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DECEMBRE 2016

JULIEN DORE

Broken Back / Christelle Chollet / Emeli Sandé / Frances / Melanie Martinez / Michaël Cohen / Moderat / The Pirouettes


CONTRIBUTEURS

FONDATEUR, DIRECTEUR DE LA REDACTION, REDACTEUR EN CHEF CINEMA & DIRECTEUR DE LA CREATION FR A NCOIS BERTHIER REDACTEUR EN CHEF, REDACTEUR EN CHEF MUSIQUE DINE DELCROIX RÉDACTRICE EN CHEF BEAUTE AUR IA NE BESSON JOURNALISTES Auriane Besson, Dine Delcroi x, François Berthier. PHOTOGRAPHES François Berthier, Florian Fromentin, Martin Lagardère Nicolas Larrière. PRODUCTION PHOTO Dine Delcroix + François Berthier. PHOTO DE COU V’ François Berthier. CONTACT R EDACTION/PUB theblindmagazine@gmail.com

The BlindMagazine est édité par la société Ten Feet Under / Tous les textes et photos sont soumis par leurs auteurs qui acceptent leur publication et n’engagent que leur responsabilité.


EDITO #31

Chers lecteurs, chères lectrices, L’année 2016 touche à sa fin et nous apprécions l’idée de vous avoir accompagné tout au long de celle-ci par le biais de pages riches d’interviews variées et d’images léchées. Au fil des mois, TheBlindMagazine a réussi à trouver une place de plus en plus grande dans vos ordinateurs, vos tablettes et vos smartphones avec, toujours, le même engouement réciproque. Nous vous remercions pour votre fidélité et nous vous souhaitons d’agréables fêtes. À l’année prochaine !

L’équipe TheBlindMagazine


NOVEMBRE 2016

14

6

46

10 L’instant Live

28 Emeli Sandé

12 Broken Back

36 Frances

20 Christelle Chollet

44 Melanie Martinez


SOMMAIRE

64

56 Moderat 64 En couverture Julien Doré 78 Michaël Cohen

8

98

90 The Pirouettes 98


C’EST POUR DE RIRE présente

TRIOM

PHE !

400 00

0

SPECT ATEUR S

LA COMÉDIE MUSICALE DE GUY GRIMBERG

TF1 “TOURBILLONNANT DE MAGIE, DE FÉERIE !” FRANCE 2 “UNE TRÈS BELLE VERSION DE PETER PAN !” LIBÉRATION “POUR LES ADULTES, UN BAIN DE JOUVENCE !” FRANCE 3 “CE SPECTACLE EST DÉJÀ UN GRAND CLASSIQUE !” TÉLÉRAMA “ILLUSION PARFAITE DU VOL !” LE PARISIEN “UNE TROUPE ÉPOUSTOUFLANTE !”

30 EXCEPTIONNELLES À PARTIR DU 1er OCTOBRE 2016

Licence N° 2-1051127

Adaptation MARTINE NOUVEL d’après SIR JAMES M. BARRIE Musique SERGE LEONARDI et MARTIN B. JANSSEN - Chorégraphie JOHAN NUS Avec THIBAUT BOIDIN, DELPHINE LE MOINE, MATTHIEU BRUGOT, EMILIE VIDAL, MARIE DE OLIVEIRA, SARAH FILC, CAMILLE MARTINEZ, AUDREY FAYOLLE, MARIANNE MILLET, REGIS CHAUSSARD, CHRISTOPHE TOURAUD, DEEN ABBOUD, PHILIPPE FERREIRA, SYLVAIN CARUSO, GAELLE PAULY, MARLÈNE CONNAN

20 rue de la Gaîté - 75014 Paris - www.bobino.fr ou 01 43 27 24 24 - 08 92 68 36 22 (0.40

/mn)

– Magasins Fnac – Carrefour – www.fnac.com et sur votre mobile


L’INSTANT Live L’instant LIVE

Nouvelle Vague @La Cigale, Paris 12 Octobre 2016 Texte : Dine Delcroix / Photo : DR

La huitième édition du MaMA Festival s’est tenue du 12 au 14 Octobre 2016 avec de 50 conférences et 100 concerts dans des salles parisiennes, battant, cette anné record  d’affluence grâce à une programmation musicale aussi  éclectique que  qua tive. Parmis

les instants forts de cette édition 2016, nous retiendrons, entre autres, l gante performance de Nouvelle Vague à la Cigale. Le collectif né sous l’impulsio Marc Collin et Olivier Libeaux a  présenté pout l’occasion des chansons extraite son nouvel album « I Could Be Happy », disponible le 4 Novembre 2016. Une presta pleine d’énergie, portée par la délicieuse Élodie Frégé qui s’est amusée tout en sen lité sur des compositions originales et des reprises en version bossa-nova que seu groupe sais concocter depuis déjà dix ans. 


plus ée, un alita-

l’éléon de es de ation nsuaul le


BLIND TRUTH


Pour faire suite à son EP eletro-folk paru au courant de l’été 2015, Broken Back livre le 18 Novembre 2016 son premier album éponyme sur lequel on retrouve ses tubes Halcyon Birds et Happiest Man On Earth. Après le Badaboum, la Maroquinerie, le Café  de la Danse et le Trianon, l’auteur-compositeur breton sera sur la scène parisienne toute neuve de l’Élysée Montmartre le 7 Janvier 2017 pour un concert déjà complet et il vient d’ores et déjà d’annoncer une nouvelle date exceptionnelle à l’Olympia pour le 8 Décembre 2017.

PAR Dine Delcroix / Photos : FRANCOIS BERTHIER

BROKEN BACK


BLIND TRUTH - BROKEN BACK Grooming : Yvette Yvette pour l’agence Lebigueone

calme et c’était un plaisir d’être son élève. C’était mon modèle en termes de personnalité. Il n’y a pas de tuba aujourd’hui dans mes compositions mais je ressens dans ma façon de composer que le tuba m’a influencé, notamment dans ma manière de faire rebondir les basses.

Lorsque tu te regardes dans la glace le matin, que te dis-tu ? Je ne me regarde pas forcément dans une glace tous les matins en me disant quelque chose sur moi-même. Je suis plutôt du genre à manger un bol de Smax et je me regarde après, au moment de me brosser les dents (rires). Je me dis que la journée va être bonne et que j’ai beaucoup de chance. J’essaye en ce moment de prendre du recul sur tout ce qui se passe pour tenter d’être plus existentiel parce que je ne m’attendais pas du tout à faire de la musique et j’ai encore un peu du mal à y croire. C’est en prenant du recul qu’on mesure la chance qu’on a et qu’on en profite. C’est aussi à cela que sert un miroir, finalement.

À qui voulais-tu ressembler quand tu étais enfant ? J’avais beaucoup d’admiration pour mon professeur de tuba. C’est lui qui m’a transmis l’amour de la musique. Il était extrêmement pédagogue et très doué pour transmettre la passion et tout ce qui le faisait vibrer. Là où une grande partie de mes amis arrêtaient la musique à cause du solfège, moi, je m’éclatais en cours de tuba avec ce professeur qui était

Si tu avais une baguette magique, que changerais-tu ? Je la confierais à une personne pour qu’elle exauce ses vœux.

Si tu devais emporter une seule chose sur une île déserte, laquelle serait-ce ? Je prendrais un ustensile pour filtrer l’eau et pouvoir boire parce que je pense qu’on trouve facilement à manger sur une île déserte contrairement à de l’eau potable.

Quel super héros aurais-tu aimé être ? Iron Man parce qu’il est humain. Il est devenu super héros alors que c’est un être humain et c’est ce qui m’impressionne le plus. C’est le plus beau message de combativité. Lui et Batman sont les seuls à s’être hissés au rang de super héros alors qu’ils sont complètement humains.


Quel pouvoir magique aimerais-tu avoir ? La téléportation qui doit être très pratique en tournée.

4 ou 5 ans. À partir du moment où tu commences à te poser des questions, c’est cuit !

Que peux-tu me dire de négatif sur toi ? Quel prénom aurais tu-aimé porter ? Si j’avais pu choisir, j’aurais bien aimé m’appeler Raphaël. Je trouve ce prénom beau pour un garçon.

Que peut-on entendre comme message d’accueil sur ta boite vocale téléphonique ? Je crois qu’on entend un bip. En fait, je n’utilise pas du tout les messages vocaux. Si je devais re-configurer ma boite vocale, je dirais « Ne me me laissez pas de message vocal » parce que beaucoup de messages se perdent et la boite sature à un certain moment.

Je suis quelqu’un de très angoissé et de très anxieux même si cela ne se voit pas. C’est d’ailleurs pour cela que je me suis bloqué le dos. Mon bassin bouge tous les six mois parce que ma manière d’intérioriser le stress, c’est par les psoas qui sont des muscles au niveau du bassin. Mes psoas se contractent naturellement puisque c’est ainsi que j’absorbe le stress et cela fait bouger mon bassin. Du coup, tous les six mois, il se décale et il entraîne deux vertèbres avec lui. Heureusement que j’ai un super ostéopathe ! J’essaye de travailler sur mon angoisse au quotidien en étant plus zen avec des exercice de souffle et le chant m’aide notamment beaucoup là-dessus.

Et de positif ?

Quand et comment as-tu cessé de croire au père Noël ? C’est ma grande sœur qui a vendu la mèche même si je m’en étais un peu douté. J’avais commencé à poser des questions et je me souviens que je m’étais mis à pleurer quand j’ai appris qu’il n’existait pas. Je devais avoir

Je suis quelqu’un d’optimiste et de bonne humeur. C’est mon mantra et c’est comme cela que j’ai justement réussi à surpasser cette malheureuse expérience de dos cassé. C’est quelque chose qu’on peut retrouver dans la musique de l’album : le côté optimiste mélangé à la douleur qui vient du dos et qui peut donner un truc très mélancolique. En capsule, c’est cet état d’esprit dans lequel j’étais au moment de composer, c’est à dire en souffrance pendant ma convalescence mais avec cette volonté de rester optimiste. Le corps 17


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n’est pas l’esprit et on peut finalement être heureux en déconnectant les deux choses.

qui vit en autarcie en élevant des chèvres sur une île déserte (rires).

Qui veux-tu épater le plus ?

Quel a été ton dernier instant de solitude ?

Mes proches car c’est leur regard qui compte le plus pour moi donc mes parents, mes sœurs, ma petite amie et mes meilleurs amis.

Que ferais-tu s’il ne te restait que 24 heures à vivre ? J’organiserais une énorme soirée de 24 heures avec tous les gens que j’aime durant laquelle je ferais un concert et j’inviterais tous le monde à venir jouer avec nous. Il y aurait open-bar avec du ti-punch, du rhum arrangé et open-crèpes aussi. Ce serait au bord de la mer, aux pieds des remparts de Saint-Malo.

De quelle question aimerais-tu avoir la réponse ? C’est une question que j’ai posée dans une de mes chansons et j’ai essayé d’y apporter une réponse : « Qui est l’homme le plus heureux du monde ? ». J’aimerais bien avoir un focus sur cette personne. C’est peut-être une femme, je ne sais pas. Je suis très curieux de savoir comment vit cette personne. C’est peut-être une personne qui ne le sait pas ou

Mes grands moments de solitude sont souvent dans la composition. La composition est un peu un voyage introspectif. Ma dernière grosse session de composition durant laquelle j’ai vraiment eu le temps de faire un voyage introspectif, c’était fin Juillet 2016 pour écrire une chanson qui sera pour la suite puisque l’album était déjà terminé.

As-tu menti pendant cet entretien ? Non, pas du tout. J’ai déjà menti une fois quand j’étais plus jeune à l’école primaire et j’ai été confronté à mon mensonge avec mes professeurs et mes parents. Cela m’a servi de leçon et je n’ai plus jamais menti depuis. Par contre, il peut m’arriver de mentir par omission parce que cela peut protéger mais ce n’est pas un mensonge frontal où la réalité des choses serait déformée.


Après

avoir tenu l’affiche pendant plusieurs années avec ses spectacles  L’Empiaffée et L’Entubée, Christelle Chollet a posé ses valises et ses plumes au Théâtre du Palais-Royal  jusqu’au 30 Janvier 2017 où elle joue, cinq soirs par semaine,  Comic-Hall, un one-woman-show musical dans lequel elle mêle sketchs et chansons en revisitant de tubes qui ont marqué différentes  époques. L’humoriste et chanteuse emmènera ensuite son show en tournée à travers la France.

CHRIST CHOLLE

PAR Dine Delcroix / Photos : NICOLAS LARR


TELLE ET

RIERE


L’INTERVIEW PREMIÈRE FOIS CHRISTELLE CHOLLET

Premier amour ? Premier souvenir ?

C’est mon mari.

La Citroën 2 CV verte de mon père. C’est une image qui me vient, là. Je devais avoir 8 mois...

Premier rapport sexuel ? C’est mon mari. Je ne lui ai pas dit autre Première voiture ? Une Peugeot pourrie qui puait. J’avais 18 ans. J’ai conduit dès que j’ai obtenu mon permis parce que j’habitais la campagne dans le Sud de la France et qu’il fallait absolument avoir une voiture pour se déplacer.

Premier métier que tu voulais faire ? Artiste.

chose (rires).

Premier chagrin d’amour ? Ce n’est pas encore mon mari (rires). C’était en classe de Sixième. Le fumier s’appelait Frédéric Ferlin (rires). C’était mon amoureux et il m’a brisé le cœur. Je l’avais vu avec d’autres filles dans la cour. Je me suis effondrée et j’en ai même parlé à ma mère alors que je suis très pudique. Je m’en rappelle très bien !

Premier baiser ? C’était un smack en colonie de vacances. Je devais avoir 11 ou 12 ans.

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Premier animal de compagnie ? Le premier était un chat qui s’appelait Popeye. J’avais 3 ans et on l’a gardé 5


VINCENT MACAIGNE


ou 6 ans. Dans le Tarn où j’ai grandi, il y avait énormément de chats un peu partout qui se reproduisaient et qui venaient à la maison. On avait tellement de chats autour de nous que mon père les avait baptisés du nom des jours de la semaine.

Premier livre culte ? La Petite Maisons Dans La Prairie de Laura Ingalls Wilder. J’avais adoré !

Premier prof détesté ? Premier disque acheté ? Le premier disque que j’ai eu dans un mange-disque rouge sur lequel j’avais collé une étiquette de Casimir, c’était Allez les Verts ! par Les Supporters. Mon père qui a toujours été fan de football m’avait acheté ce disque qui état l’hymne du club de Saint-Étienne.

Je n’ai jamais détesté un professeur. Je les ai assez embêtés mais je ne les ai pas détestés. Je n’ai que de bons souvenirs. J’avais notamment mis des boules puantes dans la salle de cours de mon professeur de français en Sixième avec qui je m’entendais super bien.

Premier prof adoré ? Premier concert ? Je suis allée voir Yves Duteil avec mes parents. J’ai échappé à Nana Mouskouri.

C’était justement lui. C’était un professeur qui avait beaucoup de sympathie à mon égard même si je faisais des bêtises parce que j’étais gentille. Il était bienveillant.

Premier film culte ? Premier choc dans la vie ? Chantons Sous La Pluie. Je l’ai vu assez petite et j’ai été marquée. Je trouvais cela génial de chanter avec un parapluie sous la pluie.

La perte de mon grand-père il y a une dizaine d’années.

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Premier voyage ?

Premier sentiment de fierté ?

C’était au ski. J’étais partie en bus avec une colonie de vacances. Je disais à tout le monde que j’avais déjà fait du ski alors que ce n’était pas vrai. Je n’avais même pas pris de gants et j’ai eu très froid.

Ma première fierté a été ma première scène où mes parents et mes grands parents sont venus me voir à Villemur-sur-Tarn. J’avais 12 ou 13 ans et j’étais encore en théâtre amateur mais j’étais fière de les voir m’applaudir. C’était émouvant !

Premier péché ? J’ai volé des bonbons quand j’étais petite.

Premier job ? J’ai voulu travailler très tôt alors j’ai gardé une petite fille qui s’appelait Natasha quand j’avais 15 ans puis, j’ai chanté dans des bars et des cafés-concerts quand j’avais 16 ans.

Premier vote ? L’élection des délégués de classe en Cinquième lors de laquelle j’ai été élue sans m’être présentée. J’en étais choquée !

26


RENCONTRE


EMELI SANDE

PAR Dine Delcroix / Photos : Florian Fromentin

En 2012, le premier album d’Emeli Sandé marquait les esprits et les charts grâce aux tubes Next To Me et  Heaven  qui lui valent aujourd’hui une importante  collection de  récompenses et de nominations dans  l’industrie du disque. Elle revient le 11 Novembre 2016 avec Long Live The Angels, un nouvel opus nourri de son expérience de la scène et  influencé par un voyage introspectif en Zambie où  elle s’est rendue pour découvrir ses racines  paternelles. La chanteuse écossaise sera en concert au Zénith de Paris le 27 Mars 2017. 29


EMELI SANDÉ

sais qu’il me faudrait faire beaucoup d’années d’études pour devenir docteur, aujourd’hui.

Tu utilises ton deuxième prénom en guise de Sur l’avant-bras, tu as un tatouage en homnom d’artiste car Adele était déjà pris par mage à Frida Kahlo. Comment as-tu découune autre chanteuse lorsque tu as commencé ta vert cette artiste-peintre mexicaine ? carrière. Ton prénom te manque-t-il, parfois ?  J’ai découvert Frida Kahlo au lycée. Nous Pas vraiment parce que mes amis et ma devions faire des exposés en art et, en refamille m’appellent encore Adele. Du gardant des cartes postales de différents coup, je ne suis Emeli Sandé que lorsque artistes, je suis tombée sur son portrait. je chante. C’était la première fois que je voyais son portrait et je trouvais cela très à part. En grandissant, j’ai lu davantage de choses sur elle et j’ai surtout compris beaucoup plus son histoire en vieillissant. Il y a Tu as tenu à faire des études en sciences mé- quelques années, j’ai fait un documendicales avant de te consacrer à la musique. taire sur elle dans la ville de Mexico. Dès Était-ce une façon de t’assurer une carrière l’instant où j’ai vu son portait, j’ai trouvé cela audacieux et courageux. Rien n’était alternative ? brillant ou brossé contrairement à la pluOui, je voulais clairement une certaine part des images de femmes qui sont sousécurité. J’ai aimé l’école. J’aimais les vent parfaites et un peu superficielles. sciences, j’aimais l’anglais... Le fait Pour la première fois, il était question d’étudier était excitant et surtout impor- d’une femme dont je pouvais ressentir tant pour moi en tant que personne qui la profondeur. J’ai été inspirée par sa grandit mais la musique était très certai- bravoure, par son histoire et par la sonement ma plus grande ambition. litude à travers laquelle elle trouvait son art. J’arrive certainement à m’identifier à cette solitude car j’ai passé beaucoup de temps toute seule au piano lorsque j’étais enfant, à faire de la musique. C’est d’ailleurs de cette manière que j’ai trouvé ma Que ferais-tu si tu devais arrêter la musique ? propre identité, ma propre connexion et J’aimerais faire quelque chose qui com- ma propre expression. bine la musique et la science comme la musicothérapie, quelque chose en rapport avec ce que je fais aujourd’hui. Je 30


31


Tu as dit que tu n’avais jamais envisagé de chanter les chansons d’un autre auteur que toi. Est-ce important, pour toi, d’écrire tout ce que tu interprètes ? Oui. J’ai l’impression que je peux y mettre tellement de choses... Bien sûr, il y a de bonnes chansons qui me viennent de l’extérieur et qui me remuent comme « Beneath Your Beautiful » qui a été écrite par Labrinth ou encore « Read All About It  » sur le premier album. Lorsque que je peux y ajouter mes propres couplets et ma propre expérience de vie, cela me va, mais, généralement, j’aime chanter ce que je ressens et me replonger dans l’époque à laquelle j’ai écrit. Sur scène, quand il s’agit de mes propres paroles, je peux y mettre des émotions supplémentaires.

Tu as écrit pour plusieurs artistes dont Rihanna, Alicia Keys et Leona Lewis avant de te lancer en tant qu interprète. Avec le recul, y a-t-il des chansons que tu aurais aimé récupérer ? Non, il n’y a rien que je reprendrais. C’est excitant d’entendre Cheryl Cole ou Rihanna chanter une de mes chansons. Une fois que la chanson est envoyée à quelqu’un, elle lui appartient. Toutefois, j’aime bien les interpréter ou en faire mes propres versions mais je n’ai jamais eu envie de leur reprendre.

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Quatre années se sont écoulées depuis la sortie de ton premier album. Qu’as-tu appris d’important durant ce laps de temps ? Concernant la musique, j’ai appris qu’il fallait veiller sur la passion. On ne peut être une usine à fabriquer des chansons sans passion ni âme. J’ai dû écouter beaucoup de musiques inspirantes comme la soul, le gospel ou le jazz avec de grandes voix pour me rappeler pourquoi je suis tombée amoureuse de la musique au départ. Aussi, il n’y a pas besoin de suivre une règle en particulier pour faire une bonne chanson. Sur le plan personnel, je crois que j’ai appris à être plus sociable. Quand j’étais petite, tout était dans la musique. Il m’était notamment difficile de fréquenter des gens parce que je me concentrais sur la musique, ce qui est bien pour devenir un bon musicien mais il faut apprendre à répandre cette passion à travers la vie quotidienne et s’assurer que l’on vit en même temps que l’on travaille sur l’écriture de chansons.

Pourquoi as-tu baptisé ton nouvel album : « Long Live The Angels ? De manière générale, l’atmosphère du monde de nos jours est assez lourde et comprend de la peur. Je suppose que j’ai été sensible à cela. Depuis la sortie de mon premier album, j’ai l’impression qu’il y a eu beaucoup de changements dans le monde et qu’il est dur d’être une bonne personne aujourd’hui, de faire confiance à quelqu’un… Toutes ces choses deviennent de plus en plus difficiles et je ressens que nous nous éloignons les uns


des autres. En disant « Vive les anges », j’avais juste envie d’encourager les gens à être honnêtes avec leurs émotions et à se connecter en tant qu’humains au lieu de soutenir la haine et la séparation.

ses frères et sœurs, chose que je n’avais jamais vue auparavant et cela a fait sens

Ton album est empreint d’une certaine spiritualité. Es-tu croyante ? Que’est-ce qui a principalement inspiré ce deuxième album ? Tout ce qui s’est passé dans ma vie en général. J’avais envie que cet album soit une histoire de survie et d’espoir. Je voulais détailler tout ce qui peut se passer dans le mal et la douleur, dire combien les choses peuvent être difficiles mais, à la fin, il y a une lumière et c’est d’ailleurs ce dont parle le single « Breathing Underwater » qui évoque la confiance et l’espoir.

Spirituellement, j’ai appris seule et j’ai grandi en confiance avec cela. Je ne suis pas particulièrement religieuse mais je trouve la religion intéressante à étudier. Peut-être qu’un jour, je le serais mais, pour l’instant, je crois en Dieu, je crois en un créateur, en une puissance plus élevée et je pense que beaucoup de mes chansons sont des conversations avec cette partie de moi-même.

Pensais-tu à la scène en composant cet album ?

Sur la piste Tenderly, on peut entendre chanter ton père ainsi que tes cousins. Comment t’es venue l’idée de faire un morceau en famille ? Le fait d’aller visiter la Zambie qui est le pays de mon papa a beaucoup contribué à me faire grandir et à me comprendre. Je voulais que ce point de ma vie fasse partie de l’album. Lorsque j’ai fait la chanson « Tenderly », j’ai senti que c’était le bon morceau pour cela. Mon père a une bonne oreille musicale. Il a notamment formé et dirigé une chorale à l’école et, quand je suis retournée en Zambie avec lui, je l’ai vu soudainement chanter avec 34

Quand on finit une chanson, on se dit qu’il serait formidable de la jouer en concert. Nous avions beaucoup de chansons écrites pour cet album et, en choisissant celles qui allaient figurer sur le disque, j’ai précisément pensé à l’aspect scénique et j’ai retenu celles qui me semblaient être les plus puissantes.

Tu as chanté à la Maison Blanche pour le Prix Gershwin et tu as également chanté lors des Jeux Olympiques de 2012 à Londres. Laquelle de ces deux prestations as-tu préféré ? Je ne sais pas si je peux choisir parce que les deux prestations étaient très impor-


Quelle serait ta chanson idéale pour une soirée karaoké ? Peut-être  Hero de Mariah Carey. J’adore cette chanson et j’aime la chanter. Elle est parfaite pour un karaoké.

Avec quel artiste aimerais-tu chanter en duo ? tantes et j’ai le sentiment d’avoir beaucoup appris de chacune d’elles. Pour moi, elles sont incomparables.

Laquelle des deux prestations a été la plus stressante ? Probablement celle des Jeux Olympiques parce qu’il y avait beaucoup de personnes et que c’était au tout début de ma carrière. D’un autre côté, au Prix Gershwin, le couple Obama était tout près de moi tout comme Carole King qui fait partie des auteurs-compositeurs les plus inspirants donc, finalement, j’étais nerveuse dans les deux cas (rires).

Un duo avec Stevie Wonder serait vraiment cool !

De quel artiste aimerais-tu recevoir une chanson écrite spécialement pour toi ? Tracy Chapman. J’adorerais qu’elle m’écrive une chanson et je lui ferais entièrement confiance.

Quelle est, selon toi, la carrière idéale ? La carrière idéale, c’est être libre de s’exprimer à travers différentes formes d’art, que ce soit visuellement, musicalement ou à l’écrit. 35


RENCONTRE

Quelques mois à peine après avoir célébré les 20 ans de leur premier disque par une tournée anniversaire, les membres de Garbage sont de retour avec un sixième album studio intitulé Strange Little Birds. Publié en indépendant le 10 Juin 2016 via le label de la bande, Stunvolume, ce nouvel opus est un véritable retour aux sources pour le groupe américano-écossais avec des morceaux  atmosphériques  et  des paroles  sombres. Après deux décennies dans l’industrie musicale, les quatre piliers du groupe que sont Shir-


FRANCES Angleterre,

BRIT Awards ainsi qu’au BBC Sound of

Frances a compris très jeune qu’elle

2016, attirant l’attention de Sam Smith

serait destinée à exercer un métier

et de James Bay qui l’ont invitée en

en lien avec la musique. Porté par les

première partie de leurs concerts. Pour

singles «  Grow  »,  «  Let It Out  » ou en-

son premier album, «  Things I’ve Ne-

core « Say It Again », ses deux premiers

ver Said », attendu dans les bacs pour

EPs lui ont valu une nomination aux

le 17 Mars 2017, la jeune chanteuse de

Originaire

d’Oxford

en

par Dine Delcroix / Photos : François Berthier


FRANCES

Tu as commencé à jouer du piano et du violon très tôt. As-tu un instrument préféré ? Probablement le piano. Avec la  piano, tu peux t’accompagner alors que le violon te donne davantage l’air d’un soliste. Le violon, c’est un peu comme le chant et on ne peut pas s’accompagner totalement au violon tout en chantant. De plus, je compose au  piano donc c’est un peu comme une extension de moi-même.

Plus jeune, as-tu été marquée par une prestation scénique au piano ? Oui. J’ai été voir Coldplay pas mal de fois  quand  j’étais petite parce que mon père est un grand  fan du groupe. Chris Martin, le chanteur, est  incroyable ! Je n’avais pas encore vu de pianiste dans la musique pop et j’ai aimé.

De quel autre instrument aimerais-tu savoir jouer ? J’aimerais être meilleure à la guitare. Je pourrais écrire une chanson à la guitare mais je ne suis pas en mesure d’en jouer sur scène et j’adorerais en être capable.

Quel déclic t’a fait considérer la musique comme une carrière à part entière ? 38

Je ne pense pas avoir eu envie de faire autre chose. Je savais que j’allais utiliser la  musique dans ma  carrière et ce, peu importe le métier choisi, que ce soit pour enseigner ou autre. Je n’avais pas vraiment considéré que le fait d’être artiste pouvait donner lieu à une carrière parce que cela dépend beaucoup des opportunités éventuelles.

Pourquoi as-tu as choisi ton second prénom comme nom d’artiste ? Au  départ et avant même  d’être signée, j’écrivais des chansons qui ne m’étaient pas forcément destinées parce que j’envisageais le fait d’écrire pour  d’autres artistes donc il me fallait un nom pour signifier que la chanson n’était pas pour moi. Aussi, lorsque j’ai commencé, j’étais très nerveuse à l’idée de faire de la scène et j’ai pensé qu’il serait utile que les  gens  m’appellent Frances à la place de Sophie, Frances étant la partie de moi qui se  devait d’être plus confiante sur scène. De plus, je trouve que, sur le papier, Sophie sonne assez jeune alors que Frances fait plus adulte.

As-tu besoin de distinguer la femme que tu es de l’artiste que tu es devenue ? Plus vraiment  maintenant. Au début, cela me  préoccupait mais,  aujourd’hui, je pourrais  probablement être Sophie à la scène. Peut-être que j’ai fait cela pour me protéger.


Tu as été révélée avec le titre Fire May Save You en Août 2014 sous le label français Kistunsé. Comment as-tu été repérée par ce label ?

L’écriture te permet-elle d’exprimer des choses que tu ne dirais à personne sans musique ?

J’avais publié ma première chanson, « Coming Up For Air » sur ma page Souncloud et le directeur du label Kistunsé m’a  envoyé un message pour me dire qu’il l’aimait bien et pour savoir si j’avais un manager. Au début, je pensais que c’était une blague parce qu’on reçoit beaucoup de messages sur Soundcloud avec un tas de gens bizarres qui prétendent travailler pour des labels ou autres.  Ce directeur est ensuite entré en  contact avec  mon manager. Puis, nous l’avons rencontré à Londres et il voulait  faire un single ou des remixes avec nous. Moi, je n’avais jamais entendu parlé du label Kistunsé parce que je ne suis pas aussi cool (rires). Il m’a demandé ce que j’avais en stock et lui ai répondu que je venais juste de finir  d’écrire ma chanson  Fire May Save You. Il a  beaucoup aimé ce morceau et a choisi de le sortir.

Oui, je pense. L’écriture permet d’être très honnête. On se sent plus à l’aise lorsqu’on dit les choses en musique avec une mélodie et non en parlant.

Ton premier album sortira l’année prochaine sous le titre Things I’ve Never Said. Quelle sont ces choses que tu n’as jamais dites ? Fondamentalement, tout ce qui est dans les chansons, ce que je n’avais pas réalisé jusqu’à que l’album soit pratiquement terminé. Je n’avais pas d’idée pour le titre de l’album et tout ce qui me venait en tête était absurde. Il me fallait quelque chose de naturel.  Lors d’une  session  d’écriture, j’ai  écrit la  chanson  «  Things I’ve Never Said » et, en écrivant les paroles, j’ai trouvé que cette phrase ferait un bon titre pour le disque.

Quelle est la première chanson qui a été composée pour cet album ? C’est la chanson Drifting que j’ai écrite lorsque j’étais à l’université.

Pour ce premier album, tu as collaboré avec Greg Kurstin & Jimmy Napes. Comment astu rencontré ces deux producteurs ? J’ai travaillé avec Jimmy Napes parce que nous avons le même manager mais il nous a fallu beaucoup de temps pour trouver un moyen de collaborer ensemble car il est très occupé. Pour ce qui est de Greg Kurstin,  quelqu’un de mon label a eu l’idée de me faire travailler avec lui depuis le début et je ne pensais pas que cela arriverait. Nous avons attendu de sortir quelques chansons avant de l’approcher et il répondu favorablement. Nous avons eu une  session de travail de deux jours chez lui à Los Angeles.

Avec le titre Borrowed Times, tu as montré que tu pouvais délaisser le piano-voix pour quelque chose de plus entraînant. Est-ce important, pour toi, d’aller vers des genres différents ?


Absolument ! En tant qu’auteur-compositeur, j’ai pu écrire pour des  projets de toutes sortes et j’ai ainsi appris à utiliser ma voix de différentes manières donc il  aurait été dommage que je me  limite dans mon propre projet à jouer du piano et à chanter des ballades. J’aime faire cela mais j’ai le sentiment d’avoir bien plus à donner. J’ai eu l’occasion de rencontrer les membres de Disclosure à plusieurs reprises et je les trouves très talentueux. J’ai alors pensé qu’ils  seraient parfaits pour faire ce genre de choses bien que je ne savais pas si cette chanson  serait pour moi lorsque nous l’avons écrite car j’attendais de savoir si mon label serait partant pour la sortir et je suis content qu’elle soit sortie.

Tes performances scéniques comportent beaucoup d’émotion. As-tu encore le traque lorsque tu montes sur scène ? Oui et je pense c’est le cas de tout le monde. Les nerfs sont vraiment utiles parce qu’ils apportent une sorte d’adrénaline qui te rend capable de monter sur scène et de jouer devant des gens, ce qui n’est pas naturel à la base. Sur scène, je me sens chez moi mais je me sens certainement nerveuse.

soin de savoir à quoi tu ressembles. Si une personne me dit que je ressemble à un grand artiste que je respecte comme Adele ou Birdy, je le prends comme un compliment.

Prends-tu le temps de lire ce qui se dit à ton sujet sur Internet ? À l’occasion, il m’arrive de lire de choses, oui. Je suis curieuse de lire ce que les gens vont penser de mon album.

Regardes-tu également les vidéos de tes prestations ? Je devrais vraiment les regarder  mais je ne le fais pas. Si je sens que j’ai  été bonne, je peux regarder mais si j’ai le sentiment d’avoir été mauvaise, je ne vais pas le faire (rires).

Quel est ton rêve d’artiste ? Hormis le fait de vouloir partir en tournée à travers le monde, j’aimerais composer une bande originale pour un grand film.

Tu es souvent comparée à des auteurs-compositeurs anglais célèbres. Comment vis-tu ces comparaisons ? J’aime cela. Je sais que beaucoup d’artistes disent qu’ils n’aiment pas cela mais, en tant que jeune talent, tu dois être comparé parce que les gens ont be41


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RENCONTRE

MELANIE MARTINEZ Après avoir participé à la saison 3 de  l’édition  américaine de The Voice, Melanie Martinez s’est rapidement imposée comme une artiste complète, d’abord avec son EP  Dollhouse  en 2014 qui présentait un univers dark-pop très esthétique, puis avec son premier album, Cry Baby, un disque  concept et visuel mettant en  scène et en musique un malicieux  personnage du même nom  qui se construit et évolue au fil des chansons. Cry Baby’s Extra Clutter, son nouvel EP qui reprend  les pistes bonus de  la version ‘deluxe’ de son album ainsi que le single Gingerbread Man est disponible en vinyle le 25 Novembre 2016. PAR Dine Delcroix Photos : Florian Fromentin assisté de Geoffroy Cretien


MELANIE MARTINEZ

m’enregistraient tout en blesse.

Pendant

long-

temps, j’ai cru que c’était une  faiblesse et je  n’avais pas

vraiment

confiance

en moi mais, en écrivant l’album, je me suis aperçu que je suivais en quelque sorte le même chemin que

le

personnage

de

Cry Baby. Elle est partie d’une grande insécurité en étant vulnérable comme le montrent les premières pistes de l’album puis, elle est devenue plus en phase Tu as conçu ton premier album autour du personnage d’une petite fille  prénommée

avec ce qu’elle est. J’ai réalisé qu’il m’était arrivé la même chose.

aussi du karaté et je me souviens avoir été très intimidée à l’idée de passer une sorte d’examen devant le professeur. Mon père m’a dit que si j’arrivais à le faire et à surmonter ma timidité, il m’achèterait ma première guitare et c’est ce qui s’est passé. Toutefois, la  guitare était plutôt petite. Ce n’était pas vraiment une  guitare et c’était compliqué de composer avec mais la  motivation était là (rires). Puis, j’ai eu une  vraie  guitare vers l’âge de 13 ou 14 ans

Cry Baby. Étais-tu, toi-même,

et j’ai appris à jouer toute

un bébé pleurnichard ?

seule. Ma mère m’a ra-

Oui et c’est d’ailleurs pour

Quelle relation entretiens-tu

conté que, plus jeune,

avec ta famille ?

quand j’ai appris à écrire,

cette raison que j’ai vou-

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m’encourageant. Je faisais

lu intitulé mon premier

J’ai une bonne relation

album Cry Baby. C’est ain-

avec ma famille. Mes pa-

si qu’on m’appelait quand

rents ont toujours été

j’étais enfant parce que

soutenants depuis le plus

j’étais très émotive et tout

jeune âge. Depuis toute

le monde autour de moi

petite, j’ai toujours aimé

voyait cela comme une fai

chanter et mes parents

je m’enfermais dans son placard, je m’asseyais parterre avec une feuille et un  stylo et  j’écrivais des poèmes  matin

et

soir.

Lorsqu’elle ouvrait le placard, je criais « Va-t-en, je suis inspirée ! » (rires).


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48


Avec un univers artistique aussi fort, était-il facile de trouver les bonnes personnes avec lesquelles travailler ?

et qui voulaient vraiment

Je ne sais pas mais je

m’aider autant que pos-

pense qu’il est très impor-

sible à lui donner vie.

tant de garder cette partie de soi. L’imagination est importante. J’ai toujours

C’était intéressant parce que je n’avais jamais écrit

En combien de temps s’est

avec qui que ce soit avant.

construit ce premier album ?

Au début, j’avais l’habitude de composer avec ma guitare dans une salle de bain. Les premières sessions

pour

l’album

étaient intéressantes parce

et demi. Cet album ré-

clips. Je pense que cela

sume beaucoup de ma vie

a quelque chose à voir

et j’espère pouvoir en faire

avec le fait d’être une per-

autant pour le prochain.

sonne visuelle qui aime les contes de fées, la fantaisie, le magique et le pit-

partager mes idées avec

Est-il plus simple pour toi de

d’autres

te raconter à travers le per-

avoir leurs retours. Au fil

sonnage que tu as créé ?

du temps, j’ai fait de nouet

Oui, absolument. Je me

finalement

suis sentie à l’aise avec

velles connaissances lorsque

j’ai

et c’est pour cela que j’aime réaliser mes propres

laboration avec d’autres, et

suels. J’étais photographe

Il a fallu environ un an

j’ai pu expérimenté la col-

personnes

été très attirée par les vi-

toresque. J’ai toujours envie que ma musique sonne de cette façon. Je pense que le thème du bébé est une coïncidence et que, pour moi, c’est plus que cela. C’est mon imagina-

new

l’idée de partager des his-

yorkais Kinetics & One

toires personnelles sous le

Love, j’ai trouvé ses deux

nom de Cry Baby. Beau-

membres très à l’écoute de

coup d’histoires parlent

mes idées et ils avaient en-

de choses qui me sont

vie de les développer. Ils

arrivées comme les rela-

ne se souciaient pas de sa-

tions, l’insécurité… Cela

Il y a un certain contraste

voir si c’était trop étrange,

sort de différentes ma-

entre l’univers enfantin du

trop sombre ou trop fou

nières.

disque et la noirceur des

rencontré

le duo

tion et c’est elle que j’ai envie de garder éternellement.

et c’est précisément pour

textes qu’il renferme. D’où

cela que j’ai aimé travail-

te vient cette maturité ?

lé avec eux. Plus je faisais des sessions et plus je rencontrais  d’autres producteurs et auteurs qui étaient  également  passionnés par mon projet

Les

jouets,

les

poupées

et les biberons occupent une grande place dans tes visuels. Aimerais-tu rester une enfant éternellement ?

Je veux faire une musique  honnête. J’ai  toujours eu envie de raconter les choses telles  qu’elles sont. Aussi, j’aime écrire à propos de choses qui n’ar49


rivent pas seulement qu’à

que cela parle de chirur-

un contraste pour moi. Je

moi mais qui peuvent éga-

gie plastique mais moi,

n’ai jamais été dans cette

lement arriver à d’autres

j’ai ressenti la nécessi-

situation mais j’ai vu assez

personnes, même si j’en

té d’écrire cette chanson

de films et je connais suf-

ai fait l’expérience. Cela

parce que j’étais si peu

fisamment

peut, par exemple, venir

sûre de moi que j’avais en-

ont vécu cela pour en par-

après avoir vu un film. À

vie de changer beaucoup

ler.

l’origine, quand j’écrivais

de choses en moi. Puis,

ce premier album, j’ai

j’ai réalisé qu’il fallait

fait une liste des thèmes

que j’accepte qui je  suis

de l’enfance que je vou-

ainsi que mon apparence

lais jumeler à des situa-

parce que c’est naturelle-

tions adultes. J’ai toujours

ment ainsi que je suis. J’ai

gardé ce contraste sur la

juste besoin de m’aimer.

totalité de l’album et je

C’est important de s’aimer

pense que c’est pour cela

soi-même. Cette chanson

qu’il y a quelque chose de

était nécessaire pour moi-

Ce n’est pas que je préfère,

mature, d’honnête et de

même. Elle est person-

c’est que j’avais trop peur

sombre au milieu des bon-

nelle mais on peut y voir

à ce moment-là de ma vie

bons et des glaces. J’aime

autre chose. Pour moi,

et de celle de Cry Baby

écrire à propos de mes

c’est un rappel qui me dit

qui est passée par toutes

expériences. Il peut sem-

que je suis bien comme je

ces émotions. Maintenant,

bler que je suis passée

suis (rires).

je ne suis plus ainsi. Je suis

d’amis

qui

Dans le morceau Soap, tu affirmes préférer te laver la bouche avec du savon plutôt que de dire « Je t’aime ». Tu n’aimes pas dévoiler tes sentiments ?

par beaucoup de choses

différente aujourd’hui de

mais je pense que j’écris

ce que j’étais lorsque j’ai

simplement sur tout ce qui se passe dans ma vie (rires).

Également

présentes

sur

l’album, les chansons Play Date et Cake évoquent les

écrit cet album. C’est intéressant de voir mes chansons différemment.

relations à sens unique. Astu connu cela ? Dans ton album, on retrouve la chanson Mrs. Potato Head  dont le clip vient de sortir et qui parle de chirurgie esthétique. Est-il question d’acceptation de soi dans ce morceau ? En l’écoutant, on  pense 50

Cake est née d’une expérience personnelle. Play Date n’est pas issue d’une expérience 

personnelle

mais j’ai su que je vou-

Dans Mad Hatter, Cry Baby réalise qu’elle est différente par sa démence et cela semble lui convenir. Est-ce une bonne chose que d’être fou ?

lais associer le terme du

Je pense que beaucoup de

rancard à la situation  de

gens ont des choses aux-

l’amitié améliorée. C’était

quelles ils sont confrontés,


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qu’ils l’admettent ou pas.

quelques heures, je ne

tos

quand j’étais

plus

Ils peuvent tous se sentir

sais pas pourquoi et j’ai

jeune. J’aimais déjà la mu-

un peu fous, parfois, et ce

eu l’impression d’une fête

sique mais la photogra-

n’est pas grave si c’est ce

ratée. Les anniversaires

phie était tout aussi im-

qu’ils sont. Je suis moi-

sont intéressants

mais

portante pour moi. Le

même clairement  folle,

cela dépend. J’ai eu des

premier clip que j’ai sor-

des fois (rires). Au fil du

fêtes d’anniversaire qui

ti, Dollhouse, c’était avant

temps, j’ai appris que le

n’étaient pas si amusantes

de signer mon contrat

mot « fou »  peut signifier

et j’ai eu aussi des fêtes

avec Atlantic Records. Je

beaucoup de choses dif-

qui étaient géniales.

l’ai sorti en indépendante

férentes et pas nécessai-

par le biais d’un finance-

rement

ment participatif de mes

mauvaises.

On

a dit de moi que j’étais folle parce que j’étais un bébé  pleurnichard, parce

Aimes-tu célébrer les anniversaires, en général ?

fans qui m’a permis de récolter 10.000 dollars en une semaine sans être si-

que j’étais émotive et que

Oui, c’est marrant. Chaque

gnée, simplement grâce

je prenais les choses trop

année est importante.

à l’incroyable soutien de

à cœur. Je ne pense pas

personnes qui étaient pas-

que cela soit juste. Je suis

sionnées par moi et qui

simplement une personne émotive. Je suis toutefois forte parce que je suis au contact de mes émotions et c’est là tout le sens de Mad Hatter : être en accord avec soi-même.

Quelle est, pour toi, la meilleure manière de fêter son anniversaire ? Avec des amis proches à traîner ou à regarder un film, peut-être. Rien de trop fou. Je ne suis pas quelqu’un de fêtard,

Toujours dans ton album, la

j’aime rester à la maison

chanson Pity Party évoque

(rires).

une fête d’anniversaire qui

nier anniversaire ?

j’ai eu un chouette anniversaire mais j’ai été grincheuse 

Tes vidéos totalisent des millions de vues sur YouTube.

Je dois être honnête :

pendant

vantage. Je n’avais jamais fait de clip avant mais j’avais toujours rêvé d’en faire un. Lorsque j’écris une chanson, j’ai toujours le clip en tête et si je n’arrive  pas à m’imaginer le visuel durant l’écriture, je ne peux pas finir la chanson. Je suis plus motivée lorsque j’ai une histoire en tête. Sur Dollhouse, j’ai

tourne au cauchemar. Comment s’est passé ton der-

voulaient en entendre da-

Comment en es-tu arrivée à réaliser tes propres clips ? J’aimais prendre des pho-

travaillé avec un duo de réalisateurs qui sont des amis de mes amis. C’était un tournage où tout le monde aidait mais, pour moi, ce n’était pas du tout la meilleure expérience.


Je n’ai vraiment pas aimé

pense que je vais com-

d’introduire de nouveaux

travailler avec d’autres ré-

mencer à me concentrer

personnages. J’ai très en-

alisateurs et je voulais faire

sur l’album suivant et sur

vie de m’éloigner de la vie

les choses par moi-même.

le prochain chapitre de

personnelle de Cry Baby

La vidéo qui a suivi, j’ai

l’histoire de Cry Baby. Je

pour faire d’elle une sorte

eu envie de la réaliser

suis d’ailleurs en train de

de narratrice. J’aime l’idée

moi-même mais je ne sa-

créer de nouveaux per-

que mes albums soient

vais pas comment faire.

sonnages pour ce pro-

connectés

J’ai écrit le storyboard à

chain album et j’aimerais

une histoire. Je rêve de

la maison avec tout ce qui

que le personnage de Cry

faire un film qui raconte-

me passait par la tête mais

Baby soit davantage un

rait tous mes albums du

je ne me sentais pas en-

conteur pour ce deuxième

premier au dernier. Ce se-

core suffisamment à l’aise

disque...

rait mon plus grand but.

Comment t’es venue l’idée

Parviens-tu à écrire lorsque

de poursuivre l’histoire de

tu es en tournée ?

et

racontent

pour diriger des gens sur un plateau. De ce fait, j’ai à nouveau travaillé avec un autre réalisateur et j’ai encore regretté parce que le rendu n’était pas ce

cet album dans le prochain ?

Oui. Le fait de beau-

que j’avais en tête. Après

C’est très particulier. Je

coup voyager est dur et

cela, j’ai fini par rélaliser

ne peux pas vraiment dire

je ne suis pas très ins-

toutes les vidéos qui ont

d’où cela m’est venu mais je

pirée quand je suis sur

suivi parce que c’est bien

sais exactement comment

les routes mais lorsqu’il

plus facile pour moi et, je

seront les choses à part les

m’arrive d’écrire pendant

suis rassurée de savoir que

visuels car je n’ai pas en-

la tournée, je pense à des

si je n’obtiens pas quelque

core fait de séance photos

thèmes, à des idées et à des

chose, ce serait de ma

pour la pochette, n’ayant

histoires. C’est très dur en

faute.

toujours pas réfléchi à

plein voyage mais je fais

cette partie-là. L’album

en sorte d’enregistrer des

se focaliser sur la ville où

petits mémos vocaux sur

évoluera le personnage de

mon iPhone.

Tu as tenu à faire une vidéo pour chaque chanson de ton

Cry Baby. Dans cette ville,

album...

il y aura un immeuble

Oui, j’ai voulu propo-

nera son titre à l’album. Il

ser un clip pour toutes

s’agira d’un lieu où nous

les chansons de l’édition

avons tous été et que nous

standard du disque. Une

avons

expérimen-

Honnêtement, je cours à

fois tout cela terminé, je

té. Je suis excitée à l’idée

la salle de bain très rapide-

très spécifique qui don-

tous

Quelle est la dernière chose que tu fais avant de monter sur scène ?


ment avant de monter sur

je suis très timide. Je ne

qu’un seule costume sur

scène. J’aime bien chan-

dis même rien entre deux

toute une tournée, moi

ter aussi fort que possible

chansons car je ne suis

j’aime porter des choses

avec l’acoustique d’une

pas vraiment bavarde. Le

différentes d’autant que

salle de bain et m’assurer

peu de fois où j’ai essayé,

chaque jour est différent.

que tout va bien avant de

les fans criaient et c’était

Mon sac est souvent sur

monter sur scène (rires).

dur. Je les entends crier

le point d’exploser parce

mais je ne sais pas exac-

que j’emporte beaucoup

tement ce qu’ils disent

de choses.

Et quelle est la première chose que tu fais en sortant de scène ?

et c’est distrayant. Néanmoins, j’aime lorsqu’ils chantent avec moi, c’est d’ailleurs la chose que

Tes

cheveux

change-

ment également souvent de

La première chose que je

je préfère lorsque je suis

fais après le concert, c’est

sur scène. Ils ont leur ma-

monter dans le bus, allu-

nière de se connecter aux

mer un joint et fumer un

chansons. Ils connaissent

peu d’herbe (rires).

toutes les paroles par cœur

Je me suis mise à porter

et ils éprouvent le besoin

des perruques et c’est pour

de les crier. Je vois la pas-

cela que je change si sou-

sion dans leur visage.

vent. J’aime vraiment por-

Il parait qu’il t’arrive d’être

fication à ces transformations capillaires ?

ter des perruques parce

agacée lorsque ton public

que cela réduit mon temps

chante trop fort pendant tes Tu changes assez réguliè-

concerts…

couleur. Y a-t-il une signi-

rement de costumes durant

de préparation d’autant que je me  maquille moimême. J’ai  quelques  per-

Non, j’aime quand les fans

tes spectacles. Est-ce impor-

chantent. Ce n’est pas

tant, pour toi, de ne pas porter

tant le fait de chanter. En

la même chose tous les soirs ?

travaille encore sur de nou-

parle et que je tente d’ex-

Je n’ai pas un costume dif-

avec mon coiffeur qui est

pliquer

j’ai

férent pour chaque show

vraiment incroyable. C’est

écrit telle ou telle chan-

mais j’aime changer régu-

marrant !

son, essayant de racon-

lièrement afin d’éviter que

ter ma connexion  émo-

le même soit présenté sur

tionnelle à la chanson et

deux concerts  consécu-

de partager une part de

tifs. J’en ai quelques uns

moi-même avec le pu-

et c’est dur pour moi de

blic. Je ne parle pas beau-

n’en choisir qu’un seul.

coup durant les concerts,

Certains artistes

concert, il arrive que je pourquoi

n’ont

ruques bicolores et je velles idées de perruques


RENCONTRE

MODERAT Fruit de l’union du duo Modeselektor et de l’artiste Apparat, Moderat a livré le 1er Avril 2016 son troisième album studio sobrement intitulé III et fort des longues années d’expériences mutuelles du trio berlinois dans le domaine de la musique  électronique. Le groupe était de retour à la capitale le 28 Octobre 2016 pour un concert exceptionnel dans le cadre du Pitchfork Music Festival, l’occasion de poser quelques questions à Gernot Bronsert. Les trois  prodiges de l’elecrto  ont capté l’une des dates de leur tournée toujours pour proposer un  puissant CD live disponible le 25 Novembre 2016.


MODERAT PAR Dine Delcroix / Photos : DR


MODERAT

Vous avez publié cette année votre troisième album. L’idée d’une trilogie étaitelle présente dans vos esprits dès le premier disque ensemble ? Non.  Quelqu’un dans la presse a écrit quelque chose à propose d’une  trilogie mais ce n’est pas exactement ce que nous voulions faire savoir aux gens. Depuis, on nous demande souvent si ce troisième album sera notre dernier disque ensemble dans le  mesure où il marquerait la fin de cette trilogie. Nous sommes trois garçons, nous avons fait trois albums, nous avons toujours la même identité, nous travaillons avec le même illustrateur et nous avons eu des idées  similaires en  termes de  visuel mais cela ne clôture rien du tout. Dès lors qu’il y a trois albums, on peut parler de trilogie mais cela ne veut pas dire que c’est la fin de Moderat.

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Votre manière d’envisager votre collaboration tous les trois au début du projet  Moderat est-elle la même d’aujourd’hui ? Pour le premier album, c’était tout simplement Modeselektor et Apparat qui faisaient de la musique ensemble et qui se demandaient ce que cela allait donner. Pour le deuxième album, nous avons mis de côté cette manière de voir les choses et il n’était plus question de deux projets associés mais  plutôt de trois  musiciens. Je pense que cela nous a beaucoup aidés à composer de la musique tous ensemble sans devoir constamment  porter  l’étiquette de Modeselektor et d’Apparat. Nous étions libres de faire quelque chose de nouveau et c’était un pas important.

Comment fonctionne votre collaboration en pratique ? La musique que nous faisons ensemble est l’essence de nos trois  personnalités. Nous ne sommes pas  capables de faire autre chose. Chacun de nous apporte son ingrédient spécial et  ses influences au processus  d’écriture. Sascha  Ring s’occupe des textes et de la mélodie. Moi, je suis en charge des arrangements, des rythmes et de la conception sonore des batteries. Sebastian Szary, lui, mixe beaucoup et trouve des sons. Nous combinons nos tâches et cela fonctionne très bien.


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Ce nouvel album semble plus triste que ses deux prédécesseurs... C’est ce que tout le monde dit mais on ne le voit pas du tout comme un album triste. Il est peut-être émotionnel. Moderat est vraiment un projet très personnel. Durant la précédente tournée, la vie de Sascha a un peu changé suite à un accident de moto. Il était très mal et nous avons dû annuler toute notre tournée. Il a eu besoin de six mois pour récupérer : quatre à l’hôpital et deux en rééducation. C’était une expérience très intense pour nous tous. Après cela, il a changé des choses dans son mode de vie et dans sa manière de voir le  monde. Je pense que cela a  aussi affecté la musique que nous écrivons ensemble. Je ne pense pas  qu’elle soit  triste ou mélancolique pour autant. Elle est  néanmoins émotionnelle et c’est là notre manière de faire une musique profonde.

des auteurs-compositeurs avec des sessions d’écriture. Nous ne nous sommes pas assis tous les trois pour échanger des idées à propos des chansons. Sascha venait avec des paroles et avec des idées de mélodies. Il amenait un toit et nous devions construire une maison autour. Parfois, ce processus n’était pas facile parce que, d’habitude,  Sebastian et moi, on crée un rythme, on le donne à quelqu’un qui décide, en tant qu’artiste, de nous suivre ou pas.  Cette fois-ci, nous avons dû faire différemment et c’était très fatigant.  Bien  souvent, nous  n’aimions pas les idées de Sascha ou bien nous aimions des idées que lui n’aimait pas donc il fallait toujours faire des  compromis pour trouver un équilibre.

Cet équilibre est-il aussi utile à votre vie quotidienne ?

Comment s’est déroulé le processus de création de ce troisième opus ? J’avoue que je ne suis pas complètement  satisfait par le processus de création. Malgré nos âges, nous étions comme des petits garçons qui se battent en studio pour savoir qui en fait le plus, qui a fait quoi et qui a eu l’idée la plus cool. Ce n’était pas vraiment bien équilibré. Sascha chante  davantage sur cet album et nous avons dû  construire les chansons d’une  autre manière parce que nous n’avons pas travaillé comme

Oui. La vie que nous menons n’est pas normale. Nous sommes en tournée depuis  quinze ans. Nous faisons cela depuis longtemps et nous  voyageons  constamment. Nous rencontrons beaucoup de personnes, nous  oublions des visages et nous perdons certaines connexions. Sebastian et moi avons grandi. Nous avons des familles, des enfants, deux labels… Nous avons une équipe et non un manager. Nous travaillons avec des personnes que nous connaissons depuis longtemps. C’est comme une famille et nous aimons vraiment  être entourés. Sascha, lui, n’aime pas être entouré, c’est un solitaire alors il faut trouver un équi61


libre en permanence même si nous nous connaissons depuis  longtemps.  Nous n’avons pas vraiment de problèmes dans la vie. Nos problèmes se limitent à des réglages de studio parce que le son n’est pas à la bonne fréquence ou parce qu’il y a une résonance qui ne nous convient pas. Nous avons le même état  d’esprit de part notre histoire et l’endroit où nous  avons grandi. Nous pouvons nous faire confiance et ce n’est pas toujours évident de trouver des gens à qui se fier quand on mène le genre de vie que nous menons. Tous les  trois, nous sommes très différents mais nous avons toutefois une chose en commun : nous sommes égocentriques. Nous n’avons plus 20 ans et nous connaissons tous nos problèmes de caractère.

L’inspiration vient-elle aussi facilement qu’à vos débuts ensemble ? C’est toujours différent. C’est un  processus  d’apprentissage régulier. Je pense que plus on vieillit et plus il est difficile de faire de la musique ou de créer  quelque chose. Nous ne sommes pas des musiciens entraînés qui ont appris à jouer d’un  instrument et  qui  ont appris comment écrire des mélodies par le biais d’une  formation à l’école ou à l’université. Nous n’avons  jamais étudié la musique. C’est la connexion Moderat. Elle a commencé tout  simplement par un essai et maintenant, on en est là. Cela nous  surprend et c’est d’ailleurs ce qui s’est passé avec ce disque une fois termi62

né. Nous ne nous attendions pas du tout à ce rendu. Tu  vas en  studio sans vraiment avoir d’idée de ce que tu veux faire mais tu sais exactement ce que tu ne veux pas faire, ce qui est déjà la moitié du jeu. C’est unique de créer quelque chose de nouveau sans être orienté. Nous venons d’une scène musicale où tout le monde cherche une direction en fonction de ce qui se fait autour mais, cette fois-ci, nous avons complètement mis cela de côté et il ne s’agissait que de nous trois.

Comment vous sentiez-vous après avoir terminé ce troisième album ? Juste après notre sortie du studio, Sascha m’a dit qu’il avait oublié les paroles des chansons, comme s’il avait pris des drogues psychédéliques et que le passage en studio n’avait été qu’un voyage. Nous avons passé un an en voyage au studio et, une fois le voyage terminé, nous avons enfin pu écouter la musique. Les  chansons prennent une nouvelle dimension pour nous après le studio. C’est étrange...

Avez-vous le sentiment d’avoir atteint un certain niveau d’exigence avec ce troisième album ? Oui. C’est la première fois que nous nous sentons aussi proches de ce que


vous voulions comme son pour Moderat. Ce troisième album est le plus proche de ce que Moderat pourrait être. Le premier était un test, le  deuxième  était un essai et je pense que ce troisième est un meilleur essai. Nous sommes contents de ce disque et nous l’aimons parce que nous avons investi  beaucoup d’énergie, de temps et de passion pour le faire. Nous savons exactement ce qu’il faut faire pour le prochain.

Que signifie la pochette de cet album ? Cette pochette est basée sur une photographie qui doit être vieille de plus d’une centaine d’années. Durant les débuts de la photographie, il y avait un phénomène qu’on appelait  « La mère fantôme  » qui a d’ailleurs donné son titre à la chanson « Ghostmother » sur l’album, chanson qui est, en  quelque sorte, le morceau éponyme du disque. À l’époque, il y avait un concept pour les photos d’enfants. Lorsqu’on voulait faire  photographier  un enfant en bas âge, on mettait environ  quarante secondes pour faire une photo et il fallait que l’enfant puisse rester immobile devant l’objectif jusqu’à ce que la photo soit prise. Comment asseoir un enfant âgé d’un an sur une chaise pendant quarante secondes sans qu’il ne bouge ? Du coup, on demandait à la maman de se cacher derrière un drap tout en tenant l’enfant. Le résultat était totalement effrayant. Le rendu pouvait donner l’impression que l’enfant est assis sur une chaise alors que ce n’est pas

réellement le cas. En cherchant des photos de ce genre, j’ai trouvé l’image d’un petit garçon qui portait une sorte de tenue de cérémonie et j’étais vraiment impressionné. C’était comme s’il n’avait pas de sexe et qu’il regardait droit vers l’objectif, ce que ne font pas tous les enfants car ils regardant souvent la personne qui se trouve à côté de l’appareil et non l’objectif lui-même. J’ai trouvé la situation étrange, peu  commode et  ambivalente. Sur la pochette de notre premier album, on voit une femme qui frappe son visage. Sur la pochette du deuxième, on voit un homme en train de mettre ou de retirer un masque. Il fallait que la pochette du troisième album représente un  enfant. Nous avons confié la conception de la pochette à l’artiste Siriusmo qui a dessiné les deux précédentes et qui a proposé sa propre interprétation de l’image soumise. Il faut imaginer derrière l’enfant de cette pochette une mère fantôme le tenant serré. Voilà donc l’histoire de la pochette ! Si nous n’avions pas intitulé l’album III pour faire suite à ceux qui l’ont précédé, nous l’aurions appelé Ghostmother.

Vous étiez à l’Olympia en Mars dernier. Pourquoi avez-vous choisi la France pour démarrer votre tournée ? Nous avons décidé de commencer à Paris à cause de toute la pagaille qu’il y a eu. Nous voulions vraiment marquer le coup. Au départ, nous n’étions pas sûrs parce qu’il devait y avoir un autre concert avant la date parisienne mais nous avons finale63


ment opté pour garder Paris en premier afin de montrer à ces « connards  » que nous ne sommes pas inquiets. C’était important car nous avons joué au Bataclan plusieurs fois donc je connais cet endroit, je connais Paris et je m’y  sens connecté. J’ai plus d’amis à Paris qu’ailleurs. Nous allons à Paris depuis longtemps et nous y avons joué nos  premiers shows. Il me semble que le premier concert de Modeselektor en dehors de l’Allemagne était à Paris, au Nouveau Casino à l’occasion d’une soirée  transgenre en 2002, je  crois. Pour l’anecdote, j’ignorais que c’était une soirée transgenre et je croyais que tout Paris était ainsi mais la soirée était très drôle.

Quel est le meilleur endroit au monde pour jouer ? Je crois que c’est Berlin parce que nous connaissons la ville et les gens. C’est làbas que tout a commencé et c’est aussi là-bas que tout s’arrête.

Vous exportez vos sons  berlinois à travers le monde depuis des années. Quel regard portez-vous sur la  musique dite « berlinoise » de nos jours ? Pour moi, il  n’y pas vraiment de son de Berlin maintenant mais plutôt une bande 64

son d’un soi-disant style de vie. Ce que les gens recherchent quand ils vont à Berlin, c’est une sorte de techno industrielle et obscure mais  cela a légèrement changé au fil des ans. Six à sept années auparavant, c’était un son plus minimaliste. Je pense  que la musique  berlinoise  n’existe plus vraiment. Berlin a un peu trop changé et a perdu son âme, ces dernières années. Avez-vous eu un coup de  cœur  musical, récemment ? Oui. Nous avions signé un jeune groupe de trois artistes originaires de Berlin qui se font appeler Fjaak. Nous les avions signés sous 50 Weapons qui était une sous-division de notre label Monkeytown  Records et, lorsque nous avons fermé la sous-division, nous avons quand-même gardé ce groupe sous Monkeytown Records. Leur son est typiquement berlinois. C’est du pur Berlin. Ils sont comme étaient Modeselektor il y a quinze ans mais avec un membre supplémentaire. Leur musique est  totalement différente comparée à Modeselektor mais l’ambiance et  l’attitude sont les mêmes. En  interviews, ils ont tendance à parler tous les trois en même temps (rires).


JULIEN DORE


JULIEN DORÉ

Sacré Artiste de l’Année aux Victoires de la Musique en 2015, Julien Doré a livré le 14 Octobre 2016 son quatrième album studio en près de dix ans de carrière. Intitulé &, ce nouvel  opus a été  conçu dans le Mercantour et fait la  part belle à la nature et aux sentiments amoureux si chers à  l’artiste. L’album dont sont extraits les singles Le Lac et Sublime & Silence sera défendu sur scène lors d’une tournée française à  partir du  à partir du 23 Février 2017 avec un passage pour trois soirées au Zénith de Paris les 9, 10 et 11 Mai 2017. Interview : Dine Delcroix Photos : François Berthier

lides font que qu’il y a, peut-être, moins de questions inutiles.

Grooming : Yvette Yvette pour l’agence Lebigueone

Cette pression relève-t-elle de l’excitation ?

Tu viens de publier ton quatrième album studio. La pression qui accompagne la sortie d’un nouveau disque est-elle toujours la même ? Ce n’est jamais  vraiment une  pression handicapante. Le ressenti est toujours différent à  chaque fois parce que l’histoire qui m’amène à la  composition et au fait d’aller au bout d’un projet est différente aussi à chaque fois. La dernière tournée vécue et le fait d’avoir des fragments  d’expérience de plus en plus so68

C’est une excitation parce que c’est vital pour moi, non seulement  d’écrire mais  surtout de  savoir qu’à un  moment donné, ce qui va correspondre à un tout, qui arrive une fois tous les trois, quatre ou cinq ans va être partagé. C’est ce moment-là qui est assez fort. J’ai besoin de cette espace de création pour me sentir à ma place, me sentir utile et tout simplement vivant.

Le moment où l’album est rendu publique marque-t-il, pour toi, l’aboutissement final du travail accompli ? Tout ce qui est avant est de l’ordre du laboratoire, de la recherche, des tentatives, de choses que l’on réussit, de choses que l’on rate, de l’ordre du brouillon qu’on essaye de mettre en formes et, en même temps,  aucun plan n’est dessiné


à l’avance. C’est un chemin que je vais prendre qui va donner  naissance à des choses et qui deviendra  l’histoire de ce qui s’est passé. Une fois que le disque est là, je garde les souvenirs d’une histoire qui m’a conduit  jusqu’à ces chansons mais c’est difficile de décrire ce tout. C’est  uniquement de  l’ordre du  mouvement. Tout bouge tout le temps. Une chanson fixée n’a de sens pour moi que parce que je sais qu’elle aura d’autres vies sur scène et qu’elle sera en  permanent mouvement. La  création se situe dans ce mouvement permanent et c’est ce qui est intéressant. J’ai la chance de faire de la musique et, aujourd’hui, le fait d’avoir cette place-là me permet d’y  injecter ce que je suis, de continuer à chercher au niveau des textes, des sons, des textures, de la façon de produire mes  disques, de la façon de chanter et de  réfléchir aux concerts.

Tu considères donc le fait de faire de la musique comme étant une chance... C’est un  privilège. La prise de conscience est permanente et me donne de l’énergie. 

Te sens-tu redevable de cette chance à quelqu’un ou à quelque chose ? Quand je parle de chance et de privilège, c’est parce qu’aujourd’hui, dans l’époque à  laquelle on est, pouvoir être libre est une chance qu’il faut mesurer. Moi, je ne viens pas de là. J’ai mis du temps à retrou-

ver une stabilité au niveau du sol parce que j’étais sur un échafaudage à nettoyer des  façades deux mois  avant de faire l’émission « À La Recherche De La Nouvelle Star ». Il y a un déséquilibre de vie qui fait qu’on ne comprend pas pourquoi soudainement on à s’intéresse à nous. Il faut qu’il y ait un sens à tout cela et c’est le travail. Il faut qu’il y ait une démarche, une recherche artistique, une cohérence entre ce qu’on est en tant qu’homme et ce qu’on propose. Il m’a fallu plusieurs années pour cela. C’est une chance de pouvoir être  artiste sans se poser la question d’un  espace de liberté à occuper totalement. Si on ne mesure pas ce que signifie cette  liberté-là, c’est qu’on l’occupe mal et qu’il vaudrait mieux laisser la place à quelqu’un d’autre qui souhaite s’exprimer, qui a des choses à dire. C’est pour cela que c’est un parcours artistique extrêmement fragile. Si on rencontre à un moment donné un succès, la pire des choses serait de s’asseoir sur ce succès-là et d’en ressortir un peu plus mou. L’un des plus grands danger dans un parcours artistique, c’est la mollesse, d’où l’idée et de mouvement car chaque mouvement est créateur en soi.

T’intéresses-tu à des artistes qui pourraient potentiellement te ressembler ? J’écoute assez peu de musiques qui pourraient potentiellement me ressembler et qui pourraient être similaires à ce que je fais  musicalement ou en termes  d’écriture. Christophe et Jean-Louis Murant sont des gens que je cite assez souvent parce que, chez eux, il y a toujours l’idée

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de ce mouvement-là, de ne jamais s’arrêter sur ce qui a été acquis et c’est aussi pour cela que la chanson française bouge autant ces dernières années.

Quel regard portes-tu sur la place que tu occupes dans la chanson française, aujourd’hui ?

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Ce n’est pas la musique qui m’a amené à la musique, c’est l’éclosion de sens. C’est comment  utiliser sa vue, son ouïe, son toucher, comment transformer les choses qui vont nous traverser en une forme artistique et c’est ce qui  m’intéresse. Quand j’étais aux Beaux Arts, j’ai  compris que j’avais ce truc sauf j’étais handicapé par le discours. Il fallait absolument qu’il y ait des mots sur la forme artistique proposée. Au départ, avec mon premier groupe, Dig Up Elvis, il y avait un truc instinctif de l’ordre de la  performance artistique telle que je la fréquentais aux Beaux Arts et, en même temps, une performance presque  perceptible immédiatement, que je n’avais pas besoin de défendre avec des mots. La  chanson française d’aujourd’hui, c’est  justement cela. Il y  a un versant de cette chanson qui est plus ou moins à l’aise avec un marché du disque différent, aujourd’hui. En même temps, moi, je n’ai pas connu cette période luxuriante et luxurieuse durant laquelle on vendait  énormément de disques très rapidement. À 34 ans et avec quatre albums, je suis plutôt dans le versant d’une énergie, de ceux qui écrivent des textes en  français mais viennent aussi avec un univers global et je trouve qu’il y en a de plus en plus. Je pense, par exemple, à Juliette Armanet

et à Feu! Chaterton qui sont des artistes avec une recherche globale. Finalement, je ne sais pas vraiment comment je me situe vis-à-vis de cette chanson française parce que j’en écoute peu ou pas. De même, quand je structure le rapport entre mon texte et ma mélodie ou que je travaille la production de mes sons, je ne suis pas du tout dans une sphère de variété ou de pop. Je ne sais pas vraiment où tout cela se situe même si je vois bien qu’il y a une continuité entre mon écriture et ma  composition entre le précédent album et ce nouveau.

Le fait d’avoir été sacré Artiste de l’Année 2015 aux Victoires de la Musique est-il un accomplissement ? Cela me touche. J’ai rêvé d’avoir un jour mon nom sur la devanture de l’Olympia et de faire l’émission  Taratata.  Quand on me remet une Victoire de la Musique,  cela a plus qu’un sens. J’étais certain de ne pas avoir la Victoire de la Musique d’Artiste de l’Année avec le précédent album et je me suis totalement fait avoir parce que je n’ai vraiment rien vu venir. C’était pendant la tournée. Le fait d’être Artiste de l’Année à ce moment-là de la tournée en présence des gens que j’aime et avec  lesquels je travaille, c’est un instant absolument fabuleux. C’est l’instant qui compte et c’est la raison pour laquelle aucune de mes  récompenses gagnées n’est chez moi. Cela ne  grave rien et n’arrête rien dans un temps qui passe. On a des choses à faire et à réaliser. On ne doit surtout pas regarder en permanence le moment où on


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a souligné son travail.

Comprends-tu qu’un artiste puisse décliner une Victoire de la Musique ou même refuser une nomination ? Je ne supporte pas l’idée de refuser par posture et je ne le comprends pas. Si tu as la chance de faire ce dont tu as rêvé au quotidien et que, de temps en temps, le gens qui font le même métier que toi ou qui en  témoignent soulignent une partie de ton travail ou une période de ta vie  artistique, je trouverais  extrêmement mal élevé de se dire que cela n’a pas d’importance. Tout ce que j’ai décrit dans la réponse  précédente est une réflexion par rapport à cela. À notre  époque, il est tellement difficile de réfléchir qu’on a plutôt  tendance à juger et je ne veux pas juger ces artistes-là. Je ne connais pas vraiment l’histoire de chaucun mais je sais que la réflexion pour chacun doit être particulière. J’imagine que le raisonnement de Mylène Farmer par rapport à cet évènement-là doit être différent de celui de Daft Punk, de Fauve ou de Serge Lama. Le rapport aux récompenses est très personnel.

faire plus autour, c’est à dire développer, construire ce qui deviendra un album mais je ne sais jamais quand cela arrive parce que  l’écriture, chez moi, ce n’est pas quotidien. Durant les années qui entourent mes disques, j’aimerais être aussi utile pour quelqu’un d’autre ou pour un film sans  que l’on me voit. Cela me permettrait, peut-être, d’espacer encore plus mes disques.

Pourquoi avoir intitulé album &  ?

ce

quatrième

J’aimais bien l’idée de pouvoir choisir comme titre d’album quelque chose qui n’est pas fini d’être complété. Cette esperluete, c’est un trou par lequel on regarde, c’est un peu le poids de la balance qui est au centre, qui permet d’imaginer ce qu’il y a autour et la façon dont j’ai imaginé le disque physique. Dans la pochette du disque, le titre est absent, percé, découpé dans le support parce que c’est au travers de lui que l’on regarde. L’esperluette est un  caractère qui date de plusieurs siècles. C’est est un symbole de lien, d’union et, en même temps, un fil. Il donne son titre à l’album mais, si on tire dessus, on peut tout à  fait l’imaginer se mêler aux chansons.

Tu as sorti quatre albums en dix ans. Aimerais-tu être encore plus productif ? J’ai une façon de vivre la scène qui est assez étalée puisque chacune de mes tournées a duré un an et quelques mois. Je n’aimerais pas faire plus en termes de  production musicale mais j’aimerais

Écris-tu tes textes lors de sessions d’écriture dédiées ou travailles-tu en fonction de l’inspiration ? Je suis tout sauf un littéraire. J’aime manipuler les mots en français, les images,


le poétique et, en même temps, c’est instinctif. Je ne suis  pas un  grand  lecteur. Quand j’écris, c’est un peu automatique. Ce qui est sûr, une  fois que je  finis un disque, c’est que cela ne vient plus ou alors tout ce qui vient est vraiment dégueulasse. Pendant les années de tournées, j’ai  très peur de ne plus être  capable  de réécrire un texte comme ceux que je chante en  concert le soir venu. C’était d’ailleurs ma grande peur après l’album précédent.

Commences-tu par les paroles ou par la musique ? C’est très souvent une base mélodique au piano qui donne naissance à une ligne de voix qui, elle-même, va nourrir le flux de mots. Je n’écris jamais de textes au sens posé. J’ai besoin que ce soit en trois dimensions tout de suite, c’est à dire avec la bouche, l’écho de la  mélodie et l’espace. Il  n’y a que de cette manière que mes textes se construisent.

Ce nouvel album a été réalisé par Antoine Gaillet qui a réalisé tous tes disques à l’exception du deuxième, Bichon. Tu as confié que tu regrettais qu’il n’ait pas travaillé dessus. Pourquoi ? J’aurais  mieux fait de me taire (rires). C’était sans doute pour mieux se  retrouver après… On s’est  rencontré sur le premier album alors que je venais de signer avec une maison de disques. On a travaillé ensemble en se découvrant mais

sans vraiment comprendre à quel point on pouvait être lié dans notre langue commune sur ce le premier album. Il a fallu du temps. Je ne lui ai pas proposé de travailler sur  «  Bichon  » mais on ne refait pas les parcours et on ne peut pas les justifier. Cet album n’a pas eu un écho  démesuré  auprès du public mais c’est pile sur cette tournée que j’ai commencé à mettre en scène mes spectacles en les pensant comme des pièces de théâtre avec des actes et des choses qui dépassent le fait de chanter une chanson et de la jouer. Il est question de traverser la  barrière, d’aller au  cœur  du public, d’inventer des choses, de jouer avec l’espace... J’ai compris à la fin de cette tournée que si je  refaisais un album, si de  nouvelles chansons venaient, il fallait sans doute que je rappelle Antoine Gaillet et c’est venu très tôt. Dès les premières bribes de chansons que j’ai commencé à écrire, j’ai su qu’il fallait que je travaille avec lui.

Tu t’investis beaucoup dans les visuels qui accompagnent ta musique. Est-ce important, pour toi, qu’un artiste soigne l’imagerie de son œuvre ? J’ai autant de passion à mettre en page le livret de mon disque, à travailler sa pochette ou le format vinyle que quand je suis au piano et que j’écris une chanson. Pour moi, il n’y a pas de hiérarchie là-dedans. Quand j’écris un clip, j’écris ce qui va me faire rêver, ce qui va me donner envie. C’est, pour moi, un spectre de  possibles  extrêmement  large. C’est une enveloppe globale. Ce qui enve-

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loppe ma musique a tout autant d’importance d’avoir une trace de mon passage. Du coup, c’est vrai que j’ai une vision artistique plus que de l’ordre de l’interprétation ou d’auteur-compositeur. J’ai bien conscience que j’écris des  choses, que j’en compose, que j’en chante, que j’ai une façon de faire vivre mes  chansons et donc de les  interpréter  mais aucun de ces  rôles ne pourrait définir l’énergie avec laquelle je fais ce que je fais  aujourd’hui. J’ai besoin de me  déplacer dans ce que me propose cette vie d’artiste qui me passionne dans toute ces sphères.

Quels artistes aimerais-tu inviter sur un prochain album ? Il y a beaucoup de personnes et cela dépend toujours de la période et de ce que je vais avoir à raconter car mes idées sont rarement en amont mais j’aimerais bien faire un truc avec Étienne Daho. J’aimerais même plutôt écrire ou être dans la production pour lui. Pour chanter, j’ai découvert une  québécoise dont  j’aime beaucoup la voix et qui s’appelle Charlotte Cardin. Elle a sorti un EP qui s’intitule  « Big Boy  » et je trouve qu’il y a quelque chose d’assez beau et fort qui se dégage de sa voix.

Après La Note La Note d’Étienne Daho que tu as entièrement repris le temps d’un concert, pourrais-tu t’approprier d’autres albums ?

Il y a évidemment des envies mais il faut que je sois techniquement capable de le faire. « La Note La Note » qu’on avait fait aux Francofolies, c’était un vrai challenge parce que j’étais en contact  direct avec Étienne Daho, que je lui envoyais nos répétitions et qu’on discutait ensemble de ce que je voulais faire des chansons. J’ai changé  beaucoup de  choses dans les structures, les rythmiques… C’est rare que des albums entiers me parlent.

Fais-tu encore de la musique avec ton ancien groupe, Dig Up Elvis ? Non, même si j’ai continué la musique avec Baptiste qui était dans le groupe et qu’aujourd’hui, on travaille toujours très étroitement ensemble sur tout ce que je fais. Je me suis posé  cette question récemment parce que mon ingénieur du son actuel faisait aussi le son des concerts de Dig Up Elvis quand j’avais décidé de partir en tournée  avec le groupe après ma toute première tournée solo. L’autre jour, on a réécouté des  lives qu’on faisait sur son ordinateur et je  lui ai dit que j’aimerais bien, un jour, remonter un groupe et faire un truc très  déstructuré. Dig Up Elvis n’a jamais enregistré de disque. J’aime bien cette idée d’étoile filante. Pourquoi pas un jour…

Dirais-tu que tu es un artiste « honnête » ? Je me questionne parce que je n’arrive pas à imaginer que l’on puisse faire autrement, c’est à dire travestir la création 77


au profit de la destination. C’est quelque chose qui, pour moi, est impossible parce  que cela voudrait dire que je ne me respecte pas. Si je ne trouve pas une forme  d’expression à ce qui est dans le ventre et dans la tête, ce serait destructeur. J’aime ces moments quand quelque chose vient, une mélodie, un fragment de texte… Cela ne vient pas de mes lectures ou d’une immense culture même si les  Beaux Arts  m’ont éveillé à certaines choses. C’est toujours aussi surprenant pour moi. En même temps, je ne me posais pas forcément la question d’une enfance ou d’une adolescence ratée. J’avais un  rapport à l’art et à la  culture  plutôt distancé, j’aimais beaucoup la télévision. Pour moi, l’essentiel est de ne pas jouer quelque chose.

Quel est ton album préféré de Julien Doré ? En termes de textes, de production, de qualité des  chansons et de cohérence, c’est de très loin ce dernier.

Es-tu le Julien Doré que tu étais il y a dix ans ? Non. Il y a dix ans s’est posée une lumière médiatique dans un moment de ma vie qui venait de basculer du tout au tout. Je parle des chantiers puis, deux ou trois mois après, je me retrouve à chanter des trucs devant des millions de gens à la télévision sans avoir conscience de cela. De ce point de vue là, je ne suis pas la même personne. Après, c’est le même cœur, la 78

même tête, le même corps. J’ai aussi appris à me libérer un peu des costumes au sens de  déguisement que je me  mettais pour me protéger. J’estimais, au tout début, que je n’avais pas travaillé et que je ne faisais que réinterpréter les chansons des autres.

Si tu pouvais changer une seule chose dans ces dix dernières années, laquelle serait-ce ? J’aurais aimé avoir un peu moins peur au début et fermer un peu plus ma gueule. Juste après À La Recherche De La Nouvelle Star, j’ai eu un peu tendance à tout prendre pour un jeu et à ne pas vraiment mesurer à quel point c’était vital.  Aujourd’hui,  cela va de pair  avec l’âge. On n’est pas la  même personne  entre 24 ans et 34 ans. C’était tellement  surprenant que j’avais peur. J’aurais bien aimé, à des  moments, me taire plutôt que de vouloir faire la bonne phrase. S’il y avait  quelque chose à changer, ce serait les deux ou  trois premières années pour faire profil bas  avant de faire mes preuves et ne pas juger des choses que je ne connaissais finalement pas vraiment.


RENCONTRE

Michael COHEN Après avoir fait ses premiers pas de réalisateur en 2010 avec Ça Commence Par La Fin, Michaël Cohen revient derrière (et devant) la caméra dans L’invitation, un film en salles le 9 Novembre 2016 au côté de Nicolas Bedos. On pourra le retrouver dans le film Dalida de Lisa Azuelos dès le 11 Janvier 2017 ainsi que dans Tout nous sépare, le nouveau long métrage très attendu de son ami Thierry Klifa avec Catherine Deneuve, Diane Kruger, Nekfeu et Nicolas Duvauchelle. Interview : Dine Delcroix / Photos : François Berthier


MICHAËL COHEN

Commet est née ton envie de devenir acteur ? C’est un peu un mystère. J’ai eu une espèce de  révélation comme les religieux peuvent peut-être avoir quand ils rentrent dans les ordres. À l’âge de 13 ans, j’ai su que j’allais être comédien. Je n’avais rien pour car j’étais mal dans ma peau, j’étais un peu gros et j’avais un cheveux sur la langue. J’étais très timide. Personne dans ma famille n’était dans ce milieu et pourtant, je savais que cela  allait être ma place. J’étais comme  beaucoup d’adolescents, je cherchais ma place, je n’étais pas bien dans ma vie, j’étais dans une famille très  chaotique, je ne me sentais pas aimé, je me sentais rejeté… Quand on parle avec des comédiens, on se rend compte que leur envie d’être comédien vient  souvent d’une névrose d’enfant et d’un désir d’être reconnu ou d’être aimé. En l’occurrence, c’est mon cas. J’ai commencé à prendre des cours de théâtre à l’âge de 15 ans. Je suis allé au Cours Florent et je faisais mes études en parallèle bien que je m’en fichais. Au Cours Florent, en posant un pied sur scène, je savais que j’étais à la maison et que cela serait ma vie.

As-tu été marqué par des professeurs en particulier au Cours Florent ? J’ai été à la classe libre. J’ai eu Francis Huster et Isabelle Nanty qui ont été 82

des professeurs très importants pour moi. Francis Huster m’a  engagé au théâtre rapidement et j’ai fait ma première pièce avec lui. Très vite aussi, j’ai eu conscience, comme il y avait beaucoup de monde au Cours Florent, qu’il fallait que je  fasse mes  propres projets et que je n’attende pas qu’on vienne me chercher. J’ai  donc commencé à écrire  des pièces de théâtre, à les monter et à jouer dedans. C’est là qu’a commencé mon deuxième métier. Je me sens avant tout comédien mais j’ai vite eu la nécessité d’écrire, de créer, de ne pas attendre. Je pensais que personne ne viendrait me chercher. Il se trouve qu’après, des gens sont venus me chercher mais j’avais, en tout cas,  engranger cette dynamique de création.

Te sens-tu plus libre et plus actif en créant ? Oui. Bien sûr, cela me permet une forme de liberté mais surtout de ne pas m’assécher en étant dans l’attente. Un acteur, lorsqu’il ne  travaille pas, ne peut pas faire grand chose. On peut lire, aller au théâtre, au cinéma… Je dis toujours aux acteurs : « Quand vous ne travaillez pas,  sortez, vivez,  buvez, tombez amoureux… ». Notre métier, ce de retranscrire tout ce qu’il y a autour de nous. Moi, dès que je ne travaille pas, que je ne tourne pas, j’écris et je mets en route des  projets, ce qui me permet de ne pas  être dans une frustration ou dans une  angoisse trop forte du manque de travail.


As-tu fait une rencontre décisive au début de ta carrière ? Non. Quand  j’étais jeune,  j’étais  amoureux de  Catherine Deneuve. Vers l’âge de 15 ou 16 ans, j’avais écrit un court métrage.  Elle était venue faire une espèce de conférence au Cours Florent et j’avais réussi à lui faire passer mon scénario. Je pensais qu’elle ne répondrait jamais et, un jour, je reçois un message vocal chez mes  parents disant :  « Bonjour, c’est Catherine Deneuve. J’ai lu votre scénario, je trouve cela très bien. Allez voir mon agent qui vous aiguillera…  ». Cette femme est une des personnes qui m’ont donné envie de faire du cinéma et j’en étais amoureux comme je pouvais l’être de Romy Schneider, d’Isabelle Adjani et de toutes les grandes actrices. Le fait qu’elle ait pris le temps de laisser un message à ce gamin que j’étais après avoir lu ce scénario que je lui ai donné à travers une vitre de voiture a été important. Il se trouve que des années après, grâce à mon meilleur ami, Thierry Klifa, j’ai tourné avec elle dans « Le Héros de la Famille » où elle jouait ma mère. C’est comme si elle m’avait donné une sorte de feu vert pour la suite. Je n’ai pas  fait  le court métrage en question mais je suis allé voir son agent qui m’a aidé et m’a donné des conseils. Cela fait partie des rencontres assez importantes et assez jolies. Lorsque tu n’es pas à l’origine des projets, comment les choisis-tu ?

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Je n’accepte pas tout et c’est pour cela qu’on ne me voit pas tant que cela. Il peut parfois  m’arriver d’être très présent mais ce sont des hasards de calendrier. Il y a  beaucoup de choses que je

ne fais pas parce que je suis très exigent sur la qualités des scénarios et sur ce que racontent les projets. Je ne fais pas de plans de carrière en me disant que je dois faire une comédie puis un drame ou autre. C’est vraiment ce que cela raconte, les rôles et les partenaires. Plus les projets sont différents et plus ils sont intéressants à faire.

Parallèlement à la comédie, comment t’es venue l’idée de réaliser ? J’ai d’abord  mis en scène des pièces de  théâtre très tôt que j’écrivais. À un moment donné, j’ai  trouvé que c’était très difficile de monter des pièces de théâtre et qu’il n’y avait pas beaucoup de place pour la création au théâtre en France. Du coup, j’étais un peu fatigué d’aller me battre pour  des pièces  que j’avais écrites et je me suis tourné vers le cinéma parce que j’avais toujours envie de raconter des histoires. J’ai toujours eu envie de réaliser.  Mon amour pour ce métier est venu  d’abord par le  cinéma en voyant des films. Je suis un cinéphile et je vais cinéma depuis l’âge de 6 ans. J’avais au fond de moi envie de réaliser mais je n’avais pas envie de faire de court métrage parce que c’est un format qui est trop court pour moi. J’ai voulu aller directement vers le long métrage. J’ai fait ce parcours un peu étrange dans la mesure où j’ai  écrit un roman qui  s’appelle « Ça Commence Par La Fin ». Une fois le roman sorti, un producteur l’a lu et m’a demandé si je voulais le réaliser. C’était mon rêve et cela s’est fait très naturellement. Pour moi, le fait d’être sur un plateau, de diriger une équipe, de dé-


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couper un film, de penser un cadre et de diriger des acteurs est très naturel. C’est une vraie drogue parce qu’on décide de tout et il n’y pas beaucoup d’états dans la vie qui apportent cette sensation.

Pourrais-tu tourner un film avec des acteurs non-professionnels ? Je crois que c’est dur. Il faut du temps et  donc de l’argent. Moi, mes films, je les tourne très vite. Pour l’instant, je travaille plutôt dans une urgence, j’aime quand cela va vite et quand on travaille beaucoup en amont. J’ai pu prendre des gens qui n’étaient pas acteurs pour des petits rôles mais, pour des rôles plus importants, c’est compliqué. Il faut que les non-acteurs nourrissent les moments où ils n’ont rien à faire afin qu’il y ait de la vie autour de la scène. J’aime bien les acteurs de théâtre et j’en ai pris dans mon dernier film. Ils ont beaucoup de naturel et beaucoup de métier. Ils savent exactement casser les mots et les rythmes.

Quel a été le point de départ de ton nouveau film, L’invitation  ? On m’a fait lire une bande dessinée en pensant que cela allait m’intéresser. Moi,  c’est vrai qu’au départ,  après mon premier film, je voulais écrire un autre  scénario  original.  Quand j’ai lu cette bande  dessinée, j’ai été  complètement touché. Ce test de l’amitié me parlait totalement avec ce type qui téléphone à son meilleur ami en pleine nuit et je me suis demandé si je me déplacerais moi86

même en cas de coup de fil du même genre et inversement. Il y avait cette amitié de vingt ans avec ses rancœurs  ses jalousies, ses non-dits... On se demande ce que nous apporte notre meilleur ami, finalement. Toutes ces questions sur le  rapport à l’Autre  m’intéressaient. Ce bande dessinée m’a parlé tout de suite et j’ai eu envie de me l’approprier.

T’es-tu aussi inspiré d’expériences personnelles pour écrire le scénario du film ? Bien sûr ! J’ai des amis très forts dont un que je connais depuis très longtemps et que j’ai rencontré devant une boite de nuit comme Léo et Raphaël dans le film mais, dans la vraie histoire,  aucun de nous deux n’a réussi à entrer dans la boite (rires).

Te lèverais-tu justement en pleine nuit si un ami  t’appelait pour une panne de voiture ? J’ai envie de dire « oui » mais, tant qu’on n’est pas éprouvé, on ne sait pas. Ce qui est génial, c’est que depuis le début des projections du film, tout le monde se pose la question.  Beaucoup de  gens en parlent et veulent même tester leurs amis. Cela nous fait nous demander où on en est par rapport à nos amis, à nos amours ou à nous-mêmes, comme une sorte de petit bilan. C’est ce que fait Léo à son meilleur ami dans le film : il le  réveille au  milieu de la nuit pour qu’il vienne le chercher mais il le réveille tout court parce que Raphaël est dans une forme de


somnolence de vie et il a besoin d’être bousculé. Je crois qu’on est tous passé par quelque chose comme cela.

Quel est le pire truc  qu’un ami a pu te faire ? Je n’ai pas vécu de coups de Trafalgar. J’ai malheureusment connu  beaucoup de déceptions de la part d’amis du métier, de  comédiens avec  lesquels il y avait de la compétition ou de la concurrence et  qui  étaient, parfois, un peu jaloux. Moi, j’ai toujours été heureux pour mes amis quand ils travaillaient et je n’ai jamais été jaloux si un pote  avait un rôle même si  j’avais postulé pour le même. Pour avoir  connu  beaucoup d’acteurs, je sais que la roue tourne tout le temps. Même des acteurs comme Catherine Deneuve, Gérard Lanvin ou Nathalie Baye avec lesquelles j’ai tourné peuvent avoir peur. Ils ne sont  jamais  sereins. Rien n’est acquis. Quand quelqu’un a un rôle, c’est bien pour lui et cela ne veut pas dire qu’on me prend quelque chose. J’ai perdu malheureusment quelques amis chers parce qu’ils se sentaient en rivalité mais j’ai quand même de très bons amis dans ce métier.

De très bons amis comme Nicolas Bedos, par exemple ? C’est quelqu’un que je connais depuis plus de dix ans et il a cette générosité-là. Il aime que tout se passe bien pour ses amis. Il a envie de réussir et d’être dans la lumière mais il ne veut pas être tout seul. 88

Que ce soit dans le métier ou à un  dîner, il met en avant les gens qu’il aime. Il aime les porter. Il est très bienveillant. Les gens n’ont pas toujours la bonne image de lui et je trouve que le film rétablie un peu cela. Bien  sûr,  j’ai utilisé des choses qu’on peut imaginer de lui comme son insolence et son côté cassant mais, derrière cela, il y a une vraie forme de générosité et son personnage dans le film est ainsi.

Comment s’est justement fait le choix Nicolas Bedos pour le rôle de Léo ? Au départ, je devais jouer Léo et je cherchais quelqu’un  pour jouer Raphaël. Il  me  semblait que c’était un rôle plus important et qu’il serait ainsi plus facile de trouver un acteur. J’ai eu quelques refus alors j’ai inversé le truc en me disant que j’allais jouer Raphaël et chercher un Léo. Puis, j’ai eu l’illumination de me dire que Léo, c’est Nicolas Bedos que je connais par cœur alors je suis allé le voir et, en deux heures, il a lu le scénario et a accepté tout de suite. Il m’a dit « Léo, je le connais, je le comprends… ». Le personnage  nous faisait  penser à un ami commun qui est parti très tôt, un prince de la nuit encore plus fou. Il m’a demandé s’il pouvait me proposer des trucs donc il a repassé une couche sur le  scénario que j’ai  trouvé géniale parce qu’il a un talent d’auteur qu’on connaît et, à partir du moment où il a dit « oui », tout s’est enchaîné. On a trouvé tous les financements et tout le reste du casting s’est mis en place autour de nous deux. Six mois plus tard, on tournait.


Y a-t-il une difficulté dans le fait de jouer de réaliser ? Oui mais disons que j’ai l’impression d’avoir acquis cette sorte de schizophrénie depuis le Cours Florent dans la mesure où je monte mes spectacles que j’écris et dans lesquels je joue. Je travaille beaucoup en amont mon  personnage avec des coachs. J’arrive sur le plateau très nourri de mon personnage et, ensuite, j’ai tellement de choses à régler en tant que réalisateur que je parviens à lâcher prise en tant  qu’acteur. C’est vachement bien aussi pour les autres  acteurs car ils se sentent plus libres de ne pas avoir le  metteur en scène derrière le combo. Ils ont leur partenaire qui est aussi metteur en scène mais qui est avec eux dans le même bateau. Ils se sentent moins jugés et cela crée une liberté mutuelle. Je laisse  plusieurs places aux  acteurs avec la possilbité d’improviser. Une fois la scène terminée, je ne coupe tout de suite et on continue donc à jouer. Il y a plusieurs moments dans le film qui ne sont pas forcément écrits.

La musique occupe une place importante dans ton film. Comment as-tu travaillé sur le choix des chansons ? J’ai tout choisi ! Je n’avais pas un énorme budget sur le film mais, dès le départ, j’ai dit à mes producteurs que je voulais bien faire des concessions sur mon salaire et sur beaucoup de choses mais je voulais une bande originale et c’est ce qui coûte le plus cher dans un film. La Bambola de Patty Pravo est, d’ailleurs, la chanson qui a coûté le plus cher et je me suis battu 90

jusqu’au bout pour l’avoir parce qu’en Italie, Patty Pravo est vraiment une star. Ensuite, je voulais Serge Gainsbourg, Philippe Sarde, Balthazar…  J’ai réussi à avoir la plupart des  chansons et je dois remercier mes producteurs parce qu’ils ont respecté cela et je sais que cela fait beaucoup pour le film. Après, il y a la musique originale d’Alexis Rault qui a fait une musique très discrète.

Envisages-tu déjà de réaliser à nouveau ? C’est une drogue et je suis déjà en manque de réaliser. J’ai une idée de scénario mais j’ai  surtout envie de développer une série. J’ai récemment  signé un petit accord de principe avec un producteur pour développer une série qui se passerait la nuit à Paris. J’ai l’impression que c’est le bon moment pour faire cela parce qu’aujourd’hui, en France, on peut nous  permettre d’aller vers des choses comme « Californication », « Vinyl » ou « Maison Close » pour références. Ce serait un format de 26 minutes sur 13 épisodes qui me permettra de développer un personnage. Je voudrais écrire la base, jouer dedans et réaliser les deux premiers épisodes. Il faudra me laisser y parler de sexe, de drogue, de rock’n’roll etc. Et comme je ne fais pas les choses à moitié et que c’est une série sur la nuit, je passe pas mal de nuits dehors en ce moment et je vis mes nuits un peu comme un reporter. J’écoute tout et je me nourris comme une éponge.


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BLIND TEST

the pirouettes Leo Bear Creek et Vickie Chérie se sont rencontrés sur les bancs du lycée à Annecy pendant leur Terminale. Depuis, ils font de la musique ensemble et forment The Pirouettes, un duo electro-pop dont les chansons légères et entêtants séduisent une audience de plus en plus  importante.  Carrément, Carrément, leur premier album, est disponible depuis le 16 septembre 2016. Après deux shows complets à la Maroquinerie, le tandem est sur le point d’entamer une série de concerts en France, en Belgique et en Suisse avec une nouvelle halte parisienne à la Cigale le 11 mai 2017.

PAR Dine Delcroix Photos : FRANCOISBERTHIER

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THE PIROUETTTES

Votre livre de chevet ?

Votre Madeleine de Proust ?

Leo : Je suis en train de lire Congrats ! Magazine. C’est un nouveau magazine gay de qualité pour lequel on va bientôt faire une interview et des photos.

Leo : Les céréales me ramènent systématiquement à l’enfance. Cela me rappelle les bols de Chocapic avec du lait chez mes parents.

Vickie : En ce moment, je lis « Pornotopie » de Beatriz Preciado sur la maison Playboy.

Vickie : L’odeur de la piscine qui me fait penser aux vacances.

Votre secret de beauté ? Le film qui raconte votre vie ? Leo :  J’ai  tendance à m’identifier dès que c’est un film sur un groupe de musique ou sur un star. Je pense, par exemple au documentaire « When You’re Strange » de Tom DiCillo sur The Doors que je trouve incroyable. J’avais aussi beaucoup aimé le film « Walk The Line » sur Johnny Cash qui m’a permis de me plonger dans son travail. Vickie  : Il n’y en a pas encore mais le film que j’ai toujours aimé et que j’ai vu plusieurs fois quand j’étais petite, c’est « Titanic » de James Cameron. Contrairement à beaucoup de filles, je n’étais pas amoureuse du personnage de Leonardo DiCaprio mais plutôt d’un matelot pas beau qu’on voit dans, à peine, trois plans (rires).

Leo : Je n’ai pas de secrets de beauté mais je tiens à me laver le visage avec du savon de Marseille tous les jours. Vickie : L’huile d’argan.

Votre antistress ? Leo : Faire du sexe. Vickie : Regarder des série.

La tendance mode que vous détestez ? Leo : Ce n’est plus trop tendance mais je déteste les t-shirts qui montrent un visage avec de fausses moustaches dessus. Globalement, l’esthétique de la moustache est interdite. Vickie : Les t-shirts à messages.

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Le détail chic pour vous ?

Vickie : Tout ce qui dit qu’il faut vivre dans le présent.

Leo : J’aime bien les petites chaînes légères pour les garçons même si je n’en porte pas du tout. Vickie : Les bagues.

L’insulte que vous préférez ? Leo : « Sale bâtard ». Je le dis à des potes pour rigoler.

Votre série du moment ?

Vickie : C’est très vulgaire mais j’aime bien « Fils de pute ». C’est pas bien (rires).

Leo : On vient de finir  «  Westworld  » qu’on a beaucoup aimé.  Vickie : Moi, j’ai regardé « UnREAL » et c’était trop bien.

Le compliment qui vous énerve le plus ? Leo : « J’ai écouté tes petits trucs ». Les gens qui ont toujours tendance à rajouter l’adjectif « petit » pour minimiser les choses, c’est énervant. Vickie : « C’est cool comme projet ». Le mot « projet » n’est tellement pas artistique !

Votre chanson pour vous sentir bien ? Leo : « I Feel It Coming » de The Weeknd avec Daft Punk.

Le pays où vous pourriez immigrer ?

Vickie : « La Nuit N’en Finit Plus » de Petula Clark. C’est triste mais j’ai découvert que les chansons tristes me mettaient plutôt de bonne humeur.

Leo : J’aimerais bien vivre aux États-Unis plus tard. Avec Victoria, on a eu la chance d’aller à Los Angeles il y a environ deux ans et on a adoré. Vickie : Moi aussi. La Californie ou New York.

Votre proverbe fétiche ? Leo : « Advienne que pourra ». J’ai toujours trouvé que cela sonnait bien. 96

Un autre métier qui vous aurait plu ?


Leo : Quand j’étais petit, je voulais éventuellement être avocat mais, aujourd’hui, je me dis que cela m’aurait ennuyé donc je suis assez content de faire de la musique, au final. Vickie : J’aurais bien aimé être traductrice et faire les  sous-titres des films. Je n’en suis pas capable mais j’aurais pu apprendre.

Le disque que vous avez honte d’avoir acheté ? Leo : Mon tout premier CD, c’était le single « MMMBop » de Hanson. C’était trop cool et j’aime toujours mais cela peut paraître honteux. Vickie : J’ai acheté un CD live de Shakira quand j’étais petite.

Qui inviteriez-vous à votre dîner idéal ? Leo : J’aimerais bien dîner avec Will Smith. Vickie : J’aurais bien aimé manger avec Daniel Balavoine.

Le talent que vous aimeriez avoir ? Leo : J’aimerais bien savoir siffler. Vickie : J’aimerais bien savoir jouer d’un instrument à la perfection.

Le défaut que doit avoir une personne pour vous séduire ? Leo : J’aime bien quand les filles sont un peu sûres d’elles. Au premier abord, c’est vivant. Vickie : J’aime bien les dents des gens. Le cadeau que vous rêvez d’offrir ? Leo : Un voyage. Vickie : Oui, un voyage.

Libé ou le Le Figaro ? Leo : Libé. Vickie : Libé. Tout sauf Le Figaro, en fait.

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La question qu’on ne doit pas vous poser ? Leo : « Pourquoi The Pirouettes ? ». C’est embêtant parce qu’il n’y pas de réponse vraiment intéressante à donner d’autant que c’est toujours à moi d’y répondre. Vickie : Je fais de la photo et je n’aime pas quand on me demande « Qu’est-ce que tu fais comme genre de photo ? » parce que c’est compliqué à expliquer.


LA FILLE QUI REND BLIND

JULIA ROY

Par : Dine Delcroix Photos : François Berthier Actrice

et scénariste franco-autrichienne, Julia Roy a été notamment aperçue dans Arrête Ou Je Continue  en 2014 aux côtés de Mathieu Amalric et d’Emmanuelle Devos. Cette année, elle retrouve Mathieu Amalric dans le film À Jamais de Benoît Jacquot, en salles le 7 Décembre 2016 et qui lui vaut d’être pré-sélectionnée pour le César du Meilleur Espoir Féminin 2017.


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