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NOVEMBRE 2015 #24

Ar i elle Dom basle / Em i li e Dequ enn e

THE

S SHOE

BØRNS / Joss Stone / Josef Salvat / Stefi Celma Jabberwocky / Jimmy Sommerville / InNa Modja / Nadéah / Anne-Charlotte Pontabry


CONTRIBUTEURS

FONDATEUR, DIRECTEUR DE LA REDACTION, REDACTEUR EN CHEF CINEMA & DIRECTEUR DE LA CREATION FR A NCOIS BERTHIER REDACTEUR EN CHEF, REDACTEUR EN CHEF MUSIQUE DINE DELCROIX RÉDACTRICE EN CHEF BEAUTE & NEWS AUR IA NE BESSON JOUR NALISTES Auriane Besson, Jessy Cot t ineau , Dine Delcroi x, François Berthier, Riyad Cairat, David Roos Murillo. PHOTOGR APHES François Berthier, Patrick Fouque, Florian Saez, Florian Fromentin, Martin Lagardère PRODUCTION Dine Delcroix + François Berthier PHOTO DE COU V’ François Berthier CONTACT R EDACTION/PUB theblindmagazine@gmail.com

The BlindMagazine est édité par la société Ten Feet Under / Tous les textes et photos sont soumis par leurs auteurs qui acceptent leur publication et n’engagent que leur responsabilité.


EDITO #24

Chers amis, L’Automne est là. La saison du changement avant la fin de l’année qui approche à grands pas et qui nous pousse déjà à considérer quelques nouvelles résolutions par habitude en regardant tomber les feuilles mortes ou en changeant d’heure. Heureusement, il reste encore quelques instants de tranquillité avant la folie inévitable des fêtes alors profitez-en pour prendre le temps de vous faire plaisir en commençant par savourer ce nouveau numéro de TheBlindMagazine. Au menu de ce cru de novembre, retrouvez de la mode pour tous, de la culture choisie, du shopping amusant et des artistes nombreux et variés qui ont su ravir nos photographes de leur plus belles poses. Nous espérons que vous aimerez lire ce numéro autant que nous avons aimé le faire !

L’ÉQUIPE THEBLINDMAGAZINE


Novembre 2015

22

28

6 Blind Beauty

22 Jabberwocky

10 Shopping

30 Josef Salvat

14 L’instant Live

38 Blind Truth Jimmy Sommerville

16 Borns

4

46 En couverture The Shoes


SOMMAIRE

60 112

60 Emilie Dequenne 72 Joss Stone 82 Arielle Dombasle 92 Interview première fois Nadeah 100 Stefi Celma

108 Blind Test Inna Modja 112 Mode 128 La fille qui rend Blind Anne Charlotte Pontabry 130 BlindSpot

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BLIND BEAUTY KISSKISS ROSELIP GUERLAIN Dans sa collection automnale, Guerlain a sorti un baume teinté ultra désirable : le KissKiss Roselip. Niché dans un très chic écrin laqué blanc et ponctué d’une touche d’or, le bâton est enrichi en huile de jojoba et huile de pétale de rose pour des lèvres délicatement chouchoutées. Du rouge au rose en passant par le nude, six teintes sont proposées pour un effet bouche mordu très frais. Coup de cœur pour la teinte Peach Party, un orangé vibrant et solaire, qui donne bonne mine immédiatement. 6 teintes 36€

Mister Intense Black Givenchy Pour toutes celles qui n’aiment pas la sensation lourde ou l’effet parfois cartonné du mascara, cette encre noire façon Top Coat intensifie la teinte des cils sans effet de matière. Une encre à cils qui gaine et densifie le regard grâce à l’embout mousse (façon gloss), qui assure une application au ras des cils et va déposer la bonne dose de pigments. A réappliquer à volonté au cours de la journée, pour plus de profondeur et d’intensité sans jamais créer de surépaisseur. 27€

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STEP-BY-STEP CONTOUR STICK TRIO SMASHBOX 2015 est clairement l’année du contouring sous toutes ses formes ! Coup de cœur pour ce petit kit nouvelle génération composé de trois jumbos longue tenue : la teinte la plus foncée permet de sculpter et créer des ombres. L’highlighter couleur chair apporte de la lumière au visage, et la teinte marron clair vient fusionner le tout. La notice illustrée inclus dans le kit, permet de comprendre sur quelles zones il faut positionner chaque stick pour une application précise et ciblée. Pommettes, nez et mâchoire sont sculptés en seulement quelques étapes. Au final, un résultat bluffant de naturel, grâce à la texture très crémeuse des sticks et à un estompage hyper facile. Un futur indispensable pour un contouring subtil mais sophistiqué ! 44,50€

Full Lash Serum SHISEIDO Le Full Lash Serum améliore la beauté des cils et des sourcils en stimulant leur cycle de croissance. Il se présente sous la forme d’un applicateur en mousse, qu’il faut juste presser sur la ligne des cils et des sourcils. Hautement concentré en extrait de jujube et en arginine, un acide aminé semi-essentiel aux propriétés protectrices, réparatrices et hydratantes, les actifs agissent sur les cellules de la matrice pilaire pour stimuler la prolifération et l’accélération de la croissance des cils. Après 4 semaines d’utilisation, on voit un réel changement, que ce soit sur la longueur ou même la densité : les cils sont étoffés et allongés, les sourcils plus fournis et mieux définis. 45€

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Skin-Best Liquid Glow Biotherm Cette huile illumine, nourrit et protège le visage en s’attaquant aux trois ennemis d’une mine radieuse : la sécheresse cutanée, le vieillissement prématuré et le teint terne. De couleur orangée elle ravive immédiatement l’éclat du visage. Sa texture qui ne colle pas, est rapidement absorbée par la peau, laissant un fini velouté même aux peaux à tendance grasse. Composée à 98% d’huiles naturelles, sa formule est gorgée d’astaxanthine antioxydante, et d’ingrédients super-protecteurs. 30ml - 39€

Pâte au Ginseng Masque Noir Condensé effet tenseur ERBORIAN La marque fanco-coréenne à qui l’on doit la toute première BB crème française, propose plusieurs nouveautés à base de Ginseng (une herbe connue pour ses propriétés anti inflammatoires et rajeunissantes) dont un masque à l’effet tenseur, défroissant et repulpant, doux et hyper efficace. Sous forme de gelée noire assez liquide, la texture s’étire et se travaille facilement. On masse sur tout le visage, on laisse poser dix minutes, on rince à l’eau tiède : la peau est plus lumineuse et visiblement repulpée. A utiliser le matin pour un coup de boost so fresh ! 30ml - 65€

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Fond de teint pinceau perfection lumière BY TERRY By Terry, la marque experte de l’éclat, sort un pinceau fond de teint nomade : 3 en 1, il permet de retoucher, de flouter et d’unifier le teint grâce à sa texture lissante et sculptante. Facile à appliquer avec ses quatre gouttes de diffusion, il éclaire et lisse le grain de peau, en une minute chrono. Son pinceau kabuki taillé en biseau permet d’étirer uniformément la texture. Au final, un teint naturel, frais et lumineux, au fini velouté. A utiliser sur peau nue ou déjà maquillée. 6 teintes 52€

T S U M VE HA ©François Berthier

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SHOPPING Bon, les têtes de citrouilles et autres sorcières en tous genres vous ont certainement mis sur la piste…et oui c’est Halloween ! Une bonne raison de plus pour se changer les idées en attendant les fetes de fin d’année. Cependant, à moins de laisser s’exprimer le geek qui sommeil en vous, et de vous dégoter un deguisement sorti tout droit d’un tournage de Georges Lucas, mieux vaut miser sur la sobriété…Non, on ne s’enduit pas de colle et ne se roule pas dans le jardin pour se faire passer pour Cetelem, et on s’enroule encore moins de papier toilette ! personne ne vous prendra pour une momie !

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Summer BLIND

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8. 5 01 : Manteau, R Essentiel X Etienne Deroeux pour LA REDOUTE, 149,99 euros 02 : Jupe en cuir d’agneau, DENHAM, 325 euros 03 : Top a empiecements cuir, RIVER ISLAND, 215 euros 04 : Derbie en cuir métalisé, CHOCOLATE SCHUBAR, 139 euros 05 : Parfum Essenza, ROBERTO CAVALLI, 75ml , 98 euros 06 : Manchette en acier ajouré, MATY, 49,90 euros 07 : Sac en edition limtée, MARKS & SPENCER, 49,95 euros 08 : Palette Anthony Vaccarello X LANCOME, 50 euros

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Par Jessy Cotineau 01 : Chemise, ELEVEN PARIS, 69 euros 02 : Ceinture en suede, Tommy Hilfiger, Menlook.com, 49 euros 03 : Veste longue, ELEVEN PARIS, 225 euros 04 : Citrouille et sujets en chocolats, HUGO & VICTOR, 39 euros 05 : Stylo plume, S.T DUPONT X Star Wars, 1590 euros 06 : Boots Britton Hill Mock Toe, TIMBERLAND, 220 euros 07 : Coffret GRANT’S Signature X Ceizer, 14,15 euros 08 : Noeud papillon en tweed, CINABRE, 35 euros

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L’INSTANT Live L’instant LIVE Texas @La Maroquinerie

Les [PIAS] NITES sont les événements live organisés par le label [PIAS] qui propose de découvrir ou de redécouvrir ses artistes sur les scènes de plusieurs pays. Dans le cadre de la [PIAS] NITES parisienne du 17 Septembre 2015, le groupe écossais TEXAS qui a fêté ses 25 ans de carrière au début de cette année en compilant ses meilleurs morceaux dans un album titré Texas 25 a charmé le public français par une performance intimiste mais néanmoins immense à la Maroquinerie. Ceux qui n’ont pas eu le plaisir d’assister au concert ont pu suivre l’événement qui était retransmis en direct sur le site ARTE Concert.

Par Dine Delcroix Photo : Alexandre Simonet


TEXAS


DECOUVERTE


BØRNS Depuis la sortie de son single 10,000 Emerald Pools en 2014, BØR NS retient toutes les attentions. Son album, Dopamine est disponible depuis le 16 Octobre 2015. Le jeune américain figure actuellement en synchro de la nouvelle compagne publicitaire d’H&M avec sa reprise de Sunday Morning des Velvet Underground en duo avec Petite Meller.

PAR Dine Delcroix / Photos : Patrick Fouque

Avant de faire de la musique, tu voulais être ma-

j’écrivais beaucoup de musique. Je me suis

gicien. Comment as-tu développé de l’intérêt pour

mis à voyager après mon diplôme puis j’ai at-

la magie ?

terri en Californie il y a deux ans et j’y ai fait

J’ai toujours eu des aptitudes artistiques quand j’étais très jeune. Il y a eu la peinture, le dessin mais aussi la musique et la magie. Petit, j’allais tout le temps dans les magasins

une musique qui a commencé à parler aux gens. J’ai été approché par un tas de labels et, un an plus tard, j’ai sorti un disque avec Interscope Records.

de magie de mon quartier et j’achetais des tours de magie. Très vite, j’ai acquis un certain répertoire et je me suis dit que je pouvais me produire pour gagner de l’argent. Il fût un temps où la magie était tout ce que je voulais faire de ma vie. Mon père étant graphiste, il m’a créé des cartes de visites et des publicités. J’étais un magicien local car je ne voyageais pas en dehors de ma ville natale mais j’avais des prestations régulières dans des restaurants.

Tu as toutefois fini par te consacrer à la musique. Comment es-tu parvenu à signer avec une maison de disques ? Le contrat est venu il y a environ un an et demi. Au lycée, j’ai eu quelques groupes et

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire et de composer ? Cela a commencé il y a longtemps. J’avais un lecteur de cassettes et je m’enregistrais pendant que je jouais. J’aimais le fait de pouvoir mettre ma voix quelque part et la réécouter. J’aimerais les avoir encore, ces cassettes, parce que je ne me souviens vraiment plus de ce que j’ai pu faire dessus.

Te souviens-tu de ta toute première composition ? Ma première chanson ? Oh ! J’ai écrit un tas de chansons idiotes que je jouais au piano à mes amis ou à ma famille pour plaisanter pendant les fêtes. Je ne me souviens pas vrai-

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ment de ce que j’ai écrit en premier mais,

quelqu’un de romantique (rires). Mieux vaut

pour cet album, c’est 10,000 Emerald Pools.

laisser les gens interpréter ma musique à leur

C’est une des premières chansons que j’ai

manière. Certains la trouveront romantique,

écrites lorsque je suis arrivé en Californie.

d’autres la trouveront ringarde, ce qu’elle est probablement (rires). J’apprécie très certainement la romance, en tout cas.

C’est justement cette chanson qui t’a révélé au public. Comment as-tu vécu le succès de ce titre ? Je ne m’y attendais pas. Je l’ai enregistrée avec mes amis pour le plaisir et je ne pensais pas attirer autant d’attention.

Qu’est-ce qui te motive à parler d’amour dans tes chansons ? Je pense que c’est parce que je ne connaissais personne en Californie et que je me sentais vraiment seul. J’ai alors eu envie d’écrire

Ta musique est un mélange de pop, de funk, de soul, de folk, de rythmes californiens... Comment qualifierais-tu ce que tu fais ?

sur la solitude et sur ce qui pourrait être la meilleure expérience d’amour. Ainsi, je me suis imaginé aimer quelqu’un d’un amour électrique.

J’ai le sentiment que ma musique est un mélange entre des sons nouveaux et des sons anciens avec une influence old-pop, je pense. J’ai écouté beaucoup de glam-rock

Que retiens-tu de ton passage en Californie ?

des années 60 et 70 mais aussi du Michael

J’ai beaucoup appris sur moi-même. Les

Jackson et du Prince. J’ai amené tout cela

choses auraient probablement été diffé-

vers des productions contemporaines.

rentes si j’y avais été accompagné. Quand tu vas seul quelque part, tu en apprends forcément plus sur toi-même. Je me suis

Tes textes parlent souvent d’amour. Es-tu quelqu’un de romantique ? Je ne me suis jamais considéré comme 18

quand-même fait de bons amis, là-bas.


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Te connais-tu mieux, aujourd’hui ? Absolument !

Pourquoi as-tu choisi d’utiliser ton nom de famille comme nom d’artiste ? Parce que « Garret Borns » est dur à dire quand il y a trop de bruit. Les gens ne com-

Tu as confié avoir habité une maison dans un arbre. Quel souvenir gardes-tu de ce domicile atypique ?

prenaient jamais rien alors j’ai opté pour Borns. Cela concorde avec ma renaissance en Californie et ma nouveau son. J’ai choisi de styliser le «o» en «Ø» pour mettre l’ac-

C’était une maison d’hôte qui était ma pre-

cent sur le nouveau départ car ce caractère

mière adresse en Californie. J’y ai vécu et j’y

signifie «zéro». En danois, «Børns» veut dire

ai écrit des chansons. Je n’y ai passé qu’un

«enfants» donc il y a toujours cette notion

week-end mais c’était super !

de nouveau départ. J’ai la chance d’avoir un nom de famille plutôt simple et unique.

Ton album Dopamine est disponible depuis le T’arrive-t-il de retourner dans ton Michigan natal ? Oui. J’ai de la famille et beaucoup d’amis làbas.

16 Octobre 2015. Qu’est-ce qui le différencie de l’EP Candy que tu as publié l’année dernière ? Cet album est en quelques sortes une continuité de l’EP avec plus de consistance et de textures, un peu comme un plat de résistance. Il est parfois cinématographique et renferme différentes humeurs qui s’inspirent d’expériences plus récentes.

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DECOUVERTE

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JABBERWOCKY Promesse de l’electro made in France, Jabberwocky est le projet onirique de Camille Camara, Emmanuel Bretou et Simon Louis. Leur premier album, Lunar Lane, a vu le jour le 16 Octobre 2015. On y retrouve naturellement le tube Photomaton mais aussi Ignition, le nouveau single avec Owlle. Le trio est déjà en tournée et passera par la scène parisienne de la Gaîté Lyrique le 12 Décembre 2015. PAR Dine Delcroix / Photos : Florian Fromantin

Comment vous êtes-vous rencontrés tous les

a été très compréhensif. Il nous a permis

trois ?

d’avoir des disponibilités en mettant les

On s’est rencontré à la fac parce qu’on était dans la même promotion et on a

études en stand-by pour pouvoir avancer sur le projet.

commencé à traîner ensemble. Étant tous les trois passionnés par la musique, on s’est mis assez naturellement à bricoler des trucs dans notre appartement. On faisait écouter nos demos à nos potes et c’est ainsi qu’on a fait notre premier

Qui a choisi le nom du groupe ?

morceau, Photomaton et qu’on l’a partagé sur YouTube.

C’est un ami qui nous a parlé du « Jabberwocky », ce poème de Lewis Carroll qui apparaît dans la suite de Alice aux Pays des Merveilles. On trouvait le concept amusant et pas mal en rapport avec l’univers qu’on voulait développer. Du coup, on a tranché. On embrasse d’ailleurs notre ami

Avez-vous eu besoin d’arrêter les cours pour

Guillaume qui a trouvé le nom.

vous consacrer à votre projet musical ? On a exposé le projet à notre doyen et il 23


Vouez-vous une admiration particulière

plus electro avec davantage d’ouverture

pour le romancier Lewis Carroll ?

sur nos influences.

Pas particulièrement. C’est surtout ce poème dans lequel il joue sur le non-sens et sur les sonorités des mots qu’on trouvait intéressant. Le fait qu’il soit rattaché au conte de Alice au Pays des Merveilles avec un côté fantastique et onirique nous parlait.

D’où vient l’atmosphère nocturne qui se dégage de votre album ? C’est ce qui nous parle un petit peu à tous et c’est hyper inconscient. Quand on compose, on essaie plusieurs directions et on s’accorde à chaque fois sur le

Lunar Lane, votre premier album, est dis-

truc qui fait que les choses restent pro-

ponible depuis le 16 Octobre 2015. Quel sens

fondes. Une ambiance nocturne, c’est

donnez-vous à ce titre ?

moins concret et il y a tout de suite plus

Notre musique a un côté mélancolique et

de place au rêve.

un côté dansant. On trouvait que ce truc de la lune qui éclaire le cheminement de l’album collait bien à ce qui se dégage de notre musique. Ce titre était aussi intrigant et pouvait se rapprocher de l’uni-

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vers qu’on aime défendre. Ce disque,

Votre musique a bénéficié d’une certaine ex-

c’est un peu l’instant T de cette période

position mais vous ne semblez pas pour au-

durant laquelle on a composé une mu-

tant vous mettre physiquement en avant. Est-

sique qui change de l’EP beaucoup plus

ce une réserve de votre part ?

pop qu’on avait fait avant. L’album est


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On ne fait pas beaucoup de photos et on

que la pochette de notre EP «Pola». On

a toujours voulu mettre en avant notre

continue à travailler avec eux parce qu’ils

musique et l’identité de Jabberwocky

comprennent bien l’univers du groupe

d’abord. Après, c’est important d’identi-

qui s’assimile assez bien à leur univers

fier le groupe et de montrer qui est qui.

à eux. On trouve toujours un truc perti-

Au début, on avait aussi un peu de timi-

nent avec eux. Ils écoutent les morceaux

dité de se montrer. Maintenant que notre

et nous proposent des choses qui les ins-

univers commence à être plus installé, on

pirent. Ensuite, on discute et cela leur

a moins de mal à se montrer et c’est plus

permet de cerner notre manière de voir

facile pour communiquer avec les gens

les choses. On combine les idées.

qui nous suivent. C’est important que les gens comprennent qu’on est 3 parce qu’on a toujours des featuring.

Comment choisissez-vous les voix de vos featuring ? Comment avez-vous construit l’image du

C’est souvent des artistes rencontrés sur

groupe ?

la tournée. C’est aussi parfois des ren-

On discute beaucoup. Il y a eu une pé-

qui avait fait une reprise de notre titre

riode où on était justement en pleine

«Photomaton» sur laquelle on est tombé.

recherche de l’imagerie qu’on voulait

On cherchait une voix comme la sienne

développer. On a eu la chance de ren-

alors on a décidé de lui envoyer un

contrer Ugo Bienvenu et Kevin Manach

e-mail. Il y a des morceaux pour lesquels

qui ont réalisé notre clip «Fog» ainsi

on a tout de suite une idée du type de

contres au hasard comme Na Kyung Lee

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voix qu’on veut et d’autres pour lesquels

s’est organisé pour se voir. On avait pris

c’est à la fin qu’on voit ce qui pourrait

la peine de lui envoyer plusieurs mor-

coller. Il y a, en tout cas, un caractère de

ceaux et elle a flashé sur celui-ci. Elle a

voix qu’on aime plus que d’autres.

ensuite fait son texte et sa mélodie. On a un peu redéfini la structure du morceau en fonction d’elle. Tout s’est fait assez rapidement. Elle travaille vite et bien. C’est d’ailleurs par son intermédiaire qu’on a rencontré Mai Lan qui chante sur notre titre Alastor.

Quels sont les artistes que vous aimeriez éventuellement convier sur de futures nouvelles productions ? Nous aimons beaucoup la voix de Kilo Kish et celle de George Maple. Tout comme Owlle, vous avez une chanson qui s’appelle Fog. Est-ce un hasard ? Oui, c’est un hasard et on s’était d’ailleurs fait la réflexion en la contactant. Sur votre nouveau single intitulé «Ignition», on retrouve la voix suave de Owlle. Comment s’est passée la collaboration avec cette artiste ? On l’a rencontrée aux Francofolies de la Rochelle car elle avait joué sur la même scène que nous et on a eu le temps d’échanger un peu. On aimait déjà sa

Selon vous, lequel des morceaux de votre album faut-il écouter en premier ?

voix et son identité et on s’était dit qu’on

C’est difficile parce que chaque morceau

aimerait bien travailler ensemble. Quand

a sa couleur mais Alastor résume bien

on a fait le titre Ignition, on a tout de

l’ouverture de l’album.

suite pensé à elle alors on lui a écrit et on


JOSEF SALVAT S’il doit son succès à se reprise de Diamonds de Rihanna, Josef Salvat a vite démontré ses talents d’auteur-compositeur impliqué en distillant des singles de qualité et une imagerie entretenue. Actuellement en tournée pour promouvoir son premier album Night Swim paru le 23 Octobre 2015, le jeune australien donnera des concerts en France cet automne dont un qui se tiendra au Trianon le 8 Novembre 2015. Par Dine Delcroix / Photos : Florian Saez

Tu as quitté ton Australie natale pour

trales. Quand j'écris, c'est très visuel. Je

Londres. Qu'est-ce qui t'a attiré vers cette

compose mes maquettes au piano avec

ville anglaise ?

les bases de la production et l'ambiance

C'était littéralement la musique. Quand j'ai fini l'école, j'ai eu une petite amie nommée Alexandra Moonage qui vit maintenant à Berlin. Nous avons vécu un truc incroyable pendant un an et demi puis nous sommes devenus meilleurs amis. À l'époque, elle vivait à Londres. Je connaissais Londres mais j'ai découvert

qu'elles sont censées avoir puis, je vais voir des personnes qui savent ce qu'elles font. J'ai travaillé avec un gars qui s'appelle Rich Cooper depuis que j'ai emménagé au Royaume-Uni et, ensemble, nous avons collaboré sur cet album. Je me suis facilité la tâche en travaillant avec une autre personne pour créer.

la ville à travers ses yeux et j'ai vu des endroits incroyables. En dehors de cela, je n'avais pas un désir particulier d'aller à Londres. Elle était là tout comme la musique que j'aime. Il y a un certain genre d'artistes qui vient du Royaume-Uni.

Lorsque tu as repris Diamonds de Rihanna, savais-tu que tu étais en train de proposer une reprise marquante ?

Comment as-tu trouvé ta couleur musicale ? Je fais ce que j'aime. Je mets ce que j'ai envie d'entendre sur un morceau. J'ai voulu des cordes et des choses orches30

Non. Je n'en avais aucune idée. J'ai aimé le faire et j'étais content du résultat. J'avais essayé de faire d'autres reprises avant celle-ci mais cela n'avait pas marché car je trouvais toujours l'originale


DECOUVERTE


meilleure et j'avais l'impression de rien

que je détestais le faire avant parce que

apporter de neuf. Bien sûr, j'aime vrai-

j'avais l'impression que c'est tout ce que

ment la version originale de Diamonds

les gens voulaient entendre.

qui est complètement différente mais j'aime aussi ce que j'en ai fait. Sais-tu ce que Rihanna, l'interprète originale, et Sia, l'auteur, ont pensé de ta reprise ? Quelle sont les autres chansons auxquelles tu as essayé de t'attaquer ?

Je ne sais pas ce qu'en pense Rihanna

J'ai essayé de reprendre plusieurs chan-

tweeté à ce sujet et m'a envoyé un mot.

mais je sais que Sia l'aime bien. Elle a

sons de Bob Dylan et j'ai d'ailleurs toujours envie de le faire. La seule autre reprise qui me plaisait vraiment, c'était Blackbird des Beatles. J'ai oublié les mauvaises (rires).

Ton premier album sort ce mois-ci. Pourquoi as-tu choisi de l'intituler Night Swim ? Je pense que c'est une belle phrase. La chanson qui donne son titre l'album est

Le fait d'avoir été révélé au grand public grâce à la chanson de quelqu'un d'autre te

Aussi, toutes les chansons du disque

dérange-t-il ?

ont été composées de nuit. Night Swim

En théorie, je déteste l'idée mais j'ai en-

j'écris. J'écris la nuit quand il n'y a pas

suite fait un album entier sans co-auteur.

de bruit. C'est un peu comme le médita-

Il y a des gens qui travaillent avec une

tion et j'ai la même expérience quand je

forte personnalité ou un look dément ou

nage dans la nuit sombre et calme, sans

autre. Moi, j'ai mes chansons, ma voix et

lumière, comme une immersion dans

ce que j'ai à dire avec mes paroles. Per-

quelque chose. J'ai pensé que ce serait

sonnellement, j'ai dû redéfinir le genre

une belle métaphore pour l'expérience

d'artiste que je devenais publiquement.

d'écriture de cet album.

En reprenant "Diamonds", je me suis placé dans une catégorie mais, aujourd'hui, je ne changerais rien et je ne vais pas me plaindre. C'est arrivé ainsi. Ce n'est pas ce à quoi je m'attendais et c'est excitant. J'aime la chanter aujourd'hui alors 32

très littérale, sans aucune métaphore.

est une bonne métaphore pour ce que


Que symbolise la pochette de l'album sur la-

vers mes paroles qui étaient inutilement

quelle on aperçoit des jambes de femme au

abstraites. J'ai gardé une seule chanson

bord d'une piscine ?

de cette époque et c'est "Hustler". C'est

Il y a beaucoup de sexe dans mes chan-

la plus vieille de l'album.

sons. Je suis assez obsédé par le sexe même si je suis gêné d'en parler dans les textes ou sur scène. Je ne suis pas vraiment en mesure d'y faire face complètement mais j'aime l'utiliser. Mes chansons que je préfère sont les plus sensuelles. Les jambes de la pochette sont anonymes et sensuelles. Elle sont dans un environ-

Ton album comporte un éventail musical assez large. Cette diversité des sons était-elle pour toi une manière de démontrer que tu es capable d'aller dans différentes directions ?

nement semblable à celui dans lequel

Oui, à moi-même. C'est aussi lié à ce que

j'ai grandi à Sydney et c'est là où j'écris

j'écoutais à ce moment-là. Je suis rapi-

le mieux. C'est assez superficiel mais je

dement ennuyé d'écrire tout le temps la

voulais une belle pochette.

même chose. J'aime essayer d'écrire différentes choses. Lorsque je me retrouve avec les mêmes mélodies, les mêmes accords ou les mêmes styles, je m'inquiète de ne pas être capable de faire autre

Ton premier album regroupe des chansons

chose alors je me mets à faire un truc dif-

composées sur plusieurs années. Ton écriture

férent pour me prouver à moi-même que

est-elle différente, aujourd'hui ?

je peux le faire. Je n'ai plus ce besoin,

Massivement ! Je suis bien meilleur auteur, aujourd'hui. Au fil des années, tu apprends comme pour n'importe quelle compétence. Par exemple, si j'avais parlé français tous les jours durants les dix dernières années, je parlerais français couramment. Quand j'étais plus jeune,

aujourd'hui. Je n'ai pas besoin de sautiller partout. Peut-être que c'est un truc que j'ai développé. Tu peux tout faire mais tu n'es maître dans aucun domaine spécifique. En même temps, cet album a mis beaucoup de temps à venir et il est très fidèle à ce que je voulais faire. J'en suis fier.

j'avais tendance à tout mettre dans une chanson. Les paroles étaient verbeuses, les sons étaient grandiloquent... Tout était gros et cela s'entend encore sur cet album. Aujourd'hui, je ne ressens pas le besoin d'en faire autant. J'essayais souvent de prouver mon intelligence à tra-

Sur ce disque, on retrouve le single Hustler qui avait beaucoup fait parler au moment où son clip sensuel a été dévoilé. As-tu ressenti le besoin de passer à un autre niveau en sortant 35


cette chanson ? Non, c'est simplement quelque chose que je voulais dire plutôt tôt que tard, quelque chose que je ne voulais pas dire en interview ni en faire une annonce.

pas le besoin de faire une déclaration. Les gens restent collés à l'aspect "identité" de la sexualité mais je pense qu'il ne faut pas associer l'identité à la sexualité d'après mon expérience personnelle.

Les gens me demandent souvent de quoi parle "Hustler". Cette chanson parle de faire face à son propre masochisme, à sa propre solitude. La notion de prostitution est plus large que ce que les gens pensent. C'est un peu une vaste métaphore pour certaines choses. La sexualité dans le clip vidéo n'était pas mon objectif

Dans ton album, on peut t'entendre chanter en français sur des adaptations de tes singles Open Season et Paradise. Comment as-tu appris cette langue ?

principal mais elle est là et je ne vais pas la

J'ai appris l'italien à l'école primaire

nier. Je ne pense pas qu'il y avait beaucoup

puis, au lycée, j'ai eu à choisir entre le

de controverse autour de cette vidéo...

français et l'allemand. À ce moment-là, je trouvais le français plus joli. Ma mère parlait français et elle avait l'habitude de parler avec moi en français quand j'étais enfant donc cela m'était familier. J'ai

Ce single t'a amené à parler ouvertement de

alors choisi d'apprendre cette langue à

ta bisexualité. Comment vois-tu la sexualité

l'école. Ainsi, j'ai appris la nourriture,

de chacun ?

les paysages... La France a un peu tout :

Quand on parle de sexe, les gens sont toujours là à te demander quelle est ta sexualité. Prenons Sam Smith. Au début, il était toujours "l'artiste gay Sam Smith"

les existentialistes, le Festival de Cannes, la mode, le sport, la gastronomie, l'Histoire... Il y a tellement de choses intéressantes en France !

avant d'être tout simplement Sam Smith et c'est stupide. Pour moi, la sexualité est une chose personnelle qui n'a rien avoir avec l'art sauf quand cela influence quelque chose, quand une expérience touche quelque chose. J'aime que mes

36

Comment abordes-tu l'exercice de la scène au fil du temps ?

paroles soient asexuées car je trouve cela

Je suppose que je suis toujours en train

plus inclusif et parce que mes chansons

d'apprendre. J'apprends à être moi-

sont à propos de différentes personnes,

même sur scène. Certaines fois, je trouve

de femme, d'hommes... Je ne ressens

la scène effrayante et, d'autres fois, plus


37


cool. J'essaye de m'ouvrir et de proposer des shows attrayants. Je veux un art conceptuel de l'installation même si je ne vais pas beaucoup faire ce genre de choses sur cette tournée. Le décor scénique de Kanye West a été conçu par une anglaise nommée Es Devlin et je la trouve incroyablement inventive. J'ai aussi aimé certaines performances de Lorde. Il y a beaucoup à explorer et je ne suis pas pressé parce que je dois d'abord apprendre mais c'est ce genre de choses que je recherche pour mes concerts.

Ton parcours est très prometteur mais que ferais-tu si tout devait s'arrêter du jour au lendemain ? J'écrivais des chansons avant que tout cela n'arrive alors j'écrirais des chansons après.

Te souviens-tu de ta première interview ? Oui. C'était par téléphone mais je n'arrive pas à me souvenir avec qui c'était. J'étais vraiment ennuyeux. J'avais trop parlé et je le fais toujours. C'est étrange de parler de soi pendant 20 minutes ou une heure à des personnes que tu ne connais pas. Je donnais des réponses comme si je parlais à un enseignant ou à un ami de mes parents mais j'étais en même temps très excité de faire une interview. 38


THE BLINDTRUTH

JIMMY SOMERVILLE par Dine Delcroix / Photos : François Berthier

Auteur de tubes marquants des années 80 comme Smalltown Boy et You Make Me Feel (Mighty Real) avec ses groupes Bronski Beat et The Communards, le légendaire Jimmy Somerville a choisi de rendre hommage à la fin des années 70 du Disco qui a bercé sa jeunesse à travers un album sobrement intitulé Homage et disponible depuis le 9 Mars 2015. Nous l’avons rencontré pour un moment de ‘vérité’...

Lorsque tu te regardes dans la glace le ma-

Si tu avais une baguette magique, que chan-

tin, que te dis-tu ?

gerais-tu ?

Des fois, tout va bien et, d’autres fois, je

Je ne changerais rien car tout fait par-

me trouve affreux alors je m’habille puis

tie du voyage. Si j’avais changé quelque

je fais une photo face au miroir avec mon

chose, je ne serais peut-être pas assis là.

téléphone en cadrant sans la tête et tout

Tout arrive pour une bonne raison.

va mieux.

Si tu devais emporter une seule chose sur une À qui voulais-tu ressembler quand tu étais enfant ?

île déserte, laquelle serait-ce ? J’emporterais un peu d’espoir. Ainsi,

Vers l’âge de 14 ou 15 ans, je me voyais en

j’éviterais de devenir fou, je survivrais, je

Donna Summer. Elle avait pourtant un

serais capable de manger, de me laver...

physique si différent du mien (rires).

Je n’aurais pas besoin de grand chose pour transporter de l’espoir. J’aurais simplement besoin d’y croire.

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Quel super héros aurais-tu aimé être ? Si je suis d’humeur méchante et vindi-

Que peut-on entendre comme message d’accueil sur ta boite vocale téléphonique ?

cative, je dirais Wolverine et je rayerais

Un truc ennuyeux du genre «Désolé, je

toutes les voitures avec mes grandes

ne peux pas prendre votre appel alors

griffes. Si je suis de bonne humeur, je

laissez un message !». C’est court et in-

dirais Wonder Woman.

formatif.

Quel pouvoir magique aimerais-tu avoir ?

Quand et comment as-tu cessé de croire au

Je n’aimerais pas avoir de super pou-

père Noël ?

voir car cela ferait de moi un monstre

Je crois que c’est quand j’ai découvert

et m’exposerait à un certain nombres

que les jouets étaient gardés sous le lit

de problèmes en société. On ferait des

de mes parents. Je devais avoir 8 ans.

expériences sur moi et peut-être même qu’un gouvernement aurait envie d’utiliser mon super pouvoir d’une très mauvaise manière alors je n’en veux pas.

Que peux-tu me dire de négatif sur toi ? Je peux être dans le jugement et très arrêté dans mes opinions. Quel prénom aurais tu-aimé porter ? J’aime bien James, mon véritable prénom. Si devais en choisir un autre, il serait traditionnel comme Robert. Et de positif ? Je fais confiance aux gens. 42


Qui veux-tu épater le plus ?

Quel a été ton dernier instant de solitude ?

Les gens qui m’aiment.

C’était il y a trois ans et demi lorsque j’ai perdu la capacité de croire en quoi que ce soit et que la vie est devenue sombre. J’ai cru que tout était fini puis, j’ai trouvé de l’espoir.

Que ferais-tu s’il ne te restait que 24 heures à vivre ? Il y aurait un processus d’acceptation durant lequel j’essaierais probablement d’accepter le fait qu’il ne me reste que 24 heures à vivre et je continuerais à vivre

Mentir, non, mais je ne me souviens pas

normalement jusqu’au dernier instant. Il

de l’âge que j’avais quand j’ai arrêté de

faudrait que je reste calme car, en étant

croire au père Noël (rires).

hystérique, je raterais les choses simples et belles.

De quelle question aimerais-tu avoir la réponse ? « Il faut du temps au cerveau pour qu’il enregistre un moment mais combien ce moment dure-t-il réellement ? » 44

As-tu menti pendant cet entretien ?


EN COUVERTURE Composé de Guillaume Brière et Benjamin Lebeau, le duo The Shoes s’est fait une place parmi les producteurs les plus respectés de sa génération.  4 ans après après l’album Crack My Bones, le tandem revient ce mois-ci avec Chemicals, un album d’une production sensationnelle sur lequel les invités de marque se bousculent pour des featuring taillés sur mesure. On retrouve ainsi Esser, Blain Harrison, Petite Noire, Postaal, Sage, Black Atlass, Blue Daisy ou encore Thomas Azier au meilleur de leur forme sur les productions des deux acolytes qui enflammeront la scène de l’Olympia le 18 Novembre 2015.

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THE SHOES Par Dine Delcroix / Photos : Franรงois Berthier


moins bien. Quand Air a fait Moon Safari", on a refait Moon Safari mais c'était forcément moins bien. C'est ainsi qu'on a fait nos armes. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Benjamin : Guillaume a récemment posté une photo sur notre page Facebook qui correspond presque au jour de notre rencontre en Sixième. Dès le premier jour de la rentrée des classes, on s'est retrouvé l'un à côté de l'autre. Guillaume : C'était en 1991 et on avait 10 ans. Cela fait 25 ans qu'on travaille ensemble. On est resté très peu de temps dans la même classe parce qu'on ne voulait plus de moi dans cette école mais le lien était créé, l'amitié était là et on ne s'est jamais perdu de vue.

Comment es né le projet The Shoes ? Guillaume : Avec Benjamin, on a toujours fait de la musique ensemble mais sous d'autres noms. On a dû avoir une dizaine de projets même si on a pas vraiment un don pour choisir les noms de groupes. Avant d'arriver à The Shoes, on a fait de la jungle, de la house, de l'easy-listening, du trip-hop, du rock, du glam... C'est pour cela que notre musique n'était pas très intéressante pendant des années. À chaque fois, c'était un peu "à la manière de". On tombait amoureux d'une nouvelle musique toutes les semaines. Je me rappelle quand Radiohead a sorti son album Kid A, on a tout lâché et on faisait du Kid A, ce qui n'était absolument pas intéressant parce que c'était du Kid A en 48

Benjamin : C'était un peu des exercices de styles, justement. Avec The Shoes, on a réussi à condenser tout cela.

Aujourd'hui, quel genre de musique pensez-vous proposer ? Benjamin : Pour nous, c'est de la pop. On la fait de manière un peu électronique, parfois. Guillaume : "Pop" au sens large du terme dans la mesure où ce sont des chansons avec une structure classique qui comprend des couplets et un refrain. On a mis un peu de tout dedans. Quand je dis cela, c'est un peu dévalorisant pour notre musique parce que cela fait un peu fourre-tout mais c'est difficile à expliquer... Je n'ai pas de réponse pertinente à donner.

Diriez-vous que votre musique est populaire ? Benjamin : On l'espère. En tout cas, on ne fait pas de la musique pour des niches. Guillaume : Honnêtement, on ne fait aucun distinguo entre ce qui est underground et mainstream. Si demain, notre morceau passe sur NRJ, on est content. J'écoute des trucs mainstream que j'adore. Par exemple, je peux écouter


un morceau de Miley Cyrus qui peut me plaire même si c'est un mauvais exemple parce qu'elle vient de faire un super album avec de la distorsion sur la voix. J'adore Beyoncé aussi. Quand on sait que Mr. Oizo a fait un tube mondial avec Flat Beat alors que le morceau est barré avec une boite à rythmes, on se dit que la frontière entre ce qui est underground et ce qui est mainstream est mince. Tout peut devenir populaire et là, c'est un bon exemple.

Qui fait quoi au sein de votre duo ? Benjamin : Il n'y a aucune règle. Il y a des morceaux sur lesquels Guillaume peut faire toute la mélodie et d'autres ou cela peut être moi. Des fois, c'est nous

deux. Il n'y a vraiment pas rôles attitrés. Pour les textes, on donne carte blanche aux personnes qu'on invite en featuring. Guillaume : On a jamais fait deux morceaux de la même façon.

Pourquoi n'écrivez-vous pas vos propres textes ? Guillaume : On ne se permettrait pas d'avoir la prétention d'écrire des textes intéressants dans une langue qui n'est pas la nôtre à moins d'être parfaitement bilingue comme Thomas Mars du groupe Phoenix. Nous, on a un anglais qui nous permet d'avoir une discussion ou de faire une interview mais pas d'écrire des textes.


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«Au bout d’un moment, notre disque était trop dur, trop froid, trop agressif.»


Avez-vous déjà envisagé de faire des chansons en français ? Guillaume : Non et je pense qu'il n'y en aura pas. On a déjà fait des choses en français, on a même écrit une chanson pour Julien Doré qui s'appelle Kiss Me Forever mais ce n'est pas pour The Shoes. Benjamin : On disait qu'on ne mettrait jamais de guitares et on a pourtant fini par en mettre (rires).

Vous êtes signés chez GUM et vous travaillez beaucoup avec les artistes de ce label. Avez-vous le sentiment d'apparte-

nir à une famille artistique ? Guillaume : On a mis les mains dans tous les projets de notre label. On se partage les tâches. Actuellement, Benjamin travaille sur l'album de Sage et moi je m'occupe de celui de Rocky. On se rend compte petit à petit qu'on est producteur de tous les disques du label GUM (rires). C'est bien, ce truc de label. Woodkid nous a fait un clip pour Wastin' Time, par exemple. Tout le monde voudrait avoir un clip de Woodkid. Nous, on en a eu un, on y croyait pas, c'est génial ! Benjamin : On s'entraide dans nos projets.


Votre manière de travailler est-elle différente lorsque vous opérez pour d'autres artistes ? Benjamin : Non. Après, c'est moins stressant. Guillaume  :  On a déjà fait l'erreur de se faire trop plaisir et d'oublier qu'on est au service d'un artiste. Il ne faut jamais perdre de vue qu'on travaille pour un artiste qui a son public et qui veut transmettre un certain message ou une ambiance. Il ne faut pas trop faire de démonstration.

Seriez-vous plus présents en tant que The Shoes si vous ne produisiez pas autant pour d'autres artistes ? Guillaume :  Non. Dans le métier, les gens nous connaissent quand notre nom tourne parce qu'on a fait tel ou tel disque. Notre nom est quand-même apparu ces dernières années sur pas mal de projets. Benjamin :  On le serait moins. Quand on revient, même si on a continué à faire de la musique, on est frais.

Pour annoncer votre retour musical, vous avez choisi le titre Feed The Ghost qui est assez différent du reste de l'album que vous

faisait avant. C'est un morceau qu'on a fait un peu par hasard et c'est celui qui comporte le plus de featuring. C'est un peu une chanson à tiroirs dans laquelle on retrouve quatre morceaux différents. À l'époque, on avait le sentiment de prendre un virage et on voulait arriver avec un truc qui n'a rien à voir avec le reste. C'était vraiment un test pour nous. C'est un morceau qui nous tient à cœur et sa lyrics vidéo signée Dents de Cuir a plutôt bien marché. On savait que des gens qui ont bien aimé le premier album allaient être surpris. Ce n'était pas un single à proprement dit. Benjamin  : On avait déjà fait une première monture de cette chanson dans laquelle on avait rajouté la fin d'un autre morceau. Feed The Ghost représente bien tous les styles explorés dans le disque.

Vous avez ensuite dévoilé le titre Give It Away que se veut plus lumineux que son prédécesseur. Aviez-vous envie de douceur après Feed The Ghost ? Guillaume : C'est, là encore, un morceau très différent. C'est probablement le truc le plus léger et ensoleillé qu'on ait jamais fait. Le reste de l'album est un peu plus sombre. Benjamin : C'est sûr que ce nouvel album est plus sombre que le premier.

venez de sortir. Aviez-vous conscience de la particularité de ce morceau ? Guillaume : C'est pour cela qu'on voulait le sortir discrètement au début. C'est complètement différent de ce qu'on

Le nouvel album, "Chemicals", est justement disponible depuis le 2 Octobre 2015. Combien


de temps avez-vous travaillé sur ce disque ? Benjamin : Ce n'est pas très quantifiable. Depuis notre premier disque, on a toujours continué à faire de la musique. Le jour où on s'est dit qu'on allait vraiment attaquer le second, on a pris un studio pendant un mois, on a dégagé tout ce qu'on avait fait et on est reparti de zéro. À partir de ce moment-là, je dirais qu'il s'est écoulé une année. Guillaume : C'est vrai que c'est difficilement quantifiable parce qu'on travaille tout le temps. Même quand on fait de la production pour d'autres, il y a toujours des idées qu'on se garde dans un petit coin en se disant qu'on va peut-être les utiliser pour nous.

Comment vous est venu le nom de ce album ? Benjamin : Ce titre est venu au tout début quand on était en studio. C'est notre manager qui l'a trouvé. En même temps, vu que notre influence principale est celle des années 90, c'est un hommage aux Chemical Brothers. Guillaume : Plus qu'à un groupe, ce disque est un hommage à une période à laquelle on a fait nos armes, durant laquelle on a appris à faire de la musique et à avoir des goûts musicaux plus affirmés.

Dans quelle mesure ce nouvel opus rend-il hommage aux années 90 ? Guillaume : Quand on parle de la fin des années 90 et du début des années 2000, on ne parle pas de la dance. On parle, par exemple, du premier album de Björk, de tous les disques du label Warp Records, de Aphex Twin, les premiers trucs de jungle genre Breakbeat Era, MJ Cole... On est pas sur de la dance mais sur de la musique électronique avec de la voix dessus. C'était une période à laquelle on achetait beaucoup de disques et on en mangeait tous les jours. On a voulu vraiment se rappeler de cette période-là à laquelle on a eu notre liberté et on est parti de chez nos parents. Je crois qu'on a fait une petite crise de la trentaine pour ce disque-là. Evidement, on essaye de faire un son qui est actuel mais il y a des éléments nostalgiques dedans. Benjamin : Il y a un peu de mélancolie dedans, oui.

D'où vient la pochette de ce nouveau disque qui montre un jeune homme blond tenant un sac en papier avec un poulet à l'intérieur ? Benjamin : C'est une photo signée Roger Ballen. On a eu la pochette avant même de faire le disque. On aime bien avoir le visuel avant pour pouvoir s'inspirer. Par hasard, il y a un lien entre le gamin de cette pochette et celui présent sur la pochette du premier album. On pourrait croire que c'est le même gamin qui a grandi. Guillaume : On affiche la pochette en très grand dans le studio puis, on la regarde


et la musique nous vient de l'image. Il y a comme une suite à la pochette du premier album. La pochette du premier album était en couleur. Là, on sort un album plus sombre avec une pochette en noir et blanc. On doit aussi cette inspiration à notre manager, Pierre Le Ny, en qui on a une confiance aveugle pour les choix esthétiques. Toute la mise en page du livret l'album a été faite par le collectif Études Studio qu'on adore.

voulait faire un morceau avec nous puis, il est venu et il l'a fait. Pareil pour Blue Daisy qui rappe sur Feed The Ghost, je ne l'avais jamais rencontré de ma vie. Il a fait son rap dans son studio. Mikill Pane qui chante sur 15 Instead & Brown est juste un mec qu'on suivait sur Instagram et avec qui on s'amusait à commenter des photos de baskets parce qu'on est fan de baskets, tous les deux. Il est passé nous voir au studio à Londres et il a fait un morceau.

C'est encore une pochette sur laquelle on ne vous voit pas. Pourquoi n'apparaissez-vous pas sur vos supports ? Benjamin : C'est un peu ringard... Guillaume : On n'apparaît pas dans nos clips, non-plus. Là, on fait une séance photos pour l'interview et je déteste cela parce que je ne suis pas à l'aise avec l'exercice. Dommage que les casques de robots soient déjà pris (rires). Il y a un confort dans le concept de ne pas apparaître. Les Chemical Brothers ou The Prodigy, par exemple, on ne les reconnaît pas dans la rue même s'ils ne se sont jamais cachés.

Est-il plus facile pour vous d'obtenir des réponses depuis le succès de votre premier album et de vos remixes ? Guillaume :  Oui, c'est plus facile aujourd'hui  d'obtenir des  featuring  après le clip de Time To Dance et le premier album.

Quel a été le featuring le plus délicat à réaliser pour cet album ? Guillaume : Joker (rires). Benjamin : Joker !

Comment avez-vous sélectionné les featuring de cet album ? Benjamin : Esser ou Sage, c'est la famille. Pour d'autres, c'est Guillaume qui a contacté.

Comment comptez-vous faire exister tous ces

Guillaume : J'étais fan de Petite Noire et je l'ai contacté sur Twitter pour savoir s'il

Benjamin : Pour l'Olympia, on prépare une petite pochette surprise mais sur les

featuring sur scène ?


autres concerts, on a réadapté les morceaux pour pouvoir les chanter nousmêmes. Guillaume : On a beaucoup travaillé les voix pour incarner nos morceaux nousmêmes sur scène parce que c'est aussi important que le public puisse identifier notre musique. Il y a aussi tout un process d'effets avec l'ordinateur qui tourne pour essayer de créer une texture de voix intéressante. Ce qui péchait sur notre première tournée, c'est qu'on compensait par de l'énergie mais, vocalement, ce n'était pas terrible ce qu'on faisait et c'était aléatoire. On veut qu'il y ait une interaction. Notre live se rapproche plus d'un concert de rock que d'un DJ set.

Comment s'est fait le morceau Lost In London avec Petite Noire qui se démarque beaucoup des autres chansons de l'album ? Guillaume : Ce morceau-là, Petite Noire l'a chanté au départ sur une instru' à la Major Lazer qui n'a plus rien à voir. On adorait la composition mais on n'aimait plus du tout la musique alors on a tout changé. Il y a pas mal de journalistes qui nous parlent de ce morceau, c'est marrant.

Sur cet album, on retrouve également une chanson avec Thomas Azier intitulée Two Pills que vous avez choisi de mettre à part dans un disque bonus. Pourquoi avez-vous isolé ce morceau ?

Benjamin : Au départ, il faisait partie du disque mais comme il est très violent et qu'on avait suffisamment de morceaux violents, il a fallu faire un choix. On a pas vraiment réussi à s'en séparer alors on l'a sorti à part. Guillaume  : Au bout d'un moment, notre disque était trop dur, trop froid, trop agressif. Les morceaux Made For You ou Lost In London sont venus après pour contrebalancer et créer un album moins monolithique. On est très attaché à la tracklist de l'album et de comment se déroule l'écoute. Il y avait beaucoup trop de morceaux qui tapaient. On a beaucoup travaillé sur les contrastes pour cet album.

Vous avez produit un certain nombre de remixes. Y en a-t-il un qui vous tient particulièrement à cœur ? Guillaume : J'aime bien celui qu'on a fait pour London Grammar. Au départ, on avait fait une version d'une banalité horrible mais la maison de disques du groupe en était contente et l'a validée. On s'est dit qu'on pouvait faire mieux alors on leur a repris le remix et on en a refait un autre plus chic, beaucoup plus original. C'est grâce à Jean-Baptiste Mondino qu'on a fait ce remix. Il voulait réadapter le morceau Hey Now de London Grammar pour la publicité du parfum Dior avec Charlize Theron qu'il a réalisée. Il est venu au studio avec nous, on a fait deux ou trois ajustements et s'en est suivi un remix. J'aime aussi notre remix de Angelene pour Thomas Azier.


Benjamin : Moi, c'est le remix de "Hold Me Down" pour Primary 1. C'est le premier remix qu'on a fait sous le nom The Shoes.

Remixez-vous uniquement sur demande ou vous arrive-t-il aussi de le faire pour le plaisir ? Benjamin : Les deux ! Guillaume :  Par exemple pour On Sight de Kanye West, on n'avait pas les pistes, on l'a fait à l'arrache. D'ailleurs, SoundCloud l'a retiré et on était dégoûté parce qu'on avait un million d'écoutes.

Pour quelle raison majeure pourriez-vous refuser de faire un remix ? Guillaume : Par manque de temps. On ne sait pas dire non. Du coup, on se retrouve avec douze trucs à faire en une semaine et on les fait en retard ou on ne les fait pas bien. Il faut savoir dire non, des fois.

admettre qu'on en a fait un peu trop.

Si vous deviez retenir une rencontre décisive dans votre parcours, laquelle serait-ce ? Benjamin : Il y en a beaucoup : Pierre Le Ny, Fabrice Brovelli... On ne peut pas tous les énumérer. Guillaume  : Moi, je dirais que le fait d'avoir beaucoup travaillé avec Woodkid qui ne laisse rien au hasard m'a fait progresser artistiquement par rapport à son exigence et à sa précision sur les choses. Après, pour notre carrière, c'est Fabrice Brovelli de chez BETC qui nous a permis de faire ce métier. Il nous a pris à l'âge de 19 ans et on a eu, grâce à lui, des petits boulots de musiques de publicités pour avoir un salaire. Il y a aussi Pierre Le Ny, notre manager, qui a créé The Shoes et qui a toujours su faire des choix très tranchés pour nous.

Le refus n'est donc pas lié à l'artiste... Benjamin : Non. D'ailleurs, plus c'est loin de notre univers et plus c'est un challenge. Guillaume : Si quelqu'un qu'on adore nous demande un remix, on ne va pas hésiter à le faire gratuitement. On n'est pas dans un truc mercantile. Après, c'est vrai qu'on a fait tellement des remixes que c'est bien d'arrêter un peu. Je dois

Make up : Emilie Peltier


Révélée

en 1991 par les frères Dardenne dans Rosetta qui lui a permis de démarrer sa carrière avec le Prix d’Interprétation Féminine au Festival de Cannes à l’âge de 17 ans, Émilie Dequenne fait partie de ces jeunes actrices à la filmographie étoffée. Depuis le 14 Octobre 2015, elle est à l’affiche du très envoûtant Par accident, premier long-métrage en tant que réalisatrice de la scénariste Camille Fontaine.

ÉMILIE DEQUENNE

Par DINE DELCROIX / PHOTO : FRANCOIS BERTHIER


deur, totalement extravertie, à l’opposé de moi, en fait. Elle est très en demande d’affection mais elle le cache bien et elle ne se pose jamais de questions. Elle est totalement cash, toujours très à l’opposé Tu es à l’affiche, ce mois-ci, du long-mé-

de moi. Je suis quelqu’un d’entier et de

trage Par accident. Qu’est-ce qui t’a plu

sincère, je dis les choses telles qu’elles

dans ce projet ?

sont mais j’ai tendance à mettre des gants, ce qui n’est absolument pas le cas

C’est le revirement de situation. Quand

d’Angélique.

j’ai lu le scénario au départ, le film s’inscrivait dans une réalité sociale très présente. J’ai cru qu’on me proposait un film plutôt social et, en quelques pages, très vite, à l’apparition du personnage d’Angélique qu’on me proposait, le film vire littéralement au thriller et c’est vrai-

As-tu des points communs avec ton personnage ?

ment ce qui m’a donné envie de faire le

J’en ai parce que, forcément, elle a le

film. On ne m’avait jamais proposé un

cœur gros, Angélique. Elle a besoin

personnage tel que celui d’Angélique,

d’amour, de sa famille, d’être entourée

très extravertie, très ‘cagole’ et c’est ce

pour avancer. Moi, en tout cas, c’est une

qui m’a amusée aussi. Et puis, je savais

chose que j’ai réalisée et que j’essaie de

déjà que Hafsia Herzi jouait le rôle de

construire. Angélique a moins eu cette

Amra et j’avais très envie de tourner avec

chance mais, dans cette envie d’être ai-

elle parce que c’est une fille que j’aime

mée et entourée, on se retrouve.

beaucoup. C’est une actrice que j’ai pu découvrir comme tout le monde dans «La Graine et le Mulet» et je savais que je prendrais beaucoup de plaisir à partager du temps avec elle sur un tournage.

Comment as-tu préparé ton rôle avant de tourner ? Pour préparer le personnage avant de tourner, j’ai dû faire un gros travail sur

Comment décrirais-tu ton personnage dans

62

moi vis-à-vis de mes pudeurs. Quand j’ai

le film ?

vu comment s’amorçait le personnage

Je décrirais le personnage d’Angélique

prête à me préparer pendant tout l’été

comme étant complètement sans pu-

pour être la plus parfaite possible et en

d’Angélique dans ses tenues, j’étais déjà


63


fait, je me suis rendue compte que l’en-

metteurs en scène très exigeants qui sont

jeu d’Angélique, c’était que même si elle

dans une sorte de vérité. Je pense que, en

n’est pas gaulée comme une sirène, elle

cela, on s’est reconnu. Après, forcément,

s’en fiche complètement, elle s’habille

cela a roulé tout de suite. Cela a vrai-

comme elle en a envie. J’ai dû faire tout

ment été une très belle rencontre avec

un travail mental qui était de me dire que

Hafsia. Je ne suis fâchée avec aucune

je me foutais de tout comme elle, tout

comédienne avec qui j’ai tourné jusqu’à

simplement.

présent mais Hafsia fait partie des rares personnes avec qui on continue de s’appeler souvent et avec qui on a envie de se voir. On n’a pas dû inventer le fait qu’on s’était trouvé, ce qui est plutôt magique.

Quelle a été la plus grande difficulté de ce rôle pendant le tournage ? La plus grande difficulté de ce rôle pendant le tournage a été de trouver sa part mystérieuse. En même temps, la réalisatrice, Camille Fontaine, avait cet élément

Te souviens-tu de la fois où tu as découvert le film fini ?

bien en tête et elle a bien veillé au grain

J’ai découvert le film d’une manière très

durant tout le tournage. Pour la petite

intime lors d’une projection privée, un

anecdote, la plus grande difficulté de ce

peu organisée pour Hafsia et moi. J’étais

tournage, c’était d’avoir eu la bonne idée

contente de le découvrir parce que, for-

de se marier en même temps et d’organi-

cément, c’est un scénario qui m’a énor-

ser mon mariage en plein tournage (rires).

mément plu. On a beaucoup d’aspirations et on attend beaucoup de choses d’un film lorsque, à l’écriture, il est déjà parfait. Je savais que notre directrice de la photographie, Elin Kirschfink, veillait

Comment s’est passée la rencontre avec la

particulièrement à la qualité de l’image

comédienne Hafsia Herzi qui joue le rôle

et cela s’est confirmé à la découverte du

d’Amra ?

film. Et puis, j’ai pris beaucoup de plaisir à voir nos scènes en voiture, notam-

Cela s’est passé très simplement. On

ment notre course-poursuite. Hafsia et

s’était croisé brièvement à Disneyland

moi avons toutes les deux passé le per-

Paris et il y a eu une sorte de reconnais-

mis pour ce film et le fait de voir l’effet

sance qui a opéré entre nous dans la me-

fou que fait cette course-poursuite à la

sure où on a toutes les deux commencé

fin était très jubilatoire !

un peu de la même manière avec des 64


Parmi les scènes coupées au montage, y en

fleure pas du tout l’esprit. Aujourd’hui,

a-t-il une qui te tenait particulièrement à

je préfère me laisser diriger.

cœur ? Cela va sonner très bateau mais, sur les scènes coupées, généralement, je ne sais pas ce qui a été enlevé parce que, souvent, c’est justifié. Là, de but en blanc, je ne sais pas quoi dire, je ne me souviens pas... Preuve que cela valait le coup de couper les scènes, c’est que je ne sais pas

Tu as été révélée par les frères Dardenne dans Rosetta en 1999. Quel regard portestu aujourd’hui sur cette première expérience dans le cinéma ?

ce qui a été coupé. Il n’y a rien qui me

Mon regard sur cette première expérience

manque quand je vois le film. Je trouve

dans le cinéma est plus que bienveillant.

le film efficace et si des choses ont été

Il est pétillant, plein d’étoiles et recon-

coupées, c’est qu’elles devaient l’être dé-

naissant, surtout. C’est un regard très

finitivement.

reconnaissant dans la mesure où j’ai toujours voulu faire ce métier, j’ai toujours voulu jouer. L’idée d’être actrice dans un film ne m’est jamais vraiment venue à l’esprit mais j’avais envie de jouer, de

Par accident est le premier long-métrage

me glisser dans la peau d’un personnage,

en tant que réalisatrice de la scénariste

que ce soit au théâtre ou au cinéma. Je

Camille Fontaine. As-tu déjà songé à

ne connaissais pas du tout le cinéma.

passer derrière la caméra ou à raconter

J’avais eu des expériences au théâtre en

tes propres histoires ?

tant qu’amateur évidemment mais, au ci-

J’y ai déjà songé, oui, parce que l’idée de choisir et de diriger des acteurs pour raconter une histoire m’enchante énormément. Je pense que cela me plairait beaucoup mais, pour l’instant, je n’ai pas grand chose à raconter. Je n’imagine pas faire autre chose que mettre en scène mon scénario et, pour l’instant, je n’ai pas d’idée de scénario donc cela ne doit pas être le moment. Je pense que cela me plairait plutôt de, peut-être, mettre en scène une pièce de théâtre. Pour l’instant, l’idée de réaliser un film ne m’ef66

néma, c’était l’inconnu total. La chance de rencontrer les frères Dardenne et d’être choisie pour incarner Rosetta m’a permis de goûter à ce métier. Évidemment, cela restera le plus beau tournage de ma vie parce que j’avais 17 ans, ce qui est un âge important. C’est rare de vivre l’adolescence de cette manière. Comme je n’avais plus d’obligations scolaires et que j’ai eu le BAC assez tôt, j’étais responsabilisée très jeune et j’ai pu goûter au bonheur d’être responsable et de pouvoir le vivre seule sans mes parents en étant entourée d’une équipe des per-


sonnes très motivées pour un même film.

vais mais j’ai refusé de faire quoi que ce soit avant que le film ne soit sorti pour ne pas que l’on me propose un film juste sous prétexte d’emballement médiatique. Je voulais qu’on me choisisse pour

Tu es l’une des rares actrices à avoir décro-

ce que j’avais fait dans le film mais pas

ché une récompense à Cannes dès le premier

pour les papiers qui avaient été écrits sur

film. Avais-tu conscience de ce démarrage

moi. Mon entourage m’a aidée à garder

particulier lorsque tu as reçu le Prix d’Inter-

les pieds bien sur terre et je lui en suis

prétation Féminine en 1999 ?

super reconnaissante.

J’avais conscience que cette expérience allait être capitale. Pour la blague, quand ma tante a lu l’annonce du casting - c’est elle qui m’a fait part du casting -, elle m’a dit sur le ton de la rigolade que si je décrochais un prix à Cannes, il faudrait que je pense à la remercier. Je n’imagi-

dans ta filmographie. As-tu un penchant particulier pour ce registre ?

nais évidemment pas cela une seconde.

C’est vrai que ce genre revient souvent

Ce n’était pas le Prix d’interprétation fé-

dans ma filmographie, mais pas que. Je

minine dont j’avais conscience mais du

choisis mes scénarios au feeling, j’ai be-

Festival de Cannes. J’étais assez raison-

soin d’être touchée par ce que je lis et

née à l’époque et la seule chose à laquelle

c’est vrai que c’est plus rare en comédie.

je pensais, c’était que d’autres metteurs

Jusqu’à présent, je n’ai pas lu de choses

en scène allaient voir ce film et peut-être

drôles qui me touchent spécialement.

qu’ils allaient penser à moi pour d’autres

Souvent, ce sont des films qui sont un

films. J’avais conscience aussi que Ro-

peu plus profonds parce que si cela ne

setta était un rôle très réaliste, que beau-

me fait rien, je n’arrive pas à y aller, j’ai

coup de gens risquaient de me confondre

l’impression que je vais y aller mais à

avec elle. J’ai eu la chance de rencontrer

moitié et que je ne vais pas du tout m’en-

les frères Dardenne au moment du cas-

gager sur le film comme je devrais. Je

ting de Rosetta en étant très différente

pense que c’est pour cela qu’il y a une

du personnage. Au moment du Festival

sorte de fil conducteur dans les films que

de Cannes, j’ai mis dans ma valise tout

j’ai faits jusqu’à présent. Je ne peux pas

ce qui me ressemblait le plus pour bien

faire autrement, j’aurais l’impression de

montrer aux gens que je n’étais pas du

me mentir et de ne pas faire les films

tout Rosetta. Entre le Festival de Cannes

comme il le faudrait.

en Mai 1999 et la sortie du film en septembre 1999, j’ai lu tout ce que je rece68

Le drame est un genre qui revient souvent


Lequel de tes films as-tu le plus de mal à re-

Tu as eu l’occasion de chanter dans le film

voir ?

Pas son genre. Aimerais-tu pousser la

Je dirais «tous». Pour être honnête, j’ai

chansonnette plus loin ?

vu mes films une fois au moment de leur

J’ai toujours aimé chanter avec mes co-

sortie ou avant leur sortie, voire une se-

pines au karaoké, un peu comme dans

conde fois en cas de circonstance un peu

le film Pas son genre mais cela s’arrête

particulière mais, en général, je ne les

là. Si, pour un film, on me demande de

vois qu’une fois chacun. Je ne prends

chanter, je le fais volontiers, bien ou

pas forcément trop de plaisir à voir mes

mal. Dans Par acciden», Camille Fontaine

films. En revanche, je suis contente que

m’a demandée de massacrer la chanson

mes amis et ma famille voient mes films

de Christophe. Pour Pas don genre, Lu-

mais sans moi.

cas Belvaux préférait, au contraire, que je chante bien mais ce n’est pas du tout mon métier. Pousser la chansonnette, c’est bien pour un film mais cela s’arrête là pour moi.

Tu fais partie de ces actrices caméléon qui changent très souvent de look. Quelle importance accordes-tu à toutes ces transformations ? Le côté ‘actrice caméléon’ me fait plaisir. Pour un comédien, le corps est un

prochainement ?

outil. Tant que l’âge que j’ai me permet

Un rôle où je partagerais l’affiche tout du

de l’utiliser comme je veux et de le trans-

long avec mon mari. Je n’ai pas de rôle

former au gré des personnages, j’ai envie

particulier en tête mais j’adorerais tour-

de continuer à faire ce métier. Le corps

ner plus longuement avec mon mari, le

permet d’amener beaucoup de choses au

comédien Michel Ferracci.

personnage et tant qu’on peut l’utiliser à ces fins-là, je trouve que c’est vraiment chouette. C’est plus qu’important pour moi, ces transformations, c’est la moitié de mon travail.

Make up EMILIE PELTIER HAIR : Ludovic Dupuis Stylisme : Hermione HArbas 70

Quel rôle aimerais-tu que l’on te propose


JOSS STONE Trois

ans après son second volet de reprises The Soul Sessions, Joss Stone revient dans les bacs avec Water For Your Soul, un septième opus paru le 31 Juillet 2015 sous son label Stone’d Records. Pour ce retour gagnant, la chanteuse anglaise ne s’interdit rien et intègre bon nombre de ses influences musicales à ses nouvelles composition allant du reggae à la soul en passant par le gospel, le hip-hop et le R&B.

Par Dine Delcroix / Photos : François Berthier


Tu as rencontré le succès très jeune avec ton

ceux de mes fans et je crois bien que c’est

premier album The Soul Sessions. As-tu

le cas (rires). Je la chante pour eux mais,

été surprise par cet accueil ?

égoïstement, je n’aime pas particulière-

Je ne sais pas si je l’ai remarqué, au début. J’ai été couronnée de succès pendant environ un an avant de vraiment réaliser ce qui m’arrivait parce que j’étais très occupée. Tout allait si vite entre les interviews, les séances photos, la tournée... Toutes ces choses sont en quelques sortes venues à moi. Quand je recommencé à passer du temps à la maison, je me suis mise à réaliser que tout le monde se comportait d’une drôle de

ment cette chanson. J’ai revu le co-auteur du titre environ 7 ans après sa sortie et il m’a dit «Joss, je te dois des excuses pour cette chanson...» et j’ai répondu : «Oui, tu devrais !» (rires). Il sait qu’elle est très monotone mais c’est peut-être sa simplicité qui en a fait un hit. J’aime ses paroles et le sentiment qu’elle dégage mais pas sa mélodie. Heureusement, je la réarrange à chaque fois que je la joue en live.

manière avec moi. C’est une vie bizarre quand on est jeune. Ma mère a tout fait pour que je reste normale et je l’en remercie. C’est elle qui me manageait pendant plus d’un an et, lorsque j’étais fatiguée, c’était la seule personne qui envoyait tout le monde se faire voir. J’ai eu 5 managers différents et aucun d’eux n’a été aussi bon que ma mère. Elle prenait soin de moi et ce n’était pas une question d’argent.

Tu as été reconnue par le Livre Guiness des Records à l’âge de 17 ans en tant que plus jeune artiste féminine solo anglaise à remporter un BRIT Award. Comment as-tu réagi à cette distinction ? C’était excitant pour une jeune fille. C’est agréable de savoir que les gens aiment ce que tu fais. Cela te donne le sentiment de faire du bon travail, peu importe ton poste.

Tu as connu ton plus gros succès avec le single You Had Me extrait de ton deuxième album Mind Body & Soul. Prendstu encore du plaisir à chanter cette chan-

74

En 2011 tu as créé ton propre label, «Stone’d Records», après avoir quitté la maison de disques EMI. Quels ont été les changements essentiels de ton travail dans l’élaboration de

son sur scène ?

LP1, ton premier album autoproduit ?

Je déteste cette chanson ! Des fois, je me

LP1, c’était juste une semaine de nos

demande si j’ai des goûts différents de

vies que nous avons prise pour faire un


album. Je n’ai même pas fait de promo-

Il y en a tellement ! Dave Stewart est la

tion pour ce disque hormis quelques in-

personne la plus drôle que j’ai rencon-

terviews parce que je pouvais me le per-

trée. Avec lui, j’ai l’impression de m’amu-

mettre. J’aime avoir le choix d’aller où je

ser comme quand j’avais 11 ans. Il cherche

veux pour le plaisir. Pendant mes pre-

toujours à être coquin. Il est hilarant !

mières années d’autoproduction, j’avais

Nous avons travaillé au studio de Da-

juste envie de profiter à nouveau de la

mian à Los Angeles. À 21h, tout le monde

musique. J’en étais arrivée à un point où

rentrait mais Damian restait au studio et

je détestais ce que je faisais. Je ne dirais

il pouvait travailler toute la nuit jusqu’à

pas que LP1 est mon album préféré mais

7 heures du matin. Puis, on reprenait le

je me suis en tout cas beaucoup amusée

lendemain à 13h. Moi, j’étais toujours à

à le faire. Je suis allée vers un style dif-

l’heure mais Damian était souvent en re-

férent alors qu’une maison de disques

tard de 3 ou 4 heures parce qu’il dormait

t’oblige à rester dans le même. C’est tel-

(rires). Un soir, Dave est venu au studio

lement déprimant pour un artiste ! J’ai

et il a écrit une chanson avec Damian qui

aussi fait The Soul Sessions 2 quand j’ai eu

s’intitule Personal Angel. Je ne sais pas si

envie de refaire des reprises.

ce morceau est terminé aujourd’hui mais je ne l’oublierai jamais et j’espère pouvoir l’entendre encore un jour parce que

Peut-on s’attendre à un troisième volume de The Soul Sessions ?

c’est une des plus belles choses que j’aie entendue. La voix de Damian avec la guitare acoustique, c’était très profond !

J’adore les reprises mais je pense qu’il y a un temps pour cela. J’ai fait un album de reprises et j’en ai fait un deuxième 9 ans après. Peut-être que dans 9 ans, je proposerais un nouveau volume de The

Une suite à cette aventure a-t-elle déjà été envisagée ?

Soul Sessions. En faisant des reprises, j’en

J’aimerais mais cela ne dépend pas que

apprends beaucoup sur la musique que

de moi.

j’aime, sur les artistes que je reprends et sur leur approche d’une chanson. Au cours de ta carrière, tu as chanté avec de grands artistes. Quelle collaboration a été la La même année, tu as rejoint Mick Jagger, Dave Stewart, Damian Marley et A. R. Rahman pour former le groupe SuperHeavy. Quel souvenir gardes tu de cette collaboration ?

plus marquante à tes yeux ? Le duo avec James Brown était crucial. C’était un truc de dernière minute et je ne savais pas ce qui allait se passer. J’ai foncé en ayant eu à peine 10 ou 20

77


minutes pour m’y préparer. C’est inou-

Ton nouvel album est dans les bacs depuis

bliable à tous les niveaux. J’étais telle-

l’été dernier. Pourquoi l’as-tu baptisé Water

ment nerveuse ! J’ai fait une chanson

For Your Soul ?

avec cet homme et j’en suis toujours choquée. On dit qu’il était le parrain de la musique soul et c’était le cas. Je n’arrive pas à croire qu’il ait voulu chanter avec moi et qu’il m’ait autorisée à monter sur sa scène. Quand on me parle de ma carrière en me disant qu’il est important de vendre des disques et d’avoir beaucoup de visibilité, je me dis que si des personnes comme James Brown, Gladys Knight ou Mavis Staples ont une opinion de moi suffisamment bonne pour me permettre de chanter avec eux, alors c’est tout ce qui compte pour moi et cela me prouve que j’ai fait du bon boulot à

C’est une longue histoire. En traduction, je dirais que ton eau pourrait être ton envie de ressusciter un amour, de danser, de parler à des personnes que tu ne connais pas, de marcher pieds nus ou toute autre envie qui te fait te sentir bien. Pour moi, cet album est très créatif et implique beaucoup de sons différents, de genres divers et de nouvelles choses. Si je ne suis pas créative, je ne me sens pas bien. C’est mon eau à moi. Cela ne concerne pas seulement la musique et j’espère que cet album sera l’eau de beaucoup de personnes.

un moment donné. Ce mélange des genres musicaux proposé par Comment s’est passé la rencontre avec Lauryn Hill pour votre duo Music qui figure sur ton troisième album, Introducing Joss Stone ? Je n’ai jamais rencontré Lauryn Hill alors je ne vais pas pouvoir répondre. Elle a enregistré la chanson et me l’a envoyée. J’étais tellement choquée qu’elle ait fait cela que je n’ai pas voulu aller trop loin. J’ai été la voir en concert mais je ne l’ai toujours pas rencontrée. Si je pouvais la rencontrer de manière naturelle, ce serait fantastique mais si n’y arrive pas, alors je vivrais avec l’image que je me fais d’elle et je continuerais d’écouter sa musique.

78

ton nouvel opus est-il lié à une envie d’élargir ton registre ? Oui, j’ai toujours envie de faire cela et j’espère pouvoir partir en tournée dans tous les pays du monde et rencontrer de nouvelles personnes afin d’apprendre différents sons, différentes cultures... En tant que chanteuse, mon instrument, c’est ma voix et je ne peux pas juste prendre une nouvelle guitare. J’ai besoin d’apprendre pour apporter quelque chose de nouveau. Je vais essayer de me plonger dans différents environnements et peut-être que quelque chose se produira.


Trois années se sont écoulées depuis la sortie

Aurons-nous le plaisir de te revoir chanter en

de ton précèdent album. As-tu eu besoin de

France, bientôt ?

plus de temps que d’habitude pour créer ?

L’idée de la tournée, c’est de jouer dans

C’est probablement dû à la durée de ma

204 pays et de barrer les pays passés au

précédente tournée. Ce nouvel album,

fur et à mesure. Nous avons barré la

je l’ai écrit il y a longtemps. J’ai com-

France l’année dernière après un concert

mencé à travailler dessus avant le projet

à Antibes et je veux pouvoir aller dans

«SuperHeavy», avant de rencontrer Da-

tous les pays. Si je fais un concert tous

mian Marley. J’ai écrit ce disque avec Jo-

les trois jours, cela devrait me prendre

nathan Shorten qui l’a co-produit avec

trois ans et demi pour aller au bout. Si

moi. Beaucoup de personnes pensent

je joue deux, trois ou quatre fois dans

que c’est Damian Marley l’a produit mais

chaque pays, il me faudrait beaucoup

ce n’est pas le cas. J’écris avec Jonathan

plus d’années pour finir la tournée. La

Shotren depuis l’âge de 14 ans.

raison pour laquelle les artistes ne vont pas dans des endroits comme Djibouti ou au Swaziland, c’est parce que cela ne

Tu as choisi la pochette de ce nouvel album parmi de nombreuses créations de tes fans obtenues via concours. Comment as-tu eu l’idée de ce concours ? C’était l’idée de mon manager qui a lan-

paye pas alors ils préfèrent rejouer dans les pays où ils sont demandés mais ce n’est pas ce dont j’ai envie. Je veux traiter chaque endroit de la même manière. Je dois d’abord atteindre mon objectif avant de revenir jouer en France (rires).

cé cette compétition auprès de mes fans. Je pense vraiment que nous avons choisi la bonne pochette parce qu’elle capte le sentiment de l’album. J’aimerais être

Penses-tu déjà au prochain album ?

cette sorte de fée de l’eau à la fois forte

Oui, un peu. Je ne sais pas ce qui va se

et féminine qu’on voit sur le dessin. Je

passer mais je suis très excitée par les

pense que je referai ce genre de concours

collaborations que nous faisons en route.

en fonction du son du prochain album.

J’ignore ce que cela va donner, s’il s’agi-

C’est formidable de voir comment les

ra d’un album de duos, d’une collabora-

gens me perçoivent. Tout le monde est

tion sur chaque morceau ou s’il y aura

unique.

seulement quelques invités mais je veux y inclure les gens que je rencontre d’une manière ou d’une autre. Ce sera sûrement nouveau pour moi et pour les auditeurs.

80


À

re cha re vient que al qu nco b nt ce à i co re mo um, l’ se Am sig av is-c Ar r ec i i ér ne la a a ell d a i q No Cig éfe ue vec le g vec e D r « ve al nd e o u inso ll oup Fre mb mb e e e s as e n u re u t c 20 du r le ciant e re The ch K le s 15 Bu s s e to H is e . s Palacène des ur t illb s», u réinv ann eint ill n s di ent di pa y um ri ées é d Mo squ e. L , r sie e 5 nn 0 R on e né a d es pe es , c ock E d iva cti PA du e h ab xpl e sa ill o ve u RD me Ma iti y. sio ine è  Ô n nt ko m Delcroix le Cl e op de s 3, ub, us 4 e de t /

LA DO MB AS LE 5

Photos

:F

ran

çois

Berthier


ARIELLE DOMBASLE

divers univers. Je suis comme un miroir brisé. C'est une chose un peu vitale.

Attirez-vous un nouveau public à chaque sortie d'album ? Je ne me rends pas compte. Je sais que Vous avez toujours proposé des albums conceptuels en fonction de vos envies. Est-il toutefois possible de vous imposer des choses ? Évidement. Le réel s'impose à tout mo-

j'ai un public très large. Je ne sais pas quel est mon public et je ne l'ai jamais su. Tout ce que je sais, c'est que les gens sont charmants avec moi et m'aiment bien.

ment et il faut faire avec. Du réel à la fiction, il n'y a pratiquement pas de frontière. La force qu'on peut avoir, pour être fidèle à soi-même, c'est de suivre le parcours qu'on a imaginé quand on était enfant avec des horizons, des étoiles

Votre nouvel album, French Kiss, rend hommage à la musique des années 50. Qu'estce qui a motivé cette révérence ?

et des scintillements. Il faut traverser

J'ai l'impression que ce qui se passe

des gouffres, des chemins épineux, des

en Amérique au point de vue musical à

jungles, de montagnes et des torrents, un

cette période-là est tellement insolent,

peu comme dans un jeu de vidéo. C'est

tellement important, tellement beau, tel-

à cette condition-là qu'on acquiert la li-

lement gracieux. C'est un peu les "glo-

berté. C'est un devoir de l'écouter et de

rious American years" entre 50 et 60.

la suivre. On se doit d'être libre.

C'est le moment où l'Amérique croit au progrès. Ils sortent de la guerre et il y a ce mouvement très violent de la jeunesse

Chacun de vos albums dispose de son propre univers artistique. Est-ce important de toujours se réinventer ?

84

qui, pour la première fois dans l'histoire musicale, s'empare de la musique. C'est "Rebel Without a Cause" et, définitivement, on se dit "Je ne vais pas écouter la

J'ai beaucoup étudié la musique et j'ai

même musique que mes parents". C'est

passé tellement d'heures sans savoir ce

tellement beau l'idée d'être rebelle sans

qu'était la voix. Peut-être que les gens

savoir pourquoi ! Cette attitude est hors

trouvent que les choses sont à des années

du temps. C'est un romantisme, un idéal.

lumières les unes des autres et bien, pour

Tout à coup, on arrive et on met des gui-

moi, non. Je m'incarne totalement dans

tares électriques. C'est une vraie rupture. Il y a quelque chose de tellement t


poétique et essentie dans cette énergie folle et cette fureur que les gens n’arrivaient pas à canaliser.

Êtes-vous rebelle ? Depuis que je suis bébé, je suis rebelle. Je suis toujours hors des clous. Je suis la désobéissance.

Comment avez-vous monté ce projet avec les Hillbilly Moon Explosion ? On s’est rencontré à un concert de Pink Martini et on a commencé à parler. On avait les mêmes goûts musicaux et j’aimais leur côté extraordinairement «genuine». On a commencé à travailler ensemble il y a 3 ans. J’aimais ce côté très anglais, élégant, chic, classe. Il a fallu d’abord se concentrer. J’ai dit «oui» à leur style parce qu’il était d’une certaine vérité. C’est un album acoustique. Il n’y a que deux guitares électriques. Tout le reste, c’est la basse avec le flapping ainsi que la batterie et les voix. Il y a une authenticité et une vérité que j’aime. On a été dans de vieux studios à la très belle acoustique. C’est la vérité orchestrale de la musique. Maintenant, bien entendu, et c’est très bien, on peut faire des choses avec du vocoder et des machines mais je ne suis pas là-dedans parce que j’ai une voix et une culture classique.

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Aimez-vous que la voix soit mise en avant ?

Qu’est-ce qui vous a plu chez Nicolas Ker ?

Je suis toujours une trapéziste sans filet et

Nicolas Ker est pour moi le plus grand

c’est ce que j’aime. J’aime le risque. C’est

chanteur-crooner-rockeur actuel. C’est

la grâce de l’artiste. J’ai toujours pris des

simplement la voix la plus belle. Comme

risques, même au cinéma. Je déteste le

il est toujours dans la lumière noire, on

confort. Je n’aime pas les images figées,

ne connaît pas assez son travail. C’est

j’aime le mouvement, j’aime l’excitation,

sublime ce qu’il fait, aussi bien avec les

j’aime la fièvre, j’aime la passion, j’aime

Poni Hoax que pour ses albums à lui. J’ai

l’amour, le romantisme... Tout cela fait

entendu l’album The Suburbs Of Exile

que je suis emportée dans des torrents.

de son nouveau groupe, Paris, qui sort bientôt et c’est sublime ! C’est parce que j’ai entendu Nicolas, que j’ai vu la beauté

Quelle a été la difficulté majeure dans le processus de création de ce disque ? La difficulté était de vraiment être fi-

de toutes ses paroles et la manière dont il les interprète que j’ai voulu qu’il soit invité dans ce disque. Il a une voix unique avec une beauté totale. Il a la grâce !

dèle au style. J’avais chanté beaucoup de choses des années 40 avec notamment du Judy Garland ou du Leonard Bernstein mais là, c’était autre chose. Les années

Quel est votre rapport à la scène ?

50 n’utilisent plus du tout une voix tra-

La scène, c’est entrer dans la vérité d’un

vaillée mais une voix plus brute. Il ne fal-

personnage, d’un style, d’un univers,

lait faire aucun maniérisme vocal.

d’une intention, c’est trouver la vérité à l’intérieur de quelque chose. Cela doit émouvoir et seule la vérité émeut.

Comment résumeriez-vous cet album en un mot ? «Un baiser».

Aimez-vous vous imprégner de ce qui vous entoure lorsque vous êtes sur scène ?

Quelle est votre chanson préférée dans ce disque ?

Bien sûr ! Pourquoi faire des choses si on ne les vit pas vraiment ? Il n’y a pas d’intérêt à juste faire des émissions de télé-

Ma préférée est celle que j’interprète avec

vision en playback où on est une simple

Nicolas Ker : My Love For Evermore.

carte postale polychrome. Pourtant, on m’a réduite à la poupée Barbie pendant 20 ans et j’ai joué le jeu mais c’était pour se cacher...

88


Quel est votre plus beau souvenir de scène ?

sais pas Joy Division, par exemple.

J’ai eu littéralement des extases pendant les concerts. Je retiens plusieurs moments mais c’est comme pour les films : quand on vous demande pourquoi vous aimez un film, en général, vous vous souvenez à peu près de deux images, pas plus mais c’est très bien. Ces deux images sont le point central d’irradiation magnétique et, dans les concerts, il y a toujours un moment d’irradiation magnétique.

Vous avez confié avoir récupéré une baguette lors d’un concert parisien des Stray Cats à l’Olympia en 1981. Comment cela s’est-il passé ? J’étais très en extase devant les Stray Cats et je pense que le batteur m’a vue dans le public. Il m’a lancé la baguette.

Avez-vous déjà songé à refaire du théâtre ? On me le propose tout le temps. J’aime chanter sur scène. Quand j’ai dernièrement accepté de jouer Lana Turner dans El Tigre, c’était parce que c’était le metteur-en-scène Alfredo Arias et aussi parce que le personnage de Lana Turner est plus que passionnant.

Vous avez une nouvelle fois fait appel à JeanPaul Gaultier pour vous habiller dans votre nouveau clip, My Love For Evermore. Qu’aimez-vous chez ce créateur ? Ce que j’aime le plus en lui, c’est sa tendresse. C’est quelqu’un d’adorable. C’est un enfant terrible et il a cette espèce de jubilation. Il a une coupe, une maîtrise du fil, de l’aiguille et du ciseau qui est

Avez-vous déjà lancé des choses au public

absolue. Jean-Paul Gaultier sent son

durant vos concerts ?

époque comme personne.

Je jette des baisers et on m’en envoie aussi.

Votre carrière est riche de musique, de théâtre, de télévision, de cinéma et de réali-

Quels sont les artistes que vous avez pu apprécier sur scène ? Paris, qui est le groupe de Nicolas Ker est génial. C’est l’electro-rock le plus pointu, le plus joli. Nicolas est tellement savant en musique qu’il me fait découvrir beaucoup de choses. Je ne connais 90

sation. De quoi avez-vous envie, aujourd’hui ? L’Amour et l’immortalité. C’est ce qu’il y a de mieux (rires).


NADEAH

interview PREMIERE FOIS

par Dine Delcroix / Photos : Franรงois Berthier


Nadeah a été chanteuse dans de nombreux groupes avant de se lancer en solo pour donner libre cours à ses influences musicales et à son tempérament explosif. En attendant son deuxième album prévu pour 2016, l’artiste d’origine australienne a publié le 16 Octobre 2015 l’EP Met a Man. Il était une fois, ses premières fois... Fraîchement recrutée par M6 pour la la série Scènes de Ménages, Amélie Etasse est également l’héroïne de La Loove, une nouvelle web-série qui aborde la trentaine sans détours et avec dérision. Disponible sur Studio 4, la plate-forme de web-séries de France Télévisions, ce programme court est l’occasion de découvrir une facette cachée de la jeune comédienne qui en est également la fière créatrice.

Par Dine Delcroix / Photos : Martin Lagardère

93


Premier souvenir ? J’étais assez morbide quand j’étais petite. À l’âge de 3 ans, je faisais du toboggan et, en tombant parterre, j’imaginais que

vacances et j’ai appris, en revenant de vacances, qu’il était allé embrasser une autre fille qui voulait aller plus loin. Je suis encore en contact avec lui.

j’étais morte (rires).

Premier amour ? Première voiture ? J’ai quitté l’Australie à l’âge de 18 ans et je n’avais pas mon permis de conduire. Quand j’y suis retournée, j’ai fait un mois de leçons, j’ai eu mon permis et je suis repartie en France. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion de conduire ni d’acheter une voiture. J’ai un vélo (rires).

Un blond aux yeux bleus qui n’avait rien à voir avec mon père alors j’en suis tombée amoureuse de l’âge de 5 ans à l’âge de 10 ans. Mais ma vraie première histoire d’amour, c’était quand j’avais 16 ans avec un garçon qui était accro et qui a été frappé par une voiture. Ma chanson Even Quadriplegics Get The Blues sur mon premier album solo parle de lui.

Premier métier que tu voulais faire ?

Premier rapport sexuel ?

Je voulais être chanteuse mais je ne le di-

No comment !

sais à personne alors je racontais que je voulais être médecin.

Premier chagrin d’amour ? C’était le garçon avec lequel j’ai eu mon Premier baiser ? J’avais 15 ans, j’étais vieille ! Toutes les filles autour de moi avaient déjà embrassé à l’âge de 12 ans alors j’ai menti et j’ai prétendu que j’avais un petit ami. J’ai attendu 3 ans pour embrasser un garçon 94

pendant le dernier jour d’école avant les

premier baiser. En fait, quand j’avais 12 ans, c’est à cause de lui ou grâce à lui que j’ai commencé à écrire des chansons. J’étais tellement amoureuse !


Premier animal de compagnie ? C’était un chien qui s’appelait Tommy quand j’avais 5 ans. C’était un Maltais. On avait déjà deux chiens à la maison dont un qui avait toujours la langue dehors parce que ma mère lui en avait accidentellement enlevé un tout petit bout en découpant de la viande. 96

Premier disque acheté ? C’était une compilation de reprises. J’imagine que c’était moins cher que les chansons originales (rires).


Premier concert ? C’était Lenny Kravitz quand j’avais 12 ans. Je me souviens avoir été déçue parce

cour. Je me souviens qu’il nous avait fait acheter un livre de Stephen King et nous avait demandé de le recouvrir.

qu’il était allé dans le public en disant « Ne me touchez pas les cheveux ». Je n’ai pas trouvé cela très ‘rock’. Je l’ai rencontré plusieurs fois. Il est adorable !

Premier prof adoré ? Il y en a tellement ! J’étais tellement à l’Ouest que les professeurs sont venus chez moi pour récupérer mes devoirs et

Premier film culte ? À la maison, on avait des VHS qui n’étaient pas étiquetées et, en voulant les classer, je suis tombée sur Grease de Randal Kleiser. J’avais 5 ans et je le regardais chaque week-end.

me sauver de l’échec. À 17 ans, j’avais un professeur d’anglais qui me de disait « Il faut que tu sois écrivain ». Je ne l’ai pas trop écouté mais, cette année, j’ai écrit deux livres que je m’apprête à publier. J’attendais d’avoir quelque chose à dire pour me lancer.

Premier livre culte ?

Premier choc dans la vie ?

J’ai été très marquée par le livre Go Ask

C’était la mort de mon grand-père. Je l’ai

Alice (L’Herbe Bleue) de Beatrice Sparks. C’est le journal intime d’une fille de 15 ans qui développe une addiction à la drogue. Je l’ai lu un grand nombre de fois.

vu mort à la morgue. On m’a dit que je ne devais pas m’y rendre mais, comme j’étais proche de lui, ma mère a dit «oui» alors j’y suis allée et j’ai été très choquée. J’avais essayé de le réveiller. J’avais environ 9 ans.

Premier prof détesté ? Quand on déteste les professeurs, il n’y a pas vraiment de raison. À 11 ans, j’ai détesté un professeur qui me virait de chaque 97


Premier voyage ?

Premier job ?

À 18 ans, j’ai pris le vol le moins cher pour

J’ai été mannequin quand j’avais 12 ans

Londres avec 5 escales. J’ai rêvais d’al-

mais mon premier vrai job, c’était d’être

ler en Europe depuis l’âge de 7 ans. Une

une fée. J’avais 15 ans et je m’habillais

fois arrivée à Londres, j’ai été très déçue

en fée pour animer des fêtes d’enfants.

parce que les gens étaient désagréables.

C’était super sauf quand je devais leur

Du coup, 4 jours après, je suis allée re-

servir de la nourriture à base de farine et

joindre un homme que j’avais rencontré

de sucre (rires).

dans l’avion et qui habitait en Suisse.

Premier vote ? Premier péché ?

Ce n’était pas vraiment un vote mais j’ai

Manger. Je pourrais manger une dizaine

signé une pétition contre des grands ba-

de croissants sans problème. Je suis ac-

teaux qui essayaient des bombes à côté

cro à la farine. Du coup, je ne peux pas

de la Nouvelle Zélande. J’avais 9 ou 10

m’arrêter. Je suis comme les alcooliques

ans.

avec l’alcool sauf que moi, c’est avec les baguettes et les croissants. Du coup, je ne peux pas en manger parce que je ne peux pas m’arrêter. S’il y a un gâteau, plus rien autour ne m’intéresse. Cela fait

Premier sentiment de fierté ?

près plus d’un an que je ne mange ni farine ni sucre. Le pain, pour moi, c’est

La première fois que j’ai été assez fière,

comme le gâteau le plus merveilleux du

c’est quand j’ai signé mon contrat avec

monde.

la maison de disques Universal Music à l’âge de 21 ans mais, au bout de 15 minutes, je me suis rendue compte que la pression qui m’attendait allait être terrible.

98

Make up : Yvette Yvett Hair : Sayaka Otama


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STEFI Entre Les Profs 2 et Antigang au cinéma et le succès de Dix Pour Cent sur France 2, vous avez déjà vu Stéfi Celma. Si, forcément ! Avec cette interview, vous aurez l’occasion de la connaître.


CELMA Par Riyad Cairat / Photos Franรงois Berthier


Après Les Profs 2, Antigang, tu as eu un

Tu ne veux rien dire parce que c'est quelque

été chargé ?

chose de très gros ?

Oui, je dirais même une année chargée !

C'est parce que, c'est parce que ! (Rires)

Ça a commencé l'année dernière en

Si tu regardes le premier épisode de Dix

septembre avec les entraînements pour

Pour Cent tu comprendras qu'il ne faut

Antigang. On s'est rencontré tous avec

pas parler avant que les choses se concré-

l'équipe fin août et puis on a commencé

tisent. Je ne veux spoiler personne mais

les entraînements après pour apprendre

dans le premier épisode Cécile de France

à se battre, à tirer. On se voyait presque

balance une info où elle dit qu'elle va

tout les jours puis le tournage a commen-

être prise dans le dernier film de Taran-

cé fin octobre. Il y avait en même temps

tino et il s'avère qu'au dernier moment,

les tournages extérieurs de Dix pour

Tarantino change de comédienne parce

Cent qui ont débutés en octobre jusqu'à

qu'il l'a trouve trop âgée pour le rôle.

mi-décembre. Puis le tournage des Profs

Alors que ce sont des années de boulot,

a commencé en janvier au même mo-

des années de négociation. J'ai pris cette

ment que le tournage intérieur de Dix

habitude de ne rien dévoiler avant que

Pour Cent jusqu'à fin avril. Et tout s'est

les choses soient signés et concrètes.

enchaîné avec la sortie des Profs 2, Antigang, les tournées de promo et la diffusion de Dix Pour Cent qui commence ce soir ! J'adore quand tout s'enchaîne comme ça, c'est très intense avec trois rôles très différents en plus.

Au vu de tout tes rôles, la comédie est un registre auquel tu es attachée particulièrement ? Il s'avère que je ne suis pas comique, c'est arrivé à chaque fois un peu comme ça. Dans Antigang, le film a une vocation comique un peu badass mais je n'ai pas du tout un rôle comique.

Et il y a des choses de prévu cet hiver ? Pour l'instant je ferme ma bouche ! Je fais des rendez-vous, des rencontres pour des projets très cool mais pour l'instant rien de concret.

Certes, mais toutes tes apparitions sont dans des films à vocation drôle quand même. Tu apprécie ça ou tu attends qu'on te propose autre chose dans un autre registre ? Moi je n'attends rien ! Je n'attends rien dans le sens où je vis l'instant présent. J'ai beaucoup de chance de faire ce métier. Je ne suis pas du tout issu d'une fa-


mille du métier. Mon père est prof, ma

Quand on regarde tes différents projets

mère secrétaire, j'ai grandi en Seine-

passés, Les Profs, À la Française la pièce

Saint-Denis puis en Seine-et-Marne,

d'Edouard Baer, ta représentation au 52ème

un peu en Martinique aussi autour de

Gala de l'Union des Artistes, j'ai pu remar-

moi les gens me disaient « Mais t'es sûr

quer que la présence d'Isabelle Nanty n'est

de vouloir faire ça ? » Pour l'anecdote,

jamais bien loin, c'est une pure coïncidence ?

quand j'étais gamine j'avais participé à L'Ecole des Fans, l'émission de Jacques Martin et la première question qu'il m'a posé était : « Est-ce que tu veux être chanteuse plus tard ? » Moi : « Non. » Puis il me demande si je voudrais faire du cinéma. Non. Si je voudrais faire du théâtre ? Non. Et là il me demande « Alors qu'estce que tu voudrais faire plus tard ? » Et je lui répond : « Coiffeuse. » Et ça m'a mis la puce à l'oreille, parce qu'en fait pour moi je ne savais pas qu'on pouvait faire ça comme métier.

Ah ! C'est dingue que tu ai remarqué ça ! Oui, c'est un peu ma fée. J'aime beaucoup cette femme. À tous les niveaux, humainement, j'admirais l'artiste et quand je l'ai rencontré j'ai eu un vrai coup de cœur pour elle. Elle m'a présenté à Edouard Baer où j'ai pu jouer dans sa pièce À la Française en alternance avec Alka Balbir. Cette femme compte beaucoup pour moi, elle est vraiment très généreuse et je ne suis pas la seule à le dire. Des gens comme Pef, Maurice Barthélémy te disent qu'ils lui doivent énormément, elle les a tous poussés.

Ensuite pour toi c'est devenu une passion qui s'est imposé comme un métier ? Qu'est-ce qui a pris le pas en fait ?

C'est la fée Isabelle Nanty. Si elle pense à toi pour quoique ce soit, elle ne va pas hésiter une seconde.

Ma mère et mon entourage me remémorent des choses que j'avais oublié. J'avais

Dans beaucoup de tes apparitions, même dans

mes cousins qui étaient fans de Mac Gy-

les différentes interviews que tu as pu donner,

ver et qui se rappellent de dimanches

il y a toujours ce lien avec la musique. C'est

quand j'arrivais et que je coupais la télé

quelque chose d'important pour toi ?

en disant « j'ai un spectacle ! » en réquisitionnant tout les enfants en faisant un sketch en deux minutes. J'ai toujours été très attiré par ça mais c'était plus de l'ordre de l'amusement, du jeu et pas quelque chose d'inaccessible parce que pour moi rien n'est inaccessible.

Oui tout à fait, pour moi il n'y a pas de distinction à faire entre la comédie et la musique. Je suis née avec ça et c'est quelque chose d'assez vital pour moi. Je ferai toujours de la musique quoiqu'il arrive. Ca commence le matin quand je me réveille, en musique, je chante chez moi, j'en ai besoin. Si j'ai des copains


qui m'appellent en me disant « viens on

Est-ce que c'est un problème typiquement

va faire un bœuf » allez on y va. J'adore

français de catégoriser un artiste dans un

découvrir de nouveaux artistes, c'est

domaine et qu'il y reste ?

quelque chose de tellement intime la musique avec un tel don de soi que lorsque quelqu'un y mets toute son âme et que ça me touche, ça peut aller loin et me procurer des émotions incroyables. J'ai toujours fais les deux en même temps. Pour Case Départ, je me retrouve à faire la Bande Originale du film, c'était mon premier film au cinéma. Pour Pas Très Normale Activités on se retrouve à chanter

Je n'en ai aucune idée. Je n'ai pas analysé la chose de façon précise mais c'est vrai. En revanche on me pose de moins en moins la question sur mes choix. Maintenant on me dit plus « Vous faîtes aussi de la musique ? C'est cool. » Je ne sais pas si j'ai de la chance, mais c'est vrai que je fais les deux en même temps et que les deux fonctionnent au même moment.

au début. Pour Les Profs Pef m'appelle et me propose de faire mon thème et de chanter sur la musique de Love To Love

Tu disais que tu avais toujours un problème

You Baby de Donna Summer. T'imagines

en te voyant à l'écran. Est-ce toujours le cas ?

passer après Donna Summer sur ce titre ! (Rires) Finalement ça s'est bien passé et

C'est compliqué ça ! Je pense que c'est

là dans Dix Pour Cent je me retrouve à

typique. Attends je prends deux se-

chanter et à jouer de la guitare. Je n'ai

condes. Là je te filme pendant deux

pas envie de me censurer, en France

minutes. Toi tu parles, tu parles et en-

on a l'impression qu'il faut faire l'un ou

suite je te montre. Tu vas te dire : « C'est

l'autre. Non, pourquoi ? Si un jour j'avais

comme ça que je suis ? Ma voix c'est ça ? »

envie de faire de la sculpture, même si je

Parce qu'en fait tu n'as aucun recul sur

ne suis pas doué pour ça, je vais me dire :

ce que tu dégages. « Ah bon je bon je

« Ah non ! Tu ne fais pas de sculpture

suis comme ça ? C'est quoi cette voix,

parce que tu fais déjà ci et ça ! » Non.

pourquoi je fais ça ? » C'est un exercice

On a qu'une vie, on finit tous poussière,

complexe. Après je suis obligé et j'ai en-

pardon pour la fatalité, mais si on com-

vie de progresser donc je me force à re-

mence à s'auto-censurer ça sert à quoi de

garder des choses auxquelles j'ai partici-

continuer à vivre ?

pé pour m'améliorer. Mais ça me créer des bouffées de chaleur. Je me rappelle pour Les Profs, le premier, Pef m'avait demandé de m'asseoir à côté de lui pour le visionner parce qu'il sait que je rigole beaucoup. Sauf que j'étais tétanisé tout le film. Surtout que c'est un film qui m'a demandé beaucoup de travail parce que


le personnage de cette fille à l'aise, sexy, bien dans ses baskets avec ce qu'elle incarne n'est pas du tout naturel pour moi. J'ai beaucoup pris sur moi. Donc ça a été très difficile la première fois où je me suis vu à l'écran. Pour Les Profs 2 où j'avais apprivoisé mon personnage j'étais beaucoup plus libre et j'ai pu m’éclater beaucoup plus.

Est-ce que tu appréhende avec Dix Pour Cent le fait d'entrer dans l'intimité des gens, dans des millions de foyers par le biais de la télévision ? Je n'y réfléchis pas du tout ! (Rires) Encore une fois on verra et on vit l'instant présent. J'ai une vie très ordinaire, je prends mon petit métro, je continue ma vie mais à chaque fois que les gens m'ont interpellé dans la rue, c'était toujours très bien veillant donc je me dis que c'est cool.

Stylisme : LAura Strauss pour A&K communication Merci à Lagerfeld et Zadig et Voltaire Make up : Emilie Peltier


INNA MODJA Dans son troisième album Motel Bamako disponible depuis le 2 Octobre 2015, Inna Modja s’offre un retour aux sources sans concessions artistiques, associant la musique de ses origines africaines à l’electro. Par Dine Delcroix / Photos : François Berthier

Ta Madeleine de Proust ?

Ton secret de beauté ?

Le détail chic pour toi ?

Un bon disque de Nina

J’essaye d’avoir une vie

L’assurance. C’est la chose

Simone. Ma chanson pré-

équilibrée et de ne pas

qui valide n’importe quoi,

férée de son répertoire

faire trop de folies de mon

même si on porte une

est Don’t Let Me Be Misun-

corps. Je ne mange de la

grosse doudoune (rires).

derstood.

viande et du poisson que ponctuellement.

Ta série du moment ? Le film qui raconte ta vie ? Il y a beaucoup de paral-

The Americans.

Ton antistress ?

lèles avec ma vie dans le

Le Yoga. J’en fais depuis

film Fleur du Désert.

10 ans et cela me relaxe vraiment beaucoup. Ta chanson pour te sentir bien ? King Kunta de Kendrick Lamar.

Ton livre de chevet ? Amkoullel, l’enfant Peul de Amadou Hampâté Bâ.

La tendance mode que tu détestes ? Les énormes doudounes. Aujourd’hui,

on

peut

faire des doudounes très fines et jolies qui tiennent chaud. 108


BLIND TEST

109


110


Ton proverbe fétiche ? «Qu’est-ce qui peut m’arriver de pire ?».

Un autre métier qui t’aurait plu ?

Le cadeau que tu rêves d’offrir ? Du

temps.

J’aimerais

Les métiers de l’art, en

prendre du temps pour les

général, me plaisent beau-

gens que j’aime.

coup. J’adore créer des choses. Ce serait sûrement un métier autour de L’insulte que tu préfères ?

l’art visuel, que ce soit la photo ou la vidéo.

Imbécile. C’est le truc qui

Libé’ ou Le Figaro ?

me vient le plus naturelle-

Les deux. J’aime bien me

ment quand je suis énervée.

tenir au courant de tout. Qui inviterais-tu à ton dîner idéal ?

Le compliment qui t’énerve

Oxmo Puccino parce qu’il

Le disque que tu as honte

le plus ?

est élégant, Karl Lager-

d’avoir acheté ?

feld que j’adore, ThoIl n’y a pas de compli-

mas Sankara pour sa vi-

Je ne vois pas... En géné-

ment qui m’énerve. C’est

sion très avant-gardiste

ral, quand j’achète, c’est

toujours bon à prendre,

de

Woodkid

que j’aime vraiment. J’as-

un compliment. Cela part

dont j’adore la musique et

sume même d’avoir été

forcément d’une bonne

Hindi Zahra parce que je

fan des Boyz II Men quand

intention.

l’adore aussi.

j’avais 12 ans (rires).

Le pays où tu pourrais immi-

Le défaut que doit avoir une

Le talent que tu aimerais

grer ?

personne pour te séduire ?

avoir ?

Le Japon. J’aime vraiment

La maladresse. Je suis

J’aimerais bien savoir des-

les japonais pour leur li-

extrêmement

siner.

berté, leur grande poli-

donc je pense que cela

tesse et leurs extrêmes.

compenserait (rires).

l’Afrique,

maladroite


JULIA shot by Franรงois Berthier MAke-up by CamilLE lutz Hair by Sadek L Style by Audrey Jehanno assisted by Barbara Velez

Robe : Gustavo Lins chez DDS Vintage Veste : Kocca Bracelet : Torrente chez DDS Vintage


Veste : Kocca Pantalon : Henry Cottons Bague et Collier : Pasquale Bruni Pochette : Just Fab


Robe : Gustavo Lins chez DDS Vintage Collier : Ithemba Bracelet : Thierry Mugler chez DDS Vintage


Robe : Yanina Couture Collier : GĂŠraldine Carfield Culotte : Triumph


Robe : Yanina Couture Collier : GĂŠraldine Carfield Culotte : Triumph


Combinaison : Yves Saint-Laurent chez DDS Vintage Collier : Pasquale Bruni Bague : Atelier RenĂŠe Bracelet : Cabinet Oseo


Cape: Gustavo Lins chez DDS Vintage Robe : Sixth June Bracelet : Ithemba Bague et Boucles d’oreilles : Pasquale Bruni Body : Triumph


Combinaison : Yves Saint-Laurent chez DDS Vintage Collier : Pasquale Bruni Bague : Atelier RenĂŠe Bracelet : Cabinet Oseo


Robe : Yanina Couture Gants : Thierry Mugler chez DDS Vintage Ceinturon : Jean-Louis Sherrer chez DDS Vintage


Robe : Yanina Couture Collier et Bague : GĂŠraldine Carfield


LA FILLE QUI REND BLIND

Par : Dine Delcroix / Photos : François Berthier Découverte en 1993 dans la série télévisée Classe mannequin sur M6, Anne-Charlotte Pontabry a, depuis, multiplié les rôles à la télévision avec un passage remarqué dans les séries Sous le soleil, Navarro, R.I.S Police scientifique» et, plus récemment «Camping paradis». L’actrice et mannequin est la FILLE QUI REND BLIND de ce mois-ci.

Anne-Charlotte P photo : françois berthier


Make up : Emilee Bak

Pontabry


THE BLINDSPOT


Et

oui... Nous sommes tous plongés dans nos activités prenantes, passionnantes, éreintantes... bref, le boulot, la vie quoi... A partir de ce numéro, TheBlindMagazine vous fera découvrir chaque mois, un coup de coeur pour un endroit où il fait bon trainer son paletot.

Vous cherchez un restaurant sympa, convivial, où vous poser entres amis ou pour aller bruncher en famille ? La Mangerie est le lieu idéal. Situé dans le quartier sympa du Marais, ce restaurant atypique (vous trouverez un arbre au milieu de la table centrale) est un oasis de fraicheur pour déguster une cuisine canaille et gourmande, mettant un point d’honneur sur la qualité des produits. La carte fait rêver (perso, je vous recommande le wok de légumes et la tarte aux champignons et magret de canard...) Et le dimanche, c’est brunch kids friendly ! une nounou est là pour s’occuper de vos minis vous, avec jeux et activités au sein du restaurant, pendant que vous profiterez des fabuleux oeufs brouillés, salades coleslaw, granola fromage blanc, roulés à la tapenade et autres muffins et scones… Mention très spéciale à Serge (THE Boss) et à son équipe qui sont tout simplement des Amours et vous accueillent comme des rois, vois enveloppant de petits soins...

LA MANGERIE DU MARAIS 7 Rue de Jarente 75004 Paris. la-mangerie.com


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CONTACT & PUB : theblindmagazine@gmail.com

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