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Ballade en terre Catalane

BALLADE EN TERRE CATALANEMémoires d'une randonneuse...Les gorges de la Caranca

Les Gorges de la Carança, paradis à proximité de Villefranche de Conflent en direction d'Andorre. Située sur la commune de Thuès entre Valls, cette randonnée ne vous laissera pas indifférents ! En effet, rocs, passerelles et corniches voilà ce qui vous attends. Plusieurs parcours pour plusieurs niveaux de randonnées.

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Je me souviens de ce jour de printemps où je me suis garée sur le parking de Thuès, près de la Carança. Le soleil était encore bas, et j'avais décidé de venir seule pour arpenter ce sentier si réputé des Pyrénées-Orientales. Si j'aimais parfois la solitude en randonnée, j'étais venue seule cette fois-ci pour éviter d'être un poids pour d'autres. Je n'avais en effet aucune idée sur ma capacité à évoluer

sur ce tracé. Si mes chaussures avaient frappé le sol sur des milliers de kilomètres, elles ne m'avaient encore jamais menée au-devant de ma plus ancienne peur : celle du vide. Contrairement à l’itinéraire le plus emprunté, j'ai décidé de ne pas démarrer par le passage sous l'arche pour longer la Carança... J'ai préféré traverser la passerelle la surplombant, avant de prendre la direction du Sud. J'atteignis vite un nouveau pont, enjambai la voie ferrée et bifurquai vers l'Ouest,

où je rejoignis une série de lacets au dénivelé important. J'attaquais d'ailleurs la principale partie du dénivelé total de cette randonnée abordable par tous... exception faite de ceux souffrants de vertige ! Au bout de la montée, je me retournai pour admirer la vue. Thuès et la route nationale se tenaient en contrebas, et, moins esthétique, un énorme conduit sombre dévalait la pente sur ma gauche jusqu'à hauteur de la voie ferrée... Je restais là, comme pour reprendre mon souffle perdu dans la montée.

Mais j’haletais en fait pour une autre raison bien précise. Je savais qu'au bout de ce chemin qui repartait plein Est se tenait un petit tunnel, débouchant sur la célèbre corniche des Gorges de la Carança...

Mes premiers pas, chassés, sur la corniche furent aussi petits que ceux d'une fourmi. Les fesses plaquées à la paroi, les yeux détournés du ravin, je longeai ainsi la gorge, impatiente de pouvoir trouver sous mes doigts le contact du métal de la ligne de vie qui se faisait tant désirer... Le passage de la corniche me prit une bonne heure, au lieu d'une vingtaine de minutes pour un sportif de mon niveau. J'avais choisi un départ précoce pour éviter ce que je redoutais le plus; croiser d'autres randonneurs ici, et mes plans furent récompensés. Je pus ainsi profiter, autant que me le permit mon courage, de la vue surplombant la gorge, férocement accrochée à cette corde d'acier. Ce lieu est véritablement magnifique et sauvage malgré sa fréquentation, et les infrastructures qui la jalonnent. Après une pause et un casse-croûte mérités, je repris le sentier à deux pieds et mon courage à deux mains. Car s’enchaînaient ensuite les ponts de singes et les passerelles... Le premier pont de singe fut un grand moment de difficulté, car à quelques pas derrière moi, quelqu'un avait décidé de me rejoindre sur la structure, la faisant vaciller. Je terminais donc de traverser hâtivement, paradoxalement poussée par cet empressement qui nous fait dégager le passage pour quelqu'un souhaitant doubler. Je venais de passer une fois encore au-dessus de la Carança...

Et cette fois, même si ma peur demeurait, je ressentis un léger sentiment de victoire. Je venais de comprendre que j'étais capable de déjouer ma peur, non pas en me focalisant sur mon objectif, mais plutôt en me laissant distraire par toute cette beauté autour de moi. Cette vérité fut pourtant ébranlée lors de mes passages sur les passerelles, scellées le long des parois, juste au-dessus de la rivière... La distraction n'existait plus. La concentration reprit même le dessus jusqu'au point où, stoppée par une déformation de la structure métallique d'une passerelle, elle me tétanisa plusieurs minutes. Encore une fois, ce fut l'arrivée, à l'opposé, d'un couple de randonneurs, qui me força à persévérer dans ma traversée, les yeux pointés vers l'extrémité de la passerelle. La suite du parcours ne fut pas plus glorieuse, mais au bout, je pressai le pas, revigorée en rejoignant le pont de pierre, symbole de la fin de la partie la plus familiale de cette randonnée.

Je pris le temps de souffler. De respirer l'air frais à l'ombre de la forêt, déjà bien différente au regard de celle que l'on aborde au début du parcours. Je n'avais pas envie d'aller plus loin. J'avais envie d'aller voir de l'autre côté de la gorge, de repasser rapidement les dernières passerelles et ponts de singe pour retrouver le chemin du retour. De l’autre paroi, que l’on gravit assez difficilement, on peut admirer le paysage sous un angle nouveau, dans une autre lumière. L'après-midi, ce côté reste ensoleillé, et dans cette journée de printemps, je ressentais une vive chaleur, qui contrastait nettement avec la fraîcheur des gorges.

Puis ce fus terminé. Quelques centaines de mètres me séparaient de mon retour au parking en longeant la rivière avant de passer sous l'arche symbolique... Je m'arrêtai là, et contemplai en face la corniche creusée dans la roche et qui venait de plonger dans l'ombre. Je pense avoir souri à cet instant, car dans mon cœur, j'ai ressenti une vive sensation d'accomplissement personnel. J'aimerais pouvoir dire qu'après ça, ma peur du vide avait disparu, mais ce n'était pas le cas. Ce que je peux dire, c'est que j'ai su, cette fois au moins, me dépasser, et que cela m'a donné envie de persévérer. Enfin, pas jusqu’au point de me balancer sur une Via Ferrata !

Par Yann L’Houé

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