Issuu on Google+

kokopelli dans la caraïbe Rencontres autour de l'agroecologie en Guadeloupe par Alain JOYEUX Un reportage précédent1 nous présentait un panorama sans complaisance de la situation en Martinique : une économie et une agriculture sous perfusion des « aides » extérieures, de graves problèmes environnementaux liés notamment aux monocultures subventionnées pour l'exportation, une pollution des sols et de l'eau par l'agrochimie et ses incidences sur la santé publique, des importations massives et permanentes de denrées alimentaires pour la consommation locale, un taux de chômage préoccupant, le fardeau de l'histoire coloniale et ses stigmates résurgents dans les rapports sociaux actuels... Il était par ailleurs présenté en contrepoint l'engagement exemplaire d'un élu local kokopellien sur la commune du Prêcheur 2 pour inverser les tendances grâce à un projet de centre agroécologique, amorce concrète d'un mouvement en marche pour produire sainement et localement ce qui est consommé au pays : « Planté sa nou ka mangé » étant la devise adoptée ! Tous nos encouragements, encore une fois, pour cette initiative... Île-sœur du nord, la Guadeloupe, dont l'état des lieux est proche sinon semblable à celui de la Martinique (soumises toutes deux aux mêmes modèles de développement), semble aussi s'intéresser aujourd'hui au « produire local », slogan mis en avant jusque dans les brochures officielles et récentes du Conseil Régional ... Mais voilà, réelles motivations ou effet d'annonce (les élections approchant) suite au mouvement social conduit par le LKP en début d'année3 ? Produire local d'accord mais de quelle façon ? La demi mesure de langage et de pratiques pour une agriculture dite « raisonnée » estelle fiable et véritablement source de changement…? Voici donc quelques points de vue rapportés de l'archipel de la Guadeloupe en novembre 2009, et un bilan des trois journées de rencontres sur le thème de l'agroécologie où nous étions présents :le mercredi 18 à la Grange bel’O de Bouillante pour un séminaire co-organisé par le Parc National de la Guadeloupe, l’association Assofwi et le CIRAD; le 20 au Lycée Agricole de Baie-Mahault où fut présente une classe de BTS agricole, et le 21 à L’UAG (Université Antilles-Guyane): ces deux dernières journées, organisées par l’association Semantilles Bio 4. Merci donc aux organisateurs et aux responsables des lieux qui ont permis ces manifestations.

TEMOIGNAGES Soutenu par la présentation générale des actions de Kokopelli et de son implication particulière en Inde (traduction et commentaires des documents pédagogiques issus du travail d' Annadana 5 à Auroville ) où les pratiques en milieu tropical ont été présentées comme adaptables au contexte caribéen, l'agroécologie a été abordée comme une alternative réaliste et nécessaire dans une perspective de sécurité alimentaire à moyen et long terme. Pour la majorité des participants bien sûr, il ne s'agissait nullement d'une découverte, la plupart étant déjà sensibilisés à cet enjeu . Les exposés présentés visaient cependant à confirmer la réalité et le succès des pratiques agroécologiques existantes dans d'autres régions tropicales et ayant fait leurs preuves6, alternatives viables et toujours bienfaisantes à long terme pour l'environnement et les populations, faciles à mettre en action et peu coûteuses, propres et surtout, contrairement à certaines idées reçues, à haut rendement. Nos autres objectifs étaient de rencontrer nos adhérents et sympathisants présents sur place, encourager les initiatives émergentes, contribuer à leur mise en réseau, et aussi échanger des contacts et des références, des savoirs faire… Créer l'évènement de ces journées agroécologiques inédites en Guadeloupe a permis une rencontre humaine et des échanges directs entre les personnes intéressées: aspects collatéraux mais majeurs! Convivialité et émulation étaient au rendez-vous : mission accomplie, de ce côté, grâce aux participants . Le public présent lors de ces rencontres 7 (environ une centaine sur 3 jours), conscient des enjeux mondiaux et en quête de solutions locales pour réagir face à la crise actuelle (crise énergétique-économique-sociale-politique bien partie pour aller en s'amplifiant), fut exigeant, attentif et participatif: Nombreux étaient ceux déjà engagés dans des actions associatives, privées ou publiques et tous porteurs d'expériences diverses, de questions et de projets: aussi bien en matière de protection-promotion de la biodiversité, d'agriculture, d'agro-tourisme, que d'artisanat et d'art, de


pédagogie, de santé ou d'échanges inter-caribéens (...) « présence mosaïque » montrant que l'agroécologie n'est pas un pôle d'intérêt exclusivement agronomique mais qu'il concerne tout un chacun: notre nourriture (ceci n'est plus à démontrer), est en effet une base fondamentale, une fondation maîtresse à l'édification de nos sociétés; la biodiversité qui la soutient est l'écrin de notre bien être, miroir de la diversité culturelle et de sa vitalité. La culture antillaise, sublimant les affres et tragédies de son histoire témoigne directement de cette richesse naturelle et humaine.

Régénérer et anticiper Présenter le défi à relever par les pratiques agroécologiques ne pouvait donc se faire sans rappeler les interactions évidentes entre les différentes sphères de la société, recadrées le plus possible à la réalité insulaire et géoclimatique caribéenne . Le sous titre donné à ces journées « Agroécologie: enjeu global, actions locales » résumait parfaitement l'orientation de la problématique et déjà une direction pour des solutions de proximité. Notre président d'honneur Pierre Rabhi, écrit : « Nous avons compris que tout peuple, comme tout être humain valide, n'assurant pas sa nourriture, perd sa dignité et ne peut être considéré comme libre. Nous devons faire de notre savoir, l'instrument de notre libération. Et cette libération commence par notre nourriture, et notre nourriture commence par la terre. De cette solide fondation, nous pourrons aller vers d'autres actes utiles à la vie et vers l'accomplissement de notre pays et de nous mêmes ». 8 Cette citation projetée sur grand écran à bien sûr fait vibrer les cœurs et a attisé les convictions des guadeloupéens présents pour oser des changements profonds , chacun au fait de l'insularité à la fois protectrice et vulnérable , chacun connaissant le potentiel extraordinaire de son archipel en matière de biodiversité et vivant paradoxalement la surenchère sur les étals des denrées alimentaires normalisées par les réseaux mondiaux de grande distribution: Des « pommes-France » dans les supermarchés alors que des tonnes de mangues pourrissent au pieds des arbres !?...Vente d'oranges importées d'Espagne ou de pamplemousses US alors que les meilleurs agrumes du monde sont cultivés dans la Caraïbe ! Idem pour les sacs d'épices estampillés de la marque d'un fameux vendeur qui n'arrête pas de se décarcasser (!), des sacs même plus dissimulés sur les marchés urbains, alors que l'île de Grenade toute proche , par exemple, pourrait fournir le manque en épices non produites sur place... Et que dire de cette marchande de Pointe à Pitre avouant, non sans humour, que son stock de vanille provient de Madagascar, la production locale étant insuffisante et trop chère?... Vive la mondialisation au secours des petits commerçants ! Comment alors réagir lorsque l'on est guadeloupéen(ne) et que l'on sait que les surfaces agricoles locales pourraient largement nourrir la population et, qui plus est, donner encore des excédents9 ... Tous les insulaires du monde (et les autres!) ayant choisi ou/et subissant ce modèle de la consommation mondialisée sont aujourd'hui totalement dépendants des importations, des multiples intermédiaires (qui encaissent les plus grosses marges bénéficiaires) et des transports lourds en rotation permanente. Cet asservissement aux transports rend donc tributaires du marché du pétrole et ses des réserves incertaines, une ressource limitée et captive d'une économie mondiale en crise , voire en voie de désintégration prochaine... Comment donc avoir le sentiment de liberté et de sécurité pour les siens lorsque 85% de ce qui est consommé sur place est importé ? Aussi, si la Martinique et la Guadeloupe ne sont pas actuellement dans une logique d'urgence et de survie immédiate comme le sont les populations de l'Inde, d'Haïti ou de Cuba citées dans les exposés, (« grâce » aux minimas sociaux et au business de l'« import-import & subventions » personne ne souffre aujourd'hui de la faim dans ces deux « départements »), l'agroécologie se présente sous d'autres logiques : celle d'un « outil régénérateur » environnemental, social et économique; celle d'un moyen efficace et réaliste d'anticipation intelligente vers une sécurité alimentaire auto-gérée. L'expérience cubaine (retrait de l'ex URSS+ embargo des USA), montre une adaptation sous la contrainte du manque: développement d'une agroécologie imposée par les évènements géopolitiques (la nécessité est mère de l'invention disent les cubains).... Cette leçon de l'histoire sera t-elle intégrée ou allons-nous vers la reproduction du même scénario - peut-être en pire ? Pour maintenir la paix sociale et un climat de confiance, de fraternité et d'enthousiasme, une transition douce serait évidemment souhaitable. Cette alternative est possible pour toutes les nations caribéennes. Cette anticipation de bon sens, ce choix d'une politique nationale ou régional éclairée, concertée et démocratique sera t-il fait ? A quand des mesures et des aides en perspective d'une auto-gestion des populations pour leurs ressources vitales : eau, alimentation, santé, énergies, éducation... Les martiniquais et les guadeloupéens seront-ils largement informés et consultés pour un choix véritablement citoyen ? Puissent ces journées d'information sur l'agroécologie tropicale à


hauts rendements contribuer à cette nécessité et être de petites graines kokopelliennes qui germeront, fructifieront, et se multiplieront... On peut se poser la question et imaginer ce qu'il aurait été possible de réaliser en 40 ans si ces questions avaient été prises en compte, si l'anticipation devenue aujourd'hui urgente avait été le mot d'ordre dès le choc pétrolier de 1971... Il n'est jamais trop tard, dit-on, pour bien faire !

L'AGROECOLOGIE : DES PRATIQUES SIMPLES, PEU COÛTEUSES, PROPRES ET AUTOFERTILES S'informer et informer est une chose. Acquérir des outils pratiques et expérimenter sur le terrain en est une autre ! L'expérience concrète et vécue est seule véritablement pédagogique. Si certains témoignages dans les échanges s 'approchaient de cette qualité, nous n'étions pas encore à ce niveau. Pour cela, il aurait fallut nous rencontrer dans un jardin d'application où chez des fermiers engagés, mettre les mains dedans... Aussi chaque chose en son temps. Cette fois, les images et la parole sont venues en éclaireurs pour une première étape avant, nous l'espérons, un lieu d'accueil pédagogique sur le terrain... Avis aux amateurs ! L'essentiel des exposés reposait donc sur les présentations de pratiques et techniques alternatives aux modes conventionnels productivistes et agrochimiques: Tout d'abord un bref rappel de l'ancienneté de l'agriculture paysanne (au moins 12.000 ans d'agriculture sans agronomes!) de ses ressources gratuites et reproductibles (combat de Kokopelli) de sa richesse d'expériences, de savoirs et savoirs-faire adaptées aux différents climats et terroirs, de l'adaptabilité du vivant et du génie végétal dans ses acclimatations, caractère qui fait entre autres la richesse et la beauté de l'environnement caribéen (n'oublions pas, pour ne citer qu'un exemple parmi des dizaines, qu'il n'y avait pas un seul cocotier à l'époque précolombienne !). Ont été présentés ensuite les différents mouvements plus récents de régénération de l'agri-culture: La permaculture, l'agriculture biologique et l'agriculture biodynamique. Un décryptage des différentes filières et labels a aussi été abordé. Chris Coulong (ci contre) apiculteur et agriculteur sur le domaine de l'Habitation Birloton à Bouillante10, est intervenu durant notre journée au Lycée Agricole de Baie-Mahault pour présenter les principes et méthodes de l'agriculture biodynamique qu'il met en pratique dans son travail de terrain. Philippe Sahagian de l'association Nature Kulture11 également située à Bouillante, nous a parlé du Neem et de son utilisation comme protecteur des cultures. Il nous a également présenté quelques plantes médicinales locales et était présent avec Chris sur un stand commun riche de documentation, de produits locaux: semences, plants, miel, calebasses... A noter parmi les nombreuses personnes à ces journées, la présence attentive et bienveillante de Mythel Panol, représentante de l'association pour une agriculture paysanne et écologique dans la Caraïbe APECA 12 qui a enrichi les échanges de son expérience et de ses observations directes dans les nombreuses îles des petites et grandes Antilles qu'elle a visitées , notamment par ses témoignages sur Cuba et Haïti rappelant que les besoins et les enjeux sont partout présents dans la région. ( proche de la Guadeloupe, Haïti a le triste privilège d'être au palmarès des pays les plus « affamés » au monde – le terme de « pauvreté » volontairement écarté, tout relatif qu'il est si l'on considère la grande richesse humaine et culturelle de ce pays). Les grandes lignes définissant l'agroécologie ont bien sûr été tracées à l'aide des critères établis par Pierre Rabhi, rappelant qu'une monoculture de bananiers sur des dizaines d'hectares, fut-elle biologique et respectant le cahier des charges « AB », n'est pas de l'agroécologie; le fait même de pérenniser les « champs de concentration », l'hypermécanisation, l' importation de fertilisants (même « bio ») ou issus de boues de stations d'épurations, de farines d'os ou de sang issus d'abattoirs industriels (…) nous démontre la même logique que celle que nous refusons: la déshumanisation et l'industrialisation du vivant et de l'agriculture . La présentation des pratiques mises en place depuis 10 ans par Annadana Kokopelli à Auroville était attendue et fut très appréciée pour la simplicité des principes et des méthodes , pour leur présentation claire (pas besoin d'être agronome pour les comprendre): nous avons ainsi abordé les techniques de bio-fertilisation (engrais-verts, compostage, charbon de bois, rotation des cultures...) et des préparations organiques à base d'excréments animaux ou de plantes tropicales... Le point commun de ces pratiques: une efficacité démontrée même sur de grandes surfaces, une grande facilité de mise en action, la gratuité ou leur coût très modique et l'accès direct aux matières premières dans les ressources locales immédiatement disponibles. Un document de synthèse à télécharger est disponible gratuitement pour toute personne intéressée .13 L'idée bien sûr soutenue fut la possibilité et la nécessité d' ADAPTER les principes de base par des pratiques spécifiques aux différents terroirs, aux cultures, et aux plantes auxiliaires locales.


A noter également le grand intérêt pour le phénomène « Terra Preta »14 ( cette mystérieuse terre noire d'Amazonie) et les expériences relatives à l'intégration du charbon de bois comme fertilisant (imbibé de bio-préparations liquides nutritives), favorisant la structure des sols et l'enracinement, la santé et la rentabilité des cultures. Plusieurs personnes présentes ont témoigné de l'existence ancienne de l'utilisation du Charbon de bois dans l'agriculture paysanne guadeloupéenne. A Terre de Bas (la plus grande île de l'archipel des Saintes au sud de la Guadeloupe) où le charbonnage était un art vital traditionnel, il est avéré par tous les jardiniers - et l'un d'eux était présent à nos rencontres, que les plantations localisées sur des anciens fours à charbon sont en meilleure santé et très productives. David Nazaire agriculteur à St Claude sur les contreforts volcaniques de la Soufrière, a également témoigné d'avoir trouvé du charbon de bois en abondance dans les sols d'anciennes parcelles agricoles en friche remises en culture... Est-ce la proximité géographique de l'Amazonie et de l'ancienne occupation amérindienne des petites et grandes Antilles qui est à l'origine de ces pratiques ou bien le simple bon sens paysan lié à l'observation ? Toujours est-il que cette pratique ne date pas d'hier, illustrant le fait que l'agroécologie n'est pas une discipline novatrice née d'une mode contemporaine mais bien une régénération de pratiques souvent ancestrales, certes enrichies de quelques trouvailles ou mises en évidence récentes. Les « EM » (Efficient Microorganisms) sont un exemple de l'apport contemporain à l'agroécologie.15 EM est un complexe de micro-organismes bénéfiques présents naturellement dans les sols (et dans nos estomacs!). Cette combinaison vivante d'environ 80 bactéries et levures, révélée et cultivée par l'agronome japonais Teruo Higa, est utilisée depuis une vingtaine d'années comme rééquilibrant des sols et pour assainir des milieux pollués ou infectés. En agriculture, les EM sont employés pour les soins du bétail, des sols et des cultures mais recouvrent de nombreuses autres applications que nous ne développerons pas ici. Dans le domaine qui nous intéresse, ils peuvent être utilisés comme activateurs de composts, pour l'assimilation des engrais verts : ils dynamisent et équilibrent la microbiologie des sols et sont par conséquent bienfaisants pour la santé et la productivité des plantes cultivées. Appel à la mesure, ils ne sont pas une panacée (plutôt des auxiliaires) et leur usage est soumis à des procédures simples mais à respecter...Dans les exemples des méthodes proposées les EM sont les seuls « intrants » (à coût modique et en très petites quantités) à devoir être achetés à « l'extérieur ». Toutefois, une fois acquis et bien gérés, on peut les multiplier soi-même comme on le fait avec du levain issu de la pâte du pain précédent... L'image est pertinente car il s'agit vraiment d'un levain pour booster et rééquilibrer la vie organique. Les EM semblent être encore boudés en France par les scientifiques et le public peu informé alors qu'ils sont utilisés depuis une vingtaine d'années en Asie, et s'imposent en Allemagne et en Suisse suite à de nombreuses expériences rigoureuses et concluantes sur leurs bienfaits... A noter qu'ils sont inscrits dans la liste des intrants autorisés par le cahier des charges de l'agriculture biologique suisse et sont utilisés par des biodynamistes. Les antillais seraient-ils plus curieux et précurseurs pour les utiliser ? Leur présentation par Chris Coulong, biodynamiste à Bouillante, le démontre pour l'heure. Au sujet des EM, voici un témoignage exclusif de Christophe Latchman agriculteur biologique au Lamentin (un des rares certifiés « AB » en Guadeloupe), présent à notre rencontre à l'Université de Pointe à Pitre, grand voyageur curieux en Afrique et dans les Amériques. Christophe nous a parlé de certaines pratiques observées en Amazonie par les jardiniers paysans amérindiens. Ceux-ci, nous a t-il dit, préparent une pâte de riz ou de manioc qu'ils emballent dans des feuilles. Ils enterrent ces curieux paquets dans l'humus forestier pendant quelque temps... Ils utilisent ensuite le résultat de cette macération-fermentation à des fins fertilisantes et assainissantes. Les effets de ces « mixtures fermentées » ( santé des plantes cultivées, disparition des putréfactions et mauvaises odeurs des fosses d'aisances ou de zones marécageuses...) ne sont pas sans rappeler les EM, d'autant plus si l'on prend en compte le processus de fabrication: fermentation (bactéries) en rapport à la nature des EM. Les peuples amazoniens gardiens et utilisateurs de ces pratiques n'ont-ils pas tout bonnement fait la même découverte que l'agronome japonais Teruo Higa ? Aurions-nous par ces indications (recette et actions à préciser), des pistes pour fabriquer artisanalement ces fameux EM qui étaient les seuls sur la liste à être des intrants « extérieurs » à acheter .


Chlor-décone et « compagnies » Guadeloupe et Martinique sont également touchées par une pollution profonde et durable par (entre autres) le Chlordécone, insecticide organochloré utilisé sous dérogation pendant plus de 20 ans contre le charançon du bananier, alors que le produit était interdit aux USA tout comme le DDT à la même période ; ce n'est pas peu dire... Beaucoup à été dit et écrit sur cette molécule, sur l'historique de son utilisation et ses impacts directs et indirects, à court et à long terme. De nombreux articles et liens internet développent le sujet. Lorsque l'antenne locale de l'association Nature & Progrès dénonçait dans les années 1990 les abus hors la loi de l'utilisation des pesticides (pour l'épandage aérien, pas de balisage des parcelles, pas de coloration des produits pourtant exigés dans les textes -pour des effets collatéraux ni vus ni connus ?!) tout à été fait pour décourager les plaignants, y compris les menaces. Pour lutter contre les épandages des stukas des compagnies bananières, les habitants victimes de l'arrosage de leurs jardins ont déposé pétitions et plaintes en gendarmerie qui sont restées lettre morte (pas d'enquête, pas de procédure judiciaire suite aux plaintes). Il fallait encore attendre 10 ans pour que le Pr. Belpomme fasse éclater ce scandale enfin révélé au pays et dans les médias nationaux ! Lors de la rencontre du 21 novembre à l'université, ont été projetés quelques extraits du « Titanic Apicole »16 sur la question des pesticides, mais aussi sur celle des OGM qui, pour l'instant, ne semble pas concerner directement les Antilles (au niveau des cultures) mais qui dévoile les interactions et les liens de famille idéologiques et financiers de ces deux fléaux techno-scientistes. Volonté était nôtre d'alerter et d 'encourager à la vigilance citoyenne les guadeloupéens présents. En effet, les départements d'outre-mer ont déjà fait les frais de dérogations spéciales, trop souvent les derniers, avec les pays du tiers monde, à écouler la soupe toxique des marchands de pestes... Si l'histoire se répète, en imaginant que les OGM soient finalement partout interdits, il y aurait fort à parier qu'une dérogation les autorise encore ici... Faut-il encore rappeler que le malathion, molécule insecticide organophosphorée, est encore utilisé contre les moustiques en Guadeloupe sous dérogation alors que cette substance, cancérigène notoire, à fait l'objet d'études révélant sa toxicité sur les système nerveux et reproducteurs des souris et des humains. Pour l'union européenne, cette substance active est interdite par la décision 2007/389/CE à la suite de l'examen relatif à l'inscription à l’annexe I de la directive 91/414/CEE. L'utilisation du malathion est interdite en France à compter du 1ier décembre 2008 17 ce qui n'a pas empêché des aspersions à SaintBarthélemy en mai 2009. Pour le problème de la prolifération des moustiques d'autres solutions existent18. Nous n'évoquerons pas tous les autres « cocktails » toxiques, officiellement autorisés, et mis cependant à l'index par des chercheurs « officiels » et reconnus. Ci contre l'ouvrage de de Philippe Verdol,( économiste, maître de conférences à l'Université Antilles Guyane - pôle Guadeloupe) L'île-Monde dans l'œil des pesticides, aux Editions L'Ibis Rouge.

Face à ce fléau, les tenants de l'agronomie institutionnelle (INRA, CIRAD) adoptent l'agroécologie comme « nouveau » cheval de bataille19... Pourtant, en roue de secours de cette noble cause, un curieux concept s'insinue: celui d'une agroécologie soupoudrée d'un peu d'insecticide par ci (chlormachin okaou), d'herbicides par là (roundtruc okaou) 20 en attendant mieux bien sûr, nous comprenons bien… Que penser alors des promoteurs de cette agroécologie du « oui mais ... » : raisonnée ?! Un deuxième volet à paraître de cet article évoquera la question de « l'agriculture raisonnée » en lien avec la situation antillaise.

En attendant d'aller gratter (avec des gants) ces sols plus que doûteux et afin d'apporter de l'eau au moulin des pistes de solutions, n'oublions pas d'évoquer l'action dépolluante des EM cités plus haut, action qui n'est pas des moindres (efficacité prouvée pour les pollutions organiques). Le fait qu'ils puissent être actifs pour digérer et transformer, sous certaines conditions, les molécules de pesticides voire certains métaux lourds pour les rendre inoffensifs est encore au stade de protocoles expérimentaux. (certaines recherches l'affirment pour la dioxine qui est aussi un organochloré 21).

Le vivant à notre secours pour désamorcer le mortifère et régénérer la vie ? … « What else ?!!! » Qui voudra bien tenter les expériences et analyses aux Antilles ? Voici un domaine où les laboratoires de l'INRA et du CIRAD pourraient se rendre utiles. La perche est tendue aux personnels de ces institutions, scientifiques compétents et souvent chercheurs passionnés, pourvus comme chacun d'humanité et de bon sens... Un petit village d'irréductibles gaulois sommeille sans doute en chacun des sujets de l'empire : aurions nous depuis longtemps la recette d'une potion magique encore inutilisée ?! Ci dessus, les images de cristallisation d'une goutte d'eau du robinet, avant et après avoir été mise en contact avec des céramiques imprégnées d'EM . Rien de scientifique dans tout cela bien sûr...! Pourtant d'autres protocoles plus conventionnels font état de l'efficacité des EM dans de nombreuses applications. (A SUIVRE...)


ALERTER A PROPOS DES AGRO-CARBURANTS Kokopelli ne pouvait porter la voix en Guadeloupe sans alerter sur les dangers d'une orientation de l'agriculture locale (et de sa filière canne en particulier) vers la production d'agrocarburants, justement qualifiés de « nécrocarburants » dans les chroniques récentes de Dominique Guillet, fondateur et président de Kokopelli22. Cette mystification élaborée pour soi-disant apporter une solution à la crise pétrolière ne doit pas berner les Martiniquais et les Guadeloupéens. La famine augmente au niveau mondial. Les terres agricoles déjà mondialement érodées et polluées 23 par l'agrochimie, doivent avoir plus que jamais pour vocation de nourrir les populations et non les moteurs à explosion... Les arguments écologiques, énergétiques et socioéconomiques sur ce problème sont largement développés dans de nombreux forums et articles. Nous ne les aborderons donc pas ici. Les participants à ces rencontres furent évidemment très attentifs à ce sujet. D'autres extraits du « Titanic Apicole » traitant de ce jeu de dupes furent projetés. Nous espérons que les personnes présentes, notamment celles représentantes de l'organisme « Pays de la canne », ont été alertés et agiront en conséquence pour communiquer la nécessité d'une vigilance et d'une grande fermeté face à cette menace. Déjà, les associations et les élus guadeloupéens avaient fait preuve de courage et de sagacité dans les années 1980, lorsqu'ils avaient refusé l'implantation d'une raffinerie de pétrole sur le nord Grande-Terre malgré le miroitement de créations d'emplois. Le projet d'une fameuse compagnie pétrolière texane était alors de raffiner en Guadeloupe (le sale boulot) le pétrole vénézuélien en transit vers les USA. Souhaitons qu'une même attitude anime les collectivités locales face au mirage des agro-carburants qui n'ont rien de « Bio » et sont surtout porteurs de misère humaine, d'appauvrissement à tous points de vue. A voir notamment les conséquences environnementales et sociales au Brésil ( conditions de vie des travailleurs ouvertement proches de l'esclavage ) et rappelons la lutte des paysans jamaïquains en 2007 pour préserver leurs terres agricoles nourricières face au haro des banques britanniques et de la BP pour de la canne-éthanol intensive sur leur territoire. En contrepoint rapide sur la filière canne, évoquons la grande qualité nutritive et médicinale du jus et du sucre de canne brut ainsi que de la mélasse qui n'a rien à envier au sirop d'érable sur le plan des vertus. Au-delà des monocultures à bannir progressivement, la culture de la canne à sucre est sans aucun doute une richesse locale à mesurer en terme d'apports bienfaisant, si bien sûr les méthodes culturales s'adaptent à de nouveaux critères écologiques et sociaux. On parle depuis longtemps aux Antilles de « l'industrie » de la canne, à juste titre pour une activité directement issue de l'esclavage... Pouvons-nous maintenant imaginer une véritable « culture » de la canne, basée sur la qualité de la terre qui la supporte et de la santé et vitalité des populations qui la cultivent et la consomment ?


Parc National, Institutions de l'agronomie et élus locaux en piste pour une Agroécologie régionale ? … La question est posée et la réponse est positive, tout du moins en ce qui concerne les discours et les projets, pour certains en cours. A noter par exemple le projet pampa du CIRAD, organisme présent ainsi que l'INRA, à la journée du 18 Novembre 2009 organisée par le Parc National de la Guadeloupe et l'association assofwi, témoignent d'un engagement vers des actions concrètes mentionnées en conclusion, proposant ouvertures et axes de travail qui sont les bienvenus. En ce qui concerne les élus locaux, seul était présent monsieur Jean Claude Malo, maire de Bouillante, commune sur laquelle était organisée cette manifestation. L'évocation de l'engagement d'un élu martiniquais dans cette direction pour sa commune fera peut être des émules ? Nous l'espérons et souhaitons que la Guadeloupe prenne elle aussi cette direction salutaire.

Objectifs d’action en conclusion des actes* de ce séminaire : • • • •

• • • • • • • • •

Relations Nord-Sud : améliorer les relations, plus apprendre du Sud, réfléchir avec le sud et non à sa place, aller plutôt vers des relations Sud-Sud et Nord-Nord puis voir si interactions possibles Etat des lieux (% des produits consommés en Guadeloupe, part local/importé/caraïbe) pour aller vers la baisse des importations Baisser l’utilisation des intrants Création de groupements pour la diffusion des connaissances, relais entre recherche et profession (séminaire, collaboration, association, syndicat, centre technique…), échanges de pratiques, mise en réseau des connaissances Formations sur l’agro écologie Création d’une structure sur l’agro-écologie Mise en place d’exploitations témoins, expérience chez les producteurs Création d’un centre ressource/technique, ayant une activité expérimentale de terrain Tripode « recherche- développement- formation » : démarche participative et active Parler de l’agro écologie à plus large échelle (école, collège, lycée, interprofessions agricoles, CFPPA, lycée agricole, centres de formation …) Favoriser la consommation locale afin de baisser les importations Grenelle de l’environnement : demander d’avantage d’aide et de reconnaissance pour les producteurs qui protègent la biodiversité Améliorer la vulgarisation du discours de la recherche * Actes disponibles auprès du Parc National de la Guadeloupe (eric.graux@guadeloupe-parcnational.fr ), et du CIRAD (lebellec@cirad.fr)

A la vue de cette énumération, on peut évidemment se réjouir que tous ces points soient consignés comme des orientations à suivre. L'association Kokopelli, dans les limites de ses compétences, de son éthique et de ses moyens, se tient bien sûr à l'écoute pour participer à un tel programme.

MOTIVATIONS EN MARCHE Suite à ces journées d'information et d'émulation , une dizaine de participants sont d'ors et déjà motivés pour aller plus loin et se former aux méthodes d'agroécologie tropicale. Puissent-ils trouver le temps et les finances pour voyager sur des sites d'applications à Cuba, en Afrique, en Amérique latine ou en Inde. Notre antenne d'Annadana à Auroville pourra t-elle accueillir bientôt en formation de terrain nos agroécologistes sans frontières ? Nous l'espérons. L'objectif est bien sûr que les étudiants et les pionniers voyageurs deviennent à leur tour expérimentateurs sur nos îles puis formateurs in-situ, conseillers, agents de « renseignements généreux »... Conformément aux conclusions des actes du séminaire de Bouillante du 18 novembre, des équipes devront être amenées à travailler sur des sites pilotes locaux. La diffusion des enjeux et des pratiques dans les écoles et centres de formation agricole déjà existant devra aller de concert. Gageons que les pionniers, pour certains déjà engagés sur leur lopin de terre, sauront convaincre les indécis par la pratique et leurs jardins témoins. Ci contre: Lycée agricole de Baie-Mahault. Ramassage des algues pour une expérience de compostage (Photo:Liliane Giandoli)


Il faut également signaler que de nombreux projets sont en cours ou en perspective sur d'autres îles de la Caraïbe comme celui par exemple d'un programme d'agroforesterie à Ste Lucie. Pour celui-ci des personnes engagées vont jusqu'à se former en Thaïlande ! Les transhumances du savoir n'ont pas de limites mais il est bon d'espérer un centre prochain plus proche à vocation inter-caribéenne... L'archipel de la Guadeloupe, de par la variété de ses biotopes (humide, sec, mangrove, volcanique, calcaire, montagne, littoral, micro insulaire...) pourrait être une base idéale de diversité pour un tel projet d'expérimentation et de formation rayonnant sur toute la Caraïbe. Avis encore une fois aux élus et aux bailleurs de fonds ! Extraordinaire biodiversité antillaise !24 (photo Kananga)

UNE OASIS SUR UN CAILLOU ARIDE Pour terminer ce court voyage en Guadeloupe, voici justement un exemple (parmi de nombreux possibles) qui illustre bien cette dynamique propre aux insulaires d'auto-gérer leur espace vital, démarche évidente et de simple bon sens qui demande néanmoins une nouvelle impulsion. Est-ce là la mission de ce que l'on appelle aujourd'hui « la génération écologie », héritière au sein des familles, des savoirs, des savoirs-faire, de la mémoire ininterrompue de ceux et celles qui, il n'y a pas si longtemps encore, ne comptaient que sur eux-mêmes et sur un voisinage solidaire pour nourrir leur famille et leurs proches ? « Accueillir, observer, adapter et transmettre »... Dans le domaine des recettes écologiques de bonne fame (orthographe exacte de l'expression originale; fame: fameux, famous... « de bonne notoriété ou réputation ») voici un témoignage agroécologique rapporté, contre toute attente, de l'île la moins agricole entre toutes de l'archipel de la Guadeloupe: j'ai nommé la belle Terre de Haut des Saintes, réputée pour être le repère des meilleurs pêcheurs de la Caraïbe et pour ses clichés d' éden touristique, peu connue pour ses quelques jardiniers qui ont le grand mérite de cultiver des fruits et légumes dans un climat de sécheresse plus propice aux cactus qu'aux salades ! Rencontre, imprévue donc, avec un jardinier hors du commun qui a préféré rester anonyme. Celui-ci s'est investi dans l'aménagement et la culture d'un jardin créole biologique (fruitiers, potager et basse-cour) sur son petit domaine en bord de mer. Premier problème à régler sur ce « caillou aride »: L'EAU. A savoir qu'il n'y a pas de source ni de puits sur l'île. Celleci n'est reliée que récemment (1994) à un réseau de conduites sous-marines depuis la Guadeloupe – elle est par conséquent très chère au robinet public. L'eau utilisée à la maison comme au jardin provient citernes de récupération pluviale (30m3 de réserve, idéal pour tenir le « carême », saison sèche aux Antilles). Deuxième ressource primordiale: La TERRE. Le sol hérité n'étant constitué principalement que de sable blond marin, silice quasiment pure et sel peu fertiles, un amendement de sables volcaniques noirs importé de la Guadeloupe (du continent comme disent les Saintois !) a été le choix d'amendement adopté, enrichi ensuite par du compost. qu'il élabore à partir de biomasse récupérée dans le jardin (fibre de coco, déchets de cultures...) ou sur la plage qui borde son petit domaine (algues). Pour les semences, en plus des spécialités locales, il acclimate des variétés qu'il ramène de ses voyages : tomates, salades, haricots... Les Saintois, population insulaire longtemps isolée (où tout vient de la mer et par la mer), manquant d'eau, ont toujours cultivé l'art de l'économie de ressources et de moyens, art du système D , de la récupération et du recyclage. Il est ainsi naturel que les habitants encore en lien avec la mémoire collective du manque et de l'isolement, gardent une attitude et des gestes d'économie et optimisent au maximum ce qu'ils ont sous la main, car ici tout coûte


en effort et en argent pour faire venir par bateau l'indispensable, le nécessaire et le superflu …Cet état d'esprit avisé perdure encore parmi les Saintois(es) même si les temps récents d'abondance et de gaspillage font quelque peu oublier à certains ces sages habitudes. Parmi ces recyclages créatifs et fertiles, notre jardinier utilise donc les plumes et le duvet de ses volailles (sacrifiées à la gastronomie) qu'il laisse macérer dans l'eau de pluie jusqu'à désagrégation dans un bac hermétique stocké à l'ombre pendant trois semaines... La préparation est filtrée , diluée et ajoutée à l'eau d'arrosage. Il a testé une demi parcelle avec cette préparation et l'autre sans; les résultats sont parlants: les cultures en place sur le sol arrosé avec cette préparation furent incomparablement plus vigoureuses et nettement plus productives ! Autre préparation fertilisante: son purin d'orties. Non pas de l'ortie du type labiée que nous connaissons en Europe dont il existe une variante tropicale que l'on peut trouver en Guadeloupe, mais de cette ortie dite « zoti » qui est une liane très urticante qu'il ramasse dans les mornes, collines de forêt sèche. Parenthèse utile pour dire que ces forêts arbustives sont d'ailleurs menacées par l'érosion galopante induite par une surpopulation de cabris affamés (cheptel privatif errant) dont la salive corrosive ne laisse aucune chance aux arbustes mutilés et aux jeunes pousses. Cette menace écologique de désertification de l'île n'est pas connue des visiteurs amateurs de plages et d'eaux turquoises et est absente des préoccupations des élus locaux (jusque à preuve du contraire – nous tendons encore une perche ). Cette commune insulaire touristique joue pourtant la carte de l'écologie dans les documents promotionnels diffusés; un vœu pieux lorsque l'on considère par exemple que la décharge municipale est justement à l'emplacement d'une réserve de biotope ! Une des plantes utilisées comme répulsif des pucerons et autres insectes indésirables, est l'aloès. Cette plante médicinale aux multiples vertus reconnues depuis l'antiquité est abondante sur ces îlots rocailleux; plante de bonne fame s'il en est ! L'amertume légendaire de l'aloès a donné l'idée d'en préparer une macération qu'il pulvérise en traitement foliaire... L'aloès, est notoirement utilisé aux Antilles et réputé pour son efficacité remarquable: multiples usages, en internes (traitement auxiliaire des ulcères, hémorroïdes...) et externe ( cicatrisant, régénération de la peau – brûlures, coups de soleil...) et il est connu des femmes allaitantes pour sevrer les bébés (badigeon d'aloès sur les seins). L'enfançon voudra alors trouver meilleur ailleurs... La comparaison est peut être indélicate mais pertinente: les insectes suceurs délaissent pareillement la sève des plantes ainsi enrobées ! Pour lutter contre les maladies cryptogamiques, notre jardinier à remarqué deux plantes (le mangle bord de mer , en créole « mang' » et le « zavé », arbustes du littoral ) qui, à l'état naturel sont toujours vigoureuses et jamais malades malgré de rudes conditions extérieures (sécheresse, vents salins...). Cette observation lui suffit pour élaborer à partir des feuilles de ces arbustes des macérations qu'il pulvérise à titre préventif et curatif. Les recettes communiquées seront utiles à peu de personnes (hormis celle à base de plumes ) mais l'exemple vaut ici pour illustrer cette capacité d'adaptation à des conditions très localisées, ce qui révèle à la perfection ce que l'on entend par « agroécologie »: c'està- dire une authentique intelligence verte basée sur l'observation, la récupération ou la transformation des déchets organiques, sur l'utilisation créative des ressources minérales, végétales et animale alentour des lieux de cultures.Ci contre: jardin créole traditionnel

« à nos jardins citoyens ! » D'aucuns diront qu'une telle agroécologie n'est possible qu'à l'échelle de jardiniers amateurs sur de petites surfaces sans enjeu économique et non soumis à des contraintes de production. Pourtant, les expériences à plus grande échelle ( que nous avons présentées lors de ces journées d'échange en Guadeloupe) existent néanmoins et montrent la pertinence de ces pratiques et leurs possibilités de hauts rendements à long terme. Le jardinier, c'est vrai, n'est pas l'agriculteur professionnel. Même


convaincu, il est difficile pour l'agriculteur de se reconvertir. Il doit en effet atteindre un chiffre d'affaire pour vivre et faire face à des dettes souvent exorbitantes qui le maintiennent captif des pratiques engagées. La période de transition d'une agriculture conventionnelle à des pratiques agroécologiques est difficile voire impossible à assumer économiquement , même si ces dernières sont plus rentables à tous points de vue à long terme : temps de latence nécessaire à la reconstitution des sols, à l'affinement des pratiques pour passer le cap et atteindre à terme des rendements supérieurs . Les jeunes qui s'installent et prennent d'entrée l'option agroécologique ne s'exposent pas aux risques du « temps jachère économique » qu'implique la reconversion même s'ils doivent souvent, eux aussi, œuvrer en priorité à la régénération des sols intoxiqués ou appauvris. Cette régénération demande du temps (de 3 à 7 ans selon si l'on vise l'agrément « AB » ou « Déméter ») et des solutions économiques de transition doivent être trouvées individuellement et par ailleurs proposées par les collectivités souhaitant s'engager et aider leurs paysans vers ces reconversions utiles à tous. Aussi les jardiniers sont-ils plus libres. Ils sont peu représentés en terme global de surfaces travaillées (quoique), mais ils sont les plus nombreux et sont directement responsables des conséquences de leurs pratiques : ils consomment ce qu'ils plantent . Ainsi, Ils sont les défricheurs d'idées et de pratiques, des expérimentateurs qui ouvrent des chemins possibles pour les professionnels présents et à venir. « L'agroécologie: un enjeu global, des actions locales ! » Le local commence par le tout petit, le lopin privé, le jardin créole familial et convivial.... Les rencontres que nous avons proposées en Guadeloupe et « Radio-boispatate » la bien nommée (le bouche à oreille antillais) ont fait et feront leur travail de diffusion nécessaire. AJ. 24

RENVOIS: 1. numéro 2 de la revue Kokopelli p31 à télécharger : http://www.kokopelli.asso.fr/tel/revue2.pdf 2. Marcellin Nadeau, maire du Prêcheur. 3. LKP « Liyannaj Kont pwofitasyon » ( solidarité contre les profits à outrance), collectif d'organisations syndicales, associatives et politiques de la Guadeloupe .http://www.lkp-gwa.org/ 4. Semantilles bio, Cédric Moussy semantillesbio@hotmail.fr 5. http://www.annadana.com/ voir les articles sur la revue Kokopelli (1) et sur le website de Kokopelli 6. Expériences agroécologiques au Mali illustrées par le film projeté « Semences d'autonomie » produit par Terre & Humanisme http://www.terre-humanisme.org/ . Voir aussi le site de colibris (mouvement pour la terre et l'humanisme) http://www.colibrislemouvement.org/ 7. Liste des courriels des participants sur demande à semantilles bio (4) 8. Pierre Rabhi, Paroles de Terre, Albin Michel. 9. En climat tempéré, un hectare est suffisant pour nourrir à l'année une famille de 4 à 6 personnes. En climat tropical humide, 1 hectare bien géré peut nourrir 20 personnes à l'année en régime végétarien ! Compte tenu de la superficie des terres agricoles de la Guadeloupe (50,000 ha) et de sa population (arrondissons au dessus à 500,000) , faîtes le calcul ! … La Guadeloupe pourrait largement nourrir sa population. 10. Chris Coulong , http://www.habitation-birloton.com/ 11. Nature Kulture: http://naturekulture971.unblog.fr/tag/nature-kulture-futur/ 12. APECA association pour une agriculture paysanne et écologique dans la Caraïbe : apecagpe@yahoo.fr ou mythelpanol@yahoo.fr 13. Document de synthèse à demander à archipel21@live.fr 14. Terra preta : http://fr.wikipedia.org/wiki/Terra_preta 15. EM : pour les références bibliographiques et liens vers les protocoles de recherche voir le site http://www.em-france.fr/ 16. « le Titanic apicole », film documentaire en 3 volets d'Ananda et Dominique Guillet disponible sur commande à Kokopelli http://www.kokopelli.asso.fr/ . Sur les abeilles:http://www.liberterre.fr/agriculture/pollinisateurs/requiem01. Et http://www.liberterre.fr/gaiagnostic/z-maurice/index.html


17. Source: wikipédia 18. La « lutte » contre les moustiques peut s' envisager autrement. l'utilisation d'insecticides tel que le malathion qui est sensé s'attaquer aux larves qui se développent dans les eaux stagnantes (donc pollution des eaux), est un aveu de laxisme et d'apparente facilité (je tire d'abord, je réfléchis ensuite!). La prolifération des moustiques pourraient être évité grâce à des mesures d'urbanisme évitant les zones d'eaux croupies et en intensifiant l'information des populations : hygiène et gestion domestique: entretien soigné des gouttières, des citernes, propreté des espaces et fluidités des écoulements etc.... L'utilisation par exemple de guppies (petits poissons) se nourrissant des larves de moustiques dans les citernes d'eau potable et dans les mares où zones marécageuses est une piste de lutte contre la prolifération des larves (technique transmise par des particuliers qui l'utilisent à St Barthélémy)...C'est utiliser le vivant à notre service plutôt que les formules létales; c'est penser la vie au service de la vie; c'est coopérer au lieu de « lutter » et de partir en guerre; c'est interagir dans la régulation et la maîtrise des causes plutôt que d' « exterminer » les conséquences de négligences ou d'un manque d'intelligence . A savoir que 3% seulement des pesticides atteignent leur cible ! Cela fait 97% de libres poisons dans l'environnement à chaque application... Quel gaspillage !!!! 19. http://agroecologie.cirad.fr/

http://www.cirad.fr/ur/hortsys/equipe

20. Voir la dernière publication tout public des « cultures fruitières en Guadeloupe » du CIRAD /assofwi . 21. Liens et protocoles de recherches à http://www.em-france.fr/ 22. « Les nécro-carburants, mettez du sang dans votre moteur » , chronique de Dominique Guillet :http://www.liberterre.fr/gaiagnostic/dominique/necrocarb.html ; voir aussi le site de GRAIN : http://www.grain.org/seedling_files/seed-07-07-fr.pdf 23. Lire l’article : « Planète terre, planète désert » http://www.liberterre.fr/gaiagnostic/dominique/planete-desert1.html 24. En forêt primaire, au cœur de la Basse Terre dont la zone centrale est Parc National et réserve UNESCO de Biosphère (programme M.A.B), une moyenne de 300 espèces végétales à l'hectare !!! 25 Alain JOYEUX , enseignant et art-thérapeute. Membre de Kokopelli. Héritier d’une parcelle de terrain familial en Guadeloupe : jardin créole agroécologique dans les années 90. Professeur d’arts et de jardinage à l’école Steiner ; Formé en France sur le terrain à la biodynamie et participant au séminaire d’agroécologie tropicale de Stephan Fayon (Annadana-Kokopelli), traducteur des documents pédagogique Annadana. Consultant indépendant en agroécologie « Archipel21 » : étude & suivi de projets-formations. Archipel21@live.fr


Agroécologie