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BAS DE QUARTIERS !

« Mots-à-Sons » récoltés et égrénés par TIDIANE lors du parcours effectué au printemps 2009 - dans le sillage du Bibliobus/médiathèque Florian au coeur d'« une ville sous haute-scansion ». Crédit photos : Bernard DELATTRE – Toutes Les Nouvelles


SOMMAIRE

TIDIANE................................................................................................................ p. 4 JEAN BERNIER........................................................................................................ p. 5 ARTHÉNICE........................................................................................................... p. 6 GROUSSAY...................................................................................................... LOUIS XVI................................................................................................. À GROUSSAY............................................................................................... DES RUES.................................................................................................... GROUSSAY EN RUES !.................................................................................... UN DERNIER VERS ?.....................................................................................

p. 7 p. 8 p. 9 p. 10 p. 11 p. 12

BEL-AIR............................................................................................................ CENTRE COMMERCIAL................................................................................. CARREFOUR................................................................................................ DES MARQUES... ......................................................................................... AU BONHEUR DES DAMES !........................................................................... UN DERNIER VERS ?.....................................................................................

p. 13 p. 14 p. 15 p. 16 p. 17 p. 18

GRENONVILLIERS........................................................................................ MÉDIEVAL.................................................................................................. LE MOINE DES VAULX DE CERNAY................................................................ LA PESTE SOIT... ........................................................................................ REGNAULT D'ANGENNES............................................................................... UN DERNIER VERS ?.....................................................................................

p. 19 p. 20 p. 21 p. 22 p. 23 p. 24

LA LOUVIÈRE................................................................................................ VILLAGE..................................................................................................... À L'EST ?................................................................................................... APRÈS-GUERRE........................................................................................... EXODE........................................................................................................ UN DERNIER VERS ?.....................................................................................

p. 25 p. 26 p. 27 p. 28 p. 29 p. 30

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SOMMAIRE

LA CLAIRIÈRE............................................................................................... LE PAYSAN PROSPER.................................................................................... QUINZE ANS !.............................................................................................. UN DERNIER VERS ?.....................................................................................

p. 31 p. 32 p. 33 p. 34

SAINT-HUBERT.............................................................................................. RENDEZ-VOUS DE CHASSE............................................................................. BOIS DE QUARTIER....................................................................................... LE « BOISERIE BOOM »................................................................................. ET VINCENT S'EN VINT... ............................................................................. LA RETRAITE DE RÉUSSIE... ....................................................................... UN DERNIER VERS ?.....................................................................................

p. 35 p. 36 p. 37 p. 38 p. 39 p. 40 p. 41

REVUE DE PRESSE................................................................................................... p. 42

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Tidiane « Sculpteur de Mots » Sa carrière débute par la musique, même si un passage par le Théâtre du  Fil  (1983)   lui   permet   de   goûter   au   théâtre.   Bassiste/choriste   attitré   de  plusieurs formations [ Hard­Rock avec Phénixx (83­87) / Rock Progressif  avec  NAOS  (87­90)     /  chanson   Rock   Française  avec  Rick   et   les  Affranchis (92­96)  / Jazz Manouche avec  Racine 2 Swing (2005­2008) ], il collabore à deux  albums   (avec  NAOS  et  Rick   et   les   Affranchis)   et   participe   à   de   nombreux   concerts  (France/Europe).   En   1998,   il   crée   l'éphémère  FreeBirds,   ­  métissage   poésie/chansons   qu'à  l'époque on n'appelait pas encore « Slam ». Devenu « Sculpteur de Mots », il édite en 2006 un recueil de poésie (« Les feuilles du Barde »/éd. Le Manuscrit). Pour la Cie du Théâtre du Mantois, il écrit et interprète, devant un public conquis, les « Dédik'Slam », hommages originaux aux artistes se produisant à La Nacelle (Aubergenville). Artiste en résidence à Rambouillet (2009), il est aussi « consultant Slam » pour la Maison de la Poésie (Guyancourt), anime mensuellement « Les Innés Dits de Tidiane » sur TVFil78 (TV locale/Yvelines), a sa chronique mensuelle, « La ChroniK'Slam », dans Le Courrier de Mantes (hebdomadaire local/Yvelines) et est régulièrement sollicité pour de nombreux projets artistiques et culturels - comédies musicales, ateliers, conférences, événements nationaux ou locaux - à destination d'un public multi-générationnel et d'origines socio-culturelles variées, contribuant ainsi à tisser des liens entre les Hommes. À l'occasion du festival « Les Francos » (2009), il écrit et interprète « Soundiata Keïta – La Loi des Cauris », avec le conseil artistique de Jérôme Imard et Eudes Labrusse (directeurs Cie du Théâtre du Mantois) ; conçu sur une étonnante alternative Conte/Slam, ce spectacle, - qui retrace les hauts faits du fondateur de l'empire du Mali au XIIIème siècle - rencontre actuellement un vif succès ! Son actualité est visible sur le site : www.tidiane.org

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JEAN BERNIER Nous voici en Île de France au XIV° siècle. Jean Bernier, prévôt de Paris, vient d'acheter un simple manoir. Ce manoir, tel qu'il se présente, ne lui convient pas. Alors, il décide de l'agrandir. D'en faire un véritable château-fort. Cinq côtés imprenables, des tourelles et des douves. À cette époque, les révoltes et les guerres sont nombreuses et la prudence est de règle... Quelques années passent et la famille Bernier revend ce château à la famille d'Angennes. Trois siècles durant, jusqu'au XVIIème s., il sera la propriété des différents représentants de cette illustre famille. À croire qu'ils s'y trouvaient à l'aise ! Voici ce qu'en dit Catherine de Vivonne, alias Arthénice, une des figures les plus marquantes de sa génération ; - Attention, d'Angennes !

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ARTHÉNICE Ah! C'est encore ce Monsieur Molière qui nous fait son cas d'amers voeux, Tant ça le gène que chez d'Angennes, les féminines fassent l'effet maximes ; Évidemment, les madones qui managent leurs méninges sur mes tapis et les mots quêtent, Ça l'inquiète ! Pour sûr!, qu'une femme puisse, sans lui, faire salon, ça le prend de court ! Ainsi, après s'être penché et dépensé pour s'épancher sur nos pensées, Il nous fait une scène et passe à l'acte pour tailler, en pièce, nos précieuses habitudes ! Bah! Laissons de côté ceux qui nous raillent d'échos que ligne à ligne ils alignent, Et lisons là l'alinéa savant tandis que les zicos produisent des notes qui dénotent, Et offrent une bouffée d'airs à nos notables lectrices des notes ! Ici, si on est dar sans s'la péter, c'est parce qu'on a pour spécialité d'appéter les arts Et d'être apprété-e-s aux savoirs délivrés par les stars des lettres, jusque tard le soir ; Et pour qu'on entre mieux dans la stance, j'ai modifié le tracé de mes couloirs, Et, pareille à la fûtée Ariane, j'ai balisé ce dédale idéal du fil idoine d'idées capitales ; Pour annoncer le siècle des Lumières, j'ai pratiqué l'ouverture et fait une crèche-vitrine, Afin qu'enfin mes fées du logis voient à fond tout, du sol au plafond ; Dans ma chambre à part, on peut voir la vie enclose, car aux pieds de mes lits, là, Laissant sous l'empire d'essences les sens délicats, S'évasent tôt en vases clos mes roses et mes lilas ; Aussi bien, pour éviter qu'on voit rouge ou qu'on broie du noir, J'ai peint d'azur mes bastins et mes murs ; Et du coup, comme tout ceci ne m'a pas déplu, j'ai tout laissé en plans ! Depuis, dans mes studios on écoute les émissions des grosses têtes, même hors Angennes, Et c'est tant mieux, car même si je suis bonne architecte, Je suis une femme sans forme et je n'ai pas su trouver les plans de la santé ; Alors, pour éviter la crise et préserver mes acquis, je dois baisser mes taux d'activité ; Mais, nous sommes ici libres d'esprit, et quoiqu'il en soit, Nous préférons causer loin des cancans pas cool des cadets Et des caquets blasants des poules coquettes à la cour ; Et de plus, tout ça n'empêchera pas ma Julie de se faire enguirlander, Et, pourquoi pas?, de rencontrer l'amour et d'avoir mari honnête ; Alors, c'est vrai, ici, c'est peut-être pas l'hôtel California, Mais, j'en suis sûre, de mon hôtel de Rambouillet, longtemps le monde se souviendra !

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GROUSSAY

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LOUIS XVI

Ah! La Chasse ! Au XVIIIème siècle, le roi Louis XVI, l'aime tellement qu'il achète à son tour le château de Rambouillet. À un duc : le duc de Penthièvre. La forêt toute proche et pleine de beau gibier l'attire tant, ce roi, qu'il fait bientôt agrandir le petit bourg. Il commence par un hameau. Un hameau tout proche, dont les habitants vivent de tout ce qui fait vivre la chasse. Ce hameau a pour nom Groussay. Il signifie qu'il y a là de grandes étendues d'eau, de grands étangs dodus. Le roi Louis XVI y fait construire ses écuries et des logements pour ses gardes. Mais, Marie-Antoinette, reine de France, s'ennuie à Rambouillet... Qu'il est difficile d'être le roi de la France!...

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À GROUSSAY Je suis le roi ton mari, ma Marie ; Nous sommes venu, nous avons vu et nous nous y plairons ! Parce qu'il me faut cette fanstastique forêt pour le tir et la chasse ! Et que, pour manier l'arc et les triques, c'est vraiment la meilleure place ! Alors, pour que le gibier s'use et gise à mes guêtres, Il est acquis que c'est là qu'il me faut être ! Vois-tu, ma Marie, c'est le plus bel emplacement de tout l'étang ; D'ailleurs, on va cesser de le faire marais et l'assécher incessament ; Car, pour que mes gardes d'honneur se gardent lestes et me gardent à vue, Il leur faut simplement une grande gare et pas un hangar simple ; Et même si tu ris, ma Marie, je te redis que pour aller à la curée, J'ai grand besoin d'écuries ; Donc, c'est décidé mon coeur, et d'ailleurs, j'ai déjà acheté la prairie et fait venir le curé ; Et ne t'inquiète pas tant, ce sera cool!, une vraie sinécure je t'assure! J'aménagerai pour toi un endroit où tu pourras enfin poser le pied dans la grotte ; Et je ne serai pas vache, tu verras, tu ne tourneras pas chèvre ! Car je te ferai construire un truc très lait : la laiterie de la reine ; Tu pourras y aller à l'été ? Et je suis le roi ton mari, ma Marie ! Aussi, pour faire bonne mesure, j'apposerai mon droit de véto sur les mérinos ; À Rambouillet, je suivrai les toits du berger et j'en ferai le quartier de ces lainés, Comme j'ai fait du petit hameau de Groussay l'aîné de ses quartiers !

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DES RUES Dans ce nouveau quartier, actuellement l'un des plus anciens de Rambouillet, il y a des lieux. Il y a aussi des rues. Des rues qui portent des noms pour le moins ĂŠvocateurs...

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GROUSSAY EN RUES ! Dans mon quartier, nombreux sont les tracés goudronnés qu'ont des noms qui dénotent ! Allez, zyva!, on va tous faire le pied... de rues ! À tout seigneur, tout honneur ; Le nom qui commence tout, l'alpha du Home est là, gars ! C'est par ici et pas ailleurs que la ronde des marques débutent, Que la première des rues s'étale et qu'elle accueille le passant venu ici sans soucis, Et parfois sans buts ; Tu sais où sais ? Ouais ? C'est à Groussay ! Tu sais son nom ? Non ? C'est la rue de Groussay ! Avant, au siècle dernier, pour aller de Paris à Chartres, quand y'avait ni une ni Dix, Bref!, par le passé et sur les pavés, c'était par là que passaient les ducs et les ladies ! Un autre nom, qui fait un peu rigole celui-là, c'est la rue des Marais ! On tient ça de nos ancêtres, les Gaulois ! Dans ce dialecte d'un autre âge, le Groussay c'était le marécage ! Un peu plus loin, t'as la rue du Quai de l'étang ; Pour l'avoir, ce nom, ça n'a pas dû être trop difficile, Parce qu'ici, jadis, défilait un collège de femmes ou de filles, La valse des laveuses à battoirs, cortège coquet vidant à quai les baquets, Matraquant cottes, cols, collets comme de vrais pools, Et toujours OK pour laver le linge sale entre amies ! Et puis quand même, y'a aucune gêne à désigner la rue d'Angennes, Vu qu'à l'origine, c'était leur logis et que, de gènes géniaux ou ingénus, En leur gîte ils ont laissé en l'état des tas de traces d'ADN ; Et là, hélas!, parce que son épouse aimée a poussé son soupir dernier au château, Mais que rien n'est jamais perdu tant que dans la ville y'a des squares, Le court blaze d'icelui est Coty - ex-colloc' du cottage ; Et maintenant, une dernière rue, pour la route : Et celle-là, ce sera la rue Maurice Dechy ! Parce que ça, ça déchire comme nom propre !

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UN DERNIER VERS ? Que d'Histoires ! Un vrai festival, depuis le sieur Jean Bernier, en passant par les d'Angennes et les plus illustres personnages ! Mais, comme il est temps de se quitter, prenons un dernier vers : « À Groussay, on s'la joue collectif, on est tous pleins en bâtiment, à défaut d'être à l'aise ; Mais même si on est à l'ouest, ce qui nous honore c'est que c'est grâce à Louis XVI ; Alors, tous les ans on répond présent aux échos vifs d'une teuf qui nous assène Lubin, Car c'est pour l'auguste clone blanc de Clovis, au sacré blaze qui bluffe... Louis-Saint ! »

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BEL-AIR

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CENTRE COMMERCIAL

Dans les années soixante-dix, comme aujourd'hui d'ailleurs, ce qui compte, c'est de faire des affaires, de faire du commerce ! Alors, au milieu d'une plaine qui jadis abrita les champs de blé beaucerons, les rambolitains, pour se faire du blé, transforment petit-à-petit le quartier du Bel-Air en un vaste carrefour commercial. Mais, rassurez-vous, ce n'est pas un carrefour dangereux...

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CARREFOUR Et encore un rond-point, un ! Plus ça va, moins y'a d'carrefour ici ! Mais moi, sans m'emballer, je m'en bats l'oeil car s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là ! Quand je suis arrivé là, y'avait juste un peu de petits pavillons pas vilains ; D'abord timides, ils ont poussé comme des champignons, Leurs plans remplaçant la plaine à la chaîne par des implants de béton, Et plaçant à la place des chênes, un emplacement de plâtres et de pierres qui, Avec leurs plates grilles de fer, situent le site sis au Bel-Air en zone pavillonnaire ; Je n'ai donc jamais été le seul, même si je suis le plus grand ! Car, aujourd'hui plus qu'hier et, je l'espère, bien moins que demain, Les gens viennent exprès, de loin donc!, me voir pour prendre un coup d'pompe, Savoir si leur enseigne ment, ou bien pour abuser d'ma galerie, Ou bien encore pour en connaître un rayon ! C'est peut-être parce que j'ai su trouver la bonne formule, hein?, Qu'on vient chez moi pour faire des courses, plutôt que d'aller là, aux champs ! Donc, depuis mon arrivée, le vide, autour de moi, se vivifie et se remplit ; Tant et si bien que je dois refaire mes enterrements de cuves en grandes pompes, Me payer sans cesse la tête des gondoles, multiplier les pains, Et même mettre d'extrêmes limites, de justesse, pour délimiter mes mètres carrés, Et permettre aux maîtresses de maison de garer leur tacot au taquet ! Alors, quand tous ces chalands nonchalants, achètent et chargent leur chariot, Qu'ils me tendent en souriant leur carte, signe de fidélité, moi... Je trouve ça vraiment kiffant d'être un carrefour... d'gens heureux !

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DES MARQUES... C'est donc un quartier qui s'anime au rythme de la vie d'entreprise qui se profile au nord de Rambouillet depuis la fin du XXème siècle. Et d'ailleurs, en voici les enseignes...

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AU BONHEUR DES DAMES ! Dans mon quartier, c'est au bonheur des dames ! Où que tu poses le regard, t'es attirée par les titres des réclames ! Ah ça ira!, ça ira!, ça ira!, oui!, mais à Zara ! Si t'es sans culottes, inutile de faire la révolution, va consulter leurs rayons ! Là-bas, le seul débat que tu auras, c'est « je mets des hauts ou je mets des bas ? », Dans mon quartier, si tu veux du textile utile pour avoir du style, Emmènes ta mère à Etam ! Derrière leur porte, ils t'apportent leur prêt à porter ! Enfin, ils te le prètent pas, hein !, ils te le vendent si tu le veux, C'est après que tu pourras le porter ! Si la faim t'aiguille, file au Royal, quand t'es assis, y'a pas d'malaise ici, C'est l'asie typique là-bas et les litchee qui piquent, des fois ! Et quant aux nems, on n'compte pas... On peut s'en fourrer jusque là ! Mais si tu peux pas saquer le riz cantonnais, campe ton nez chez les pizzaïolo, Tu verras, eux aussi ont un accent rigolo, entre carbonara et carpaccio ! Allez, j'te laisse, on m'fait un prix chez Darty pour un truc en phases ! Dès que je leur ai parlé cuisine, hier, ils m'ont sorti leur meilleure occase ! Une machine à volter où y'a pas moyen d'mettre les gaz, Mais déjà, même si elle est électrique, entre nous deux... Ça gaze !

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UN DERNIER VERS ? Que d'Histoires ! Un vrai festival, depuis le sieur Jean Bernier, en passant par les d'Angennes et les plus illustres personnages ! Mais, comme il est temps de se quitter, prenons un dernier vers : « Au Bel-Air, on a bonne mine et on connaît le sens de l'entreprise ; D'ailleurs, ici, avant c'était la campagne de réussie, la boue-sol, Alors tu comprendras qu'on est loin d'avoir perdu le nord ! »

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GRENONVILLIERS

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MÉDIEVAL

Un autre bond dans le temps, au milieu du moyen-âge ; au XIIème siècle. Bientôt, sous le règne de Philippe Auguste, ce morceau de l'ancien Empire Romain d'Occident, qu'on commence à appeler le royaume de France, va s'agrandir et se structurer. La religion chrétienne prend son essor et ce sont des moines qui, depuis l'alliance des puissants du royaume et de l'Église - depuis le baptême de Clovis - parcourent inlassablement le pays pour apporter aux païens, aux paysans qui vivent de la terre, le message du Christ, les Évangiles. Pour construire leur réseau d'églises, de paroisses et de chapelles, ils démarchent les seigneurs locaux et leur réclament quelques terres sur lesquelles ils vont s'établir. En échange, bien entendu, de prières et autres gâteries spirituelles...

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LE MOINE DES VAULX DE CERNAY Ding! Dong! Salut à toi, seigneur des lieux ! Je suis l'émissaire de l'ouest, L'ami au missel mis ici en mission pour une vaste moisson d'acquis terriens ; Je ne suis pas un mendiant, je ne suis pas un voleur, je suis Momo, le moine cistercien, Et, en échange de l'éternel pardon, je te demande juste une parcelle, un petit don, Une donation pour une greffe de terrains ; certes, ça te sera un prélèvement sans gains, Mais ta pomme de fier, par ta donne de terres, deviendras une huile, le sieur ! Dès que tu auras filé du bouleau, proposé tes charmes et recasé tes grottes au culte, - En clair, dès que tu auras fourni un cadastre exquis à l'Abbaye Seront piqués, dans ces quelques arpents, ces deux/trois poteaux marquant la place ; Seront posés, dans ces mètres de pentes et d'étroits côteaux, des pans dans la paroisse, Charpentes, parois et toits pour une belle chapelle élevant au ciel sa dédicace ; Enfin, au nom de l'amour du père et du fils, seront creusés autour du bel édifice, Les sillons d'un jardin, des veines où nos grosses légumes et nos potes iront ; Quel intérêt as-tu d'éviter d'hésiter à nous faire hériter de la postérité de tes relevés ? Sache qu'à l'Abbaye des Vaulx, on n'est pas des boeufs ! Nos arides et ridés dévôts cernés, Quoique compressés dans ce contexte de consignes, resteront concentrés et concernés ; Ami!, si de tes cyprès, de tes blés et de tes prés sis si près d'ici, ci exprès tu nous fait prêt, Alors, les papiers de nos cabinets sauront conserver la trace de ton cas, catholique ! Nous ne sommes certes pas de ces bâilleurs de fond de classe, de ces cancres mous à raser, De ces délétères qui délaissent les terres ; apprends que pour rédiger nos livres terrier, On ne pose jamais de lapin ; que notre abbé n'est pas l'abbé des cochons et qu'ici, Ce n'est pas l'Abbaye de l'hippie ! Ainsi donc, sois sûr que si tu nous dégottes une gargotte pour garer nos gargouilles, toi!, Laid gogo pré-gothique qu'on gausse, tu seras élu bogosse par nos gus à l'égo mystique ; Et cette note comptera, c'est notre contrat ; car pour cet abandon de poste, Notre grand corps mâle acte et, avec l'essaim généreux de toutes nos soeurs, Assorti de leur large soutien d'ordre, il saura t'obtenir de bonnes places à la rémission ; Et même, si la fidélité à confesse te pose problème, il saura t'en apporter l'absolution ; De fait, dans nos stations des théos, tu recevras toujours, après l'appui, le mot tendre ! Alors? Tu corrobores l'accord et de ce sol là, sis au nord des Montfort, tu nous honores ? T'as l'air ok, donc je note : « An de grâce 1162, XIIème siècle de l'ère de la chrétienté, Aujourd'hui, le sieur Ligier et ses héritiers, au profit de notre abbé, cédèrent Leur gras terrain de Grenonvilliers »

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LA PESTE SOIT... À Rambouillet, la guerre de cent ans et la peste noire ont fait des ravages. Certains pourtant, profitent de l'après guerre pour se lancer dans des rachats de terres et commencer l'exploitation agricole des terres laissées en friches. Parmi eux, Renault d'Angennes, acquiert son indépendance vis-à-vis des Montfort et va faire prospérer la ville...

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REGNAULT D'ANGENNES Moi, j'suis là pour faire du bizness ; Si je m'enquiers de l'état des tas de ta terre, mon cher, C'est pour acheter les jachères et réparer les dégats d'hier ; Car pendant cent ans, ce fût la guerre ; acharnée et à nos portes ! Les soldats ont ruiné mes carrières et commis des rapines dans mes vignes ! Plus un mur debout et le long des chemins, les ruines sales qui s'alignent ! Plus un bout de mûre population et partout perdure la désolation ; Alors qu'on se croyaient sauvés, voilà la peste qui rapplique ; C'est les rats scélérats qui ont accéléré les ratios de décès des races ! Et crois-moi, c'était pas l'moment qu'on t'mette la puce à l'oreille dans cette place ! Mais bon, tout ça c'est du passé, c'était la crise et on était en récession ; Mais aujourd'hui, grâce à la relance, on fait des affaires en Île-de-France ; À toi Montfort, pour agrandir ma prairie, je rachète les rues et le ru du Moulinet ; Et je prends la bâtisse baptisée la Grange Colombe pour y stocker mon blé ; Moi, j'suis là pour faire du bizness ; J'veux d'la maille, des deniers, du bling-bling et des sesterces ; J'veux faire mon beurre avec du blé et comme j'ai su raisin garder, Ici on pourra goûter mon bon vin et mon excellent pain ; Ouais!, j'suis là pour faire du bizness ; Alors je te rachète sans hésiter, le petit fief de Grenonvilliers !

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UN DERNIER VERS ? Que d'Histoires ! Un vrai festival, depuis le sieur Jean Bernier, en passant par les d'Angennes et les plus illustres personnages ! Mais, comme il est temps de se quitter, prenons un dernier vers : ÂŤ En passant par la Lorraine, avec ton auto ; En passant par la Lorraine, avec ton auto ; Tu verras l'marquis de Pombal et la rue de Clairefontaine, Et la rue, de Sadi-Carnot ! Âť

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LA LOUVIÈRE

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VILLAGE Jusqu'à la fin des années trente, je parle des années 1830!, il existait à l'est de la ville de Rambouillet, un village indépendant qui au fil du temps avait grossi autour d'une rue. Une expansion freinée alors par la pose des premiers rails au-dessus du pont Hardy...

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À L'EST ? Hé ! Rambouillet ! À l'est, quoi de nouveau ? À l'est ? Pour le savoir, garçons, il faudra faire le pont ! Ingénieux homme que cet Hardy donnant son nom à cet ouvrage, L'arche élégante qui fait passage vers cet ancien village ; Nous allons désormais pouvoir mener ici grand train de ville, Car nous avons posé nos rails en suivant le chemin de traverses et de fer, Et les beaux hangars de notre nouvelle gare sont devenus les traits d'union, Entre le centre historique et le district de la Louvière ! Mis à l'est mais pas à l'index, il devient chic et croquant ce quartier ; Y'a qu'a mater les brèches colmatées à un grands coups de jardinets, Par tous ces gens qui sont bêcheurs simplement parce qu'ils sont jardiniers, Et qu'il ne faut pas prendre pour des poires si on ne veut pas prendre un coup d'arrosoir ! Or donc, ce petit arrondissement sis à l'orient, Est devenu un coin charmant au fil du temps ; C'est là-bas qu'on a fait tout un cinéma pour ces habitants, - Un truc Nickel, vraiment ! Bon, quelquefois, ça devient un peu trop bruyant, C'est d'ailleurs dans ces moments là qu'on entend : « Baisse ta musique, please ! » ; Il y a même, venu tout droit des USA et surmontée d'une grande croix, Un lieu sacré, l'église Sainte-Bernadette ; Un endroit où l'on peut même parfois faire la fête... Si, si : pour ceux qui se poilent au culte !

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APRÈS-GUERRE

C'est la fin ! La pluie d'acier et de feu n'est plus qu'un mauvais souvenir ; Les maudits obus, qui trop souvent touchaient au but, ont été mis au rebut, Et la gueule ouverte et froide des canons s'est enfin tue ; Pouvoir sortir de son trou, être libre ! C'est ce que tous veulent, - toi, eux, moi, nous Sauf que... partout il n'y a QUE des trous, Ici ils sont pleins d'ossements ; ailleurs, trop pleins de cailloux ; La populace blafarde qui pointe son nez dehors, A cessé de trembler devant le plus fort ; Mais les cicatrices sont là, inscrites dans le paysage, Tant de murs à terre et brisés ; on dirait un mirage ; Reconstruire, - en tous lieux, Refaire dans l'âtre du feu, pour les jeunes, pour les vieux ;

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EXODE J'étais au vert quand j'ai été averti ! La campagne, ça eût payé, mais ça paye plus ! Alors fissa j'ai plié bagages et c'est comme ça que j'suis arrivé dans l'entourage ; J'ai été mis en demeure quand j'ai enfin pu adopter ma baraque au hameau, Une bicoque pas toc, un beau pavillon qui m'a fait du logis ; C'était l'époque ad hoc pour claquer son fric dans les briques, Même si on était ric-rac, ça construisait au taquet ici et ça tombait à pic ! Depuis nos p'tites maisons, on causait des gars des hauts collectifs et d'leur balcon ; On rigolait un bon coup et tous ensemble, on s'tapait un ballon, Un vrai, un beau, un rouge, et pour le coup, c'est nous qui étions ronds ! C'est que ça nous changeait vachement des meuh-meuh et des biquettes, Toutes ces plaques de béton, tous ces tapis-moquette ; Nous, quand on étaient enfants, nos terrains de jeux c'étaient les champs et leurs sillons, Et la limite pour nos yeux, c'était le lointain, la ligne d'horizon ; Alors, tu penses qu'on risquait pas d'se perdre dans nos petits parcs, Y'avait des grilles tout autour!Et pis, de l'ancien faubourg, j'te garantis qu'on a eu vite fait l'tour ! On avait not'quartier jusqu'à la voie d'chemin d'fer, Rambouillet la coquette avait mis une ZUP, vers la rue d'la Louvière ; C'était y'a pas longtemps, même si c'était naguère, Et c'était le bon temps, - c'était après la guerre ;

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UN DERNIERS VERS ? Que d'Histoires ! Un vrai festival, depuis le sieur Jean Bernier, en passant par les d'Angennes et les plus illustres personnages ! Mais, comme il est temps de se quitter, prenons un dernier vers : « À la Louv', on fait comme le soleil et comme un seul être on se lève toujours... à l'est ! »

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LA CLAIRIÈRE

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LE PAYSAN PROSPER Jusqu'aux années soixante-dix, c'était des champs et des bois du côté de la Dix ; Et puis, le paysan Prosper a vendu ses terres...

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QUINZE ANS ! C'est qu'il est prospère le Daviet-Rousseau ! Il s'en ait fait, du blé, et du beau ! Mais, même si les céréales c'est pas mal, les ballots c'est balot ! Tellement qu'à un moment, on en a forcément plein l'dos ! Alors évidemment, quand un promoteur vous promet la vie d'château, En échange d'un bout de terrain, d'une parcelle de terreau, Après intense ballotage on finit par lui refiler tout un lot ! C'est ainsi que dans les années beatnik, Les nouveaux habitants ont pu faire leurs premiers pique-niques ; C'est ainsi que l'endroit encore clair hier, S'est transformé en quartier de la Clairière ! C'est ainsi qu'évitant le lotissement vide, tout fût évidemment vite loti ; Et oui ! Toutes ces nouvelles baraques à louer, imaginées par Jacques Riboud, Toutes furent incontinent allouées, leurs façades mises bout-à-bout ; C'est ainsi qu'en à peine quinze années, ce qui était en plan fût bâti ! Quinze années, c'est court, hein ! C'est seulement deux fois sept plus un ; Mais quinze ans, c'est aussi l'âge des ados, alors on a pensé à leur faire un cadeau : Pour que sur une part de ce terrain leur voix résonne, On leur a gentiment construit le collège de Vivonne...

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UN DERNIER VERS ? Que d'Histoires ! Un vrai festival, depuis le sieur Jean Bernier, en passant par les d'Angennes et les plus illustres personnages ! Mais, comme il est temps de se quitter, prenons un dernier vers : « Si vous venez à la Clairière, attention où vous mettez les pas ! Vous risquez de vous retrouver dans un autre Espace-Temps »

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SAINT-HUBERT

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RENDEZ-VOUS DE CHASSE

- « Personne pour m'accompagner ? Ça m'est égal, j'irais tout seul chasser ! Pour mon plaisir, n'importe quel jour convient, Et je m'amuse du lundi au dimanche, et même le Vendredi Saint ! » Sire, c'est ainsi qu'il parlait, le sieur Hubert, À ses proches et à sa femme, fille du bon roi Dagobert ; Et de fait, il partit seul pour traquer le gibier, C'était Vendredi Saint mais lui, pourtant chrétien, s'en moquait ! Piéger le lapin ou surprendre la biche, voilà pourquoi il vivait ! Mais ce jour-là, quand dans les bois il vit les bois du cerf, Un beau mâle, tout blanc, un animal extraordinaire, Avec, posée entre ses cornes fières, Une croix étincelante d'un halo de lumière Oui, ce jour-là ce bon vivant fut tout ébloui par cette vision magique, Ce jour-là ne fut pas comme les autres jours, - classique ; Et la voix qui tonna sous les futaies, La voix qui résonna à ses oreilles étonnées, Sortie de nulle part mais audible partout, Cette voix fit changer Hubert du tout au tout ! Redevenu humble, il jura de devenir meilleur, À tel point, Sire, qu'il devint Saint-Hubert, - saint patron des chasseurs... - Ah! Ton histoire me plaît, le peintre ! Moi, Louis XV, je suis aussi chasseur, à courre ou à pied, Et c'est pourquoi, ce jour, je viens à Rambouillet ; Aussi je vais le prendre, ton superbe tableau, Et je le ferai pendre... au mur d'un de mes châteaux !

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BOIS DE QUARTIER Saint-Hubert, c'est le nom de ce quartier nouveau. À une certaine époque, il y avait près d'ici des ouvriers et une grande menuiserie. Réunis là, ils travaillaient le bois. Mais, parfois, ils se sentaient tous... un peu à l'étroit !

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LE « BOISERIE BOOM » Dans la scierie, tout n'est qu'étincelles et que bruit, Les copeaux volent, la poussière jaillit, Les apprentis rigolent, s'interpellent à grands cris ; La saison sera bonne, il y a du rab de boulot pour tout le monde, C'est bien pourquoi, dans mon usine, l'érable et le bouleau abondent ; Ici, on fait une table à deux pieds – bizarre, mais c'est la mode ! Et l'on passe le vernis et l'on cire les commodes ; Et tous mes ouvriers qui chantent, n'est-ce pas merveilleux ? On voit bien qu'avec moi, ils deviennent tous heureux ! Et tous ces jeunes garçons, qui apprennent le bois usiné, Sont tellement bien ici qu'ils vont y fonder un foyer ! Justement, petits ou grands, ils deviennent bien nombreux, Et leur petits logements ne sont plus suffisants ! D'autant qu'on fait venir beaucoup de main d'oeuvre ouvrière, Car il en faut toujours plus pour faire le chemin de fer ! Alors, c'est décidé, il n'y aura pas par ici, De SDF paumés, ni même de sans abris ; Moi, Étienne Behague, je construis une cité, Ici pourront venir tous mes jeunes ouvriers, Ici pourront dormir les aînés fatigués ; Pour ma part, je fais non loin de là, bâtir ma maison , Je reste près de mon usine, ce sera mon bastion ! Pour en tracer les plans, ce sera l'architecte Charles Trubert, Et pour le nom du quartier, choisissons... Saint-Hubert !

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ET VINCENT S'EN VINT...

Parfois, au détour d'une petite visite, On rencontre un président de la république ! Ce jour-là, c'est Vincent Auriol... nous sommes en 1948 !

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LA RETRAITE DE RÉUSSIE... Cette maison ancienne et si particulière sera parfaite pour nos aînés ! Quelle bonne idée de l'avoir choisie, Je suis sûr que tout le monde se plaira ici ! Une maison de retraite est un lien entre nous et le passé, Un fil rouge, une liaison d'gent heureuse, Et pour cela, elle doit l'être, recommandée, Car elle entretient la mémoire vive et permet aux savoirs-faire d'être repassés ; Ainsi, cet habitat appartient à un coupeur de bois ? Celui qui fit construire plein de maisons dans ce coin là ? Mais, cet Étienne, j'aurai voulu lui serrer la main, Car, grâce à sa maison, on peut loger nos anciens ! Ce sera, tout d'abord, un refuge pour les vieux cheminots, Et plus tard, pour les aînés dépendants, un pied-à-terre si beau ! Et on ne s'arrêtera pas là, écoutez-moi bien ! On va faire de cet endroit, si paisible et si serein, Non seulement une place où les gens seront bien, Mais encore un lieu pour le corps et son entretien ! Tiens, on commencera par le Vieux-Moulin, C'est là-bas qu'on jouera au foot de ses pieds dès demain, Et qu'au rugby on chopera la balle des deux mains ; C'est une priorité et nous construirons, là-bas, un superbe terrain ! Pour une fois, les promesses présidentielles furent tenues ;-) D'abord résidentiel, ce quartier est devenu le centre sportif de Rambouillet...

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UN DERNIER VERS ? Que d'Histoires ! Un vrai festival, depuis le sieur Jean Bernier, en passant par les d'Angennes et les plus illustres personnages ! Mais, comme il est temps de se quitter, prenons un dernier vers : « Pourtant pas anonyme, ni cacochyme, la vieille maison de retraite a, quant à elle, À présent changé de patronyme pour un acronyme, - EHPAD qu'elle s'appelle ! Cinq lettres qui rappellent un refrain facile : EHPADeu, EHPADeu, oui mais pour nos familles ! »

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REVUE DE PRESSE

Toutes Les Nouvelles  (Rambouillet) 22/04/2009 PHR ­ 35000 ex.

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Toutes Les Nouvelles  (Rambouillet) 20/05/2009 PHR ­ 35000 ex.

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Toutes Les Nouvelles  (Rambouillet) 27/05/2009 PHR ­ 35000 ex.

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Bas de Quartiers  

« Mots-à-Sons » récoltés et égrénés par TIDIANE lors du parcours effectué au printemps 2009 - dans le sillage du Bibliobus/médiathèque Flori...

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