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INTERVIEWS EXCLUSIVES EMILIE GASSIN VANESSA GUIDE JAMES VINCENT McMORROW MAYA ANDRADE CATALINA DENIS BROKEN BELLS FAMILY OF THE YEAR January 2014 #9 ISSUE

PIERRE NINEY

La promesse du 7èmeart WILL.I.AM / DIMITRI STOROGE / MARGAUX CHATELIER / ANNE-CéCILE MAILFERT / JOYCE JONATHAN / lotte verbeek


EDITO #9 Bonne année à tous ! On démarre 2014 avec la grande révélation du cinéma français : Pierre Niney. Il crève l’écran dans Yves Saint Laurent, et nous a accordé une longue interview pour nous parler du film qui va, on en est sur, marquer au fer rouge le cinéma cette année. Retrouvez également d’autres interview exclusives avec Joyce Jonathan, Dimitri Storoge, Broken Bells, Catalina Denis ou encore Anne Cécile Mailfert, la porte parole de Osez le féminisme. Mode, culture, société, ce 9ème numéro est épique ! Merci à tous Et vive 2014 ! L’équipe TheBlindMagazine facebook.com/Theblindmagazine twitter.com/Blind_Magazine

FONDATEUR, DIRECTEUR DE LA REDACTION, REDACTEUR EN CHEF CINEMA & DIRECTEUR DE LA CREATION FR A NCOIS BERTHIER REDACTEUR EN CHEF, REDACTEUR EN CHEF MUSIQUE DINE DELCROIX RÉDACTRICE EN CHEF BEAUTE & NEWS AUR IA NE BESSON JOUR NALISTES Auriane Besson, François Berthier, Dine Delcroix, Riyad Cairat, Sarah Drenca PHOTOGR APHES Boris Alin, François Berthier, Maxime Stange, Patrick Fouque, Rachel Saddedine PRODUCTION Dine Delcroix, Carla Alves CONTACT R EDACTION/PUB theblindmagazine@gmail.com The BlindMagazine est édité par la société Ten Feet Under / Tous les textes et photos sont soumis par leurs auteurs qui acceptent leur publication, et n’engagent que leur responsabilité.


JUSTIN KWEDI Cinéphile passionné et rédacteur sur de nombreuses revues en ligne consacrées au Septième Art, Justin nous alimente chaque mois de portraits des stars les plus charismatiques et des films les plus singuliers, toutes périodes confondues...

AURIANE BESSON Travaillant dans la com’ et les RP, Auriane suit de près le monde des médias. Forte de son expérience notamment au pôle femme de Mondadori (Grazia, Biba…) elle nous livre chaque mois les dernières news mode, beauté et culture les plus pertinentes !

www.TenFeetUnderStudio.com

4


SOMMAIRE

Janvier 2014

86

54

6 Blind Beauty 12 Blind News 16 New Faces 18 Edito Beauté 20 L’instant Live Will.i.am

22 Emilie Gassin 28 Family of the Year 32 James Vincent Mc Morrow 36 Vanessa Guide 48 Broken Bells

5


Direction Eric-Emmanuel Schmitt & Bruno Metzger

THEATRE RIVE GAUCHE FRANCIS JEAN-CLAUDE HUSTER DREYFUS

ERIC-EMMANUEL SCHMITT avec

mise en scène

STEVE SUISSA

DAN HERZBERG

Décor Stéfanie JARRE - Costumes Pascale BORDET - Lumières Jacques ROUVEYROLLIS assisté de Jessica DUCLOS Musiques Maxime RICHELME - Vidéo Antoine MANICHON - Assistante à la mise en scène Stéphanie FROELIGER

LOCATION : 01 43 35 32 31 www.theatre-rive-gauche.com Magasins Fnac - Carrefour 0 892 68 36 22 (0,34€/min) www.fnac.com 6, rue de la Gaîté - 75014 Paris - Métro Edgar Quinet ou Gaîté

Rejoignez-nous sur

Photo : Pascal-Ito

de

Création

EINSTEIN

Licences : 1-1060940 & 2-1060942

LA TRAHISON D'


SOMMAIRE

122

92

54 EN COUVERTURE Pierre Niney

110 Blind Test Catalina Denis

66 Anne-Cécile Mailfert

118 Interview 1ère fois Mayra Andrade

86 Blind Truth Joyce Jonathan 92 Margaux Chatelier 104 Dimitri Storoge

122 MODE 146 La fille qui rend Blind Lotte Verbeek 148 Musique

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BLIND BEAUTY

2014, la Vie en Rose

PALETTE LÈVRES ET JOUES Prismissime Euphoric Pink GIVENCHY Les prochaines collections make up pour le printemps s’annoncent déjà et le rose confirme son retour en grâce. Loin de l’imagerie girly, le rose 2014 est fashion, pointu, frais et ludique. Nicolas Degennes, directeur artistique du make-up Givenchy présente Over Rose, une collection aux notes paisibles et gourmandes. Ce mois-ci, place à la palette Lèvres et Joues Prismissime Euphoric Pink, neuf teintes rosées à la texture fondante et aérienne qui se transforme au contact de la peau en un voile mat délicat. Trois applicateurs sont à disposition mais on préfère l’application au doigt pour un passage bonne mine facile et immédiat.

On a

dore

Prismissime Euphoric Pink Must Have, Palette Lèvres & Joues - GIVENCHY 61€ Disponible à partir du 20 janvier 2014

PHYTO-LIP TWIST SISLEY Multifonction, le Phyto-Lip Twist est un mix imparable entre couleur, confort et brillance. La formule glissante et sensorielle habille les lèvres d’un shot de couleur qui dure, tout en gardant une sensation de lèvres nues.La mine s’applique directement sur les lèvres comme un rouge à lèvre : Un seul passage pour un voile de brillance coloré, (ou plusieurs pour un résultat plus prononcé) la couvrance est réellement adaptable, selon nos envies ! Des actifs végétaux assurent une performance soin très efficace pour des lèvres lissées et hydratées. Phyto-Lip Twist se décline en six teintes : du plus nude au plus intense. Coup de cœur pour le rose tendre Baby, qui apporte un voile de couleur glossy et lumineux, tout en transparence. On est addict !

8

Phyto-Lip Twist - SISLEY 32€ Disponible à partir du 15 février 2014


Palette Naked 3 URBAN DECAY La palette Naked est devenue LA référence absolue du make-up nude, et Urban Decay la décline aujourd’hui en version rosée très naturelle. Naked 3 propose des mats ultra doux, des nacrés divins et des teintes aux reflets métallisés pour une multitude de looks effet «peau nue». L’avantage du rose : il convient à tous les types de carnations ! Douze nouvelles teintes pouvant se mixer entre elles en toute harmonie grâce à la formule Pigment Infusion System propre à la marque. Coup de cœur pour la teinte Dust, un rose pâle givré métallisé et la teinte Nooner : un chocolat tirant sur le rose au fini mat éblouissant. À nos pinceaux ! Palette Naked 3 -URBAN DECAY 45€ En exclusivité chez Sephora et sur sephora.fr

Balance Purifying Cleanser COLBERT M.D. Le produit idéal pour une detox after party ! Le dermatologue new-yorkais chouchou des stars n’en finit pas d’innover. Ce démaquillant à l’acide lactique dissout toutes les toxines avant de recharger les cellules en ginkgo biloba et allantoïne, deux actifs anti-oxydants et anti-irritants, qui permettent de stimuler le renouvellement cellulaire. Notre sauveur de peau après les fêtes ! Balance Purifying Cleanser - COLBERT M.D. 150ml - 52€ Disponible chez Colette et sur www.colbertmd.com

9


La véritable crème de Laponie POLAAR Polaar, la marque de cosmétiques à base de principes actifs polaires ultra novateurs sort cet hiver la véritable crème de Laponie, la crème SOS spéciale grand froid ! Inspirée d’une recette ancestrale laponne au pouvoir antioxydant très puissant, cette crème associe des ingrédients tels que des framboises et des airelles arctiques, des mûres des marais, ou encore des algues polaires. Un baume bouclier nourrissant et protecteur contre les chocs thermiques et la pollution, sa texture fondante se transforme en eau au contact de la peau. A utiliser sans modération. La véritable crème de Laponie - POLAAR 75 ml - 26,90€ Disponible chez Marionnaud, en points de vente agréés Polaar et sur www.polaar.com

Baume Touche Perfection KERASTASE Cet hiver on prend l’habitude de chouchouter nos cheveux comme il se doit ! Ce baume nourrissant lutte contre les pointes sèches et les longueurs sensibilisées pour les repulper à la moindre sensation de sécheresse. Il associe un extrait de rhizome d’iris riche en polyphénols antioxydants et de gelée royale aux 11 acides aminés qui restaure la matière capillaire incroyablement. Ce soin au parfum addictif est à lisser sur les longueurs aussi souvent que nécessaire, à l’instar d’un baume nutritif pour les lèvres. Un luxe nomade à garder partout sur soi pour une réparation immédiate ! Touche Perfection Baume repulpant pointes sèches - KERASTASE 40ml - 29€

10


La Petite Robe Noire - Mon Eau de lingerie GUERLAIN

T S U M AVE H Le nouveau rituel beauté à adopter cet hiver ! Guerlain transpose La Petite Robe Noire en cette eau formulée pour imprégner les tissus. De quoi permettre aux adeptes de la fragrance de parfumer tout leur vestiaire avec leur jus de prédilection, et se garantir ainsi une diffusion maximum. On y retrouve évidemment les notes sensuelles et addictives de fruits rouges qui nous ont conquises dans les versions eau de toilette, et eau de parfum. Une brume légère et subtile, à pulvériser sans retenue !

Mon Eau de lingerie « La Petite Robe Noire » GUERLAIN 100ml - 59€ Edition limitée

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Beauty Shopping Chez Colette... On y va pour le corner beauté qui propose des produits que l’on trouve très difficilement ailleurs comme les produits coiffants Balmain, la collection make up Top Shop ou encore la collection de Alexa Chung chez Eyeko qui propose eyeliners et mascaras de qualité pour un look très 60’s ! Et si vous voulez faire une folie, offrez-vous un superbe serre tête Maison Michel.

Serre-tête animal, Maison Michel, 365€ Eyeliner Noir, Eyeko, 11€ Colette, 213 rue Saint Honoré, 75008 Paris

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Chez Rose et Marius... n

ade i M 100% vence Pro

En plein cœur d’Aix-en-Provence, on y va pour trouver des objets luxe faits main selon les règles du savoir-faire provençal. La créatrice réinvente les symboles des bastides de Provence du 19ème siècle grâce à des artisans passionnés. On aime la collection de timbales à bougies, inspirées des motifs de carreaux de ciment de la bastide familiale, ou encore les carreaux de ciment parfumés : de petits savons provençaux intégralement réalisés à l’ancienne, par un artisan local, et qui sent divinement bon. Savon Carreau de Ciment parfumé, 16€ Bougie Carreaux de Ciment, 75€ Rose et Marius, 8 rue Papassaudi, 13100 Aix-en-Provence www.roseetmarius.com

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BLIND NEWS Kirsten Dunst, ambassadrice de L’oréal professionel

© L’Oréal Professionnel

L’Oréal Professionnel saute le pas et associe désormais son image à celle d’une personnalité. Pour la rentrée 2014, la marque lève le voile sur une collaboration inédite: l’actrice Kirsten Dunst est dès à présent le nouveau visage, l’ambassadrice, la porte-parole de L’Oréal Professionnel. Une grande première pour L’Oréal Professionnel, séduit par la personnalité fraîche et moderne de l’actrice. «Kirsten Dunst affiche une beauté éternelle, analyse Anne-Laure Lecerf, Directrice Générale Internationale de L’Oréal Professionnel. C’est une femme qui entretient un lien étroit avec la mode. Son grand professionnalisme et son aspiration à l’excellence font de Kirsten une des actrices les plus talentueuses qu’il m’ait été donné de rencontrer. » A 31 ans, la muse de Sofia Coppola participera ainsi aux prochains lancements produits du géant cosmétique français : à savoir les gammes Wild Stylers, Beach Waves et Absolut Repair Lipidum. Mais on est surtout impatients de la revoir sur grand écran. Et cette année, Kirsten Dunst sera à l’affiche de deux films, The Two Faces of January avec Viggo Mortensen et Oscar Isaac, et le film de science-fiction de Jeff Nichols Midnight Special.

+ de news...

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© Balmain

La valse des égéries : Rihanna chez Balmain, Kristen Stewart chez Chanel, Miroslava Duma chez Roger Vivier, Lady Gaga chez Versace et Lou Doillon chez Chloé !


© Mulberry

Cara Delevingne, star de la campagne Mulberry printemps-été 2014 La nouvelle campagne printemps-été 2014 de Mulberry commence à se dévoiler. Pour présenter l’univers enchanté et looké de la maison britannique, la griffe a encore fait appel aux talents de Cara Delevingne. Egérie depuis quelques saisons déjà, la jeune femme de 21 ans a pris la pose pour une tea party champêtre déjantée, shootée par Tim Walker qui collabore régulièrement avec Mulberry. Anne-Marie Verdin la directrice de la marque avoue que le travail du photographe Tim Walker donne « un sentiment romantique, littéraire et très british à la marque Mulberry ». La collection s’annonce d’ores et déjà sublime. Coup de coeur pour la petite robe preppy à dentelle très sixties, on a hâte de voir la suite ! Jennifer Lawrence, l’actrice la plus bankable de 2013 Chaque année, l’éditeur Quigley Publishing Company réalise une étude auprès des exploitants et des distributeurs pour désigner l’artiste le plus rentable. En 2013, le résultat est sans appel, c’est Jennifer Lawrence qui gagne haut la main! Ses films ont rapporté plus de 450 millions de dollars aux Etats Unis (CBO Box-Office). Elle devance Sandra Bullock, Bradley Cooper et même Leonardo DiCaprio. Oscarisée début 2013, Jennifer a également été désignée « personnalité la plus influente de l'année 2013 » par le magazine Variety. Actuellement à l'affiche de Hunger Games : l'Embrasement, l'actrice américaine sera aussi sur les écrans en 2014 dans American Bluff, et X-Men : Days of Future Past.

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50 ans de rock en photos avec les Rolling Stones Les ex-enfants terribles du rock, devenus icones, ont marqué l’histoire de la musique de leur empreinte légendaire par 50 ans de carrière, 41 tournées et autant de créations et de performances mythiques. Les 76 clichés exposés à la Galerie Nikki Diana Marquardt retracent l’histoire du groupe : des swinging sixties, lorsque le tout nouveau groupe formé de Mick Jagger, Keith Richards, Charlie Watts, Bill Atman et Brian Jones faisait ses premiers pas sur scène, jusqu’à aujourd’hui. Les photographies sont signées Jean-Marie Perrier, Michael Putland ou Bob Gruen. Une collection exceptionnelle qui s’affichera jusqu’au 12 janvier 2014, allez-y vite ! «The Rolling Stones 50th years» - Galerie Nikki Diana Marquardt 10 rue de Turenne, 75004 Paris Entrée gratuite

La robe blanche de Marilyn Monroe designée comme le costume le plus culte de l’histoire du cinéma La scène est restée mythique : dans le film 7 ans de réflexion de Billy Wilder, la robe blanche de Marilyn Monroe s’envole au-dessus d’une grille d’aération du métro new-yorkais, dévoilant les jambes de l’actrice. Quelques minutes qui ont suffi à la robe ivoire dessinée par William Travilla pour devenir à elle seule une page d’histoire du cinéma hollywoodien. La robe vient d’être désignée par la British Heart Foundation comme le costume le plus culte de l’histoire du cinéma. Dans ce classement, la robe de Marilyn a ainsi surpassé la robe de Dorothée dans Le Magicien d’Oz, le bikini blanc de Ursula Andress dans Dr No ou encore la petite robe noire d’Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé. 16


Helmut Newton : Unr nouvelle expo de photos cultes Après l'immense succès de la rétrospective au Grand Palais l’année dernière, la Galerie Art Cube présente une collection unique de photos de Helmut Newton. On y découvre une trentaine de clichés du photographe dont la plupart sont inédits.  A cela s'ajoutent des petites merveilles quasi-historiques soit une dizaine de polaroids annotés de la main de l'artiste. Une belle occasion de (re)découvrir les œuvres du talentueux photographe qui fait émerger de ses clichés une sensibilité et une sensualité folle. 

«Helmut Newton - the Recollection» - Galerie Art Cube 9 Place de Furstemberg, 75006 Paris Jusqu’au 18 janvier

17


NEW FACES Chaque

mois, retrouvez les plus belles new faces. Par Franรงois Berthier

n e om

W @ e l l e 3 7 Jan 1 /85 0 6 / 81


Puck@Ka rin 172cm 81 /58 86


BEAUTE

Par MAxime Stange hair : Pierre St Sever Make up : yann bousand larcher Melissa Gateau@crystal


L’INSTANT LIVE Will.i.am aime décidément la France ! Après avoir enflammé le Zénith de Paris ainsi que le Palais Omnisports de Bercy, le chanteur et producteur américain a offert un showcase privé devant un petit groupe de chanceux spectateurs dans l’enceinte du Trianon le 17 décembre dernier. Écrans futuristes, improvisations électroniques et chorégraphies endiablées étaient au menu de cet Instant Live dont nous avons rapporté ce cliché souvenir.

Par Dine Delcroix / Photo : Boris Allin


Will.I.AM


DECOUVERTE


Emilie GASSIN Par Dine Delcroix / Photos : François Berthier

D’origine

australienne, Emilie Gassin a choisi la France pour faire ses premiers pas dans le musique. C’est en septembre dernier qu’elle a dévoilé A Little Bit Of Love, single tiré d’un EP éponyme, en attendant son premier album prévu pour le début de l’année sous le titre Curiosity.

Tu as touché à différents

me comblait pas. C’était

à 14 ans, seule dans ma

domaines comme le sport et

la même chose avec le

chambre mais, le jour où

les arts plastiques avant de

sport puisque j’avais déjà

je suis passée devant le pu-

te consacrer à la musique.

arrêté le football deux ans

blic, je me suis sentie libre

Comment t’es-tu décidée à

avant de me consacrer à

et à l’aise. J’ai alors com-

faire un choix ?

la musique. C’est en com-

pris que je voulais donner,

mençant à jouer en public

partager, accompagner et

que j’ai eu le déclic et que

mettre des mots sur des

cette passion a pris le des-

émotions universelles.

Je ne sais pas... Ce n’est pas une décision que j’ai prise du jour au lendemain. Je pense que, d’aus-

sus sur les autres.

si loin que je me souvienne, j’ai vraiment aimé tout faire, que ce soit les arts plastiques, le sport ou la musique. Tant que je pouvais tout pratiquer, j’étais contente. Puis, en

Pratiques-tu toujours le sport ? Quel a été l’élément déclencheur ?

Oui. Je suis beaucoup

Je pense que cela a été

ce n’est pas évident de pra-

mon premier concert.

tiquer un sport d’équipe à Paris. Il faut trouver le

grandissant, je me suis dit

temps pour les entraîne-

qu’il fallait prendre une décision. J’étais à la fac

Qu’as-tu ressenti à cet ins-

en arts plastiques mais

tant précis ?

j’avais soif d’autres choses car je voyais que cela ne

dans les salles de sport car

Je chante depuis toujours

ments. Je fais beaucoup de CrossFit, de la musculation, du cardio-training et cela me fait du bien.

et j’ai appris la guitare 25


Comment t’es-tu retrouvée à

Ton français est très bon !

c’était à mes débuts. Évi-

signer avec le label Polydor d’Universal Music ? Je suis arrivée à Paris pour m’installer

J’ai joué en Australie mais

Merci (rires). C’était le bon

demment, j’aimerais beau-

choix alors !

coup y retourner et peutêtre

même

enregistrer

définitive-

L’exportation de ta musique

ment, pas forcément pour

là-bas. La musique live est

a déjà commencé puisque tu

faire de la musique car je

très importante en Austra-

as eu l’occasion de chanter à

voulais vivre à Paris. J’ai

lie. Il y a des concerts tous

Beyrouth. Comment t’es-tu

commencé à jouer dans

les soirs. Le live est vrai-

retrouvée au Liban ?

ment ancré dans le quoti-

des bars et j’ai été repérée

dien et dans la culture des

par la boite de production

Quand j’ai commencé à

Coolangatta. Il y a 2 ans,

jouer à Paris, il y avait un

j’ai fait un album en au-

groupe de libanais qui

to-production avec Coo-

venaient

langatta et de plus en plus

et nous sommes deve-

Tu t’apprêtes à sortir ton

de monde venait à mes

nus amis. Deux ou trois

premier album qui s’intitu-

concerts. Grâce au bouche

ans après, en rentrant à

lera Curiosity. Es-tu de na-

à oreille, nous avons rem-

Beyrouth, ils ont déci-

ture curieuse ?

pli deux fois le New Mor-

dé de créer « Beirut Jam

ning et il se trouve que

Sessions » qui fait venir

l’équipe de Polydor était

des artistes à Beyrouth

présente durant le deu-

pour des concerts et j’ai

xième soir. Tout s’est en-

eu la chance d’être une

chaîné dès cet instant.

des premières chanteuses

australiens.

régulièrement

programmées.

Oui, je pense que je suis curieuse, c’est ancré en moi. J’aime tester plein de choses, aller au bout de mes rêves…

C’était

une vraie bonne surprise. Initialement, que venais-tu faire à Paris ?

J’étais ravie et j’aimerais

À quoi doit-on s’attendre

bien y retourner.

avec ce premier album ? À une aventure. C’est

Je voulais changer de vie, découvrir,

26

apprendre,

Tu es d’origine australienne.

avoir des challenges et

As-tu déjà joué dans ton pays

améliorer mon français.

natal ?

un peu un journal intime. J’écris sur les émotions des gens. J’espère que cet album va leur par-


ler, qu’il les accompagne-

pris cela comme un signe

sieurs femmes. Elle a en-

ra au quotidien et qu’il

du destin et je l’ai reprise

tendu mes chansons et

les aidera à surmonter les

à mon tour.

elle a pensé à moi pour un

épreuves de la vie. Cet al-

des titres. C’était une belle

bum sera joyeux car je suis

rencontre et j’espère que

plus facilement inspirée par les moments de bonheur. Ton album contiendra une reprise de la chanson Ça pourrait changer de Brigitte Bardot. Pourquoi avoir choisi de

Quels sont les artistes avec lesquels tu aimerais collaborer ? Leslie Feist, KT Tunstall, Michael Bublé... J’aime bien le jazz donc un album big band me plairait.

reprendre ce titre ?

Ton single A Little Bit Of Love parle incontestablement d’amour. As-tu une philosophie à ce sujet ? Je me dis tout simple-

Quand j’étais plus jeune,

Tu as récemment participé

j’ai acheté un disque qui

à la bande originale du film

s’appelait Brigitte Bardot

Homosapiennes de Audrey

chante Serge Gainsbourg

Dana. Comment en es-tu ve-

et sur lequel figurait cette

nue à interpréter un chanson

chanson qui était l’une

pour ce film ?

de mes préférées. Plus

28

cela va durer.

ment que cela fait du bien de donner de l’amour et d’en recevoir. En règle général, plus on donne, plus on reçoit et si ce n’est pas le cas, il faut changer quelque chose  ! Je

tard, j’ai appris que cette

La chanteuse Imany a

suis souvent inspirée par

chanson n’a pas été écrite

composé la musique du

l’amour et cela se ressent

par Serge Gainsbourg et

film et comme c’est un

dans mes chansons.

qu’elle est adaptée d’un

film sur les femmes, elle

titre chanté par une aus-

a choisi de faire chanter

tralienne à la base. J’ai

ses compositions par plu-


FAMILY OF THE YEAR Par Dine Delcroix Photos :Â Rachel Saddedine

30


DECOUVERTE Auteurs d’une folk entêtante qui a déjà séduit les États-Unis et l’Allemagne, Christina Schroeter, James Buckey et les frères Joe & Sebastian Keefe s’apprêtent à présenter leur deuxième album en France, porté par le tube Hero. le quatuor californien a répondu à nos questions. Comment a été choisi le nom du groupe ? Christina : Nous avions un autre nom au dé-

Quels qualificatifs donnez-vous à votre musique ?

part mais il ne fonctionnait pas. Nous avons

Christina : Je pense que notre musique à

alors essayé de changer mais aucun ne met-

une dominante folk avec un fond pop et je

tait tout le monde d’accord puis, Joe a écrit

crois que nous sommes assez honnêtes dans

une chanson à propos d’une famille parfaite

notre écriture. C’est difficile de décrire sa

d’apparence mais qui renferme pas mal de

propre musique sans avoir l’impression de

sombres secrets et c’est un peu la manière

paraître prétentieux.

dont les gens nous voient : une famille parfait dont les membres chantent des chansons ensemble en se tenant la main. En vérité, nous sommes juste comme n’importe quel groupe

Qu’est-ce qui influence votre œuvre ?

d’amis avec des secrets. Nous nous identifions

Christina : La vie, la tristesse, la joie, les

à cette idée, raison pour laquelle nous avons

expériences uniques... Nos influences ne sont

adopté le titre de la chanson comme nom de

pas musicales, elles proviennent surtout de

groupe.

nos expériences. Nous voulons tout simplement faire une musique que nous pourrions écouter.

Christina, te sens-tu parfois à l’écart quand tu es avec les 2 frères de la bande ? Christina : Non, j’ai l’impression qu’on est de la même famille. Je me sens comme leur sœur (rires). Joe : Oui, nous sommes tous aussi proches que les membres d’une famille.

Y a-t-il eu des changements dans votre manière de travailler depuis votre signature avec une maison de disques ? Christina : Non. Nous avions déjà enregistré notre album avant d’avoir un label. Nous avons travaillé avec un producteur qui est un ami et avec qui nous allons probablement travailler sur le prochain album. Il a contribué à la crédibilité de notre musique.

31


Avez-vous toujours la même liberté ?

un bon concert.

Joe : Oui, totalement. Notre liberté de création n’a pas changé. Christina : Personne ne nous dit comment enregistrer notre musique où comment écrire nos chansons, heureusement. Nous avons fait beaucoup de choses par nous-mêmes et nous avions notamment notre propre label pour nos chansons.

Avez-vous des nouvelles des anciens membres du groupe ? Joe : Oui, nous sommes toujours amis. Ils

Que est la première chose que vous faîtes en sortant de scène ? Christina : Ramasser nos affaires et aller boire. Joe : Changer de t-shirt, aussi.

Vos fans français sont-ils différents de vos fans américains ? Joe : Ils sont cools !

travaillent sur leurs projets et ils sont très oc-

Christina : Nos fans français ont l’air

cupés mais nous les voyons.

d’avoir notre âge alors qu’en Amérique, j’ai le sentiment que nous jouons devant un public plus jeune. En France, c’est comme si

Comment se déroulent les choses lors-

nous pourrions faire partie du public.

qu’il y a une dispute au sein du groupe ? Christina : Je pleure tout le temps. Je suis une fille et je suis entourée de garçons (rires). Joe : On est désolé pour toi, Christina (rires). Moi, j’essaye de ne pas pleurer mais je pleure à l’intérieur.

Quelle est la première chose que vous faîtes avant de monter sur scène ? Joe : Habituellement, on chante une chanson et on se tape nos mains en se souhaitant 32

Comment expliquez-vous cette différence d’âge ? Christina : Je ne sais pas. Peut-être que les groupes pour lesquels nous avons joué en premières parties avait un public jeune.

Quel souvenir gardez-vous de votre premier concert en France ? Christina : C’était en 2011 à la Maroquinerie. Nous n’avions pas joué Let’s Go Down


durant le concert. En sortant de scène, notre tour manager est venu nous dire que nos fans nous attendaient à l’extérieur. Nous sommes allés voir et il y avait effectivement une cen-

incroyable ! Joe : C’était très sympa de jouer de cette manière dans le restaurant de la salle de concert.

taine de fans qui attendaient. L’un d’eux a rappelé que nous n’avions pas joué Let’s Go Down et Joe lui a répondu : « Paie-moi

Qui utilise le plus le compte Twitter du

une bière et je vais chercher ma guitare pour

groupe ?

te la jouer ». Nous avons ainsi interprété la chanson avec tout le monde autour, c’était

Christina : Moi ! 33


JAMES VINCENT MC MoRROW Par Dine Delcroix / Photos : François Berthier

Créateur solitaire et multi-instrumentiste, James Vincent McMorrow revient ce mois-ci avec Post Tropical, un second album écrit et composé principalement sur les routes d’une tournée chaleureuse et familière, à l’image de sa musique qu’il ne veut surtout pas qualifier de folk. Fier de son œuvre, le chanteur irlandais se produira sur la scène parisienne de la Gaîté Lyrique le 20 février 2014.

Pourquoi avoir choisi d’intituler ton nouvel

Arcade Fire qu’ils font de la folk alors

album Post Tropical ?

qu’ils utilisent des guitares et des man-

Les gens aiment bien mettre des étiquettes alors j’ai eu envie de lui donner une esthétique. J’avais ce titre en tête

dolines. Les gens aiment les appellations. Moi, je me considère tout simplement auteur-compositeur.

bien avant de commencer à travailler sur l’album.

Dans quelles conditions as-tu écrit et composé ces nouvelles chansons ?

Cela signifie-t-il que ton album précédent

J’ai commencé pendant ma tournée.

était tropical ?

C’était chaotique au début car je travail-

Chaque album doit être différent et proposer son propre univers. Quand je réécoute le premier album, il m’évoque ce mot, oui.

lais beaucoup sur mon ordinateur dans des chambres d’hôtel ou dans le bus. Une fois rentré en Irlande, c’est devenu plus calme et plus serein. J’allais en studio tous les jours. J’aime passer du temps en studio du matin au soir. J’ai travaillé lentement car je ne pense pas que les

Te considères-tu comme un chanteur de folk ?

bonnes choses viennent facilement. La lenteur me convient d’autant que je fais

Je ne considère pas le premier album

pratiquement tout moi-même.

comme étant un album folk. Les gens ont pris l’habitude de parler de folk dès qu’ils voient une guitare et une barbe. Personne ne dit de The National ou de 34

De quoi as-tu absolument besoin pour travailler ? De mon ordinateur. Il me permet de tra-


DECOUVERTE


vailler n’importe quand et n’importe où.

ciens. Je ne suis pas le plus grand musi-

J’en viens parfois à me demander com-

cien du monde mais j’avais envie de res-

ment les gens se débrouillaient pour

ter maître de mes idées car les musiciens

faire de la musique avant l’existence des

ont tendance à apporter leurs propres

ordinateurs. Ces sont incroyables ! Tout

idées. Je n’avais pas envie de passer trop

le monde a accès à la création musicale

de temps à expliquer des choses person-

grâce à eux. C’était la méthode idéale

nelles pendant l’enregistrement. La cla-

pour moi lorsque je n’avais pas d’argent

rinette est le seul instrument qui a été

pour produire mon premier album.

joué par une autre personne que moi.

Avais-tu plus de pression en enregistrant ce

Quel est ton instrument préféré ?

deuxième disque ?

La batterie. Je suis un batteur. J’aime

Il y a plus de pression car il y a plus de

le rythme et il y en a dans tout ce que

gens attentifs aujourd’hui et donc plus

j’écoute.

de personnes qui m’attendent au tournant. Je me suis mis déjà moi-même la pression pour faire de cet album quelque chose de spécial. Je ne suis pas inquiet car j’ai le sentiment d’avoir faire un beau truc. C’était de la pression musicale. Je n’ai pas eu la même chose avec le premier album. J’ai retravaillé énormé-

Les séries télévisées semblent aimer tes chansons puisque tu as déjà été entendu dans Les Frères Scott, Grey’s Anatomy ou encore The Vampire Diaries. Laquelle de ces séries regardes-tu ?

ment de détails pour ce nouveau disque

Pour être parfaitement honnête, je ne

contrairement au premier.

regarde aucune de ces séries. Je me souviens avoir un peu regardé Grey’s Anatomy à l’époque où ma musique y était.

Tu joues tous les instruments qu’on entend sur l’album. Pourquoi n’as-tu pas fait intervenir d’autres musiciens ?

Pourtant, je regarde beaucoup la télévision. J’aime la science-fiction et ma série préférée est Justified.

J’ai été musicalement élevé de cette manière, je n’ai jamais vraiment joué en groupe au risque d’être frustré par d’autres musiciens. J’ai donc tout appris

36

Que répondrais-tu si des personnes te disaient que ta musique est déprimante ?

tout seul par nécessité. Je sais ce que

Je leur dirais d’aller écouter Nick Cave

j’aime et ce que je n’aime pas. Il n’est

pour comparer (rires).

pas toujours nécessaire d’avoir des musi-


VANESSA GUIDE Par Riyad Cairat / Photos : François Berthier

Théâtre, cinéma, télévision, 2014 ne peut que lui sourire d’avantage. Depuis le début de sa carrière la jeune actrice, naturelle et spontanée, essaye de brouiller les pistes pour éviter un estampillage qu’elle ne souhaite pas. Le tout avec talent et succès bien entendu.


Peux-tu nous raconter ton parcours ? Je suis arrivée à Paris peu de temps après le bac pour voir ce que ça pouvait donner vu que j’avais toujours eu cette passion du théâtre et que je prenais

dans la rue alors qu’il n’avait rien demandé, sinon il faut un certain temps quand on vient de nul part, que l’on ne connait personne pour que les choses se mettent en place.

des cours depuis l’age de treize ans. Je n’imaginais pas tellement que ça pouvait devenir mon métier parce qu’à Besançon pas beaucoup de gens étaient comédiens. Et à un moment je me suis dit « Puisque c’est ton rêve il faut te donner les moyens pour ne pas avoir de regrets ». Mes deux premières années ont été un peu difficiles, m’adapter à une grand ville comme Paris où je ne connaissais personne, c’était un peu rude. J’allais à la fac, à mon cours de théâtre et des petits boulots à côté et j’ai commencé à gagner ma vie grâce à la pub puisqu’on m’avait inscrite dans une agence et ça a plutôt bien marché. Pour me former, j’ai fait beaucoup de court-métrages et je continuais à faire beaucoup de théâtre puis je me suis retrouvée assez vite dans des pièces qui ont bien marché en restant plusieurs mois dans des grandes salles. Après avoir refusé deux pièces pour me consacrer aux tournages, ça fait deux ans que je ne fais essentiellement que ça. C’est assez difficile je trouve de faire les deux en même temps. Mais j’adore la scène et j’y retourne en 2014. Et petit à petit à faire des rencontres ça a fini par payer mais c’est assez long, à part quelques personnes qui ont un coup de chance à la Romain Duris qui se fait repérer 40

A partir de quel moment tu as pensé que tu pouvais faire carrière ? C’était une longue réflexion ou au contraire un déclic qui t’as lancé ? J’ai toujours eu plus ou moins ce rêve mais ça restait un rêve, et un rêve ce n’est pas un métier. J’ai eu de gros doutes à la période de l’adolescence vers 16, 17 ans quand on perd pas mal confiance en soi. Je faisais du théâtre toute les semaines, j’adorais ça mais delà à en faire mon métier, je me demandais si c’était possible. Beaucoup de gens me mettait en garde en me disant « attention c’est un métier de crêve la faim ! ». Et un jour j’ai vu Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Ce film m’a fait un électrochoc, je suis ressortie de la salle en larme pendant une demi-heure, je ne pouvais plus m’arrêter de pleurer parce que ce film m’avait fait prendre conscience que je devais aller au bout de mon rêve et ça a été mon déclic. Quand je dis au gens que ce film m’a fait pleurer pendant une demi-heure, ils ne comprennent pas. « Mais il n’est pas triste  !  » Et quelques années plus tard j’ai eu l’occasion de rencontrer Jean-Pierre Jeunet et de lui raconter cette histoire.


Désormais tu es actrice, tu as réussie à faire de ta passion ton métier. Est-ce que tu considères que tu fais un métier passionnant ou c’est toujours ta passion qui est devenu ton métier ? Ca dépend des jours en fait ! (Rires) Ca dépend avec qui je travaille. Il y a des jours où je sais que je viens gagner un cachet mais ça ne m’arrive pas souvent parce que j’ai la chance de faire beaucoup de choses passionnantes. J’arrive toujours à trouver un côté sympa mais c’est très rare de me retrouver sur une pièce ou un tournage où c’est le bagne avec une envie de partir de là. Ca m’est arrivé pas mal au début de ma carrière parce qu’on ne fait pas forcement de bonnes rencontres et comme tu manques de confiance en toi, tu attires les gens qui sentent ça et en profite pour te faire faire des trucs pas cools. Des gens qui te bouffent ton énergie, qui te font répéter tous les soirs jusqu’à une heure du matin pour une

disant « je ne me plus

ferai avoir

deux fois » . Je ne savais pas toujours ce que je voulais faire mais je savais ce que je ne voulais pas faire et j’ai refusé beaucoup de choses.

pièce qui au final ne se montera pas ou qui ne sera pas payée. Sur des publicités parfois les types sont assez speed et peuvent te considérer vite comme un produit comme si j’étais une tablette de chocolat que l’on déplacerait d’un endroit à un autre. Mais je n’ai pas eu tant de mauvaises expériences que ça, j’ai été assez préservée.

Et dans toute ces choses que tu as refusé, il n’y a rien que tu regrettes ? Rien du tout. J’ai refusé quelque chose qui peut paraître aberrant mais j’ai refusé de jouer dans une pièce de John Malkovitch. En fait, j’ai appris que le rôle était celui d’une femme nue tout le long de la pièce et elle n’avait pas grand chose à faire

Comment tu as appris à éviter ce genre de situation ? En me prenant des portes dans la gueule ! Tu commences à aiguiser tes choix en te 42

à part coucher avec Valmont. Apparemment la fille qui a pris le rôle était super dedans mais pour ma part je m’étais dit que j’allais mal le vivre et pas apprécier le fait d’être nue tout les soirs sur scène, avoir si peu de choses à défendre. J’ai pas


que tu peux trouver dans le jeu, ce qui n’est pas toujours permis au théâtre. J’ai fait pas mal de tournages ces derniers temps et c’était super cool, mais je suis super contente de retourner au théâtre en 2014 ! Il y a un truc au théâtre que mal d e p u deur et

tu n’auras jamais sur un tournage, c’est le public, tu joues pour des gens, tu vois directement leurs réactions, j’adore le rapport direct avec le public.

j’admire les filles qui

sont

capables de mettre ça de côté et s’il faut se mettre nue c’est

pas

grave,

« on y va » et puis elles le vivent très bien. Je sais que je l’aurais mal vécu, comme une agression, c’était au dessus de mes forces. J’ai préféré ne pas me rendre malade tous les soirs. Beaucoup de gens m’ont dit « t’es malade de dire non à Malkovitch » mais je n’ai pas regretté et ça m’a permis de faire d’autres choses que je n’aurais pas pu faire si j’avais dit oui.

Quel type d’actrice tu aimerais devenir avec le temps ? Une actrice que l’on arrive pas à mettre dans une case. J’ai fait beaucoup de comédies ces derniers temps et là en 2014, je joue une fille qui se retrouve en fauteuil roulant et qui a vraiment une vie de merde. Je suis contente de pouvoir faire le grand écart entre les sketchs du Débarquement ou de Pendant ce temps... et des choses plus profondes, plus sérieuses. C’est un autre style de boulot mais je suis ravie de ne pas avoir d’étiquette, de pouvoir brouiller les pistes. Il y a des gens qui te donnent envie de travailler avec eux, que ce soit des acteurs, des réalisateurs ou des metteurs en scène. Parfois, ce sont juste des scénarios, tu ne connais pas le réalisateur, c’est son premier film

Théâtre ou cinéma ? C’est comme si je te demande de choisir entre ton père et ta mère. Tu les aimes pour des choses différentes. Ce n’est pas la même manière de jouer, j’aime les tournages pour la subtilité et les nuances

et il t’envoie le scénario, comme ça m’est arrivé avec Jean-Baptiste Saurel pour son court-métrage qui s’appelait La Bifle. J’ai reçu le scénar’ et je ne connaissais pas ce mec ! Je n’avais jamais eu un truc comme ça entre les mains, je me disais « mais ce 43


mec est dingue ! ». D’autres nanas sont

que je sais que tout ça peut retomber très

parties en courant et moi j’ai dit « Je veux

vite, j’essaye de tout faire pour que ça ne

le faire». Pour le coup je peux avoir peur

retombe pas au contraire ! Mais je ne me

de me retrouver à poil sur scène tous les

dis pas « ça y est ! c’est gagné, je suis pro-

soirs mais parler de bites de manière ab-

pulsée ». Je peux encore me balader dans

surde pendant vingt minutes, ça ne me

la rue sans problème, pas besoin de lu-

faisait pas peur. Je trouvais ça géniale-

nettes noires ! (Rires)

ment écrit, très bien amené et avec un très beau message derrière toutes ces conneries de bite, ce n’était pas juste pour faire une blague. Le film est parti à Cannes et avait eu pas mal de succès donc parfois tu te lances dans l’aventure, tu ne sais pas où ça va mener mais tu as envie d’y aller. Je marche beaucoup au feeling.

Pendant

la

diffusion

de

No

Limit

sur TF1, tu te trouves chez des millions de personnes avec l’impact que ça a, et le lendemain tu retournes à un quasi-anonymat. Comment tu vis cette position ? Je n’ai vu aucune différence avec ma vie de tous les jours. A part sur les réseaux so-

Est-ce qu’on peut dire que tu es une étoile

ciaux où j’ai vu sur Twitter que j’avais six

montante ?

cent followers de plus en deux semaines,

Ha ! Je n’ai absolument aucun recul sur

per gentils. Comme la série ne passe que

moi-même et quand je lis ça je me dis

pendant un mois, je ne me fais pas arrê-

« Ah bon ? ». Alors que pour moi je suis

ter dans la rue. De toute façon je n’ai pas

juste une comédienne qui a la chance

fait ce métier pour être connue ou pour la

de travailler en ce moment. J’ai travaillé

célébrité qui sont à elles seules de mau-

énormément cette année, j’ai pris une

vaises raisons de le faire. Ce n’est pas un

semaine de vacances.

échec pour moi de ne pas être reconnue

où j’ai reçu énormément de messages su-

dans la rue, ce qui est un échec pour moi c’est de rester chez moi pendant un an à Une comédienne parmi d’autres ?

comme une quête de reconnaissance, si

Oui ! En tout cas je me vois comme ça.

ça arrive, j’espère que ce serait pour un

Souvent les gens me disent des choses

beau rôle dont je serais fière

plus flatteuses mais je reste assez humble là-dessus et je me méfie un peu parce

44

rien faire. Je ne cherche pas la célébrité


46


47


Tu cherches tout de même une forme de re-

ler mal aux gens ou partir en vrille, j’au-

connaissance ?

rais mes parents, ma famille ou mon mec

Bien sûr ! On a envie d’être reconnu par les gens qu’on aime ou que l’on admire. Ca me fait très plaisir quand on me dit « j’adore comme tu jouais dans ci ou ça » que ce soit des inconnus, ma familles ou des réalisateurs. Je ne fais pas ce métier pour qu’on me dise « t’es une grosse merde, dégage. » Ca m’affecte forcément.

pour me remettre les pieds sur terre. Ils n’ont pas besoin de le faire, mais j’ai été entourée de gens humbles, qui ont travaillé dur pour arriver là où ils sont en me disant de ne pas oublier d’où je venais. Donc pour l’instant je n’ai pas trop peur de changer. Je crois que rester soimême aide à ne pas péter les plombs. Ca n’a jamais aidé personne que d’être un gamin pourri gâté, quand tout à été trop facile, tu n’as plus la notion de ce que les

Et une des reconnaissances suprême pour toi

choses valent et du travail qu’il faut pour

dans le métier ?

les obtenir.

Et bien peut-être un César ou un Oscar ! (Rires) Il est permis maintenant de croire à l’Oscar depuis Marion Cotillard et Jean Dujardin. Je n’y crois pas du tout mais c’est vrai qu’on se dit « Il y en a déjà eu deux, pourquoi pas moi ? » Mais non. Si un jour je serais ne serait-ce que nommée au César je me dirais « Whouhou ! ».

Tu restes assez pragmatique alors... Oui. Parce que j’ai eu des parents qui m’ont toujours dit de faire attention, de garder les pieds sur terre. Si ils me voyaient en train de péter un câble, par48

Maquillage : Leslie Dumeix


DECOUVERTE


BROKEN BELLS par Dine Delcroix / Photos : Rachel Saddedine

Après une pause bien méritée suite à l’incroyable succès d’un premier disque en 2010, les Broken Bells nous offre After The Disco, un nouvel album résolument sombre sur des mélodies indie rock et up tempo. Derrière ce nom de scène se cachent James Mercer, leader de The Shins, et Brian Burton, producteur plus connu sous le nom de Danger Mouse. Entretien avec un tandem discret mais omniprésent dans l’industrie musicale. Votre nouvel album s’intitule After The Disco. Que se passe-t-il «Après le Disco» ? James : Tout le monde est curieux à ce propos (rires). Brian : Cela n’a rien à voir avec la musique disco puisque l’album n’en contient pas. Il est question de ce qui se passe après la fête, après une relation ou après un gros événement. Tu passes un certain temps à espérer un truc et, une fois que tu l’as vécu, qu’est-ce qui se passe ?

Ce deuxième album a-t-il été plus difficile à réaliser que le premier ? James : Non, c’était plus facile. Nous avons beaucoup échangé au sujet de la direction que nous voulions prendre pour ce disque. Brian : D’une certaine manière, c’était plus facile, oui. Je pense que nous avons encore mieux travaillé ensemble. Nous nous faisons confiance et nous nous res-

pectons donc cela facilite la collaboration.

Avez-vous travaillé de la même manière pour les deux disques ? Brian : Nous avons travaillé de la même manière avec les mêmes instruments, les mêmes ingénieurs, le même studio et la même ambiance.

Votre travail en tant que Borken Bells reflète-t-il davantage votre personalité que lorsque vous travaillez sur d’autres projets ? Brian : Pour ma part, oui. James : Pour moi aussi. Il y a beaucoup de moi dans les thèmes de cet album.

Ce disque est-il plus accessible que le précédent ?

51


Brian : Je pense que nous avons cherché à incorporer dans ce disque les sonorités que nous aimions écouter lorsque nous étions plus jeunes. C’est assez délicat de répondre... Il faudrait poser la question aux gens qui l’ont écouté. En tout cas, s’il est moins expérimental, ce n’est pas délibéré.

Ce nouvel album a un côté légèrement moins electro que son prédécesseur. Avez-vous cherché à changer de style musical ? Brian : Non. Le précédent album sonnait plus électronique car il était plus programmé que celui-ci mais nous n’avons pas spécialement changé de style. Chaque chanson a un côté sombre et lumineux à la fois.

Diriez-vous qu’il s’agit d’un album triste ? James : Oui. Il est up tempo mais triste.

dans le rock’n’roll d’aujourd’hui ? James : L’attitude pure du rock’n’roll n’existe plus vraiment. Brian : Cette chanson parle effectivement de l’attitude dans le rock’n’roll. Il n’y plus de mystère chez les nouveaux artistes contrairement aux anciens qui gardent une part de mystère éternelle.

Pour quels groupes avez-vous eu un coup de cœur, dernièrement ? James : J’ai été récemment fasciné par le groupe Parquet Courts. J’aime bien aussi Junip. Brian : Metronomy, c’est bien.

En parlant de mystère, pourquoi avez tenu à garder secrète la formation de Broken Bells, au début ? Brian : Pour s’assurer que le duo fonc-

Est-il plus facile pour vous d’évoquer des thèmes tristes sur des mélodies up tempo ?

tionne avant d’en parler (rires). Nous ne sommes pas intéressés par la notoriété et nous voulions que les gens se focalisent initialement sur notre musique.

James : Oui. J’aime les contrastes en musique. Brian : La plupart des chansons que j’aime sont tristes.

Avez-vous changé de stratégie de communication depuis le succès du premier album ? James : Non, je ne pense pas.

En référence à votre titre The Remains Of Rock & Roll, qu’est-ce qui vous manque 54

Brian : Nous faisons notre promotion de la même manière que pour l’album pré-


cédent du moment que nous arrivons à être à l’aise.

Avez-vous travaillé dans le secret pour cet album comme pour le précédent ? James : Oui, nous avons travaillé discrètement. Nous avions envie que ce soit spécial et nous voulions surprendre notre entourage. Personnellement, je ne parle jamais de mon travail avant de l’avoir terminé.

Brian, tu travailles actuellement sur le prochain album de U2. Peux-tu nous en dire plus ? Brian : Non ! Je ne peux pas en parler avant de l’avoir finalisé. James : J’ai entendu quelques extraits et je peux dire que c’est excitant (rires). Je suis fan de U2 !

55


PIERRENINEY

REGARD VERS LE FUTUR L’événement

Par Dine Delcroix / Photos : François Berthier

cinématographie haute couture de ce début d’année est sans conteste Yves Saint Laurent, le nouveau film de Jalil Lespert dans lequel Pierre Niney incarne de toute son âme le grand couturier français. À 24 ans, ce jeune membre de la Comédie Française fascine par la maturité d’un jeu digne des plus grands. Rencontre avec une promesse du septième art.

56


Alitate

parchit et, eosam que perem fugia simodit que cus, sendebiti quibus solupictatum fuga. Nam etur mos ulparum ide optaqua tiorruntur? Ximi, sedigente pero blaceped quam veniaerro dolecum auta volut endis aboriae rcilluptatur minctio. Nam de que net qui re comnitium hilluptur, cum quis que velectaes quisqui ulpa dolorro blabo. Quidempore comnias delitate peritem voluptae erro eum sam ditas m


Le fait d’avoir un papa professeur de cinéma

J’étais persuadé qu’il allait proposer un

documentaire a-t-il contribué à ton intérêt

beau film sur cette histoire d’amour et de

pour le cinéma ?

création donc j’ai dit «oui».

Bien sûr ! J’ai grandi avec plein de VHS. J’ai été vite initié au cinéma d’Alfred Hitchcock, de Martin Scrosese, de Chris Marker, donc oui, cela compte. J’ai aussi été encadré par des gens qui n’ont pas peur du monde artistique. J’ai eu la chance d’avoir de bons professeurs de théâtre et d’avoir du travail depuis l’âge

De quelle manière t’es-tu préparé pour ce rôle ? J’ai eu 5 mois de préparation avec un coach de dessin, un coach de stylisme et un coach de sport. De mon côté, il y eu un travail physique, surtout sur la voix.

de 16 ans dans ce domaine donc je n’ai jamais eu de doutes. As-tu ressenti une pression particulière à l’idée d’incarner un personnage ayant existé ? Ce mois-ci, tu es à l’affiche du film Yves

Je me suis vite dit que ce n’était pas un

Saint Laurent de Jalil Lespert dans lequel

travail de mime donc l’idée n’était pas de

tu tiens le rôle principal. Comment t’es-tu re-

devenir lui. Tout partait de moi alors j’ai

trouvé à incarner ce grand personnage ?

essayé de «désacraliser» pour qu’il n’y ait

C’est venu à moi. Le réalisateur Jalil Lespert m’avait vu dans quelques films et il avait aperçu des photos de moi dans un magazine sur lesquelles j’avais enfilé une paire de lunettes pour rigoler. En voyant ma silhouette avec cette grosse monture, il a trouvé que je ressemblais au Saint Laurent qu’il voulait pour son film. Il m’a donc appelé, nous avons bu une bière rue de Rivoli et il ma demandé si je voulais le faire. J’ai été beaucoup touché par

pas de pression et pour que cela reste de l’ordre du défi ludique. Je ne voulais pas d’un poids interstellaire qui pèse mes épaules parce que le personnage a existé. La seule pression que j’avais était de ne pas décevoir le réalisateur même si c’était pour moi-même un vrai challenge aussi. Bien sûr, il y un travail sur la ressemblance car je voulais que des gens qui l’ont connu ou qui l’ont vu en interview le retrouvent en moi.

la manière dont il parlait de son film et je sentais qu’il s’était approprié un sujet, lui n’étant pas du tout fan de mode à la base.

Quels sont tes points comment avec Yves

Il n’avait de sensibilité exacerbée ni pour

Saint Laurent ?

l’homosexualité ni pour la mode, alors il ne pouvait que faire quelque chose de grand et d’ouvert pour les spectateurs. 58

On a tous les deux commencé jeune à faire ce qu’on aime.


Quelles ont été les scènes les plus difficiles à

Que penses-tu de cette histoire d’amour entre

tourner pour ce film ?

Yves Saint Laurent et Pierre Berger ?

Les scènes d’intimité amoureuse ne sont

C’est une des plus grandes histoires

pas ce qu’il y a de plus simple à tour-

d’amour. Elle va au-delà de l’idée du

ner, pas forcément pour la gêne qu’elles

couple et de l’histoire d’amour parce

peuvent créer comme on pourrait le

que c’est aussi une grande histoire de

croire parce que, très vite avec Guil-

création. On se demande ce qu’aurait été

laume Gallienne, nous étions au service

Saint Laurent sans Berger mais qu’au-

de l’histoire et nous n’étions plus dans

rait été Berger sans Saint Laurent ? C’est

l’embarras. La difficulté, était de ra-

une histoire d’amour aussi riche qu’une

conter cette passion et cette proximité

pièce de théâtre classique.

avec quelqu’un. C’est une proximité assez unique entre deux êtres. Le lien est au-delà du temps et de la définition du couple. C’est d’ailleurs un des gros défi du film. Plus personnellement, il y eu

Vois-tu un lien destructeur entre les deux hommes ?

aussi le vieillissement pour moi, le fait de

Non. Nous sommes pas dans la simplici-

raconter comment Saint Laurent était de

té de ce rapport car ils ont chacun été à

plus en plus fêlé et usé par la vie dans le

la fois bourreau et victime l’un de l’autre

corps, dans la voix, dans le regard...

donc c’est beaucoup plus dense et compliqué que cela et c’est justement ce que raconte le film.

Comment était-ce d’embrasser Guillaume Gallienne qui joue le rôle de Pierre Berger dans le film ? Au début, on appréhende car ce n’est pas

Ce film recense-t-il des éléments nouveaux de la biographie d’Yves Saint Laurent à tes yeux ?

une chose que l’on fait tous les jours mais,

Beaucoup de gens ont appris des choses

très vite, nous avions tant conscience de

en allant voir le film. Contrairement à

ce que nous étions en train de raconter

Cloclo ou à La Môme, c’est un passage très

et nous étions si émus par cette histoire

mystérieux. On y raconte des choses iné-

tous les deux que nous voulions bien la

dites. Moi-même, quand j’ai commencé à

raconter donc nous avons fait passer au

préparer le film, je me suis rendu compte

premier plan cette fougue, cette passion

que je ne connaissais presque rien de

et ce coup de foudre qu’ils avaient. Nous

Saint Laurent. J’ai appris, par exemple,

étions tellement dans le projet que nous

qu’il était l’ami d’Andy Warhol, de Mick

n’y pensions plus.

Jagger, qu’il a été à la tête d’un empire mondial de la mode à l’âge de 21 ans, 61


qu’il a créé sa maison de couture sur

de somnambulisme parce qu’il était ex-

un coup de bluff total en faisant croire

tralucide et que la vie était trop violente

qu’elle était déjà lancée alors qu’il n’avait

pour lui. Il avait une lecture trop accrue

pas 1 franc à mettre dans ses robes...

de tout alors il se plongeait dans une réalité à part en dessinant et en créant pour se protéger.

Quels sont, pour toi, les moments les plus importants de la vie d’Yves Saint Laurent ? Le jour où Dior a découvert les dessins de Saint Laurent. Il en est presque venu

Es-tu réellement l’auteur des dessins que l’on te voit effectuer dans le film ?

à se dire que quelqu’un lui avait volé ses

Oui. J’ai pris des cours avec une fille

idées parce que les dessins était parfaits

qui a dessiné pendant 15 ans pour Saint

et très proches des collections de Dior.

Laurent. À la base, je ne dessine pas du

Quand on lui a dit que c’est un garçon

tout.

de 20 ans qui a dessiné, il n’y croyait pas. C’est un moment important dans la vie de Saint Laurent, celui où tout a basculé. Il y a aussi la rencontre avec Pierre Berger qui fait inévitablement la légende car Saint

Les tenues vestimentaires du film sont-elles des reproductions d’anciennes collection ?

Laurent n’est pas un génie tout seul. Le

Non. Tous les vêtements des défilés du

film raconte ce que c’est que de vivre avec

film ont été spécialement sortis de mu-

un génie et avec tout ce que cela peut

sées et de chambres froides.

comporter comme tourments et comme maladie. À l’âge de 25 ans, Saint Laurent a été diagnostiqué maniaco-dépressif. C’est pour cela que cette rencontre est importante et que le film prend le parti de raconter l’histoire du point de vue de Berger en montrant à quel point cela peut-être incroyable et excitant certains jours et à quel point cela peut-être aussi douloureux et violent d’autres jours.

Penses-tu qu’Yves Saint Laurent soit le plus grand rôle de ta vie ? Non ! J’ai 24 ans et je commence à peine. C’est mon quatrième film mais c’est sûr que c’est un très beau rôle. Je ne sais pas quand je retrouverai un rôle aussi beau parce que c’est rare qu’on te fasse confiance à 24 ans et qu’on te donne un rôle aussi complexe au cinéma. J’espère

Penses-tu qu’Yves Saint Laurent avait un

avoir des trucs différents qui vont en-

côté autiste ?

core me surprendre. C’est assez imprévisible...

62

Je dirais plutôt qu’il était dans une forme


As-tu le sentiment que ta carrière est en train

serait difficile de comparer ou de s’expri-

de changer avec ce film ?

mer à ce sujet. De ce que je sais, son ré-

C’est la première fois que l’on me confie un rôle principal vraiment dramatique. Avant, j’avais fait principalement des comédies donc c’est déjà un changement.

alisateur va faire un film très différent de celui de Jalil Lespert. On aura donc deux visions distinctes sur la vie d’un homme. De plus, les deux films sortent avec beaucoup de temps d’intervalle alors on ne risque pas de retomber dans ce qu’il y a eu entre La Guerre Des Boutons et La Nou-

Comment te sens-tu à l’idée de savoir que le

velle Guerre Des Boutons en 2011.

film va s’exporter ? C’est assez excitant de se dire que des gens qui n’ont pas du tout la même culture que nous vont voir ce film. C’est hallucinant ! Le film est vendu au Japon, en Pologne... J’ai hâte de voir les réactions !

Le fait que ton film soit sorti en premier t’arrange-t-il ? Cela ne m’arrange ni ne me dérange. Je me suis concentré sur mon travail de comédien qui était déjà très compliqué pour ce film et je n’ai pas voulu m’encombrer des dates de tournage d’un

Si tu devais prendre la grosse tête après ce

autre film ou des histoires de production.

rôle, qu’est-ce qui t’aiderait à garder les

Le seul truc que je peux dire, c’est que

pieds sur terre ?

dans le cinéma français, c’est très dur et précaire de monter un film à l’heure

Les gens que je connais depuis long-

actuelle. Les projets s’annulent tous les

temps et le fait de faire du théâtre car

uns après les autres car c’est très compli-

c’est un exercice collectif qui va au centre

qué donc, quand on film se monte, je ne

du processus avec une notion d’équipe

peux être que content pour la santé du

et un rapport au travail qui ne sont pas

cinéma français.

les mêmes qu’au cinéma.

L’année passée, tu as écrit et mis en scène Un autre film sur Yves Saint Laurent est

la pièce Si près de Ceuta qui s’est jouée

prévu pour en mai 2014 avec Gaspard Ulliel

au Théâtre de Vanves. As-tu prévu de re-

dans le rôle principal. Que penses-tu de ce

prendre les représentations ?

projet aux allures similaires ? Oui, je vais la reprendre. Je laisse un peu Je n’ai pas lu leur scénario et je crois que

de temps entre chaque réécriture parce

le film est toujours en tournage alors il

que je réécris cette pièce à chaque fois


que je la reprends pour la transformer. L’immigration clandestine est un sujet qui me tient beaucoup à cœur donc, dès que j’aurai du temps, je reprendrai dans

Selon toi, quel est le comble pour un acteur ? Le vrai Graal, c’est de durer dans ce métier en faisant des choses différentes.

un autre théâtre ou au Théâtre de Vanves que j’aime beaucoup. Sur le plan vestimentaire, quels sont les marques et les créateurs que tu affectionnes ? As-tu l’intention d’écrire un long-métrage et de passer derrière la caméra comme beaucoup de comédiens ? J’en écris un avec l’espoir de le tourner dans les années à venir mais je ne veux pas le faire sur un coup de tête ou sur un coup de mode. Je veux le faire en ayant

Je pense qu’Yves Saint Laurent en termes de costards, c’est pas mal ! Niveau chaussures, je suis un gros fan de Nike, un peu Sneakers addict, j’ai plein de paires chez moi. J’aime bien aussi Paul Smith, The Kooples et j’adore les montres Mont Blanc.

le meilleur scénario possible et avec du temps pour le faire bien. Quelles sont tes résolutions pour la nouvelle année ? Tu consacres justement beaucoup de temps à la Comédie Française où tu es rentré en octobre 2010. Penses-tu quitter cette institution dans un futur proche ? Non. Je m’y sens très bien et j’ai envie d’y

Je n’en ai aucune ! Les résolutions, je les prends en cours d’année. Je joue au basketball et j’aimerais bien arriver à dunker, cette année. Je suis fan de basket. C’est le meilleur sport du monde !

rester pour y faire beaucoup de choses. Il y a plein d’acteurs avec lesquels je n’ai pas encore joué.

Photos réalisées au palace Es Saadi à Marrakech. Production : Clotilde Lecuillier pour Contour/Getty Images. Assistant : Martin Lagardère. Costume et chaussures : Saint Laurent Montre : Montblanc 66


SOCIété

ANNE CECILE MAILFERT Par Auriane Besson / Photos : françois berthier

Anne-Cécile Mailfert est la porte-parole de Osez le Féminisme depuis un an. On l’a vue un peu partout ces dernières semaines défendre la loi contre le système prostitutionnel mais elle se bat aussi contre toutes les autres formes de domination masculine, et toutes les injustices encore prégnantes dans la société. Anne-Cécile nous raconte son parcours, ses convictions, ses combats. Rencontre avec une indignée, fort sympathique.


C’est quoi être féministe pour vous en 2014 ?

ment pas encore automatique, pas encore dans les faits.

déclencheur ?

J’ai toujours trouvé ça injuste et bizarre qu’il y ait Se battre pour l’égalité autant de différences entre entre les femmes et les les filles et les garçons, hommes, je crois que c’est aussi simple que cela. Ca Pas encore acté dans tous les même quand j’étais petite, j’avais envie de faire tout peut prendre plein de domaines… comme mon frère, d’avoir formes. Nous, il s’avère Non, et ça touche tous autant de droits et de liqu’on est une organisation les domaines. En couple bertés que lui (rires) et le militante donc on fait des tu vois qu’il y a plein de côté militant aussi, le fait campagnes de sensibilisapetites habitudes. On de revendiquer quelque tion, on essaye de peser sur voit que les filles ont été chose. Ca a commencé je les politiques pour qu’il y construites d’une certaine pense au collège. Quand ait des législations qui promanière et que les garçons j’étais en 4ème il y avait un meuvent l’égalité femmeont été construits socialecours sur la reproduction homme et qui fassent que ment d’une autre manière. où ils expliquaient beauça aille plus vite, mais coup de en fait choses tout le « Etre féministe, c’est se battre sur le monde pour l’égalité entre les femmes et les hommes, je crois que c’est aussi pénis, p e u t simple que cela. » les orêtre féganes ministe génitaux masculins et sans être dans des organiCa fait qu’il y a des choses pour les filles, il y avait sations militantes. Ca néqui nous paraissent natule dessin d’un utérus et cessite juste de se dire que relles comme faire la vaisles choses n’étaient pas femme et homme, nous selle, comme ramasser les abordées de la même masommes égaux, qu’on dechaussettes… Et ce n’est nière. Et après, quand on vrait tous être égaux mais pas naturel, ce n’est pas a continué la conversation qu’on ne l’est pas encore génétique de savoir faire avec mes camarades, ça a et qu’il y a des choses à la vaisselle, à partir du modévié sur la masturbation faire pour le devenir. Tous ment où tu as deux pieds, masculine, etc. Avec bien les jours en fait dans son deux mains normalement sûr le côté « je roule des couple, dans son entretu peux le faire. mécaniques  » de la part prise, avec ses copines, ses des mecs « Oui moi je l’ai copains, sa famille, être fédéjà fait », un peu pour ministe c’est toujours être en train de promouvoir Comment a commencé votre donner la « preuve » qu’ils l’égalité, qui n’est vrai- combat, quel a été l’élément étaient bien des hommes. 71


Nous les filles on étaient très silencieuses, et quand j’ai amené le sujet de la masturbation féminine c’est devenu une bombe atomique dans la conversation.

Tu t’es rendue compte que c’était tabou ? Complètement. Et ça a eu un retentissement dans tout le collège. Parce que moi je ne démordais pas du fait que fille et garçon on avait le droit de dire les mêmes choses et faire les mêmes choses, et j’étais la seule à avoir ce discours-là. Les garçons m’ont accolé tout un tas de sobriquets et d’insultes, j’étais devenue la « grosse salope du collège » et les filles ne voulaient pas du tout être associées à moi parce qu’elles avaient peur d’être aussi victimes de cette foudre…

Et donc tu l’as ressenti comme une injustice flagrante ? Oui et tout d’un coup je me suis dit, il y a un tabou qui n’a pas lieu d’être, parce que fille ou garçon 72

on est pareil, on a le droit de faire les mêmes choses, c’est notre corps on fait ce que l’on veut. Donc en gros mon premier acte militant c’était de ne pas rentrer dans le moule et dire « non mais je déconnais » mais de me battre contre l’injustice de ce tabou là ! Et j’étais sûre et certaine d’avoir raison. Mais à ce moment là j’étais toute seule donc c’était un peu compliqué. Après quand j’ai commencé a vraiment militer je me suis toujours inscrite plutôt dans des collectifs, parce que c’est comme ça qu’on peut vraiment peser sur les choses, qu’on peut vraiment agir et c’est plus sympa aussi.

Des collectifs féministes tout de suite ? Non en fait j’ai milité dans plein de choses, de manière générale quand je vois que quelque chose n’est pas juste je le dis donc j’ai milité dans des organisations étudiantes ou pour la démocratisation de mon école. J’ai fait Sciences Po et ce n’était pas du tout démocratisé. Le cadre féministe est

venu plus tard en fait, un peu après être arrivée à Paris quand j’ai eu très envie de m’intéresser à la question de la prostitution. J’ai commencé sur le trottoir en allant voir des personnes prostituées, en discutant avec elles, en aidant celles qui avaient envie d’être aidées. La plupart étaient victimes de réseaux donc trouver des papiers, un boulot et tout l’accompagnement psychologique parce que ça abîme beaucoup, donc ce sont souvent des femmes qui mettent beaucoup de temps à retrouver un amour d’elles-mêmes, une confiance en elles, à se retrouver belle, à avoir de la valeur pour elles-mêmes… Il y a tout un accompagnement humain qui est long, en plus des papiers, du boulot et du logement.

Que répondez vous aux hommes qui pensent que le féminisme c’est « émasculer les hommes », dixit Zemmour et compagnie ? Moi je pense que le fait que les hommes dominent les femmes, ce n’est pas quelque chose de naturel.


73


Quand on dit « émascu- sociale, je pense qu’on pas Dieu qui donnait du ler les hommes » ça pré- peut apprendre à vivre pouvoir aux uns et pas aux suppose qu’il y aurait une ensemble, à déconstruire autres et qu’il fallait qu’on masculinité, que cette ce qu’on a appris depuis commence à se considérer masculinité reposerait tout petit. On est déjà en tous égaux et qu’on vive beaucoup sur les testicules train de commencer à le ensemble. Cette pensée-là des hommes alors qu’en faire, heureusement, il était assez révolutionnaire, ça a donf a i t né la Réc ’ e s t volution plutôt « Il n’y a pas des privilèges pour les uns et des devoirs pour les autres. On f r a n dans le est tous égaux, ça va dans le sens du çaise. cerveau progrès, et de plus d’humanité. » Nous ce q u e qu’on dit ça se passe. Et que cette mascu- y a quand même eu des c’est tout autant révolulinité-là concernerait tous progrès dans la législa- tionnaire, il n’y a pas des les hommes, qu’elle n’au- tion. Et dans les menta- privilèges pour les uns rait qu’une seule forme lités on peut apprendre à et des devoirs pour les -hétérosexuelle- et qui le faire, d’ailleurs je pense autres. On est tous égaux fait la preuve de son exis- que c’est un impératif. ça va dans le sens du protence dans la domination Aujourd’hui, la première grès, et de plus d’humanides femmes. Par exemple cause de mortalité pour té. pour être plus simple, un homme va se rassurer sur le fait qu’il est un homme ou que ses amis sont des hommes en faisant des blagues sur les femmes : si les hommes peuvent bien se serrer les coudes et rigoler sur les femmes ça veut dire qu’il sont bien des hommes…Pour être bien un homme il faut dominer, discriminer. C’est vraiment en rapport avec les femmes, c’est un rapport de domination. Je pense que ce n’est pas naturel, que c’est une construction 74

les femmes dans le monde ce sont les hommes. Je trouve ça hallucinant. On est tous des êtres humains et il faut se bouger pour réussir à vivre ensemble et se respecter, se considérer comme des égaux, de la même manière qu’à un certain moment dans l’histoire il y a eu une classe de nobles qui dominaient complètement le reste de la population, qui avaient tous les droits et les privilèges. On a appris que non ce n’était pas dans le sang, que ce n’était

Vous avez été une des figures de proue de la proposition de loi contre le système prostitutionnel, comment avez-vous réagi quand certaines femmes qui se disent « féministes » se positionnaient contre cette loi ? Il y a deux visions du féminisme…Je pense qu’il y a un féminisme un peu réactionnaire ou en tout cas qui dit «  les choses sont telles qu’elles sont aujourd’hui, on ne peut pas


les changer, donc autant faire en sorte que ce soit le moins douloureux pour certaines femmes » avec l’idée fausse d’ailleurs que l’abolition de la prostitution serait quelque chose de douloureux pour les personnes prostituées, parce que ce n’est pas du tout le cas. Nous, on a un projet de transformation de la société, l’état actuel des choses ne nous convient pas, donc on a envie de faire des lois pour changer ça. Ce n’est pas juste aménager les choses, on n’aménage pas la violence, nous ce qu’on a envie c’est qu’il n’y ait plus de violence, qu’il y en ait moins. Et pour ça on pense qu’il est nécessaire d’envoyer un message clair aux hommes qui est de dire, lorsque vous avez un rapport sexuel avec une femme imposé par l’argent, vous l’imposez. Cette femme là, elle n’aurait pas de rapport avec vous s’il n’y avait pas cet argent là, ça veut dire qu’elle n’a pas envie de vous. Et si cette femme n’a pas envie de vous, vous ne devez pas avoir de rapport sexuel avec elle. On n’impose pas ni par la force,

ni par l’argent un rapport sexuel. Les hommes n’ont pas un droit d’accéder au corps des femmes. Et ça c’est complètement révolutionnaire, on n’a jamais dit ça, dans toute l’histoire de l’humanité.

Sauf en Suède ou dans les pays abolitionnistes… Oui tout à fait, mais ça fait 20 ans seulement. C’est très dur pour certaines

ministe américaine, a écrit un bouquin qui s’appelle « Les femmes de droite » qui explique tout à fait ce genre de personne et ce genre de positionnement. Ce qui est très frustrant avec Elisabeth Lévy c’est qu’elle joue contre ellemême parce que ça reste une femme, et elle joue contre les autres femmes. Le féminisme - parce qu’elle se dit féministe c’est aussi de la solidarité et de l’empathie envers les

« on a un projet de transformation de la société, l’état actuel des choses ne nous convient pas, donc on a envie de faire des lois pour changer ça. » personnes, on l’a vu « les hommes ont des besoins, il faut bien que ça s’évacue ! » Et ça c’est une vision complètement dingue de la sexualité masculine d’ailleurs. Comment ça s’est passé avec Elisabeth Lévy, on a vu que tu as fait pas mal de plateaux télé avec elle en débat. Comment ça s’est passé, en sachant que idéologiquement vous êtes complètement à l’opposé l’une de l’autre… Andrea Dworkin, une fé-

autres femmes.

Elisabeth Lévy se dit féministe ? Sur un plateau une fois elle m’a fait le coup « oui je suis féministe ». C’est facile à dire, tout le monde peut dire qu’il est féministe et faire passer des idées complètement gerbantes, c’est ça aussi le problème. En fait ça a été assez dur cette campagne-là. A Osez le féminisme, on n’a pas peur des campagnes et d’y aller 75


franchement, par exemple on avait fait « Osez le clito », on taguait ça sur les trottoirs de Paris, on a mis des affiches partout dans les différentes villes de France, donc c’était une campagne assez osée. Au pire on avait des condescendances ou des moqueries, mais là je n’ai jamais vu une campagne féministe comme ça, avec autant de haine face à nous. Il y avait une vraie haine.

Qui venait d’où exactement ? En fait je crois qu’on arrive à un point névralgique de la domination masculine. La prostitution, c’est un point clé de la domination. Certains anthropologues ont bien analysé le fait que l’un des buts du patriarcat c’est de pouvoir accéder au corps et à la sexualité des femmes. C’est très pratique car aujourd’hui on sait que les femmes sont généralement plus pauvres que les hommes, elles sont toujours ramenées à être des « objets » de désir et pas des sujets de désir, etc. Donc en fait on les prépare quelque part à 76

devenir prostituée, prostituable. On leur dit par exemple « tu verras un jour tu épouseras un prince qui sera riche  », on leur inculque plein de petites choses dans la tête dès le plus jeune âge qui font qu’elles se disent «  ma sexualité, il faut que je la troque contre quelque chose ». Donc là on est en train de saper un des fondements de la domination masculine qui est de dire qu’une femme quand elle n’a pas envie de toi, ça ne se passe pas, même si tu as de l’argent.

Ne pensez-vous pas que le machisme est aussi une affaire de génération ? On a vu dans une étude récente, que ce sont les 20-30 ans qui étaient plus sensibles à la cause abolitionniste que les 50 ans et plus, qui ont le pouvoir et qui ont une culture plus patriarcale… Complètement !

Et pensez-vous qu’avec le temps, lorsque notre génération sera plus en responsabilité, est-ce que ces iné-

galités auront tendance à disparaître ou au moins à décroître ? Oui je crois tout à fait ça. Nous la campagne pour l’abolition de la prostitution, on l’a faite en collectif avec sept autres organisations de jeunesse, les plus grosses de France : l’UNEF, l’UNL, le MJS, les Jeunes Etudiants Communistes, etc. regroupés dans le collectif « Les jeunes pour l’abolition ». Et le sondage c’était 73% des 18-25 ans sont pour l’abolition. En fait je pense qu’il y a vraiment quelque chose de générationnel, c’est vrai, par contre malheureusement les mauvaises habitudes on les prend vite, les choses ne se feront pas toutes seules. Oui là il y a un terreau favorable, mais si ce terreau on ne le nourrit pas avec des arguments, des idées… Il y a déjà une appétence pour l’égalité et il faut donc la nourrir pour qu’elle grandisse et devienne vraiment une génération de l’égalité. Mais ça prendra du temps. Par exemple là on peut le voir, depuis hier je suis complètement boule-


versée parce que je ne sais pas tu as vu ce qu’il s’est passé en Espagne ?

Oui, le projet de loi qui restreint très fortement le droit à l’avortement…

pour la vie de la mère.Ca veut dire que même en cas de malformation du fœtus, qu’on sait que le fœtus va mourir à la naissance, on n’avorte pas. Je trouve ça d’une violence !

à un moment donné qui auront un enfant donc elles devront arrêter leurs études, c’est d’une violence inouïe et ce sont des mecs de plus de 50 ans qui ont décidé ça !

Qui a préparé le projet de C’est un retour à la clandes- Vous prévoyez une action en loi ? Quinze mecs blancs de tinité finalement, elles vont particulier pour dénoncer plus de 50 ans. Voilà, c’est devoir aller en France, en ça ? eux qui décident de ce qui Italie… Tout à l’heure j’étais au tése passe par rapport aux corps des femmes, je trouve Alors pour celles qui ont léphone, on est en train de ça hallucinant. A partir du de l’argent ! Mais l’Es- réfléchir à ce qu’on veut moment où ça va être voté pagne aujourd’hui c’est faire, là tout le monde part à l’Assemblée, mais à priori l’un des pays qui est le en vacances pour Noël ça va être voté, demain en plus en crise d’Europe. Il donc c’est vraiment la pire Espagne il n’y « Les gens qui sont contre l’abolition, aura plus c’est les hommes de plus de 40-45 ans. que deux Qui dirige les médias ? Ce sont ces mecs là.» conditions pour pouvoir avorter, ça va même plus y a je crois 35 ou 40% de époque. On a fait un CP et loin que la loi de 1985. C’est la jeunesse qui n’a pas de un visuel mais ce qu’on aijob, donc pas d’argent. merait bien faire c’est une soit en cas de viol avéré… Comment est-ce qu’elles pétition qui soit diffusée avortent les filles  ? Et partout et faire un rasbien elles vont recourir semblement devant l’amIl faut fournir des preuves, à des méthodes « tradi- bassade d’Espagne mais il avoir porté plainte… tionnelles » ça veut dire le faut qu’on arrive à mobiliExactement. En sachant cintre, l’aiguille à tricoter, ser des gens. qu’il n’y a qu’une femme sur dix qui porte plainte quand elle est victime d’un viol. Et la deuxième condition c’est s’il y a un risque 78

la tige de persil, voilà.Elles auront plus de risques de mourir, il y aura aussi plus de grossesses non désirées, il y aura des femmes

Vous étiez une des seules représentantes sur les plateaux télé à défendre une position abolitionniste, on a constaté


que la plupart des intervenants étaient contre cette loi voir étaient réglementaristes en matière de prostitution. Cela vous a étonné ? Y a t-il un lien, sans être parano, avec ceux qui détiennent les médias en France ?

jour. Ils n’ont pas envie qu’on leur restreigne leur droit, qu’on leur interdise quelque chose. Ca n’arrive jamais qu’on interdise quelque chose aux mecs comme ça, ils ne sont pas habitués, ils n’aiment pas ! Donc c’est vrai que j’ai ressenti beaucoup de résistances et comme je t’ai dit tout à l’heure, surtout une résistance malveillante. Les journalistes savent quand même se tenir mais sur les réseaux sociaux, beaucoup d’attaques personnelles, des remarques vraiment méchantes, des choses que je

qu’elle s’était vraiment bougée pour la loi abolitionniste, surtout sur la fin, j’avoue que là elle a été assez courageuse. Parce que pareil, il y a eu tout un flot de remarques de la part d’autres hommes politiques, ou d’autres personnalités…

Alors est-ce qu’il y a vraiment une stratégie consciente je ne sais pas, je ne pense pas. Ce qu’il Au sein même du gouvernefaut voir quand même ment il y avait des dissenc’est que les gens qui sions ! sont contre l’abolition, c’est comme on l’a dit les Oui, il y a 12% d’hommes hommes de plus de 40-45 qui sont clients, donc il y ans. Qui dirige les médias ? en a partout…(rires) Après Ce sont ces mecs là. Sur la question de la prostitution tout « Il y a eu une vague, un venin de haine le monde a une pour ces féministes qui venaient troubler l’ «ordre masculin».» opinion, alors même que très peu de gens sont n’avais jamais vues. Juste voilà, sur la fin elle a quand vraiment experts du sujet, parce que je défends mon même très bien défendu la ont vraiment lu sur le su- opinion et que cette opiloi et ça je ne peux que le jet et en savent quelque nion elle dérange en fait. saluer. Par contre à d’autres chose. Mais tout le monde Il y a eu une vague, un vemoments, on aurait préféré a une opinion sur la ques- nin de haine pour ces féqu’elle monte plus au crétion car ça nous interpelle ministes qui venaient trouneau pour certaines choses dans notre propre sexua- bler l’ « ordre masculin ». qu’elle ne l’a fait. lité et en particulier celles des hommes. Même s’ils Pour changer complètement n’ont jamais fréquenté de de sujet, que pensez-vous personnes prostituées, ils du travail de Najat Val- Par exemple ? veulent avoir le droit de laud-Belkacem, Ministre du Pour la loi Egalité Femmele faire, si ils le veulent, droit des femmes ? Homme, il n’y a pas énors’ils en ont « besoin » un Maintenant que j’ai vu mément de choses. Ou

79


certains moments dans la com, ça n’a pas été génial. Ou les sanctions contre les entreprises qui ne respectaient pas l’égalité salariale homme-femme, c’est bien mais elle aurait pu par exemple nommer ces entreprises. Donc il y a plein de choses comme ça qui n’ont pas été faites jusqu’au bout. Et même dans la loi abolition, il y a des choses qui ne sont pas satisfaisantes.

Pour toi, ça ne va pas assez loin ? Oui. Déjà le fait que ça ne soit pas un délit mais une amende (les clients qui iront voir des prostitués seront sanctionnés par une amende, ndrl). Bon en gros c’est un peu plus cher que si on jette les poubelles dans la rue mais dans l’esprit ça reste une amende.

Vous vouliez aller jusqu’où dans l’échelle des peines ? Vous vouliez que ça soit considéré comme un délit et que le client risque la prison ? Pas

forcément,

par

exemple en Suède il n’y a jamais eu aucun homme emprisonné. C’est juste symboliquement, dans l’échelle des peines, que ce soit au moins un délit, ça serait mieux. Et puis la deuxième chose, c’est par rapport aux personnes prostituées étrangères, elles sont quand même 80% et les dispositions en leur faveur sont très maigres. Elles auraient un titre de séjour de six mois seulement. Moi j’ai suivi des personnes prostituées étrangères qui étaient victimes de réseaux, le temps de leur trouver un logement c’est la croix et la bannière, le temps de leur trouver des papiers au bout de six mois, leur trouver un boulot. Imaginez une femme qui vient de sortir d’un réseau de traite, l’état psychologique dans lequel elle est, ce qu’elle a vécu, les viols, les tortures, les coups, comment voulez-vous qu’en six mois, hop d’un coup elle est d’aplomb, au taquet, qu’elle aille passer des entretiens d’embauche alors qu’elle a zéro qualification, qu’elle ne sait pas parler français, qu’elle n’a aucune connaissance du

marché du travail, aucune connexion avec le monde réel à part celui de la prostitution qui est complètement dingue. Donc comment voulez-vous qu’en six mois elle y arrive ? C’est hyper court. Il y a eu une tractation avec le cabinet de Manuel Valls et malheureusement c’est la politique migratoire qui a primé sur la politique des droits des femmes. C’est Valls qui a gagné. Il ne voulait pas que ce soit plus, avec toujours la même idée d’une méfiance par rapport aux femmes lorsqu’elles dénoncent des violences, il a eu peur qu’il y ait trop de femmes qui dénoncent des réseaux alors qu’elles n’auraient pas été victimes de ces réseaux-là. Et donc qu’elles aient des papiers français sous de fausses plaintes. Mais il n’y a que pour les cas de viols qu’on a peur des fausses plaintes, ou pour du harcèlement sexuel ou des réseaux de traite qu’on a peur des fausses plaintes. On en n’a pas peur pour des vols de voitures ou n’importe quoi d’autre. Mais quand c’est une femme qui va porter plainte contre des 81


hommes, on sous-entend qu’elle pourrait mentir. Et la politique migratoire prime encore dans notre pays, et ça c’est terrible parce que ce sont elles les premières victimes.

Que pensez-vous du mouvement des FEMEN ? Ne pensez vous que leur « radicalité » peut les rendre inaudibles, même si sur le fond leur discours peut sembler cohérent et légitime ? C’est une question qu’on nous pose souvent, moi je n’aime pas trop y répondre parce qu’on n’est pas pareil, on fait des choses différentes. Sur le fond, parfois on est d’accord parfois on ne l’est pas d’ailleurs. Mais en tout cas, je les respecte. Y compris celles avec qui je ne suis pas d’accord. Par exemple Morgane Merteuil, la porte parole du STRASS, je la respecte énormément, je trouve qu’elle est très intelligente, je pense que ce qu’elle vit c’est difficile, comme toutes les femmes et encore plus parce qu’elle est prostituée. Ce que je veux dire, c’est que je respecte, je trouve 82

qu’une femme qui l’ouvre c’est une femme courageuse et elle a mon respect. Les Femen, on n’est pas toujours d’accord sur le fond mais c’est des petits trucs. Mais voilà, c’est des camarades de lutte féministes et on n’a pas envie de s’écharper entre nous, c’est déjà tellement dur, on est déjà tellement peu nombreuses…

Quel est votre programme pour appliquer une réelle égalité salariale homme/femme en France ? Tu me poses une colle je n’ai pas révisé mes fiches (rires) ! En fait l’inégalité professionnelle, elle est due à plein de facteurs différents, c’est pour ça que c’est compliqué de faire descendre le pourcentage, qui est aujourd’hui de 27% d’écart de revenu en moyenne. Il y a des facteurs qui ont trait à la manière dont les femmes sont orientées vers un certain type de métiers, et y sont cantonnées. La majorité des femmes sont sur 10 ou 12 métiers alors qu’il y en a plus d’une centaine. Donc il faut inciter à faire

des études supérieures, travailler à l’université, qu’elles aillent plus dans des filières notamment scientifiques. Ensuite, lorsqu’elles s’orientent vers des métiers qui sont dits « féminisés », revaloriser ces secteurs-là. Aujourd’hui à niveau d’étude égal, et niveau de compétence similaire, les métiers féminisés sont moins payés que les métiers masculins. Par exemple, avec un bac+4 dans la communication ou dans le domaine hospitalier, tu auras un salaire bien moindre qu’un bac+4 dans l’informatique ou dans les sciences qui sont des domaines beaucoup plus masculins. Donc revaloriser et augmenter les salaires. Ensuite, lutter contre les temps partiels, car 80% du temps partiel aujourd’hui ce sont des femmes. Et qui dit temps partiel dit salaire partiel et ensuite retraite partielle. Ce qui crée 40% de différence de pensions de retraite entre les hommes et les femmes.

Vous êtes à peu près sur les mêmes propositions que


Najat Vallaud-Belkacem finalement. Concernant les temps partiels ou l’incitation à s’engager vers des filières différentes pour les femmes…

parce qu’on est victime de sexisme dans l’entreprise. Si jamais on va demander une augmentation de salaire, on va se faire envoyer chier, si on a 30 ans qu’on n’a pas encore d’enfant et qu’on cherche un boulot, le chef d’entreprise va se dire « elle va bientôt partir, donc soit je l’embauche pas cher soit je ne l’embauche pas ». Et puis le harcèlement sexuel il est vraiment pré-

pareil, il y a très peu de femmes qui portent plainte et il y en a très peu qui arrivent jusqu’au bout.

Que pensez vous de l’image Par rapport aux temps de la femme véhiculée dans la partiels, il n’y aura pas de mode et la publicité ? Est-elle sanctions contre les entreencore trop souvent sexiste ? Et prises qui en abusent, par est-ce que c’est un sujet qui vous exemple. Lutter contre les tient à cœur chez Osez le fémitemps partiels c’est ausnisme ? si faire une sur-cotisation des temps partiels, pour Oui ça nous que l’entretient à cœur prise cotise et oui c’est « Il y a quelques pubs qui essayent deux fois d’avoir un peu un discours différent e n c o r e mais la vérité c’est que c’est encore plus, et que vraiment ça lui coute des femmes qui vendent des voitures ! » sexiste ! Il y cher car aua quelques jourd’hui sent. Quand vous en êtes pubs qui essayent d’avoir les entreprises cotisent victime, après c’est comun peu un discours difdeux fois moins si c’est pliqué d’aller négocier un férent mais la vérité c’est un temps partiel. Elles salaire, vous vous sentez que c’est encore des préfèrent avoir plein de mal dans votre peau, vous femmes qui vendent des femmes qui ont toutes du travaillez moins bien, vous voitures ! Pour nous ça fait temps partiel plutôt que êtes moins concentrée, partie de ce qu’on appelle moins de femmes qui ont vous n’êtes pas dans des le continuum des viodes temps pleins. Donc bonnes conditions pour lences faites aux femmes. je pense qu’elle ne pro- donner le meilleur de En fait ces messages de pose pas exactement les vous-même. femmes qui vont être dans mêmes choses que nous. des positions de soumisEt puis il y a la lutte contre sion, très lascives, souvent le sexisme en entreprise, très dénudées, « offertes », contre le harcèlement La loi sur le harcèlement qui n’attendent qu’un sexuel. Ca fait parti des sexuel adoptée l’année derhomme pour se réveilraisons pour lesquelles nière va assez loin pour vous ? ler enfin, un peu la Belle les femmes ont un plaJe crois qu’elle est bien au bois dormant ! Toutes fond de verre, c’est aussi rédigée oui. Après c’est ces postures- là, depuis 84


toute petite ça imprime notre pupille, on voit tout le temps ça. Souvent dans des positions complètement incroyables, elles sont étirées avec Photoshop, etc… Le photoshopage rend en plus les femmes très malheureuses, parce que personne ne ressemble à des poupées de Photoshop. Et puis toutes les poses, les postures, les discours, ça imprime notre cerveau depuis toute petite. C’est encore clairement une violence faites aux femmes… Mais oui, quand c’est affiché partout sur les murs qu’on est des objets, qu’il faut qu’on soit belles. En fait ça nous renvoie à notre rôle dans la société. Ca nous rappelle continuellement qu’on a une place, qui est spécifique, et qu’il faut qu’on y reste. Par exemple, est-ce qu’une femme nue dans une pub pour de la crème, vous le dénoncez aussi du coup ? Je ne vois pas l’intérêt d’être nue pour vendre une crème déjà. Pour

avoir

un

exemple

concret… Par exemple, sans même montrer une femme nue, la pub pour Alfa Romeo « Giulietta » ! Je ne sais pas si tu t’en souviens ?

Oui !

Osez le féminisme était à fond derrière le mariage pour tous, tu me le confirmes ? Oui !

Et quelles sont vos autres revendications en matière de droits LGBT ?

C’était « Je suis Giuliettaaa » avec une voie très sensuelle « viens, domine-moi, chevauche-moi...» etc. Donc on expliquait que les femmes elles avaient envie de ça, et qu’on demandait aux hommes de dominer « Giulietta »…

La PMA !

La vague de Porno Chic, ça s’est un peu calmé par contre…

Est-ce que à ce moment- là, il n’y aurait pas une inégalité entres les couples lesbiens qui pourraient concevoir ellesmêmes leur enfant, et les couples gays qui eux seraient cantonnés à l’adoption ?

Oui ça s’est un peu calmé. D’ailleurs on l’appelle « porno chic » mais c’était des scènes de viol qui étaient esthétisées. De la même manière les publicitaires ne se permettent plus de faire des pubs racistes comme dans les années 50. Par contre, on continue à se permettre de faire des pubs sexistes.

Et la GPA, vous en pensez quoi ? On est contre la GPA. On dit qu’il ne faut pas prostituer le vagin, il ne faut pas non plus prostituer l’utérus.

A l’adoption ou bien à une PMA avec un couple de femmes, on peut imaginer plein de choses. En fait juste physiquement, une femme peut porter un enfant, l’homme non jusqu’à présent, donc l’inégalité elle est là. Autant il y a un 85


droit des femmes à disposer d’elles-mêmes, donc ça veut dire par exemple qu’elles puissent également être enceintes. Mais ce n’est pas le droit des hommes, fussent-ils gays ou non, de disposer du corps des femmes.

Quels sont vos prochains combats ? Je pense qu’on va faire quelque chose sur l’avortement, après ce qu’il s’est passé en Espagne. Et le sexisme à la fac aussi. Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a 57% de femmes à la fac et pourtant tout ce qui est affiches pour des soirées étudiantes c’est quand même trashissime, des trucs encore une fois avec des femmes à poil, des soirées complètement dingues avec des mots d’ordre du type « soirée milf ». Et puis il y a des viols aussi, on n’en parle jamais mais ça arrive assez régulièrement en fin de soirée il y a des femmes ivres à qui on impose des relations sexuelles. Il n’y a jamais rien eu là-dessus donc nous on a envie de 86

faire quelque chose. Probablement avec l’UNEF d’ailleurs. On a aussi envie de faire quelque chose contre les violences faites aux femmes. Cette année on a beaucoup travaillé sur la prostitution, mais j’ai trouvé hallucinant qu’en 2012 il y ait 148 femmes qui soient mortes sous les coups de leur compagnon ou de leur ex-conjoint. C’est énorme, c’est une femme tous les deux jours dans notre pays qui meurt, frappée ! Il faut qu’il n’y en ait plus du tout, qu’il y en ait moins en 2014, et qu’en 2015 il y en ait encore moins, etc. Et puis la PMA pour toutes ! Ca ne serait pas juste pour les couples de lesbiennes, l’idée c’est qu’on soit en couple ou pas, qu’une femme puisse avoir un enfant. Parce qu’aujourd’hui la PMA ça existe mais c’est juste pour les femmes qui sont avec un homme. Donc que tu sois avec un homme ou pas, que tu sois avec une meuf, que tu sois toute seule c’est la même procédure médicale. Donc pourquoi quand il y a un homme à côté de toi tu as le droit, et quand il n’y a

pas d’homme à côté de toi, quoi ? Ton désir d’enfant est moins fort, moins juste ? Voilà.

Et pour terminer, ton icône féministe ? De fait, il y en a plein. Par contre dans le combat sur l’abolition, c’est tout simplement une jeune nigérienne que j’ai aidée à sortir de la prostitution, et qui est juste hyper forte, c’est une femme juste magnifique, elle a un charisme incroyable. Et je sais que quand j’avais des petits coups de mou, parce que c’était super dur comme campagne, donc des fois on baisse les bras en se disant qu’on n’y arrivera jamais etc… Il suffisait que je l’appelle ou qu’on aille boire un café, et ça me reboostait à mort. Donc c’est elle un peu ma dose d’indignation.

Maquillage : Loriane Léger


THE BLIND TRUTH


J OYC E

J O NAT HA N

À l’occasion de la réédition de son album Caractère qu’elle ira défendre le 17 mai 2014 sur le scène du Casino de Paris, Joyce Jonathan a été choisie par notre rédaction pour inaugurer notre toute nouvelle rubrique The Blind Truth et c’est avec une aisance rare que la jeune chanteuse a répondu à ce questionnaire ‘vérité’ que vous retrouverez désormais dans chaque numéro.

Par Dine Delcroix / Photos : François Berthier

Lorsque tu te regardes dans la glace le ma-

très heureuse et fière d’avoir trois filles

tin, que te dis-tu ?

alors je me suis dit « Bon, allez, j’arrête

Je ne me regarde pas beaucoup sauf quand je dois me préparer et que je me maquille. Je me dis alors que j’ai des jour-

mon cinéma ! ». Ensuite, j’ai commencé à mettre des barrettes et des robes. Depuis, je suis une fille ! (rires).

nées bien chargées mais que c’est pour le mieux car c’est une liberté immense de pouvoir faire le métier que j’aime.

Si tu avais une baguette magique, que changerais-tu ? La couleur du ciel pour qu’il soit très

À qui voulais-tu ressembler quand tu étais

bleu tous les jours car le temps joue sur

enfant ?

l’humeur des gens. Si le ciel était bleu

À Jean-Jacques Goldman. Je me faisais déjà appeler Michael car je rêvais d’être un garçon ! Même à l’école, quand il fal-

tout le temps, je suis sûre que les gens seraient généralement plus apaisés et moi aussi !

lait faire des équipes, j’allais toujours du côté des garçons. Ma maîtresse me disait sans cesse « Mais Joyce, tu es une fille ! » alors que j’avais une coupe de garçon et les habits d’un garçon. Un jour, ma mère en a eu assez et m’a dit qu’elle aurait bien aimé avoir un garçon après mes deux grandes sœurs mais qu’elle était

Si tu devais emporter une seule chose sur une île déserte, laquelle serait-ce ? Je prendrais un stylo pour pouvoir écrire des choses. Je trouverais cela horrible de ne plus avoir de notion parce qu’au final, c’est le souvenir qui nous maintient en 89


vie. Si on ne peut pas noter, on perd nos

Que peut-on entendre comme message d’ac-

repères et nos repères sont fondamen-

cueil sur ta boite vocale téléphonique ?

taux.

« Salut, c’est Joyce. Vous pouvez me laisser un message ! ». Assez simple mais

Quelle super héroïne aurais-tu aimé être ? Quand j’étais petite, j’adorais Fantômette. Elle était trop forte et elle savait tout faire. D’ailleurs, elle me fait penser à l’héroïne de la série Revenge : forte et

personnalisé pour que les gens sachent qu’ils sont au bon numéro. La messagerie est un outil très utilisé alors je pense qu’il ne vaut mieux pas avoir un message trop lourd. Au lycée, j’avais des messages d’accueil un peu plus marrants.

sensible à la fois. Quand et comment as-tu cessé de croire au Quel pouvoir magique aurais-tu aimé avoir ? J’adorerais pouvoir voler. Cela doit donner un tel sentiment de liberté ! Je vole dans beaucoup de mes rêves.

Père Noël ? Je devais avoir cinq ans. Dans ma famille, il n’y a jamais vraiment eu de gros mythe autour du Père Noël. On fêtait surtout Noël pour être réunis et on savait qu’il y avait des cadeaux. D’ailleurs, je crois que j’ai dû vraiment réaliser que le Père Noël

Quel prénom aurais tu aimé porter ? J’aime les prénoms assez courts comme Lola ou Ava. Quand j’étais enfant, je n’ai-

n’existait pas en voyant mon père déposer des paquets sous le sapin. Par contre, la petite souris, j’y ai vraiment cru (rires).

mais pas du tout mon prénom car je le trouvais trop original. Finalement et avec le temps, il me va. Si mes parents l’ont choisi, c’est qu’ils le trouvaient beau.

90

Que peux tu me dire de négatif sur toi ? Je suis tout le temps en retard.


Et de positif ? Je ne suis pas une comédienne, je ne mens pas sur mes sentiments.

Qui veux-tu épater le plus ? Moi-même ! Je suis du signe du scorpion, rien ne m’arrête !

Que ferais-tu s’il ne te restait que 24 heures à vivre ? Je réunirais toutes les personnes que j’aime, je ferais un repas exceptionnel et je reviendrais sur ta question du pouvoir magique pour demander à vivre plus longtemps (rires).

De quelle question aimerais-tu avoir la réponse ? « Qu’est ce qu’il y a après la mort ? »

Quel a été ton dernier instant de solitude ? Je n’en ai pas eu souvent mais cela peut m’arriver quand je reviens chez moi après une série de concerts... Le vide après avoir été entourée. 

As-tu menti pendant cet entretien ? Point du tout ! 92


Maquillage Loriane LĂŠger


MARGAUX CHATELIER PAR SARAH DRENCA PHOTOS : FRANCOIS BERTHIER


Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, retenez son nom. Margaux Chatelier est jeune, belle et surtout à l’affiche du dernier film de Nicolas Vanier, Belle et Sébastien. Décontractée, l’ex Petit Rat de l’Opéra nous donne rendez-vous à l’hôtel Eugène en Ville, en plein coeur de Paris. Assise à table, elle déguste des huîtres et se tartine du tarama sur des blinis. Une bonne vivante au regard azur, qui promet de gravir les hautes sphères du cinéma dans les années à venir. Rencontre.


Comment as-tu décroché le rôle d’Angelina dans Belle et Sébastien ? J’ai passé des essais avec le directeur de casting, et c’est tout naturellement qu’ils m’ont choisie après avoir visionné toutes les vidéos des prétendantes au rôle. J’ai ensuite rapidement rencontré Nicolas, qui m’a imposé à la production : dans sa tête, son choix était fait.

Connaissais-tu Belle et Sébastien auparavant ? Je connaissais de nom, mais je n’ai pas visionné la série originale pour justement ne pas m’en influencer. Mon but était de jouer librement ce rôle, d’y apporter ma touche personnelle sans coller aux version précédentes. Je n’avais pas cette «pression» d’être à la hauteur, ce qui est plutôt agréable.

Comment s’est passée la préparation du tournage ? Nous sommes arrivés sur les lieux en avance, de façon à nous imprégner de la montagne et de tout cet univers très particulier. Il y avait une réelle nécessité de s’acclimater à cette atmosphère pour mener à bien le long-métrage. Pour moi, le personnage principal du film reste l’environnement et ses paysages. Etant donné que nos personnages vivent dans la montagne, il était pour nous indispensables d’être habiles dans ces lieux, et que, corporellement, je sois à l’aise ce qui m’a demandé des efforts. Le film étant situé dans la seconde guerre mondiale, les costumes ont beaucoup aidé à entrer dans la 96


Ton personnage dans la pièce côtoie la folie. Es-tu fasciné par ce thème ?

Je suis assez serein.

Ce n’est pas quelque chose qui me fascine mais c’est vraiment un thème qui

Ton personnage dans la pièce refuse d’avoir

est très riche quand on est comédien. Je

des enfants. As-tu la même réticence à ce sujet

ne sais pas ce qui définit la folie mais

?

je sais que le personnage de Scott Fitzgerald et le rapport qu’il avait avec sa

Non. J’ai envie de fonder une famille.

femme sont très intéressants à explorer.

J’ai plus de 40 ans, maintenant, donc

En tant qu’acteur, cela permet de sortir

l’étau commence à se resserrer (rires).

un peu des sentiers battus, d’exprimer

Autour de moi, il y a beaucoup de per-

des choses et d’explorer des états.

sonnes épanouies grâce à leurs enfants donc j’y pense aussi.

Aimes-tu les rôles forts ? Quand on me propose des personnages

Malgré l’envie, as-tu des craintes à l’idée

qui sont décalés et dans l’excès, j’ai plu-

d’être papa ?

tôt tendance à y aller, oui. La crainte, c’est de ne pas trouver la bonne maman ou de faire des enfants La perte de contrôle est également un des

par dépit pour essayer de maintenir son

nombreux thèmes de la pièce. Cela t’est-il

couple.

déjà arrivé de perdre le contrôle ?

L’histoire de la pièce se passe durant les années 20 sur fond de musique jazz. Écoutes-

Oui, mais de moins en moins. Il y a eu

tu ce style de musique ?

des moments dans ma vie où j’étais en colère contre tout. Cela peut partir d’une

Pas particulièrement. Cependant, j’aime

journée durant laquelle quelqu’un nous

beaucoup le chanteur Jamie Cullum qui

double sur la route, par exemple. On re-

fait une forme de jazz.

grette après mais, sur le moment, l’énervement est nécessaire car il est presque libérateur. Heureusement que j’ai la

Dans ce cas, quel style de musique écoutes-tu ?

chance de faire un métier qui me permet d’extérioriser des choses.

J’écoute de la techno, de la house, de la funk... J’ai mixé à une époque dans des soirées et des boites. J’aimais beaucoup

En quittant la scène, comment te sens-tu ?

aller chercher des «galettes» en magasins.


peau du personnage : c’est l’imaginaire qui nous parle.

En parlant du personnage d’Angelina, tu as des points communs avec elle ? Oui, beaucoup je pense ! C’est un personnage très entier, naturel, tout comme moi. Ce qui m’as tout de suite plu, c’est qu’elle est une femme très forte et très déterminée, emplie de liberté. C’est au final la seule femme du film, entourée de tous ces hommes, et c’est elle qui les mène au bout de l’aventure.

Tu as été formée à la danse classique durant toute ton enfance à l’Opéra, quel est le lien qui unit cette discipline au cinéma ? Tout d’abord, je pense que je ne suis pas passée de danseuse à comédienne par hasard. Lorsque j’ai arrêté la danse, c’était un choix : après sept ans passés au coeur de l’Opéra, j’ai bien réalisé que j’avais tout donné là-dedans, et que je n’arriverais pas à être heureuse à travers ce métier qui demande une grande dévotion et une grande exigence. L’hygiène de vie joue aussi…je suis beaucoup trop bonne vivante. En revanche, le lien indéniable reste la rigueur, qui subsiste aussi bien dans la danse que dans la comédie.

Pourquoi avoir choisi d’intégrer l’école de danse plutôt que de faire des cours ? 98


Tout simplement parce que je recherche l’excellence au quotidien. Je suis très exigeante, et je savais qu’il s’agissait de la meilleure école. C’est une expérience qui m’a formée et qui m’a rapidement fait gagner en maturité. Il y a des moments difficiles, d’autres merveilleux… La danse m’a aussi appris à connaître mon corps et à me situer dans l’espace, ce qui est important en tant qu’actrice.

Tu es inscrite au Conservatoire Supérieur d’Arts Dramatiques : c’est pour toi une nécessité d’être encadrée ? J’ai besoin d’exigence, d’un cadre, c’est nécessaire. J’ai le sentiment que l’on a beaucoup plus de respect pour toi dans ce métier si tu as une formation, des bases solides derrière. Le métier de comédien est tellement éphémère, les gens se lassent vite…et moi je veux que ce métier soit celui d’une vie. Je veux continuer ce métier le plus longtemps possible. Et puis, on n’a jamais fini d’apprendre.

La danse, c’est donc totalement fini ? Oui, complètement. Ce n’est plus du tout ma vocation professionnelle. J’aime beaucoup cet art, mais je ne le pratique plus. J’ai laissé toute la place au cinéma.

As-tu gardé des réflexes de danseuse au quotidien ? L’envie que tout soit parfait, une certaine 101


rigueur de la vie. Et surtout une hygiène de vie, c’est une habitude que j’ai pris depuis mon enfance. Je fais beaucoup de sport, des Pilates, du Yoga, du TRX… Tout ce qui sculpte le corps m’intéresse.

Ce qui te plaît dans le métier d’actrice, c’est quoi ? Ce qui m’intéresse le plus dans la vie, c’est l’humain. Lorsque je joue, je me sens encore plus vivante que lorsque je ne joue pas. C’est un sentiment enivrant, analyser des personnages, mieux comprendre l’autre… c’est une passion.

Quel est le rôle que tu attends impatiemment ? Je rêve d’interpréter des personnages complexes, comme celui de Kate Winslet dans les Noces Rebelles. Les films d’époque m’intéressent aussi… En fait je suis trop curieuse pour me cantonner à une seule catégorie. J’ai quand même une préférence pour Polanski et Scorsese.

L’actrice que tu admires ? Romy Schneider. C’est une actrice formidable, elle incarne la femme par excellence : douce, fragile et forte à la fois.

Une carrière internationale, ça te tente ? Oui, forcément ! Notre génération fait par102

tie d’un monde très ouvert et mélangé, je


rêve de jouer dans une autre langue, être immergée dans une autre culture.

Quand tu ne tournes pas, tu fais quoi ? Je fais du sport, je suis quelqu’un de très actif. J’adore voyager… Lorsque j’ai redécouvert la liberté après avoir quitté l’Opéra, je n’ai pas arrêté d’être en mouvement. J’adore Genève, Londres ou encore Milan pour un week-end. Sinon à Paris, je file déjeuner chez Merci qui n’est qu’à quelques pas de chez moi. Evidemment, j’aime aussi aller au cinéma, dans ma journée idéale, il faut aller au cinéma ou au théâtre. Et finir la journée par un bon dîner, c’est indispensable.

Quel rapport entretiens-tu avec la mode ? Je suis très esthète, j’aime les très belles choses. Je peux craquer sur des choses assez chères comme dévaliser Zara. Mais je privilégie, comme toujours, l’excellence. Après, je ne suis pas la mode mais j’admire énormément le travail des créateurs.

Ta routine beauté : plutôt bio ou sophistiquée ? Plutôt saine ! Il faut absolument dormir, c’est très important. Avoir de beaux ongles, des cheveux propres, c’est le minimum. Le principal, c’est de s’occuper de soi et de s’écouter, on resplendit de l’extérieur.

Make up : Marie Nicolas


Par DINE DELCROIX / Photos : Franรงois Berthier


DIMITRI STOROGE

Révélé au début des années 2000 dans Ni Pour Ni Contre (Bien Au Contraire) de Cédric Klapisch, Dimitri Storoge poursuit son chemin de comédien investi doucement mais sûrement. Après avoir été un voyou dans Les Lyonnais d’Olivier Marchal en 2011, l’acteur français s’est retrouvé

docteur dans la récente adaptation cinématographique de Belle & Sébastien par Nicolas Vanier. mais c’est au Théâtre de la Porte Saint Martin qu’il va consacrer son début d’année dans Roméo & Juliette sous la mise en scène de Nicolas Briançon à partir du 16 janvier 2014. Portrait.

PAR Dine Delcroix / Photos : François Berthier


Tu as étudié un peu le droit avant de te

Tu t’es fait connaître du grand public il y

consacrer à la comédie. As-tu déjà regretté

a plus de 10 ans dans le film Ni Pour Ni

ton changement d’orientation ?

Contre (Bien Au Contraire de Cédric Kla-

Non. Je me suis orienté vers le droit parce que je ne savais pas quoi faire d’autre

pisch. Aimerais-tu retravailler avec ce réalisateur ?

après le baccalauréat. J’en ai fait pendant

Oui, avec plaisir ! On s’est croisé au dîner

2 mois puis je me suis arrêté. Ensuite, j’ai

de la présélection des Césars à l’époque

travaillé dans des bars la nuit puis j’ai re-

du film Les Lyonnais car il était le parrain

pris les études dans une fac d’anglais et

d’un des présélectionnés et cela m’a fait

je prenais des cours de théâtre au Cours

très plaisir de le revoir.

Florent en parallèle. Le Cours Florent a pris le dessus sur l’anglais et j’ai fini par rentrer au Conservatoire d’art dramatique. À la base, je voulais faire du droit

Quel genre de films vas-tu voir au cinéma ?

comme un gosse a envie d’être flic ou

J’essaye d’aller voir de tout mais, depuis

avocat mais je ne voulais pas être flic ou

que j’ai des enfants, je vais malheureu-

avocat, je voulais juste être l’acteur qui

sement moins au cinéma. Maintenant, je

joue le flic ou l’avocat. J’ai mis du temps

suis devenu incollable en dessin animés

comprendre la différence (rires).

(rires).

Si tu devais mettre de côté la comédie pour

As-tu des acteurs fétiches ?

t’orienter vers un autre secteur d’activité, quel métier choisirais-tu ?

Il y a des gens que je trouve formidables mais je n’ai pas d’acteurs fétiches.

Je ne me suis jamais posé la question mais, si je ne joue plus, j’imagine qu’il faudra bien faire quelque chose d’autre alors je deviendrais pêcheur.

On t’a vu récemment dans le film Belle et Sébastien de Nicolas Vanier dans lequel tu jouais un rôle de gentil. N’est-ce pas un profil un peu inhabituel dans ta carrière ?

Il faut beaucoup de patience pour faire ce métier...

Oui. C’est même la première fois que l’on me propose le rôle d’un mec bien

Pour être acteur aussi et cela tombe bien

pour un film avec de beaux sentiments

car je n’en ai pas donc cela me fera tra-

dans tout ce qu’il y a de plus noble.

vailler dessus. 108


Veste Emporio Armani Pull PAUL & JOE Pantalon en cuir JITROIS Souliers LOUBOUTIN Montre OMEGA


Dans la vie de tous les jours, es-tu plutôt un

Es-tu du genre à avoir le trac avant de mon-

voyou ou un gentil ?

ter sur scène ?

Pour en avoir côtoyé pendant le tournage

Oui ! J’ai des montées d’angoisse rien

du film «Les Lyonnais», je peux dire que

qu’en passant devant le théâtre mais le

je ne suis pas du tout un voyou mais plu-

trac est un bon copain. Il me suit depuis

tôt un gentil (rires).

longtemps alors j’espère qu’il va rester, maintenant.

As-tu regardé la série des années 60 qui a inspiré le film «Belle et Sébastien» ? J’ai très peu regardé car je n’ai pas eu l’impression que c’était nécessaire.

Entre le théâtre, le cinéma et la télévision, as-tu une préférence ? Non, j’aime toutes les disciplines pour différentes raisons. Ce n’est pas tout à fait le même médium pour les trois. Le

As-tu déjà eu un lien fort avec un animal comme le petit garçon du film ?

théâtre, j’en ai fait moins donc j’ai vraiment envie d’y aller.

Pas spécialement mais j’ai toujours eu des chiens et des chats. J’ai encore un chat, aujourd’hui.

As-tu un «truc» d’acteur avant de jouer ? Je n’ai pas un truc, j’en ai plusieurs en fonction de ce qu’il y a à jouer, du per-

Ce mois-ci, tu es à l’affiche de «Romeo Et Juliette» au Théâtre de la Porte Saint-Martin où tu incarnes le personnage de Mercutio. As-tu auditionné pour ce rôle ?

110

sonnage, de l’ambiance et de mon humeur. Le seul truc qui revient toujours, c’est le trac mais il n’est pas sclérosant. Je peux aussi bien écouter de la musique que faire le con. Cela dépend. Au théâtre,

Oui, j’ai fait des essais et c’était très dur

par exemple, j’essaye de faire quelques

car nous étions nombreux. J’avais envie

exercices de respiration histoire d’ouvrir

de travailler avec le metteur en scène, Ni-

la colonne d’air pour ne pas me casser la

colas Briançon.

voix mais je n’ai pas de rituel particulier.


BLIND TEST

cATALINA DENIS Par FRANCOIS BERTHIER / Photos : François Berthier

Après l’avoir vu recemment sur Canal+ dans The Tunnel réalisé par Dominik Moll aux côtés de Stephen Dillane et Clémence Poésy, la sublime franco-colombienne sera prochainement a l’affiche de Brick Mansions de Camille Delamarre avec le regrété Paul Walker. en attendant, elle est actuellement sur ABC dans le rôle de Rosario dans la série The Assets.

Ta Madeleine de Proust ?

Ton livre de chevet ?

C’est une odeur. L’odeur du talc pour bébé.

Rayuela de Cortazar. J’ai le même livre de-

Parce que ma mère adorait ça, d’ailleurs je

puis que j’ai quinze ans. Il est rayé de toutes

ne sais pourquoi elle l’utilisait car ce n’était

parts, je le trimballe partout, il a fait des ki-

pas pour moi. C’est l’odeur qui me ramène

lomètres ! Rayuela c’est le jeu de la marelle.

à la maison. Ma grand-mère sentait comme

C’est un livre que tu peux lire normalement

ça, tout sur elle sentait le talc du bébé.

ou en te référant à chaque numéro de chapitre indiqué en fin de page, qui te renvoie à un autre chapitre. C’est l’histoire d’un

Le film qui raconte ta vie ?

couple. Ils se regardent tellement de près

The Hours. Je ne sais pas s’il raconte ma

s’est promenés sans se chercher mais sachant

vie. Mais je m’y suis terriblement identifiée.

qu’on allait se trouver. »

que leurs yeux deviennent un seul oeil. « On

Je crois qu’on peut vivre plusieurs vies dans une seule vie. Et l’idée que ce qui t’arrive à toi a pu arriver à quelqu’un d’autre avant ou en même temps dans un autre pays. Cette

112

Ton secret de beauté ?

idée de relativité, j’aime cette idée et ce senti-

Se démaquiller, c’est bête mais vrai. Et quand

ment de solitude.

je ne dors pas et que je dois être présentable


Vêtements perso Boucles d’oreilles

Bernard Delettrez 113 Bracelets Ettika


Robe Eric Tibusch Chaussures Walter Steiger


j’utilise un masque à base de thé noir et lotus de

Ce n’est pas que je n’aime pas les compliments

chez Fresh, mais on ne la trouve pas en France.

mais c’est qu’ils me mettent mal à l’aise. Bien sûr j’aime les compliments mais ça me dérange.

Ton antistress ? Yoga, yoga, yoga…Always yoga !

Le pays où tu pourrais immigrer ? USA !! Ca fait quelques année que j’y vais régulièrement et si pour l’instant je vais dans

Le détail chic pour toi ?

les villes principales, c’est un pays qui m’in-

Des perles. C’est très joli. Des boucles

Orleans, le Texas. Ou alors l’Islande, je ne

d’oreilles mais en collier aussi. Ca donne

connais pas mais ça m’a toujours intrigué.

téresse. J’adorerais découvrir la Nouvelle

toujours un petit coté sophistiqué. Tu peux mettre du cuir avec, ça fera décalé. Avec une petite robe noire c’est élégant. Les perles peuvent rendre une tenue banale, chic.

Un autre métier qui t’aurait plu ? Une artiste du Cirque du Soleil parce que j’adore cette notion où tu passes ta vie à t’en-

Ta chanson pour te sentir bien ?

trainer. Et à partir d’un tel entraînement tu

This must be the place des Talking Heads.

tellement d’émotions avec son corps. Trapé-

A chaque fois que j’ai le cafard je l’écoute et

ziste, acrobate avec le long voile qui tombe

danse comme une folle et après ça va mieux.

et dans lequel tu t’enroules. Ou travailler la

crées quelque chose de magique. Transmettre

terre, j’adorerais. L’insulte que tu préfères ? « You fucker ». Ca vient tout seul !

Qui inviterais-tu à ton dîner idéal ? Des gens qui passent des mois et des mois en mer. Ecouter leurs récits et les écouter parler de cette

Le compliment qui t’énerve le plus ?

expérience où tu es coupé du monde. Je pense que chaque voyage est comme une philosophie.

115


Veste cuir Giorgio Soutien gorge Paloma Casile Pantalon Leonard


Le cadeau que tu rêves de t’offrir ?

Le talent que tu aimerais avoir ?

Un avion ! Un vrai ! J’adore être dans les

J’aimerais bien pouvoir dessiner. Pouvoir

avions.

mettre sur papier ce que je vois ou ce que je ne vois pas.

Ton proverbe fétiche ? C’est pas un proverbe, c’est just DO IT. Parce

Que ferais-tu s’il te restait 24h à vivre ?

que j’ai tendance à trop penser, à trop me

J’appellerais tous ceux que j’aime, sans leur

prendre la tête avant d’agir, alors que c’est

dire que je vais mourir, uniquement pour leur

« Allez je le fais ». Se lancer.

dire que je les aime et que tout va bien. Ensuite je boirais du champagne pendant 24 heures ! Moi j’aime conduire. Oui ! Je pren-

La chanson que tu as honte d’avoir dans ton ipod ?

drais l’autoroute direction le sud de la France en buvant une piscine, mourir les pieds dans l’eau !

Los Cinquenta de Joselito. C’est le truc le plus ringard au monde. C’est une musique qu’on écoute typiquement en décembre en Colombie. C’est horrible mais quand c’était le premier Noël pour moi en France, j’étais toute seule et j’avais dansé avec mes parents au téléphone au rythme de Joselito.

118

Stylisme : Benjamin Orion Make up : Camille Lutz Coiffure : Raphäel Mariage Shot at Tenfeetunder Studios


PULL PERSO


L’INTERVIEW PREMIÈRE FOIS

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MAYRA ANDRADE Par Dine Delcroix / Photos : Patrick Fouque

Dans les bacs depuis le 11 novembre 2013 avec un quatrième album intitulé Lovely Difficult qui réunit des titres de Benjamin Biolay, Yaël Naim ou encore Piers Faccini, Mayra Andrade a accepté de se prêter au jeu de notre désormais célèbre interview Première Fois avec un sourire et une sympathie hors du commun.

Premier souvenir ? J’ai toujours eu l’impression d’avoir

car nous étions les plus jeunes. Il m’a embrassée devant tout le monde !

vu le jour de ma naissance mais c’est sans doute mon imagination ou l’envie de m’en souvenir.

Premier amour ? C’était il y a 6 ans et cette relation vient juste de se terminer.

Première voiture ? Je n’en ai jamais eu !

Premier chagrin d’amour ? Du chagrin, j’en ai eu à chaque fois.

Premier métier que tu voulais faire ? Chanteuse, actrice et danseuse. Un

J’associe l’amour au chagrin. C’est quelque chose qui va avec.

packaging tout inclus !  Premier animal de compagnie ? Premier baiser ? Je devais avoir 5 ans et j’étais amoureuse d’un garçon de 4 ans mon aîné

Une tortue qui s’appelait Carolina. J’ai voulu lui donner le nom d’une dame qui parlait trop. J’avais 8 ans.

qui est encore mon pote, aujourd’hui. C’était lors d’une répétition de danse. Nous étions les mascottes du groupe

121


Premier disque acheté ? Une compilation de la grande diva brésilienne Maria Bethânia. J’avais 13 ans et j’étais en vacances à Rotterdam.

s’appelait Nadine. Elle m’aimait bien et elle m’avait offert son effaceur à la fin de l’année. On avait monté un spectacle avec les élèves mais je l’ai raté car j’ai dû partir au Cap Vert. J’avais pourtant fait toutes les répétitions pour ce spectacle et j’étais très déçue de ne pas pouvoir y participer.

Premier film culte ?

Cette enseignante m’a alors écrit une très jolie lettre avec des photos du

Dirty Dancing de Emile Ardolino.

spectacle. J’ai été très touchée par son

J’avais enregistré ce film et j’ai dû

geste. Nous avions un lien et je garde

user la VHS jusqu’au bout (rires).

un très bon souvenir d’elle. Nadine, si tu nous lis... (rires).

Premier livre culte ? Mon bel oranger de José Mauro de Vasconcelos.

Première cuite ? C’était il y a un an et demi. J’ai bu trois gin tonic à une soirée de convention organisée par Sony et j’étais pom-

Premier prof détesté ?

pette. Je pense avoir l’alcool mauvais

Je n’aimais pas certaines matières

trant chez moi. J’étais super meur-

mais je m’entendais plutôt bien avec

trie parce que je voulais que tout le

mes professeurs.

monde soit heureux. Le lendemain,

car je me suis mise à pleurer en ren-

tout allait bien, je n’étais pas malade. Je ne bois pas d’alcool en généPremier prof adoré ?

ral car le goût de la l’alcool ne m’attire pas. Même lorsque je sors avec

J’ai déménagé souvent donc j’ai fré-

l’intention de boire pour m’amuser,

quenté beaucoup d’écoles. Lorsque

je n’y arrive pas.

je vivais en Angola, j’avais une enseignante à l’école primaire qui

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MODE

ANGELE et DEMON PHOTOGRAPHE : FRANCOIS BERTHIER STYSLISME : SAMUEL MAJID MAKE UP : VIRGINIE ALLAIS HAIR : ELSA JOLI


Robe YSL, Collier Crucifix DOLCE & GABBANA, manchette et bague noire AMELLEE

Robe Murmur, Serre-tĂŞte Forever21


Gilet avant toi, Bague+collier Forever21, String Bordelle


Gilet avant toi, Bague+collier Forever21, String Bordelle


Soutien-gorge Chromat Collier+Boucle d’oreilles+Bague Patrick Moulin


Pochette Forever21, botines Roland Mouret, Collier Patrizia Pepe, Haut Forever21


Chaussures FOREVER21


Robe Daniel Hechter, Serre-tĂŞte Forever 21


Legging sac Ă dos PatriziaPepe Chaussures Forever 21


Corset : Bordelle, Bracelet +Chaussures Forever21, String Bordelle, Lunettes Police


Bipolar Lover Photographer : Maxime Stange Make up : Yann BoussanD Larcher Hair : Pierre Saint-Sever Mannequin : MELIssa gateau@crystal


Body TATU COUTURE pour MISE EN CAGE


Body TATU COUTURE pour MISE EN CAGE


Body TATU COUTURE pour MISE EN CAGE


Soutien-gorge Cage en cuir verni CHROMAT pour MISE EN CAGE Short en cuir verni CHROMAT pour MISE EN CAGE Collar en cuir ZANA BAYNE pour MISE EN CAGE


Photo : François Berthier Make up : Camille Lutz Hair : Salek L. Assistant : Martin Lagardère Robe Heimstone


LA FILLE QUI REND BLIND

lotte verbeek Née

en 1982 aux Pays-Bas, la sublime Lotte parle couramment en plus du néerlandais, l’anglais, le français, l’allemand et l’italien. Celle que vous avez découverte en Giulia Farnèse dans Borgias, la série évènement de Neil Jordan, ou dans Suspension of Disbelief aux cotés de Sebastien Koch sous la direction de Mike Figgis, pourrait bien devenir la star de 2014.

photo : François Berthier


musique Coeur de Pirate Trauma 27 Janvier 2014

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Par Dine Delcroix Lady Gaga feat Christina Aguilera Do What You Want 1 Janvier 2014

Neon Hitch 301 To Paradise 3 Janvier 2014

inattendu

pour Le 17 décembre dernier, Après avoir abandonné le Béatrice Martin alias Lady Gaga interprétait son projet d’un premier album Coeur de Pirate qui livre single Do Whay You Want sous prétexte qu’il ne resun album de reprises spé- dans l’édition américaine semblait plus à ce qu’elle cialement enregistré pour du télé-crochet The Voice. est devenue aujourd’hui, servir de bande originale à Et ce n’est pas avec R Kel- Neon Hitch vient enfin de la saison 5 de la série ca- ly - initialement présent lever le voile sur sa nounadienne Trauma. Dans sur la version originale du velle direction artistique ce savoureux recueil mu- morceau - que la chan- en proposant une mixtape sical, la jeune femme rend teuse s’est donnée en spec- à télécharger gratuitement royalement hommage à tacle mais avec Christina sur son site officiel en atNancy Sinatra, The Rol- Aguilera. Double surprise tendant de livrer un alling Stones, Kenny Ro- puisque la version studio bum complet. Produite gers, Amy Winhouse, Bon de ce duo déjà mythique a par Kinetics et One Love, Iver, Patrick Watson et été mise en ligne sur toutes cette mixtape offre 4 titres d’autres grands noms de la les plates-formes de télé- diablement efficaces agréchanson. Des reprises cha- chargement dès le premier mentés d’une surprenante leureuses et envoûtantes jour de cette nouvelle an- reprise du tube We Can’t à souhait en attendant un née. Deux voix exception- Stop de Miley Cyrus. On atnouvel album de composi- nelles pour un seule chan- tend la suite avec hystérie ! tions originales.  son. Un pur cadeau !

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Sophie Ellis-Bextor Wanderlust 20 Janvier 2014

Brooke Candy Feel Yourself (Alcochol) 7 Janvier 2014

A Great Big World Is There Anybody Out There ? 14 Janvier 2014

Celle qui avait enflammé Rappeuse et strip-tea- Le duo américain révéles dancefloors en 2001 seuse en club, la bad girl lé l’année dernière par le avec son tube Murder On Brooke Candy est de re- titre This Is The New Year The Dancefloor revient avec tour avec un nouveau titre dévoile son premier alun cinquième album. So- qui tiendra lieu de single bum. Derrière A Great Big brement intitulé Wander- promotionnel à son pre- World se cachent Ian Axel lust, ce nouvel opus marque mier album attendu pour et Chad Vaccarino, deux un virage volontaire dans cette année. Intitulée Feel talentueux musiciens réla carrière de la jolie chan- Yourself (Alcochol), la chan- unis par leurs études de teuse britannique qui sou- son est utilisée dans la musique à l’Université de haitait un disque radicale- nouvelle campagne publi- New York qui ont mis tout ment éloigné de la pop à citaire pour la collection leur savoir au profit d’un laquelle elle avait habitué d’accessoires «Erotica» de disque intimiste et magisson public. Planantes et la marque italienne Die- tralement produit. Et ce mélodieuses, les nouvelles sel, assurant à la chanteuse n’est pas Christina Aguichansons de Sophie El- californienne une impor- lera qui dira le contraire lis-Bextor surprendront tante diffusion. Côté son, puisque la chanteuse s’est par leur genre et séduiront le titre ne pouvait être que invitée sur la ballade Say instantanément grâce au trash et insolent. Pour les Something, actuellement en timbre de voix unique de amateurs d’audace... et de tête des ventes de singles son interprète. latex ! américains.


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Pierre Niney, Joyce Jonathan, Will.i.am, Margaux Chatelier, Anne-Cécile Mailfert, Dimitri Storoge, Broken Bells, Family of the Year, Vanessa...

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