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Avouons-le, on a tous déjà entendu une personne prononcer la célèbre phrase “c’était mieux avant”, il en va de même dans le doux monde de la NBA, avec ceux qui ne cessent de fantasmer sur les années 90 parce que ça jouait plus dur. Certes, la défense n’était pas la même, et les arbitres non plus. Mais savez-vous que si la ligue peut paraître si “soft” (comprenez qu’elle fait en sorte que les arbitres sifflent facilement) de nos jours, c’est à cause d’un événement des années 2000 ? On va donc faire un petit bond dans le passé, revenons ensemble en 2004, plus précisément le 19 novembre. La saison 2004/2005 de NBA vient tout juste de commencer, et ce sont les Pistons de Detroit qui viennent d’être champion pour la première fois depuis l’époque “Bad Boys” qui reçoivent au Palace d’Auburn Hills les finalistes malheureux de la conférence Est, les Indiana Pacers, battus 4/2 dans une série ultra défensive. Il y a donc une certaine rivalité entre les deux équipes, réputées rugueuses. Voilà pourquoi cette rencontre sera retransmise en antenne nationale. Plus qu’une revanche à prendre, les Pacers veulent confirmer leur bon début de saison jusqu’ici (6-2), tandis que les Pistons souhaitent lancer la leur en battant enfin une grosse équipe, eux qui n’ont qu’un bilan de 4-3, un rythme indigne pour des champions en titre. Retenez bien que le match était diffusé dans tous les Etats-Unis, et qu’il était forcément très attendu. Le match sera anecdotique tant il est maîtrisé par les Pacers, qui mènent 82-97 alors qu’il ne reste que 45,9 secondes à jouer. La coutume serait de faire souffler les titulaires, mais ce n’est pas le cas ici. C’est à ce moment-là que Ron Artest décide de faire une grossière faute sur Ben Wallace qui allait tranquillement au lay-up, ce dernier rétorque en poussant violemment Artest qui recule jusqu’au bord de la table de marque. Les deux semblent vouloir en découdre mais… C’est tout. Oui, les deux pitbulls sont vite séparés par leurs coéquipiers, Ron Artest attend la décision des arbitres, tranquillement allongé sur la table de marque. Mais, car il y a un mais, un spectateur du nom de John Green décide de lancer son gobelet de soda sur Ron Artest, probablement la plus grande erreur de sa vie. En effet il n’en faut pas plus pour que ce gros bébé de 2m01 pour 120 kilos monte dans les gradins à la recherche du fautif, à coup de droites bien placées, l’histoire retiendra qu’Artest

s’est défoulé sur le mauvais individu, dommage pour lui. C’est donc le chaos qui règne dans la salle et Stephen Jackson en coéquipier modèle s’occupe d’un autre spectateur qui lui aussi venait de lancer un projectile sur Artest, il multiplie les coups tandis que le staff et les joueurs sont tous sont au premier rang et semblent médusés tout comme les agents de sécurité. Après quelques instants les deux Pacers reviennent sur le terrain, mais certains fans veulent également en découdre, et c’est cette fois-ci une autre bagarre a lieu entre ces fans, Artest et Jermaine O’Neal. Ce dernier frappera un des fans avec une violence cauchemardesque, malgré une glissade lors de son élan, ce qui a peut-être empêché le pire. La sécurité parviendra à faire rentrer les Pacers aux vestiaires malgré des dizaines de crachats, de projectiles, tous provenant des gradins et qui viendront les accompagner. David Stern, patron de la NBA qui regarde comme des millions de téléspectateurs ce pitoyable spectacle lâche un «Holy Shit» que l’on ne traduira pas. Son empire, son business, tout est en train de vaciller, il va falloir réagir, et vite. Stern dans un communiqué qui sortira le lendemain, racontera toute l’indignation qu’il a pu ressentir devant ce fiasco. Les sanctions seront historiques, allant jusqu’à 86 matchs (playoffs inclus donc) de suspension et une perte de 5 millions de dollars pour Ron Artest. Les joueurs réprimandés iront devant le tribunal en compagnie des spectateurs violents qui se feront bannir du Palace à tout jamais. Suite à cela, David Stern prendra plusieurs décisions qui changeront la ligue à tout jamais, afin de la rendre plus accessible, moins violente. Les flagrants fouls feront notamment leur apparition afin de pénaliser les fautes grossières plus rapidement. Stern n’oubliera pas non plus les spectateurs, avec la limitation des boissons alcoolisées dans les salles, mais également plus de sécurité entre le public et les joueurs. Les limites ont été dépassées il y a maintenant 14 ans, et aucun retour en arrière ne semble possible. Est-ce que les arbitres sifflent trop actuellement ? Oui, évidemment. Mais peut-on réellement leur en vouloir ? Non, pour donner aux jeunes le droit de rêver devant le basket, les performances ne peuvent pas être entachées par des comportements indignes. En résumé, il n’y a pas de fumée sans feu, et voilà comment une baston diffusée dans tout un pays a pu bouleverser l’histoire de la NBA.

The Playground - 23

The Playground - Numéro #1 - Mai 2018  
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