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Reconversion d’un maillon de littoral portuaire au profit de l’urbanité dunkerquoise

Projet de Paysage 2013 - 2014 1 Théo Balanger


Reconversion d’un maillon de littoral portuaire au profit de l’urbanité dunkerquoise

Projet de TPFE,

Théo Balanger

Encadrants : Serge Koval & Jérôme Saint-Chély ENSAPL 2013 - 2014


Sommaire 8

- Carte de repérage et toponymes du port-est de Dunkerque Introduction

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1 Un patrimoine portuaire démesuré.

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13 17 19 23 25 29 31 33 35 37 39

- La révolution industrielle, point de départ d’une croissance exponentielle du port et de la Communauté urbaine de Dunkerque - Un déplacement progressif des activités à l’ouest - Le port-est, un héritage spatial issu de la révolution industrielle - La crise et l’obsolescence génèrent un potentiel démesuré d’espaces disponibles dans le port-est - Définition du foncier mutable sur le «site des formes et écluses» comme outil de projet (urbain et plaisance) - Un patrimoine portuaire riche mais peu exploité pour l’urbanité Dunkerquoise - Une redéfinition du trait de côte porteuse de nouvelles relations de l’homme avec la mer. - Le site des formes et écluses permet des liens évidents entre le centre-ville et le patrimoine portuaire de Dunkerque. - De nouvelles expériences d’espaces offertes par le développement portuaire. - Synthèse des ressources et problèmes de la problématique portuaire - Stratégie d’intervention en réponse à la problématique portuaire

2 Une géographie littorale mitée par le développement urbain et industriel.

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- Dunkerque appartient à un grand maillon du littoral bétonné - Le centre-ville de Dunkerque est coupé du littoral par le port - Comment retrouver une facette littorale pour le centre-ville de Dunkerque? - Une artificialisation de la géographie du littoral qui a débuté par la poldérisation des anciens deltas de l’Aa et de l’Yser - Une redéfinition des rapports entre terre et eau qui modifient profondément le paysage du littoral flamand - À Dunkerque, les relations entre le centre-ville et la mer ont été redéfinies par le développement du port industriel - Les caractères fondateurs du paysage du littoral flamand - Prémices de renaturation des rapports entre terre et mer. - Développement hypothétique des dynamiques de renaturation du port en cas d’abandon de sa gestion. - Synthèse des ressources et problèmes de la problématique littorale - Stratégie d’intervention en réponse à la problématique littorale


3 Comment reconvertir les anciens espaces portuaires en situation de crise?

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89 91

- Années 1970 : des projets utopiques écartés pour leurs démesure et décontextualisation - Le projet Neptune, départ d’un laboratoire urbain autour des bassins portuaires - Comment faire de la reconversion aujourd’hui à Dunkerque? - Amorcer la reconversion par le préverdissement - Créer des polarités culturelles pour dynamiser le parc littoral du site des formes et écluses - Synthèse des ressources et problèmes de la problématique de la reconversion - Stratégie d’intervention en réponse à la problématique de la reconversion

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4 Reconquérir un morceau du littoral flamand au profit de l’urbanité Dunkerquoise. - Une démarche de projet issue du croisement des trois approches du

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port, du littoral flamand et de la reconversion. - Scénarios : Différents modes de développement des constructions dans la trame urbaine préétablie


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Carte de repérage et toponymes du port-est de Dunkerque 200 m

N

Mer du Nord

Je al

M

de

e-

Avant-port-est

Écluse Charles De Gaulle

Station balnéaire Malo-les-bains

o Écluse Tixier

Digue Canal e des Alliés xutoire des e a

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Ch

Site des formes et écluses

Écluse Wattier

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Bassins Freycinet

1

Écluse Trystram (2)

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Quartier du Grand Large

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Citadelle

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2

Digue du Braek

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Centre-ville

Saint-Pol-sur mer Gare

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Introduction Mon travail personnel de fin d’études porte sur la reconversion urbaine d’anciens espaces portuaires dans une ville souffrant d’un manque d’attractivité démographique et économique. Depuis le X° siècle, les Dunkerquois n’ont eu de cesse de faire renaître la petite ville portuaire à la suite des guerres et de la mutation des activités portuaires. La révolution industrielle a permis un développement sans précédent du port à la fin du XIX° siècle, qui s’est accru de façon démentielle après la Seconde Guerre mondiale ; jusqu’à ce que la crise de 1973 place le port dans une profonde récession. Ces années d’effervescence laissent un héritage vaste, que la ville tente de se ré approprier par des projets de reconversion depuis les années 1970. Cependant, on peut se demander si la composante urbaine est à considérer en priorité. En effet, pour développer le port, l’homme a fait fi de la géographie du littoral, qu’il a d’abord utilisé en régulant les mouvements d’eaux douce et salée, avant de modifier la topographie et d’imperméabiliser les anciennes salines et dunes, et enfin de poldériser les zones d’estran et banc de sable. Aujourd’hui, Dunkerque forme un long et épais maillon bétonné du littoral flamand. On peut donc se demander comment la reconversion d’un maillon du littoral flamand pourrait profiter à l’urbanité du centre-ville de Dunkerque, en mal d’attractivité et souffrant de l’image d’un port polluant et en crise. Plusieurs enjeux majeurs sont associés aux anciens espaces portuaires situés à proximité du centre-ville de Dunkerque : - Stimuler l’attractivité urbaine et économique du centre-ville de Dunkerque afin de lui donner l’ampleur d’un centre d’agglomération à l’échelle de la Communauté urbaine de Dunkerque (plus de 200 000 habitants). L’image de la ville et du port de Dunkerque est actuellement fortement touchée par le passé industriel et la situation de crise commune avec les villes du bassin minier du NordPas-de-Calais. - Valoriser les anciens espaces portuaires sous exploités ou en désuétude situés à proximité du centre-ville de Dunkerque, anticiper le développement construit à long terme. - Prendre en charge la pression touristique et urbaine qui s’exerce sur le littoral flamand.

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Selon moi, ces espaces doivent faire l’objet d’une réflexion prioritaire, parce qu’ils constituent un potentiel foncier, spatial et culturel qui peut permettre de répondre aux enjeux précédemment cités, et ainsi éviter le report d’un développement urbain sur des espaces ayant une valeur agraire ou dunaire. C’est aussi une opportunité pour renaturer le rapport entre terre et mer d’un futur maillon littoral urbain, qui pourrait permettre le développement d’un foyer de biodiversité dans l’ancien port, et donc constituer une plus value en terme de paysage pour la ville et pour le littoral flamand. J’ai choisi d’aborder cette réflexion par les trois grands thèmes suivants : le port industriel de Dunkerque, le littoral flamand, et les modes de reconversion urbaine des anciens espaces portuaires de Dunkerque, parce que la problématique se décline selon ces trois approches. - Tout d’abord, nous chercherons à comprendre comment s’est développé le port de Dunkerque, afin d’en saisir les stratégies de développement ainsi que les opportunités de reconversion. - On cherchera ensuite à saisir l’évolution des rapports à la mer de Dunkerque dans le contexte du littoral flamand, afin de replacer à sa juste échelle l’importance de l’aire urbaine et industrielle de Dunkerque. Nous étudierons ainsi les modalités selon lesquelles le centre-ville de Dunkerque pourrait établir de nouveaux liens avec la mer et avec la nature liée au littoral flamand. - Puis nous nous questionnerons sur les démarches des projets de reconversions urbaines menées sur les anciens espaces portuaires de Dunkerque depuis les années 1970, afin de démontrer la pertinence d’un mode d’intervention selon plusieurs temporalités et passant par une étape préliminaire de pré verdissement. - Enfin, nous établirons une stratégie de projet de paysage croisant les enjeux et intentions établis aux différentes échelles abordées dans les trois grands thèmes, dans l’objectif de redonner une facette littorale au centre-ville de Dunkerque.

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1 Un patrimoine portuaire démesuré

Par cette première approche sur le port de Dunkerque, nous chercherons à comprendre le mode de constitution ainsi que la nature de l’héritage économique et spatial du site étudié, mais aussi à déterminer comment envisager l’avenir du port-est de Dunkerque.

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UN PATRIMOINE PORTUAIRE DÉMESURÉ Dunkerque

1880

1930

1960

L’évolution du port à partir de la révolution industrielle se traduit par un développement particulièrement marquant des bassins portuaires, qui façonnent désormais le paysage portuaire de Dunkerque.

1970

Bassins portuaires Mer du Nord Zones d’estran Cordons dunaires Espaces industriels 3 km

1990

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N

Espaces urbains


La révolution industrielle, point de départ d’une croissance exponentielle du port et de la Communauté urbaine de Dunkerque Comme dans les autres grands ports de France, la révolution industrielle entraîne la modernisation et l’extension du port de Dunkerque. Cette modernisation débute avec l’arrivée du chemin de fer en 1850, qui permet de doubler le trafic portuaire. Mais c’est surtout la directive du ministre Freycinet pour l’extension du port en 1880, qui marque le départ d’un développement frénétique des bassins portuaires. Le bassin du Commerce remplace ainsi l’ancien port d’échouage qui se trouvait entre le centre-ville et la Citadelle, puis les darses 1, 2, 3 et 4 sont creusées juste avant la Première Guerre mondiale. On a alors 6 km de quais qui s’articulent autour des terre-pleins portuaires permettant une relation directe avec le chemin de fer. Ces travaux sont à l’origine de l’agencement du port industriel est de Dunkerque tel qu’on le connaît aujourd’hui, dit «portest». Les activités de construction navale et de manutention génèrent une forte demande en main-d’oeuvre, ce qui induit un développement de Dunkerque et des villes en relation directe avec le port, telles que Malo-les-bains (pour les dirigeants et cadres) et St-Pol-sur-mer (habitat ouvrier). Après la Seconde Guerre mondiale, l’arrivée des usines sidérurgiques et pétrochimiques nécessite l’extension du port, et donc celle des bassins portuaires qui prennent alors une échelle beaucoup plus importante : 4 km de quais sont créés pour la nouvelle usine sidérurgique, et le bassin maritime attenant nécessite la création d’une digue monumentale de 6 km de long, protégeant ainsi le port des tourments de la mer. C’est la fameuse digue du Braek. L’arrivée de ces activités provoque la naissance des villes de Petite- et Grande-Synthe, ainsi que l’extension accrue de St-Pol-sur-mer et Fort-Mardyck. Ces villes sont principalement des cités ouvrières et cités jardin, et la promiscuité avec les industries et la sidérurgie est forte. Ces villes se trouvent en arrière du port industriel par rapport à la mer avec laquelle les contacts sont très pauvres. En 1965, le port devient un établissement public (Port Autonome de Dunkerque), afin de gérer les 4800 ha acquis sur déclaration d’utilité publique pour le développement du port-ouest de Dunkerque. Le creusement du port ouest s’achève en 1975, permettant ainsi aux bateaux de très haut tonnage d’accéder sans écluse aux quais de déchargement de conteneurs. Le port se déploie désormais de Dunkerque à Gravelines, et les extensions urbaines concernent maintenant les villes et villages périurbains, la communauté urbaine souffrant de l’image et de la proximité du port industriel. 13


UN PATRIMOINE PORTUAIRE DÉMESURÉ

Les bassins portuaires sont le symbole du développement portuaire avant la création d’un port à marée à l’ouest. Ils constituent un patrimoine spatial énorme en enrichissant le paysage urbain de Dunkerque par la présence et l’exploitation potentielle de plans d’eau pour des activités nautiques et de loisirs.

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UN PATRIMOINE PORTUAIRE DÉMESURÉ

Le port-est en pleine activité au début du XXèmesiècle, une forte présence humaine sur les quais

Le transport de conteneurs, standard du port ouest et gabarits portuaires élevés, sans écluses.

La crise et le développement du port ouest provoquent la désaffection de nombreux espaces du port-est.

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Un déplacement progressif des activités à l’ouest

L’évolution des ouvrages portuaires correspond à l’adaptation progressive aux nouveaux standards de l’industrie et du transport, provoquant peu à peu l’obsolescence du port-est. Ce phénomène est en partie à l’origine de la mise en disponibilité d’anciens espaces portuaires dans le port est. Mais c’est aussi en raison de la crise pétrolière des années 1980. Celle-ci a provoqué la fermeture d’entreprises comme les chantiers de construction navale, et la réduction de l’activité d’autres entreprises, induisant un fort taux de chômage dans le Dunkerquois. La crise ralentit le développement du port, cependant c’est à l’ouest que les projets d’extensions se réaliseront, d’une part en raison d’un éloignement plus grand entre les espaces urbains et les nuisances portuaires, et aussi parce que les ouvrages navigables y sont aux actuels gabarits standards. Ainsi, la disponibilité de terrains portuaires à proximité de la ville suscite la convoitise des projets de reconversion urbaine. Cependant la crise a aussi un impact sur l’appétit des investisseurs en activités tertiaires, et la balance démographique est déficitaire à Dunkerque, ce qui ne facilite pas le développement de nouveaux quartiers. L’ampleur du développement connu par le port-est depuis la révolution industrielle génère donc un important potentiel foncier, aujourd’hui démesuré par rapport aux capacités de la ville à s’y développer. Cet héritage portuaire est également aquatique, puisque les immenses bassins portuaires creusés pendant le siècle passé pourraient désormais accueillir des activités de plaisance. Par ailleurs, le développement faramineux du port industriel au XXème siècle a entraîné un développement urbain désorganisé et en promiscuité avec les zones d’activités ; ces modes d’activités appauvrissent les liens entre ville et mer, et la qualité des espaces urbains dépend des emprises portuaires qui les séparent du littoral. On peut donc se demander comment mettre ces espaces rendus disponibles au profit du cadre de vie de l’agglomération maintenant engoncée dans l’espace industriel, et actuellement située en arrière par rapport à la mer.

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UN PATRIMOINE PORTUAIRE DÉMESURÉ

1831

1873

La Citadelle

Bassin de commerce

1890

Nouveaux bassins

Gare Le port de commerce est tel qu’il était dès sa démilitarisation. Le site de la Citadelle est limité par les fortifications.

1925

Les fortifications sont étendues en prévision du développement imminent du port sur l’estran poldérisé.

1940

Chantiers navals

Les darses 3 et 4 sont étendues et la 5 est creusée : le port devient 3° de France. Les chantiers navals s’installent entre la ville et la mer.

Avant-port-est

Juste avant la 2nde guerre mondiale, l’avant-port est creusé, posant les jalons du développement vers l’ouest après 1950.

Le vieux port est reconverti et les darses 1 à 4 sont creusées. Les terre-pleins sont reliés au chemin de fer, et la Citadelle devient portuaire.

2010

Le site des formes et écluses établit maintenant une continuité entre la digue du Braek et le centre-ville par l’intermédiaire de la Citadelle.

Espaces portuaires industriels 1 km

N

Volumes construits Zones d’estran Espaces aquatiques Bassins portuaires industriels

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Site des formes et écluses


Le port-est, un héritage spatial issu de la révolution industrielle

À l’aube de la révolution industrielle, l’activité du port de Dunkerque est fortement réduite en raison des conflits avec l’Espagne et l’Angleterre qui ont touché la ville. L’époque du corsaire Jean Bart est révolue, et s’il reste un héros de la ville, le port va vivre un grand tournant avec l’arrivée du chemin de fer et le développement des bassins portuaires. En effet, à partir de la fin du XIXème siècle, le port qui s’était jusque-là renouvelé sur lui même allait déployer par le creusement de nouveaux bassins portuaires. Ainsi, après une modernisation du vieux port par la création du bassin de commerce (désormais accessible par une écluse), un nouveau paysage portuaire va se déployer de l’autre côté du site de l’ancienne Citadelle, dit «la Citadelle». Ce nouveau paysage se caractérise par une échelle de bassins beaucoup plus grande, dont l’horizontalité est accentuée par la planéité des terre-pleins (dits «môles», nommés de 1 à 5) et leurs contours d’une rectitude parfaite (ce sont les quais, dits «quais Freycinet», nommés de 1 à 13). Les bassins situés entre les môles sont ainsi nommés «darses», numérotées de 1 à 6, et chacun des môles est relié au chemin de fer. Cette rationalisation des nouveaux espaces portuaires s’explique aussi par l’étendue démesurée prise par le port en quelques dizaines d’années, comparée à son extension mesurée pendant les dix siècles précédents de son existence. La création des nouveaux bassins à niveau d’eau constant suppose l’existence d’un système assurant le maintien de ce niveau d’eau, tout en permettant l’accès aux bassins pour les bateaux venant de la mer du Nord. Cette contrainte s’est traduite dans l’espace par la création progressive de l’actuel «site des formes et écluses». Il s’agit d’un mince terre-plein qui s’étend dans le prolongement de la Citadelle, traversé transversalement par des écluses permettant les liaisons par bateaux entre mer et bassins. Ce site dont la largeur alterne entre 150 et 350 mètres a donc la particularité de se trouver entre d’un côté le milieu marin soumis aux marées et à la salinité de l’eau, et de l’autre côté les bassins portuaires d’eau douce à saumâtre, selon l’intensité des échanges d’eau réalisés par le biais des écluses. Ce site linéaire a pour autre vocation la réparation et la maintenance navales, ce qui lui vaut d’être entrecoupé de cales à sec dont les «formes de radoub» sont les premières à être apparues. Par ailleurs, ce site s’est constitué progressivement au fil de l’extension du port et de l’évolution des gabarits portuaires. Cela en fait donc un site particulier, entre deux eaux, à la croisée de l’espace des bassins portuaires (côté ouest du site) et du chenal soumis aux variations des marées (côté est), mettant en relation le centre-ville par l’intermédiaire de la Citadelle, avec la digue du Braek et donc le paysage de l’industrie sidérurgique. 19


UN PATRIMOINE PORTUAIRE DÉMESURÉ

Dans sa partie sud-est, le «site des formes et écluses» est en connexion directe avec le centre-ville et le quartier du Grand Large. Il comporte principalement des activités liées à la plaisance. Il est l’interface entre les bassins maritimes du port Freycinet (à droite) et le chenal.

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La partie nord-ouest du «site des formes et écluses» met en lien les quartiers centraux de Dunkerque avec l’avant port (à droite) et la digue du Braek, offrant un panorama sur la mer, le passage des bateaux et les installations sidérurgiques.


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UN PATRIMOINE PORTUAIRE DÉMESURÉ

3

2 môle 3 môle 2 1 môle 1 Centre-ville Dunkerque

4

5

300 m Centre-ville

Anvers Centre-ville

N Sens du développement des dynamiques de reconversions urbaine d’anciens espaces portuaires Anciens espaces portuaires reconvertis Espaces portuaires disponibles pour le développement urbain à Dunkerque

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Hambourg

Espaces portuaires disponibles, en cours de reconversion


La crise et l’obsolescence génèrent un potentiel démesuré d’espaces disponibles dans le port-est Dans la seconde moitié du XXème siècle, plusieurs événements entraînent la cessation d’activités sur des espaces portuaires du port-est. Tout d’abord, la Seconde Guerre mondiale a été très destructrice à Dunkerque, et la reconstruction de la ville ainsi que du port a été l’occasion d’étendre le port avec la construction de la darse 6, tandis que le bassin du commerce (1) devenu trop exigu entrait en reconversion urbaine ; cela permit donc d’augmenter le nombre d’habitations sur les quais côté centre-ville et côté Citadelle. Ensuite, la fermeture des chantiers navals (2) a provoqué la disponibilité du vaste terre-plein situé entre le chenal, le canal exutoire des eaux de drainage de l’arrière-pays, et le centre-ville de Dunkerque. Par ailleurs, la crise des années 80 et l’obsolescence du port-est causée par le développement du port-ouest ont entraîné une baisse significative de la pression des activités sur le port-est, et les môles 1 et 2 ont progressivement été cédés à la Communauté urbaine, en dépit de sa difficulté à y développer des activités urbaines. De plus, l’activité a cessé sur le môle 3 et sur un certain nombre d’espaces du site des formes et écluses, dont la séquence nord (3) n’a pas connu de véritable exploitation (entre les écluses Watier et Charles de Gaulle). Comparaison des espaces reconvertibles de Dunkerque avec Anvers et Hambourg :

Les espaces disponibles à Dunkerque sont encore en partie utilisés pour des activités industrielles ou en lien avec la plaisance. Sur le site des formes et écluses, la ville a envisagé le déplacement des activités incompatibles avec le développement urbain pour ne garder que celles liées à la plaisance, permettant une exploitation des bassins portuaires selon des usages compatibles avec l’idée d’urbanité que l’on souhaite y développer. Cependant, le projet suppose une demande démographique et d’investisseurs en activités tertiaires qui n’existe pas. L’échelle des espaces disponibles est donc démesurée, et d’ailleurs elle est comparable à l’étendue des projets urbains qu’Anvers et Hambourg comptent réaliser à moyen terme, les capacités de développement de ces deux villes étant plus élevées qu’à Dunkerque. Deux autres points importants ressortent de cette comparaison : le premier est que Dunkerque possède une incroyable surface de bassins portuaires sous exploités ; le second concerne le mode de reconversion à Anvers, où des programmes construits ont été fortement densifiés sur une petite emprise (4) afin de constituer un vaste parc (5) reliant d’anciens quartiers autrefois séparés par une friche ferroviaire. Ce parc est en outre un moyen de greffer les nouveaux quartiers avec les anciens. 23


UN PATRIMOINE PORTUAIRE DÉMESURÉ

200 m

N

Des terrains portuaires rendus disponibles par le déplacements des activités à l’ouest.

Espaces disponibles à court terme Espaces disponibles à moyen terme Points durs à intégrer Bassins en eau disponibles pour la plaisance Bassins pour la plaisance à moyen terme

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Définition du foncier mutable sur le «site des formes et écluses» comme outil de projet (urbain et plaisance) Face à la démesure des espaces disponibles pour la reconversion urbaine dans le port de Dunkerque, il est incontournable d’établir une stratégie qui permette d’obtenir un impact favorable à l’image de la ville tout en ne traitant qu’une surface restreinte d’espaces portuaires. Dans ce contexte, le site des formes et écluses constitue un compromis fortement intéressant, dans la mesure où il ne représente qu’une sous-partie du port-est à traiter. Ce site profite néanmoins d’étonnantes qualités spatiales, liées à sa capacité à mettre en lien les composantes majeures du paysage local : le centre-ville de la reconstruction, la station balnéaire au contact de la plage, le port dont nous détaillerons plus loin le patrimoine portuaire sur lequel peut prendre appui la reconversion de ce site. Nous définirons donc plus précisément le foncier disponible sur ce site, qui induit en outre une temporalisation du projet en plusieurs étapes, en fonction du départ progressif de certaines industries en activité. On relève ainsi : - des espaces disponibles sur lesquels on peut déjà intervenir. - du foncier mutable, qui pourra être exploité à moyen terme. - des points durs qu’il va falloir prendre en compte ; ce sont des activités industrielles en fonctionnement qu’il faut incorporer au projet, et dont on va recenser les besoins spécifiques comme les accès aux poids lourds, leurs contraintes de giration, les surfaces de stockage. Il s’agit de l’entreprise de maintenance navale située entre les écluses Trystram et Watier, des écluses d’accès aux bassins portuaires, et enfin d’un poste de surveillance militaire. - du foncier «aquatique» : qui va passer progressivement de la vocation industrielle à un port de plaisance. Cela induit de prendre en compte le changement d’échelle d’usage portuaire, puisque le gabarit des bateaux est bien moindre dans la plaisance. Du reste, c’est un atout majeur puisque les activités de plaisance permettent de créer de nouvelles pratiques ayant un lien avec la mer et le port.

D’anciens espace portuaires disponibles à proximité du centre-ville sur la Citadelle et le môle 3.

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UN PATRIMOINE PORTUAIRE DÉMESURÉ

Les espaces qui ont été industrialisés ont un aspect à dominante minérale.

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La dernière séquence du site des formes et écluses est quant à elle propice au développement de la flore.


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UN PATRIMOINE PORTUAIRE DÉMESURÉ

200 m

N

Mer du Nord Digue du Braek

Bassin maritime

Station balnéaire Bassins Freycinet

ort

xp

u Vie

Centre ville Gare

Le site des formes et écluses abrite un potentiel d’activités en lien avec la mer et le port (plaisance, tourisme).

Bassin maritime, fonctionnement hydraulique distinct de la mer soumise au marées et du systèmes des voies fluviales et d’évacuation des eaux de la plaine maritime Bassins d’eau autonomes (écluses, formes de radoub, cale à sec) Quais avec mur vertical comme lien entre terre-plein et eau Quais éboulés Patrimoine portuaire

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Un patrimoine portuaire riche mais peu exploité pour l’urbanité Dunkerquoise La ville de Dunkerque hérite d’un patrimoine portuaire important, et qui sans moyens peut constituer un fardeau. Cependant, la redéfinition du trait de côte de Dunkerque a progressivement donné lieu à de nouvelles appropriations de ces espaces par le public. C’est le cas de la digue des Alliés, dont le rôle est de protéger le canal exutoire des eaux de drainage de l’arrière-pays contre une submersion marine ; cet ouvrage linéaire se situe dans le prolongement de la promenade de la digue, qui s’étend de Leffrinckoucke jusqu’à la station balnéaire de Malo-les-bains, ce qui en fait un lieu très fréquenté par les promeneurs et joggeurs, qui maintenant la parcourent jusqu’à son extrémité formée par l’écluse Tixier. De même, la digue du break a été conçue par nécessité technique pour permettre la création du bassin portuaire pour les usines sidérurgiques. Ce lieu est techniquement d’ordre portuaire, mais il ne porte aucune autre vocation que de permettre l’existence du bassin qu’il épaule. La digue du Braek est ainsi rapidement devenue le lieu de promenade, d’observation sur les activités industrielles côté sud, ou bien de baignade et de pêche côté nord. De surcroît, le vis-à-vis inédit avec les installations sidérurgiques en fait un paysage symbolisant l’image de Dunkerque, à tel point que ce lieu est devenu incontournable. Cependant, à la différence de la digue des Alliés, il n’y a pas de continuité urbaine entre la digue du Braek et le centre-ville. Le développement portuaire a donné lieu à des formes spatiales qui ont pu être jugées ingrates et peu valorisantes du paysage littoral, néanmoins elles constituent le support de relations étroites entre le centre-ville de Dunkerque, la mer et le port. Il est important de valoriser les liens entre la ville et la mer, tant cette dernière est la source de qualités spatiales. La définition de ces rapports dépend des espaces portuaires qui les séparent, puisqu’ils peuvent constituer un obstacle à ces nouvelles relations ; de plus, cette redéfinition est logique puisque les relations à la mer d’une ville portuaire sont justement définies par les activités portuaires, et dans le cas où ces dernières cesseraient, une nouvelle vocation doit être envisagée pour les espaces concernés. Enfin, le port-est constitue une opportunité de liens entre l’homme et les activités portuaires, ce qui tend à ne plus être permis en raison de l’application des normes SPS ( Sécurité et Protection de la Santé) qui visent à limiter et contrôler les accès aux activités portuaires pour des raisons sanitaires et de sécurité. Ces dispositions ont pour incidence de limiter voire d’interdire l’accès au littoral pour bon nombre des villes de la Communauté urbaine de Dunkerque, telles Loon-Plage et Mardyck, historiquement en lien avec la mer. 29


UN PATRIMOINE PORTUAIRE DÉMESURÉ

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Jetée de St-Pol

Jetée de Malo

Digue du Braek

Digue des Alliés

Site des formes et écluses, entre les écluses Watier et Charles-De-Gaulle

Promenade de la digue de Malo à Leffrinckoucke


Une redéfinition du trait de côte porteuse de nouvelles relations de l’homme avec la mer.

Il est donc crucial de valoriser les liens avec les activités portuaires là où c’est encore possible, et à ce titre le port-est constitue une opportunité de bon sens tout d’abord en raison de la disponibilité de terrains, mais aussi en raison de la configuration spatiale du site des formes et écluses, qui à partir de la Citadelle et se prolongeant par la digue du Braek, permet un vis-à-vis spectaculaire avec les activités portuaires, tout en maintenant une distance entre les espaces utilisés par le public et les espaces industriels, cette mise à distance étant d’une forte qualité spatiale puisqu’elle est ménagée par les bassins portuaires. Plusieurs ouvrages majeurs issus de l’activité portuaire sont aujourd’hui le support d’usages publics, qu’il s’agisse de promeneurs, pêcheurs, ou touristes. Ces lieux sont la source d’attractivité spatiale, par les sensations qu’ils procurent en raison du lien ténu avec la mer. Ce sont des ouvrages bruts, bétonnés, ce qui leur permet de résister à la force des éléments sur un mince trait de terre qui s’avance dans la mer, comme c’est le cas sur les jetées de St-Pol et de Malo. La première se raccroche à la digue du Braek qui se déroule quand à elle sur 6 km de long et 200 m de large, d’où l’on a un travelling infini et époustouflant sur les activités sidérurgiques d’un côté, tandis que de l’autre s’étendent à perte de vue la plage et la mer. La jetée de Malo se raccroche quand à elle à la digue des Alliés, bordant le canal exutoire de drainage des eaux de l’arrière-pays, dont l’extrémité est une écluse s’ouvrant à marée basse pour rejeter les eaux douces, et se referme avant la marée haute pour empêcher les eaux salées de s’engouffrer dans la plaine agricole. Ce site témoigne de liens ténus avec l’ancien delta de l’Aa, dont la survie tient au bon fonctionnement de cet ouvrage. Enfin, la promenade de la digue met en relation avec le paysage de la station balnéaire de Malo-les-bains, symbole de la plage touristique de Dunkerque. Ainsi, en dépit de leur aspect abrupt et des rapports brutaux qu’ils génèrent dans l’espace, ces ouvrages donnent lieu à de nouveaux rapports au littoral et génèrent espaces de liberté qui en font des lieux très visités, et des lieux forts dans le paysage local, avec lesquels le centre-ville doit être mis en lien. Pour répondre à cet enjeu majeur, le site des formes et écluses constitue une opportunité de taille, puisqu’il s’articule potentiellement avec ces différents sites. 31


UN PATRIMOINE PORTUAIRE DÉMESURÉ

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Tour du Leughenaer

Phare du Risban

Anciens bâtis de réparation navale

Nouveaux bâtis de réparation navale

Forme de Radoub N°4

Cale à sec flottante de l’entreprise Arno Dunkerque

Passerelle franchissant l’écluse Charles-de-Gaulle

Sas de l’écluse Wattier, entre eau douce et salée.


Le site des formes et écluses permet des liens évidents entre le centre-ville et le patrimoine portuaire de Dunkerque.

Le port-est comporte peu d’éléments de patrimoine construits, en raison des destructions de la Seconde Guerre mondiale qui ont fait disparaître de nombreux édifices du XIXème siècle, hormis la Halle aux sucres du môle 1 et deux docks sur le terre-plein de la Citadelle. Par ailleurs, de nombreux édifices sont détruits lors de l’arrêt des activités, comme sur le môle 3 où les halles ont été rasées il y a deux ans afin de rendre le site potentiellement exploitable. Les principaux éléments de patrimoine portuaires sont ainsi : - les phares, qui jalonnent le parcours menant du centre-ville jusqu’à l’extrémité de la jetée de St-Pol, au-delà de la digue du Braek. Ils sont un repère parlant de l’avancée progressive du trait de côte vers le nord, et le phare du Risban offre un point de vue spectaculaire sur le port et la mer. - Les anciens bâtis bordant la forme de radoub N° 4 sont un témoignage percutant de l’évolution du rapport d’échelle avec les hangars actuels des ateliers de maintenance navale, dont la couleur tranche radicalement avec le paysage portuaire à dominante grise et terne. Les vieux bâtis pourraient faire l’objet d’une reconversion en restaurant ou café, un lieu public qui permet de mettre dans l’ambiance de ces anciens espaces portuaires. - Les formes de réparation navale sont éponymes du site étudié en particulier, et sont les premières formes de cales à sec ayant vu le jour au port de Dunkerque. Leur excavation pourrait être exploitée de différentes manières, soit par un bassin à flot, soit à sec avec un programme intérieur tel un skatepark, voire avec l’intégration à un bâti tels un musée portuaire ou une école de marine qui s’implanterait sur la forme de radoub. La conservation de ces anciennes formes permet de saisir l’étonnante évolution des gabarits de bateaux, par comparaison à la cale flottante utilisée actuellement par l’entreprise Arno Dunkerque. - Les écluses sont l’autre élément éponyme de ce site, et constituent l’articulation des morceaux de terres formant une continuité entre la Citadelle et la digue du Braek. Leur échelle évolue également du centre-ville vers la digue du Braek, et les passerelles monumentales constituent un point de repère dans l’espace, en particulier lorsqu’elles sont levées pour permettre le passage de bateaux par les écluses. Cet aspect constitue une contrainte dans la mesure où la fermeture du pont est peu prévisible, entraînant une temporalité particulière, au cours de laquelle le site se trouve en partie insulaire. En outre, les écluses symbolisent la limite et le point d’échanges entre eau douce et eau salée. 33


UN PATRIMOINE PORTUAIRE DÉMESURÉ

La mer

L’avant-port-est est cerné par les jetées de St-Pol à l’ouest et de Malo à l’est, qui permettent une avancée en mer ainsi qu’un point d’observation inédit sur les manoeuvres des bateaux à l’approche des écluses.

De l’autre côté de la digue du Braek, une vaste Le chenal est soumis aux variations des marées, plage est devenue le repère de nombreux Dun- et le port d’échouage au niveau du Minck est ainsi kerquois. le premier point de contact entre la ville et la mer.

34


De nouvelles expériences d’espaces offertes par le développement portuaire. Les bassins

Construite dans les années 1960 pour créer un bassin maritime gigantesque desservant l’usine sidérurgique, la digue du Braek constitue dès lors un des hauts lieux du paysage de Dunkerque, aujourd’hui très fréquenté.

Les darses offrent un paysage de plan d’eau dont émerge à peine la planéité des môles.

Aux confins du centre-ville, le bassin de commerce bénéficie d’un environnement bâti qualitatif, avec les docks du XIXèmesiècle et les bâtis de la reconstruction.

L’eau douce et l’eau salée constituent donc deux milieux en dualité dans le domaine portuaire. On a ainsi deux milieux aquatiques différents, qui génèrent une richesse pour le paysage de la ville et du littoral, en particulier sur le site des formes et écluses qui est à l’interface de ces deux milieux. L’échelle des bassins grandit au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre-ville, tandis que les milieux marins s’élargissent, passant du chenal à l’avant-port-est, puis à la pleine mer. 35


UN PATRIMOINE PORTUAIRE DÉMESURÉ

Ressources : 200 m

N

Mer du Nord Digue du Braek

Bassin maritime

Station balnéaire Bassins Freycinet

ort

xp

u Vie

Centre ville

Gare

Espaces disponibles à court ou moyen terme Patrimoine portuaire bâti Patrimoine aquatique (écluses, formes de radoub, cale à sec) Haut lieu du paysage local issu du développement portuaire

digues et jetées permettant des rapports avancés avec la mer Espace maritime soumis au marées de la Mer du Nord Bassins maritimes à flots, eau douce

- Un patrimoine portuaire important, potentiel support d’une reconversion urbaine (bassins, foncier, bâtis). - Des expériences spatiales fortes permises par les digues entre le port et la mer, qui sont beaucoup fréquentées et constituent des hauts lieux du paysage Dunkerquois. - Situation entre deux eaux douce et salée du site des formes et écluses qui confèrent à ce site un potentiel remarquable, à deux pas du centre-ville et de la mer. 36


Synthèse des ressources et problèmes de la problématique portuaire : Problèmes : 200 m

N

Mer du Nord 3 km

Digue du Braek

Bassin maritime

Station balnéaire

2 km

Bassins Freycinet

1 km ort

xp

u Vie

Centre ville Gare

Fermeture des passerelles lors des passages de bateaux aux écluses Points dur, sites industriels disponibles à long terme ou bords d’écluses Sites classés Seveso

Liaisons viaires majeures Liaisons par pont à créer Périmètre soumis au PPRT (contraintes d’urbanisme)

- Difficulté de la reconversion tertiaire, qui induit une gestion de l’attente sur les espaces portuaires désaffectés ou sous-exploités. - Un port-est trop vaste à reconquérir par l’urbain. - Des points durs à intégrer (activités industrielles, ouvrages portuaires d’accès nautiques). - Des activités classées Seveso dont le périmètre d’influence englobe les môles. 37


UN PATRIMOINE PORTUAIRE DÉMESURÉ

Solutions : 200 m

Digue du Braek

N

Mer du Nord

Station balnéaire

Centre ville Gare

Des terrains portuaires mutables à l’interface entre le centre-ville et la mer du Nord. Espaces disponibles à court ou moyen terme Point dur à intégrer Patrimoine portuaire bâti et aquatique Bassins en eau disponibles pour la plaisance

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Liaisons à générer par des espaces publics Nouveaux ponts à créer Polarités urbaines de Dunkerque Sites classés Seveso Périmètre soumis au PPRT (contraintes d’urbanisme)


Stratégie d’intervention en réponse à la problématique portuaire

Solutions : Agir sur les espaces mutables du «site des formes et écluses» pour établir des liens urbains entre le centre-ville et le patrimoine du port-est : depuis le vieux port jusqu’à la sidérurgie :

- Avoir une démarche de reconversion à une échelle restreinte, en se concentrant sur le site des formes et écluses. - Articuler le patrimoine portuaire aux nouveaux parcours publics reliant les quartiers du centre-ville à la mer ainsi qu’aux hauts lieux du paysage littoral Dunkerquois (digue du Braek, canal exutoire des eaux de drainage de l’arrièrepays, promenade de la digue de Malo, jetées de St-Pol et de Malo). - Conserver et développer les activités nautiques et de plaisance sur les bassins portuaires, et prendre en charge leur relation au terre-plein du site des formes et écluses.

39


40


2 Une géographie littorale mitée par le développement urbain et industriel

Cette seconde approche vise à contextualiser le site d’étude dans sa géographie, afin de saisir l’enjeu qu’il constitue à l’échelle du littoral flamand, et déterminer des modes d’action pour valoriser les rapports à la mer du centreville de Dunkerque.

41


UNE GÉOGRAPHIE LITTORALE MITÉE PAR LE DÉVELOPPEMENT URBAIN ET INDUSTRIEL

Escaut

occid

enta

Dunkerque Calais

Yser

Aa

10 km

N Le littoral Flamand aujourd’hui, c’est 70% de linéaire urbanisé ou industrialisé et seulement 30% d’espaces dunaires.

Espaces urbains du littoral flamand Agglomérations majeures situées au dehors du polder flamand Polder flamand

42

l


Dunkerque appartient à un grand maillon du littoral bétonné

Le littoral flamand correspond au littoral faisant l’interface entre la mer du Nord et l’ensemble de plaines maritimes poldérisées qui s’étend de Calais jusqu’à l’embouchure de l’Escaut occidental. Ces plaines maritimes poldérisées sont en réalité les anciens deltas de l’Aa et de l’Yser, qui ont été progressivement poldérisés dès le Moyen-Âge à des fins agricoles. Cette forte caractéristique géographique définit un territoire transfrontalier. Les parties belge et française de ce territoire ont également une culture en commun, même si les langues diffèrent. Du reste, il est intéressant de prendre en compte la façon dont ce territoire a été investi par l’homme, en particulier les modes d’urbanisation et d’implantations industrielles qui dominent fortement dans le paysage littoral flamand. De plus, le tourisme a également un impact sur le paysage littoral puisque plusieurs grandes stations balnéaires se répartissent les 130 km de littoral flamand. Ainsi, cette échelle de relativité se justifie par le fait que cet ensemble territorial est représenté par un même paysage, dans ses contraintes liées à l’eau (inondations marines et inondations des eaux venant de l’arrière-pays), à la pression urbaine, et aux mêmes atouts : situation littorale, planéité du territoire, présence de réseaux de communication importants, position stratégique par rapport à l’Europe du Nord. Ce littoral a connu une forte expansion urbaine et industrielle au cours de XXème siècle, si bien qu’aujourd’hui, 70% de son linéaire est constitué d’espaces urbanisés ou industrialisés. La part d’espaces naturels est quant à elle fortement résiduelle, hormis les deux séquences françaises non urbanisées, situées entre Calais et Gravelines et entre Dunkerque et la frontière belge. Par contre en Belgique, l’urbanisation du littoral est quasiment continue. Ce territoire de polder étant issu d’une artificialisation des anciens deltas, on peut se demander dans quelle mesure le littoral non urbanisé peut se révéler être un espace naturel, puisque sa forme actuelle découle bien de cette forte mutation de la géographie menée par l’homme depuis le XXème siècle. Ces espaces non urbanisés du littoral flamand sont issus de phénomènes spontanés (vent, mouvements marins, déplacement du sable, développement d’une flore spontanée halophile. Ces phénomènes sont donc un moyen potentiel de régénération des caractères du littoral dans des lieux ayant subi une mutation urbaine ; ils seront développés à partir de la page 50, où ils seront abordés en tant qu’outil de projet. 43


UNE GÉOGRAPHIE LITTORALE MITÉE PAR LE DÉVELOPPEMENT URBAIN ET INDUSTRIEL

2 km

14

N

km

st

t-e

por

m

4k

Peu de points de contact entre la mer et l’espace urbain de la communauté d’agglomérations de Dunkerque. Un littoral majoritairement composé par le port industriel.

Espaces urbains Espaces industriels Littoral dunaire Estran Mer du Nord

44


Le centre-ville de Dunkerque est coupé du littoral par le port

L’approche de cette deuxième partie concernant le littoral permet de questionner le rapport du site d’étude avec les enjeux à grande échelle du littoral. En effet, 60% de la population mondiale vit à moins de 50 km de la mer. Cela induit une forte pression urbaine au niveau du trait de côte, mais également dans le périurbain des villes littorales. C’est une tendance qui se retrouve à Dunkerque, puisque ces 20-30 dernières années, les villes et villages périphériques de Dunkerque ont connu de fortes expansions urbaines sous la forme de lotissements construits sur les terres agricoles jouxtant le tissu urbain pré existant, plutôt que le densifier. Les anciens espaces portuaires de Dunkerque représentent ainsi un potentiel précieux d’espaces disponibles qui ne sont ni des terres agricoles, ni des espaces naturels dunaires du littoral flamand. De ce point de vue, il paraît prioritaire d’engager leur mutation urbaine afin d’éviter le report de cette urbanisation sur des espaces dont la valeur biologique n’a pas été détruite. Par ailleurs, un regard à l’échelle de la Communauté urbaine de Dunkerque permet de saisir à quel point les contacts entre ville et mer sont limités, en comparaison de l’étendue de cette aire urbaine. En effet, sur les 14 km urbanisés et industrialisés de Dunkerque, seuls 4 km de front urbain sont en relation avec la mer. Il s’agit de la «digue de mer», une promenade urbaine située entre la plage et le front bâti qui s’étend de Malo-les-bains à Leffrinckoucke. De plus, l’industrialisation s’est également étendue par l’ouest et le sud de cette aire urbaine, l’enfermant ainsi dans une couronne industrielle. Dans ce contexte, la reconquête urbaine du port-est devient une opportunité de rétablir des relations entre le centre de Dunkerque et la mer, tout en redéfinissant la qualité de ce maillon de littoral flamand. En outre, le littoral est donc fortement défini par le port industriel. Cet aspect doit nourrir les modes d’extension de la ville sur les anciens espaces portuaires, de façon à s’emparer du patrimoine portuaire, mais aussi en considérant les qualités spatiales des industries en cours d’activité, tels les hauts fourneaux de l’usine sidérurgique Usinor, en particulier depuis le site des formes et écluses et depuis la digue du Braek. La relation entre la ville et la mer ne peut ignorer le passé portuaire des sites en reconversion, puisqu’ils sont partie intégrante de l’histoire et la culture de ces lieux, et de l’ancienne relation entre ville et mer, qui n’était autre que portuaire. 45


UNE GÉOGRAPHIE LITTORALE MITÉE PAR LE DÉVELOPPEMENT URBAIN ET INDUSTRIEL

200 m

N

Mer du Nord Digue du Braek Avant Port Est

Station balnéaire

Chenal

Centre ville Gare

Un littoral issu des rapports de force entre des dispositifs portuaires et les éléments marins.

Espace maritime soumis au marées de la Mer du Nord Espaces d’estran sableux à marée basse Estran rocheux ou quais éboulés Rapports brutaux entre terre et mer : quais, endiguements, jetées

46


Comment retrouver une facette littorale pour le centre-ville de Dunkerque? Le centre-ville de Dunkerque se situe en arrière du port-est par rapport à la mer. Ses relations avec la mer dépendent donc de la spatialité et des activités portuaires. Dans ce contexte, la perspective d’une reconversion urbaine d’anciens espaces portuaires est une opportunité à saisir pour redéfinir une facette littorale de Dunkerque, et donc retrouver un contact entre le centre-ville et la mer du Nord. Par ailleurs, l’Avant-port-est et le chenal sont également soumis aux marées, et les berges ou quais qui les bordent sont autant de sites qui peuvent porter l’expression des caractères du littoral flamand. Le site des formes et écluses constitue ainsi un lien fort entre le centre-ville et la mer, en se raccrochant directement à la digue du Braek, et potentiellement joignable à la station balnéaire de Malo-les-Bains par le biais du futur pont du Grand Large (qui relie le site des formes et écluses avec le quartier du Grand Large à hauteur du môle 2). De plus, un lien pourrait être établi avec l’extrémité du canal exutoire de façon à prolonger la promenade en bord de mer dite «promenade de la digue» qui débute à Leffrinckoucke et qui mènerait ainsi jusqu’à la digue du Braek. Le chenal forme donc une entrée de la mer dans la ville, et le site des formes et écluses qui le jouxte pourrait être une opportunité pour établir des relations étroites avec le paysage du littoral flamand, à partir d’une redéfinition de sa frange qui est au contact du chenal.

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UNE GÉOGRAPHIE LITTORALE MITÉE PAR LE DÉVELOPPEMENT URBAIN ET INDUSTRIEL

L’extrémité du canal exutoire des canaux de drainage de la plaine agricole poldérisée, symbole de l’artificialisation extrême de l’estuaire modifié des eaux de la Colme.

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La digue de Malo-les-bains, la station balnéaire réputée pour sa grande promenade du haut de son perré surplombant la plage. La relation entre front bâti et la mer est particulièrement proche.


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UNE GÉOGRAPHIE LITTORALE MITÉE PAR LE DÉVELOPPEMENT URBAIN ET INDUSTRIEL

10 km

N

Dunkerque

e ud

r

se

l’Y

tea

Cote

Co

au d

e l’A

Monts

rtois

de

Flandre

VI° s

Dunkerque

A

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Art

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Co

Monts

de

Flandre

XXI°s Une géographie constituée de toute pièce par la poldérisation. L’eau marine ne pénètre plus dans le territoire, et l’eau douce est canalisée depuis les anciennes embouchures de l’Aa et de l’Yser jusqu’au delà des cordons dunaires, dans la mer.

50


Une artificialisation de la géographie du littoral qui a débuté par la poldérisation des anciens deltas de l’Aa et de l’Yser Avant le XXème siècle, les deltas de l’Aa et de l’Yser étaient encore sous leur forme naturelle, soit de vastes plaines maritimes submersibles à marée haute lors de forts coefficients. Le paysage de ces plaines correspondait à des prés salés. Au VIème siècle, une transgression maritime eut lieu et l’ensemble de ces deltas fut immergé. À partir du XXème siècle, les comtes de Flandre autorisèrent l’acquisition des terrains de la plaine maritime par les agriculteurs en échange de leur poldérisation. A la fin du Moyen-âge, l’ensemble des deltas était drainé, et aujourd’hui encore, ces terrains ont une vocation majoritairement agricole. Ce territoire garde une étroite relation avec l’eau, puisque le niveau des terrains est proche, voire inférieur au niveau de la mer, tandis que la planéité est le maître mot de ce territoire, qui s’étend de l’actuel trait de côte marqué par les cordons dunaires, jusqu’à l’ancien trait de côte marqué par le bas des coteaux des reliefs de l’Artois, de la vallée de l’Yser et des Monts de Flandre. Le drainage du polder flamand est donc une condition indispensable à la viabilité de son territoire, puisque la menace liée à l’eau vient de ses deux extrémités. En effet, les eaux de ruissellement acheminées par les cours d’eau et les reliefs se déversant sur le polder doivent être évacuées le plus rapidement possible vers la mer pour ne pas stagner au bas des coteaux et donc inonder le polder. D’autre part, les eaux marines menacent le polder lors de fortes tempêtes conjuguées avec des coefficients élevés, obligeant l’homme à renforcer les digues du trait de côte actuel ; en outre, le risque marin vient également de l’élévation du niveau de la mer en raison du réchauffement climatique.

A Mer du Nord

A’ Littoral flamand

Ancien delta de L’Aa poldérisé

Coteau de l’Artois

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UNE GÉOGRAPHIE LITTORALE MITÉE PAR LE DÉVELOPPEMENT URBAIN ET INDUSTRIEL

Dunkerque

-X° s

0

VI° s

XIII° s

XVI° s

XX° s

La polderisation et la canalisation entraînent une fixation des dunes, et diminutions du mélange entre terre et eau. L’arrêt de l’entrée de l’eau de mer dans le territoire réduit la fluctuation du trait de côte. Mer du Nord Vasières fréquemment submergées

10 km

N

Cordons dunaires Bassins maritimes portuaires Prés salés Polders agricoles Urbain et industriel

52


Une redéfinition des rapports entre terre et eau qui modifient profondément le paysage du littoral flamand

L’artificialisation du territoire du polder flamand a métamorphosé le paysage maritime de Flandre. Tout d’abord, le caractère maritime est rejeté au-delà des cordons dunaires, et voit ainsi réduite sa zone d’expressivité qui jadis s’étendait à l’ensemble de la surface des deltas. En effet, avec la poldérisation qui débute au XXème siècle, il faut rapidement envisager un système de drainage efficace et empêcher l’entrée de l’eau salée dans le territoire. Cette régulation est permise par la mise en place d’écluses à l’interface entre le polder et la mer. Ces écluses forment l’extrémité de ce qu’on appelle aujourd’hui «canaux exutoires des eaux de drainage», et elles constituent une artificialisation extrême de l’embouchure des eaux des rivières de l’Aa et de l’Yser. Elles succèdent aux anciennes embouchures des chenaux naturels qui drainaient les deltas à marée basse, et dont le cheminement vers la mer se traduisait par une discontinuité des cordons dunaires. Ces discontinuités étaient également le lieu de pénétration de la mer dans le territoire flamand, comme c’était le cas sur le site de Dunkerque. Peu à peu, la quantité de canaux de drainage augmente et se répartit équitablement l’ensemble du polder flamand, tout en entraînant une fixation de la limite entre terre et eau. Les caractéristiques liées à la présence d’eau salée deviennent rares dans le territoire, pour ne plus se cantonner qu’à l’arrière des cordons dunaire, où l’on trouve des eaux saumâtres, comme dans le Platier d’Oye. La stabilisation des berges des canaux de drainage et des traits de côtes a pour effet de stabiliser les terres, qui ne se meuvent plus librement au gré du vent et des marées. Les cordons dunaires se sont donc eux aussi stabilisés, et constituent le lieu de l’expression du paysage du littoral flamand avant de laisser place au polder agricole ; ce paysage du littoral flamand passe donc d’une vingtaine de kilomètres à son endroit le plus étendu du delta de l’Aa à aujourd’hui deux kilomètres pour le site des dunes du Perroquet au niveau de la frontière belge. Ce littoral était caractérisé par un espace d’échange à la fois plus large et plus diversifié, caractérisé par une diffusion et un mélange entre la terre, le sable et l’eau, et des flores variant selon les milieux physiques et leur exposition plus ou moins élevée au sel. L’extrême réduction des manifestations de ce paysage littoral est un mur imperméable et très géré, qui peut prendre la forme de digues, quais, perré, surmontés de fronts urbains ou d’activités industrielles. Ce regard sur l’origine de la géographie dont résulte le littoral flamand permet de saisir le degré d’artificialité de ce paysage. La fluctuation des éléments naturels se manifeste maintenant au niveau du trait de côte, au-delà des éléments rigides constitués par l’homme, et reformant spontanément les zones d’estran sableux là où des digues bétonnées ont redéfini le trait de côte. L’écologie des milieux salins se voit donc fortement réduite, notamment en ce qui concerne les vasières et prés-salés, mais également les dunes.

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UNE GÉOGRAPHIE LITTORALE MITÉE PAR LE DÉVELOPPEMENT URBAIN ET INDUSTRIEL

Banc du Shurken

Banc du Shurken

900 : Des conditions naturelles favorables à la création du port de pêche de Dunkerque.

XVII°s : Le début d’une action humaine sur le mouvement de l’eau et du sol.

Banc du Shurken traversé par les chenaux

XVIII°s : la prolongation des chenaux au travers du banc du Shurken provoque l’ensablement du «canal de la fosse de Mardyck».

1 km

N Banc du Shurken absorbé par le port

Dunkerque

Espaces industriels Espaces urbains Cordons dunaires Bancs de sable Mer du Nord Zones d’estran prés salés

XIX°s : La poldérisation des nouvelles zones d’estran permet l’extension du port industriel, à l’origine du port-est.

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Le littoral de Dunkerque a été complètement redéfini par l’urbanisation et l’industrialisation. Néanmoins, les dynamiques naturelles réinvestissent le large de ce nouveau front de mer.


À Dunkerque, les relations entre le centre-ville et la mer ont été redéfinies par le développement du port industriel Un regard sur l’histoire de Dunkerque nous permet de saisir l’étonnante évolution des rapports entre la ville et les caractères liés à la géographie du littoral flamand. L’origine de Dunkerque est liée à la morphologie du site à cette époque. Ainsi vers 800, un port de pêche se forme dans une crique naturelle, formée à l’arrière des cordons dunaires et en lien avec la mer par une discontinuité des cordons dunaires liée à l’embouchure de la Colme. Par ailleurs, l’accès au port était permis par la rade de Dunkerque, se faufilant entre les dunes et le banc de sable du Shurken ; ce dernier permettait aussi de protéger l’entrée du port de la houle lors des tempêtes. Rapidement, le hameau devient une ville, et après une exploitation passive des conditions naturelles qui étaient offertes à l’homme, on commence à reconfigurer la topographie des dunes, et les prés salés ainsi que la crique sont drainés. Des écluses permettent de réguler les échanges d’eau salée et douce entre la mer et l’intérieur du territoire, dont la poldérisation nécessite un rejet des eaux douces dans la mer à marée basse, tandis que la fermeture de ces mêmes écluses interdit la pénétration de l’eau de mer dans le territoire à marée haute. Au XVIIème siècle, cette exploitation active des ressources du territoire permet à l’ingénieur militaire Vauban de constituer une ville fortifiée munie d’une petite Citadelle. À partir du XVIIIème siècle, le littoral entre dans une vaste redéfinition spatiale, avec l’arasement des dunes et la poldérisation de l’estran ainsi que du banc du Shurken, maintenant annexé à l’estran de Dunkerque. Ceci préfigure l’extension du port sur la mer qui aura lieu à partir du XIXème siècle. Ainsi, après un siècle de croissance modérée de Dunkerque, l’évolution des techniques au XIXème siècle a permis un changement brutal dans les rapports entre terre et eau. Tandis que s’opère un éloignement progressif du trait de côte par rapport au centre-ville de Dunkerque, les rapports entre terre et mer deviennent de plus en plus maîtrisés et brutaux. On est effectivement passé de rapports souples et fusionnés entre sable et eau de mer à des rapports de force entre les éléments marins (eau, vent et sable) contre des digues en dur, les sols fixés par l’imperméabilité, et les zones d’estran sont remplacées par des murs soutenant les quais. La création des bassins portuaires généralise la forme spatiale des fronts d’eau canalisée. Désormais, seul le chenal constitue une entrée de l’eau de mer dans la ville, avec la fluctuation des marées. 55


UNE GÉOGRAPHIE LITTORALE MITÉE PAR LE DÉVELOPPEMENT URBAIN ET INDUSTRIEL

Le premier port de Dunkerque exploitait le site naturel d’une crique située en arrière des dunes.

La ville et le port fonctionnaient alors en symbiose avec les caractères du littoral flamand.

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La construction de la citadelle et la fortification de la ville entraînèrent une première forte modification de la topographie des dunes ainsi que le drainage de la crique et des salines.


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UNE GÉOGRAPHIE LITTORALE MITÉE PAR LE DÉVELOPPEMENT URBAIN ET INDUSTRIEL

Au XVIIIème siècle, la ville et le port ont retravaillé leur rapport à la mer avec la redéfinition du littoral par les fortifications et le chenal.

Au XIXème siècle, le développement du port se fait désormais par poldérisation des anciennes zones d’estran et du banc de sable du Shurken.

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Très tôt, les ouvrages portuaires telles les jetées servent au public pour assister au activités portuaires.


L’espace des môles et des bassins portuaires est maintenant protégé des tourments de la mer par un fil de terre rigide, mais peut-être pas à toute épreuve, qui s’étend du centre-ville jusqu’au port ouest. C’est la succession des sites de la Citadelle, du site des formes et des écluses, et de la digue du Braek. Ce long fil de terre a pour vocation de stabiliser le trait de côte de Dunkerque pour en protéger les activités portuaires, et cependant les dynamiques naturelles du littoral flamand ne cessent de modifier sa frange nord, située au contact des éléments marins. C’est ainsi que de nouvelles zones d’estran s’y constituent, et c’est en cela que le site des formes et écluses constitue une incroyable opportunité de redéfinition du littoral , à l’interface entre port et ville. L’ampleur actuelle de l’artificialisation du territoire flamand laisse à penser que les phénomènes spontanés liés à la géographie locale ne sont plus à même de constituer le paysage du nouveau front de mer industriel et urbain. Cependant, ces dynamiques sont permanentes, et si elles ne sont pas forcément perceptibles à l’échelle actuelle du port, leur force n’en est pas moins grande. Le développement de Dunkerque a beau s’abstraire de sa géographie, les caractères du littoral se réintroduisent spontanément dans le paysage, comme c’est le cas avec la reconstitution naturelle de l’estran au nord de la digue du Braek. L’homme s’est peu à peu ingénié à redéfinir les mouvements d’eau et de terrain, afin de viabiliser de nouveaux terrains et d’en garder la maîtrise, tout en protégeant la population. Cependant, aussi restreinte soit l’étendue de territoire accordée aux mouvements des eaux dans les canaux de drainage de l’ancien delta, leur débit et le danger qu’elles constituent n’en sont pas moins élevés. Sur les espaces littoraux, la force des éléments est telle que les phénomènes de régénération spontanée des caractères du paysage du littoral flamand sont inéluctables.

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UNE GÉOGRAPHIE LITTORALE MITÉE PAR LE DÉVELOPPEMENT URBAIN ET INDUSTRIEL

Plages

Dunes

Salines

Prés salés

60


Les caractères fondateurs du paysage du littoral flamand

Les quatre grands caractères de ce paysage sont : les plages, les dunes, les prés-salés et les salines. Ces quatre milieux se succèdent et assurent ainsi la transition naturelle être la mer et le polder flamand. La plage est constituée de sables humides et de sables secs, les sables secs n’étant jamais ou rarement immergés, tandis que les sables humides le sont à chaque marée : ils correspondent donc à la zone d’estran, dont le bas marque le niveau de basse marée lors de petits coefficients, tandis que le haut indique le niveau de haute marée lors de coefficient élevé. Les plages du littoral flamand constituent ainsi un vaste espace de liberté, constitué de sable formant un sol malléable et lissé à chaque marée. Les dunes sont un caractère important dans le paysage du littoral flamand, tout d’abord parce qu’elles y constituent le principal mouvement de terrain, dont l’altitude peut atteindre près de 25 m. Cela en fait un élément de repère dans l’espace très dégagé de la plage et du grand large, mais aussi depuis le polder dont la planéité tranche avec les rares verticales. Les dunes sont à considérer au pluriel dans le sens transversal au trait de côte, puisqu’on y trouve plusieurs types de dunes. En partant de la mer, le premier cordon dunaire est aussi le plus récent, ce qui explique son altitude plus élevée, puisqu’il a moins été érodé par le vent et les embruns que le suivant, qui se trouve à quelques 100 mètres en arrière. Ces différences morphologiques ainsi que l’espace en creux situé entre les deux cordons dunaires ont permis le développement de flores distinctes, en fonction de l’exposition au vent et au sel des versants de dunes, mais aussi parce que le creux entre les dunes est au contact des eaux saumâtres, et c’est justement le milieu abordé maintenant. Les salines sont un milieu très ouvert, immergé en permanence sous une fine couche d’eau salée dans laquelle se développe une flore particulière et adaptée : la salicorne. Les prés salés (ou schorre) sont un espace immergé seulement lors des grandes marées, et où se développe une strate herbacée plus élevée que dans les salines et qui ne support qu’une immersion exceptionnelle par l’eau salée. Ce milieu peut se situer sur la partie haute de l’estran lorsqu’il est de nature vaseuse et non sableuse comme c’est le cas pour les plages. Il peut également constituer les abords des salines. Du reste, le paysage de l’ancien delta de l’Aa était caractérisé par ce milieu. 61


UNE GÉOGRAPHIE LITTORALE MITÉE PAR LE DÉVELOPPEMENT URBAIN ET INDUSTRIEL

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A sa construction, la digue du Braek formait un trait de côte bétonné. Il s’est progressivement renaturé par l’apport progressif de sable qui permet à la flore dunaire de s’y développer.


Prémisses de renaturation des rapports entre terre et mer.

Le déplacement des activités portuaires vers l’ouest détermine une reconversion du port est, qui peut passer par un retour de caractéristiques spontanées de la géographie de son littoral. Dans cette optique, il est intéressant d’établir un constat des prémices de renaturation sur ces espaces. Dans un premier temps, on relèvera les éléments déjà présents. Dans un second temps, on envisagera des développements possibles de ces caractères au gré des dynamiques du littoral flamand. - Éléments déjà présents : * régénération de dunes sur la digue du Braek pourtant entièrement bétonnée, * régénération de plages au large des nouveaux traits de côte en dur formés au fil des extensions du port, grâce aux mouvements marins, * les terrains délaissés génèrent déjà un retour à la nature dans le port est : une nouvelle géographie s’installe par la flore spontanée, l’ensablement, l’envasement, et l’effondrement des quais désaffectés. - Développement possible de ces caractéristiques en fonction des dynamiques liées au littoral flamand : Pour envisager les possibilités de mutations des milieux présents dans l’espace portuaire, on a réalisé une hypothèse de renaturation du port-est, un scénario que l’on pourrait imaginer prendre forme dans le cas d’une amplification de la crise et d’un abandon de la gestion du port. Cette réflexion est un moyen de se questionner sur les types de milieux qui seraient à même de se développer selon la nature et la configuration des différents espaces du port. Qu’adviendrait-il si l’on stoppait le dragage du chenal, des bassins portuaires, si les écluses étaient ouvertes, si les quais s’effondraient massivement? Nous verrons cette recherche comme un moyen de réfléchir à la reconversion plus localisée d’anciens espaces portuaire, avec plus de pertinence à l’échelle du littoral flamand. En particulier, le site des formes et des écluses se trouve à la croisée des deux milieux différents que sont le chenal et les bassins, dont l’évolution dans le scénario d’abandon 63


UNE GÉOGRAPHIE LITTORALE MITÉE PAR LE DÉVELOPPEMENT URBAIN ET INDUSTRIEL

200 m

N

Mer du Nord Digue du Braek Avant Port Est

Chenal

Station balnéaire

Centre ville Gare

Scénario d’évolution du port est si la gestion est stoppée.

Espace maritime soumis au marées de la Mer du Nord Espaces d’estran sableux à marée basse Estran rocheux ou quais éboulés Rapports brutaux entre terre et mer : quais, endiguements, jetées Nouvel estran généré dans la vase

Pré salés générés au sommet des dépôts sédimentaires

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Développement hypothétique des dynamiques de renaturation du port en cas d’abandon de sa gestion. général donnerait lieu, selon nous, à deux caractères différents du paysage du littoral flamand. En effet, le chenal est à même de s’ensabler et le contact de l’eau salée induit un estran particulièrement minéral. Tandis que les bassins seraient sujets à l’envasement, et dans le cas où les écluses seraient bouchées, le milieu serait entre eau douce et saumâtre, reproduisant ainsi les conditions des salines pour les parties immergées, et des prés salés pour la partie émergée. La partie amont serait d’ailleurs le support d’une flore d’eau douce, surtout si quelque chose fait obstacle aux embruns salés venant de la mer, comme ce serait le cas avec le développement d’un nouveau front bâti sur le terre-plein du site des formes et écluses. Un autre objectif de ce scénario est de mettre en évidence les points stratégiques à prendre en compte dans l’élaboration d’un schéma directeur, pour qu’il soit applicable dans les différents scénarios d’avenir du port. On retiendra par exemple la nécessité de préserver une mise à distance entre l’estran et le front bâti qui pourrait se développer sur le site des écluses, afin de ménager la possibilité d’une épaisseur de la frange littorale, permettant l’expression des fluctuations des marées sur un estran étendu, mais pour permettre le développement d’une flore littorale, structure végétale qui serait porteuse d’une trame d’espaces publics, et permettant la constitution d’un écotone entre milieu marin et terrestre. Si cette gestion actuelle du port perdure, dans quelle mesure pourra-t-on mettre en place des dynamiques de renaturation en utilisant les phénomènes naturels inhérents au littoral (vent, mobilité du sable, eau, flore spontanée) ? Cela peut induire de réfléchir aux conditions de maîtrise de ces phénomènes spontanés, mais aussi à la façon dont ces phénomènes pourraient nous rendre service, à condition qu’ils soient mis en place judicieusement. Les avantages (services rendus) pourraient être d’ordre : - esthétique (développement d’une flore dans des lieux actuellement très minéralisés et imperméabilisés), - écologique (ménager un écotone entre milieux terrestre et marin) - technique, fonctionnel (conforter des ouvrages de sécurité par rapport aux risques, réduction du coût d’entretien de certains ouvrages) - spatial ( le rapport à l’eau dans l’espace urbain).

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UNE GÉOGRAPHIE LITTORALE MITÉE PAR LE DÉVELOPPEMENT URBAIN ET INDUSTRIEL

Ressources : 200 m

N

Mer du Nord Digue du Braek

Bassin maritime

Station balnéaire Bassins Freycinet

ort

xp

u Vie

Centre ville Gare

Espaces d’estran sableux à marée basse Estran rocheux ou quais éboulés permettant d’adoucir la pente et les rapports à l’eau Espaces disponibles support potentiel du développement d’une flore liée au littoral flamand

66

Rapports brutaux entre terre et mer Espace maritime soumis au marées de la Mer du Nord

Bassins maritimes à flots Partie étroite facilitant la mise en place d’un foyer de biodiversité en lien avec les deux eaux

- Une pénétration de la mer dans Dunkerque par le chenal, qui offre le potentiel d’un rapport à la mer plus développé au niveau du site des formes et écluses. - Des manifestations des caractères du littoral flamand qui peuvent se redévelopper par le biais de dynamiques spontanées : flore halophile et extension des zones d’estran. - Une sous utilisation du port-est qui peut permettre le développement d’un foyer de biodiversité entre l’eau salée de l’avant-port et l’eau douce des bassins, sur les parties étroites du site. - Des berges et quais effondrés pouvant donner lieu à une extension de la zone d’estran.


Synthèse des ressources et problèmes de la problématique littorale : Problèmes : 200 m

N

Mer du Nord Digue du Braek

Bassin maritime

Station balnéaire Bassins Freycinet

Centre ville Gare

Rapports brutaux entre terre et mer : quais, endiguements, jetées

Quais donnant sur les bassins portuaires au niveau d’eau stable

Espaces urbains séparés de la mer par les espaces industriels et portuaires

- Le littoral flamand est très urbanisé et industrialisé, laissant une faible part d’espaces naturels des dunes de Flandre. - L’espace urbain de la Communauté urbaine de Dunkerque est en grande partie enclavé par les industries qui le coupent du littoral et qui ont redéfini les relations entre ville et mer. - Les rapports à la mer de Dunkerque dépendent donc des espaces portuaires. - Un territoire flamand fortement artificialisé qui tend à perdre les repères du paysage flamand.

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UNE GÉOGRAPHIE LITTORALE MITÉE PAR LE DÉVELOPPEMENT URBAIN ET INDUSTRIEL

Solutions : 200 m

N

Mer du Nord Digue du Braek Avant Port Est

Station balnéaire

Chenal

Centre ville Gare

Renforcer les rapports au littoral flamand sur le site des formes et écluses en retravaillant les zones de contact entre terre et eaux Espace maritime soumis au marées de la Mer du Nord Bassins maritimes à flots Espaces d’estran sableux à marée basse Estran rocheux ou quais éboulés permettant d’adoucir la pente et les rapports à l’eau Rapports brutaux entre terre et mer : quais, endiguements, jetées Nouvel estran généré sur des dépôts sédimentaires non dragués Pré salés ou panne dunaire Espaces urbains séparés de la mer par les espaces industriels et portuaires

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Stratégie d’intervention en réponse à la problématique littorale

Solutions : Étendre les zones de contact entre terre et eau de mer du «site des formes et écluses» pour rétablir des liens entre le centre-ville et les caractères de la géographie du paysage du littoral flamand :

- Rétablir des liens de l’ordre de l’espace public entre les quartiers du centreville et l’espace des plages et de la mer. - Utiliser les dynamiques spontanées pour redévelopper les caractères du paysage du littoral flamand pour leur donner une place structurante sur le site des formes et écluses en vue d’y déployer un lien majeur entre Dunkerque et la mer. - Intervenir sur le site des formes et écluses pour permettre la mise en place d’un cadre végétal propice au développement d’un foyer de biodiversité au contact des deux milieux aquatiques différents entre lesquels il se trouve (bassins portuaires d’eau douce, chenal marin).

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70


3 Comment reconvertir les anciens espaces portuaires en situation de crise?

Dans cette troisième approche, nous étudierons les projets de reconversion urbaine menés sur les anciens espaces portuaires de Dunkerque afin de saisir leurs échecs ainsi que les dynamiques urbaines qui en sont nées. On cherchera en outre des modes de reconversion alternatifs pour s’adapter aux temporalités induites par le départ progressif d’industries et à la situation de crise démographique et économique.

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COMMENT RECONVERTIR LES ANCIENS ESPACES PORTUAIRES EN SITUATION DE CRISE?

Tour du Reuze

La création d’un centre d’affaires prévoyait le comblement du bassin de commerce, qui est pourtant le symbole du vieux port de Dunkerque. De ce projet, seule la Tour du Reuze a été construite.

A Malo-les-bains, c’est une évolution particulièrement brutale du front de mer qui était proposée comme retournement de la ville sur l’eau.

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Années 1970 : des projets utopiques écartés pour leurs démesure et décontextualisation Dans les années 1970, la ville de Dunkerque cherche à renouveler les activités économiques du centre-ville, tout d’abord pour anticiper le déplacement des activités portuaires vers l’ouest, et aussi en raison de l’ouverture à la province du marché de bureaux qui ne se limite plus à la région parisienne. Dunkerque projette ainsi d’ouvrir la ville sur l’eau par un projet de « centre d’affaires du nord-ouest européen » (1975), qui devait s’implanter sur l’actuel bassin de commerce, entre le centre-ville de la reconstruction et la citadelle. De ce projet, seuls la tour du Reuze et le bâtiment administratif de la Communauté urbaine ont été réalisés. L’autre projet de la ville concerne la création d’une « station port de mer Malobeach». Cela consistait à étendre la station balnéaire sur une vaste plate-forme construite au large de Malo-les-bains, reliée à la ville par une pénétrante. La plate-forme devait recevoir des immeubles hôteliers, une marina et constituer une interface portuaire avec un port de plaisance et un terminal pour les bateaux de passagers transmanche. Ces projets étaient hors d’échelle par rapport au contexte spatial de Dunkerque et surdimensionnés en terme d’infrastructures par rapport aux capacités économiques de la ville. C’est ce qui leur a valu de ne pas être réalisés. Ils correspondaient en fait à des projets clefs en main proposés par de grands groupes d’entreprises. Ces projets ne s’inscrivent pas dans le paysage local, et cette absence d’intégration aurait fortement risqué de heurter la sensibilité des Dunkerquois encore sous le traumatisme de la reconstruction.

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COMMENT RECONVERTIR LES ANCIENS ESPACES PORTUAIRES EN SITUATION DE CRISE?

Plan de la reconstruction

200 m

N

Chantiers navals

Plan de la ville à l’issue de la recontruction de la seconde guerre mondiale. Cela correspond à l’état de développement du centre-ville au début du projet Neptune, à la différence que le site des chantiers navals devenait disponible.

Projet Neptune

200 m

N

Le projet Neptune ne s’est pas réalisé selon l’ampleur du schéma directeur initial. C’est surtout sur la citadelle ainsi que sur le quartier du grand large que le projet s’est concrétisé. Concernant les môles et le site des formes et écluses, les dynamiques ne sont qu’amorcées.

74


Le projet Neptune, départ d’un laboratoire urbain autour des bassins portuaires La fermeture des chantiers navals en 1987 rend soudainement disponibles de vastes terrains à proximité du centre-ville, et permet une alternative aux projets sur l’eau imaginés précédemment. La ville met en place une nouvelle démarche de projet. Tout d’abord, un syndicat mixte est constitué, afin d’associer la ville, la communauté urbaine et le port autonome dans la maîtrise d’ouvrage. Ensuite, l’agence d’urbanisme est associée à la réflexion, en fournissant des principes qui serviront de cahier des charges pour le schéma directeur de Richard Rogers Partnership, retenu au concours d’idées de 1988. Ces grands principes visaient à : retourner le centre-ville vers les bassins, intégrer les docks au centre-ville, assurer des liaisons entre les différentes parties de la ville (ponts entre le centre-ville et la citadelle et l’actuel quartier du Grand Large, créer une liaison avec la station balnéaire par le môle 2 de façon à désengorger les abords du bassin de commerce, aménager les bassins sous forme de «parc urbain organisé autour de l’eau», privilégier des axes majeurs enchaînant des équipements d’agglomération, des espaces publics majeurs et des commerces. Enfin il a été adopté un consensus posant que l’architecte n’a pas pour rôle d’imposer un grand geste figé, mais au contraire de permettre une adaptation aux évolutions de programme. La reconversion a été entamée en priorité sur la Citadelle en raison de sa situation stratégique à proximité du centre-ville et entre la gare et la station balnéaire ; mais aussi parce qu’il fallait attendre que l’exploitation des industries présentes sur l’actuel quartier du Grand large soit totalement désaffectée. Ainsi, il y eut un travail sur les espaces publics allant du centre-ville au terre-plein de la Citadelle de façon à créer une continuité entre les deux quartiers. Ces nouveaux liens urbains ont été concrétisés par le prolongement des grands axes venant du centre-ville et évoqués précédemment, articulant des grands espaces publics préexistants avec les nouveaux équipements culturels et commerciaux situés autour des bassins. Comme ce site était isolé du centre-ville, il fallait donc créer des liaisons au moyen de nouveaux ponts : le pont de la Citadelle reliant l’hôtel de la Communauté urbaine à la Citadelle, le pont de l’université reliant cette dernière au môle du pertuis amont menant à la gare, et le pont de la bataille de Texel menant au futur quartier du Grand large. Enfin, il y eut une reconversion du Minck, qui intégrait un siècle plus tôt deux écluses permettant de créer le 75


COMMENT RECONVERTIR LES ANCIENS ESPACES PORTUAIRES EN SITUATION DE CRISE?

Le projet Neptune vise à développer des espaces à vocations de loisirs et de détente autour des bassins portuaires, de façon à tourner la ville sur les bassins portuaires.

Le projet Neptune installe des bâtis en front d’eau. Le rapport à l’eau demeure frontal, à l’image des quais portuaires.

La verticale formée par les quais limite l’expression des variations liées aux marées dans le chenal.

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bassin de commerce, écluses aujourd’hui bouchées, l’accès des bateaux de plaisance se faisant désormais par la darse 1. En outre, les quais et bassins sont destinés aux activités de loisirs et de détentes, et invitent à la promenade avec des aménagements de quais rabaissés pour accentuer la proximité de l’eau et structurés par des continuités végétales. La programmation a également été pensée pour créer de nouvelles synergies entre centre-ville et citadelle. Un axe fort a été créé entre le centre-ville et le môle du pertuis amont, articulant la place Jean Bart avec un nouveau pôle commercial (dénommé centre marine), un pôle de restauration, cinémas et de salles de sport (dénommé pôle marine), et le môle du pertuis amont qui accueille une partie des programmes universitaires qui se répartissent également sur le terre-plein de la Citadelle : maison de la recherche sur l’environnement industriel, bibliothèque, restaurant universitaire, bureaux pour l’administration, les résidences étudiantes et bâtiment principal de l’Université sur la Citadelle. En 1995, une gare maritime avait pris place sur le quai Freycinet 1 sur la citadelle, cependant la darse 1 s’est révélée être inadaptée à l’évolution du gabarit des bateaux transmanche, ce qui valut à la gare maritime d’être délocalisée au port ouest. Enfin, la reconversion du Minck fut l’occasion d’y implanter de nouvelles halles de vente de poisson. En outre, la citadelle comporte plusieurs activités tertiaires, dont le Grand Port Maritime de Dunkerque (GPMD) et la Chambre de Commerce et d’Industries (CCI). Le projet Neptune a permis de lancer de nouvelles dynamiques culturelles tout en formant une accroche des espaces publics du centre-ville avec la Citadelle et la station balnéaire Malo-les-bains. Cependant, la concrétisation du schéma directeur souffre d’une crise économique et démographique, et l’intention de créer un campus universitaire sur la Citadelle n’a été que partiellement atteinte. En 2006 débute la reconversion du site des chantiers navals, situé entre le chenal et le canal exutoire des eaux de drainage de l’arrière-pays. Dans le projet Neptune, la programmation prévue pour ce site prévoyait des activités de pêche et liées à la culturelle. Mais comme l’industrie de la pêche a subi une crise entre temps, la programmation a été ré orientée vers des activités sportives avec la création d’une nouvelle halle de sport et la culture avec la création du Fond Régional d’Art Contemporain (FRAC) du Nord-Pas-de-Calais. 77


COMMENT RECONVERTIR LES ANCIENS ESPACES PORTUAIRES EN SITUATION DE CRISE?

L’étendue du site des anciens chantiers navals a conduit à travailler une intériorité par des espaces publics majeurs établissant des relations entre le nouveau quartier et le musée LAAC pré existant. Cependant, on regrettera que ce nouvel espace n’ait pas un rôle plus structurant dans la ville, et que les rapports à la mer n’aient pas été déclinés.

50 m

N Le quartier du Grand Large comporte encore de nombreux lots à construire (en vert), qui capteront les potentiels à court terme.

78


Ce vaste terre-plein de 200 ha n’est pas entrecoupé de bassins portuaires, et sa relation à la mer se fait directement par le chenal. Au nord, la relation au canal exutoire est limitée par la présence d’un merlon issu des anciennes fortifications. Les rapports à l’eau sur ce site sont donc limités en comparaison du reste du port-est, et les témoignages du passé industriel sont encore plus restreints : seuls subsistent le fronton de l’atelier d’ajustage des chantiers navals qui sert de façade à l’actuelle salle de sport (gymnase du Grand Large) et l’»Atelier de préfabrication N°2» qui forme aujourd’hui une partie du FRAC, tandis que l’ancienne hanse des chantiers navals et ses deux anciennes cales de lancement accueillent maintenant un port de plaisance. Aujourd’hui, 60% des programmes bâtis d’habitations et d’activités tertiaires ont été réalisés, et la clôture cette ZAC du Grand Large (Zone d’Aménagement Concerté) a été repoussée à 2020 en raison d’une baisse de la pression foncière depuis la crise de 2008. Les projets de reconversion d’anciens espaces portuaires à Dunkerque ne se sont donc encore peu intéressés au rapport avec la mer, puisque le projet Neptune travailler le rapport de la ville aux bassins, et le schéma directeur pour l’ancien chantier naval définit une nouvelle intériorité sur ce site, par un jardin commun aux habitations individuelles et cherchant à relier le Grand Large avec le parc du musée LAAC. Cependant, la présence du chenal au contact de ces quartiers en cours de développement appelle selon moi une réflexion quant aux rapports entre la ville et la mer, par les composantes du littoral flamand, qui permettraient de donner lieu à des manifestations plus expressives de l’eau, d’une flore adaptée aux milieux marins, et ce jusqu’aux confins de la ville par le biais du chenal. En outre, la difficulté majeure relève du fait que la mise en place ces projets de reconversion repose sur la construction de quartiers entiers, ce qui suppose une demande démographique et en investisseurs tertiaires suffisants. Si l’on compte d’emblée sur ce potentiel-là pour engager un processus de reconversion, celuici risque de se limiter à des surfaces restreintes des anciens espaces portuaires, et un cercle vicieux se met en place dans la mesure où l’amélioration du cadre de vie à Dunkerque dépend de la reconversion qui aura été menée, elle-même étant stimulée par le renouvellement des espaces urbains.

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COMMENT RECONVERTIR LES ANCIENS ESPACES PORTUAIRES EN SITUATION DE CRISE?

200 m

N

Mer du Nord

Digue du Braek

Station balnéaire Bassins Freycinet

ort

xp

u Vie

Centre ville Gare

Étendre les fronts urbains les équipements culturels pour établir un lien urbain entre le centre ville et la mer. Fronts urbains de la ville de la reconstruction Fronts urbains issus du projet Neptune Fronts urbain pouvant être développé au contact des bassins d’eau canalisée Fronts urbains à mettre en retrait afin de permettre de retravailler l’interface avec les marées Équipements sportifs existants Équipements culturels existants

80

Distance à préserver entre le front bâti et la mer afin de ménager une épaisseur minimale nécessaire à la qualité spatiale du milieu littoral à renaturer.


Comment faire de la reconversion aujourd’hui à Dunkerque?

Problèmes liés à la reconversion des anciens portuaires : La Communauté urbaine a acquis les terrains du môle 1 et de la moitié du môle 2, ainsi que le site des formes et écluses de la Citadelle jusqu’à l’écluse Watier. Cependant, on réalise qu’il est nécessaire de mettre en place une démarche alternative, et on n’y envisage pas de projet urbain tant que le quartier du Grand Large concentre les investissements immobiliers, soit pendant encore cinq à dix ans. En attendant, comment intégrer ces espaces du centre-ville ? Notamment en exploitant le temps de l’attente comme un moyen d’améliorer le cadre spatiale du futur tissu urbain. Par ailleurs, la reconversion des môles nécessite de se questionner sur celle de la chaussée des darses et du site des formes et écluses qui sont les liens entre les môles et centre-ville. Ces sites n’ont actuellement aucune qualité urbaine, et peinent à être reconquis par le développement urbain. On constate ainsi que le site des formes et écluses occupe une place stratégique puisqu’il est à la croisée des môles (par le môle 2 en particulier), du quartier du grand Large et donc de la station balnéaire Maloles-bains, et du centre-ville par l’intermédiaire de la Citadelle. De plus ce site peut mettre en liens ces quartiers avec la digue du Braek, lieu emblématique du paysage industriel Dunkerquois et très fréquenté par les habitants (pêche, baignade, sports nautiques ou en lien avec le vent) et touristes. Une action à l’échelle du site des formes et écluses permettra donc de redonner une cohérence entre les sites sur lesquels la Communauté urbaine souhaite à terme développer la ville, tout en les connectant avec les symboles du paysage local. Atouts liés à la reconversion des anciens espaces portuaires : Les dynamiques urbaines mises en place par le projet Neptune sont des moyens potentiels pour développer une urbanité sur le site des formes et écluses. Tout d’abord, ces projets ont renforcé les liens entre la Citadelle et le centre-ville, ainsi qu’entre le Grand Large et Malo-les-bains. Le site des formes et écluses devient un maillon fort entre la Citadelle et le Grand large et peut contribuer à établir des continuités urbaines entre ces deux sites, et à les mettre en lien avec le paysage portuaire et littoral. Les nouveaux équipements culturels et sportifs mis en place sont un autre potentiel pour la reconversion du site des formes et écluses, parce que ces nouvelles activités peuvent y être prolongées : les pratiques sportives peuvent être développées par le biais de nouveaux équipements, éventuellement à ciel ouvert ; dans ce cas, la flore associée à l’équipement sportif pourra contribuer à la qualité spatiale du site des formes et écluses, que l’on cherche justement à rendre propice au 81


COMMENT RECONVERTIR LES ANCIENS ESPACES PORTUAIRES EN SITUATION DE CRISE?

Le long du chenal, les berges éboulées sous l’effet du clapot de la mer, étendant ainsi la zone d’estran.

La séquence nord-ouest du «site des formes et écluses» est plus exposée aux vents marins, ce qui n’empêche pas la régénération d’une flore dunaire stabilisant le sable apporté par le vent.

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développement de la végétation. Les pratiques culturelles peuvent être étendues par des manifestations événementielles pouvant contribuer à définir de nouveaux usages du site des formes et écluses et à en donner de nouvelles appréhensions. Mais il peut également s’agir d’équipements culturels pérennes, qui contribueraient à renforcer une spécificité de ce quartier, telle l’île des musées à Berlin où l’on peut passer une journée en passant d’un musée à l’autre. Enfin, le patrimoine portuaire est un potentiel de taille sur le site des formes et écluses, et contribue à la définition des nouveaux espaces reconvertis, et participer à l’élaboration d’un musée instantané.

Amorcer la reconversion par le préverdissement Comment amorcer la reconversion du site des formes et écluses avant le développement des volumes bâtis destinés à de futures habitations et activités tertiaires? Le paysage de ce site recèle plusieurs forts potentiels. Tout d’abord la présence de l’eau, selon différentes natures de milieux (eau douce à saumâtre, eau salée) et manifestations (bassins, marées). Les rapports à l’eau et aux fluctuations des marées représentent donc un élément important dans la spatialité du site des formes et écluses, parce que cela en fait l’interface entre deux milieux différents, et aussi en raison de l’étroitesse de ce site linéaire lui confère un contact ténu avec la force des éléments marins et éoliens. La redéfinition de la face-est de ce site (en contact avec la mer) est un moyen de donner de l’épaisseur à sa frange littorale, qui pourrait ainsi devenir un élément structurant du paysage du futur quartier des formes et écluses, tout en contribuant à renaturer un maillon bétonné du littoral flamand. Cette «épaisseur» concerne la richesse écologique de l’écotone entre terre et mer, qui suppose une extension de la zone d’estran ; on considère aussi cette épaisseur en terme de distance entre le front bâti et la zone d’estran, afin de donner plus d’amplitude à cette dernière et pour atténuer la stabilité des formes sur la frange littorale, dont la particularité de base est d’être modelée par les éléments spontanés que sont le vent, et la variation des marées. Ce désir d’enrichir l’interface littorale entre la mer et le port se fait par l’intermédiaire de la ville : il s’agit bien là d’un espace urbain, puisque l’on ne cherche pas à constituer une réserve naturelle, mais à favoriser des pratiques (existantes) de l’espace allant de la ville vers la mer. Ce travail passe donc par un travail du sol et de la végétation par préverdissement, ce qui permet d’exploiter le temps de l’attente au profit de la qualité spatiale. 83


COMMENT RECONVERTIR LES ANCIENS ESPACES PORTUAIRES EN SITUATION DE CRISE?

200 m

N Constitution progressive d’un système de parcs, dont la structure végétale devient adulte avant que le bâti ne se mette en place. Desvignes pour Lyon Confluence.

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Par ailleurs, le préverdissement est un moyen de créer progressivement un ensemble de parcs structurant à terme pour le site des formes et écluses. C’est un moyen de s’adapter aux temporalités selon lesquelles des activités industrielles actuelles quittent le site tandis que les premiers éléments construits s’installent dans la composition globale. Ce principe a été mis en place à Lyon sur le site de la confluence entre le Rhône et la Saône, permettant ainsi le développement de la structure végétale des parcs qui à terme se retrouvent mis en réseau par l’espace public. Lors de la construction des bâtis, la strate végétale a une présence plus importante que lors de sa plantation, et le fait d’avoir réalisé en priorité les espaces publics longeant la Saône permet d’emblée l’usage de ces espaces, en préalable de la construction du quartier (projet du paysagiste Desvignes). Le projet de Mazas au Havre constitue un bon exemple de développement de la composante végétale sur un milieu qui lui semblait hostile, puisqu’il s’agit d’anciens quais portuaires. Ces anciens quais végétalisés permettant maintenant de constituer un ensemble d’espaces publics mettant en lien le centre-ville avec les nouveaux quartiers construits sur d’anciennes friches portuaires.

Création d’un parc portuaire au Havre, Mazas paysagiste. Les anciens espaces portuaires laissent une grande place au végétal tout en permettant des usages de loisirs sur le linéaire d’anciens quais minéraux. Cette requalification a pour objectif plus large de mettre en lien le centre-ville avec l’ancien quartier portuaire et jusqu’au contact des espaces portuaires en activité.

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COMMENT RECONVERTIR LES ANCIENS ESPACES PORTUAIRES EN SITUATION DE CRISE?

Appropriation des anciens espaces portuaires par le collectif d’artistes Fructose à Dunkerque

Camping alternatifs sur une friche portuaire à Marseille pour la capitale européenne de la culture

Installations permanentes de spectacles en plein air, mettant en valeur le cadre et en particulier les rapports à l’eau

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Créer des polarités culturelles pour dynamiser le parc littoral du site des formes et écluses L’autre potentiel local concerne la culture (équipements culturels et sportifs, patrimoine portuaire, musée). Tout d’abord, les dynamiques culturelles lancées par le projet Neptune stimulent l’attractivité de ces anciens sites portuaires, puisque cela permet de les faire connaître et en particulier sous une nouvelle approche (Frac, université, musée portuaire, LAAC, nouveaux cinémas, salle de sport avec mur d’escalade). C’est notamment le cas des manifestations événementielles qui ont lieu plusieurs fois dans l’année à Dunkerque, et dont le déroulement nécessite des emprises d’une ampleur parfois indisponible dans le centre-ville actuel : Cirque, fête de l’huître, carnaval). L’événementiel est un moyen d’engager de nouvelles pratiques sur un quartier en reconversion, avant d’y installer des équipements pérennes ; à ce titre, la ville envisage de créer une nouvelle patinoire ainsi qu’une boîte de nuit à proximité du centre-ville, mais sans y apporter de nuisances. Le site des formes pourrait justement permettre de telles nouvelles implantations, et ces nouvelles activités permettraient d’ancrer le site dans les usages locaux tout en en articulant le nouveau réseau d’espaces publics en lien avec les quartiers en cours de développement. Par ailleurs, le collectif d’artistes dénommé Fructôse investit les espaces et les bâtiments du môle 1 depuis leur désaffection portuaire. Leurs manifestations ont permis de signifier la valeur de ces espaces dont fait partie la halle aux sucres du XIXème siècle, un rare témoignage industriel du port d’avant-guerre. Ainsi, cette bâtisse a fait l’objet d’une réappropriation par la Communauté urbaine qui a décidé d’y implanter un centre culturel et d’urbanisme de la ville de Dunkerque, dénommé «Learning Center». Ce mode d’investissement temporaire pourrait être étendu à d’autres sites portuaires de Dunkerque, comme ce fût le cas à Marseille en 2013 ; en l’occasion de la capitale européenne de la culture, un camping alternatif a pris forme par le biais d’une association, permettant d’habiter une friche portuaire située entre des calanques et la ville, où avaient lieu quotidiennement spectacles et concerts au bord de l’eau. À Bregenz (Autriche) c’est une installation pérenne qui permet chaque année le déroulement d’opéras et spectacles à l’interface entre terre et eau, exploitant le cadre exceptionnel du lac de Constance comme le prolongement de la scène. Les relations avec l’espace sont on ne peut plus ténues, en particulier concernant la météo. L’intérêt de cet exemple est de permettre les interactions avec les composantes du paysage dans lequel on se trouve, plutôt que d’enfermer les spectateurs dans un bâtiment qui ne dialogue pas avec le site dans lequel il s’implante. Les anciens espaces portuaires de Dunkerque, au contraire, gagneraient à être mis en scène, et d’ailleurs l’échelle de ses espaces se prête au spectaculaire. 87


COMMENT RECONVERTIR LES ANCIENS ESPACES PORTUAIRES EN SITUATION DE CRISE?

Ressources : 200 m

N

Equipements existants issus du projet Neptune

Quais donnant sur les bassin, potentiel pour le développement de la plaisance

Espaces disponibles à court ou moyen terme pour le préverdissement

Espaces disponibles minéralisés, support pour des activités événementielles

- Des dynamiques culturelles et sportives qui ont permis de nourrir de nouvelles pratiques et vocations sur les anciens sites portuaires de la Citadelle et du Grand Large. - Des espaces en attente qui sont un potentiel support pour le développement d’une flore contribuant à mettre en place un cadre attractif et stimulant la reconversion à long terme. - Des espaces minéralisées, supports potentiels de manifestations culturelles événementielles. - Des quais donnant sur les bassins portuaires, propices au développement de la plaisance. 88


Synthèse des ressources et problèmes de la problématique de la reconversion : Problèmes : 200 m

N 3 km

2 km

1 km

Lots à construire au quartier du Grand Large

Liaisons physiques à créer, passerelles ou ponts.

Constructions du projet Neptune en front d’eau

Ecluses générant une insularité lors du passage des bateaux

- Une reconversion urbaine qui souffre d’une crise démographique et économique, qui rend difficile la construction de quartiers bâtis. - Opportunités de développements construits à court terme captées par le Grand Large. - Les reconversions des 20 dernières années privilégient un rapport franc, autour des bassins portuaires et du chenal. - Éloignement des commerces de proximité delà de l’écluse Trystram. - Manque de liaisons physiques entre les différents terre-pleins portuaires. 89


COMMENT RECONVERTIR LES ANCIENS ESPACES PORTUAIRES EN SITUATION DE CRISE?

Solutions : Mettre en lien le centre-ville et la mer, par un nouvel ensemble urbain fort, structuré par une trame paysagère issue du préverdissement et articulée par des équipements culturels ou sportifs. 200 m

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Mer du Nord Digue du Braek

Bassin maritime

Station balnéaire Bassins Freycinet

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Centre ville Gare

Constituer un ensemble urbain fort mettant en lien le centre ville et la mer

- Structurer les espaces publics du site des formes et écluses par un rapport majeur entre la ville et la mer, qui anticipe la trame à long terme des développements à long terme par les caractères du littoral flamand. - Ponctuer ce nouveau parc littoral par plusieurs équipements culturels et sportifs, s’articulant directement avec les quartiers du centre-ville (centre de la reconstruction, Grand Large, station balnéaire) et les hauts lieux (digue du Braek, canal exutoire, promenade de la digue de Malo, jetées de St-Pol et de Malo). - Anticiper le développement d’une composition bâtie structurée par le parc littoral, et ménageant à ce dernier un large recul de son front bâti du côté de la mer. 90


Stratégie d’intervention en réponse à la problématique de la reconversion Schéma du site des formes et écluses à long terme, intégrant une composition bâtie. 200 m

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Mer du Nord Digue du Braek

Bassin maritime

Station balnéaire Bassins Freycinet

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Centre ville Gare

Exploiter les espaces disponibles pour constituer le préverdissement des extensions construites futures, pour constituer un cadre attractif comportant des équipements sportifs et culturels aux croisements majeurs de la structure urbaine.

Pré verdissement des espaces disponibles à court et moyen terme

Percées visuelles à conserver vers l’exutoire des canaux de drainage de l’arière pays, et vers la sidérurgie

Développements contruits possibles

Nouveaux équipements culturels

Nouvelle trame mettant en lien le centreville avec les facettes maritimes et portuaires, par le site des formes et écluses

Equipements existants

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4 Reconquérir un morceau du littoral flamand au profit de l’urbanité Dunkerquoise. Cette dernière partie constitue le croisement des trois approches thématiques précédemment menées. On aboutira à une stratégie de projet de paysage pour redonner une facette littorale au centre-ville de Dunkerque.

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Une démarche de projet issue du croisement des trois approches du port, du littoral flamand et de la reconversion.

Grands objectifs issus du croisement des 3 parties : - Trouver un moyen spatial de gérer l’attente : concernant le départ progressif d’industries, et l’arrivée à long terme de nouveaux habitants et activités tertiaires. Imaginer une solution adaptable à l’incertitude du développement du centre-ville de Dunkerque. - Valoriser l’histoire portuaire par le réinvestissement des bâtis et des ouvrages portuaires qui permettrait des rapports remarquables de l’espace public avec la mer. - Anticiper les développements du centre-ville à long terme (activités tertiaires et habitations). - Rétablir des liens de l’ordre de l’espace public entre les quartiers du centre-ville et l’espace des plages et de la mer. - Développer un foyer de biodiversité au contact des deux milieux aquatiques différents entre lesquels se trouve le site (bassins portuaires d’eau douce, chenal marin). - Permettre le développement des activités nautiques et de plaisance.

Moyens (outils, stratégie) - Opter pour une démarche de reconversion à l’échelle du site des formes et écluses. - Utiliser les dynamiques de régénération spontanée des caractères du littoral flamand (flore, mouvement du sable, envasement, éboulement de quais abandonnés) pour leur donner une place structurante sur le site des formes et écluses en vue d’y déployer un lien majeur entre Dunkerque et la mer. - Exploiter le patrimoine portuaire pour accroître l’attractivité et la fréquentation du site des formes et écluses. - Mettre en place une structuration spatiale sur le site des formes et écluses qui soit à même d’intégrer une composition construite à long terme, et orienter la structuration des espaces publics du site des formes et écluses de façon à générer un rapport majeur entre la ville et la mer et permettant d’articuler les hauts lieux du paysage portuaire de Dunkerque avec le centre-ville. Ménager un recul des fronts bâtis par rapport à la mer. - Ponctuer le nouveau parc littoral du site des formes et écluses par plusieurs équipements culturels et sportifs, s’articulant directement avec les quartiers du centre-ville (centre de la reconstruction, Grand Large, station balnéaire) et les hauts lieux (digue du Braek, canal exutoire, promenade de la digue (Malo), jetées de St-Pol et de Malo). 94


Solutions : Reconvertir un morceau du littoral flamand au profit de l’urbanité Dunkerquoise.

200 m

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Mer du Nord Digue du Braek

Bassin maritime

Station balnéaire Bassins Freycinet

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Centre ville Gare

Solutions : Reconversion d’un maillon du littoral flamand en un ensemble culturel et d’espaces ouverts affirmant les relations avec la mer par le développement de l’estran.

Espaces d’estran sableux à marée basse Estran rocheux ou quais éboulés permettant d’adoucir la pente et les rapports à l’eau Nouvel estran généré sur des dépôts sédimentaires non dragués Pré salés ou panne dunaire Nouveaux équipements culturels Pré verdissement sur les terrains disponibles à court et moyen terme Quais exploitables pour la plaisance Nouvelle trame mettant en lien le centre-ville avec les facettes maritimes et portuaires

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scénarios : Différents modes de développement des constructions dans la trame urbaine préétablie - Scénario 1 : Développer les constructions depuis la Citadelle (accroche avec le centre-ville), et s’étend progressivement vers la digue du Braek.

Mer du Nord Digue du Braek

Bassin maritime

Station balnéaire Bassins Freycinet

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Centre ville Gare

Scénario 1 : le construit se développe en partant de l’accroche urbaine de la Citadelle Espaces d’estran sableux à marée basse Estran rocheux ou quais éboulés permettant d’adoucir la pente et les rapports à l’eau Nouvel estran généré sur des dépôts sédimentaires non dragués Pré salés ou panne dunaire Nouveaux équipements culturels Pré verdissement sur les terrains disponibles à court et moyen terme Développements construits possibles Quais exploitables pour la plaisance Nouvelle trame mettant en lien le centre-ville avec les facettes maritimes et portuaires

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Mer du Nord Digue du Braek

Bassin maritime

Station balnéaire Bassins Freycinet

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Centre ville Gare

- Scénario 2 : Développer les constructions en accompagnement des équipements préalablement installés aux croisements, ces derniers étant générés grâce de nouveaux accès au «site des formes et écluses» (ponts). Les constructions se diffuseraient donc progressivement d’un point à l’autre, pour se rejoindre à terme.

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Bibliographie Agence d’urbanisme et de développement de la région Flandre-Dunkerque, La Flandre dunkerquoise: des clefs pour comprendre le territoire. Dunkerque, AGUR : FVDB, 2001. Agence d’urbanisme et de développement de la région Flandre-Dunkerque du Développement et de l’Aménagement durables, Nord-Picardie Centre d’Etudes Techniques de l’Equipement, Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme du littoral nord: Dunkerque 2000, vol. 1/2. Dunkerque, A.G.U.R., [s. d.]. Association des archives d’architecture du Nord et Société de développement du Dunkerquois, Dunkerque en projet: Neptune. France, Archives d’architecture du Nord, 1999. Busquets Joan et Desvigne Michel, Projet de réaménagement du centre-ville de Dunkerque. Barcelona, Imprenta Tormiq, 2012. Chatain Annaïg, Maufroy William et Nord-Pas-de-Calais. Service de l’Inventaire général du patrimoine culturel, Dunkerque, l’armateur et l’architecte: la reconquête des espaces portuaires, 1 vol. Lille, France, Région Nord Pas-deCalais, 2013 (Images du patrimoine) Defebvre Christian, Les Flandres en cartes. De la Préhistoire au Comté de Flandre. La Gorgue, Citoyenneté en actes, Presse flamande, 2010. Devin Pierre, Faure Frédéric et Musée des beaux-arts, Dunkerque: un port, des villes, un littoral, un siècle d’aventure urbaine. Paris, Norma éd, 2000. Doutriaux Emmanuel, Vermandel Frank, Le Nord de la France, laboratoire de la ville: trois reconstructions, Amiens, Dunkerque, Maubeuge. Lille, France, L’Espace Croisé, 1997.

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Echakhch Latifa, à chaque stencil une révolution, FRAC Nord-Pas-de-Calais, Dunkerque, 2007 Europan, Résultats Europan 10: inventer l’urbanité. Paris-La-Défense, France, Europan Europe, 2010. Ganser Karl et Maier-Jantzen Henning, Unter freiem Himmel: Emscher Landschaftspark. Basel, Suisse, Birkhäuser, 2010. Gérard Vincent, Rehm Jean-Pierre et Lieu d’art et action contemporaine, William Eggleston, spirit of Dunkerque. Dunkerque, France, Lieu d’art et action contemporaine, 2006. Masboungi Ariella et Barbet-Massin Olivia, Le paysage en préalable: Michel Desvigne, Grand Prix de l’urbanisme 2011. Marseille, France, Éd. Parenthèses, 2011. Nouveau Philippe, Dunkerque, l’aventure urbaine. La Tour d’Aigues, Éd. de l’Aube, 2006 (Bibliothèque des régions). Prelorenzo Claude, Vivre et habiter la ville portuaire. Paris, France, Plan construction architecture,, 1994. Touchard Frédéric, La Digue. Zarafa Films, France 3 Nord-Pas-de-Calais-Picardie, CRRAV Nord-Pas-De-Calais, 2006 « Dunkirk Masterplan », 23 février 2005, <http://www.richardrogers.co.uk/ work/all_projects/dunkirk_masterplan>, consulté le 23 février 2014.

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Remerciements

Je remercie toute personne m’ayant apporté aide ou soutien pour mener à ce diplôme, en particulier mes amis proches sans lesquels je n’aurais pas franchi les années menant au diplôme de paysagiste, et ma famille.

Je remercie également mes encadrants pour leur pédagogie et leur soutien, ainsi que les interlocuteurs qui m’ont apporté connaissances et critiques au cours de cette réflexion.

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Depuis une vingtaine d’années, la reconversion urbaine d’anciens espaces portuaires est un sujet auquel sont confrontées bon nombre de grandes villes portuaires d’Europe. Je me suis intéressé au contexte de Dunkerque, où le contraste est saisissant entre l’héritage spatial issu de la période de croissance industrielle et le développement urbain actuel. Par ailleurs, de territoire de Dunkerque souffre d’une mauvaise image liée à la crise de la désindustrialisation du port de Dunkerque, image commune aux villes du bassin minier dans le NordPas-de-Calais. Cela se traduit par une balance démographique déficitaire et un manque d’attractivité pour les activités tertiaires. Les enjeux majeurs sont ainsi : - d’améliorer l’image de la ville et du port de Dunkerque, de stimuler l’attractivité urbaine et économique du centre-ville de Dunkerque afin de lui donner l’ampleur d’un centre d’agglomération à l’échelle de la Communauté urbaine de Dunkerque (plus de 200 000 habitants). - De plus, cette désindustrialisation est à l’origine d’un vaste patrimoine portuaire sous-exploité ou en désuétude, situé à proximité du centreville de Dunkerque, et qui pourrait être valorisé. - En outre, ces anciens espaces portuaires au contact de la mer représentent selon moi un potentiel pour prendre en charge la pression touristique et urbaine qui s’exerce sur le littoral flamand. Ils doivent donc faire l’objet d’une réflexion prioritaire, parce qu’ils constituent un potentiel foncier, spatial et culturel qui permet de répondre à des enjeux de développement d’attractivité urbaine, de développement urbain en situation littorale, de renaturation du littoral, et de développement urbain sur des espaces qui ont déjà perdu leur valeur agraire ou dunaire. Par un projet de paysage, j’amorce à court terme les pratiques urbaines sur le site des formes et écluses, en créant un parc littoral s’articulant sur des équipements sportifs et culturels et anticipant une composition bâtie (à long terme) en accord avec la structuration majeure préétablie. Les grands objectifs de cette réflexion seront donc : - D’imaginer un moyen de lancer la reconversion qui puisse s’adapter au contexte de crise, pour développer un cadre attrayant à court terme et stimulant l’arrivée de nouvelles activités tertiaires et de nouveaux habitants à long terme, en alternative aux quartiers construits d’emblée. - De redévelopper un milieu littoral propice à une biodiversité faunistique et végétale en lien avec le paysage du littoral flamand, permettant de donner une forte place à la composante végétale pour former un parc littoral structurant les constructions d’un futur quartier à long terme. - D’anticiper un développement construit à long terme pour permettre l’arrivée de nouvelles activités tertiaires et de nouveaux habitants.

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Rapport de présentation TPFE Théo Balanger  

Reconversion d'un maillon de littoral portuaire au profit de l'urbanité Dunkerquoise

Rapport de présentation TPFE Théo Balanger  

Reconversion d'un maillon de littoral portuaire au profit de l'urbanité Dunkerquoise

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