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Tom Tipunk Sr

TRANCHES DE VIES


© 2007-2012 - Tom Tipunk Sr C] L'ensemble des textes est placé sous Licence Art Libre


LA CONTREPÉTRIE Lecture du soir, avant le dodo des kids. Tableau magique, sorcière, violon, Vivaldi... Le petit personnage : "Serre ton violon contre ton coeur..." Mais moi, théâtralement, genre "entre ici, Jean Moulin" (oui, je mets toujours le ton), je balance : "Serre ton violeur contre ton con !" et m'aperçois en même temps de ma connerie... Léo est interloqué et m'interroge : "qu'est-ce que t'as dit ??? j'ai pas compris... " Moi : "Hein ? Non rien... J'ai pas mes lunettes... Serre ton violon..."


LE CODE POSTAL. Caisse d'un grand magasin de bricolage. La caissière. Les clients : un manouche (costard clair trois pièces, chemise sombre, cravatte, chapeau) et sa femme (cheveux blonds et noirs, chignon, jupe très longue, escarpins). La caissière : votre code postal, s'il vous plait ? Lui (fort accent) : c'est quoi code postal ? je sais pas madame c'est quoi code postal ? La caissière montre quelque chose sur l'écran. Lui : ah... code postal ? je sais pas... (goguenard, grands gestes avec les mains pour s'excuser) bin c'est partout...


CHANTAL Balade en Boulonnais. Falaise. Lui, la cinquantaine. Elle, la trentaine (sa fille ?)... (Pour l'accent, se reporter Ă  "Bienvenue chez les Chtis" ; encore que... hein !) Lui : Teu vo, avec Chantal, eul'soir, on va par lĂ -bas, pi quand in est au bout... Bin on fait d'mi tour... Elle : Ah ouais ? ...


LES FILLES COMPRENNENT RIEN AUX GARÇONS Ce matin. Devant le Centre de loisirs. Elle : adolescente (grassouillette, tendance acnéique, main dans les poches, pas à l'aise). Assise. Regarde ailleurs. Silencieuse. Lui : adolescent (grassouillet, tendance acnéique, main dans les poches, pas à l'aise). Debout. Tient pas en place. Regarde ailleurs tout en parlant trop vite. Il lui raconte un match de foot (sic) : "Alors, lui, il (description de l'action)... Après, les autres, tu vois, ils font comme ça... Pi lui après y saute... Il a du se faire super mal... La clavicule ça fait vach'ment mal... Il a arrêté le ballon, mais, putain, t'aurais vu...". Elle regarde à gauche, à droite, en l'air. Elle guette l'arrivée de ses copines comme un opposant à Khadafi attend les forces de l'ONU...


LA BANQUE ALIMENTAIRE Jeune femme pieuse, la quarantaine, parfois pratiquante. On lui raconte qu'on a du ramener au magasin (schmurtz) un paquet d'œufs en chocolat qui n'avaient pas bon goût pour se les faire rembourser. Oh, dit-elle, ça arrive quelque fois chez (schmurtz), tout n'est pas bon. Moi, l'autre jour c'était pareil avec des sortes de raviolis sous vide. Pas bons du tout. Mais alors : pas bons du tout ! Je les ai pas ramenés. Je me suis dit "si la banque alimentaire fait une collecte, j'aurai toujours ça à donner".


COMMUNICATION Banc face à la mer. Couple, la cinquantaine. (silence) Lui : si tu veux, on a qu'à aller jusqu'à pieds et pi revient... (silence) Elle : Où ? (silence)


LE PRINCIPE Dimanche après-midi. Jardin public. Léo. Moi. un copain de Léo, Yanis, 5 ans à peine. Yanis baragouine un truc que je lui fais répéter. - Lui : Rhaaa ! Mais tu comprends rien, toi ! - Moi : … - Lui : Moi, j'ai deux mères. - Moi : Ah ? - Lui : Tu vois celle en noir là-bas avec un vélo ? - Moi : Oui... - Lui : C'est ma mère mais c'est pas celle-là qui m'a dit mais aussi j'en ai une autre qui est pas là c'est elle qui dit... - Moi : Oui, mais qui dit quoi ? Je n'ai pas compris... - Lui : Bin l'autre elle dit : "ceux-là qui te tabassent, tu lui mets un coup de pied dans ses couilles !". Voila. Mais c'est pas elle, là. - Moi : ...


TOM CHAMFORT OU ALAIN TIPUNK ? Roubaix - Bar Live - 17 février 2010 La soirée est terminée. Tout le monde est parti, ou presque. Je me fais alpaguer au coin du bar par un type d'environ 45 ans, d'origine maghrébine, avec un joli accent, des yeux rieurs, et une sorte de bonté naturelle qui émane de sa personne. (je vous laisse le soin de lire avec l'accent, et avec force gestes) Lui : c'est quoi ça dominixonic ? sérieux, d'habitude ici c'est les platines, tu vois... alors moi je viens et je vois c'est dominixonic je dis c'est quoi ? Je lui explique en deux mots la carrière de Dominic, Vincent, etc. Lui : et toi quand je t'ai vu tout à l'heure... Moi : oui ? Lui : quand tu chantes, là, avec le clavier, tu vois quoi ? Moi : euh... non... Lui : Mais si ! avec le clavier, là, quand tu dis, euh, "laisse-moi tranquille" ou ch'sais pas un truc comme ça... t'sais ? Moi : euh... ah ouais... "lâche-moi"... c'est une reprise de Strychnine... c'est ça ? Lui : peut-être... avec le clavier... Moi : … Lui : je sais pas si ça va te faire plaisir... Moi : oui ? Lui : quand j't'ai vu, direct, j'ai pensé à ça... Moi : … Lui : j'ai dit "Alain Chamfort !" direct ! "A-lain-cham-fort !". Tu vois qui ? Tout, le clavier new-wave, les cheveux noirs, pareil ! sérieux, hein ? Moi : ...


L'HYPERTENDUE Appelons-la Marie-Françoise. Sans age (50 ans ?). Vieille fille. Un look typé ménagère années 60 (coiffure, lunettes). Une certaine timidité (rosit facilement) cachée derrière un air tantôt bourru tantôt rigolard. Téléphone. - Moi : hello, ça va ? - MF : nan - Moi : ah ? - MF : pas dormi - Moi : … - MF : ch'fais d'l'hypertension... - Moi : oh... - MF : m'ont collé un holster... pour prendre des m'zures... - Moi : ah ouais... - MF : obligée de rester sur le dos... toute la nuit... pas l'habitude... ce truc au bras... - Moi : … - MF : et tous les 1/4 d'heure (le ton monte) SCHRAAAK!, ça s'met en route, ça gonfle, ça compresse... - Moi : pas drôle... - MF : pas dormi ! chuis énervée ! Rhaaaaaaaaa! - Moi : calme-toi Marie-Françoise... tes m'zures... - MF : SCHRAAAAAAAAAAK! et ça r'commence ! - Moi : … - MF : chuis fatiguée ! j'dors debout... j'ai bu deux cafetières depuis c'matin ! - Moi : euh... alors là c'est ptêt pas bon pour les mesures ? hein ? si ? le café... pour l'hypertension... - MF : RHAAAAAA! qui me fassent pas ch... ceux-là, hein ?! qui me fassent pas ch... ! - Moi : ...


L'AMOUR (DES PAUPIETTES) Elle a 75 ans, vit dans une résidence pour personnes agées. Elle a un zamoureux, rencontré au club, dont elle peut (aimerait un peu plus) prendre soin. On vit chacun chez soi, quand même, on a ses habitudes, mais ce matin, au téléphone, c'est un peu joyeux : le zamoureux vient déjeuner avec elle et c'est pas si souvent (du coup, j'imagine, coiffage et maquillage de rigeur, bijoux). - "Tu comprends, ce midi ils servent des paupiettes de veau, il adore ça !" (sourire dans la voix). Pas belle la vie ?


LE CHOC DES MOTS, LE POIDS DES ADOS Lu il y a quelques mois sur le blog d'une adolescente. CR passage Dominic dans un bar. De mémoire : "Dominic Sonic, j'avais décidé de ne pas aimer parce que genre il a deux fois mon âge mais en poids c'est le contraire".


L'AMOUR (TOUJOURS) Lu hier sur un mur : Flo + Sandrine Annie + Pierre Benoit + Corinne ‌ Vanessa + personne


AH L'AMOUR ! (LE SEXE ?) Hier soir. Supermarché du coin. Heure d'affluence. A la caisse. J'emballe les courses. Un type est en bout de caisse et observe fixement, mais peut-être timidement, la caissière. Il calme son stress en se dandinant, en donnant des coups de boutoir contre la caisse. C'est énervant. La caissière cherche, sans succès, à rester zen, rosissant, retenant un sourire, jetant des coups d'oeil furtifs au type. Il continue à la fixer. Quelqu'un vient demander à la caissière de faire une annonce dans le magasin, elle décroche un combiné-micro et ça donne à peu près ça (je n'en rajoute pas) : - Un responsable est euh euh attendu dans son liquide non euh euh avec euh au rayon non par un client hi hi hi euh (là elle se reprend et nous la joue très hôtesse de l'air) vous êtes attendu au rayon Liquides. Un responsable pour le rayon Liquides. Merci. Malheureusement, avant de raccrocher totalement (elle en fait donc profiter tout le magasin), elle ajoute à l'attention du type en bout de caisse : - bin tu vas rester là longtemps ? - lui (que nous seuls entendons) : tu sais plus parler ? - elle, (dans les haut-parleurs), rougissant : hi hi hi... tu vas voir... Et elle raccroche.


FIN DE SOIRÉE Celle-là ne va faire sourire que moi (vous m'le direz, hein ? ) Samedi. Fin de soirée. Un type. Moi. Whiskey. Vin blanc. Etc. - Lui : Me d'minde commin qu'cha va aller après... - Moi : Après quoi ? - Lui : Eul' grippe... - Moi : Ouais... - Lui : … - Moi : 1 euro 20... - Lui : Quoi ? - Moi : Le masque... (je fais le tour du nez et de la bouche avec l'index) - Lui : Putain... - Moi : 27 euros quequ'chose par paquet de 25... - Lui : Putain... - Moi : 1 masque : 4 heures... (1 avec le pouce, le pouce disparait, apparaissent les 4 autres doigts) - Lui : Les salauds... (surpris, interrogatif, il fait le geste avec les 4 doigts de sa main pour être certain qu'il a bien compris) - Moi : … - Lui : Me d'minde commin qu'cha va aller après... - Moi : … - Lui : Teu r'prinds quequ'chose ? (s'emparant de la bouteille de vin blanc) Je ne boirais plus de vin blanc (i've found one of my socks under the telephone).


L'AMI DES ANIMAUX Accueil de la LPA. Avant-hier. Un type la trentaine. Il a repéré un chien. Il vient aux renseignements. La dame tapote sur son clavier. La dame : alors... Le type : ... (il sourit alentours) La dame : il a un an... Le type : bien... La dame : Rha... Le type : hmm ? La dame : bin... fait quelques dégâts lorsqu'il est seul... Le type : Rho... quels genres de dégâts ? La dame : bin je sais pas. il est écrit "fait quelques dégâts lorsqu'il est seul". Le type : c'est pour ça qu'il est là, alors ? La dame : voui... Le type : ça veut rien dire "quelques dégâts"... La dame : … Le type : j'me méfie des gens... La dame : ...Le type : quelques dégâts... ça veut rien dire... si c'est un canapé... quelques meubles... c'est pas grave... (il me sourit pour que je confirme sans doute) Moi : ...


PERVERSE MÉMÈRE (LE LAPSUS RÉVÉLATEUR) Hier. Base de loisirs. Banc. Deux dames âgées. - Vous voyez qui ? Un grand noir. Bien bâti. Toujours très élégant. (elle fait les gestes pour illustrer 'bien bâti' et 'élégant' (sourire de celle qui se souvient comment c'était il y a bien longtemps quand les garçons étaient élégants et bien bâtis...)) -… - Bavard... Mais bavard ! (elle porte la main à la bouche) -… - D'abord, quand je le vois, je change de trottoir... (elle montre du doigt qu'elle passe d'un trottoir à l'autre) -… - Très poli. Grand... Bien bâti... (les mêmes gestes que tout à l'heure) -… - Mais bavard ! (main à la bouche) L'autre jour, je ne l'avais pas vu, il m'a mis le grappin dessus : ooooooouh ! j'ai eu du mal à m'en dépénétrer ! - ...


LA PEINTURE À L'HUILE, C'EST TRÈS DIFFICILE... ...mais c'est bien plus beau que la peinture à l'eau. Quelque part du côté de 1993 ou 1995... Je ne sais plus. Soirée un peu naze. Je me force à communiquer avec ma voisine de table. Gentille. Je lui raconte une expo de peinture vue récemment. La jeune femme me répond : "moi, j'aime pô la peinture !". - Ah ? - J'ai un tableau dans ma salle à manger. - Oui ? - Ca attire la poussière, ça m'énerve! Déjà que j'aime pas faire le ménage. J'en fait assez la journée ! - ???


DE L'ÉLÉGANCE... Sortie de l'école de Tom. Une maman. Un gamin - son fils, une petite dizaine d'années -, en larmes, en train de tabasser un autre gamin. La mère : bien fait pour ta gueule ! t'a qu'avais pas arriver en courant ! Le fils : ouais bin c'est bon ! ta gueule ! La mère : connard ! Un peu plus loin, deux mamans... La première : il a dit "ta gueule" ??? L'autre : ouais... mais c'est sa mère, hein... la grosse...


VIVE LA MARIÉE ! Aujourd'hui. Invités à un mariage. Mairie. Soleil. Le futur marié arrive en 307 CC décapotée. Rejoint par la future mariée et les filles d'honneur. Pose. La future mariée fait son petit effet parmi le public féminin (lire avec une pointe gratuite de misogynie ). On entend des "qu'est-ce qu'elle est belle !". Même Tom s'y met : "trop génial. je peux faire des photos ?". Un peu étonné, je lui laisse l'appareil, il se rapproche du groupe et shoote... ...la 307 CC.


LA BOULANGÈRE, L'ORAGE ET LE SECOND DEGRÉ Je sais pas vous, j'ai pas suivi la météo, mais nous on a essuyé un orage assez costaud cette nuit. Du coup les températures ont chuté, de 10° environ par rapport à hier. Echange chez la boulangère ce matin. Elle : Ca a bien claqué. Moi (faussement passionné) : Oui... Elle : Un déluge... Moi : … Elle : C'est con à dire mais on respire mieux du temps comme ça... Moi (taquin) : Bin vous, vous manquez pas d'air ! (j'suis trop fort en humour, moi) Elle : … Moi : … Elle : Quand ? Hier ? Irrespirable ! Moi : ...


LA PLANTE CARNIVORE J'ai acheté une plante carnivore. Sarracenia. Pour les enfants, pour éveiller leur curiosité. Un peu par sadisme. Sans doute. Quand j'étais petit j'imaginais qu'on pouvait nourrir ces végétaux de viande hachée et qu'alors je les entendrais mastiquer et peut-être même roter en fin de repas. Wow! Trop fort ! Bin non : Sarah boit beaucoup - elle vient des marécages étasuniens et vit les pieds dans l'eau -, mais elle ne mange rien. Elle dresse vers le ciel des sortes de trompettes qui sont autant de pièges pour les insectes imprudents, mais elle bouffe rien. Que dalle. Une araignée a tissé sa toile entre le pot et la soucoupe ; soucoupe dans laquelle sont venus se noyer quelques moustiques. Alors je m'interroge. Peut-être ne s'habitue-t-elle pas chez nous et se laisse-t-elle mourir de faim ? Je suis tombé sur une anoréxique !? C'est ça ? Ce serait bien ma veine. Non, en fait, le plus ridicule serait d'être tombé sur une plante carnivore... végétarienne... Salope ! (s'cusez moi, mais merde). J'ai rien dit aux enfants.


LE POIDS DES MOTS - LE CHOC DES PHOTOS (simple conversation, sans racisme aucun de la part des personnages) Elle, la quarantaine, dégaine son appareil photo numérique et fait défiler quelques clichés. - On est allés au zoo d'Anvers. T'as déjà vu des juifs* ? Y sont marrants. (Autre jeune femme) - Hein ? - Des juifs... - Au zoo ? - Oui. Enfin, pas loin. Dans la ville, quoi. - ... * pour ceux qui ne seraient jamais montés jusque là, il y a à Anvers une concentration particulière de juifs orthodoxes : long manteau noir, chapeau noir, barbe, nattes....


TIENS, LE TOUTOU CHANTE... Au début de notre relation, Diaphane Do me présente une amie de la famille, une femme d'un age avancé habitant un petit village perdu de 300 habitants, avec un défaut de prononciation qui lui fait prononcer des TEU à la place des KEU. Ex : - "Bonjour, je m'appelle Patrick". - "Bonjour Patrite". - ... Ca fonctionne aussi avec Dominite Sonite, ou bien "Tiens, j'entends le toutou ti chante dans les arbres". Bref. On est là, chez elle. Je fais le petit gars bien élevé, pour un peu je lèverais le petit doigt en prenant mon café. A l'aise juste ce qu'il faut. Passe un chien, et là, je ne sais pas ce qu'il me prend, sans doute le besoin de "briser la glace", je lance un très à propos "tiens, un chien...". Erreur grave, parce que du coup on a le droit à la totale concernant l'unique compagnie de la dame. "Julie", c'est le nom de l'animal, "Sa vie, son oeuvre". "Julie au jardin". "Julie mange ses trotettes". Etc. Très compréhensible, finalement. Comme je m'intéresse particulièrement au sujet (ah l'hypocrite !) elle en rajoute des épisodes et termine sur un "le soir, j'allume la télévision, et elle se touche dans le tanapé...". Les quelques secondes pendant lesquelles mon cerveau a imaginé qu'on évoquait là la sexualité de Julie restent gravées à jamais. Je suis resté coi, glacé, figé, puis pris d'un fourire intérieur que je ne pouvais décemment pas laisser exploser...


DE L'ART DE SIMPLIFIER Comme disait un collègue que j'appréciais peu - je tairai donc son nom pour lui niquer une immortalité à laquelle, de toutes manières, il a peu de chances d'accéder - : "dans la vie, tout dépend du point de vue où qu'on se place par rapport à l'idée qu'on s'en fait". Vous avez remarqué que certains ont la faculté de simplifier les choses ? Il y a quelques mois, on emmène ma mère en ambulance, en début de nuit, aux urgences de Lille (rien de grave). Avant de démarrer, je "rassure" l'ambulancier, un type très sympathique, grave timide : "j'essaye de vous suivre mais, si je vous perd en route, on se retrouve là-bas, pas de soucis". Faut dire qu'ils ont le gyrophare, l'habitude des rues à emprunter, la conduite adaptée, etc. Moi, non. D'ailleurs, à la sortie de la résidence, un con, n'ayons pas peur des mots, m'empêche de passer, s'intercale entre l'ambulance et moi, roule à 30 km/h. Je perds de vue mon ambulancier dès le coin de la rue. J'essaye d'imaginer le parcours qu'ils ont choisi, fais pire que mieux, me chope une série de feux rouges, j'en grille un ou deux, m'énerve, engueule la terre entière et j'arrive comme une pile atomique, échevelé (si, c'est possible) au lieu de rendez-vous. Je peste, je me suis pris au moins vingt minutes dans la vue, le dossier est déjà établi, je prends des nouvelles de ma moman et je "m'excuse" auprès du gentil type : "Je sais pas par où vous êtes passés mais, piou, j'ai eu un mal fou à vous suivre, dites-donc, vous connaissez des raccourcis...". Le type me regarde, inquiet, comme si j'étais un extra-terrestre et me répond le plus naturellement du monde : "Bin, on est sur le parking réservé aux ambulances, pi on a pris la petite porte à gauche, là....".


62 MÉFIE TEU Y a pas que les Chtis dans la vie. Y a les 62 (Pas de Calais). Boulogne sur mer. Jardin public. Banc, d'où j'observe ma progéniture trotinetter et vélocipéder joyeusement. Un gamin d'environ 4 ans. Son papa. En passant devant le banc, le gamin, visiblement fatigué, demande à son père : "on va s'assire ?" Le père répond sur un ton énervé : "In dit pô : in vâ s'assire ! In dit : In vâ s'assouère, hein ! Teu l'sait pô, cha ?"


MÉPRISE (DE CONSCIENCE) Je. Une quinzaine d'années en arrière. Hygiène de vie un peu "limite" (dormir peu, manger mal, boire trop, fumer excessivement). Je déboule sur un parking du centre ville, un soir, très tard. Je me laisse guider par un sdf qui s'est auto-promu responsable du parquage, me gare, et m'en vais filer quelques pièces de monnaie au sdf sus-cité. On est rejoint par un autre automobiliste attentionné qui, lui aussi, file un peu de thunes au sdf... ...et me glisse une pièce de monnaie dans la main avec un air compatissant assorti d'un "bon courage". J'ai commencé à boire moins ce soir-là.


LA LUTTE DANS LES CLASSES J’ai appris hier, (il faut croire que je retarde, ou peut-être n’est-ce qu’un faux bruit, l’un de ces sales ragots comme il s’en colporte entre évier et latrines à l’heure de la mise aux baquets des repas), merci M. Artaud, vous m'enlevez les mots de la bouche, j'ai appris l'autre jour, donc, qu'il se passe tout près de chez nous, voire même tout près de chez vous, des scandales scandaleux et proprement incroyables ! Figurez-vous qu'à côté de chez la jeune femme, la quarantaine, milieu simple, qui m'a rapporté ça, il y a un logement social (un logement social c'est un logement qui fait perdre de la valeur au vôtre) où vivent Il, Elle, et Les trois enfants. Un matin, Elle est partie avec Les trois enfants. Il est resté tout seul, au chomage (Il s'est fait chopé en état d'ivresse à la St-Eloi avec la camionnette du patron), tout seul dans le logement social. C'est là que ça commence à être honteusement honteux : Il a le droit de conserver le logement social, au simple prétexte qu'il n'a pas d'argent et qu'il est susceptible de recevoir le week-end Les trois enfants ! Dingue, non ? Accrochez-vous, c'est pas fini. Elle a fait une demande de... logement social ! Si, si. Au simple prétexte qu'elle n'a pas d'argent, et qu'elle a Les trois enfants avec elle. Wow! Après, on viendra nous dire qu'il n'y a pas assez de logements sociaux, bin, forcément, si on compte bien, là, on a déjà deux logements pour une seule famille ! En plus, je vous le donne Emile, Elle a fait des demandes d'aides pour acheter des meubles (forcément, les lits de Les trois enfants, par ex., sont restés chez Il). Bin voyons ! Assistés ! Moi, j'allais déjà hurler que qu'est-ce que c'est que ces salauds de pauvres qui s'offrent sur mon dos le luxe de ne plus s'aimer quand quelqu'un avança "si ça s'trouve, c'est un coup monté...". "Figuretoi que j'y ai pensé", répond la jeune femme narratrice. Mais oui ! Les pauvres sont des cons, disait Coluche, mais pas si cons que ça ! Une famille, deux logements, deux fois les meubles, et c'est toujours les mêmes qui mettent la main à la poche. Si ça s'trouve, c'est juste un coup monté pour avoir une résidence secondaire dans la rue d'à côté. Ou bien pour changer de meubles. Vous trouvez pas ça scandaleusement scandaleux, vous ? Il parait que le Capital se maintient grâce à la lutte à l'intérieur des classes, mais ça n'engage que moi.


ORL RAISER Tom doit avoir trois ans. Peut-être quatre. Salle d'attente de l'ORL. Une cliente d'un certain âge. Non, pas une cliente : un batracien. Je crois que c'est son goitre, ses membres anormalement courts et son ventre gonflé qui me font penser à un batracien. Elle renifle bruyamment, s'agite, parle seule, fouille nerveusement son sac à main. Elle a un peu partout sur le visage, mais particulièrement autour de la région nasale, des aiguilles d'acupuncture. Hell Raiser... - bu d'boujoir... ah nan... bu d'boujoir... (renifle terriblement) D'une main elle tient ce qui doit être son dernier kleenex, en boule, imbibé, gorgé de morve, de l'autre elle investit une poche, sans réel espoir. Elle nous adresse un regard discret, un tantinet gêné. - za goule, za goule, za goule... rhaaa... bu d'boujoir... (renifle, avale) Tom fixe le plafond, puis, sans bouger la tête, tourne les yeux vers la dame (à droite), puis vers moi (à gauche), ne sait pas s'il doit avoir peur ou en rire, se tord la bouche, je tente de garder mon sérieux. La dame continue à renifler et à faire des ponts de morve entre son nez et son kleenex. Entre alors la spécialiste, une flamande de chez nous, 1m80, carrée d'épaules, avec des mains énormes, genre qui faut pas faire iech. Elle parle très fort (déformation professionnelle ?). - ALORS MADAME MICHUT ? C'EST EFFICACE ? OH OUI, CA SE DEGAGE BIEN ON DIRAIT ! - za goule... ah la la, za goule mais j'ai bu d'boujoir... (renifle) - COMMENT ? - vous n'avez bas un boujoir ? - OUI. JE M'OCCUPE DU PETIT JEUNE HOMME ET JE VOUS AMENE CA. - euh... vite, parce gue za goule... (renifle, avale, tousse) Tom ne moufte pas. Moi non plus.


VOCABULAIRE ? La dame, d'un age avancé, raconte je ne sais quelle émission de télévision. - Fallait voir ces femmes. Y en avait de toutes sortes. Des noires, des Algériennes, des Françaises, bref : y en avait de tous les milieux... Question de vocabulaire ?


LA MEILLEURE AMIE Ce soir. Pizzeria. Table d'à côté : jeune couple, bambin, grand-parents. La jeune maman parle, parle, parle... - Bon, c'est vrai, chez eux, les gamins ont intérêt à dire bonjour, s'il vous plait, merci, ils doivent rester calmes. Le nôtre est un peu plus turbulent. C'est vrai. Ma meilleure amie m'a dit : "je ne sais pas comment tu fais, ton gamin, moi, il m'insupporte." Sa meilleure amie...


LA DOUCHE ÉCOSSAISE Diaphane Do. Je. Petit déjeuner. Ce matin, Diaphane Do me balance sans crier gare au petit déjeuner : "Tiens, j'ai rêvé cette nuit que tu étais sur scène avec Dominic et d'autres musiciens, pour je ne sais plus quelle reprise d'un truc connu. Tu tenais la guitare et le chant..." Wow. Je délaisse ma tartine, montrant un vif intérêt pour la suite, posant discrètement sur Do un regard attendri, prenant soudainement la mesure de l'admiration de cette jeune femme pour moi. Jusque là, rien que du très normal. (J'ai même envisagé l'espace d'un instant de la dispenser de vaisselle ce soir. Z'avez qu'à voir). Et là, elle ajoute : "C'était comme quand on jouait dans (beuark-scusez-moi-censuré) : tu tenais pas le tempo et tu foutais tout le monde dedans, à tel point qu'ils se demandaient si tu le faisais pas exprès..." ???


LE PHILOSOPHE Un certain Xavier m'a raconté cette histoire. Je ne sais pas s'il l'a inventée, je pense que oui : - Quand j'étais petit, mon frère avait un blouson que je rêvais de porter. Trop grand pour moi. J'allais régulièrement l'essayer dans sa chambre. Devant la penderie. Trop grand pour moi. Et puis j'ai oublié ; passé à autre chose. Un jour ça me revient en tête. Je remets la main dessus. Je l'essaye. Trop petit ! Merde ! Trop petit ! Quand tu penses qu'un jour il a été à ma taille et j'ai raté le truc ! Trop petit ! Pas assez vigilant. La vie c'est ça : si t'es pas vigilant, tu rates le truc. Le truc, un jour, il est trop petit pour toi...


COMMUNICATION Cet été. Près de chez moi. Je suis garé devant le bistro du coin dont la porte est ouverte. Un type hurle à l'intérieur. Voix de pochtron. - BIN ALORS ??? HEIN ??? -… - JE CAUSE ET Y A PERSONNE QUI M'ECOUTE ??? -… - BORDEL !!! -… - HEIN ??? Y A PERSONNE QUI M'ECOUTE ??? -… - MERDE !!! UN BISTRO C'EST DE LA COMMUNICATION... -… - SINON CA SERT A RIEN !!! CONNARDS !!! - ...


DOMINIXONIC EST GÉNÉTIQUEMENT TRANSMISSIBLE Mercredi soir. Tom. Chez le coiffeur. Moi, pas très loin ; journal. Tom se voit dans le miroir avec une grande frange plaquée en biais sur le front. - (Tom) Hé ?! On dirait Dominixonic ! (je tends l'oreille) - (le coiffeur) Qui ça ? - Dominixonic... - ??? - Tu connais Dominixonic ? - Non. - ??? - Moi, tu sais, vos musiques... (il me regarde, avec un sourire, dans le miroir, comme pour appeler à l'aide) - (Tom) Tu connais pas Dominixonic !!!??? - Non - Bin !? Qu'est-ce que tu connais alors comme musicien !!!???


DE L'HÉRÉDITÉ DANS LE CHEVEU Hier matin, chez le coiffeur. A ma droite, un type d'une soixantaine d'année avec une chevelure 'fournie'. Gris argenté. Le coiffeur entâme la conversation, comme seuls les coiffeurs en ont le secret. - Bin, on peut pas dire que vous manquez de cheveux... - Non. -… - C'est de famille. -… - Dans ma famille, tout le monde a beaucoup de cheveux. - Ah ? - Bah, le cheveu c'est beaucoup de l'hérédité... - Ah oui. -… -… - J'ai un gendre, il a déjà plus un poil sur le caillou... - Ah ? - Oui... - En même temps, il est pas vraiment de votre famille... - Quoi donc ? - Votre gendre : c'est pas comme si c'était de la famille... - Oui... - Non... (???)


GUERRES DE RELIGION (Putain mais dieu n'existe pas... sinon seigneur pardonne-moi d'avoir tort - Dominic Sonic - J'ai des doutes - Essais 9496). Finalement, Tom et Jerry copain-copain ça n'aura pas tenu la journée. Je me demande comment on peut en arriver là quand on a 6 et 10 ans, mais figurez-vous que ces deux là, ou plutôt Tom et la bande à Jerry, ont eu un différend à propos de l'existence de dieu. 6 ans et 10 ans. Méfions-nous de la façon dont sont rapportées les choses, mais Jerry aurait dit en substance à Tom 'Si tu crois pas en dieu, on te pète la gueule, et pour commencer t'es plus notre pote'. Schmurtz! Ce qui paraissait donc logique au fiston hier soir, au diner, c'est que plus tard il aurait une armée et qu'il mettrait sur la tronche de ceux qui croient en dieu. Re-schmurtz! Vous savez quoi ? On va avoir du mal à se sortir de ce bourbier.


DESSIN ANIMÉ Me sens d'humeur midinette aujourd'hui. Ce matin, j'emmène Tom au Centre Aéré. Quand on arrive, ses copains sont pas encore là. Ca s'agite bien autour d'une grande table, mais y a que des filles qui collent des plumes et des perles. Pftt! C'est nul des filles (Tom est un chouïa réservé). Tom se met à l'écart avec son jeu de cartes Spiderman, jette quand même un oeil aux filles, discrètement. A l'autre bout de la salle, j'aperçois un p'tit black, une dizaine d'années, qui a la même attitude (visiblement, pour lui aussi, les filles c'est super nul). Il s'approche de Tom, ne dis rien, observe, lorgne sur le jeu de cartes. J'en profite pour casser la glace : - Hey ! Salut mec ! C'est ton pote ? C'est mon fiston, il est super cool. Tu t'appelles comment ? Il me baragouine un truc ; je crois comprendre "Jérémy". - Jérémy ? - Nan ! JERRY ! Tom me regarde avec un sourire jusqu'aux oreilles et un regard étonné. - Nan ? je dis, lui c'est Tom ! Le p'tit black part d'un rire à la Henri Salvador, fait deux trois acrobaties, tourne autour de Tom qui n'en peut plus de rire, lui tape dans le dos, et lui balance "Tom ? Tom ?! Tom et Jerry ! Hey ! Allez, fais le chat !". Je pense que Tom a gagné un copain, aujourd'hui. Je peux pas m'empêcher de trouver ça adorable. C'est chouette, la vie. C'est nul, des filles.


L'ARDÈCHE Ardèche. Soleil de plomb. Vingt ans en arrière, peut-être. Ca fait des heures qu'on roule, sans voir personne, ou presque, pas un village accueillant, tout au plus quelques hameaux avec des vieux sur des bancs ; des vieux étonnés de voir une bagnole, en tous cas ça donne cette impression. Je réprime un furieux besoin naturel depuis bien trop longtemps : j'arrête la voiture sur le bas côté et j'emprunte un petit chemin, m'éloignant suffisamment de la route pour que ma pudeur légendaire ne subisse aucun dommage. Petit murêt ardéchois typique, une chaleur torride, criquets, cigales. Alors je me plante le nez au ciel, me mouche dans les étoiles, et je me mets à ... (c'est bon ça comme paroles, non ?). Enfin bref, c'est un pur moment de bonheur, et pour un peu je me mettrais à gémir, les yeux mi-clos, voire à siffloter 'le pont de la rivière Kwaï' ou un truc du genre. ...Jusqu'à ce que j'aperçoive sur ma gauche un grand écriteau sur lequel on peut lire, en lettres rouges, avec une tête de mort : DANGER ! VIPERES AGRESSIVES. (???)


LE REMPLAÇANT. Ce soir, je suis allé me faire ôter quelques points de suture au coude (rien de grave, rassurez vous) chez mon médecin traitant. La salle d'attente est bondée ; plus qu'à l'accoutumée. Une dame arrive, essoufflée, échevelée, s'assoit à côté d'un adolescent ; ils chuchotent. - J'ai couru couru couru... Y a bien du monde, ce soir ?! - C'est son remplaçant... - Ah ? Zut ! J'l'aime pas... Échange de regards dans la salle. Ça chuchote ; complices ('il est lent', 'ah la la', 'il est ci', 'il est ça',...). Elle reprend avec son voisin. - J'l'aime pas... Quand Richard ya v'nu faire enlever ses agrafes après l'opération, ya dégusté... ('tain, je tends l'oreille...) - Il lui a fait du mal... (je ne blanchis pas, mais quand même...) - Il hurlait, Richard... (oups!) - ...Lui, il disait 'Bougez pas monsieur, c'est déjà bien assez compliqué comme ça !'. J'l'aime pas...


CARNAVALESQUE. J'ai connu une fille qui faisait partie d'une société carnavalesque apparentée aux Gilles de Binche, à quelques kilomètres d'ici, en Belgique. Elle a, parait-il, mis quelques mois à avouer à son futur mari que, euh, comment dire, bin, régulièrement, des fois, elle s'habillait comme ci-dessous, là, pour défiler dans les rues en dansant et en jetant des oranges à la foule en délire : J'imagine la situation : (elle vient d'éteindre la lampe de chevet) - Tu dors mon Loulou ? - Non Mimine. Pourquoi ? - T'aimes les oranges ? - Euh... oui Mimine... Pourq... - Et les grelots ? T'aimes les grelots ? - Oui Mimine. Mais pourquoi que tu m'demandes ça ? - J'sais pas mon Loulou... Tu fais quoi dimanche ? - ...


PETIT ANGE (Quick, file d'attente, maman, gamin d'environ 3 ans) - Mamanmamanmamanmamanmamanmamanmaman... (volume augmente, vitesse augmente, tonalité monte dans les aigus) - Chuuuuut! Quoi ? Keskiya ? - Ze peux aller les zeux ? - Non ! D'abord on mange. Après t'iras aux jeux. Et je te préviens : si tu fais la brute comme la dernière fois, tu sors et t'iras pu. -… -… - Mamanmamanmamanmamanmamanmamanmaman... (volume augmente, vitesse augmente, tonalité monte dans les aigus) - Chuuuteuh! Keskiya ? - Ze peux aller faire du mal à les zenfants ? - ???


LE VIDÉO CLUB (vidéo club, une dame, un ado) - Hey Marco, viens voir, c'est quoi le titre du film qu'on s'en souvient plus ? - ??? - Euh... Bonjour, vous avez pas reçu le film, là, on s'en souvient plus du titre, y a un chiffre dedans... - Un chiffre ? - Oui, vot' collègue au téléphone il a dit que vous l'avez pas. Pourtant c'est déjà sur internet. - C'est sorti quand ? - Juillet, j'crois, hein Marco ? Rhaaa.. je sais plus le chiffre... - Juillet ? Avec un chiffre ? Je vois pas, y en a tellement... - Nan, bin cherchez pas, toutes façons on sait plus le titre...


PATRONYME (à l'école ce matin, dame de service, moi) - Euh s'cusez-moi d'vous d'mander pardon mais j'ai oublié la carte de cantine de Léo... - Comment ? - J'ai oublié la carte... - Non : Léo comment ? - Ah... Van Haverbeke - (cahier, crayon de bois) V-A-N-O... - Euh non, H-A. - (elle gomme VANO). Alors, H-A... - Non non, V-A-N plus loin H-A. - Rha! (elle gomme HA) VANOVERB... - Non non... - ...ERGUE. - Non, c'est un K... B-E-K-E... - VA-NO-VER-BERGUE... c'est pareil. - ???


CAMEMBERT Deux diététiciennes passent devant mon bureau, on les entend parler fort depuis leur entrée dans le couloir. - L'une d'entre-elles (visiblement, une stagiaire) : 'Tu sais, quand t'es petite, quand tu es opérée des amygdales, normalement, quand tu peux manger, tu as le droit à une glace. Moi, ma mère, elle m'avait ramené du camembert.' - L'autre : 'elle est dégueulasse ta mère.'


ELECTROCARDIOGRAMME "Vous enlevez la chemise vous relevez le pantalon vous baissez les chaussettes vous vous allongez ma collègue arrive". Clonk (bruit de la porte qu'on claque). Allongé. Pourquoi n'ai-je pas ôté les chaussures ? Vu d'ici, avec mes souliers pointus et les jambes de pantalon relevées, on dirait un lutin. Ridicule. Trop tard. Pourvu que la collègue ne soit pas jolie.


A UN CHIFFRE PRÈS Ce matin. Attroupement devant l'école de Léo. La dame doit avoir la cinquantaine. Un petit sac à roulettes pour aller au marché. Quatre ou cinq personnes l'entourent. Au moment où je passe près d'elles, je l'entends qui raconte (en chti, mais je vous en fais grâce) : "A un chiffre près : 500.000 euros. Le dernier chiffre il fallait 39, moi j'avais 49. Un chiffre près. 500.000 euros". Autour d'elle tout le monde se désole ("oh... ah...")... Dix minutes plus tard, je sors de l'école juste au moment où elle clôt la conversation par un "Bon bin je vais aller faire mes commissions...".


LA GUITARE C’EST FACILE Tranche de vie, au Furet du Nord, rayon Variétés et Rock français (amalgame ?), vers 12h. Elle : je suis nulle en solfège. Lui (il bouffe un sandwich, il parle la bouche pleine) : bah c'est juste une langue, des noires, des croches. Elle (elle est attentive) : ah bin oui. Lui : et puis c'est pas difficile de jouer de la guitare, c'est juste qu'y faut pas avoir peur d'avoir le bout des doigts qui durcit. Elle (il a fait mouche) : Ah oui ? Je les ai trouvés beaux.


Tranches de vies