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SOMMAIRE

vous aussi, aussi, vous

faites partie de la grande

aventure THE jelly brain

En devenant partenaire ou annonceur Pour plus d’informations : thejellybrain@gmail.com


MARS 2019

EDITO

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Il est chaud, il est beau (on espère) et il est enfin dispo. Bien entendu, je parle du nouveau numéro de The Jelly Brain. Un numéro, dont nous sommes assez fiers, gavé à ras de bord de contenu qui nous touche et nous excite. Le cinéma Français est toujours à l’honneur, avec un regard sur le fantastique Bertrand Blier qui devrait nous régaler avec son Convoi Exceptionnel. Sorti mi-février, il nous semblait important d’aussi revenir sur une des rares tentatives de genre français : Le Chant du Loup, qui prend le pari de ressusciter le film de sous-marin dans nos contrées – après le Krusk de Thomas Vinterberg. Coup de cœur de ce mois, c’est Ne Coupez Pas, grand vainqueur du festival des Maudits cette année 2019. Un film qui s’annonce comme la comédie la plus inventive depuis Shawn of the Dead et qui a sut convaincre Matthieu de vous en parler. Coté dossiers, ce sont deux monstres sacrés qui seront à l’honneur. Le premier n’est autre que le prolifique Stephen King, dont les adaptations cinématographique ne cessent d’infuser l’imaginaire collectif. Le second est feu Stanley Kubrick, qui malgré sa mort le 7 mars 1999 – putain 20 ans – continu de planer au dessus du septième art. Enfin, je vous suggère fortement de vous reconnecter et de nous suivre sur les réseaux sociaux. Facebook, Twitter, Instagram, la nouvelle année n’allant pas sans prise bonnes résolutions, il se pourrait que certaines surprises pointent leurs nez ici et là. Mais chuuuut, je ne vous ai rien dis. D’ici qu’on se retrouve, dans ces pages ou une autre dimension, bonne lecture et secouez bien vos cerveaux  ! Quentin DUMAS

Nos chers partenaires :

notre équipe : Rédacteur en chef - Quentin Dumas Directrice de publication - Clara Sebastiao Secrétaire de rédaction - Matthieu Broussolle Rédacteurs - Quentin Dumas, Clara Sebastiao, Louis Verdoux, Guillaume Gas, Matthieu Broussolle Graphiste - Fanny Robin The Jelly Brain - Association loi 1901 - SIRET: 837 909 332 00012 Date de parution: 15 mars 2019 - Contact: thejellybrain@gmail.com

THE JELLY BRAIN

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SOMMAIRE

10 Blier... oublié?

33 INTERVIEW : Lionel Lacour

12 Ne coupez pas Critique du film

36 PORTRAIT : Cinéma Le Zola

21 DOSSIER : Stephen King au cinéma

16 le Chant du Loup Critique du film

18 L’Ange de la Vengeance Critique du film

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38 AGENDA : Hallucinations collectives Agenda Lyonnais

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LES GOODIES

DOSSIER : Kubrick, l’odyssée d’un cinéaste

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Igor Carteret Notre illustrateur du mois

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quartier libre : Un amour de Slashers

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NEWs de MARS

Snyder aux origines Après l’échec critique de Justice League et de sa production calamiteuse, on ne pensait pas revoir Zack Snyder de sitôt derrière la caméra. Le cinéaste a dû faire face à des conflits irréconciliables avec la Warner et au suicide de sa fille, ce qui l’a écarté du montage final de ce qui devait être son film de super-héros ultime. Pour autant, Snyder n’a jamais cessé de communiquer, notamment sur le réseau social Vero, jusqu’à nous annoncer tout récemment son nouveau projet « Army of the Dead », un film de zomblard en collaboration avec Netflix.

15 ans après son génialissime remake de… L’Armée des morts (Dawn of the dead en V.O.), l’auteur toujours très ambitieux va co-écrire, produire et assurer la photographie du long-métrage qu’il annonce comme « épique et démesuré ». Les premiers détails parlent de zombies rapides, violant des femmes humaines pour donner naissance à des créatures hybrides…Tout un programme pour Snyder, qui assure « ne pas avoir de menottes sur ce projetlà  ». Warner appréciera. Nous aussi.

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Louis Verdoux

Prévu pour 2020 sur la plateforme de S-VOD, le métrage suivra un groupe de braqueurs, s’aventurant dans un Las Vegas infesté de morts-vivants pour dévaliser les coffres des casinos. Ce projet dormant aurait été dans le tiroir de la Warner depuis longtemps sans que la firme ne trouve les financements nécessaires. Netflix a racheté les droits du script de Joby Harold (King Arthur) et a proposé à Zack Snyder pas moins de 90 millions de dollars pour le réaliser.


NEWS de MARS

La derniEre nuit

d ‘ Edgar Wright Fort du succès critique et commercial de son Baby Driver, on avait hâte de retrouver le british Edgar Wright pour un nouveau projet. La suite de son film de braquage étant en suspens, l’auteur se lance désormais dans le cinéma de genre. Last night in Soho, c’est le titre de son thriller psychologique, qui se veut inspiré de Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg et Repulsion de Roman Polanski.

Avec son style élégant et virtuose, le genre horrifique semble être parfait pour Edgar Wright. Son art de la mise en scène et du montage millimétrés, ainsi que les films qu’il prend comme référence nous promet un métrage éprouvant et premier degré, bien loin de ses frasques comiques de la trilogie Cornetto. Dans tous les cas, on salue l’audace du cinéaste britannique, qui préfère se renouveler plutôt que de jouer la facilité ou la redite artistique. THE JELLY BRAIN

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Le long-métrage mêlera deux temporalités, une dans les années 60 et une autre au temps présent, et se déroulera dans le quartier londonien de Soho, sans plus d’information sur l’intrigue. Edgar Wright co-écrit le projet avec Krysty WilsonCairns, scénariste sur la série Penny Dreadful. Les prises de vues sont prévues pour cet été, pour une sortie annoncée courant 2020. Devant la caméra, on retrouvera Anya Taylor-Joy, nouvelle égérie américaine du genre après The Witch, Split et Glass, Matt Smith (Lost River, Doctor Who), ainsi que la jeune Thomasin Mckenzie, aperçue dans le brillant Leave no Trace.

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news de mars

Preview

fake Chucky Dans notre numéro d’octobre 2018, on vous parlait du conflit d’intérêt entre la MGM et Universal concernant les droits de la poupée maléfique Chucky au cinéma. Si Universal est la seule à pouvoir développer des canons à la franchise, MGM a conservé un droit de reboot sur le premier épisode. Sous l’impulsion du duo de producteurs Seth Grahame-Smith (Orgueil et préjugés et zombies, Dark Shadows) et David Katzenberg, tout juste auréolés du succès de Ça en 2017, le premier épisode de la saga, Jeux d’enfants, vient donc d’être rebooté… Et de dévoiler son trailer.

Pour autant, le film reprend la base noble du projet, une mère offre une poupée à son fils pour Noël et tous deux doivent affronter ce jouet devenu tueur. Ce reboot semble emprunter la nouvelle mode hollywoodienne, initiée par Jason Blum : des films d’horreur à petit budget, ressuscitant mollement des franchises cultes en les rendant plus attractives, moins dérangeantes et surtout, très impersonnelles. On espère se tromper lorsque nous serons dans la salle, en juin prochain.

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À nouvelle vision, nouvelle histoire et cette itération de Chucky n’échappe pas à la règle. Exit Charles Lee Ray, le folklore vaudou et une poupée possédée, place aux nouvelles technologies, au 2.0 hollywoodien, avec un jouet dont l’intelligence artificielle a été manipulée pour tuer. C’est l’inconnu Lars Klevberg (Polaroïd, jamais sorti aux US à cause de l’affaire Weinstein, distributeur du film) qui est en charge de la réalisation, qui semble bien plus propre et léchée que le métrage original de Tom Holland.

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Même si l’annonce d’un nouveau film (Convoi exceptionnel) et la sortie d’une bande-annonce ont soudain réveillé les cinéphiles, la question mérite d’être posée. On aura sans doute fini par ne plus trop faire attention à son absence de neuf ans depuis la sortie d’un Bruit des Glaçons assez raplapla, mais après réflexion, osons dire que le cinéma de Bertrand Blier n’a pas su évoluer de la meilleure façon. On ne va sans doute pas se faire des amis, mais autant dire les choses comme ce cinéaste les a toujours pratiquées : à sec et sans vaseline. Que retenir du réalisateur des Valseuses ? Une noirceur corrosive à forte teneur misanthrope, une patte de dialoguiste mordant qui enfonçait bien profond ses canines dans le derche des tristes sires, un soupçon de misogynie à prendre avec des pincettes (revoyez Trop belle pour toi), une vraie tendresse à dénicher sous

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la carapace du bon mot provocateur, un désir affirmé de jouer les fouteurs de merde dans un monde plus hypocrite tu meurs… Certes, tout cela a déjà été dit, vanté, analysé, ressassé. Mais au fil des années, un détail aura fini par faire l’effet d’une violente chute du lit : et si l’insolence de Blier n’était plus en phase

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Blier... Oublié?

avec son époque ? Une fois les années 2000 entamées, on avait bien senti que quelque chose s’était usé  : la verve de Blier rejoignait presque celle d’un vieux réac fatigué (souvenez-vous de la réception houleuse des Côtelettes…), et sa mise en scène, en général passée sous silence par la plupart de ses thuriféraires, s’embourbait dans un surmoi théâtral où seule la force du bon mot transgressif avait force de loi.

Du coup, que pourrait bien apporter ce nouveau film ? Au vu de ce qu’offre la bande-annonce, c’est surtout le revival de Buffet froid qui semble pointer son nez : les deux individus qui se rencontrent par hasard, qui se parlent assis côte-à-côte sur un banc et qui s’engouffrent dans un pitch surréaliste avec la mort en toile de fond permanente. Avec, en plus, une propension à laisser le film lui-même commenter ses propres codes narratifs. Pas sûr que les premières répliques offertes nous permettent de renouer avec l’acidité des dialogues de Blier (il y a tout juste de quoi dégainer un sourire par-ci par-là…), mais pas sûr non plus qu’un pitch aussi fou – deux individus sont en possession du scénario de leur vie et de leur mort qu’ils vont devoir suivre à la lettre – atteigne le taux d’absurdité métaphysique qu’un Quentin Dupieux tutoie sans effort avec une science bétonnée du cadre et de la mise en scène. Reste deux acteurs que l’on espère toujours revoir un jour en très grande forme, quelques passages touchants mettant en valeur des figures féminines porteuses d’espoir et vectrices de mélancolie, et une affiche qui fait quand même envie. Ce Convoi exceptionnel – un titre qui fait aussi peur que rêver – suffira-til à sortir Bertrand Blier de sa naphtaline ? Réponse le 13 mars…

Blier, un « faux cinéaste » ? N’exagérons rien. Mais en tout cas quelqu’un qui, à la réflexion, semblait n’avoir pas besoin du 7ème Art pour faire exister ses scénarios. Et qui, à force de tourner en rond dans son élaboration de mondes «  sous cloche  » à forte teneur surréaliste, n’a plus su se montrer capable de trouver des transgressions qui s’accordaient à son époque – pas simple d’agir ainsi quand transgresser les normes est devenu la norme de l’époque en question. Sans parler du fait qu’en comparaison, l’écriture au vitriol d’un Michel Houellebecq s’est désormais imposée comme une source intarissable d’immoralité et de provocation. Du coup, et même si certains de ses films ont su mieux vieillir que les autres (surtout Buffet froid et l’hallucinant Calmos), le cinoche de Blier aura fini par se coincer lui-même là où il aurait voulu coincer ses contemporains.

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Guillaume Gas

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DEPUIS QUAND N’AVEZ-VOUS PAS REELLEMENT RI AU CINEMA ? MEME SI LES COMEDIES NE MANQUENT PAS ACTUELLEMENT, RARES SONT CELLES QUI ARRIVENT VRAIMENT A FAIRE SE GONDOLER UNE SALLE ENTIERE. BONNE NOUVELLE : LA COMEDIE LA PLUS DROLE / JUBILATOIRE / INVENTIVE DE CES DIX DERNIERES ANNEES EST ENFIN LA… ET EN PLUS IL Y A DES ZOMBIES ! SHAWN OF THE DEAD 2 ? NON, PAS VRAIMENT. THE JELLY BRAIN

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Ne coupez pas de Shin’ichirô Ueda

Depuis son carton mondial en 2004, Shawn of the Dead a acquis un statut mérité de film culte et le délire d’Edgar Wright est régulièrement cité lorsque que l’on parle des meilleures comédies récentes. Les autres volets de « la trilogie Cornetto  » (Hot Fuzz et Le dernier pub avant la fin du monde) se chargeront de renforcer encore un peu plus ce statut et de faire d’Edgar Wright le nouveau roi de la comédie pop. En réfléchissant intelligemment sur les genres qu’elle aborde (le film de zombie pour Shawn of the Dead, le buddy movie pour Hot Fuzz et le film de SF paranoïaque pour Le Dernier Pub…) tout en étant une merveille de précision, de rythme et d’humour, la trilogie Cornetto a posé des bases difficiles à égaler pour toutes les comédies qui arriveraient après la bataille.

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Novembre 2017, Japon. Un film au budget dérisoire (27 000 dollars) voit sa diffusion exploser suite à l’excellent bouche-à-oreille qu’il génère  : il passe d’une seule salle à près de 200 en quelques semaines ! Réalisé en moins de 10 jours (!) par l’inconnu Shinichirô Ueda dans le cadre d’un atelier pour une école d’Art Dramatique (!!), One Cut of the Dead devient rapidement un véritable phénomène au pays du soleil levant. Un an après sa sortie, les retours dithyrambiques continuent de pleuvoir et tout le Japon ou presque diffuse le film… One Cut of the Dead se retrouve aussitôt programmé (et souvent récompensé) dans plusieurs festivals : en France, on a pu le découvrir entre autres au PIFFF, au Panic Cinema et au Festival des Maudits Films lors de séances absolument mémorables.

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Ne coupez pas de Shin’ichirô Ueda

Retitré Ne Coupez Pas pour sa sortie hexagonale le 27 mars, le film constitue un immanquable absolu, le genre de petit miracle qui n’arrive qu’une fois par décennie.

partie (plus calme) démarre, on en vient presque à regretter que le réalisateur étire son film vers quelque chose de plus meta et que la première n’ait pas simplement été un court métrage. Grosse erreur : il s’agit en réalité d’une mise en place pour ce qui va suivre et le final va se charger de retourner le spectateur comme une crêpe en lui faisant revisiter ce qu’il connait déjà (ou pense connaître) tout en finissant de lui exploser le ventre de rire. Cette troisième et dernière partie, qu’il serait criminel de révéler, rentre sans problème dans les passages les plus drôles de l’histoire du cinéma. Oui, rien que ça.

Mais si One Cut of the Dead / Ne coupez pas est si réussi que ça, pourquoi n’en entendons-nous pas plus parler? Pour plusieurs raisons. Déjà, il s’agit d’un petit film d’auteur japonais avec des zombies et tout le monde ne fera pas forcément l’effort d’aller voir ce qu’il se cache derrière. Ensuite (et c’est là le problème principal), moins on en sait et mieux ça vaut ! Le film joue énormément de l’effet de surprise et il est vivement recommandé de ne rien savoir (ou alors le strict minimum) avant de rentrer dans la salle. Tout au mieux peut-on dévoiler ce qui suit : le film raconte le tournage d’une série Z qui vire à la catastrophe lorsque de vrais zombies s’avèrent être présents sur le plateau (une usine désaffectée). Ces 30 premières minutes constituent déjà une prouesse en soi : il s’agit d’un immense plan séquence où les gags fusent et où l’absurde est roi. Que l’on aime ou non les films de zombies, on est obligé de rire face à une telle avalanche de catastrophes et lorsque la deuxième

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Il est à parier que comme pour Shawn of the Dead en son temps, la réputation du film ne suffira malheureusement pas à faire déplacer les foules dans les salles françaises et que le statut de culte ne viendra qu’ensuite, lors de l’exploitation vidéo. Une injustice que l’on n’est pas obligé de revivre : foncez voir Ne coupez pas en salles (Edgar Wright lui-même vante les mérites du film  !) et vivez une expérience devenue trop rare : une salle entière hilare devant un film rempli de surprises et qui applaudit à tout rompre à la fin. Matthieu Broussolle

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Rares sont les films français à surgir sans crier gare, à impressionner par leur ambition, et dont on sent, au-delà d’une proposition de cinéma ample et habitée, la capacité à mettre potentiellement fin à cette stupide guerre des chapelles entre spectacle populaire, auteurisme profond et trip visuel. La dernière fois qu’une harmonisation de ces trois principes s’était montrée tangible, c’était avec L’Ordre et la Morale, opus magnum injustement conchié d’un Mathieu Kassovitz pourtant surdoué. Il faut désormais compter sur Antonin Baudry – scénariste de la BD Quai d’Orsay – dont le premier film a de quoi laisser sur le cul. Mieux vaut ne pas se faire d’aprioris sur un film qui investit un genre assez clivant (le film de sous-marin, jusqu’ici plutôt avare en réussites singulières) et ne pas se méfier d’un casting bankable qui a l’air de sentir la bonne opération commerciale (Omar Sy, François Civil, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz…) : Le Chant du Loup est de ces propositions de cinéma THE JELLY BRAIN

qui fuient le catalogage (action, thriller, drame, guerre : tous les genres sont ici brouillés !), qui font montre d’une maîtrise technique dévastatrice et qui génèrent un stress durable. Tout tient d’ailleurs ici dans une diabolique idée de scénario  : dans un contexte symbolique de tension géopolitique entre

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le Chant du Loup De Antonin Baudry

les nations (aucun lien avec l’actualité), c’est l’ouïe affûtée d’un jeune officier maritime qui joue le rôle de l’aiguilleur dans la marche globale du monde. Tout au long d’un montage parfaitement charpenté et stratégique, actions et décisions sont donc ici du ressort non pas de la machine mais de l’humain, placé lui-même sous très haute pression dans des coursives d’acier sous les profondeurs de l’océan. Un pur espace mental que Baudry traduit ici en images et en sons, dessinant un univers

ennemi qui n’est pourtant pas le leur. Les quelques tentatives d’humour que Baudry ajoute ici et là, d’une musique d’attente sur le répondeur de l’Elysée jusqu’à une remarque sur l’informatique bancale des sous-marins, participent elles aussi à ce tacle d’institutions plus fragiles qu’elles n’en ont l’air, guidées vers le conflit moins par action que par déviation. Même verdict pour le facteur sentimental, jamais abandonné lorsque le récit prend le large et toujours traité sous l’angle de la

claustro qui tend vers la suffocation pure et comptant sur un exceptionnel travail sonore pour déstabiliser nos perceptions de l’action. C’est dire si, du début à la fin, les accoudoirs de nos fauteuils dégustent autant que nos nerfs.

réminiscence – le très beau personnage joué par Paula Beer sert ici de repère sensoriel pour le héros. Ici, le stress ne cesse jamais d’être mis sur un pied d’égalité avec la tragédie pure, servant de ce fait un récit terrible, magistralement mis en scène, devant lequel toute passivité est interdite. Bien plus qu’une éblouissante réussite, ce Chant du Loup est un signal fort lancé au cinéma français. Il appartient désormais au public de le recevoir et d’y répondre en masse.

Mettons aussi au crédit de Baudry ce tableau glacial des forces militaires qui, par une interprétation faussée ou parcellaire du moindre détail (visuel ou sonore), s’embrouillent dans leur logique jusqu’à dessiner le visage d’un THE JELLY BRAIN

Guillaume Gas

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Le second film d’Abel Ferrara (ou le troisième si l’on prend en compte son film porno Nine lives on a wet pussy), c’est d’abord une affiche culte : une paire de jambes féminines au premier plan, exhibant un revolver et encadrant un personnage menaçant sur l’arrière-plan. Avec une accroche choc : « Aucun mâle ne sera épargné ». Le plus défracté des cinéastes newyorkais n’y allait donc pas par quatre chemins en 1981 avec L’Ange de la vengeance, parangon de rape and revenge féministe ancré dans tout un pan du cinéma underground du début des années 80. C’est déjà peu dire que le film tout entier tient sur la prestation habitée de Zoë Lund (alias Zoë Tamerlis), ici dans la peau d’une jeune femme muette qui, violée deux fois en une seule journée, s’arme d’un calibre 45 et élimine tous les hommes THE JELLY BRAIN

qui l’approchent. Récit simple, linéaire, encadré sur une durée réduite – à peine 1h20. Mais surtout un récit qui installe la trinité thématique de son réalisateur halluciné : sexe, violence et religion, tous trois fusionnés dans une intrigue

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L’Ange de la Vengeance

qui hurle la douleur d’une âme meurtrie, contaminée par l’horreur et transcendant son impuissance par une rage sourde qui se cristallise dans le sang.

new-yorkais. A bien des égards, ce film annonce déjà le futur Bad Lieutenant dans lequel un flic corrompu et accro aux drogues dures cherchera la rédemption en enquêtant sur le viol d’une religieuse. Une autre bonne raison pour vous inciter à (re) découvrir ce très grand film – disponible début mars dans une édition Blu-Ray estampillée ESC Distribution – qui aura lancé pour de bon la carrière de Ferrara. Quant à Zoë Lund, on la reverra onze ans plus tard en tant que coscénariste de Bad Lieutenant – la rumeur veut même qu’elle ait tourné certaines scènes du film – avant de retomber dans l’anonymat et de décéder tragiquement d’une overdose en 1999. Son visage, lui, demeure gravé à jamais dans notre mémoire de cinéphile.

Cinéaste profondément empathique qui fuit le cynisme comme la peste, Ferrara filme ici un univers urbain crasseux où la pureté de l’âme finit fatalement souillée. D’où le choix d’un personnage décrit comme mutique et handicapé, dont les mots seuls ne suffiraient pas à exprimer les émotions les plus viscérales – celles-là même que le visage résigné de Zoë Lund rend palpables, tangibles, déchirantes. Film de métamorphose interne et externe, plongée en apnée dans une société agressive qui banalise le pire à force de le propager, L’Ange de la vengeance relève du film « bisseux » au sens le plus digne du terme, de l’alternative trash à cette soidisant quête d’hyperréalisme que certains prétendent encore déceler dans la filmo de Ferrara. Que l’individu soit un loup pour ses semblables est une réalité acquise que le cinéaste ne ressasse pas, préférant placer un personnage digne d’une BD pour adultes dans un contexte en décalage, non dépourvu d’humour sardonique et d’horreur grand-guignolesque. Un travestissement subversif du réel qui trouve logiquement son climax dans une scène finale culte où l’héroïne, déguisée en nonne, fait un carnage dans une fête costumée.

Guillaume Gas

Bien plus que dans un Driller Killer un peu trop nauséeux, les obsessions d’Abel Ferrara pour l’autodestruction et la chrétienté déviante sont ici plus accessibles, ne serait-ce qu’au travers d’un personnage bien plus attachant, de nouveau assimilé à une victime du vice soudée au bitume des bas-fonds

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Dossier :

Stephen King et le cinéma, c’est une histoire qui dure. Pas étonnant quand on sait que ce gamin, originaire du Maine, passe une grande partie de son enfance à assouvir sa soif de septième art en se rendant chaque samedi au Ritz de Lewison pour bouffer de la bobine. À l’occasion de la sortie du remake de Simetierre ce 10 avril 2019, retour sur un mariage consommé pour le meilleur et parfois pour le pire.

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Dossier : Stephen King au cinéma

Un lien indéfectible

lecteurs des images évocatrices. Une mine d’or pour cinéastes, qui n’ont plus qu’à s’emparer de ses magnifiques tableaux horrifiques pour illustrer leurs films. Si l’on omet – volontairement – séries et téléfilms, on compte 45 films directement adaptés d’un roman du maitre – ou de Richard Bachman, son pseudonyme. Si l’on ajoute les différents projets émanant de l’univers de « King  » mais non basés sur un de ses livres – les suites ou spin-off par exemple – on dépasse allégrement la centaine de bobines. Un univers gargantuesque qui mérite un passage en revue sélectif.

Stephen King est un auteur prolifique. C’est un fait. Avec près de deux-cent histoires à son compteur, celui que l’on qualifiera de « Roi de l’Horreur  », a non seulement signé quantité impressionnante de romans mais a aussi inspiré bon nombre de grands réalisateurs. Stanley Kubrick, Brian de Palma, George Romero, John Carpenter, David Cronenberg… Des noms prestigieux qui ont, à un moment ou un autre, donné vie aux œuvres de l’écrivain. Une évidence tant ses différents romans infusent la pellicule entre chaque ligne. Entre 1958 et 1966, alors âgé de 11 ans, le jeune Stephen se prend d’une passion dévorante pour le cinéma. Si H.P. Lovecraft lui inspire le gout de l’écriture, c’est définitivement le grand écran qui développe chez lui son style profondément visuel. Usant abondamment de métaphores et ne se privant jamais d’avoir recours à des séquences graphiques, Stephen King a toujours su ancrer dans la tête de ses

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Prestige et désamour Lorsqu’ on évoque les diverses adaptations de Stephen King, celle qui vient instantanément en tête n’est autre que Shining. Hors, il est de notoriété publique que King désapprouve totalement le film de Stanley Kubrick, allant même jusqu’à faire retirer son nom du générique et initiant une nouvelle adaptation en 1997

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Dossier : Stephen King au cinéma

qu’il soit rigoureusement respecté. Par caprice, l’écrivain exige également que le tournage ait lieu dans le Maine. Il obtient aussi une brève apparition, achevant de signifier son emprise sur le projet. Est-ce que ces conditions font de Simetierre un meilleur film ? Pas vraiment. Certes, le sel du roman est scrupuleusement respecté mais on regrette l’absence de véritable auteur derrière la caméra. Longtemps pressenti à la réalisation, George Romero puis Tom Savini laissent leurs places à Mary Lambert qui peine à incarner cette histoire mortifère. En cause  : le jeu des acteurs, complètement en roue libre, et des contraintes techniques compliquées. La difficulté de mettre en scène un chat et un bambin ramené à la vie conduit à des choix hasardeux. Comment ne pas être hilare face à la trombine fardée d’un poupon qui grimace sans savoir pourquoi ? Un écueil que contournera prudemment le remake de 2019 quitte à abandonner un peu de subversion. La version de 1989 conserve

sous forme d’un téléfilm en trois parties. Un désamour qui peut se comprendre : en comparant les deux œuvres, force est de constater qu’elles ne traitent pas du même sujet. L’alcoolisme dans un cas. L’isolement dans l’autre. Leurs tonalités sont également radicalement opposées. Fidèle à ses habitudes, Stanley Kubrick fait de son film une œuvre froide, méticuleuse et implacable. Alors que  la folie dépeinte par King est beaucoup plus chaude et imprévisible. Malgré ça, il est indéniable que Kubrick a su transcender le roman d’origine faisant de Shining l’argument ultime pour qui veut convaincre qu’une bonne adaptation nécessite trahisons. Des trahisons pas toujours au goût d’un Stephen King qui se penche lui-même sur le scénario de Simetierre en 1989. Le bon petit soldat Impossible de reprocher à Simetierre sa fidélité au roman. King est non seulement l’auteur du script mais ce dernier impose

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Dossier Stephen King au cinéma

du Maine. Une inquiétante brume, abritant des créatures effrayantes, empêchant toute sortie. Un film de monstre mais également une étude de mœurs puisque les interactions microcosmiques entre les différents individus seront au cœur du récit. Le film existe en deux versions au montage quasiment identique mais à l’approche radicalement différente. Cherchant à conférer un aspect old school, lorgnant sur le cinéma d’horreur des années soixante, Darabont souhaite réaliser le film en noir et blanc. Autre avantage, la monochromie permet d’esthétiser un budget assez mince et de masquer certains SFX pas toujours bien intégrés – notamment les tentacules. Évidemment, la production refuse prétextant que le N&B découragera le public cible. Le film bide et la version de Darabont fait alors surface lors de l’exploitation vidéo. En résulte un huis-clos suffocant, à mi-chemin entre Lovecraft et la 4e dimension, ou les hommes et leur folie se révèlent aussi dangereux que des monstres insectoïdes venus d’un monde parallèle. Seul changement notable et pas de moindre : la fin. Lorsque

encore un peu de panache grâce à une écriture méticuleuse. Mais celle-ci soutient une mise en scène peu inspirée, n’évitant aucun poncif ringard et donnant au film un aspect terriblement daté malgré certains maquillages encore bluffants. L’homme providentiel À ce stade, facile de se convaincre que l’œuvre de Stephen King est inadaptable sans un minimum de liberté. Et ce n’est pas les tentatives téléfilmesques, chapotées par le maitre, qui sauront nous contredire. C’est sans compter sur Franck Darabont, chez qui King trouve son meilleur représentant. Sur les cinq longs-métrages qui composent la filmographie du réalisateur, trois sont des adaptations directes de l’écrivain. Trois films avec la particularité d’être excellents sans jamais transiger sur le matériau d’origine. Si Les Evadés ou La Ligne Verte sont des succès, The Mist est une petite pépite beaucoup plus confidentielle. Un petit groupe de personnes se retrouvent piégé dans la superette d’une bourgade

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Dossier Stephen King au cinéma

le roman de King ouverte, Darabont d’un cruel cynisme une note d’ironie

ce téléfilm, à la qualité discutable aura su terrifier bon nombres d’enfants. Oublié de l’histoire, il existe également une adaptation d’Un Élève Doué réalisé par Brian Singer en 1998. Troublante, cette dernière met en scène Ian McKellen et Brad Renfro dans une relation malsaine et parasitaire entre un ancien nazi et un jeune garçon manipulateur. Un film difficile à digérer à l’aune des accusations portées sur Singer aujourd’hui et du destin tragique de Renfro, retrouvé mort en 2008 à la suite d’une overdose d’héroïne. Enfin, notez que si le cinéma n’a pas toujours été tendre avec Stephen King, ce dernier le lui a bien rendu. S’essayant à la réalisation le romancier, dont l’expérience restera la seule et unique, accouche de Maximum Overdrive. Un nanar stratosphérique dans lequel une comète extraterrestre donne vie à différentes machines et véhicules qui s’en prennent alors aux humains. Ni fait ni à faire, on ne peut pas être bon partout.

s’achève sur une fin propose un épilogue concluant le film sur amer bouleversante.

Dernières cartouches Néanmoins sporadiquement, l’œuvre du romancier a été adaptée brillamment par quelques autres cinéastes. On ne peut évidemment faire l’impasse sur Dead Zone et Christine, respectivement réalisés par David Cronenberg et John Carpenter. Sur Misery, réalisé en 1990 par Rob Reiner avec en vedette James Caan et l’effrayante Kathy Bates. Cette dernière rejoindra le casting de Dolores Claiborne, tandis que Rob Reiner s’était attelé, quelques années plus tôt, à Stand By Me, nommé à l’Oscar de la meilleure adaptation en 1987. Impossible également de faire l’impasse sur le téléfilm en deux parties Ça, réalisé en 1990 par Tommy Lee Wallace. Pas étonnant que, dans sa grande vague de remise aux goûts du jour, Hollywood s’y attaque tant THE JELLY BRAIN

Quentin DUMAS

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KUBrick l’odyssée d’un cinéaste

Dr Folamour par matthieu Lorsque l’on évoque le cinéma du grand Stanley, l’humour n’est pas forcément la première caractéristique qui vient à l’esprit. Et pourtant ! La seule comédie de sa carrière est à l’image de son cinéma  : pessimiste et d’un cynisme total. Sorti en pleine guerre froide, Dr Folamour (ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe) reste l’une des comédies les plus culottées de l’histoire car elle ose rire du pire  (la bêtise des puissants et l’apocalypse nucléaire) à un moment où ça ne rigolait pas du tout. Il fallait bien tout le génie de Peter Sellers (3 rôles dans le film !) pour faire passer cette farce énorme dans un déluge de scènes d’anthologie où l’éclat de rire se mêle systématiquement à l’effroi. Un film impossible à oublier, à l’image du personnage complètement cinglé (Peter Sellers, on fire) qui lui donne son nom ! THE JELLY BRAIN

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Kubrick, l’odyssée d’un cinéaste

EYES WIDE SHUT par guillaume Le testament de Stanley Kubrick pouvait-il être autre chose que le plus beau chant du cygne qui soit ? Le cinéaste ayant passé près d’un quart de siècle à essayer d’adapter Traumnovelle d’Arthur Schintzler, sa mort brutale le 7 mars 1999 avait quelque chose de prophétique. Eyes Wide Shut, est ainsi fait : film terminal, certes, mais surtout projet d’une vie pour un cinéastedémiurge obstiné à interroger les paradoxes du genre humain. Et au final, un chef-d’œuvre, un diamant fantasmatique, une œuvre pirandellienne où la mise à l’épreuve d’un couple face au poids dévastateur du fantasme sert de terreau à une mise en scène qui travaille la notion même de «  mise en scène  ». Kubrick montre sans rien démontrer, ouvre sans rien refermer, chuchote sans rien affirmer, conscient qu’un rêve n’est jamais totalement un rêve et que la réalité n’est qu’un vaste simulacre. Impossible de sortir intact de ce monument : comme on le voit les yeux grands ouverts, on l’encense les yeux grands fermés.

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shining par clara Kubrick n’a de cesse d’explorer le cinéma sous toutes ses coutures. Perfectionniste en recherche d’excellence, de chaque genre abordé résulte un absolu chef d’œuvre. Comment alors faire l’impasse sur l’un des pans du septième art le plus décrié : le cinéma d’horreur  ? C’est avec Shining que Kubrick révèle une fois de plus toute l’étendue de son talent. Non seulement avons-nous ici un réalisateur brillant, mais qui en plus s’allie à l’un des auteurs les plus prolifiques et les plus vénérés de son temps  : Stephen King. Une telle fusion ne peut qu’aboutir sur un long-métrage glaçant, angoissant, terrorisant. Avec une mise en scène minimaliste et une horreur ténue, cachée dans les recoins les plus sombres du Overlook Hotel, Shining nous utilise comme outils de nos propres angoisses : notre imagination est ici l’instrument suprême de l’effroi.

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Kubrick, l’odyssée d’un cinéaste

2001 l’odyssée de l’espace par louis Film titanesque, 2001 l’Odyssée de l’espace est souvent considéré comme l’une des pierres angulaires du cinéma américain, en pleine période du Nouvel Hollywood. Il y a 50 ans, les spectateurs découvraient ce conte mystique singulier, proposant un renouveau de la science-fiction et une toute nouvelle vision du futur, alors que l’Amérique était pleinement rentrée dans la conquête spatiale. Ce conte psychédélique,

adapté du roman éponyme d’Arthur C. Clarke a marqué les esprits, malgré des critiques glaciales à sa sortie. Avec ce film somme, Stanley Kubrick est rentré dans la légende, dans le cercle très fermé des plus grands réalisateurs de tous les temps. Un titre absolument pas galvaudé, tant la fascination pour son œuvre reste encore aujourd’hui, inépuisable. 2001, lui, retourne toujours notre conception de la vie et du cinéma.

orange mécanique par quentin Aussi bien film d’anticipation que satire sociétale, Orange Mécanique est certainement l’un des brulots les plus sulfureux de Stanley Kubrick. Le réalisateur lui-même jugera que la réception du film lui a échappé. Pour cause : en THE JELLY BRAIN

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Angleterre plusieurs délinquants se vantent d’avoir pris exemple sur les droogies et leur violence gratuite. Menacé jusque devant chez lui, Kubrick demande à Warner de retirer le film des salles britanniques. Malgré le succès de ce dernier, les studios obtempèrent après 61 semaines de projections et ne lèveront la censure que 27 ans plus tard (le 7 mars 1999) après la mort du réalisateur. Mais cela n’empêche pas le reste du monde de profiter de ce pamphlet de subversion à l’encontre des violences institutionnelles. Un objet de fascination comme de répulsion qui, non sans humour noir, illustre à merveille la célèbre métaphore du serpent qui se mord la queue. MArs 2019


Igor Carteret

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© Sabine Perrin

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Dirigeant de Cinésium, conférencier pour l’Institut Lumière, organisateur du festival 24 Justice et Cinéma, Lionel Lacour se prête au jeu du questions-réponses pour ce cinquième numéro de The Jelly Brain. Découvrons ensemble son parcours prolifique et étonnant.

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Interview de Lionel Lacour

Et comment as-tu construit la programmation de cette anné? Est-ce qu’un thème principal t’a inspiré ?

Bonjour Lionel, tout d’abord, quel rôle as-tu au sein du Festival 24 Justice et Cinéma ? Quel est ton parcours au travers de cet événement ?

Le projet était de proposer une programmation mêlant fictions et documentaires autour des questions de la justice. Mais aussi série et master class. L’ensemble devait être à la fois cohérent et éclectique. Cohérent pour avoir des films qui puissent se répondre, éclectique pour aborder des questions de droit et de justice variées, en France ou ailleurs. L’idée était aussi d’avoir des intervenants en lien avec le cinéma car il ne s’agissait pas de proposer des films suivis d’une conférence mais bien de comprendre pourquoi les fictions de cinéma ou de série, les documentaires, proposaient telle représentation des questions judiciaires plutôt qu’une autre. Parmi les thèmes, il y a bien sûr les questions d’actualité brûlante. C’est pour cela que nous avons pensé à proposer des films traitant du négationnisme et de son traitement judiciaire. Le procès du siècle pour la fiction ou Les faussaires de l’histoire pour le documentaire étaient un moyen de montrer que le travail de mémoire ne cesse jamais contre les thèses des antisémites, et que ce combat se mène parfois dans les tribunaux.

Ma fonction au sein du Festival a commencé officiellement mi-octobre 2018. Il s’agissait de reprendre un festival que j’avais créé en 2010 et qui s’appelait “Les Rencontres droit justice et cinéma”. Après 7 éditions, le festival s’était interrompu deux années de suite. La Faculté de droit a donc relancé le festival en 2018 en changeant de nom : “24” pour renvoyer au cinéma, à la justice et à Lyon. 24 images par secondes, 24 colonnes du palais de justice de Lyon.

Quelle forme prend le partenariat avec l’Université Lyon 3 ? Quelle est son implication dans le projet ? C’est Hervé de Gaudemar, le doyen de la Faculté de droit de l’Université Jean Moulin Lyon 3, qui est à l’initiative de la reprise du festival. La faculté est THE JELLY BRAIN

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Interview de Lionel Lacour

Et Cinésium ? Qu’est-ce que c’est ?

donc l’organisatrice principale de cet événement. Elle le finance en grande partie, elle valide la programmation et propose des intervenants spécialisés dans les thématiques juridiques et judiciaires des films sélectionnés. À ce titre, Chrystelle Gazeau, l’assesseur culturel de la Faculté et maître de conférences à la Faculté de droit, a été d’une implication quotidienne dans l’organisation du festival.

Cinésium est né alors que j’étais encore enseignant en histoire - géographie. C’est une agence événementielle dans le cinéma qui propose des conférences sur le cinéma, participe ou organise des festivals de cinéma et qui crée des séminaires pour les entreprises afin d’améliorer la communication et le management en utilisant le cinéma sous toutes ses formes... Et enfin, pourquoi avoir fait le choix de t’impliquer dans le cinéma ? Dis-nous en plus sur cette passion qui fédère nos lecteurs ! J’ai toujours aimé le cinéma grâce à des émissions télévisées comme le ciné-club, la dernière séance... Et j’ai appris autant dans les films que dans mes cours en classe. Aussi, quand je suis devenu prof, j’ai utilisé le cinéma comme source pour comprendre les grands événements du XXème siècle. Il est plus marquant de comprendre ce qu’est l’angoisse nucléaire des années 60 avec un extrait du Docteur Folamour  ou de  La planète des singes. De même, Les bronzés en disent long sur la démocratisation du tourisme, que ce soit le tourisme d’été ou celui hivernal ! À force de travailler sur des conférences sur les liens entre Histoire et Cinéma, j’ai été sollicité pour en faire sur d’autres thèmes, pour travailler pour des festivals. En 2008 je fondais Cinésium. En 2009, je quittais l’Education nationale.

On a aussi vu que tu travailles pour l’Institut Lumière ... Qu’y fais-tu exactement ? Je travaille pour l’Institut Lumière depuis 2001. D’abord en proposant des conférences Histoire et Cinéma pour les classes de collèges et lycées. Ces conférences existent toujours ! Je travaille aussi depuis 2011 pour le Festival Lumière. Ma mission est d’accueillir spectateurs et invités dans la salle 2 de l’Institut Lumière qui accueillait autrefois les masters class et les documentaires sur le cinéma et qui propose depuis trois ans également des longs métrages de fiction. THE JELLY BRAIN

Propos recueillis par Clara SEBASTIAO

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Fierté de Villeurbanne, plaisir coupable des lyonnais, le cinéma Le Zola est la salle emblématique du cours Emile Zola. Retraçons ensemble le quasi-centenaire de ce lieu dorénavant culte pour tous les cinéphiles de la région. Villeurbanne, 1920. Les habitants du cours Emile Zola voient naître sous leurs yeux ébahis « Le Family  », salle de cinéma de 241 places d’inspiration Art Nouveau. «  Le Family  » est assidument fréquenté pendant près de cinquante ans jusqu’à son rachat par UGC en 1970. La salle, qui est par la suite revendue à un particulier, ferme ses portes de 1979 à 1980 puis renaît de ses cendres, sous le nom que nous connaissons tous aujourd’hui  : le THE JELLY BRAIN

cinéma Le Zola, grâce à l’Association Pour le Cinéma. L’Association Pour le Cinéma est une association membre du GRAC (Groupement Régional d’Actions Cinématographiques) qui assure au sein de 73 salles permanentes et 17 écrans mobiles, une programmation indépendante, innovante et de qualité. Parmi les volontaires et les bénévoles

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portrait du cinema zola

gravitant autour du cinéma Le Zola nous retrouvons pas moins de huit salariés qui veillent au bon fonctionnement de la salle : un directeur général et des festivals, une directrice de la salle, une médiatrice culturelle, une comptable, 2 projectionnistes, 2 caissiers, bravant la tempête et surmontant monts et marées pour faire de ce cinéma le lieu de rendezvous de tous les amoureux du septième art. Comme toute association, Pour le Cinéma bénéficie de l’aide de différents partenaires tels que la Ville de Villeurbanne, la Région Rhône-Alpes, le Conseil Général du Rhône, le Centre National de la Cinématographie, la Direction Régionale des Affaires Culturelles et de nombreux partenaires privés. Le cinéma Le Zola est un cinéma classé «  Art & Essai  » agrémenté des Labels Jeune Public, Répertoire & Patrimoine, et Recherche & Découverte. Autant de distinctions attestant de la qualité irréprochable d’une programmation toujours au plus proche des attentes du public. Entre films de rétrospective, nouveautés, documentaires indépendants et courts-métrages, le Zola ne cesse de jongler entre les genres pour proposer une sélection exhaustive et variée. Les séances sont en VOSTFR, et vous pourrez même retrouver des projections pour les plus petits, une bonne raison pour aller au cinéma en famille ! Enfin, le cinéma Le Zola propose tout au long de l’année plusieurs festivals cinématographiques. Depuis 1979 le court-métrage est à l’honneur avec le Festival du Film Court, on retrouve THE JELLY BRAIN

par la suite en 1995 les prémices du fameux Ciné O’Clock, festival de cinéma britannique et irlandais mettant sur un piédestal la langue de Shakespeare. Mais la plus connue des manifestations du Zola reste Les Reflets du Cinéma Ibérique et Latino américain mettant en exergue depuis les années 80 un cinéma latino injustement absent de la plupart des grands écrans. Avis aux villeurbannais et villeurbannaises : un trésor se cache dans votre ville. Avis aux lyonnais et lyonnaises  : le Zola se trouve à l’arrêt République de la ligne A, plus d’excuse pour ne pas y aller. Et merci à Olivier Calonnec, Sandrine Dias, et leur formidable équipe pour le travail passionné et passionnant fourni depuis des années pour faire briller nos yeux dans une salle devenue aujourd’hui emblématique. Clara SEBASTIAO

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avril 2019

du 16 au 22

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CinĂŠma Comoedia 13 avenue Berthelot 69007 Lyon Site : http://www. hallucinationscollectives.com

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Le Festival Hallucinations Collectives

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La fine équipe des plus hallucinants hallucinés lyonnais revient sur Lyon pour la douzième édition du festival Hallucinations Collectives ! Les Hallus c’est quoi  ? C’est l’événement incontournable pour découvrir un autre cinéma, un cinéma transgressif, transcendant, différent et absent du grand écran. De petits classiques pour commencer en douceur aux œuvres les plus inconnues du septième art, cette programmation hors norme et léchée est parfaite pour les curieux et curieuses du grand écran. Au programme de cette année : Unexploited !

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Le cinéma afro-américain dans tout ce qu’il a de plus engagé, mais attention, pas de blacksploitation ! Roman porno : Littérature Vénéneuse, l’érotisme et le porno japonais made in Nikkatsu. Une carte blanche au couple de réalisateurs le plus bis qui soit : Hélène Cattet et Bruno Forzani. Et enfin, une soirée dédiée au studio Bobbypills, fournisseur français d’animations hilarantes et délirantes. Pleins d’autres surprises attendent les spectateurs et spectatrices pour cette édition prometteuse et riche en découvertes. Posez vos congés et RTT dès que possible !

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Clara SEBASTIAO

En déche d’LSD, recherche bonne came pour tripper. Mauvaise dope s’abstenir.»


2019 a 17h

16 mars

Agenda lyonnais

notre festival lumiere 2018

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La Fête du Court // Make Video Not War #2

Le Cartel (anciennement La Taverne Gutenberg) 5 rue de l’épée, 69003 Lyon 06 84 11 87 14 Entrée libre http://www.meliponi.org THE JELLY BRAIN

Le mois de mars est toujours synonyme de Fête du Court Métrage en France ! À l’initiative du CNC, cette fête nationale unique a pour but de promouvoir le format court au cinéma. Pour cette année, nous vous proposons de vous rendre à l’événement proposé par l’association Meliponi. Le 16 mars de 17h à minuit au Cartel venez découvrir des courtsmétrages engagés sur le thème du voyage. Au programme : des projections, des débats, des stands associatifs, des expositions, un DJ … De quoi célébrer les petits métrages dans la joie et l’alégresse !

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Clara SEBASTIAO

Message à caractère informatif : ce n’est pas la taille qui compte. »


agenda Agenda lyonnais

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2019 a 16h

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Ciné-concert : Le Fantôme de l’opéra

Clara SEBASTIAO

Cantatrice à la voix cassée cherche Opéra pour l’accueillir le temps d’une séance de cinéma »

Adaptation du feuilleton éponyme de Gaston Leroux, Le Fantôme de l’Opéra est un classique du grand écran réalisé par Rupert Julian. L’œuvre sera projetée dans la magnifique salle de l’Auditorium de Lyon et sera accompagnée au piano par Jean-François Zygel qui

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proposera aux spectateurs son talent d’improvisation maîtrisé et limpide. Ce chef d’œuvre vibrant n’aura de cesse de vous étonner car, malgré sa catégorisation « noir et blanc » certaines touches de couleurs apparaîtront à l’écran ! Ce ciné-concert est proposé par l’Auditorium en partenariat avec l’Institut Lumière.

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Auditorium de Lyon 149, rue Garibaldi, 69003 Lyon 04 78 95 95 95 http://www. auditorium-lyon. com DÉC.2018 MArs 2019


2019 a 12h30

27 mars

Agenda lyonnais

notre festival lumiere 2018

Sur les docs Série de films documentaires

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Opéra Underground 1 place de la Comédie, 69001 Lyon 04 69 85 54 54 Entrée libre https://www.opera-lyon. com/fr/programmation/

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Deux fois par mois, « Sur les Docs » propose une série de films documentaires. Projet initié par l’Opéra Underground (nouveau programme de l’Opéra de Lyon) « Sur les Docs » a pour but de faire découvrir au public des documentaires rares ou oubliés, bruts, originaux, décalés, récents ou passés.

Pour ce nouveau rendez-vous, vous pourrez découvrir Saule Marceau de Juliette Achard réalisé en 2017. La projection sera suivie d’une discussion autour de l’œuvre animée par Samuel Aubin, réalisateur et écrivain.

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DÉC.2018 MArs 2019

Clara SEBASTIAO

Explorateur de peloches cherche bande de potes pour l’aider à creuser. »


goodies

Les sorties

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18/02 Jason et les Argonautes / L’île mystérieuse Sidonis De tous les créateurs d’effets spéciaux, Ray Harryhausen est sans conteste celui dont l’œuvre continue de faire rêver des générations entières et dont le nom est parfois même plus célèbre que les films sur lesquels il a travaillé. Disciple de Willis O’Brien (à qui l’on doit l’animation du King Kong de 1933), Harryhausen va populariser la stop motion via toute une série de films d’aventures remplis de créatures fantastiques et marquer au fer rouge l’imaginaire de bons nombre d’enfants de l’époque. Bonne nouvelle : l’éditeur Sidonis dépoussière deux classiques du maître via des éditions HD impeccables et remplies de bonus. Si Jason et les Argonautes est souvent décrit comme la plus belle réussite

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de Harryhausen (comment oublier le tour de force technique que constitue le combat contre les squelettes ?), l’auteur de ces lignes avoue avoir une petite préférence pour L’île mystérieuse avec ses crabes / abeilles / poulets géants… Au rayon des bonus, l’édition de Jason et les Argonautes se montre particulièrement complète avec un livret de 150 pages rédigé par Marc Toullec mais surtout le fameux documentaire de Gilles Penso «  Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux » qui retrace toute la carrière du maître avec une passion évidente. Passion qui semble également avoir contaminé Sidonis car l’éditeur ne s’arrête pas là et prépare pour fin mars un énorme coffret qui réunira les trois aventures de Sinbad le marin !

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goodies

06/03

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Time and Tide

La baie sanglante

Carlotta Films Célébré à sa sortie comme un film à la mise en scène flamboyante mais auquel on ne comprenait pas grand-chose, Time and Tide méritait bien une remise en lumière de la part de Carlotta, histoire d’en finir avec cette réputation de film mineur qui finissait invariablement dans les bacs de DVD à 2€. Revoir le film aujourd’hui permet de mesurer ce qui a pu dérouter il y a 20 ans : le rythme survolté et la narration qui part dans tous les sens ne font certes pas de cadeau mais ils participent à un conditionnement. En l’occurrence celui du spectateur, plongé dans un perpétuel état d’alerte mélangé à de la fascination que tous les délires visuels de Tsui Hark se chargent d’amplifier (on ressort du film épuisé mais ravi). Tout juste revenu d’un bref séjour aux USA qui ne s’est pas forcément bien déroulé, Hark se lâche complètement avec Time and Tide et emballe une solide série B qui ridiculise la concurrence américaine et devient illico un modèle pour les films d’actions futurs (The Raid en tête). Quant à l’édition de Carlotta, c’est un sans-faute (packaging, bonus, master HD) qui enterre sans problème tout ce qui est sorti jusque-là.

ESC Editions Inconnu dans le domaine de l’édition il y a à peine 5 ans, ESC est parvenu à se faire un nom rapidement notamment grâce à une fréquence de sorties hallucinante (mais comment font-ils ??), un choix de films assez pointu qui privilégie les titres rares et une qualité de finition très souvent au rendezvous (leur coffret Hellraiser se classe sans problèmes parmi les plus belles réussites de ces dernières années). Par conséquent, cela n’étonnera personne de les voir s’occuper du cas Mario Bava - cinéaste ô combien admiré mais dont la «  carrière  » en DVD a toujours été compliquée (films bloqués pour des histoires de droits, éditions moyennes…). Deuxième titre d’une nouvelle collection dédiée au maestro (Le corps et le fouet a été édité quelques semaines plus tôt), La baie sanglante constitue un immanquable pour les fans de bis italien : avec son bodycount plutôt élevé (une dizaine de meurtres), Bava signe la fin du giallo et pose sans le savoir les bases du genre qui prendra plus ou moins la relève : le slasher. Tous les détails sont abordés dans les bonus et dans le livret rédigé par Marc Toullec (qui est décidément de partout)…

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03/04

20th Century Fox / Universal Pictures / Metropolitan Si le cinéma d’horreur nous a proposé quelques belles surprises l’année dernière (Hérédité, Get out…), il a eu aussi tendance à fâcheusement se répéter comme en témoignent ces relectures dispensables de trois classiques absolus. Déjà présent en tant qu’acteur (et taupe de la production !) dans le Predator original, Shane Black applique son style habituel sur le reboot  mais ne parvient à aucun moment à créer une quelconque tension, la faute à des personnages dont le sort nous importe peu et dont le seul intérêt semble être de débiter des dialogues supposément cools. Bref la fausse bonne idée par excellence. Halloween s’en sort un peu mieux avec son choix d’ignorer tout ce qui a été fait après le classique de Carpenter (qui revient ici à la musique) et de proposer une suite directe… Plutôt efficace dans ses meurtres, le film ne

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surprend malheureusement jamais et plusieurs bonnes idées ne sont pas traitées comme elles le devraient (Jamie Lee Curtis en recluse traumatisée). On peut aussi se demander si tout n’a pas déjà été dit avec une telle franchise (le film est le onzième de la saga !) et si Michael Myers ne mériterait pas qu’on le laisse en paix pour de bon. Quant au déjà oublié Suspiria, il remporte sans problèmes la palme de la pire sortie de route de l’année  : interminable, laid, confus et d’une prétention sans bornes, le film est un supplice de 2h30 dont les rares scènes chocs, saturées de CGI moches, achèvent le spectateur. On ne peut pas en vouloir à Luca Guadagnino d’avoir voulu tenter « autre chose » mais on aurait juste aimé qu’il ne fasse pas… «  ça  ». Au vu de la catastrophe, on comprend mieux pourquoi Dario Argento avouait publiquement avoir détesté le film !

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Matthieu Broussolle

Predator / Halloween / Suspiria


Un

amour de slasher Sorti en 1981, dans l’âge d’or des slashers, Meurtres à la St Valentin a eu du mal à s’imposer dans les salles obscures avant de devenir culte. Son remake lui, sorti en plein état de grâce de la technologie 3D, a rencontré un fort succès en salle avant de générer quelques relents gastriques aux fans de genre. Comment deux films à la promesse similaire, celle d’un tueur masqué à la pioche, ont-ils pu connaître des destins opposés ? Ce cas de figure tend à prouver une vérité qui a bien du mal à être avouéE : un bon slasher, c’est celui qui a une âme.

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quartier libre: Un amour de slasher

fois moins que Vendredi 13 et n’aura pas la chance de poser les fondations d’une saga.

Début des années 80. Le cinéma de genre américain est en train de basculer dans un âge d’or relativement éphémère, mais qui a laissé une trace indélébile : celui du slasher (littéralement  : tailler dans la viande). Ce sous-genre du cinéma d’horreur, qui voit un tueur en série s’attaquer à un groupe de personnes, les tuant les uns après les autres, s’est imposé dans la mémoire collective grâce à quelques monuments qui en ont forgé les codes, tels que Halloween, Black Christmas, Vendredi 13 ou encore le fameux Meurtres à la SaintValentin.

C’est ainsi qu’en 2009, Lionsgate rachète les droits du film pour un reboot, surfant à la fois sur le renouveau du genre et… sur la 3-D. Aussi improbable que cela puisse paraître, My bloody Valentine se repose sur un angle « technologique » aussi bien dans sa direction artistique que dans sa promotion. Peut-être même un peu trop tellement Meurtres à la St Valentin 3D souffre d’un manque cruel d’originalité et d’une gratuité révoltante vis-à-vis de son outil de projection. Cet aspect ludique transforme cette nouvelle version de l’histoire en divertissement horrifique opportuniste, jamais flippant ni viscéral et ce, malgré quelques sympathiques plans de décapitation, des énucléations forcées et autres cœurs arrachés…

Produit avec seulement 2 millions de dollars, le long-métrage sorti en 1980 joue la carte de l’ultra spectaculaire dans ses effets gores, une vraie prise de risque pour l’époque, puisque la censure américaine a forcé le studio à couper plusieurs minutes de film. Les yeux sortent de leurs orbites, des cadavres sont jetés dans des machines à laver et des cœurs humains sont montrés en gros plan. Mais l’important est ailleurs : dans sa volonté de parfaire son univers, le jeune réalisateur George Mihalka décide d’aller jusqu’au bout de ses idées. Le tueur, à l’instar de Michael Myers, n’a pas de visage, jusqu’à son twist final bien amené, les meurtres s’enchaînent en reprenant tous les clichés inhérents au genre, tout en étant une carte postale du monde ouvrier canadien dans les années 80. C’est tout ce qui fait le charme de ce petit slasher, aussi bien l’honnêteté de son récit que sa volonté de créativité et de son jusqu’au boutisme encore surprenant aujourd’hui. Pourtant, cette prise de risque est un échec pour la Paramount, le long-métrage rapporte huit THE JELLY BRAIN

Véritable succès commercial pour Lionsgate avec près de 20 fois les recettes de l’œuvre de 1981, ce reboot n’est pourtant jamais resté dans les mémoires, toujours dans l’ombre de son ainé dans le cœur des aficionados. Deux œuvres opposées quoique complémentaires nées d’intentions différentes dans des contextes favorables à leurs exploitations. Malgré l’échec de l’un et le succès de l’autre en salles, preuve en est que ce supplément d’âme, ce soin apporté à l’inventivité et à la viscéralité de l’œuvre, est le facteur dominant dans le genre de l’horreur et tout particulièrement celui du slasher. Louis Verdoux

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