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T H E PA R I S G L O B A L I S T A STUDENT INTERNATIONAL AFFAIRS MAGAZINE

Uniform Outcomes: How Military regimes become their own worst nightmare

LYBIE: Our New Best Friend, Muammar al-Gaddafi DARFOUR: une « guerre modernisante » Une«certaineidéede laFrançafrique»? LE SPORT DANS LES RELATIONS INTERNATIONALES

LES

GOUVERNEMENTS MILITAIRES 1


E N C O U V E RT U R E

Governements Militaires

uniform outcomes: how military regimes becomes their own worst nightmare

The Cold War was the heyday of military regimes. Whether they were proclaiming to protect against communism or capitalism, a military government was the regime of choice. Since the fall of the Berlin Wall, these regimes have been dropping like flies; only five remain. Three of these have been born since the end of the Cold War. All have had the intention of cleaning up their past governments. And all have come to realize that cleaning up the past without repeating the same mistakes is a lot harder than it may seem. Instead of committing to liberalization, they have hoarded their power as a defense mechanism, but by holding on to power, these military governments are paradoxically destroying it. Western countries do not need to intervene, these governments, like Samson, pull down the pillars of state upon themselves.

SOM

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IRE

pp. 6 à 18

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CHERS LECTEURS...

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DARFOUR

EN COUVERTURE

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ISRAëL

LYBIE

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POLOGNE

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SPORT DANS LES RELATIONS INTERNATIONALES

Soleine Leprince-Ringuet, Directrice de la rédaction, se pose la question: Les régimes militaires sont-ils en voie de disparition ?

Governments militaires

Our New Best Friend: Muammar alGaddafi

12 BURMA Universities supporting the Burmese Junta

Darfour: une « guerre modernisante »

Le sionisme est-il mort ?

Kaczynski / Tusk : une cohabitation qui s’annonce difficile...

Le sport plus fort que les frontières : Impossible is nothing

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Françafrique

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REVUE DE FILM

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PAKISTAN

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REVUE DE LITTERATURE

18

THAILANDE

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DIVERS

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MAROC

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GLOBALIST QUIZ

Une « certaine idée de la Françafrique » ?

L’espoir interdit

Coup d’Etat et foulard jaune

Maroc: Lost in Transition

In the Valley of Elah

Le Nid du Serpent, Un roman de Pedro Juan Gutiérrez

Lighter News

Je retirerai ce qui est en-dessous

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The Paris Globalist is a member of

Chers lecteurs,

Les rÊgimes militaires sont-ils en voie de disparition ? Le monde ne compte aujourd’hui qu’une demi-douzaine de pays oÚ l’armÊe dÊtient la quasi-totalitÊ du pouvoir. Un chiffre qui pourrait sembler faible...

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(MPCBMJTBOFUXPSLPGTUVEFOUSVO GPSFJHOBÄŠBJSTQVCMJDBUJPOTBUQSFNJFS VOJWFSTJUJFTBSPVOEUIFXPSME JZ`\eZ\j$Gf =iXeZ\ -#.''jkl[\ekj @e[lZk\[)''-

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Soldiers stand guard in front of the presidential palace in La Paz, Bolivia Š 2005 Mike Wang/PATH, Courtesy of Photoshare

P

uisquâ&#x20AC;&#x2122;au 20ème siècle, des rĂŠgimes militaires ont vu le jour dans 24 pays dâ&#x20AC;&#x2122;Afrique et 19 dâ&#x20AC;&#x2122;AmĂŠrique latine. Devenant presque la norme. Et lâ&#x20AC;&#x2122;Europe de 1973 renfermait encore trois rĂŠgimes militaires : en Grèce, en Turquie et dans lâ&#x20AC;&#x2122;Espagne de Franco, Ă nos frontières. Or, aujourdâ&#x20AC;&#x2122;hui les rĂŠgimes militaires ont dĂŠmĂŠnagĂŠ â&#x20AC;&#x201C; lâ&#x20AC;&#x2122;AmĂŠrique latine moderne nâ&#x20AC;&#x2122;en abrite plus aucun. Ils pourraient nous sembler plus lointainsâ&#x20AC;&#x201C;les ĂŽles Fidji, rĂŠgime militaire depuis le coup dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtat de 2006, sont bien loin de nos frontières europĂŠennes. DorĂŠnavant, câ&#x20AC;&#x2122;est en Asie que survit la majoritĂŠ des rĂŠgimes militaires en place. Dâ&#x20AC;&#x2122;ailleurs, les ĂŠvĂŠnements qui ont rĂŠcemment agitĂŠ la Birmanie puis le Pakistan ont attirĂŠ lâ&#x20AC;&#x2122;Ĺ&#x201C;il de la communautĂŠ internationale sur le rĂ´le de lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe dans cette rĂŠgion du globe. Cependant le terme de ÂŤ rĂŠgime militaire Âť est intrinsèquement problĂŠmatique, et câ&#x20AC;&#x2122;est pour cela que lâ&#x20AC;&#x2122;Equipe du Paris Globalist a choisi de consacrer le dossier central de ce numĂŠro Ă  son ĂŠtude. Comment catĂŠgoriser et reconnaĂŽtre distinctement le rĂŠgime militaire des autres

formes de gouvernement ? Le Pakistan de Musharraf peut-il ĂŞtre qualifiĂŠ de ÂŤ rĂŠgime militaire Âť, ou le partenaire des Etats-Unis dans la guerre antiterroriste est-il en transition dĂŠmocratique ? La CorĂŠe du Nord est-elle un rĂŠgime militaire ou une dictature personnelle ? De plus, un rĂŠgime peut-il ĂŞtre ÂŤ militaire Âť sans que la loi martiale ne soit appliquĂŠe ? Quâ&#x20AC;&#x2122;en est-il, par exemple, du Soudan, oĂš le pouvoir est dĂŠtenu de façon autoritaire par le PrĂŠsident Omar al-Bashir, chef militaire, mais oĂš la loi appliquĂŠe est une loi islamique avec des accents de Common Law ? Par ailleurs, quelles sont les caractĂŠristiques des rĂŠgimes militaires ? Dans le passĂŠ, les ÂŤ juntas Âť se sont traditionnellement prĂŠsentĂŠes comme des partis neutres, des tiers venus rĂŠtablir la stabilitĂŠ nationale menacĂŠe par des idĂŠologies dangereuses. Depuis la fin des annĂŠes 1980, la rĂŠputation internationale des rĂŠgimes militaires est pour le moins mauvaise, et leur image, celle dâ&#x20AC;&#x2122;une violation grave et rĂŠpĂŠtĂŠe des droits de lâ&#x20AC;&#x2122;homme. Mais la violation des droits de lâ&#x20AC;&#x2122;homme nâ&#x20AC;&#x2122;est en aucun cas le prĂŠ carrĂŠ des rĂŠgimes militaires. La RĂŠpublique DĂŠmocratique du Congo, quoique

nâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtant pas un rĂŠgime militaireâ&#x20AC;&#x201D;Joseph Kabila y a ĂŠtĂŠ ĂŠlu dĂŠmocratiquement PrĂŠsident en 2006â&#x20AC;&#x201D;est le terrain de violences sexuelles quasi constantes, dâ&#x20AC;&#x2122;après le rapport du Conseil des droits de lâ&#x20AC;&#x2122;Homme de lâ&#x20AC;&#x2122;ONU. Les pires crimes savent aussi sâ&#x20AC;&#x2122;accommoder de la dĂŠmocratie. Enfin, si le nombre de ÂŤ rĂŠgimes militaires Âť rĂŠfĂŠrencĂŠ dĂŠcroĂŽt, quâ&#x20AC;&#x2122;en est-il du poids de lâ&#x20AC;&#x2122;armĂŠe dans les dĂŠmocraties occidentales ? Lâ&#x20AC;&#x2122;influence du ÂŤ complexe militaro-industriel Âť amĂŠricain nâ&#x20AC;&#x2122;a pas dĂŠcru depuis sa naissance lors de la Seconde Guerre Mondiale. Or, le PrĂŠsident Eisenhower, qui a inventĂŠ cette expression, mettait dĂŠjĂ en garde ses concitoyens sur les dangers que ce lobby pouvait reprĂŠsenter pour la dĂŠmocratie. Les intĂŠrĂŞts militaires ne sont pas non plus chose lĂŠgère en Europe- la rĂŠcente vente par la France de missiles antitanks Ă  la Libye, rĂŠvĂŠlĂŠe au moment de la libĂŠration des infirmières bulgares, en tĂŠmoigne. De mĂŞme les investissements consĂŠquents de firmes europĂŠennes en Birmanie soulèvent la question normative des rapports que les dĂŠmocraties devraient entretenir avec les rĂŠgimes militaires en place. Lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠquipe du Paris Globalist, association apolitique, est composĂŠe dâ&#x20AC;&#x2122;une vingtaine dâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠtudiants dâ&#x20AC;&#x2122;une demi-douzaine de nationalitĂŠs. Elle se rĂŠjouit de vous offrir ce premier numĂŠro de lâ&#x20AC;&#x2122;annĂŠe, le rĂŠsultat de plusieurs mois dâ&#x20AC;&#x2122;un travail exigeant. Lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠquipe se veut porter un regard nouveau sur les relations internationales, aborder lâ&#x20AC;&#x2122;actualitĂŠ par le biais dâ&#x20AC;&#x2122;angles innovants, et mettre dans la lumière des pays ou des questions peu prĂŠsents dans les autres mĂŠdias. Outre notre dossier central sur les rĂŠgimes militaires, lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠquipe sâ&#x20AC;&#x2122;est efforcĂŠe de se pencher sur des questions sociales, ĂŠconomiques, politiques ou environnementales dans des pays aussi variĂŠs que le Maroc, la Pologne ou lâ&#x20AC;&#x2122;Australie. Cette publication se clĂ´t par une section ÂŤ culture Âť qui veut montrer lâ&#x20AC;&#x2122;intersection qui existe entre des problĂŠmatiques littĂŠraires, cinĂŠmatographiques ou artistiques et celles des relations internationales. En vous souhaitant une bonne lecture, Soleine Leprince-Ringuet directrice de la rĂŠdaction

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Uniform Outcomes How military regimes become their own worst nightmare

The Cold War was the heyday of military regimes. Whether they were proclaiming to protect against communism or capitalism, a military government was the regime of choice. Since the fall of the Berlin Wall, these regimes have been dropping like flies; only five remain. Three of these have been born since the end of the Cold War. All have had the intention of cleaning up their past governments. And all have come to realize that cleaning up the past without repeating the same mistakes is a lot harder than it may seem. Instead of committing to liberalization, they have hoarded their power as a defense mechanism, but by holding on to power, these military governments are paradoxically destroying it. Western countries do not need to intervene, these governments, like Samson, pull down the pillars of state upon themselves.

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A division of military police in Yerevan, Armenia have temporarily traded in their weapons for roses as they march at an event marking the 60th anniversary of the Soviet victory in the “Great War” (World War II). Meanwhile, the “roses” of peace and diplomacy have failed to resolve a longstanding conflict with neighboring Azerbaijan over the enclave of Nagorny Karabakh, and both sides have stated their readiness for renewed combat. © 2005 Paul Perrin, Courtesy of Photoshare.

In Fiji, Commodore Frank Bainimarama has fallen into this trap after leading a military coup in December 2006 against the democratically elected government. The outlook for his regime is less than promising. In 2000, it was quite a different story: Bainimarama was the hero leading the countercoup against George Speight, who had led his own military coup. That time around, Bainimarama immediately transferred the government back to a civilian, Laesenia Qarase. Now, he has taken power back again, accusing the (former) prime minister, Laesenia Qarase, of leading the country down a path of doom, but in fact Bainimarama is the one leading the country in this direction.

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E N C O U V E RT U R E

PATH OF DESTRUCTION Instead of committing to liberalization, military regimes have hoarded their power as a defense mechanism, but by holding on to power, these military governments are paradoxically destroying it.

A

Bainimarama’s fear of restoring civilian government is clear. Although he quickly reinstated the former president, Ratu Josefa Iloilo in January 2007, he has exhibited reluctance all the way. In February he announced that elections would be held in 2010, despite having agreed to the European Union’s demands that the elections be held within 18-24 months after the coup. He only lifted the state of emergency after the European Union threatened to withhold an aid package worth $230 million, though it was re-imposed in September. His hesitation stems from a sour experience during the 2000 coup. After his countercoup succeeded, Bainimarama installed Qarase as president and handed power over to a civilian transitional government on the condition that it would be disbanded after the next elections and that none of the interim ministers would run for reelection. He was horrified when Qarase went against his word: he ran in the elections, won, and was prime minister until later deposed by Bainimarama. Since Qarase won office, Bainimarama has gone after Qarase with a vengeance. It did not help matters that Qarase tried whatever he could to get Bainimarama sacked as the chief of the army. Nevertheless, now that Bainimarama has power, he, like Qarase, does not want to give it up. Bainimarama is going to all ends to preserve his hold on authority, and is destroying his country in the process. The first problem is the economy. The longer Fiji remains under military rule, the longer sanctions will be imposed on it. Not to mention the dent to tourism, on which the economy heavily relies. You do not see “state of emergency” as a selling point on many tourist brochures. The biggest problem, however, is the growing ethnic crisis. Fiji’s population is split between Indo-Fijians and ethnic Fijians. Qarase’s government is the only one to have been dominated by ethnic Fijians, the rest all having been mainly Indo-Fijian. In addition to having deposed the only recent ethnic Fijian government, Bainimarama also dissolved the

out undemocratic practices, most Fijians are convinced Bainimarama is declaring war on their culture and ethnicity. This is bad news for the army, which is primarily composed of ethnic Fijians. Besides causing problems for Bainimarama’s grip on power, the risk of violence could be propagated by soldiers moving to the streets or deserters selling arms. The country is quickly splitting along ethnic lines and future conflict seems increasingly likely. Bainimarama’s popularity is plummeting while Qarase and his supporters are gaining support. Besides a supposed assassination attempt in November 2007, there has been a huge emergence of internet blogs attacking the army, with reports of sexual scandals and corruption. The re-imposition of the state of emergency in September is just another sign that Bainimarama is more likely to hold on to his power than give it up and risk Qarase being elected again. Although Qarase’s attempt to amnesty the leaders of the 2000 coup was what led to the subsequent military coup, some of Bainimarama’s tactics for suppressing the opposition may warrant him seeking his own amnesty in the future. The further he goes, the harder it will be to hand over the government to a civilian and to the judgment of his people. Although the situation in Thailand may be more worthy of a military response than that in Fiji, because of the security crisis, the military junta has discovered that it is difficult to resist the temptation to meddle with the civilian system as well. The coup in September 2006, led by General Sonthi Boonyaratglin against Prime Minister Thaksin Shinawatra to restore democracy, has effectively reversed all democratic progress that had been made in the fifteen years since the last military government. Boonyaratglin insisted at the time that the coup would not hold onto power, by declaring “after two weeks, we step out.” His plan was to find a civilian administration who would run the country for a year, choose a committee to rewrite the constitution, hold a referendum, then elections to restore the new government, which are scheduled for December 23.

t the cost of the country’s wellbeing, the military junta has been hoarding power in the fear that it will lose it, and perhaps be held accountable for all of the mistakes it has made. most powerful and influential ethnic group, the Great Council of Chiefs, which was responsible for appointing the president, vice president, and nearly half of the members of the senate. Although this was done in the name of rooting

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However, the man they chose as their transitional civilian prime minister, Surayud Chulanont, was not really a civilian. He was a retired army general with close ties to the military and to the monarchy, which had endorsed the coup. Therefore, the army stepped out and stepped back in, as part of a militia-led game of hokeypokey. The junta, composed of eight men and

Line of soldiers standing to attention with rifles, during a parade © 1985 Ann Jimerson/CCP, Courtesy of Photoshare

called the Council for National Security (CNS), effectively still rules the nation. Chulanont was allowed to choose his cabinet, backed up by the junta continuing to assist the new government in running the country. That is to say, the generals would select the interim national assembly, and have a strong hand in choosing the body to draft the new constitution. Unfortunately, lacking any political experience, the generals have bungled Thailand’s political policies and, as long as they remain in power, the country will continue to decline in the face of their misjudgments. The economy is already expected to be one of the weakest in Southeast Asia in 2007: the projected growth rate has already fallen by 0.3 percent and the Thai stock market fell 19 percent after a series of ill-advised capital controls and senseless investment clampdowns, which have scared away any prospective investors. The new constitution, drafted by a committee appointed by the military leaders, exemplifies the reluctance of the military to relinquish power. The military has explicitly undermined the power of the country by drafting a constitution designed to prevent the re-emergence of strong parties, such as former Prime Minister Thaksin’s party, Thai Rak Thai. It reduces the number of parliamentarians needed to call a vote of no confidence in the prime minister and strengthens the powers of the national human rights commission. Before being bullied by the public, the junta had included some extremely undemocratic clauses such as a provision for

Instead of moving towards liberalization, the army is actually securing and entrenching its power. Rather than using troops to fight the insurgency in the south, the military has been saving its resources to fight political unrest and opposition in the rest of the country, especially in the pro-Thaksin northern areas. At the cost of the country’s well-being, the military junta has been hoarding power in the fear that it will lose However, with such little political support, the it, and perhaps be held accountable for all of the junta is doing everything it can to institutionalize mistakes it has made. The question is: will the its power in the face of a loss in the December government be able to survive their stay? 23 elections. The turn out for the referendum on the constitution was embarrassing enough and showed how little the Thai people actually support the junta. Only 57.8 percent of Thais approved the constitution, but of course only 57.6 percent of eligible voters even turned out for the vote: hardly a legitimization of the military government. Chulanont’s transitional government has quickly lost its popularity because of its failure to satisfy the promises of the coup: Thaksin was not found satisfactorily guilty of corruption charges and the Muslim separatist insurrection in the south has actually worsened since the military has been in control. Despite a ban on political party activity, prodemocracy groups and anti-coup groups have become increasingly outspoken, a sign that the coup is violating its promise to restore Ashley Bradley democracy. To deal with political opposition the Etudiante en échange de Princeton army has turned to outright political oppression, University, Woodrow Wilson School committing some of the same offences as of International and Public Affairs Thaksin, including a clampdown on the media. a “national crisis council” of army officers to take charge in any future political conflict. The constitution still retains some clauses that leave the government less democratic than that which was overthrown: almost half of the Senate will be appointed by a panel of judges and bureaucrats and the generals who led the coup will be granted complete amnesty.

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LY B I E

LY B I E

Our new best friend:

Muammar al-Gaddafi A prime example for Western double standards in foreign policy

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ibya is probably the only country in the world that has found a “third way” between

Three months after the agitation about the end of the Bulgarian nurses affair, European foreign policy conduct during the negotiations requires some retrospective analysis. Despite the fact that the United States and the European Union seem

security service wholly controls the population, How crucial is Libya really for the US in the all media is censored. Violence against women is fight against terrorism? It is a country that has nationalized by “social rehabilitation” facilities. supported terrorist movements throughout the 1980’s and is still oppressing its own political In June 2006, the United States fully restored opposition. In the US National Security diplomatic relations with Gaddafi. Lybia’s Strategy, it has been clearly outlined that the willingness to play the “I-don’t-want-to-be-a- Democratic Peace Theory is a foundation of rogue-state-anymore” game has been rewarded. US conduct in foreign affairs. But the ideas In December 2003, it declared the demolition of democracy and nation-building always of its program of weapons of mass destruction. put forward in Iraq and Afghanistan seem to It signed the additional protocol of the Non- remain secondary regarding the Libyan case. Proliferation Treaty (NPT) in 2004 and allowed the International Atomic Energy Agency (IAEA) Nevertheless, the European case is even to administer its obligations. harder to defend. If there are those who like to explain

Capitalismand Communism to largely agree on an eventual rehabilitation of the Libyan State on the international scene, the latter has apparently completely forgotten about its foreign policy principles: namely portraying itself as a watch-dog of Human Rights around the globe. Considering the Western-Libyan trade-off including an arms deal and cooperation agreement on civil nuclear technology, the Western quasi-legitimization of Gaddafi’s de facto military regime becomes questionable.

Libya is probably the only country in the world that has found a “third way” between capitalism and communism, and even if the latter has proved to not being operational, the all-ruling leader Muammar Abu Minyar al-Gaddafi claims this absurd theory for his Jamahiriyah system since 38 years. Of course, as for all utopian ideologies, only firm dictatorship has been able to hold up his “democracy of the masses” since 1969. Freedom House rated Gaddafi’s Libya as a “Not free” state in 2006 and gave it the lowest rating for political and civil liberties, exactly as it did for the Junta’s Burma and Castro’s Cuba. According to the Human Rights Watch World Report 2007, serious human rights violations are an every day matter in Libya. Freedom of expression, association and press are severely restricted. Political opponents are instantly made political prisoners, often sentenced to death. Political parties and independent nongovernmental organizations are banned. Torture is part of detention conditions. The

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Libya has the ninth most significant oil away US foreign policy with a pragmatic resources in the world. Since the restoration view, prioritizing strategically important of diplomatic relations, US oil companies outcomes, the self-declared European have begun resettling in the region. normative power is likely to ridicule itself. Putting forward the importance of Efforts to resolve the HIV trial in Libya include Libya’s cooperation in the control of illegal the European Commission’s contribution of immigration to southern Europe, it simply $461 to the Benghazi International Fund and ignores the facts. Gadaffi has not signed Libya’s $57 million debt release agreed with the 1951 Refugee Convention and has no the Bulgarian government. In addition, the agreement with the United Nations High European market has been opened to Libyan Commissioner for Refugees (UNHCR). products, scholarships for Libyan students African migrants repeatedly testified of have been guaranteed. But for Europe, this physical violence and other abuse used did not go far enough. against them during their detention and deportation under Libyan control. France provided a 168 million euros antitank missile sale, a trade and assistance agreement If Europe can be exculpated of not being able enabling French companies to capitalize to call off its most active members pressing on the Libyan market and a cooperation ahead for national benefits, it is certainly agreement on civil nuclear technology with guilty of lowering its standards concerning its three civil nuclear power stations sold to headline goal: the active promotion of human Gadaffi. The UK apparently contented itself rights. One way or another, Europe has failed with a natural gas contract for 900 million to act freely, decisively and autonomously. It dollars. has lost the case for more credibility on the international scene once again. Was that the price to pay for the release of the Bulgarian nurses? It seems that the cost was In the end, Libya apparently found its “third raised and paid by he Western delegates. way Libyan model”.

Sophia Schutz 4ème année, master of European Affairs en double diplome avec la London School of Economics

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BURMA

Is your university supporting the brutal Burmese Junta? Discover exactly who has ties to investments in ‘unethical’ companies.

I get by with a little help from my friends,” famously sang the Beatles, and undoubtedly the military government in Burma can hum along jauntily as French energy giant TOTAL and other major companies help sustain their brutal dictatorship. With information rampant in the media, it makes it rather easy for university students to curse the cruel corporations for the world’s problems but rarely do they think of themselves as investors in human rights abuses. In September, the killings and arrests of peaceful protestors led by the pro-democracy movement and thousands of saffron-clad monks and civilians of Burma marred the pages of international publications. ‘Quelle horreur,’ students responded, yet little did they know that the institutions where they are studying hard to resolve the tragedies of their age, are simultaneously pumping millions of dollars into those companies which have helped perpetuate some of the worst offences. How can this be? Run like businesses, universities in North America and the UK use endowments and pension funds to invest hundreds of millions of dollars into various companies. As institutional investors and with millions of dollars at their disposal, schools are major and thus potentially powerful shareholders in the companies they invest with. The horror here, according to many student activist groups, is that

On the other hand, students at the University of Toronto are shocked and appalled by the association of their institution with such a company. And the association runs deep; with U of T holding approximately $7.5 million in investments, according to its own Asset Management body. “U of T has provided some of the capital that these companies need to operate in Burma,” explains Thomas Felix, President of the student association, Investing in Integrity, at the University of Toronto. The dirty list runs further, including $5.9 million in Chevron, $9.71 million in Alcatel, and Lockheed and Martin, one of the biggest manufacturers of weapons, including cluster munitions. The Scottish University of Edinburgh was found to have £500 000 invested in TOTAL or 16,640 shares, which the students proclaimed as “not acceptable”, and “not in line with the aims of the university to invest in TOTAL”. These resolutions were passed at the Student Association Meeting which was held in early November of this year and which also resolved to “pressure the University to disinvest from TOTAL.” Back in Toronto, the university “has done nothing to exploit its unique opportunity as a shareholder,” says Felix,. The group would like to see increased accountability for companies and their actions. Many have great ethical codes of conduct on paper but questionable human rights practices on the ground. “U of T needs to bring shareholder votes in accordance with the values of this institution,” which are clearly not with the current condition of Burma. An Amnesty International Report in 2007 described Burma as a country known for “violations of international humanitarian and human rights law on a scale that amounted to

that the university has a commitment to divest out Darfur following a criteria approach. The university of or not to invest in companies whose business has been reluctant to adopt the model. and location are not in line with the values of the At other schools, the problem is much worse. Too university. Although an interesting concept, the many other universities do not even have access

crimes against humanity”. Amongst its atrocities it uses rape as a weapon of war against ethnic women and children, torture against political prisoners, child soldiers, forced labour, and is also responsible for displacing 600 000 people from their lands. It is no surprise that the country is ranked 136th out of 140 countries on the Human Development Index. Despite the undesirability of the investments in Burma or companies that are even remotely connected to the Junta’s actions, accrued revenue has directly benefited thousands of these young and idealistic students. For instance, funding for student aid and scholarships is drawn from endowment funds, as well as research grants, faculty salaries and general facilities maintenance which all come out of the profit from the investments. Pension funds, as the name suggests, are used to fund the pensions of faculty and staff. Dirty benefits aside, most elite universities in the United States have formally taken a stance against such injustices through the concept of Socially Responsible Investment (SRI). This is the idea

amalgamation of business and ethics in university circles is not a new trend. It was witnessed in the 1970’s when many schools such as Yale and the University of Toronto stopped doing business with the South African government, during the Apartheid era. More recently, one only has to type in “divestment” into an internet search engine to see the plethora of student groups and associations that appear, dedicated to divestment of their university in companies operating in the genocide-ridden Darfur region. Some, like Yale and Harvard, have seen some success in their campaigns, with SRI structures being institutionalized. In 2005, Harvard was the first major university to divest out companies in Darfur through China’s Petrochina and Sinopec, paving an important path for many other universities. Yet, despite the progress, problems still exist. The University was still found to have $16 million in indirect holdings of these firms. The Harvard Darfur Action Group in March started an online petition for Harvard to adopt their “targeted divestment model” which calls for divestment out of 20 companies in

A student anti-war rally at the University of Texas at Austin © 2001Wendy Bradley

Universities supporting Burmese Junta universities often ignore their influence and are shoveling these funds into ‘unethical’ companies that are directly propping up the Burmese Junta. The French oil company, TOTAL, is one such company. Considered the “main supporter of the Burmese military regime” they reportedly bring $450 million revenue to the Junta; a government that uses over half its budget on military expenditure and 2-4% on health. Furthermore, there have been several lawsuits against TOTAL in their role producing the controversial Yadana pipeline, with alleged cases of forced labour and numerous human rights abuses by the armed forces employed to oversee the project. TOTAL claims ignorance regarding the army’s behaviour, yet with the level of responsibility given to the army by TOTAL and the local company subsidiary there, one has to question the plausibility of their oblivion. Fortunately, the students at Sciences-Po are most acquainted with TOTAL through its heartwarming television commercials and the free Bureau des Élèves student planner that is sponsored by the company.

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to asset information which would open the way to criticism and improvement, effectively creating an immense accountability gap. For the student activists of Investing in Integrity at the University of Toronto, it took a year of lobbying from another group headed by students in the University’s law school to even have the asset information released. “Many individuals disapprove of the Burmese Junta’s actions and would be offended by being associated with it,” says the Investing in Integrity President. But with an air of secrecy and lack of transparency rife in a substantial number of institutions, many students are completely unaware of where and how their money is being invested. “Right now, the biggest hindrance to progress is ignorance,” says Felix. Felicia Moursalien Etudiante en échange de Toronto University

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F ran ç afrique

F ran ç afrique

Une « certaine idée de la Françafrique » ? Sous le terme de « Françafrique » se cache le plus long scandale de la République, selon les termes de FrançoisXavier Verschave.

Le terme de Françafrique, inventé par le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny (1960-1993), désigne une réalité bien plus fusionnelle qu’une simple coopération entre pays indépendants. Jacques Foccart, homme de l’ombre de la politique africaine gaullienne et, de fait, maître de l’influence française en Afrique, fait fi de la moralité des actions engagées du moment que les intérêts français sont préservés. Cet « africanoréalisme » est resté intact bien après De Gaulle et façonne toujours la Françafrique. Celle-ci a donc permis à des militaires à la botte des politiciens français d’accaparer le pouvoir pour plusieurs décennies.

Ces trois pays sont des exemples d’une contagion qui s’étend dans la majorité des ex-colonies africaines. Or, Eyadema, Bokassa et Bongo ont un point commun : ils sont tous des soldats démobilisés de l’armée coloniale française. Ces soldats, appelés les « demi-soldes », sont exclus des nouvelles armées nationales du fait de leurs combats anti-indépendantistes au côté des colonisateurs. La France voit donc d’un bon œil ces militaires francophiles et organisés, prêts à prendre le pouvoir face à des « intellectuels » qui, comme Sylvanus Olympio, manifestent un agacement inquiétant face au chaperonnage de la France.

À la fin des années soixante, une vague de coup d’états militaires renverse les gouvernements dans plusieurs ex-colonies françaises. Ce soudain intérêt politique des militaires et leur facilité à s’emparer du pouvoir est surprenant car ces nouveaux pays n’ont que des armées très limitées en taille et en arsenaux. Pourtant, au Togo en 1963, Gnassingbé Eyadema participe à l’assassinat du président Sylvanus Olympio et prend le pouvoir quatre ans plus tard. En 1967, Omar Bongo prend le pouvoir au Gabon à la mort de Léon M’Ba. Bongo ne doit cette soudaine promotion qu’à son pygmallion : Jacques Foccart. Le même scénario se produit en Centrafrique où Jean-Bedel Bokassa chasse David Dacko du pouvoir en 1965 avec l’appui total de la France.

Le soutien français passe par les réseaux de Jacques Foccart -construits autour de relations plus personnelles que diplomatiques- l’action des forces françaises présentes en Afrique, les meilleurs éléments du SDEC (ex-DGSE) et des mercenaires comme le tristement célèbre Bob Denard. La plupart des administrations sont également truffées de conseillers français. La France exerce donc un contrôle encore plus important sur les pays africains que lors de la période coloniale. Or, les putschistes militaires présentent l’avantage d’être totalement malléables. Omar Bongo au Gabon est particulièrement conciliant avec les intérêts français -à tel point que le Gabon a été surnommé « Foccartland » par Pierre Péan- et la France

profite amplement de ses ressources naturelles. François-Xavier Verschave appelle même ces dictateurs des « gouverneurs à peau noire ». L’ordre militaire paraît également préférable au désordre démocratique pour préserver les intérêts économiques français.

En mai 2006, Nicolas Sarkozy déclare à Cotonou: « La relation entre la France et l’Afrique doit être plus transparente. Il nous faut la débarrasser des réseaux d’un autre temps, des émissaires officieux qui n’ont d’autre mandat que celui qu’ils s’inventent, » exprimant alors cette volonté de changer la politique africaine Il faut enfin replacer la Françafrique dans le française. contexte de la Guerre Froide. La peur des EtatsUnis face à l’influence soviétique en Afrique et le désintérêt de la Grande-Bretagne pour cette zone géographique laissent les mains libres à la France. Or, une telle zone d’influence fait partie de la conception gaullienne d’une France toujours incontournable sur la scène internationale et constitue un réservoir de votes important à l’ONU.

En mai 2006, Nicolas Sarkozy déclare à Cotonou: La relation entre la France et l’Afrique doit être plus transparente.

Ce qui est sans doute le plus étonnant, c’est que cette politique africaine ait perduré tout au long de la Ve République. En 2005, à la mort de Gnassingbé Eyadema, Jacques Chirac déclare « Avec lui disparaît un ami de la France qui était pour moi un ami personnel ». Cependant, l’année 1994 marque un tournant avec notamment le traumatisme concernant la part de responsabilité française dans le génocide rwandais. Certains analystes annoncent alors la mort de la Françafrique et préconisent une nouvelle politique africaine.

Mais en septembre 2007, le même Sarkozy décore de la légion d’honneur un avocat francosénégalais « formé » par Foccart et très actif dans les relations franco-africaines: Robert Bourgi. Le Président déclare: « Je sais que sur ce terrain de l’efficacité et de la discrétion, tu as eu le meilleur des professeurs et que tu n’es pas homme à oublier les conseils de celui qui te conseillait jadis de rester à l’ombre », allusion sinon évidente du moins inquiétante à Foccart et ses réseaux occultes. Si la Françafrique est morte, son cadavre bouge encore.

Pa u l i n e T h o m s o n 4ème année en master Finance et Strategie, International Business

Photos: Le Club Des Amis (Maliens) de Sarkozy, Bamako, Mali © 2008 Wendy Bradley; A Malien women © 2008 Wendy Bradley; Monument to world peace in Bamako, Mali © 2008 Wendy Bradley; A man listens to a session on microfinance in Keleya, Mali © 2008 Wendy Bradley

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PA K I S TA N

PA K I S TA N

Pakistan : l’espoir interdit

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Ainsi Nawaz Sharif n’avait pu rester plus de quelques heures dans son pays, arrêté dès sa sortie de l’avion lors de son retour d’exil en septembre 2007. Ainsi le président Pervez Musharraf, après avoir déposé son uniforme de général et chef des armées, avait déclaré l’état d’urgence le 3 novembre, suspendant la constitution, révoquant ou mutant nombre de hauts fonctionnaires, muselant les médias, et emprisonnant près de cinq cents personnes.

N

éanmoins, Nawaz Sharif avait pu finalement retourner au Pakistan afin d’entrer en campagne pour les élections initialement prévues le 8 janvier 2008, grâce à l’abolition de l’état d’urgence par Pervez Musharraf le 15 décembre. Malgré le boycott des élections annoncé par Benazir Bhutto, celles-ci laissaient entrevoir l’ouverture possible d’une période de stabilité démocratique. L’assassinat de Benazir Bhutto à Rawalpindi le 27 décembre est venu noyer l’espérance. Il serait surprenant que la stabilité soit rétablie d’ici aux élections (nationales et fédérales), repoussées au 18 février 2008. La succession du parti de Benazir Bhutto, le Pakistan People’s Party, fondé par son père Zulfiqar Ali Bhutto, est revenue à son fils, Bilawal, âgé de 19 ans, confirmant une tendance dynastique si courante en Asie du Sud. Ne nous méprenons pas, Musharraf n’est pas un démocrate, et s’il a mis de côté l’uniforme militaire, c’est pour mieux contrôler l’armée par l’intermédiaire du loyal Ashfaq Kiyani, ancien chef des services secrets, tout en conservant la présidence de l’État. Musharraf a goûté à l’état d’urgence et à la virulente pression américaine qui va de pair, et ne fera plus l’erreur de lever la façade démocratique du Pakistan. Une prise du pouvoir par l’armée demeure improbable puisque Musharraf jouit encore de son soutien, mais de toute évidence, celle-ci n’est pas prête d’abandonner son rôle politique. Les Pakistanais ont l’habitude du débordement de l’armée dans le jeu politique. Après la mort de Mohammad Ali Jinnah en 1948 et l’assassinat du Premier Ministre Liaquat Ali Khan en 1951, le contrôle du pouvoir est revenu à l’armée.

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Depuis lors, les putschs militaires rythment la vie politique du pays : Ayub Khan (1958), Yahya Khan (1969), Zia ul-Haq (1977) et Pervez Musharraf (1999) prirent tous le pouvoir par la force. Ce rôle de l’armée a toujours été justifié par la menace de désintégration de l’Etat, la Cour Suprême invoquant la « doctrine de la nécessite » pour légitimer les coups d’Etat. Le Pakistan est en effet une nation artificielle née de la partition de l’Inde britannique, et que seules deux institutions maintiennent sous un semblant d’unité : d’une part, la religion, et d’autre part, l’armée. Paradoxalement, l’armée ne peut se passer de l’extrémisme religieux pour se maintenir au pouvoir. En effet, la religion étant le fondement idéologique de la nation pakistanaise , les militaires ne peuvent justifier leur contrôle des rênes du pouvoir sans invoquer l’Islam. Ceci explique l’utilisation de l’extrémisme par les autorités (sous Zia ul-Haq, avec la mise en place d’un « programme d’islamisation, » comme sous Musharraf, avec par exemple le débat sur l’ordonnance Hudood) pour constamment rappeler le fondement théorique de la nation pakistanaise, tout en créant un désordre justifiant le maintien de l’armée au pouvoir. Néanmoins, l’extrémisme religieux, après avoir allègrement bourgeonné sous l’ère Musharraf, a déclaré la guerre à ce dernier depuis l’assaut militaire sur la Laal Masjid en juillet dernier. L’armée a perdu plus de 200 soldats au Waziristan, zone tribale frontalière de l’Afghanistan et bastion islamiste. Malgré les pressions américaines, Islamabad ne peut donc se permettre facilement de retirer son soutien aux extrémistes.

Photo: Militaires gardant le mausolée du Quaid-i-Azam Mohammad Ali Jinnah, à Karachi, juillet 2007 © 2007 Julien Levesque

De plus, depuis la sécession du Pakistan oriental et la création du Bangladesh en 1971, les autorités craignent les mouvements autonomistes du Sind et du Baloutchistan, nourris par une trop inégale répartition des ressources entre provinces. Outre cette disparité économique, Sindhis et Baloutchis sont également victimes d’une « minoritarisation » sur leurs propres terres , ce qui provoque une colère à laquelle les autorités pakistanaises n’ont jamais su répondre autrement que par la force. Sauver le Pakistan du chaos et du terrorisme était le prétexte invoqué par Pervez Musharraf lors de la déclaration de l’état d’urgence, et sera

sans doute l’objet des élections prochaines. Le probable manque de légitimité des élections ne peut que renforcer l’autorité de Musharraf, en qui les États-unis voient toujours un fidèle allié de la lutte contre le terrorisme, et dont le maintien au pouvoir face aux multiples contestations doit beaucoup à leur soutien. Alors que beaucoup voient aujourd’hui en Musharraf la cause plutôt que la solution du problème, la marge de manœuvre du prochain premier ministre sera certainement mince, l’empêchant ainsi de contenir ou de répondre correctement aux revendications régionales comme à la montée de l’extrémisme.

Julien Levesque 4ème année, en année de césure en Inde

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M aroc

THAILANDE

Coup d’Etat et foulard jaune

L

e coup d’Etat en Thaïlande ne devrait plus étonner : véritable tradition nationale, il s’est

Maroc : lost in transition

reproduit environ tous les 10 ans au siècle dernier. Depuis le coup d’Etat fondateur du général Phibun en 1932, la monarchie constitutionnelle thaïlandaise a dû faire face à plus de 17 putschs.

Celui du 19 septembre 2007, le premier « sans coup de feu », fait pourtant figure d’exception dans l’histoire de la Thaïlande : jamais le roi n’avait accordé son assentiment aux putschistes. Précédemment, la couronne apparaissait comme un obstacle à la mise en place d’un pouvoir militaire. La popularité royale était telle qu’elle entrainait immédiatement un soulèvement massif de la population qui voyait dans toute tentative de putsch une agression, un crime de lèse-majesté à l’encontre de la famille royale.

Max Bouchet 2 ème année

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d’affaires contrôlant les principaux médias, Thaksin gouvernait le pays d’une main de fer depuis la victoire de son parti, le « Thai Rak Thai » (« les Thaïs aiment les Thaïs »), aux élections législatives de janvier 2001. Son mandat a été fortement contrasté : d’abord marqué par le redressement du pays, une politique rigoriste suite à la crise asiatique de 1997 et la répression violente des narcotrafiquants, il a surtout dû faire face à de multiples scandales de corruption, de détournements de fonds publics et d’abus de pouvoir. Dès 2001, le roi le sermonne publiquement et de nombreuses manifestations font descendre les Thaïlandais dans la rue. Enfin, pour asseoir durablement son pouvoir, le premier Ministre avait entrepris de diluer le pouvoir royal en destituant plusieurs hauts fonctionnaires liés à la couronne, et en cherchant à imposer ses proches collaborateurs à la tête des principales divisions de l’armée, acteur central du pays.

L’hypothèse d’un accord tacite qui aurait lié le roi Rama IX et les généraux putschistes a souvent été avancée par les observateurs étrangers. En effet, sans une entente dissimulée, le coup d’Etat n’aurait connu ni ce succès ni cette transition du pouvoir sans effusion de sang. Ce dernier renversement dissimule un intérêt partagé entre l’armée et le pouvoir royal : les généraux ne pouvaient se passer de l’aval du roi comme celui-ci se trouvait bien disposé au Un front commun du pouvoir royal et de l’armée renversement de Thaksin Shiwanatra. contre Thaksin Shinawatra ne faisait plus aucun doute Dans le cadre de la monarchie constitutionnelle compte tenu de la « dérive affairiste » et de l’ambition thaïlandaise, le roi est protecteur des religions, chef envahissante du Premier Ministre. La dissolution du de l’Etat et il nomme le chef du gouvernement à la Parlement par Thaksin et l’invalidation par le Conseil suite des élections législatives. Mais l’essentiel de Constitutionnel en mai 2006 des élections suivantes jetèrent près de 500.000 thaïlandais dans les rues son pouvoir est surtout symbolique. Bhumibol est couronné en juin 1946, et devient demandant la démission de Monsieur Shiwanatra. à l’âge de 18 ans Rama IX, neuvième roi de la Le 19 septembre, alors que Thaksin est à la tribune dynastie des Chakri de Thaïlande. Une grande de l’ONU, le général Sonthi déploie 15 000 soldats fermeté à l’égard de tout pouvoir autoritaire, une portant un morceau de tissu jaune au bout du fusil. attention profonde pour ses sujets et les 60 années Ce symbole fait référence à l’allégeance de l’armée de son règne ont développé la figure paternaliste envers le roi : le jaune est la couleur du lundi, jour d’un roi lié intimement à sa population. Son aura est de la naissance de Rama IX. Le général Sonthi immense et son image omniprésente : des affiches annonce à la fois le renversement du gouvernement célébrant la famille royale couvrent les façades des et la loi martiale. Dans « l’intérêt de la sécurité du immeubles, des offrandes sont déposées sur les autels pays », la démocratie est mise entre parenthèse et la et les séances de cinéma commencent toujours par Constitution de 1997 abrogée. Le « Thai Rak Thai » est dissous, et ainsi, le principal organe de promotion un court-métrage en hommage à Rama IX. de la démocratie confisqué par la junte. Ainsi, le roi ne gouverne pas mais il règne véritablement sur la Thaïlande. Il est pour la Le 23 septembre 2007, le roi Rama IX charge le population le garant de l’indépendance et de la général Sonthi de former un nouveau gouvernement stabilité du pays. Et pour les putschistes de 2006, et le presse d’organiser une restauration rapide de la il a été une clé nécessaire, avec qui il fallait traiter démocratie. Il est aujourd’hui difficile de croire à un retour effectif et rapide du pouvoir à la population pour obtenir l’assentiment de la population. D’autre part, le roi ne dissimulait plus ses mauvais thaïlandaise. Car quelque soit leur origine et rapports avec le Premier Ministre Thaksin nationalité, les militaires, une fois au pouvoir, aiment Shinawatra. Première fortune du pays et homme la durée.

« Le Maroc est un pays en transition démocratique». Quiconque s’est déjà rendu dans le royaume chérifien a forcément entendu ce constat à la fois fier et appelant à une certaine clémence. D’où l’usage, par les médias, d’un prisme d’analyse « transitionnel » pour traiter des affaires politiques, économiques ou sociales du Maroc. Mais tout juste qu’il soit, ce prisme d’étude ne devrait pas cacher la réalité d’un régime dont la transformation semble en butte à des obstacles à la fois institutionnels et sociétaux. Dès les années 1990, Hassan II fait preuve d’un infléchissement dans l’exercice de son pouvoir, mettant fin aux tristement célèbres « années de plomb », marquées par l’éradication systématique de toutes les forces d’opposition à la monarchie. La question des droits de l’homme émerge sur la scène politique. Un Comité Consultatif des Droits de l’Homme voit le jour en 1990. Puis un Ministère des Droits de l’Homme en 1993. Et en 1996, les droits de l’homme sont inscrits au préambule de la Constitution. Entre autres. Avec l’arrivée au pouvoir de Mohammed VI, ou peut-être plus exactement avec la mort d’Hassan II, les choses s’accélèrent. C’est la fin d’une ère. La « mort du père » prend ici tout son sens. « Avec la mort d’Hassan II, un verrou psychologique a sauté », explique Ahmed Benchemsi, rédacteur en chef de l’hebdomadaire en langue française Tel Quel. Un mois avant son décès, il préparait ses valises pour émigrer aux Etats-Unis. Le voilà à la tête de l’un des journaux les plus connus au Maroc pour sa liberté de ton. La société civile, libérée, se mobilise, et fait pression sur la royauté pour qu’un processus de reconnaissance des « années de plomb » soit entamé. Des pèlerinages et sit-in sur les lieux de détention sont organisés. Le nouveau Roi lance alors un travail de mémoire jamais expérimenté dans le monde arabomusulman. Le pas est définitivement franchi le 7 janvier 2004, avec la création de l’Instance Equité et Réconciliation (IER) dont Mohammed VI déclare qu’elle est le « dernier jalon d’un parcours devant conduire à la clôture définitive d’un dossier épineux ». Cette commission de réconciliation a pour mandat d’établir la vérité sur les violations

graves des droits de l’Homme et de proposer des moyens de compensation sociale des victimes, ainsi que des réformes susceptibles d’empêcher la répétition de telles violations. Des auditions de victimes sont organisées, et diffusées avec succès dans le royaume. Voilà bel et bien un Maroc en transition. Mais l’analyse est incomplète. Le processus de réconciliation, impressionnant sur le papier, a une autre réalité sur le terrain. Pour certains analystes, il est en lui-même l’expression d’un nouvel autoritarisme. En effet, l’histoire mémorielle du Maroc est reconstituée à partir des seules victimes, stratégiquement placées au centre du processus, pour mieux dissimuler leurs tortionnaires, dont elles n’ont pas le droit de divulguer les noms, et qui sont gracieusement amnistiés par la monarchie. Hosni Benslimane, tortionnaire connu de tous, est aujourd’hui encore patron de la gendarmerie marocaine. Et il n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Et au niveau sociétal, le ministre de la communication Khalid Naciri le reconnaît luimême : « Ceux qui sont chargés d’enseigner les droits de l’homme bien souvent ne sont pas pétris de cette culture». La difficulté d’application de la Moudawana, ce nouveau code de la famille qui devait, avec son instauration en 2003, révolutionner les rapports homme - femme témoigne du conservatisme de la société marocaine. Tout comme le « procès des blagues » dont a été victime le magazine Nichane en 2006 suite à sa publication d’un dossier sociologique de 10 pages sur les blagues marocaines, religieuses comme politiques. « Moi je voulais juste raconter des blagues, et on m’a prise au sérieux » raconte ironiquement Sanaa Elaji, journaliste auteur de ce dossier, qui lui a valu 3 ans de prison avec sursis. Ce n’est que 12 jours après sa parution, en réponse aux vives condamnations qui émanent de la société civile que la royauté se « sent obligée » de lancer des poursuites. C’est alors de la société, et non du système que vient la censure.

Moi je voulais juste raconter des blagues, et on m’a prise au sérieux, raconte ironiquement Sanaa Elaji.

Derrière cette limite, c’est le maintien de la monarchie marocaine qui est en jeu. « La monarchie marocaine est très stable. Après le Japon, c’est le système politique le plus vieux de la planète » explique Benchemsi. La peur de la déstabiliser est donc plus forte que tout, empêchant une véritable rupture institutionnelle avec le passé. « L’article 19 de la Constitution stipule que la seule institution habilitée à limiter les pouvoirs du Roi est la royauté elle-même ». Une donnée qui laisse perplexe.

Certains parlent d’un pays en état de « postadolescence » pour décrire la réalité marocaine. En tout cas une chose est sûre, ses dynamiques sont complexes ; sa transition, un « dilemme », tant socialement qu’institutionnellement. C h i n e Labb e 4ème année, école de journalisme de Sciences Po

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DARFOUR

DARFOUR

Darfour: une « guerre modernisante » Le conflit peut être considéré comme la première « guerre du changement climatique » et entraîne un processus sans précédent de « destruction modernisante ».

Depuis 2003, le conflit qui fait rage au Darfour a été la cause de 300 000 morts et a forcé plus d’un million de personnes à fuir ce territoire de l’ouest du Soudan, grand comme la France. Ce drame a très tôt éveillé une compassion intéressée, certains prédicateurs évangélistes allant jusqu’à mentionner le Darfour comme l’émanation concrète du Choc des civilisations décrit par Huntington.

sédentaires de tribus non arabes (comme les Jalawit ou les Zaghawa) et les éleveurs nomades, dont l’arabité n’est que supposée. Subissant la disparition de leurs pâturages, ces pasteurs arabes ont disputé les terres aux ethnies sédentarisées, amorçant ainsi le conflit.

Depuis 2003, les médias se sont attachés à cette vision simpliste, nous présentant la version d’un massacre opéré par des islamistes arabes dont les victimes seraient d’innocents noirs chrétiens. Hélas, les témoignages des travailleurs humanitaires, des chercheurs et des réfugiés eux mêmes laissent croire à une réalité infiniment plus complexe.

Un nettoyage ethnique soutenu par l’Etat soudanais

Au delà du poids des images et de l’instrumentalisation de la souffrance, le Darfour doit attirer notre attention, en ce qu’il risque de préfigurer nombres de nouveaux conflits en Afrique et dans le monde, au cours des trente prochaines années. Le conflit présente en effet les caractéristiques de la première guerre du changement climatique et entraine un processus sans précédents de destruction modernisante.

La première guerre du changement climatique Évoluant dans un climat sahélien, les Darfouris ont depuis toujours eu à s’adapter à un fragile équilibre climatique, rythmé par un faible niveau de précipitations (entre 300 et 900 mm par an) et des sols pauvres. Mais depuis vingt ans, le réchauffement climatique, conjugué à un prodigieux accroissement de la population a conduit à une situation intenable. La baisse du niveau des précipitations couplée à la raréfication des sols cultivables ont déclenché une ruée vers la terre, générant des tensions entre les fermiers

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A soldier from the Sudan People’s Liberation Army in Timen, South Sudan, Nuba mountains, talks on the radio during a cease fire between the SPLA rebels and the government of Khartoum. © 2002 Philippe Blanc, Courtesy of Photoshare

En réaction à ces persécutions, des groupes armés se sont formés dès la fin des années 1990, regroupant des combattants fournis par les ethnies menacées par les rapines des éleveurs nomades.

Au-delà du conflit ethnique, la guerre au Darfour est un processus extrêmement complexe. Le Darfour doit agir comme avertissement pour les diplomaties occidentales...

Ce n’est qu’en 2003 que se met en place la terrible machine de guerre qui va conduire au drame du Darfour. La guerre du Darfour ne débute effectivement qu’en Février 2003, avec une série de succès des groupes rebelles (Sudan Liberation Army et Justice and Equality Movement) contre des centres urbains du Nord Darfour: prise de Golo, occupation de Kutum, attaque de l’aéroport d’El Fasher... Conseillé par le Chef des Services de Renseignement Soudanais, Salah Abdallah Gosh, le gouvernement risposte. Par les armes, les uniformes, le support de l’Armée de l’Air qu’il fournit, il donne carte blanche aux traditionnelles milices ethniques des pasteurs nomades. Ainsi naissent les Janjaweed (étymologiquement les « démons à cheval »), simple pièce d’une large stratégie de terrorisme étatique visant à déstabiliser les groupes rebelles en réduisant à néant leur soutien civil. Les villages des ethnies rebelles ou supposées telles sont systématiquement détruits, les hommes de 16 à 60 ans sont tués et les pires atrocités commises sur les survivants (viols, tortures, travail forcé).

South Sudan militia gunsmiths allied with the Sudan People’s Liberation Army refurbish old machine guns before returning them to their allies © 2005 Basil A. Safi, Courtesy of Photoshare

Une guerre modernisante Bien que très cynique, l’affirmation selon laquelle la guerre aurait catapulté le Darfour sur le chemin de la modernisation sociale, démographique et économique, est hélas très vraisemblable. Dépouillés de tous leurs biens, les survivants du conflit fuient les campagnes et alimentent une urbanisation durable. La guerre profite au milieu urbain en accélérant les activités économiques des villes, qui, à travers les corridors humanitaires accueillent des essaims de riches travailleurs occidentaux et centralisent l’aide des ONG et de l’ONU, véritable don du ciel pour l’économie locale.

Ces bouleversements économiques ont leur pendant social, dans la mesure où le conflit a effacé les structures traditionnelles de socialisation. Les traditionnels chefs de tribus ont perdu toute influence et se sont décrédibilisés en échouant de défense des intérêts de leurs peuples face au gouvernement. La famille est elle aussi en passe de subir une redéfinition. La mort ou l’absence des hommes de 16 à 60 ans ont livré les femmes darfouries à elles-mêmes. Elles se retrouvent à diriger seules le ménage (bien souvent pour la première fois), tout en étant débarrassées des travaux des champs, traditionnellement dévolus aux femmes dans la culture darfourie.

Au delà du conflit ethnique, la Guerre au Darfour est donc un processus extrêmement complexe. Le Darfour doit être un avertissement pour les diplomaties occidentales car il présente des particularités en définitive très futuristes et annoncent d’autres conflits en Afrique sahélienne. Le Niger Septentrional, tout comme le Tchad voisin, possèdent les mêmes caractéristiques climatiques et les mêmes bases ethniques, ce qui fait de la région un point chaud géopolitique, à surveiller avec attention par les acteurs étatiques et l’ensemble de la société civile mondiale.

Nicolas Brien 4ème année, Secrétaire Général de l’Association Sciences Po pour l’Afrique (ASPA)

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ISRAëL

L e sionisme est-il mort ?

« Le sionisme est mort et ses agresseurs sont installés dans les fauteuils du gouvernement à Jérusalem. Ils ne ratent pas une occasion pour faire disparaître tout ce qu’il y avait de beau dans la renaissance nationale. […] Oui, il est devenu probable que notre génération soit la dernière du sionisme. Après elle, il restera ici un Etat juif méconnaissable et haïssable. Qui de nous voudra en être le patriote ? » C’est par ces mots que commençait l’article « La révolution sioniste est morte » paru dans Le Monde du 11 septembre 2003 et préalablement publié dans le quotidien israélien Yediot Aharonot. Le sionisme est un discours de légitimité qui fonde l’aspiration et le droit des Juifs à s’être dotés d’une patrie et d’un Etat en terre d’Israël. Celui-ci a été le vecteur de la transformation de l’état de Juif à celui d’Israélien. David Ben Gourion, qui considérait le mouvement comme un échafaudage nécessaire pour construire le foyer national juif, entendait le démonter aussitôt après avoir construit un Etat.

A female soldier on foot patrol in Jerusalem, Israel © Eric Thompson, Courtesy of Photoshare

Le sionisme est mort et ses agresseurs sont installés dans les fauteuils du gouvernement à Jérusalem. Ils ne ratent pas une occasion pour faire disparaître tout ce qu’il y avait de beau dans la renaissance nationale. […] Oui, il est devenu probable que notre génération soit la dernière du sionisme. Après elle, il restera ici un Etat juif méconnaissable et haïssable. Qui de nous voudra en être le patriote ? » C’est par ces mots que commençait l’article « La révolution sioniste est morte » paru dans Le Monde du 11 septembre 2003 et préalablement publié dans le quotidien israélien Yediot Aharonot.

au projet national juif et se sent trahi par l’indifférence, le chauvinisme et la volonté de puissance de son pays. Ancien député travailliste, ancien président de la Knesset (1999-2003) et ancien président de l’Agence juive, Avraham Burg fait partie de ceux qui s’interrogent sur la viabilité d’un projet qui a atteint ses objectifs fondateurs mais dont la raison d’être est en passe d’être oubliée.

Comprendre l’idéologie au fondement de la création de l’Etat d’Israël, mesurer sa pertinence ou son obsolescence au regard de l’évolution d’une Ces lignes ne sont pas l’écrit d’un militant société dont les valeurs et les modes de vie sont antisioniste mais celle d’un homme aujourd’hui très éloignés de ceux des pionniers du désillusionné, Avraham Burg, qui croyait Yishouv, telle est l’ambition de notre réflexion.

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Force est de constater, que contrairement à l’intuition de l’ancien premier ministre, Israël s’enfonce dans la schizophrénie, le pays continuant à courir derrière la chimère d’Eretz Israël. Israël cherche dans le même temps à préserver l’identité juive de la nation et à sauvegarder le caractère démocratique de l’Etat. Ainsi, le pays n’a jamais cessé d’osciller entre démocratie ouverte sur le monde, respectueuse de la diversité de ses composantes sociales et culturelles et intégrée à son environnement régional et, d’autre part, Etat fondé sur un nationalisme ethnico-religieux, « une villa dans la jungle » selon les termes d’Ehud Barak qui dresse autour d’elle des murs infranchissables, réels ou symboliques. Faire d’Israël l’instrument de la rédemption collective du peuple juif, tout en s’acharnant à le définir comme démocratique, ce n’est pas seulement impossible : c’est de la dynamite.

En réalité, le nœud du problème réside dans le catastrophisme idéologique qui fonde le sionisme. Ce sionisme de confrontation n’a plus lieu d’être alors qu’Israël est devenue une puissance importante dont les institutions sont stables et la sécurité relativement assurée. On pourrait en fait considérer comme le fait A. Burg qu’Israël a perdu son unité depuis longtemps. La société israélienne post-industrielle n’ayant plus de valeurs partagées par tous se rassemble désormais derrière la seule institution encore capable d’incarner l’unité de la nation : l’armée israélienne Tsahal. Le clivage qui existe actuellement dans la société israélienne divise ceux qui vivent dans la foi et ceux qui vivent dans l’effroi. A. Burg n’hésitait pas, à ce propos, à déclarer en 2006 dans Haaretz: « La grande victoire de la droite dans la conquête de l’âme israélienne, c’est de lui avoir instillé la paranoïa absolue. Je ne nie pas nos problèmes. Mais tout ennemi est-il synonyme d’Auschwitz ? Le Hamas est-il une plaie divine ? » En fait, toujours prisonniers du « syndrome de Massada » – du nom de la forteresse où un millier de Juifs se suicidèrent après avoir vaillamment résistés au siège Romain en l’an 73 après J.C. – la société toute entière est gangrenée par la violence, en témoigne la véhémence d’un simple échange verbal dans les rues de n’importe quelle ville en Israël. Cette violence que la clôture de séparation traduit. Théorisée par Haïm Ramon (ancien travailliste et actuel centriste), cette barrière n’est en fait qu’un mur contre la propre paranoïa de la société israélienne.

Israël cherche dans le même temps à préserver l’identité juive de la nation et à sauvegarder le caractère démocratique de l’Etat.

Finalement, le monde arabo-musulman devrait lui aussi accepter cette souhaitable et légitime normalité d’Israël et cesser de promouvoir une culture de récrimination haineuse et stérile en projetant ses fantasmes d’impuissance sur l’Etat juif ou en attribuant la somme de ses échecs retentissants à un éternel complot américanosioniste.

Le sionisme est centenaire. Est-il mort ? Il y a là, au moins, un profond paradoxe : ce sont ceux qui le contestent qui postulent sa toute-puissance, tandis que ceux qui s’y reconnaissent admettent volontiers que les certitudes d’hier n’ont plus cours et que la capacité à fédérer du sionisme n’a plus la même efficacité. Ta r i k P e u d o n 2 ème année

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POLOGNE

Le long silence du président après les élections a été le premier signal de mauvais augure : alors que les félicitations officielles des homologues européens ont plu sur Donald Tusk, l’intervention de rigueur du chef de l’Etat a manqué cruellement à l’appel. Lorsque enfin Lech Kaczynski s’est exprimé, il a simplement exigé des excuses de la part du nouveau Premier ministre pour des paroles qui auraient été « désobligeantes » pendant la campagne. Ce premier mépris des conventions a été accompagné par une série de calomnies visant à empêcher la nomination

Il s’agit donc pour Donald Tusk de ne pas décevoir les espoirs réveillés par sa victoire aussi bien en Pologne que dans toute l’Europe, et de tâcher de contrer les attaques d’un président qui sera tout sauf conciliant. de Radoslaw Sikorski, ancien ministre de la défense sous le gouvernement Droit et Justice, au poste de ministre des affaires étrangères.

A teenager in Belarus plays with an abandoned missile © 2006 Yan Piatrykouski, Courtesy of Photoshare

Kaczynski / Tusk : une cohabitation qui s’annonce difficile...

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ui, l’heure du changement a sonné à Varsovie avec la victoire du libéral Donald Tusk. Cependant, l’ère des Kaczynski n’est pas finie : en effet, le président Lech Kaczynski, ne facilitera pas la tâche à la nouvelle coalition, à la fois par son attitude et ses pouvoirs constitutionnels.

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Cela fait un peu plus d’un mois maintenant que la Pologne a vu un changement de majorité, le conservateur Jaroslaw Kaczynski ayant laissé sa place de Premier ministre à Donald Tusk. Celui-ci avait largement remporté les élections législatives anticipées du 21 octobre dernier, avec une majorité de 44 % pour son parti libéral de centre droit, Plateforme civique (PO) : ce jour-là, les Polonais s’étaient déplacés en masse, avec un taux de participation de plus de 55 %, soit le plus élevé depuis la chute du communisme. A la tête d’un gouvernement de coalition, composé de la PO et du PSL, le parti des Paysans polonais, Donald Tusk s’est engagé à réformer le pays, une volonté de rupture symbolisée par sa première décision intérieure : la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur les excès du Bureau central anticorruption. Cependant, l’affaire ne sera pas simple. Le comportement de Lech Kaczynski depuis les résultats des élections ne laisse aucun doute quant à sa volonté de noncoopération avec le nouveau gouvernement : tout laisse à penser que les Kaczynski vont encore faire parler d’eux.

Le pouvoir d’action de Lech Kaczynski va bien plus loin que les calomnies et les interventions houleuses. Tout d’abord, il reste encore fort du poids de son électorat, plutôt âgé, catholique et rural, dont le comportement de vote est particulièrement stable. S’il est donc certain que les Kaczynski ne bénéficient plus de leur popularité d’autrefois, il n’en demeure pas moins que leur nombre d’électeurs n’ a pas varié entre 2005 et 2007. Mais surtout, le président dispose d’une carte maîtresse pour bloquer le gouvernement, à savoir son pouvoir de veto. Ce veto peut être contré à 3/5 du Parlement, mais il va fortement ralentir les possibilités de réforme de Donald Tusk. Il est plus que probable que Lech Kaczynski n’hésitera pas à en user abondamment. Confiant dans un interview au quotidien Rzeczpospolita qu’il espère y « avoir recours rarement », il a cependant déjà annoncé par deux fois sa volonté de poser son veto : le premier à l’adoption de la Charte européenne des Droits Fondamentaux, le second à l’introduction d’un impôt sur le revenu à taux unique, une des réformes phares des libéraux. Il s’agit donc pour Donald Tusk de ne pas décevoir les espoirs réveillés par sa victoire aussi bien en Pologne que dans toute l’Europe, et de tâcher de contrer les attaques d’un président qui sera tout sauf conciliant. Mais le nouveau Premier ministre reste lucide : il a ainsi annoncé qu’ il ne s’agit pas de « mener une véritable révolution » mais des « changements tranquilles ». Ces changements doivent cependant être clairement et rapidement visibles : la PO a remporté les élections sur une campagne de rupture avec le conservatisme populiste des Kaczynski. Afin de conserver l’adhésion des Polonais et ainsi, sécuriser sa position en vue des élections présidentielles de 2010, Donald Tusk doit prouver qu’il est un leader suffisamment fort pour faire progresser la Pologne.

Gabrielle Falzone 4ème année, école de communication de Sciences Po

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S P O RT

Le sport plus fort que les frontières : Impossible is nothing Le sport dans les relations internationales Ka mate! Ka mate! Ka ora! Ka ora! Tapez des pieds aussi fort que vous pouvez! Si un chant de guerre maori est aujourd’hui en passe de devenir un tube mondial, c’est bien pour avoir su bénéficier de l’un des meilleurs supports médiatiques de l’ère contemporaine: le sport, outil de communication planétaire.

Que l’on vibre au son du Haka ou que l’on prenne part à la Ola qui accompagne désormais toute compétition mondiale, une vérité semble s’établir : le sport, aujourd’hui, réconcilie les peuples audelà des nationalités. Ou du moins les sportifs et leurs supporters communiquent-ils sans frontière. Existe-t-il en effet sur la scène internationale un plus beau média que le sport? Des jeux olympiques de 1919 à ceux que Pékin se prépare aujourd’hui à accueillir, la manière d’utiliser cet outil de communication internationale a considérablement évolué. Tentons un rapide aperçu de cette transformation qui renoue finalement avec la neutralité originelle du sport.

sport pour communiquer avant la rupture observée aujourd’hui dans le secteur des communications? Qu’est ce qui a changé aujourd’hui? Des corps d’hommes athlétiques, dénudés et sublimes. L’image au service de la beauté du sport. Les Dieux du stade. Nous sommes en 1938 et L. RIEFENSTAHL livre à travers ce film l’un des plus beaux échantillons de la propagande nazie. Deux ans auparavant, lors des Jeux Olympiques d’été, le IIIe Reich étale face aux nations rivales sa puissance rebâtie après la défaite de 1918. Instrument d’intimidation, de pression ou d’endoctrinement? Les compétitions sportives en disent long sur les rapports entretenus entre les peuples. Loin de tout idéal de neutralité ou de simple réconciliation, elles sont même souvent l’occasion de prises de positions très nettes sur la scène internationale. Ainsi, lors des jeux interalliés de 1919, les perdants de la guerre sont exclus et l’alliance des vainqueurs est consacrée par leur participation en réponse à l’invitation américaine. Pendant la guerre froide, dans le même ordre d’idée, c’est l’adhésion à une idéologie – capitalisme ou communisme qui est reflétée par les affrontements sportifs. Ceci est particulièrement frappant lors des JO de Helsinki de 1952 qui voient s’opposer violemment équipes russes et américaines. Sport et relations internationales sont indubitablement liés, et à travers leurs athlètes les nations envoient véritablement des ambassadeurs défier des puissances opposées.

Ka mate ! Ka mate ! Ka ora ! Ka ora ! Tapez les mains contre les cuisses! Soufflez! Pliez les genoux! Tapez des pieds aussi fort que vous pouvez! Si un chant de guerre maori est aujourd’hui en passe de devenir un tube mondial, c’est bien pour avoir su bénéficier de l’un des meilleurs supports médiatiques de l’ère contemporaine : le sport, outil de communication planétaire. Instrument de propagande voire souvent même de dissuasion, le sport est au cœur des relations internationales, depuis les antiques jeux olympiques d’Athènes à ceux que Pékin se prépare aujourd’hui à accueillir. Outil, donc, mais aussi enjeu politique pour les nations qui se rencontrent lors de diverses compétitions, il a sa place dans l’histoire du monde contemporain : le vingtième siècle aura ainsi été celui des revendications égalitaires d’athlètes noirs américains aux JO de Mexico en 1968, et celui du massacre de certains membres de la délégation israélienne par un commando Ainsi les confrontations sportives sont-elles bien palestinien aux JO de Munich en 1972. l’occasion pour les pays de se défier à la place d’un affrontement guerrier direct. Elles sont à la Pour les différents acteurs mondiaux, le sport fois une sorte de vitrine politique des Etats et le est au cœur des stratégies de communication. Or reflet de situations internationales plus ou moins la communication est justement un secteur en tendues. Boycotter des jeux olympiques comme ceux de Melbourne en 1956, de Moscou en 1980 ou de Los Angeles en 1984, c’est véritablement faire de la politique; et vaincre l’URSS en 1952, c’est démontrer la supériorité du capitalisme sur le communisme. Sur un stade, finalement, les Etats font de la communication « corporate » (on pleine mutation, dans un monde où l’information communique sur une société ou une entreprise et est immédiatement mise à portée de tous et fait pas sur un produit) car c’est le pays tout entier l’objet de conversations passionnées : bienvenue qui s’exprime face à ses concurrents. Une équipe dans un monde où la « Ola » qui commence au représente son pays, ses intérêts, ses objectifs et stade de France se poursuit encore en Nouvelle ses moyens de pression. Or l’heure actuelle est Zélande. Dès lors, la manière d’appréhender le justement davantage à la communication dite F l o r e n c e C o u p r y sport sur la scène internationale subit elle aussi des « one to one », où un communiquant, pour être 4ème année, école de la transformations profondes. Tel est le sujet qui nous efficace, doit désormais s’adresser directement intéresse ici. Comment les pays utilisaient-t-ils le aux individus qu’il cherche à atteindre. Sans communication

L

’époque contemporaine serait celle d’une évolution cruciale dans la manière dont le sport est utilisé par les pays comme outil de communication.

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avoir véritablement disparu, un tel modèle subit opposa Londres et Paris à propos des JO de 2012. depuis quelques temps des transformations Communiquer autour du sport est ainsi devenu conséquentes, qui sont celles justement du monde un enjeu différent sur la scène internationale. de la communication. La manière de communiquer a également Comparer un pays à une entreprise ou sa politique évolué. L’ère actuelle est celle de la révolution à une idée de marque ? L’hérésie n’est pas loin. des médias. Le pouvoir de la télévision de rendre Or l’heure actuelle n’est plus celle des grandes toute information immédiatement accessible divisions du monde en adversaires clairement à une immense majorité a contribué à créer identifiés. Un terroriste peut frapper n’importe une proximité plus grande entre les habitants où, un économiste français peut se voir confier du monde. En quelques années, l’Internet est la direction d’une institution mondiale, une apparu, s’est développé et démocratisé jusqu’à entreprise peut selon son intérêt délocaliser ses voir se profiler aujourd’hui une communication différents secteurs d’activité, et une majorité « participative », ou chacun peut prendre part à la des Etats adhèrent à des valeurs proclamées conversation mondiale que soutient l’explosion universelles. Ainsi, plus que la politique, ce qui des technologies, du téléphone portable à est en jeu aujourd’hui à la veille d’un grand l’iPhone. Sur le marché de la publicité, le événement sportif, ce sont de l’argent et de phénomène est incroyablement complexe, où l’influence. Pékin, où se dérouleront les prochains il ne s’agit plus de marteler un message à une JO, peut ainsi s’attendre entre autres retombées foule prête à l’accueillir, mais bien d’intéresser à l’arrivée d’une multitude de touristes. Les les cibles et de les faire adhérer à une marque. En travaux et les investissements entrepris pour sport, bien sûr, l’enjeu est différent. Plus personne l’événement sont une formidable opportunité à convaincre, les compétitions passionnent pour l’économie du pays. Mais surtout, c’est d’elles-mêmes. D’ailleurs, les marques l’occasion pour la capitale de se montrer sous s’efforcent de bénéficier du phénomène à force un jour particulièrement favorable « en interne de parrainage et de sponsoring : Heineken était » auprès des chinois mobilisés et unis autour de ainsi le sponsor officiel de la coupe du monde de l’événement, et « en externe » auprès du reste du rugby, et les tronçonneuses Husqvarna tentent monde à qui elle entend prouver qu’elle peut même de s’associer dans les esprits aux ronflements chasser les nuages. On comprend dès lors bien ce tonitruants de Sébastien Chabal. Mais ce qui est qui change : il ne s’agit plus forcément pour un évident, c’est qu’on ne vient plus sur un stade pays de démontrer la supériorité de ses athlètes, assister à la confrontation de deux idéologies mais bien pour une ville de parvenir à travers le ou puissances guerrières. Ce sont les valeurs sport à développer son potentiel de marque – et intrinsèques à une équipe et non nécessairement chacun garde en mémoire la compétition qui à un pays qui sont désormais véhiculées. Ainsi

les All Blacks ont-ils amplement démontré leur capacité à rester unis dans les triomphes ou les défaites. Et il est frappant de constater à quel point l’adhésion à cette équipe est internationale: son charismatique maillot noir est arboré par des fans de toutes nationalités. Ce n’est plus nécessairement un pays que vient supporter un spectateur ; ce sont véritablement des sportifs. Dès lors, le sport redevient une occasion plus neutre de réconcilier les peuples. L’époque contemporaine serait ainsi celle d’une évolution cruciale dans la manière dont le sport est utilisé par les pays comme outil de communication. Dans le passé, les pays se confrontaient symboliquement sur un terrain (communication externe) et tentaient d’obtenir l’adhésion de leurs habitants via une propagande exacerbée (communication interne). Aujourd’hui la popularité d’une équipe ou d’un sportif n’est plus imputable à sa seule nationalité ou à de la propagande d’Etat. Dès lors il ne s’agit plus de projeter les valeurs d’un pays sur des athlètes, mais bien de faire coïncider l’adhésion à un pays avec la popularité de ses sportifs. Les hymnes nationaux font ainsi partie du spectacle auquel assistent les représentants politiques, et c’est en surfant sur la vague de célébrité des sportifs qu’un pays communique aujourd’hui sur ses valeurs, sa culture ou sa spécificité : un tel phénomène est tout à fait en phase avec l’actuelle société du paraître. De l’engagement de Zidane auprès des enfants défavorisés à son fameux coup de boule, la France tente de se reconnaître en lui, et pas l’inverse.

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REVUE

REVUE

Le Nid du Serpent

In the Valley of Elah

Un roman de Pedro Juan Gutiérrez

A Film Review

How does war change us? How can soldiers (re) integrate themselves into society after returning from a world where brutality reigns? How should we, as civilians, react to this phenomenon, especially when the war isn’t yet over? Paul Haggis, the acclaimed writer and director of Crash, tries to answer these questions in a film centered on the disappearance of an American soldier home from Iraq. In the Valley of Elah is a murder mystery that encompasses far more than a simple whodunit, addressing the effects of the war in Iraq on young men returning to the United States.

that viewers can attempt to begin to understand Goliath as antagonistic forces that can be defeated veterans’ post-war mentalities. is meaningful, the reference is clumsily dropped into the film, undermining its merit. Moreover, For the American viewer, the film evokes the post- the film attempts to provide social commentary Vietnam atmosphere in which veterans became through unnecessary character development with targets for antiwar sentiments rather than bastions regard to Detective Emily Sanders, who encounters of American ideals. In this sense, the psychological sexual harassment at her workplace. While this is effects of war on veterans became devalued indeed an important issue faced by many women, because veterans came to represent the failure of it falls beyond the scope of the film and detracts the war itself. Perhaps the inability to understand from the main war-related message. the psychological changes that occur during war stems from this history of antiwar attitude. With Despite its faults, In the Valley of Elah includes an regard to Iraq, the fact that this film deals with the excellent performance from Tommy Lee Jones. aftermath of a war that has not yet ended suggests His moments of introspection are perhaps the most a departure from this ambivalent attitude toward gripping of the film, showing not only a father’s the psychological transformation of war. grief but also a former soldier’s disillusionment

Hank Deerfield, played by Tommy Lee Jones, desperately hunts for his son, Mike (Jonathan Tucker), who has gone AWOL (absent without leave) from the Fort Rudd army base in New Mexico just a few days after returning from service in Iraq. Soon thereafter, police discover charred human remains scattered in a field near the base, which are later identified to be those of Mike Deerfield. In a fight over jurisdiction between the local police force and the army, Detective Emily Sanders (Charlize Theron) becomes attached to the case, working with Hank to solve the mystery of his son’s death. In their search for a culprit, Hank and Emily consider gang members, drug dealers, or even Mike’s closest friends from the army. Meanwhile, Hank uncovers videos from his son’s time in Iraq that not only aid in the investigation but more importantly reveal his son’s transformation (read: brutalization) caused by the war. More specifically, the film draws attention to this issue through the (sometimes obvious) use of Because it is based on the actual murder of symbols. Consider the American flag. As Hank Specialist Richard Davis in 2003, the film Deerfield explains in the film, an American flag transcends fiction, making the viewer aware of its flown upside down is a sign of distress and a call greater implications. Though an extreme case, the for international assistance. Hank encounters murder represents the psychological repercussions an inverted flag at the beginning of the film and that stem from war. After living in an environment promptly corrects the error. Predictably, he returns where the reaction to any perceived threat is to the same site at the end of the film and raises an violence, the transition to civilian life is more than inverted flag, implying that the situations both in difficult for soldiers. Hence the oft-heard response: Iraq and at home warrant our immediate attention. “You weren’t there, you wouldn’t understand,” Another rather (perhaps too) overt symbolic when veterans are asked to explain their post- reference is the film’s namesake, the Valley of Elah, war behavior. It is through images from Iraq as which stems from the biblical story of David and well as the testimonies of Mike’s fellow soldiers Goliath. Though the link between America and

You weren’t there, you wouldn’t understand, veterans respond when asked to explain their post-war behavior.

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with the war in Iraq. As we see Hank watch the cryptic videos taken by Mike in Iraq, we see a father facing an unknown son, a son who tortures wounded civilians, a son who has lost respect for human life. These grainy clips also lend the film a sense of authenticity, and redeem both distracting subplots and overt symbolism by making the message that war transforms clear. Because of this message, In the Valley of Elah is applicable to viewers of all nationalities, soit américains, soit français. No matter who, where, or when, war dehumanizes. The question is whether we can overcome this dehumanization. Devon Ahearn et Michelle Chen Etudiantes en échange de Princeton University, Woodrow Wilson School of International and Public Affairs

Quand la plume est plus cruelle que l’épée… Il existe différentes façons de résister. Pedro Juan Gutiérrez nous offre la sienne, à la fois radicale et belle, au sein d’un roman qui met la dictature cubaine au double défi du sexe et des mots. Un jeu de qui-perd-gagne dont la littérature sort vainqueur. Résolument.

Guttiérez en 6 dates 1950. Naissance à Matanzas, à l’ouest de Cuba. 1961. Vendeur de glaces et de journaux. 1968. Après quatre ans de service militaire comme coupeur de canne à sucre, dans la province d’Oriente, il suit des études de journalisme à l’université de La Havane. Il exerce cette profession pendant des années avant que la censure ne l’amène à se tourner vers la littérature, qui lui permet une « résistance silence ». 2000. Trilogie sale de La Havane (Albin Michel) est publié en France après son succès en Espagne où le romancier est comparé à Bukowski. 2002. Animal tropical (Albin Michel). 2004. En dépit du régime castriste, il reste à La Havane où ses romans sont encore peu diffusés.

Certains livres sont étrangement emplis de ce qu’ils taisent, de ce qu’ils laissent de côté. Ils font mal dans leurs silences davantage que dans leurs invectives. Le Nid du serpent est de ceux-là. Se situant dans le Cuba du début des années 1960, il oublie jusqu’au nom de Fidel Castro. Une omission fondatrice qui est aussi, pour son auteur – l’iconoclaste Pedro Juan Gutiérrez - insoumission littéraire à la dictature et refus salvateur de se laisser « dicter » un contenu. « La vie est un roman et c’est moi qui l’écris ! » revendique son alter ego romanesque, nous rappelant au passage que la dictature est peutêtre avant tout un enjeu de langage, une perversion des mots et des mythes collectifs. Exit Fidel donc. Mais pas la révolution castriste et ses conséquences. Elle sera racontée en creux à travers l’itinéraire d’un gamin de Matanzas, sorte de double littéraire du romancier au sein d’une jeunesse tiraillée entre fascination pour le yéyé et volontarisme macho. Aussi, si Trilogie Sale de la Havane, fonctionnait à la manière d’un anti-guide touristique, faisant émerger un Cuba carnavalesque enfin révélé à sa réalité quotidienne et poisseuse, Le Nid du serpent est lui un anti-roman d’apprentissage

où l’initiation sexuelle et militaire donne lieu à une régression obscène et violente. Jusqu’à ce que surgisse la littérature... Car enfin, voilà le véritable sujet de ce roman ouvertement autobiographique : comment un adolescent du Cuba délabré des années 1960, devient-il écrivain ? Une question dont la réponse est sans cesse reportée, tandis qu’à la frénésie sexuelle d’un personnage qui vit « d’érection en érection » succède l’ascétisme de l’apprenti romancier. Sauf que dans le monde de Gutiérrez, littérature et sexualité ne se concurrencent pas mais tendent plutôt à se fondre dans une gémellité confondante. A un appétit physique indomptable répond une libido littéraire tout aussi débridée : « Je dévorais tout. J’étais insatiable » affirme Pedro Juan qui découvre Faulkner, Hemingway, Capote au même rythme qu’il « enfile » Dinorah, Gladys, Haymé… Jouir et écrire deviennent les deux versants d’une même insurrection fondamentale contre les bornes de l’univers totalitaire. A la faveur d’un mot d’ordre répété - « Je voulais conjurer le démon, déballer tout ce que l’on cache » - la vulgarité affichée se fait transgression militante, volonté de montrer ce qui ne se voit pas, de faire affleurer « l’ob-scène » dans son sens premier - cet élément du décor exclu de la scène justement, évacué du théâtre révolutionnaire et de sa comédie humaine. De là vient sans doute le malaise provoqué par Le Nid du serpent, son irréductible capacité de nuisance, cet inconfort singulier pour le lecteur qui voit incessamment déranger l’ordre établi de ses représentations. Le livre lui-même s’en fait l’écho dans des pages arrachées à la continuité de l’action et dans lesquelles Gutiérrez dresse le portrait de l’écrivain en devenir : « J’avais très bien vu que mon écriture n’aurait jamais pour but de plaire et de divertir. Elle ne ferait jamais passer un agréable moment à un public bienséant, pusillanime et blasé. Au contraire, pour ces gens-là, mes livres seraient une épreuve, ils allaient me détester ». Glissant, vénéneux, hypnotique, le texte de Gutierréz fait ainsi songer à la figure du serpent d’emblée convoquée. Construisant patiemment son nid dans l’imaginaire du lecteur, il est une ligne vivante et insaisissable, susceptible de toutes les métamorphoses. Portée par un style argotique et outrancier, sa prose devient une langue effilée, recouverte de sang séchée, provocante et amorale. Spectateur privilégié des déboires d’une faune cubaine prise au piège de la dictature, le lecteur est alors à son tour la proie d’une écriture qui l’embrasse, l’étreint, l’étouffe. Dans ce monde irrespirable et gai, les mots poisseux lui collent à la peau et ne le lâchent plus… Jusqu’au point final d’un roman qui se termine comme il a commencé, serpent qui se mord la queue et lui glisse – une fois de plus - entre les doigts: « Il fallait continuer à avancer, avancer à travers la furie et l’horreur. »

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DIVERS

Lighter News Quatre présidents américains enlisés dans le cheddar Les portraits de George Washington, Thomas Jefferson, Teddy Roosevelt et Abe Lincoln ne sont désormais plus seulement gravés dans la roche du Mount Rushmore, mais aussi dans du cheddar cheese. C’est un professionnel de la sculpture du fromage, Troy Landwehr, qui a réalisé cette œuvre d’art après avoir reçu une commande de la compagnie de biscuits Cheez-it. Plus de 200 kilos de cheddar ont été utilisés pour cette production originale. Les présidents américains devaient ensuite être découpés en petits cubes et dévorés dans l’Oklahoma. « Ils adorent manger du bon fromage cheddar dans le sud », explique tout naturellement l’artiste.

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as Gagarin would lose his mantle for being the first man to enter space. It is claimed that two cosmonauts were launched before Gagarin, and that Vladmir Ilyushin landed, but in China, not Russia, leading to his capture by the Chinese. But whether these flights of fancy have any grounding in reality or not, the © Michael P. King, The Post-Crescent/AP world should surely be concentrating on more Un ministre malaisien star du X serious and pressing issues, such as whether giant were-rabbits live on the dark side of the moon, Le ministre malaisien de la santé, Chua Soi or if Venus really is as uninhabitable as scientists Lek, 61 ans a démissionné le 2 janvier 2007 claim it is, or if this is just some vast conspiracy après avoir avoué être la vedette de deux DVDs to prevent humankind from discovering the truth pornographiques, qui mettent en scène les about the Earth’s neighbour: that it is a paradisiacal ébats amoureux de couples non-mariés. Pour sa haven reserved only for octogenarian members of défense, M. Chua a mis l’accent sur le fait qu’il the scientific community. n’était pas responsable du tournage du film, qui provient des caméras de surveillance de l’hôtel Le championnat international du où se déroulaient les ébats. Un journal malaisien lancement de téléphone a révélé le scandale après que des copies des DVDs ont été laissées à divers endroits de la Amidst the general atmosphere of reflection ville de Muar, non loin du domicile de Chua. Il caused by the new year, often dominated by a affirmé « Je ne suis pas le premier et je ne serai stories of regret and mistakes of the past, it is pas le dernier » homme politique à être pris dans easy to neglect more uplifting and geopolitically une telle situation. Le ministre s’est tout de même significant events in the international arena. excusé auprès du premier ministre ainsi que de That is why it is important to highlight ses collègues, et a affirmé que sa femme et ses one such occassion: the 8th annual Mobile enfants avaient aussi accepté ses excuses. Phone Throwing World Championships, held in Savonlinna, Finland. This year’s event Et si Gargarin n’était pas le awarded first place prizes to Tommy Huotari premier homme dans l’espace and Eija Laakso (who retained her title from après tout ? last year) in the men and women’s “original” section, with 89.62 metres and 44.49 metres As Russia begins to flex its muscles on the world respectively. The sport is a deliberate affront stage, with Putin planning to secure political to tradition and represents a true cultural dominance for years to come through his protégé breakaway. Competitors are able celebrate both Medvedev, inciting claims from some quarters of the positive aspects of a globalization and the the possibility of a new Cold War, it is apposite technological innovations of the twenty-first to think about the mystery that still surrounds century by travelling from all corners of the the Russian space program. The Phantom world to attend these games. As for this year’s Cosmonauts are alleged to be astronauts who resolution, let’s toss out more than just mobile entered space before Yuri Gagarin, but who, phones, let’s throw away news that focuses too unlike him, did not survive. If these musings much on the same old disheartening events. were to prove true, it would be an upheaval for the history of the human exploration of space, M at t h e w W i l l i am s Etudiant en échange d’Oxford University

Q U I Z

1. Lorsqu’on vous parle du « Pacte Briand-Kellogg » , vous pensez à : a. Un pacte franco-allemand de coopération économique b. Un pacte international pour mettre la guerre « hors-la-loi » c. Un accord franco-américain sur le prix des céréales

QUIZ

Pa u l i n e T h o m s o n 4ème année en master Finance et Strategie, International Business

2. La notion de weltpolitik a été inventée et voulue par : a. Frédéric II b. Guillaume II c. Bismarck 3. En quelle année Yasser Arafat a-t-il été élu président de l’Autorité palestinienne ? a. En 1969 b. En 1987 c. En 1996 4. Quel homme politique chinois propose en premier les « Quatre modernisations » ? a. Zhou Enlai b. Mao Zedong c. Hua Guofeng 5.

Combien de temps dura le pontificat de Jean-Paul Ier ? a. 33 jours b. 20 ans c. 6 mois

6. Quel pays africain a vaincu l’armée italienne à Adoua en 1896 ? a. L’Ethiopie b. La Tunisie c. Le Soudan 7. Qu’appelle-t-on l’opération des « taxis de la Marne » ? a. Une démonstration internationale de taxis en 1920 b. L’arrivée de taxis anglais pour transporter des soldats lors de la Bataille de la Marne en 1944 c. La réquisition des taxis parisiens pour transporter un maximum de soldats sur le front de la Bataille de la Marne en 1914 8. Qui est Sékou Touré ? a. Le premier Président de la République de Guinée b. Le premier Président du Soudan c. Le premier ministre de la République Centrafricaine 9. Qui a déclaré «Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre » ? a. Charles De Gaulle b. Franklin Delanoe Roosevelt c. Sir Winston Churchill 10. En 1982, quels pays s’opposent lors de la Guerre des Malouines ? a. Le Sri Lanka et le Bangladesh b. L’Angleterre et l’Argentine c. La Libye et la Syrie 11. Quels accords sonnent le glas du système de Bretton Woods ? a. Les accords de la Jamaïque b. Les accords de New York c. Les accords de Lomé

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Les gouvernements militaires  

Numéro 2 du Paris Globalist sur les gouvernements militaires