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Yohann Ducès / Gran canaria Photo / G - shot


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Cold is the new Gold

S’IL Y A UN TEMPS DE L’IMMÉDIAT, CELUI-CI SE RACCOURCIT, SE COMPRESSE, JUSQU’À DEVENIR DÉSUET. L’ÈRE DE L’INFORMATION A PRIS TOUS LES DROITS, DANS NOS VIES Y COMPRIS; SURTOUT DANS NOS VIES. ON S’EN RÉJOUIT LORSQU’IL S’AGIT D’AVOIR LES PRÉVISIONS DE HOULES DE LA SEMAINE, MOINS QUAND LA PHOTO D’UN FRÈRE DISPARU APPARAÎT ET DISPARAÎT EN UN CLIC. ASSIÉGÉS PAR LES INFORMATIONS, ON PASSE DU RIRE AU LARMES. ET LORSQUE LES LARMES FINISSENT PAR SÉCHER, IL RESTE LE SEL. CELUI QUI CRISTALLISE NOS SOUVENIRS. NOS GUERRIERS DISPARUS Y SONT ALORS IMMORTELS, ILS SURVIVENT DANS NOS MÉMOIRES, AUX ANTIPODES D’UN PROGRAMME QU’ON ZAPPE.

Photo/J. Favaloro

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The revolution will not be televised. Près de 40 ans plus tard, Gill Scott-Heron n’aurait pu se douter que la technologie contredirait sa prophétie poétique. La télévision, mais plus globalement les vecteurs de communication et autres réseaux sociaux sont devenus les nouvelles armes des révolutionnaires, aussi dangereuses qu’une kalach. Pour le boogie, 2011, c’est également l’année de la révolution. Notre sport est en train de prendre la place qu’il mérite et sort de l’ombre. On vient chercher notre dose tout les deux mois, on repart la gamelle pleine d’images HD, de manoeuvres folles et de «booom!». Conséquence: on frise l’indigestion d’image. Sous les cheveux, la tempête. Des vents violents hurlent dans nos têtes, nos pensées tourbillonnent plus vite que les hélices d’un DC10. Toutes ses images laissent place à des sentiments contradictoires qui s’entrechoquent en nous, à la limite de la schizophrénie. Les deux larmes du Yin et du Yang se sont fondues l’une dans l’autre en une mélasse épaisse, une boue infâme qui noie tout. Ca y est, on y est, on expérimente ce que le Pr. Malcolm appelle la théorie du chaos. Saturés, on cherche alors à faire le vide, c’est le néant qui nous attire. On en vient à accueillir l’hiver les bras ouverts, seule saison en France nous offrant la quiétude, les sessions mémorables en solo ou en petit comité sur un spot connu de tous, en feu, et pourtant désert. Du mammifère qui hiberne, pour beaucoup d’entre nous, il ne reste plus rien. Par choix ou désespoir, on devient des êtres solitaires. Il n’y a plus que cette soif insatiable qui nous anime, celle de l’orpailleur. 10 kgs de plus sur le dos, les os qui grincent et les doigts crispés, on attends que les effets du choc thermique passent en serrant les dents, celui du premier canard dans une eau en dessous des 10°C. On pense alors à ceux qui sont encore sous le sapin, bien au chaud dans leur foyer, tandis qu’on a presque atteint l’insalubrité mentale. Et puis d’un seul coup elle arrive, la bête infâme, marron, obscure, glaciale, elle nous offre le ride tant recherché. Chaque goutte d’eau qui nous épargne devient un petit miracle. On finit par sortir de l’eau accompagné par le bruit de nos pieds qui crissent sous la grève gelée. Le froid fige tout, surtout nos pensées. C’est le cerveau engourdi qu’on jette un dernier regard vers l’océan, en maudissant ce temps à douleurs, qui blesse jusqu’à l’os. Pourtant, c’est cette même faculté à ressentir qui nous permets d’en jouir. Jouir des souvenirs, des moments, des personnes et des saisons passées pour mieux les célébrer. Alors célébrons: à l’Hiver!!


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Interview / S. Da silva Photos / A. Dewolfe & E. Ouellette

/////////// AVEC UN COURS DE L’OR AUSSI ÉLEVÉ, J’AI DÉCIDÉ DE CHANGER DE BRANCHE, DE MANIÈRE ASSEZ BRUTALE. ORPAILLEUR, VOILÀ LE MÉTIER D’AVENIR. J’AI CREUSÉ MON TROU, ESQUINTÉ MES DOIGTS DANS LES SILLONS DE LA TERRE, DANS LES EAUX ÉTERNELLES ET J’AI FINIS PAR DÉCOUVRIR CE QUE J’ÉTAIS VENU CHERCHER: UNE PEPITE, UNE VRAI.

BASICS// Commençons par les présentations: d’où viens-tu? Je suis né et j’ai grandi sur la côte Nord-Est de l’Afrique du Sud. Je vivais dans une ville du nom de Richardsbay: une eau à 24°c, de bonnes vagues et une solide communauté boogie. Le boogie: c’est arrivé comment? Lorsque j’avais 11 ans. A cette époque, le garage de mon oncle a brûlé et une des seules choses qui a survécu à l’incendie et dont j’ai hérité était une vieille planche Wave Warrior. Rose écarlate avec de beaux rails verts et un gros trou au milieu car mon cousin lui avait collé un leash de surf. Aujourd’hui, je regrette vraiment de ne pas l’avoir gardée.


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LIFESTYLE//

Un «Sud-Af» au Canada: donne nous un peu plus de détails sur cette rencontre improbable. Vivre de manière définitive au Canada n’était pas l’idée de départ. En 2002, je suis venu pour finir mes études et je pensais qu’une fois mes cours achevés je repartirai chez moi en Afrique du Sud. 9 ans plus tard je traîne toujours dans le coin, notamment dans les villes côtières de l’île de Vancouver. Surtout à Victoria pour achever mes études d’horticulture mais maintenant que c’est fait notre projet, pour ma copine et moi, est de continuer à visiter le coin et employer notre énergie à découvrir une partie du potentiel de cette côte incroyable.

Comment planifies-tu tes trips et tes sessions dans le «Grand Nord»? Il y a pas mal de facteurs à prendre en compte pour caler un trip par ici. Déjà, nous avons de très fortes marées avec jusqu’à 4m d’amplitude en 6h. Donc savoir quels reefs et dalles marchent à telle ou telle hauteur d’eau est essentiel pour tirer le meilleur parti d’un swell. Notre zone de surf, le détroit de Juan de Fuca, est une large étendue d’eau entre l’île de Vancouver en Colombie Britannique et la côte de Washington. Cette bande de côte est pleine de slabs et de pointbreaks dans des criques difficiles d’accès et qui en hiver sont activés par de très longues houles d’ouest qui s’engouffrent dans cette ouverture de quelques dizaines de km de large. Concrètement cela donne


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des conditions de surf variant de vagues de 4 pieds à l’embouchure jusqu’à des houles de 20 pieds cassant à 70 km à l’intérieur du détroit. Cette masse d’eau est aussi influencée par de forts courants, jusqu’à 4 noeuds. Le déplacement d’eau se voit à l’oeil nu et selon son sens il peut soit totalement tuer un swell soit le booster. Donc pour planifier un trip, je dirais qu’il faut: avoir une idée précise de la houle, des marées et des courants pour déterminer le bon spot au bon moment. OK, et une fois que tu as validé le spot, tu mets quoi dans ton boardpack pour affronter le climat et la forêt? Des vêtements secs! Les vêtements de rechange sont essentiels: il tombe 2800 mm d’eau en moyenne ici durant chaque hiver, donc être trempé jusqu’à l’os est inévitable. La laine marine ou des matières synthétiques sont le meilleur choix pour conserver la chaleur même trempé, le coton lui reste toujours à la maison. Une hache dans le sac à dos est aussi bien utile pour allumer des feux. Le bois est souvent trop humide pour amorcer un feu mais en coupant du cèdre, typique du coin, on y trouve un coeur assez sec pour le démarrer. Enfin les basiques: eau, nourriture et une frontale pour marcher dans la forêt dans l’obscurité, ce qui finira forcément par vous arriver si vous partez à la recherche de vagues sur la côte ouest du Canada.


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Quels sont les risques auxquels tu t’exposes quand tu surfes par là-bas? Il faut savoir que ce sont des zones sans aucune réception GSM et nous sommes en dehors des sentiers de randonnée et sur des spots d’où il serait difficile, voire quasiimpossible de transporter une personne blessée. Et puis bien entendu, il y a quelques ours qui rôdent dans notre esprit, même si nous avons eu suffisamment de rencontres paisibles avec ces beaux animaux pour ne pas trop s’en faire par rapport à ça. En parlant de grosses bêtes, tu peux nous filer quelques techniques de survie en cas de rencontre improbable? Complétement. Ma copine et moi travaillons beaucoup dans les forêts du Nord du Canada et de temps en temps le boulot requiert d’assister à une «formation ours» donc voici le mode d’emploi. En gros il y a deux cas. Si un ours arrive vers vous agressivement il défend son territoire ou ses petits qui doivent être proches: dans cette situation il faut reculer doucement en lui parlant d’une voix calme et, avec un peu de chance, il réalisera que vous n’êtes pas une menace et vous laissera partir. En revanche si un ours se pointe calmement, sans agression directe mais plus en ayant l’air de vous pister, c’est qu’il doit se demander si vous auriez bon goût. Dans ce cas là, attrapez une de vos Churchill et préparez-vous au combat de votre vie. Jusqu’à présent nous n’avons jamais eu de rencontres stressantes avec des ours, aussi parce que nous partons toujours avec nos deux chiens qui sont de formidables repoussoirs d’ours. Notre chien le plus âgé à déjà poursuivi quelques ours y compris un bon gros grizzly. Bon les grizzlys et autres bestioles c’est bien beau, mais la pêche dans tout ça? Tous les automnes, les saumons commencent leur voyage depuis l’océan pacifique jusqu’à l’intérieur des nombreuses rivières et ruisseaux qui parsèment les îles Vancouver. C’est une super période de l’année puisque vous pouvez attraper un bon gros saumon du pacifique ou même un saumon rouge qui, cuit au feu de bois ou fumé offre un sacré réconfort quand on vit sur la côte ouest. Si je suis un bon pêcheur ? J’aime penser que oui, même si ma copine vous dirait sûrement le contraire! Décris-nous tes sessions une fois tous ces efforts accomplis pour arriver sur les spots? Une des plus belles choses quand tu surfes ici c’est la vue depuis l’eau: quand tu te retournes c’est un paysage de montagnes, de grands conifères qui descendent depuis les falaises jusqu’à la côte. Aucune trace de présence humaine en général. Même si c’est quelque chose qui rend l’accès aux spots difficile, les longues randonnées au travers de la forêt font partie intégrante du surf trip ici et avoir des jambes endurant la marche est aussi important que d’être capable de bien palmer! Explores-tu de nouveaux endroits? J’ai l’impression d’avoir à peine commencé, il y a tellement de potentiel par ici... Tu es souvent seul ou alors à deux à l’eau. Peux-tu nous parler des gens avec qui tu surfes en général? A ma connaissance nous ne sommes que deux bodyboarders sur la côte Ouest, l’autre est un rider talentueux du nom de Vijay Maharaj qui passe la plus grande partie de l’année sur le North Shore d’Ohau avec son fils Lachan. Le reste de mes potes

sont des canadiens du coin qui aiment s’enfoncer en forêt pour se retrouver face à une vague vierge. La personne avec laquelle je fais le plus d’exploration et qui est une vraie source d’inspiration pour moi est l’ex pro-snowboarder et free-rider Jonaven Moore, qui a un don inné pour s’orienter dans la forêt, un vrai plus pour un surf trip par ici. Sans compter mes deux chiens qui me suivent absolument partout. Qui est derrière la camera quand tu rides devant l’objectif ? Il y a vraiment un bon groupe de photographes ici, toujours prêts à shooter. Malheureusement les conditions ne tournent pas toujours à leur avantage. Des pluies fréquentes, les randonnées avec du matos lourd dans des forêts humides et à travers rivières et ruisseaux, en grimpant et descendant des montages surveillés de près par des loups est plutôt une grosse aventure pour un jour ou deux de shooting. Donc quand vous voyez une photo d’un spot «pumping» sous un beau coucher de soleil, c’est une récompense rare à la fois pour le surfer et le photographe. Les photographes du crû sont Emilie Ouellette, Dean Azim et Adam DeWolfe, un belle brochette de talents qui seraient ravis de voir le boogie se développer au Canada.


Tu as des recettes particulières pour gérer l’entrée et la sortie de l’eau durant l’hiver? «Keep moving» est clairement ce que j’ai le plus en tête durant l’hiver. Garder la température de ses organes vitaux est la clé pour bien profiter d’une session hivernale sur cette côte. Les mains, le visage et les pieds sont les premiers à refroidir mais tant que ton tronc est au chaud, tu es OK. Comme certains j’utilise parfois le trick de l’eau chaude dans la combi mais... encore faut-il avoir de l’eau chaude une fois arrivé face au spot. Et dis-moi, est-ce qu’à force on s’habitue à l’eau froide? C’est impressionnant de voir que le corps peut s’ajuster à beaucoup de conditions même si je pense que gérer son exposition à l’humidité et au froid pour de longues période a aussi à voir avec le mental. Quelles sont alors les conditions les plus extrêmes auxquelles tu fais face au coeur de l’hiver? La côte Ouest du Canada est beaucoup plus chaude que le reste du pays durant l’hiver, avec des températures autour de 0° voire légèrement positives. Les conditions les plus froides que j’ai surfé étaient l’air à -8° et l’eau à environ 6°. Dans ce cas là, il faut rester en mouvement sinon tu crampes voire tu deviens un glaçon en quelques minutes. Tu suis un entraînement particulier par rapport au froid? J’adore manger du saumon durant les trips, c’est très riche et une grande source d’énergie pour affronter le froid. Et être dans le froid des heures ouvre sacrement l’appétit ! Au final, qu’est ce qui te pousse à affronter ces conditions? Le Boogie. Et quelques sessions magiques bien power avec des potes.

EQUIPEMENT// Dans ce genre de conditions extrêmes, la passion c’est promordiale mais l’équipement aussi. Tu utilises quel type de board? PE, PE, PE. Quand l’eau est à 5 ou 6° et l’air à -4°, utiliser tout autre matos serait comme rider une planche en bois. Et pour ce qui est des combinaisons, palmes, etc? Je surfe avec une Rip Curl 6mm avec des gants et des chaussons 5mm. J’ai récemment adopté les nouvelles Viper et je les trouve très bien. Actuellement, quelle est la meilleure combi sur le marché pour une eau froide selon toi, et pourquoi? Il faut sacrifier beaucoup de flexibilité pour surfer au chaud dans des eaux froides et pour l’heure il me semble que Rip Curl arrive à trouver un bon équilibre.


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BOOGIE BUSINESS// Vous avez des clubs, fédés, ou contests? Rien de ce genre, même si ce serait cool d’avoir un «cold water tour» un jour. Le Canada pourrait être une étape. Parle-nous de tes relations avec les marques et de tes sponsors tels que Soyroll... C’est bien de travailler avec Soyroll. Au delà du fait que les produits sont de top qualité, le choix de son patron Théo Caget de travailler un produit recyclé est vraiment cool et montre la voie à l’industrie du boogie sur les possibilités de réduire notre impact environnemental. C’est important pour moi d’être en relation avec des marques alignées sur mes valeurs et je pense que Soyroll va montrer l’exemple à suivre dans cette industrie. On t’a aussi vu avec des boards de chez Found: quelle est ta relation avec la nouvelle marque de Mr Rawlins? Par ici il n’y a pas de shop dans lequel je puisse juste rentrer et récupérer une nouvelle planche. J’ai besoin de matos bien shapé et fiable, donc comme pour Soyroll j’ai fait le choix personnel de rider des Found. Je pense aussi que Found développe une bonne approche du boogie business, en produisant d’excellentes boards mais au-delà de ça en créant une vraie communauté de clients. Es-tu à 100% un free-surfer ou fais-tu des compets? J’aime regarder le tour IBA. Mark McCarthy et moi avons grandi en surfant ensemble et je me fais un devoir de le supporter dans les grands événements. Il déchire assez en contest pour nous deux hahaha. Mais bon qui sait, peut-être qu’un jour je m’incrusterai sur un contest!


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PROJETS// Quels sont tes prochains projets au niveau bodyboard: un trip en Alaska? Un trip chez les voisins du Nord serait cool mais pour le moment j’ai tout un tas de côte qui me reste à explorer par ici, d’autant que quelques riders me rejoignent cette année, donc j’espère que nous allons bien scorer. Et tes projets hors boogie? C’est un peu lié. En fait de grosses compagnies pétrolières planifient un pipeline de l’intérieur de la province d’Alberta jusqu’à la côte Ouest où attendraient les tankers. Nous surveillons cela de très près pour mobiliser localement et informer. Nous projetons aussi une expédition en kayak de mer dans cette zone et espérons y trouver quelques nouveaux slabs... Te verra-t-on un jour rider en boardshort une eau translucide entourée de palmiers? A la mi-janvier, je rêve parfois de mers chaudes et de journées ensoleillées à la plage! Peut-être qu’un jour je zapperai un hiver canadien pour réaliser ce fantasme. Mais d’ici là, quiconque veut des sessions entre potes le long d’une côte vierge et mystique peut venir nous rendre visite, il y a plein d’espace à partager...


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////// PARFOIS, À LA RÉDAC, ON REÇOIT DE DRÔLES D’EXTRATERRESTRES. LÀ OÙENCORE UNE FOIS JE ME SUIS LAISSÉ SURPRENDRE, C’EST LORSQUE L’UN D’ENTRE EUX À PRIS L’APPARENCE DE NOTRE PLUS FIDÈLE COLLABORATEUR, L. GRAND AMATEUR D’HISTOIRE DEVANT L’ÉTERNEL, JE REÇOIS UN MAIL DE SA PART AVEC L’OBJET SUIVANT: PIPE PRO. DES IMAGES DE MAUVAIS PORNOS ME VIENNENT IMMÉDIATEMENT EN TÊTE... FOUTUE GÉNÉRATION YOUTUBE DE M###DE. JE REPRENDS TANT BIEN QUE MAL LE DESSUS SUR LE GEEK DES CAVERNES QUI SOMMEILLE EN MOI ET ARRIVE À LIRE L’OBJET DE SON MAIL EN ENTIER. QUOI QU’IL EN SOIT, J’AI ÉTÉ AUSSI BIEN ASPIRÉ PAR LE RESTE DU MAIL QUE PAR SON OBJET.


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PIPE PRO: THERMOMÈTRE DU BOOGIE MONDIAL L’arrivée d’une retransmission internet de qualité, l’inauguration d’un nouveau tour mondial, l’hommage aux vieilles gloires avec la finale des légendes et la présence de pas mal de vétérans bien verts dans le tableau principal (Mc Gee, Wise, Stewart) sont autant d’éléments qui font du Banzai Pipeline Pro de 2011, une véritable référence. Le bodyboard repart de l’avant, tout en rendant hommage à son histoire, et c’est au Pipe que ça se passe. Finalement, une petite intuition germe dans notre cerveau jusqu’à devenir vérité. L’épreuve mythique du Pipe Pro est bien plus qu’une simple compétition de sportif. Pour le boogie, ça ressemble plutôt à la prise de sang à partir de laquelle on va pouvoir établir son bilan de santé. Cette intuition s’impose à nous pour deux raisons: c’est l’épreuve la plus stable dans le temps (au même endroit depuis 1983) et la plus universelle. Devenu le pôle magnétique du sport lors de l’émergence du boogie, tous les riders doués ont cherché à s’y illustrer. Et puis, c’était bien la seule façon pour nous, de justifier auprès de la direction, de l’insertion de graphiques et de la présence excessive de pleins de chiffres mathématiques. Tout d’abord, la série d’épreuves de 1982-2011. Une longue période qui impose de prendre conscience d’une notion économique importante: la différence entre un $ courant et un $ constant. Le $ constant, c’est celui qui rend compte du pouvoir d’achat réel: et oui, on faisait beaucoup plus de choses avec un Prize Money de 30 000$ en 1985 qu’avec la même somme 35 ans plus tard...

Grace à ce petit tableau, vous passerez d’une idée à abstraite à une réalité bien tangible, et qui en plus fait mal. On y voit bien les 3 phases de l’histoire du boogie: les débuts puis la forte accélération, ce que l’on peut appeler l’âge d’or, puis le retour brutal vers l’underground et enfin une phase de remise en état depuis 2005 avec de nouveaux sponsors et quelques progrès dans le prize money. Cependant, soyons clair, les dotations même à la hausse et revenant à des niveaux en dollars courant proche de ceux de l’âge d’or, ils ne sont en rien comparable en pouvoir d’achat. Et pour qu’en 2012 le prize money soit équivalent à celui de 40 000$ de l’âge d’or 97/98, il faudrait qu’il atteigne un peu plus de 54 000$ (sans même rentrer dans le débat sur l’intensité de la compétition, des frais et de la préparation nécessaire pour remporter le Pipe en 2012 par rapport aux années 97/98). A noter qu’il n’y a pas eu d’épreuve en 1985 (car elle fut déplacée de décembre, jusqu’en 1984, à janvier à partir de 1986), et que l’épreuve de 2005 s’est tenue à Maui.

Comment lire le graphique ci dessous? - A coté de l’année se trouve le nom du sponsor principal de l’event (Partenaires 2008 : NMD, Pride, Body glove) - Les colonnes représentent les prizes money affichés cette année là en US$ - La courbe représente l’équivalent en pouvoir d’achat en US $ actuels du Prize Money de l’époque: on voit que les Prizes money actuels correspondent en réalité en pouvoir d’achat à la période 83-89, mais se sont remis à progresser!.. Sources: IBA, OCDE

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30.000$

20.000$

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Prize money au Pipe ( en US$) / Une illustration de l’économie du Boogie


SLAB /////6 Le Pipe Pro témoigne également de manière très fidèle de la mondialisation du sport. Pour illustrer cette séquence, voici un joli graphique montrant la répartition des pays d’origine des riders ayant atteint les phases finales au Pipe sur la période (Top 4, Top 6, Top 8 selon les années). Ici ce sont les hommes, chez les femmes le vert brésilien domine totalement et le japon s’invite aussi régulièrement à la fête (2002, 2006, 2007, 2009, 2011).

Brésil, plus le Japon chez les filles), miroir d’un Tour mondial qui se balade sur toute la planète. Enfin, le Pipe Pro n’a pas raté beaucoup des riders qui ont fait l’histoire du boogie partout sur la planète. Les noms mythiques y sont très largement représentés, surtout quand on va au delà du vainqueur pour regarder le Top 4, ou le Top 8, année après année. Dans l’ordre en nombre de victoires puis du Top 4, puis du Top 8, le Hall of Fame 1982-2011 nous rappelle de nombreux riders talentueux de toutes les époque. ////////

Regardez les éditions 1982-1987: la définition du boogie est alors «un sport hawaïen avec Mike Stewart qui gagne à la fin». Puis on y voit l’émergence du Brésil, la claque australienne 2004-2006 et la quasi disparition hawaiiano-US, ou encore les premières poussées des européens, d’abord d’outre-mer puis métropolitains. Enfin la grande diversité actuelle (Europe, US et Hawaii, Australie, Afrique du sud et

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Nos sources principales: - IBA - Sixty40 bodyboarding

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DU THERMOMÈTRE AU BAROMÈTRE. L’évolution historique de la scène boogie, ses rapports de force géographiques, les légendes du sport... on trouve tout ça, dans les résultats du Pipe Pro. Si le Pipe est un outil descriptif de l’état général du sport, peut-être est-il aussi un outil prédictif, comme un baromètre qui donne une indication sur le temps à venir? A ce titre, il faudra scruter avec attention le Pipe 2012, en souhaitant qu’il confirme les jolis signaux envoyés sur l’édition 2011 (avec idéalement un swell plus consistant)! Maintenant à l’évidence quand on voit cette forte poussée de la compétitivité du sport, devenu très international ce qui implique beaucoup de frais pour les riders et les marques, et les prize money en face (pour comparaison le ASP Quick Pro de New-York a distribué 1M$), on voit que le boogie reste avant tout une affaire de passionnés dévoués à leur discipline. Cette situation est un autre débat, avec du pour et du contre («possibilité d’en vivre» contre «sport pourri par l’argent»).


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HOMMAGE. «Ces mots qui nous déchirent, que l’on ne peut prononcer, qui rapent la gorge, rebondissent contre nos dents pour mieux revenir en arrière et se précipiter tout droit au fin fonds de nos tripes.» Par cette page noire , l’ensemble de la rédaction de SLAB, voulait rendre hommage à tous les bodyboarders qui nous ont quitté récemment pour aller rider d’autres cieux. Reposez en paix.


Il est parfois des voyages dont l’objet premier n’est pas le surf. Qu’il s’agisse d’une lune de miel, d’un treck en montagne avec une seule journée de relâche à la plage, voire d’un déplacement professionnel bien calé et qui mord sur un WE «à tout hasard». Même si dans le doute le potentiel de la zone visitée a été vaguement checké, c’était sans grande conviction, et le matos ne fait pas partie de l’excédent de bagages à l’aéroport. Parfois, arrivé à destination, la donne change. Cela commence par des traces ténues de surf: une enseigne en forme de planche, un menu «du surfer» proposé par le snack local, quelques boogies à louer dans un coin, voire une petite ondulation qui fait bien envie malgré son nanisme. J’avais expérimenté cela en Crète, avec une pure session de bodysurf dans des vaguelettes parfaites de moins d’un mètre cassant à l’abri d’une petite crique en plein été. Je l’avais aussi vécu en boogie à l’embouchure d’une rivière catalane durant deux heures furtives, un beau matin d’été également, après une nuit qui avait du bastonner au large, rejoint au pic par un bordelais qui lui aussi avait embarqué sa board «à tout hasard». Je savais donc que ces sessions uniques, inattendues et sans point de comparaison, sont parmi celles dont on se souvient comme des «petits miracles». Arrivé en famille à Kata Beach en Thaïlande pendant la saison calme (novembre-mars, après les pluies), c’est bien sur ces signes que je suis tombé. Une mer plate comme un lac, un léger offshore permanent, une eau turquoise. En bref, parfaites sessions de wakeboard en perspective! Mais aussi envie de creuser le sujet, d’autant qu’une amie bodyboardeuse était revenue d’un séjour en juillet, sur une plage proche, forte de quelques sessions surprises sympas avec un boogie trouvé sur place et sans palmes. Direction la boutique sur la plage. Là, le boss suisse Mike et sa comparse thaï, Nui, me le confirment: il y a bel et bien du surf à Kata et plus généralement en Thaïlande.

Bory. L. By

Une escale Improbable.

D’avril à septembre le temps est propice pour que la côte ouest du sud de la Thaïlande reçoive des swells de l’océan indien ayant passé l’obstacle de Sumatra, et donnant des vagues de 1m à 2m, sur les 57 spots répertoriés par le Guru. D’après les infos locales, en septembre il y a encore 60% de chances de trouver des vagues, en octobre 20%, en novembre 5%, en décembre 1%. Il s’agit pour la plupart de beach-breaks multipics, avec quelques point-breaks là où un rocher affleure mais le surf et le boogie sont assez récents et pas mal de côte et d’îles restent à explorer. L’ambiance au pic est, d’après mes hôtes, décontractée et pas surpeuplée, avec un respect des prios relatif mais sans conséquences. Ils me confirment que la population surfistique mêle des locaux, quelques surfeurs connaissant le lieux et pas mal de riders en mode «bonne surprise» pour ce qui est de la présence de vagues et de la possibilité de louer un longboard, un shortboard, un SUP, un body ou un skimboard. «Désolé chérie, je te jure que je savais pas mais là y a des vagues... ça te dérange si je te laisse 2h pour aller louer une board ? Rien qu’une fois...». Le matos loué est neuf, de bonne qualité (des boards NMD «enjoy») et pas cher (6-8€ la journée pour un boogie). Mike, arrivé il y à 25 ans avec un centre de plongée en tête ne s’y est pas trompé: après une phase windsurf il a commencé avec 5 boards à louer et stocke aujourd’hui 60 surfs de toutes sortes et autant de boogies en haute saison. Cette activité s’est avérée hyper complémentaire de la plongée pour faire fructifier son commerce et éviter la monotonie: le shop donne des cours de surf, et la relève de profs est assurée puisque le fils de Nui est déjà, me dit elle, bien meilleur qu’elle! Bref, un lieu où le fun ne connaît pas de basse saison. Si la Thaïlande restera probablement une destination «bonne surprise» comparée à certaines de ses voisines asiatiques positionnées plus au sud, elle confirme tout l’intérêt de se poser la question de la présence de surf dès lors que l’on peut s’approcher d’un rivage quel qu’il soit. Les vagues y seront sûrement moyennes, mais les locaux accueillants et le souvenir inoubliable.


Carve Tahtien Photo / J. Le Prevost


Tahitian Dream Photo / J. Leprevost.


Yann Salaun Photo / Yves Quéré


Inside Corse Photo / CĂŠdric Demeautis


Le Fronton? Non non! Rocca Punta de Corsica Photo / CĂŠdric Demeautis.


L’australie? non juste un line up corse. Photo / CÊdric Demeautis.


Satellisation Landaise Photo / M.Merrien


Inside Tahiti Photos / J. Le Prevost.


Texte / Jérémie Barlog Photos / Nico Rish, Yves Quere, Olivier Blaschek

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Des fois, rien ne se passe comme prévu.


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Je suis «las» devant mon bureau. Je devrais être devant «Nine» en haut de la falaise, à regarder des masses d’eau sombre éclater le reef et sentir l’odeur de la pluie mélangée aux embruns. Mais non. Le « forecast» de Thurso en a décidé autrement et la semaine dans les highlands s’est transformée en semaine de boulot. Wow. L is for Looser. Ça arrive.


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La boite mail de SLAB est innondée d’images écossaises d’équipées sauvages qui, eux ont eu plus de chances que moi. Stop. c’est trop dur de regarder ça. Dans un profond soupir de frustration, je ferme les yeux,


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J’écoute.


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Le vrombissement de mon vieil ordi semble s’être transformer comme par magie en un vent de nord glacial qui me gèle les os. Je cours dans les chemins boueux comme un enfant. Au bout de la prairie, la mer. Les vagues.


Cold is the new Gold

Ça y est.

J’y suis.


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By G. Sisco Photos:N.Risch

Cold is the new Gold

L’ART PÉRILLEUX DE L’INTERVIEW NE PEUT SE RÉSUMER EN UN CURRICULUM VITAE BIEN ÉTABLI AVEC NOM, PRÉNOM, FORMATION PROFESSIONNELLE, ETC. SURTOUT LORSQUE CELUI-CI A ÉTÉ RÉALISÉ DANS UNE AMBIANCE BIEN PEU PROTOCOLAIRE, SOUVENT LES PIEDS DANS LE SABLE ET AVEC POUR FOND SONORE LE RUGISSEMENT DES SÉRIES D’UN PIPE BIEN FAT. À PARTIR DE LÀ, NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL GREG SISCO NE NOUS A PAS LAISSÉ D’AUTRE CHOIX QUE DE VOUS LIVRER UNE CHIÉE D’INFOS EN VRAC SUR UN TYPE DE 29 ANS, PUR PRODUIT DE LA CÔTE OUEST AUSTRALIENNE ET L’UNE DES TÊTES DE SÉRIES MONDIALES DU DK, MONSIEUR FEAST, KIM FEAST. /// *


At home dans un Nortpoint plus que solide... Photo/N.Risch

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Tout d’abord, pourquoi avoir choisi le dk? Tout simplement parce que c’est marrant! De plus il y a moins de dk riders et par conséquent les liens entre nous sont plus forts, on s’entraide et on se motive à repousser les limites de la position. Quelle serait ta journée type? Deux surfs si je peux. Manger avec mes potes et si le lendemain il n’y pas de vagues, grosse soirée! Tes spots préférés sur Hawaii . Honolua bay à Mauii. Backdoor et Velzyland sur Oahu. Et sur le plan mondial, sans hésiter: North Point sur la côte ouest australienne. Quel est le style Kim Feast dans l’eau et en dehors? Quand l’eau est chaude j’aime bien porter seulement un board short car je me sens plus libre! Et une combi manches courtes quand elle est froide. Autrement, j’ai un style est très simple: jean, un bon teesh, une casquette et une paire de baskets. Compétition ou freesurf ? J’aime bien les deux mais si je dois choisir cela sera le freesurf car moins de stress et plus de liberté! Quels sont tes riders favoris? Kainoa McGee, Aka Lyman et Phil Hansberger. Lorsque tu étais gamin, quels étaient tes mentors au niveau dk? Phil Hansberger, Dave Ballard, Kainoa McGee, Aka Lyman et Fred Booth. Selon moi, le plus engagé est Kainoa McGee et le plus stylé sans hésiter Aka Lyman! Un super héros? Wolfverines des X-men. Que penses-tu du projet de Matt Lackey? Je ne l’ai pas encore vu, je sais qu’il y a une petite séquence de moi. Je pense que c’est bon pour le dropknee en général et les riders car dans son film il y a presque tout le monde! Quels sont tes films de boogie ou autres préférés? Sans hésiter Fumanchu et Untouhable. Pour tout le reste, je regarde surtout des comédies. Que penses-tu de la dk wars compétition? C’est cool et fun. C’est un très bon concept avec moins de

stress qu’en compétition classique. Ton style musical? J’écoute du rock, hip hop, reggae, un peu de tout sauf la musique country que je n’aime pas! En ce moment c’est plus électro. En fait cela dépend des moments. Parfois je bloque sur un son que j’écoute en boucle. Quel est le style de board que tu rides? Je surfe le modèle DKF de chez Elit. Mon colorway du moment c’est orange pour le deck et gris pour le surlin. Mes tailles de boards varient selon les conditions entre 42,5 et 43. Pour le core: du pp quand c’est chaud et du pe pour le froid avec pour tous les deux doubles stingers et mesh. J’attends bientôt l’arrivée de mon pro modèle, j’espère pour la saison prochaine! Sans oublier du blockcut full black de chez Toobs à mes pieds. Est-ce que tu aimes et pratiques d’autres sports? J’aime bien le basket, cricket, golf et foot australien. Je nage de temps en temps pour améliorer mon surf. Je pratiquais le skate mais j’ai levé le pied car je me blessais trop souvent. Par contre j’aimerais bien faire du snowboard car je n’en ai jamais fait! Quels sont tes futurs projets (bodyboard, voyage, famille…)? J’aimerais certes vivre du bodyboard et fonder un jour une famille mais pour l’instant ce n’est pas le moment. Je voudrais retourner au Maroc car la dernière fois que j’y suis allé, juste avant Hawaii, je n’ai pas eu beaucoup de vagues. Et pour la destination rêve du moment cela serait les îles Mentawaii! Est-ce que tu vis du bodyboard business? Non, malheuseusement je n’en vis pas! Je travaille en plus dans un surf shop mais c’est mal payé. En parallèle, je suis également étudiant en architecture.


Pour la gloire. Boite au Box Photo/N.Risch

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Connais-tu des dk riders français? Oui, je connais Fabrice Moulin car il est sur le dk tour. Et Fred Compagnon qui va souvent au Maroc. Et je sais qu’il y a de très bons dk riders sur l’île de la Réunion car j’ai vu des vidéos et je viens de voir l’article que tu avais écrit sur le dropknee à la Run. Tu as gagné le DK Pipe Pro; comment l’as-tu vécu et combien as-tu empoché? J’ai gagné 2400 US dollars (environ 1850 euros). Tout le monde aurait pu gagner car le niveau était très élevé! Mais je suis super heureux car c’est une épreuve mythique. Es-tu déjà venu en France? Non, j’ai juste vu à la télé les plages et les spots d’Hossegor. Est-ce que tu aimerais avoir un film sur toi, un Feast Project? Oui, bien sur! Je mettrais essentiellement du dropknee mais cela ne me gênerait pas s’il y avait du prone et du surf surtout que je m’inspire beaucoup du shortboard pour le dk. //

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Les potes au premier rang Photos / Owen Milne

SLEON UNE ÉDTUE DE L’UVINERTISÉ DE CMABRIGDE, L’ODRRE DES LTTEERS DNAS UN MOT N’A PAS D’IPMROTNCAE, LA SUELE COSHE IPMROTNATE EST QUE LA PMEIRÈRE ET LA DRENÈIRE LTEETRS SINOET À LA BNNOE PCLAE. LE RSETE PEUT ÊRTE DNAS UN DSÉRORDE TTOAL, VUOS PUOEVZ TUJORUOS LRIE SNAS PORBLMÈE. C’EST PRACE QUE LE CREAVEU HMAUIN NE LIT PAS CHUAQE LTETRE ELLE-MMÊE, MIAS LE MOT CMOME UN TUOT. MMÊE OONRDNCNAE POUR CTETE GAELIRE!

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Joe Clarke sur l’AussiePipe Photo / Stewart Mc Andrew


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Klinton Kettlewell Photo / Ed Sloane


The VINTAGE


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Ewan Donnachie en mouvement Photo / Tristan Hogan

Pic: S. Powyer

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The VINTAGE

Fronton impact Pic: M. Hemon

Elliot William Photo / Jye Mc Donald

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Panorama au bottom Photo / Dylon Parr

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The VINTAGE Power carve by Cade Sharp Photo / Stewart Mc Andrew


Barrel iminent Photos / Cahal Daham


WA Wedge Photo / Cahal Daham


Lewy Finnegan Photo / Cahal Dahm


Visite de la stratosphère Photo / John Slupik


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IL A REMPLACÉ SA PAIRE DE LUNETTES DE SOLEIL PAR UNE LOUPE QUI LUI SERT À DÉCORTIQUER, ANALYSER ET DIGÉRER LES FRAGMENTS DU PASSÉ. ET LORSQU’ON LUI POSE LA QUESTION: COMMENT LE BOOGIE A PU SURVIVRE JUSQU’À AUJOURD’HUI? IL BRANDIT DEVANT NOTRE NEZ UNE VERSION TOTALEMENT INÉDITE DE L’HISTOIRE. UN NOUVEL ANGLE DE COMPRÉHENSION QUE SEUL UNE PERSONNE COMME LUI, AYANT GRANDI DANS UN COIN DU GLOBE OÙ DROPKNEE EST SYNONYME DE BODYBOARD, PEUT AVOIR. LES HISTOIRES ÉTANT FAITES POUR ÊTRE COMPTÉES, VOYEZ COMMENT LUI NOUS COMPTE LA NOTRE. Anticonformistes à souhait, ne participant à aucun contest; pourtant leurs pros models se vendent bien, leur image est «bankable» et leur talent est unanimement reconnu et respecté par tous. Le drop knee, tout en étant fidèle à lui-même, reste donc un des piliers sur lequel la «maison boogie» (en pleine reconstruction) peut compter et bénéficie en retour, et à juste titre, de l’embellie actuelle autour de notre sport. A mon sens, un juste retour des choses tant ces adeptes de la «pose hawaiienne» sont des acteurs majeurs de la discipline en ayant activement participé à son essor depuis 40 ans que le boogie existe. Si l’histoire retient que la première exposition médiatique du bodyboard est l’œuvre de Jack Lindholm lors d’un Pipe Contest Surf à Hawaii, force est de constater que ses vagues furent prisent en drop. D’où cette affirmation : le body s’est imposé dans l’eau par le drop knee. Le respect qu’il suscita ce jour là ne fut plus jamais démenti, et les vocations de drop knee rider qu’il engendra (notamment chez les jeunes hawaiiens) furent déterminantes dans le développement de la petit planche.

Lors de l’âge d’or du boogie, les magazines, les films, les contest considéraient la pose hawaiienne comme une façon d’utiliser un body parmi d’autres. Pas de «section spécial dk», pas de Dk Wars, juste une autre utilisation de sa planche. Et pourtant, les prémices d’une volonté de changement se faisaient sentir comme Jay Reale (visionnaire mais surtout perspicace) qui disait dans le Bodyboarding mag d’Avril/Mai 1991 que la meilleure façon de juger une compétition de bodyboard est de séparer le prone du drop. Son argument était tout simplement basé sur le fait que Mike Stewart remportait toutes les compéts en ne surfant qu’en prone là où Sasaki ne surfait qu’en drop. Loin d’être évident à cette époque, cette constatation paraît aujourd’hui élémentaire. Néanmoins les dropknee riders sont restés sur le devant de la scène médiatique lors de la séparation des 2 modalités. Ils forçaient l’admiration de beaucoup d’entre nous, ne serait-ce que par la difficulté intrinsèque du dk. Thomas Quirante ne dit pas autre chose. Pour lui, «le dk a toujours été un véritable challenge» ajoutant même, «le dk rider est plus méritant que le bodyboarder en prone au vue de l’apprentissage par lequel il a du passer. Apprendre à maîtriser ne seraitce que le take off en drop demande de passer beaucoup, beaucoup de temps à l’eau». Je rajouterai, «et à gâcher beaucoup de vague!» Ajoutez-y le fait que ces riders étaient dotés d’un fort charisme, à la fois hardcore et technique, l’alchimie - dk rider/ life style – devenait donc très intéressante pour la communication des marques et les photos des magazines. Kainoa McGee, Fred Booth, Paul Roach, Rollins Wood ne ressemblent pas à proprement parler à des enfants de cœur!


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Bien sûr, on pourrait leur opposer Sasaki, Reale, mais ces derniers sont surtout reconnu pour leur apport global à l’Histoire du boogie. Malgré tout, pendant longtemps les puristes du prone apparentaient le drop à du «hot dogging» (terme utilisé à l’époque pour désigner le surf de petites vagues) notamment (et certainement par jalousie) à cause de Keith Sasaki. Quel paradoxe: celui qui incarnait le mieux le drop knee se voyait dénigrer par les amateurs de l’horizontal. Ceci étant dit, il fut un des bodyboarders les mieux payés, un des rares à bénéficier de très solides contrats, un vrai sportif de haut niveau en somme. Donc, si les autres «pros» bodyboarders (comprendre prone rider) voyait là une «sous-discipline», l’industrie voyait elle, un fort vecteur de communication (et donc de consommation) et avait très bien analysé l’impact des dk riders auprès de ses clients. Preuve en est, l’édito du Surf Session de février/mars 1988 accompagné d’une photo de Jay Reale en drop avec cette légende: «Se mettre en drop est plus dur qu’un rollo.» J’affirme alors sans détour qu’après avoir imposé le boogie dans l’eau via Jack Lindholm, le dk l’a également imposé à l’industrie et au grand public. Raccourci rapide, certes, mais rappelez-vous qu’en tant que dropknee rider je manque totalement d’objectivité (sic)!


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Lifestyle.

Eux.

Les Enfants Terribles.

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LA FRANCE A UN INCROYABLE TALENT. PAS CELUI QUE L’ON VOIT SUR M6, NON. PLUTÔT CELUI QUE L’ON NE VOIT PAS, CAR DIFFÉRENT ET À CONTRECOURANT. LE CONTRE-COURANT ICI, ON CONNAIT ET QUAND 2 PETITS GARS DÉBARQUENT AVEC DES PROJETS QUI VONT À L’ENCONTRE DES TENDANCES, ON NE PEUT QUE S’INCLINER.


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BASILE. Petit traité de ce qui se jette et de ce qui ne se jette pas. Basile a 23 ans, mais au fond de lui, il se cherche encore comme à ses 17 printemps. Après quelques pérégrinations ici et là, il est de retour chez lui, dans le Finistère, son pays comme il l’appelle. Entre ses potes, les vagues et les paysages, les journées sont bien remplies. L’année 2011, pour lui, aura été sabbatique. Il a bien essayé d’entrer dans le rang, faire des études et par là même, faire plaisir à papa-maman. Cependant il ne s’y sent pas bien, pas à sa place, et encore moins derrière le comptoir d’accueil dans un hall d’hôtel, peu importe le nombre d’étoiles affichées au-dessus de l’entrée. Les étoiles, lui, il les a dans la tête, dans les yeux et surtout au fond de son sac, gravées sur pellicule. Basile a une passion d’un autre temps. La photo, de celle qui “se jette”. Le jetable, il baigne dedans depuis longtemps, depuis “que je suis en primaire pardi” comme il le dit. Puis il s’est équipé d’un petit compact, histoire de “tirer” les copains au Kérou, ensuite le bridge et pour finir, le reflex. Cependant, la mouche, celle qui “se jette”, l’a à nouveau piqué il y a environ 3 ans, lors d’un périple au nord de la France. Après un investissement assez lourd (3€ le lot de 2), le modèle Fnac se révèle être super, jusqu’à ce qu’ils décident d’arrêter de les vendre en juin dernier. Du coup, il tourne actuellement avec un “disposable camera with flash 27 exp 400 axa» avec lequel il s’éclate à nouveau, jalousé par son 60D, son Olympus OM-1 et autres Lomo Diana qui prennent un peu la poussière. Les possibilités sont limitées mais assumées. Le “beau” n’est pas au centre de la démarche, plutôt le mauvais goût et le décalage. Les lumières et les décors sont autant de sujets qui l’inspirent à l’instar de l’esthétique d’une scène de Bergman ou d’Argento. La passion, de celle qui ne se jette pas, sera la cause de sa prochaine migration vers l’est et un temps de pause long, histoire de faire le tri, de ce qui se jette ou pas...


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ETIENNE Le talent n’attend pas le nombre des années. Le petit gars de 18 ans, cheveux longs et blonds, c’est Etienne. A Paris pour ses études, pour lui la vraie vie c’est en Bretagne: boogie/ bateau/photos. On pourrait dire de lui qu’il a les doigts d’argent, car le numérique c’est uniquement pour filmer. Etienne a pris la bonne habitude d’être entier et de faire les choses à fond, c’est pourquoi 2 ans par films sont devenus 2 ans sur films, et un constat: la force de la pellicule réside dans le temps de maturation qu’elle offre entre la pression du déclencheur et la redécouverte de la photo. Il n’y a qu’à voir sa collection de jouets, pour constater qu’il a bien assimilé sa propre analyse: un fameux Yashica mat 124G, son “tiptopmégatop boitier moyen format” comme il l’appelle avec son format si particulier d’images carrés où le sujet prédomine, a contrario du format 24x36 qui induit déjà une certaine dynamique dans l’image. C’est également l’appareil idéal pour les timides car sa visée et son objectif restent discrets ce qui a pour avantage de se passer de la désagréable sensation de braquer une arme sur son sujet que lui procure parfois son reflex. Ce n’est pas non plus pour autant qu’il a abandonné son Nikon FM2, un reflex petit format classique. Il vadrouille également avec son Nikonos III, un boitier petit format étanche, et son Holga. A 18 ans, on ne peut pas tout analyser et comprendre. Il ne sait pas pourquoi, mais il sait qu’il sait. Il sait que son coeur bat plus fort pour l’Asie, et pas uniquement dans le domaine de la photo. Les gens qui l’inspirent le plus sont des cinéastes. Jia Zhang Ke est le principal, mais on pourrait aussi citer Apichatpong Weerasethakul, Tran Anh Hung, Hou Hsiao Hsien, Wong Kar Wai ou encore Akira Kurosawa. Il y a quand même des photographes qui l’inspirent, deux en particulier Hiroshi Sugimoto & Hiroshi Yamazaki, deux japonais très contemporains qui travaillent beaucoup sur la mer. En littérature, il adore les textes de Roubaud et les romans de Natsume Soseki. La musique l’inspire aussi car elle lui permet de s’immerger dans une ambiance, pratique lorsqu’on filme. Dans cet art, c’est Nosaj Thing, qui est pour lui la principale source d’inspiration. A son âge, il a déjà pas mal bourlingué et malgré tout, tout son être tend vers la route. Hier l’archipel Indonésien dans sa largeur, demain les Molluques et la Papouasie, histoire de se mettre en appétit, avant de croquer l’Océanie.


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SLAB Magazine Contact: contact@slabmagazine.net Site: www.slabmagazine.net Pub: contact@slabmagazine.net -------------------------------Responsable de publication: Jérémie Barlog / jeremie@slabmagazine.ne Rédacteur en chef: Sérgio Da silva / sergio@slabmagazine.net -------------------------------Direction Artistique: L’atelier30b www.atelier30b.com Words: Arnaud Frene, Greg Sisco, Laurent Bory, Sérgio Da Silva, Jérémie Barlog --------------------------------

Traduction: Laurent Bory, Patrice Carlean-jones xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx Imprimé en France / Slab 2011.


Photo / AurĂŠlien Leroy

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