entrain de faire du bricolage et de la décoration. En décembre 74 j’avais connu maman, justement un samedi soir à Paris, j’avais travaillé toute la journée à la maison et un ami de mon bouleau, Gérard, était venu m’inviter pour faire un tour à Paris, c’était ce 12 décembre 74 que je connaissais maman au "Le Caveau de la Huchette" à la Rue de La Huchette début de la rue St. Jacques, c’était là où j’avais l’habitude d’aller faire la bringue, où la plupart des fois je finissais au petit matin après avoir bu pas mal pendant toute la nuit. Depuis ce jour-là ma vie avait beaucoup changée, car tu sais que j’aime beaucoup maman, elle a comblé un grand vide qui avait dans moi. Je crois que pour la suite, je continuerais une prochaine fois. Aujourd’hui il y a exactement trois mois que tu es parti en France, le temps passe vite mais je suis très heureux pour toi, j’essaye d’améliorer mon égoïsme, bien sur à la maison il y a un vide sans ta présence, mais tu dois construire ta vie sur des bases solides, je suis certain que tu y arriveras, c’est ce que je te souhaite. Xavier, je t’aime beaucoup et tu le sais, que Dieu te protège. Je t’embrasse”. 158


Les Douze Etapes des A.A. Suggestions pour celui qui veut abandonner l'alcool Un programme de vie qui peut être adopté par n'importe qui

(1) "Nous avons admis que nous étions impuissants devant l'alcool, que nous avions perdu la maîtrise de nos vies". La première étape est la plus importante dans le sens qu‟il est nécessaire d‟admettre sa propre défaite pour réussir la liberté. En d‟autres mots, être arrivé au bas fond ou encore jeter la serviette sur le ring, le désir de ne plus boire d‟alcool doit être plus fort que l‟envie d‟en boire, on ne peut s‟arrêter de boire en buvant. Pour en être arrivé au point de vouloir abandonner l‟alcool, c‟est sans aucun doute parce que notre vie est devenue un enfer, aussi bien pour nous que pour ceux qui nous entourent, on en est arrivés à un cercle vicieux, on boit pour ne pas souffrir et on souffre parce qu‟on boit. La plupart des gens boit socialement, ils dégustent quelques apéros et puis s‟arrêtent parce que leur condition physique et mentale leur montre quand ils doivent s‟arrêter de boire pour ne pas être saouls, certains peuvent boire parfois d‟une façon exagérée, 159


mais ils le regrettent parce que ça ne leur réussit pas, au contraire, après la cuite ils restent longtemps avant de recommencer. L‟alcoolique est l‟opposé, quand il commence à boire il n‟arrive plus à se contrôler et s‟arrêter, c‟est comme une allergie à l‟alcool, il ne peut pas boire et ne doit pas, mais s‟il boit seulement une dose c‟est comme s‟il lâchait son frein à main, il n‟arrête plus. Progressivement on en arrive à ce point parce que personne commence à boire en buvant un litre d‟alcool, mais le corps s‟y habitue et demande chaque fois plus d‟alcool. Les caractéristiques physiques d‟un alcoolique le privilégient dans le sens de tenir le coup et de boire plus que les autres, probablement lorsque nous voyons dans un bistrot un groupe de deux ou trois personnes qui ont un coup dans l‟aile et qui ne tiennent plus debout, il y en a toujours un qui a l‟air d‟être mieux que les autres, c‟est bien ce dernier qui est alcoolique est sûrement emmènera les autres chez eux. Dans la deuxième part de cette étape nous devons admettre la perte totale de maîtrise sur nos vies, cette part de l‟étape est conséquence de la première, l‟alcool nous pousse à nous détruire et détruire les autres, si nos vies sont sans gouverne c‟est à cause de l‟alcool, on en arrive au point de ne plus avoir de crédibilité dans la société, nous promettons toujours arrêter de boire, nous disons que nous buvons avec notre argent et que nous nous arrêtons quand on le veux, et rien de tout ça se passe, parce que la volonté avant de boire c‟était une chose et la réalité après la première dose c‟était une autre. Les tristes conséquences qu‟un alcoolique peut subir à cause de l‟alcool sont immenses, comme par exemple, perte d‟emploi, d‟amis, et parfois 160


même la famille. On suggère que cette étape soie pratiquée à cent pour cent dans sa totalité, c‟est la première étape qui nous permettra de mettre en pratique les autres onze. Nous savons qu‟il n‟est pas toujours facile d‟admettre sa propre faillite et mettre de coté son orgueil, parce que nous avons une obsession alcoolique, et au moment de “boire ou pas boire” la solution plus facile est de boire. Pratiquer cette étape tout “seul” c‟est très difficile, mais pas impossible, un cas est différent d‟un autre, mais, entourés de gens qui sont passés par le même problème c‟est bien plus simple, car il semble qu‟en le “partageant” avec les autres c‟est plus facile et moins angoissant, ils sont là tout en haut du puits et nous jettent une corde, voulant nous aider, nous tirer de là pour qu‟on puisse sortir de l‟obscurité. Il existe aussi la possibilité que cette étape ne soie pas pour vous, peut-être que vous n‟êtes pas alcoolique, et sait-on jamais, vous pourrez réussir à boire de l‟alcool d‟une manière contrôlée, mais dans tous les cas, souvenezvous toujours ce que vous avez déjà lu sur l‟alcoolisme. (2) "Nous en sommes venus à croire qu'une puissance supérieure à nous-mêmes pouvait nous rendre la raison". Pourquoi une Puissance Supérieure a moi même?, parce que pendant toute ma vie j‟essayais de faire tout par moi-même, je développais progressivement mes défauts, qui anesthésiés avec l‟aide de l‟alcool m‟emmenèrent à la faillite morale. Si j‟avais pu tout faire par moi-même, j‟aurais résolu mes problèmes tout seul, j‟aurais bu et arrêté de boire quand 161


je l‟aurais voulu, mais malheureusement ce n‟était pas ainsi. Moi-même j‟avais construit ma propre prison où j‟étais isolé de la liberté et du monde, j‟avais construit de châteaux de sable qui s‟effondraient avec les vagues, la vie me réservait des surprises pas toujours très agréables, quand j‟étais enfant je me sentais proche de Dieu à cause de ma foi, étant même candidat à futur religieux, mais par les circonstances de la vie je décidais faire tout par moi-même, je tournais le dos à ce Dieu qui n‟avait pas satisfait mes exigences, jusqu‟à le considérer un jour comme mon frère cadet, mes déséquilibres émotionnels m‟avaient toujours emmené sur le chemin de la passion ou de la haine. Si seulement une Puissance Supérieure peut me retirer l‟envie de boire, je peux croire en Elle, je ne dis pas qu‟il soit facile, je dirais même que beaucoup d‟entre nous n‟a jamais crû en Dieu ou quelque chose semblable, je peux affirmer qu‟il y a dans les A.A. des membres athées et agnostiques. Cette Puissance ou Force Supérieure peut être considérée et interprétée comme on l‟entend, certains considèrent leur groupe des A.A. comme cette Force Supérieure. Face à cette étape nous nous trouvons parfois dans le dilemme. Il nous conviendrait “croire” parce que ça nous aidera dans nos débuts pour un cheminement vers une vie sobre et heureuse, mais on ne doit pas être pressés, cette décision peut être aussi prise en doses homéopathiques au bon moment, lorsque nous serons surs et convaincus de notre foi. Dans les A.A. il y a plein de gens qui avant pensaient pareil que vous, et il y a déjà beaucoup de vingt-quatre heures de ça, si vous êtes réticent pour mettre en pratique cette étape, je vous comprends 162


parfaitement, A.A. n‟exige pas que vous croyez en quoi que ce soit, souvenez-vous que ces étapes sont à peine suggérées, néanmoins, sachez que les mettre en pratique ce n‟est pas aussi difficile que vous le pensez, soyez mentalement “ouvert”. Vous n‟êtes pas non plus obligé de prendre maintenant de livres de religion ou théologie pour découvrir qui est Dieu, c‟est une chose très compliquée dans le sens pratique tu terme, essayer de comprendre avec profondeur les affaires de Dieu peut nous emmener même à la folie, ne tournez pas en rond pour savoir qui est arrivé en premier l‟oeuf ou la poule, rien ne changera, soyez pratique et vivez le moment présent, si vous réfléchissez une minute cette Puissance Supérieure peut être dans vous. Au sujet de la raison, nous pouvons affirmer que ceux qui boivent au point de vouloir s‟arrêter de boire c‟est parce qu‟ils sont loin d‟avoir de la “santé mentale”, si ce n‟était pas ainsi on n‟aurait pas eu l‟obsession alcoolique, associée à une allergie alcoolique. (3)

"Nous avons décidé de confier notre volonté et nos vies aux soins de Dieu tel que nous Le concevions".

Si vous ne sympathisez pas les religions n‟ayez pas peur, l‟énoncé dit: tel que nous Le concevions. Pour mettre en pratique la troisième étape il suffit d‟un peu de “bonne volonté”, si nous arrivons à mettre en pratique la deuxième étape, la troisième est à notre portée plus facilement. Pendant des longues années nous avions été responsables de nos actes, et agit en fonction de ce que nous croyons être le mieux pour 163


nous, malheureusement ça n‟avait pas marché toujours, ce qui était un bon motif pour continuer à boire chaque fois d‟avantage. Il fallait que les choses soient toujours comme on voulait, même si on se trompait on allait jusqu‟au bout pour ne pas blesser notre orgueil. Confier notre volonté et notre vie aux soins de Dieu – ou d‟une Puissance Supérieure – c‟est d‟une certaine façon souhaitable pour nous soulager et nous défaire des poids négatifs et des obstacles qui surviennent au jour le jour. Quand nous rencontrons un problème ou une situation difficile, il suffit de les confier et éviter d‟être les promoteurs de nouvelles situations qui pourront nous nuire, si le problème n‟a pas de solution il est déjà solutionné. Nous devons vivre avec la légèreté qui nous aide à retrouver la paix et sérénité proposé dans le programme de récupération, au moyen de ces étapes. Ouvrez votre coeur et laissez-La rentrer. J‟ai réussi à le faire sans trop d‟efforts, et je ne me considère pas mieux qu‟un autre, je pense que n‟importe quelle personne avec un minimum de bonne volonté y arrivera. Si on pense bien, quand on “admet et croit” qu‟on peut changer l‟ancienne vie pour une meilleure, automatiquement, il faut supposer que l‟on opte pour une réforme totale de notre vie, ce changement inclut qu‟on laisse que “quelqu‟un fasse pour nous ce que nous n‟avons pas arrivé à faire par nous mêmes”, après tout, quand nous buvions, est-ce que nous nous étions pas confiés totalement à l‟alcool?. Se confier ne veut pas dire qu‟on devient nuls. Dans la pratique, vous continuerez à faire les choses, mais cette fois-ci vous serez guidés par quelqu‟un Supérieur, vous comprendrez le pourquoi en mettant en pratique cette 164


étape. Si vous commencez la pratique de cette étape, ça vous rappellera peut-être les bons vieux temps, plus vous pratiquerez et plus vous aimerez, et vous dépendrez cette fois-ci de Dieu ou Puissance Supérieure, en autre mots, plus vous serez dépendent et plus d‟indépendance mentale et émotionnelle vous aurez, vous serez beaucoup plus sûr de vous même. Peut-être que vous êtes euphorique avec la sobriété récemment acquise, ou au contraire, peut-être que vous êtes sobre depuis un bon moment e vos problèmes continuent ou vont de pire en pire. Cette étape ne signifie pas que tôt le matin vous aller sortir dans le jardin avec un sac en plastique, et qu‟il va pleuvoir des billets de banque pour payer vos comptes ou solutionner vos problèmes, la troisième étape mise en pratique avec toute honnêteté nous garantit que rien de mal nous arrivera, ça vaut la peine attendre pour voir les résultats, Lui, veut toujours le mieux pour vous. Continuez à assister aux réunions, parce que le facteur “temps” depuis votre dernier verre est un facteur d‟une très grande importance pour votre récupération, plus loin sera votre dénier verre et mieux vous comprendrez les étapes, et mieux vivrez chaque journée. (4) "Nous avons courageusement procédé à un inventaire moral, minutieux de nous-mêmes". Le point essentiel de cette étape est de se connaître à soi-même, comment pourrais-je changer sans me connaître?. Quand je suis né j‟ai reçu comme cadeau ma vie, comme tous les êtres humains, tous différents les uns des autres, cultivant des défauts dans 165


nos vies, personne sur terre est parfait, cette étape nous permet de découvrir et réfléchir sur nos qualités et nos défauts, d‟une manière générale l‟être humain a une tendance à se dévoyer de plus en plus de la perfection à cause des besoins qu‟on rencontre dans la société, nos instincts naturels nous mènent à cela, aussi pour survivre, dans les A.A. nous marchons pour ainsi dire dans le sens opposé de la société, c‟est à dire, nous cherchons à nous perfectionner sans chercher la perfection, en améliorant nos qualités et en se séparant de nos défauts ou les transformant en qualités. Nous devons faire ce “minutieux” inventaire moral, de préférence écrivant de notre propre main un résume de notre vie, c‟est important qu‟il soit “écrit”, car, non seulement on le visualise, mais aussi, ça nous permet d‟expulser des faits qui nous ont tellement fait de mal et que nous avons accumulés pendant des longues années. Il est temps de faire le point sur notre vie, il faut établir un bilan même si le résultat n‟est pas terrible, l‟important c‟est de prendre connaissance de comment on est, et comment on devait être, il ne faut pas être pressé, nous avons toute la vie devant nous pour nous transformer en tant qu‟individus, c‟est un travail pour toute la vie, et il n‟a pas de fin. Je sais qu‟à cause de mes instincts je buvais et détruisais ma vie, je n‟avais pas de conscience de ce que j‟étais entrain de faire, parce que je ne me connaissais pas, autrement dit je n‟avais pas d‟identité, je vivais mon monde extérieur et je ne m‟étais jamais soucié de mon monde intérieur, si je me connaissais je n‟aurait pas abusé de l‟alcool et détruit ma vie pour anesthésier mes frustrations et dépressions, il me semble que je trouvais du plaisir en 166


me détruisant. Souvent, je disais que je buvais à cause des autres sans reconnaître que l‟exagération était enracinée en moi, c‟était pareil, boire à cause d‟une augmentation de salaire ou parce que je n‟avais pas été augmenté, à cause du soleil ou de la pluie, parce qu‟il faisait chaud ou froid, tout été un motif pour être célébré et ainsi pouvoir justifier mes cuites. Même si je croyais que je buvais à cause des autres, je dois faire cet inventaire moral, à coup sur je dévoilerais qu‟est-ce qui causait cette envie incontrôlable de boire. C‟est important que je confronte mes défauts sans peur, petit à petit je me familiariserais avec, et ça sera plus facile de les transformer ou les éliminer. Cet inventaire nous permet de recommencer nos vies sur une base solide, n‟importe quelle construction dépend des fondations bien exécutées. N‟importe quel commerçant qui veuille faire progresser son affaire, il devra faire fréquemment un inventaire de ses produits ou marchandises, certaines devront être mises de coté ou remplacées, soit, parce que ne sont pas vendables, d‟autres parce que la date de vente est périmée, il ne sert à rien mettre des nouvelles fausses étiquettes. Ça fait du bien savoir où nous en sommes avec nos vies, et nous en soucier, pour diriger de la meilleure façon possible notre affaire. (5)

"Nous avons avoué à Dieu, à nous-mêmes et à un autre être humain la nature exacte de nos torts".

Cette étape est attachée à l‟antérieure, nous avons écrit noir sur blanc notre passé, avec tous nos 167


défauts et nos vertus, on essaye d‟éliminer ou modifier nos défauts et d‟améliorer nos vertus. Pour en arriver à ce stage de récupération, nous avions déjà “admis” notre défaite à cause de l‟alcool dans la première étape, nous en sommes venus à croire qu'une puissance supérieure à nous-mêmes peut nous retirer l‟obsession par l‟alcool, et nous avons remis notre volonté et notre vie aux soins de celui que nous avons décidé de nous “confier”, nous avons fait une liste avec nos défauts et on les a “admis” en toute conscience vis à vis une Puissance Supérieure, vis à vis nous mêmes et on les admettra et fera part vis à vis un autre être humain, ou quelqu‟un qui aura notre confiance. Cette réelle admission de nos torts et en faisant part à quelqu‟un d‟autre, c‟est un acte d‟engagement et de responsabilité, c‟est le sincère désir de vouloir changer pour mieux. Ceux qui pratiquent la religion catholique savent ce qui est la confession, dans notre cas nous allons faire un pas en avant et assumer cet engagement. Certains membres des A.A. pratiquent les étapes de forme alternée, c‟est à dire, ils ne suivent pas la séquence chronologique des étapes, mais, on suggère la pratique des étapes dans l‟ordre, car chaque étape et conséquence de l‟antérieure. En principe, les étapes nous demandent d‟agir au contraire de nos désirs naturels, justement parce que leur contenu est contraire à notre façon d‟agir quand on buvait, ils nous aideront à dégonfler notre ego. Il n‟est pas souhaitable qu‟on garde en nous les défauts inventoriés dans la quatrième étape, en les communiquant de vive voix à une autre personne avec sincérité, ça nous engage dans le chemin de l‟humilité et honnêteté vis à vis nous mêmes. Il est important 168


qu‟on raconte avec précision nos torts et que l‟on fasse “le ménage”, de cela peut dépendre l‟avenir de notre sobriété, et ça nous permet de sortir de notre isolement, les portes s‟ouvrent pour que l‟on puisse nous communiquer librement avec les autres, nous nous sentons plus légers, pardonnés et disposés à pardonner. Mais, pourquoi communiquer à quelqu‟un d‟autre?, parce que notre contact avec une Puissance Supérieure est fait au travers de la pensée et de la méditation, c‟est comme un monologue, parce que jamais nous obtiendrons des réponses directes, tandis que si on fait l‟effort de communiquer à un autre être humain la nature exacte de nos torts, nous pourrons non seulement être entendus, mais aussi, écouter des commentaires et même des suggestions de comment on peut agir, c‟est une communication à deux voies. Nous devons faire un bon choix sur la personne à qui on communiquera, de préférence une personne avec de l‟expérience, qui soie passé par notre situation ou qui puisse nous comprendre, elle ne doit pas être obligatoirement membre des A.A., ça pourra être un religieux, médecin ou quelqu‟un à qui on puisse faire confiance, il faudra une bonne dose de courage pour mettre en pratique cette étape, mais c‟est justement cela que l‟on cherche. Pratiquer cette étape nous donnera une sensation de soulagement et de paix, pouvant ainsi nous préparer pour les étapes suivantes en direction à une sobriété pleine et significative. (6) "Nous avons pleinement consenti à ce que Dieu élimine tous ces défauts de caractère". 169


Consentir pleinement signifie “être prêt”, et dans cette étape concrètement nous nous ouvrons pour que nos défauts soient éliminés, si au travers des étapes antérieures nous avons réussi à avoir un peu d‟honnêteté et d‟humilité, nous pourrons être prêts pour mettre en pratique cette étape. Si je suis ouvert à ça, mes défauts seront éliminés, je souhaite avoir une vie meilleure. Lorsque nous avons mis en pratique les trois premières étapes, par le fait d‟admettre et de souhaiter ne plus boire d‟alcool, notre envie de boire la première dose nous a été tirée, et ainsi se passera avec cette étape au sujet de nos défauts de caractère. Nous pourrons constater ces faits en participant d‟une réunion ouverte des Alcooliques Anonymes, où les membres témoignent par leurs partages comment cela leur est arrivé, on dirait que c‟est un mystère mais c‟est la pure vérité. Il ne s‟agit pas qu‟on élimine tous nos instincts impulsifs, nous essayons de croître spirituellement, mais nous ne serons jamais blancs comme la neige, ce qui nous intéresse c‟est le perfectionnement et non pas la perfection. Certains de nos défauts on ne pourra pas les éliminer du jour au lendemain, parce que nous ne voudrons pas nous en défaire de tous, certains resteront, il n‟y a pas d‟urgence, l‟important c‟est l‟intention et le désir sincère de réussir à le faire, nous avons toute la vie devant nous. Cette étape n‟est pas facile, mais loin d‟être impossible. La première étape est l‟unique qui peut être mise en pratique avec toute perfection, les autres onze énoncent des idéaux et des objectifs. Ne dites pas “moi je renoncerais jamais” à tel ou tel défaut de caractère, car se rebeller ça pourrait être fatal. 170


L‟important est d‟avancer en direction à la volonté que Dieu a envers nous. (7) "Nous Lui avons humblement demandé de faire disparaître nos déficiences". Nous devrions ne pas confondre les mots humilité et humiliation, en tant qu‟alcooliques, s‟il s‟agissait de s‟humilier, il serait impossible d‟accepter la mise en pratique d‟une telle suggestion, il est probable que l‟orgueil soit notre principal défaut caractère. Néanmoins, il y a une différence entre humilité et humiliation, comme par exemple, un architecte peut être humble et un maçon orgueilleux. Le sens de cette étape nous mène à nous plier devant le défaut qui tant nous avait fait boire et souffrir, nous initier à la vertu de l‟humilité c‟est la suggestion de cette étape, et nous devrions éviter de penser que nous nous humilions. Nous ne devons pas oublier que lorsque nous avions décidé d‟accepter notre impuissance devant l‟alcool dans la première étape, sans nous en apercevoir on avait déjà pratiqué (peut-être inconsciemment), l‟humilité par notre défaite. Quand on est devenu sobres sans l‟alcool, sont restés en nous les défauts de caractère auxquels nous étions très attachés, nous résistions a nous en défaire parce qu‟il y avait un vide à notre intérieur. A vrai dire, toutes les douze étapes nous demandent la pratique de l‟humilité, pour nous elle ne signifie pas faiblesse, et oui, force. Il est très probable, que l‟on choisisse au début l‟humilité par besoin ou pour survivre, et pas par option, nous pourrons encore avoir peur, mais la peur et la foi ne 171


sont pas compatibles. Nous tous, nous sommes des alcooliques, des êtres dotés d‟une intelligence hors du commun, mais pour l‟appliquer d‟une façon correcte il nous convient mettre l‟humilité devant, de cette façon nous nous rapprochons de la perfection et nous apercevons de notre force d‟attraction, les bons résultats arriveront immédiatement. Pour la plupart des gens l‟orgueil représente une sécurité qui est provoquée par l‟instinct de défense de soi-même, être leader et survivre ce sont les lois de la jungle, comme par exemple “je vais l‟agresser avant que ça soit lui qu‟il le fasse”. Nous parlons ici des valeurs spirituelles de l‟individu, pour nous qui sommes en récupération, nous devrions mettre les valeurs matérielles sur un second plan, pour ne pas courir des risques et être obligés de repartir à zéro. Nous ne pouvons pas nous permettre le luxe d‟avoir de l‟orgueil ou des ressentiments qui peuvent nous être fatals. Au début nous pourrons penser qu‟il est difficile se défaire de l‟orgueil, ça pourra l‟être et parfois nous pouvons même nous rebeller, c‟est un travail pour toute la vie, mais avec le passer du temps et la pratique de l‟humilité nous constaterons combien nous serons bénéficiés par les résultats obtenus de cette pratique. Comment?, par la joie que nous sentirons. Dans l‟étape antérieure nous voulions “être prêts” – nous avons pleinement consenti – et allons maintenant Lui demander de “faire disparaître” nos déficiences. Sûrement, nous finirons cette étape plus légers, plus confiants et surs, prêts pour pratiquer les prochaines étapes.

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(8) "Nous avons dressé une liste de toutes les personnes que nous avions lésées et consenti à leur faire amende honorable". De pair avec la neuvième étape, elles sont entrelacées, ce sont des étapes de “courage et d‟action”. La quatrième étape fut essentielle pour que je puisse faire maintenant une liste des personnes que j‟avais lésées quand je buvais de l‟alcool. Visualisant tout ce que j‟avais déjà écrit il est bien plus facile de savoir à qui, quand et où j‟avais lésée. Je considère cette étape une finition de la quatrième, comme si je souhaitais polir mon âme pour la faire briller d‟avantage. Il y avait une charge négative dans moi, à cause des avantages que j‟avais obtenu des gens et des différentes situations, des problèmes que j‟avais causé aux autres et à moimême, qu‟ils soient matériels, moraux ou émotionnels. Nous continuons dans cette étape, à nous modifier pour une vie meilleure, nous sommes motivés pour le mettre en pratique et nous voulons nous livrer de nos ressentiments, remords et sens de culpabilité de ce que nous avions fait à cause de nos cuites. Lorsque nous établirons la liste de ces personnes, nous prendrons le soin de bien mesurer les conséquences qui pourraient affecter à ces personnes en faisant des telles réparations, c‟est à dire, il se pourrait qu‟en les faisant, dans certains cas, ça porte d‟avantage de préjudices aux personnes concernées et à nous mêmes, nous réfléchirons sur ce point. Peut-être que certaines de ces personnes ne sont plus vivantes, d‟autres, on n‟a même plus l‟adresse pour rentrer en contact, et encore, d‟autres peuvent avoir déménagé loin de nous. Il nous faut consentir d‟une 173


manière “réelle” à pardonner pour être pardonnés, il peut sembler facile, mais pas tant que ça, encore une fois notre orgueil sera mis à l‟épreuve. Parfois, le fautif peut être l‟autre personne, mais il se peut aussi que nous ayons réagit de façon erronée sous l‟effet de l‟alcool, nous vivions presque toujours dans une situation de défense, on agressait pour ne pas être agressés. Nous avons déjà avoué à Dieu, à nous mêmes et à un autre être humain la nature exacte de nos torts, et maintenant nous serons disposés à faire des réparations à ceux que nous avions lésées?, la réponse c‟est “oui”, nous évoluons positivement vers une vie meilleure, ça sera le début de la fin des souffrances, il s‟agit de notre “croissance spirituelle” et de notre réforme intime en tant qu‟êtres humains, dans notre cas, il ne nous convient pas faire les choses à peu près ou à la moitié, c‟est tout ou rien, comme notre maladie qui peut se réveiller si je bois à nouveau. (9) "Nous avons réparé nos torts directement envers ces personnes, partout où c'était possible, sauf lorsqu'en ce faisant, nous pouvions leur nuire ou faire tort à d'autres". Et maintenant nous allons rentrer en action. Mettre en pratique cette étape sans avoir un minimum de structure émotionnelle nécessaire, peut nous mettre en danger, puisque si nous ne sommes pas sobres depuis un certain temps et mis en pratique les étapes antérieures, nous pourrons avoir des surprises désagréables qui pourront même nous obliger à tout recommencer à partir du point zéro. Ce n‟est pas urgent, 174


il n‟y a pas de date prévue à l‟avance pour faire ces réparations, il nous faudra du courage dans certains cas, certaines pourront être faites à court terme, d‟autres auront besoin d‟être planifiées à cause de leur complexité. Il existe aussi la possibilité de que l‟on fasse des réparations parfois incomplètes ou partielles, dans le cas où cela peut nuire ces personnes au lieu de leur faire des réparations. Dans l‟énoncé de cette étape, le mot “directement” signifie “les yeux dans les yeux” avec les personnes intéressées, le contact personnel est de grande importance pour que les personnes puissent “apprécier” la sincérité de notre acte et le vrai regret des actes que nous avions commis. Nous aurons de interlocuteurs de toutes sortes, peut-être que nous n‟agirons pas de la même manière avec tous, une situation peut être différente d‟une autre, on ne sera pas obligés de se mettre à genoux et d‟implorer le pardon. En fonction de la personnalité de notre interlocuteur nous pourrons faire usage d‟un langage différent, pour certains, nous pourrons leur expliquer qui nous sommes vraiment, comment était la vie que nous menions auparavant et le pourquoi nous avions agit de telle façon, nous présenterons nos excuses ou “demanderons pardon” pour les nuisances causées. Pour d‟autres, qui nous prenaient pour des gens da la pire espèce qui existe sous la face de la terre, et qui sont loin de vouloir nous pardonner, parce qu‟ils ne croient plus en nous, à ceux-là on pourra leur dire que l‟on “regrette beaucoup” ce que nous avions fait. En appliquant un peu de psychologie de notre part, nous nous adapterons le mieux possible à chaque situation. L„important c‟est qu‟on souhaite sincèrement transmettre de vive voix 175


notre regret à tous ceux que nous avions lésées, et éliminer nos remords et sens de culpabilité, nous serons soulagés après chaque réparation. Eventuellement, nous devrons dans certains cas, restituer des biens matériels, nous serons disposés à le faire dans nos possibilités, coûte ce que ça coûte. L‟expérience de la plupart des membres des A.A., nous a démontré qu‟on obtient des agréables surprises en mettant en pratique cette étape, des grands ennemis d‟autrefois finissent par devenir nos meilleurs amis, l‟opinion sur nous change radicalement, car notre façon d‟agir actuelle signifie aussi un changement radical par rapport à nos ancienne attitudes. Le résultat sera l‟admiration que beaucoup de gens auront envers nous, cela pourra nous mener parfois à une euphorie qui nous donnera envie de recommencer la pratique de cette étape avec d‟autres personnes, mais attention, l‟euphorie c‟est dangereux pour nous, elle nous rend aveugles et on perd le contrôle sur nos actes. Il convient que nous ayons paix et sérénité pour mettre en pratique cette étape. C‟est gratifiant pour nous, lorsque avec courage et humilité nous allons réparer nos torts directement à ceux que nous avions lésées, voila le sens de cette neuvième étape. (10) "Nous avons poursuivi notre inventaire personnel et promptement admis nos torts dès que nous nous en sommes aperçu". Cette étape est souvent appelée par nous “inventaire rapide”, notre programme est basé dans les vingt-quatre heures et ainsi nous avons l‟opportunité d‟évaluer quotidiennement comment a été notre 176


journée, bien ou mal, comment nous avons agit. Nous sommes des êtres humains et on ne peut pas atteindre la perfection absolue, nous pouvons commettre des erreurs à n‟importe quel moment, même involontairement. On nous suggère que nous trouvions un moment tous les jours, pour nous recueillir et méditer comment a été notre journée, ainsi, on se souvient plus facilement des faits récents, il est probable qu‟on détecte les erreurs commises. Il ne nous convient pas d‟avoir pris connaissance et porter dans notre conscience, les erreurs commises envers les autres ou envers nous mêmes, sans tenter les réparer ou améliorer notre conduite, si on reste avec ce poids sur nous ça pourrait nous mener à une “cuite sèche”, il conviendrait que nous agissions le plus rapidement possible, parce que plus on tardera à le faire et plus on aura besoin de courage. Il nous faut admettre immédiatement les erreurs commises et ce qui nous a emmené à le faire. Dans le but d‟améliorer nos vies et d‟être en paix avec nous mêmes, nous analyserons l‟erreur commise. Si toutefois j‟ai mal agit avec quelqu‟un quand j‟allais à mon travail, soit dans la circulation ou dans l‟autobus, il me sera pratiquement impossible réparer cette erreur, puisque difficilement je rencontrerais la personne ou je revivrais la même situation à nouveau, néanmoins, si j‟ai été mal élevé ou agressif avec un familier, voisin ou collègue de travail, je pourrais tout de suite m‟approcher de cette personne et lui présenter mes excuses pour ce que je lui ai fait, il suffit de lui expliquer avec toute sincérité et honnêteté ce qui était entrain de m‟arriver et je serais sûrement compris et excusé, la plupart des fois. Cette étape nous permet de réviser constamment nos vies et percevoir où 177


nous en sommes dans notre récupération. La mise en pratique de cette étape d‟une manière régulière, nous aide à vivre une vie heureuse et utile. Si on opte pour la pratiquer le soir, certainement nous allons dormir tranquilles et nous nous réveillerons le matin bien disposés pour recommencer une nouvelle journée. (11) "Nous avons cherché par la prière et la méditation à améliorer notre contact conscient avec Dieu, tel que nous Le concevions, Lui demandant seulement de connaître Sa volonté à notre égard et de nous donner la force de l'exécuter". Cette étape nous permet d‟avoir une relation plus étroite et plus proche avec Dieu tel que nous Le concevons, de manière consciente prions et méditons, pour sentir et comprendre comment nous devons mener nos vies. Quand nous mettons en pratique la onzième étape nous pratiquons un acte d‟humilité, c‟est un moment de gratitude pour encore une journée avec sobriété, et souhaitons que cela se répète a chaque vingt-quatre heures, à ce moment là, nous pourrons prier pour tous ceux dont nous savons qu‟ils on besoin d‟aide, mais on ne demandera rien de matériel pour nous, nous demanderons simplement savoir quelle est la direction que nous devons prendre et comment devons agir, c‟est un instant où notre conscience et la force omniprésente de Dieu deviennent une seule chose, cela nous donne une paix interne que nous pourrions appeler d‟état de grâce. En pratiquant d‟une manière régulière la prière et la méditation, nous nous en passerons plus et 178


elles deviendront indispensables comme l‟air qu‟on respire, la lumière ou la nourriture, nous avons besoin d‟elles pour notre survie, la méditation nous chemine en direction à la lumière. Apparaissent tous les jours des résultats inespérés que nous qualifions comme “coïncidence, causalité ou hasard” et nous comprenons ce que Lui veut de mieux pour nous. Nous souhaitons toujours devenir un instrument de Sa paix. La méditation c‟est un acte où l‟on pose des questions et on n‟entend pas les réponses, qui peut être développée chaque fois d‟avantage et devenir plus riche sous tous les aspects, en la mettant en pratique nous obtenons de la sagesse et de l‟équilibre émotionnel. L‟intensité de notre bien-être ou de notre souffrance est proportionnelle à la distance entre Dieu et nous. (12) "Ayant connu un réveil spirituel comme résultat de ces étapes, nous avons alors essayé de transmettre ce message à d'autres alcooliques et de mettre en pratique ces principes dans tous les domaines de notre vie". Quand on buvait de l‟alcool, nous voulions faire n‟importe quoi qui pourrait arrêter notre envie de boire et par conséquent arrêter de souffrir. Nous avons connu les Douze Etapes des A.A. qui nous proposent des moyens de ne plus boire d‟alcool en évitant la première dose et nous initiant à une réforme intime radicale de notre mode de vie. En fonction de la grandeur de cette réforme intime, nous devons réapprendre à vivre comme un nouveau né, mais dès que nous percevons les résultats acquis au travers ces suggestions, nous ne 179


pensons pas autre chose sinon de continuer ce cheminement, la dernière dose reste chaque jour plus loin de nous, et du fait de se souvenir de la dernière cuite ça nous donne d‟avantage de forces pour poursuivre le chemin de la lumière, c‟est plaisant de vivre en état de grâce croissant, nous ne devons plus éviter la première dose, maintenant il s‟agit de nous maintenir sobres un jour à la fois. Et avec la mise en pratique de ces étapes nous découvrons un “éveil spirituel”. Qu‟est-ce que ça pourrait être un éveil spirituel?. Dans la recherche continue de la perfection et la croissance spirituelle, nous avons pratiqué ces étapes qu‟avec son contenu positif nous ont approchés graduellement à une Puissance Supérieure à nous mêmes. L‟éveil spirituel pourrait être interprété comme la découverte de cette “Force Supérieure” qui peut être dans nous, dans nos familiers, parents, amis, ou dans vous, le bien-être c‟est une énergie qui s‟installe en nous avec plus ou moins d‟intensité en fonction de comment nous “sentons et apprécions” son existence. Par ma propre expérience je définirais l‟éveil spirituel comme un “orgasme spirituel”, la paix et la sérénité s‟installent en moi et sont accessibles pendant une période de temps très variable, ça donne la sensation de “surfer sur une vague”, ça donne la nette impression de se sentir dans un état d‟extase, parfois, on dirait qu‟une barre d‟acier gelée est au travers de l‟estomac et divise notre corps en deux parts, et on sent une vague de chaleur monter jusqu‟à notre tête. L‟éveil spirituel ne peux être décrit d‟une manière exacte, car chaque individu pourra le 180


sentir d‟une façon différente, c‟est une expérience qui vaut la peine d‟être vécue. Cet ensemble d‟étapes nous mène à une telle découverte et mode de vie que nous pourrons à partir de ce point l‟appliquer dans tous les domaines de nos vies, nous serons prêts pour divulguer cette conquête, qui étions nous, qui sommes nous, comment et pourquoi.

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Questions et réponses sur les Douze Etapes des A.A. Si vous n'avais jamais entendu parler des Alcooliques Anonymes, voici quelques tuyaux.

(1) "Nous avons admis que nous étions impuissants devant l'alcool, que nous avions perdu la maîtrise de nos vies". Q: Comment peut-on savoir si quelqu‟un est alcoolique? R: Alcoolique, est celui dont sa façon de boire de l‟alcool lui cause des problèmes dans tous le domaines de sa vie. L‟obsession pour l‟alcool c‟est une des principales caractéristiques. Pour l‟alcoolique, le contact avec l‟alcool a un sens différent que pour les autres personnes. Il n‟y a pas d‟âge pour devenir alcoolique. Du fait qu‟on emmène ceux qui ont trop bu chez eux, ça ne veut rien dire, au contraire, l‟alcoolique a une résistance à l‟alcool hors commun, bien supérieure aux autres buveurs. Il n‟est pas obligatoirement nécessaire de boire ni d‟être 182


saoul tous les jours, même les buveurs de fin de semaine peuvent être alcooliques, l‟importance de l‟attente pour boire en fin de semaine peut être un signe, ça vaut la peine de vérifier si même en fin de semaine on arrête de boire quand on veut ou si on boit en trop pour récupérer les journées perdues de la semaine sans boire. Q: Est-ce difficile d‟admettre que l‟on est alcoolique? R: Oui, nous parlons ici d‟une maladie qui est connue comme la maladie de la négation, nous croyons que ce sont les autres qui sont alcooliques, nous justifions toujours notre manière de boire, nous disons que nous buvons quand on veut et on arrête quand on veut, avec notre argent et sans gêner personne, que nous n‟avons jamais couché sous les ponts, nous pensons que les alcooliques ce sont les clochards ou ceux qui boivent toute a journée au bistrot jusqu‟à tomber par terre. Notre orgueil nous empêche d‟être honnêtes avec les autres et avec nous-mêmes. (2) "Nous en sommes venus à croire qu'une puissance supérieure à nous-mêmes pouvait nous rendre la raison". Q: En quoi ou en qui peut-on confier? 183


R: Si l‟énoncé de cette étape parle de “rendre la raison”, c‟est parce que l‟alcoolique n‟a aucun contrôle sur sa manière de boire, il ne peut dominer la situation quand il boit, s‟il ne peut pas faire usage de sa “propre volonté” face à l‟alcool c‟est à cause de la maladie, il lui faudra confier en quelque chose ou en quelqu‟un qui le mette à l‟écart de cette situation désespérante, qui peut le mener à la folie ou prématurément à la mort. Il ne s‟agit pas exactement de religion, aux A.A. il y a des athées et des agnostiques. Si nous n‟arrivons pas seuls, a arrêter de boire et avoir le contrôle de nos vies, dans les A.A. nous y arrivons, c‟est parce que nous croyons qu‟il existe “quelque chose ou quelqu‟un” qui peut le faire pour nous et qui est supérieur à nous. Comment, où? . . . . . je ne sais pas. Q: Ces étapes, blessent-elles l‟orgueil d‟un alcoolique?, Est-ce qu‟elles le sensibilisent? R: La plupart d‟entre nous est arrivé en A.A. par besoin et non par option, à la fin de notre carrière alcoolique nous étions totalement dépendants de l‟alcool, il était devenu notre puissance supérieure. Qu‟est-ce que ça veut dire alcoolique? Qui abuse des boissons alcooliques sans en avoir le choix, dépendant d‟alcool. En arrivant au point d‟être obligés à faire un choix entre la vie et la mort, après l‟accepter, certains de nous, décidons inverser le choix et optons 184


pour choisir une Puissance Supérieure, c‟est l‟éveil de la foi. (3) "Nous avons décidé de confier notre volonté et nos vies aux soins de Dieu tel que nous Le concevions". Q: Volonté?, alors pourquoi n‟avez vous pas utilisé votre force de volonté pour arrêter de boire? R: Quand nous buvions on se servait de notre volonté pour détruire les autres et nous-mêmes, rien ne marchait lorsque nous agissions en fonction de nos instincts. Pour arrêter de boire, notre volonté ne servait plus à rien, puisqu‟elle était totalement dominée par l‟alcool, nous étions impuissants et avions perdu la maîtrise sur tout et sut tous. Q: Pourquoi confier sa vie et sa volonté, quel avantage? R: Après avoir abandonné l‟alcool dans la première étape, nos vies continuent comme pour n‟importe qui, il y a des jours meilleurs et d‟autres moins, quand nous nous trouvons devant des situations ou des faits adverses il nous convient être prudents pour ne pas laisser que nos défauts nous prennent en compte. Si nous confions ces faits et situations à Dieu, nous nous sentons aidés et plus légers, en laissant que 185


les choses se passent facilement, mais jamais par notre instinct naturel, parce que ça pourrait nous mener à l‟alcool à nouveau. (4) "Nous avons courageusement procédé à un inventaire moral, minutieux de nous-mêmes". Q: Qu‟est-ce que cela veut dire, mettre le passé d‟un alcoolique à jour? R: Un alcoolique, à cause de sa maladie, vit une vie complètement en dehors de son contrôle, il agresse les principales valeurs et principes de la société; famille, profession, sociale et légale. Il peut revoir toutes ces valeurs en se connaissant mieux au travers d‟un minutieux inventaire moral de soi-même. Q: Quel est l‟objectif de faire un inventaire de toute sa vie? R: Nous avions perdu notre identité pendant toutes ces années. Si nous ne nous connaissons pas, il ne sera pas possible de savoir les vraies causes de ces déséquilibres émotionnels, où, quand, et pourquoi. Nous établissons une liste de ces torts qui nous sert de guide pour modifier nos vies. (5) "Nous avons avoué à Dieu, à nous-mêmes et à un autre être humain la nature exacte de nos torts". 186


Q: Quel bénéfice vous apporte la mise en pratique de cette suggestion? R: Nous avions accumulé pendant des longues années, des défauts de caractère comme l‟orgueil, égoïsme, prépondérance et tant d‟autres, il ne nous convient pas de cohabiter avec les séquelles et cauchemars du passé, nous les évaluons et les expulsons, il faut nous en “libérer”, en les éliminant et améliorant nos qualités. Q: Comment choisir la personne à qui se confier? R: Nous devons chercher quelqu‟un de notre confiance, cette méthode a toujours été utilisée depuis des siècles par les religions, comme par exemple la confession. Nous pouvons choisir à notre guise comme meilleur nous convient, un prêtre, un religieux, un médecin, un ami ou un membre des A.A. qui ait de l‟expérience, l‟important c‟est que nous puissions faire notre ménage et avouer nos torts de vive voix à quelqu‟un. (6) "Nous avons pleinement consenti à ce que Dieu élimine tous ces défauts de caractère". Q: L‟alcoolique, doit-il faire un effort permanent pour rester sobre? 187


R: Oui, nous sommes alcooliques et avons une maladie incurable, nous devons nous efforcer constamment en évitant la première dose d‟alcool, nous mettons en pratique les suggestions des A.A. pour rester sobres. Dans les étapes précédentes nous avons vu que nous n‟étions plus seuls, ce qui nous facilite la pratique de ces étapes. Q: La pratique des suggestions est une amélioration permanente de l‟individu? R: Nous avons pleinement consenti, ça veut dire “être prêts”. Dans les premières étapes nous avons réussi à nous approcher d‟une Puissance Supérieure, si nous confions en Elle, nous ne serons pas oubliés. Nous devons progresser, on ne peut pas stationner notre récupération, il ne suffit pas d‟arrêter de boire, nous devons croître spirituellement pour bien vivre, avec sécurité, le perfectionnement est nécessaire pour nous, de cette manière nous réussissons une récupération satisfaisante. (7) "Nous Lui avons humblement demandé de faire disparaître nos déficiences". Q: Qu‟est-ce ça peut signifier l‟humilité pour un alcoolique?

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R: L‟alcoolique a toujours été un grand rêveur, il a de l‟imagination plus qu‟il en faut et contrôle avec une certaine facilité des situations qui pourraient paraître difficiles pour les autres. Avec la consommation de l‟alcool apparaissaient les frustrations, déceptions, ressentiments, dépressions et l‟apathie, qui créaient un blocage pour cohabiter avec les autres personnes. Quand nous buvions, le mot humilité était interprété pour la plupart d‟entre nous comme humiliation, et c‟est seulement après avoir arrêté de boire que nous percevions le vrai sens de l‟humilité que nous n‟avions jamais perçu auparavant. Q: Cette transformation radicale de l‟alcoolique, est-ce que ça ne lui pose pas des difficultés pour se réintégrer dans la société? R: Ces étapes, si on les met en pratique, nous permettent de ravoir notre vraie identité et d‟être bien avec nous mêmes et face à la vie, si je suis bien avec moi-même je serais bien avec la société, je réussis aimer les autres et de les accepter comme ils sont, autrefois, je voulais que les autres changent et qu‟ils soient à ma manière, maintenant celui qui change c‟est moi. Notre vrai amour vient de notre intérieur vers dehors, nous apprenons à aimer de manière désintéressée sans attendre rien en échange. Nous remplaçons des imperfections par des qualités. 189


(8) "Nous avons dressé une liste de toutes les personnes que nous avions lésées et consenti à leur faire amende honorable". Q: Faut-il vraiment passer par cette humiliation? R: Pour nous, le fait de présenter des excuses ça ne représente plus s‟humilier, néanmoins, être humbles c‟est important pour nous, pour notre progrès et croissance spirituelle. Nous avions déjà fait lors de la quatrième étape, une liste des différentes situations qu‟on avait vécu et qui pourra nous aider à découvrir les personnes qu‟on avait lésées, maintenant nous voulons rentrer en “action” pour passer au peigne fin notre passé, il nous faudra faire un effort pour réaliser ces réparations. Actualiser nos vies et les mettre à jour, c‟est nécessaire pour notre réintégration dans la société et cohabiter avec les autres. Q: Quels seraient les critères pour évaluer à qui on doit ou pas réparer les torts qu‟on avait causés quand on buvait de l‟alcool? R: Chaque cas c‟est une affaire totalement différente, et seulement peut être évaluée par nous avec toute honnêteté. Dans certains cas, nous savons que nous ne pourrons pas faire ces réparations, parce que ces personnes ont déménagé dans un autre département ou pays, 190


pour d‟autres, faire ces réparations pourra leur porter de préjudices ou à nous-mêmes. Nous établirons cette liste, mais, dans la prochaine étape nous verrons à qui o fera, ou pas, ces réparations. (9) "Nous avons réparé nos torts directement envers ces personnes, partout où c'était possible, sauf lorsqu'en ce faisant, nous pouvions leur nuire ou faire tort à d'autres". Q: Vous faut-il beaucoup de courage pour demander pardon à quelqu‟un d‟autre? R: Cela peut paraître un très grand défi, mais ce n‟est pas tout à fait ça, ce n‟est pas la mer à boire. Les étapes antérieures nous ont beaucoup aidés à nous préparer pour réaliser cette étape. Nous analysons chaque situation et le profil de la personne à qui nous allons faire des réparations, avec certaines, nous pourrons leur expliquer avec plus de détails les raisons de notre ancien comportement vis à vis elles, nous essayerons de leur donner des explications sur notre maladie et du besoin de leur faire ces réparations. Dans chaque situation, nous nous exposerons de la manière la plus adéquate, dans le but, toujours, d‟obtenir les mêmes résultats. Q: Comment faites-vous pour avoir un changement aussi radical dans votre 191


comportement?, quels bénéfices obtenez-vous en pratiquant cette étape?. R: Oui, il y a un changement radical pour l‟alcoolique en récupération, les autres s‟en aperçoivent, aussi bien dans notre apparence que dans notre comportement, car on reflète extérieurement notre bien-être intérieur. Il nous convient de faire toujours ces réparations face à face la personne que nous avions lésée. Le résultat est surprenant, dans la plupart des cas, les portes s‟ouvrent et nous rattachons les amitiés du passé, nous sommes donc respectés par les gens, bien au contraire de l‟époque où nous buvions de l‟alcool. Nos interlocuteurs, eux aussi, après nos réparations se comportent d‟une manière différente avec nous, ils sont stupéfaits et pris d‟admiration, ils ne comprennent pas, ils trouvent incohérent ce changement aussi radical. (10) "Nous avons poursuivi notre inventaire personnel et promptement admis nos torts dès que nous nous en sommes aperçu". Q: A quoi sert-elle cette suggestion? R: La dixième étape nous sert à faire un mini inventaire de la journée, nous évaluons ce que nous avons fait, aussi bien de positif que de négatif, et ensuite nous pourrons immédiatement modifier ou éliminer nos défauts et réparer nos erreurs. 192


Q: Mais, n‟aviez vous pas déjà fait un inventaire lors de la quatrième étape? R: Oui, quand nous avions commencé à mettre en pratique des étapes, mais dans la quatrième étape nous avions fait un rapport de notre vie par écrit, essayant de relever l‟origine de nos défauts de caractère, quand, où et pourquoi. Cette étape a comme but, la maintenance quotidienne de notre vie pour avoir une récupération satisfaisante. Il ne nous convient pas charger en nous des sentiments de culpabilité, haine ou ressentiment, en fonction des faits qui arrivent au jour le jour. (11) "Nous avons cherché par la prière et la méditation à améliorer notre contact conscient avec Dieu, tel que nous Le concevions, Lui demandant seulement de connaître Sa volonté à notre égard et de nous donner la force de l'exécuter". Q: Comment pratiquez-vous ce type de prière? R: Nous avons réussi au travers des étapes antécédentes, reformer nos vies, améliorer notre comportement et croître spirituellement. Nous nous sentons maintenant plus proches de cette Puissance Supérieure, la communication est devenue plus facile. Nous demandons d‟avoir la sérénité nécessaire pour accepter les choses que 193


nous ne pouvons modifier, courage pour modifier celles qu‟on peut, et sagesse pour en connaître la différence. Cette prière simple est connue dans les A.A. du monde entier, c‟est une base très solide pour rester sobres. Chacun de nous, en fonction de ses croyances prie et médite de la façon que meilleur lui convient, nous n‟avons pas de normes ou règlements à suivre, nous tachons de savoir au travers de la prière ce qu‟Elle attend de nous, comment nous devons agir, nous Lui demandons de l‟aide et d‟être l‟auxiliatrice des autres, nous ne demandons rien pour nous. Cette étape est précieuse et on s‟en bénéficie pour nous maintenir sobres d‟une manière continue. Q: Obtenez-vous des résultats sur les demandes que vous faites par les prières? R: Oui, les résultats de nos prières se présentent de façons les plus variés. Nous avons l‟habitude de rien demander pour nous, nous préférons prier pour une journée de plus dans la sobriété. On est conscients de l‟importance d‟être vivants, puisque nous savons combien nous nous maltraitions, on sait que nous n‟avions pas suffisamment de volonté pour arrêter de boire de l‟alcool. Cette étape nous offre l‟opportunité entre d‟autres choses, d‟être reconnaissants à Dieu pour ce qu‟il a fait pour nous.

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(12) "Ayant connu un réveil spirituel comme résultat de ces étapes, nous avons alors essayé de transmettre ce message à d'autres alcooliques et de mettre en pratique ces principes dans tous les domaines de notre vie". Q: Qu‟est-ce que c‟est cet éveil spirituel? R: Il représente pour nous une manière de penser différente que quand nous buvions. Une meilleure compréhension des choses, une étroite relation avec la Puissance Supérieure, souhaitant faire Sa volonté et non pas la notre. Q: Du fait que vous aidiez d‟une manière désintéressée d‟autres alcooliques qui boivent toujours de l‟alcool, seriez-vous comme un club de vraies vedettes dans la société? R: Non, il n‟y a pas de vedettes chez les A.A., nous sommes totalement anonymes. Il est fortement question pour nous, de garder notre anonymat. Nous voulons transmettre un message d‟espoir à ceux qui ont des problèmes avec l‟alcool. Transmettre ce message à un autre alcoolique, cela fait part de notre récupération, ça nous rappelle qui nous étions et dans quel état nous sommes arrivés chez les A.A.

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Mon opinion sur les A.A. Résumons Chapitre V du livre Bleu

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ous arrivons à la fin de cette petite lecture, on pourrait écrire des pages à ne plus en finir sur le thème “alcoolisme”, c‟est vraiment un sujet très large. Jusqu‟à présent, on n‟a pas trouvé des explications ni d‟études sérieuses qui puissent traiter et guérir l‟obsession pour l‟alcool, néanmoins, on peut l‟arrêter parce que je suis témoin de mon propre sort, c‟est dans les Alcooliques Anonymes que j‟ai réussi à ne plus boire d‟alcool, est-il arrivé un miracle?, je ne sais pas s‟ils existent, mais je crois que la foi peut résoudre beaucoup de choses. Comme je disais antérieurement, il s‟agit d‟une maladie sans guérison, si on relisait et on interprétait les trois premières étapes des A.A. nous pourrions en déduire; 1er) je ne peux pas, 2ème) quelqu‟un le peut, 3ème) si je le laisse faire. Je pense que nous avons là une bonne réponse pour arrêter l‟alcoolisme. Je n‟ai pas demandé à naître, et me voilà ici dans la planète des hommes, entre plusieurs milliards de galaxies. J‟ai eu une enfance problématique et ça devait être ainsi, sans aucun doute tout était prédéterminé, 196


même mon “aujourd‟hui”. Beaucoup de situations que j‟ai vécu ont été provoquées par moi, mais d‟autres, tombèrent sur moi comme si j‟étais une boite à poubelles. Je n‟oublie pas mon passé, mais aussi, il ne me manque pas, je préfère regarder en avant tout en vivant le présent. J‟ai eu une vie très agitée, en ce qui concerne mes déséquilibres émotionnels j‟ai payé pour ça un prix assez élevé, car tout au long de ma vie j‟avais développé une psychose qui avec le contact de l‟alcool s‟était déclaré mon alcoolisme, c‟est comme si j‟étais tombé d‟un arbre et je m‟étais accroché à une branche pour ne pas me casser la figure. Pour des raisons justifiées par moi, j‟ai beaucoup voyagé et toujours cherché des nouvelles aventures pour fuir les réalités et obstacles que je trouvais dans mon chemin, le seul avantage c‟était de connaître énormément de gens, cultures, habitudes, langues et endroits différents. Je voulais toujours garder dans ma mémoire ce que je voyais et vivais, c‟était merveilleux et je ne voulais plus jamais oublier, mais les endroits et situations étaient tellement nombreux que je ne puis m‟en souvenir vaguement que de certains quand moins j‟y pense. Dans mon adolescence, malgré que je n‟acceptais pas assumer des responsabilités d‟adulte, j‟avais toujours géré avec fermeté et responsabilité toutes les situations que je vivais, à cause de mes ambitions. Si j‟étais responsable pour mes parents comme un chef de famille, je voulais le faire au mieux, ce qui m‟encourageait pour aller “encore plus loin”, et en plus de les avoir à ma charge je voulais faire ma fortune personnelle. 197


Je croyais dans ma jeunesse que je vivais “pleinement”, parce que j‟avais de l‟argent, des biens matériels, pouvoir, femmes, et j‟étais beau gosse. Je pense que n‟importe quel être humain passe par cette phase dans sa vie, chacun à sa façon et réalité, dans sa communauté. Je croyais autrefois qu‟il y avait dans ce monde “moi” et six milliards de personnes, au contraire d‟aujourd‟hui où je pense qu‟il y a six milliards de personnes et moi. Je n‟avais pas eu l‟opportunité d‟aller très loin avec mes études, il me fallait travailler dès l‟âge de quatorze ans, de toutes façons mon état émotionnel ne me permettait pas de me concentrer suffisamment pour apprendre ce qu‟il fallait et avoir des notes acceptables, par contre, mes expériences dans la vie et mes parcours géographiques ont été très importants au point de vue professionnel, ma meilleure école c‟étaient les situations que j‟ai vécu. Du fait d‟être quelqu‟un de “pratique”, ça me permettait d‟avoir des connaissances sur les relations humaines, en étudiant à fond mes interlocuteurs de telle manière que je réussissais en quelques minutes savoir avec qui j‟avais à faire, une façon très pratique d‟appliquer la psychologie. Quand j‟ai connu Augusta déjà dans une autre phase de ma vie, j‟allais revoir le terme vivre “pleinement”, et je le changeais par “plénitude”, que je trouvais plus réel et opportun à cause de l‟amour qui nous unissait. L‟alcool avait été toujours une compagnie très agréable, ça me donnait de la perception, je faisais tout normalement, je paraissais quelqu‟un de normal comme n‟importe qui, mais l‟alcool était un ingrédient permanent dans ma vie, j‟avais toujours été un bon 198


buveur et c‟est pour ça que je me trouvais quelqu‟un de normal, je ne pouvais m‟imaginer qu‟avec le temps les quantités d‟alcool augmenteraient, stabiliseraient, et plus tard je boirais moins tout en ayant le même effet, parce que mon corps serait saturé et moins résistant. Aujourd‟hui comme je l‟ai déjà dit, je suis membre des Alcooliques Anonymes, je me maintiens exclusivement dans cette ligne de conduite pour ma récupération, je ne pratique aucune religion et je ne suis pas contre. Malgré que je soie catholique apostolique et romain, je trouve en A.A. tout dont j‟ai besoin pour me maintenir sobre un jour à la fois et vivre heureux. J‟aurais pu connaître d‟autres mouvements, religions ou églises qui peuvent aussi fonctionner si l‟individu y trouve des réponses qui remplissent ses besoins. Je n‟ai rien contre celui qui boit de l‟alcool, je trouve même qu‟il a tout à fait raison de le faire s‟il n‟a pas de problèmes avec l‟alcool, moi je sais que je ne peux pas en boire, je ne suis pas non plus contre les fabricants ni ceux qui font de la publicité, le monde est ainsi, moi je fait part d‟une minorité de dix pour cent de l‟humanité qui a ou peut avoir des sérieux problèmes avec l‟alcool. Le pire de mes jours actuels est meilleur que mon meilleur jour quand je buvais de l‟alcool, je sais ce que je fais et j‟ai l‟esprit ouvert pour être en alerte, je dois être vigilant tous les jours pour ne pas tomber dans un piège et succomber, une rechute ne commence pas à l‟instant où on boit, en fait elle finit quand on prend la première dose d‟alcool. J‟ai vu des nombreuses rechutes et je ne voudrais pas que cela m‟arrive, mais parfois pour certains cela fait part de leur récupération, on perd le contrôle parce que le moment n‟est pas encore arrivé 199


ou tout simplement parce que l‟on croit qu‟on est déjà guéris, ou encore parce que l‟on pense pouvoir boire de l‟alcool sans en abuser, c‟est une belle illusion. Néanmoins, beaucoup de gens ont tenté à n‟importe quel prix arrêter de boire, ils sont restés pendant quelques temps avec nous et puis nous ne les avons plus jamais vus dans les salles des A.A. Pour ceux-là et spécialement pour que vous puissiez comprendre de ce que nous parlons ici, je transcris à suivre un bout d‟un livre des A.A., c‟est un de mes préférés:

Alcooliques Anonymes Chapitre V - Livre Bleu COMMENT ÇA FONCTIONNE Rarement nous avons vu échouer quelqu‟un qui soigneusement a suivi notre chemin. Ceux qui ne se récupèrent pas c‟est parce qu‟ils ne le peuvent ou parce qu‟ils ne veulent pas se confier à ce programme simple. Généralement, des homes et des femmes qui, par leur constitutions, sont incapables d‟être honnêtes envers eux-mêmes. Il existe des gens de cette espèce. Ce n‟est pas de leur faute; il semble qu‟ils sont nés ainsi. Ils sont, par leur nature, incapables de développer un mode de vie qui nécessite une rigoureuse honnêteté. Leurs “chances” sont moindres que pour la plus part. Il existe, aussi, ceux qui souffrent de graves déséquilibres émotionnels et mentaux, même si beaucoup d‟entre eux se récupèrent pour avoir la capacité d‟être honnêtes. Nos histoires racontent, d‟une manière générale, comment on était, qu‟est-ce qu‟il nous est arrivé et 200


comment nous sommes maintenant. Si vous vous êtes décidé, vous souhaitez avoir ce que nous avons et vous feriez n‟importe quoi pour l‟avoir, alors vous êtes prêt pour prendre certaines mesures. Face à certaines, nous reculons. Nous pensons pouvoir rencontrer un moyen plus facile. Mais, on n‟y est pas arrivés. Avec toute sincérité nous implorons que vous preniez au sérieux le programme depuis le début. Certains d‟entre nous on avait essayé de nous en tenir à nos vieilles idées. Le résultat fut nul et on s‟était complètement rendus. Souvenez-vous que nous traitons de l‟alcool, habile, destructif, puissant! Sans aide, c‟est trop pour nous. Mais il en existe Un qui est tout-puissant. Ce Un est Dieu. Que vous puissiez Le rencontrer maintenant! Ce petit livre, n‟a pas la prétention d‟avoir trouvé la solution du siècle pour l‟alcoolisme, écrit de façon anonyme et non professionnel, de langage simple, il raconte les “dures vérités de l‟alcoolisme” vues par un alcoolique en récupération. Plein d‟expériences, mais sans aucun engagement, sans vouloir influencer ou donner la bonne recette pour stationner l‟alcoolisme (parce qu‟elle n‟existe pas), mais il y a une solution parce que pour moi ça fonctionne jusqu‟aujourd‟hui. Si ça peut aider quelqu'un, l'objectif aura été atteint. Ce petit livre est un témoignage sans fanatisme de comment j'ai réussi m'arrêter de boire en fréquentant le mouvement des Alcooliques Anonymes. Je recommanderais le programme des A.A. à n‟importe quelle personne qui voudrait vivre une vie 201


meilleure, parce qu‟il s‟agit d‟un “programme de vide”. Même n‟ayant aucun rapport avec l‟alcoolisme, vous trouverez sûrement des outils pour vivre mieux, peut importe quel qu‟il soit votre problème, il y a une réponse dans une étape ou toutes dans son ensemble. A.A. n‟impose absolument rien ni condamne personne, c‟est à dire, oui, si vous appliquez les Douze Etapes des A.A. dans votre vie, vous serez “condamné à être heureux”. Particulièrement, je veux ici remercier Dieu de la façon dont je Le conçois, pour avoir fait pour moi ce que je n‟aurais jamais pu faire par moi-même, pour avoir mis les A.A. dans mon chemin, merci d‟être vivant. Je remercie le Brésil pour m‟avoir accueilli avec les bras grands ouverts, pour la beauté du pays, pour la joie, simplicité, chaleur humaine et l‟amour que les brésiliens m‟ont apporté. Ce Brésil qui m‟a aidé à découvrir à nouveau ma vraie identité, et à revivre l‟innocence et pureté de mon enfance. Je ne tiens pas à rentrer dans les affaires d‟ordre politique, même si à partir de la fin des années soixante-dix j‟ai vivement critiqué ce pays, j‟ai la joie de le voir changer pour mieux depuis quatre-vingt-quatorze, je souhaite que les thèmes du drapeau Brésilien deviennent réalité. Tel que l‟alcoolisme, il convient de traiter les causes pour que les effets changent, ce n‟est pas un petit travail, il est entrain de se faire, et c‟est bien conduit, ce n‟est pas facile de changer les “responsables”, j‟espère que dans dix ou quinze ans les résultats apparaîtront.

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BIBLIOGRAPHIE 1- Alcooliques Anonymes. Brochure Les A.A. sont-ils pour vous? 2- Alcooliques Anonymes. Brochure Définition des Alcooliques Anonymes. 3- Alcooliques Anonymes. Brochure Les A.A. et l’alcoolisme 4- Alcooliques Anonymes. Les Douze Etapes des A.A. 5- Alcooliques Anonymes. Les Douze Traditions des A.A. 6- Robert Linssen - L’Eveil suprême 7- Dr. Josep del Hoyo Calduch - Els perills de l’alcohol 8- Alcooliques Anonymes. AA atteint sa majorité 9- Alcooliques Anonymes. Etre sobre 10- Alcooliques Anonymes. Nous en sommes venus à croire 11- Alcooliques Anonymes. Pass it on 12- Alcooliques Anonymes. Chapitre V

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Couverture : Je crois que le sujet “Alcoolisme” proposé dans ce livre est de grand intérêt pour la société comme un tout. J'ai bu ma dernière dose de boisson alcoolique en octobre 1992, et jusqu'à ce jour je suis abstinent de manière continue à l'alcool et sobre. J'ai écrit des faits importants qui m'ont le plus marqué pendant ma vie, je raconte comment a été ce long parcours avec l'alcool pendant trente et un ans sans arrêt (autobiographie), jusqu'où je suis arrivé à cause de l'alcool, comment et quand j'ai rencontré les A.A., et le plus important, “comment j'ai réussi a m'arrêter de boire”. Ma vie aujourd'hui, un jour après l'autre est bien différente, juste pour les 24 heures, j'ai appris à vivre le “moment présent”. J'ai décidé que par gratitude je pouvais écrire quelque chose au sujet de cette maladie et que le minimum que je pouvais faire c'était de divulguer mon expérience dans le but d'informer et/ou alerter ceux qui ce sont déjà aperçu que l'alcool est devenu très important dans leurs vies, soit parce que ils boivent différemment aux autres, soit parce qu'ils cohabitent avec ces personnes. Jusqu'à présent ont été divulguées plusieurs oeuvres, aussi bien de la part de la médecine comme des professionnels, d'autres qui traitent sur le rétablissement, il y a encore celles qui témoignent le pouvoir de la foi de plusieurs religions dans le sens de 204


propager et d'augmenter les troupeaux de telle religion, secte où croyance. Toute oeuvre qui traite le problème de “l'alcoolisme” est toujours très bienvenue, car chaque année augmente le nombre de victimes qui ont cette maladie avec des caractéristiques physique, mentale et émotionnelle. Ce que je pense être une nouveauté c'est que malgré tout ce livre a été écrit par un “anonyme” non professionnel, on y trouve une lecture simple, pleine d'expériences, sans aucun engagement et attrayante, ne voulant pas influencer ou donner une bonne recette pour détenir l'alcoolisme (parce qu'il n'y en a pas), mais il y a une solution puisque pour moi ça fonctionne jusqu'à présent. Si ça peut aider quelqu'un, l'objectif aura été atteint. Ce petit livre est un témoignage sans fanatisme de comment j'ai réussi m'arrêter de boire en fréquentant le mouvement des Alcooliques Anonymes. Cette oeuvre est dédiée au public en général sans contradictions avec les A.A. et écrite de manière totalement “anonyme”. J'entends que pour protéger mon “anonymat” mon nom complet doit être protégé, en respectant les traditions des Alcooliques Anonymes, parce que nos principes sont au dessus de nos personnalités.

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Une lumière au bout du tunnel  

Alcoolisme, l'histoire de recuperation d'un alcoolique. Une histoire de vie reelle, comment un alcoolique a reussi arreter de boire.

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