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Financité

Ensemble, changeons la finance

Épargnez-vous Fiscalité, égalité, sécurité p.6-7 Alternatives autour de l'épargne p.8-9

magazine

Numéro Trimestriel

33

mars 2014

Une publication du réseau Financité Bureau de dépôt : 6000 Charleroi

Pour une autre finance Cent-une idées pour une finance plus responsable p.10-11 L'épargne en jeu, participez p.13


édito Financité

Actualités Financité

Pas de terre sans paysans ! Pas de paysans sans terre !

Quand le Réseau se fait coquet Le 9 septembre 1987 naissait le Réseau FA (Réseau Financement Alternatif) avec un double objectif : soutenir financièrement des groupes et associations qui œuvrent pour une société plus humaine et conscientiser les épargnants à donner à leur argent un rendement social. En janvier 2014, le RFA était rebaptisé Réseau Financité. Coquetterie mal placée ?

Bernard Bayot, directeur du Réseau Financité

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e premier objectif des fondateurs du Réseau s'explique par l'opportunité qui leur était donnée de développer l'épargne Cigale avec une banque publique : la Caisse générale d'épargne et de retraite (CGER). L'histoire de cette épargne Cigale est elle-même une allégorie de l'évolution du secteur financier belge de ces trente dernières années. La CGER a, en effet, été privatisée lors de sa vente au groupe Fortis entre 1993 et 1997. Fortis, qui, dix ans plus tard ne devra son sauvetage de la faillite qu'à une intervention de l’État au moyen de l’argent public et deviendra ensuite BNP Paribas Fortis, lequel, l'année dernière, a décidé de tuer l'épargne Cigale... De leur côté, les organisations de la société civile se sont unies pour créer la coopérative NewB, dont elles espèrent qu'elle deviendra une banque participative, transparente, sobre et dédiée à l'économie locale, leur offrant ainsi ce soutien financier dont la triste saga financière belge vient de les priver. Le second objectif, conscientiser les épargnants à donner à leur épargne un rendement social, a pu être atteint grâce, notamment, à l'activité de recherche que le Réseau a déployée et qui a permis d'offrir aux citoyens les publications et l'expertise nécessaires à cette prise de conscience. Cette production d'analyses et d'étude a valu au Réseau de se faire reconnaître comme organisme d'éducation permanente en 2007. Mais elle aurait été inutile sans de forts outils de sensibilisation et d'information. Le Réseau a alors initié ses premières campagnes grand public intitulées « Mon argent... sans scrupules ? » et, dans la foulée, a élargi ses outils de communication, en créant le concept et les outils Financité: des outils de sensibilisation d'un mouvement citoyen engagé pour plus de responsabilité dans les rapports à l'argent (magazine, dépêche, ...). Puis arrive la crise financière de 2008. De plus en plus de citoyens s'interrogent sur les dérives de la finance. Depuis 2010, le Réseau appuie donc celles et ceux qui veulent changer la finance afin de la mettre au service de l’homme et de son environnement. Ce mouvement citoyen est devenu le moteur de toute la dynamique du Réseau. Des groupes Financité se sont formés avec des personnes que le sujet interpelle et qui souhaitent s'informer et en informer d'autres, interpeller ou agir. Cette évolution prend racine dans la conviction qu'apporter les remèdes nécessaires pour combler les failles du système ne pourra se faire sans une participation et une pression citoyennes fortes. Refonder la finance passera par chacun de nous, grâce à une vigilance de tous les instants, en participant, individuellement et collectivement, au débat politique mais aussi en accordant, individuellement et collectivement, nos choix d'utilisateurs de services financiers avec les principes que nous voulons défendre. Alors, non, mettre le citoyen au cœur de la dénomination de notre Réseau n'est pas une coquetterie. C'est à la fois une expression de fidélité à nos objectifs, une évidence tirée de notre évolution et une profession de foi dans notre capacité collective à faire bouger les lignes.

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e 17 avril prochain, des citoyens et associations belges - dont le Réseau Financité - regroupés au sein du réseau de soutien à l'agriculture paysanne (ReSAP), vous invitent à vous mobiliser dans différents lieux en Belgique pour réclamer l'accès à la terre pour les paysans et valoriser les combats et actions menés pour la souveraineté alimentaire. La date n'a pas été choisie au hasard puisque le 17 avril a été déclaré « Journée mondiale des luttes paysannes » par le mouvement Via Campesina en souvenir de paysans du mouvement des sans terre du Brésil assassinés le 17 avril 1996 pour le compte de grands propriétaires terriens. ReSap lance également une action symbolique : plantez des patates sur des terres inutilisées ou menacées de disparition (comme par exemple à Haren en périphérie bruxelloise), et prenez-en soin ensemble pour les récolter lors de la journée mondiale de l'alimentation, le 16 octobre. La patate sera le symbole 2014 de la lutte et des milliers d’initiatives en Belgique pour la souveraineté alimentaire. Plus d'infos ? Envoyez un e-mai à patates@collectifs.net ou consultez www.luttes-paysannes.be. Envie d'en savoir plus sur la spéculation alimentaire et l'accaparement des terres ? Plusieurs analyses du Réseau Financité sont disponibles dans notre bibliothèque en ligne.

Le top des banquiers

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l semblerait que, quitte à être banquier, mieux vaut l’être à Londres que dans d'autres villes européennes. D’après un rapport publié par l’Autorité bancaire européenne (EBA), en 2012, 2714 banquiers ont gagné plus d'un million d'euros en Grande-Bretagne contre 212 en Allemagne, 177 en France, 109 en Italie et 100 en Espagne. Et chez nous ? Le chiffre semble dérisoire à côté de nos voisins : 15 de nos banquiers ayant passé la barre d'un million de rémunération annuelle. Pour l'anecdote également, sachez qu'aux Pays-Bas, un banquier doit désormais prêter serment d'intégrité devant... Dieu, pour pouvoir pratiquer sa profession en toute légalité ! Depuis le début de l'année, « le serment du banquier » est en effet devenu une obligation légale pour les cadres dirigeants des établissements bancaires néerlandais. Une première sur le Vieux Continent.

La Pologne veut nationaliser ses fonds de pension

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'est un mécanisme inédit : dans une Europe qui privatise à tout va, la Pologne a décidé de nationaliser une bonne partie des fonds de pension privés du pays afin de diminuer sa dette publique et de financer le paiement des retraites actuelles. Le projet de loi adopté à la fin 2013 prévoit de transférer les bons du Trésor polonais détenus par les fonds de retraite privés – environ 50 % de leurs avoirs – vers l'Office public de sécurité sociale, l'organisme en charge des pensions du secteur public. Bonne ou mauvaise nouvelle ? D'après des économistes interviewés par le journal Le Monde, ce mécanisme pourrait conduire à terme à un « amoindrissement général des pensions ». À suivre.

Plus d’infos sur www.eba.europa.eu.

Donner du sens à vos placements, c’est possible !

Financité magazine


Trimestriel No 33 · mars 2014

Des news de NewB

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014 est une année décisive pour la coopérative NewB. Pour obtenir la licence bancaire auprès de la Banque Nationale, l'équipe devra constituer un dossier en béton, s’associer à des partenaires de bonne pointure et élargir son équipe de banquiers professionnels. Le succès sans précédent, confirmé par la participation des 44 000 premiers coopérateurs, ne doit être considéré que comme le début de l'aventure de NewB, même s'il atteste d'une demande conséquente pour une nouvelle banque qui contrastera avec le paysage bancaire belge actuel. Pour garantir, la réussite du projet, la démarche citoyenne doit se poursuivre. Plus les coopérateurs seront nombreux, plus la représentativité sera assurée, plus la pression sera présente pour franchir tous les obstacles qui se dressent en se dresseront encore. Lors des deux dernières assemblées générales, les budgets, financés grâce au capital investi par les coopérateurs, pour mettre en œuvre le projet NewB ont été votés avec une écrasante majorité. Cette participation offre à tous nos coopérateurs un droit à la parole via un vote. L'engagement minimum n'est que de 20 euros, mais les petits ruisseaux forment les grandes rivières, c'est pourquoi NewB s'est fixé à brève échéance un objectif de 50 096 membres : autant de places qu'il y en a dans le stade du Heysel ! Des questions ? Elles sont les bienvenues à questions@jeprendspart.be ou sur www.newb.coop.

Financité récompense la finance éthique !

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omme chaque année , le Réseau Financité a décerné le 19 mars dernier, en collaboration avec La Libre Belgique et De Standaard, le prix du meilleur promoteur (« Best Funds House ») en matière d'investissement socialement responsable (ISR). C'est une nouvelle fois, la banque Triodos qui s'impose, suivie sur le podium par RobecoSam et Pictet Funds. L’évaluation éthique du Réseau Financité porte sur l’ensemble des fonds de placement ISR disponibles sur le marché belge et accessibles aux particuliers. En 2014, la méthodologie de Financité a été renforcée afin de mieux coller à la réalité du marché, car de grands écarts de qualité entre les produits ISR proposés aux investisseurs belges continuent à se faire sentir ! Découvrez la base de données unique des produits financiers éthiques développée par Financité via la rubrique Épargner et Investir de www. financite.be.

Financer les startups... en ligne !

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Un premier Musée du Capitalisme à Namur

e crowdfunding – financement participatif en ligne sous forme de dons, de prêts rémunérés ou non, de prises de participation, … – a le vent en poupe. À tel point qu'à l'instar d'autres dirigeants européens, notre ministre des Finances, Koen Geens, y a vu une aubaine pour nos jeunes entrepreneurs. En Belgique, le crowdfunding tombe sous la coupe de diverses réglementations. Koen Geens souhaite y mettre de l'ordre et définir un cadre juridique spécifique pour encourager ce type de financement envers les jeunes entreprises et, du même coup, stimuler l'épargne des Belges. Une bonne idée en soi, – le Réseau Financité plaide depuis toujours pour l'investissement direct et le financement participatif, et une bonne alternative aussi aux crédits classiques, parfois difficiles à obtenir pour de jeunes entrepreneurs. Mais attention à ne pas dépasser les limites : le soutien des banques à l'économie réelle, via le crédit, est déjà trop faible en Belgique. Le recours systématique au crowdfunding ne peut devenir une excuse pour le diminuer encore ni, même, se substituer aux aides publiques en la matière. D'autre part, ces plateformes de financement ne garantissent pas le contrôle de la qualité financière des projets proposés. Bien que les montants investis restent limités, ils n'en restent pas moins risqués.

En 2014, le Réseau Financement Alternatif devient le Réseau Financité. Financité Magazine est une publication du RESEAU FINANCITE. Édité à 90 000 exemplaires, son but est de faire connaître la finance responsable et solidaire à un public le plus large possible. Il est réalisé grâce au soutien de la Région wallonne. Rédaction et abonnement : Rue Botanique, 67-75 – 1210 Bruxelles Tél : 02 / 340 08 60 - Fax : 02 / 706 49 06 www.financite.be Pour vous abonner au Financité magazine, il suffit de verser 10 € (4 n° par an) sur le compte BE29 0011 0106 3164 (BIC : GEBABEBB).

Financité magazine

233 milliards d’euros pour les banques

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n vous en avait parlé dans une tribune d'un Financité magazine en 2013 : le premier Musée du Capitalisme est désormais ouvert à Namur. Les 14 jeunes concepteurs viennent de fêter l'inauguration et l'aventure débute sur les chapeaux de roue : une trentaine de groupes et d'écoles ont déjà réservé pour visiter ces 5 pièces didactiques retraçant l'histoire du capitalisme, de ses origines aux grandes théories. À découvrir sans tarder, l'exposition étant installée à Namur juqu'en juin ! Financité organise deux ateliers « Peut-on rêver sa banque ? » au musée les 5 avril et 10 mai prochain. Plus d'infos sur www.financite.be et sur www.museecapitalisme.org.

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'est une étude menée par les Verts européens qui le dit : les grandes banques européennes auraient perçu quelque 233 milliards d'euros de subsides implicites depuis le début de la crise ! Par « subside implicite », entendez un soutien financier de l’État en cas de faillite d'un établissement bancaire important. Le problème est que, grâce à cette « subvention publique », les « big banks » peuvent emprunter à un taux préférentiel, leurs créanciers sachant que, en cas de faillite, elles seront sauvées par les pouvoirs publics. Une spirale sans fin, car qui dit meilleur financement, dit davantage d’emprunts sur les marchés financiers, une plus grande déconnexion avec l’économie réelle et des banques de plus en plus grosses. Pour en savoir plus, consultez l’étude « Implicit subsidies in the EU banking sector » sur www.ecolo.be.

Editeur responsable : Bernard Bayot Ont collaboré à ce numéro : Bernard Bayot, Amandine Cloot, Olivier Jérusalmy, Nathalie Lemaire, Arnaud Marchand, Laurence Roland. Graphisme et mise en page : Louise Laurent (www.louiselaurent.be) llustration : Fred Jannin (www.jannin.com) Impression : Imprimerie Rémy Roto (www.remyroto.be) Le Réseau Financité est une association de promotion et de recherche sur la finance responsable et solidaire. Il est formé de plus de 90 membres associatifs dont la liste peut être consultée sur www.financite.be, rubrique Financité / membres .

Inscrivez-vous à la Dépêche Financité via www.financite.be


dossier

Épargnez-vous

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ela ne fait plus de doute : la réforme fiscale est l'un des thèmes majeur de la campagne électorale. Pour le Réseau Financité, c’est donc l’occasion d'aborder cet énorme chantier, l'épargne en tête, sous un angle différent. À force de répéter que le Belge est un épargnant modèle, la majorité des politiques semblent oublier qu’une partie croissante de la population a du mal, voire est en incapacité, à mettre de l’argent de côté. Avoir une petite réserve est pourtant aujourd'hui nécessaire pour pallier les défaillances de notre système social.

Les pages qui suivent explorent des pistes de solutions destinées à encourager un maximum de monde à épargner, y compris les personnes qui en ont le plus besoin. D'incitants fiscaux plus équitables à une véritable éducation financière, en passant par une épargne, parfois bonifiée mais surtout accompagnée, il est temps de mettre les Belges sur un pied d’égalité en matière d’épargne ! Mais ce dossier se veut aussi une invitation à la réflexion sur une question fondamentale : quel est le rôle de l'épargne dans notre système économique, où le recours au crédit est de plus en plus courant et souvent considéré comme le moyen par excellence pour soutenir la croissance ?

Distribuez le Financité magazine dans votre quartier. Financité magazine


LE dossier Financité

Trimestriel No 33 · mars 2014

(Le) pouvoir (d')épargner Le Belge est, d’après les statistiques disponibles, un superépargnant, l’un des meilleurs d’Europe même. Pourtant, plus d’un quart de la population n'a pas d’argent de côté.

Encourager l'épargne

Amandine Cloot

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vec près de 226 milliards d’euros placés sur les comptes d’épargne en Belgique en septembre 20131, le Belge est toujours, malgré la crise, un super-épargnant, bien classé dans le peloton européen. Un chiffre record qui ne dit rien sur la répartition de ce capital à travers la population. En effet, qui met de l’argent de côté dans notre pays ? Pas tout le monde ! Selon l’enquête SILC2, menée en 2011, 26,1 % des Belges se déclarent incapables de faire face à des dépenses financières imprévues. Si plus d’un quart de la population du plat pays n’épargne pas, nous avons un sérieux souci. Dans un pays comme la Belgique, où le revenu moyen est relativement élevé, un nombre important de personnes ne peut donc pas faire face à un imprévu financier – en dehors de toute aide sociale –, soit un témoignage certain du creusement des inégalités entre les différentes couches de population.

L'épargne constitue un filet de sécurité qui évite de recourir à des solutions inadaptées, à glisser sur la pente de l'endettement au moindre accident de la vie. Partant de ce constat, tout le monde aurait intérêt – et la grande majorité pourrait – épargner. Bien sûr, des freins à l’épargne, levables plus ou moins facilement selon les personnes concernées, existent. Mais des initiatives publiques, privées ou associatives développées, ici et ailleurs, ont montré qu’avec des instruments adaptés, épargner est possible pour la plupart d'entre nous. Avant d’exposer ces pistes variées, un constat doit être posé : les outils visant actuellement à encourager les personnes qui n'épargnent pas – dont font inévitablement partie les ménages à bas revenus, les personnes âgées et les migrants – à modifier leur comportement, sont encore trop peu nombreux en Belgique. 1. Bulletin statistique de la Banque Nationale de Belgique, 4e trimestre 2013. 2. Enquête 2011 sur les revenus et les conditions de vie (EU-SILC)

Épargner ? Cela passe d’abord par un véritable apprentissage, comme le montrent ces deux témoignages. Brigitte, 60 ans, épargnante modèle, pensionnée Vous épargnez depuis longtemps ? Oui, j’ai toujours épargné, mais pas toujours de la bonne façon. D’abord via une assurance-vie, etc. Sans me poser de questions. Je fais par ailleurs partie de ceux qui bénéficient d'incitants fiscaux, je paie moins d’impôts grâce à mon épargne, mais cela n’était pas suffisant, j’ai voulu aller plus loin. Il y a une bonne dizaine d’années, mon comportement a changé, je voulais connaître la destination de mon épargne. J’ai commencé par investir dans des coopératives, des obligations d’associations, … Votre épargne est-elle dépendante de vos revenus ? Entendons-nous bien, je n’ai jamais manqué de rien, et il est vrai qu’à une époque j’avais d'excellents revenus. Aujourd’hui, ils ont diminué de moitié. C’est pourtant maintenant que j’épargne le mieux. Je crois en la capacité d’épargne à tous les niveaux ! Plus largement, pour une personne qui se trouve dans une situation d’insécurité financière, avoir de petites sommes à l’abri, cela peut tout changer. Et je ne parle même pas du sentiment de fierté qui peut en découler. Vous êtes, en quelque sorte, l’épargnante modèle. Que pensez-vous des comportements d’épargne autour de vous ? J’ai élevé trois enfants avec de grands écarts d’âge, à des périodes différentes de ma vie donc. Ma fille, la plus âgée, épargne, elle-aussi. Mais, même si elle a des interrogations par rapport à l’utilisation de son épargne par les banques, elle dit ne pas avoir le temps d’aller plus loin. Mes deux garçons, qui gagnent pourtant bien leur vie, n’épargnent pas. Ils ont l’impression de ne pas pouvoir se le permettre sans diminuer leur niveau de vie ou n’en voient pas l’utilité. Selon moi, c’est une question d’éducation financière, en notant ses dépenses, en apprenant quelques trucs et astuces, on peut facilement mettre de l’argent de côté, chacun à son niveau.

vidéos sur

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Madeleine, 43 ans, apprentie épargnante, mère au foyer Pourquoi avez-vous commencé à épargner ? Dans la société actuelle, on nous apprend bien à dépenser, à faire des crédits, à acheter, ... Mais personne ne m'avait dit : apprenez à mettre 10, 15 ou même 5 euros par mois de côté. En rejoignant le groupe de micro-épargne de ma commune1, j’ai appris que j’étais capable de mettre chaque mois des euros à la banque, sans me priver pour autant. Je ne dis pas que c'est facile. Les mois sont longs et on a parfois envie de récupérer son argent. Mais, grâce ce système collectif, j’ai le courage de continuer. Et puis, les réunions nous apprennent à voir les choses différemment. Des choses ont changé dans votre comportement quotidien depuis que vous épargnez ? Oui, par exemple, quand je fais les courses, je ne pars plus « à la sauvage », mais je me limite à acheter ce dont la famille a besoin. Et puis, surtout, j’ose parler d’argent, j’ai appris à économiser sur ma consommation d’énergie, sur tout en fait ! J’ai réussi à faire comprendre à mes enfants que l’on n’a pas besoin de 10 paires de chaussures pour être heureux et même à leur faire économiser eux-mêmes sur leur argent de poche. J’en suis très fière. J’ai compris qu’économiser c’est bien, parce que cela évite d'être forcé à faire des sacrifices sur le primordial. Et on gagne aussi de la fierté à gérer son argent. 1. Financité, en collaboration avec les CPAS locaux, a mis en place plusieurs groupes de micro-épargne en Belgique. Madeleine fait partie du groupe de micro-épargne de la commune de Onhaye (voir p. 9 et p.12).

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Les petites épargnes solidaires font les grandes rivières.


LE dossier Financité

Fiscalité, égalité, sécurité En Belgique, la fiscalité encourage l'épargne mais pas chez tout le monde. La mise en place d'un incitant public plus équitable est possible.

En bref L'exonération fiscale profite aux classes aisées. Un crédit d’impôt est une mesure plus juste. Amandine Cloot 1

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es Belges font partie des meilleurs épargnants européens. Au vu des taux pratiqués par les banques sur les comptes d’épargne, y-a-t-il pourtant vraiment un intérêt à mettre son argent de côté ? Oui ! En Belgique, tout citoyen a l’assurance de voir ses dépôts en banque garantis à hauteur de 100 000 euros. Certains (pas tous !) profitent également d’incitants fiscaux. Parmi ces encouragements, l’exonération de précompte mobilier sur le compte d’épargne est le plus connu et le plus chéri… par ceux qui en bénéficient. À la base, l’exonération fiscale était motivée par le souhait de favoriser la « petite épargne ». Mais, force est de constater qu’elle n’encourage pas l'ensemble de la population à mettre de l’argent de côté. D'une part, en ignorant souvent l'existence des personnes à bas revenus et, d'autre part, elle est loin d’être une mesure redistributive. L’exonération fiscale

serait même, au contraire, une source d’iniquité devant l’épargne : via cette pratique, un compte d'épargne s'avère en effet, d'autant plus attrayant que l'on dispose de revenus élevés.

L’exonération fiscale, c’est quoi ? En Belgique, lorsque vous placez votre argent sur un carnet d’épargne réglementé, vous ne payez pas d’impôt sur les intérêts versés annuellement par votre banque, et ce, jusqu’à un plafond de 1900 euros2. En pratique, cela veut dire que si vous avez déposé une somme inférieure à 190 000 euros sur votre carnet d’épargne et que vous bénéficiez d’un taux d’intérêt annuel de 1 %, vous serez exonéré d’impôts sur vos intérêts perçus chaque année3.

Une mesure inéquitable Trois aspects majeurs montrent que l'exonération fiscale ne touche pas tout le monde de la même manière. Premièrement, les personnes disposant de revenus inférieurs au minimum imposable, soit les couches les plus vulnérables de la population, ne sont pas le moins du monde

concernées par cet avantage ! À l'inverse, les Belges disposant de revenus supérieurs au minimum imposable sont incités à placer leur argent sur un compte d’épargne réglementé. Pourtant, l’exonération a un coût certain pour l’État fédéral : en 2012, il était estimé à 461,77 millions d'euros4. Deuxièmement, la fraude est en quelque sorte encouragée en la matière. Les citoyens belges disposent, en effet, souvent de plusieurs comptes d’épargne, qui peuvent être ouverts dans différentes banques5. Si vous vous trouvez dans ce cas de figure et que le total des intérêts que vous percevez est supérieur au plafond des 1900 euros, vous devriez faire preuve de virtuosité et le signaler vous-même au fisc, a posteriori, car l'exonération est appliquée automatiquement par les banques dans lesquelles se trouvent vos comptes d'épargne... Un procédé absurde tant il pousse à profiter des failles du système ! Enfin, certains contribuables bénéficient d'un second cadeau fiscal : le précompte de 15 % appliqué sur les revenus additionnels de l'épargne (au-delà des 1900 euros d’intérêts) est libératoire. En d'autres mots, le précompte mobilier est directement prélevé sur les intérêts par la banque (à un taux de 15 %) et ces revenus ne doivent pas être mentionnés dans la déclaration d'impôts. Or, si ces derniers

Et si on commençait par mieux répartir les ressources ? Financité magazine


LE dossier Financité

devaient être déclarés, ils seraient ajoutés à l'ensemble des revenus et donc taxés au taux marginal d'imposition6, soit entre 25 et 50 % ! Par conséquent, plus les revenus sont élevés (plus le taux d'imposition est élevé) et plus le précompte mobilier libératoire de 15 % est avantageux.

Distribution vs réduction Pour le Réseau Financité, une mesure visant à encourager les citoyens à épargner est une bonne mesure si elle profite à tous ! Elle ne peut exclure les personnes à faibles revenus, d'autant que ce sont eux qui ont le plus besoin d'une épargne. Un constat : le taux d’épargne varie en fonction des revenus. Les ménages ayant les revenus les plus bas ont aussi une épargne négative, ce qui signifie que, en moyenne, ils dépensent plus qu’ils ne gagnent et s’endettent ou consomment de l’épargne constituée précédemment (lorsqu’il s’agit de ménages âgés).7 À l’opposé, les revenus les plus aisés ont un taux d’épargne dépassant 20 % de leur revenu disponible. Face à ce constat, l’incitant fiscal devrait être repensé dans une logique plus équitable : un crédit d’impôt est l’une des options à privilégier. Qu'est ce que cela veut dire ? Aujourd'hui, le double système de l'exonération de précompte mobilier et du précompte mobilier libératoire est un véritable cadeau offert aux plus hauts revenus ! Si votre compte d'épargne vous offre 100 euros d'intérêt, cela vous permettra d'éviter de payer 50 euros d'impôt si vous avez de bons revenus mais il ne vous offrira aucun avantage si ceux-ci sont faibles... Vous avez bien lu, non seulement les personnes à faibles revenus ont moins de possibilités d'épargner – on ne fait pas saigner une pierre – mais l'incitant public leur est, en plus, moins favorable ! Avec le crédit d'impôt, il en va différemment : les ménages ayant les revenus les plus bas ont toujours autant de mal à épargner mais, au moins, ils ne sont plus discriminés et

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leur effort d'épargne est récompensé. Tout le monde est en effet mis sur le même pied: si votre compte d'épargne vous offre 100 euros d'intérêt, cette somme s'ajoutera à vos autres revenus et vous serez taxé en fonction de l'ensemble de ceux-ci. L'incitant, le crédit d'impôt, l'équité est rétablie. S'il est de 25 %, 25 euros seront déduits de vos impôts mais, si vous n'en payez pas, l’État vous versera ces 25 euros. Une étape supplémentaire pourrait être une discrimination positive en faveur des moins favorisés comme cela existe en France avec le Livret d'épargne populaire (LEP) qui offre d'une majoration d'intérêts en faveur des personnes les plus modestes (voir encadré).

Un coût supplémentaire pour l’État ? Pas forcément ! Les seuls coûts additionnels à l’exonération fiscale actuellement en place seraient dû au remboursement fait aux personnes non imposables, mais, du même coup, les économies faites grâce à la suppression de la fraude seraient sans doute bien plus importantes. De plus, rééquilibrer l’incitant fiscal à l’épargne en tenant compte des revenus faibles aura sans doute des effets positifs au niveau de l’économie réelle : il sera plus facilement réinvesti dans les circuits de consommation courts et nationaux. 1. D'après deux analyses d'A. Marchand, Fiscalité de l'épargne : des sources d'inéquité (1) et des pistes d'amélioration (2), RF, Déc. 2013. 2. Ce plafond est indexé annuellement. En 2014, il est fixé à 1900 euros. 3. Selon le cabinet des Finances, 98 % des détenteurs de compte d’épargne n’atteignent pas le plafond des 1900 euros d’intérêts. 4. Service public fédéral Finances, « Inventaires des dépenses fiscales fédérales », 2013. 5. Le nombre de comptes d'épargne réglementés recensés en Belgique est de 19,3 millions en 2012, soit 1,74 compte par habitant en moyenne. 6. Taux applicable à la tranche supérieure des revenus. 7. Philippe LEDENT, « Le Belge face à l'épargne (1/2) », Focus on the Belgian economy, novembre 2009.

Bonifier l'épargne des bas revenus ? Offrir un taux d'intérêt supérieur aux épargnants qui ont le moins de revenus et, par conséquent, le plus de difficulté à épargner n'est pas une idée neuve. Côté anglo-saxon, elle se fonde sur le principe de l'empowerment (en français, « capacitation » ou « émancipation »), qui exprime l'idée de donner les moyens nécessaires en termes de connaissances, de finances... aux personnes pour qu'elles soient en mesure d'orienter le cours de leur vie. En France, c'est dans cette optique qu'existe le Livret d'épargne populaire (LEP) depuis 1982. C'est un compte d'épargne réservé aux personnes à bas revenus, qui rapporte 0,50 % d'intérêt en plus (1,75 % aujourd'hui). Aux États-Unis, un programme fédéral a été mis en place depuis 1996. L'Individual Development Account (IDA) est destiné aux travailleurs à bas revenus. Il s'agit d'un partenariat entre une institution financière et une ONG locale chargée d'organiser des programmes d'éducation financière et de rechercher une partie des fonds nécessaires à la bonification (le gouvernement fédéral intervenant également). À la différence du LEP où il n'est imposé aucun objectif à l'épargne, les programmes IDA doivent servir à l'achat d'une maison, au développement d'une activité professionnelle ou au financement d'études. En Angleterre, My home finance est un partenariat entre la Fédération des logements sociaux, une banque et des partenaires sociaux qui offrent du conseil en gestion budgétaire, des prêts, des microcrédits et des possibilités avantageuses d'épargne aux locataires. D'autres exemples de bonification sont exposés dans l'analyse d'O. Jérusalmy, 2010, Incitants à l'épargne  : aperçu de pratiques novatrices  disponible dans notre bibliothèque en ligne

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Trois questions à Tanguy Isaac, Docteur en économie L'épargne des belges est conséquente par rapport à celle de nos voisins. Pourquoi selon vous ? C'est en grande partie une question culturelle. Pour donner un exemple simple, en France, les gens sont beaucoup moins attachés à leur maison mais c'est parce que beaucoup sont susceptibles de devoir déménager dans une autre ville. Chez nous, le problème ne se pose pas vraiment. Hé bien en Belgique, nous avons une véritable tradition de l'épargne, ce qui en fait bien un véritable enjeu politique, et ainsi de suite. En Belgique, de nombreux incitants fiscaux à l'épargne ont été mis en place... équitablement ? La première question à se poser est : Pourquoi veut-on favoriser l'épargne et quel type d'épargne veut-on favoriser ? Prenons l'exemple de l'épargne pension, elle est chez nous encouragée fiscalement. L’État dépense donc de l'argent pour garantir les pensions futures mais en même temps détricote le premier pilier des pensions1. La question de l'utilité de cet incitant est donc réellement à poser ! Et puis, la plupart des incitants fiscaux sont des déductions fiscales qui ne fonctionnent donc que si l'on paie un certain niveau d'impôt. Quid alors des personnes qui ne paient pas d'impôts ? Ces personnes là sont pourtant en toute logique les plus vulnérables. J'ai beau y réfléchir, d'un point de vue économique bien sûr, je ne vois pas pourquoi l'on passe systématiquement par un système de déduction. On peut y voir une raison politique car les incitants en place permettent de favoriser un certain type de population, plus sensible à ces thèmes durant les élections, cela permet donc d'annoncer un cadeau de l’État relativement généreux. Relativement généreux parce qu'en réalité, on a exclu toute une partie de la population. Si on devait par exemple mettre en place un crédit d'impôt, l'avantage serait potentiellement plus faible par personne, mais plus équitable entre les personnes. Encore une fois la question du type d'épargne à favoriser revient. En favorisant ceux qui épargnent déjà, on peut imaginer que le but n'est pas qu'une personne puisse épargner mais d'augmenter l'épargne en général. Les bons d’État, entre autres, mobilisent l'épargne directement au profit de l’État sans passer par l'intermédiaire du marché. Dans cette logique là, l'objectif premier de l'épargne n'est pas du tout le bien-être de la personne, on favorise l'épargne pour la réorienter. L'autre manière de rationaliser, c'est de se dire que ceux qui décident ces lois sont des gens qui sont d'un certain niveau social et que de toute manière, c'est un peu une logique de classe, on favorise celle à laquelle on appartient. Cette rationalité là ne peut pas être totalement exclue non plus. 1. Le premier pilier est celui de la pension légale. Cette pension, organisée par les autorités, comporte 2 régimes distincts : celui des salariés et celui des indépendants.

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L'épargne par le crédit En Grande-Bretagne, pas de culture de l'épargne, mais plutôt du crédit. Un véritable problème auquel les Credit Unions tentent de répondre.

En bref Les Credit Unions encouragent d'abord l'épargne. Elles assurent à leurs membres des services et conseils financiers. Entretien réalisé par Amandine Cloot

Paul Jones est l'un des grands penseurs des Credit Unions en Grande-Bretagne. Docteur en économie sociale, ses recherches sont étroitement liées aux établissements de ce type.

On parle plus de « culture du crédit » que de l'épargne en GrandeBretagne. Pourquoi ? Cette « culture du crédit » date de la période post-Seconde Guerre mondiale. En Angleterre, la population a connu un véritable accès aux crédits et, au fil des années, aux crédits trop faciles. À tel point que, depuis environ 10 ans, nous faisons face au problème croissant du surendettement, et cela ne s'est pas arrangé avec la crise économique. À l’origine les Credit Unions portaient d'ailleurs bien leur nom : elles ont été créées pour accorder des crédits, mais sans but lucratif, au sein de communautés, de groupes de travailleurs, ... L'époque que nous traversons marque un véritable changement des mentalités en GrandeBretagne. Les Credit Unions n'échappent pas à la tendance. Les gestionnaires de ce type d'établissement cherchent désormais de plus en plus à encourager l'épargne, pour garantir le crédit, et pour assurer aux clients un certain confort. Pour combattre la pauvreté, les problèmes d'endettement, l'épargne est la meilleure solution. L'épargne par le crédit ? Oui, mais ce n’est que l’une des multiples dimensions visant à encourager l'épargne. Les Credit Unions reposent en partie sur ce concept. Par exemple, une personne qui a contracté un prêt auprès d'une Credit Unions, remboursera son crédit 10 livres par semaine, mais versera en même temps 2 livres supplémentaires qui atterriront sur son compte d'épargne. De cette manière, à l'échéance du prêt, elle aura constitué un petit capital « forcé ». Tout le monde y gagne : la Credit Union qui a collecté de l'épargne et, du même coup, augmenté sa capacité à prêter et l'épargnant. Psychologiquement et socialement, avoir de l'argent de côté, c'est très important. Mais, aujourd'hui, nous allons plus loin dans l'incitation à l'épargne.

Comment ? À travers nos partenariats, notamment. Par exemple, la grande majorité des Credit Unions en Grande-Bretagne travaillent avec des Housing associations, soit des associations de logements sociaux. Ces dernières aident des gens à faibles revenus à trouver un logement. Mais elles ont besoin que leur locataire bénéficie de services financiers afin de régler le loyer (un compte en banque, un crédit, etc.), ainsi que d'une garantie que les mensualités seront bien versées. En Angleterre, l'exclusion financière est bien plus élevée qu'en Belgique. Sans les Credit Unions, des gens à faibles revenus ou surendettés par exemple, n'ont pas accès aux services bancaires de base. Encore une fois, tout le monde y gagne : la Housing Association encaisse ses loyers, la Credit Union bénéficie d'une forte publicité, et, surtout, le membre bénéficie d’une aide qu'il se voit généralement refusée par le système bancaire traditionnel. Les Credit Unions sont-elles fortement développées en Grande-Bretagne ? Nous gagnons du terrain. À Manchester, nous comptons 120 000 membres, à Leeds 30 000, à Glasgow 35 000. Au total, ce sont plus d'un million de personnes qui font partie des Credit Unions en Grande-Bretagne ! Les Credit Unions visent-elles uniquement un public plus vulnérable financièrement ? La majorité de nos membres sont des personnes qui dépendent des allocations sociales de l’État. Le mois dernier à Manchester, nous avons recruté 500 nouveaux membres dont 400 étaient des personnes à faibles revenus. Nous sommes hors du circuit traditionnel et plus à l'écoute, c'est donc prévisible, en un sens. Mais les Credit Unions doivent se diversifier pour survivre : nous avons besoin de membres qui appartiennent à la classe moyenne pour continuer à boucler nos bilans. Malheureusement, à ce titre, les Credit Unions sont des institutions financières comme les autres ! La spécificité de la Grande-Bretagne, c’est que, chez nous,

les Credit Unions sont implantées dans des quartiers défavorisés, alors qu’ailleurs dans le monde, où le modèle est aussi développé, ce n'est pas nécessairement le cas. Comment encourager la mixité au sein de vos membres ? Via les fusions, notamment. Nous étions six à Manchester, aujourd'hui nous ne formons plus qu'un seul établissement, plus fort, avec plus d’écho. À Manchester, aussi, nous travaillons avec plusieurs corps de métiers autour de l'épargne : les municipalités, les hôpitaux, le personnel d’entretien... au moment de payer le salaire, une somme est prélevée automatiquement et envoyée sur le compte d'épargne du salarié. Quand je vous dis que la culture est différente en Angleterre, c’est vrai : tout le monde, la classe moyenne y compris, doit apprendre à épargner. Ce système fonctionne donc très bien, car il est automatique, lié à l'employeur. Nous misons actuellement sur le développement d'une série d'outils en ligne. Si notre interface est aussi performante que celle d’une grande banque, nous avons plus de chance de recruter des membres aux profils différents. Au-delà de tout cela, le changement est en marche depuis la crise financière : beaucoup plus de gens veulent mettre un peu d'argent de côté ou se détourner du système bancaire traditionne1. Les Credit Unions font donc également de l'éducation financière ? Bien sûr. Certaines ont un programme d'éducation financière à proprement parler. À Manchester, nous n'en avons pas, mais nos conseillers sont formés pour écouter et réagir à des profils critiques. Là, on perçoit la différence avec le circuit traditionnel et, surtout, avec les fournisseurs de crédit rapides1. Chez nous, le temps consacré à chaque personne est souvent proportionnel à ses difficultés financières. 1. Les « payday » loans en Angleterre sont des petits prêts à court terme (une ou deux semaines jusqu'à la prochaine « paie »). Comme il n'existe pas de limite aux taux d'intérêts, ceux-ci peuvent atteindre les 400 % !

Qu’est-ce qu’une Credit Union ? Coopératives d’épargne et de crédit, donc détenues par leurs membres, les Credit Unions servent les besoins financiers de ces derniers, et en tout premier lieu, leurs besoins d'épargne et de crédit. Les membres d’une Credit Union possèdent un lien commun : géographique, le fait d’appartenir à une association ou organisation, d'être employé dans un secteur particulier... Les guichets de la London Mutual Credit Union.

Réveillez le cochon qui dort sur vos idéaux ! Financité magazine


LE dossier Financité

Trimestriel No 33 · mars 2014

Sauter le pas Les incitants financiers, aussi importants soient-ils, ne sont pas toujours suffisants. Un encadrement peut s'avérer, dans certains cas, une solution à long terme pour encourager une personne à épargner.

En bref

Se sentir capable

Des projets-pilote encouragent à l'épargne. Une épargne accompagnée est parfois la solution.

La plupart des participants avaient pourtant d'emblée exprimé la crainte de ne pas arriver à épargner de manière régulière, faute de moyens. Finalement, beaucoup d’entre eux se sont découvert un nouveau talent. Certains ont épargné 5 euros par mois, quand d'autres ont mis 20 euros ou plus de côté. Mais, plus important encore, en dédiant leurs économies à la construction d'un projet dans le moyen terme, ces participants ont réussi à anticiper et à retrouver un pouvoir de décision sur leur argent. Les réunions mensuelles rassemblaient les participants d'une même région. Les thèmes du surendettement, des risques liés au crédit, de la gestion budgétaire... ont permis aux participants de s'informer, mais surtout d'échanger au sujet de leurs expériences et de mettre leurs propres difficultés à épargner en résonance avec celles des autres. On le voit, les avantages tirés de ces projets – sentiment de confiance en soi, capacité de se projeter dans l'avenir, de construire un projet à plus long terme... – dépassent le simple bénéfice de la somme épargnée. Notre société tend à mettre en place des mesures curatives de médiation de dettes, de lutte contre le surendettement, de guidance

Laurence Roland

À

côté de ceux qui arguent qu'ils pourront épargner plus tard, à un moment plus approprié de leur vie, ou qu'ils n'ont pas assez d'argent pour le faire, certains peuvent avoir besoin d'un petit coup de pouce pour franchir le pas et retrouver la confiance en leur capacité de mettre de l'argent sur le côté. Je n'avais jamais épargné de ma vie ! Maintenant, je sais que c'est possible. Moi, j'épargnais, mais, à la moindre occasion, j'allais vider mon compte d'épargne. C'est ainsi que s'expriment des participants au projet-pilote de microépargne que Financité a mené entre mai 2011 et juin 2012 en Belgique1. Ce programme visait à inciter des personnes à faibles revenus à épargner pendant une année et à analyser si, au terme de cette période, leur comportement d'épargne avait changé.

pilote 180 personnes, disposant de revenus modestes et, pour la plupart, sans activité professionnelle, ont été recrutées et réparties dans 12 groupes à Bruxelles et en Wallonie. Les participants se sont engagés à épargner régulièrement pendant un an. Le challenge en jeu : s'ils arrivaient à épargner et à assister aux réunions pendant 12 mois, ils récupéraient, à l'issue du programme, leur épargne majorée de 50 %. Cette bonification, plafonnée à 120 euros, représentait une épargne mensuelle de 20 euros. Croire que cet incitant soit la seule raison qui ait convaincu ces personnes à épargner serait erroné. Ce cadeau a, certes, été le plus souvent le premier moteur pour se lancer dans l'aventure, mais cette bonification n'a pas empêché près de la moitié des personnes d'abandonner assez vite le programme. À l’inverse, l'autre moitié des participants a persévéré jusqu'à la fin et certains s'astreignent encore aujourd'hui à l'épargne sans la bonification.

Trois questions à Xavier Guyaux, enseignant en Sciences économiques et formateur Est-ce que vous parlez de l'épargne avec vos élèves de secondaire ? Surtout d'un point de vue macro-économique. Vous savez sûrement que des théories économiques envisagent l'épargne comme quelque chose de négatif : l'argent ne circule pas. Je discute aussi avec mes classes de la question des taux d'intérêt. J'ai beaucoup d'élèves musulmans et la charia interdit ce retour sur capital. Je prends du temps

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Est-il pensable de demander à une personne qui vit des allocations sociales de mettre de l'argent de côté ? La réponse est « oui ». C'est d'ailleurs ce que font les assistants sociaux qui sont parfois désignés pour gérer le budget de leurs allocataires. L'épargne sert à se prémunir contre un événement inattendu, mais également à approvisionner toute dépense plus conséquente, mais prévisible dans le temps et qui ne peut pas forcément être fractionnée (facture de mazout, taxe de circulation, rentrée scolaire, etc.).

budgétaire a posteriori, mais elle devrait également s'attacher à créer en amont des programmes de prévention. Qu'on le veuille ou non, l'épargne n'est pas un concept qui va de soi pour tout le monde : il demande un minimum d'apprentissage, parfois un long suivi. Ce type de programme montre la nécessité de mettre en œuvre des solutions qui se basent directement sur les difficultés rencontrées au quotidien. 1. Le projet SIMS (Social Innovation on Micro-Saving) a été mené simultanément en Belgique, en France et en Hongrie. Les résultats complets sont consultables sur le site www.fininc.eu.

Le groupe de micro-épargne de Soignies en 2012.

à essayer de leur faire comprendre qu'on est rémunéré pour un effort. C'est le bon moment, l'école, pour préparer à l'épargne ? Honnêtement, je pense qu'il est trop tôt pour convaincre de si jeunes personnes de penser à plus tard. L'épargne, dans leur vie quotidienne, peut seulement être envisagée sur le court terme, dans le but d'acheter quelque chose. À l'université aussi, ces questions d'épargne de vie ne sont que peu abordées. Je pense que c'est au moment du premier emploi que tout se joue. Cela dit, la sensibilisation à d'autres notions peut préparer à une vie plus responsable. Et pour les inculquer, il n'est jamais trop tôt.

La finance solidaire existe, je l’ai rencontrée.

La gestion budgétaire, par exemple ? Bien sûr, c'est là que tout commence. Il y a un véritable travail de sensibilisation à faire auprès des jeunes. Par exemple, un de mes élèves en était arrivé à souscrire trois offres d'abonnements téléphoniques en même temps, tout en étant mineur bien entendu. Nous avions abordé, en classe, ces questions d'offres douteuses, et il est venu m'en parler juste après. De manière générale, nos jeunes doivent être préparés à plusieurs concepts : celui d'inflation, celui de taux d'intérêt, de frais récurrents, ... Ces notions devraient, du reste, être inculquées à tous les élèves, pas uniquement aux classes de sciences économiques.


Les positions du réseau Financité

Cent-une idées pour une finance responsable Depuis plus de 25 ans, le Réseau Financité plaide pour une finance plus solidaire et plus responsable, une bataille qui passe aussi par une action politique forte à travers des campagnes et des interpellations. C'est pourquoi, en vue des prochaines élections législatives belges et européennes, nous avons compilé nos revendications et demandé aux partis politiques de s'engager pour celles qui leur semblaient prioritaires.

1

Rendre le système financier plus responsable

U

n système financier responsable doit permettre le développement de l'humain et de la société dans son ensemble plutôt que le développement de quelques-uns au détriment des autres. Il doit mettre en place des mécanismes permettant aux acteurs d'évoluer sans que les agissements des uns ne mettent en danger ou n'aient de conséquences néfastes sur les autres. Au fil des années, le système financier est devenu de plus en plus risqué et déconnecté de l'économie réelle. La spéculation à outrance et la prise de risque ont été encouragées par la prolifération des produits dérivés1, les manipulations d’indices et l'utilisation de certains mécanismes, tels que la titrisation2 ou le trading à haute fréquence3. D'autre part, le système financier actuel a atteint un degré de complexité excessif, alors que rien ne prouve que la complexité des processus, des produits et des structures organisationnelles de l’industrie financière ne soient nécessaires pour assurer ses fonctions fondamentales – bien au contraire. L'opacité qui résulte de cette complexité rend la surveillance des acteurs et des mécanismes par les autorités compétentes et par la société civile plus difficile encore. Le système financier doit être simplifié, la taille des banques réduite et la spéculation limitée pour que les citoyens et les États n'aient pas à supporter les prises de risques inconsidérées de certains acteurs du système. C'est pourquoi le Réseau Financité demande notamment :

 aux autorités européennes de voter une séparation stricte entre banque d'affaires et banque de dépôt telle qu'elle était appliquée dans la loi Roosevelt, de limiter le recours spéculatif aux produits dérivés, de réglementer la titrisation, de réduire les volumes d'ordres générés par le trading à haute fréquence et d'interdire la manipulation des indices. 1. La taille du marché des produits dérivés échangés de gré à gré est ainsi passée de 70 000 milliards USD à la fin des années 90 à plus de 600 000 milliards USD aujourd’hui. Un marché qui pèse 10 fois la taille de l’économie mondiale représente une menace pour la société. 2. La titrisation est une technique financière qui consiste généralement à transférer, à des investisseurs, des actifs financiers tels que des créances (par exemple des prêts en cours), en transformant ces créances, par le passage à travers une société ad hoc, en titres financiers émis sur le marché des capitaux. 3. Le trading à haute fréquence consiste à transmettre automatiquement et à très grande vitesse (des millièmes de seconde) des ordres sur les marchés, sans intervention humaine. Cette pratique, clairement déconnectée de l'économie réelle, est responsable, en fonction des marchés, de 50 à 60 % des volumes traités en Bourse, voire plus.

2

Découvrez le mémorandum 2014 complet du Réseau Financité sur www.financite.be ainsi que (courant avril 2014) les priorités des partis politiques en matière de finance responsable et solidaire.

Investir l'argent dans des projets « utiles » à la société

L

es capitaux devraient être investis dans des projets qui favorisent une croissance durable. Ce n'est pourtant pas toujours le cas car ils servent parfois à financer des projets – directement ou à travers des produits financiers – nuisibles à la société : que l'on pense aux investissements dans les armes controversées, à la spéculation sur les matières premières, ... Bien que certaines obligations en matière de transparence existent, il est souvent difficile, pour l'investisseur, de découvrir dans quels projets, entreprises ou États sont alloués ses capitaux. Cette exigence de transparence est encore plus criante lorsqu'il s'agit de produits financiers socialement responsables spécifiquement censés prendre en compte des critères financiers et extrafinanciers dans les décisions d'investissement. Pourtant, il n'existe actuellement aucune norme sur l'investissement socialement responsable (ISR). Il est en effet permis à quiconque qui commercialise un produit financier de le qualifier d’« éthique », « social », « vert » ou « durable ». Cette absence de norme permet que, sous couvert de produits présentés comme socialement responsables, on investisse en réalité dans des entreprises ayant des pratiques nocives. L'ISR a donc besoin d'un cadre légal. D'autre part, les investisseurs ont adopté une attitude visant de plus en plus le court terme - encouragés en cela par les professionnels de la finance qui tirent parti d’une rotation accrue des produits. Le culte de la liquidité des marchés des capitaux aggrave les choses, en concentrant l’attention du marché sur la facilité d’acheter et de vendre des titres plutôt que sur la performance financière sur le long terme4. C'est pourquoi le Réseau Financité demande notamment :

 aux autorités fédérales d'introduire dans la loi une norme minimale de l'investissement socialement responsable, déterminant les critères de l'ISR ainsi que les moyens pour contrôler le respect de la norme.

 aux autorités fédérales de mettre en œuvre la loi du 8 juin 2006 portant sur le financement des armements controversés, approuvée à l'unanimité, par l'élaboration d'une liste publique des entreprises exerçant l'une des activités visées par la loi.

 aux autorités fédérales et régionales de renforcer la promotion de l'ISR tant vers le grand public qu’à l’adresse des pouvoirs publics.

4. Campagne de Finance Watch, Changer la finance, http://www.finance-watch.org/campaign-pages/fr/globes/problem4.html.

L’argent n’a pas d’odeur, nous avons des valeurs.

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Trimestriel No 33 · mars 2014

Les positions du réseau Financité

4 3

C

Permettre à chacun d'accéder à des produits et services financiers adaptés

ette revendication du Réseau Financité est le fruit d'un travail commun entre différents projets de monnaies complémentaires6 qui a permis d'établir un cadre auquel les différentes initiatives de monnaies citoyennes s'identifient, dans le respect des particularités de chaque projet. Depuis 2010, la Belgique connaît une expansion d'initiatives de monnaies citoyennes, rassemblées par des valeurs et objectifs communs au sein du Réseau Financité. Face au constat que l'euro ne permet pas de répondre à tous les enjeux et défis locaux, les monnaies citoyennes ont pour objectif de stimuler une économie locale et durable, de réinstaurer de la solidarité dans les échanges, de créer davantage de liens et de contrer les effets néfastes de la spéculation financière. Ce sont des outils innovants, qui favorisent l'initiative et l'emploi, l'autonomie et la responsabilité entrepreneuriale, ancrés au cœur de l'économie réelle. Mais bien que ces outils soient au cœur des priorités politiques actuelles, certains freins institutionnels subsistent, ainsi qu'un manque de reconnaissance de la part des pouvoirs publics.

L

'inclusion financière fait référence à un processus par lequel une personne peut accéder à et/ou utiliser des services et produits financiers proposés par des prestataires « classiques », adaptés à ses besoins et lui permettant de mener une vie sociale normale dans la société à laquelle elle appartient. À contrario, on parle d'« exclusion financière » lorsqu'une personne se trouve dans une situation où il lui est impossible d'accéder à de tels services, ou lorsque les services auxquels elle a accès ne sont pas adaptés à ses besoins, ou ne sont pas offerts par des prestataires « classiques ». Cette exclusion financière est clairement identifiée par l'Europe comme un facteur de vulnérabilité. Tant en Belgique qu'au niveau européen, l'inclusion financière doit être renforcée sous toutes ses facettes : les moyens de paiement, le compte bancaire de base, les assurances, l'épargne pour tous et le crédit doivent être accessibles à tous et adaptés aux besoins de chacun. Des produits financiers adaptés à chacun supposent aussi d’être des produits bien compris par leurs usagers. Or, les consommateurs se voient offrir une gamme de produits financiers de plus en plus large et souvent de plus en plus complexe, alors qu’ils possèdent généralement des connaissances financières limitées et ne sont pas suffisamment « équipés » pour prendre les bonnes décisions. C'est pourquoi le Réseau Financité demande notamment :

 aux autorités fédérales d'introduire des règles portant sur la conception des produits afin de protéger les investisseurs contre des produits financiers inadaptés.

 aux autorités fédérales et régionales de soutenir des pro-

grammes de micro-épargne (en particulier auprès des personnes à bas revenus) en créant des partenariats avec les autorités locales, les services sociaux et les ONG.

 aux autorités fédérales de renforcer la qualité des données de la Centrale des crédits aux particuliers5 pour qu'elle remplisse mieux son rôle de lutte contre le surendettement. 5. La Centrale des crédits aux particuliers (appelée aussi « fichier positif ») enregistre tous les crédits conclus dans un but privé par des personnes physiques (crédits à la consommation et crédits hypothécaires) ainsi que les éventuels défauts de paiement relatifs à ces crédits. Elle doit obligatoirement être consultée par les prêteurs avant tout octroi de crédit.

Soutenir des projets citoyens à travers les monnaies citoyennes

C'est pourquoi le Réseau Financité demande notamment :

 aux autorités fédérales d'adapter le cadre légal, notamment en offrant la

possibilité de payer une partie des salaires ou des avantages extra-légaux avec ces monnaies citoyennes.

 aux autorités régionales de définir un cadre de subventionnement permettant le renforcement du soutien public à ces initiatives.

6.L'Epi lorrain, Le Talent, Le Valeureux, Le Ropi, La Minuto, Get'it, le Solàtoi, Le Choix Solidaire, ...

5

Améliorer la responsabilité des acteurs financiers

L

a responsabilité du secteur financier dans la crise ne fait pas de doute. En même temps, les institutions financières jouent un rôle essentiel dans la société et l'accès à leurs produits et services de base doit être garanti à l'ensemble de la population. Pourtant, l'impact des activités des institutions financières sur la société est difficilement évaluable, tandis que les politiques de RSE (responsabilité sociale des entreprises) se bornent à définir des procédés mais n'évaluent en rien les résultats de leurs politiques. En matière de responsabilité sociale, les activités des banques et des organismes de crédit devraient être envisagées sous l'angle de l'inclusion financière (l'accessibilité au crédit et au service bancaire de base) et sous l'angle de la responsabilité et de la solidarité dans les politiques d'investissement. L'autorégulation dans ces matières par le secteur lui-même ne peut que donner lieu à des recommandations (insuffisantes) et non à des mesures contraignantes, raison pour laquelle les banques devraient faire l'objet d'une évaluation publique selon des critères stricts, des indicateurs et un audit indépendant qui permettraient de les comparer objectivement. C'est pourquoi le Réseau Financité demande notamment :

 aux autorités fédérales de favoriser la responsabilité sociale des institutions financières par la mise en place d'un système de mesure objective.

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Les groupes Financité changent la finance

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1001 façons d'agir pour une finance plus responsable et solidaire

Le Réseau Financité, est un mouvement citoyen qui agit au quotidien pour répondre aux enjeux d'une finance plus responsable et solidaire.

Financité Groupes locaux

Comment ? En proposant une information de qualité et indépendante, mais aussi par la mise en place d'activités de sensibilisation, telles que les états généraux de la finance responsable et solidaire, la Quinzaine Financité, des conférences, des ateliers, des ciné-débats, des formations, etc. Cela passe également par le soutien à des groupes de citoyens qui souhaitent s'informer, agir, interpeller ou mettre en place des alternatives. Ce sont les groupes ou associations locales Financité.

EthiqueInvest, A.I.E.S, CAF RACI, CAF Au bon soleil, CHS

La Minuto Solàtoi

Le Valeureux, La Payote ASBL

Finance-la-Neuve, Le Talent

Financ'éthique Mons Micro-épargne Onhaye

Ensemble, changeons la finance ! Pour en savoir plus, écrivez-nous à citoyen@financite.be.

Get'it

La Payote ASBL

Micro-épargne Malmédy

Rochefort en transition

L'Epi lorrain

De la microépargne au Bon'Heure ? Les personnes qui assistent à des activités Financité ne décident pas d'emblée de créer un groupe. Parfois, c'est par un chemin détourné que les choses arrivent. À Onhaye, après trois ans de rencontres, une démarche citoyenne est en train d'émerger autour des échanges locaux  !

Laurence Roland

E

n 2011, Financité avait contacté plusieurs CPAS pour mettre en place un projet pilote de micro-épargne (voir p.9). À Onhaye, une dizaine de personnes ont répondu à l'appel. L'année suivante, le programme a continué sous une forme différente1. Certaines personnes impliquées lors de la première année ne sont plus venues, d'autres se sont ajoutées... avec plus ou moins de régularité. Cette fois-ci, les thèmes abordés lors des réunions concernaient davantage la « finance » : les mécanismes de la crise, les arnaques du crédit, le fonctionnement d'une banque, l'impact des investissements financiers sur la société... Aujourd'hui, les réunions abordent des sujets « concrets » : épargner sans son banquier, les « repair cafés », les systèmes de donnerie, la fabrication de produits ménagers.... une série d'alternatives pour mettre plus de solidarité dans les rapports à l'argent et faire des choix plus avisés.

Le potager collectif du village de Onhaye.

Du GAC... La séance de novembre dernier était consacrée aux groupes d'achats collectifs (GAC). L'idée de se rassembler pour effectuer des achats en commun et ainsi faire des économies est surtout connue dans le cadre d'achat de légumes et autres denrées alimentaires. Audelà de l'avantage pécuniaire, c'est surtout la promotion des circuits courts et la valorisation d'une agriculture respectueuse de l'environnement qui sont privilégiées. À Onhaye, l'asbl Groupasol est venue présenter son activité d'achat groupé de mazout. Entre les différents participants habitant la commune, l'idée de créer un GAC de produits d'agriculture locale a d'ailleurs été envisagée et mise en relation avec le potager collectif de Onhaye. Ce potager, mis en place dans le cadre du plan de cohésion sociale, rassemble des personnes du village qui l'entretiennent et qui, au moment de la récolte, se partagent la (très abondante !) production. Mais le potager manque parfois de main-d’œuvre, ce qui entraîne un travail lourd pour les quelques jardiniers amateurs et une surproduction puisque, logiquement, la production du potager ne peut être revendue.

...Au SEL En décembre dernier, ce sont les système d'échanges locaux (SEL) de Dinant, le DINASEL et celui de Rochefort, le CIRO-SEL qui sont venus présenter leurs activités. Plusieurs personnes du groupe de Onhaye ont vu un intérêt à rejoindre le SEL de Dinant, le plus proche, pour profiter des services proposés et apporter d'autres idées. Dans un SEL, les personnes s'échangent un service contre un autre et sont rémunérées non pas en argent, mais avec une unité de temps (au Dina-Sel, on s'échange des Bon'heures). Ainsi une heure d'un service équivaut à 1 heure d'un autre service, quelle que soit la pénibilité ou le « niveau intellectuel » de la tâche. Par exemple, Martine coud pendant une heure pour Jocelyne qui, elle-même, fait tailler la haie de son jardin par Jean-Michel et qui vient aider

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Trimestriel No 33 · mars 2014

Christine à préparer un grand repas familial, qui elle-même, donnera un cours d'anglais à la petite dernière de Jacques. Contre toute attente, les SEListes remarquent souvent que les nouveaux arrivants ont beaucoup de mal à concevoir qu'ils possèdent des compétences utiles aux autres, à tel point qu'ils hésitent à demander un service (je ne suis pas sûr de pouvoir le rendre, entend-on souvent). Or, dans les SEL, on peut tout à fait être en négatif (recevoir plus que demander), car les SEListes estiment normal qu'à certains moments de la vie, on ait plus besoin d'aide et moins de temps disponible que d'autres. Pour le groupe d'Onhaye, on pourrait être créatif. Imaginer qu'avec les Bon'heures récoltés, Martine va se servir dans les surplus du jardin collectif. C'est vrai, elle n'y a pas travaillé directement, mais a rendu plein de menus services à d'autres. Pour elle, cela représente peut-être peu d'effort (elle aime coudre et cuisiner), mais pour les autres, c'est une sacrée épine hors du pied ! Ou pourquoi pas, intégrer le jardin potager dans le SEL, de sorte que toute personne qui y travaille récolte des Bon'heures qui pourraient être utilisés ensuite contre d'autres services du SEL. À Onhaye, rien n'est encore décidé, mais on assiste peut-être à la naissance d'une nouvelle

dynamique citoyenne. Fin mars, des habitants du village rencontreront des membres du Dina-Sel pour voir s'il est possible de l'étendre jusqu'à Onhaye et ses environs. Pour découvrir les SEL cités dans cet article, consultez www.dina-sel.net et www.cirosel.be.

L'epargne en jeu Pendant plusieurs mois, Financité vous propose de vous pencher sur le thème de l’épargne. Cette réflexion s'affinera au fil des activités organisées entre avril et juillet : ateliers et journées de présentation organisées à Bruxelles et en Wallonie avec – en point d'orgue – notre première université d'été (Les rencontres Financité) qui aura lieu les 5 et 6 juillet. L'objectif de ces rencontres est qu'ensemble, nous arrivions à une position commune et à des propositions de pistes d'action concrètes.

Financité magazine

Envie d'en savoir plus sur les programmes de micro-épargne ? Envoyez-nous un e-mail à citoyen@financite.be !

Financité lance le débat !

L’épargne, à quoi ça sert ? Le thème de l'épargne est dans l'air du temps, mais les débats publics et politiques ont tendance à se focaliser sur la fiscalité. Or, à côté du volet fiscal de l'épargne, il conviendrait de réfléchir à son importance et à la place nous voulons lui assigner dans notre société. Alors qu’avoir de l’argent de côté semble indispensable pour se prémunir contre d’éventuelles déconvenues, prévoir des achats futurs et s'offrir des perspectives d'avenir, on apprend que plus d’un quart des Belges ne peut pas faire face à une dépense imprévue ! Une partie importante de la population risque donc d'être amenée à s'endetter, voire à se surendetter face à une difficulté.

Financité vous propose d'apprendre et de réfléchir sur la place de l'épargne dans notre société, en se basant sur quelques principes de base : Encourager l’épargne chez un maximum de personnes  à travers des incitants publics équitables, qui profitent à tous ,  à travers une éducation appropriée,  en finançant l'économie réelle, locale et respectueuse de l'environnement,  pour réduire le niveau (de risque) d' endettement des ménages.

Financer une multinationale ou un projet social ?

Ateliers Débats Rencontres

Découvrez les activités organisées près de chez vous, dans la rubrique agenda de www.financite.be. Quelques dates clés Les ateliers du Financité Magazine 2h pour appréhender le sujet et en débattre • Verviers, le 06/05 au Centre Culturel • Louvain-la-Neuve, le 07/05 à Altérez-vous • Mons, le 08/05 à la Maison Internationale Les journées « Épargne en jeu » 1 journée pour approfondir vos connaissances et partager votre point de vue. Au programme : états des lieux de l'épargne et son rôle en Belgique, les inégalités face à l'épargne et les initiatives collectives d'épargne. • Liège, le 7 juin à l'ULG • Namur, le 14 juin à Mundo-N • Bruxelles, le 21 juin à l'Elzenhof Les rencontres Financité : 2 jours d'ateliers, de conférences et de rencontres autour de l'épargne en vue de construire une vision politique. Ces premières rencontres vous offre la possibilité de découvrir et de travailler sur le rôle et la place de l'épargne dans notre société. • Braives, au Moulin de Hosdent, les 5 et 6 juillet Envie d'en savoir plus ou d'organiser un atelier près de chez vous ? Écrivez-nous à citoyen@financite.be !


la finance éthique et solidaire en pratique

La séparation bancaire aurat-elle lieu ? Le gouvernement belge a annoncé, en décembre dernier, un projet de loi pour séparer les métiers bancaires. Mais la nouvelle législation mettra-t-elle vraiment l'épargne à l'abri de la spéculation bancaire ?

Ne ratez pas ! En bref Le projet de loi montre des faiblesses. Exceptions nombreuses et contrôle difficile. Arnaud Marchand

Petit retour en arrière

Le projet de loi a été déposé au Parlement en février dernier.

Les grandes banques mélangent plusieurs activités. D'un côté, elles récoltent l'épargne et octroient des crédits (banques de dépôt) et de l'autre, elles placent leurs capitaux ou ceux de leurs clients sur les marchés financiers (banques d'investissement). Cette dernière

activité étant très rentable lorsque les marchés financiers se portent bien, les banques la privilégient et utilisent l'épargne de leurs clients, profitant de la garantie que les États apportent, pour emprunter à bas prix sur les marchés financiers et investir davantage. Lorsqu'en 2008 la crise éclate, notamment en raison de prises de risque inconsidérées par les banques, les États ont été contraints de sauver les banques et de faire payer le contribuable. Au vu de ces sauvetages coûteux1, la nécessité de modifier notre système bancaire est apparue criante. La séparation stricte entre banque de dépôt et banque d'investissement permettrait de limiter l'intervention de l'État aux activités vitales pour l'économie, soit les dépôts et crédits aux ménages et aux entreprises. Depuis, de nombreuses voix (dont le Réseau Financité) se sont élevées (voir encadré) pour exiger une séparation stricte entre banques de dépôt et banques d'investissement, une scission étant tout à fait réalisable. Le 20 décembre dernier, le gouvernement fédéral annonçait un accord sur la séparation des métiers bancaires.

réalité législative

Campagne « Scinder les banques » En octobre dernier, le collectif citoyen Roosevelt.BE, le Réseau Financité et FairFin se sont mobilisés, via la campagne « Scinder les banques » pour demander une séparation stricte entre banque de dépôt et banque d'investissement. L’objectif commun : exhorter le gouvernement à revenir à une séparation stricte des métiers bancaires afin d'éviter qu'à l'avenir une nouvelle crise obligeant l’État à voler au secours des banques, ne porte à nouveau préjudice aux contribuables. Soutenues par des syndicats, mutuelles et organisations, les trois organisations veulent aussi rappeler au gouvernement qu'au-delà des problèmes avancés par l'industrie financière en cas de séparation, il est de son devoir de tenir compte dans la réflexion des problèmes économiques plus grands encore qui adviendraient si l’État devait à nouveau sauver nos banques. Plus d'info sur www.scinderlesbanques.be.

Le projet de loi de séparation bancaire qui en découle a été déposé au Parlement fin février. Celui-ci a quelques semaines pour se prononcer et éventuellement amender le texte, avant son vote en plénière courant avril. Mais contrairement à l'annonce faite par le gouvernement fin 2013, l'actuelle version de loi ne vise pas à séparer de façon stricte les métiers bancaires. Bien que le texte cherche à limiter leur exposition aux risques de marché, les épargnants et citoyens restent menacés par les conséquences de la spéculation et d'une nouvelle crise financière. Concrètement, deux mesures phares ont été proposées2. Premièrement, le texte sur la réforme bancaire prévoit bien une interdiction pour les banques de dépôt de conduire des activités de marché pour compte propre, c'est-à-dire au bénéfice de la banque. Les activités interdites devront être déplacées hors du périmètre de consolidation, dans une société sœur. Malheureusement, le texte souffre de trop nombreuses exceptions (tenues de marché, opérations de couverture, gestion de trésorerie, etc.) qui déforcent la loi. Le gouvernement se justifie en affirmant que ces opérations sont utiles à l'économie réelle et peuvent être bénéfiques aux entreprises. Mais ces opérations pourraient tout aussi bien être conduites dans la banque d'investissement et non dans celle de dépôt ! De plus, le contrôle du respect de cette réforme s'avérera très compliqué lorsqu'il s'agira de faire le tri entre activités de marchés autorisées et interdites pour les banques de dépôt. Ensuite, le fait de limiter l'ensemble des activités de marché à 15 % du volume total des

La séparation bancaire sera aussi débattue au niveau européen. Venez interpeller les candidats belges aux élections européennes. Face à des experts du monde bancaire, quels arguments nos futurs élus peuvent-ils avancer et quels sont leurs engagements pour améliorer le texte sur la séparation des métiers bancaires ? Lundi 5 mai 2014 à 19h00 à la Business Solvay School (campus Solbosch). Plus d'infos sur www.financite.be.

activités de la banque3 et l'obligation de surpondérer par des fonds propres en cas de dépassement constituent une avancée de la proposition de loi belge par rapport aux autres lois européennes. Mais bien que l'intention exprimée soit louable, on peut se demander si ce plafond de 15 % sera à même de garantir une protection totale en cas de nouvelle crise mondiale. De plus, ce seuil n'est en réalité mentionné à aucun endroit dans le projet de loi. En effet, il a été avalisé par un arrêté royal4 modifiant le règlement de la Banque nationale. S'il demeure possible pour le régulateur de modifier ce seuil sans nécessiter l'aval du pouvoir législatif, il existe un risque que les banques fassent pression pour le relever lorsque l'économie reprendra son envol, au nom de la sacro-sainte concurrence internationale. Une modification de l'arrêté royal en ce sens pourrait bien passer inaperçue !

Conclusion Les limites et exceptions évoquées ici sont autant de signes qui font craindre que la réforme bancaire n'aura pas autant d'impact qu'annoncé et espéré. Alors que le parlement entame, à l'heure de la publication de ce magazine, l'examen du projet de loi sur la réforme bancaire, nous continuons de penser que la solution qui protégera efficacement épargnants et citoyens est une stricte séparation entre activités de dépôt et activités de négoce. Pour se rapprocher au maximum de cette option, les multiples exceptions devront être supprimées et le seuil de 15 % diminué et directement inséré dans le texte de loi luimême. 1. En Belgique, le sauvetage bancaire a coûté, selon le CADTM, 32,6 milliards d’euros, soit 9 % environ du PIB belge. 2. Une analyse plus détaillée du projet de loi et de l'arrêté royal lié à la réforme bancaire est disponible sur www. scinderlesbanques.be. 3. Étant donné la réduction du niveau de risque des activités de marché depuis 2008, seules deux banques dépassent encore ce seuil en Belgique actuellement. 4. Daté du 26 décembre 2013.

Investisseur solidaire ? Dites-le à vos amis !

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Trimestriel No 33 · mars 2014

la finance éthique et solidaire en pratique

Donnez du sens à votre argent Prêt à placer une partie de votre argent dans des projets à plus-value sociale, environnementale ou culturelle ? Faites votre choix !

Investir chez un financier solidaire Investissez chez Vous confiez votre argent à d'autres un financier organismes financiers éthiques qui, à leur tour, l'investissent dans solidaire les projets à plus-value sociale, environnementale ou culturelle.

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(Parts de) Coopératives Alterfin ( www.alterfin.be ) : investit dans le commerce équitable dans le Sud.

Crédal ( www.credal.be ) : finance des projets, des entreprises belges d’économie sociale ou actives dans la lutte contre l’exclusion, et octroie des microcrédits en Belgique.

Eltys ( www.eltys.org ) : investit dans des projets de petite et moyenne taille respectant une charte éthique sociale, écologique et économique.

Investir dans un projet qui vous importe Vous choisissez directement l'entreprise, la banque ou le projet dans lequel vous investissez, pour soutenir une économie sociale et respectueuse de l'environnement.

Investissez dans le projet qui vous importe 

> (Parts de) coopératives et (obligations d') ASBL Agricovert (www.agricovert.be) : commercialise des produits locaux et bios et aide les exploitants à s'installer et à maintenir une agriculture paysanne et familiale.

Espace Kegeljan ( www.espacekegeljan.be ) : s’occupe de l’éco- et de la biorénovation d’un bâtiment à Namur destiné à héberger des associations.

La Coopérative ardente ( www.lacooperativeardente.be ) : vend, à travers son supermarché, des produits locaux, bios et équitables.

Incofin ( www.incofin.be ) : finance de petites entreprises dans les pays en développement et en transition via des institutions de microfinance durables.

Lucéole ( www.luceole.be ) :

Oikocredit-be ( www.oikocredit.be ) : finance des projets solidaires dans les pays en voie de développement.

Les Tournières ( www.lestournieres.be ) :

ASBL L’Aube, La Bouée, Les Ecus Baladeurs, La Fourmi Solidaire, Le Pivot financent des associations belges à visée locale.

réalise des investissements durables dans le domaine des énergies renouvelables à Habay. réhabilite des bâtiments dans la région de Liège pour en faire des habitations sociales ou les louer à des associations.

Nosse Moulin ( www.nossemoulin.org ) : investit dans la production d'énergie renouvelable. Terre en vue ( www.terre-en-vue.be ) : facilite l’accès à la terre en Belgique pour les agriculteurs. Vins de Liège ( www.vindeliege.be ) :

Soutenez le Réseau Financité ! Le Réseau Financité existe depuis plus de 25 ans. C'est un mouvement citoyen qui se bat pour une finance plus responsable et solidaire :  qui répond à l'intérêt général.   qui soit au service de tous.   qui soit proche des gens. Ce travail passe notamment par des actions de plaidoyer auprès des banques et des pouvoirs publics qui auront d'autant plus d’impact que nous serons nombreux à porter le message.  Nous avons déjà obtenu quelques succès. Avec « mon argent, sans scrupules », Financité s'est battu pour interdire le financement dans les armes controversées de sorte que les banques ne proposent pas à l'insu de leurs clients des produits financiers qui investissent dans des entreprises qui commercialisent, fabriquent ou vendent de telles armes. Cette obligation est coulée dans la loi.  Financité a aussi permis grâce à ses recherches et au lobby qui a suivi la publication de la loi instaurant le service bancaire de base.  Il y a quelques mois, Financité se démenait pour que les banques cessent la spéculation sur les matières premières. Récemment, nous avons lancé une pétition pour « scinder les banques » afin de mettre l'argent des épargnants à l'abri des spéculateurs. En devenant membre, vous soutenez la finance responsable et solidaire et nous aidez dans nos activités de plaidoyer. Car plus nous serons nombreux et plus, ensemble, nous pourrons changer la finance ! Pour devenir membre ou renouveler votre adhésion, il suffit suffit de verser 25 euros le compte Triodos du Réseau Financité (IBAN BE12 5230 4435 9892 – BIC : TRIOBEBB) avec la mention « membre citoyen ». En tant que membre citoyen :

 Vous soutenez un groupe Financité.  Vous recevez gratuitement le Financité magazine chez vous. Vous recevrez le Financité Hebdo (les news  internes) et la Dépêche Financité.  Vous participez aux assemblées générales de Financité où vous avez droit de vote. .... 

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geons la Ensemble, chan

développe une activité viticole respectueuse de l'environnement sur les hauteurs de Liège.

Comment évaluer la qualité éthique des produits financiers ? Découvrez sur www.financite.be, une base de données unique des produits financiers éthiques, la nouvelle méthodologie du Réseau Financité ainsi que le top 3 des meilleurs fonds éthiques du marché !

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Ensemble, changeons la finance

Touche pas à mon blé

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NUMÉRO TRIMESTRIEL

32

DÉCEMBRE 2013

Banques, le dangereux mélange

dérègle Quand la finance p.6-7 notre assiette la ensemble contre aire p.9 spéculation aliment

Pour une e autre financ outil

UNE PUBLICATION DU RÉSEAU FINANCEMENT ALTERNATIF BUREAU DE DÉPÔT : 6000 CHARLEROI

Banques de dépôt et d'affaires ne font pas bon ménage p.6-7 La séparation bancaire, c'est pour quand ? p.9

la monnaie, un citoyen p.12-13 sme p.16 un musée du capitali

Pour une autre finance Finance et nous ! p.12-13 Quand le théâtre joue au banquier p.16

Le dividende des coopératives agréées varie entre 0 et 6 %. Le montant minimum à investir dépend du projet. Pour les coopératives présentées, il varie entre 60 et 500 €.

nuMéRo tRiMEStRiEL

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SePTemBRe

2013

unE PubLiCation Du RéSEau finanCEMEnt aLtERnatif buREau DE DéPÔt 6000 ChaRLERoi

© DPA - Ferhat

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la tribune Financité

Trimestriel No 33 · mars 2014

« Le capitalisme est insoutenable » Dans son livre La cause humaine. Du bon usage de la fin d’un monde, Patrick Viveret, philosophe et ancien conseiller référendaire à la Cour des comptes de France, dresse un portrait sans concession du capitalisme ambiant, mais plein de bienveillance pour l’homme et ses multiples possibilités de changer les choses.

La finance mondiale ne se relèvera pas, selon vous ? Lors d'un débat auquel je participais avec de grands banquiers « classiques », j’ai posé la question de la probabilité d’un krash comparable à 2008, voire plus grave encore. Ils m’ont tous répondu : « Très probable ! » À ma question, « le système pourra-t-il se relever d’une telle chute ? », tous ont convenu que les États où éclatera cette crise seront incapables de s’en sortir, qu’ils seront endettés jusqu’au cou, totalement exsangues. Et il n’y a pas de « plan B » à l’horizon. Il faut bien comprendre que le capitalisme ambiant dans lequel nous évoluons met jusqu’à la démocratie en péril. Les marchés financiers votent tous les jours ; les citoyens, eux, ne votent qu'une fois toutes les X années ! Et si les gouvernements élus pour changer ce système financier finissent par plier sous le lobby, comme c’est le cas en France actuellement, il faut bien admettre que nous ne sommes plus dans un fonctionnement démocratique. Nous devons donc nous diriger vers des sociétés différentes, des sociétés du bien-vivre. Elles auront comme caractéristique la soutenabilité, avec notamment une finance au service de l’homme, une finance connectée à l’économie réelle, à la transition écologique, etc. © P Greboval/Kaizen

vidéos sur

Patrick Viveret

financite.be

Entretien réalisé par Amandine Cloot Vous avez écrit dans votre dernier livre : « Nous avons déjà fait un long chemin avec l’inacceptable ». Qu’est-ce que vous voulez exprimer par là ? Quand je dis cela, c’est pour illustrer l’expression « sortons du mur ». Nous sommes aujourd’hui obsédés par l’image « d’aller dans le mur », on la retrouve partout. Cette image génère de l’angoisse, de la peur, de l’impuissance… D’une certaine façon, ce mur nous l’avons pourtant déjà percuté. Ces remparts qui nous limitent sont pourtant pour la plupart virtuels. Nous nous posons, en d’autres mots, en victimes d’un système que nous croyons définitif. L’idée que l’on a déjà fait un chemin avec l’inacceptable, nous plonge, au contraire, dans une perspective dynamique, cela veut dire que nous avons un rôle à jouer, des choses à faire. Nous faisons face aujourd’hui à des insoutenabilités sur des plans multiples : insoutenabilités écologiques, sociales et même financières. L’insoutenabilité du système actuel prépare des alternatives. Pour les voir, il faut d’abord changer de lunettes, changer d’indicateurs économiques. Pouvons-nous continuer à consommer de cette manière, pouvons-nous continuer à produire des déchets ? Non ! Pouvons-nous continuer à calculer la croissance d’un pays sans regarder le creusement des inégalités sociales ? Quand Oxfam dit que « la richesse des 85 individus les plus riches du monde équivaut à celle de la moitié la plus pauvre de l'humanité »1 on comprend que non. Et puis, surtout, on le sait maintenant depuis 2008, ce sur quoi repose notre système, ce sur quoi repose le règne du capitalisme n’est plus soutenable car la sphère financière s’est écroulée.

Comment expliquer qu’à première vue les choses n’aient pas encore changé ? Elles sont en train de changer ! Mais prenons un indicateur, comme la croissance. Il est bien sûr dépassé si on le prend sous l’angle décrit plus haut, dans une perspective sociale, humaine. Mais pour les bénéficiaires du système actuel, rien de dépassé là-dedans : pourquoi arrêter un système qui sert leurs intérêts ? En particulier sur le plan financier. C’est la logique de l’apartheid si vous voulez, ce qui nous menace aujourd’hui, c’est un apartheid social et économique. Vous insistez sur les alternatives qui se développent actuellement, sur un tournant positif. Où se trouvent ces pistes de solution ? L’idée n’est pas qu’un autre monde est possible, mais qu’un autre monde est déjà là. Des initiatives citoyennes se sont développées dans tous les domaines : la santé, le transport, l’éducation, les investissements, etc. On voit dans ces projets qu’il est déjà possible de vivre autrement, de consommer autrement, de bouger autrement. Je suis l’un des initiateurs de la monnaie Sol, une monnaie solidaire. Les monnaies locales, complémentaires sont un exemple frappant de cette réappropriation des échanges. La monnaie est censée être une institution publique au bénéfice de l’échange pour tous. Mais il y a captation de la monnaie au service de quelques-uns. De plus, les monnaies que nous utilisons sont déviées pour l’essentiel vers l’économie spéculative. Bernard Lietaer2 cite ce chiffre qui donne parfaitement la mesure de la déviance actuelle : 88 % des flux financiers actuellement en circulation ne correspondent pas à des biens réels ! En revanche, le propre des monnaies citoyennes est qu’elles sont ancrées dans l’économie réelle : elles servent à des échanges qui ont

une valeur ajoutée économique, sociale et territoriale. Les monnaies officielles font peur, plus grand-monde ne se pose de questions à leur sujet, elles sont devenues la chasse gardée des spécialistes. Une monnaie solidaire, on sait d’où elle vient, qui la garantit et à quoi elle sert. Votre livre est extrêmement positif. Vous faites preuve d’un optimisme étonnant, d’où vous vient cette joie de vivre ? À titre personnel, à travers des étapes de ma vie, j’ai eu la chance de comprendre que l’essentiel était la joie de vivre, que le voyage en humanité était un vrai privilège. Quand on a ce privilège, considérer que les autres ne sont pas des concurrents, mais des compagnons en humanité, c’est le début de quelque chose de fantastique. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cela ne conduit pas à une vision naïve des choses. Je pense que l’on peut être extrêmement positif et avoir conscience de la gravité des enjeux en place. Il y a des choses affreuses, extrêmement insoutenables dans ce monde. Mais ce pessimisme de l’intelligence doit être l’allié de l’optimisme de la volonté. Sans joie de vivre, on vit tétanisé. Beaucoup de grands hommes ont fait de grandes choses dans des contextes inhumains, terribles. Alors pour nous qui avons tout de même la chance de vivre dans des conditions plus clémentes, il est tout à fait possible de lever les barrières. Si derrière tous les systèmes de domination vous trouvez de la maltraitance et du mal-être, alors choisir d’être heureux est déjà un acte de résistance politique en soi. 1. Dernier rapport sur les inégalités d'Oxfam international disponible sur www.oxfam.org. 2. Bernard Lietaer est l'auteur de nombreux ouvrages sur les monnaies citoyennes.

Patrick Viveret était à Bruxelles dans le cadre du cycle Finance et nous, organisé par le Centre Culturel de La Vénerie, Les compagnons de la transition de Watermael-Boisfort et le Réseau Financité. Pour découvrir la suite du programme, consultez la rubrique Agenda de www.financite.be.

Découvrez la base de données des produits éthiques sur www.financite.be Financité magazine

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