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t h é ât r e     m u S i q u e     da n S e

e x p o S     c i n é m a     j u n i o r Supplément /// Septembre > décembre 2016

LE GUIDE DE LA SAISON CULTURELLE 2016

Spécial Biennale de la danse

S LE

Sound of music de Yan Duyvendak

ES

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TS

LI

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ES


Danse en humanités éDito sommaire Biennale

p. 04

Danse

p. 12

Théâtre

p. 16

Arts plastiques

p. 28

Classique

p. 34

Pop-Rock

p. 40

Cinéma

p. 46

Jeune public

p. 50

Supplément Culture de Lyon Capitale. SePTemBRe 2016. 51 avenue Foch - cS 40091, 69456 lyon cedex 06. tél. 0472980500 — Fax. 04 72 98 05 02 Directeur de la publication : didier maïsto Directeur de la rédaction et Rédacteur en chef : chiêu an thai Rédaction : caïn marchenoir, Guillaume médioni, Kevin muscat, martine pullara, céline rapinat, Stani chaine. Edition : tim douet  Secrétariat de rédaction : marie-aude cap Crédit photos une : pierre planchenault  Directeur exécutif : Philippe Vivès Publicité : pascale laplace (04 72 98 05 03)  Assistante de direction/ Accueil/Abonnements : josiane merolle (04 72 98 05 00)   Communication/Diffusion : agnès Vezirian (04 72 98 04 93) Imprimerie : Fot (69) – distribution :  Sad Vénissieux n° de commission paritaire: 0321 I 86862 -  n° iSSn 1259-573 x. lyon capitale SaS au capital de 500 000 euros.  rcS lyon : 489 069 856 Siège social : 41, rue du capitaine Guynemer –  92400 courbevoie. actionnaire : Fiducial médiaS SaS  au capital d’un million d’euros, Siège social : 41, rue du capitaine Guynemer –  92400 courbevoie.

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lacée sous le signe de l’austérité budgétaire (-15 % par rapport à 2014), cette 17e Biennale de la danse, conçue par Dominique Hervieu, procure le même enthousiasme, avec 37 spectacles dont 23 créations ou premières françaises. Plusieurs axes de découverte sont proposés, avec toujours cette envie de faire voler en éclats les préjugés sur la création chorégraphique et en démontrant qu’il y a autant de formes que de pensées et de chorégraphes. S’ouvrir à la diversité et à la nouveauté implique de mieux connaître l’histoire de la danse. C’est ce que propose le musée des Confluences avec “Corps rebelles”, une exposition qui, du Sacre du printemps (créé en 1913) jusqu’à l’émergence du hip-hop en passant par Béjart, nous révèle les différents “courants” artistiques. Inédite et interactive, elle est un événement phare de la Biennale. En déclinant le thème “danse savante et danse populaire”, la programmation illustre une tendance actuelle des chorégraphes à puiser dans la danse populaire et traditionnelle pour revivifier la danse contemporaine, lui donner d’autres formes, qui abordent des sujets sociétaux ou restent dans le pur plaisir du corps et du rythme. C’est le cas de deux comédies musicales attendues : Volver de Jean-Claude Gallotta, qui parle de l’immigration, et Sound of music de Yan Duyvendak qui, derrière les habits de lumière, distille la violence d’une fin du monde annoncée par la crise des subprimes. On citera encore Christian Rizzo présentant – après un magnifique travail sur les danses folkloriques – une pièce sur les danses de club transformées en écritures chorégraphiques sensorielles.

MARTINE PULLARA

Ensemble… naturellement ! Cette Biennale nous amène à démultiplier nos regards et cherche la substance de la danse. Quel est le rôle de l’interprète dans le succès d’une pièce et quelle est sa vie au quotidien ? On découvrira ainsi la merveilleuse Cristiana Morganti, qui a dansé avec Pina Bausch et nous racontera. La Biennale cerne les conventions sociales qui régissent nos vies, invoque le refus du formatage artistique. Politique, elle nous renvoie à des moments difficiles dans l’histoire des peuples : ceux qui précèdent la Première Guerre mondiale ou la guerre des Six Jours en 1967. Il y est aussi question de l’exploration des arts visuels et du rapport au corps, de la confrontation entre le virtuose, le classique et l’archaïque, de rituels investis par des vieilles femmes marocaines. Avec aussi le flamenco sur des rythmes de free jazz, les courses effrénées de corps en quête du bonheur, le corps instinctif, sexuel et provocateur, les battles festives entre danseurs hip-hop, classiques et contemporains, elle rompt les barrières pour s’ouvrir naturellement sur le thème du défilé : Ensemble ! C’est le 18 septembre qu’il déploiera ses surprises, entre les Terreaux et la place Bellecour, avec 5 000 participants devant 300 000 spectateurs attendus. Le public dansera le final sur une tarentelle façon rumba tandis que le poète circassien Yoann Bourgeois, du haut de son trampoline circulaire, nous fera rêver à d’autres espaces que seul le mot “création” nous donne la liberté d’imaginer ! Biennale de la danse – Du 14 au 30 septembre, à Lyon. www.biennaledeladanse.com

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CULTURE

| Biennale

immanquabLe

La fin Du monDe… en Dansant en confrontant la fougue clinquante de jeunes danseurs venus de broadway à des univers sur fond de crise économique, écologique et sociale,  Yan duyvendak renouvelle la comédie musicale pour en faire le témoin d’une fin du monde annoncée

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MARTINE PULLARA


© P. Planchenault

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Pour parler de choses graves, il n’y avait, pour moi, que la comédie musicale car c’est la forme la plus antinomique à la noirceur du monde

© Pierre Planchenault

YAN DUYVENDAK

rtiste néerlandais issu de la performance et de la vidéo, Yan Duyvendak réalise pour la première fois un spectacle dansé et musical, Sound of music. Son travail est très lié à des questions de société, par exemple Made in Paradise autour de l’islam ou Hamlet qui interroge le fonctionnement du système judiciaire. La pièce qu’il présente parle cette fois-ci de nous et la fin du monde. Vaste réflexion qu’il démarre en 2008, au moment de la crise des subprimes, en collectionnant nombre d’articles qui analysent le naufrage contemporain comme les licenciements massifs, les catastrophes écologiques, les guerres, les suicides des jeunes, la baisse du pouvoir d’achat… L’homme n’est pas optimiste et, face à cet état du monde, à des situations chaotiques qui n’ont pas de sens, il cherche à dire son mal-être tout en revendiquant un besoin de légèreté. “Ce sentiment de chaos, dit-il, est repris dans la forme du spectacle. Ma conception de la comédie musicale fait référence, non pas à celles qui ont une narration linéaire avec des personnages, un univers rose bonbon et une fin heureuse. Ce sont celles des années trente qui m’intéressaient, nées après le krach de 1929 et parlant de la noirceur du monde, des problèmes de la vie quotidienne, du manque d’argent. La construction de Sound of music est basée sur un patchwork aléatoire de situations qui mélangent le rêve, avec des petites esquisses de personnages, le côté kitsch avec en contrepoint des textes écrits par Christophe Fiat, projetés sur grand écran. Leur teneur est violente et j’ai voulu une contradiction entre la scène et ce qu’ils disent. Pour parler de choses graves, il n’y avait, pour moi, que la comédie musicale car c’est la forme la plus antinomique à la noirceur du monde.”

Deux chorégraphes… pour casser les codes

Pour travailler la chorégraphie et l’intensité du propos, Yan Duyvendak a demandé à deux chorégraphes d’en écrire chacun des parties différentes. Le Français Olivier Dubois, auteur notamment de Tragédie (qui présente un autre spectacle à la Biennale, Auguri) et l’Américain Michael Helland. Il a choisi le premier pour son extraordinaire capacité à transformer l’énergie des danseurs en une transe qui crée une communion avec les spectateurs, le second parce que son approche de la danse se fait dans l’altérité, l’écoute, pas dans le simple fait de compter pour danser. Ces deuxlà instaurent une dramaturgie émotionnelle avec des moments de jubilation intense, des corps de plus en plus vivants qui prendront le relais de la violence des textes et qui exploseront à la fin. Si la pièce a son lot de chansons interprétées par les danseurs, les costumes eux ont une signification particulière : “Ce sont des costumes normaux, de la vie quotidienne, indique Yan Duyvendak. Mais, au fur et à mesure, les danseurs revêtent des T-shirts dorés. Ce clinquant, c’était une manière de dire : on a une énergie vitale donc on donne un élan positif à la fin. Cette transformation scénique comme la danse avec les deux chorégraphes n’allaient pas de soi pour les danseurs car ils sont tous issus de Broadway et ont dû aussi apprendre à casser les codes d’une certaine forme de comédie musicale, y compris avec les chansons dont certains textes sont très intimes. Mais ils ont relevé le défi !” Yan Duyvendak / Sound of music. Du 15 au 17 septembre, au théâtre de la Croix-Rousse. www.croix-rousse.com

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CULTURE

| Biennale

Les spectacLes à ne pas rater SÉLECTION DE MARTINE PULLARA

Nicht Schlafen du Belge Alain Platel

Les rendez-vous événements L’ouverture de la Biennale se fera avec une première mondiale composée de deux pièces des chorégraphes Alessandro Sciarroni et Marina Mascarell, créées pour le ballet de l’Opéra de Lyon. Le premier puise dans des pratiques étonnantes comme les danses folkloriques bavaroises ou le handball pratiqué par des aveugles, jouant aussi sur le rythme et la répétition du mouvement ; ici, il embarque les danseurs sur l’expérience du tour et de la giration continue. La seconde s’est inspirée du travail de la photographe Francesca Woodman pour parler du corps de la femme et du féminisme. Impossible de rater Volver (“Revenir” en espagnol), la comédie musicale de Jean-Claude Gallotta autour des chansons d’Olivia Ruiz, qui danse et qui a écrit la base de la dramaturgie. Elle évoque la recherche d’identité de ceux qui comme elle sont issus de l’immigration. Gallotta nous avait séduits avec sa pièce sur Bashung et l’on se doute que le rythme et l’énergie des corps seront encore au rendez-vous. L’événement qui fera vibrer les murs du palais des Sports de Lyon avec un mélange insolite de danses est le battle of styles confrontant

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L’intime, la provocation et le politique La Biennale, c’est aussi le bonheur d’aller à la rencontre d’artistes de manière plus intimiste avec une approche sensorielle et sensuelle. C’est le cas avec Bouchra Ouizguen et sa pièce Corbeaux, dansée par des femmes marocaines qui expérimentent le rituel et la transe autour notamment des maladies de l’âme. Dans Je danse parce que je me méfie des mots, la Japonaise Kaori Ito se met en scène avec son père, un vieillard doux et excentrique qui a participé à la scénographie. Sur fond de pudeur, il est question de réconciliation et de séparation, d’élan filial et d’émancipation, des sujets universels qui devraient nous toucher. Avec Au sein des plus raides vertus, titre qui en soi est tout un poème, on retrouve la Québécoise Catherine

Battle of styles annoncé au palais des Sports

© Christoph Seidler

© Chris Van der Burgh

les danseurs du Pockemon Crew (hiphop), du ballet Preljocaj et de la Forsythe Company (néoclassique) et les Saxonz (contemporain). Sans oublier Jonah Bokaer, qui vient pour la première fois en France, avec Rules of the game, un travail visuel autour du jeu et du combat sur une musique de Pharrell Williams.


© Gregory Batardon

Kaori Ito se met en scène avec son père, un vieillard doux et excentrique.

Gaudet, bien plus intéressante – parce que loin du racolage – que ses homologues Frédérick Gravel et Dave St-Pierre, connus des Lyonnais. Son travail proche de la performance explore l’être humain dans ses pulsions instinctives et la manière dont la société le façonne. Ici, il est question, entre autres, du désir sexuel éprouvé par un quatuor de danseurs. Le duo Tordre de Rachid Ouramdane met en jeu la force, la sensibilité et la différence de deux danseuses, dont l’une a un bras en prothèse et l’autre expérimente depuis son enfance et comme un rituel le fait de tourner sur elle-même. Entre elles, il est question de lignes fluides, hypnotiques et de partage. Mais, s’il y a un seul spectacle à voir, ce ne peut être que Nicht Schlafen du Belge Alain Platel. Inspirée d’extraits de l’œuvre de Gustave Mahler, mort en 1911, la pièce est une réflexion sur l’Europe d’avant la Première Guerre mondiale, une époque

violente et confuse dans laquelle le chorégraphe pose des parallèles avec le monde actuel. Sans oublier… de rire ! Il était déjà là lors de la dernière Biennale avec Cocorico, un spectacle intelligent et décoiffant. Le comédien, auteur et humoriste Patrice Thibaud présente Franito, qui associe le flamenco au burlesque et le burlesque au flamenco sans corrompre la prestance du premier. Il se déguise en mama espagnole et est accompagné sur scène par le danseur Fran Espinosa et le guitariste Cédric Diot. Il y aura du rire, des palmas de flamenco, des cris, des exclamations, des onomatopées burlesques, des envolées dansées et chantées… Biennale de la danse – Du 14 au 30 septembre à Lyon. www.biennaledeladanse.com | Supplément Culture septembre 2016 | 7


CULTURE

| Biennale

à corps ouvert

“On ne décide pas du jour au lendemain de devenir chorégraphe, confie Cristiana Morganti. Je parlerais plutôt d’une envie de trouver ma voie, mon univers chorégraphique. Mais, avant de me lancer dans cette aventure, j’avais besoin de faire le point pour savoir où j’en étais après tant d’années avec Pina. J’ai créé cette pièce au moment où j’ai quitté la compagnie, comme on quitte la sécurité d’une famille.” Pour cette danseuse inoubliable, les débuts ne furent pas simples car l’esthétique et la dramaturgie de Pina Bausch sont tellement fortes qu’il fallait se détacher de l’héritage et se libérer de cette ombre. “Au début des répétitions du solo, dit-elle, j’avais l’impression que Pina était là, assise à côté de moi, qu’elle contrôlait. Pour prendre de la distance et aller vers un univers que je ne connaissais pas, je me suis entourée d’une équipe qui n’avait rien à voir avec le dance theater.” L’artiste cherche la singularité et invente une forme qui lui permet de raconter de différentes manières, en dansant, en dialoguant avec le public, en parlant aussi avec un magnétophone qui lui pose des questions. Elle refuse le solo 8 | Supplément Culture septembre 2016 |

© Claudia Kremf

cristiana morganti fut, pendant plus de vingt ans, une des grandes interprètes de pina bausch, disparue en 2009. elle présente son solo jessica and me pour raconter les coulisses du travail d’une danseuse et se lancer dans l’aventure de la chorégraphie. autobiographique qui ne parle que de soi et décide de manier l’humour, l’ironie, tout en créant un vrai lien avec le public. Elle raconte la manière de se libérer d’un maître, dévoile les coulisses du métier de la danse et de la création en évoquant aussi la situation de la danseuse âgée, car les carrières sont courtes et à 48 ans (son âge) le corps ne suit plus comme avant. “Ce métier est paradoxal dans le fait que c’est lorsque tu ne peux plus danser certaines choses que tu en comprends le sens, cela pose question en tant qu’interprète. Pina était une des rares chorégraphes avec qui il était possible de danser même après 50 ans.” Le solo aborde la place des interprètes dans une œuvre, en tant que danseurs mais aussi en tant que créateurs car, avec Pina Bausch, la plupart des idées premières venaient d’eux. Pour l’heure, Jessica and me est surtout un pont qui permet à Cristiana Morganti de définir son identité artistique et d’aller vers d’autres aventures. Cristiana Morganti / Jessica and me. 24, 25 et 27 septembre, au théâtre de la Croix-Rousse. www.croix-rousse.com

Cristiana Morganti


Corps rebelles les grandes expositions sur la danse sont rares. le musée des confluences nous offre une vision inédite de l’histoire de la danse du xxe siècle, dans une scénographie pédagogique et immersive. En collaborant avec la Biennale de la danse, le musée des Confluences accueille “Corps rebelles”, une exposition inédite sur l’histoire de la danse du XXe siècle, qui s’adresse aux initiés et aux néophytes. Conçue à la fois comme une installation et comme une œuvre d’art – d’après un concept du musée de la Civilisation de Québec –, elle est adaptée dans une version française avec des axes de découverte rajoutés. Elle sera pédagogique et permettra de resituer la danse dans les enjeux esthétiques et sociaux qui ont porté son évolution et ses révolutions. Installée sur 700 m2, elle s’articule autour de six thèmes qui font aussi le lien avec la programmation de la Maison de la danse : “Danse virtuose”, “Danse vulnérable”, “Danse savante, danse populaire”, “Danse politique”, “Danses d’ailleurs” et “Lyon, une terre de danses”. La scénographie invite le public à s’immerger, casque sur les oreilles, dans un univers fait d’images, de films et de musiques avec la parole donnée aux chorégraphes pour évoquer leur travail. On retrouvera une œuvre phare qui illustre le choc chorégraphique du début du XXe, Le Sacre du printemps, et huit versions seront mises en perspective dans un espace à 360 degrés : celles de Vaslav Nijinski, Maurice Béjart, Pina Bausch, Marie Chouinard, Angelin Preljocaj, Heddy Maalem, Régis Obadia et Jean-Claude Gallotta. Le public sera mis à contribution dans le cadre des résidences de chorégraphes qui investiront le studio du musée. Il pourra, entre autres, participer à la pièce Joe (1984) de JeanPierre Perreault, histoire de comprendre de l’intérieur l’enjeu de la transmission du geste chorégraphique. Le Cristal et le parvis de l’institution accueilleront des représentations dansées : des reprises des jerks de Messe pour le temps présent de Maurice Béjart, le Grand Remix d’Hervé Robbe avec les élèves du CNDC d’Angers ou encore des “bulles” associant un danseur et un musicien de l’Orchestre national de Lyon. Corps rebelles. Du 13 septembre au 5 mars 2017, au musée des Confluences. www.museedesconfluences.fr | Supplément Culture septembre 2016 | 9


CULTURE

| Biennale

Les habitants ont choisi huit ancêtres qui seront représentés par les marionnettes.

DéfiLé

Le projet De viLLeurbanne

ensembLe pour aLLer pLus Loin Fort de 300 participants, le groupe de Villeurbanne est mené par le chorégraphe Seifeddine manaï, avec la compagnie de marionnettes géantes les Grandes personnes. pour sa première participation, le jeune artiste souhaite donner au défilé une nouvelle dimension chorégraphique. À découvrir ! Le projet de la ville est porté, pour la première fois, par les Ateliers Frappaz, que dirige Patrice Papelard, le créateur des Invites de Villeurbanne. L’homme est heureux, qui a choisi le chorégraphe et qui milite depuis toujours pour l’art dans l’espace urbain. “J’ai découvert Seifeddine au festival de Carthage, en Tunisie, dit-il. J’ai été bouleversé par son travail et je l’ai programmé aux Invites en 2015. Accueillir le projet du défilé est dans la logique de notre existence : inventer une mémoire, investir une population sur un lieu sans jamais céder à l’exigence artistique. Je me bats depuis des années pour amener la danse dans la rue, car pour nous c’est un vrai lieu de théâtre.” Lieu d’expérimentations et d’innovation artistiques, les Ateliers Frappaz accueillent des artistes en résidence dans le cadre de créations et d’événements avec l’objectif de les mettre en lien avec un territoire et ses habitants pour qu’ils s’interrogent sur leur rapport à l’art. Avec ses conteneurs transformés en chambres, ses hangars et son espace central en plein air qui ressemble à une rue, c’est l’endroit idéal pour préparer le défilé dans les mêmes conditions que le jour J. 10 | Supplément Culture septembre 2016 |

Seifeddine Manaï : sortir des clichés du défilé

Encore peu connu en France, on se demande malgré tout pourquoi Seifeddine Manaï ne fait pas partie de la programmation officielle, car son approche de la danse très physique, capable de s’emparer des lieux publics avec naturel, est subjuguante, laissant jaillir la poésie d’un corps libre et rebelle. Formé en partie au CNDC d’Angers, il est originaire de Tunisie et illustre cette mouvance de jeunes (il a 29 ans) chorégraphes marqués par le Printemps arabe. Naviguant entre l’Europe et la Tunisie, il a créé sa compagnie en 2011 en France avec des danseurs d’origines ethniques différentes. Le défilé ne lui était pas totalement inconnu : “J’ai vécu trois ans à Lyon, explique-t-il, et j’ai participé [au défilé] avec la compagnie Chatha. En le regardant aussi d’un œil extérieur, j’avais la sensation qu’il était possible d’aller plus dans l’univers d’un chorégraphe pour ne pas se contenter de reproduire des phrases, j’avais envie de créer une œuvre. C’est un challenge humain mais aussi artistique, car je voulais emmener les bénévoles vers ma danse, la creuser avec les mêmes exigences artistiques

que pour ma compagnie. On les a fait travailler avec nos méthodes, sur le mental, l’écoute, sur plein d’univers, pour que chacun soit capable de danser à sa façon et c’était passionnant de voir leur transformation au fur et à mesure. On a exploré deux univers : être ensemble et la solitude. Ils sentent qu’ils ne jouent pas dans une pièce, que ce n’est pas juste un joli défilé. Ma danse est basée sur le “physical dance theater” et, même si les mouvements sont simples et quotidiens, ce qu’ils font est physique et pas facile.” À leurs côtés seront présentes les marionnettes géantes de la compagnie Les Grandes Personnes, que le chorégraphe intègre dans la partition chorégraphique comme des personnes vivantes. Leur présence reflète une action développée autour du défilé sur le quartier des Buers, réputé sensible. Dans le cadre d’une fête et autour de quinze textes qu’ils ont écrits sur leurs ancêtres, les habitants en ont choisi huit qui seront représentés par les marionnettes. Histoire de les faire danser et de les rendre M.P. immortels ! Défilé de la Biennale – Dimanche 18 septembre à partir de 14h, entre la place des Terreaux et la place Bellecour.


CULTURE

| Danse

iL n’y a pas que La biennaLe… SÉLECTION DE MARTINE PULLARA

Les nuits barbares

© Nathalie Sternalski

programmé à plusieurs reprises dans le cadre du festival Karavel, hervé Koubi revient à bron, seul cette fois, avec les nuits barbares ou les premiers matins du monde. c’est l’occasion de mieux découvrir l’originalité de sa danse, entre hip-hop et contemporain.

C

horégraphe d’origine algérienne au parcours atypique (il a mené de front des études en pharmacie et de danseur), Hervé Koubi mêle le hiphop et le contemporain avec un naturel qui confine parfois aux arts martiaux, dans des énergies rondes, félines et puissantes à la fois. Depuis 2010, il travaille avec une équipe de douze danseurs algériens et burkinabés, tous résidents français, créant un parcours jalonné de plusieurs pièces dont El Din en 2010 et Ce que le jour doit à la nuit en 2013. “Les Nuits barbares, dit-il, prend sa source dans cette immense et incontournable histoire de notre bassin méditerranéen. Avec mon envie d’aller vers l’autre, vers l’inconnu, à l’encontre d’une actualité dont la machine 12 | Supplément Culture septembre 2016 |

médiatique, jouant de confusion, dicte trop souvent le “nous et les Autres”, nous les “civilisés” et nos voisins les “barbares”, où le sens étymologique du mot “barbare” cède souvent le pas à un sens unique qui définit l’autre comme violent et dépourvu de civilisation et d’humanité.” Au travers d’une danse qui évoque des entraînements de combat, des rituels, ponctuée de breakdance, il se demande qui étaient ces autres Barbares, ceux venus du Nord, mystérieux “peuples de la mer” ; ceux de l’Est, génies des temps obscurs, les Perses, Ioniens, Scythes et Babyloniens, les Arabo-musulmans. Il se demande de quelle histoire inconnue, oubliée, reprise, assimilée ou effacée nous pouvons être les héritiers. Peuples coureurs de steppes ou bâtisseurs de tumulus, peuples avec ou sans dieux, pacifiques ou guerriers, vaincus et pourtant féconds… ? Le chorégraphe choisit de mettre en scène la peur ancestrale de l’étranger, la recherche de nos racines qui sont multiples, d’autres cultures qui ont toutes contribué à la richesse de l’humanité. La scénographie est à la fois sombre et claire, jouant sur l’esthétique des corps et des objets, pour marquer nos esprits et les porter hors des ténèbres, vers la lumière.

Les Nuits barbares ou Les Premiers Matins du monde. Le 3 décembre, à l’espace Albert-Camus (Bron). www.albertcamus-bron.fr


© Camille Triadou

La danse comme un Boomerang

Artiste associé à la Maison de la danse pour cette nouvelle saison, Bouba Landrille Tchouda présente sa nouvelle création, Boomerang, en clamant haut et fort qu’elle sera au top du hip-hop. Basé dans l’Isère, il appartient à la mouvance des chorégraphes qui ont fait évoluer cette danse avec le contemporain, le mélange des cultures mais aussi en y insérant des thématiques sociétales, comme avec sa pièce Murmures sur l’univers carcéral. Pour retrouver l’énergie contagieuse de la danse urbaine, il réunit huit danseurs bien décidés à en découdre avec les obstacles de la vie. Construites à partir de défis, de simulacres de course et de lutte, les formes de danse abordées s’inspirent du boomerang, instrument de chasse ou de jeu plongeant les interprètes dans l’exploration du groupe à l’intérieur de séquences soumises par moments à la violence de notre humanité. Bouba Landrille Tchouda / Boomerang. Les 4 et 5 novembre, au Toboggan (Décines). www.letoboggan.com | Supplément Culture septembre 2016 | 13


CULTURE

| Danse L’étoile flamenca

© Josefina Tommasi

seconde avec les chants de la tragédie aigre-douce et un duo vertigineux de rapidité avec une guitare. Dans la première partie, Rocío Molina est tout en subtilité et légèreté ; dans la seconde, elle convoque une danse et une musique déstructurées, sans logique de composition et en mutation permanente, qui jouent sur le chaos, les chutes et les ruptures de rythme. Rocío Molina. Le 15 novembre, au Radiant-Bellevue (Caluire). www.radiant-bellevue.fr

Danse libérée

© Pablo Guidali

Rocío Molina

Entre relecture du flamenco traditionnel et avant-garde, Rocío Molina s’impose comme une des figures les plus importantes du flamenco de la scène internationale. Déjà venue à Lyon à plusieurs reprises, on a découvert sa technique épurée et poétique qui expérimente de nouveaux mouvements, une occupation de l’espace peu commune dans l’art flamenco classique. On se souvient d’un fabuleux solo avec ses deux pieds concentrés à l’intérieur d’un sol en forme de boîte étroite ou encore de son corps sinueux jouant avec une chaise et des déséquilibres périlleux. L’Espagnole aime l’improvisation, qu’elle intègre dans son travail, à la recherche du frisson et d’une danse sauvage. Sa nouvelle pièce est articulée autour de deux parties dont la première va à la rencontre du silence, qu’elle considère comme le fondement de la musique. Le corps y joue sa partition pour ouvrir l’espace sonore de la

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Chorégraphe, danseur, performeur, Jérôme Bel est toujours dans le questionnement et la déconstruction du spectacle de danse, sa représentation scénique mais aussi la place du spectateur. Dans Disabled Theater, il faisait monter sur scène des handicapés mentaux, dans Cour d’honneur c’était des spectateurs, histoire de ne pas les écarter du spectacle. Sa lutte contre l’exclusion du spectacle est à son apogée dans Gala, défiant le diktat du “bien danser” au profit de la danse collective et populaire qui s’exécute dans le plaisir. Le chorégraphe mélange des professionnels et des amateurs (choisis dans les villes des représentations) s’appropriant la scène, ce lieu enfin désacralisé qui accueille chaque individu avec ce qu’il est, sa culture, ses origines, pour créer en commun et sans “maître extérieur” une œuvre partagée. Jérôme Bel / Gala. Les 15 et 16 novembre, à la maison de la danse. www.maisondeladanse.com

Le Gala de Jérôme Bel


Danse en clair-obscur

Le temps d’une soirée on pourra savourer trois pièces de Russell Maliphant, dont le célèbre Broken Fall créé pour Sylvie Guillem, repris ici par trois danseurs de sa compagnie. On y découvrait l’art magistral du chorégraphe anglais avec la vitesse du mouvement et des espaces ciselés par des lumières dévoilant une écriture en clairobscur, cadrée au millimètre et ne laissant aucune échappatoire à notre regard. À ce travail qu’il faut voir et revoir, s’ajoutent deux créations : un solo, Both, and, créé pour l’exdanseuse étoile du Royal Ballet Dana Fouras, et un quintet, Piece n°43. Elles montrent, une fois de plus, un chorégraphe à la recherche d’une harmonie subtile entre des forces telluriques et des équilibres éthérés, faisant appel à une danse dont le savant mélange de techniques – danse classique, danse contact, capoeira, contemporain, tai-chi – lui permet d’approfondir les différences d’énergie et les volutes de la danse.

©Tony Nandi

Russell Maliphant / Conceal/Reveal. Les 7 et 8 décembre, à la maison de la danse. www.maisondeladanse.com

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CULTURE

| Théâtre

© Bertrand Guay

SÉLECTION DE CAÏN MARCHENOIR

Les poiDs LourDs jouent à Distance

Battlefield

c’est à Villefranche qu’il faudra se déplacer pour voir deux grands noms de la scène internationale.

T

homas Ostermeier, Peter Brook. C’est en général au TNP ou aux Célestins que l’on peut voir ces deux grands noms du théâtre d’aujourd’hui (et même d’hier pour le deuxième cité). Ce ne sera pas le cas la saison prochaine puisque c’est à Villefranche qu’il faudra se déplacer pour apprécier leurs dernières productions. Les amateurs de grand théâtre auront donc à cœur de noter les dates du 7 au 9 décembre. À 90 ans, près de trente ans après sa mise en scène du Mahabharata, Peter Brook revient sur un épisode de cette fresque épique inspirée de l’histoire politique de l’Inde ancienne. Avec Battlefield, il en extrait un fragment, celui qui explore l’après, qui interroge la victoire et la défaite dans 16 | Supplément Culture septembre 2016 |

cette période d’entre-deux qui suit la bataille. Comment régner, comment continuer à vivre après tous ces morts ? C’est ce que montre cette pièce où Peter Brook prouve une fois de plus son incroyable capacité à diriger les acteurs dans une scénographie aussi épurée que colorée. Du 8 au 10 février, le maître allemand Ostermeier présentera en exclusivité sa mise en scène de La Mouette d’Anton Tchekhov. Bénéficiant d’une nouvelle traduction de l’écrivain Olivier Cadiot, elle a d’ores et déjà été saluée pour son réalisme intense. Valérie Dréville et François Loriquet figurent dans la distribution. Battlefield, du 7 au 9 décembre. La Mouette, du 8 au 10 février. Au théâtre de Villefranche. www.theatredevillefranche.asso.fr


Le best-of des Subs

P.P.P, du 10 au 12 novembre. ¡Esmérate! du 17 au 19 novembre. Quand je pense qu’on va vieillir ensemble, du 24 au 26 novembre. Germinal, du 1er au 3 décembre. Triiio, du 15 au 18 décembre. Aux Subsistances. www.les-subs.com

© Romain Etienne

Problèmes politiques, problèmes de financement, mise en cause de leur codirecteur (Guy Walter), les Subsistances ont connu une saison 2015-2016 mouvementée. Ce n’est donc pas un hasard si l’on peut noter pour la saison à venir un recentrage sur la création artistique (l’accueil aussi bien que la programmation) et des valeurs sûres, des artistes qui ont déjà fait leurs preuves en bord de Saône. Parmi les nombreux événements attendus, on notera ainsi le retour des Nouveaux Nez, une compagnie qui nous a enflammés cet été. Ils présenteront un Triiio à leur manière, puisque ce nouveau spectacle mêlera poésie et acrobaties. Auparavant, les Subsistances s’offriront un véritable best-of. Soit un retour sur quatre spectacles créés quai Saint-Vincent qui ont connu un succès national et international : P.P.P de Phia Ménard, qui mêle cirque et performance ; ¡Esmérate!, une échappée chorégraphique et théâtrale de Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna ; Quand je pense qu’on va vieillir ensemble qui nous permettra de retrouver les Chiens de Navarre dans une création théâtrale désopilante sur le couple ; enfin Germinal, performance théâtrale et chorégraphique – sans rapport avec le roman d’Émile Zola – qui nous fait remonter aux origines.

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CULTURE

| Théâtre

L’éLysée a De La reprise ! la petite salle de jacques Fayard reprend deux spectacles qui ont marqué la saison dernière. par le sceau du destin. Leurs disputes, leurs conversations, leurs danses joyeuses ou tristes, les petits plats qu’ils se préparent, l’amour qu’ils ne cessent de se témoigner (au point que l’un envisage de manger la chair de l’autre quand il aura disparu, pour le garder en lui) sont tout simplement bouleversants.

Illusions

Illusions

Jacques Fayard

Dirigé par Jacques Fayard, le théâtre de l’Élysée a une programmation qui privilégie la création et les projets alternatifs. On y trouve peu de reprises. Mais deux spectacles feront exception à cette habitude en cette rentrée. Cannibale

Cette création théâtrale du Collectif X, jeune troupe au talent reconnu, est un huis-clos cruel. Coécrit par Agnès D’halluin et Maud Lefebvre, il met en scène “deux amants, la forêt, une maison, une voiture, une souris, des bottes, des livres, Claudette des Everly Brothers, la pourriture, les festins, les efforts, une lettre, une douche, un lit, des éclats…” Et surtout la mort qui vient, puisque l’un des deux amants est atteint du cancer. Dans une tentative désespérée, ils essaient de magnifier les derniers instants qui leur restent. Interprétés avec une saisissante sincérité par Arthur Fourcade et Martin Sève, ils nous plongent dans leur quotidien marqué 18 | Supplément Culture septembre 2016 |

Dans ce texte d’Ivan Viripaev mis en scène par Olivier Maurin, on retrouve le thème de la mort. Mais cette fois à travers l’histoire de deux vieux couples d’amis. La mort de l’un d’entre eux va mettre au jour une succession de secrets. Contrairement à ce que pourrait laisser penser le thème, le spectacle est joyeux, bourré d’humour. Il est surtout diaboliquement intelligent dans son analyse du couple et des liens amoureux. Un vrai bonheur théâtral. Cannibale Illusions, du 14 au 16 septembre. Cannibale, du 27 au 30 septembre. Au théâtre de l’Élysée. www.lelysee.com


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CULTURE

| Théâtre

tnp : L’abonDante cuvée Du patron

© Michel Cavalca

conforté à la direction du tnp, christian Schiaretti y reprogramme quelques-uns  de ses meilleurs spectacles.

Électre avec Elizabeth Macocco (à droite).

Reconduit jusqu’en 2019 à la tête de l’institution villeurbannaise, Christian Schiaretti dispose encore de trois ans pour laisser sa trace. De fait, en créant la troupe du TNP, qui regroupe comédiens et techniciens sous contrat avec le TNP, son but était d’offrir chaque année des mises en scène de grands textes classiques ou contemporains, afin de bâtir un répertoire à l’image de celui de la Comédie-Française. Outre ses nouvelles productions, il peut aussi reprendre des spectacles créés ces dernières années. Ils seront d’ailleurs nombreux cette saison. Relevons sa mise en scène d’Électre, avec Élizabeth Macocco dans le rôle-titre. Une mise en scène originale puisque le spectacle commence comme une simple lecture dans une salle de classe, devant des bureaux d’écoliers

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où sont assis quelques spectateurs. Mais la force du texte est si irrésistible que les lecteurs deviennent petit à petit acteurs, nous livrant un spectacle captivant. Sont attendues aussi les reprises de grands textes d’Aimé Césaire (Une saison au Congo et Cahier d’un retour au pays natal, ce dernier étant mis en scène par un comédien de la troupe du TNP, Olivier Borle). Une exploration du poète et politicien martiniquais qui se poursuivra avec la création de La Tragédie du roi Christophe, autre grande pièce du dramaturge que Christian Schiaretti mettra en scène. Électre, du 4 au 9 octobre. Une saison au Congo, du 2 au 10 décembre. Cahier d’un retour au pays natal, du 13 au 17 décembre et du 3 au 7 janvier. La Tragédie du roi Christophe, du 19 janvier au 12 février au TNP – www.tnp-villeurbanne.com


© Lorenzo Papace

L’engagement toujours au cœur du NTH8 Grito/Je crie, au NTH 8

Tout comme la précédente, la saison à venir au Nouveau Théâtre du Huitième est placée sous le signe de l’engagement politique et citoyen. Ainsi, en ouverture de saison, la directrice du lieu, Sylvie MonginAlgan, mettra en scène un nouveau texte de la dramaturge grecque Ximena Escalante, Grito/Je crie, dans lequel cette dernière poursuit son travail de réécriture des mythes grecs. La pièce met aux prises deux personnages de femmes qui tentent d’affirmer leur identité dans le monde d’aujourd’hui. Rivesaltes – Fictions itinérantes, interprété et mis en scène par Vincent Bady, se penche sur le destin de réfugiés républicains espagnols, juifs, tsiganes, harkis et plus récemment étrangers sans papiers. Enfin, Pale Blue Dot – Une histoire de Wikileaks, reprise du spectacle d’Étienne Gaudillère, nous plonge dans la grande histoire récente, celle de notre monde actuel, et les petites histoires, intimes, individuelles. Grito/Je crie, du 13 au 19 octobre et du 12 au 16 février. Rivesaltes – Fictions itinérantes, du 30 novembre au 4 décembre. Pale Blue Dot – Une histoire de Wikileaks, les 12 et 13 janvier au Nouveau Théâtre du 8e – www.nth8.com | Supplément Culture septembre 2016 | 21


CULTURE

| Théâtre

La reine Des putes s’instaLLe aux céLestins

© François Roca

le collectif la meute s’empare du roman fleuve de William t. Vollmann, la Famille royale.

Emmenée par le metteur en scène Thierry Jolivet, La Meute est certainement la plus jouissive des sensations théâtrales de ces dernières années dans notre région. Après une époustouflante mise en pièces de l’œuvre de Dostoïevski (démarrée avec Le Grand Inquisiteur dans la 22 | Supplément Culture septembre 2016 |

petite salle des Clochards-Célestes et poursuivie par plusieurs tournées dans des lieux prestigieux), ils prennent cette saison leurs quartiers d’hiver au théâtre des Célestins. En ligne de mire, La Famille royale, l’œuvre monumentale de l’écrivain américain William T. Vollmann. Un roman (édité chez Actes Sud) en forme de fresque des bas-fonds qui situe son auteur quelque part entre Bukowski et Ellroy. À travers une palanquée de personnages reliés par un détective privé qui obéit aux canons du genre : aussi acharné que déprimé, aussi tenace dans son enquête que prompt à saisir les occasions de céder aux tentations du sexe, de la drogue et de l’alcool. Une trilogie à laquelle on peut d’ailleurs ajouter la musique, le rock. Le tout dessinant un portrait au noir d’une Amérique des laisséspour-compte. Cette galerie de personnages menant, par maints chemins tortueux, à une mystérieuse reine des putes qui donne son titre au livre. Mais on ne serait pas si enthousiaste pour évoquer ce spectacle à venir si l’on n’en avait vu, au printemps dernier, une “étape de travail” dans laquelle se lisaient les prémices d’un spectacle qui devrait marquer durablement l’imaginaire des spectateurs. La famille royale. Le 4 janvier au Toboggan, du 10 au 14 janvier aux Célestins. Le 2 février au théâtre Jean-Vilar (Bourgoin-Jallieu). www.letoboggan.com www.celestins-lyon.org


Une enquête durassienne menée par Laurent Vercelletto

Metteur en scène lyonnais aguerri, Laurent Vercelletto a forcément songé à Michel Raskine quand il a décidé de mettre en scène la pièce de Marguerite Duras L’Amante anglaise. Il y a plus de quinze ans, alors directeur du théâtre du Point-du-Jour, Michel Raskine en avait livré une éblouissante version portée par Marieff Guittier. Sans compter celle, historique, de Claude Régy en 1968 avec Madeleine Renaud et Michael Lonsdale… On retrouvera en tout cas avec plaisir cette pièce sous forme d’enquête policière, inspirée par un fait divers réel, qui nous confronte à une femme qui a assassiné et découpé en morceaux sa cousine sourde et muette. Mais, comme elle avoue son crime, l’enquête vise plutôt à comprendre les motivations psychologiques de la fascinante meurtrière, ainsi que la personnalité de l’homme qui l’interroge de façon aussi tenace. L’Amante anglaise. Du 5 au 12 octobre, au centre culturel Charlie-Chaplin (Vaulx-en-Velin). www.centrecharliechaplin.com | Supplément Culture septembre 2016 | 23


| Théâtre

© J. Benhamou

CULTURE

Avec Vincent Dedienne, il se passe toujours quelque chose !

La dernière fois que l’on a évoqué Vincent Dedienne, c’était à l’occasion de son passage à l’espace Gerson pour présenter son one-man show S’il se passe quelque chose. Il fait en effet partie des rares artistes à faire le lien entre café-théâtre et… théâtre sans café. Si la veine comique et autobiographique est creusée d’une façon qui doit davantage à Muriel Robin ou Pierre Palmade qu’à Molière ou Brecht, Vincent Dedienne n’a pas oublié ses classiques. En bon comédien formé à la Comédie de Saint-Étienne, il se glisse allègrement dans la peau de personnages délirants qu’il incarne, comme la sœur de Marie-Antoinette qu’il ressort des oubliettes de l’histoire. Et c’est Victor Hugo qu’il cite quand il déclare : “Quand je vous parle de moi, je parle de vous.” S’il se passe quelque chose. Du 29 septembre au 1er octobre au théâtre de la Croix-Rousse et les 9 et 23 novembre au théâtre de Villefranche. www.croix-rousse.com

Quelle égalité H-F dans la culture ?

À l’origine des États généraux de l’égalité H-F organisés par le théâtre des Célestins, il y a ce constat peu glorieux : “L’exclusion des femmes des postes de direction, des moyens de 24 | Supplément Culture septembre 2016 |

production, des enjeux de réseau, des lieux de visibilité et de pouvoir demeure une réalité structurelle et systémique.” Il perdure depuis les rapports Reine Prat, sortis entre 2006 et 2009, issus de son enquête sur la place des femmes dans les institutions culturelles. Un domaine, la culture, qui se targue pourtant d’être à la pointe de la modernité sociale. Les Rencontres des états généraux de l’égalité seront un temps de réflexion réunissant témoins, chercheurs, journalistes, scientifiques, acteurs engagés dans la société, artistes et responsables culturels qui ensemble s’interrogeront sur les causes, les points de blocage, les résistances. Rencontres des états généraux de l’égalité. Le 17 octobre, au théâtre des Célestins. www.hfrhonealpes.fr

Cartographies théâtrales…

Programmés par le TNG et le théâtre de la Renaissance dans le cadre du festival “À nous de voir” (lire p. 48), deux spectacles singuliers vous permettront de lire le monde, actuel et à venir, sous les lampes de Frédéric Ferrer. Ce cartographe-comédienauteur-conférencier évoque les

L’univers expliqué par Frédéric Ferrer


bouleversements de notre univers avec un humour ravageur. Ses deux pièces sont conçues comme des conférences, agrémentées de cartes et panneaux explicatifs, sauf que la démarche du savant se veut avant tout artistique et drôle. Même si son propos est sans concession sur notre humanité prédatrice, et même si ses connaissances scientifiques nous permettent d’améliorer nos connaissances écologiques. Pôle Nord, le 17 novembre. Wow ! le 18 novembre. Au théâtre de la Renaissance (Oullins). www.theatrelarenaissance.com

Un Super spectacle ?

Pièce théâtrale et humoristique ? Concert déjanté ? Impossible de définir le prochain spectacle que Didier Super viendra présenter à l’espace Gerson, Ta vie sera plus moche que la mienne. Mais l’iconoclaste chanteur nous promet que ce conte moderne pour adultes, son “nouveau produit”, comme il l’appelle, “a été spécifiquement calibré pour sortir le consommateur de son ennui à raison d’un rire toutes les secondes environ” et que “chaque gag a été réalisé avec le seul souci de vous offrir un recul nécessaire quant à vos tracasseries quotidiennes qui n’intéressent personne”. Didier Super. Du 12 au 15 octobre, à l’espace Gerson. www.espacegerson.com

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| Théâtre

© Philippe Hanula

CULTURE

La bêtise incarnée

Du piment dans les yeux

“Redresseurs de torts, convaincus de l’imbécilité de la marche du monde et imbéciles eux-mêmes…” C’est ainsi que Jérôme Deschamps, ex-complice de Macha Makeïeff (avec qui il créa les Deschiens), qualifie Bouvard et Pécuchet, les deux personnages grotesques et attachants qui donnèrent leur titre au roman, drôle et cruel, de Gustave Flaubert. Une œuvre qu’il interprétera (avec, notamment, Micha Lescot) et mettra en scène au TNP cet automne. Bouvard et Pécuchet. Du 12 au 19 octobre, au TNP. www.tnp-villeurbanne.com

Antonella Amirante, le théâtre qui pique

L’avortement (Arrange-toi !), l’expropriation de petits paysans (La Revanche), Antonella Amirante met en scène des textes qui brassent de douloureux problèmes sociaux. Une volonté que l’on retrouvera dans sa prochaine création, Du piment dans les yeux, basée sur un texte de Simon Grangeat qui, à travers l’histoire vraie de deux jeunes gens, se penche sur les questions de l’exil et de l’émigration. Du piment dans les yeux. Le 8 novembre à l’espace Albert-Camus (Bron), les 3 et 4 novembre au théâtre de Vienne (où la compagnie est en résidence).www.albertcamus-bron.fr www.theatredevienne.com

Natalie Royer fait la nonne

Comédienne talentueuse (croisée chez Gwenaël Morin), Natalie Royer a pris son indépendance. On la retrouve à Vénissieux où elle signe la mise en scène d’un texte majeur de Roberto Cossa, La Nonna. L’auteur argentin y décrit une grand-mère centenaire qui dévore littéralement une famille d’émigrés italiens. L’histoire se passe en Argentine dans les années 1970, une époque bien connue de Cossa (il est né en 1934) où la farce était le seul moyen de faire passer des messages face à la dictature de Pinochet. La Nonna. Le 4 novembre au théâtre de Vénissieux. www.theatre-venissieux.fr 26 | Supplément Culture septembre 2016 |

Sherlock Holmes et le chien des Baskerville.


Enquête théâtrale

Guy Simon, metteur en scène chevronné, a décidé de mener l’enquête sur la disparition de sir Charles de Baskerville, dévoré par un chien féroce gigantesque. Pour ce faire, il a confié les investigations au plus invétéré des toxicomanes que compte la littérature : Sherlock Holmes, toujours secondé par son ami, l’élémentaire Watson. Nul doute qu’il y a là matière à un spectacle passionnant. Sherlock Holmes et le chien des Baskerville. Du 25 au 27 novembre au théâtre de la Renaissance. www.theatrelarenaissance.com

Michel Le Royer, délicieux acteur

Grand héros des films de cape et d’épée dans les années 1970, Michel Le Royer a également incarné La Fayette dans le film que lui consacra Jean Dréville en 1962. Mais c’est aussi un grand comédien de théâtre, ancien pensionnaire de la Comédie-Française. À 83 ans, il revient sur les planches et joue Et mon mal est délicieux de Michel Quint. Un texte, adapté par Laurence Werlé, qui évoque les grands acteurs des années cinquante, qu’il a réellement côtoyés. Et mon mal est délicieux. Le 6 octobre au Radiant-Bellevue (Caluire). www.radiant-bellevue.fr

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CULTURE

| Expositions

SÉLECTION DE STANI CHAINE

Le Dernier tour De jan fabre

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etour au MAC de l’activiste polymorphe, provocant, drôle et belge Jan Fabre, avec “Stigmata – Actions & Performances 1976-2016”. Soit une rétrospective de quarante années de création, ou : comment exposer la performance ? 87 plateaux de verre, 800 objets (dessins, photographies, artefacts, costumes, maquettes qu’il appelle des “modèles de pensée”, films, œuvres au stylo à bille bleu…) : toutes les performances de Jan Fabre sont là, en collaboration avec Germano Celant. Le jour de l’inauguration, le 29 septembre, Jan Fabre sera sur la piste du vélodrome avec Eddy Merckx et Raymond Poulidor (dans les tribunes) pour l’encourager, sur les commentaires de Daniel Mangeas (la voix du Tour de France). L’artiste veut rendre hommage au coureur 28 | Supplément Culture septembre 2016 |

cycliste belge. Il pose à son tour les mains sur le guidon et ses sabots dans les cale-pieds pour tenter de ne pas battre le record du monde de l’heure établi à Mexico en 1972. Saluant le talent de celui que l’on a surnommé “le cannibale” en raison de son insatiable faim de victoires, Jan Fabre se laisse rattraper et avaler par la beauté de l’échec. Pour ce faire, il a besoin de 2 000 fans, agitateurs de… drapeaux. Chacun est invité* à participer à cette nouvelle performance de Jan Fabre, intitulée : Une tentative de ne pas battre le record du monde de l’heure établi par Eddy Merckx à Mexico en 1972 (ou comment rester un nain au pays des géants). * Inscriptions sur le site www.lerecorddejanfabre.com Stigmata – Actions & Performances 1976-2016. Du 30 septembre au 15 janvier, au musée d’Art contemporain de Lyon. www.mac-lyon.com

Virgin Warrior, 2004


Énigme(s) au MAC Parallèlement à la rétrospective Jan Fabre, le MAC de Lyon rassemblera sept œuvres apposées comme une énigme. 1) Celle d’Eduardo Basualdo, conçue en 2009, fut acquise par le musée après avoir fait le tour du monde. 2) Lors de la présentation par Cai Guo-Qiang de Cultural Melting Bath à New York, les visiteurs signaient un contrat avant de pouvoir se baigner dans cet immense Jacuzzi. 3) Le Navire d’Ilya Kabakov fut conçu dans l’atelier moscovite de l’artiste, auquel on accédait en passant par les combles de l’immeuble ; c’était bien avant la chute du rideau de fer et l’ouverture du mur de Berlin – l’œuvre fut envoyée clandestinement à l’Ouest, où elle fut construite et acquise. 4) L’installation d’Orlan relate une de ses multiples métamorphoses, quand le bistouri concourt à vouloir transgresser les limites de la beauté. 5) Jean-Luc Parant décida que son Éboulement envahirait le musée ; depuis 1991, il ne cesse d’augmenter cette œuvre perpétuellement inachevée et pourtant inscrite à l’inventaire du musée, posant ainsi des questions temporelles et économiques. 6) La galerie Hilger donne les œuvres de Mel Ramos, le MAC les expose avant d’accepter le don. 7) Tavares Strachan collabore au Centre spatial des Bahamas ; avant de partir pour le monde sidéral, il réalise deux sculptures d’une fragilité extrême. Le bonheur de deviner peu à peu. Du 30 septembre au 15 janvier, au musée d’Art contemporain de Lyon. www.mac-lyon.com | Supplément Culture septembre 2016 | 29


CULTURE

| Expositions

Matisse, le chemin vers la liberté

Le musée des Beaux-Arts prépare pour la fin de l’année une grande rétrospective consacrée aux peintures et dessins d’Henri Matisse (18691954). L’exposition retracera l’épanouissement de son chemin vers la plus grande liberté autour d’environ 300 œuvres, regroupées par séries et dossiers : académies, dessins fauves, ingresques, monumentaux, au trait ou au pinceau, fusains ; tous fortement liés à sa production de peinture, de sculpture ou de gravure. Et la couleur, le mouvement ! Par cette exposition, le musée lyonnais rendra hommage à l’artiste qui subit en 1941 (création du Conseil national à Vichy et constitution à Londres du 30 | Supplément Culture septembre 2016 |

Comité national français) une opération à la clinique du Parc. Opération dont il ressortira “ressuscité”, riche d’une énergie nouvelle, comme en témoigne son œuvre postérieure. Particulièrement attaché à la ville, Matisse fit don au musée des Beaux-Arts d’un ensemble de dessins de la série Thèmes et variations et de livres illustrés qui complètent aujourd’hui, au sein des collections, deux peintures majeures de l’artiste, le portrait de L’Antiquaire Georges Joseph Demotte (1918) et Jeune femme en blanc, fond rouge (1946). Henri Matisse – Le laboratoire intérieur. Du 2 décembre au 6 mars, au musée des Beaux-Arts de Lyon. www.mba-lyon.fr

Henri Matisse, Etude pour La Danse, 1909. Collection particulière Photo © Jean-Louis Losi © Succession H. Matisse, 2016


Jason Dodge à Villeurbanne

Après sa participation à différentes expositions collectives (“1966-79” en 2013, “Dimensions variables” en 2012), représenté par la galerie parisienne Yvon Lambert, Jason Dodge répond à la nouvelle invitation de l’IAC et réalise sa première grande monographie en France. Plutôt minimaliste, celle-ci est conçue comme une œuvre à part entière. Par ailleurs, comme tous les deux ans et parallèlement à la diffusion permanente de sa collection en région, l’Institut présentera en fin d’année sa collection dans ses murs ainsi que dans différentes structures de la ville. Jason Dodge, du 16 septembre au 6 novembre, à l’Institut d’art contemporain. Collection à l’étude à Villeurbanne, du 2 décembre au 12 février. www.i-ac.eu

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CULTURE

| Expositions

Archéologie de la catastrophe

Le plus large public connaît Anne et Patrick Poirier pour leur œuvre monumentale, La Colonne brisée, située au bord de l’A89. Ils présentent actuellement à Saint-Étienne une forme de rétrospective au titre anglais (Danger Zones) pour poursuivre leur travail sur des archéologies de la catastrophe ; thème pertinent et plutôt tendance, voire conformiste, d’aujourd’hui. Christian Tobas imaginait avec optimisme les “archéologues du futur”. Poussés par Peter Ludwig dans les années 1970, de la génération des Boltanski et Messagier, les Poirier racontent l’apocalypse. En quatre étapes, la salle des “Ruines du futur” puis celles des “Regards intérieurs”, “De l’incertitude et de l’oubli” et des “Mémoires englouties”, ce couple d’artistes réactualise l’histoire et les mythes occidentaux où les humains sont 32 | Supplément Culture septembre 2016 |

coincés entre faculté de créer et capacité de détruire, utopies et cataclysmes. Explorant symboles, métaphores et réalisme basique, sans discours ostentatoires, ils mettent en scène les noires ruines d’une cité perdue, une galaxie imaginaire de la mémoire, un mur de dessins du désert, une immense croix reliquaire, une aile d’Icare, d’immenses photographies de pétales de fleurs, ou piègent la mémoire dans un salon de miroirs qui démultiplient sens et incertitudes. Si leur cosa mentale est prégnante, les Poirier ne dédaignent pas de mettre la main à la pâte, ponçant eux-mêmes l’aile d’Icare (Daidalopolis) par exemple, pour la recouvrir ensuite à la feuille d’or. Un voyage sans retour, selon eux, vers la destruction. Anne & Patrick Poirier / Danger Zones. Jusqu’au 29 janvier, au musée d’Art moderne et contemporain (St-Étienne). www.mam-st-etienne.fr


et aussi…

Ces rires et ces bruits bizarres, Christian Lhopital, 2008 (galerie Domi Nostrae)

D’octobre à décembre, la mapraa présentera successivement trois cycles d’expositions : “PlurielS” avec des photographies de Julien Cordier, puis l’Association Fedevo avant le collectif PIG (Photographes, Illustrateurs & Graphistes) et ses multiples 20x20. www.plateforme-mapra-art.org

Côté galeries, avant le retour de Christian Lhopital en novembre, la galerie Domi Nostrae présente les “peintures fantômes” de Jean-Luc Blanchet. Ces “effacements” rappellent par antiphrase la saturation d’images qui caractérise notre aujourd’hui. Ils en sont la métaphore à travers l’histoire de la peinture. en outre, 40 photographies à l’acétone veulent traduire la banalité d’une forme de réel ; à Lyon en l’occurrence. http://dominostrae.fr

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CULTURE

| Classique

SÉLECTION DE GUILLAUME MÉDIONI

“maD” montanari

© Ciffarelli

pantalon en cuir, t-shirt moulant, bottes de moto, un anneau à l’oreille et la barbe de deux jours, on n’est pas loin d’un look à la mad max. c’est pourtant d’un chef d’orchestre qu’il s’agit.

S

tefano Montanari est un chef qu’on voit beaucoup à Lyon – à l’opéra, où il est depuis plusieurs saisons régulièrement invité. Violoniste et pianiste de formation, cet Italien se spécialise dans le baroque et devient violon solo de l’Accademia Bizantina de Ravenne dirigée par Ottavio Dantone (il y restera de 1995 à 2012). Au clavier, il accompagne et dirige depuis le clavecin ou le pianoforte et s’acoquine au jazz avec le saxophoniste Gianluigi Trovesi. Sans pour autant délaisser le violon baroque, tantôt en récital solo comme l’an dernier à l’opéra avec cette frénétique intégrale des sonates et partitas de Bach, tantôt en soliste à la tête de l’orchestre, qu’il dirige du bout de l’archet quand le répertoire s’y prête – sa carrière en tant que chef

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semble aujourd’hui lancée. À Lyon, il s’illustre dans la trilogie Mozart/Da Ponte, L’Enlèvement au sérail, mais aussi dans Rossini ou Carmen de Bizet. Et quand l’orchestre de l’Opéra est invité par les Nuits de Fourvière à interpréter le compositeur américain crossover Moondog entre jazz et pop, c’est tout naturellement à lui qu’on fait appel – se dandinant pour l’occasion pour marquer le temps “swing” des pièces là où d’autres se seraient contenté de remuer la baguette. Un sens du spectacle à toute épreuve donc, mais qui ne saurait faire oublier des qualités indéniables de chef d’orchestre. Une fougue communicative dont le public pourra attester au printemps dans Alceste de Gluck et un concert symphonique Mozart à l’opéra, mais également dès octobre avec un très beau programme baroque délocalisé au théâtre de la Renaissance. Au menu, les deux célèbres suites de musique d’extérieur de Haendel que sont Water Music et la Musique pour les feux d’artifices royaux, mais également une curiosité du répertoire baroque : Les Éléments du compositeur français Jean-Féry Rebel. Musique descriptive par excellence, cette fresque dépeint en musique les quatre éléments que sont le feu, l’air, la terre et l’eau, introduits du Chaos qui les précède. Une œuvre programmatique à l’orchestration savoureuse qu’il est agréable de voir s’inscrire au répertoire (de plus en plus large) de l’orchestre de l’Opéra. Haendel, Rebel / Les Éléments. Le 18 octobre, au théâtre de la Renaissance (Oullins). www.theatrelarenaissance.com


© Rodamel

Rentrée fracassante à l’Auditorium

Leonard Slatkin

À l’Auditorium, la rentrée se célèbre en grande pompe avec un concert d’ouverture au programme plus qu’alléchant. À commencer par Le Sacre du printemps d’Igor Stravinski, œuvre culte qui provoqua le scandale à sa création et demeure l’une des pièces les plus fiévreuses du répertoire. À ses côtés, le frénétique Short Ride in a Fast Machine, que son compositeur, John Adams, introduit ainsi : “Savez-vous l’effet que cela procure lorsqu’on vous offre une virée dans une voiture de sport sensationnelle, et que vous regrettez d’avoir accepté ?” Une musique programmatique où l’orchestre se transforme en un bolide tous gaz dehors. Plus classique, la Rhapsodie sur un thème de Paganini, op. 43, de Sergueï Rachmaninov permettra néanmoins à Cameron Carpenter d’étrenner cette saison le grand orgue de l’Auditorium. Enfin, le chef Leonard Slatkin – dont c’est également la rentrée – a jugé opportun d’introduire un élément perturbateur : la pièce intitulée 4’33 de John Cage, œuvre atypique que nous éviterons de dévoiler ici pour préserver l’effet escompté de cette musique conceptuelle. Concert d’ouverture de l’ONL. Le 15 septembre, à l’Auditorium de Lyon. www.auditorium-lyon.com

© S. Fowler

Un ange passe

Philippe Jaroussky

La voix de contre-ténor, registre féminin d’alto chanté par un homme, a souvent été comparée à la voix d’un ange… Du moins ce qu’on imagine de la voix d’un ange jusqu’à preuve du contraire. Prodige incontestable de ce registre, Philippe Jaroussky enchante depuis des années les amateurs du genre grâce à une technique sans faute et une souplesse inégalée. C’est dans des “cantates sacrées” de JS Bach et Telemann que notre voix d’ange nationale s’illustrera cet automne, en compagnie du Concert de la Loge, dirigé par Julien Chauvin. Cantates sacrées. Le 25 novembre, à la chapelle de la Trinité. www.lesgrandsconcerts.com | Supplément Culture septembre 2016 | 35


CULTURE

| Classique douceur et de dévotion. Histoires sacrées. Le 7 décembre, à la chapelle de la Trinité. www.lesgrandsconcerts.com

Prokofiev convoque les démons

Fleuron de la “jeune” génération de violonistes russes, Viktoria Mullova excelle depuis des années dans tous les répertoires, de Bach au XXe siècle, fait assez rare pour être signalé. Pureté du son et des intentions, on parvient ainsi à sentir la simplicité de Mozart dans les concertos les plus denses de l’époque romantique. C’est celui de Sibelius, en ré mineur, op. 47, non sans embûches, qui sera ici à l’honneur. En compagnie du chef Alain Altinoglu, l’Orchestre national de Lyon nous donnera également la symphonie n° 2 de Brahms ainsi que Cantus in Memoriam Benjamin Britten du compositeur estonien Arvo Pärt. Sibelius / Brahms. Les 3 et 5 novembre, à l’Auditorium. www.auditorium-lyon.com

Sacro saintes à la Trinité

Sébastien Daucé

C’est l’histoire de trois femmes, trois saintes plus exactement : Judith, Magdalena et Cécile, portées au théâtre par le compositeur baroque français Marc-Antoine Charpentier. Trois merveilleuses saynètes – ou histoires sacrées – ici transcendées par le chant, la polyphonie et les orchestrations habiles du compositeur. Quand on parle de Charpentier, on se doute que l’ensemble Correspondances n’est pas loin et, en effet, c’est bel et bien la bande à Sébastien Daucé qui se cache derrière ce programme de musique vocale sacrée empreint d’élégance, de

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© Jean-Pierre Maurin

Sibelius m’était conté Viktoria Mullova

En voilà une histoire abracadabrante ! Renata, se disant poursuivie par un démon alors qu’un ange (en réalité le diable) lui a promis un avenir de sainte, embringue le chevalier Ruprecht dans sa quête : retrouver l’ange, identifié sous les traits de son ancien amour, Heinrich. Bien entendu, Ruprecht tombe éperdument amoureux et une diseuse d’avenir prédit à Renata que le sien sera placé sous le signe du sang… La folie, mais également Faust et Méphisto (rien que ça !), seront également convoqués pour cette fable qui finit évidemment très très mal. C’est le directeur musical Kazushi

Ono, pour sa dernière saison en tant que chef permanent de l’Opéra de Lyon, qui sera aux manettes de cette épopée démente et sulfureuse, dont la mise en scène est signée par l’Australien Benedict Andrews.

Kazushi Ono

L’Ange de feu. Du 11 au 23 octobre, à l’Opéra de Lyon. www.opera-lyon.com

Magie de Noël

À l’approche des fêtes, on assiste chaque saison à la célébration des bonnes vieilles valeurs judéochrétiennes, constitutives d’une partie de la culture française. C’est là qu’en toute laïcité on nous ressort les joyaux musicaux composés en vue du

Suite p. 38…


CULTURE

| Classique joyeux Noël. Cette saison ne dérogera pas à la règle et l’Auditorium nous convie à un Oratorio de Noël de JS Bach de circonstance. Empreinte de joie, l’œuvre, divisée en six cantates, est une célébration festive teintée d’imaginaire pastoral. Par bonheur, c’est le Freiburger Barockorchester et le RIAS Kammerchor qui seront de la partie à l’heure de nous offrir ces pages évocatrices de la naissance du Christ Jésus : jouez hautbois, résonnez musettes !

concertos composés par Vivaldi au milieu du XVIIIe siècle, illustrant chacun, musicalement, une des quatre saisons de l’année. Un chefd’œuvre de musique descriptive auquel le Concert de l’Hostel Dieu, en compagnie du fantastique Reynier Guerrero au violon solo, a décidé de rendre hommage, en faisant de l’Été le cœur de ce programme tonitruant, qui inclura la tempétueuse Tempesta di mare ainsi que des extraits d’œuvres vocales sacrées ou lyriques du prêtre roux. Épique.

Bach / Oratorio de Noël. Le 20 décembre, à l’Auditorium. www.auditorium-lyon.com

Vivaldi / Il concerto della natura. Les 16 et 18 octobre, à la chapelle de l’Hôtel-Dieu. www.concert-hosteldieu.com

Le couronnement de l’épopée

Junko Ueda et son birra

Quoi de plus universel, dans les temps anciens, que l’épopée, récit héroïque qui de Homère à La Chanson de Roland a stimulé l’imaginaire des petits et des grands. Ce thème de l’épopée, présent aussi en Orient, a vraisemblablement inspiré quelques professeurs, élèves et musicologues du CNSMD de Lyon, qui nous présentent cette Nuit de l’épopée des plus audacieuses. Aux médiévales (La Chanson de Roland) et aux baroques (Le Combat de Tancrède et Clorinde de Claudio Monteverdi ou Tancrède d’André Campra), répondront les Chants de l’épopée des Heike, récit des guerres dans le Japon ancestral entre les clans Heike et Genji. Celui-ci sera interprété au chant et au biwa (luth japonais) par Junko Ueda, tandis que les étudiants du département Musique ancienne du CNSMD se chargeront de la partie occidentale du programme. Amateurs de transversalité, le rendez-vous offre le mérite d’être entièrement gratuit. Nuit de l’épopée. Le 26 octobre, au CNSmD de Lyon. www.cnsmd-lyon.fr

Le concert de la nature

Chef-d’œuvre naturaliste, la pizza 4 saisons (ainsi que le concerto pour violon du même nom) a fait, depuis son Italie natale, le tour du monde. Mais c’est du concerto dont nous parlerons ici, ou plutôt des quatre 38 | Supplément Culture septembre 2016 |

L’Auditorium contre-attaque

Suite au succès du ciné-concert de juin 2015 consacré aux musiques des films de Spielberg, l’Auditorium ne pouvait s’arrêter en si bon chemin. C’est ainsi que nous aurons droit cette saison au match retour : Star Wars en concert. Le compositeur américain le plus célèbre de l’histoire du 7e art est de retour, tel un Jedi ! Ou du moins ses partitions… qui permettront au chef Ernst Van Tiel de nous faire revivre les meilleurs moments de l’épopée interstellaire. Tous seront là : Luke, Leia, Yoda, Dark Vador, chacun illustré par son thème leitmotivique (merci Wagner !) jusqu’à la Force, incarnée elle par les notes d’Obi-Wan Kenobi.

Star Wars en version concert


Un feu d’artifice de couleurs orchestrales époustouflantes, de thèmes tantôt martiaux, tantôt tendres et rêveurs, de combats au sabre laser ! Le tout synchronisé avec les images qui seront projetées sur écran géant, agrémentées d’effets lumière et laser du plus bel effet (nous l’espérons). Du grand spectacle en prévision. © Jean Combier

Star Wars en concert. Les 29 et 30 septembre et le 1er octobre, à l’Auditorium. www.auditorium-lyon.com

Grégoire Pont et ses sortilèges

Puni par sa mère parce qu’il a été paresseux, un enfant doit rester dans sa chambre jusqu’au dîner. C’est alors qu’un délire fantastique débute dans l’esprit de l’enfant colérique et cruel avec son entourage… Composé par Ravel sur un livret de Colette, L’Enfant et les sortilèges est une œuvre pleine de fantaisie et de rêve : un monde “merveilleux” où les objets s’animent et les animaux parlent… Présentée par l’Opéra de Lyon comme un spectacle tout public (à partir de 7 ans), cette nouvelle production recevra le concours de Philippe Forget à la direction et de l’illusionniste Grégoire Pont à la mise en scène. Lequel, à grand renfort d’effets spéciaux et d’animations projetées, guidera les pas de l’enfant aux pouvoirs magiques vers la rédemption.

Anthea Pichanick et Franck-Emmanuel Comte

travers ce cabaret loufoque intitulé Babylon Cosmos Tour, trois divas déjantées (en compagnie de leurs accompagnateurs obligés) nous feront vivre le grand écart à la sauce baroque’n’pop ! Attention aux courbatures. Babylon Cosmos Tour. Les 13 et 14 novembre, au théâtre Sainte-Hélène, Lyon 2e. www.concert-hosteldieu.com

L’Enfant et les sortilèges. Du 1er au 5 novembre, à l’Opéra de Lyon. www.opera-lyon.com

De Monteverdi à Beyoncé

Ayant bien compris que l’avenir du baroque était dans le “meslange des genres”, le Concert de l’Hostel Dieu nous a concocté un programme audacieux et conceptuel. Associant madrigaux de Monteverdi et airs anglais de John Dowland ou Thomas Morley à des chansons de Nancy Sinatra, Gainsbourg, Abba ou Beyoncé, la fine équipe a visiblement l’intention de bousculer l’ordre établi, de s’encanailler au risque de conquérir de nouveaux publics. À | Supplément Culture septembre 2016 | 39


CULTURE

| Pop-Rock

SÉLECTION DE KEVIN MUSCAT

cure De jeunesse La question est vaste et vaudrait coefficient à larges bords au bac philomusical… “Doit-on mesurer la longévité et la qualité d’un groupe mythique tel Cure à la qualité de ses dernières productions discographiques ?”

E

n 2008, Libération posait déjà, même si autrement, la question, toujours – et plus que jamais – valable : “Que signifie The Cure [aujourd’hui] ? Perpétuation d’un mythe ou pure prestidigitation ? Habile gestion de carrière ou fascinant continuum artistico-existentiel ?” En d’autres termes, on pourrait poser les choses ainsi : à quoi ressemble Robert Smith, que l’on sait très maquillé et extravagamment coiffé (et qui paraît-il fait ses courses de la sorte), le matin au réveil, au lendemain d’un concert, quand il s’agit de composer une éventuelle petite sœur à Boys don’t cry, Just like Heaven ou, plus “proche” de nous, Friday I’m in Love, dernière tuerie pop en date. “Tu t’arranges pour éviter les miroirs”, chantait en son temps le grand Francis Cabrel. Et on imagine plus que jamais Smith au matin, goule enfarinée de la veille, les contourner un par un pour ne pas voir le (vam)pire : un reflet non 40 | Supplément Culture septembre 2016 |

superposable à celui non pas d’une gloire (elle est intacte) mais d’une inspiration passée, ripolinée à l’excès pour donner l’illusion d’un présent perpétuel dont personne n’est dupe. Comme un corbeau sur la branche

Certes, on ne se souvient guère précisément du dernier bon album de Cure : Wish (1992) sans doute, Bloodflowers (2000) peut-être un peu, puis des live, des live donc des mascarades, des carnavals où l’on se grime, justement, de manière à ressembler au souvenir boursouflé que l’on a gardé du vrai soi. Où l’on rejoue au cordeau les tubes, avec soin mais aussi sans y penser, comme on caresserait machinalement et avec douceur une vieille cicatrice. Cela, The Cure et ce grand gros triste sir mal attifé de Robert Smith – a-t-on jamais vu chanteur de rock de son rang porter khôl, rouge à lèvres et maillot de hockey sur glace pour tenir gala ? –, cela donc, The Cure le fait divinement,

The Cure

diablement bien et sans aucune once de malice, sans la moindre éruption de cynisme. Car, chaque fois, le corbeau de la mélancolie smithienne se pose sur la branche que lui tend un public en attente d’une bénémalédiction de saint Robert le Fardé, saint patron des fardeaux. Ainsi, la question initiale, comme celles qu’elle amène, n’appelle pas vraiment de réponse. Et dans le cas de The Cure bien moins que dans d’autres. On en avait pourtant entendu l’esquisse un jour, il y a quinze ans, à l’antenne d’une radio locale. L’animateur tentant, l’un de ces soirs où la bande FM sonne creux, un débat : “Pourquoi aimez-vous (toujours) The Cure ?” (le “toujours” était hautement subliminal). Ce à quoi un auditeur en rab de temps libre avait appelé le standard pour lancer : “C’est pas The Cure que j’aime, c’est même pas pour la musique, c’est pour tout ce que ça rappelle.” Il tient à chacun de savoir quoi. The Cure. Le 17 novembre, à la halle Tony-Garnier.


Insus, l’ère de rien

Nom d’un petit bonhomme des télécoms, arrêtez d’appeler à ce numéro. Oui, bon, vous allez nous dire “Vous n’avez qu’à arrêter d’en parler, de ce come-back de Téléphone, c’est un peu téléphoné votre truc, et depuis le temps ce n’est plus un come-back, c’est de la rumination”. On ne dit pas autre chose, figurez-vous. Bon, ayant écumé toutes les salles de Lyon, on devrait s’en tenir là, enfin sans doute pas avant un passage par le stade des Lumières, les halles Paul-Bocuse et la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute urbaine à déclasser. Là, on devrait avoir fait le tour. Les Insus ? Le 1er octobre, à la halle Tony-Garnier.

Tueurs nés

Comment ne surtout pas avoir l’impression de rajeunir. En allant dodeliner ou slammer devant les Pixies de notre jeunesse en juillet dernier ? Pourquoi pas. En partant en Cure de Robert Smith à l’automne ? Aussi. Ou en réalisant que voilà déjà treize ans que les Kills, aka Alison Mosshart (ou VV) et Jamie Hince (ou Hotel), ont sorti Keep on your mean side, cet album écrit à distance par-dessus l’Atlantique qui leur a mis la critique internationale, un label (le dominant Domino) et un bon paquet de public indé dans la poche. Depuis, à notre avis, l’effet de surprise passé, la carrière est aussi un peu dodelinante, comprenez en dents de scie, mais en concert le duo reste l’une des choses les plus rockement chaudasses qu’il nous ait été donné de voir, entre grincements électriques et feulements équivoques. The Kills. Le 31 octobre, au Radiant-Bellevue (Caluire). www.radiant-bellevue.fr

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CULTURE

| Pop-Rock

Pour le meilleur et pour le riff

Non content d’avoir probablement proposé en son temps le meilleur titre d’album possible (George Best, 1985) et la pochette ad hoc (une photo iconique du joueur de Manchester United aka le 5e Beatles), contenant les chouettes Shatner (en hommage à l’acteur de Star Trek) et Give my Love to Kevin (après, chacun fait ce qu’il veut), The Wedding Present est aussi l’auteur de l’une des plus belles et mélancoliques chansons rock de tous les temps, au riff unique : You should always keep in touch with your friends – un conseil qu’on suit trop rarement. La carrière du groupe est autrement plus longue et court jusqu’à aujourd’hui, mais les éléments précités suffisent à sa grandeur, surtout si l’on y ajoute le délicieux accent du Yorkshire, un poil posh, du chanteur David Gedge. The Wedding Present. Le 26 octobre, au Sonic.

Fear the Beasts

C’est ce qu’on nomme l’inquiétante étrangeté qui nous avait saisi (et avait fait franchir un palier au

groupe de Kendal, en tout cas chez nous) au moment de découvrir leur précédent album et leurs prestations live, quelque chose oscillant entre du Tears for Fears des ténèbres et du David Sylvain (ex-Japan) converti à une sorte de groove malade. Visiblement plus dansante et moins inquiétante, la suite s’annonce avec Boy King, continuant d’attiser la curiosité non sans une pointe d’appréhension. Wild Beasts. Le 26 octobre, à l’Épicerie moderne. 42 | Supplément Culture septembre 2016 |

Wild Beasts


Divine Catherine

En voilà un qui a dû connaître en avant-première l’identité du prix Lumière 2016, sortant son single Catherine The Great au moment de l’annonce tant attendue et partant en tournée à la suite de la venue de dame Dorléac – l’album Foreverland paraissant entre les deux. Bon, une fois passé le clin d’œil, c’est d’une tout autre Catherine dont il s’agit (la II, celle de Russie) et d’un Divine Comedy/Neil Hannon revigoré en mode Grand Siècle, peu importe celui dont on parle. Ça clavecine, ça violonne, ça cabotine. C’est la grande forme. Radieux au Radiant, comme on a coutume de dire.

The Divine Comedy

The Divine Comedy. Le 2 novembre, au Radiant-Bellevue.

Psychédélitement

Amis du fuzz, de l’oreille qui larsen encore trois jours après le concert et de tout signe de retombées psychédéliques plus ou moins réversibles, vous serez doublement chez vous deux soirs de suite. On dit de la musique bombardée de Suuns qu’elle “embrasse les opposés” (bio officielle) et, si l’on situe sur l’échelle du câlin l’embrassade au même niveau que le passage à tabac, c’est tout à fait cela, Suuns : de l’amour vaache sans préférence sexuelle. Wooden Shjips, même si l’orthographe y est pareillement maltraitée, c’est plus nature, plus mélodique entre les murs (du son), plus à la racine du psychédélisme. Racine qu’il leur sera plus aisé de déterrer une fois Suuns passé avec son chalumeau.

Suuns

Suuns, le 6 novembre (festival Riddim Collision). Wooden Shijps, le 7 novembre. Au marché-Gare.

Stars 80-10

En soi, l’intitulé est culte. Et ne risque pas de faire progresser votre ado en arithmétique : “Stars 80 – 10 ans déjà !” Et vingt qui font trente, donc. Déjà pas frais en 2006 quand le concept “Âge tendre et têtes de bois” a accouché d’un clone | Supplément Culture septembre 2016 | 43


CULTURE

| Pop-Rock 80s, ils sont toujours là, les Cookie Dingler, François Feldman, JeanPierre Mader, le super groupe Émile et Images (imaginez un instant, Mick Jagger et les Beatles) à ressasser leurs hits souvent uniques en une immense bouillabaisse cuisinée dans ces faittout à divertir que sont les Zénith. On en reparle pour les 20 ans, cet âge que, quand on aime, on a toujours. Stars 80 – 10 ans déjà ! Le 12 novembre, à la halle Tony-Garnier.

More Morby

Kevin Morby

Coincé quelque part entre le fantôme de Lou Reed et l’ombre étouffante de Bob Dylan, Kevin Morby ne l’est pas resté longtemps, coincé. Car ce n’est

Obel Canto

En soi, Agnes Obel, son minois oscillant entre Raisons et Sentiments (et un peu Zombies aussi) a inventé quelque chose comme une forme de protestantisme appliqué à la pop. Qui tend au sublime dans un costume inconfortable. Agnes Obel, air inquiet ou absent, selon l’usage, c’est La Lettre écarlate de Hawthorne appliquée à la musique (le violoncelle y est râpeux comme la bure). On ne s’amuse surtout jamais, on a le corps qui souffre, mais quelque chose dans cette beauté éperdue et délicieusement ennuyeuse illumine l’esprit et élève l’âme jusqu’au amen. Agnes Obel. Le 20 novembre, Salle 3000.

Tous ouf de Maalouf !

pas en restant coincé qu’on écrit d’aussi belles et simples et quand même sophistiquées mélodies indiefolk (dont l’évidence rappelle avec insolence les deux patriarches précités, c’est bien vrai). Débarrassé de toutes ses chansons de jeunesse sur ses deux précédents et prodigieux albums, Harlem River et Still Life, le bassiste de Woods (ses compositions sont d’ailleurs typiquement celles d’un bassiste, exploitant toutes les possibilités mélodiques de l’instrument rythmique) est revenu frais comme un gardon avec Singing Saw, sublime collection de ballades avec un caillou dans la chaussure. La “scie chantante”, comme un clin d’œil reedo-dylanien.

Cela a pris quelques années, l’homme et l’artiste ne se sont pas pressés et n’en sont pas pour autant en retard, mais Ibrahim Maalouf est parvenu, en 2016, à un statut assez insensé, pour ce que l’on nommerait communément un trompettiste de jazz (par ailleurs également de formation classique). Maalouf est aujourd’hui une figure, et une figure pop qui transcende son genre, rafle des Victoires bien au-delà de sa catégorie et de la notoriété à tous les râteliers médiatiques, semant des collaborations aux quatre coins du spectre musical et attirant les projecteurs (la cérémonie de clôture de Cannes, entre autres), sous lesquels il brille plus que le cuivre de son instrument.

Kevin Morby. Le 16 novembre, à l’Épicerie moderne.

Ibrahim Maalouf. Le 5 décembre, Salle 3000.

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Agnes Obel

Ibrahim Maalouf


et aussi… 16/09 – Les Innocents (Vendanges musicales de Charnay) 17/09 – Radio elvis (idem) 21/09 – mickey 3D (Radiant-Bellevue) 24/09 – Flatbush Zombies (Radiant-Bellevue) 28/09 – Youngblood Brass Band (Épicerie moderne)

Pony Pony Run Run

2/10 – Julian Perretta (Ninkasi Kao) 5/10 – matt Simons (Transbordeur) 6/10 – Papooz + The Pirouettes (Épicerie moderne) 12/10 – electro Deluxe (Radiant-Bellevue) 13/10 – manu Lanvin & the Devil Blues (Transbordeur) 13/10 – Arthur H (Radiant-Bellevue) Hyphen 13/10 – Hyphen Hyphen (Épicerie moderne) Hyphen 15/10 – michel Jonasz Quartet (Radiant-Bellevue) 15/10 – Superbus (Transbordeur) 15/10 – Wovenhand (Épicerie moderne) 19/10 – Dub Inc (Transbordeur) 19/10 – Kids United (halle Tony-Garnier) 19/10 – And Also the Trees (Sonic) 19/10 – Jill is Lucky + Faik + Laurent Lamarca (Ninkasi Kao) 22/10 – Taïro & Scars (Transbordeur) 24/10 – The Shin Sekaï (Transbordeur)

1er/11 – Taylor Davis (Transbordeur) 2/11 – Pony Pony Run Run (Transbordeur) 9/11 – Amir (Transbordeur) 9/11 – Benoît Dorémus (Ninkasi Kao) 9/11 – Pedro Soler & Gaspar Claus (temple Lanterne) 10/11 – Lee Scratch Perry & Subatomic Sound (Transbordeur) 10/11 – michel Polnareff (halle Tony-Garnier) 10/11 – Romain Humeau (Ninkasi Kao) 11/11 – Tété (Radiant-Bellevue) 12/11 – Fakear (Radiant-Bellevue) 13/11 – Amon Amarth (Transbordeur) 13/11 – Joshua Redman et Brad mehldau duo (Auditorium) 17/11 – Sunset Sons (Transbordeur) 17/11 – Dionysos ((Radiant-Bellevue) 20/11 – michael Kiwanuka (Épicerie moderne) 22/11 – Peter Doherty (Transbordeur) 22/11 – Pascal Obispo (halle Tony-Garnier) 22/11 – Oxmo Puccino (théâtre de Vénissieux) 23/11 – GiedRé (Transbordeur) 23/11 – Tinariwen (Épicerie moderne) 24/11 – Jean-michel Jarre (halle Tony-Garnier) 26/11 – Flavia Coelho (Transbordeur) 1er/12 – Les Fatals Picards (Ninkasi Kao) 3/12 – Ludwig von 88 (Transbordeur) 4/12 – Aaron (Transbordeur) 7/12 – A-Wa (Épicerie moderne) 7/12 – Carpenter Brut (Ninkasi Kao) 9/12 – maître Gims (halle Tony-Garnier) 13/12 – Lescop (Transbordeur) 13/12 – Paolo Fresu, Trilok Gurtu & Omar Sosa (Auditorium) | Supplément Culture septembre 2016 | 45


CULTURE

| Cinéma

La granDe catherine en Lumière pour la première fois, le festival lumière attribue cette année son prix à une femme. et pas n’importe laquelle : catherine deneuve, dont le nom même suffit à résumer la légende.

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© Patrick Swick - moods

F

iat lux premium. Habemus Catherinam. Chaque année, avant même que l’on ait la moindre idée du contenu du festival qui l’accueille et de l’identité de ses prestigieux invités – même si l’on est à peu près certain d’y croiser d’une manière plus ou moins formelle l’ami Laurent Gerra à la lutte avec un morceau de rosette – l’annonce du prix Lumière, à savoir la star de l’édition, la grande figure autour de laquelle tout le festival va graviter, oscille toujours entre la révélation divine et le lâcher de fumée blanche en sortie de conclave. Auparavant, les rumeurs seront allées bon train dans les milieux autorisés, se révélant la plupart du temps fausses (Martin Scorsese tous les ans) et de temps en temps vraies (Martin Scorsese l’an dernier, parce que son calendrier s’était enfin dégagé). Si bien qu’à la rumeur, assez insistante, d’une lauréate, appelons-la comme cela, nommée Catherine Deneuve, une bonne moitié des milieux

autorisés s’ébaubissait tandis que l’autre n’osait s’autoriser autre chose qu’un lâcher de “n’importe quoi, elle voudra jamais”. C’est à peu près la première année qu’une rumeur, une intuition, tombe si juste qu’elle a des airs de fuite enchantée. Va donc alors pour la grande Catherine, qui, au vu de sa carrière (des Parapluies de Cherbourg à Belle de jour, du Dernier


Métro à Astérix et Obélix au service de Sa Majesté) et de son aura internationale (n’oublions pas que le festival Lumière a aussi des airs de bingo des cinéstars), mérite plus qu’amplement d’être la première femme à recevoir ce “prix Nobel du cinéma”, comme aime à l’appeler Thierry Frémaux. Après tout, on parle quand même d’une dame qui a intitulé son autobiographie À l’ombre de moi-même*, ce qui en dit long à plusieurs niveaux. Histoire permanente des femmes cinéastes

On souhaite au passage bon courage aux équipes du festival pour concocter une programmation non pas digne de ce nom mais la plus complète possible à partir d’une filmographie aussi monstrueuse courant sur six décennies. Quant à ceux, les esprits chagrins, qui pensent qu’il eût été bienvenu de choisir pour cette première féminine une réalisatrice – ce qui sera le moment venu une autre première féminine, puisque l’on est encore obligé de raisonner comme cela – qu’ils se consolent avec quelques-unes des prémices de la programmation du festival : cet hommage, par exemple, dans le cadre de “L’histoire permanente des femmes cinéastes”, à Dorothy Arzner qui fut un temps (dans les années 1920) la seule réalisatrice d’Hollywood. Côté actrices, on notera la rétrospective “La cité des femmes (les actrices d’Hollywood : 1930-1950)” et la présence de l’iconique SinoSingapourienne Gong Li. Puisqu’il faudra néanmoins croiser, aussi, des hommes, citons Buster Keaton, Marcel Carné, Jim Harrison (l’écrivain du Montana qui a tant inspiré le cinéma), le réalisateur Walter Hill, le scénariste et dialoguiste (entre autres) Jean-Loup Dabadie et même une nuit “Bande de potes” qui sonne, en cette édition de règne catherinien, comme une douce ironie. * Éditions Stock, 2004. KEVIN MUSCAT

Festival Lumière 2016 – Du 8 au 16 octobre, à Lyon.www.festival-lumiere.org | Supplément Culture septembre 2016 | 47


CULTURE

| Cinéma

SÉLECTION DE KEVIN MUSCAT

Des toiles plein les yeux

Après avoir étendu leur champ d’action enfantin bien au-delà de l’agglomération de Lugdunum, les Toiles des Gones sont devenues Toiles des Mômes en 2015. Ce sont désormais 34 salles du réseau Grac (Groupement régional d’actions cinématographiques) qui accueillent une vingtaine de films, de Bron à Thizy, du 6e arrondissement à SaintChamond et même jusque dans le Jura. Résultat, ce festival jeune public qui occupe le terrain des vacances de la Toussaint a encore vu son audience grimper en flèche l’an dernier, passant de 11 000 spectateurs à environ 12 500. Ici, donc un peu partout, c’est comme au festival Lumière : peu importe la programmation, le public trépigne d’impatience. Peut-être un peu plus ici qu’au festival Lumière d’ailleurs. Les Toiles des Mômes. Du 19 octobre au 2 novembre. www.lestoilesdesmomes.fr

Voir et prévoir l’avenir

The Return of Erkin, de maria Guskova

“Donner à voir la science et interroger sur notre condition d’humain”, c’est ainsi que s’envisage le festival “À nous de voir”. Sousentendu : à nous de voir ce que l’on veut/peut voir – et à nous de voir ce que l’on veut faire de ce que l’on voit. Au menu pour cela, films documentaires ou fictions et débats, toujours à la lisière des sciences et du cinéma – qui est d’ailleurs à sa

manière une science, en plus d’être le 7e samouraï des arts –, comme le prouvent la Nuit de la science-fiction et une compétition qui l’an dernier récompensa doublement José Vieira pour son documentaire Souvenirs d’un futur radieux, sur la construction de deux bidonvilles, à quarante ans d’écart, dans la même commune de Massy. Victime de son succès cette année, celle de sa 29e édition, le festival a dû repousser la date butoir de son appel à films. La compète s’annonce dense. À nous de voir. Du 10 au 20 novembre, à Oullins. http://anousdevoir.com

Villeurbanne court toujours

Ce sont 37 chandelles qui vont venir se poser sur le gâteau 2016 du Festival du film court de Villeurbanne, solidement installé, entre le cinéma Le Zola, la Mlis, le théâtre Astrée et le pôle Pixel, comme l’une des références en matière de “petits” formats cinématographiques. Un festival dont le palmarès est chaque fois très attendu, tant il donne le ton du cinéma de laboratoire – car le court est un peu le laboratoire du long, ce qui le fait avancer, là où germent les idées. Le Festcourt, comme on l’appelle, c’est quand même pas moins d’une dizaine de prix (grand, de la Région, Pôle Pixel, de la Liberté, festivals Connexion...) qui virent l’an dernier The Return of Erkin, de Maria Guskova, tirer une double épingle de ce jeu de qualité. L’un des grands moments annuels de la cinéphilie pure et dure. Festival du film court de Villeurbanne. Du 18 au 27 novembre. www.festcourt-villeurbanne.com

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Souvenirs d’un futur radieux, de josé Vieira


CULTURE

| Jeune public

SÉLECTION DE CÉLINE RAPINAT

Noël baroque

Des voix d’ange accompagnées de flûtes à bec, de violons ou encore d’un luth, c’est le spectacle que nous proposent Les Grands Concerts pour cette fin d’année. Connus grâce au film Les Choristes, les Petits Chanteurs de Saint-Marc interpréteront des chants de Noël baroques. Dirigés par Nicolas Porte, ils seront accompagnés par les Musiciens de Saint-Julien menés par François Lazarevitch. Ensemble, ils nous transporteront dans la magie des Noël d’antan, sur un registre baroque. Une toute première pour ce concert qui charmera les grands comme les petits. Les plus beaux noëls baroques français. Les 16 et 18 décembre, à la chapelle de la Trinité. www.lesgrandsconcerts.com

Ciné-concert

Un soldat pactise avec le diable : il lui offre son violon contre un livre qui permet de prédire l’avenir. Mais le soldat, loin d’en tirer un bénéfice, se heurtera à de multiples déconvenues. Un conte russe dont l’accompagnement musical est signé Igor Stravinski. En se laissant envoûter par la musique du compositeur russe, on pourra voir sur l’écran géant de l’Auditorium le court-métrage d’animation, inspiré du conte, réalisé par le dessinateur new-yorkais Oscar Robert Blechman. L’Histoire du soldat. À partir de 7 ans. Les 11 et 12 novembre, à l’Auditorium de Lyon. www.auditorium-lyon.com

Le père de Blanche-Neige

En regardant de plus près l’histoire de Blanche-Neige, on réalise qu’il y a un grand absent : le père de l’héroïne. Évoqué à la première page du conte, il disparaît totalement par la suite. C’est pourtant lui qui sera sur le devant de la scène, dans ce spectacle imaginé par la compagnie La Cordonnerie. Passé à l’Est, de l’autre côté du mur de Berlin, il raconte sa vision de l’histoire de Blanche-Neige. Un récit entrecoupé d’interventions de différents personnages qui 50 | Supplément Culture septembre 2016 |

apparaissent grâce à des miniprojecteurs fondus dans le décor. L’accompagnement musical est réalisé en direct par un musicien bruiteur. Un atelier parents-enfants est proposé en lien avec le spectacle avant la représentation. Udo complètement à l’Est. À partir de 8 ans. Les 25, 26 et 27 octobre, au théâtre de la Renaissance (Oullins). www.theatrelarenaissance.com

La tête à l’envers

On ne peut qu’être épaté à la vue de ce spectacle en trompe-l’œil, à la fois drôle et magique. Coincé dans sa boîte, Léo, seul en scène, va tout faire pour tenter de s’en extirper. Acrobaties, pas de danse, mime, il joue à nous faire croire qu’il défie les lois de l’apesanteur. En musique et sans paroles, il réalise toutes sortes de figures, tourne, s’assoit sur sa valise, semble se questionner, invente son décor en dessinant sur les murs de la boîte… Un spectacle original et poétique qui mêle cirque, théâtre et danse. Léo. À partir de 6 ans. Le 18 décembre, au Radiant-Bellevue (Caluire). www.radiant-bellevue.fr

Pour les tout-petits

Pour ce spectacle de rentrée adapté aux tout jeunes spectateurs, le théâtre de Vénissieux propose une succession de courts-métrages d’animation. On assiste par exemple à la rencontre entre une cigogne et un petit moineau qui en sait long sur “comment on fait les bébés”… Ou encore (dans Au bout du monde) on découvre une maison qui trône sur le pic d’une colline et qui oscille de droite à gauche. La bande-son est réalisée en direct par deux musiciens, avec des instruments de musique pour le moins originaux, à savoir des jouets d’enfant ou des objets détournés comme des sacs plastique ou encore des feuilles de papier. Biques et piafs. À partir de 2 ans. Le 9 novembre, au théâtre de Vénissieux. www.theatre-venissieux.fr


Supplement cultureLyon Capitale septembre 2016  

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