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Claude Aymon

Jamais seul

Tonkin Prod


Claude Aymon

Jamais seul


L’hôtesse de l’air Cette introduction façon compagnie aérienne a une double intention. Outre le côté volontairement humoristique, c’est une façon de rappeler que pour moi chaque création est une invitation au voyage. Le spectateur doit, le temps qu’il passe à nous regarder, déconnecter du présent pour un ailleurs. Si la danse reste actuelle, si l’objet créé reste contemporain, le but ous-jacent est, quoiqu’il arrive, ne pas être trop proche du concret. C’est aussi parce que cette façon légère de rentrer en spectacle me permet de désacraliser l’instant. L’art contemporain et particulièrement la danse

contemporaine sont souvent perçus comme des choses graves, où on ne peut plus y réagir comme on veut, applaudir quand on veut, rire quand on veut. J’ai envie que dans mes spectacles les gens se sentent comme on se sent dans une conversation avec moi (du moins je l’espère!) c’est-à-dire détendu... Au moins au démarrage... J’avais déjà commencé le spectacle de la sorte il y a dix ans, c’était l’occasion de boucler une boucle. La seule différence, c’est l’intrus « surtitreur » .. celui qui fait que là non plus je ne suis pas seul.


Premier solo Pour ce solo, j’ai travaillé comme je le fais souvent en créant des phrases que je peaufine en cours en les utilisant comme enchaînement. En les adaptant aux différents niveaux de mes élèves, des variations et des modulations rythmiques apparaissent, elle m’inspirent souvent pour les développements du matériau de base. Le fait de les travailler avec les élèves me permet de préciser le mouvement, l’énergie que je veux, c’est souvent après ce partage et cette recherche presque en commun que j’élabore la construction proprement dite des chorégraphies. Outre les premières étapes de travail où la seule idée que j’avais en tête était que je n’y arriverais jamais, la principale difficulté à été ensuite de pouvoir tenir jusqu’au bout des 9 minutes...

Le compositeur m’avait fait un sale coup ! Ce coup-ci, je ne pouvais pas trop m’en prendre à lui vu que c’était aussi moi... Avec le recul, je ne lui en veux même pas d’ailleurs au compositeur... Une fois l’endurance trouvée, il a fallu se débarrasser de tous les écueils techniques, et là c’est le chorégraphe que j’ai maudit sauf que là encore... Mais lui non plus, avec le recul, je ne lui en veux pas. C’est de loin la partie la plus compliquée à danser de tout le spectacle mais ce n’est pas ce que le public a retenu en premier. D’un côté, c’est plutôt rassurant, vu le hit-parade des saynètes préférées (qui sont plus drôles ou plus fortes en émotion), mais de l’autre c’est toujours rageant de se rendre compte que les moments où on en bave le plus ne sont pas ceux dont on vous parle d’abord - si on vous en parle...


La photo des « 41 » La photo a été réalisée à partir de 41 pauses extraites d’un film réalisé par Nicolas Pascariello dans un des hangars de la Friche Belle de Mai, grâce à Thierry Calvier, le compagnon d’une danseuse dont j’ai croisé la route à maintes reprises ces vingt dernières années. La première difficulté a été de prendre des formes intéressantes pour qu’elles soient complémentaires, qu’il y en ait à toutes les échelles (du proche au lointain), qu’elles soient réparties dans le cadre et qu’elles soient assez reconnaissables pour qu’on puisse faire la connexion - ne serait-ce qu’une fois - entre le danseur vivant et ses doubles à l’écran. Puis, il a fallu travailler la transparence et « détourer » chaque danseur pour que tous les personnages apparaissent le plus nettement possible. Est venu enfin, le moment de transformer les images en diaporama. Le choix ayant été de faire disparaître la pause dès que le danseur sur scène l’a exécutée, est « passé à travers », l’idéal aurait été d’avoir un assistant qui connaisse par coeur la chorégraphie et qui lance les tops pour que chaque photo disparaisse au moment adéquat.

Pas de moyens, pas d’assistant, il a fallu que je fixe un peu plus précisément la chorégraphie dans le temps pour donner à chaque image sa durée qui malheureusement allait être définitive. Un nouveau choix des images a été fait. J’ai abandonné la représentation de certaines parties de la chorégraphie qui étaient trop aléatoires rythmiquement, ou certaines pauses qui étaient dans des sections où je voulais vraiment me laisser la liberté de danser comme je le voulais. J’ai finalement choisi un agencement qui ne faisait découvrir le procédé que très tard avec une ligne finale claire dans la chorégraphie qui allant de la station debout à la station couchée nous permettait une belle série de clichés remarquables. Quant à la simultanéité des disparitions ? Certaines ont été plus synchrones que d’autres ... Mais maintenant que ce premier solo de Jamais seul (éponyme du spectacle), a pris son rythme de croisière, nous allons revoir (avec mon acolyte Sylvain Roume) la valeur des durées attribuée à chaque image.


En puissance... L’idée de la photo des 41 « moi » est un projet dont j’avais déjà utilisé la technique pour des travaux d’image que j’avais commencé pendant la chorégraphie Quartet #2 en 2005. Quartet #2 ! Le seul projet que je n’ai pas mené à son terme ! Cela avait pourtant bien commencé avec un accueil studio à la Maison de la Danse d’Istres mais faute de soutien financier et logistique (même de nos hôtes !), j’avais pour la première fois (et jusqu’ici la seule ! ) baissé les bras. Ont suivi trois jolies chorégraphies. 7421 qui ressemble un peu à Jamais seul par ses saynètes humoristiques et dont j’ai réutilisé les éléments de décor (les matelas et la lampe cube), sauf que nous étions 7... Difficile à vendre... Nous en avons quand même fait

une version « spectacle de rue » pour la Fête du Plateau à Marseille. Ca ne nous a rien rapporté mais on s’est bien amusé. Ma collection particulière fut la première pièce où il y eut de l’image quasiment tout du long. La jeune Audrey avait remplacé Nadia. Sylvain travailla à l’élaboration des images décor. Et nous avons eu sans le savoir une sixième interprète sur le plateau : la petite Clémence qui était dans la ventre de sa mère qui commençait son solo en faisant le poirier... Après Rose, que Babou avait eu après 1904, Olivia et Lucie, les descendances de Laurence et Sophie, Clémence agrandit donc le cercle des enfants de la compagnie en août 2008.


Apporter sa part de soleil, où j’ai plongé dans la littérature noire, relu du Senghor, bouffé du Césaire jusqu’à l’écoeurement, redécouvert Franz Fanon. Ce fut aussi la première fois où j’introduisais de la vidéo dans mon travail.Pour cette histoire là, j’avais laissé carte blanche à Chrystophe Pasquet pour la réalisation. Le film fut tourné à Fées d’hiver dans le hameau de Champ Rond, Érik Lorré était arrivé depuis pas si longtemps. Deux jours de tournage dans les torrents et les vallées de l’Embrunnais, avec Chrystophe et ses idées de tournage : « Et si vous vous mettiez tout là haut ? » Un des nombreux excellents souvenirs de la compagnie. Dans la pièce, il y avait aussi tout le travail iconographique sur les hommes noirs célèbres, de Toussaint Louverture à Martin Luther King en passant par Angela Davis et les Blacks Panthers (la célèbre photo des J.O.) Il y avait aussi l’histoire du Petit John que nous avions transcrite en roman photo, avec Marie en institutrice et Philippe Auréglia en avocat... On avait aussi un jeu ! Ca commençait par un rébus (que seuls les plus jeunes ont résolu!) dont la solution était le proverbe « L’habit ne fait pas le moine ». Il fallait trouver la nationalité de gens en fonction de leur faciès... Ne serait-ce qu’avec les filles de a compagnie il y avait déjà de sacrés pièges ! Nous avions bénéficié pour cette pièce de très bonnes conditions de préparation. J’étais allé m’isoler trois semaines au théâtre de la Bohème dans l’arrière pays niçois. Nous avions ensuite été accueillis pour la première fois au

Studio de Geneviève Sorin pour laquelle j’avais fait trois créations. Ensuite, il y eut Fées d’hiver à Champ Rond... Nous n’avons jamais plus rejoué Apporter sa part de soleil in extenso. En revanche le trio de Marie, Nadia et moi a été vu un certain nombre de fois (notamment dans cette terrible expérience du festival Ravensare de Toulouse) et surtout le dernier solo Inye a fait un certain nombre de scènes (le mas de la danse des Dupuy, le congrès mondial de l’UNESCO, Cités danse à Grenoble, les studios du regard du Cygne et surtout l’American Dance Guild festival dont je ne suis pas peu fier). Apporter sa part de soleil est une pièce fondamentale dans l’histoire de la compagnie. On y retrouvait les interprètes du noyau dur de c2a, avec le retour de Babou (qui avait dansé avec nous en 2001!), Marie et Élise autour desquelles beaucoup de soli et de duos allaient tourner dans les années suivantes. Il y avait surtout Nadia, mon amie de presque quinze ans, qui allait quitter la compagnie après cette création. Dans l’ombre, Philippe Férat était parti sans trop crier gare... Il avait été remplacé au pied levé et de main de maître par Éric Berthet qui allait éclairer d’un oeil différent les pièces à venir. La captation du spectacle fut réalisée par un certain Sylvain Roume qui lui aussi allait être de plus en plus incontournable dans le travail autour de l’image de la compagnie. Tous les protagonistes étaient là... Les jalons des créations suivantes étaient lancés.


Sur scène...


Orage austral Le titre Orage austral a d’abord été celui de la musique qui comme pour la plupart de celles de la pièce a été composée d’abord. J’avais envie d’y parler du ciel, j’y sentais du vent, mais pas forcément de violence ou de vitesse. Le ciel me fascine depuis très longtemps. Il m’arrive très souvent de garer ma voiture juste pour regarder la forme des nuages. Ayant l’immense chance d’habiter à deux minutes de la mer, je manque rarement l’occasion d’aller voir le soleil se coucher. Ca n’est jamais la même chose. C’est souvent magique. Le rythme de la musique (7/4), un peu étrange, s’accorde bien avec l’idée que j’avais du rêve. En travaillant des photos de ciels, je suis arrivé à constituer un matériau iconographique singulier aux couleurs parfois improbables, avec des lunes en guise de soleil ou des formes

de nuages étonnantes. L’animation de ces photos qui a été réalisée avec Sylvain Roume nous a permis de donner au film un rythme propre qui a dû s’accorder à celui de la danse. Pour le mouvement, j’ai choisi un de mes gestes préférés : la spirale. D’abord, un travail sur le regard qui entraîne le mouvement des bustes, puis le bras se lève et... J’ai décidé de traiter le thème Jamais seul en incluant dans cette chorégraphie, les deux amies et si belles interprètes que sont Marie Maller et Élise El Bedhui. Aguerries à mon travail depuis de nombreuses années, elles ont restitué à la perfection l’énergie et les formes que je voulais montrer dans ce rêve austral.


Le tournage

Bravant le froid la petite Constance et son papa sont venus soutenir Élise jeune maman qui faisait son retour parmi nous. Constance était déjà dans le ventre de sa maman quand nous avons dansé la création précédente.


Les aléas de la création ! Nous avions obtenu l’autorisation de tourner dans une école d’audiovisuel. L’utilisation d’un fond vert devait permettre à Sylvain de pouvoir incruster le film des nuages sans problème majeur. La veille du tournage, on apprend que l’autorisation est dans le meilleur des cas repoussée à la semaine suivante. Nous étions à trois semaines du spectacle...

Sylvain était venu de Paris pour une petite semaine pendant laquelle nous devions boucler toutes les prises de vue. Nous avons parié sur une bonne météo et tourné en extérieur. Avec des cadres précis, si nous dansions avec un ciel bleu sans nuages ce devait être possible. Heureusement, la météo fut de notre côté.Le tournage fut réalisé en une matinée bien fraîche avec un « petit » vent d’est qui nous a fait bénir le moment de la fin de tournage.


L’incrustation ne se fit pas sans difficulté (un fond vert bien synthétique et uniforme n’a rien à voir avec un joli ciel bleu), il a fallu comme pour la photo des 41, revoir le film des nuages et parfois sacrifier des couleurs qui rendait l’incrustation trop complexe. Pour le film, nous avons commencé par un réveil, Je suis habillé comme j’ai dansé le solo précédent mais je suis transporté ailleurs.

Je me lève, surpris par ce bruit de l’orage sauf que dans ce monde irréel, ce son ne signifie pas qu’il ne fait pas beau... L’idée finale est commune au film des nuages et à celle de la danse : une accélération. C’est une phrase spiralée prise sur un tempo très lent qui va de plus en plus vite. Pour le film, c’est un « rewind » rapide de toutes les images déjà animées.


Mauvais rĂŠveil...


Et la météo...? Je ne savais pas en commençant ce travail que cette partie allait prendre des tournants humoristiques.

guitariste Philippe Deschepper etje n’avais pas de salle pour travailler. Il m’a dit « Ben la semaine qui vient il n’y a personne ! ». Ce à quoi j’ai répondu : « J’arrive ! ».

Je ne savais pas non plus que j’allais parler de la neige. La première question était simple : « Comment sortir de cette position couchée du solo Jamais seul ? » La solution paraissait simple : se lever. J’ai donc entamé un travail d’atelier sur le passage de l’horizontal au vertical. Je travaillais au Point de Bascule, où François Pécoeur m’a si gentiment accueilli pendant une semaine. Je venais d’y jouer un duo musique danse improvisée avec mon ami

Le lieu est agréable et très chaleureux mais le sol de galets de Durance est très dur pour un travail au sol. Il m’est donc venu l’idée de réutiliser ces matelas transformables réalisés par David Lescoutre dont je m’étais servi pour 7421 il y a quelques années. Le solo était lancé !


Cette musique là est une des seules que j’ai composée après avoir attaqué les répétitions. Je venais de finir One qui clôt le spectacle, et en l’utilisant dans un stage, je me suis rendu compte de l’impact qu’elles avait sur les danseurs. Ce type d’ambiance fonctionnait bien pour ce solo au matelas j’ai donc commencé une musique parente, c’était début janvier... Mais cette année-là, il a neigé à Marseille. Cette situation exceptionnelle où la ville, bien que dans un joli chaos, semblait bien plus calme et les gens plus solidaires et souriants, alimenta mon inspiration à partir des pistes déjà lancées par One. J’ai enregistré des bulletins météo, ceux qui parlaient de la neige à venir, mais aussi ceux de météo marine et d’autres des radios n ationales. J’avais déjà fait mon petit montage avec les voix des speakers de France Inter ou de RTL quand Sylvain Roume me dit : « Tant qu’à faire la bande son en entier pourquoi tu n’utilises pas ta voix? »

Le réveil. Elle était là l’idée... Rattacher ce travail d’atelier et ce solo construit de manière abstraite au thème du réveil. Raconter à travers la danse, comment se passe ce mauvais moment pour ceux qui ont du mal à se réveiller ? Un bien grand moment de solitude... De nouvelles intentions venaient alimenter ce solo. D’autant que j’avais déjà travaillé sur ce thème dans Silence radio en 1983. Élise El Bedhui racontait une insomnie causée par un voisin pianiste allemand prénommé Louis qui composait une musique (une lettre à...) dont il ne trouvait jamais la dernière note. Un petit additif à la musique originale fait de sonneries de réveil (avec quelques clins d’oeil au solo qu’Élise avait dansé, ainsi qu’à James Bond, et à la fée dragée de Casse noisette) et je tenais une aventure piquante à interpréter. Ma bonne humeur naturelle a fait le reste.

Cette musique prit le nom de De la neige et était par les voix décrivent la météo. Ces voix qu’on entend le matin quand on se réveille, celles que l’on entend sans vraiment écouter.

Le mauvais réveil Expérience vécue ? Joker !


Sur scène...


1, 2, 3... C’est une des premières idées qui m’est venue quand j’ai projeté Jamais seul : Mettre ce jeu de notre enfance en chorégraphie. Le meneur de jeu est donc devant, on le mettra sur le plateau. Derrière, les autres protagonistes ne peuvent bouger tant que le meneur de jeu n’est pas retourné. Ceux-là nous les mettrons à l’écran. Là encore, le destin nous a mené sur des pistes plus qu’intéressantes : D’abord, il nous fallait une école ! J’ai tout de suite pensé au superbe établissement du lycée Périer dans lequel je suis régulièrement intervenu mais il n’était libre que le mercredi après midi, il fallait donc tourner le mercredi où Sylvain Roume venait faire toutes les prises de vue... J’avais envie d’un quatuor avec les trois filles de la compagnie à l’écran et moi sur le plateau mais ce jour-là, les filles n’étaient pas libres. J’ai donc lancé le défi à Sylvain de filmer trois fois le même personnage, en l’occurrence le même que celui qui est sur scène. Et vous ne le savez pas encore, mais Sylvain n’a pas peur de grand chose...

Va pour le quatuor avec quatre fois le même interprète. Nous voilà donc dans la cour. J’avais préparé ma chorégraphie aux studios du Soleil ( merci Élisabeth Ciccoli!) Trois versions différentes, des parties improvisées, des rendez-vous, des phrases écrites dansées ensemble, des arrêts (indispensables au jeu !). Tout était prêt. Je lance la musique et là ... Souci avec le cd ! Comme j’avais la musique dans mon lecteur mp3, nous décidons de nous servir du lecteur avec un casque discret. Mais finalement, je me dis qu’au contraire, autant se servir de ce nouvel accessoire. J’affuble donc les trois personnages d’un casque blanc... Pendant que Sylvain fait le montage des trois versions à Paris, je crée la danse du personnage sur scène au Studio Cent Soixante Quatre Geneviève Sorin où j’avais déjà monté le solo Jamais seul. Après quelques ajustements rythmiques, le quatuor était fin prêt.


«

»

Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c’est à cela qu’il faut parvenir. Etre seul, comme l’enfant est seul...  Rainer Maria Rilke Lettres à un jeune poète


Jamais seule Jamais seule n’était pas prévue au début. Le second film de cette pièce était sensé être l’histoire d’un homme hanté par deux femmes. La scène devait se passer dans un bar et en rendant les deux interprètes (Élise El Bedhui et Elisabeth Ciccoli) presque transparentes, j’imaginais pouvoir créer des situations oniriques, peut-être cocasses en tous cas poétiques. Nous devions tourner dans les « alcôves » du Cabaret aléatoire, une salle de spectacles marseillaise avec une caméra en plan fixe, un décor qui devait rester strictement immobile, et les deux danseuses improvisant selon mes indications... Mais là aussi, le destin nous a joué un sale tour. Les alcôves n’ont pas été disponibles la semaine en question et Elisabeth a eu l’opportunité d’un stage professionnel que personne au monde ne refuserait.

Nous nous sommes retrouvés seuls, enfin... trois au lieu de quatre sans lieu pour tourner. Élise qui habite un lieu singulier en pleine campagne nous proposa de tourner chez elle. Sans vraiment savoir ce qu’on allait y faire on dit « Banco ! ». Un éclairage d’appoint est trouvé assez facilement par Éric Berthet... Nous tournerons le soir au lieu de l’après-midi. En chemin vers la maison d’Élise, je me dis que pour une fois on pourrait inverser les rôles. Quel pourrait être le féminin de Jamais seul ? J’ai imaginé l’histoire de cette femme qui veut rester seule chez elle et qui est toujours dérangée par cet homme. Sur scène, je suis au repos, assis, presque endormi. Est-ce moi qui rêve ? Ou elle ?


En arrivant chez Élise, on prend le temps de l’improvisation, et en faisant et refaisant le même chemin avec des variations différentes (ce qui nous permettait de nous entraîner, on se rend compte qu’on fait le même chemin dans l’espace.


D’où l’idée de reprendre le même cheminement en boucle.


Nous tentons donc la gageure de faire en un plan séquence, cinq versions de cette rencontre. D’abord la fille seule, puis une présence, un effleurement, un contact, un évitement et une fuite.


Résumé de l’histoire d’un couple ? Rêve récurrent vécu différemment ? On garde le plan tel quel avec un traitement de l’image particulier.


Et comme souvent chez Elise, tout s’est fini autour d’un grand feu...


Sylvain n’a pas pu rÊsister au plaisir de le filmer...


VJ : L’homme orchestre Il y a, juste avant l’épilogue, deux séquences « virtuelles » qui révèlent encore deux autres manières de multiplier l’interprète.

de me concentrer sur les séquences à lancer et laissait au public le confort de n’avoir à regarder que la création vidéo.

Si la seconde est de l’ordre du clin d’oeil, dans la première, je me suis essayé au vjing :

Mais au premier filage public (en l’occurrence la générale), il est vite apparu que cette partie de la pièce manquait cruellement de spectacle vivant, de corps dansant... en vrai !

À partir de petites phrases improvisées que j’ai créé au Point de Bascule et filmé avec mon appareil photo, j’ai réalisé des courtes séquences en passant ces films dans des filtres ou en les soumettant à des effets vidéos divers.

Je me suis donc lancé dans la dernière partie où j’avais prévu à l’écran une séquence assez longue ne nécessitant plus d’intervention de ma part, dans une improvisation totale plutôt frénétique et jubilatoire.

Avec un peu d’entraînement, je pouvais les lancer à l’écran, en direct depuis le plateau. J’avais envie de faire une danse assise tout en lançant les effets mais j’ai finalement choisi l’économie de mouvement ce qui me permettait

Au final, cette solution a été retenue, jusqu’à ce qu’une nouvelle idée survienne peut-être ...


One Cet épilogue est une invitation au voyage. Une présentation d’une autre partie de moi. Il y a cette musique qui parle de quelqu’un de solitaire, parfois mélancolique mais jamais vraiment triste. Ce diaporama de photos retravaillées dans la texture et la couleur retrace certains de mes voyages (les plages de la mer du Nord, l’Afrique du Sud, la Toscane, Venise, Parme, New York, Paris et pour finir... Marseille) et présente la compagnie (on y retrouve toutes les danseuses,

Sylvain Roume ...) Et cette danse faite de traversées d’une coulisse à l’autre, de nombreux clins d’oeil aux dix ans de création passés qui finit de dos vers le ciel. J’y prends le temps de savourer quelques clichés avec le public, forcément cela me touche autrement que les spectateurs. J’espère pouvoir à chaque fois partager cette émotion.


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La solitude n’est pas l’isolement. On est toujours deux en un. Il y a les autres en soi. Jean-Luc Godard


Sur scène...


c2a Les Rosiers - C2 13014 . MARSEILLE 09.54.50.65.60

Remerciements à : Sylvain Roume, Éric Berthet, David Lescoutre, Élise El Bedhui et Marie Maller, Nadia Hansali et Elisabeth Ciccoli, Marion Genet, Nathalie Dray et Martine Milhaud, François Pécoeur, Thierry Calvier, Henri Hethalmi et tous ceux que je ne peux pas citer mais qui m’ont soutenu dans cette aventure solo


Jamais seul. Claude Aymon