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CAHIER N°4

EXERCICES D’ÉCRITURES & D’IMPROVISATION

Animatrice : Dominique Pellegrin Participants : Alexia Bernard . Béatrice Roux . Laetitia Barth . Maaï Youssef 1 . Mathilde Salmon . Boris Ibanez . Julien Triger . Marina Salomé .


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L’amour est une inflammation.

Béatrice Roux

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«Je suis né dans un mur à...» Ecrivez la suite.

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Je suis née dans des murs à nu. Dans les retrouvailles de ceux que je croyais perdus. J’ai bu les rires de mes inconnus préférés Et nous avons dansé sur les coins de la Manche. Avant de m’effondrer dans ses champs iodés L’agave a eu raison de ma revanche. Alors, quand ses soupirs silencieux ont couvert le pianiste j’ai écrit la joie sourde de nos corps repus. Nous avons tué ces désirs utopistes Et les rires se sont tus.

alexia Bernard

Je suis née dans des murs à murmures. J’habite une blessure sacrée, une râture, un long secret. Dans l’immense silence du foyer, les anciens ont soufflé le chant de la mémoire, les histoires cachées, de bouches à oreilles, de monts et merveilles.

Beatrice roux

Je suis née dans l’abîme des jours enterrés, terre de souvenirs, briques de devenirs. Pièces oubliées, pièces maîtresses, couloirs de vos espoirs, traces de vos détresses, J’arpente à pas feutrés le chemin de vos vies. Enfui, enfoui dans les coins de la pierre, le passé me chuchote ses nondits, ses images, ses mirages. Ma main sur la terre crue, et je tressaille émue. Le sens-tu ? L’entends-tu ? Le rire de cet enfant, le renoncement discret l’ancien fatigué, le chant sans trève des premières amoures… ? Vous, mes Morts, mes Autres, mes Avants, mes Ailleurs, vous tremblez doucement dans les murs immuables. Je suis née dans un cri, dans un chant, dans une déchirure. … blottie tendrement dans les murs à murmure. 5


Je suis née dans un mur à souhaits. Petite, j’allais au fond de la cour, là où les pierres calcinées par des vignes brûlantes peinaient encore à tenir debout. Maman en cuisine et Pierre enfermé dans sa chambre à cultiver l’hormone adolescente sur le dernier catalogue La Redoute, j’étais tranquille, dans mon coin de jardin. Personne pour siffler au facteur, j’attendais les derniers rayons du soir et secrètement, polissonne, je retirais un bout de papier des interstices interdits.

laetitia Barth

J’avais huit ans. Je résistais au secret et aux murmures qui fourmillaient au dimanche le parvis de l’église. Avec mes joues roses et mes manches ballons, je n’aimais pas l’église, la fraîcheur presque morte de ses murs immenses, et moins encore la virginité précieuse des femmes aux chignons immobiles que je croisais toujours au moment de la quête et dont je savais bien qu’elles ne donnaient que ce qui ne les priverait pas de religieuse dominicale. Haute comme trois pommes et couronnée d’une malice insolente, j’avais entendu les légendes, vu les femmes affolées venir déposer leur papier dans le mur croulant du nord de la propriété. Un soir qu’elle avait confondu le vin de cuisson et le bourbon de grandpère Philippe, maman avait mentionné que le rituel durait depuis plus de cent ans, et que mamie, pourtant si portée au maintien tant ses cols amidonnés semblaient la faire souffrir, avait elle-même un soir de pleine lune rédigé une prière, plié la feuille en treize, et glissé l’objet de sa superstition entre les pierres du mur. Entre deux cuillerées de sauce, Pierre et sa clairvoyance acnéique, avait jugé bon de préciser – tout ça c’est du folklore, on s’en carre. Pourtant, on disait que tout parchemin découvert par un tiers condamnait son auteur à une stérilité immédiate.

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Et si les femmes de l’âge de mamie déposaient en cachette des rêves de fortunes, de familles nombreuses ou encore de carrière pour Bichon dont la place à l’entrepôt ronronnait quelque peu, celles de l’âge de maman priaient pour elles-mêmes. Un amant, qu’il l’emporte. Ou peut-être un mariage, qu’il s’éteigne calmement, sans éclairs. Un voyage aux dunes, qu’il s’exauce. Un corps endormi depuis l’être mère, qu’il s’éveille, qu’il fleurisse, qu’il puisse enfin devenir ce qu’il est. Je suis née dans un mur à souhaits, au fil des ans j’ai accumulé quelques poignées de parchemins interdits. Je ne peux vous les dévoiler, ils sont du ciel et du silence, ils sont le fruit d’expéditions nocturnes que tout me porte à respecter. Des bourgeoises rouges de honte, des copines hilares traversant le village en dentelles, quand tout dormait et que seule la lune veillait leur procession. Je les regardais venir la nuit de ma fenêtre d’enfance. Je les déchiffrais ensuite en cachette au fond du jardin. Et quand je rentrais coupable, les poches pleine de vie, j’entendais Pierre se moucher dans sa manche pendant que maman, concernée, râpait la soupe du soir. C’était hier, une autre époque. Lorsqu’on pouvait encore conjuguer le corset de nos éducation à l’envolée folle d’une croyance populaire. Une croyance heureuse, gaine d’espérance.

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Maai YouSSef

Je suis née dans un mur de hasard, Je suis née dans un mur de sables antithétiques, entre désert et mer.

Je suis née dans un mur d’évidences contrastées et de savants mélanges, Je suis née dans un mur bi-polaire, granit et pyramide, ardoise ou calcaire. Je suis née dans un mur d’eau, d’huîtres et de vase, dans un mur de brûlures et de glace, de gouttes de pluie qui perlent et de rayons de soleil qui engourdissent. Je suis née dans un mur de résilience qu’on résilie, de transhumance que l’on contourne. Détourne. Je suis née dans un mur de caresses au thé sucré, de baisers au café, Je suis née dans un mur de rires et de cigarettes, de promesses et d’horizons. Je suis née dans une lune posée sur un mur de miel, Je suis née dans un mur de pommiers, oubliés au bord d’un ciel. Je suis née dans un mur de rêves encore debouts, Je suis née dans un mur de d’espoirs, pas encore cailloux. Je suis née dans un mur de rochers hissés contre vents et marées, Je suis née dans un mur de voiliers dressés contre vice et caprice. Je suis née dans un mur d’amour devenu mur de tempête, Je suis née dans un mur de souffle devenu mur à chagrin. Mais je crois être née dans un mur de croyances et de fierté, Mais je crois être née dans un mur de fissures prêtes à me laisser crier.

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Je suis née dans des murs à l’ancienne, de gros murs froids qui laissent l’humidité infiltrer leurs pores, des murs en pierres apparentes, des murs rafistolés à la chaux, parce qu’aujourd’hui, le mélange ancien/ moderne donne du « cachet » aux choses. Je le sais, je l’ai lu dans un magazine de déco qui traînait aux toilettes.

Mathilde Salmon

Issue d’une fournée de 10 petits, je fais partie des 6 qui ont survécu, les plus robustes, ceux qui ont lutté et écrasé les autres pour accéder aux mamelles laiteuses de ma mère. J’ai grandi entre ces murs donc, logée entre deux pierres ternes et froides, me laissant parfois aller à une douce rêverie, celle d’être née dans des murs colorés et chaleureux. Je n’aurais alors pas perdu 4 de mes frères et sœurs dont le cœur a gelé. Je me serais épargnée les indigestions de poudre sablonneuse, conséquence de nombreuses heures de grattage afin de nous créer, à ma famille et à moi, un tunnel menant à la cuisine, sacré graal de notre quête quotidienne. Quête semée d’embûches, car les coins de murs regorgent de pièges en tout genre. L’un d’eux m’a pris ma mère, victime de sa gourmandise pour un carré de gruyère... Je me souviens encore du « clac » qui retentit à l’intérieur des murs. Malgré tout cela, je les aime bien, ces murs. Ils sont ma maison, tout ce que je connais. J’y suis née, j’y mourrai. Dans mes murs à l’ancienne.

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« L’art de bien choisir son médecin. » Ecrivez la suite.

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Ligne 4, JC est occupé. Se fraie un chemin entre les gens moins presAlexia sés, s’assoit, JC satisfait. Strapontin sous Bernard fessier musclé, sirote son étoile café, pianote sur l’écran de son téléphone intelligent. Les patients l’impatientent, JC est crevé. Jeune, il rêvait de sauver les plus pauvres, sa conscience avec. JC papi, JC aujourd’hui, a compris a appris que nous étions tous égaux, au moins dans la maladie. Sa conscience? Blasé, cuir verni au pied, il n’a pas de regrets, plus de scrupules. Il les a eu les uns après les autres : ordonnance bien dosée et responsabilité écartée. Sa revanche sur les bourgeois, une mutinerie familiale, diraient ses amis psy. Sa conscience se porte bien, merci. Seulement JC ne voit pas, en face de lui, la plume qui le décrit. Un peu sceptique, un peu antipathique, il n’entre pas.  Il est bizarre, il est hagard, il a le teint blafard.  Il avance, au pas. Il est aigri, il est chiffon, il a maigri, avec lui, on Maai ne discute pas. Youssef Il est casse-pieds, a mal au nez, il est usé. Il sent l’ennui, il suinte l’amertume, il a toujours un rhume. Alors il écume, les portes des cabinets. Pas la porte des cabinets, non les portes. Il les pousse, il ouvre. Dans l’embrasure, il susurre.  Il marmonne, il évalue. L’odeur des microbes pulvérisés, des pleurs mal essuyés, et des lundis matins mal entamés. Il sent, il sniffe.Et il scrute. La date des magazines cornés, la poussière incrustée, la semelle du patient d’à côté.  Alors il sait. Docteur bonheur, docteur malheur, son choix est fait. 11


Petit traité de survie à Paris, chapitre 1 : comment bien choisir son médecin...ou pas. Mathilde SalMon

Je vais vous raconter une petite anecdote. Mais avant cela, laissez moi vous poser une question : dans quelle limite avons nous le choix de notre médecin ? N’est-ce pas plutôt un choix par défaut qui s’impose à nous, lorsque la douleur fait rage ?

Tout d’abord, nous allons certainement chercher à limiter nos déplacements ; avec nos vies bien remplies de Parisiens surbookés, la recherche s’étend souvent à l’arrondissement dans lequel on travaille, ou bien dans lequel on habite. Puis, nous allons chercher le meilleur prix possible, et donc le moindre dépassement d’honoraire. Enfin, et cet argument prévaut lorsque l’on souffre vraiment (par exemple pour mon anecdote, il s’agissait d’une bonne grosse carie), nous allons chercher à avoir un RDV le plus vite possible. Selon nos priorités sur ces trois arguments, nous arrêtons notre choix. Je ne me suis pas méfiée de mon nouveau dentiste. Il soigne mes collègues, exerce pile en face de nos bureaux (imaginez la praticité de la chose, il n’avait qu’à m’appeler pour me dire qu’il avait un créneau, et hop, en 30 minutes l’affaire était dans le sac), connaît très bien notre mutuelle d’entreprise et se montre trèèèèès arrangeant sur les prix. « Mais mademoiselle Salmone, comme il dit, ce qui m’importe c’est votre dent – l’argent, c’est secondaire ». J’aurais dû me méfier, dans ce monde moderne où l’argent est tout sauf secondaire. Seulement voilà, je suis sortie de son cabinet flattée d’avoir été élue « cliente-la-plus-géniallissime-de-tous-les-temps ». Alors...

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2eme RDV, je suis sur son fauteuil, ma foi fort agréable. Je me laisse bercer par la musique de son poste de radio tandis qu’il scie, frotte, fraise, tape, pique mes dents du fond. Et puis, tout à coup, cette petite phrase «  ah non vraiment mademoiselle Salmone, celle là je ne vais pas pouvoir la sauver, je suis désolé ». Moi, naïve, je fais confiance au monsieur qui a fait des années d’études alors que je portais encore des couche-culottes. Et je ressors avec une ratiche en moins. Je n’imaginais pas alors que ma mâchoire serait prétexte de bidouille SECU et compagnie. Je n’avais pas compris que les dentistes parisiens adoooooooooooorent faire sauter les dents, et les remplacer par de beaux implants. Mais surtout, surtout, je n’imaginais pas que le critère numéro pour choisir un médecin, c’est de se renseigner au préalable sur la personne ! Echanger avec ma collègue du bureau voisin aurait épargné un trajet à la petite souris...

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Nemo Cypriis cont igui sed Cypriis quae stat iones navigabant appulit stat iones navigabant appulit letalia stat iones sed pilatorum navem sed scopulis ad ad cont igui ut Cypriis caesorumque Isauriae quae quae navem quae deinde navem funeribus ad stat iones Isauriae navigabant has appulit controversa stat iones ut caesorumque caesorumque nemo scopulis Cypriis funeribus appulit nemo sunt stat iones has navem controversa letalia controversa nemo praerupta ad scopulis praerupta sunt nemo enim nemo navigabant declinantes navigabant funeribus stat iones praerupta funeribus controversa has ad declinantes quae Isauriae praerupta funeribus has quae navigabant deinde sed appulit Isauriae navigabant Isauriae nemo pilatorum has litoribus Scironis has cont igui ut caesorumque navigabant. Nemo Cypriis cont igui sed Cypriis quae stat iones navigabant appulit stat iones navigabant appulit letalia stat iones sed pilatorum navem sed scopulis ad ad cont igui ut Cypriis caesorumque Isauriae quae quae navem quae deinde navem funeribus ad stat iones Isauriae navigabant has appulit controversa stat iones ut caesorumque caesorumque nemo scopulis Cypriis funeribus appulit nemo sunt stat iones has navem controversa letalia controversa nemo praerupta ad scopulis praerupta sunt nemo enim nemo navigabant declinantes navigabant funeribus stat iones praerupta funeribus controversa has ad declinantes quae Isauriae praerupta funeribus has quae navigabant deinde sed appulit Isauriae navigabant Isauriae nemo pilatorum has litoribus Scironis«has cont igui utsur caesorumque navigabant. Catch la lune » Nemo Cypriis cont igui sed Cypriis quae stat iones navigabant appulit stat iones navigabant appulit letalia stat iones sed pilatorum navem sed scopulis C’estIsauriae à cequaemoment que ad ad cont igui ut Cypriis «caesorumque quae navem quaelàdeinde navemj’ai funeribus ad stat iones Isauriae navigabant has appulit controversa stat ionesque ut caesorumque caesorumque scopulis compris j’avais toutnemofeu » Cypriis funeribus appulit nemo sunt stat iones has navem controversa letalia controversa nemo praerupta ad scopulis praerupta sunt nemo enim « L’autre jour,statjeionessuis passé nemo navigabant declinantes navigabant funeribus praerupta funeribus devant controversa has ad declinantes quae Isauriae praerupta funeribus quae navigabant deindevu sed « appulit Isauriae de navigabant un has garage et j’ai prière ne Isauriae nemo pilatorum has litoribus Scironis has cont igui ut caesorumque navigabant. Nemo Cypriis cont igui sed Cypriis quae stat iones pasappulit regarder ensedface navigabant appulit stat iones navigabant letalia stat iones pilatorum» navem sed scopulis ad ad cont igui ut Cypriis caesorumque Isauriae navem quae navemraconter funeribus ad stat iones Isauriae navigabant has « quae Onquae s’est misdeinde à se appulit controversa stat iones ut caesorumque caesorumque nemo scopulis Cypriis funeribus appulit nemo sunt stat iones Hisqoires has navem controversa letalia controversa des nemo praerupta ad scopulis »praerupta sunt nemo enim nemo navigabant declinantes navigabant funeribus stat iones praerupta funeribus controversa has ad declinantes quae Isauriae praerupta funeribus has quae navigabant deinde sed appulit Isauriae navigabant Isauriae nemo pilatorum has litoribus Scironis has cont igui ut caesorumque navigabant. Nemo Cypriis cont igui sed Cypriis quae stat iones navigabant appulit stat iones navigabant appulit letalia stat iones sed pilatorum navem sed scopulis ad ad cont igui ut Cypriis caesorumque Isauriae quae quae navem quae deinde navem funeribus ad stat iones Isauriae navigabant has appulit controversa stat iones ut caesorumque caesorumque nemo scopulis Cypriis funeribus appulit nemo sunt stat iones has navem controversa letalia controversa nemo praerupta ad scopulis praerupta sunt nemo enim nemo navigabant declinantes navigabant funeribus stat iones praerupta funeribus controversa has ad declinantes quae Isauriae praerupta funeribus has quae navigabant deinde sed appulit Isauriae navigabant Isauriae nemo pilatorum has litoribus Scironis has cont igui ut caesorumque navigabant. Nemo Cypriis cont igui sed Cypriis quae stat iones navigabant appulit stat iones navigabant appulit14letalia stat iones sed pilatorum navem sed scopulis ad ad cont igui ut Cypriis caesorumque Isauriae quae quae navem quae deinde navem funeribus ad stat iones Isauriae navigabant has appulit controversa stat iones ut caesorumque


C’est à ce moment là que j’ai compris que j’avais tout feu. On m’avait dit poisson ! Poisson ascendant vierge… calme et discrète, évanescente. Tu parles. Là, je le regarde le sourire, la chemise entrouverte et la goutte de sueur : Tout feu. Joues tomate, fards aux yeux, jambes dans la lune, estomac dans les prunes… tu m’as compris. Bête comme tout, chèvre et chou. Enflammée enflammée  : je suis brindille, oublié oublié : un cœur qui vrille.

Beatrice Roux

La raison qui fait des bonds, la grande roue la première coupe de champagne et le rire qui tangue, te souviens-tu ? Il est là quoi. Peut être beau Je sais même pas mais Tellement là, presque dans moi, je veux que ça, le garder, vivre et brûler. Valdinguer les peurs, rire au nez des erreurs des magots des ragots. Mettre les voiles mettre les gaz et s’emporter : CATCH SUR LA LUNE. J’ai tout feu Oui ça y est Qu’importe si je me consume Mes yeux pétillent Les désirs vrillent alors Qu’importe si, niaiseries - mon cœur ma souris mon amour mon canari. J’ai l’air bête surement, qu’importe ! Tout flamme Je brûlerai le ciel, la mer et les étoiles. Te rappelles-tu ? 10, 20, 70, 80 ans, te rappelles tu le moment? Avoir tout feu ! Brûler. Flamber. Prendre une Harley. Tout délaisser ! Avoir tout flamme même quand ça rame, y croire grand comme mer, y croire, tout boire, avancer, avancer. Voilà, c’est maintenant, j’ai 13 ans, le cœur en bandoulière, mon signe astrologique est un rire oublié. J’écris dans penser des textes romantiques Des rêves idylliques Des niaiseries sucrées. Je bois un coup, je glisse dans un rire et jme regarde, tout feu : Catch sur la lune.

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BoriS iBaneZ

On est rentré dans le square et s’est mis à raconter des hisQoires On est rentré dans l’parloir et on s’est mis à raconter des hisQoires On est rentré dans le manoir et on s’est mis à raconter des hisQoires Bref, on est rentré quelque part et on s’est raconté quelqueQuose

C’était un Qatin ou plutôt un matin. C’était une Quit ou plutôt une nuit. C’était un moment ou le Q de ma phrase m’obsédait autant que le Q de ton corps. C’était un midi. C’était une soirée. Le soleil était bas. Le soleil était haut. Et puis tu parlais et puis j’écoutais. Et puis tu riais et moi je buvais. Je buvais tes couleurs, je buvais tes sourires. J’étais ton ami, tu étais mon amante. J’étais un garçon, tu étais une quille. J’étais une fille, tu étais un garQon. Le banc était Queue. Le banc était bleu. Tes paroles étaient bruit et mes pensées images. Celles d’approcher, celles de toucher. Celles d’accoucher ce que tu cachais. On est rentré dans le square et je suis sortis plein d’esQoir. Celui de passer du Q d’alphabet au Q fiancé.

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L’autre jour, je suis passé devant un garage et j’ai vu « prière de ne pas regarder en face ». Curieux de nature, je m’apprête à me retourner quand le sens de cette injonction me rappelle à l’ordre avec son cercle barré, rouge poli et brillant. Engourdi et statifié quelques instants, je reprends mes esprits et ressens sur mes épaules une pression fétide.

Julien Triger

J’oscille maintenant tel un pendule et découvre avec horreur dans la brillance polie du rouge que le même garage Renault à l’huile Motul se trouve aussi derrière moi, identique. Tout est parfaitement symétrique, standardisé, polisse, marketté ! Ennuyant à en mourir, en effet ! On est entrés dans le square, et on s’est mis à se raconter des isquares. Des trucs de mecs, de qui qu’a piqué ma cagoule et même pas cap de faire un bisou à Zulie. Jeremy, celui qu’a toujours des excuses, parce que sa maman elle écrit au cahier qu’y faut excuser Jeremy, il a dit qu’il pouvait que si on lui donnait nos bonbons.

Laetitia Barth

Mais moi je sais qu’au square faut pas ramener mes bonbons. Je sais alors j’les cache toujours dans ma tab’ de nuit dessous ma boîte à clés. C’est papa qui me donne ses clés, des fois, enfin Jeremy y s’en fout des clés y sait même pas c’que c’est. Jeremy il aime que les bonbons surtout les rouzes ceux qui font comme des fourmis dans ta bouche. On l’y a dit que Julie elle a un goût de bonbons et juste comme ça, il a dit c’est pas pour les bonbons c’est pour être le roi du square. Et bah voilà, y m’a poussé du banc et tant pis parce que moi je sais à quoi ça sert des clés. Zulie elle était même pas là en vrai. Zulie elle l’aurait pas laissé faire d’t’te façon parce que la s’maine d’avant elle m’a dit qu’elle gardait ses bisous pour la virginitude et le prince de quand elle s’ra plus grande. En tous cas moi, je sais à quoi ça sert des clés, et c’est pas des isquares. 17


«On est rentrés dans le square et on s’est racontés des his-squares.» Maai YouSSef

Il est 7h40, elles ont 10 minutes. 10 minutes pour tout dire, tout bâtir. 10 minutes pour arrêter de mentir.

De chaque côté, en enfilade, une dizaine de peupliers. Entre chacun d’entre eux, l’éternel banc vert bouteille qui rayent les fesses les jours de pluie. Etourdie. Au sol, le mélange de gravier crissant et de gros sable grisant, tremble sous les pas des 10 minutes de vérité. L’endroit est laid. Et c’est bien là sa plus grande qualité. Hôte des rendez-vous clandestins, des échecs de vie à cacher sous un carton mouillé, des alcools mauvais, Pour elles, il se pare de la lumière du secret. Le temps de l’interdit file, défile, vite, élaborer les stratégies de la survie mutine. «Où étiez-vous passées ? Quand vous-êtes-vous retrouvées ? Mais d’où vous est venue pareille idée?» Les exclus crient, s’arment de colère, luttent contre les mensonges en bandoulière, les mensonges en remparts. Jalousie dévorante, perte de contrôle désespérante, ils ont rêvés d’être. Elles. Des écervellées. 10 minutes, au moins. Mais ils n’ont jamais été assez ingénus pour dire, faire, vivre : «On est rentrés dans le square et on s’est racontés des his-squares.»

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« C’est à ce moment là que j’ai compris que j’avais tout feu. Euh… Faux ! Pardonnez-moi, je suis un peu bouleversée… Donc, c’est à ce moment là que j’ai compris que j’avais tout faux.

Marina Salome

Il n’était pas intéressé, il ne me trouvait pas particulièrement jolie, il ne me croisait pas tous les jours dans les couloirs par choix, mais par pure obligation. Parce que le boulot c’est le boulot, un point c’est tout. Malgré mes nombreux signaux d’appels, mes battements de cils angéliques, mes tenues aguicheuses, Jules n’était pas intéressé. Pourquoi donc ? me direz-vous…Mais comment est-ce possible ?! Eh bien…Jules s’appelait en réalité Juliette. »

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Mélinda - A peur de tomber dans les escaliers - Malpropre - Moche - Fume - Vaseuse - Déteste avoir les mains sales - Seule - Porte des tutus le dimanche .

Ecrivez une carte postale de Mélinda à José.

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Elle écrit du fond de la Seine. Assoit son nez sur un coin de CB. Elle crie. Pas de badins ce matin. Un peu de fumée, assez de alexia brume, elle fume. Bernard Doigts jaunes pressant le mégot. Lave-toi les mains, disait sa mère. Lave-toi la bouche, elle pense. Dégoût. Des goûts de luxe éclos trop tôt. Lève-toi, remets tes boucles en place, il est temps. Il y avait eu, pourtant, ces dimanches sans ombrages, ces dimanches en famille où, au milieu du salon et boudinée dans son tutu, elle improvisait le ballet de ses rêves. Déçue, elle écrit au dos de, qu’est-ce que c’est au juste? «La pêche» Huile sur toile 1,36 m x 2,53 m Belle prise. Elle écrit les dimanches qui n’existent plus, croqués par les samedis sans nuit. Il fait jour, elle se redresse. Les hanches ont craqué, ses mains avalé les liasses de billets colorés. Au hasard, griffonner une adresse. Comment il s’appelait déjà, celui qui avait juré de la sauver ?

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1. José, mon cher José, vous rappelez-vous la belle époque. Vous ciriez les escaliers et parfumiez la rampe, c’était si doux. Vous étiez là quand je rentrais le vendredi après le club de crochet. Vous aimiez bien Gérard...

Beatrice Roux

2. Ah José,  ! Comment allez-vous depuis le temps. José… votre sens impeccable de la propreté me manque. Avec vous, l’escalier était toujours bien tenu, bien ciré. Avec vous pas de glissage pas de main souillée… José le monde est si cruel  ! La cage d’escalier bien tenue, mes doigts graciles y trouvaient leur bonheur. José, Paris 10eme a bien changé, c’est devenu le Cameroun, la Cote d’Ivoire, les noirs pullulent. Et ces grands cris  ! Je regrette votre pudeur tranquille. José, vos regards discrets dans l’escalier me manquent… Mon brushing impeccable que vous appréciez tant a un peu… 3. José, mon cher José, mon grand, vos œillades discrètes dans la cage d’escalier me manquent tant. Vous souvenez-vous ce temps béni, vous m’appeliez mon canari, nous aurions pu dormir toute une nuit dans la cage d’escalier si bien cirée, mes doigts préservés étaient ravis… 4. José, chouchou, mon lapinou, mon canichou, tu me manques. Paris 17eme c’est joli, les ascenceurs ronronnent mais je ne trouve plus les… 5. José, mon ange, putain. Regarde cette photo. 20 ans, te rappelles tu ? Le brushing parfait, on y croyait. José, l’escalier est sale et le savon pue, ici. Je danse toujours le dimanche mais mon tutu ne me va pas si bien. José le temps passe et…

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José, mon cher et tendre humain, Aide moi, je suis seule ! J’ère librement dans cet océan si pacifique, mais je reste toute vaseuse. Je ne me Julien lave plus depuis maintenant des décennies. J’aimerai triger qu’on me lave au moins les mains. Je me sens si lourde et embourbée de toute cette crasse de déchets. J’aimerai tant être légère et danser avec allégresse sur l’écume des vagues. José, aide-moi, j’ai peur de tomber plus profondément. Ma liberté est relative au cercle serré de ce vortex liquide. Mélinda, ton huitième continent.

Bien arrivée, stop. Soleil cuisant mais autochtones un peu bizarres, stop. Du genre à se récurer dans le fleuve, comme si les laetitia eaux usées n’avaient pas tué les baleines, stop. Jackie Barth m’a prévenue j’ai emmené mon gel antiseptique, stop. Une grande idée, si tu comptes pas les doigts poisseux et l’impression de sentir le dentiste, stop. Inde étonnante, stop. Te fie pas à la carte, j’l’ai prise du duty free, avec des clopes et le dernier bouquin d’Musso, stop. J’le lis en diagonale sur les grands escaliers, en regardant les morts brûler, stop. Ça sent le foin mais bon, j’ai toujours mon gel à portée de mains, stop. Merci Jackie, tu lui diras merci pour moi, stop. Encore une semaine à tirer, stop. J’aime bien l’Inde mais quand même, ils vendent leurs cheveux, stop. Vivement Recey Sur Ourse, stop. La terre ferme et les baignoires persos, au moins on sait où on trempe, stop. Signé : Ta bienlotie Melinda PS : Oublie pas de récupérer mon tutu au pressing, stop. Manquerait plus que Bérangère Lacluse gagne la parade du dimanche cette année, stop. 24


Bibiche, T’as changé de cap, t’as viré de bord ? Dis moi juste, est-ce-que ça va ? Tu sais, moi je suis de celle qui adore les cartes postales, toutes les cartes postales, les moches, les chics, les vides aussi, les avec des gros seins, les d’amour, les d’adieu. Se faire larguer par carte postale, je te jure, ça détend. Mais celle-là? Je peux te le dire, j’ai pas compris quelle mouche t’avait piqué. 

Maai Youssef

D’abord elle est bleue...Bleu du ciel, bleu des airs, bleu des poumons de compèt. Alors j’ai cru que t’étais partie te faire une petite cure, et hop vive le bon air ! Mais tu ferais jamais ça. T’es pas du genre cure toi, t’es du genre impure. Et moi, ça me plaît ça. J’aime quand t’es vaseuse de ta fumée, vaseuse de tes nuits blanches, j’aime quand t’es sale d’avoir vomi ta noirceur d’âme. Moi je t’aime obscure, tu sais ça. Et sur la carte, grand soleil, clarté éblouissante. J’ai pensé : elle a juste trop fumé... Y’avait bien une logique dans le schmilblic, pour une pissouse qui aime la solitude, qui crève de sa solitude mais qui en rêve encore, là t’étais servie. L’infini, l’immensité, la nature triomphante, et là, au milieu, la Méli rikiki. Hum... Pourquoi pas. Mais ma Méli à moi, elle aurait pas choisi ça, elle a trop peur du ciel et des nuages, le vide c’est elle, le cumulus c’est elle. Et puis je suis désolée poupée mais quand on a peur de tomber dans les escaliers, on gravit pas le mont blanc. Il faut se salir les mains tu sais pour escalader la roche...  Alors je me suis sentie très angoissée. De te voir là, avec ta foutue mèche devant les yeux, non mais c’est pas sérieux. Ecoute ma Méli, écris moi, écris moi plus, écris moi que tu n’as pas renoncé aux tutus le dimanche, Céline Dion à fond les ballons.  Ta José qui t’aime 25


Marina SaloMe

D’habitude, je n’aime pas tellement les animaux. Mais ceux que je porte me plaisent beaucoup, de par leur doux surréalisme. Un écureuil à ailes de dragons, un fouine transformée en sirène… Mais la vie n’est pas simple… Aller et venir, voguer, se froisser, s’évader tout en étant contrainte à la fois. J’ai peur de l’avenir… C’est fou comme ma vie est angoissante. Mon problème, c’est le manque d’espace. La frustration du manque d’espace, de place.

Mais trêve de rêveries. J’aime beaucoup mon destinataire, je ne comprends pas vraiment ce qu’il fait avec elle…Mais bon, certaines choses sont inexplicables. Il a fallu trois fois pour m’écrire, et j’ai de sales traces noires sur les coins à cause d’elle…Beurk…Ca me dégoute, j’en deviens vaseuse moi aussi. A mon arrivée, j’espère ne plus sentir la cigarette. Je sais qu’il m’attend. Je l’aime en secret, de mon tout petit cœur de carte postale.

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Cela fait déjà un moment que j’observe cette drôle de petite bonne femme, médusée devant un tableau de Klimt, le regard aussi scotché sur ces nues que l’est sa mèche de cheveux gras sur son front. Joliment posée sur le banc de velours du musée, crayon à la main (qu’elle a sale, me semble t-il), carte postale sur le genou, elle griffonne quelque chose de temps à autre.

Mathilde Salmon

Elle écrit une carte postale à quelqu’un qu’elle aime, me dis-je. Discrètement, je me rapproche du banc, curieux, attiré par une force inconnue et inexplicable, saisi par le contraste qui s’offre à mes yeux : les belles nues colorées de l’artiste, la terne quinquagénaire en tutu. Les vierges sensuelles aux lèvres charnues et aux seins opulents, la vierge plate abîmée par le poids des années passées. Timidement, je louche sur sa carte, et quelle surprise, elle est vierge elle aussi. Vierge de mots en tout cas – car ornée de petits cœurs noirs raturés. Et soudain, je suis ému. J’ai envie de lui parler, à cette vierge effarouchée. De lui raconter ma vie. J’ai envie de connaître l’histoire des cœurs raturés de la drôle de petite bonne femme. En lui effleurant l’épaule, je lui murmure « je m’appelle José... »

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L’Atelier Fidélité tire son nom de la rue dans laquelle il a lieu. Ces rendez-vous créatifs sont proposés toutes les 5 semaines environ, et sont ouverts à tous. Ses participants remercient Béatrice, pour son initiative et sa belle hospitalité, ainsi que Dominique Pellegrin, journaliste et écrivaine, qui anime avec une générosité constante chaque atelier.

Contact : Béatrice Roux beatrice.roux31@gmail.com Animation : Dominique Pellegrin dpelegrin@wanadoo.fr Graphisme © Fae graphismfae@gmail.com Ces textes ne sont pas libres de droits. Toute reproduction est formellement interdite.

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Cahier Fidélité IV