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JOURNAL

Théâtre National de Strasbourg Novembre - Décembre 2011 / n°11

© Franck Beloncle

« Un radeau d'obstination sur une mer de terreur »

Ce qui évolue, ce qui demeure Qu’est-ce que la nécessité ? Je ne suis pas metteur en scène par vocation. J’écris. Je lis aussi, beaucoup. Et quand j’ai lu ce texte de Barker, la « nécessité » m’est apparue de le faire entendre/voir, de le traverser et le diffuser… Cette question de la nécessité, je me la pose chaque jour : pourquoi « faire du théâtre » ? Pourquoi s’obstiner à s’exposer au si petit nombre, au présent, aux accidents possibles, au danger… ? Parce que. Parce que. Parce que. Voilà ma réponse. C’est une évidence. Partager avec le public le présent, les accidents possibles, le danger… Pourquoi faire du théâtre ? Pour jouir ensemble du danger que sont les mots… Pour ne plus les « subir » comme des slogans… Pour parler « autrement ». S’autoriser « l’ailleurs »

Pour cesser de limiter les mots au sens, à la traduction de la pensée Pour lutter contre l’emprisonnement des mots, cesser de contredire – contredire, c’est dire après Pour retrouver le dire Pour que les mots soient des corps. Non plus des véhicules de sens mais des corps, tour à tour spasmodiques, voluptueux, malades, amples, danseurs… des corps avec des ombres, bien sûr Que chaque mot ait son espace d’ombre et de lumière Pour le mystère, alors Pour la magie Pour être petit, redevenir petit, accepter d’être petit, partager la beauté et la terreur des incompréhensions Pour déborder, ouvrir, rouvrir, passer outre Pour travailler, travailler, travailler, à vagabonder, à se retrouver, à errer, à s’écarquiller

Un monastère, en 1450. À 17 ans, Hoik est le scribe le plus doué de son temps. Il est tout entier au service de son idée de la beauté. Son obsession de la perfection est horripilante. Deux inventions vont bouleverser sa vie : l'imprimerie et l'arme à feu. Comment réagir quand tout ce à quoi on a consacré sa vie jusqu’alors est désormais qualifié d’inutile ? Peut-on survivre à cette « mutation » ? Existe-t-il une beauté immuable à laquelle se raccrocher ? L’amour ? Ce qui évolue, ce qui demeure, pièce inédite d’Howard Barker, un des plus célèbres auteurs anglais d’aujourd’hui, parle de la quête de la beauté, son mystère. Un mystère porté par une langue âpre et sensuelle, nerveuse et musicale.

« Le conflit est un moteur pour moi » Entretien avec Claudio Tolcachir, auteur et metteur en scène de El Viento en un violín et La Omisión de la familia Coleman > page 2

Ne pas vous faire croire, à vous, spectateurs, surtout pas, qu’on donne des solutions Que le théâtre ne soit surtout pas le lieu de « la morale » ! Offrir à interpréter, comme un visage se réfléchit dans l’eau, mouvant, déformé par les éléments, le vent, la lumière : dans les multiples visions possibles, donner à choisir Percevoir Ne pas trancher, c’est toujours les têtes qu’on tranche.

manger, mâcher, les mots de Barker, les bouffer autant que les savourer… Trouver l’ancrage dans les mots Faire du théâtre, c’est aussi et surtout ça : ne pas « faire » du théâtre. Mais se poser, chaque jour, la question du commun à partager. Ce qui nous unit, tous, dans notre vision de ce qu’est le théâtre, se résume dans cette phrase du texte de Barker : UN RADEAU D’OBSTINATION SUR UNE MER DE TERREUR.

À l’heure où j’écris ce mot nous « jouons » depuis une semaine… Nous nous retrouvons chaque jour, toute l’équipe, comédiens, techniciens, dans la cuisine de cet espace Klaus Michael Grüber, pour partager nos impressions de la veille, se fixer les objectifs du jour, manger et nous redire sans cesse qu’il faut

Je vous invite à vous cramponner au radeau avec nous.

Ce qui évolue, ce qui demeure de Howard Barker Du jeudi 3 au jeudi 10 novembre 2011 Mise en scène Fanny Mentré > Création avec les comédiens de la troupe du TNS Du mardi au samedi à 20h, dimanche 6 novembre à 16h Relâche lundi 7 Espace Klaus Michael Grüber

> Séances spéciales • Surtitrage allemand samedi 5 novembre • Surtitrage français dimanche 6 novembre

Fanny Mentré, 18 octobre 2011 Metteur en scène de Ce qui évolue, ce qui demeure et auteur associée au TNS.

Atelier de critique théâtrale Animé par Barbara Engelhardt, journaliste Lundi 14 novembre à 18h30 Librairie Quai des Brumes Inscription obligatoire l.besnier@tns.fr • 03 88 24 88 47 (Voir détail dans les brèves)

Avec Muriel Inès Amat*, Xavier Boulanger, Fred Cacheux*, Antoine Hamel*, Ivan Hérisson*, David Martins*, Cécile Péricone*, Alain Rimoux * Comédiens de la troupe du TNS

Théâtre en pensées Claudio Tolcachir ou la dramaturgie de l’espace > page 3

Mon repos éternel, ma demeure. Roméo et Juliette de Shakespeare mis en scène par Olivier Py > page 3

Les tournées du TNS > page 3

Dans la forêt des paradoxes Jean-Marie G. Le Clézio (extrait)

> Stammtisch


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« Le conflit est un moteur pour moi » Claudio Tolcachir, auteur et metteur en scène de El Viento en un violín et de La Omisión de la familia Coleman famille. « La omisión » ne marque pas un événement en soi, c'est plutôt ce qu'ils font pour survivre : ne pas se parler, ne pas dialoguer ensemble, ne pas résoudre les conflits. Ce mot décrit plutôt leur façon de laisser les choses se faire, alors même qu'elles ne vont pas. […] Diriez-vous des personnages de la famille Coleman qu'ils sont à la limite de la caricature ? De la folie ? Ou qu'ils sont finalement extrêmement réalistes ? Je crois qu'ils sont aussi réalistes que l'univers qui les entoure. En aucun cas ils ne prétendent être des symboles ni des métaphores de quoi que ce soit. Voilà leur vie. Pour certains elle peut paraitre absurde, pour d'autres c'est un fragment de la réalité. Comment s'est déroulé le processus de création ? El Viento en un violín © Photo Timbre 4

El Viento en un violín Réunis par le hasard ou les accidents de la vie, des individus que tout sépare, se retrouvent dans un improbable collectif. Ainsi va naître une étrange famille, fondée sur des malentendus sans fins et des méchancetés secrètes, mais aussi traversée par la tendresse et l’amour. El Viento en un violín, la nouvelle pièce de Claudio Tolcachir et du Teatro Timbre 4 qu’il dirige, bâtit avec des comédiens drôles et alertes un monde de confusions, d’extravagances et d’espoirs. La Omisión de la familia Coleman Une famille qui est au bord de la dissolution. Les Coleman. La grand-mère, la fille et les quatre petits-enfants cohabitent dans le dénuement. Chacun s’y construit un espace personnel, toujours plus difficile à délimiter. La maison où ils vivent les protège du monde, mais les enferme et les contraint à la plus grande solitude. Ce spectacle questionne l’importance de la famille et sa capacité, en tant qu’institution, à protéger ses membres. Gilles Amalvi : D'où est partie l'idée de travailler sur la famille Coleman ? Et quel type d'équilibre avez-vous cherché à créer entre les différents personnages et les affects qui circulent entre eux ?

une histoire particulière. Là il s'agit de l'histoire de la famille Coleman. Je ne prétends pas raconter le monde en général mais en écrivant cette histoire, je suis conscient des échos qui peuvent se créer, au niveau subjectif, et également au niveau des mécanismes sociaux. On a l'impression qu'au sein de cette famille, il n'y a pas de frontière entre les individus, les corps. Ils sont tous collés les uns aux autres. Comment avez-vous choisi de représenter cet étouffement ? La première chose, c'est que les rôles au sein de cette famille n'existent plus – ils ont été rompus. La mère n'est pas la mère – elle est plutôt la fille de ses enfants. Il n'y a pas de père, pas d'exemple à suivre, pas de projet. Les personnages survivent au jour le jour sans même se demander comment sortir de cette situation. Pour représenter cela, je crois beaucoup au potentiel de réalité que peuvent dégager les acteurs, l'état de vérité auquel ils parviennent. Du coup, je crois que les spectateurs ressentent le besoin qu'ont les personnages de sortir de cette maison – besoin dont les personnages eux-mêmes n'ont pas conscience. Les spectateurs voient qu'ils n'y arrivent pas, et qu'ils ne font rien pour y arriver. On voudrait qu'ils refusent cette réalité, qu'ils s'en sortent. Cela génère une forme d'asphyxie.

Claudio Tolcachir : Je dirais que ce qui arrive à ces personnages – les membres de la famille Cet état de vérité dont vous parlez permet-il Coleman – est tragique. Ils sont coincés  : ils de créer une identification aux personnages ? n'arrivent pas à trouver le moyen de sortir de leur situation, de s'insérer dans le monde, Je pense que l'identification aux personnages d'atteindre un état qui s'approche du bonheur. joue sur cette frontière : on a envie qu'ils s'en sortent, parce qu'on En un sens, ils sont en dehors du monde, La pièce est plutôt née de l'appro- reconnaît la situation d'enfermement prisonniers d'un foncdans laquelle ils tionnement malade. Le fondissement des personnages se trouvent. Cela spectateur qui regarde que de la trame de l'histoire. nous renvoie à tout ça de l'extérieur Nous voulions que ces personnos propres choix. peut voir cette situal'identification comme quelque nages soient vivants, qu'ils soient Après, tion fonctionne aussi chose de terrible. Mais complexes, ambigus. en fonction de l'âge, pour eux, cette situation est naturelle : c'est leur manière de vivre. de la situation de chacun de nous dans la vie. Le cas de VerÓnica et de Marito est intéresEt comme ils vivent ce tragique avec une forme de naturalité, ce tragique devient absurde ; sant : ils sont tous les deux enfants des mêmes cette absurdité introduit une ligne d'humour parents, mais n'ont pas eu le même parcours. au cœur du tragique. La pièce joue donc sur un Ils auraient pu avoir les mêmes opportunités, mais VerÓnica a pu accéder à un monde plein décalage : la séparation entre la manière dont de possibilités, et pas Marito. Cette question : les spectateurs regardent cette famille, leur désir de les voir changer, de les voir réagir au- « pourquoi pas moi ? Pourquoi n'ai-je pas accès trement et les personnages, qui eux continuent au bonheur ? » – je crois qu'elle traverse toute la pièce. C'est un des points fondamentaux du à vivre de la même manière. conflit. Et il y a là quelque chose qui nous affecte tous. […] Chaque personnage peut représenter une part de nous-même. À travers la famille Coleman est-ce que vous avez voulu recréer un monde complet, avec ses propres règles ?

La pièce s'appelle La Omisión de la familia Coleman. Il est question d'une omission, mais celle-ci génère finalement autant de situations que de personnages.

Je crois que oui, pour une part. Ceci dit, quand quelqu'un raconte une histoire, c'est toujours

Tout à fait. Plus qu'une absence réelle – celle du père – il s'agit d'un processus : celui de cette

Nous sommes un groupe et travaillons ensemble depuis 10 ans – et cette pièce a été ma première expérience en tant que dramaturge. Ça a été très important pour moi de pouvoir rechercher avec les acteurs, pas à pas ; de faire émerger l'univers que je voulais créer. Petit à petit, nous avons appris à connaître les membres de cette famille. La pièce est plutôt née de l'approfondissement des personnages que de la trame de l'histoire. Nous voulions que ces personnages soient vivants, qu'ils soient complexes, ambigus. Cette pièce est une manière de relater un moment de la vie de ces personnages. Vous avez procédé à une forme d'immersion dans la vie de ces personnages ? Oui, toute la première période de répétition a consisté à faire vivre ensemble ces personnages, afin de voir comment ils réagissaient, quelles multitudes de relations s'établissaient entre eux. Toutes les répétitions ont eu lieu dans ma maison, à Buenos Aires – et ces répétitions nous ont permis de connaître les secrets de ces personnages – beaucoup plus que ce qui apparaît réellement dans la pièce. Les acteurs ont cherché à les rendre les plus vivants, les plus réels, les plus humains possibles... On peut vraiment dire que ces personnages ont acquis une existence à part entière – en dehors de la pièce. Comment définiriez-vous votre travail de dramaturge : il s'agit d'agencer, de monter les moments qui émergent des répétitions ? Après avoir bien appris à connaître les personnages, le travail de dramaturge consiste à apprendre leurs histoires, à les assembler dans le cadre d'une pièce, et à trouver comment créer le quotidien de cette famille de la manière la plus réaliste possible. Vous travaillez actuellement sur une nouvelle pièce El Viento en un violín. Est-ce que vous pouvez nous parler de cette création ? Je dirais que c'est un enfant qui est en train de naître, une personne que je commence tout juste à connaître... Je suis en train de développer l'histoire de chacun de ces personnages – la structure, la manière dont ils évoluent. Et les acteurs, par leurs improvisations, les enrichissent progressivement. Je peux déjà vous dire que le final de cette histoire sera la formation d'une nouvelle famille. Au départ, il s'agit d'un groupe, traversé par le désespoir, l'impuissance, le manque de temps – mais dont émergera une famille, construite de manière non-conventionnelle. L'idée serait de représenter une famille soutenue par l'amour. Une famille dont le lien commun serait l'amour me paraît beaucoup plus forte que la convention familiale traditionnelle.

El Viento en un violÍn et La Omisión de la familia Coleman de Claudio Tolcachir - Cie Timbre 4 Du 15 novembre au 4 décembre 2011 > Spectacles en espagnol (Argentine) surtitrés en français Salle Hubert Gignoux

La Omisión… : du mardi 29 novembre au dimanche 4 décembre

Du lundi au samedi à 20h, relâche dimanche 20

Du mardi au samedi à 20h, dimanche 4 à 16h

Avec Araceli Dvoskin, Tamara Kiper, Inda Lavalle, Miriam Odorico, Lautaro Perotti, Gonzalo Ruiz

Avec Jorge Castaño, Araceli Dvoskin, Tamara Kiper, Inda Lavalle, Miriam Odorico, Gerardo Otero, Lautaro Perotti, Gonzalo Ruiz

Les personnages de la pièce viennent tous de mondes différents, ils ont des personnalités et sont issus de classes sociales très différentes. Il n'y a pas entre eux de liens familiaux traditionnels – le père, la mère – mais ils vont chercher à avoir un enfant : c'est l'existence de cet enfant qui permettra la construction d'une famille. Ce désir d'enfant va générer de l'amour entre des gens qui n'ont rien à voir entre eux. Au cœur de leurs problèmes, de leur désespoir, cet enfant va faire émerger un équilibre. Mais par ailleurs, le conflit est un moteur pour moi ; c'est ce qui m'intéresse le plus dans mes recherches sur les personnages. Avec cette pièce, j'ai envie de proposer un fil d'espoir. Dans un monde social séparé par les distances économiques, culturelles – cet espoir sera engendré par l'amour. Est-ce que vous diriez que la famille qui émerge dans la création représente une forme d'utopie ? Les personnages se retrouvent dans une réalité absolument différente de celle dont ils avaient rêvé. Par ailleurs, toutes leurs actions sont répréhensibles d'un point de vue moral, pour toute société civilisée. La construction finale de cette famille va être le résultat d'erreurs sans fin – conscientes et inconscientes. Peut-être que la somme de ces erreurs les rapprochera du bonheur. Peut-être alors qu'il s'agit effectivement d'une utopie – construite sur la difficulté de vivre sans règles. Vos mises en scène se font toujours en deux temps : un premier temps, qui est celui de la construction de l'espace, des personnages, chez vous, à Timbre 4. Et un deuxième, où vous essayez d'aménager le théâtre à l'espace de ces personnages.

La salle du théâtre Timbre 4 à Buenos Aires © Timbre 4

Oui, le théâtre que j'essaie de faire s'appuie principalement sur les acteurs. Pour moi, c'est cela la magie du théâtre : chaque acteur invente un espace singulier. J'essaie donc d'abord d'extraire la vérité de ces personnages. Ensuite, il faut créer l'espace dans lequel ils vont vivre, afin que le spectateur puisse à son tour comprendre, approfondir, augmenter cette réalité. Ce qui m'intéresse, c'est que le spectateur puisse compléter cet espace, se projeter à l'intérieur. Je ne veux pas lui donner un produit fini, mais lui laisser une place pour inscrire sa propre histoire. Cette création adopte donc le même mode de recherche, mais tout en essayant d'inventer un univers totalement différent ? Oui, c'est très important pour l'évolution du groupe : il nous faut chercher quelque chose de complètement différent à chaque fois. Que les acteurs remettent tout en jeu. C'est un des défis que nous nous posons pour chaque pièce. Propos recueillis par Gilles Amalvi, 2010 Pour le Festival d'Automne à Paris Trad. Maxime Seugé

Théâtre en pensées

Avec l'ÉCOLE DU TNS

Claudio Tolcachir ou la dramaturgie de l’espace Rencontre avec Claudio Tolcachir En partenariat avec l’Université de Strasbourg Animée par Isabelle Reck et Carole Egger-Nabet (Institut d’Études romanes) Lundi 21 novembre à 20h, au TNS

Durant la période des représentations, Claudio Tolcachir et Lautaro Perotti dirigent un atelier avec les élèves du Groupe 41 (1re année).

(Voir page 3)

El Viento… : du mardi 15 au samedi 26 novembre

Est-ce que le destin de cette famille sera, comme pour La Omisión de la familia Coleman, uniquement fait de conflits, d'impasses ?

Colloque « L’ironie et la mort » > les 24 et 25 novembre Organisé par l’ACCRA à l’Université de Strasbourg Avec la participation de Claudio Tolcachir Jeudi 24 novembre à 11h30 (ouvert au public) UFR des Arts • 03 68 85 63 56 • arts@unistra.fr


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Lectures publiques

Mon repos éternel, ma demeure

© Alain Fonteray

À propos de Roméo et Juliette de William Shakespeare, traduit et mis en scène par Olivier Py

Tout le monde pense connaître l'histoire de Juliette et de Roméo, les deux amants de Vérone que la haine entre leurs familles et les préjugés sociaux vont précipiter inéluctablement vers la mort. Deux adolescents victimes de « la société » et qui s'aiment « malgré tout ». Mais si c'était justement ce défi de l'impossible qui était la source de leur amour ? « Chaque amant est pour l'autre une porte sur l'infini », dit Olivier Py. Et il ajoute, citant Shakespeare « un éclair avant la mort ». C'est cette notion d'éclair, de fulgurance, qui a guidé son travail de traduction de la pièce.

(extrait) ROMÉO Il arrive que les hommes à l’approche de la mort Rencontrent la joie. Et ceux qui les ont accompagnés Appellent cela l’éclair avant la mort. Un éclair ? Ô mon amour ! Ma femme ! La mort a bu le miel de ton haleine Mais elle n’a pas de pouvoir sur ta beauté. Tu n’es pas vaincue. Le signe de ta beauté Est encore rouge sur tes lèvres et tes joues Et la mort n’a pas hissé son drapeau blême. Tybalt ? C’est toi ? Allongé dans ces draps sanglants ? Ce que je peux faire de mieux pour toi C’est, avec cette main qui a fauché ta jeunesse Couper le fil de la vie de ton ennemi. Pardon cousin. Juliette adorée, Comment es-tu si belle encore ? Il faut croire Que la mort qui n’existe pas est amoureuse Et que le monstre atroce et maigre te garde Ainsi dans les ténèbres pour être ton amant. C’est pour cela que je vais rester près de toi Pour toujours dans l’angoissant château de la nuit. Je reste. Pour toujours ici, ici, je reste. Avec les vers, nos serviteurs, ici Mon repos éternel, ma demeure Et renverser le joug des étoiles funestes Par cette chair qui refuse le monde. Mes yeux, voyez pour la dernière fois Mes mains, serrez-la pour la dernière fois Mes lèvres, ô vous, portes du souffle Scellez dans ce baiser qu’on ne peut condamner Le marchandage impossible de la mort cupide. Viens passeur amer, viens passeur malhonnête Et toi capitaine désespéré va échouer Sur les terribles récifs ta barque nauséeuse. À toi mon amour. Honnête apothicaire Ta drogue est rapide. Dans un baiser, la mort. Roméo et Juliette, acte V, scène 3 (texte français d’Olivier Py), Actes Sud, septembre 2011

ROMÉO ET JULIETTE de William Shakespeare Du 22 novembre au 10 décembre 2011 Mise en scène Olivier Py Du mardi au samedi à 20h, dimanche 4 décembre à 16h Relâche les lundis et dimanche 27 novembre Salle Koltès

Bord de plateau

> Séances spéciales • Audiodescription mercredi 30 novembre • Surtitrage allemand jeudi 8 décembre • Surtitrage français vendredi 9 décembre

À l'issue de la représentation Mercredi 30 novembre

Atelier de critique théâtrale Animé par Barbara Engelhardt, journaliste Lundi 5 décembre à 18h30 Librairie Quai des Brumes Inscription obligatoire l.besnier@tns.fr • 03 88 24 88 47 (Voir détail dans les brèves)

Avec Olivier Balazuc, Camille Cobbi, Matthieu Dessertine, Quentin Faure, Philippe Girard, Frédéric Giroutru, Mireille Herbstmeyer, Benjamin Lavernhe, Barthélémy Meridjen, Jérôme Quéron

• USTED ESTÀ AQUÍ (Vous êtes ici) De Bárbara Colio Traduction de l’espagnol (Mexique) et mise en espace Catherine Marnas Création sonore Madame Miniature > Mercredi 9 novembre à 20h • Salle Gignoux Rencontre avec l'auteur à l'issue de la lecture. • LECTURE DIRIGÉE PAR FANNY MENTRÉ, auteur associée au TNS Avec les élèves du Groupe 40 > Jeudi 15 décembre à 20h • Salle Gignoux

Le TNS sur France Culture • LA NUIT RÊVÉE DE… JULIE BROCHEN Dans l’émission La Nuit rêvée de… sur France Culture • Coordination Philippe Garbit > Dans la nuit du samedi 3 au dimanche 4 décembre 2011 entre 01h et 06h30 • CAPTATION RADIOPHONIQUE DE DOM JUAN Mise en scène de Julie Brochen, créée au TNS en 2011 • Dans l’émission Théâtre et Compagnie • Coordination Blandine Masson > Dimanche 11 décembre 2011 à 20h

Atelier de jeu > Du 17 au 20 novembre aura lieu le premier « Grand week-end de théâtre » de la saison. Marie Desgranges, Cécile Péricone et David Martins, comédiens de la troupe du TNS, encadrent 16 participants non initiés, débutants ou amateurs expérimentés pour 4 jours de pratique théâtrale autour du texte Faut pas payer de Dario Fo. Le prochain atelier aura lieu du 26 au 29 janvier. Inscription jusqu’au 16 décembre auprès de Anne-Claire Duperrier • 03 88 24 88 03 • ac.duperrier@tns.fr • Tarif 40 €

Atelier de critique théâtrale

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L'École du TNS

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Claudio Tolcachir ou la dramaturgie de l’espace

Traversées argentines

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Quelles solutions dramaturgiques et scéniques ont permis de ne pas perdre l’essen(ce)tiel d’une création tissée entre vie réelle et fiction théâtrale dans un espace à la fois lieu de vie et de représentation : l’appartement où est installée la Cie Timbre 4 et où ont été créés et présentés ses spectacles ?

Comment Claudio Tolcachir et ses acteurs ont-ils su tirer parti des plateaux qui les ont accueillis pour revitaliser et redonner du souffle à leur univers et au mode de jeu théâtral argentin, traversé par des questions de psychanalyse ?

Pour poursuivre la route argentine débutée théâtralement avec la Cie Timbre 4 > Du 30 novembre au 6 décembre Cinéma Star (27 rue du Jeu des enfants, Strasbourg)

Rencontre animée par Carole Egger-Nabet et Isabelle Reck, professeurs à l’Institut d’Études romanes, Université de Strasbourg

> Las Acacias de Pablo Giorgelli Argentine, 2011. Durée 1h25 (Avant-première)

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> Mundo Grúa de Pablo Trapero Argentine, 1999. Durée 1h30 > Happy Together de Wong Kar-Waï Hong Kong, 1997. Durée 1h36 > Bombón-el perro de Carlos Sorín Argentine, 2004. Durée 1h37 > El Camino de San Diego de Carlos Sorín Argentine, 2006. Durée 1h38 > Tan de repente de Diego Lerman Argentine, 2002. Durée 1h34

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Les tournées du TNS Novembre/Décembre

Création du TNS Dom Juan de Molière Mise en scène de Julie Brochen. Créé au TNS le 8 mars 2011 • Lille, Théâtre du Nord, 3 > 14 décembre

Coproduction 2011-2012 Du fond des gorges Projet de Pierre Meunier Création collective au Théâtre DijonBourgogne le 8 novembre 2011 • Dijon, Théâtre Dijon-Bourgogne-CDN, 8 > 25 novembre • Auxerre, Théâtre, les 29 et 30 novembre • Bretigny-sur-Orge, Théâtre, le 9 décembre • Villeneuve d’Ascq, La Rose des Vents, 13 > 16 décembre

> Lundi 21 novembre à 20h, au TNS Réservation recommandée au 03 88 24 88 00

Coproductions antérieures 2010-2011 Lignes de faille D’après le roman de Nancy Huston Mise en scène Catherine Marnas – adaptation collective Compagnie Parnas. Créé au Théâtre La passerelle de Gap le 12 mars 2011 • Montreuil, Nouveau Théâtre, 4 > 11 décembre

2009-2010 The Wooster Group – VIEUX CARRÉ D'après Tennessee Williams Mise en scène Elizabeth LeCompte. Créé au TNS le 6 novembre 2009 • Oslo, the Nationaltheatret, les 11 et 12 novembre • Toulouse, TNT-Midi-Pyrénées, 22 > 26 novembre

Tarif spécial à 5 € sur présentation à la caisse du cinéma de la carte d’abonnement du TNS ou d’un billet pour El Viento en un violín ou La Omisión de la familia Coleman.

Informations : www.cinema-star.com

s  la omisiÓn...

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De l’intimité de l’appartement de la Cie Timbre 4 aux grandes salles de théâtres : comment l’appartement des Coleman, lieu de désagrégation, permet-il à la famille de retrouver ses repères et de réorganiser ses névroses et sa perversion ?… Comment le divan de la famille Coleman a-t-il récupéré sa place dans le labyrinthe des meubles de El Viento en un violín pour créer une nouvelle version de la famille ?…

s  Roméo...

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• LES ÉLÈVES SUR RADIO EN CONSTRUCTION À l’occasion de l’exposition L’Europe des esprits, Radio en Construction réalise une émission spéciale en direct de l’Aubette 1928 à laquelle participeront notamment des élèves du Groupe 41. > Dimanche 11 décembre • De 14h à 18h • Entrée libre • Diffusion en direct sur 90.7 FM et en streaming sur www.radioenconstruction.com

« Théâtre en pensées » est un cycle de rencontres organisées par le TNS autour des écritures de théâtre et des grandes questions portées par les pièces présentées cette saison. Deux cycles de rencontres sont proposés : l’un autour des auteurs contemporains de la saison, en présence des auteurs et metteurs en scène, l’autre autour des auteurs allemands, en présence des metteurs en scène. Chaque rencontre est animée par un enseignant des départements Arts du spectacle, Études allemandes ou Institut d’Études romanes dans le cadre d’un partenariat avec l’Université de Strasbourg. Elles ont lieu au TNS et durent 1 heure environ.

Lecture 20h

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Il est mis en place pour que les spectateurs puissent se rencontrer et échanger leur point de vue, leurs impressions sur un spectacle. Il se déroule en trois temps : • Échange entre participants • Rencontre avec une personne de l’équipe artistique • Écriture d’un article critique Les personnes qui le désirent pourront publier leur article sur le site du TNS. Ces ateliers auront lieu à la librairie Quai des Brumes et seront animés par Barbara Engelhardt, journaliste critique et programmatrice, les lundis soirs de 18h30 à 22h30. • Ce qui évolue, ce qui demeure • 14/11 • Roméo et Juliette • 5/12 • Du fond des gorges • 20/02 • Graal Théâtre-Merlin l’enchanteur • 21/05 Chaque atelier peut accueillir une quinzaine de participants. Le seul prérequis est d’avoir assisté au spectacle. Inscription auprès de Lorédane Besnier • l.besnier@tns.fr • 03 88 24 88 47

• RUMEURS DU LOUVRE / RUMEURS DU MONDE Avec le Groupe 40 (voir encart > Stammtisch)

Théâtre en pensées

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Lecture 20h

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w w w . t n s . f r +33 (0)3 88 24 88 00


Stammtisch

Dans la forêt des paradoxes (extrait) Jean-Marie G. Le Clézio Discours prononcé lors de la remise du Prix Nobel de Littérature 2008

« Comment est-il possible par exemple de se comporter, d’un côté comme si rien au monde n’avait plus d’importance que la littérature, alors que de l’autre il est impossible de ne pas voir alentour que les gens luttent contre la faim et sont obligés de considérer que le plus important pour eux, c’est ce qu’ils gagnent à la fin du mois ? Car il (l’écrivain) bute sur un nouveau paradoxe : lui qui ne voulait écrire que pour ceux qui ont faim découvre que seuls ceux qui ont assez à manger ont loisir de s’apercevoir de son existence. » – Stig Dagerman, L’Écrivain et la conscience La littérature – c’est là que je voulais en venir – n’est pas une survivance archaïque à laquelle devrait se substituer logiquement les arts de l’audiovisuel, et particulièrement le cinéma. Elle est une voie complexe, difficile, mais que je crois encore plus nécessaire aujourd’hui qu’au temps de Byron ou de Victor Hugo.

coloniales avec une soi-disant supériorité culturelle. Ces théories, comme une pulsion fiévreuse et malsaine, de temps à autre ressurgissent ça et là pour justifier le néo-colonialisme ou l’impérialisme. Certains peuples seraient à la traîne, n’auraient pas acquis droit de cité (de parole) du fait de leur retard économique, ou de leur archaïsme technologique. Il y a deux raisons à cette nécessité : Mais s’est-on avisé que tous les peuples du D’abord, parce que la littérature est faite de monde, où qu’ils soient, et quel que soit leur langage. C’est le sens premier du mot : lettres, degré de développement, utilisent le langage ? c’est-à-dire ce qui est écrit. En France, le mot Et chacun de ces langages est ce même enroman désigne ces écrits semble logique, complexe, en prose qui utilisaient pour architecturé, analytique, qui la première fois depuis le Sans le langage, pas permet d’exprimer le monde Moyen Âge la langue nouvelle de sciences, pas de – capable de dire la science que chacun parlait, la langue technique, pas de lois, ou d’inventer les mythes. romane. La nouvelle vient aussi de cette idée de la nou- pas d’art, pas d’amour. Ayant défendu l’existence veauté. À peu près à la même de cet être ambigu et un peu époque, en France l’on a cessé d’utiliser le mot archaïque qu’est l’écrivain, je voudrais dire la rimeur (de rime) pour parler de poésie et de deuxième raison de l’existence de la littérature, poètes – du verbe grec poiein, créer. L’écrivain, car celle-ci touche davantage au beau métier le poète, le romancier, sont des créateurs. Cela de l’édition. ne veut pas dire qu’ils inventent le langage, cela veut dire qu’ils l’utilisent pour créer de la L’on parle beaucoup de mondialisation aubeauté, de la pensée, de l’image. C’est pourquoi jourd’hui. On oublie que le phénomène a coml’on ne saurait se passer d’eux. Le langage est mencé en Europe à la Renaissance, avec le l’invention la plus extraordinaire de l’huma- début de l’ère coloniale. La mondialisation n’est nité, celle qui précède tout, partage tout. Sans pas une mauvaise chose en soi. La communicale langage, pas de sciences, pas de technique, tion rend le progrès plus rapide, en médecine, pas de lois, pas d’art, pas d’amour. Mais cette ou en sciences. Peut-être que la généralisation invention, sans l’apport des locuteurs, devient de l’information rendra les conflits plus diffivirtuelle. Elle peut s’anémier, se réduire, dispa- ciles. S’il y avait eu internet, il est possible que raître. Les écrivains, dans une certaine mesure, Hitler n’eût pas réussi son complot mafieux – le en sont les gardiens. Quand ils écrivent leurs ridicule l’eût peut-être empêché de naître. romans, leurs poèmes, leur théâtre, ils font vivre le langage. Ils n’utilisent pas les mots, Nous vivons, paraît-il, à l’ère de l’Internet et de mais au contraire ils sont au service du lan- la communication virtuelle. Cela est bien, mais gage. Ils le célèbrent, l’aiguisent, le transforque valent ces stupéfiantes inventions sans ment, parce que le langage est vivant par eux, à l’enseignement de la langue écrite et sans les travers eux et accompagne les transformations livres ? Fournir en écrans à cristaux liquides sociales ou économiques de leur époque. la plus grande partie de l’humanité relève de l’utopie. Alors ne sommes-nous pas en train de Lorsque, au siècle dernier, les théories racistes créer une nouvelle élite, de tracer une nouvelle se sont fait jour, l’on a évoqué les différences ligne qui divise le monde entre ceux qui ont fondamentales entre les cultures. Dans une accès à la communication et au savoir et ceux sorte de hiérarchie absurde, l’on a fait corresqui restent les exclus du partage ? De grands pondre la réussite économique des puissances peuples, de grandes civilisations ont disparu

faute de l’avoir compris. Certes de grandes cultures, que l’on dit minoritaires, ont su résister jusqu’à aujourd’hui, grâce à la transmission orale des savoirs et des mythes. Il est indispensable, il est bénéfique de reconnaître l’apport de ces cultures. Mais que nous le voulions ou non, même si nous ne sommes pas encore à l‘âge du réel, nous ne vivons plus à l’âge du mythe. Il n‘est pas possible de fonder le respect d’autrui et l’égalité sans donner à chaque enfant le bienfait de l’écriture. Aujourd’hui, au lendemain de la décolonisation, la littérature est un des moyens pour les hommes et les femmes de notre temps d’exprimer leur identité, de revendiquer leur droit à la parole, et d’être entendus dans leur diversité. Sans leur voix, sans leur appel, nous vivrions dans un monde silencieux. La culture à l’échelle mondiale est notre affaire à tous. Mais elle est surtout la responsabilité des lecteurs, c’est-à-dire celle des éditeurs. Il est vrai qu’il est injuste qu’un Indien du grand Nord Canadien, pour pouvoir être entendu, ait à écrire dans la langue des conquérants – en Français, ou en Anglais. Il est vrai qu’il est illusoire de croire que la langue créole de Maurice ou des Antilles pourra atteindre la même facilité d’écoute que les cinq ou six langues qui règnent aujourd’hui en maîtresses absolues sur les médias. Mais si, par la traduction, le monde peut les entendre, quelque chose de nouveau et d’optimiste est en train de se produire. La culture, je le disais, est notre bien commun, à toute l’humanité. Mais pour que cela soit vrai, il faudrait que les mêmes moyens soient donnés à chacun, d’accéder à la culture. Pour cela, le livre est, dans tout son archaïsme, l’outil idéal. Il est pratique, maniable, économique. Il ne demande aucune prouesse technologique particulière, et peut se conserver sous tous les climats. Son seul défaut – et là je m’adresse particulièrement aux éditeurs – est d’être encore difficile d’accès pour beaucoup de pays. À Maurice le prix d’un roman ou d’un recueil de poèmes correspond à une part importante du budget d’une famille. En Afrique, en Asie du Sud-Est, au Mexique, en

Océanie, le livre reste un luxe inaccessible. Ce mal n’est pas sans remède. La coédition avec les pays en voie de développement, la création de fonds pour les bibliothèques de prêt ou les bibliobus, et d’une façon générale une attention accrue apportée à l’égard des demandes et des écritures dans les langues dites minoritaires – très majoritaires en nombre parfois – permettrait à la littérature de continuer d’être ce merveilleux moyen de se connaître soimême, de découvrir l’autre, d’entendre dans toute la richesse de ses thèmes et de ses modulations le concert de l’humanité. Il me plaît assez de parler encore de la forêt. C'est sans doute pour cela que la petite phrase de Stig Dagerman résonne dans ma mémoire, pour cela que je veux la lire et la relire, m'en pénétrer. Il y a quelque chose de désespéré en elle, et au même instant de jubilatoire, parce que c'est dans l'amertume que se trouve la part de vérité que chacun cherche. Enfant, je rêvais de cette forêt. Elle m'épouvantait et m'attirait à la fois – je suppose que le petit Poucet, ou Hansel devaient ressentir la même émotion, quand elle se refermait sur eux avec tous ses dangers et toutes ses merveilles. La forêt est un monde sans repères. La touffeur des arbres, l'obscurité qui y règnent peuvent vous perdre. L'on pourrait dire la même chose du désert, ou de la haute mer, lorsque chaque dune, chaque colline s'écarte pour montrer une autre colline, une autre vague parfaitement identiques. Je me souviens de la première fois que j'ai ressenti ce que peut être la littérature – Dans The Call of the Wild, de Jack London, précisément, l'un des personnages, perdu dans la neige, sent le froid l'envahir peu à peu alors que le cercle des loups se referme autour de lui. Il regarde sa main déjà engourdie, et s'efforce de bouger chaque doigt l'un après l'autre. Cette découverte pour l'enfant que j'étais avait quelque chose de magique. Cela s'appelait la conscience de soi. Le 7 décembre 2008 © La Fondation Nobel 2008

Rumeurs du Louvre / Rumeurs du monde Le Louvre invite Jean-Marie G. Le Clézio. L'École du TNS participe à la soirée de clôture. En novembre 2011, le « Grand Invité » du Louvre est J.-M. G. Le Clézio, qui succède à Patrice Chéreau et Pierre Boulez. Suivant le postulat « les musées sont des mondes », l’écrivain pose un regard nouveau sur les collections du musée, avec une programmation pluridisciplinaire, du 3 novembre au 10 décembre, dans les salles et à l’auditorium : conférences, musique, cinéma, théâtre, lectures…

> Samedi 10 décembre / à 20h, 21h et 22h Dans le cadre de la soirée de clôture réunissant des spectacles, des projections, des concerts, des performances, des installations sonores, Georges Lavaudant met en scène le Groupe 40 de l’École du TNS Le temps d’une soirée exceptionnelle, le musée du Louvre brise les frontières des rêves et fait résonner ses galeries et ses collections. Quatre parcours déambulatoires, constitués chacun de quatre propositions artistiques différentes, sont organisés à travers les salles du musée. Au cours de trois parcours sur les quatre, il sera possible de découvrir dans le Louvre médiéval le spectacle mis en scène par Georges Lavaudant avec les élèves de 2e année. C’est au Mexique qu’a eu lieu la première collaboration artistique entre Le Clézio et Georges Lavaudant. Le metteur en scène explore avec les élèves les textes que l’auteur de Diego et Frida a consacrés à la civilisation mexicaine et à la mythologie indienne. J.-M. G. Le Clézio est également à l’initiative d’une exposition « Le musée monde » (visible jusqu’au 6 février) Renseignements : www.louvre.fr / 01 40 20 53 17

© Nick Cave, Drive-by (film still), 2011 Photo - James Prinz; Courtesy of the artist and Jack Shainman Gallery, NY

Où trouver le Journal du TNS Au TNS et dans de nombreux lieux de dépôts : Boutique culture, bibliothèques, FNAC, théâtres, musées, bars… (liste consultable sur le site du TNS) • Sur le site du TNS www.tns.fr (téléchargeable dès les 1er Septembre, Novembre, Janvier, Mars, Mai) • Sur le blog du TNS : www.tns.fr/blog > catégorie Le Journal du TNS.

S’exprimer, publier, partager… www.tns.fr/blog/ Informations pratiques Renseignements/Location : 03 88 24 88 24 Tarifs saison 2011-2012 : de 5,50 € à 27 € Où et comment acheter vos billets ? (hors abonnement) • Au guichet du TNS : Place de la République Horaires d’ouverture : le lundi de 14h à 18h, du mardi au samedi de 10h à 18h.

• Par téléphone : 03 88 24 88 24 et par Internet http://billetterie.tns.fr (à moins de 2 jours avant la date choisie, les réservations ne peuvent plus être acceptées). • À la caisse du soir  (uniquement le spectacle du jour)  : ouverte 45 min. avant le début de la représentation. • Autres points de vente : Boutique Culture (place de la Cathédrale), au Kiosque Culture - réservé aux détenteurs de la carte Culture (L’Agora - bâtiment Le Platane), et dans le réseau « FNAC, Carrefour, Géant, Système U, Intermarché » (www.fnac.com – www.carrefour.fr – www.francebillet .com 0892 68 36 22 : 0.34€/mn)

Où se jouent les spectacles ? TNS : 1 avenue de la Marseillaise - Salle Koltès, placement numéroté - Salle Gignoux, placement libre Espace Klaus Michael Grüber : 18 rue Jacques Kablé, placement libre Toutes les salles sont accessibles aux personnes à mobilité réduite.

Édité par le Théâtre National de Strasbourg • Directrice de la publication Julie Brochen  • Responsables de la publication Éric de La Cruz, Fanny Mentré, Chantal Regairaz • En collaboration avec Lorédane Besnier, Anne-Claire Duperrier, Tania Giemza, Chrystèle Guillembert, Fabienne Meyer, Lorraine Wiss • Graphisme Tania Giemza • Remerciements à Maxime Seugé, Isabelle Reck, Stéphane Malfettes (Musée du Louvre), Nick Cave • Impression Roto Offset – Rixheim


Le Journal du TNS #11 / Nov-Dec 2011