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C. KUEVA Gaëlle est prête à tout pour que Matt redevienne un homme. Elle cherche de l’aide auprès des naturalistes mais sait-elle vraiment ce qu’ils représentent ? Et pourquoi les autorités s’opposent-elles si vivement à ce mouvement alternatif ? Que risque Gaëlle en les côtoyant de plus près ? Est-elle prête à transgresser les lois, celles de l’État mais aussi celles de l’amour ? Car en voulant retrouver le Matt d’avant, ne va-t-elle pas le perdre et se perdre elle-même ? Et comment aider Flo qui refuse le choix binaire homme ou femme que lui impose la société ?

Ce deuxième volume déploie l’univers inquiétant du premier tome et prolonge la réflexion sur le genre, la bioéthique et la privatisation du vivant.

14,90 €

C.KUEVA

Gaëlle a choisi d’être femme, Flo hésite encore. Matt, lui, sait que dans trois mois, il deviendra un homme. Dans cette société, tous les enfants naissent hermaphrodites. à seize ans, les adolescents doivent choisir leur sexe. Tous, sauf ceux atteints d’une déficience qui les condamne à un autre destin. On les appelle les Porteurs. Matt découvre qu’il est l’un de ceux là. Mais que cache vraiment la déficience des Porteurs ? Pourquoi l’État les tient-ils sous haute surveillance ? Une formidable histoire de manipulation, de secret d’Etat, et bien entendu, d’amour.

9:HTLANF=WUVUZU: Ce premier roman est le premier volume d’une trilogie.

14,90 €

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Du même auteur : les porteurs #1 - Matt


X|| - Le pendu

Le douzième arcane du tarot représente un homme tête en bas, pendu à une branche par une corde attachée au pied gauche. Sa jambe droite est repliée derrière son mollet gauche. Il tient ses deux mains dans son dos. Deux arbres l’encadrent. Ses cheveux tombent en auréole autour de sa tête qui pend dans un fossé entre deux monticules de terre couverts d’herbe. Sa veste est jaune, rouge, verte et bleu ciel. Son pantalon, bleu roi, ses chaussures rouges. La carte évoque un arrêt total, nécessaire pour une descente en soi, vers sa source originelle profonde.

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Au sens négatif, l’arcane symbolise un blocage, une impossibilité à agir, un manque de maturité qui freine le bon déroulement de la situation. Au sens positif, l’arcane symbolise le fœtus dans le ventre maternel, le contact profond avec soi-même qui permet de naître véritablement au monde. Le pendu précède l’arcane sans nom, le XIII, qui appelle la mort ou le renouveau.

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Sans un mot d’explication, Gaëlle avait disparu de la circulation. Elle ne répondait plus à ses appels, elle ne venait plus en cours. Floriane ne pouvait s’empêcher de lui en vouloir. Franchement, tout ça pour un baiser échangé. Leur amitié était-elle si fragile qu’elle ne puisse effacer un instant de tendresse sincère et maladroite ? Plus de confidences échangées, plus d’émotions partagées ; Gaëlle lui manquait. Rire pour des bêtises, se chamailler, s’ennuyer ensemble, inventer des jeux stupides, traîner au parc ou au bar, se donner des nouvelles de la bande, réinventer le monde, arrêter le temps, elle devait faire le deuil de ces mille détails qui tissaient leurs liens au quotidien alors qu’avec

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le chamboulement qui bousculait sa vie ces derniers jours, elle aurait tant eu besoin de se confier. La tristesse initiale de Floriane s’était teintée de nostalgie pour se transformer progressivement en ressentiment puis en colère. La mauvaise humeur s’était ensuite dissipée pour laisser place à la tendresse puis à l’inquiétude et, pour finir, à la résignation. Une fois qu’elle eut épuisé la palette de ses sentiments, l’envie d’une autre présence avait germé en elle. Cette autre encore pas si familière, intimidante et dont la proximité densifiait chaque minute écoulée. Jehanne avait accueilli ses états d’âme sans moufter. Son comportement était différent de ce à quoi Floriane était habituée avec ses proches. Jehanne ne commentait pas, ne conseillait pas, ne plaignait pas et pourtant elle compatissait autrement, par son écoute sans jugement, sa tranquillité massive, son acceptation tranquille. En sa présence, l’agitation finissait par s’apaiser. Le calme de Jehanne était contagieux. Une fois que Floriane s’était déchargée de son trop-plein d’émotions, son amoureuse l’attirait contre elle et Floriane oubliait tout le reste. Elle se laissait maintenant embrasser sans s’enfuir et, quand leurs baisers s’éternisaient, une flamme d’une autre nature remuait Floriane. Sans nul doute, elle gagnait au change.

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L’absence de Gaëlle laissait la place au désir de Jehanne qui ne demandait que ça. Le plus pénible, c’étaient les cours et même, plus que les cours, le lyceum. Les élèves de sa classe l’ignoraient carrément. Elle n’avait pas réussi à établir de contacts en dehors des incontournables échanges de prises de notes et d’informations sur les devoirs. Depuis qu’ils savaient qu’elle étudiait plus de matières que celles imposées par l’établissement, elle était considérée comme une anomalie, comme si le fait de s’intéresser aux études la classait d’office dans la catégorie « dingues infréquentables ». Avant qu’elle ne disparaisse, Gaëlle l’aidait à supporter l’ambiance mais dorénavant, Flo se forçait à se lever chaque matin pour assister aux cours. Alors ce jour-là, arrivée devant la grille du lyceum, sans réfléchir, sans écouter autre chose qu’une puissante impulsion surgie en elle sans prévenir, bravant à contre-courant le flux des élèves qui entraient dans l’établissement, Floriane fit demi-tour. Son cœur se serra alors qu’elle s’éloignait de l’entrée, marchant posément pour ne pas se faire remarquer, inquiète qu’on la découvre, qu’on la rattrape, qu’on la traîne de force à l’intérieur. Ce n’est qu’après avoir laissé deux pâtés de maisons entre elle et le lyceum qu’elle

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se remit à respirer. Jamais encore elle n’avait séché les cours. Même maintenant, cette idée lui semblait étrange. Elle n’avait aucun plan en tête. Que faire de sa journée ? L’inconnu commençait là, au coin de la rue, et elle frémissait à l’idée d’y plonger. Elle regrettait déjà sa réaction. Pourquoi avait-elle écouté cette impulsion ridicule ? C’était stupide. Elle allait perdre son temps à déambuler dans les rues sans but, seule comme jamais. Ses pas l’avaient conduite devant le bar. Jehanne était derrière le flipper. – Tu habites seule ? Plutôt que de traîner au café, Jehanne lui avait proposé de regarder un film chez elle. Elle avait accepté sans réfléchir. Son amoureuse habitait derrière le bar, au fond d’une cour, un petit studio sombre au premier étage d’un immeuble ancien, délabré. – Oui, seule. Tu croyais quoi ? Que je vivais chez mes parents ? Je te sers un verre ? – Oui, d’accord. En guise de canapé, il n’y avait qu’un grand lit couvert d’une multitude de coussins et d’oreillers colorés. – Le mieux, c’est d’enlever tes chaussures, comme ça tu peux t’écrouler au fond du canapé, contre le mur.

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Floriane obtempéra et s’installa de son mieux, un peu tendue, intimidée à l’idée de se retrouver seule dans le lit de cette fille qui l’embrasait quand elles s’embrassaient. Et en plus, ses chaussettes étaient trouées. – Tu travailles ici alors ? – Oui. Tu sais, je travaille un peu quand je veux où je veux, c’est pratique mon boulot. Il suffit d’un ordi et d’une connexion. – C’est sympa la modération ? Ça t’arrive souvent de virer des gens ? – Ça dépend du type de site. Sur les sites d’information, c’est rare. Sur les forums, c’est selon les sujets. Si ça parle vacances, ça va, si ça parle politique ou sexe, je bannis à tour de bras. Regarde ça, j’ai de l’entraînement. Elle prit la pose en s’approchant de Flo pour lui faire tâter ses biceps gonflés. – Impressionnant, confirma Flo, souriante, en se prêtant au jeu. – Montre un peu les tiens ? Flo banda les muscles qu’elle n’avait pas, Jehanne éclata de rire. – Juste de quoi tenir un verre. Ça tombe bien, j’en ai un pour toi. Elle lui tendit une boisson colorée agrémentée d’une paille et vint prendre place à côté d’elle.

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– Tchin ! – Tchin ! La boisson était délicieusement enivrante, parfumée au miel et aux agrumes, légèrement alcoolisée. Elles sirotèrent le liquide en s’affalant sur les coussins empilés. – Le vrai luxe, tu vois, c’est le nombre de coussins que t’as pour t’écrouler. Deux oreillers, c’est la base pour la survie mais quand t’arrives à dix, là, t’es comme une princesse. Tiens, mets ça dans ton dos, tu verras. Jehanne débarrassa Flo de son verre déjà vide. – Je t’en refais un ? – Pas tout de suite, ça chauffe, ton truc. – C’est pas l’alcool. Un sourire taquin au coin des lèvres, elle lui lança un regard appuyé, et revint se blottir contre elle. – Tu veux voir quoi comme genre de film ? Un récent ? Un ciné-club ? Un film d’aventures ? Une comédie ? Une comédie musicale ? – Science-fiction, tu as ? – J’ai tout ce que tu veux, ma belle. La réponse évoqua à Floriane d’autres images que celles d’un film de science-fiction. Jehanne se pencha soudainement sur elle. Elle sursauta, sur la défensive. – Flippe pas. Je prends la télécommande.

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Le corps de Jehanne pesa sur sa compagne pendant que sa main tâtonnait à la recherche du boîtier, posé sur une petite étagère, à côté de Flo. Certes, elle récupérait la télécommande, mais elle en profitait aussi pour apprivoiser le corps de Floriane contre lequel elle resta collée bien plus longuement que nécessaire. Flo le constatait, s’en émouvait, s’en inquiétait aussi. À chaque fois, le désir spontané qui bondissait en elle cédait vite le pas à une sorte de pudeur mêlée de complexes. Son corps, ce foutu corps. Il manifestait une vie autonome, il chauffait, rougissait, pâlissait, se crispait, comment s’en dépêtrer ? Et puis elle se trouvait molle, informe, trop large des hanches, ses yeux étaient trop petits, trop rapprochés, ses pieds trop grands, ses jambes trop courtes, informe comme un pré-Seza, ni seins ni grand pénis d’homme, juste un micro pénis de neutre, trop de rondeurs par endroits, trop de platitudes à d’autres. Jusqu’à présent, elle avait fait avec, elle ne s’en préoccupait pas, ça ne lui semblait pas si important tant qu’elle ne traînait qu’avec sa bande d’amis mais là, devant Jehanne, ces détails n’en étaient plus. Elle aurait aimé se sentir belle et désirable. Mais cette pensée ne tenait pas debout. Son amoureuse ne cessait de lui manifester son désir. Elle ne semblait pas

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remarquer ses imperfections, ses défauts physiques. Alors pourquoi, elle, s’en préoccupait-elle tant ? Ignorant les affres de Flo, Jehanne profita de sa position pour déposer un baiser dans son cou, avant de régler la lumière. Le plafonnier s’éteignit au profit d’une guirlande suspendue au-dessus du lit qui instaura une lueur dorée, romantique à souhait. Des écrans se déroulèrent devant elles et sur les côtés. Jehanne lança la projection. – Retour à Zeta Reticuli, ça te va ? Tu l’as pas déjà vu ? – Ah non, super, je l’ai raté à sa sortie. Ça fout la trouille, non ? – C’est exprès. Comme ça, si t’as peur, tu viendras te réfugier dans mes bras. Flo sentit le rouge monter à ses joues et s’en voulut d’être si vulnérable. Pour se défouler, elle jeta un coussin sur Jehanne qui, au lieu de s’en protéger, tira dessus et, dans le mouvement, attira sa copine vers elle. – Ah mais si t’insistes, on n’a pas besoin d’attendre le film, pas de problème, ironisa-t-elle. Elle entoura Flo de ses bras câlins et allongea le haut de son buste sur ses cuisses. – Allez maintenant, tu bouges plus et silence. Les films, c’est sacré ! Je supporte pas qu’on papote en regardant.

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Flo ne demandait pas mieux. Jehanne caressait ses cheveux, son visage, tendrement mais sans y penser, tout absorbée par l’écran. Flo planait, détendue et heureuse. Leur intimité se construisait tranquillement. Elle avait besoin de cette lenteur, elle savait que ce n’était pas le cas de Jehanne mais celle-ci respectait son rythme ; Floriane lui était reconnaissante de cette retenue et de ce qu’elle signifiait.

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La suite en librairie le 23 mai...

Les Porteurs T3 #Lou  

Le troisième tome de la trilogie Les Porteurs - En librairie le 23 mai. Un dernier volet riche en rebondissements, qui continue de creuser l...

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