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Ne Coupez Pas !

Depuis son carton mondial en 2004, Shawn of the Dead a acquis un statut mérité de film culte et le délire d’Edgar Wright est régulièrement cité lorsque que l’on parle des meilleures comédies récentes. Les autres volets de « la trilogie Cornetto » (Hot Fuzz et Le dernier pub avant la fin du monde) se chargeront de renforcer encore un peu plus ce statut et de faire d’Edgar Wright le nouveau roi de la comédie pop. En réfléchissant intelligemment sur les genres qu’elle aborde (le film de zombie pour Shawn of the Dead, le buddy movie pour Hot Fuzz et le film de SF paranoïaque pour Le Dernier Pub…) tout en étant une merveille de précision, de rythme et d’humour, la trilogie Cornetto a posé des bases difficiles à égaler pour toutes les comédies qui arriveraient après la bataille.

Novembre 2017, Japon. Un film au budget dérisoire (27 000 dollars) voit sa diffusion exploser suite à l’excellent bouche-à-oreille qu’il génère : il passe d’une seule salle à près de 200 en quelques semaines ! Réalisé en moins de 10 jours (!) par l’inconnu Shinichirô Ueda dans le cadre d’un atelier pour une école d’Art Dramatique (!!), One Cut of the Dead devient rapidement un véritable phénomène au pays du soleil levant. Un an après sa sortie, les retours dithyrambiques continuent de pleuvoir et tout le Japon ou presque diffuse le film… One Cut of the Dead se retrouve aussitôt programmé (et souvent récompensé) dans plusieurs festivals : en France, on a pu le découvrir entre autres au PIFFF, au Panic Cinema et au Festival des Maudits Films lors de séances absolument mémorables.

Retitré Ne Coupez Pas pour sa sortie hexagonale le 27 mars, le film constitue un immanquable absolu, le genre de petit miracle qui n’arrive qu’une fois par décennie.

Mais si One Cut of the Dead / Ne coupez pas est si réussi que ça, pourquoi n’en entendons-nous pas plus parler? Pour plusieurs raisons. Déjà, il s’agit d’un petit film d’auteur japonais avec des zombies et tout le monde ne fera pas forcément l’effort d’aller voir ce qu’il se cache derrière. Ensuite (et c’est là le problème principal), moins on en sait et mieux ça vaut ! Le film joue énormément de l’effet de surprise et il est vivement recommandé de ne rien savoir (ou alors le strict minimum) avant de rentrer dans la salle. Tout au mieux peut-on dévoiler ce qui suit : le film raconte le tournage d’une série Z qui vire à la catastrophe lorsque de vrais zombies s’avèrent être présents sur le plateau (une usine désaffectée). Ces 30 premières minutes constituent déjà une prouesse en soi : il s’agit d’un immense plan séquence où les gags fusent et où l’absurde est roi. Que l’on aime ou non les films de zombies, on est obligé de rire face à une telle avalanche de catastrophes et lorsque la deuxième partie (plus calme) démarre, on en vient presque à regretter que le réalisateur étire son film vers quelque chose de plus meta et que la première n’ait pas simplement été un court métrage. Grosse erreur : il s’agit en réalité d’une mise en place pour ce qui va suivre et le final va se charger de retourner le spectateur comme une crêpe en lui faisant revisiter ce qu’il connait déjà (ou pense connaître) tout en finissant de lui exploser le ventre de rire. Cette troisième et dernière partie, qu’il serait criminel de révéler, rentre sans problème dans les passages les plus drôles de l’histoire du cinéma. Oui, rien que ça.

Il est à parier que comme pour Shawn of the Dead en son temps, la réputation du film ne suffira malheureusement pas à faire déplacer les foules dans les salles françaises et que le statut de culte ne viendra qu’ensuite, lors de l’exploitation vidéo. Une injustice que l’on n’est pas obligé de revivre : foncez voir Ne coupez pas en salles (Edgar Wright lui-même vante les mérites du film !) et vivez une expérience devenue trop rare : une salle entière hilare devant un film rempli de surprises et qui applaudit à tout rompre à la fin.

Matthieu BROUSSOLLE