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FEVRIER 2017 #33

Lol Tolhurst / Eugénie / Amy Macdonald / Guillermo Guiz / Jimmy Jean-Louis / Julia Michaels / Kallagan / FLEUR GEFFRIER


CONTRIBUTEURS

FONDATEUR, DIRECTEUR DE LA REDACTION, REDACTEUR EN CHEF CINEMA & DIRECTEUR DE LA CREATION FR A NCOIS BERTHIER REDACTEUR EN CHEF, REDACTEUR EN CHEF MUSIQUE DINE DELCROIX RÉDACTRICE EN CHEF BEAUTE AUR IA NE BESSON JOURNALISTES Dine Delcroi x, François Berthier. PHOTOGR APHES François Berthier, Florian Fromentin, Martin Lagardère, Anthony Gomes PRODUCTION PHOTO Dine Delcroix + François Berthier PHOTO DE COU V’ François Berthier CONTACT R EDACTION/PUB theblindmagazine@gmail.com

The BlindMagazine est édité par la société Ten Feet Under / Tous les textes et photos sont soumis par leurs auteurs qui acceptent leur publication et n’engagent que leur responsabilité.


EDITO #33

$ Chers lecteurs, chères lectrices, Telle une étoile filante, insaisissable, imprévisible mais toujours agréable, votre numéro de TheBlindMagazine est là ! La tendance n’est plus à la culture générale mais à la culture particulière, celle que nous avons justement sélectionné pour vous avec la complicité de nos talentueux photographes. Nous vous souhaitons une agréable lecture et nous n’avons encore dit notre dernier mot ! L’équipe TheBlindMagazine


FEVRIER 2017

28

48

10 L’instant Live 8

Guillermo Guiz 12

Kallagan 20

Jimmy Jean-Louis 28

Lol Tolhurst

4

40 En couverture

Julia Michaels 48

Amy Macdonald 58

Eugénie 66 La fille qui rend Blind

FLEUR GEFFRIER


En couverture


L’INSTANT Live L’instant LIVE


KALEO @Le Trianon, Paris 27 janvier 2017

Par : Dine Delcroix / Photos : Wallendorff

Depuis

sa formation en 2012, Kaleo fait partie des groupes islandais les plus marquants, créant d’abord l’évènement avec sa prestation au  festival Iceland Airwaves Music  en  novembre 2012 avant de séduire les États-Unis en se  produisant  au célèbre festival américain South by Southwest en 2015.

Mélange de pop-rock, de folk et de blues, la musique de Kaleo doit beaucoup à la voix de Jökull Júlíusson, le chanteur leader de la bande. Way Down We Go,

un des titres phares du groupe a été utilisé en bande originale des séries Blindspot,  «  Suits,   Orange Is The New Black,  Vinyl,  The Leftovers mais aussi  du jeu FIFA 16 et, plus récemment, des films Beauté cachée et Logan. Difficile, donc, de passer à côté du phénomène Kaleo.

Actuellement en tournée pour promouvoir son deuxième album, « A / B », paru le 10 juin 2016, le groupe était de passage en France le 27 janvier 2017 pour un concert complet au Trianon, o f frant à son  public français un live  millimétré et démontrant que la scène est définitivement son terrain de jeu, même  lorsqu’il s’agit de revisiter le tube Bang Bang (My Baby Shot Me Down).


BLIND TRUTH - GUILLERMO GUIZ -

Guillermo Guiz a failli devenir footballeur professionnel mais le sort a décidé de l’orienter vers les sciences  politiques et le journalisme, lui permettant ainsi d’écrire pour de nombreux quotidiens et magazines en France et en Belgique, son pays d’origine. Et lorsqu’il n’est pas à  l’antenne de France Inter  dans l’émission de Nagui,  La  bande originale, le jeune homme joue son premier one man show à l’intitulé résolument affirmatif : Guillermo Guiz a un bon fond, tous les mercredis à 21h15 au Point Virgule jusqu’au 28 Juin 2017. PAR Dine Delcroix / Photos : Florian Fromentin

Lorsque tu te regardes dans la glace le matin, que te dis-tu ? Je me dis que jamais je n’arriverai à trouver une solution pour mes cheveux.

À qui voulais-tu ressembler quand tu étais enfant ? Je voulais ressembler à Chris Waddle. C’est un ancien footballeur anglais qui jouait notamment à l’Olympique de Marseille qui avait une coupe à la brosse avec une nuque longue. J’allais au coiffeur et je demandais la même le coupe. Le gens pensaient que  j’étais contraint de faire cette coupe cheveux  mais c’était  complètement volontaire. J’étais un plouc de grande compétition !

Si tu avais une baguette magique, que changerais-tu ?

Je me mettrais une vraie barbe au lieu d’avoir des poils anarchiques. Je

voudrais avoir une barbe de trois jours pour voir ce que cela fait d’avoir l’air un peu viril.

Si tu devais emporter une seule chose sur une île déserte, laquelle serait-ce ? Penélope Cruz ! Sinon, un iPod pour écouter de la musique.

Quel super héros aurais-tu aimé être ? J’aurais aimé être Donkey Kong. Il sautait hyper bien avec beaucoup d’énergie. Avec Mario, ce sont les deux seuls jeux vidéos auxquels j’ai joué dans ma vie. Quel pouvoir magique aimerais-tu avoir ? J’aimerais bien être immortel parce


que je ne suis pas du tout d’accord avec le concept de la mortalité.

Quel prénom aurais tu-aimé porter ? J’aimerais bien m’appeler Pablo. J’adore ce prénom !  Quand j’étais petit, je lisais une bande dessinée de  football franco-belge qui  s’appelait  Éric Castel  et  j’ai  été marqué par le personnage de Pablito dedans. Moi qui m’appelle Guy Verstraeten pour de vrai, je peux dire qu’il n’y a pas moins exotique au monde que mon nom. Rien ne sent plus le cassoulet et la viande  fermentée que mon nom. Plus personne n’appelle son enfant Guy, aujourd’hui.

Et de positif ? J’ai une forte résistance à l’alcool.

Qui veux-tu épater le plus ? Mes potes. Il sont ma jauge.

Que ferais-tu s’il ne te restait que 24 heures à vivre ? Je trouverais une cool façon de me suicider. Un suicide avec plusieurs moyens en même temps. J’avalerais des médicaments avant de me jeter d’un chouette immeuble avec une corde autour du cou tout en essayant de me tirer une balle pendant que je tombe.

Que peut-on entendre comme message d’accueil sur ta boite vocale téléphonique ? « Ceci n’est pas Charles Michel ! ». C’est le  premier  ministre belge qui ne m’inspire rien de bien positif. Cela n’a,  évidemment, aucun impact  humoristique en France.

De quelle question aimerais-tu avoir la réponse ? « Pourquoi se lève-t-on le matin ? ».

Quel a été ton dernier instant de solitude ? Quand et comment as-tu cessé de croire au père Noël ? Mon père était tellement rationaliste que je crois que je n’ai  jamais cru au père Noël de ma vie.

Que peux-tu me dire de négatif sur toi ? J’ai un corps dégueulasse avec de grosse côtes.

Avant hier, quand ma  chronique radio était pourrie et que je  suis rentré chez moi dans la grisaille.

As-tu menti pendant cet entretien ? Non. Mon métier fait que j’éexgère la réalité mais je ne mens pas.

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BLIND TEST

Humoriste d’origine lyonnaise, Kallagan s’est notamment illustré en première partie de spectacles de Fabrice Éboué et de Jeff Panacloc. Il joue actuellement  Virtuose, son nouveau one man show du  jeudi au dimanche au Point Virgule  dans lequel il aborde sans filtre son expérience de parent et des relations hommes-femmes. Un spectacle à l’humour mordant qui mérite bien son titre grâce  aux improvisations maîtrisées de son auteur et à son incroyable sens de la dérision,  réinventant  sur son passage les codes du genre.

PAR Dine Delcroix / Photos : Antony Gomes assisté d’Alexandre de Coupigny


KALLAGAN- BLIND TEST

Ton livre de chevet ? J’adore éplucher le Code civil. J’aurais dû être avocat. J’ai une détestation de l’injustice !

Ton secret de beauté ? Je me fais tailler la barbe par La Barbière Ta Madeleine de Proust ?

de Paris.

J’ai lu récemment que France 4 allait rediffuser le dessin animé Il était une fois... la vie et je suis à deux doigts de brancher la télévision chez moi pour montrer cela à mon fils. Sinon, je bois encore du Nesquik (rires).

Le film qui raconte ta vie ? Sans prétention aucune : Nowhere Boy de Sam Taylor-Wood. Au début du film,

Ton antistress ? Un câlin de mon fils.

La tendance mode que tu détestes ? Le saroual pour hommes : c’est pas possible ! Je trouve cela ignoble.

quand le professeur rend les copies et dit à John Lennon qu’il ne finira nulle part… On m’a dit cela toute ma vie ! J’ai grandi à la campagne, à 10 km de Lyon et c’était impensable d’avoir la vie que je mène aujourd’hui.

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Le détail chic pour toi ? Une belle montre.


Ta série du moment ? Mon choc de l’année, c’est « Designated Survivor ». 

adoré votre spectacle ! ». Je n’ai rien contre Bigard mais je ne fais pas du tout la même chose.

Ta chanson pour te sentir bien ? Got My Mind Set On You de George Harrison.

Le pays où tu pourrais immigrer ? J’aime beaucoup  le  Mexique, la  Thaïlande et le Canada côté Québec.  Peutêtre que j’alternerais entre les trois (rires).

Ton proverbe fétiche ? « On s’en branle !  ». C’est  clairement ma devise dans la vie.

Un autre métier qui t’aurait plu ? J’aurais adoré être avocat. J’aurais fait des plaidoiries avec beaucoup d’humour.

L’insulte que tu préfères ? Je suis très « connard » et « connasse », moi.

Qui inviterais-tu à ton dîner idéal ? Si c’était un truc fou, je ressusciterais John Lennon. Si c’était plus réaliste, j’adorerais  manger  avec Johnny Hallyday. Après, pour le rancard idéal, j’hésite entre Sophie Marceau et Scarlett Johansson qui est désormais célibataire.

Le compliment qui t’énerve le plus ? Le défaut que doit avoir une personne « J’adore Jean-Marie Bigard donc j’ai


pour te séduire ? Elle ne doit pas me courir après.

J’aimerais savoir me  «  placer  » partout comme font beaucoup de comiques qui se dégotent des chroniques à la radio à la télévision… Je ne sais pas faire.

Le cadeau que tu rêves d’offrir ? C’était inconcevable que ma grand-mère maternelle quitte ce monde sans être arrière grand-mère grâce à moi et c’est chose faite. En plus, elle est toujours là.

Libé ou le Le Figaro ? Ni l’un ni l’autre. Je suis plutôt Google News. Je veux juste l’information.

Le disque que tu as honte d’avoir acheté ? Quand j’étais enfant, ma mère m’avait offert l’album Chants zazous de Richard Gotainer en cassette pour mon anniversaire.

Le talent que tu aimerais avoir ?

La question qu’on ne doit pas te poser ? « Ils sont où, tes cheveux ? » (rires).


VINCENT MACAIGNE


PREMIERE FOIS

JIMMY JEAN-LOUIS PAR Dine Delcroix / Photos : Francois berthier

Jimmy Jean-Louis a été danseur et mannequin avant de se consacrer au métier d’acteur qui lui a permis de côtoyer quelques noms célèbres comme Bruce Willis et Monica Bellucci dans Les Larmes du soleil en 2003 ou encore Jennifer Lopez et Jane Fonda dans Sa mère ou moi en 2005. Le petit écran connaît également son visage puisqu’il a joué dans les séries Arrow et Heroes Reborn. Il campe le rôle principal du film « Jazmin et Toussaint » de Claudia SainteLuce, en salles le 29 mars 2017.


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JIMMY JEAN-LOUIS - Première Fois

Interview : Dine Delcroix Photos : François Berthier

Premier souvenir ?

Premier métier que tu voulais faire ?

Mon père est venu me récupérer au jar-

Joueur de football professionnel.

din d’enfants et il ne m’a pas vu donc il est reparti en pensant sûrement que ma mère était déjà passée. Moi,  l’ayant vu car j’étais juste devant lui, je n’ai pas osé l’interpeller.  J’étais en larmes une fois qu’il était parti. Premier baiser ? J’étais en classe de 5 ème, elle s’appelait Laurence...

Première voiture ? Une Ford Falcon station wagon de 1964. Premier amour ? La vie !

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Premier concert ? Premier rapport sexuel ? Je devais avoir 16 ans à peu près.

Premier chagrin d’amour ? Peut-être pour ma mère quand elle

Deux concerts très mythiques : Imagination et Public Enemy.

Premier film culte ? Un film de Bruce Lee.

est partie en France pour travailler. Je n’avais que 8 ans et je ne l’ai pas vue pendant trois ans.

Premier livre culte ? Nelson Mandela. Premier animal de compagnie ? Un chien.

Premier prof détesté ? On ne déteste pas son prof ! Premier disque acheté ? Un disque Kool and the Gang, il me semble.

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Premier prof adoré ?

Premier vote ?

Une prof de commerce. Elle était très jo-

Brack Obama en 2008.

lie avec un cheveu sur la langue en plus d’être prof.

Premier sentiment de fierté ? Premier choc dans la vie ?

Ma première publicité pour Coca-Cola

Mon chien qui tombe dans les toilettes. À

ting ouvert. J’étais sans agence.

savoir que mes toilettes, en Haïti, étaient juste un trou d’une dizaine de mètres.

Premier voyage ? De Port-au-Prince à Paris

Premier job ? Cuisinier à l’ouverture du Hard Rock Café de Paris.

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que j’ai décrochée après avoir fait un cas-


RENCONTRE


Par Dine Delcroix Photos : François Berthier


Membre

fondateur de The Cure, Lol Tolhurst a d’abord été le batteur de la bande de 1976 à 1982 avant d’en devenir le claviériste jusqu’en 1989, année de son expulsion du groupe par son chanteur et leader, Robert Smith. Il vient d’éditer ses mémoires dans un livre intitulé Cured : Two Imaginary Boys et paru en France aux éditions Le mot et le reste,  dans lequel il relate sa rencontre à l’âge cinq ans avec Robert Smith et l’incroyable amitié entre les deux hommes qui a donné naissance à l’une des formations les plus mémorables de la musique new wave. Bien plus qu’une simple autobiographie, ce  passionnant ouvrage est le premier  témoignage d’un  membre du groupe mythique en près de quarante années d’existence et de mystères que son auteur a voulu désépaissir de l’intérieur en partageant des anecdotes inédites et des détails signifiants.

fait tatouer deux plumes sur l’épaule il y a une vingtaine d’années parce que je savais que je voulais écrire et c’était une sorte de talisman pour que je le fasse. J’ai toujours su que je serais celui qui écrirait et raconterait l’histoire. Tout le monde dans The Cure avait une force particulière. Pour moi, cela a toujours été l’écriture.

Cela fait quoi d’être le seul membre de The Cure à avoir écrit un livre qui raconte l’histoire du groupe ? J’ai toujours su que je serais le premier à faire cela et Robert Smith le savait aussi. Il y a longtemps, nous avons eu une conversation et il m’a dit «Si tu quittes le groupe, tu seras le seul qui fera autre chose». Je me suis toujours souvenu de cette conversation et j’ai pensé à écrire pendant des années. Je me suis même

Afin d’illustrer la couverture de ton livre, tu as fait appel à Porl Thompson, l’ancien guitariste du groupe, pour ses qualités d’illustrateurs. Pourquoi ? Les gens avec qui j’ai grandi qui sont Robert Smith, Simon Gallup, Michael Dempsey et Porl Thomson sont mes amis d’enfance. Porl a réalisé la plupart des visuels du groupe. Je voulais une couverture connectée mais aussi avec des différences et c’est ce que j’ai demandé à Porl. À l’époque, je lui parlais mais je ne l’avais pas vu depuis environ dix ans avant cela. J’ai l’impression qu’il

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était destiné à faire cette couverture. Il a tout de suite accepté sans hésitation. Avant de recevoir la lettre de Robert Smith t’informant, au nom du groupe, qu’il vouSais-tu ce que Robert Smith pense de ton livre ? Je lui ai donné la première copie à Los Angeles en mai 2016 alors que le groupe y était de passage pour un concert et je suis allé voir tout le monde. Simon Gallup, le bassiste du groupe, m’a confié qu’il était vraiment heureux que j’écrive un livre. J’ai donné un exemplaire à Robert Smith en lui  disant que je voulais qu’il soit le premier à lire le livre tout en lui préci-

lait que tu quittes The Cure, avais-tu vu la chose arriver ? Oui, bien sûr ! Je crois que, dans mon coeur, avant que nous commencions à travailler sur l’album  Disintegration, je le sentais probablement déjà. La  réalisation de cet album a été irritante pour moi parce que je ne me  sentais pas bien.  Quelque chose devait se briser et je pouvais le sentir venir.

sant qu’il ne contenait rien d’inquiétant. Il a été sur les routes durant toute l’année dernière alors pas de retour direct… Avec Robert, c’est bon signe de ne pas avoir de nouvelles parce que si quelque chose l’avait dérangé, il m’aurait directement téléphoné.

Tu es revenu ponctuellement dans la groupe mais a-t-il déjà été question que tu le réintègres de façon plus régulière ? J’ai rejoint le groupe pour quelque concerts en Australie, Londres, New York, Los Angeles… Je pense qu’il est possible que quelque chose d’autre se

Y a-t-il des personnes concernées par ton

fasse. J’espère qu’il nous reste encore

livre qui ont été déçues en le lisant ?

vingt ou trente ans (rires). Ce livre m’a

Non. J’ai ai parlé à un ami auteur et il m’avait dit qu’il est important, quand on

ouvert les yeux et j’ai le sentiment que tout est possible. Nous verrons...

écrit ses mémoires, de prévenir les gens qui vont y figurer mais aussi ceux qui n’y seront pas. Il m’est d’ailleurs arrivé d’entendre « Tu aurais pu me consacrer une petite page ! » mais les gens ont compris et personne n’était malheureux.

Dans ton livre, tu racontes ne pas avoir aimé l’album Disintegration lorsque tu l’as écouté. Il s’agit pourtant de l’album le plus vendu 33


du groupe à ce jour. En quoi t’a-t-il déplu ? Je l’ai vraiment aimé mais j’étais contrarié. Nous étions rentrés en studio pour faire cet album après avoir fait quelques maquettes et cela s’est bien passé mais quand nous en sommes venus à enregistrer le disque, il m’était difficile de travailler en studio. Cela va paraître étrange

c’est avec les chansons de cet album que j’ai la plus grande connexion émotionnelle. J’aime aussi des chansons isolées. Quand on me  demande  de dire quelle est ma chanson préférée du groupe, je réponds toujours Piggy in the Mirror dans l’album The Top. J’ai écrit une partie du texte de celle-ci et j’en suis fier !

mais j’étais assis à  l’extérieur du studio pendant la quasi-totalité de l’enregistrement. Mon esprit était dans petit coin dont je ne pouvais m’échapper. Si j’entrais dans le studio, je me  sentais  désorienté et je ne pouvais pas me concentrer

Qualifierais-tu The Cure de groupe punk ou de groupe new wave ?

mais je sais que je devais être là-bas et j’y

Je ne pense jamais à cela. Je ne pense

étais tous les jours pendant trois mois. Ma

pas à l’étiquette. Je pense tout simple-

capacité mentale se désagrégeait et c’est

ment que nous avons fait de la bonne

ce qui me contrariait. Lorsqu’on est en

musique.

colère, les choses sortent différemment. Pour ma part, ce sont les choses que je décris dans mon livre qui sont sorties mais ce n’était pas vrai car j’ai aimé  ce que j’ai entendu et j’étais heureux d’entendre des chansons sur lesquelles j’avais

Y a-t-il une part gothique en toi ?

travaillé. Je voulais toutefois être plus

Je pense qu’il y en a une, oui. C’est plus

impliqué mais je ne pouvais pas.

une attitude et une façon d’être qu’autre chose pour moi. Tu commences ton livre en disant que tu es né le jour et où la musique est morte. À quoi

Quel est ton album préféré de The Cure ? J’en ai deux. Le premier est Pornography  qui me semble être le  meilleur des albums que nous avons faits à trois. L’autre est Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me car nous avions agrandi le  groupe en étant cinq personnes pour celui-ci et je crois que 34

fais-tu référence dans ce passage ? Il y a cette  chanson de Buddy Holly qui s’intitule  The Day The Music Died… Par  coïncidence, je  suis né le jour où Buddy Holly est mort. Cette formule en référence à sa chanson me convenait d’une manière  poétique parce que cela définissait l’époque dans laquelle nous


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avons grandi et durant laquelle la mu-

dans son autobiographie. Cette transparence

sique qui était autour de nous ne nous

dans le récit était-elle importante, pour toi ?

semblait pas pertinente. J’ai utilisé cette image pour préciser tout cela.

Ce que je vais dire va confirmer cette connexion. J’ai fait beaucoup de recherches et j’ai lu beaucoup de mémoires. Parmi les deux que j’ai aimées, il y a celles de Duff McKagan que j’ai contacté. Nous

Dans ton livre, tu décris l’Angleterre comme un pays en marge de tout. Vois-tu ce pays de la même manière, aujourd’hui ?

avons parlé, il m’a donné beaucoup d’informations et de conseils. Nous sommes devenus un peu des correspondants dans la mesure où je ne l’ai  pas encore

Rien n’a vraiment changé. Quand j’ai

rencontré mais nous communiquons par

commencé à pensé à ce livre, j’ai un

e-mails, par téléphone et par messages.

agent littéraire qui a parlé du projet à

Son livre m’a semblé très honnête et,

des gens en Angleterre et je sais qu’il y

bien qu’il n’ait pas le même style que le

a quelques descriptions qui auraient pu

mien, les pensées et les sentiments sont

les bouleverser dans ce livre mais les gens

les mêmes. J’ai lu les livres des autres

avec qui j’ai fini par le publier ont trouvé

membres de Guns N’ Roses mais je n’en

cela vrai parce que c’est ainsi que le pays

ai aimé aucun. L’autre livre que j’ai aimé

est. C’est peut-être un peu plus différent

est l’autobiographie de l’acteur et humo-

pour moi aujourd’hui parce que je n’y vis

riste Steve Martin, Born Standing Up. Il y

plus depuis 33 ans. À une époque, je n’y

a aussi le livre de Viv Albertine, la guita-

suis pas allé pendant 12 ans donc, quand

riste des Slits, qui est bien.

j’y suis retourné, les choses étaient très différentes à certains égards mais, en dessous, c’est la même chose. Tu sembles avoir trouvé une forme de paix. Est-ce ton expérience de vie qui t’y a aidé ou plutôt l’écriture de ce livre ? Lorsque tu vas en Angleterre, retournes-tu à Crawley, la ville où tu as grandi ?

Je voulais écrire ce livre plus que toute autre chose pour m’expliquer ma vie à

Oui. Mon frère aîné vit à Crawley alors je

moi-même. Je suis dans la seconde moitié

lui rends visite.

de ma vie, je ne suis pas encore sénile ni trop vieux et je me souviens de toutes ces

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Dans ton livre, tu t’es livré en toute honnêteté

choses alors j’ai voulu faire cela comme

à l’image Duff McKagan des Guns N’ Roses

un exercice. C’était cathartique de se


souvenir et d’écrire. Je revivais certaines

Je pense qu’il y aura un film. J’ai un

choses qui sont devenues très vivantes

ami qui est bien connu en tant que ré-

pour moi. Je voulais aussi être utile. J’ai

alisateur de films et qui aime le livre.

eu un échange avec Duff McKagan à ce

Nous en avons déjà parlé à des gens…

sujet et il m’a dit que l’écriture était pour

J’aimerais que Robert Downey Jr. joue

lui comme un voyage et c’est vrai. C’était

mon rôle mais je ne pense pas que cela

un voyage, un autre type de thérapie.

arrivera (rires). On ne sait jamais !

C’était bien d’avoir à se rappeler ces choses à ce stade de ma vie. Si je l’avais fait à l’âge de 30 ou de 40 ans, j’aurais eu une perspective différente, j’aurais manqué d’expérience  pour être capable de juger ce qui s’est passé et de restituer le déroulement des choses.

Après un album sous le nom de Presence en 1993 et trois albums sous Levinhurst en collaboration avec ton épouse, Cindy Levinson, qu’envisages-tu musicalement ? Quand j’aurais  terminé la promotion de mon livre, je vais aller en studio avec Porl Thompson. D’abord, nous  allons composer la musique d’un film que l’on

Aimerais-tu que ton livre soit adapté au ci-

m’a commandée. J’ai proposé à Porl de

néma ?

m’aider et il a accepté. Nous allons faire 37


cela et voir ce que cela va donner. Si

pective et dans leur contexte. Nous avons

cela nous plaît, peut-être que nous fe-

discuté de pas mal de choses et je pense

rons quelque chose ensemble. Il y a aura

que je vais faire quelques trucs avec lui.

peut-être aussi plus de choses pour le

J’ai envie de l’aider parce que je suis son

projet Levinhurst parce que j’ai appré-

père mais je ne veux pas juste m’impo-

cié cela et parce que ma femme aimerait

ser à ce qu’il fait. Je veux qu’il ait son

chanter davantage.

propre chemin, son propre truc. Cela signifierait  beaucoup plus pour lui. Je dirais au petit Laurence :  « Ralentis un peu  ! ». En effet, la plupart des évenements du livre sont arrivés avant mes

Comment se passe la collaboration avec ton

30 ans alors que j’avais l’âge de mon fils

épouse sur Levinhurst ?

actuellement. C’est fou quand j’y pense aujourd’hui ! Simon Gallup, le bassiste

Cela se passe bien. C’est aussi un moyen

du groupe, m’a écrit récemment et m’a

de voyager avec elle, de découvrir diffé-

dit « J’aurais aimé que nous soyons plus

rents endroits et d’en profiter.

gentils les  uns envers les  autres quand nous étions plus jeunes et que nous fassions preuve de plus de compréhension envers les choses ». Ce n’est pas qu’il regrette mais il pense  que les choses se-

Quel conseil donnerais-tu à aujourd’hui

raient meilleures avec les sentiments

au jeune Laurence Tolhurst qui grandirait

que nous avons les uns pour les autres

tranquillement dans la petite ville de Craw-

aujourd’hui. Tout cela est le fruit de la

ley ?

jeunesse et de l’endroit où nous avons

« Sors de là aussi vite que tu peux ! » (rires). J’ai un fils, Gray. Il a 25 ans, il joue de la guitare, il chante et c’est aussi un poète. Il m’a aidé pour mon livre. Je lui ai donné le premier manuscrit. Il va à l’école à San Francisco où il a eu un diplôme en écriture alors je voulais qu’il le  lise et  qu’il me dise si  j’avais fait des fautes. Il connaissait évidement toute les histoires que j’y raconte  pour les avoir entendues en  grandissant mais il y a trouvé plus de sens en les lisant. Cela lui a  permis de mettre les choses en pers-

grandi. On ne peut rien y changer.


EN COUVERTURE


JULIA MICHAELS


JULIA MICHAELS De par son talent pour l’écriture et la composition, Julia Michaels est à l’origine de tubes pour Gwen Stefani, Ed Sheeran, Justin Bieber, Jason Derulo, Britney Spears ou encore Selena Gomez mais n’avait encore jamais poussé la chansonnette. C’est désormais chose faite avec Issues, un premier single à l’efficacité assurée qui  souligne un tournant dans la carrière artistique de cette américaine de 23 ans dont le premier EP, Nervous System est attendu pour le printemps prochain. Une artiste à surveiller !

Par Dine Delcroix / Photos : François Berthier

Qu’est-ce qui t’a amenée à la musique ? J’ai toujours écrit, j’ai toujours aimé les mots et leur capacité à affecter les gens. C’est un peu la même chose avec la musique. La musique peut te faire pleurer, rire, te sentir heureux ou brisé. J’aime le pouvoir de la musique.

parce que je me ronge les ongles. Je suis terriblement nerveuse !

Y a-t-il des musiciens dans ta famille ? Non. Ma soeur chante et écrit également des chansons mais si j’ai ces tous instruments à la maison, c’est parce que je les voulais vraiment.

As-tu commencé par écrire ou as-tu appris à jouer d’un instrument d’abord ? J’ai d’abord commencé par écrire de la poésie avant de jouer du piano.

Joues-tu d’un autre instrument ? Un peu de guitare et de ukulélé et j’ai aussi un  banjo à la maison mais je ne joue pas très souvent de ces instruments 42

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’entamer une carrière de chanteuse après avoir longtemps écrit pour d’autres artistes ? Quand tu écris pour  d’autres personnes  aussi longtemps que je l’ai fait, tu deviens bon dans le fait de te cacher derrière eux tu en oublies que tu as, toi aussi, une voix et à quel point il est facile


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de se perdre. Lorsque j’ai écrit le titre Issues, j’avais l’impression de m’être trouvée pour la première fois et c’était un peu le tournant pour moi.

Cette chanson avait-elle été initialement écrite pour un autre artiste ? Oui, elle avait été écrite pour quelqu’un d’autre mais d’après ma propre expérience. Tout a commencé après une dispute avec mon petit ami à l’issue de laquelle nous avons réalisé que nous étions tous les deux pathétiques et que nous nous aimions beaucoup. J’ai écrit cette chanson juste après cela et je ne pouvais plus imaginer quelqu’un d’autre la chanter. Au lieu de la donner à un autre artiste, j’ai voulu la garder pour moi-même.

Chantais-tu déjà avant de sortir ce single ? Oui, depuis des années. Je chante sur les maquettes des chansons que j’écris. Ma voix est le point de départ de toutes les chansons que j’ai écrites et qui sont entrées en radios. J’ai toujours tout chanté mais je n’avais seulement encore jamais été au premier plan.

férent de ce que j’ai l’habitude de faire. C’est à la fois angoissant et gratifiant. Je suis  excitée mais aussi très nerveuse. Il a pu m’arriver de pleurer pendant des heures avant de devoir chanter. Ce n’est pas bien mais on m’a dit que c’était normal. Mon premier concert en  Suède était devant une  centaine de personnes et c’était  vraiment cool de voir, pour la première fois, des gens chanter mes paroles. C’était un moment très touchant pour moi.

Lorsque tu écris pour d’autres, travailles-tu en collaboration avec les futures interprètes ou préfères-tu écrire en solo ? C’est une sorte de mélange des deux. Cela dépend d’avec qui je suis et de ce que je fais. 90% du temps, j’écris pour écrire. Des fois, j’ai une note vocale, un titre, un concept et je mets tout ensemble. Ensuite, je me dis que cette chanson irait bien à telle ou telle personne alors je l’envoie aux gens du label pour voir s’ils l’aiment et ainsi de suite. Je peux aussi travailler avec l’artiste et l’amener à me dire ce dont il veut parler. Parfois, les artistes ne savent même pas ce dont ils aimeraient parler jusqu’à ce qu’on en discute ensemble.

Qu’as-tu ressenti en passant de l’autre côté ?

Parmi toutes les chansons que tu as écrites, laquelle te rend particulièrement fière ?

J’ai ressenti un mélange d’émotions. C’est un tourbillon et c’est complètement dif-

Issues, la mienne. C’est un sentiment très surréaliste. La manière positive dont les 45


gens réagissent en écoutant cette chanson me fait vraiment très plaisir.

Quand tu vois d’autres artistes cartonner avec tes chansons, aimerais-tu être à leur place ? Non. Je n’ai jamais été du genre à m’extasier à l’idée de la  célébrité. Quand je vois ces artistes chanter et leurs fans réagir par des larmes ou des sourires, c’est là que je suis interpellée et que je me dis que j’aimerais pouvoir toucher des gens de la même façon même si, techniquement, c’est en quelque sorte déjà le cas d’une certaine manière.

N’as-tu donc aucun regret ? Non. Je suis auteur-compositeur et je ne suis pas possessive envers les choses. Une fois que j’ai donné une chanson, ce n’est plus mon bébé.

Tout comme toi, Tove Lo, Lana del Rey et Emeli Sandé ont commencé leur carrière en écrivant pour d’autres avant de se lancer en tant que chanteuses. T’arrive-t-il de te comparer à ces artistes ? Jamais ! Je pense  que tout le monde a son  propre chemin et fait son  propre truc. Aucune de nous n’est la même. Nous n’avons pas le même son et nous 46

ne nous ressemblons pas. Nous sommes des personnes à part entière donc non, je ne me compare jamais.

Vas-tu continuer à écrire pour d’autres ? Ce serait génial si je pouvais. Je suis auteur-compositeur avant tout donc cela coulera toujours dans mes veines de vouloir écrire pour d’autres personnes. Je vais essayer de le faire autant que possible pendant que je le peux. Je sais que, dans le futur,  cela n’arrivera pas aussi souvent que j’aimerais mais, pour l’instant, je vais continuer à écrire pour d’autres .

Quels sont les artistes pour lesquels tu aimerais écrire ? J’aimerais écrire quelque chose pour Pink. J’aimerais aussi écrire pour David Byrne. Ce serait génial !


47


Amy McDonald


BARBER SHOP QUARTET


AMY MACDONALD

Cinq ans après Life In a Beautiful Light, Amy Macdonald est de retour avec Under Stars, un quatrième album disponible dès le 17 février 2017. Et si la chanteuse écossaise à qui l’on doit le tube This Is The Life a mis plus de temps que d’habitude à travailler sur un disque, elle n’en reste pas moins fidèle aux sonorités pop rock qui l’ont révélée et qu’elle prend toujours autant de plaisir à proposer sur scène depuis déjà une décennie.

PAR Dine Delcroix /

longuement en tournée avec mon précé-

Photos : François Berthier

dent album durant l’année 2014, puis, j’ai pris un peu le temps de me reposer avant de me remettre à l’écriture. J’ai passé l’année 2015 à écrire ce nouvel album et j’ai été en studio en 2016 pour l’enregistrer. En apparence, on pourrait penser que j’ai été absente mais ce n’était pas du tout une période de silence pour moi.

Durant ces longues tournées, t’arrive-t-il d’être lassée d’interpréter régulièrement certaines de tes chansons ? Non, jamais ! Je suis très fière de chacune des chansons que j’ai écrites et, même si j’ai dû en chanter certaines des Tu reviens avec un quatrième album studio.

dizaines de milliers de fois, il y aura tou-

Comment as-tu occupé les cinq années qui se

jours quelqu’un dans le public qui ne

sont écoulées depuis la sortie de ton disque

m’aura jamais entendue les interpréter.

précédent ?

Quand tu écris quelque chose dont tu es

Je suis une artiste qui aime faire des tournées alors, quand je sors un album, je passe des années sur les routes pour faire des concerts. Je suis donc partie 50

fier, tu ne t’en lasses jamais. Certaines des chansons que je chante m’ont permis d’avoir cette formidable carrière et de faire ce que j’aime durant ces dix dernières années.


Parviens-tu à écrire lorsque tu es sur les

dix ans, c’était agréable de changer ma

routes ?

manière de composer. J’ai l’impression

Je me sens plus inspirée quand je prends le temps de rentrer à la maison parce que je peux écrire à propos de choses réelles

que nous avons réussi à faire de bonnes chansons et c’est un album dont je suis très fière.

et significatives qui touchent davantage de personnes. En tournée, on est un peu dans une bulle et on risque d’écrire des choses qui parleraient à moins de gens. J’ai plus de choses à raconter une fois rentrée à la maison, voilà pourquoi je n’écris pas lorsque je suis en tournée.

La tracklist définitive du disque a-t-elle été délicate à définir ? Nous avions environ une vingtaine de chansons et c’était difficile de définir une tracklist définitive et surtout cohérente mais, avec le recul, quand je réécoute les chansons qui n’ont pas été retenues, je me

Y a-t-il un moment particulièrement propice

dis que nous avons fait les bons choix.

pour écrire ? Non. Je ne suis pas du genre à me réveiller au milieu de la nuit pour écrire des chansons d’autant que j’ai le sommeil profond mais je peux écrire n’importe quand, chez moi ou chez un de mes musiciens, par exemple.

As-tu choisi les chansons finales en fonction d’un thème spécifique pour l’album ? Non, il n’y a pas de thème dans l’album parce que je n’essaye pas vraiment d’écrire de cette manière. J’attends d’être inspirée pour commencer à écrire. Je pense que si j’essayais de suivre un plan

Comment as-tu travaillé sur ce nouvel album ? J’ai travaillé avec mes musiciens et c’était super de les avoir à mes côtés parce que

particulier pour mes chansons, cela ne sonnerait pas naturel. Chaque chanson a sa propre histoire.

nous avons pu construire les chansons au fur et à mesure de l’écriture. Les maquettes des morceaux étaient ainsi plus excitantes que lorsque je composais toute seule à la guitare acoustique. Au bout de 53


Pourquoi as-tu choisi d’intituler ce nouvel al-

durer à une certaine époque mais, quand

bum Under Stars ?

on les écoute, on se rend compte que

La chanson éponyme a été inspirée par une de mes plus proches amis. Elle avait décroché un stage à New York pour une année. C’était une formidable pour elle mais elle était seule et elle avait le mal du pays. Heureusement, j’ai pu lui rendre visiter là-bas à plusieurs reprises mais, à chaque fois que nous nous disions «au revoir», elle se sentait seule à nouveau et j’étais mal à l’idée de l’abandonner. La première fois que je l’ai quittée, je écrit à son sujet depuis l’avion en espérant

certaines d’entre elles sont très joyeuses et très positives. Il s’est dit que les gens n’avaient pas forcément envie d’aller à ses concerts pour l’écouter chanter sa misère pendant deux heures donc il a toujours essayé de mettre une lueur positive dans ses chansons et c’est aussi une chose que j’ai faite. Bien qu’elles sonnent souvent positives, mes chansons viennent toujours d’un endroit plus profond et elles ne sont pas nécessairement très joyeuses.

qu’elle aille mieux. J’ai fini par écrire la chanson en rentrant à la maison en guise de message pour mon amie disant que nous regardons toujours le même ciel, où que nous soyons. Par la suite, lorsqu’il a fallu nommer l’album, j’ai pensé à ce titre qui, en dépit de son côté cliché, est positif. Il est parfois important de se

Tu as justement repris la chanson I’m On Fire de Bruce Springsteen qui figure dans l’édition ‘deluxe’ de ton nouvel album. Pourquoi ce choix, spécialement ?

rappeler que nous avons bien plus en

Il n’y a pas vraiment de raison parti-

commun dans nos similarités que dans

culière derrière ce choix. J’ai toujours

nos différences et ce titre incarnait par-

été fan de Bruce Springsteen. Il a un

faitement cette idée à mes yeux.

incroyable répertoire musical et c’est pour moi un plaisir de pouvoir chanter ses chansons. Je n’ai pas essayé de faire quelque chose d’unique avec sa chanson ou d’en changer quoique ce soit. Pour

Tes titres d’albums toujours ont toujours un

moi, c’est juste un privilège de pouvoir

sens positif. Est-ce délibéré de ta part ?

chanter ses chansons. Je l’ai jouée en

Oui, j’essaye toujours d’écrire de cette manière. J’ai entendu Bruce Springsteen dire quelque chose d’assez similaire en interview. Beaucoup de ses chansons sont nées d’une souffrance qu’il a pu en54

live quelque fois et mon label m’a dit que ce serait bien de l’inclure dans l’édition ‘deluxe’ de l’album.


55


Tu as dit que tu n’utilisais jamais d’effets sur

Inversement, quelle est la chose la plus né-

ta voix en studio pour tes albums. Est-ce tou-

gative ?

jours le cas ?

L’industrie musicale n’est pas toujours la

Oui. Il y a beaucoup de gens dans l’in-

plus agréable. Il y a, parfois, beaucoup

dustrie musicale qui vendent un grand

de non-sens et de fausses personnes qui

nombre de disques mais qui ne sont

peuvent te tirer vers le bas mais j’ai

pas capables de chanter vraiment sur

toujours fait en sorte de m’entourer de

scène. Je trouve cela ridicule de façon-

bonnes personnes. Cela aide toujours.

ner n’importe quelle voix. Je pense que c’est la raison pour laquelle j’aime faire de concerts. C’est dans ces moments-là que l’on fait ses preuves et qu’on ne peut plus se cacher derrière l’autotune. Bien sûr, il peut y avoir de la reverbe ou un effet sur certaines de mes chansons mais je suis capable de chanter sur scène tout ce qu’on entend sur mes disques. Je n’essaye de duper personne.

Tu fêtes tes dix ans de carrière, cette année. Quelle est la chose la plus positive qui te soit arrivée à ce jour ? Probablement toutes les personnes incroyables que j’ai rencontrées comme mes musiciens ou mon équipe. Certaines de ces personnes sont à mes côtés depuis le début et c’est formidable d’avoir pu partager ce voyage avec elles. J’ai beaucoup de chance d’avoir pu me faire des amis pour la vie.


RENCONTRE

EUGENIE Au

départ, ce sont ses reprises de ses coups de cœur  musicaux  qu’elle s’amuse à partager sur le net en guise de mise en bouche, tâtant ainsi le terrain  d’une  industrie souvent intimidante avant de s’y lancer en dévoilant une première composition originale aux accents electro-pop baptisée  Puis Danse.  Désormais  entourée  d’une solide équipe  artistique, la jeune Eugénie s’affaire actuellement à la préparation d’un premier album sous la bienveillance de Panthéon, le label à tendance  électronique  de Mercury (Universal). 

Interview : Dine Delcroix Photos : François Berthier Make-up : Eden Tonda


Robe Natargeorgiou


EUGÉNIE

nue dans la musique parce qu’il voit que je suis épanouie là-dedans.

Comment es née ton envie de faire de la musique ? La musique a toujours fait partie de ma vie. Mes parents m’ont inscrite au Conservatoire quand j’avais 5 ans pour faire du violon mais je ne suis pas restée longtemps parce que n’en faisais qu’à ma tête. La musique, pour moi,  devait être vraiment quelque chose de divertissant. Du coup, j’ai arrêté le Conservatoire et, de façon autodidacte, j’ai commencé le chant, la guitare et le piano.

Quand as-tu commencé à écrire à et à composer ? J’ai commencé à composer et à écrire vers l’âge de 13 ans. C’est devenu vraiment une ambition que je voulais concrétiser après le lycée, au moment où il a fallu choisir entre les études ou quelque chose qui me plaît vraiment. Il y a eu un petit moment de flottement où je me suis dit que j’allais d’abord faire  quelque  chose de général mais  d’artistique donc j’ai fait une Prépa en Arts appliqués puis j’ai eu un déclic et j’ai eu envie de me lancer à fond dans la musique.

As-tu pris des cours particuliers pour ces instruments ? J’ai pris quelques cours de guitare. Pour le piano, je n’ai jamais pris de cours mais j’en avais un chez moi donc j’étais souvent dessus et j’ai également pris des cours de chant pendant un an.

As-tu suivi un modèle ou une inspiration pour te lancer ? Absolument pas ! Toutefois, le fait de voir ma mère essayer de vivre de son art m’a donnée envie  d’avoir un peu le même style de vie mais ce n’est pas la même chose. J’avoue que je n’ai pas vraiment de modèle, c’est naturel, j’ai besoin de

Y a-t-il des musiciens dans ton entourage ?

faire cela. Après, quand on commence à avoir des amis dans le milieu et qu’on

Pas du tout ! Ma mère est artiste

voit qu’ils font de la scène, on comprend

peintre donc elle m’incite forcément

que c’est possible.

à aller dans un milieu artistique. Mon père, lui, a un travail à l’opposé de ce monde-là. Il a d’ailleurs été un peu réticent au début mais il m’a toujours soute60


Comment en es-tu venue à signer avec un label ? J’ai rencontré mon manager lors d’une fête d’anniversaire à laquelle il n’était pas invité (rires). J’étais un peu dans mon coin et lui  aussi alors on s’est parlé. Je lui ai fait écouter une de mes maquettes composée sur  Garage Band  et il a bien

et ne savaient pas que je composais. Cela me dérangeaient parce que je ne voulais pas  assumer des choses qui ne me  ressemblent pas. Mon manager, lui, a vraiment essayé de me  connaître et de  découvrir mon univers et c’est ce qui m’a plu.

aimé. Quelques mois après, il m’a  présentée à une équipe en studio pour aller plus loin dans mes productions. J’ai eu un très bon feeling en studio  avec ces  personnes et on a commencé à travailler sur des choses que  j’avais  déjà

Comment décrirais-tu cet univers ? Electro-pop avec des textes inspirés, plutôt poétiques et métaphoriques.

mais aussi sur des  nouvelles.  Parallèlement, j’ai créé une page Facebook sur laquelle je postais des reprises assez régulièrement pour avoir un premier contact avec les gens et voir s’ils aimaient bien ma voix et mes  idées de reprises. En quelques mois, j’avais gagné des milliers de personnes sur ma page et le nombre de vues augmentait. On a  ensuite commencé à avoir des  rendez-vous avec des labels durant lesquels on a présenté

Comment as-tu trouvé ta couleur musicale ? C’est un mélange d’influences américaines avec une dominante pop. Après, j’aime aussi chercher des  atmosphères. Il y a le premier single Puis danse qui est énergique mais j’ai aussi des  chansons un peu plus ambiantes. J’aime bien  explorer plusieurs ambiances.

mes propres chansons et ils ont beaucoup aimé. C’est ainsi que j’ai rencontré l’équipe de  Panthéon, le nouveau label

Tu chantes aussi bien en français qu’en an-

de Mercury chez Universal.

glais. Comment t’es venue l’idée d’écrier en deux langues ?

Avant de travailler avec ton manager, avaistu été sollicitée par d’autres personnes ? Oui. Au début, les gens qui me contactaient le faisaient en ayant déjà une idée pour moi. On voulait me faire et me façonner. Ils imaginaient des choses autour de moi. Ils ne me connaissaient pas 62

Cela n’a pas été immédiat. En réalité, je n’écrivais qu’en anglais car je n’écoutais pratiquement que des  chansons dans cette langue. Cela me venait plutôt naturellement et, à un moment donné, en me penchant sur ce projet, j’ai réalisé que j’avais envie de faire  passer un message direct aux gens et d’être plutôt précise


63


dans mes mots. Il fallait que j’arrive à don-

C’est forcément une  question que l’on se

ner la même intention en français et c’est

pose à un moment donné. J’ai essayé de

devenu une évidence. Quand on choisit

me chercher un peu un surnom et rien ne

d’écrire dans sa langue natale, on ne peut

m’est venu. Du coup, je me suis dit que je

pas faire semblant.

pourrais me présenter en tant qu’Eugénie d’autant que je n’en vois pas forcément dans le paysage musical.

Dans quel contexte écris-tu ? J’aime bien être chez moi mais il peut m’arriver  d’avoir des idées à l’extérieur et  d’enregistrer  des mémos vocaux avec

N’as-tu pas éprouvé le besoin de mettre une distance entre ta vie privée et ta vie artistique ?

mon téléphone. Je suis aussi très inspirée

Pas forcément. C’est vrai que, quand

le soir. Les peintures de ma mère  accro-

j’écris, j’écris pas mal sur moi-même et sur

chées au mur de chez moi m’inspirent. Ce

mon propre ressenti. Dans mes chansons,

sont des peintures abstraites, je peux y voir

je parle de mes sentiments et de mes ex-

ce que je veux et j’aime l’idée qu’on puisse

périences donc c’était dans la logique des

s’identifier de la même manière à des chan-

choses. J’espère qu’on retiendra Eugénie

sons.

même si c’est un prénom un peu vieillot (rires).

Parallèlement à l’écriture, écoutes-tu beaucoup de musique ? Oui, j’écoute pas mal de musique. Je fais

Maintenant que la machine est lancée, te senstu prête à perdre l’anonymat ?

partie de la génération « Playslist » donc je

Je sais que c’est une condition pour

marche un peu aux coups de cœur.

concrétiser ce rêve-là. Cela peut être  aus-

Que peut-on entendre dans ta playlist, ces derniers temps ? En ce moment, j’écoute Nao, AlunaGeorge, Maggie Rogers, Petit Biscuit, The Weeknd et cela évolue chaque mois.

si agréable que désagréable mais, pour l’instant, je  prends les choses comme elles viennent. Il y aura, peut-être, des moments où je trouverais cela plus désagréable qu’agréable mais je pense que c’est une chance de pouvoir accéder à cela. Cela ne me fait pas peur. Je suis surtout contente de faire de la musique et j’attends de faire de la scène parce que c’est ce qui me fait

As-tu d’abord pensé à te trouver un nom d’artiste avant d’opter pour ton véritable prénom ? 64

vibrer.


LA FILLE QUI REND BLIND

FLEUR GEFFRIER


Par François Berthier Photos : François Berthier Fleur semble tout droit sorti d’un tableau de Vermeer. cette sublime rousse a été découverte dans Elle. Elle joue le role d’une copine de Nicolas Bedos dans Monsieur et madame Adelmans. On la retrouvera ensuite dans La morsure des dieux en avril


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